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	<title>NSAE &#187; OPINIONS &amp; DÉBATS</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Pourquoi l’oligarchie financière ne veut pas de l’économie sociale</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 16:43:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Ivan du Roy Les ravages du capitalisme financier remettent au goût du jour « l’économie sociale ». L’idée de créer des sociétés coopératives, où l’actionnaire ne prédomine plus, se répand de nouveau parmi les salariés. Les associations rassemblant consommateurs et producteurs se multiplient pour contourner les grands groupes. Les banques éthiques suscitent un regain d’intérêt… D’où [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Ivan du Roy </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les ravages du capitalisme financier remettent au goût du jour « l’économie sociale ». L’idée de créer des sociétés coopératives, où l’actionnaire ne prédomine plus, se répand de nouveau parmi les salariés. Les associations rassemblant consommateurs et producteurs se multiplient pour contourner les grands groupes. Les banques éthiques suscitent un regain d’intérêt… D’où vient cette « économie sociale » ? Peut-elle constituer une alternative au système économique actuel ?</em></strong></p>
<p><strong>Entretien avec Jean-Philippe Milesy, délégué général de la coopérative Rencontres sociales.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Coopératives.jpg"><img class="size-full wp-image-5987 aligncenter" title="Coopératives" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Coopératives.jpg" alt="" width="312" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Basta !</em></strong><strong> </strong> : <strong>D’où vient « l’économie sociale » ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jean-Philippe Milesy  [<span style="text-decoration: underline;">1</span>] :</strong> Historiquement, l’économie sociale se constitue en réaction au libéralisme économique de la Révolution française et des régimes suivants. La loi Le Chapelier (promulguée en juin 1791) interdit tout groupement de citoyens, d’ouvriers ou de paysans. Au départ, les formes d’économie sociale sont des démarches pragmatiques de citoyens, dans un quartier ou sur un territoire donné, pour mettre en commun le peu qu’ils ont : capacité de travail, outils, épargne, inventivité&#8230; Une des premières sociétés de secours mutuel s’appelle « Le sou du linceul » : des gens d’un quartier qui réunissent leurs maigres économies pour éviter qu’on enterre les leurs comme des chiens. Cela renvoie à la Chanson des Canuts. C’est l’essence de l’économie sociale : des réponses collectives immédiates à un besoin social non satisfait. Des artisans mettent en commun leurs outils, d’autres leur pécule pour pratiquer le crédit, alors réservé aux grandes entreprises. Autre exemple : dans les fabriques, le système de l’économat assujettit les travailleurs au magasin de l’entreprise. Les employés doivent y acheter les produits dont ils ont besoin – une manière pour le patron de récupérer leurs salaires. En réaction, des circuits courts sont mis en place, qui permettent aux travailleurs d’aller se fournir chez des paysans et industriels pour ne plus dépendre des prix fixés par le patron.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qui sont les initiateurs de ce mouvement ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’économie sociale est alors portée par des militants, partisans du fouriérisme (de Charles Fourier et de son idée de phalanstère, ndlr), de Proudhon (qui incarne l’un des courants de l’anarchisme, ndlr), des socialistes utopistes, des chrétiens sociaux issus du mouvement ouvrier, et même des bourgeois, voire des petits aristocrates, en rébellion contre le capitalisme manufacturier et le libéralisme financier. Ces structures pragmatiques et dispersées vont assurer leur pérennité grâce à l’idée de fédéralisme lancée par Proudhon ou le penseur anarchiste Élisée Reclus. On assiste à des regroupements de caisses de crédit, d’associations de secours mutuel, comme la Société d’épargne de crédit mutuel des ouvriers relieurs à Paris avec le socialiste Eugène Varlin, et d’associations ouvrières de production. Des structures fédérées suffisantes pour peser, et qui annoncent la création des syndicats [<span style="text-decoration: underline;">2</span>]. La liberté, l’égalité et la solidarité constituent leurs principes communs : la libre création, avec des citoyens qui, librement, se regroupent ; la démocratie, avec le principe un homme égale une voix, indépendamment de sa fortune ; et l’impartageabilité des résultats, vers des détenteurs du capital, par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi les mouvements progressistes et révolutionnaires qui émergent au sein du mouvement ouvrier au XIXe siècle ne portent-ils pas pleinement cette économie sociale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les deux courants majeurs du mouvement ouvrier – marxiste et anarchiste – adoptent des attitudes ambiguës envers l’économie sociale. Ils reconnaissent l’intérêt du mouvement mais portent des jugements très sévères sur la perte d’énergie qu’induirait, selon eux, l’économie sociale : le temps que les ouvriers passent à monter ces structures est autant de temps qui n’est pas consacré à la lutte contre le capital. En parallèle, l’État, dès Napoléon III, tente de capter ces structures, de les institutionnaliser. Certains courants du mouvement ouvrier, autour du socialiste Jules Guesde, par exemple, considèrent que seul l’État peut assurer la régulation, la laïcité… La conquête de l’État devient donc la priorité. Et c’est un débat qui perdure encore aujourd’hui. Le soutien à de nouvelles formes d’économie sociale n’est pas vu comme un levier principal du changement par la gauche.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et ensuite ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Durant tout le XXe siècle, l’économie sociale va s’isoler et s’institutionnaliser, malgré les « coopératives rouges » créées dans les années 1920 ou les coopératives ouvrières relancées sous le Front populaire en 1936. À la Libération, on peut dire que l’économie sociale « rate le coche ». Le Conseil national de la Résistance n’y fera guère référence. Si les gaullistes, les démocrates chrétiens et les communistes n’ont alors aucune idée de ce qu’est l’économie sociale, c’est aussi parce qu’une partie des notables du mouvement se sont compromis sous le régime de Vichy, en cédant au corporatisme et à la solidarité nationale. L’économie sociale va ensuite subir les remous de la guerre froide, la CGT y est marginalisée. Elle retrouve un peu de force dans les années 1970 avec l’arrivée de la deuxième gauche, porteuse des idées du christianisme social, notamment dans le monde rural, où la tradition de coopération est encore vivace. Les coopératives agricoles ne sont pas encore devenues des multinationales agroalimentaires, la vie démocratique y est alors présente. Des initiatives comme Lip jouent un rôle dans cette renaissance. La CGT s’ouvre aux coopératives de luttes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment expliquer le regain d’intérêt actuel pour l’économie sociale, en particulier pour les sociétés coopératives (Scop), médiatisée par les tentatives de reprise des entreprises SeaFrance ou Fralib par leurs salariés ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, la destruction de l’État providence, ou de l’État du compromis social, la dislocation des mesures héritées du Conseil national de la Résistance et la domination du capitalisme financier la remettent au goût du jour. Le fait que des entreprises pourtant bénéficiaires soient lâchées par leurs actionnaires invite à réagir. Mais il n’est pas toujours sûr que ces entreprises puissent demeurer rentables en dehors d’un groupe capitaliste, qui leur facilite les accès au marché.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles sont les conditions d’une reprise en coopérative ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Trois conditions sont nécessaires : l’engagement des salariés, la démocratie et une dose de réalisme économique. Il semble que ces conditions n’étaient pas réunies dans le cas de SeaFrance. Une Scop n’est pas un îlot de socialisme. Elle se situe sur un marché, doit produire quelque chose qui se vend, avoir la confiance de ses clients. Dans ce cadre, la transformation de PME en coopérative est plus réaliste. Les grosses entreprises, c’est plus difficile. Mais cela peut fonctionner : Chèque Déjeuner face à Sodexo, ou Acome dans la fibre optique. Ce n’est pas un modèle, mais chaque fois une aventure humaine recommencée. Les Scop ont besoin d’un soutien populaire. L’économie sociale est avant tout un élan collectif, ce que l’on a tendance à oublier. Ce n’est pas un leader charismatique, avec des gens qui suivent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’économie sociale peut-elle faire du travail un vecteur d’émancipation, dans un contexte où les conditions de travail et l’emploi se dégradent ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il existe une ambiguïté vis-à-vis des salariés. À part les Scop, au sein desquelles les salariés sont eux-mêmes sociétaires, toutes les organisations de l’économie sociale sont dans un rapport classique de subordination. La Macif ou la MGEN sont des mutuelles entre sociétaires – leurs adhérents –, pas entre salariés. Même s’ils y sont globalement mieux traités que dans une entreprise d’assurance privée, ils ne participent pas au processus politique de l’économie sociale. Les salariés d’un comité d’entreprise ne bénéficient pas forcément des avantages du CE. À l’intérieur de ces entreprises, la lutte des classes existe : il y a des syndicats, des institutions représentatives du personnel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le mouvement associatif est pourtant très peu syndiqué…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le monde associatif, c’est plus compliqué. D’abord parce qu’une association est contrainte par ses recettes. Ensuite parce qu’une partie des dirigeants du monde associatif estiment – leurs structures agissant pour le bien commun – que les salariés doivent prendre une part de la souffrance de leur public. Du coup, on vit parfois dans une certaine économie de la misère : <em>« Ne vous attendez pas à être bien payés »</em>, répète-t-on aux salariés. L’institutionnalisation des associations par les pouvoirs publics pèse aussi sur la gestion des ressources humaines. La contractualisation par appel à projets aggrave le phénomène et favorise le « moins-disant » social. Trop d’associations dépendent de la commande publique. C’est dangereux. Il suffit que le maire change et une association est obligée de se séparer brutalement d’une partie de ses salariés, sans avoir les moyens de mettre en place un plan social. Tout cela accroît la précarité. En l’absence de réserves ou de fonds de roulement, la sortie de crise est souvent catastrophique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’économie sociale ne peut-elle survivre qu’en marge du secteur concurrentiel ou peut-elle incarner une réelle alternative ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il existe une économie sociale de transformation et une économie sociale conservatrice à l’abri de ses statuts, comme certaines coopératives agricoles ou les coopératives de la grande distribution, tel le groupe Leclerc (une coopérative de commerçants) : des regroupements de patrons qui peuvent adopter le même comportement prédateur que certaines multinationales. L’oligarchie financière ne veut pas de l’économie sociale. Laisser se développer des entreprises fondées sur autre chose que la recherche du profit maximum des actionnaires n’est pas envisageable. En Allemagne, le tissu de PME subsiste pour l’instant grâce aux règles anciennes du compromis social. Si l’économie sociale se développait trop, le modèle du management unique – où le travail est la plaie et où tout retour sur investissement à moins de deux chiffres est jugé minable – serait remis en cause. Et le système des financiers serait vicié. Pour le patronat comme pour certains politiques, l’idée d’un pluralisme économique est donc intolérable. L’économie sociale est donc acceptée seulement comme une économie subsidiaire. Elle montre que l’alternative est possible, mais n’est pas en son état actuel l’alternative elle-même.