<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>NSAE</title>
	<atom:link href="http://www.nsae.fr/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.nsae.fr</link>
	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
	<lastBuildDate>Mon, 08 Mar 2010 10:57:15 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.9.1</generator>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Un certain 11 octobre 1962 ou Vatican 2 dans mon itinéraire personnel, par Hugues Puel</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/08/un-certain-11-octobre-1962-ou-vatican-2-dans-mon-itineraire-personnel-par-hugues-puel/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/08/un-certain-11-octobre-1962-ou-vatican-2-dans-mon-itineraire-personnel-par-hugues-puel/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 08 Mar 2010 10:57:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2318</guid>
		<description><![CDATA[Mon père, né en 1907, fréquentait les camelots du roi et avait donc 19 ans au moment de la condamnation de l’Action française (1926). Je lui ai souvent entendu exprimer son amertume face à l’attitude de l’archevêque de Bordeaux, Mgr Andrieu, dans le déclenchement de cette affaire. L’idéologie familiale était marquée par les figures tutélaires [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mon père, né en 1907, fréquentait les camelots du roi et avait donc 19 ans au moment de la condamnation de l’Action française (1926). Je lui ai souvent entendu exprimer son amertume face à l’attitude de l’archevêque de Bordeaux, Mgr Andrieu, dans le déclenchement de cette affaire. L’idéologie familiale était marquée par les figures tutélaires non seulement de Charles Maurras avec son conservatisme social, son royalisme et son antisémitisme, mais aussi de Saint Vincent de Paul<span id="more-2318"></span> avec sa foi, sa générosité et son sens des autres : mon grand-père paternel pratiquait les bonnes œuvres de la confrérie mise par Ozanam sous le patronage de Saint Vincent en visitant des familles pauvres du quartier. Ma mère, née en 1905, était l’aînée de dix enfants dont la propre mère mourut en 1919 de la grippe espagnole. A la mort de mon grand-père maternel qui ne s’était pas remarié, tous les enfants ayant été élevés dans un catholicisme très traditionnel, le domaine familial, où la surface de terre cultivable s’était réduite au cours des ans, fut vendu.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vatican-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2319" title="Vatican 2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vatican-2.jpg" alt="" width="300" height="375" /></a></p>
<p>Né en 1932 à Bordeaux, je fis mes études secondaires chez les jésuites de cette ville (Ecole Saint Joseph de Tivoli, 1940-1950). Lors de la retraite d’élection d’une durée d’une semaine qui clôturait la préparation du baccalauréat de philosophie dans cette institution ignatienne, l’idée de vocation religieuse fut considérée, mais je décidais de ne pas décider et d’entreprendre des études supérieures, selon le souhait de mon père. Pendant six ans, j’étudiais à l’Université de Bordeaux le droit, les sciences politiques et l’économie (1950-1956). En même temps, je participais avec passion avec un groupe de jeunes catholiques, artistes, employés, étudiants, à l’animation de plusieurs ciné-clubs, ce qui nous mettait en relation et en coopération ponctuelle avec des militants communistes qui menaient de leur côté le même travail de culture populaire. Nous découvrions les cinémas japonais, américain, soviétique. C’était le beau temps des ciné-clubs, où se préparait avec les <em>Cahiers du cinéma</em> la nouvelle vague, tandis que le groupe de presse Malesherbes sous influence dominicaine lançait <em>Radio-Cinéma-Télévision</em>, l’ancêtre de <em>Télérama</em>.  </p>
<p>En 1954, le pape Pie XII mit fin à l’aventure des prêtres-ouvriers. Il sacrifia sur l’autel de la géopolitique de la guerre froide l’expérience missionnaire la plus pertinente et la plus généreuse des douze années précédentes. Grâce à mes études, j’avais déjà pris quelques distances avec la foi traditionnelle de ma famille, mais celle-ci fut alors mise au défi : l’abandonner ou approfondir le message évangélique qu’elle annonçait, mais qu’elle trahissait dans ses actes. Mon intérêt se tourna vers les dominicains dont j’avais jusque là à peine remarqué l’existence, mais que les foudres romaines de Pie XII mirent pour moi en vive lumière <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn1">[1]</a>. En 1956, quand le moment fut venu de prendre un emploi dont les propositions étaient nombreuses en ces temps de forte croissance, la cristallisation de ma vocation religieuse se fit soudaine : je pris l’habit de l’Ordre des prêcheurs à Saint Maximin dans le Var (province de Toulouse) le 14 novembre 1956. J’avais de cet Ordre une vision aussi imprécise que celle suggérée par le dessin du Saint Dominique de Matisse <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Je ne donne pas ici d’autres détails biographiques <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn3">[3]</a>, sauf pour ce qui concerne directement Vatican 2. Ce projet de Concile avait été annoncé en janvier 1959 par le nouveau pape Jean XXIII et laissait nos professeurs dominicains du couvent de Toulouse pour le moins perplexes. De ce temps d’études, je retiens l’anecdote suivante : le jeudi 11 octobre 1962, tout le couvent des dominicains de Toulouse remplissait un vaste autocar pour passer la journée à Lourdes à l’occasion de l’ouverture du Concile. Dans le voyage du retour, le chauffeur alluma sa radio pour que nous puissions écouter les nouvelles. Le journaliste cita le passage du discours inaugural de Jean XXIII « <em>autre le dépôt de la foi, autre la manière de l’énoncer et les formes qu’il revêt au cours du temps</em> », texte que Benoît XVI considère comme relevant d’une herméneutique  de la continuité. A son écoute, mon professeur de dogme, assis sur le siège devant le mien fit un bond et s’écria « <em>ces journalistes disent n’importe quoi !</em> ». Pour lui, dans la distinction entre le dépôt et son énonciation, la rupture avec la tradition était évidente, comme en témoignait le cours de dogme qu’il nous infligeait. Au mépris de toute méthode historique et après avoir accumulé les citations de la Bible et de Denzinger <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn4">[4]</a> sorties de leur contexte, il nous distillait avec contention la « <em>vraie doctrine</em> », celle d’un Thomas d’Aquin s’exprimant dans le langage « formel » de l’Ecole. Il dévalorisait toute autre parole qui, affirmait-il, n’était qu’un parler humain ! « <em>Pour parler humainement</em> », répétait-il, pour s’excuser lorsqu’il s’était laissé allé à l’emploi d’une figure, d’un symbole, d’une image ou d’une comparaison ! Il définissait l’Eglise de façon « formelle » comme une société parfaite gouvernée par une hiérarchie sacrée. Le Concile quant à lui parla plutôt d’un peuple en marche « <em>qui tire son unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn5">[5]</a>. Le professeur d’exégèse de nouveau Testament, Raphaël Weijers, avait une autre théologie. En nous commentant longuement l’Epître aux Hébreux, il nous montrait que le Christ était le seul prêtre donnant naissance à un peuple sacerdotal offrant sa vie en sacrifice d’action de grâce. La rupture était totale avec les prêtres de l’Ancien Testament et les ministères étaient des services diversifiés et évolutifs dans le temps. Ordonné en 1962, au ministère presbytéral, je ne me suis jamais considéré comme un prêtre faisant partie d’une hiérarchie sacrée. J’avais pris le risque de m’engager dans l’aventure dominicaine et cette ordination faisait partie du paquet. Ma spiritualité n’était pas sacerdotale, elle était et elle demeure baptismale. Elle s’appuie sur la parole prophétique de l’Evangile et sur la foi des premières communautés chrétiennes dans le Christ ressuscité.</p>
<p>Passons du 11 octobre 1962 au gouvernement de l’Eglise par Benoît XVI dont plusieurs initiatives provoquent une crise de gouvernance,  qui n’est pas seulement le fruit de l’imagination éditoriale de quelques organes de presse. Je note les malaises épiscopaux révélés par un certain nombre de faits.</p>
<p>1 &#8211; La levée de l’excommunication des schismatiques refusant le Concile Vatican 2 à partir d’une démarche liée à une mission menée par le cardinal Dario Castrillon Hoyos à la demande du pape, mais sans consultation des épiscopats les plus concernés : les évêques allemands et français. La crise existait déjà avant les déclarations négationnistes de Williamson qui déchaînèrent les médias.</p>
<p>2 &#8211; La nomination d’un prêtre autrichien, Gerhard Maria Wagner, comme évêque auxiliaire de Linz (Haute-Autriche), contre l’avis de l’épiscopat autrichien et en violation de la procédure de la <em>terna </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn6">[6]</a>, ce qui déclencha la réaction respectueuse, mais sévère, signée de tous les évêques de ce pays rappelant au pape que la nomination des évêques doit se faire pour l’Eglise locale et non pas contre elle <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn7">[7]</a>. Cet événement très significatif a eu peu d’écho dans les médias français.</p>
<p>3 &#8211; L’épiscopat brésilien désavoue l’excommunication par l’archevêque de Recife &#8212; successeur de Dom Helder Camara et nommé par Jean-Paul II, Monseigneur Jose Cardoso Sobrinho &#8212; de la mère d’une fille de 9 ans enceinte de jumeaux dont un avortement évita la mort, acte pour lequel l’archevêque étendit aux médecin intervenants cette excommunication.  Plusieurs évêques français se dirent scandalisés par ce manque de compassion, tandis que le titulaire du dicastère <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn8">[8]</a> des évêques apporta son soutien à Sobrinho. On ne doit pas donc pas se scandaliser si le rapprochement est fait par la presse avec la loi du silence pratiquée longtemps par les évêques de différents pays sur les viols d’enfants par des membres du clergé.</p>
<p>4 &#8211; La déclaration des évêques allemands du 5 mars 2009, s’interrogeant sur les incertitudes du chemin actuel de l’Eglise mettant ainsi en cause son actuelle gouvernance. S’il y eut peu d’écho en France, il y en eut beaucoup en Allemagne.</p>
<p>5 &#8211; La déclaration d’Albert Rouet, archevêque de Poitiers « <em>à propos des événements récents qui ont marqué l’Eglise : levée des excommunications des quatre évêques intégristes, de l’excommunication à Recife, des propos sur le sida</em> ». Cette déclaration en appelle à un autre positionnement de notre Eglise dans le monde car « <em>toute parole qui vient d’en haut, qui n’est pas engagée dans un dialogue, après avoir écouté et entendu l’autre, ne peut plus être une parole crédible… Notre monde n’écoute que ce qui est prononcé à hauteur de visage d’homme</em> ». Cette réaction, la plus remarquable, ne fut pas unique. D’autres réactions critiques se firent jour ça et là, mais dominèrent le silence et la gêne d’un épiscopat français très divisé.</p>
<p>6 &#8211; De cette division, on a eu le témoignage en novembre 2009, lorsque le président de l’assemblée plénière de la conférence des évêques de France a renoncé à mettre au vote  le rapport de l’évêque d’Angoulême, Claude Dagens, intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Eglise et évangélisation » et qui prolongeait une déclaration précédente sur la foi comme libre proposition au peuple.</p>
<p>Cette crise de gouvernance n’est pas une imagination de la presse, mais procède de la mauvaise réception du Concile Vatican 2 par le siège romain. L’Eglise se définit comme peuple en marche, comme ouverture au monde en solidarité avec les espoirs et les souffrances de l’humanité<a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn9"> [9]</a> et en appelle à l’autonomie responsable tant des autorités politiques que des baptisés. Mais l’Eglise romaine qui n’honore pas la nature épiscopale de l’Eglise et maintient son système de gouvernement centralisé, ignore le principe de subsidiarité qu’elle recommande aux sociétés séculières, nie l’autonomie des couples en répondant négativement à la question soulevée par <em>Humanae Vitae</em> de savoir si « <em>la finalité de la procréation dans le mariage concerne l’ensemble de la vie conjugale et non chacun de ses actes</em> » (§3), en imposant une distinction incompréhensible entre une contraception naturelle et artificielle, tandis qu’une partie de l’épiscopat catholique aux Etats-Unis se transforme en véritable lobby <em>pro-life</em>. <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn10">[10]</a></p>
<p>Cette crise de gouvernance a sa source dans l’attitude confuse de Benoît XVI face au Concile Vatican 2. Une analyse du discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005 en apporte la preuve. En effet, quelques mois après son élection comme évêque de Rome, sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger prononça un discours principalement consacré à la réception de Vatican 2. Il s’efforce de répondre à la question : pourquoi la réception du Concile s’est déroulée de manière aussi difficile, puis s’interroge sur les difficultés du dialogue entre l’Eglise et la modernité.</p>
<p>Après avoir salué l’anniversaire des 40 ans de la fin du Concile, il voit dans la cause des difficultés une question d’herméneutique, c’est-à-dire de juste interprétation, de juste lecture et de juste application. Or il dénonce une fausse herméneutique définie comme « <em>herméneutique de la discontinuité et de la rupture</em> » qui, selon lui, a la faveur des médias et d’une partie de la théologie moderne, alors qu’il y faut « <em>une herméneutique de la réforme</em> », c’est-à-dire du renouveau dans la continuité de « <em>l’unique sujet-Eglise</em> ». L’herméneutique de la rupture est critiquée car, d’une part, elle oppose l’Eglise préconciliaire et l’Eglise postconciliaire, alors que, pour lui, c’est la continuité de l’unique sujet-Eglise qui doit être considérée et on ne doit pas en appeler des textes du Concile à l’esprit du Concile pour regarder l’avenir. Elle passe sous silence le fait que le sujet-Eglise est de nature eschatologique et que le personnel ministériel au service de l’Eglise vit dans le temps et doit s’ouvrir, comme le recommandait Jean XXIII,  aux signes des temps.</p>
<p>Comme exemple d’herméneutique de la continuité, Benoît XVI cite le discours d’ouverture du Concile par Jean XXIII le 11 octobre 1962 sur la transmission de la doctrine : « <em>Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et respectée d’une manière qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet une chose est le dépôt de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et une autre chose est la manière de les énoncer, en leur conservant cependant le même sens et la même portée. </em>» Cette synthèse  exemplaire de la fidélité et du dynamisme lui semble cependant si délicate que le pape entreprend une réflexion sur le difficile dialogue entre l’Eglise et la modernité.</p>
<p>Le pape se réfère alors au discours de conclusion du concile par Paul VI qui pourrait justifier une herméneutique de la discontinuité dans la mesure où le Concile Vatican 2 s’était centré sur les questions d’anthropologie et les rapports entre l’Eglise et l’homme d’aujourd’hui. Il évoque Galilée, Kant, la Révolution française, le libéralisme radical, les sciences naturelles. Il voit les rapprochements possibles à travers la doctrine sociale catholique qui se situe dans l’entre-deux du libéralisme radical et de la théorie marxiste de l’Etat. Et surtout il considère dans les nouvelles positions épistémologiques tant des sciences naturelles que des sciences historiques que d’autres rapprochements sont possibles : « <em>Dans tous ces secteurs […] pouvait apparaître quelque forme de discontinuité et que, en un certain sens, une discontinuité s’était de fait manifestée dans laquelle cependant, une fois faites les diverses distinctions entre les situations concrètes historiques et leurs exigences, il apparaissait que la continuité des principes n’était pas abandonnée : un fait qui échappe facilement à une première perception. Et c’est justement dans cet ensemble de continuité et de discontinuité, à des niveaux divers, que consiste la nature de la vraie réforme</em> ». <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn11">[11]</a></p>
<p>Ce n’est pas lumineux et je ne prolonge pas la lecture des paragraphes de cette prose lourde, alambiquée et faussement subtile grâce à laquelle le pape en arrive à justifier la liberté religieuse reconnue par le Concile Vatican 2 en 1965, alors que Pie IX l’avait anathématisée en 1864. Mais pour affirmer la continuité, Benoît XVI doit la faire remonter au témoignage de Jésus lui-même et à celui de l’Eglise des martyrs, en sautant discrètement sur les formes diverses des mélanges théologico-politiques depuis l’empereur Constantin et la longue histoire de l’Eglise catholique, jusqu’à Pie XII (le nazisme et la guerre froide) et Jean-Paul II (le Rêve de Compostelle <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn12">[12]</a>), en passant par la théorie des deux glaives et les luttes entre la Papauté et l’Empire. La distinction des deux herméneutiques ne vaut pas grand-chose. </p>
<p>Pour le père Congar, mais en un tout autre sens, le discours de Jean XXIII pour l’ouverture du Concile le 11 octobre 1962 était une vraie rupture, mais une rupture encore à faire. Sortant d’un procès du Saint Office pour ses positions théologiques, procès dont il n’avait connu ni le chef d’accusation, ni le nom de ses juges, ni le verdict final, il assiste à l’ouverture du Concile qui lui parait révéler le visage constantinien de l’Eglise de Rome et note dans son journal au 11 octobre 1962 ses sentiments : « <em>Je vois le poids non dénoncé de l’époque où l’Eglise était seigneurisante, où elle avait un pouvoir temporel, où les papes et les évêques étaient des seigneurs, qui avaient une cour, protégeaient les artistes, prétendaient à une pompe égale à celle des Césars. Cela l’Eglise ne l’a jamais répudié à Rome. La sortie de l’ère constantinienne n’a jamais été son programme. Le pauvre Pie IX, qui n’a rien compris au mouvement de l’histoire, qui a enfoncé le catholicisme français dans une stérile attitude d’opposition, de conservatisme, d’esprit de restauration a été appelé par Dieu à entendre la leçon des événements, ces maîtres qu’il nous donne de sa main, et à sortir l’Eglise de la misérable logique de la « Donation de Constantin » </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn13"><em>[13]</em></a><em>, de la convertir à un évangélisme qui lui eut permis d’être moins <span style="text-decoration: underline;">du</span> monde et plus <span style="text-decoration: underline;">au</span> monde. Il a fait juste le contraire. Homme catastrophique qui ne savait ni ce qu’était l’ecclesia ni ce qu’était la tradition… Et Pie IX </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn14"><em>[14]</em></a><em> règne encore. Boniface VIII </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn15"><em>[15]</em></a><em> règne encore. On l’a surimposé à Simon Pierre, l’humble pêcheur d’hommes !</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn16">[16]</a>.</p>
<p>Revenons du 11 octobre 1962 à aujourd’hui. Benoît XVI est-il sorti de l’ère constantinienne ? Les Etats pontificaux se limitent désormais à une quarantaine d’hectares, mais disposent d’un Institut des oeuvres de religion, l’IOR, véritable banque du pape, qui gère les milliards issus de «<em> la donation de Mussolini</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn17">[17]</a> et dont les ressources sont précieuses pour limiter la liberté de parole d’évêques dont les diocèses sont loin de s’autofinancer <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn18">[18]</a>. La gouvernance de l’Eglise n’applique pas le principe de subsidiarité. Les synodes romains ne traitent pas des questions débattues dans l’Eglise, en cherchant l’expression collective d’épiscopats organisés et non seulement celle particulière de tel ou tel prélat. En bloquant tout débat sur l’ordination de <em>viri probati</em> <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn19">[19]</a> à la présidence de l’Eucharistie, l’Eglise romaine décourage des chrétiens de la participation à ce sacrement central et manque à l’obligation de fournir des ministres à leur communauté. En conséquence se développe la pratique des eucharisties sauvages dont témoigne la prise de position favorable à leur égard de dominicains néerlandais, face à la carence romaine. Dans <em>Le rêve</em> <em>de Jérusalem </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn20">[20]</a>, le cardinal Martini, qui était <em>papabile</em> au dernier conclave, a évoqué cette nécessité de faire du synode romain un véritable organe de réflexion collective et de décision.</p>
<p>Pour sortir de l’ère constantinienne,  le pape pourrait inviter au débat sur une infaillibilité qui se trompe d’objet, car elle n’est pas d’abord celle du pape, mais celle de l’Eglise. Je crois à l’infaillibilité de l’Eglise qui me transmet avec sûreté le message évangélique recueilli par les premières communautés chrétiennes. Quant à l’infaillibilité personnelle du pape, je l’affecte d’un très fort coefficient de relativité, dont les composantes sont les suivantes. La question n’émerge qu’au dix-neuvième siècle après des décennies de débats complexes issus du jansénisme et de la question de savoir si le pape est exempt d’inerrance non seulement sur la substance de la doctrine, mais aussi sur l’interprétation incontestable du texte lui-même <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn21">[21]</a>. Proclamée en 1870, l’infaillibilité pontificale est contemporaine de la perte des Etats pontificaux. Comment ne pas l’interpréter comme une affirmation d’autorité compensatrice de l’autorité temporelle perdue ? De plus ce « dogme » n’a été utilisé qu’une fois en 1950 pour la proclamation de l’Assomption de Marie, vieille croyance populaire partagée par de nombreuses communautés chrétiennes tant en Occident qu’en Orient. Son utilité pastorale a été jusqu’ici totalement nulle. Elle est même négative, car elle fait croire à un pape infaillible et donc tout puissant qui défigure l’image pétrinienne du serviteur.</p>
<p>Il n’y a pas besoin d’un nouveau Concile pour sortir vraiment de l’ère constantinienne. Il suffit d’un comportement du siège romain qui s’inspire de la lettre et de l’esprit du Concile Vatican 2. Des nominations épiscopales, non seulement indépendantes des pouvoirs politiques, mais procédant d’une consultation plus large que la procédure complètement secrète de la <em>terna</em>. L’acceptation du débat dans l’Eglise sur les problèmes qui se posent et que nombre de synodes diocésains a exprimé.</p>
<p>On peut avoir une autre vision et penser que, avec plus d’un milliard de baptisés, l’Eglise catholique est un monde d’une extraordinaire complexité et diversité. Sans doute la barque de Pierre est-elle menée « à la gaffe » (Duchêne), mais le  message est prêché vaille que vaille, et comme la conscience de chacun est respectée tant qu’il n’est ni théologien, ni divorcé remarié, on doit accepter le poids de l’histoire et la variété des situations. Je comprends ce point de vue, mais ne le partage pas. Je ne me résigne pas à ce que l’aide apportée aux personnes et aux familles par des ministres dévoués de l’Eglise catholique soit handicapée par un discours romain devenu inaudible en matière d’éthique familiale. Je ne me résigne pas à l’exercice d’un pouvoir qui soit insensible à la promesse démocratique qui vit au coeur des sociétés humaines. Je revendique ma liberté évangélique de critique pour confronter le message et les pratiques des institutions ecclésiales. Je sais que la liberté évangélique est aussi une responsabilité et je connais mes limites et mes fragilités.</p>
<p>Mon témoignage est donc là pour ouvrir un débat. Mais je ne peux l’achever sans dire mon bonheur d’être chrétien et catholique. Je suis immensément reconnaissant à mon Eglise de m’avoir transmis la foi à travers ma famille, de m’avoir offert les mots pour prier (le notre Père, les psaumes, le Nouveau Testament), de m’avoir à travers l’Ordre dominicain initié à l’extraordinaire littérature chrétienne d’ordre mystique, historique et surtout théologique avec son remarquable travail de la raison au cœur de la foi. Pour tout cela ma reconnaissance est infinie. La rencontre avec Dieu se fait dans le dialogue, avec les mots pour le dire qui nous conduisent au silence, avec les symboles sacramentels qui rythment notre pèlerinage vers le Dieu vivant par le Christ dans l’Esprit, au cœur des communautés chrétiennes dans leur diversité.</p>
<p><strong>Auteur : Hugues Puel<br />
Source : intervention à l&#8217;Agora Tête d&#8217;Or (Lyon) le 6 mars 2010, restituée ici avec la permission de l&#8217;auteur.</strong></p>
<hr size="1" /><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref1">[1]</a> F. LEPRIEUR, <em>Quand Rome condamne</em>, « Terre entière », Paris,  Plon/Cerf, 1989.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref2">[2]</a> Sur les murs de la chapelle de Vence en Provence.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref3">[3]</a> On en trouvera dans mon livre <em>Economie et Humanisme dans le mouvement de la modernité</em>, Paris, Editions du Cerf, 2004. Par ailleurs, j’ai évoqué mon itinéraire dans l’Ordre dominicain dans un entretien avec Jacques-François Vergonjeanne pour <em>Prêcheurs, Bulletin de liaison de</em> <em>la province de France,</em> n°110 de septembre 2007.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref4">[4]</a> Un ouvrage procédant d’une sélection très orientée de textes issus des Conciles et des textes papaux.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref5">[5]</a> <em>Lumen Gentium,</em>  §4.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref6">[6]</a> Les trois noms sélectionnés selon une procédure secrète menée par le nonce apostolique auprès de l’épiscopat du pays concerné et entre lesquels le pape <span style="text-decoration: underline;">doit</span> choisir le candidat finalement retenu.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref7">[7]</a> <em>Documentation catholique</em> du 15 mars 2009.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref8">[8]</a> Dicastère est le nom des ministères dans le gouvernement de la Curie romaine de l’évêque de Rome.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref9">[9]</a> §1 de <em>Gaudium et Spes</em>,</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref10">[10]</a> Sur cette histoire, C. GREMION et H. TOUZARD, <em>L’Eglise et la contraception : l’urgence d’un changement</em>, Paris, Bayard, 2006 et M. SEVEGRAND, <em>L’affaire humanae Vitae, l’Eglise catholique et la contraception</em>, Paris L’Harmattan, 2008.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref11">[11]</a> Texte complet dans <em>Documentation catholique</em>, 15 janvier 2006.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref12">[12]</a> <em>Le rêve de Compostelle : vers le restauration d’une Europe chrétienne ?, </em>Paris, Le Ceturion, 1989.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref13">[13]</a> Le plus célèbre faux de l’histoire, ce document instaurait le pape comme chef d’Etat avec un domaine de la taille de la Lombardie au cours des huitième et neuvième siècles, P. SIMONNOT, <em>Les papes</em>, <em>l’Eglise</em> <em>et l’argent</em>, <em>Histoire économique du christianisme des origines à nos jours</em>, Paris, Bayard, 2005, chapitre 8 « le pape, chef d’Etat ».</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref14">[14]</a> 1792-1878.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref15">[15]</a> 1235-1303.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref16">[16]</a> Y. Congar, <em>Mon journal du Concile,</em> 11 octobre 1962, cité par Andrea Riccardi, <em>Histoire du Concile Vatican 2</em>, tome 2,  Le Cerf, 1998,  p.32-33. </p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref17">[17]</a> Les accords du Latran désignés ainsi par Philippe Simonnot.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref18">[18]</a> Banque du pape, l’IOR (Institut des œuvres de religions) dispose actuellement d’un capital d’environ 5 milliards d’Euros, selon <em>La Croix</em> du 4 mars 2010.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref19">[19]</a> La question de l’ordination d’hommes mariés pour présidée l’Eucharistie, à laquelle une grande partie du peuple chrétien serait favorable, pratique qui existe déjà dans les Eglises orientales rattachées à Rome.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref20">[20]</a> Desclée de Brouwer, 2009.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref21">[21]</a> J.F. CHIRON, <em>L’infaillibilité et son objet</em>, Le Cerf, 1999.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/08/un-certain-11-octobre-1962-ou-vatican-2-dans-mon-itineraire-personnel-par-hugues-puel/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Mal à l&#8217;Europe, par Hervé Kempf</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/07/mal-a-leurope-par-herve-kempf/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/07/mal-a-leurope-par-herve-kempf/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 07 Mar 2010 14:10:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2314</guid>