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette économie sociale compte également des acteurs financiers importants (Crédit agricole, groupe Caisse d’Épargne-Banque populaire, Crédit mutuel…). Sont-ils si différents que les acteurs bancaires classiques, pointés du doigt depuis le début de la crise ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au sein du Crédit agricole, on assiste à une certaine tension entre les hypercapitalistes de Crédit agricole SA (société anonyme) face aux élus et aux équipes qui viennent de la Fédération nationale du Crédit agricole (l’instance de réflexion, d’expression et de représentation des Caisses régionales, ndlr). Idem au Crédit mutuel ou au sein du groupe Caisse d’Épargne-Banque populaire, où l’arrivée de François Pérol il y a deux ans <a href="http://www.bastamag.net/article524.html">a tendu la situation</a>. Le Crédit mutuel et les banques populaires se sont mis à communiquer sur leur statut d’économie sociale. Ils ont donc conscience que s’en revendiquer favorise leur implantation et la fidélité de leurs clients. Ils ne peuvent pas affirmer que leurs sociétaires occupent une place dominante sans leur donner un peu de pouvoir. Quand la Maif choisit le slogan « assureur militant », cela change la donne et infléchit nécessairement, et dans le bon sens, les pratiques. Ils ne peuvent pas rester dans la schizophrénie. Et si revendiquer les principes de l’économie sociale peut être un avantage compétitif, pourquoi s’en priver ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 salarié français sur 10 travaille dans l’économie sociale (2,3 millions de salariés). Pourquoi ses structures représentatives sont-elles si peu présentes dans le débat public, à l’image du Ceges (Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale), invisible face au Medef ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au sein du collège patronal, où il se présentait pour la première fois aux élections prud’homales de 2004, l’AES, un groupement d’entreprises de l’économie sociale, réalise 9 % des voix, avec seulement trois syndicats d’employeurs et sans les grandes instances de l’économie sociale. Le Medef n’a pas apprécié. En 2008, l’AES, avec cette fois l’appui du Ceges, passe de 9 % à 19 %, et ce, sans le secteur agricole et sans les banques coopératives qui restent au Medef. Cela signifie que des entrepreneurs capitalistes ou des artisans votent en faveur des listes de l’économie sociale pour marquer leur opposition au Medef. Il serait donc légitime que les employeurs de l’ES détiennent 20 % des sièges patronaux dans tous les dispositifs paritaires dans lequel l’État est impliqué. Or, le Medef refuse obstinément et revendique le monopole de la représentation patronale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Selon vous, l’économie sociale est-elle davantage présente dans le débat politique, en particulier à l’occasion de l’élection présidentielle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelles que soient les arrière-pensées politiques, la reconnaissance de l’économie sociale progresse. À gauche, les équipes de chaque candidat qui travaillent sur le sujet se sont renforcées. La vision que l’État devait tout régler est en train d’évoluer, y compris au Front de gauche. Même l’UMP compte un délégué à l’économie sociale, ce qui n’était pas le cas auparavant. De leur côté, les collectivités locales ont tendance à regarder plus attentivement ceux qui travaillent sur le lien social, face au démembrement des services publics. Cela les force à interroger le modèle étatique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel est le rôle de Rencontres sociales dans ce contexte ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://rencontres-sociales.org/">Rencontres sociales</a> est une boîte à outils pour susciter les coopérations entre les diverses maisons de l’économie sociale, et les secteurs du mouvement social et syndical, avec une vision d’une économie sociale transformatrice de la société. Pour prendre deux exemples, nous travaillons sur de nouvelles formes de restauration collective sociale, à partir d’un travail avec la CCAS (Caisse centrale d’activités sociales des industries électriques et gazières) et avec un certain nombre d’acteurs qui cherchent à échapper au cartel constitué par les grandes sociétés financières qui œuvrent dans le secteur de la restauration collective (Sodexo, Elior et Compass). Avec la mutuelle Chorum, nous travaillons à mettre en place des activités de loisirs et de vacances sociales et culturelles pour les salariés d’associations, de TPE et de PME qui ne bénéficient pas de comités d’entreprise.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Recueilli par Ivan du Roy</strong></p>
<p style="text-align: right;" align="right">2 février 2012</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[<span style="text-decoration: underline;">1</span>] Délégué général de la coopérative <a href="http://rencontres-sociales.org/">Rencontres sociales</a>.</p>
<p>[<span style="text-decoration: underline;">2</span>] La Fédération parisienne des sociétés ouvrières constitue le noyau de la future CGT, créée en 1895.</p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.bastamag.net/auteur2.html">http://www.bastamag.net/auteur2.html</a></p>
<p><strong><a href="http://www.bastamag.net/article2096.html">Soutenir BASTA</a>, </strong>média libre.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La laïcité embrigadée à droite</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2012/01/26/la-laicite-embrigadee-a-droite/</link>
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		<pubDate>Thu, 26 Jan 2012 21:41:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean Baubérot dénonce une «  nouvelle laïcité  », qui vise surtout à réprimer les minorités religieuses, musulmans en tête. Jean Baubérot dénonce dans son dernier ouvrage* la récupération et l’utilisation fallacieuse, idéologique et politicienne, de la laïcité par la droite dure ou l’extrême droite, envers l’islam et l’immigration musulmane. Il appelle à retrouver le véritable esprit de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Jean Baubérot dénonce une « </em></strong><strong><em> </em></strong><strong><em>nouvelle laïcité</em></strong><strong><em> </em></strong><strong><em> », qui vise surtout à réprimer les minorités religieuses, musulmans en tête.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Jean Baubérot dénonce dans son dernier ouvrage* la récupération et l’utilisation fallacieuse, idéologique et politicienne, de la laïcité par la droite dure ou l’extrême droite, envers l’islam et l’immigration musulmane. Il appelle à retrouver le véritable esprit de la loi de 1905 pour refonder une laïcité républicaine utile à notre époque.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><span id="more-5937"></span></p>
<p></em></p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/PhotoBaubérot1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5948" title="PhotoBaubérot" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/PhotoBaubérot1.jpg" alt="" width="448" height="230" /></a></p>
<p style="text-align: left;"> <strong>Entretien - </strong>Propos recueillis par Olivier Doubre</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu’est-ce que cette « nouvelle laïcité », ou « laïcité falsifiée », mise en avant par la droite et même l’extrême droite aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jean Baubérot :</strong> Ce que j’explique dans le livre est qu’il y a aujourd’hui deux laïcités entremêlées. D’un côté, la laïcité historique et le dispositif dont on a hérité, avec à la fois la loi de Jules Ferry laïcisant l’école publique et la loi de 1905 séparant les églises et l’État (et toute la jurisprudence qui en découle). C’est une laïcité de liberté et de raison, et l’islam peut tout à fait en être bénéficiaire. Pour prendre un exemple, il y a un processus qui n’est pas encore achevé ni encore vraiment satisfaisant mais qui est en cours. Il s’agit de la création d’aumôneries musulmanes à l’armée, dans les prisons et les hôpitaux. Cela, en application de l’article 2 de la loi de 1905 qui dispose qu’il n’y a pas de subvention pour le clergé ou les religions, mais qu’il peut y avoir de l’argent public pour les aumôneries dans les lieux fermés. Dans la vie quotidienne, il y a donc des éléments qui ont trait à cette laïcité-là. Mais il y a une autre laïcité aujourd’hui, revendiquée au départ par la droite classique. Je me réfère beaucoup sur ce point à un texte de François Baroin écrit pour le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, en mai 2003, soit vingt mois après les attentats du 11 septembre 2001. Il s’intitule « <em>Pour une nouvelle laïcité</em> ». C’est un texte tout à fait intelligent, avec une forte cohérence interne de l’auteur, mais avec évidemment une perspective clairement de droite. Il y explique que le conflit des deux France, entre anticléricalisme et cléricalisme, est terminé et dépassé pour l’opinion publique, mais qu’aujourd’hui, ce qui est en jeu, c’est un certain islam, une certaine immigration. La laïcité deviendrait donc, selon lui, culturelle et identitaire. Et cette laïcité-là, qu’il appelle celle de « la droite de mai », c’est-à-dire de la victoire de Jacques Chirac en 2002 contre Jean-Marie Le Pen, peut devenir une valeur de la droite, à la fois contre le Front national et contre la gauche qui, dit-il, est « droits-de-l’hommiste » et complexée par rapport à la colonisation… Or, même si ce n’est pas l’objet principal du livre, il faut reconnaître qu’une partie de la gauche partage cette nouvelle laïcité et que toute la droite n’y adhère pas entièrement – même si celle-ci est tendanciellement plutôt de droite et la laïcité historique traditionnellement ancrée à gauche.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment se manifeste cette « nouvelle laïcité » ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On détourne la loi de 1905 de son sens, on lui fait dire autre chose que ce qu’elle a dit. On peut comprendre cette loi en la lisant (ce que peu de gens ont fait en réalité) ainsi qu’en se penchant sur les débats parlementaires de l’époque, avec les amendements qui ont été adoptés ou refusés. Ce sont ces débats qui montrent l’esprit véritable de la loi. Dans la laïcité, il y a plusieurs principes : la neutralité, la séparation, la liberté de conscience et l’égalité de tous. Or aujourd’hui, cette « nouvelle laïcité » atrophie le principe de séparation (on l’a vu dans les débats sur l’euthanasie, sur le mariage homosexuel, qui relèvent de la séparation puisqu’il s’agit de la distinction entre les morales religieuses et les morales civiles).</p>
<p style="text-align: justify;">On atrophie aussi considérablement le principe de non-discrimination : l’aspect le plus flagrant, c’est que le Haut Conseil à l’intégration, de plus en plus, fait des propositions en matière de laïcité. Ce qui est totalement anormal puisque la laïcité est l’affaire de tous les Français, aucune population particulière ne saurait être visée par elle. On atrophie enfin la liberté de conscience : l’UMP est très subtil sur ce point en dissociant laïcité et liberté religieuse. Cela revient à dresser une laïcité répressive contre les minorités religieuses puisqu’on enlève la liberté religieuse de la laïcité. D’autre part, comme on parle de liberté religieuse et non de liberté de conscience, on peut y voir une certaine réofficialisation feutrée de certaines religions, notamment le catholicisme ou d’un islam modéré qui accepterait d’être contrôlé étroitement par l’État. C’est une politique assez subtile mais désastreuse puisqu’elle tire la laïcité vers quelque chose de répressif, ce qui est le meilleur moyen de la faire refuser par la rive sud de la Méditerranée. C’est donc non seulement très mauvais au niveau national mais aussi au niveau international.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Toutefois, la laïcité devrait aussi servir, dites-vous, le combat pour l’égalité des sexes. En quoi est-elle là encore falsifiée ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut rappeler d’emblée que ce n’était pas un des objectifs initiaux de la laïcité historique. Ou alors elle y a contribué de manière assez ambiguë. Je cite ainsi Jules Ferry sous la IIIe République, qui a voulu faire l’éducation des filles, mais il s’agissait de la femme enjeu entre la République et le cléricalisme plus que de la femme actrice et maîtresse de sa vie. Rappelons que Jules Ferry a dit : <em>« Il faut que la femme appartienne à la science ou qu’elle appartienne à l’église ! »</em> Or aujourd’hui, on pense évidemment que la femme doit s’appartenir à elle-même ! Par contre, lorsqu’il y a eu laïcisation des mœurs avec la loi Neuwirth sur la contraception ou la loi Veil sur l’avortement, la laïcité est devenue implicitement une laïcité féministe, puisque ces lois ont séparé la législation civile des morales religieuses en étant favorables aux femmes. Mais cela n’a été qu’implicite : les laïques se sont focalisés uniquement sur les subventions aux écoles privées, mais ils ont très peu revendiqué la laïcité au bénéfice des lois sur la contraception ou l’avortement, alors qu’ils auraient dû le faire. Ils n’ont finalement commencé à prôner l’égalité des sexes qu’en 1989, quand a débuté le débat sur le foulard islamique à l’école. Je montre l’ambiguïté de cette position puisque, d’un côté, le fait que la laïcité veuille se lier à l’égalité des sexes, c’est assurément un progrès, mais de l’autre, on la brandit face à des musulmanes, donc face à une minorité religieuse, en supposant que toutes les femmes voilées sont obligatoirement des femmes soumises. Or on sait bien que cela peut être parfois le cas, mais pas forcément, loin de là.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On retrouve là, selon vous, un vieux schéma antiféministe de la fin du XIXe siècle…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On sait qu’il était courant à l’époque de penser qu’une femme allant au confessionnal était forcément soumise au curé. Or, nombre d’études historiques ont montré que c’était en grande partie faux : dans le confessionnal, il y avait quasiment toujours négociation entre les femmes et leurs confesseurs. Cette idéologie de la soumission des femmes remise au goût du jour fait partie d’une idéologie dominante, certes anticléricale, mais machiste. Ce que je dénonce et combat dans mon livre est cette ambivalence très forte où l’égalité hommes-femmes ne vient à la laïcité que contre certaines femmes et non pas contre le machisme des hommes. Je prône pour ma part une laïcité qui se relie évidemment au combat pour l’égalité entre les sexes mais en dénonçant le machisme : le point de rencontre entre les deux doit être le refus de la discrimination. Aujourd’hui, paradoxalement, toute la prétendue laïcité au nom de l’égalité hommes-femmes est utilisée contre des femmes !</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Propos recueillis par Olivier Doubre </strong></p>
<p><strong>Note </strong>: Jean Baubérot est professeur émérite d’histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études (CNRS-EPHE).</p>
<p><strong>Source</strong> : article paru dans Politis n° 1187 du 26 janvier 2012, actuellement en kiosque</p>
<p><a href="http://www.politis.fr">http://www.politis.fr</a></p>
<p>* « <em>La laïcité falsifiée </em>», par Jean Baubérot, La Découverte, « Cahiers libres », 216 pages, 17 €.</p>
<p>Télécharger la table des matières :  <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Table-des-matièresJ.Baubérot.pdf">Table des matièresJ.Baubérot</a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreJBaubérot.jpeg"><img class="size-full wp-image-5942 aligncenter" title="LivreJBaubérot" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreJBaubérot.jpeg" alt="" width="174" height="290" /></a></p>
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		<title>« Le marché  gouverne »</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jan 2012 12:32:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[En confiant les clés de la crise aux financiers, en écoutant  trop les agences de notation, en renonçant à une autre politique, les gouvernements européens mettent en péril la démocratie. Entretien avec André Orléan, économiste « atterré. Propos recueillis par Frédéric Joignot La politique ne se fait pas à la corbeille&#8221;, lançait le général de Gaulle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>En confiant les clés de la crise aux financiers, en écoutant  trop les agences de notation, en renonçant à une autre politique, les gouvernements européens mettent en péril la démocratie.</strong></em></p>
<p><strong>Entretien avec André Orléan, économiste « atterré.</strong></p>
<p>Propos recueillis par Frédéric Joignot</p>
<p style="text-align: justify;">L<em>a politique ne se fait pas à la corbeille&#8221;</em>, lançait le général de Gaulle le 28 octobre 1966 quand la Bourse plongeait, après avoir exagérément monté, en 1962. L&#8217;économiste André Orléan, directeur de recherche au CNRS, rappelle cette formule pour montrer, dans un entretien au <em>Monde</em>, que le pouvoir politique est aujourd&#8217;hui assujetti aux décisions des marchés financiers. De la même façon, il trouve <em>&#8220;disproportionné&#8221;</em> l&#8217;affolement qui a suivi la dégradation de la note de la France par l&#8217;agence de notation Standard &amp; Poor&#8217;s.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Empire-de-la-valeur-refonder-l-economie.jpg"><img class="size-full wp-image-5918 aligncenter" title="Empire-de-la-valeur-refonder-l-economie" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Empire-de-la-valeur-refonder-l-economie.jpg" alt="" width="211" height="270" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">André Orléan, 61 ans, vient de recevoir le prestigieux prix Paul-Ricoeur pour son ouvrage <em>L&#8217;Empire de la valeur. Refonder l&#8217;économie</em> (Seuil, 2011). Il déploie dans ce livre une critique de fond des économistes &#8220;néoclassiques&#8221;, qui veulent faire croire à l&#8217;<em>&#8220;objectivité&#8221;</em> des valeurs financières, quand lui décrit un système subjectif. Pour éviter les fausses évaluations, les crises et les krachs cycliques, mais aussi les politiques de rigueur imposées aux populations, André Orléan affirme qu&#8217;il faut repenser la notion de valeur, en comprendre les limites, redonner sa force au pouvoir politique.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pour s&#8217;atteler à cette réflexion qu&#8217;André Orléan préside l&#8217;Association française d&#8217;économie politique (AFEP), qui milite pour le pluralisme dans l&#8217;enseignement et la recherche en économie. Il est aussi un des quatre signataires du <em>Manifeste d&#8217;économistes atterrés </em>(éd. Les liens qui libèrent, 2010), qui remettent en cause la politique de l&#8217;Union européenne dans le traitement de la dette souveraine. Le quatuor vient de publier aussi <em>Changer d&#8217;économie ! Nos propositions pour 2012</em> (éd. Les liens qui libèrent).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qui gouverne en Europe ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la zone euro, c&#8217;est le marché. Le pouvoir politique se conforme à ses priorités et craint ses évaluations. On le voit encore avec la dégradation de la note de la France par Standard &amp; Poor&#8217;s. En même temps, le marché financier est un souverain profondément erratique et incohérent. Il n&#8217;est jamais satisfait, comme on le constate avec ces politiques de rigueur qui s&#8217;accompagnent d&#8217;une croissance faible, elle-même source de nouvelles difficultés. Au final, on a l&#8217;impression que, dans la zone euro, la confiance ne reviendra jamais.</p>