		<description><![CDATA[Un des premiers actes notables de la nouvelle Commission européenne présidée par M. Barroso a été, le 2 mars, de briser le moratoire qui s&#8217;était instauré, en Europe, sur les autorisations d&#8217;organismes génétiquement modifiés (OGM). De quoi découlait ce moratoire ouvert en 1998 ? Du fait que les gouvernements des Etats ne s&#8217;accordaient pas pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un des premiers actes notables de la nouvelle Commission européenne présidée par M. Barroso a été, le 2 mars, de briser le moratoire qui s&#8217;était instauré, en Europe, sur les autorisations d&#8217;organismes génétiquement modifiés (OGM). De quoi découlait ce moratoire ouvert en 1998 ? Du fait que les gouvernements des Etats ne s&#8217;accordaient pas pour leur donner le feu vert. Pourquoi ne s&#8217;accordaient-ils pas ? Parce que, étant élus, ils entendaient l&#8217;hostilité ou la méfiance de la majorité des citoyens européens à l&#8217;égard de cette technologie.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Hervé-Kempf.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2316" title="Hervé Kempf" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Hervé-Kempf-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a> </p>
<p>M. Barroso &#8211; et les &laquo;&nbsp;élites&nbsp;&raquo; &#8211; juge que les citoyens ont tort. La Commission a donc choisi d&#8217;autoriser la culture d&#8217;une pomme de terre transgénique. La décision est prise sans que le collège des commissaires en ait discuté en réunion. Le dossier n&#8217;est plus géré par le commissaire à l&#8217;environnement, mais par celui chargé de &laquo;&nbsp;la santé et de la protection des consommateurs&nbsp;&raquo;, comme si la question des OGM se résumait à un enjeu sanitaire.</p>
<p>L&#8217;Autorité européenne de sécurité des aliments, sur l&#8217;avis de laquelle la Commission se fonde, est critiquée par les Etats eux-mêmes (conseil des ministres de décembre 2008). Et l&#8217;autorisation accordée concerne un OGM intégrant un gène résistant aux antibiotiques, alors que tout le débat qui a eu lieu durant les années 1990 avait conclu qu&#8217;il ne fallait pas utiliser de tels gènes &#8211; une conclusion inscrite dans la directive 2001-18 qui est censée guider les choix en la matière.</p>
<p>Déni de démocratie, volonté de se plier aux desiderata des industriels, mépris implicite d&#8217;une agriculture qui ne serait pas productiviste : voilà ce qu&#8217;est cette décision. Mais il y a plus grave encore, qui touche à l&#8217;idéal européen lui-même. Pour continuer à imposer les OGM, la Commission veut que chaque Etat puisse choisir s&#8217;il les autorise ou pas chez lui. Cela revient à diviser l&#8217;Union, à la laisser aller à hue et à dia sur une question éminemment importante, qui n&#8217;est pas de simple convenance nationale, mais implique une politique agricole commune. C&#8217;est entériner sa faiblesse, dans le sens souhaité par le &laquo;&nbsp;parrain&nbsp;&raquo; dont elle n&#8217;arrive pas à se défaire, les Etats-Unis.</p>
<p>La décision de la Commission résonne avec un autre échec, à Copenhague, lorsque l&#8217;Europe a abandonné aux Etats-Unis et aux pays émergents la conduite de la discussion sur le changement climatique. Durant les années 1990 et au début des années 2000, l&#8217;Europe commençait à trouver, par les OGM, par le climat, le chemin d&#8217;une diplomatie écologique, où elle esquissait le modèle d&#8217;un développement respectueux des humains et de l&#8217;environnement.</p>
<p>Elle est en train d&#8217;abandonner cette ambition, sans doute la seule qui lui donnait sens. Que les eurocrates et les &laquo;&nbsp;élites&nbsp;&raquo; ne s&#8217;étonnent pas si, décidément, les Européens n&#8217;adhèrent pas au conglomérat mou et soumis aux multinationales qu&#8217;ils leur imposent.</p>
<p>Auteur : Hervé Kempf (<a href="mailto:kempf@lemonde.fr">kempf@lemonde.fr</a>)<br />
Source : Le Monde, édition du 07.03.10</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/07/mal-a-leurope-par-herve-kempf/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Promouvoir la justice, par Etienne Grieu, s.j.</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/05/promouvoir-la-justice-par-etienne-grieu-s-j/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/05/promouvoir-la-justice-par-etienne-grieu-s-j/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:55:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2308</guid>
		<description><![CDATA[Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux dimensions de la justice, toutes deux indispensables et indissociables &#8212; mais distinguables malgré tout. D&#8217;abord un sens courant, qui associe la justice à des calculs bien effectués. Et un sens qui apparaît moins immédiatement, qui associe la question de la justice à celle du dévoilement des potentialités que les êtres portent.<span id="more-2308"></span> Je propose d’explorer successivement ces 2 dimensions, à partir de quoi nous reviendrons sur la question des leviers, des points d’appui, et sur ce qui se joue pour le chrétien dans ce genre de combats.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2309" title="Etienne Grieu" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg" alt="" width="360" height="480" /></a></p>
<h3>1- La justice : une rétribution proportionnelle à ce que chacun apporte</h3>
<p>Le premier versant de la question de la justice (telle qu’on l’entend habituellement), c’est finalement une question de comptes bien faits (image de la balance) &#8212; que les rétributions soient proportionnelles à ce qui a été apporté par chacun. Alors, bien entendu, dès que l’on creuse un peu, on s’aperçoit que c’est un tout petit peu plus complexe que cela, car quel critère va-t-on prendre pour évaluer une prestation ?</p>
<p>En effet, il y a différents critères possibles. Si vous prenez comme valeur phare l’efficacité, vous n’évaluerez pas une contribution de la même manière que si vous choisissez la créativité comme valeur ultime.</p>
<p><strong>a) Quels critères pour mesurer ?</strong></p>
<p>Un sociologue comme Luc Boltanski a montré qu’il y a 6 ou 7 manières différentes d’évaluer une contribution. Chacune de ces manières d’évaluer peut être associée à une vision du monde qui a sa cohérence et prétend pouvoir régenter le vivre ensemble ; c’est pourquoi il les appelle des « cités ». Ces manières d’évaluer proposent différents critères pour évaluer une prestation. Par exemple le critère :<br />
- de la créativité (est-ce que la prestation sort de l’ordinaire ?)<br />
- des relations de connivence et d’influence (est-ce qu&#8217;elle crée un lien qu’on va pouvoir faire jouer ?)<br />
- de la notoriété (est-ce qu&#8217;elle entraîne l’adhésion ?)<br />
- de ce que ça apporte quant aux règles du jeu (est-ce que la prestation aide à vivre ensemble ?)<br />
- de la rentabilité marchande (est-ce qu&#8217;elle rapporte ?)<br />
- de l’efficacité (est-ce que ça marche, est-ce qu’on avance ?)</p>
<p>La pluralité des critères possibles va entraîner disputes et compromis.</p>
<p><strong>b) Disputes et compromis</strong></p>
<p>Puisqu’on dispose de plusieurs règles graduées, il va falloir se mettre d’accord sur celle que l’on privilégie. Chaque manière de compter peut critiquer les autres manières de compter. D’où des disputes souvent complexes, qui portent simultanément sur la prestation qui a été fournie, et sur la manière de l’évaluer, sur le type de grille qu’on privilégie. Heureusement : ces manières d’évaluer ne sont pas absolument incompatibles les unes avec les autres. Entre elles, des compromis sont possibles.</p>
<p>Cet aspect de la justice qui compte, évalue et dispute n’est en aucun cas à négliger ou mépriser au nom de la foi chrétienne (comme si nous étions au dessus de ces calculs mesquins).</p>
<p><strong>c) Indispensable calcul des rémunérations</strong></p>
<p>En effet, nous avons absolument besoin de règles du jeu pour vivre ensemble :<br />
- lorsque quelques exceptions ne jouent pas le jeu, ça perturbe déjà pas mal,<br />
- si personne ne jouait le jeu, ce serait la catastrophe.</p>
<p>Si ces manières d’évaluer en vue de rémunérer nous manquaient, nous irions vers le chaos. La société deviendrait une sorte de grosse mêlée ou chacun est imprévisible pour les autres. Autrement dit, pas moyen de se mettre d’accord sur ce qu’on peut attendre de chacun, et cela parce qu’il n’y a aucun outil de mesure qui fasse référence et qui puisse être accepté par tous. A travers cette question de justice, il s’agit d’un effort de rationalisation (pas au sens d’une rationalité technique, mais de ce qui est raisonnable, de ce qui permet d’échapper au non sens).</p>
<p>C’est sans doute à cause de cette menace du chaos que personne n’osera délibérément dire qu’il faut renoncer à compter, à évaluer, à rémunérer en proportion de ce que chacun apporte. C’est pourquoi la posture du cynique n’est acceptée que de manière exceptionnelle (comme en fait une critique radicale de tous les critères sauf un, celui de l’originalité).</p>
<p>Nous sommes tous conscients de ce que la société repose sur ce type d’accords implicites que nous passons entre nous et qui permettent de vivre ensemble. En même temps, nous avons conscience aussi de la fragilité de ces accords (si l’un dit : vous ne jouez pas le jeu, vous trichez et entre dans la violence, c’en est fini). Cela dit, on peut questionner le poids donné à certains critères. Et insister sur la légitime pluralité des manières de mesurer.</p>
<p><strong>d) Refuser la survalorisation de certains critères</strong></p>
<p>Si un critère l’emportait sur les autres au point de les éliminer, n&#8217;aboutirions-nous pas à un considérable appauvrissement de l’humanité ? Actuellement, ce qui tend à l’emporter, c&#8217;est :<br />
- le critère marchand (qu’est-ce que ça rapporte ? qu’est-ce que ça vaut ? importance de l’échange monétaire)<br />
- le critère de la notoriété (est-ce que ça fait qu’on est connu, et qu’on entraîne l’adhésion ? société des médias)<br />
- le critère de l’efficacité (est-ce que ça marche ? importance de la technique)</p>
<p>Les autres critères me semblent davantage remisés dans l’ombre, et cela entraîne sans doute un appauvrissement de ce que nous faisons. Cela dit, il faut en même temps noter les limites de ce type de fonctionnement, qui accorde tant d’importance au calcul.</p>
<p><strong>e) Les limites de la justice qui calcule</strong></p>
<p>Les règles graduées nous stimulent : elles donnent envie à chacun de parvenir à être le plus performant possible à partir du critère privilégié. Mais, elles ne font que nous situer sur une échelle (elles permettent de repérer où est le curseur). Je dis de « nous situer », j’aurais dû dire de situer « ce que j’ai fait », ou « ce que nous avons fait », car en fait, ces instruments de mesure ne peuvent pas classer les personnes mais seulement leurs prestations. <strong><em>Elles ne parviennent jamais à dire la singularité d’une personne</em></strong>.</p>
<p>Mais, dans les faits, nous sommes sans doute très tentés de penser <em>comme si</em> ces règles graduées avaient le pouvoir d’évaluer la personne &#8212; comme si, en mesurant ses capacités, elles disaient la vérité sur ce qu’est cette personne. Or cela, évidemment, est faux. Car une personne est irréductible aux prestations qu’elle peut produire.</p>
<p>Conséquences :<br />
- nous sommes très souvent occupés à classer : qui est au-dessus de qui (en fonction de tel ou tel critère) ;<br />
- on est prêt à tuer père et mère pour obtenir d’être bien classé (bien évalué, conformément aux critères en vigueur). Car on pense que ce que l’on est dépend de ce classement ; on pense que c’est cela qui nous fait vivre ;<br />
- Ceux qui sont le plus souvent perdants quel que soit le critère retenu, sont socialement morts, n’existent plus, ne valent rien.</p>
<p>Ceci, traduit en termes théologique, a un nom : ça s’appelle l’idolâtrie. Une idole, c’est :<br />
- ce qui prétend donner la vie sans le faire ;<br />
- et qui énonce des exigences terribles, qui ont quelque chose de mortifère.</p>
<p>A partir de là, il ne s’agit pas de mépriser, bien entendu, cette justice qui fait des comptes. Elle est indispensable pour que nous puissions vivre ensemble. Et il convient, bien entendu, de la promouvoir en faisant droit au débat et aux disputes auxquelles elle donne lieu. Cela dit, on sent bien que cette justice qui compte ne dit pas le tout de ce que nous sommes, et que les classifications qu’elle permet d’établir peuvent être très dangereuses si l’on se met à croire qu’elles disent la vérité de ce que nous sommes.</p>
<h3>2- La justice : le plein dévoilement de ce que chacun est</h3>
<p>D’où l’importance de ne pas oublier un second versant de la question de la justice. Là, il est question moins de comptes bien faits, que du sentiment, pour chacun, d’avoir pu donner sa pleine mesure, d’avoir pu faire passer au jour, ce qu’il porte de manière secrète ou latente en lui, d’avoir pu partager au moins un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Sommes-nous ici encore dans le champ de la justice ? Oui, je le pense, car chacun sentira comme une injustice le fait de n’avoir pas pu exprimer ce qu’il est, ce qui en lui était destiné à contribuer à la vie du monde. C’est ce que des philosophes ont thématisé autour du thème de la reconnaissance (Axel Honneth, Emmanuel Renaut, Paul Ricoeur). A la limite, on pourra voir tous les conflits autour de la justice qui calcule, comme des effets d’un désir de justice plus fondamental, mais qui s’exprime plus difficilement (on a un peu honte d’avouer : je désire être reconnu).</p>
<p><strong>a) Les plus démunis radicalisent la question de la justice</strong></p>
<p>Personnellement, ce qui m’a rendu sensible à cet aspect de la question de la justice, ce sont les personnes qui connaissent la grande pauvreté. Il me semble qu’on peut dire qu’ils radicalisent la question de la justice. Ces personnes, en général, ont un sens aigu de la justice. Mais elles ne visent pas d’abord une meilleure rétribution de leurs prestations, ni ne revendiquent des gratifications proportionnelles à ce qu’elles ont apporté. En ce sens-là, elles ne se satisferaient sans doute pas d’une manière de concevoir la justice qui s’en tient à calculer à partir d’échelles de grandeurs. Elles associent en fait la justice au dévoilement de la vérité, vérité qui porte sur les êtres eux-mêmes, et qui échappe à toute mesure, à tout tableau comptable.</p>
<p>Voici un petit poème réalisé par des membres du Sappel (Chrétiens du Quart-Monde) pour un chemin de croix :</p>
<p><em>« L’oubli est présent,<br />
vie injuste,<br />
abandonnée depuis le plus jeune âge,<br />
la vérité n’est pas faite. »</em></p>
<p>Voilà, il me semble, la protestation ultime des plus pauvres. La vérité en question porte sur ce que l’on est. On ne peut pas en dire beaucoup plus, précisément, parce que cette vérité demeure masquée : ce que l’on est vraiment – que l’on peut seulement pressentir – n’a pas trouvé l’occasion de se manifester. Cette non-manifestation, ici, est associée à l’abandon : un être abandonné ne peut pas manifester ce qu’il est.</p>
<p>Le thème de la justice s’en trouve radicalisé. Il ne s’agit plus d’abord d’une affaire de rétribution à opérer correctement. Fondamentalement, il est question de faire droit à la singularité de chaque être, de lui permettre de venir au jour afin qu’il s’exprime, se manifeste, partage un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Cela peut-il se régler au terme de disputes, de négociations et de calculs ? Non, bien entendu. Car de cela, je peux espérer être mieux situé sur une règle graduée. Mais ce que je porte de singulier en moi, qui est incomparable, dont aucune évaluation ne peut rendre compte, de cela une meilleure situation dans un classement ne peut rien dire du tout.</p>
<p>C’est pourquoi sont mis en cause non seulement telle ou telle manière de compter qui n’est pas juste, mais également le fait même de compter. Aucun compte ne pourra venir à bout de ce désir de justice que nous portons (tous). La justice que l’on peut attendre de la bonne gestion des différends et des contentieux est incapable d’appeler ce que chacun porte en lui-même et qui demeure caché.</p>
<p><strong>b) Les jeux de la reconnaissance</strong></p>
<p>Les plus pauvres, parce qu’ils sont tenus en dehors de la plupart de nos jeux comptables, ne nomment-ils pas ce qui, en fait, se cherche à travers les différents conflits de justice &#8211; que chacun soit accueilli dans sa singularité, appelé à apporter, dans l’espace public, les harmoniques que lui seul peut faire entendre ?</p>
<p>Sur quoi pouvons-nous nous appuyer pour que cela puisse avoir lieu ? Nous sentons bien qu’ici, il en va de la liberté de chacun : je ne peux forcer ce type de reconnaissance. Je peux certes forcer une reconnaissance en vue d’un meilleur classement (au terme d’une épreuve où je montre ce que je vaux). Mais la reconnaissance de ma singularité ne peut s’obtenir ainsi. Elle suppose la décision d’accepter qu’à travers cette personne, quelque chose d’inouï, d’incomparable, se dit. C’est une attitude d’hospitalité : j’accueille ce que je n’ai encore jamais vu, ce que je n’avais même jamais imaginé : toi, un être unique.</p>
<p>Le ressort est du côté de la décision, de la liberté donc. Mais cette attitude d’hospitalité va souvent encore plus loin : je ne me contente pas de t’accueillir, mais je t’appelle : j’appelle ce qui en toi n’est encore jamais paru au jour, ne s’est encore jamais fait entendre. Il y a mille manières pour dire à quelqu’un : on n’a pas encore tout vu de toi ; reste à venir au jour, peut-être le plus beau, qui ne s’est pas encore dit, qui n’a pas encore trouvé le moyen de se dire ; et qui, probablement nous étonnera tous.</p>
<p><strong>c) L’existence, sous-tendue par l’hospitalité et l’appel</strong></p>
<p>L’existence, vue dans cette perspective, n’est pas avant tout sous-tendue par le règlement des différends. La venue au jour de chacun est rendue possible par un jeu d’hospitalité (j’accueille en toi l’être inouï qui se présente), et d’appel (j’appelle en toi ce qui n’est pas encore venu au jour, que je ne connais pas, que je pressens, et qui nous étonnera tous).</p>
<p>Cette hospitalité et cet appel sont des attitudes risquées (je ne sais pas comment tu vas être) ; c’est un engagement vis-à-vis de toi, qui est sans condition préalable. Je ne dis pas : &laquo;&nbsp;je t’accueille ou je t’appelle à condition que tu fasses ça et ça&nbsp;&raquo;. En ce sens, on n’est pas du tout ici dans le registre précédent, où l’on devait tout  mesurer &#8212; voir si telle prestation a été bien rémunérée. Ici, on ne cherche pas d’abord cela, et l’on n’a pas besoin de calculer.</p>
<p>Ce qui nous fait exister comme être singulier, c’est donc d’abord ce genre d’attitude qui accueille et qui appelle, sans condition préalable, sans terme prévu, capable de perdurer malgré les non réponses (Dieu sait qu’en général, les réponses se font attendre), pardonnant.</p>
<p><strong>d) Un accueil et un appel qui passent par bien des canaux</strong></p>
<p>Cet effet d’appel, par quoi est-il porté ? On pourrait dire : avant tout par des proches (parents, amis, éducateurs). Et c’est vrai que c’est extrêmement important ; on s’en rend compte a contrario : lorsque nous avons été mal accueillis, ou mal appelés, cela laisse des blessures pour toute la vie.</p>
<p>Cela dit, il ne s’agit pas que d’une question de rapports interpersonnels. Tout d’abord parce que ces rapports interpersonnels sont eux-mêmes en partie formatés par la société dans laquelle nous vivons (les règles du jeu qu’on se donne : ex : placement des enfants ; et plus largement, la physionomie de la famille – élargie, nucléaire, etc.). Donc ces rapports ne tiennent pas tout seul en l’air ; ils sont portés par un substrat de rapports sociaux.</p>
<p>Et puis cet accueil et cet appel, peut également passer par des médiations instituées : une institution comme l’école, le système éducatif, est bien chargé, à l’échelle d’une société, de donner consistance au désir que nous avons que les plus jeunes trouvent leur place et expriment quelque chose de ce qu’ils sont. Pour aller à l’extrême, quelque chose qui paraît totalement anonyme comme un numéro de sécurité sociale, ça dit quand même, sous une forme très assourdie : &laquo;&nbsp;on tient à toi ; tu existe pour nous ; et pour cela, on s’engage pour que tu sois soigné quand tu es malade&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Cet accueil et cet appel de l’être singulier que nous sommes est également porté par des médiations complexes. C’est pourquoi il y a aussi une dimension politique de ce type de reconnaissance. Ceci apparaît clairement lorsqu’on réfléchit à ce qui se passe par exemple pour les jeunes des banlieues ; voilà sans doute des groupes sociaux – enfant issus de l’immigration maghrébine ou africaine – que nous n’avons pas vraiment accueillis ; et que nous appelons encore moins.</p>
<p>Les signes que nous leur faisons percevoir sont le plus souvent du type : on a peur de vous ; on ne sait pas quoi faire avec vous ; ou pire : on sait déjà ce que vous valez, et que ce n’est pas grand-chose. Tout cela passe par des paroles (le mot « racaille », par exemple, est suffisamment explicite), par des décisions (une manière d’organiser le service de la justice – un type d’intervention de la police) et par une ambiance qui se diffuse (« zones de non droit »).</p>
<p>Cela dit, bien entendu, on ne peut pas attendre de la seule instance politique qu’elle porte cet appel.</p>
<h3>3- Le jeu des deux composantes de la justice</h3>
<p>A partir de là, on peut se demander : comment les deux dimensions de la question de la justice vont jouer ensemble ? Plusieurs interprétations sont possibles, plusieurs options possibles.</p>
<p>On peut tout simplement passer totalement sous silence tout ce que j’ai mis sous le thème de l’accueil et de l’appel. Et considérer que l’on se fait soi-même (soi seul). C’est le mythe du <em>self made man</em>. L’idéologie sous-jacente ? Ce qui apparaît de ce que nous sommes est le simple fruit de notre effort ; en conséquence, il faut l’attribuer à notre mérite personnel, et il est normal qu’il soit rémunéré en conséquence. Ici, on a seulement besoin de la justice qui mesure et pas de la justice qui appelle (car ce qui surgit de neuf chez un être ne dépend en rien de nos manières de nous rapporter les uns aux autres).</p>
<p>On peut considérer aussi que l’accueil et l’appel sont confinés aux rapports interpersonnels ; dans ce cas, on reportera sur les familles et le réseau des proches, la question de l’accueil et de l’appel. Et une fois sorti de cette sphère, on considère qu’on ne peut plus rien faire.</p>
<p>Troisième option : on considère que l’accueil et l’appel font partie aussi de la responsabilité de la société. Et dans ce cas, on se demande comment leur donner consistance. On va chercher à ce que la justice ne se contente pas de rémunérer au mieux les prestations fournies par chacun, mais que chacun soit appelé à apporter la contribution singulière qu’il porte &#8212; et qui en même temps lui échappe, car il demeure en partie un mystère pour lui-même.</p>
<p><strong>a) Comme Chrétiens : à quoi sommes-nous appelés ?</strong></p>
<p>La réponse est dans ma question : j’ai employé le terme « appelé » ; c’est un <em>tic de langage</em> chrétien. Mais il est révélateur de quelque chose d’extrêmement important : comme chrétiens, nous pensons l’existence en termes de réponse à un appel. Pour cela, nous avons en tête les figures d’Adam (où es-tu ?), d’Abraham, de Samuel, des prophètes, des disciples : tous sont appelés. Nous plaçons clairement l’existence dans la réponse à un appel. Et un appel qui n’est pas seulement ponctuel ; un appel qui ouvre une alliance (une alliance, c’est un accueil et un appel qui se prolonge indéfiniment dans le temps). C’est cela qui est fondamental dans la relation à Dieu.</p>
<p>Cela dit, en même temps, vient une loi, avec des interdits, des choses à faire, bref des exigences &#8212; et en plus, des avertissements (si tu ne respectes pas la loi que je te donne, il va t’arriver des bricoles). Avec la loi, on va pouvoir reconnaître clairement des choses, et faire la distinction entre ce qui permet de répondre à Dieu, et ce qui l’empêche.</p>
<p>On entre ici dans la zone des échanges où l’on rétribue, où l’on compte. Mais la loi est sous-tendue par l’engagement de Dieu. On peut se reporter au décalogue (Ex 20) : ça commence par : « je suis Yahvé ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Voilà ce qui est premier, ce qui appelle à la vie. Et la loi donnée <em>ensuite</em>, comme ce qui permet de répondre à cet engagement de Dieu (« tu n’auras pas d’autre dieux devant moi, tu ne te feras aucune image sculptée… »).</p>
<p><strong>b) La tradition chrétienne : une prise de position par rapport aux deux composantes de la justice</strong></p>
<p>Alors bien sûr, on pourra être tenté de donner le premie rôle à la loi &#8212; à faire de l’échange calculé ce qui dit la vérité sur qui l’on est. Dans ce cas, on fait de la loi ce qui est la source de notre existence. La tradition chrétienne tranche ce débat de manière claire : la vie et la mort du Christ disent à quel point l’engagement de Dieu est sans condition préalable. Puisqu’il va jusqu’à s’y risquer lui-même.</p>
<p>Le débat sera tranché, en un certain sens, par le Christ et la tradition chrétienne : l’alliance est fondamentalement un engagement de la part de Dieu, qui est sans condition préalable ; et les éléments de loi que Dieu donne sont provisoires et ils ont une fonction pédagogique (nous aider à articuler notre réponse à Dieu).</p>
<p>A noter cependant que les deux éléments sont indispensables : un engagement sans condition vis-à-vis d’un autre, sans qu’il y ait entre nous aucun élément de contrat (où l’on mesure), peut facilement dériver vers quelque chose de fusionnel, ou bien vers une emprise de l’un sur l’autre.</p>
<p>C’est pourquoi la loi est indispensable : elle rappelle ce que l’on attend de la part de chacun ; elle souligne l’importance des échanges ; elle permet la réciprocité ; elle donne des médiations concrètes par lesquels l’engagement sans condition se dit ; elle permet d’éveiller une liberté, de mesurer la capacité à répondre, à tenir ses engagements, d’enregistrer les progrès, etc. La loi est donc très importante (et donc l’aspect de la justice qui mesure). Mais elle n’est pas fondamentale. Ce n’est pas cela qui constitue le socle de la relation avec Dieu : le socle, c’est l’engagement sans condition de la part de Dieu.</p>
<p>La justice qui calcule est indispensable, mais elle ne peut prétendre assumer à elle-seule la question de la justice. En fait, elle joue pleinement son rôle lorsqu’elle est la médiation par laquelle l’appel à l’existence et l’accueil de chacun se dit.</p>
<p><strong>c) A partir de là, revisiter quelques thèmes connus</strong></p>
<p>A partir de là, on retrouve un certain nombre de thèmes qui nous sont connus :</p>
<p>- « <em>Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir</em> ». Ici, Jésus souligne que la justice qui fait ses comptes ne peut pas être évacuée (elle ne peut être abolie), mais elle est accomplie au sens où est bien mise en place sa vraie fonction : porter l’appel à l’existence et l’accueil de chacun. C’est-à-dire, être comme le rappel de l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité et de ce qu’il nous est possible d’y répondre.</p>
<p>- « <em>Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens</em> ». Ici, on voit bien les deux dimensions de la justice, avec la tentation de s’en tenir à la justice qui compte ; elle est plus commode, plus simple et avec elle on peut avoir l’impression d’être quitte.</p>
<p>- « <em>Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi</em> » (Rm 13, 8 ) : la loi est accomplie quand on aime ; ceci peut se comprendre si l’on se souvient que la loi est là pour signifier l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité, qui est un appel et un accueil (autres termes pour dire l’amour). La loi rappelle, signifie l’amour de Dieu, elle lui donne consistance concrète ; et en même temps, elle indique des chemins pour répondre à cet engagement de Dieu. Elle est accomplie lorsque nous nous mettons dans les mêmes dispositions que Dieu, vis-à-vis de tous nos frères : lorsque nous répondons à Dieu en adoptant sa propre manière d’être (marquée notamment par l’engagement sans condition vis-à-vis de l’autre, attitude d’accueil et d’appel ; autres mots pour amour).</p>
<p>La méditation de ce qui se passe entre l’humanité et Dieu dans la Bible permet de distinguer le jeu de deux éléments en toute relation : 1) un engagement sans condition préalable et sans autre réponse à la question « pourquoi » que : &laquo;&nbsp;parce que c’est toi&nbsp;&raquo; ; 2) des échanges qui peuvent se mesurer (et là il y a d’autres « parce que »).</p>
<p>Le premier élément est fondamental. C’est lui qui donne la vie. Ce sont les engagements sans condition de tous ceux qui nous disent : je tiens à toi ; nous t’appelons ; on n’a pas encore tout vu de ce que tu portes. Le second élément est indispensable mais pas fondamental. Ce n’est pas lui qui donne la vie. Il est là comme une aide pour que chacun trouve sa manière singulière de répondre au don de Dieu.</p>
<h3>Conclusion : Quels points d’appui ou leviers ?</h3>
<p>Cette vision insiste beaucoup sur le fait que la justice, ce n’est pas seulement des calculs bien faits, mais c’est aussi l’accueil et l’appel de chaque être. Du coup, nous savons que nous ne verrons pas la fin de ce combat : car le mystère que chacun est, n’est jamais totalement dévoilé. Nous n’en avons jamais fini de nous révéler.</p>
<p>Cela situe le combat pour la justice du côté de l’utopie (non pas au sens négatif de quelque chose de totalement irréaliste ; mais au sens positif d’un ce vers quoi que nous n’atteindrons jamais, mais qui nous fait avancer).</p>
<p>Cela incite à refuser d’absolutiser les combats pour la justice qui calcule. Parfois on a l’impression que dans les calculs bien faits se trouvent la solution à tous les maux ; or quand on raisonne ainsi, on fait de cette justice une idole, et de fait, on est souvent prêt à lui sacrifier énormément.</p>
<p>Cela empêche de considérer les combats comme des luttes à mort ; car si chacun doit être appelé à l’existence, c’est vrai aussi de mon adversaire ; invite à sortir de l’imaginaire de la purification, dans lequel j’identifie l’adversaire à l’impur qu’il faut éliminer, pour préserver l’espace que je suppose pur en moi.</p>
<p>Cela invite à ne pas <em>zapper</em> les combats pour que les calculs soient faits le mieux possible (la justice du Royaume ne peut pas venir recouvrir des comptes tordus).</p>
<p>Mais plus précisément que ces grands rappels, je crois que cette vision permet de faire le rapport entre des actions en apparence anodines, tout à fait à notre portée, et des enjeux beaucoup plus larges : finalement il s’agit d’un même combat, pour que nous nous engagions dans l’accueil et l’appel de l’autre (nos proches, les générations plus jeunes ; l’étranger ; le migrant). Je ne sais pas si cela donne des points d’appui et des leviers ; mais en tout cas, c’est l’incitation à une certaine manière de vivre les nécessaires combats à mener pour la justice.</p>
<p><strong>_____________________________________________</strong></p>
<p><strong>Extraits des débats avec la salle</strong></p>
<p>Q. Témoignage d’un travail avec des visiteurs de prisonniers qui souligne l’importance de l’écoute et du travail d’apprentissage à l’écoute.</p>
<p>E.G. On a des réflexes qui consistent à évaluer une personne et à prononcer des jugements : c’est le plus facile, ce qui nous vient en premier. L’écoute c’est l’accueil de la personne telle qu’elle est, c’est plus risqué parce qu’on ne sait pas trop ce qui va arriver, vers quoi ça nous entraîne. Mais quand on a développé son goût à l’écoute on y trouve aussi richesse et intérêt : comprendre comment un être se développe.</p>
<p>Q. Les PDG qui s’octroient des salaires pharamineux et dont on dit « ils les valent bien », ou pire encore quand il s’agit de footballers ou des chanteurs : une insulte pour les autres</p>
<p>E.G. On est là en face d’un phénomène de même nature que celui des bulles spéculatives. A partir du moment où tout le monde pense qu’il faut miser sur telle personne, sur telle valeur, on en fait augmenter la valeur, jusqu’à ce que ça prenne des proportions folles. Une société humaine sans régulation fonctionne ainsi parce que nous avons en nous le réflexe spontané d’imiter ce que font les autres. Une société laissée livrée à elle-même va ainsi vers toutes sortes de bulles : engouements, modes… Il faut réguler, d’où l’importance du politique qui édicte des règles du jeu pour le vivre ensemble et permet de contrôler ce genre de choses.</p>
<p>Ceci va à l’encontre de la pensée libérale : « laissez tout faire et ça s’harmonisera » ; non, parce que si on laisse tout faire le phénomène du mimétisme conduit à la bulle. Cela a été très bien analysé par un anthropologue comme René Girard qui montre que ce phénomène du mimétisme est profondément ancré dans l’humanité ; ou encore par Jean-Pierre Dupuis dans le champ économique.</p>
<p>Il faut des régulations.</p>
<p>Q. Dans l’évaluation de « ce que je vaux » comment prendre en compte tout ce qui m’est apporté dès ma naissance par tous ceux qui m’ont précédé ? Cela n’a-t-il pas à voir avec notre identité ?</p>
<p>E.G. Oui, on doit accepter de reconnaître que ce que l’on est on ne l’a pas fait soi-même : on le doit à tous ceux qui nous ont appelés à l’existence. Nous sommes tentés de le passer sous silence et de penser que nous nous sommes faits nous-mêmes ; et la publicité joue là-dessus « ma banque c’est moi » ; « parce que je le vaux bien »… Elle fait entendre le message « vous êtes à la source de vous-mêmes », ce qui est faux. La tradition chrétienne dit « la vie, ça se donne » ; ça se reçoit et ça se donne.</p>
<p>Q. Deux exemples de situations engendrées par le manque de courage. Dans l’Eglise : on a comme critère de choix, par exemple des évêques, des gens « bien gentils » qui ne font pas de vagues. Dans le monde politique on évite les mesures tout à fait nécessaires qui auraient des conséquences négatives sur le plan électoral. On manque ainsi les rendez-vous de l’histoire.</p>
<p>E .G. Appeler chacun avec la singularité qu’il porte a un côté risqué, qui va mettre de la différence. Dans l’Eglise, on a souvent peur de la différence, peur du conflit. Quelqu’un comme saint Paul n’avait pas peur du conflit ; on le voit quand il remonte les bretelles à celui qu’on considère aujourd’hui comme le premier pape, saint Pierre, et cela fait tout à fait partie de la tradition chrétienne.</p>
<p>Avoir peur de s’engueuler, veut dire qu’on ne vit pas la communion : on s’évite mutuellement.</p>
<p>Q. Peut-on faire l’économie d’une révolution, dans le sens où il appartiendrait aux citoyens de réinstituer les sociétés dans lesquelles ils se trouvent ? Les institutions d’aujourd’hui contribuent à maintenir le monde tel qu’il est, à préparer les individus à la violence du monde, à la compétition, la lutte de tous contre tous.</p>
<p>E.G. La situation du monde, avec tous les problèmes qu’a révélés la crise, problèmes du fonctionnement de l’économie, de la non régulation de la finance, les problèmes écologiques extrêmement graves qui vont entraîner rapidement des conséquences pour des millions de personnes, appelle de manière très urgente de nouveaux modes de régulation. Comment les mettre en place ? Faut-il miser sur les opinions, les politiques en place, les contourner ? Le Forum social mondial était un essai pour faire cristalliser quelque chose à partir de la base. Faut-il faire pression sur les élus, faire des propositions nouvelles que les politiques puissent reprendre à leur compte ? Je pense qu’il faut attaquer dans tous les sens.</p>
<p>Le problème c’est que, très souvent, on sait que la catastrophe va arriver, et on ne fait rien du tout. La question est très grave.</p>
<p>Q. Je voudrais relever l’énorme gâchis éducatif dans lequel nous nous trouvons. Spontanément, beaucoup d’enfants veulent être au service des autres, les autres pouvant même être des animaux. Quand ils arrivent sur le marché du travail, on leur fait vite comprendre qu’il ne s’agit pas d’être au service des autres mais de gagner plus qu’eux, quand ce n’est pas aux dépends des autres. Quand ils arrivent dans le milieu professionnel, on ne tient aucun compte de leurs qualités humaines, ni même de leurs compétences ou de ce qu’ils exercent bien leur travail ; on leur demande de faire du chiffre et de remplir le tiroir-caisse du patron.</p>
<p>E.G. Ceci plaide pour chercher d’autre voies pour aider les jeunes à exprimer ce désir de service des autres qu’ils ont en eux. Il s’exprime par exemple par l’engouement – peut-être critiquable par ailleurs sur certains points – pour l’humanitaire. On doit s’interroger sur l’évolution très grave du monde du travail. Peut-on imaginer des sursauts, des prises de conscience ? Peut-être à travers ces suicides dans l’entreprise prend-on conscience qu’on ne peut pas faire n’importe quoi avec les salariés. Il faut des instances où les salariés se font entendre et, à mon avis, le syndicat est une instance incontournable.</p>
<p>Q. L’école a un rôle important, quand dans l’école les jeunes se sentent appelés. Toute recherche pédagogique est essentielle pour l’évolution sociale. Lorsque les jeunes se sentiront appelés, dans l’école, on aboutira à une révolution.</p>
<p>E.G. J’ai un copain qui a travaillé la question de la pédagogie. Quand on demande les valeurs que les enseignants veulent transmettre, peu font référence à l’histoire, à la mémoire ; on est dans une pédagogie qui occulte l’histoire. Et il s’est mis à enseigner la physique et les mathématiques en montrant beaucoup plus comment les grands savants avaient émis leurs hypothèses, les difficultés, les risques qu’ils avaient pris, au lieu de présenter un savoir comme intemporel, et il a constaté que cela débloquait plein de choses. C’est important parce que le trésor dont on dispose aujourd’hui nous a été transmis. Cela donne des racines, des assises plus solides.</p>
<p>Q. Comment accède-t-on au meilleur de soi ?</p>
<p>E.G. Cela passe par des liens privilégiés, relations interpersonnelles, nos parents, nos amis ; une ambiance qui permette à chacun de révéler qui il est, de s’exprimer par la confiance établie. Pour un chrétien quelque chose se joue dans la lecture de l’Evangile et dans la relation au Christ. A travers ce qu’il découvre du visage du Christ, quelque chose de lui-même lui est révélé dans une relation personnelle avec le Christ. Des figures instituées peuvent nous appeler. Je souhaite un développement des ministères qui ne soit pas limités aux seuls prêtres ; je vois dans la concentration des ministères dans la personne du prêtre une analogie avec la musique liturgique dans laquelle l’orgue joue à lui seul tous les instruments.</p>
<p>Q. Et ceux qui se mettent contre la loi pour aider les migrants ? la loi qui met des bâtons dans les roues de la Cimade.</p>
<p>E.G. C’est la transgression. Elle nous oblige à reconnaître que l’on ne peut rien savoir de la situation des autres et à reconnaître qu’il y a des principes de fraternité. On a là un bon exemple de dépassement de la loi.</p>
<p>Q. La loi peut souvent engendrer le légalisme desséchant ; Jésus critique la loi. Quant aux lois de l’Eglise fabriquées par les humains, elles trahissent.</p>
<p>E.G. A propos de l’institution : les choses ne marchent pas trop mal quand il y a un jeu entre ce qu’apporte chacun et l’institution. Si l’institution devient sclérosée, qu’elle empêche l’expression de chacun, elle ne joue pas son rôle. Mais s’il n’y avait pas d’institution, on serait condamné à tout réinventer à partir de zéro. L’institution donne une durée, une expansion possible aux intuitions. On peut la comparer à un texte écrit, un texte qui porte des choses précieuses. Si on lit mal comme un robot, il ne parle plus. Comment faire pour habiter les institutions, les faire vivre ? Ce texte a été complété par les apports des autres. Il doit accepter d’être modifié, enrichi et qu’une partie de lui-même ne soit plus réactivée à certains moments.</p>
<p>A ce propos E.G. commente l’initiative « Diaconia 2013 » :</p>
<p>Cette manifestation a été relayée aux Semaines Sociales en novembre dernier. Il s’agit de répondre aux inquiétudes de beaucoup dans l’Eglise de France sur un repli su soi, sur le culte et la piété au détriment des engagements sociaux. On a quelques points d’applique précieux avec la dernière encyclique : l’engagement social est constitutif de l’Eglise, cela fait partie du cœur de l’Eglise. Je ne serai pas étonné que l’on commence à voir les limites de l’option traditionaliste, que l’on commence à voir dans l’Eglise, au niveau des instances dirigeantes, que cela a des côtés dangereux et contreproductifs pour l’Eglise.</p>
<p>En France il y a eu un trésor d’engagements des gens du côté d’ATDQM. Il y a des gens qui ont vécu des choses très fortes, qui ont beaucoup de choses à apprendre à L’Eglise. Pour donner consistance à cela, il y a l’idée d’un rassemblement en 2013 qui s’appellerait « Diaconia 2013 » (http://www.diaconat.cef.fr/breves/diaconiat2013-1.html), un peu comme ce qui avait eu lieu en 2007 autour de la catéchèse, mais ici autour de la diaconie. C’est une manière de revisiter la théologie sous-jacente à l’engagement social, avec ce terme un peu nouveau.</p>
<p>François Soulage (Président du Secours Catholique – Caritas France) est moteur dans « Diaconia 2013 » ; autour des problématiques suivantes : comment la dimension de la solidarité peut être mise au cœur de la vie de l’Eglise et pas sous-traitée par des spécialistes ; que ce soit l’affaire de toute la communauté ; retrouver un contact régulier avec des personnes en situation de précarité. A signaler des créations de ces dernières années comme par exemple « Réseaux de veilleurs », « Voyage de l’espérance » etc.</p>
<p><strong>________________________________________</strong></p>
<p><strong>Des lectures pour en savoir plus :</strong></p>
<p>- « Un lien si fort – Quand l’amour de Dieu se fait diaconie » de E. Grieu, Ed. L’Atelier (2009).</p>
<p>- « Qui es-tu pour m’empêcher de mourir ? » de Gilles Rebèche, Ed. L’Atelier (2010).Une expérience très intéressante dans l’Eglise de France (dans le Var) et facile à lire.</p>
<p>______________________________________________</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de Nous Sommes Aussi l&#8217;Eglise, 24 janvier 2010</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/05/promouvoir-la-justice-par-etienne-grieu-s-j/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres, par Hans Küng</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/05/pour-lutter-contre-la-pedophilie-abolissons-le-celibat-des-pretres-par-hans-kung/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/05/pour-lutter-contre-la-pedophilie-abolissons-le-celibat-des-pretres-par-hans-kung/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:11:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2304</guid>
		<description><![CDATA[Les abus sexuels massifs auxquels des membres du clergé catholique se sont livrés sur des enfants et des adolescents, des Etats-Unis jusqu&#8217;à l&#8217;Allemagne en passant par l&#8217;Irlande, ne portent pas seulement à l&#8217;Eglise catholique un énorme préjudice en matière d&#8217;image. Ils sont également révélateurs de la crise profonde dans laquelle celle-ci se débat.
Pour la Conférence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les abus sexuels massifs auxquels des membres du clergé catholique se sont livrés sur des enfants et des adolescents, des Etats-Unis jusqu&#8217;à l&#8217;Allemagne en passant par l&#8217;Irlande, ne portent pas seulement à l&#8217;Eglise catholique un énorme préjudice en matière d&#8217;image. Ils sont également révélateurs de la crise profonde dans laquelle celle-ci se débat.</p>
<p>Pour la Conférence épiscopale allemande, c&#8217;est son président, l&#8217;archevêque de Fribourg, Robert Zollitsch, qui a pris publiquement position. Qu&#8217;il ait qualifié ces cas d&#8217;abus sexuels de &laquo;&nbsp;crimes odieux&nbsp;&raquo; et que, par la suite, dans sa déclaration du 25 février, la Conférence épiscopale ait demandé pardon à toutes les victimes, voilà certes un premier pas en direction d&#8217;un retour à l&#8217;ordre ; mais il devrait être suivi par d&#8217;autres. La déclaration de Mgr Zollitsch n&#8217;en comporte pas moins de très sérieuses erreurs d&#8217;appréciation qu&#8217;il faut dénoncer.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2305" title="HKung" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg" alt="" width="300" height="402" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/2009/03/hans-kung.jpg"></a></p>
<p>Première affirmation : les abus sexuels dus à des prêtres n&#8217;ont rien à voir avec le célibat. Objection ! Il est certes incontestable que ce genre d&#8217;affaire se produit aussi dans des familles, des écoles, des associations et également au sein d&#8217;Eglises où la règle du célibat des prêtres n&#8217;existe pas. Mais pourquoi le phénomène est-il à ce point massif justement dans les Eglises catholiques dirigées par des hommes non mariés ? Bien entendu, ces déviances ne sont pas exclusivement à porter au débit du célibat.</p>
<p>Mais celui-ci est structurellement l&#8217;expression la plus frappante de la relation crispée qu&#8217;entretient la hiérarchie catholique avec la sexualité, celle-là même qui détermine son rapport à la question de la contraception et à bien d&#8217;autres.</p>
<p>Il suffit pourtant d&#8217;ouvrir le Nouveau Testament : si Jésus et Paul ont préféré, à titre exemplaire, ne pas se marier pour rester au service de l&#8217;humanité, ils n&#8217;en ont pas moins laissé à l&#8217;individu une liberté de choix totale en la matière. Dans l&#8217;Evangile, le célibat ne peut être considéré que comme une vocation librement consentie (Charisma) et non comme une loi universellement contraignante. Paul s&#8217;est porté en faux contre ceux qui, autrefois déjà, soutenaient qu&#8217;&nbsp;&raquo;il est bon pour l&#8217;homme de s&#8217;abstenir de la femme&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;A cause des débauches, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari&nbsp;&raquo; (Ire épître aux Corinthiens, 7, 1 et suivants), leur répondait l&#8217;apôtre. D&#8217;après la Ire épître à Thimothée, &laquo;&nbsp;aussi faut-il que l&#8217;épiscope soit irréprochable, mari d&#8217;une seule femme&nbsp;&raquo; (3, 2).</p>
<p>Pierre, ainsi que les autres disciples du Christ, ont été mariés tout au long de leur apostolat. Cela a été le cas, de nombreux siècles durant, pour les évêques et les prêtres de paroisse, ce qui, comme chacun sait, se perpétue aujourd&#8217;hui dans les Eglises d&#8217;Orient, y compris chez les uniates restés liés à Rome, et dans l&#8217;orthodoxie dans son ensemble, au moins pour ce qui est des prêtres. C&#8217;est bien le célibat érigé en règle qui contredit l&#8217;Evangile et la tradition du catholicisme primitif. Il convient donc de l&#8217;abroger.</p>
<p>Deuxième affirmation : il est &laquo;&nbsp;totalement erroné&nbsp;&raquo; de rapporter ces cas d&#8217;abus sexuel à une faille dans le système de l&#8217;Eglise. Objection ! Le célibat n&#8217;était pas encore en vigueur pendant le premier millénaire de l&#8217;ère chrétienne. En Occident, il a été institué au XIe siècle sous l&#8217;influence de moines (qui, eux, étaient des célibataires par choix). On le doit au pape Grégoire VII, celui-là même qui a contraint l&#8217;empereur du Saint Empire romain germanique à s&#8217;agenouiller devant lui à Canossa (1077), et cela en dépit de l&#8217;opposition virulente du clergé italien et plus encore du clergé allemand.</p>
<p>En Allemagne, d&#8217;ailleurs, trois évêques seulement ont osé promulguer le décret papal. Les prêtres protestataires se comptaient alors par milliers. Dans une pétition, le clergé allemand a demandé &laquo;&nbsp;si le pape ne connaissait point la parole du Seigneur : &laquo;&nbsp;Qui peut comprendre, qu&#8217;il comprenne !&nbsp;&raquo;" (Matthieu 19, 12). Dans ce seul et unique passage concernant le célibat, Jésus plaide en effet pour le caractère volontaire de cette réforme du mode de vie.</p>
<p>La règle du célibat devait donc devenir &#8211; en même temps que l&#8217;absolutisme papal et le renforcement du cléricalisme &#8211; un pilier essentiel du &laquo;&nbsp;système romain&nbsp;&raquo;. Contrairement à ce qui a cours dans les Eglises d&#8217;Orient, le clergé occidental, ainsi voué au célibat, apparaît de ce fait comme complètement séparé du peuple chrétien : comme une classe sociale dominante singulière, fondamentalement au-dessus des laïcs, mais totalement soumise à l&#8217;autorité pontificale romaine. Or l&#8217;obligation du célibat constitue aujourd&#8217;hui la cause principale du déficit catastrophique en prêtres, de l&#8217;abandon &#8211; lourd de conséquences &#8211; de la pratique de la communion et dans bien des cas de l&#8217;effondrement de l&#8217;assistance spirituelle personnalisée.</p>
<p>Une évolution que l&#8217;on dissimule, par la fusion des paroisses, derrière l&#8217;euphémisme d&#8217;&nbsp;&raquo;unités d&#8217;assistance spirituelle&nbsp;&raquo; que l&#8217;on confie à des curés déjà totalement surchargés. Quelle est pourtant la meilleure formation pour les générations futures de prêtres ? L&#8217;abrogation de la règle du célibat, racine de tous les maux, et l&#8217;ouverture de l&#8217;ordination aux femmes. Les évêques le savent bien, mais encore faudrait-il qu&#8217;ils aient le courage de le dire à haute et intelligible voix. Ils auraient pour eux la grande majorité de la population et aussi les catholiques, dont tous les sondages récents montrent qu&#8217;ils se prononcent en faveur du mariage des prêtres.</p>
<p>Troisième affirmation : les évêques ont suffisamment endossé de responsabilités. Que désormais des mesures d&#8217;explication et de prévention aient été adoptées est une initiative louable. Mais l&#8217;épiscopat ne porte-t-il pas la responsabilité de décennies de pratiques de camouflage des cas d&#8217;abus sexuel, qui ont eu souvent pour seul effet le déplacement du délinquant, ne visant qu&#8217;à renforcer la chape de plomb ? Ceux qui, hier, ont étouffé les scandales, sont-ils aujourd&#8217;hui les plus qualifiés pour faire toute la lumière ? Une commission indépendante ne serait-elle pas une meilleure option ?</p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, presque aucun évêque n&#8217;a reconnu sa complicité. Pourtant, chacun pourrait arguer qu&#8217;il n&#8217;a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements (&laquo;&nbsp;Epistula de delictis gravioribus&nbsp;&raquo;). Les cas d&#8217;abus sexuels y étaient placés sous &laquo;&nbsp;secret pontifical&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;Secretum pontificium&nbsp;&raquo;) et classés comme offense relevant d&#8217;une punition ecclésiastique.</p>
<p>L&#8217;Eglise ne devrait-elle donc pas attendre du pape aussi, en collégialité avec les évêques, un mea culpa ? Et cela lié &#8211; en guise de réparation &#8211; avec la possibilité que la règle du célibat, mise sous le boisseau au concile Vatican II, soit enfin librement et ouvertement reconsidérée. Avec la même franchise pour aborder enfin de front la question des abus sexuel eux-mêmes, il faudrait s&#8217;attaquer à la discussion de sa cause essentielle et structurelle : la règle du célibat. Voilà ce que les évêques devraient proposer fermement et sans ambages au pape Benoît XVI.</p>
<p><strong>Auteur : Hans Küng, théologien (dernier ouvrage paru : <em>Mémoires II : une vérité contestée</em>, éd. du Cerf, 732 p., 48 €).<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Nicolas Weill<br />
Source : Le Monde, édition du 05.03.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/05/pour-lutter-contre-la-pedophilie-abolissons-le-celibat-des-pretres-par-hans-kung/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La force attractive de l’Evangile et les possibles de l’Histoire, par Claude Geffré, o.p.</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/03/la-force-attractive-de-l%e2%80%99evangile-et-les-possibles-de-l%e2%80%99histoire-par-claude-geffre-o-p/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/03/la-force-attractive-de-l%e2%80%99evangile-et-les-possibles-de-l%e2%80%99histoire-par-claude-geffre-o-p/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:49:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2299</guid>
		<description><![CDATA[Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en théologie (1973-1974), professeur d&#8217;herméneutique et de théologie des religions (1988-1996) à l&#8217;Institut catholique de Paris. En 1996, il devient directeur d&#8217;Ecole biblique et archéologique de Jérusalem et fait un mandat de trois ans.<span id="more-2299"></span> Depuis 1972, il a été aussi professeur invité dans plusieurs facultés de théologie : Bruxelles , Sherbrooke, Fribourg, Québec, Atlanta, Kinshasa, Ottawa et Yaoundé. Dans la scène théologique contemporaine, Geffré est le promoteur d&#8217;une pratique herméneutique de la théologie, ainsi qu&#8217;il explique dans son livre Le christianisme au risque de l&#8217;interprétation, publié dans la collection &laquo;&nbsp;Cogitatio Fidei&nbsp;&raquo; qu&#8217;il a dirigée aux Éditions du Cerf à partir de 1970. Il se propose de &laquo;&nbsp;rendre plus intelligible et plus signifiant pour aujourd&#8217;hui le langage déjà constitué de la Révélation&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2300" title="Claude Geffré" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a> </p>
<p>Je parle volontiers des « possibles de l’Histoire ». C’est le point de rencontre entre un dessein historique qui nous est fait, une liberté humaine, au vu d’une initiative créatrice. Et il n’y a pas quelque chose de nouveau à l’horizon de l’Histoire sans un pôle d’attraction qui est l’Evangile. Quelles pourraient être alors les initiatives des chrétiens comme force attractive de l’Evangile au service de nos sociétés ?</p>
<h3>1- Une histoire profondément ambiguë</h3>
<p>L’avenir du troisième millénaire est indécidable et nous sommes devenus sceptiques à l’égard des théologies et des philosophies de l’Histoire.</p>
<p>Le processus de désacralisation, de sécularisation qui coïncide avec l’avènement de la modernité comprise comme victoire de la raison critique, a engendré un formidable espoir. Mais les possibilités illimitées du progrès technique et scientifique n’ont pas toujours été réalisées et il est difficile de triompher des fatalités de l’Histoire et d’améliorer la condition humaine. Surtout après le cruel XXe siècle, il est certain que la foi dans les projets de la raison est sérieusement ébranlée. La modernité n’a pas tenu ses promesses et le fameux désenchantement du monde a surtout engendré un désenchantement du mythe du progrès. L’idéal d’une société sans classes s’est achevé avec l’effondrement du monde soviétique. La religion païenne de la race a conduit à la pure faillite de la raison et de la civilisation occidentale avec Auschwitz.</p>