<p style="text-align: justify;">Historiquement, la primauté du politique, c&#8217;est-à-dire sa capacité à encadrer les intérêts financiers, a eu comme instrument essentiel la banque centrale. Il ne faut pas perdre de vue cette réalité : c&#8217;est par le biais de la puissance monétaire qu&#8217;il a été possible de faire prévaloir l&#8217;intérêt collectif. Mais cela suppose que la banque centrale soit placée sous l&#8217;autorité du pouvoir politique. C&#8217;est ce qu&#8217;on constate dans les grandes démocraties. Cependant cette architecture, qui a fait ses preuves, n&#8217;a pas été adoptée par la zone euro. Une Banque centrale européenne (BCE) coupée du politique est une très mauvaise chose. Elle est, en elle-même, l&#8217;expression d&#8217;une crise très profonde de la démocratie européenne, de son impuissance congénitale.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;ailleurs, il serait plus exact de dire que l&#8217;autonomie radicale de la banque centrale, plus que le résultat d&#8217;une doctrine, est la conséquence du fait qu&#8217;il n&#8217;existe pas de facto de souveraineté européenne. Car l&#8217;histoire montre qu&#8217;un véritable souverain sait capter à son profit l&#8217;institut d&#8217;émission, quel que soit son statut juridique. Autrement dit, le premier geste d&#8217;un véritable pouvoir politique européen serait de placer la banque centrale sous son autorité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quand on entend que &#8220;les marchés imposent leurs vues&#8221;, de quels marchés est-il question ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand on dit &#8220;les marchés&#8221;, on ne dit pas l&#8217;économie de marché, ni les marchés de biens. On parle des marchés financiers. On en parle comme s&#8217;ils résumaient toute l&#8217;économie, et qu&#8217;ils étaient rationnels et stables. S&#8217;ils étaient aptes à produire des estimations correctes des valeurs et des prix, leur rôle serait utile. Le problème vient du fait qu&#8217;il n&#8217;en est rien. Ils sont, de ce point de vue, très différents des marchés de biens. Ceux-ci traitent de marchandises réelles, ayant une utilité que les consommateurs peuvent juger, alors que les marchés financiers reposent sur des paris subjectifs, spéculatifs. Ce sont des marchés de promesses. On y vend et achète des anticipations. Leur logique est d&#8217;une nature mimétique : chaque investisseur se positionne en fonction de ce que les autres vont faire. Ils ressemblent fortement à ces médias qui cherchent à découvrir non les informations importantes mais celles susceptibles d&#8217;être appréciées par le public.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour cette raison, un marché financier est par nature mobile, instable, plein de dérapages incontrôlés. Il s&#8217;y produit inévitablement des bulles, qui explosent quand l&#8217;écart à la réalité devient trop énorme pour être nié. Or la théorie libérale veut nous faire croire que les marchés financiers donnent des valeurs pertinentes, des prix objectifs, et qu&#8217;au final l&#8217;autorégulation va l&#8217;emporter. C&#8217;est ainsi que la financiarisation a été vendue aux populations.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette construction a été démentie par les crises qui se succèdent, depuis 1987 jusqu&#8217;au tsunami financier de 2007 et à la crise d&#8217;aujourd&#8217;hui. On ne peut se fier aux prix financiers, que ce soit un taux d&#8217;intérêt, un taux de change ou le prix d&#8217;une action.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi leur stratégie finit-elle toujours par l&#8217;emporter</strong><strong> ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;en a pas toujours été ainsi. Nous vivons même une situation complètement originale. Dans les capitalismes qui l&#8217;ont précédée, qu&#8217;ils soient &#8220;fordien&#8221;, &#8220;rhénan&#8221;, &#8220;managérial&#8221; ou autre, le contrôle des entreprises était soit dans les mains de leur propriétaire, soit, lorsque le capital était trop dilué, dans les mains des directions d&#8217;entreprise. Il s&#8217;ensuivait une forte diversité des points de vue et des évaluations. Dans ces capitalismes, seul le &#8220;flottant&#8221; était laissé au marché, le reste était géré au sein d&#8217;institutions spécifiques, que ce soient des familles, des banques, à la manière du capitalisme rhénan, ou l&#8217;Etat, comme dans le cas français.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir des années 1980, on a liquidé progressivement les blocs de contrôle, jugés trop coûteux, et parce que les jeux du marché faisaient apparaître de fortes opportunités de profit. Ce faisant a émergé une forme nouvelle de capitalisme, financiarisée, où la diversité des points de vue est bien moins marquée car le marché y constitue le coeur des évaluations économiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le capital financier finit-il par englober</strong><strong> toute l&#8217;activité ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Que ce soit le marché des actions, qui définit la norme de rentabilité exigée, le marché des changes, qui détermine la valeur de l&#8217;euro, ou le marché de la dette, qui impose une rigueur budgétaire, la sphère financière domine tous les choix. Or, à la différence des marchés de biens, la finance a une dimension directement collective. Elle saisit l&#8217;économie dans sa totalité à partir d&#8217;une analyse de sa macroéconomie, de ses institutions et de sa politique. En conséquence, la primauté du politique sur le terrain de l&#8217;évaluation globale se trouve battue en brèche par la finance. C&#8217;est une situation inédite, qui met en danger la vie démocratique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, Standard &amp; Poor&#8217;s justifie sa dégradation de la note française en estimant que l&#8217;accord européen du 9 décembre 2011 sur la &#8220;règle d&#8217;or&#8221; budgétaire ne constitue pas <em>&#8220;une avancée suffisamment importante&#8221; </em>pour sortir la zone euro de la crise. Il n&#8217;y a pas lieu de s&#8217;offusquer d&#8217;un tel jugement : la démocratie suppose la liberté des opinions, et Standard &amp; Poor&#8217;s peut estimer que la politique suivie met en danger le remboursement de la dette publique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui pose problème, c&#8217;est le poids disproportionné qui est accordé à cette opinion. A-t-on oublié que ces agences se sont trompées à de multiples reprises &#8211; lors de la crise du Sud-Est asiatique en 1997, lors de l&#8217;affaire Enron ou lors de l&#8217;évaluation des produits titrisés à l&#8217;origine de la crise actuelle ? Ce poids disproportionné est le reflet de l&#8217;impuissance des autorités politiques à faire valoir une autre vision du monde que celle des intérêts financiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Si vous deviez donner</strong><strong> un exemple du pouvoir</strong><strong> des marchés, ce serait lequel ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Fin décembre 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de prêter 489 milliards d&#8217;euros aux banques au taux très bas de 1 %. Dans le même temps, un pays comme l&#8217;Italie doit emprunter, aux banques cette fois, à 5 % ou 6 %. Beaucoup de citoyens s&#8217;étonnent de cette différence de traitement au profit des banques. La BCE est bien la véritable puissance financière en Europe. Près de 500 milliards d&#8217;euros, c&#8217;est considérable, et des prêts à 1 %, pour trois ans, c&#8217;est du jamais-vu ! Pourtant, les banques ne se prêtent plus entre elles, leurs notes ont été dégradées, leurs bilans sont encore opaques, la défiance règne. Et de plus, elles n&#8217;ont pas vu venir la crise des subprimes, elles ont montré une incompétence notable, et elles ont été sauvées par l&#8217;argent public&#8230; Nous sommes loin du dogme d&#8217;autorégulation des marchés financiers ! En outre, pour une part importante, le financement octroyé aux banques européennes ne va nullement à l&#8217;économie réelle mais reste stocké sur des comptes auprès de la BCE !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi ces 489 milliards de la BCE vont-ils aux banques et non directement aux Etats ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La BCE a les moyens d&#8217;intervenir pour racheter de la dette. Mais dès qu&#8217;il s&#8217;agit de soutenir les Etats en difficulté, nos dirigeants et économistes protestent : <em>&#8220;Cela va faire</em><em> de l&#8217;inflation, nous allons plomber</em><em> les actifs de la BCE.&#8221;</em> Lorsqu&#8217;il s&#8217;agit des banques, on ne parle plus des risques inflationnistes ou de solvabilité&#8230; On met les Etats endettés entre les mains des marchés financiers, qui vont fixer à leur guise le prix de leur aide : actuellement, pour dix ans, 6,5 % pour l&#8217;Italie et 5 % pour l&#8217;Espagne. Les pays du Sud européen sont condamnés à consacrer une part considérable de leurs recettes budgétaires au remboursement de leur dette, produisant une réduction drastique des dépenses publiques, dramatique pour leur population.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La BCE n&#8217;a donc pas le droit de prêter</strong><strong> aux Etats. Doit-on le regretter</strong><strong> ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui. C&#8217;est un choix discutable. Il existe un dogme de l&#8217;indépendance de la BCE vis-à-vis des Etats, en vérité imposé par l&#8217;Allemagne. Or, il serait rationnel de soutenir des pays solvables qui connaissent des difficultés du fait de l&#8217;instabilité des marchés. D&#8217;ailleurs, c&#8217;est ainsi qu&#8217;agissent tous les grands pays, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, mais pas l&#8217;Europe. Racheter de la dette ne résoudrait pas tous les problèmes. Mais cela changerait profondément le climat actuel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;Allemagne impose l&#8217;indépendance de la BCE parce qu&#8217;elle craint l&#8217;insolvabilité de pays du Sud. Se trompe-t-elle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On confond crise de solvabilité et crise de liquidités. L&#8217;Italie a des dettes importantes mais elle reste solvable. Il est stupide et dangereux de laisser ce pays payer des intérêts élevés. Si la BCE rachetait de la dette publique, les taux d&#8217;intérêt se détendraient immédiatement. On pourrait alors aborder les questions fondamentales, sociales, écologiques, sans oublier la croissance.