<p>En dépit des conquêtes religieuses, l’homme du troisième millénaire a de plus en plus de mal à maîtriser les effets pervers de la techno science. On connaît les conclusions alarmantes des experts en matière d’environnement, de manipulations génétiques, de destruction écologique. Et nous sommes de plus en plus conscients de l’échauffement climatique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’homme est telle que c’est l’avenir même de l’espèce humaine dans le village planétaire qui est menacé.</p>
<p>Ou bien nous aurons la sagesse de modifier le processus en cours, ou bien nous périrons tous. C’est pourquoi notre responsabilité historique ne concerne pas seulement les conditions d’une vie harmonieuse dans une société de demain, mais la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la terre.</p>
<p>Ainsi, plus que jamais, l’Histoire est sous le signe de l’ambiguïté.</p>
<p>Mais qui dit ambiguïté, dit qu’il faut laisser l’avenir ouvert et qu’il ne faut pas trop céder à une vision apocalyptique de l’Histoire. Comme aime à le dire Edgar Morin, « l’improbable est possible ». Les prévisions les plus sombres des experts sont quelquefois démenties. On a pu le vérifier par exemple à propos de l’impossibilité de maîtriser la croissance galopante de la population mondiale. Certains parlent déjà d’une chute programmée de la fécondité qui est en lien direct avec l’éducation des femmes dans le monde. Nous ne devons donc pas désespérer des promesses du génie humain pour remédier aux effets pervers du progrès dans le domaine de la pollution, de la lutte contre la faim, de la victoire remportée contre des pandémies comme le sida. Nous ne connaissons pas toutes les ressources des libertés humaines quand elles se mobilisent pour renverser le cours de l’Histoire.</p>
<p>C’est d’autant plus vrai, si l’on se souvient que l’humanité est entrée dans son âge planétaire qui est aussi celui de la mondialisation.</p>
<p>L’ambiguïté même de l’histoire au seuil du troisième millénaire, c’est celle-là même du phénomène de la mondialisation. Il dépend justement de la bonne volonté des hommes qui engendre ou le pire ou au contraire favorise le meilleur.</p>
<p>Force est bien de constater que, actuellement, telle qu’il fonctionne sous le signe de la loi du libre marché, le système Terre est plutôt générateur de misère pour les trois-quarts de l’humanité. Qui peut en effet accepter avec résignation que 20% de la population mondiale détienne 83% des richesses disponibles de la Terre, alors que les 20% les plus pauvres survivent difficilement avec 1,4% des ressources naturelles ?</p>
<p>Ou bien encore,comment supporter l’idée qu’au début du XXIe siècle des millions d’enfants meurent chaque année avant l’âge de 5 ans. Et en dehors de cette injustice criante, il faudrait aussi souligner les retombées déshumanisantes d’un certain modèle uniforme de culture. On a pu parler d’un macdonalisme culturel qui, grâce au réseau médiatique toujours plus performant, s’étend à l’ensemble de la planète et peut provoquer l’érosion des cultures locales originaires.</p>
<p>Pourtant, cette dérive mortifère de la mondialisation n’est pas une fatalité. Comme le pressentent les défenseurs de l’altermondialisme, on devrait pouvoir exploiter les chances réelles du phénomène de globalisation à l’intérieur du village planétaire. La famille humaine a pris en effet une conscience nouvelle de son unité. Elle devient solidaire face à son destin et l’interdépendance nécessaire des Etats, comme la rapidité de l’information, favorisent l’émergence d’une conscience universelle dans la défense des droits de l’Homme et la défense des droits de la Terre.</p>
<p>Face au désordre structurel du marché mondial, face aux catastrophes naturelles, face aux menaces écologiques, face à la violation systématique des droits de l’Homme, la souveraineté jalouse des Etats devra céder devant la souveraineté supranationale de la communauté mondiale.</p>
<p>Non seulement notre vision de l’Histoire a dépassé un éthocentrisme occidental post-colonial, mais on ne peut plus considérer l’Histoire comme histoire des libertés en dehors de l’histoire de la planète et de l’ensemble du cosmos.</p>
<h3>2 – Le rêve de Dieu sur l’Histoire</h3>
<p>Face à l’ambiguïté fondamentale de l’Histoire, nous ne disposons comme chrétiens d’aucun secret sur l’issue de l’aventure humaine ou sur le destin de la planète Terre, perdue dans l’immensité du cosmos.</p>
<p>Mais dans la foi, nous connaissons au moins le projet, le rêve de Dieu quand il a pris le risque de faire surgir du néant des libertés créées.</p>
<p>L’existence humaine n’a de sens qu’en fonction de cet avenir absolu qu’est la vie en Dieu et avec Dieu. C’est précisément cette espérance qui donne tout son prix et tout son sérieux à l’histoire humaine.</p>
<p>En dépit de son caractère inscrutable – et c’est pourquoi je dirais qu’il n’y a pas de philosophie de l’Histoire, il n’y a même pas de théologie de l’Histoire – l’Histoire tend vers son accomplissement. Elle tend vers cet avenir qu’est le Royaume de Dieu, là où Dieu sera tout en tous. Il s’agit d’un au-delà de l’Histoire qui, bien sûr, relativise toute réalisation concrète ici-bas.</p>
<p>Mais l’Histoire est tout autre chose que le cadre extérieur de notre aventure personnelle spirituelle, notre aventure dans l’ordre de la charité. Elle est au sens fort une histoire du salut, non seulement comme échange vital avec Dieu, mais aussi comme guérison de tout l’Homme et même de la Création en tant que Terre habitable.</p>
<p>Ainsi, Dieu se fait complice du temps pour réaliser son dessein créateur sur l’Homme, au point d’épouser en Jésus-Christ la condition humaine pour triompher de la mort et de toutes les formes de mort.</p>
<p>Le fondement radical de l’espérance chrétienne devant l’inconnu de l’Histoire, c’est la mémoire du Christ, mort et ressuscité.</p>
<p>Toutes les religions sont à leur manière des religions de salut, au moins en ce sens qu’elles cherchent à guérir l’Homme de sa finitude et de lui procurer une immortalité au-delà de la mort. Qu’est-ce qui fait la singularité du christianisme dans le concert des religions du monde ? Qu’est-ce qui fonde notre confiance dans le christianisme parmi les religions du monde ? Quel est l’avenir du christianisme en dépit d’un certain affadissement quantitatif et qualitatif des Eglises institutionnelles, surtout en Occident ? Je dirais que c’est la complicité intime du christianisme comme religion et l’humain authentique. Ce qui est au cœur du christianisme, en effet, c’est le paradoxe de l’incarnation, l’avènement de Dieu dans l’Homme. C’est l’inauguration la plus radicale d’une alliance, d’un pacte d’amitié entre Dieu et l’Homme. Désormais, on ne peut plus séparer le visage de Dieu et le visage de l’Homme.</p>
<p>Durant des siècles et plus précisément depuis le concile de Latran de 1215, la pensée théologique était surtout soucieuse d’affirmer la dissemblance toujours plus grande de Dieu par rapport à l’Homme. Aujourd’hui, en fonction des menaces qui pèsent sur l’avenir de l’Homme, nous devons méditer sérieusement sur l’humanité toujours plus grande de Dieu, et sur sa manière de traiter avec notre inhumanité.</p>
<p>Jésus, dans son interprétation de la religion d’Israël, a mis fin à la violence du sacré ; non seulement le sacré des sacrifices rituels, mais le sacré d’un Dieu encore violent, un Dieu tout autre, qui se définit surtout en termes de toute-puissance, de perfection et d’éternité. Si le christianisme est fidèle à son génie propre, fidèle à la religion de Jésus, alors il peut être une religion d’avenir dans la mesure où il rejoint en tout être humain l’aspiration à se libérer de toutes les aliénations, l’aspiration à un sacré, mais un sacré non-violent, qui peut contribuer à apaiser la violence de l’humain.</p>
<p>Trop longtemps la pensée chrétienne, au moment où elle insistait sur le caractère proprement temporel du messianisme d’Israël, a spiritualisé à l’excès le messianisme de Jésus, comme s’il n’avait aucune portée réelle sur le cours de l’Histoire. Mais face aux injustices criantes et même aux crimes de l’Histoire des hommes, c’est le mérite de la pratique et de la pensée de l’Eglise de la seconde moitié du 20ème siècle d’avoir redécouvert la dimension messianique du christianisme, c’est-à-dire la puissance de transformation qu’implique l’annonce en paroles et en actes du Royaume de Dieu.</p>
<p>Les exégètes et les théologiens depuis une cinquantaine d’années ont montré en particulier comment l’eschatologie du Nouveau Testament transforme sans les abolir les promesses du Premier Testament qui annonce l’avènement d’un royaume de justice et de paix sur cette terre.</p>
<p>Le Royaume annoncé par Jésus n’est pas de ce monde, mais il peut déjà avoir son anticipation dans les chemins de l’Histoire. Certes, le messianisme de Jésus est paradoxal, car il se solde par l’échec de la croix. Il ne fait pas reculer apparemment la violence de l’Histoire, il en est la victime ; mais justement dans sa mort il démasque cette violence et il démontre de manière prophétique que seule la non-violence peut mettre un terme au cycle toujours recommencé de la violence.</p>
<p>Est-ce à dire que l’Eglise est condamnée à l’impuissance face à l’injustice des hommes, dans l’attente du jugement de Dieu ? Non, car la mémoire de la passion du Christ est une mémoire dangereuse pour tous ceux qui se font les complices des puissances du mal. Ce qu’on a appelé à la suite des théologiens d’Amérique latine « l’option préférentielle pour les pauvres » tend à devenir l’option de beaucoup d’Eglises chrétiennes, catholiques ou non, surtout ailleurs qu’en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Elle manifeste bien que l’espérance chrétienne dans un au-delà de l’Histoire n’est pas étrangère aux espoirs concrets de toue les opprimés.</p>
<p>Comme je l’ai déjà dit, la libération des hommes est une partie intégrante du salut, le salut ne se définissant pas uniquement par la réconciliation de l’homme pécheur avec Dieu. C’est assez dire que la responsabilité historique de tous les disciples de Jésus, les chrétiens mais aussi tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui vivent sans le savoir de l’esprit de Jésus, qui font sans le savoir les gestes de l’Evangile, ont comme vocation de faire en sorte que l’Histoire ait une figure humaine. Mais à l’exemple de Jésus ils savent qu’ils ne peuvent pas faire triompher la justice en utilisant les armes du pouvoir et de la violence. Camus nous a dit des choses importantes là-dessus quand il disait qu’entre sa mère et la justice des hommes, il préférait sa mère.</p>
<h3>3 – Qu’est-ce que ce serait qu’écrire une histoire à visage humain ?</h3>
<p>De quoi parle-t-on quand on parle des « possibles de l’Histoire » ? Le sens global de l’Histoire nous échappe. Mais nous donnons déjà un sens à chaque fragment de l’Histoire chaque fois que nous luttons avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté contre l’injustice et contre l’absurde.</p>
<p>L’Eglise ne dispose pas d’une recette magique pour construire un autre monde plus juste, plus convivial. Mais l’avenir demeure ouvert et le fondement de l’espérance chrétienne c’est la certitude que l’Esprit de Dieu est toujours au travail pour renouveler la face de la Terre. Chaque fois que nous mettons en œuvre la praxis de Jésus comme pratique d’humanisation et de libération, nous donnons un visage humain à l’Histoire et nous anticipons le règne de Dieu parmi les hommes.</p>
<p>J’ai déjà évoqué ce que j’appelle « les possibles de l’Histoire », c’est-à-dire des promesses qui peuvent devenir des réalités si, dans la fidélité à l’Evangile, les chrétiens sont capables d’initiatives créatrices.</p>
<p>Je voudrais simplement suggérer quatre dimensions qui peuvent favoriser l’émergence d’un autre monde possible.</p>
<h4>a- Une nécessaire purification de la mémoire</h4>
<p>Quand nous nous retournons vers les vingt siècles de christianisme qui se sont déroulés nous découvrons à côté d’actions admirables une certaine inefficacité pratique de l’idéal évangélique sur le cours de l’Histoire. Il n’y a pas seulement les occasions perdues, la déchirure de la chrétienté, le schisme d’Orient, les croisades, l’exclusion des juifs, les guerres de religion à la suite de la Réforme, la traite des noirs, mais aussi ce que j’appellerai la perversion même de l’Evangile au nom de la défense de la vérité et au nom d’une certaine conquête missionnaire. Et c’est le mérite de l’Eglise du XXe siècle, surtout sous le pontificat de Jean Paul II d’avoir invité les chrétiens à un travail de purification de la mémoire et d’avoir commencé à emprunter un chemin de repentance et de conversion. Mais une telle démarche n’est porteuse d’avenir que si elle s’accompagne d’un travail de discernement historique sur les causes qui ont pu favoriser ces dérives de l’idéal chrétien.</p>
<p>On doit en particulier s’interroger sur la fausse légitimation du prosélytisme au nom des droits absolus de la vérité révélée et au mépris des droits de la conscience individuelle. De ce point de vue, on n’a pas fini de méditer sur la portée de la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Celle-ci proclame que la vérité ne peut s’imposer que sur la force propre de la vérité. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer comme un signe des temps le nouveau dialogue entre les religions, de même que ce dialogue avec les religions avait été précédé par un dialogue plus fraternel avec les différentes confessions chrétiennes. Les autres religions et le christianisme lui-même comprennent mieux au-delà de leurs querelles ancestrales que les religions ne sont pas au service d’elles-mêmes mais qu’elles doivent être à la mesure des grandes causes qui sollicitent la conscience humaine universelle. Surtout face aux défis actuels de la mondialisation, c’est la chance du dialogue interreligieux de favoriser une émulation réciproque des religions au service de la justice, au service de la paix et de l’émergence progressive d’une communauté humaine plus conviviale.</p>
<h4>b- Le respect de l’humain véritable</h4>
<p>Face au danger de déshumanisation du processus actuel de mondialisation, les témoins de l’Evangile ont une vocation de contre-culture et doivent travailler avec d’autres à la recherche de promotion de l’humain authentique, d’une certaine épaisseur humaine.</p>
<p>Nous ne savons pas très bien ce qu’est le contenu de l’humain véritable, mais nous savons de mieux en mieux ce qui va contre l’humain dans les sociétés modernes. L’Eglise ne peut pas prétendre imposer un programme éthique ou un programme politique de manière autoritaire. Mais elle doit continuer à témoigner avec force de sa vision de l’Histoire en débat avec d’autres instances morales et politiques. Face aux questions redoutables que pose le désordre économique du monde, les nouvelles techniques dans l’ordre de la reproduction de la vie humaine, nous ressentons avec urgence le prix de ce qu’on peut appeler une éthique globale à l’échelle planétaire. Le dialogue des grandes religions entre elles est déjà un élément positif pour l’avenir de la communauté mondiale. Mais la quête tâtonnante d’un monde alternatif est liée aussi à l’interpellation réciproque de morales à fondement religieux et des éthiques séculaires. Il n’y a pas de dialogue entre les religions qui ne soit traversé par un dialogue avec ce qu’est l’humanisme secrété par la conscience humaine universelle.</p>
<p>Toutes les religions, à commencer par le christianisme, doivent être à l’écoute des appels de la conscience humaine universelle en matière d’aspirations légitimes de l’Homme. Aspirations en termes de liberté et de bonheur. J’ose même dire que toutes les religions qui, soit dans leur doctrine, soit dans leur pratique sont proprement inhumaines doivent sérieusement interpréter leurs textes fondateurs et leurs traditions. Mais à l’inverse, je pense que les instances éthiques purement séculières doivent prendre en compte la sagesse des traditions religieuses quant à leur vision de l’Homme. Il n’est pas sûr en effet que l’éthos moderne, l’éthos des médias, l’éthos hédoniste et consommateur véhiculé par les médias favorisent l’avènement d’une mondialisation à visage humain.</p>
<p>C’est en particulier la responsabilité des croyants des trois grandes religions monothéistes de faire la preuve qu’il n’y a pas de contradiction frontale entre la quête d’un Dieu personnel et le respect de l’humain véritable.</p>
<h4>c- La loi de surabondance</h4>
<p>Beaucoup de chrétiens s’interrogent sur l’originalité de leur vocation, de leur témoignage et de leur action dans la mesure où ils n’ont pas le monopole des initiatives dans le sens de la justice et de la solidarité. Il faut se réjouir en particulier des succès de toute la vie associative, des succès du monde de l’humanitaire, surtout chez les jeunes. Et c’est vrai que dans nos sociétés sécularisées il y a encore beaucoup de gens qui sont prêts à respecter au moins ce qu’on appelle la « règle d’or » que Jésus lui-même a rappelée, à savoir : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».</p>
<p>Quand même, c’est un peu comme si la quasi-religion des Droits de l’Homme – certains le pensent – aurait pris le relais des anciennes traditions religieuses des religions historiques. Or les crimes contre l’humanité de l’histoire passée et de l’histoire présente suffisent à nous convaincre de la fragilité de la conscience humaine laissée à elle-même, à ses intérêts ou à ses démons intérieurs. Il apparaît de plus en plus que même dans les Etats dits de droit, comme nos démocraties occidentales, une société qui ne serait régie que par les règles strictes de la justice deviendrait vite irrespirable.</p>
<p>Il faut faire sa place à une culture de l’amour ou de la culture de la justice. En un mot, au-delà des règles de la justice, qui sont des règles d’équivalence, d’identité, c’est le cas de la justice distributive, il faut savoir se réclamer d’une autre logique, celle de la loi de la surabondance qui nous renvoie au paradoxe de l’Evangile. Un autre monde est possible si on tient compte de cette logique de l’amour gratuit, du pardon, de la compassion, qui fait en sorte que, au-delà de la stricte égalité de la justice, le plateau de la balance penche en faveur des plus défavorisés. C’est en tout cas le plus sûr moyen d’écrire une Histoire à visage humain qui travaille secrètement dans le sens du Royaume de Dieu.</p>
<p>Jean Paul II, dans ses derniers discours concernant la paix au moment du 1er janvier avait coutume de répéter qu’il n’y a pas de paix sans justice et qu’il n’y a pas de justice sans pardon, sans qu’on compromette pour autant les droits.</p>
<p>Les initiatives de pardon ne sont pas seulement des initiatives sous le signe de la bonté et de la charité ; elles ont une efficience proprement politique et sont parfois la seule issue devant des conflits interminables.</p>
<h4>d- Une justice écologique</h4>
<p>Pour la première fois nous découvrons qu’il ne suffit pas de défendre les Droits de l’Homme si nous ne respectons pas en même temps les Droits de la Terre. Certains parlent déjà de ce possible que serait une justice écologique ou encore une mondialisation écologique.</p>
<p>Les pouvoirs de la science et des technologies sont tels que nous pouvons commettre des crimes contre l’identité du génome humain et contre les équilibres qui peuvent assurer la permanence d’une vie humaine sur Terre.</p>
<p>Des gaz à effet de serre ne cessent de croître, alors qu’un certain nombre d’Etats, comme le montre l’échec de la Conférence de Copenhague, les Etats les plus puissants du monde que sont les Etats-Unis ou la Chine, refusent de ratifier un certain nombre d’accords. La question clé pour le monde de demain, c’est l’autolimitation du pouvoir humain. Comment prévenir les effets pervers de ce que nous vivons, de ce que nous expérimentons aujourd’hui, comment faire en sorte que la Terre soit encore habitable par les générations qui nous suivent ? On est tenté ici de rappeler ce nouvel impératif moral mis en avant par le philosophe Hans Jonas dans son livre « Principe de responsabilité » et qu’il formulait comme ceci : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la Terre ».</p>
<p>Face à l’éventualité d’une catastrophe écologique à l’échelle planétaire, notre confiance spontanée dans l’avenir, dans la vie, dans l’être doit être relancée par notre confiance dans le Dieu de la tradition biblique. L’homme moderne, nous le savons, a pour vocation d’être un co-créateur avec Dieu en vue de rendre la Terre habitable : c’est l’enseignement des premiers livres de la Genèse. Mais la transformation et l’exploration des ressources de la terre par le travail ne doivent pas céder au vertige d’une démesure prométhéenne. Et de même que Dieu s’est reposé le 7e jour, l’homme du troisième millénaire doit faire l’apprentissage de ce qu’on peut appeler une sagesse sabbatique, celle de la gratuité, de la retenue, de la frugalité, du silence, de la louange et de l’émerveillement devant la création, en dépit des catastrophes, comme celle que nous continuons de vivre en Haïti.</p>
<p>Ce n’est pas là un luxe réservé à quelques-uns. Il en va de la survie même de l’humanité ; et dans le respect que nous avons de la page blanche de l’Histoire, nous sommes invités de plus en plus à essayer d’écrire une Histoire à visage humain.</p>
<h3>4 &#8212; La justice de l’Evangile au service de l’avenir de l’Europe</h3>
<p>En ce début du XXIe siècle, le scandale de la migration pose un problème éthique fondamental et celui d’une mondialisation qui creuse de plus en plus la fracture entre le premier monde et les autres mondes, la fracture entre les pays riches et les pays les plus pauvres. Finalement, c’est le phénomène de la tension entre, on pourrait dire, l’intérêt d’une nation particulière et le bien commun de l’ensemble de la communauté mondiale. Cela, c’est un problème de justice fondamental ; c’est la tension entre particulier et universel. Comment concilier l’intérêt bien compris d’une nation particulière et le bien commun évident de l’ensemble de la communauté mondiale ? En tout cas, l’accueil des migrants, l’accueil des travailleurs étrangers, ne peut être posé en dehors des cadres de l’Union européenne au sein de la communauté mondiale. On peut espérer, même si c’est très difficile, combiner l’Union européenne avec ce qu’on voudrait faire exister, l’union méditerranéenne. Même si l’Europe politique est toujours en panne, la construction européenne n’a de sens qu’en fonction d’une éthique de responsabilité, d’une éthique de partage, comme aimait à le rappeler Jacques Delors. L’ouverture vers les autres est le fondement même de la construction européenne. Et s’il y a bien encore une utopie qui puisse mobiliser la jeunesse des 27 pays de l’Union européenne, c’est bien l’idée d’une société plurinationale, qui soit pluri-religieuse, pluriculturelle et qui soit exemplaire dans la perspective d’une communauté mondiale. Une gouvernance mondiale qui tienne compte à la fois de la souveraineté des Etats, qui tienne compte aussi de la multiplicité des ONG, des associations qui essayent d’intervenir par rapport aux urgences de tel ou tel pays, comme l’épreuve d’Haïti nous en donne l’exemple aujourd’hui. Comment le droit d’ingérence peut s’articuler avec le respect des souverainetés nationales ? De même qu’il n’y a pas de nation européenne, il n’y a pas d’identité culturelle européenne : c’est une mosaïque de cultures, toutes européennes et toutes avec des traits propres. L’Europe est à la fois plurinationale, pluriculturelle, pluri-religieuse. Il n’y aura pas d’Etats-Unis d’Europe comme il y a des Etats-Unis d’Amérique, dans la mesure où dans le cadre des Etats-Unis, chaque Etat est à l’intérieur d’une nation américaine tandis que l’Europe doit tenir compte de la diversité et du respect de chaque nationalité.</p>
<p>Il me semble en tout cas important de se souvenir que le respect de l’étranger – c’est un problème de justice – appartient non seulement à la tradition judéo-chrétienne, mais aussi à la tradition musulmane, qui considère l’hospitalité comme un devoir sacré. Comme dans tout dialogue authentique, c’est l’autre, dans son altérité, qui me révèle ma propre identité et peut-être me faut-il découvrir grâce à cela, grâce à l’autre mon infidélité par rapport à mon propre moi.</p>
<p>Il convient de réfléchir sur un dialogue qui cultive le sens de la différence, un dialogue qui tente non pas à l’assimilation mais à l’acceptation de la différence.</p>
<p>Il y a un vieux principe qui rencontre la philosophie grecque, qui est au fond inséparable de la philosophie de l’identité, qui veut que le semblable puisse reconnaître le semblable, et c’est cela qui conduit à l’assimilation, et c’est la mentalité qui est sous-jacente à la conquête coloniale et trop souvent aussi aux formes de stratégie missionnaire de l’Eglise.</p>
<p>Il faut aussi resituer un autre principe, qui a sa source dans la tradition biblique, à savoir que le semblable reconnaît l’autre dans sa différence.</p>
<p>Certains historiens aujourd’hui parlent d’un humanisme judéo-chrétien qui, je crois, est d’un grand prix pour l’avenir de l’Europe, pour l’avenir de la communauté mondiale. Nous sommes à l’âge de la fin de l’eurocentrisme, c’est une chance, c’est donc la vocation historique de l’Europe de dépasser une mauvaise conscience post-coloniale et de lutter contre les effets négatifs d’une certaine mondialisation culturelle monolithique.</p>
<p>Je pense qu’il y a une spécificité de l’esprit européen ; elle est au point de rencontre des traditions bibliques et de l’esprit critique qui est un héritage tout à la fois de la Grèce et de l’âge des Lumières. On peut dire que tout au long de l’aventure coloniale, de l’épopée coloniale, les Européens n’ont exporté qu’un esprit européen tronqué, à savoir un appétit de domination, la maîtrise technique de la nature, le mépris des cultures locales.</p>
<p>Alors, je sais bien que l’Europe ne peut pas s’empêcher de chercher à maîtriser le flux des migrants qui ne cessent de frapper à sa porte, mais on ne peut pas accepter que l’Europe ne cherche pas des moyens d’accueillir ceux qui risquent leur vie pour pouvoir subsister et connaître une vie proprement digne.</p>
<p>Je termine sur cette idée que nous avons à faire l’apprentissage, en Europe en général et en France en particulier, de ce que pourrait être – puisqu’il s’agit du problème d’intégration, des problèmes d’identité – une citoyenneté complexe, qui cumule les exigences d’une identité citoyenne, une identité laïque, avec les identités culturelles et religieuses d’une population diversifiée.</p>
<p>Autrement dit, au-delà de l’assimilation à la manière républicaine de la France et au-delà du communautarisme tel qu’on le trouve dans les pays anglo-saxons, il faut essayer de réfléchir à ce que pourrait être une intégration sociale des étrangers, et c’est pourquoi je parle d’une citoyenneté complexe qui concilie l’exigence de l’identité française, sous le signe de la laïcité républicaine, et les exigences aussi des retombées culturelles des diverses traditions religieuses.</p>
<p>Quand on pose le problème de la justice au nom de l’Evangile, c’est probablement la vocation des chrétiens de rappeler qu’il s’agit avant tout de concilier l’intérêt légitime de ce que peut être une appartenance ou une communauté nationale avec de plus en plus la conscience de notre appartenance à une communauté proprement mondiale ; et je serais tenté, sans tomber dans le triomphalisme, de dire que , selon l’enseignement du concile de Vatican II, d’une certaine façon, si l’Eglise était fidèle à sa véritable vocation, elle devrait être le sacrement de l’unité du genre humain. Il ne s’agit pas de dire que l’Eglise pourrait être le modèle de ce que serait dans l’avenir une communauté mondiale : mais elle peut être le sacrement de l’unité au sens où – si elle était fidèle à l’idéal évangélique – ce serait une unité qui intègre des différences, qui légitime les différences. Autrement dit, il faut viser non pas à l’uniformité, mais à l’unanimité dans la foi et dans la confiance dans l’avenir.</p>
<h3>Extraits des débats avec la salle</h3>
<h4>Question : Qu’entendez-vous par « sagesse sabbatique » ?</h4>
<p>Réponse de Claude Geffré : Dieu se repose le 7ème jour. C’est le refus de l’idéologie de la rentabilité grâce au travail, du « travailler plus pour gagner plus ». C’est une certaine retenue. Ce n’est pas de la paresse ou de l’oisiveté. Ne pas être aliéné par son travail, ne pas être esclave du temps</p>
<h4>Q. : Où est la loi de surabondance dans l’encyclique « l’amour dans la vérité » où l’on trouve surtout un discours intellectuel et pas d’engagement pratique ?</h4>
<p>R. : Vous parlez du conflit entre la vérité et la pratique. On ne peut opposer vérité et pratique. Dans l’encyclique, il s’agit de dépasser le pragmatisme, qui doit être éclairé par l’intelligence de la foi, et donner des raisons à la contribution de l’Eglise.</p>
<p>Si l’on pense à la doctrine sociale de l’Eglise, on voit que ce sont des principes qui ne sont pas tellement honorés, réalisés dans la pratique quotidienne.</p>
<p>Il y a une grande distance entre l’idéal et la réalisation pratique ; une divorce entre l’ordre de la vérité et l’ordre du bien. On est surpris qu’un grand philosophe comme Heidegger ait pu dans son agir passer à côté de la réfutation d’horreurs comme l’idéologie de la race. C’est une des manifestations du nihilisme moderne : fabriquer des idéologies sans se rendre compte qu’elles sont mortifères. Légitimer tous les moyens pour obtenir le résultat.</p>
<p>Le christianisme montre qu’on doit lutter contre le mal, mais pas avec les armes de la violence. Il faut apaiser la violence de l’Histoire, par une non-violence active, qui a une efficacité. C’est une contribution possible du christianisme aujourd’hui, sa vocation prophétique. Le Christ crucifié, fidèle à la parole de miséricorde de Dieu et qui refuse de prendre les moyens de la violence pour instaurer la paix.</p>
<h4>Jésus a mis fin à la violence du sacré. Et la religion de Jésus ?</h4>
<p>Il y a religion et religion…</p>
<p>Jésus a mis fin à l’automatisation du sacré pour la sanctification et la purification de l’Homme. C’est la foi qui justifie (et c’est déjà dans le judaïsme, c’est la foi d’Abraham) et non l’application rigoureuse et automatique de tous les commandements.</p>
<p>La religion de Jésus, c’est le culte en vérité et en esprit de Dieu. Les vrais adorateurs du Père sont ceux qui se confient totalement dans la miséricorde de Dieu.</p>
<p>La nouvelle Alliance a mis fin au judaïsme dans la mesure où il serait simplement sous le signe de la loi et du culte à partir du sacrifice, du sacrifice sanglant. Mais la nouvelle Alliance ne fait qu’accomplir la première Alliance. Il n’y a pas de rupture puisque le message de Jésus rejoint ce qui est écrit dans le Décalogue, et finalement c’est l’amour de Dieu et du prochain.</p>
<p>Il est difficile de parler de la religion de Jésus. Mais je pense que, dans votre question, vous sous-entendez le christianisme. Il y a une religion de Jésus qui est l’attitude vis-à-vis de son Père, la prière, ce qu’il appelle dans son entretien avec la Samaritaine « le culte de Dieu en esprit et en vérité ».</p>
<p>Mais le christianisme, c’est une religion historique qu’il faut traiter comme toute religion instituée, avec une doctrine, des dogmes, des sacrements. Le christianisme a mis fin à la religion juive en tant que rite, sacrifice, obligation légale etc. Mais le christianisme a été lui-même à l’origine d’une religion originale où malgré tout la tension entre l’esprit et la lettre est beaucoup plus forte que dans les autres religions. Il y a à l’intérieur du christianisme, comme le disait Karl Barth – et comme le disent souvent les protestants – une sorte de nécessité, d’appétit de réforme perpétuelle. Parce qu’aucun enseignement, aucun rite ne dispense d’aimer. Tout est ramené à cet impératif de la charité. Et ça c’est très fort dans le christianisme, plus que dans d’autres religions qui sont davantage sous le signe de la loi ou sous le signe d’une certaine exubérance de dévotion, de culte, de rite…</p>
<p>Et ce fut la vocation du protestantisme de rappeler à cette réforme intérieure de l’Eglise, tentée parfois de judaïser, de tomber dans un certain pharisaïsme, c’est-à-dire dans l’obéissance formelle à des commandements.</p>
<h4>Où en est-on avec la théologie de la libération ?</h4>
<p>La théologie de la libération n’a plus en Amérique latine le succès qu’elle avait il y a 20 ans. Ce qui s’accompagne d’un moindre rayonnement des Communautés de Base.</p>
<p>La théorie et la pratique de cette théologie a été indissociable d’une période sous le signe de la dictature militaire. C’était au service d’une libération surtout des plus pauvres. Dans la mesure où le Brésil tend à devenir une démocratie, les CDB sont moins des communautés militantes dans le sens d’une efficacité sociale et politique que des communautés de prière qui recherchent davantage la consolation de Dieu et pas simplement un dynamisme pour changer la vie sociale.</p>
<p>Il y a le succès des nouvelles églises pentecostales. Alors que les théologies de la libération ont bien insisté sur les pauvres comme interlocuteurs privilégiés de Dieu, souvent les communautés nouvelles mettent comme horizon la prospérité ; faire en sorte que les hommes sans travail, aliénés par la drogue, retrouvent une certaine dignité. Ce n’est plus la lutte pour la libération des pauvres, c’est la lutte pour la libération intérieure des personnes. Et dans la tradition protestante le fait de trouver du travail, même le fait de gagner de l’argent, c’est plutôt une bénédiction de la part de Dieu. Donc, il n’y a pas la même valorisation du pauvre comme tel. Critiquables car sous le signe de l’émotionnel, ces communautés sont aussi très généreuses. La collecte y est une véritable entraide</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de NSAE, 23 janvier 2010<br />
Merci à Lucienne Gouguenheim pour la retranscription écrite de cette conférence.</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/03/la-force-attractive-de-l%e2%80%99evangile-et-les-possibles-de-l%e2%80%99histoire-par-claude-geffre-o-p/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>&#171;&#160;La fin est proche&#160;&#187;, les agriculteurs ont le moral en berne</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/03/la-fin-est-proche-les-agriculteurs-ont-le-moral-en-berne/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/03/la-fin-est-proche-les-agriculteurs-ont-le-moral-en-berne/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:26:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2296</guid>
		<description><![CDATA[Des revenus en berne, une course contre l&#8217;endettement
6,50 euros par jour pour vivre, par Marie-Claire Le Tessier
Arrivés à la fin de trente-cinq ans de carrière d&#8217;exploitants agricoles et après avoir installé notre fils, il y a cinq ans, nous vivons dans la misère. Mon mari et moi prélevons 1 200 euros par mois, sur lesquels [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Des revenus en berne, une course contre l&#8217;endettement</h2>
<h3>6,50 euros par jour pour vivre, par Marie-Claire Le Tessier</h3>
<p>Arrivés à la fin de trente-cinq ans de carrière d&#8217;exploitants agricoles et après avoir installé notre fils, il y a cinq ans, nous vivons dans la misère. Mon mari et moi prélevons 1 200 euros par mois, sur lesquels nous payons chaque mois nos assurances privées (maison et santé, 240 euros), le prêt et les frais pour la voiture (424 euros), l&#8217;eau (25 euros) et l&#8217;électricité (120 euros). Cela fait 809 euros au total, il nous reste 391 euros pour deux soit 195 euros chacun, soit 6,50 euros par jour.</p>
<p>Depuis le mois de mai je ne paie plus mes fournisseurs (entreprises agricoles, vétérinaires, frais d&#8217;entretien usuels) ni la mutuelle. Par contre, les banques se servent allègrement en frais de rejet et impayés à chaque prélèvement automatique faute d&#8217;argent sur le compte. Je suis à découvert ; le mois dernier, le prélèvement pour l&#8217;électricité a été rejeté. Si demain on me coupe le courant, comment vais-je traire mes cinquante vaches ? Est-ce normal de vivre dans cette situation en travaillant soixante heures par semaine ? Tous les docteurs attestent la fatigue de mon corps, car je travaille à ce rythme depuis l&#8217;âge de 16 ans, soit quarante ans. Comment croyez-vous que l&#8217;on peut avoir le moral ?</p>
<h3>Je me lève pour rien, par Romain Pasquier</h3>
<p>Au début, on pense que l&#8217;on est épargné par la crise. Puis les bulletins de paie du lait arrivent, ils sont de moins en moins gros. Les bennes de blé ne valent plus de l&#8217;or et les ventes d&#8217;animaux ne rattrapent pas les pertes. Depuis décembre, je ne me verse plus de salaire, car je dois 100 000 euros à un fournisseur et je continue à rembourser des emprunts. Alors on dilapide le peu d&#8217;épargne que l&#8217;on a, on décapitalise le cheptel bovin, on vend le matériel quitte à en louer si besoin et on cherche à baisser le plus possible les coûts de production. On va finir par demander le RSA un peu comme des miséreux et on se retrouve avec une entreprise de plus de 700 000 euros de valeur qui ne peut même plus dégager de revenu malgré toutes les subventions que l&#8217;on obtient&#8230;</p>
<p>Ce ne sont que des chiffres, sauf qu&#8217;on entend le téléphone sonner la peur au ventre, si c&#8217;est un créancier qui veut son argent et que je ne peux lui donner, et que ça me donne des migraines de savoir que je me lève pour rien.</p>
<h3>Je n&#8217;aurais jamais cru vivre ça, par Daniel Mercuzot</h3>
<p>Je suis producteur de céréales en Côte-d&#8217;Or, dans une région à très faible potentiel. Depuis deux ans, je réussis à terminer l&#8217;année à &laquo;&nbsp;zéro&nbsp;&raquo;, pour cela je m&#8217;estime chanceux. Le prix de vente de mes produits, même avec les subventions de l&#8217;Europe intégrées dans ce prix, ne couvre plus mes frais de production. Pour l&#8217;année 2010, je sais que les subventions vont encore diminuer de 15 à 20 %. Les contrats de vente de céréales auxquels je peux proposer ma marchandise aujourd&#8217;hui ont baissé de la même proportion, ça va être la catastrophe en fin d&#8217;année !</p>
<p>Les années passées, j&#8217;ai vendu le matériel que j&#8217;estimais sous-exploité ou non indispensable. Aujourd&#8217;hui, ce qui me reste, c&#8217;est mon outil de production, je n&#8217;ai plus rien à vendre pour trouver un peu de finances ; comment je vais finir 2010, je ne le sais pas ! J&#8217;ai la chance d&#8217;avoir une épouse qui travaille à l&#8217;extérieur de la ferme, son salaire nous permet de vivre et de payer l&#8217;éducation de nos quatre enfants, notre maison est payée, je le redis, j&#8217;ai de la chance. Mais ce qui me fait le plus de mal, c&#8217;est d&#8217;entendre des gens dire que nous agriculteurs produisons de la m&#8230; ! Alors qu&#8217;ils trouvent de quoi manger pour encore pas trop cher, qu&#8217;ils peuvent venir se promener dans une nature accueillante et que, dans le même temps, les producteurs tombent dans la misère&#8230;</p>
<p>Je sais que beaucoup d&#8217;ouvriers, d&#8217;employés vivent une période bien aussi difficile, je n&#8217;aurais jamais cru que je vivrais cela au fond de ma campagne.</p>
<h3>La vente directe me sauve, par Joëlle Curutchague</h3>
<p>Je viens de recevoir le montant de ma 1ere cotisation de l&#8217;année pour la mutuelle sociale agricole (MSA) : 1 800 euros à payer avant fin mars. C&#8217;est énorme, cela représente la moitié de ce que je rentre en un mois. Comment se tirer son salaire après avoir payé les aliments, l&#8217;eau, l&#8217;électricité ? On prie pour qu&#8217;il n&#8217;y ait pas de panne de tracteur, pas de mortalité parmi les veaux. Heureusement, je suis peu endettée, je dois juste payer le tracteur d&#8217;occasion. Et surtout, je fais de la vente directe sans intermédiaire. Ça me sauve, car je garde mes clients en leur proposant des bons produits à moindre coût.</p>
<h3>Une crise identitaire autant que financière, par Cedric Benoist</h3>
<p>Le monde agricole se trouve coincé entre la mondialisation (prix volatils, dumping social et environnemental), les contraintes franco-européennes (en matière sociale et environnementale) et le pouvoir de la grande distribution qui a été le seul moyen trouvé pour, prétendument, limiter l&#8217;inflation. Je suis céréalier sur une exploitation de 120 hectares en pleine Beauce. Il y a cinquante ans, cette exploitation faisait vivre une famille de quatre enfants et employait quatorze salariés en moyenne. Aujourd&#8217;hui, je ne me prélève que 1 300 euros par mois ! Les contraintes administratives et environnementales sont décuplées, jamais on n&#8217;aura été autant contrôlés et transparents quant à nos pratiques. <em>A contrario</em>, jamais on n&#8217;aura été autant décriés ! C&#8217;est autant une crise identitaire que financière.</p>
<h3>L&#8217;Europe me paye un salaire, par Samuel Poidevin</h3>
<p>Je suis fils d&#8217;agriculteur. Cela fait quelques années déjà que mes parents pensent à leur retraite, en espérant que je reprenne l&#8217;exploitation, une ferme de polyculture et élevage de 50 hectares dans le Nord.</p>
<p>La question se posait il y a quelques années, et la situation n&#8217;était pas forcément florissante. Bien sûr, lorsque les prix agricoles ont été élevés, tout le monde me conseillait de reprendre et de me &laquo;&nbsp;faire un paquet de fric&nbsp;&raquo; ! Mais en attendant, ceux qui se sont mis plein d&#8217;argent dans les poches, ce sont bien les prestataires. Ceux-ci ont augmenté leurs prix et ne les ont pas baissés aujourd&#8217;hui. Les charges sont plus importantes, les règlements plus contraignant, et les prix ne sont plus au rendez-vous.</p>
<p>Dernièrement, j&#8217;ai eu une conversation avec mon père à ce sujet. Sa réponse m&#8217;a sidéré : &laquo;&nbsp;Tu sais, si tu travailles bien, aujourd&#8217;hui, tu peux réussir à avoir assez de rendement pour payer les frais de ta culture (sic), et puis l&#8217;Europe (par le biais des aides) te paye un salaire.&nbsp;&raquo; Que puis-je penser de cela ? Mon propre père, qui a trimé toute sa vie pour sortir un salaire de la terre, me dit aujourd&#8217;hui que la seule chose que je peux faire, c&#8217;est de payer les frais, et encore avec du savoir-faire&#8230; C&#8217;est dégoûtant. Je ne sais pas si, à la ville, les personnes qui recherchent toujours le produit le moins cher peuvent comprendre ce que l&#8217;on ressent dans ce cas. Combien d&#8217;entre nous à ce jour vivent tant bien que mal, dans la misère, pour permettre à certains de se goinfrer ? Trop !</p>
<h2>Un avenir de plus en plus sombre</h2>
<h3>La fin est proche, c&#8217;est inéluctable, par Bruno Charpentier</h3>
<p>J&#8217;ai 48 ans et, pour la première fois de ma vie, mon travail ne suffit plus à me faire vivre&#8230; Au contraire, plus je travail, plus je perds. Mon revenu variait jusqu&#8217;à présent de 15 000 euros pour les mauvaises années à 35 000 euros pour les bonnes années. Brusquement, mon chiffre d&#8217;affaires vient de s&#8217;effondrer de 90 000 euros. C&#8217;est tout dire&#8230;</p>
<p>Alors je vends ma voiture et je garde la vieille de 13 ans, j&#8217;arrête mes assurances, je ne règle plus la mutuelle sociale agricole et mes fournisseurs me servent de banque. J&#8217;ai presque un an de retard de paiement sur une année de galère, alors qu&#8217;avant j&#8217;étais à jour.</p>
<p>En juillet, ça fera deux ans que je n&#8217;aurai pas gagné d&#8217;argent en travaillant mon lait qui n&#8217;a jamais été vendu plus de 260 euros la tonne depuis juillet 2008. La fin est proche, c&#8217;est inéluctable et, même si la situation redevenait &laquo;&nbsp;normale&nbsp;&raquo;, dix ans ne suffiraient pas à effacer cette perte.</p>
<h3>Demandes contradictoires, par Philippe Despras</h3>
<p>Installé depuis vingt-cinq ans, très enthousiaste et entreprenant les premières années, aujourd&#8217;hui j&#8217;ai le moral en berne. En effet, comment, à notre niveau, gérer ces crises, ces demandes contradictoires de la société à notre profession ? Exemple : on nous juge trop productivistes, trop intensifs&#8230; et puis pas compétitif. L&#8217;alimentation est aussi toujours trop chère, mais on veut aussi une alimentation typée terroir, à l&#8217;ancienne, une traçabilité et une qualité sanitaire parfaite sans engrais, sans pesticide.</p>
<p>Si on ne produit pas assez, alors les aliments sont trop chers et il y a des émeutes de la faim dans certains pays pauvres. Si on produit trop, les prix des aliments chutent, nos revenus aussi et nous nuisons aux paysans des pays pauvres en exportant nos surplus ! Que faire ? Que penser ?</p>
<h3>Quel avenir pour mon fils et ma femme ? par Edouard Baudon</h3>
<p>Voila bientôt cinq ans que je me suis installé sur l&#8217;exploitation familiale à suite du décès de mon père. Quand j&#8217;ai pris cette décision, un ami agriculteur m&#8217;a dit que, pour devenir agriculteur, il fallait être fou et passionné. Quand il m&#8217;a dit ça, j&#8217;ai souri et j&#8217;ai pensé que c&#8217;était tout d&#8217;abord la passion du métier qui motivait ma décision. On peut également considérer que le fait d&#8217;emprunter 500 000 euros avec un rendement de 3 %, c&#8217;est de la folie. La première année, les cours du porc et des bovins étaient corrects et j&#8217;ai bien gagné ma vie. Malheureusement, à partir de 2007, la tendance s&#8217;est inversée. Les cours des céréales ont explosé (en grande partie à cause de la spéculation), entraînant une forte hausse de mes coûts de production.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que, depuis 2007, je travaille à perte. J&#8217;ai perdu l&#8217;équivalent de 80 000 euros net que je dois à court terme à ma banque (eux ne perdent jamais&#8230;) et j&#8217;ai des dettes auprès de mes fournisseurs. Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai le moral au plus bas pour plusieurs raisons. Tout d&#8217;abord, le fait de travailler à perte devient de plus en plus insupportable. Je n&#8217;ai aucune perspective quant à mon avenir. Les cours ne remontent toujours pas, j&#8217;ai des investissements à réaliser, mais je suis incapable de les payer. Je n&#8217;ai que 30 ans : quel avenir ai-je à offrir à mon fils et à ma femme ?</p>
<h3>Une crise alimentaire avant une crise de l&#8217;énergie, par Jacques Couderc</h3>
<p>J&#8217;ai repris l&#8217;exploitation laitière (quota de 220 000 litres) de mes parents en 1988. J&#8217;ai 48 ans et deux fils. Un de 22 ans qui travaille comme pâtissier et un de 17 ans qui poursuit des études non agricoles. Le fait que, d&#8217;une part, je sois désendetté et n&#8217;investisse plus et, d&#8217;autre part, que mon épouse travaille à l&#8217;extérieur me permet de ne pas être trop affecté par la crise. Malgré le fait que les cours des produits agricoles ne soient plus en adéquation avec les coûts de production, il n&#8217;y a plus de place pour l&#8217;approximation, dans notre métier. La moindre erreur de gestion technique ou économique se paye &laquo;&nbsp;cash&nbsp;&raquo;, surtout après des investissements.</p>
<p>Cela étant, si la situation économique et les perspectives de l&#8217;agriculture en général ne s&#8217;améliorent pas, nous allons vers la désertification de certaines régions, avec toutes les conséquences que cela implique. Même si les enjeux de ce siècle seront l&#8217;eau et l&#8217;énergie, nous aurons une crise alimentaire avant d&#8217;avoir une crise de l&#8217;énergie.</p>
<h3>Notre fils se promènera le dimanche sur nos terres, par Éric Lavoine</h3>
<p>Le moral n&#8217;est pas haut et le concept de &laquo;&nbsp;la poule crevée&nbsp;&raquo; (gel de tous les achats non indispensables) se développe, au grand dam de nos partenaires dont le chiffre d&#8217;affaires fond comme beurre en poêle ! Notre revenu est en baisse et nos charges en hausse. Pour l&#8217;instant, on tape dans l&#8217;argent mis de côté depuis trente-quatre ans, mais ça ne va pas durer longtemps et cet argent avait été placé pour compenser la faiblesse d&#8217;une retraite à 800 euros par mois. Donc, on déplace le problème de dix ans !</p>
<p>La ferme familiale fait une bonne centaine d&#8217;hectares et notre fils est parti travailler à l&#8217;extérieur. Si un jour ça va mieux, il prendra ma succession à ma retraite, mais il devra sûrement garder son emploi à l&#8217;extérieur s&#8217;il veut vivre comme les autres. Sinon, il fera comme beaucoup, il abandonnera et regardera nos terres le dimanche lors d&#8217;une promenade. Elles étaient cultivées par notre famille depuis des siècles&#8230;</p>
<p><strong>Source : LEMONDE.FR | 03.03.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/03/la-fin-est-proche-les-agriculteurs-ont-le-moral-en-berne/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les médecins l&#8217;avaient condamné, Facebook lui a sauvé la vie</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/03/les-medecins-lavaient-condamne-facebook-lui-a-sauve-la-vie/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/03/les-medecins-lavaient-condamne-facebook-lui-a-sauve-la-vie/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:14:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Dans le monde]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2292</guid>
		<description><![CDATA[Facebook détruit des réputations, mais peut aussi sauver des vies. Philip Pain en a fait récemment l&#8217;heureuse expérience. Le 1er janvier, alors qu&#8217;il fêtait la nouvelle année dans un hôtel au Mexique, le jeune étudiant britannique, originaire de Southampton, est tombé d&#8217;un balcon, se brisant plusieurs vertèbres et les deux jambes. Les médecins le croient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Facebook détruit des réputations, mais peut aussi sauver des vies. Philip Pain en a fait récemment l&#8217;heureuse expérience. Le 1er janvier, alors qu&#8217;il fêtait la nouvelle année dans un hôtel au Mexique, le jeune étudiant britannique, originaire de Southampton, est tombé d&#8217;un balcon, se brisant plusieurs vertèbres et les deux jambes. Les médecins le croient condamné : Philip a perdu beaucoup de sang. Il est O négatif, ne peut donc recevoir que du sang O négatif, et l&#8217;hôpital manque de donneurs.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/facebook.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2293" title="facebook" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/facebook.jpg" alt="" width="301" height="300" /></a></p>
<p>Faute d&#8217;être à ses côtés, sa famille se mobilise. Depuis Bexleyheath, dans le Kent, parents et amis lancent un appel d&#8217;urgence sur Facebook. Dans les douze heures qui suivent la création du groupe, six litres de sang sont envoyés à l&#8217;hôpital Sharp de Mazatlan depuis la Floride. D&#8217;après le Daily Telegraph qui a rapporté l&#8217;histoire, quatre litres ont été transmis par des résidents mexicains, et de nouveaux donneurs de groupe sanguin O négatif continuent de s&#8217;inscrire.</p>
<p>Grâce à ces transfusions, les chirurgiens ont pu opérer l&#8217;étudiant et le maintenir en vie. Il doit encore subir plusieurs interventions, dont une de la jambe droite avec une amputation probable du pied, mais ses organes vitaux ne sont plus en danger. Son père Neil, policier retraité, et sa mère Sally, coiffeuse, l&#8217;ont rejoint au Mexique. Ils donnent régulièrement des nouvelles de leur fils sur Facebook. Tout est traduit en anglais et en espagnol et le groupe compte aujourd&#8217;hui près de 13 000 membres.</p>
<h3>&laquo;&nbsp;IL FAUT QUE LES GENS CONTINUENT À SE DÉPLACER&nbsp;&raquo;</h3>
<p>&laquo;&nbsp;Sans ces dons de sang, Phil ne serait pas vivant à l&#8217;heure où nous parlons&nbsp;&raquo;, a déclaré sa sœur Stephanie au Daily Telegraph. &laquo;&nbsp;C&#8217;est fantastique de voir de parfaits étrangers venir à l&#8217;hôpital donner leur sang. (&#8230;) Les établissement n&#8217;ont pas beaucoup de réserves et il faut que les gens continuent à se déplacer.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Pour l&#8217;instant, on ignore les circonstances exactes de l&#8217;accident du jeune étudiant. Selon les analyses toxicologiques réalisées après sa chute, il n&#8217;était pas sous l&#8217;emprise de stupéfiants et son sang ne contenait pas un taux d&#8217;alcool excessif. Etudiant à l&#8217;université de Southampton, Philip Pain était en année d&#8217;échange au Mexique. Il devrait bientôt être rapatrié.</p>
<p><strong>Auteur : Elise Barthet<br />
Source : LEMONDE.FR | 12.01.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/03/les-medecins-lavaient-condamne-facebook-lui-a-sauve-la-vie/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Un érudit musulman publie une fatwa contre le terrorisme</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/03/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/03/03/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:02:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Dans le monde]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2288</guid>
		<description><![CDATA[Un éminent érudit musulman d&#8217;origine pakistanaise, Muhammad Tahir-ul-Qadri (voir photo), a condamné mardi les terroristes, considérés comme des ennemis de l&#8217;islam, dans une fatwa (avis juridique donné par un spécialiste de loi islamique) rendue publique à Londres.
Il souligne que les actes de terrorisme ne pouvaient avoir aucune justification au nom de l&#8217;islam, condamnant notamment les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un éminent érudit musulman d&#8217;origine pakistanaise, Muhammad Tahir-ul-Qadri (voir photo), a condamné mardi les terroristes, considérés comme des ennemis de l&#8217;islam, dans une fatwa (avis juridique donné par un spécialiste de loi islamique) rendue publique à Londres.</p>
<p>Il souligne que les actes de terrorisme ne pouvaient avoir aucune justification au nom de l&#8217;islam, condamnant notamment les attentats d&#8217;Al-Qaida, dans cette fatwa de quelque six cents pages présentée au cours d&#8217;une conférence de presse à Londres, en présence notamment de députés et de représentants d&#8217;associations caritatives.<span id="more-2288"></span></p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-2289  aligncenter" title="Muhammad Tahir-ul-Qadri" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Muhammad-Tahir-ul-Qadri.jpg" alt="" width="575" height="385" /></p>
<p>Les kamikazes &laquo;&nbsp;ne peuvent pas prétendre que leur suicide sont des actes commis par des martyrs qui deviendront des héros de l&#8217;oumma [la communauté musulmane], non, ils deviendront des héros du feu de l&#8217;enfer&nbsp;&raquo;, a déclaré le Dr Tahir-ul-Qadri. &laquo;&nbsp;Il n&#8217;y a aucune place pour le martyre, et leurs actes ne seront jamais, jamais, considérés comme le djihad ['guerre sainte']&laquo;&nbsp;, a-t-il ajouté.</p>
<p>Cette fatwa &laquo;&nbsp;peut être considérée comme l&#8217;argumentaire théologique le plus complet contre le terrorisme islamiste à ce jour&nbsp;&raquo;, selon la fondation londonienne Quilliam, qui combat l&#8217;extrémisme musulman. Si d&#8217;autres responsables musulmans avaient par le passé déjà condamné le terrorisme, M. Qadri, qui s&#8217;est exprimé en anglais et en arabe, a souligné que cette fatwa écartait complètement tout type d&#8217;excuse pour justifier la violence. Il a souligné que l&#8217;islam était une religion de paix, appelant d&#8217;autres responsables religieux à rejoindre sa position.</p>
<p>Muhammad Tahir-ul-Qadri est à la tête du mouvement Minhaj-ul-Quran, une organisation de tradition soufie, qui combat l&#8217;extrémisme religieux dans des centres situés dans des dizaines de pays.</p>
<p><strong>Source : LEMONDE.FR, 02.03.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/03/03/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;heure du choix, par Hervé Kempf</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/28/lheure-du-choix-par-herve-kempf/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/28/lheure-du-choix-par-herve-kempf/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 28 Feb 2010 21:58:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2280</guid>
		<description><![CDATA[En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l&#8217;Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes.