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nous sommes paralysés par l&#8217;intransigeance allemande. Nous sommes dans une situation proche de l&#8217;entre-deux-guerres, quand déjà les pays européens menaient des politiques déflationnistes, ce qui a conduit au chômage de masse. Il en est ainsi parce que l&#8217;Europe reste très marquée par son adhésion au capitalisme financiarisé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment redonner</strong><strong> toute sa force à la gouvernance politique ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les historiens nous apprennent que la démocratie ne s&#8217;identifie pas à des règles formelles. Si le suffrage universel est un élément important de la vie démocratique, il ne suffit pas de convoquer tous les ans le Parlement européen pour avoir une véritable démocratie. Celle-ci reste formelle si elle ne réussit pas à produire une véritable communauté. Or, rien de tel n&#8217;existe en Europe &#8211; c&#8217;est la juxtaposition de 27 corps politiques qui jamais ne se mêlent. La politique européenne se réduit à des rencontres d&#8217;experts dominées par les questions techniques &#8211; voyez la &#8220;règle d&#8217;or&#8221; &#8211; sans que la question du consentement européen soit posée. Le seul modèle véritablement européen proposé à la discussion est celui qu&#8217;avancent les marchés financiers ! Il faut dire que l&#8217;Europe est intoxiquée par la financiarisation, ce dont témoigne l&#8217;omniprésence des hommes de la finance dans les lieux de pouvoir. Aujourd&#8217;hui, Goldman Sachs a supplanté l&#8217;ENA pour ce qui est des élites européennes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le repli nationaliste est-il une solution ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je comprends que la crise européenne puisse conduire certains à avoir la nostalgie de ce qui existait &#8220;avant&#8221; et même souhaiter y revenir : <em>&#8220;Quittons l&#8217;euro, nous allons pouvoir faire bouger</em><em> les taux de change, gérer</em><em> la dette, décider</em><em> d&#8217;une politique industrielle nationale, etc.&#8221; </em>Mais l&#8217;industrie s&#8217;est mondialisée. Les leviers dont nous disposerions en revenant à des communautés nationales ne seraient plus à la hauteur des problèmes. J&#8217;ai peur que nous n&#8217;ayons d&#8217;autres choix que de faire émerger une politique européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, tout montre que c&#8217;est là un projet problématique. En supposant même que les gouvernements nationaux abandonnent leur engagement actuel en faveur d&#8217;une Europe financiarisée, il sera très difficile de faire en sorte que la juxtaposition de peuples aux destins séparés accouche d&#8217;un peuple nouveau. C&#8217;est affaire d&#8217;histoire commune, pas de gestion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ce manque de solidarité européenne ne provient-il pas aussi de la profonde crise sociale que connaissent les populations ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a certainement un grave malaise en Europe, l&#8217;idée que l&#8217;ascenseur social ne fonctionne plus, que les politiques ne protègent plus les populations et laissent les services publics se dégrader. La précarisation s&#8217;étend, la paupérisation aussi, on assiste à un délitement syndical, beaucoup de gens ont l&#8217;impression que rien ne peut être changé. Une sensation d&#8217;irrémédiable gagne. Cela joue dans la crise de la représentation politique européenne, qui apparaît de plus en plus comme déconnectée des réalités.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi, avec d&#8217;autres, avoir</strong><strong> fondé les Economistes atterrés et publié le livre &#8220;Changer d&#8217;économie !&#8221; ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Malgré l&#8217;impact mondial de la crise des subprimes, le diagnostic dominant n&#8217;a jamais remis en cause le rôle central des marchés. Dans les différents G20, on a certes critiqué l&#8217;opacité des opérations financières, les bonus des traders, les erreurs des agences de notation, les paradis fiscaux, mais la financiarisation n&#8217;a jamais été remise en cause. Le mot d&#8217;ordre est celui d&#8217;une finance rendue efficace parce que devenue transparente. Aux Economistes atterrés, nous ne sommes pas d&#8217;accord. Côté transparence, les réformes avancent très lentement. On n&#8217;a pas vu grand-chose, si ce n&#8217;est l&#8217;obligation pour les banques de se constituer de nouveaux fonds propres. On voit surtout des lobbys bancaires qui résistent tant qu&#8217;ils peuvent. Notre diagnostic est que la finance a acquis trop de poids dans la macroéconomie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour changer l&#8217;économie, je mets l&#8217;accent sur la promulgation d&#8217;un nouveau Glass-Steagall Act. Cette réforme qui fut adoptée aux Etats-Unis en 1933, puis abandonnée en 1999, institue une incompatibilité radicale entre les métiers de la banque de dépôt et de la banque d&#8217;investissement. Ce faisant, il s&#8217;agit de faire connaître publiquement la dangerosité de la spéculation et d&#8217;en protéger le circuit des dépôts et du crédit.</p>
<p style="text-align: justify;"> Une des propositions des Economistes atterrés est que les pays de la zone euro devraient pouvoir pratiquer des politiques budgétaires autonomes &#8211; cela implique que la BCE garantisse les dettes. Nous proposons aussi de réduire les niches fiscales et d&#8217;imposer plus fortement les plus hauts revenus. J&#8217;ajouterai que les banques doivent être incitées à faire leur métier, à savoir investir dans l&#8217;économie réelle, créatrice de biens et d&#8217;emplois. Il faut réorganiser le métier bancaire, le détourner de la spéculation. Et, chaque fois qu&#8217;est proposée une innovation financière, se demander si elle est bonne pour l&#8217;économie réelle. Ce serait là un complet changement d&#8217;orientation.</p>
<p align="right"><strong>Propos recueillis par Frédéric Joignot</strong></p>
<p><strong>À LIRE</strong><strong> :</strong></p>
<p><em> <strong>• Changer d&#8217;économie! Nos propositions pour 2012</strong></em>, par Les Economistes atterrés (Ed. Des liens qui libèrent, 280p., 18,50€)</p>
<p><em> </em>• <strong><em>L&#8217;empire de la valeur. Refonder l&#8217;économie</em></strong>, par André Orléan (Seuil, 2011)</p>
<p><strong>Source </strong>: article publié dans le Cahier  du « Monde » n° 20840 Culture &amp; Idées daté du 21 janvier 2012.</p>
<p><a href="http://www.lemonde.fr">http://www.lemonde.fr</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Contre le discours dominant sur la dette publique. L&#8217;insurrection démocratique</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2012/01/20/contre-le-discours-dominant-sur-la-dette-publique-linsurrection-democratique/</link>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 13:44:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a deux manières de raconter ce qui se passe en Europe. Selon le storytelling dominant, nous avons trop dépensé. Experts et éditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays dépensiers, &#8221; vit depuis plus de trente ans à crédit &#8220;. L&#8217;enjeu pour la gauche serait seulement de &#8221; donner du sens [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Audit-Dette.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5896 aligncenter" title="Audit-Dette" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Audit-Dette-300x161.jpg" alt="" width="300" height="161" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a deux manières de raconter ce qui se passe en Europe. Selon le storytelling dominant, nous avons trop dépensé. Experts et éditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays dépensiers, <em>&#8221; vit depuis plus de trente ans à crédit &#8220;</em>. L&#8217;enjeu pour la gauche serait seulement de <em>&#8221; donner du sens à la rigueur &#8220;</em> en attendant de <em>&#8221; relancer la croissance &#8220;</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce scénario semble aussi évident que l&#8217;air que nous respirons. Il est pourtant contraire aux principaux chiffres officiels, et une narration alternative apparaît mieux fondée. Ainsi selon le rapport sur &#8221; La dépense publique et son évolution &#8220;, publié par Bercy, la part des dépenses publiques dans le PIB français est passée de 52,8 % dans les années 1990 à&#8230; 52,9 % dans les années 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les déficits et la dette ont flambé, ce n&#8217;est pas du fait d&#8217;une envolée des dépenses, mais à cause d&#8217;une réduction des recettes. Le manque à gagner annuel dû aux exonérations et baisses d&#8217;impôts consenties dans les années 2000 est chiffré par Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, à plus de 100 milliards d&#8217;euros. Et la crise financière a provoqué une chute brutale des recettes publiques déjà érodées par cette contre-révolution fiscale. Cette dette est celle de la finance et du néolibéralisme, pas des assurés sociaux ni des citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux narrations aussi contradictoires de l&#8217;histoire de la dette publique déterminent deux réponses antagoniques. Selon l&#8217;histoire officielle, une cure sévère d&#8217;amaigrissement budgétaire s&#8217;impose, sans débat autre que sur les modalités, pour que la France restaure ses finances publiques et que ses entreprises redeviennent compétitives. Dans la narration alternative, à l&#8217;inverse, la clé de la situation réside dans une réforme fiscale redistributive, couplée à une cure amaigrissante et une mise sous tutelle&#8230; du secteur financier.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, la réforme fiscale, qui permet de réduire le déficit courant, n&#8217;épongera pas la dette : les intérêts versés en 2011 aux rentiers &#8211; ceux-là mêmes qui ont bénéficié des baisses d&#8217;impôts &#8211; se montent à 50 milliards d&#8217;euros, avant même la prochaine perte du triple A et de probables hausses des taux exigées par les marchés.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour alléger ce fardeau, préserver les services publics et la protection sociale, et enclencher une transition écologique, le débat démocratique devra déterminer si une part de cette dette est illégitime, c&#8217;est-à-dire contractée au nom d&#8217;arguments infondés et au bénéfice d&#8217;intérêts particuliers et, le cas échéant, décider un défaut sur cette partie de la dette. Les Etats devront à l&#8217;avenir se financer ailleurs qu&#8217;auprès des seuls marchés financiers, comme ils le faisaient jusqu&#8217;au début des années 1980 : faute de quoi ils ne pourront plus prétendre à aucune souveraineté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils devront également prendre acte que cette crise est aussi celle d&#8217;un modèle de croissance insoutenable, et réorienter les investissements publics vers des programmes écologiquement plus sobres et plus riches en emplois, au lieu de grands projets productivistes, coûteux et obsolètes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si la narration critique a pour elle la vraisemblance du diagnostic, elle se heurte aux &#8221; évidences &#8221; martelées, et la nécessaire radicalité des réponses qu&#8217;elle appelle peut inquiéter. C&#8217;est pourquoi un appel pour un &#8221; audit citoyen de la dette publique &#8221; a été lancé mi-octobre 2011 par des personnalités et nombre d&#8217;organisations syndicales, associatives et politiques, rejoints depuis par plus de 50 000 citoyens (<a href="http://www.audit-citoyen.org">Audit-citoyen.org</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Des collectifs locaux se créent dans de nombreuses localités pour proposer aux citoyens de s&#8217;emparer de ce débat. Ces initiatives n&#8217;ont pas encore intéressé les médias, mais veulent susciter dans les profondeurs de la société un débat de la même intensité que celui qui a précédé le référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">Car les questions alors débattues se posent avec une tout autre acuité, à l&#8217;heure où le tsunami de l&#8217;austérité arrive d&#8217;Europe méridionale. Les réformes institutionnelles adoptées depuis un an, et parachevées par le &#8221; traité intergouvernemental à Vingt-Six &#8221; décidé au sommet européen de décembre, ne font que radicaliser une logique de répression budgétaire et de soumission aux marchés financiers, dont la crise manifeste pourtant l&#8217;échec patent. Alors que le navire de Maastricht s&#8217;est déchiré sur les récifs de la crise financière, les capitaines s&#8217;épuisent à coller des rustines sur les débris qui flottent.</p>