L&#8217;histoire est faite de choix. Comment organiser son action en fonction d&#8217;une information imparfaite ? Des générations se sont [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l&#8217;Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L&#8217;histoire est faite de choix. Comment organiser son action en fonction d&#8217;une information imparfaite ? Des générations se sont divisées, des hommes se sont trompés, d&#8217;autres ont choisi juste. Ceux qui font les bons paris dessinent l&#8217;avenir. Il fallait choisir : Munich ou Londres ; l&#8217;URSS ou le monde libre. Il faut choisir : les climato-sceptiques ou la communauté des climatologues.</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ecologie.jpg"><img class="size-full wp-image-2282 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ecologie.jpg" alt="" width="175" height="209" /></a><br />
<span id="more-2280"></span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La comparaison est-elle exagérée ? Non. La crise écologique &#8211; dont le changement climatique n&#8217;est qu&#8217;un volet &#8211; pose à cette génération un défi d&#8217;une ampleur historique. En reconnaître l&#8217;ampleur permet d&#8217;imaginer comment l&#8217;enrayer. Du choix que nous ferons dépendra l&#8217;équilibre des sociétés humaines de ce siècle. Soit l&#8217;on considère le changement climatique comme un défi majeur appelant une mutation profonde de nos sociétés, soit l&#8217;on en nie la réalité, et l&#8217;on tente de conserver l&#8217;ordre établi.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La connaissance du fonctionnement du climat terrestre est-elle parfaite ? Non. Les informations dont nous disposons sont-elles suffisantes pour décider ? Oui. Toutes les questions ne sont pas résolues, tous les débats ne sont pas clos, toutes les recherches ne sont pas achevées. Mais le tableau général prédisant le changement est bien posé et solidement structuré.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Parmi les climato-sceptiques (en France, MM. Allègre, Courtillot, Galam, Gérondeau, Rittaud, etc.), aucun n&#8217;a produit un argument suffisamment fort pour passer avec succès le test des procédures de validation scientifique. En revanche, pas une question légitime n&#8217;a été mise de côté par les climatologues. Et pour celles qui restent sans réponse, l&#8217;investigation continue. Ce que la science nous explique n&#8217;est pas un dogme. Mais compte tenu de l&#8217;importance de ce qui se joue, les citoyens ont suffisamment d&#8217;éléments en main pour déterminer qui décrit le mieux l&#8217;état de la biosphère.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Pourquoi le climato-scepticisme, malgré la faiblesse de son argumentation, trouve-t-il un terrain si favorable à sa prolifération ? Parmi moult explications, une paraît décisive. Dès que l&#8217;on prend conscience de la gravité du problème écologique, une conclusion finit par s&#8217;imposer : pour empêcher le désastre, il faut drastiquement transformer un système qui repose sur une croissance continue de la production matérielle. Changer d&#8217;habitudes. Bousculer, aussi, nombre de situations acquises.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Refuser d&#8217;admettre ce qu&#8217;annoncent les climatologues permet de croire que rien ne changera, que rien ne sera bousculé. C&#8217;est pourquoi derrière le climato-scepticisme se décrypte à livre ouvert l&#8217;idéologie la plus platement réactionnaire.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Courriel : kempf@lemonde.fr.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Source : article paru dans Le Monde du 21.02.10</p>
<p style="text-align: justify">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/28/lheure-du-choix-par-herve-kempf/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>PIGS : cochons de marchés ou Les raisons de la colère Jean-Marie Harribey</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/28/pigs-cochons-de-marches-ou-les-raisons-de-la-colere-jean-marie-harribey/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/28/pigs-cochons-de-marches-ou-les-raisons-de-la-colere-jean-marie-harribey/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 28 Feb 2010 17:40:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2270</guid>
		<description><![CDATA[
Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier  ?
Sauvés de la crise, ils organisent la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/12287377560_harribey.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2272" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/12287377560_harribey.jpg" alt="" width="70" height="90" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier  ?</p>
<p><strong><em>Sauvés de la crise, ils organisent la curée</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">La crise magistrale que le monde connaît depuis 2007 est entièrement l’œuvre des marchés financiers parvenus au paroxysme de leur développement et ayant tellement tiré sur la corde de la spéculation qu’elle a fini par casser. Derrière les marchés financiers, entendons les fonds d’investissement privés, les banques, les fonds de pension, etc. Tous avaient bénéficié pendant la période euphorique précédant la crise des largesses du crédit pour participer à la restructuration permanente de leurs affaires et s’emparer de toute activité prometteuse. Et tous ont appelé au secours les banques centrales puis les États pour les sauver de la faillite, absorber leurs titres pourris et les faire endosser par la collectivité. Les ménages états-uniens modestes y ont perdu leur logement, nombre de salariés de par le monde leur emploi et les contribuables sont promis tôt ou tard à renflouer par leurs impôts les caisses <em>vidées</em> des États.<span id="more-2270"></span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">En effet, le côté ubuesque de cette crise est que les États ont multiplié les plans de relance de l’économie en empruntant des sommes folles auprès des marchés financiers qu’ils venaient de sauver de l’effondrement. Les déficits publics atteignent des niveaux records (10% du PIB aux États-Unis, 12% au Royaume-Uni, 8,4% en France, 11% en Espagne et 12,3% en Grèce). Idem pour les dettes publiques (plus de 200% du PIB au Japon, 90% aux États-Unis, 112% en Italie, 72% en France et 112% en Grèce).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Et que font les opérateurs financiers ? Ils sonnent l’hallali. La Grèce a besoin d’emprunter 20 petits milliards (à comparer avec les 11 000 milliards injectés dans le monde depuis trois ans) entre avril et mai prochains et se voit imposer des taux d’intérêt de 6,76% pour placer ses bons du Trésor, près de deux fois supérieurs à ceux que les pays considérés comme vertueux doivent acquitter.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Des pays classés vertueux ou bien mauvais payeurs par qui ? Par les agences de notation, celles-là mêmes dont la clairvoyance prévisionniste fut légendaire dans les années 2000 et dont se servent les marchés financiers pour désigner les cibles qu’ils viseront tour à tour, les <em>PIGS</em>, selon le surnom péjoratif donné au Portugal, à l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et bientôt l’Islande : attaquer les maillons faibles pour profiter des potentialités de gains à court terme et exiger des primes de risque exorbitantes, alors qu’en fait de risque celui-ci est toujours au bout du compte externalisé sur la société.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong><em>La faillite européen</em></strong><strong>ne</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’Union européenne apporte elle-même la preuve que les principes qui la guident sont ceux qui ont provoqué la crise et qui empêchent d’y remédier. Bridés par les traités de Maastricht à Lisbonne, ni les États membres ni l’Union en tant que telle ne peuvent faire appel à la Banque centrale européenne pour emprunter les sommes nécessaires pour sortir du bourbier. Condamnés à demander l’aumône chèrement payée aux institutions financières. Quitte à voir les banques se refinancer auprès de la BCE en mettant en pension des bons d’État.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Drapée dans la fausse vertu de la concurrence, l’Union n’est pas conçue pour construire la solidarité entre vingt-sept pays à des niveaux de développement et de puissance politique très inégaux. Paralysée en 2007 et 2008 devant la déferlante de la crise mondiale, elle est restée muette depuis plus d’un an que les exigences financières imposées à la Grèce s’étaient accrues et que, par contrecoup, toute la zone euro était menacée d’éclatement. Aucun dispositif n’est prévu pour anticiper les difficultés que peut connaître un pays membre et l’aider à les dépasser. Puisque la concurrence libre et non faussée doit régner, la solidarité n’est ni de mise ni permise : les articles 102 à 104 du traité sur le fonctionnement de l’UE  (traité de Lisbonne) interdisent que l’Union garantisse la dette d’un État membre de la zone euro.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Mais chacun sait que lorsqu’un maillon faible cède, c’est toute la chaîne qui est brisée. Aussi, l’Allemagne et la France ont été contraintes de prendre la tête d’une réaction avant qu’il ne soit trop tard, tout en faisant en sorte que cela n’apparaisse pas comme un fait de l’Union qui constituerait un précédent exprimant le besoin d’une Europe politique. En exigeant un plan grec d’austérité encore plus sévère, la chancelière allemande et le président français ne doivent pas se souvenir qu’en 2003 leurs pays avaient violé les règles qu’ils avaient instituées prévoyant des sanctions en cas de déficits excessifs ? Bref, fiasco, cacophonie et impasse d’une « gouvernance » néolibérale de l’Union et de l’euro dont la prétendue qualité de « bouclier anti-crise » s’est évanouie.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong><em>Halte au feu !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">L’incendie de la crise n’est pas éteint. Les flammes sont prêtes à rejaillir dès lors que la finance, ragaillardie par les fonds publics, souffle sur les braises. Les populations les plus fragiles font les frais des frasques des financiers et de l’impéritie des gouvernants : hier, les peuples du Sud affamés par la spéculation sur les céréales et les terres, aujourd’hui, les travailleurs grecs qui subissent un plan d’austérité destructeur, demain, d’autres encore.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Face aux évènements actuels, les propositions de rupture avec l’ordre néolibéral prennent un relief saisissant, notamment :</p>
<p style="text-align: justify">-       des taxes dissuasives sur les transactions financières ;</p>
<p style="text-align: justify">-       suppression des marchés de gré à gré pour empêcher les échanges de titres d’assurances contre les défaillances (CDS, <em>credit default swaps)</em>, par lesquels la spéculation se nourrit d’elle-même ;</p>
<p style="text-align: justify">-       contrôle public du secteur bancaire ;</p>
<p style="text-align: justify">-       diminution drastique de l’écart des revenus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme dans les années 1930 décrites par John Steinbeck, <em>les raisins de la colère</em> sont trop pressés. Nous avons toutes les raisons de refuser une situation insoutenable.</p>
<p style="text-align: justify">Source : http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2010/02/20/</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/28/pigs-cochons-de-marches-ou-les-raisons-de-la-colere-jean-marie-harribey/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Etrangers irréguliers : l&#8217;acharnement</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/25/etrangers-irreguliers-lacharnement/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/25/etrangers-irreguliers-lacharnement/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 25 Feb 2010 19:08:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2265</guid>
		<description><![CDATA[Les renvois de sans-papiers entraînent de plus en plus de drames. Nous dévoilons ici un rapport officiel qui donne des éléments chiffrés sur les (coûteux) moyens mis en oeuvre pour atteindre les quotas d&#8217;expulsions.
29 300 étrangers sans papiers ont été renvoyés en 2009, selon le ministère de l&#8217;Immigration. Mais la machine à expulser fonctionne de façon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em><strong>Les renvois de sans-papiers entraînent de plus en plus de drames. Nous dévoilons ici un rapport officiel qui donne des éléments chiffrés sur les (coûteux) moyens mis en oeuvre pour atteindre les quotas d&#8217;expulsions.</strong></em></p>
<p style="text-align: justify">29 300 étrangers sans papiers ont été renvoyés en 2009, selon le ministère de l&#8217;Immigration. Mais la machine à expulser fonctionne de façon très différente du discours officiel, comme le révèlent les données d&#8217;un rapport du secrétariat général du Comité de contrôle de l&#8217;immigration (instance chargée de présenter chaque année au Parlement les orientations de la politique gouvernementale) publié en catimini et que nous dévoilons <a href="http://www.alternatives-economiques.fr/etrangers-irreguliers---l-acharnement_fr_art_633_48137.html#note1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify">Le nombre d&#8217;étrangers expulsés a été multiplié par trois entre 2001 et 2009. Mais le gouvernement a commencé par le plus facile : le renvoi des jeunes hommes arrivés récemment. De plus en plus, il faut payer pour atteindre les « quotas » d&#8217;expulsés. Comme le montrent les données détaillées pour l&#8217;année 2008 : 10 000 personnes (+ 6 600 par rapport à 2007) ont ainsi été reconduites moyennant finances, soit 2 000 € pour une personne seule, 3 500 € pour un couple et 1 000 € supplémentaires par enfant. Une politique extrêmement coûteuse, surtout si l&#8217;on ajoute l&#8217;ensemble des dépenses des services de l&#8217;Etat, du commissariat à l&#8217;administration centrale en passant par la justice. Pour expulser 29 000 personnes, pas moins de 82 600 arrestations ont été réalisées, soit autant de dossiers et des millions d&#8217;heures de travail de fonctionnaires&#8230; Le rapport signale, par exemple, que 900 patrouilles « sécurisent » (les guillemets ne sont pas inclus dans le rapport) quelques 2 300 gares et 1 500 trains.  Autant de services publics qui auraient mieux à faire en s&#8217;occupant d&#8217;autres dossiers, que l&#8217;on songe aux tribunaux ou aux forces de police.</p>
<p style="text-align: justify">Le plus grave, c&#8217;est que, de plus en plus, il faut reconduire à la frontière des personnes qui disposent d&#8217;attaches de longue date sur le sol français. Les drames humains se multiplient. Comme Najlaé, jeune fille de 19 ans renvoyée au Maroc après s&#8217;être présentée au commissariat, victime de violences de la part de son frère&#8230; Au moment même où le Parlement doit débattre d&#8217;un nouveau texte sur les violences faites aux femmes. Le rapport du comité interministériel, lui, fait froidement le bilan de l&#8217;efficacité des services et des moyens mis en œuvre pour améliorer la productivité de la machine à expulser : « <em>afin de poursuivre l&#8217;amélioration de la sécurité juridique des procédures d&#8217;éloignement, des actions de sensibilisation des personnels de préfecture et des services interpellateurs ont été initiées dans de nombreux départements », </em>écrivent, parmi de nombreux exemples, les auteurs du rapport. Ce n&#8217;est pas non plus toujours le cœur léger que les fonctionnaires de police font monter une famille dans un fourgon pour la conduire à l&#8217;aéroport&#8230; Et certains se trompent malheureusement dans les procédures à suivre.</p>
<p style="text-align: justify">Le paradoxe apparent de cette politique, c&#8217;est que tout en expulsant, on régularise aussi beaucoup&#8230; 29 800 étrangers entrés irrégulièrement ont obtenu un titre de séjour en 2008 : davantage que d&#8217;expulsions. Entre 2002 et 2008, pas moins de 200 000 étrangers ont ainsi été régularisés selon le Comité interministériel, niveau supérieur qu&#8217;entre 1997-2001 ! Ce qui est logique : la traque des sans-papiers révèle de très nombreux cas de personnes qui ne sont pas ou difficilement expulsables &#8211; des familles avec des enfants nés en France ou établies de très longue date&#8230; ou des étrangers qui travaillent au service de personnalités de la majorité. On comprend que le ministère n&#8217;ait pas réellement intérêt à la diffusion de ces données, qui tranchent avec son discours de fermeté. Il déclare faire du « cas par cas », ce qui est à la fois une évidence &#8211; chaque dossier doit être examiné &#8211; et un mensonge : la loi ne peut qu&#8217;être identique pour tous. Officiellement, le gouvernement refuse bec et ongles la régularisation de masse, mais il régularise davantage qu&#8217;hier. Il faut d&#8217;ailleurs noter qu&#8217;en même temps chaque année plus de 180 000 titres de long séjour sont accordés à des étrangers qui arrivent en France légalement&#8230;</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Davantage d&#8217;expulsions et de régularisations</strong></p>
<p style="text-align: justify"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/1267109602_graph-expuls-regula.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2266" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/1267109602_graph-expuls-regula-300x180.jpg" alt="" width="300" height="180" /></a></p>
<p style="text-align: justify"><em>Source : Comité interministériel de contrôle de l&#8217;immigration</em></p>
<p style="text-align: justify">Comment expliquer un tel acharnement ? La régulation des flux migratoires est une question difficile, à laquelle on ne peut pas répondre de façon simpliste, de l&#8217;immigration zéro à l&#8217;ouverture totale et immédiate des frontières. Mais la violence et les moyens utilisés sont totalement disproportionnés par rapport au phénomène. Comme pour le débat sur l&#8217;identité nationale ou sur le port de la <em>burqa</em>, à l&#8217;évidence la politique mise en œuvre vise pour l&#8217;essentiel à permettre un affichage récurrent de fermeté vis-à-vis des étrangers dans un objectif électoraliste. Une telle politique peut-elle avoir des limites ? Du point de vue des valeurs, la responsabilité de ceux qui en sont les artisans est de plus en plus grande : renvoyer un être humain vers un pays en guerre ou un enfant vers la pauvreté n&#8217;est pas un acte administratif anodin. Le ministre de l&#8217;Immigration Eric Besson ou le président de la République Nicolas Sarkozy sont en première ligne, mais chacun des membres de l&#8217;exécutif partage personnellement cette responsabilité. Cette politique d&#8217;expulsion restera d&#8217;ailleurs très probablement dans l&#8217;histoire de notre pays comme l&#8217;un des éléments marquants de ce début de siècle. Les voix gagnées aujourd&#8217;hui risquent d&#8217;être chèrement payées demain.</p>
<p style="text-align: justify">Rapportée à l&#8217;ampleur des drames vécus, la mobilisation pour s&#8217;opposer à cette politique n&#8217;est pas à la hauteur d&#8217;autres revendications comme la défense des services publics ou des retraites. Le Réseau éducation sans frontière (RESF) a évité le pire pour les enfants en s&#8217;opposant vigoureusement aux renvois prévus en 2006 et de nombreuses associations font des efforts conséquents pour éviter le pire. Mais il s&#8217;agit le plus souvent du dévouement d&#8217;une poignée de bénévoles. Malheureusement, le seul espoir qui semble rester aujourd&#8217;hui est que l&#8217;accumulation des drames finisse par devenir coûteux dans les urnes&#8230;</p>
<p style="text-align: left">source : http://www.alternatives-economiques.fr/etrangers-irreguliers&#8212;l-acharnement_fr_art_633_48137.html</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/25/etrangers-irreguliers-lacharnement/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La lettre d&#8217;information des réseaux des parvis n°5</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/24/la-lettre-dinformation-des-reseaux-des-parvis-n%c2%b05/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/24/la-lettre-dinformation-des-reseaux-des-parvis-n%c2%b05/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 24 Feb 2010 09:07:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Au coeur de réseaux actifs]]></category>
		<category><![CDATA[LE RÉSEAU NSAE]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2253</guid>
		<description><![CDATA[
Sommaire 
LA VIE DES RÉSEAUX
Assemblée Générale de Strasbourg &#8211; Témoignages
Dix ans de Parvis  - Annie Barbay
Dix ans déjà ! Et dans dix ans ? &#8211; Cécile Entremont
Témoignage d&#8217;un militant engagé &#8211; Gerd Wild
Orientations décidées par l&#8217;AG de Strasbourg
Célébration &#8211; Michel Deheunynck
ACTU
La marche pour Gaza &#8211; Jacques Gaillot
Qui est étranger ? &#8211; Dominique Fontaine
Ils ne veulent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L50041.jpeg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2259" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L50041-217x300.jpg" alt="" width="152" height="210" /></a></strong></p>
<p style="text-align: center"><strong>Sommaire </strong></p>
<p>LA VIE DES RÉSEAUX</p>
<p>Assemblée Générale de Strasbourg &#8211; Témoignages</p>
<p>Dix ans de Parvis  - Annie Barbay</p>
<p>Dix ans déjà ! Et dans dix ans ? &#8211; Cécile Entremont</p>
<p>Témoignage d&#8217;un militant engagé &#8211; Gerd Wild</p>
<p>Orientations décidées par l&#8217;AG de Strasbourg</p>
<p>Célébration &#8211; Michel Deheunynck</p>
<p>ACTU</p>
<p>La marche pour Gaza &#8211; Jacques Gaillot</p>
<p>Qui est étranger ? &#8211; Dominique Fontaine</p>
<p>Ils ne veulent pas de lui &#8211; D&#8217;après un article de Karim Asry pour El Pais</p>
<p>Le numéro : 5 €</p>
<p>Tempe Présent 68 rue de Babylone 75007 Paris</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L50051.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2254" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L50051.jpeg" alt="" width="402" height="133" /></a></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/24/la-lettre-dinformation-des-reseaux-des-parvis-n%c2%b05/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les chrétiens s&#8217;engagent pour la solidarité envers les migrants</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/24/les-chretiens-sengagent-pour-la-solidarite-envers-les-migrants/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/24/les-chretiens-sengagent-pour-la-solidarite-envers-les-migrants/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 23 Feb 2010 22:55:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2244</guid>
		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion du premier dimanche de Carême, le Conseil d&#8217;Eglises chrétiennes en France (CECEF) a adressé un message aux communautés chrétiennes sur la question des migrants. Une invitation à &#171;&#160;persévérer dans la solidarité envers les migrants&#160;&#187; quelques jours seulement après l&#8217;annonce par Eric Besson d&#8217;un projet de loi sur l&#8217;entrée et le séjour des étrangers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A l&#8217;occasion du premier dimanche de Carême, le Conseil d&#8217;Eglises chrétiennes en France (CECEF) a adressé un message aux communautés chrétiennes sur la question des migrants. Une invitation à &laquo;&nbsp;persévérer dans la solidarité envers les migrants&nbsp;&raquo; quelques jours seulement après l&#8217;annonce par Eric Besson d&#8217;un </strong><strong><a href="http://www.lavie.fr/actualite/france/le-nouveau-tour-de-vis-d-eric-besson-16-02-2010-3323_4.php">projet de loi</a></strong><strong> sur l&#8217;entrée et le séjour des étrangers encore plus répressif que les précédents.</strong></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal">C&#8217;est un appel à la solidarité que lance le Conseil des Eglises Chrétiennes en France (CECEF), qui réunit catholiques, protestants et orthodoxes. Ce texte, que nous avons reçu aujourd&#8217;hui, est signé par le pasteur Claude Baty, le métropolite Emmanuel et le cardinal André Vingt-Trois. Il  propose des pistes d&#8217;actions concrètes pour combattre les préjugés, soutenir les associations d&#8217;aide aux migrants, ou faire entendre la voix des Chrétiens pour que &laquo;&nbsp;notre pays reste une terre d&#8217;accueil&nbsp;&raquo;. Des mots que l&#8217;on sent aussi portés par l&#8217;urgence. </span></strong></p>
<p style="text-align: right"><strong><span style="font-weight: normal">Anne Guion</span></strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="font-weight: normal"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/3473_migrants_440x260.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2247" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/3473_migrants_440x260-300x177.jpg" alt="" width="300" height="177" /></a><br />
</span></strong></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal">Voici le message du CECEF dans son intégralité :</span></strong></p>
<p><strong>Le défi des migrations</strong></p>
<p>L’Europe est une destination privilégiée et la France l’un des principaux pays « choisis » par les migrants. Les chrétiens ne se désintéressent pas de la question des migrations et 2010 a été déclarée « Année européenne des Églises pour les migrations ». Comme responsables d’Églises chrétiennes en France, nous voudrions encourager les fidèles de nos communautés à persévérer dans leur solidarité envers les migrants.</p>
<p><strong>S’informer.</strong> La question des migrations fait souvent l’objet d’idées fausses ou de représentations inexactes. Parmi les chrétiens, comme parmi nos concitoyens, peuvent circuler des réponses simplistes à ce problème complexe. Vous pouvez prendre contact avec les associations et les mouvements chrétiens qui œuvrent au quotidien auprès des demandeurs d’asile et des migrants* pour leur demander des brochures d’information qui aident à dépasser les idées préconçues, organiser avec elles une conférence dans votre paroisse. Le jeudi 11 mars 2010 aura lieu à Paris, sous notre égide, un colloque intitulé « Les Églises et le défi des migrations ». Il permettra d’entendre des analyses et des propositions pour une politique respectueuse des droits humains. Aujourd’hui, face aux situations dramatiques que connaissent les migrants, les préjugés n’ont pas leur place. Un changement de regard est nécessaire.</p>
<p><strong>Se montrer solidaires et fraternels</strong>. Les associations qui soutiennent les migrants les aident à préserver leur dignité et à faire valoir leurs droits. Dans un contexte de plus en plus restrictif en matière de politiques migratoires, il est nécessaire d’assurer leur indépendance et leur liberté de parole. Soutenir ces associations, c’est leur permettre d’être présents efficacement sur le terrain auprès de ceux qui se trouvent en détresse. Les associations ont aussi besoin de bénévoles pour accueillir et accompagner des migrants, en les aidant par exemple à régulariser leur situation administrative. Nous vous encourageons à vous rendre disponibles, de manière ponctuelle ou régulière. Aujourd’hui, un partage solidaire avec tous les déracinés qui ont besoin de notre hospitalité est indispensable et urgent.</p>
<p><strong>S’exprimer.</strong> Chaque fois que cela est nécessaire, nous vous engageons à aborder la question des migrations avec les autorités locales ; elles ont besoin d’être encouragées dans leurs choix politiques pour que notre pays reste une terre d’accueil. Il est possible d’interpeller vos élus (maire, parlementaire, conseiller régional) en insistant par exemple pour que les lieux d’aide humanitaire (centres d’accueil et de distribution de soins, d’accès aux droits) demeurent des « sanctuaires » où les migrants peuvent se rendre sans crainte d’être arrêtés. Aujourd’hui, dans une société de défiance, nous réaffirmons que le migrant est une personne humaine avec des droits fondamentaux inaliénables.</p>
<p><strong>Changer notre regard</strong> ; vivre un partage concret avec ceux qui souffrent ; ne pas se taire devant les injustices… voilà le chemin qui peut être le nôtre pendant ce carême. Que notre marche vers Pâques – célébrée cette année à une date commune par toutes les Églises – soit l’occasion d’une mobilisation renouvelée envers ceux à qui le Christ s’est identifié. « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).</p>
<p style="text-align: center"><em>Pasteur Claude Baty – Mgr Emmanuel – Cardinal André Vingt-Trois </em></p>
<p style="text-align: center"><em>(co-présidents)</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>* ACER – Mouvement de jeunesse orthodoxe ; Action des chrétiens pour l’abolition de la torture ; Cimade – Service œcuménique d’entraide ; Comité catholique contre la faim et pour le développement – Terre Solidaire ; Commission justice et paix – Conférence des évêques de France ; Défap – Service protestant de Mission ; Fédération de l’Entraide protestante ; Fraternité orthodoxe en Europe occidentale ; Pastorale des Migrants – Conférence des évêques de France ; Programme Mosaïc – Fédération protestante de France ; Réseau chrétien Immigrés; Secours catholique – Caritas France.</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p>http://www.lavie.fr//actualite/france/pour-la-solidarite-envers-les-migrants-18-02-2010-3458_4.php</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/24/les-chretiens-sengagent-pour-la-solidarite-envers-les-migrants/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>PARADIS FISCAUX : Le CCFD-Terre Solidaire estime que la France se trompe de cible</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/23/paradis-fiscaux-le-ccfd-terre-solidaire-estime-que-la-france-se-trompe-de-cible/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/23/paradis-fiscaux-le-ccfd-terre-solidaire-estime-que-la-france-se-trompe-de-cible/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 23 Feb 2010 10:31:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2229</guid>
		<description><![CDATA[
Pour le CCFD-Terre Solidaire, la démarche française contre les paradis fiscaux a bien quelques mérites. La France avait annoncé la publication de sa propre liste de paradis fiscaux, assortie de sanctions : elle a de la suite dans les idées. Elle n&#8217;est pas naïve, non plus : la liste sera réactualisée chaque année en fonction [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CCFD-terre-solidaireNew.jpg"><img class="size-medium wp-image-2234 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CCFD-terre-solidaireNew-186x300.jpg" alt="" width="62" height="101" /></a></p>
<p><em>Pour le CCFD-Terre Solidaire, la démarche française contre les paradis fiscaux a bien quelques mérites. La France avait annoncé la publication de sa propre liste de paradis fiscaux, assortie de sanctions : elle a de la suite dans les idées. Elle n&#8217;est pas naïve, non plus : la liste sera réactualisée chaque année en fonction de la mise en œuvre effective, ou non, des engagements de coopérer avec le fisc français. Mais cela ne suffit pas : la France épargne les « vrais » paradis fiscaux ; la France ne gène pas les vrais utilisateurs des paradis fiscaux : seules 5 filiales sont concernées sur les 1 500 que possèdent les entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux ! ; la France oublie les vraies victimes des paradis fiscaux : les pays en développement.</em></p>
<p><em>Le CCFD-Terre Solidaire, très engagé dans la campagne « Stop paradis fiscaux », appelle les pouvoirs publics français à faire du combat contre l&#8217;évasion fiscale dans les pays du Sud leur priorité pour le G20.</em></p>
<p><strong>La France épargne les « vrais » paradis fiscaux</strong></p>
<p>La liste que le ministère des Finances va publier cette semaine ne comporte que 18 territoires : c&#8217;est la liste « grise » de l&#8217;OCDE dont elle a enlevé Andorre, les Bahamas, la Malaisie, l&#8217;Uruguay et Vanuatu.</p>
<p>• En listant les paradis strictement fiscaux, Bercy oublie les « paradis judiciaires », ceux qui ne coopèrent pas avec la justice étrangère &#8211; et ce, alors qu&#8217;une liste noire du GAFI [1] est annoncée dans les semaines à venir.</p>
<p>• Pour sortir de la liste noire de Bercy, il suffit d&#8217;avoir signé un accord d&#8217;échange d&#8217;informations fiscales avec la France. Le problème, c&#8217;est que l&#8217;information sur les fraudeurs ne sera donnée qu&#8217;à la demande du fisc français et non de façon automatique : un modèle peu efficace.</p>
<p>• Pire, les sociétés écrans, trusts etc. resteront à l&#8217;abri, puisque la plupart des paradis fiscaux n&#8217;en connaissent ni les propriétaires ni les bénéficiaires : difficile, dans ces conditions, de fournir l&#8217;information demandée par le fisc français !</p>
<p>In fine,  <strong>Bercy se focalise essentiellement sur les îlots des Caraïbes et du Pacifique et oublie les vrais sanctuaires de l&#8217;argent sale</strong>. Suisse, Luxembourg, Îles Caïmans, Jersey, Autriche, Delaware, Bermudes&#8230; : pas un seul des 15 principaux territoires opaques listés par le Tax Justice Network [2] ne figure sur la liste française !</p>
<p><strong>La France ne gène pas les vrais utilisateurs des paradis fiscaux</strong></p>
<p>Au 1er mars, les entreprises françaises opérant dans les territoires «blacklistés » verront leurs transactions surtaxées. Sur le principe, c&#8217;est une démarche courageuse et efficace pour obliger les paradis fiscaux à évoluer. Mais la liste comporte tant de territoires anecdotiques au plan économique que la sanction sera peu opérante.</p>
<p>Au-delà des banques, qui ont annoncé dès octobre 2009 leur prochain retrait de Panama (ex. Banques Populaires et BNP Paribas), les sanctions annoncées ne devraient pas faire trembler les entreprises françaises. A se référer à l&#8217;étude publiée en mars 2009 par Alternatives économiques (qui n&#8217;incluait toutefois pas les Philippines ni le Guatemala), la liste noire de Bercy ne gênera guère que L&#8217;Oréal pour ses activités au Panama, Schneider qui est présent au Costa-Rica, et Air Liquide qui détient une filiale à Bruneï. Bref, <strong>seules 5 filiales sont concernées sur les 1 500 que possèdent les entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux !</strong></p>
<p>Pour le CCFD-Terre Solidaire, le <strong>meilleur remède</strong> contre l&#8217;évasion fiscale massive pratiquée par les multinationales est de <strong>les obliger à rendre compte de leur activité dans chacun des pays où elles opèrent</strong>, par une modification des normes comptables internationales qui s&#8217;imposent à toutes les entreprises.</p>
<p><strong>La France oublie les vraies victimes des paradis fiscaux : les pays en développement</strong></p>
<p>Les paradis fiscaux coûtent, chaque année, plus de 10 milliards d&#8217;euros au gouvernement français. <strong>Dans les pays du Sud, les paradis fiscaux font des millions de morts</strong>. Ce sont plus de 125 milliards d&#8217;euros qui manquent dans les caisses des Etats du Sud du fait de l&#8217;évasion fiscale des multinationales : cinq fois la somme nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde, selon la FAO. Or, les pays en développement n&#8217;ont guère bénéficié des mesures du G20 : des 150 accords d&#8217;échange d&#8217;informations fiscales signés depuis avril 2009, seuls 8% ont bénéficié aux pays émergents et aucun n&#8217;a bénéficié aux pays les plus pauvres.</p>
<p><strong>Le CCFD-Terre Solidaire, très engagé dans la campagne « Stop paradis fiscaux », appelle les pouvoirs publics français à faire du combat contre l&#8217;évasion fiscale dans les pays du Sud leur priorité pour le G20.</strong></p>
<p>_____________________</p>
<p>[1] Groupe d’action financière internationale, chargé de la lutte anti-blanchiment</p>
<p>[2] Réseau international auquel participe le CCFD-Terre Solidaire :</p>
<p>Voir la liste : http://www.argentsale.org/actuelités-des-pfj.php?pild=21</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source : </strong>Communiqué de presse du 15 février 2010</p>
<p>http://www.ccfd.asso.fr/e_upload/pdf/cp_paradis-fiscaux.pdf</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/23/paradis-fiscaux-le-ccfd-terre-solidaire-estime-que-la-france-se-trompe-de-cible/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Témoignage d&#8217;un militant engagé</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/22/temoignage-dun-militant-engage/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/22/temoignage-dun-militant-engage/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 22 Feb 2010 12:59:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[À ne pas rater]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2211</guid>
		<description><![CDATA[Ma génération a vécu avec la conscience que chacun(e) devait être considéré comme coresponsable de ce qui arrivait. De même qu'elle a demandé à la génération de ses parents avec pertinence : pourquoi n'y a-t-il pas eu plus de résistance contre les atrocités du national-socialisme ?, nos enfants vont nous demander : qu'est-ce que vous avez fait pour éviter que le monde soit détruit par un conflit nucléaire ? Qu'est-ce que vous avez fait contre la faim dans le monde ? Ou aussi : pourquoi ne vous êtes-vous pas engagés davantage contre la catastrophe du climat ?

En 1979 à Francfort-sur-le-Main, quand j'y suis retourné après cinq ans de travail au Lycée Allemand d'Istanbul, un groupe assez hétérogène de gauchistes de toutes tendances (des environnementalistes et des pacifistes, des féministes et des adhérents au « Müsli », comme nous disions) discutait sur la fondation d'un parti vert. À cette époque, le scénario d'un conflit nucléaire entre l'Est et l'Ouest semblait assez probable. Pour moi, comme père de deux enfants de 8 et 10 ans, c'était insupportable de rester immobile vis-à-vis d'un tel danger. C'est pour cela que je me suis décidé dans ma conscience de chrétien à lutter contre le parti qui portait le mot Chrétien dans son nom (Christlich-Demokratische Union), parce qu'il souhaitait l'armement nucléaire pour décourager l'ennemi (en accord avec la hiérarchie de l'église catholique allemande), et en mai 1980 j'ai été élu au conseil de ma commune, tout simplement parce que j'étais le seul membre du nouveau parti de toute la commune.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>Cet article est extrait du numéro 5 de La lettre d&#8217;information des Réseaux des Parvis qui vient de paraître. </strong></em></p>
<p><em><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L5004.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-2214" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L5004.jpeg" alt="" width="367" height="506" /></a><br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: justify">Ma génération a vécu avec la conscience que chacun(e) devait être considéré comme coresponsable de ce qui arrivait. De même qu&#8217;elle a demandé à la génération de ses parents avec pertinence : <em>pourquoi n&#8217;y a-t-il pas eu plus de résistance contre les atrocités du national-socialisme </em>?, nos enfants vont nous demander : <em>qu&#8217;est-ce que vous avez fait pour éviter que le monde soit détruit par un conflit nucléaire </em>? <em>Qu&#8217;est-ce que vous avez fait contre la faim dans le monde ? </em>Ou aussi : <em>pourquoi ne vous êtes-vous pas engagés davantage contre la catastrophe du climat ? </em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>En 1979 </strong>à Francfort-sur-le-Main, quand j&#8217;y suis retourné après cinq ans de travail au Lycée Allemand d&#8217;Istanbul, un groupe assez hétérogène de gauchistes de toutes tendances (des environnementalistes et des pacifistes, des féministes et des adhérents au « Müsli », comme nous disions) discutait sur la fondation d&#8217;un parti vert. À cette époque, le scénario d&#8217;un conflit nucléaire entre l&#8217;Est et l&#8217;Ouest semblait assez probable. Pour moi, comme père de deux enfants de 8 et 10 ans, c&#8217;était insupportable de rester immobile vis-à-vis d&#8217;un tel danger. C&#8217;est pour cela que je me suis décidé dans ma conscience de chrétien à lutter contre le parti qui portait le mot <em>Chrétien </em>dans son nom <em>(Christlich-Demokratische Union), </em>parce qu&#8217;il souhaitait l&#8217;armement nucléaire pour décourager l&#8217;ennemi (en accord avec la hiérarchie de l&#8217;église catholique allemande), et en mai 1980 j&#8217;ai été élu au conseil de ma commune, tout simplement parce que j&#8217;étais le seul membre du nouveau parti de toute la commune.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Aujourd&#8217;hui, </strong>après la dissolution de l&#8217;Union Soviétique, un conflit nucléaire en Europe ne me semble pas très probable, et je trouve assez étonnant (et positif) que le nouveau ministre allemand des Affaires Étrangères demande que les dernières armes nucléaires de l&#8217;armée des États-Unis soient retirées d&#8217;Allemagne (20 bombes ayant la force de 150 bombes d&#8217;Hiroshima). Le journal de mon diocèse a rapporté en juillet que le cardinal écossais Keith O&#8217;Brien se déclarait pour un renoncement de la Grande-Bretagne à l&#8217;armement nucléaire. La menace de le posséder et d&#8217;y avoir recours était déjà en soi immorale. Faire la guerre contre l&#8217;Irak avec l&#8217;intention déclarée que l&#8217;on veut empêcher l&#8217;extension des armes nucléaires en en possédant soi-même rend cette excuse impossible <em>(Der Sonntag, </em>12 juillet 2009). Cela m&#8217;intéresse de savoir ce que vous en pensez en tant que Français. La <em>force de frappe </em>représente encore 348 bombes nucléaires (chiffre de 2008 &#8211; en comparaison, la GrandeBretagne en possède environ 160).</p>
<p style="text-align: justify"><strong>A présent</strong> la menace la plus grande pour le monde entier est le <strong>changement climatique</strong>. Mais pour pas mal de gens, d&#8217;autre problèmes sont encore plus proches. Un milliard d&#8217;enfants, de femmes et d&#8217;hommes n&#8217;ont pas assez à manger. Chaque jour 17 000 enfants crèvent de faim ! Dans nos sociétés, le chômage et les conflits avec des sociétés parallèles causent la peur de l&#8217;avenir. En Allemagne on discute aussi beaucoup du vieillissement de la population.</p>
<p style="text-align: justify">Je dois vous décevoir si vous attendez de moi un discours scientifique sur la nécessité de l&#8217;écologie pour l&#8217;avenir, ou un rapport sur une carrière de politicien écologiste. Même si<em> </em>je suis membre du parti vert allemand depuis presque trente ans &#8211; avec une interruption que je vais expliquer -, à l&#8217;exception d&#8217;un très petit mandat pour les verts dans les premières années de la fondation du parti, je n&#8217;ai toujours été qu&#8217;un simple membre du parti. Assez récemment on m&#8217;a nommé porte-parole de la section locale des verts d&#8217;Eschborn où j&#8217;habite. Malgré tout, j&#8217;espère que mon témoignage, mes observations et mes décisions pourront être d&#8217;un certain intérêt pour vous. J&#8217;ai vu d&#8217;assez près le début des carrières de Joschka Fischer et Daniel Cohn-Bendit après leur entrée dans le parti. En même temps, il ne faut pas oublier que le parti vert n&#8217;a jamais été le seul agent du mouvement écologique (je pense aussi aux mouvements pacifiste et antinucléaire, Greenpeace, IPPNW, WWF, les fermiers écologistes etc.), mais il a quand même pas mal contribué à faire avancer les choses.</p>
<p style="text-align: justify">Au départ, <strong>les Verts</strong> se voyaient comme un anti-parti. Le système, qui était fondé sur les armes nucléaires, l&#8217;engagement militaire et un usage non mesurable de l&#8217;énergie nucléaire, était considéré comme non réformable. La différence décisive vis-à-vis des autres organisations « anti » était le refus de la violence. La police nous voyait défiler avec le <em>bloc noir </em>anarchiste, et nous battait comme le reste. Pour moi, le système parlementaire n&#8217;a jamais été un adversaire, mais une chance. Une fois, j&#8217;ai été le seul et le premier des Verts de Francfort à voter pour une coalition avec le parti social-démocrate &#8211; on m&#8217;a regardé comme si je venais d&#8217;une autre planète (bien sûr, les autres partis étaient encore plus impensables). Les représentants verts avaient pour seule fonction de porter les protestations dans les lieux de décision. Je me rappelle l&#8217;entrée de la première fraction des verts dans la mairie de Francfort, vêtus de blanc comme des médecins, et avec des masques à gaz, ou l&#8217;action d&#8217;un parlementaire vert de Hesse qui a attaqué un général américain avec du sang. Les Verts voulaient être le bras parlementaire de l&#8217;opposition hors parlementaire, qui voulait changer la politique par la mobilisation de la société civile. Pour cela, ses représentants devaient rester proches de leur base et devaient promettre de se retirer après la moitié de leur mandat électoral et être remplacés. Je trouvais cette opposition absolue si absurde que j&#8217;ai déclaré une fois, avant une élection, que j&#8217;allais voter pour les sociaux-démocrates, et on m&#8217;a bien sûr jeté dehors &#8211; pour m&#8217;accepter une nouvelle fois, plus tard, quand les majorité avaient changé. Tout a été bouleversé par l&#8217;entrée en scène massive des <em>Realos, </em>des <em>Sponti </em>vers 1983, dont les plus connus (en France aussi) étaient <strong>Joschka Fischer et Dany Cohn-Bendit</strong>. La plupart des <em>fondamentalistes </em>n&#8217;ont pas supporté leur défaite et ont quitté le parti. Même si j&#8217;étais leur adversaire, je regrette qu&#8217;ils n&#8217;aient plus contribué à la discussion interne.</p>
<p style="text-align: justify">Ils ont continué comme une petite secte politique sans aucune influence. Comme vous le savez certainement, Joschka Fischer est devenu par la suite &#8216;le premier ministre vert (de l&#8217;Environnement) dans une coalition rouge-verte dans la Hesse et, plus tard, ministre des Affaires étrangères sous le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Une petite section très engagée des Verts était venue au tout début des rangs des deux grandes Églises, elle comptait entre autres un assez grand nombre de pasteurs protestants. Les catholiques étaient plus rares. Pour le cardinal Höffner, de Cologne, <em>les Verts n&#8217;étaient pas éligibles par des catholiques, </em>ainsi qu&#8217;il l&#8217;a déclaré <em>ex cathedra, </em>notamment parce que les Verts voulaient la <strong>dépénalisation de l&#8217;avortement</strong>. Une de mes performances les plus intéressantes a été, sur l&#8217;invitation de l&#8217;équipe des étudiants de l&#8217;École Supérieure de Théologie (jésuite) St. Georgen à Francfort, de diriger un atelier avec le titre <em>Les évêques catholiques ne sont pas éligibles par les Verts </em>(avec le sens qu&#8217;ils n&#8217;ont aucune légitimité démocratique). Mon groupe rassemblait le plus grand nombre de participant(e)s. Dans la question des avortements, j&#8217;expliquais, position que je garde, que la pénalisation des avortements va rarement les empêcher (à l&#8217;époque on parlait du <em>tourisme d&#8217;avortement vers les Pays-Bas), </em>mais que, au contraire, on peut encourager les femmes en situation de conflit à consulter et que les informations sur les assistances possibles peuvent encourager des femmes à garder l&#8217;enfant. Un tel compromis a eu lieu entre les Églises et le gouvernement en Allemagne et a eu force de loi en 1995. En 1999, les évêques allemands ont été obligés par le Vatican de ne plus coopérer avec l&#8217;État et de ne plus donner des certificats de consultation qui sont la condition pour qu&#8217;un avortement reste impuni. Le résultat a été qu&#8217;un grand nombre de femmes ne venait plus aux centres catholiques. Pour assurer la consultation qui avait donné de bons résultats partout en Allemagne, des centres de consultation ont été fondés par des <em>femmes et hommes catholiques </em>indépendants de la hiérarchie. Suivant l&#8217;exemple de l&#8217;organisation <em>Frauenwürde </em>(dignité des femmes) de <em>Nous sommes Église, </em>l&#8217;organisation officielle laïque <em>Zentralkomitee der Deutschen Katholiken </em>a fondé une grande organisation, <em>Donum Vitae, </em>avec l&#8217;ancienne présidente Rita Waschbüsch à sa tête (le conflit continue : une fraction des évêques a empêché le ZDK d&#8217;élire le seul candidat pour la présidence parce qu&#8217;il était parmi les fondateurs de Donum Vitae. Le nouveau candidat accepté a déclaré qu&#8217;il allait quitter Donum Vitae pour la période de sa présidence).</p>
<p style="text-align: justify">Comme vous le voyez, le projet vert a été depuis le début beaucoup plus que l&#8217;engagement pour des énergies renouvelables, pour des bâtiments et une agriculture écologiques et pour des produits alimentaires naturels&#8230; Les Verts étaient aussi <strong>radicalement pacifistes</strong>, et il faut admettre que beaucoup de Verts de la première heure ont quitté le parti quand les dirigeants autour de Joschka Fischer &#8211; avec le choc du massacre de 8000 Bosniaques à Srebrenica &#8211; ont commencé à justifier l&#8217;emploi de la force militaire dans certaines situations. Les Verts sont accusés d&#8217;être non crédibles parce que la majorité de leurs parlementaires sont favorables à la présence de soldats allemands en Afghanistan, alors qu&#8217;ils étaient strictement contre « l&#8217;aventure » de la guerre en Irak.</p>
<p style="text-align: justify">Un autre point essentiel a été dès le début la justice du <strong>genre.</strong> Chaque place impaire sur les listes d&#8217;élection est réservée à une femme. Cela veut dire que la première place est toujours pour une femme. Dans la nouvelle fraction du parlement allemand, les femmes sont en majorité (à la différence des autres partis !). Les Verts étaient aussi à l&#8217;avant-garde pour <strong>l&#8217;intégration des migrants</strong> (le secrétaire général est d&#8217;origine turque, le successeur de Joschka Fischer au Parlement vient d&#8217;Iran&#8230; ), pour la défense du droit d&#8217;asile et pour <strong>mettre fin à la discrimination des homosexuel(le)s</strong>. L&#8217;Église catholique a encore des problèmes sur ce dernier point, mais l&#8217;Église protestante a récemment élu une Verte comme présidente de son parlement (Synode). Seulement l&#8217;évêque Margot Käfsmann, élue il y a peu présidente de l&#8217;EKD (Union des Églises protestantes d&#8217;Allemagne) est supérieure. Elle a aussi souvent des positions très proches des Verts.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment être chrétien a-t-il influencé mes décisions politiques ? </strong></p>
<p style="text-align: justify">Ma pensée a toujours été que <em>Jésus était du côté des exclus, des sans pouvoir, mais qu&#8217;il a discuté avec tout le monde, </em>et <em>volontairement avec ses adversaires. </em>Deuxièmement, que tout être humain est fait à l&#8217;image de Dieu, et troisièmement, que la création nous est donnée pour la garder.</p>
<p style="text-align: justify">J&#8217;ai constamment essayé de reprendre les chrétiens-démocrates locaux pour leur prétention chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify">Pour moi, mes adversaires politiques étaient et sont toujours des interlocuteurs importants, et je garde la conviction que des arguments peuvent amener un changement d&#8217;opinion. Et c&#8217;est vrai. Les convictions partagées dans de petites minorités en marge de la société et de l&#8217;Église sont devenues majoritaires, au moins verbalement. Tous les partis établis veulent sauver le climat. Tout le monde est pour les énergies renouvelables. Même l&#8217;emploi de l&#8217;énergie nucléaire est déclaré <em>provisoire, </em>sur le chemin d&#8217;un futur durable.</p>
<p style="text-align: justify">Je pense que nous sommes aussi sollicités individuellement pour prendre des décisions. Je veux citer &#8211; pour terminer mon intervention &#8211; quelques notions contradictoires que j&#8217;ai trouvées dans une brochure de l&#8217;atelier des <em>Chrétiennes et Chrétiens chez les Verts : </em></p>
<p><em>Justice </em>/ <em>Exploitation. </em></p>
<p><em>Respect pour la création </em>/ <em>Destruction de la nature. </em></p>
<p><em>Cohabitation pacifique </em>/ <em>Guerre. </em></p>
<p><em>Modestie économique </em>/ <em>Croissance déraisonnable. </em></p>
<p><em>Commerce responsable </em>/ <em>Prodigalité. </em></p>
<p style="text-align: right"><strong>GERD WlLD [Allemagne]</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong> </strong>Initiative des droits des chrétiens dans l&#8217;Eglise</p>
<p style="text-align: right">Cofondateur du réseau européen Eglises et libertés</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L5005.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2216" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/L5005.jpeg" alt="" width="459" height="152" /></a></p>
<p style="text-align: right">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/22/temoignage-dun-militant-engage/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;enseignement de l&#8217;islam au lycée alimente une nouvelle polémique</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/20/lenseignement-de-lislam-au-lycee-alimente-une-nouvelle-polemique/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/20/lenseignement-de-lislam-au-lycee-alimente-une-nouvelle-polemique/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 20 Feb 2010 16:33:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2205</guid>
		<description><![CDATA[Moins de trois mois après la bronca des professeurs d&#8217;histoire, offusqués de voir leur discipline devenir optionnelle en terminale S, les historiens reprennent le chemin des blogs et des pétitions pour alerter l&#8217;opinion publique et dénoncer une dérive &#171;&#160;européano-centriste&#160;&#187;.
Objet de leur ire, le projet de nouveau programme d&#8217;histoire pour la classe de seconde, qui ferait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Moins de trois mois après la bronca des professeurs d&#8217;histoire, offusqués de voir leur discipline devenir optionnelle en terminale S, les historiens reprennent le chemin des blogs et des pétitions pour alerter l&#8217;opinion publique et dénoncer une dérive &laquo;&nbsp;européano-centriste&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Objet de leur ire, le projet de nouveau programme d&#8217;histoire pour la classe de seconde, qui ferait la part belle à l&#8217;Occident chrétien, au détriment de l&#8217;étude de la civilisation musulmane.<span id="more-2205"></span></p>
<p>Indices fournis : l&#8217;enseignement intitulé &laquo;&nbsp;La Méditerranée au XIIe siècle : carrefour de trois civilisations&nbsp;&raquo;, qui aborde &laquo;&nbsp;les espaces de l&#8217;Occident chrétien, de l&#8217;Empire byzantin et du monde musulman&nbsp;&raquo; devrait être remplacé à la rentrée prochaine par un nouveau thème, &laquo;&nbsp;La civilisation rurale dans l&#8217;Occident chrétien médiéval, du IXe siècle au XIIIe siècle&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Islam.gif"><img class="aligncenter size-full wp-image-2206" title="Islam" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Islam.gif" alt="" width="420" height="378" /></a></p>
<p>Certes, une partie de ce nouveau programme abordera l&#8217;histoire de &laquo;&nbsp;Constantinople à Istanbul : un carrefour de civilisations&nbsp;&raquo;. Mais pour le secrétaire général de l&#8217;Association des professeurs d&#8217;histoire géographie (APHG), Hubert Tison, il s&#8217;agit d&#8217;&nbsp;&raquo;une fausse compensation. Elle permet de parler de la prise de la ville par l&#8217;Empire ottoman, mais pas de couvrir les contacts entre l&#8217;Occident chrétien, Bysance et le monde musulman&nbsp;&raquo;.</p>
<p>L&#8217;APHG va prochainement demander au ministère de modifier l&#8217;intitulé du nouveau programme &laquo;&nbsp;afin de permettre de traiter des contacts entre l&#8217;Occident chrétien et le monde islamique&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Hubert Tison, qui ne comprend pas les raisons de ce changement, se demande si le projet &laquo;&nbsp;vise à rétablir le christianisme ou à évacuer la contestation quand on parle de l&#8217;islam dans certains lycées&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Au ministère, on répond qu&#8217;&nbsp;&raquo;il s&#8217;agit d&#8217;un projet de programme en consultation jusqu&#8217;au 12 mars&nbsp;&raquo; et l&#8217;on assure qu&#8217;&nbsp;&raquo;il sera tenu compte des remarques qui remonteront&nbsp;&raquo;.</p>
<h3>&laquo;&nbsp;TROP RAPIDEMENT RÉFLÉCHI&nbsp;&raquo;</h3>
<p>Sur le fond, on ajoute que &laquo;&nbsp;dans les anciens programmes, le thème de la Méditerranée au XIIe siècle était facultatif, alors que, dans les prochains, l&#8217;étude de &laquo;&nbsp;Constantinople à Istanbul : un carrefour de civilisations&nbsp;&raquo; est obligatoire. De plus, il y a des ouvertures sur l&#8217;étude de Pékin et sur la capitale aztèque de Tenochtitlan, actuelle Mexico&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Doyen des inspecteurs généraux d&#8217;histoire (IG), Laurent Wirth estime que l&#8217;on fait au ministère &laquo;&nbsp;un mauvais procès, à moins de considérer que l&#8217;islam ottoman ne fait pas partie de l&#8217;islam&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Quant au fait de critiquer un projet qui serait &laquo;&nbsp;européano-centriste&nbsp;&raquo;, l&#8217;inspecteur s&#8217;offusque et &laquo;&nbsp;demande si maintenant le mot européen est devenu une insulte&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>Pas de quoi convaincre Dominique Borne, président du conseil de l&#8217;Institut européen en sciences des religions (IESR). Pour lui, cette façon de botter en touche &laquo;&nbsp;n&#8217;est pas raisonnable. Pékin ou Tenochtitlan en une heure, ce n&#8217;est pas de l&#8217;&nbsp;&raquo;ouverture&nbsp;&raquo;, c&#8217;est juste de l&#8217;affichage&nbsp;&raquo;.</p>
<p>L&#8217;IESR a d&#8217;ailleurs écrit, mercredi 17 février, au ministre de l&#8217;éducation nationale pour que &laquo;&nbsp;ce programme, trop rapidement réfléchi, soit profondément revu dans son orientation d&#8217;ensemble&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Ancien doyen des IG d&#8217;histoire, Dominique Borne connaît bien les programmes actuels pour les avoir rédigés. &laquo;&nbsp;Ça ne me gêne pas qu&#8217;on les change, assure-t-il. Ce qui me choque, c&#8217;est que le religieux ait pratiquement disparu, sauf à être réduit à sa dimension exclusivement rurale, latine, catholique et médiévale. Si on décompose l&#8217;emploi du temps, cela fera environ une heure pour Byzance !&nbsp;&raquo;</p>
<p>Pour lui, le risque c&#8217;est qu&#8217;&nbsp;&raquo;on ne traite pas du religieux sérieusement, comme des autres disciplines&nbsp;&raquo;, et que cela fait émerger &laquo;&nbsp;des revendications en faveur d&#8217;un enseignement religieux spécifique&nbsp;&raquo;.</p>
<p><strong>Auteur : Marc Dupuis<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 21.02.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/20/lenseignement-de-lislam-au-lycee-alimente-une-nouvelle-polemique/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le courage du présent, par Alain Badiou</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/19/le-courage-du-present-par-alain-badiou/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/19/le-courage-du-present-par-alain-badiou/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 19 Feb 2010 14:28:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2201</guid>
		<description><![CDATA[Le temps présent, dans un pays comme le nôtre, depuis presque trente ans, est un temps désorienté. Je veux dire : un temps qui ne propose à sa propre jeunesse, et singulièrement à la jeunesse populaire, aucun principe d&#8217;orientation de l&#8217;existence.