<p style="text-align: justify;">Une idée a servi de clé de voûte à l&#8217;architecture européenne depuis Maastricht : les marchés sont plus intelligents que les gouvernements et les électeurs. Concurrence fiscale et sociale au sein d&#8217;un marché libre et non faussé ; réduction des recettes publiques pour augmenter la compétitivité ; obligation faite aux Etats, en cas de déficits, de se financer sur les marchés ; interdiction faite aux Etats de s&#8217;entraider financièrement&#8230; : la zone euro a été conçue pour éliminer les politiques économiques volontaristes et placer les Etats sous le pilotage automatique des marchés. La tentative désespérée de sauver cette architecture aux principes obsolètes ne peut qu&#8217;échouer, fût-ce avec des eurobonds (des titres communs pour mutualiser la dette des pays de la zone euro) qui resteront soumis au jugement et donc aux critères de &#8221; bonne gestion &#8221; des marchés.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;échec programmé de ce sauvetage peut déboucher dans les années à venir sur un éclatement de l&#8217;euro et un déferlement des courants nationalistes, autoritaires et xénophobes qui travaillent les sociétés européennes. Mais le pire n&#8217;est pas certain. Les aspirations démocratiques, elles aussi, sont très vivaces en Europe, notamment dans la jeunesse, comme le montre l&#8217;essor des mouvements &#8221; indignés &#8221; dans les pays du Sud, jusqu&#8217;ici les plus touchés par la crise sociale et démocratique.</p>
<p style="text-align: justify;">La nomination d&#8217;anciens dirigeants de Goldman Sachs comme chefs de gouvernement en Grèce et en Italie, ministre des finances en Espagne ou président de la Banque centrale européenne, ne passe pas. Pas plus que les cris d&#8217;orfraie devant l&#8217;éventualité d&#8217;un référendum, en Grèce ou ailleurs. Les citoyens ne veulent plus être <em>&#8221; des jouets dans les mains des banques et des politiciens &#8220;</em>, comme disent les &#8221; indignés &#8221; espagnols. Ils veulent pouvoir peser sur leur avenir, faire des projets pour leurs enfants, stopper les dégradations sociales et écologiques qui les indignent.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Audit2.jpeg"><img class="size-full wp-image-5897 aligncenter" title="Audit2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Audit2.jpeg" alt="" width="160" height="183" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Face à la surdité des élites, une insurrection démocratique est nécessaire en Europe comme d&#8217;ailleurs aux Etats-Unis, dans le monde arabe, en Russie&#8230; Il s&#8217;agit de refonder la démocratie dans le champ politique, par un recours intense aux mécanismes de la démocratie directe (initiatives citoyennes, référendums révocatoires&#8230;) et de la démocratie délibérative (conférences citoyennes, deuxième Chambre tirée au sort&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;">Il s&#8217;agit aussi de l&#8217;élargir au champ économique, à commencer par le système bancaire, dont le sauvetage imminent par les deniers publics doit être l&#8217;occasion de le placer sous le contrôle non pas des fonctionnaires de Bercy ou de Bruxelles, mais de la société civile. L&#8217;horizon semble bouché par leur dette : dégageons-le en réinventant notre démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Collectif</strong></p>
<p><em>Geneviève Azam, économiste,</em> <em>membre du conseil scientifique d&#8217;Attac ; </em></p>
<p><em>Etienne Balibar, philosophe ; </em></p>
<p><em>Thomas Coutrot, économiste, coprésident d&#8217;Attac ;</em></p>
<p><em>Dominique Méda, sociologue ;</em></p>
<p><em>Yves Sintomer, politologue</em></p>
<p>« <strong>Leur dette, notre démocratie </strong>» Attac a organisé, en partenariat avec Mediapart, une journée de débats sur ce thème, le dimanche 15 janvier, à l&#8217;Espace Reuilly (Paris 12e).</p>
<p><a href="http://www.france.attac.org/dossiers/leur-dette-notre-democratie">Retrouvez les échos de cette journée</a> (interventions, photos, vidéos).</p>
<p><strong>Source</strong> : article publié dans Le Monde daté du 14 janvier 2012</p>
<p><a href="http://www.lemonde.fr">http://www.lemonde.fr</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>En finir avec l&#8217;atome, c&#8217;est possible !</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2012/01/05/en-finir-avec-latome-cest-possible/</link>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 18:07:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[par Benjamin Dessus* et Bernard Laponche**, membres de Global Chance, association d&#8217;experts indépendants sur l&#8217;énergie et le climat   Depuis toujours, en France, le nucléaire paraissait intouchable. Mais la catastrophe de Fukushima a changé la donne : même dans un pays très avancé, un accident majeur peut se produire ! Et toutes les interrogations jusqu&#8217;ici soigneusement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>par Benjamin Dessus* et Bernard Laponche**, membres de Global Chance, association d&#8217;experts indépendants sur l&#8217;énergie et le climat</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/EnFinirAvecLeNucleaireVignette-e81bb.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5820" title="EnFinirAvecLeNucleaireVignette-e81bb" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/EnFinirAvecLeNucleaireVignette-e81bb.jpg" alt="" width="100" height="146" /></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis toujours, en France, le nucléaire paraissait intouchable. Mais la catastrophe de Fukushima a changé la donne : même dans un pays très avancé, un accident majeur peut se produire ! Et toutes les interrogations jusqu&#8217;ici soigneusement évitées émergeaient à nouveau : le risque d&#8217;accident majeur bien entendu, mais aussi la production de déchets radioactifs très dangereux et la menace aggravée du risque de prolifération des armes nucléaires. Quand on prend conscience que quatre accidents majeurs de réacteur se sont produits au cours des trente dernières années (un à Tchernobyl et trois à Fukushima) sur un parc mondial de 450 réacteurs, alors que le calcul des probabilités officiel n&#8217;en &#8220;imagine&#8221; que 0,014 sur la même période (286 fois moins), on est en droit de se poser la question de la pertinence d&#8217;une sortie du nucléaire.</p>
<p style="text-align: justify;">A cette évocation, les tenants du nucléaire apportent trois types d&#8217;arguments : l&#8217;<em>&#8220;indépendance énergétique&#8221;</em> de la France, la performance française en termes d&#8217;émissions de CO<sub>2</sub>, le très faible coût du kWh nucléaire. Celui de l&#8217;indépendance énergétique est tout simplement faux : la France est tout aussi dépendante pour son approvisionnement d&#8217;uranium qu&#8217;elle l&#8217;est pour le pétrole, le charbon et le gaz. Loin d&#8217;atteindre 50 %, notre indépendance énergétique réelle n&#8217;est que de 8,9 %. Les économies de CO<sub>2</sub> de 40 % en France qui seraient réalisées grâce au nucléaire sont très surestimées, puisqu&#8217;elles supposent que toute notre électricité non nucléaire serait produite à partir du charbon, ce qui n&#8217;est guère vraisemblable. C&#8217;est plutôt autour de 20 % que se situe l&#8217;économie. Le coût imbattable du nucléaire ? Oui, si l&#8217;on se contente de l&#8217;évaluation actuelle d&#8217;un nucléaire largement amorti (les réacteurs du parc français ont en moyenne 26 ans pour une durée de vie prévue de trente) en oubliant soigneusement de prendre en compte la réhabilitation indispensable de ce parc vieillissant, sa mise aux normes post-Fukushima et les frais de démantèlement des réacteurs mis au rebut, qui risquent de doubler ce coût. Même chose si l&#8217;on décide de passer à l&#8217;EPR, dont les coûts d&#8217;investissement atteignent chaque jour de nouveaux sommets.</p>
<p style="text-align: justify;">La liste impressionnante des injonctions de l&#8217;Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans son rapport sur les évaluations complémentaires de sûreté post-Fukushima confirme la vulnérabilité des centrales nucléaires françaises, comme l&#8217;augmentation inévitable à venir du coût du kWh d&#8217;origine nucléaire, si l&#8217;on persistait dans cette voie. Reste l&#8217;argument d&#8217;autorité : comme nous dépendons à près de 80 % du nucléaire pour notre production d&#8217;électricité, nous ne pouvons pas faire autrement que de continuer&#8230; Les errements passés serviraient donc de justificatif à la poursuite, contre vents, marées et autres tsunamis !</p>
<p style="text-align: justify;">Est-il possible en France de sortir du nucléaire en vingt ans comme le font les Allemands en dix ans, sans revenir à la bougie et sans ruiner notre pays ? La réponse est positive à condition de poser cette question dans le contexte de la transition énergétique indispensable au niveau mondial : il s&#8217;agit, en effet, de permettre à la fois le développement des sociétés émergentes et en développement, de restreindre au mieux nos ponctions de ressources fossiles et de diviser par deux les émissions mondiales de CO<sub>2</sub>.</p>
<p style="text-align: justify;">La sobriété et l&#8217;efficacité énergétiques sont au coeur de la transition énergétique qui s&#8217;impose pour tous les pays de la planète, permettant la substitution progressive des énergies de stock (charbon, pétrole, gaz, uranium) par les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire thermique, thermodynamique et photovoltaïque, biomasse, géothermie, énergies marines). Cette transition, au-delà des avantages énergétiques et environnementaux, est pourvoyeuse de nouvelles activités et d&#8217;emplois dans tous les territoires.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette logique, ce sont bien les économies d&#8217;électricité qui deviennent la première priorité dans une France qui n&#8217;a jamais fait le moindre effort dans ce domaine, au prétexte que l&#8217;électricité nucléaire était abondante et bon marché. Savez-vous que nos voisins allemands, qui en 1999 consommaient par habitant autant d&#8217;électricité &#8220;spécifique&#8221; (l&#8217;électroménager, l&#8217;éclairage, l&#8217;audiovisuel et l&#8217;informatique, à l&#8217;exclusion du chauffage des logements) que nous, en consommaient 27 % de moins que nous en 2009 ? Et puis il faut mettre fin le plus rapidement possible au chauffage électrique à effet joule (nos convecteurs) et les remplacer par des chauffages plus performants (pompes à chaleur, chaudières à condensation, etc.). Si nous le faisons, nos besoins d&#8217;électricité pourraient tomber à 392 TWh en 2020 et 338 TWh en 2030, alors qu&#8217;ils atteignent 516 TWh aujourd&#8217;hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment compenser alors la fermeture programmée des réacteurs nucléaires quand ils atteignent une trentaine d&#8217;années en moyenne ? En 2020, le nucléaire ne produirait plus pour les besoins des consommateurs français que 180 TWh contre 365 en 2009. Mais on s&#8217;aperçoit que les objectifs de production d&#8217;électricité renouvelable du Grenelle de l&#8217;environnement, qui atteignent 143 TWh en 2020, permettent de combler une grande part de la demande d&#8217;électricité restante. Il suffit de 70 TWh d&#8217;électricité d&#8217;origine gaz naturel pour boucler le bilan sans augmenter pour autant les émissions de CO<sub>2</sub> du secteur électrique par rapport à la situation actuelle. En 2030, la poursuite du développement des énergies renouvelables permet de boucler le bilan électrique malgré l&#8217;absence de nucléaire, avec la même participation d&#8217;électricité à partir du gaz (70 TWh).</p>
<p style="text-align: justify;">A quel coût ? Les calculs montrent que les deux options conduisent à des coûts du même ordre. Dans le scénario poursuite du nucléaire l&#8217;investissement indispensable dans de nouvelles centrales pèse sur le bilan. Dans le scénario de sortie, le total des investissements nécessaires à la réalisation des économies d&#8217;électricité, des investissements de production et de transport d&#8217;électricité est plus faible. Notons d&#8217;ailleurs que les incertitudes sur les coûts sont plus importantes dans le cas du maintien du nucléaire que dans celui de la sortie. Contrairement aux affirmations répétées de nos gouvernants, la sortie du nucléaire en une vingtaine d&#8217;années est donc possible sans drame. C&#8217;est une question de volonté collective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>*Benjamin Dessus</strong> est ingénieur et économiste, il a travaillé à EDF, à l&#8217;Agence française pour la maîtrise de l&#8217;énergie</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>**Bernard Laponche</strong> est polytechnicien, docteur ès sciences, il a travaillé au Commissariat à l&#8217;énergie atomique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source : </strong>article paru dans l&#8217;édition du Monde datée du 05.01.12<strong></strong></p>
<p><a href="http://www.lemonde.fr">http://www.lemonde.fr</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>•</strong><strong> A lire </strong>: « <em>En finir avec le nucléaire. Pourquoi et comment »</em>, Benjamin Dessus et Bernard Laponche, Édition du Seuil, Collection Sciences, Octobre 2011, 176 pages, 13 €.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• </strong><strong>Agir</strong> avec les Rencontres « <em>Libérons énergie ! </em>» qui sont prévues en 2012 (de janvier à avril) au cours d’un grand tour de France d’information et d’échanges autour de la transition énergétique. Onze villes sont actuellement participantes : Nantes, Bordeaux,Toulouse, Montpellier,Strasbourg, Marseille, Lyon, Clermont-Ferrand,Lille, Rennes, Paris). Cf <a href="http://www.convergenceenergetique.org/Prochains-rendez-vous">informations précises sur les mobilisations</a>.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ConvergéencesEnerg..png"><img class="size-full wp-image-5819 aligncenter" title="ConvergéencesEnerg." src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ConvergéencesEnerg..png" alt="" width="150" height="149" /></a></p>
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		<title>Canards sans tête</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/12/29/canards-sans-tete/</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Dec 2011 16:23:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[par Serge Halimi   Les sommets de dirigeants européens se suivent et échouent ; la Maison Blanche et le Congrès se querellent sans résultat. « Les marchés » l’ont compris, et traitent dorénavant les élus comme des canards sans tête, simples jouets des forces qu’ils ont eux-mêmes enfantées et qu’ils ne savent plus maîtriser. Au même moment pourtant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par <strong>Serge Halimi</strong></p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/S.Halimi2.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5784" title="S.Halimi" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/S.Halimi2.jpeg" alt="" width="200" height="150" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les sommets de dirigeants européens se suivent et échouent ; la Maison Blanche et le Congrès se querellent sans résultat. « Les marchés » l’ont compris, et traitent dorénavant les élus comme des canards sans tête, simples jouets des forces qu’ils ont eux-mêmes enfantées et qu’ils ne savent plus maîtriser. Au même moment pourtant — en France, en Russie, aux Etats-Unis et ailleurs —, des élections présidentielles se préparent. Elles saturent l’espace civique et médiatique, créant un sentiment irréel de déconnexion entre le dire et le faire. Car même si on n’attend pas grand-chose des candidats, voire plus rien du tout, au moins ils sont connus — leur parcours, leurs défauts, leurs alliés, leur entourage, leurs réseaux. L’attention de la population se porte donc plus volontiers sur MM. Barack Obama et Newton Gingrich, sur MM. Nicolas Sarkozy et François Hollande, que sur les fonds spéculatifs et les institutions de crédit. Mais à quoi servent-ils encore ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Sarkozy, dont la politique monétaire est l’ombre portée des intérêts de BNP Paribas (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161#nb1">1</a>), reproche au premier ministre britannique David Cameron de vouloir faire de la City de Londres <em>« une zone offshore au cœur de l’Europe ».</em> Tout aussi indigné, le ministre des finances allemand, M. Wolfgang Schäuble, pourfend <em>« la cupidité sans limites, la recherche de profits toujours plus élevés sur les marchés de capitaux qui ne sont pas pour rien dans la crise bancaire et économique, puis plus tard celle de pays entiers, à laquelle nous sommes confrontés depuis 2008</em> (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161#nb2">2</a>)<em> ».</em> Cela n’empêche nullement M. Schäuble de livrer à cette « cupidité sans limites » une demi-douzaine de nations européennes ruinées et exsangues. <em>« Il serait fatal de supprimer complètement les effets disciplinaires des taux d’intérêt qui augmentent,</em> leur explique d’ailleurs M. Jens Weidmann, président de la Bundesbank, la banque centrale allemande. <em>Quand le crédit devient plus cher pour les Etats, la tentation d’emprunter diminue fortement</em> (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161#nb3">3</a>).<em> »</em> Et si les pays les plus endettés n’apprennent pas à contenir leurs « tentations », si la récession leur interdit un retour à l’équilibre financier, si les « profits toujours plus élevés » de leurs créanciers les étranglent, l’Union européenne les aidera en leur infligeant une amende&#8230; En revanche, les banques privées continueront à disposer de tous les crédits qu’elles réclament pour presque rien. Elles pourront ainsi prêter aux Etats endettés en réalisant un joli bénéfice. Aux coupables, les mains pleines !</p>
<p style="text-align: justify;">Les douceurs qu’on réserve au capital n’interdisent pas qu’on le vitupère. C’est même à ce paradoxe-là que dorénavant on reconnaît une période préélectorale. Le 6 décembre dernier, au Kansas, le président Obama a donc averti ses concitoyens que la mobilité sociale et la démocratie étaient menacées dans leur pays : <em>« L’inégalité déforme notre démocratie. Elle donne une voix disproportionnée à ceux qui peuvent se payer des lobbyistes.</em> (&#8230;) <em>Les abattements fiscaux profitent aux plus riches. Certains milliardaires ont un taux d’imposition de 1 % — 1 % ! »</em> M. Obama signala par ailleurs que <em>« le marché n’a jamais été une licence pour prendre tout ce qu’on peut à qui on veut »</em> et qu’il fallait <em>« reconstruire la classe moyenne de ce pays ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Nul ne croit qu’il accomplira cet objectif, ni qu’il réduira l’emprise de l’argent sur le système politique, ni qu’il réformera la fiscalité. Il n’en a rien fait depuis trois ans et ne se donne aucun moyen d’y parvenir au cas où il serait réélu. En cela, il incarne bien ce que le système actuel est devenu : une coque de noix à la dérive sur laquelle vocifère un capitaine dégradé pendant que l’ouragan se lève. Si cette année électorale ne témoigne pas d’une volonté politique et des moyens appropriés pour reprendre à la finance le pouvoir qu’elle détient, les prochains scrutins ne serviront à rien.</p>
<p align="right"><strong>Serge Halimi</strong></p>
<p align="right">Janvier 2012</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161#nh1">1</a>) M. Michel Pébereau, qui vient de céder la direction de BNP Paribas, est intervenu à plusieurs reprises ces derniers mois pour que l’aide du gouvernement français au secteur bancaire et les propositions de Paris relatives à la dette souveraine favorisent sa banque, lourdement exposée en Grèce et en Italie. <em>Cf.</em> « Michel Pébereau, le banquier dans les coulisses de l’Elysée », <em>Le Monde,</em> 2 décembre 2011.</p>
<p>(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161#nh2">2</a>) Cité par <em>Les Echos,</em> Paris, 16-17 décembre 2011.</p>
<p>(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161#nh3">3</a>) Cité par <em>The New York Times,</em> 14 décembre 2011.</p>
<p><strong>Source </strong>: Editorial publié dans Le Monde diplomatique de Janvier 2012 ; en kiosque actuellement</p>
<p><a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161">http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/HALIMI/47161</a></p>