En quoi la désorientation consiste-t-elle précisément ? Une de ses opérations importantes consiste en tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le temps présent, dans un pays comme le nôtre, depuis presque trente ans, est un temps désorienté. Je veux dire : un temps qui ne propose à sa propre jeunesse, et singulièrement à la jeunesse populaire, aucun principe d&#8217;orientation de l&#8217;existence.</p>
<p>En quoi la désorientation consiste-t-elle précisément ? Une de ses opérations importantes consiste en tout cas à rendre illisible la séquence antérieure, la séquence qui, quant à elle, était bel et bien orientée. Cette opération est caractéristique de toutes les périodes réactives, contre-révolutionnaires, comme celle que nous vivons depuis la fin des années 1970.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/alain_badiou.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2202" title="alain_badiou" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/alain_badiou.jpg" alt="" width="340" height="462" /></a></p>
<p>On peut par exemple noter que le propre de la réaction thermidorienne, après le complot du 9 Thermidor et l&#8217;exécution sans jugement des grands Jacobins, avait été de rendre la séquence robespierriste antérieure illisible : la réduction de celle-ci à la pathologie de quelques criminels buveurs de sang en interdisait toute compréhension politique. Cette vision des choses a perduré pendant des décennies, et elle visait à désorienter durablement le peuple, qu&#8217;on tenait, qu&#8217;on tient toujours, pour virtuellement révolutionnaire.</p>
<p>Rendre une période illisible, c&#8217;est autre chose, c&#8217;est beaucoup plus que de simplement la condamner. Car un des effets de l&#8217;illisibilité est de s&#8217;interdire de trouver dans la période en question les principes mêmes aptes à remédier à ses impasses. Si la période est déclarée pathologique, il n&#8217;y a rien à en tirer pour l&#8217;orientation elle-même, et la conclusion, dont nous constatons chaque jour les effets délétères, est qu&#8217;il faut se résigner, comme à un moindre mal, à la désorientation.</p>
<p>Posons par conséquent, concernant une séquence antérieure et visiblement close de la politique d&#8217;émancipation, qu&#8217;elle doit pour nous rester lisible, et ce indépendamment du jugement final que l&#8217;on porte sur elle.</p>
<p>Dans le débat concernant la rationalité de la Révolution française, sous la IIIe République, Clemenceau a produit une formule célèbre : &laquo;&nbsp;La Révolution française forme un bloc.&nbsp;&raquo; Cette formule est remarquable en ce qu&#8217;elle déclare la lisibilité intégrale du processus, quelles qu&#8217;aient été les péripéties tragiques de son développement.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, il est clair que c&#8217;est à propos du communisme que le discours ambiant transforme la séquence antérieure en pathologie opaque. Je m&#8217;autorise donc à dire que la séquence communiste, incluant toutes les nuances, du pouvoir comme de l&#8217;opposition, qui se réclamaient de la même idée, forme elle aussi un bloc.</p>
<p>Quel peuvent être alors aujourd&#8217;hui le principe et le nom d&#8217;une orientation véritable ? Je propose en tout cas de l&#8217;appeler, par fidélité à l&#8217;histoire des politiques d&#8217;émancipation, l&#8217;hypothèse communiste.</p>
<p>Notons au passage que nos critiques prétendent jeter aux orties le mot &laquo;&nbsp;communisme&nbsp;&raquo; sous prétexte qu&#8217;une expérience de communisme d&#8217;Etat, qui a duré soixante-dix ans, a tragiquement échoué. Quelle plaisanterie ! Quand il s&#8217;agit de renverser la domination des riches et l&#8217;hérédité de la puissance, qui durent depuis des millénaires, on vient nous objecter soixante-dix ans de tâtonnements, de violences et d&#8217;impasses ! En vérité, l&#8217;idée communiste n&#8217;a parcouru qu&#8217;une portion infime du temps de sa vérification, de son effectuation.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce que cette hypothèse ? Elle tient en trois axiomes.</p>
<p>D&#8217;abord, l&#8217;idée égalitaire. L&#8217;idée pessimiste commune, qui domine à nouveau ces temps-ci, est que la nature humaine est vouée à l&#8217;inégalité, qu&#8217;il est d&#8217;ailleurs dommage qu&#8217;il en soit ainsi, mais qu&#8217;après avoir versé quelques larmes à ce propos, il est essentiel de s&#8217;en convaincre et de l&#8217;accepter. A cela, l&#8217;idée communiste répond non pas exactement par la proposition de l&#8217;égalité comme programme &#8211; réalisons l&#8217;égalité foncière immanente à la nature humaine -, mais en déclarant que le principe égalitaire permet de distinguer, dans toute action collective, ce qui est homogène à l&#8217;hypothèse communiste, et donc a une réelle valeur, et ce qui la contredit, et donc nous ramène à une vision animale de l&#8217;humanité.</p>
<p>Vient ensuite la conviction que l&#8217;existence d&#8217;un Etat coercitif séparé n&#8217;est pas nécessaire. C&#8217;est la thèse, commune aux anarchistes et aux communistes, du dépérissement de l&#8217;Etat. Il y a eu des sociétés sans Etat, et il est rationnel de postuler qu&#8217;il peut y en avoir d&#8217;autres. Mais surtout, on peut organiser l&#8217;action politique populaire sans qu&#8217;elle soit soumise à l&#8217;idée du pouvoir, de la représentation dans l&#8217;Etat, des élections, etc.</p>
<p>La contrainte libératrice de l&#8217;action organisée peut s&#8217;exercer de l&#8217;extérieur de l&#8217;Etat. Nous en avons de nombreux exemples, y compris récents : la puissance inattendue du mouvement de décembre 1995 a retardé de plusieurs années les mesures antipopulaires concernant les retraites. L&#8217;action militante avec les ouvriers sans papiers n&#8217;a pas empêché nombre de lois scélérates, mais a permis qu&#8217;ils soient largement reconnus comme une composante de notre vie collective et politique.</p>
<p>Dernier axiome : l&#8217;organisation du travail n&#8217;implique pas sa division, la spécialisation des tâches, et en particulier la différenciation oppressive entre travail intellectuel et travail manuel. On doit viser, et on le peut, une essentielle polymorphie du travail humain. C&#8217;est la base matérielle de la disparition des classes et des hiérarchies sociales.</p>
<p>Ces trois principes ne constituent pas un programme, mais des maximes d&#8217;orientation, que n&#8217;importe qui peut investir comme opérateur pour évaluer ce qu&#8217;il dit et fait, personnellement ou collectivement, dans sa relation à l&#8217;hypothèse communiste.</p>
<p>L&#8217;hypothèse communiste a connu deux grandes étapes, et je propose de dire que nous entrons dans une troisième phase de son existence.</p>
<p>L&#8217;hypothèse communiste s&#8217;installe à vaste échelle entre les révolutions de 1848 et la Commune de Paris (1871). Les thèmes dominants sont ceux du mouvement ouvrier et de l&#8217;insurrection. Puis il y a un long intervalle, de près de quarante années (entre 1871 et 1905), qui correspond à l&#8217;apogée de l&#8217;impérialisme européen et à la mise en coupe réglée de nombreuses régions du globe. La séquence qui va de 1905 à 1976 (Révolution culturelle en Chine) est la deuxième séquence d&#8217;effectuation de l&#8217;hypothèse communiste.</p>
<p>Son thème dominant est le thème du parti avec son slogan majeur (et indiscutable) : la discipline est la seule arme de ceux qui n&#8217;ont rien. De 1976 à aujourd&#8217;hui, prend place une deuxième période de stabilisation réactive, période dans laquelle nous sommes encore, et au cours de laquelle on a notamment vu l&#8217;effondrement des dictatures socialistes à parti unique créées dans la deuxième séquence.</p>
<p>Ma conviction est qu&#8217;inéluctablement une troisième séquence historique de l&#8217;hypothèse communiste va s&#8217;ouvrir, différente des deux précédentes, mais paradoxalement plus proche de la première que de la seconde. Cette séquence aura en effet en commun avec la séquence qui a prévalu au XIXe siècle d&#8217;avoir pour enjeu l&#8217;existence même de l&#8217;hypothèse communiste, aujourd&#8217;hui massivement déniée. On peut définir ce qu&#8217;avec d&#8217;autres je tente de faire comme des travaux préliminaires pour la réinstallation de l&#8217;hypothèse et le déploiement de sa troisième époque.</p>
<p>Nous avons besoin, dans ce tout début de la troisième séquence d&#8217;existence de l&#8217;hypothèse communiste, d&#8217;une morale provisoire pour temps désorienté. Il s&#8217;agit de tenir minimalement une figure subjective consistante, sans avoir pour cela l&#8217;appui de l&#8217;hypothèse communiste qui n&#8217;est pas encore réinstallée à grande échelle. Il importe de trouver un point réel sur lequel tenir coûte que coûte, un point &laquo;&nbsp;impossible&nbsp;&raquo;, ininscriptible dans la loi de la situation. Il faut tenir un point réel de ce type et en organiser les conséquences.</p>
<p>Le témoin-clé de ce que nos sociétés sont évidemment in-humaines est aujourd&#8217;hui le prolétaire étranger sans papiers : il est la marque, immanente à notre situation, de ceci qu&#8217;il n&#8217;y a qu&#8217;un seul monde. Traiter le prolétaire étranger comme venant d&#8217;un autre monde, voilà la tâche spécifique dévolue au &laquo;&nbsp;ministère de l&#8217;identité nationale&nbsp;&raquo;, qui dispose de sa propre force de police (la &laquo;&nbsp;police aux frontières&nbsp;&raquo;). Affirmer, contre un tel dispositif de l&#8217;Etat, que n&#8217;importe quel ouvrier sans papiers est du même monde que soi, et en tirer les conséquences pratiques, égalitaires et militantes, voilà un exemple type de morale provisoire, une orientation locale homogène à l&#8217;hypothèse communiste, dans la désorientation globale à laquelle seule sa réinstallation pourra parer.</p>
<p>La vertu principale dont nous avons besoin est le courage. Cela n&#8217;est pas universellement le cas : dans d&#8217;autres circonstances, d&#8217;autres vertus peuvent être requises de façon prioritaire. Ainsi à l&#8217;époque de la guerre révolutionnaire en Chine, c&#8217;est la patience qui a été promue par Mao comme vertu cardinale. Mais aujourd&#8217;hui, c&#8217;est incontestablement le courage. Le courage est la vertu qui se manifeste, sans égard pour les lois du monde, par l&#8217;endurance de l&#8217;impossible. Il s&#8217;agit de tenir le point impossible sans avoir à rendre compte de l&#8217;ensemble de la situation : le courage, en tant qu&#8217;il s&#8217;agit de traiter le point comme tel, est une vertu locale. Il relève d&#8217;une morale du lieu, avec pour horizon la lente réinstallation de l&#8217;hypothèse communiste.</p>
<p><strong>Auteur : Alain Badiou, philosophe, dramaturge et écrivain. Né en 1937, professeur de philosophie à l&#8217;Ecole normale supérieure, Badiou articule pensée formelle et récit littéraire, argumentation conceptuelle et intervention politique. Il a publié aux Nouvelles Editions Lignes &laquo;&nbsp;De quoi Sarkozy est-il le nom ?&nbsp;&raquo; (2007), &laquo;&nbsp;L&#8217;Hypothèse communiste&nbsp;&raquo; (2009) et a récemment dirigé, avec le philosophe Slavoj Zizek, &laquo;&nbsp;L&#8217;Idée du communisme&nbsp;&raquo; (348 p., 22 euros)<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 14.02.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/19/le-courage-du-present-par-alain-badiou/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Réforme des retraites : les clivages, les enjeux, les propositions</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/15/reforme-des-retraites-les-clivages-les-enjeux-les-propositions/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/15/reforme-des-retraites-les-clivages-les-enjeux-les-propositions/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 15 Feb 2010 11:35:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2199</guid>
		<description><![CDATA[Alors que le président Nicolas Sarkozy reçoit patronat et partenaires sociaux, lundi 15 février à l&#8217;Elysée pour dresser une méthode et un calendrier sur la réforme des retraites, plusieurs spécialistes et hommes politiques interviennent sur l&#8217;un des sujets les plus chauds de l&#8217;année 2010, tant les enjeux sont importants et touchent l&#8217;ensemble des Français.
Il y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que le président Nicolas Sarkozy reçoit patronat et partenaires sociaux, lundi 15 février à l&#8217;Elysée pour dresser une méthode et un calendrier sur la réforme des retraites, plusieurs spécialistes et hommes politiques interviennent sur l&#8217;un des sujets les plus chauds de l&#8217;année 2010, tant les enjeux sont importants et touchent l&#8217;ensemble des Français.</p>
<p>Il y a urgence, car la France est à la traîne pour l&#8217;âge de départ et l&#8217;épargne privée, estime <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/la-france-est-a-la-traine-pour-l-age-de-depart-et-l-epargne-privee-par-martine-durand_1304872_3232.html" target="_blank">Martine Durand</a>. En effet, écrit <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/l-equation-est-connue-il-y-aura-demain-1-5-actif-pour-1-retraite-qui-va-payer-par-michel-godet_1304868_3232.html" target="_blank">Michel Godet</a>, l&#8217;équation est simple : il y aura demain 1,5 actif pour 1 retraité. Qui va payer ?</p>
<p>La réponse est simple pour <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/augmentons-les-cotisations-patronales-par-pierre-khalfa_1304869_3232.html" target="_blank">Pierre Khalfa</a> : il faut augmenter les cotisations patronales.</p>
<p>Avant de déterminer qui doit payer, il faut revoir la méthode, écrivent <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/pour-un-mecanisme-de-regulation-perenne-afin-de-sortir-du-bricolage-par-jean-claude-angoulvant-denis-chemillier-gendreau-et-elyes-jouini_1304873_3232.html" target="_blank">Jean-Claude Angoulvant, Denis Chemillier-Gendreau et Elyes Jouini</a>, pour qui &laquo;&nbsp;il faut un mécanisme de régulation pérenne&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Un conseil propose <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/assurance-retraite-et-assurance-dependance-par-etienne-cozon_1304782_3232.html" target="_blank">Etienne Cozon</a> : &laquo;&nbsp;Ne pas commettre l&#8217;erreur de traiter en même temps l&#8217;assurance-retraite et l&#8217;assurance-dépendance.&nbsp;&raquo;</p>
<p>En effet, il ne faut plus se tromper de débat, avertit <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/age-de-la-retraite-ne-plus-se-tromper-de-debat-par-jean-olivier-hairault_1304783_3232.html" target="_blank">Jean-Olivier Hairault</a>, pour qui la question est : &laquo;&nbsp;comment peut-on repousser l&#8217;âge de la retraite alors que près d&#8217;un Français sur deux n&#8217;est déjà plus en emploi avant de prendre sa retraite ?&nbsp;&raquo;</p>
<p>La question n&#8217;est pas là, avance <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/que-faire-du-troisieme-age-de-la-vie-au-dela-des-discours-comptables-par-pierre-henri-tavoillot_1304871_3232.html" target="_blank">Pierre-Henri Tavoillot</a>, mais plutôt : Que faire du troisième âge de la vie, proposant un &laquo;&nbsp;droit au répit&nbsp;&raquo; durant la vie active, préalable à son allongement.</p>
<p>Quoi qu&#8217;il en soit, le volet politique n&#8217;est pas à la traîne, notamment à gauche, qui peut trouver dans la question des retraites de quoi rebondir à quelques semaines des élections régionales. C&#8217;est l&#8217;occasion pour &laquo;&nbsp;la gauche de faire un effort de clarté&nbsp;&raquo;, avancent <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/retraites-la-devoir-de-clarte-de-la-gauche-par-paul-quiles-marie-noelle-lienemann_1304772_3232.html" target="_blank">Paul Quilès et Marie-Noëlle Lieneman</a> et trois autres cosignataires d&#8217;une tribune plus politique, car &laquo;&nbsp;d&#8217;autres pistes sont possibles&nbsp;&raquo; ajoutent <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/12/retraites-d-autres-pistes-sont-possibles-par-benoit-hamon-et-henri-emmanuelli_1304779_3232.html" target="_blank">Henri Emmanuelli et Benoît Hamon</a>, deux représentants de la gauche du PS.</p>
<p><strong>Source : LEMONDE.FR, 15.02.10</strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/15/reforme-des-retraites-les-clivages-les-enjeux-les-propositions/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Bercy dresse une première liste de paradis fiscaux</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/15/bercy-dresse-une-premiere-liste-de-paradis-fiscaux/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/15/bercy-dresse-une-premiere-liste-de-paradis-fiscaux/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 15 Feb 2010 11:27:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2197</guid>
		<description><![CDATA[La France a adopté sa propre &#171;&#160;liste noire&#160;&#187; de paradis fiscaux, ce qui lui permettra de taxer davantage les entreprises françaises implantées dans ces dix-huit pays, selon un arrêté dont l&#8217;AFP a obtenu lundi une copie. Dans cette liste signée en fin de semaine dernière par la ministre de l&#8217;économie Christine Lagarde et son collègue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La France a adopté sa propre &laquo;&nbsp;liste noire&nbsp;&raquo; de paradis fiscaux, ce qui lui permettra de taxer davantage les entreprises françaises implantées dans ces dix-huit pays, selon un arrêté dont l&#8217;AFP a obtenu lundi une copie. Dans cette liste signée en fin de semaine dernière par la ministre de l&#8217;économie Christine Lagarde et son collègue du budget Eric Woerth, et publiée lundi dans Les Echos et Le Figaro, le gouvernement arrête pour l&#8217;année 2010 les &laquo;&nbsp;Etats et territoires non coopératifs&nbsp;&raquo; en matière fiscale.</p>
<p>Il s&#8217;agit des pays non membres de l&#8217;Union européenne (UE) et qui figurent sur la liste établie par l&#8217;Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette dernière comprend vingt-trois pays, mais Paris a exclu de sa propre liste les Etats qui ont déjà signé un accord d&#8217;échange d&#8217;informations fiscales avec la France, même s&#8217;ils n&#8217;ont pas encore conclu les douze traités qui permettent à un pays d&#8217;être blanchi par l&#8217;OCDE.</p>
<p>Les Caraïbes, avec sept pays, sont très largement représentées tout comme l&#8217;Amérique centrale avec notamment le Costa Rica et le Panama. Le sultanat de Brunei, les Philippines ou encore le Liberia sont aussi épinglés. Le gouvernement pourra mettre à jour chaque année sa liste en fonction de l&#8217;évaluation du bon respect des conventions existantes et de la signature de nouveaux accords.</p>
<p>Le principe de cette liste française avait été adopté dans la version rectifiée du budget 2009 adoptée en décembre, dans le sillage de la crise et des sommets du G20 au cours desquels les principaux pays industrialisés et émergents se sont engagés à mettre un terme au secret bancaire et aux paradis fiscaux. Concrètement, pour pénaliser les échanges avec ces dix-huit paradis fiscaux, Paris va taxer à 50 % (contre 0 à 33 % auparavant) les dividendes, intérêts et redevances versés par des entités françaises à des destinataires domiciliés dans ces territoires.</p>
<h3>La liste des 18 pays cités par l&#8217;arrêté</h3>
<p>Sont considérés comme &laquo;&nbsp;État ou territoire non coopératifs&nbsp;&raquo; les pays non membres de l&#8217;Union européenne n&#8217;ayant pas conclu avec au moins douze États une convention d&#8217;assistance administrative permettant l&#8217;échange de renseignements fiscaux.</p>
<p>Les dix-huit pays cités dans l&#8217;arrêté sont Anguilla (Caraïbes), Belize (Amérique centrale), Brunei (Asie), Costa Rica (Amérique centrale), Dominique, Grenade (Caraïbes), Guatemala (Amérique centrale), îles Cook, îles Marshall (Océanie), Liberia (Afrique), Montserrat (Caraïbes), Nauru, Niue (Océanie), Panama (Amérique centrale), Philippines (Asie), Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie et enfin Saint-Vincent et les Grenadines (Caraïbes).</p>
<p>Source : LEMONDE.FR avec AFP, 15.02.10</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/15/bercy-dresse-une-premiere-liste-de-paradis-fiscaux/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Campagne de la CIMADE pour mettre un terme à la double violence</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/13/campagne-de-la-cimade-pour-mettre-un-terme-a-la-double-violence/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/02/13/campagne-de-la-cimade-pour-mettre-un-terme-a-la-double-violence/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 13 Feb 2010 20:33:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2149</guid>
		<description><![CDATA[
La Cimade lance une campagne pour obtenir une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences
Depuis 2004 La Cimade a ouvert, en Ile-de-France, plusieurs permanences spécialisées dans l’accueil et l’accompagnement juridique des femmes étrangères victimes de violences. En cinq années, plus de 1880 femmes victimes de violences sexistes ou familiales (violences conjugales, mariages forcés, mutilations sexuelles, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/visuel_site_cimade.JPG1.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-2165" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/visuel_site_cimade.JPG1.jpeg" alt="" width="162" height="243" /></a><br />
La Cimade lance une campagne pour obtenir une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences</em></strong></p>
<p style="text-align: justify">Depuis 2004 La Cimade a ouvert, en Ile-de-France, plusieurs permanences spécialisées dans l’accueil et l’accompagnement juridique des femmes étrangères victimes de violences. En cinq années, plus de 1880 femmes victimes de violences sexistes ou familiales (violences conjugales, mariages forcés, mutilations sexuelles, réseaux de prostitution, traite, esclavage moderne, etc.) ont été accueillies par des bénévoles spécialement formées.</p>
<p style="text-align: justify">Qu’elles aient subi ces violences dans leur pays d’origine, pendant leur exil ou en France, la majorité d’entre elles sont confrontées à de nombreux dysfonctionnements administratifs ou à une absence de dispositifs législatifs. En tant que femmes, elles sont confrontées à des discriminations spécifiques dans leur pays et en France, en tant qu’étrangères elles sont soumises à un ensemble de textes qui se révèlent, dans la pratique, plus restrictif à leur égard. C’est ce phénomène de la double violence que La Cimade veut dénoncer, la superposition de la violence vécue en tant qu’étrangère ajoutée à la violence vécue en tant que femmes.</p>
<p style="text-align: justify">La Cimade se félicite de l’initiative des parlementaires qui s’attachent, une nouvelle fois, à intégrer dans la législation des dispositions intéressantes en faveur des droits de femmes confrontées à des violences. La Cimade sera donc attentive le 25 février prochain au débat parlementaire relatif à la proposition de loi renforçant la protection des victimes, la prévention et la répression des violences faites aux femmes.</p>
<p style="text-align: justify">Toutefois, les observations menées sur le terrain montrent que c’est bien l’application de la loi qui fait défaut. Les évolutions législatives de 2003, 2006 et 2007 plutôt favorables aux femmes étrangères ne sont pas ou mal appliquées. Par ailleurs, lorsqu’elles sont en situation irrégulière, elles ne bénéficient que très rarement de suivi social, médical, psychologique, et rencontrent de nombreuses difficultés pour trouver un hébergement d’urgence ou une mise à l’abri.</p>
<p style="text-align: justify">Pendant deux mois, de nombreuses actions de sensibilisation de l’opinion publique et d’interpellations politiques seront menées pour faire connaître ces dysfonctionnements et exiger une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences.</p>
<p><a href="http://www.cimade.org/uploads/File/admin/DP_niunenideux.pdf"> Télécharger le dossier de presse</a></p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux">Accéder au site de la campagne</a> :</p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/">http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/</a></p>
<p><strong>09 février 2010</strong></p>
<p>_____________________________________________________</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>APPEL DE LA CIMADE </strong></p>
<p><strong>CAMPAGNE NI UNE NI DEUX</strong></p>
<p><strong>Mettons fin à la double violence faite aux femmes étrangères</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pour les femmes étrangères, une violence peut en cacher une autre. Aux violences qu&#8217;elles peuvent subir en tant que femmes &#8211; dans leur pays d&#8217;origine, pendant leur exil ou en France &#8211; s&#8217;ajoute trop souvent la violence de l&#8217;administration française parce qu&#8217;elles sont étrangères. Ni une ni deux, mettons fin à cette double violence.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">La Cimade lance une campagne pour obtenir une véritable protection des femmes étrangères et appelle chacun d&#8217;entre vous à y participer.</p>
<p style="text-align: justify">Participez à la manifestation virtuelle pour mettre fin à la double violence. Du 10 février au 28 mars, nous interpellerons ensemble les élus locaux, les parlementaires et les pouvoirs publics sur les dysfonctionnements administratifs et l&#8217;absence de dispositifs législatifs spécifiques qui font obstacle à une réelle protection des femmes étrangères victimes de violences.</p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/rubriques/127-Les-actions-de-la-campagne?page_id=2193">Inscrivez vous à la manifestation</a></p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/rubriques/120-pour-mieux-comprendre?page_id=2102">Présentation générale de la campagne</a></p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/rubriques/129-Contact-et-r-seaux-soicaux?page_id=2209">Suivez la campagne sur twitter et facebook</a></p>
<p>Ni une ni deux, dans <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/09/violences-la-double-peine-des-femmes-etrangeres_1303245_3232.html">Le Monde</a>, <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/societe/violences-la-double-peine-des-femmes-etrangeres_847779.html">L&#8217;express</a></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal"><br />
</span></strong></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2010/02/13/campagne-de-la-cimade-pour-mettre-un-terme-a-la-double-violence/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