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		<title>Laurent Mucchielli : «  Punir plus vite et plus tôt  »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/12/22/laurent-mucchielli-%e2%80%89punir-plus-vite-et-plus-tot%e2%80%89/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 20:54:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Non, la violence des jeunes n’est pas en augmentation, et les politiques sécuritaires produisent de la délinquance alors qu’elles prétendent la combattre. En réalité, la justice a surtout besoin de moyens. Fondateur de l’Observatoire régional de la délinquance en Paca, Laurent Mucchielli* publie un essai qui analyse la construction politique de la violence. Sur fond [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Non, la violence des jeunes n’est pas en augmentation, et les politiques sécuritaires produisent de la délinquance alors qu’elles prétendent la combattre. En réalité, la justice a surtout besoin de moyens.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Fondateur de l’Observatoire régional de la délinquance en Paca, Laurent Mucchielli* publie un essai qui analyse la construction politique de la violence. Sur fond d’instrumentalisation des chiffres de la délinquance, les mineurs sont les premières cibles d’une machine pénale qui frappe d’abord les immigrés et les pauvres.</em></strong></p>
<p><strong>Entretien &#8211; Propos recueillis par Ingrid Merckx</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreMucchielli.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5741" title="LivreMucchielli" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreMucchielli.jpg" alt="" width="170" height="170" /></a></strong></p>
<p><strong>Les Français ont-ils peur des jeunes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Laurent Mucchielli :</strong> Les jeunes font partie des trois grandes figures de dangerosité, avec les étrangers et les fous. C’est la loi universelle des générations : en vieillissant, les gens ont tendance à penser que le monde normal, c’est celui qu’ils ont connu étant jeunes. D’où un discours décadentiste. Il y a donc un fond historique et sociétal à cette peur. Ensuite, la jeunesse est globalement perçue comme synonyme de danger et associée à quelque chose de négatif, alors qu’elle représente l’avenir. Il faut ajouter, en France, une idéologisation des questions de sécurité. Ce qui est nouveau, c’est l’usage permanent qu’en fait le politique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tous les jeunes font-ils peur ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La peur du jeune tend à rejoindre la peur de l’immigré et un vieux racisme ­anti-maghrébin. Le tournant, ce sont les années 1989-1991 avec la première affaire du foulard islamique, les premières « émeutes urbaines » (Vaulx-en-Velin, Mantes-la-Jolie…) et la première guerre du Golfe, qui ont fait éclater les repères traditionnels, ont divisé la gauche et déclenché une peur générale. On peut aujourd’hui tenir des discours très stigmatisants à l’égard des jeunes des cités sans avoir par ailleurs des idées racistes. Ce mouvement s’est encore accentué avec la peur de l’Islam et les répercussions des attentats du 11 septembre 2001. Cette peur s’abat d’abord sur les quartiers populaires. L’accumulation des lois sur la justice des mineurs traduit la peur des classes les plus favorisées à l’encontre des enfants des pauvres. D’ailleurs, quand la machine attrape un de leurs enfants, le discours devient complaisant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notre société fabrique-t-elle des délinquants ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Certainement, chez les adultes des quartiers d’affaires comme chez les adolescents des quartiers pauvres. Les jeunes qui effectuent un parcours prolongé dans la délinquance sont essentiellement originaires de quartiers pauvres et pris dans un cumul de carences ou de conflits familiaux, d’échecs scolaires et de manque de perspectives d’insertion lié au niveau de chômage. Leur délinquance n’est pas seulement un ensemble d’activités mais aussi une transformation psychologique. On adopte le rôle de délinquant, comme un statut que les autres – habitants du quartier, policiers – nous accordent, que ce soit valorisé ou dévalorisant. Sur quoi asseoir un peu de fierté quand on a vécu dans le conflit et été cancre à l’école ? Sur le rôle du bandit. C’est un grand classique. Mais plus la société construit la figure du bandit, plus ce rôle est important et facile à endosser.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La délinquance est-elle une réponse au chômage ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Préadolescence = bêtises, bagarres de garçons, petits vols, petites destructions. Ce processus concerne tous les milieux. Après, certains jeunes vont faire un séjour prolongé dans la délinquance et occuper les institutions pénales : police, justice, éducateurs de la PJJ… Ils sont surreprésentés dans les quartiers populaires parce que, pour sortir de la délinquance, il leur faut trouver comment gagner leur vie autrement. Entre la petite délinquance adolescente et la carrière de truand, il y a un sas que le trafic de drogue a contribué à élargir. Mais la concurrence est rude : ils se tuent entre eux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les jeunes sont-ils plus dangereux qu’hier</strong><strong> </strong><strong> ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le seuil de tolérance s’effondre. Ce qu’on appelle violence n’en était pas il y a trente ans. On vit dans une société de plus en plus anonyme avec de moins en moins de liens de solidarité. Les désordres de la vie quotidienne ont une répercussion beaucoup plus importante. D’où une judiciarisation des problèmes : pour un problème de voisinage, on appelle Police secours. Enfin, il y a une pression politique qui engendre une pression judiciaire. On réforme tous les six mois la justice des mineurs, donc on met la pression pour pénaliser. Plus on compte, plus on produit de statistiques pour dire : « Les chiffres augmentent ! » C’est un cercle vicieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi cibler les mineurs récidivistes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un petit noyau de jeunes met en échec les professionnels. Devant un cumul de fragilités, d’échecs et de souffrances, il n’y a pas de solution miracle instantanée. Ce petit nombre affole. Il n’y a rien de plus facile pour le politique que de s’en emparer pour faire croire aux citoyens qu’on a enfin trouvé comment les débarrasser de ces gosses. Alors que le problème ne peut pas disparaître. Il s’agit de le gérer le moins mal possible et, pour cela, ce n’est pas le politique qui a la solution, mais les professionnels de la justice. La plupart disent qu’ils n’ont pas besoin de nouvelles dispositions pénales mais de moyens et d’un peu de temps.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les mécanismes justifiant l’ordre et la sécurité ont-ils changé</strong><strong> </strong><strong> ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En dix ans, le code pénal a été réformé une cinquantaine de fois, avec comme sous-titre : « la justice des mineurs ». Les pratiques sont modifiées au point qu’on menace gravement les principes généraux du droit, qui participent des fondements de l’État de droit. L’idée qu’il faut juger immédiatement et que juger veut dire punir, enfermer, est contradictoire avec la démocratie. Dans un régime totalitaire, des ordinateurs déterminent la peine en fonction de l’infraction et du degré de récidive. C’est cette logique-là qui s’est enclenchée. On veut punir vite, dans l’idée de mettre à l’écart de plus en plus tôt. L’idée est d’abolir la minorité pénale en déniant l’enfance mais aussi l’adolescence. C’est d’une grande violence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que signifie la volonté de dépister la délinquance dès les premières années ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette politique sécuritaire repose sur un déni des mécanismes humains et sociaux. C’est l’idée selon laquelle comprendre équivaut à excuser, confusion volontaire entre comprendre au sens intellectuel et être en accord au sens moral. Dès lors que l’on ne veut pas analyser, on ouvre la porte à tous les délires : code génétique ou mythe à fond religieux selon lequel certains choisissent le Mal. Il s’agit alors de trouver les signes précurseurs de la délinquance chez les petits enfants. Ce que tous les professionnels de l’enfance considèrent comme une aberration.</p>
<p align="right"><strong>Propos recueillis par Ingrid Merckx</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>* Laurent Mucchielli est sociologue et chercheur au CNRS.<strong> </strong></p>
<p><strong>A lire </strong>: « <em>L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits </em>», Ed. Fayard, 340 p., 20 €, 2011.</p>
<p><strong>Note : L’</strong><strong> </strong><strong>ordonnance de 1945</strong></p>
<p><strong>2008 : 31e refonte de l’ordonnance de 1945, </strong>texte fondateur de la justice des mineurs en France, moult fois modifié. <em>« </em><em> </em><em>Il faudrait lui rendre une cohérence</em>, estime Catherine Sultan, présidente du tribunal pour enfants de Créteil et de l’Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, <em>mais on ne trouvera jamais un outil qui fonctionne mieux !</em><em> </em><em> »</em> L’ordonnance de 1945 mettait au cœur du processus un juge des enfants pouvant prononcer mesures ou sanctions éducatives, peines, et prévoyait un suivi des procédures pour chaque enfant…</p>
<p><em>« </em><em> </em><em>Ce texte est né à une époque où il y avait beaucoup de délinquance mais où l’on considérait que la jeunesse était l’avenir et qu’il fallait la soutenir. Pragmatique, il tenait compte de l’échec des tribunaux pour enfants de 1912. Cent ans plus tard, on refait la même erreur avec ce tribunal correctionnel pour mineurs qui entre en vigueur en 2012.</em><em> </em><em> »</em></p>
<p align="right"><strong>I.M.</strong></p>
<p style="text-align: left;" align="right"><em>________________________________________</em></p>
<p><strong>Pour en savoir plus </strong>:</p>
<p>Cf le site de ressources documentaires et d&#8217;analyse critique animé par un réseau de chercheurs en sciences sociales « <em><a href="http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?">Délinquance, justice et autres questions de société</a></em> »</p>
<p><strong>Source </strong>: article publié dans l’hebdomadaire Politis n°1181 du 15 décembre 2011 et faisant partie du Dossie<em>r <strong>Justice – Peur des jeunes</strong></em> présenté dans ce numéro.</p>
<p><a href="http://www.politis.fr">http://www.politis.fr</a></p>
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		<title>« Tous au Larzac » : Du plaisir dans la lutte</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 22:43:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Christophe Kantcheff, Erwan Manac’h Christian Rouaud explique les motivations de son film consacré à l’aventure du Larzac. Il dresse des parallèles avec les luttes d’aujourd’hui. Après les Lip, l’imagination au pouvoir, Christian Rouaud revient avec un film, Tous au Larzac, sur l’autre grande lutte emblématique des années 1970, provoquée par l’annonce, en octobre 1970, d’un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Par </em><em><a href="http://www.politis.fr/_Christophe-Kantcheff_.html">Christophe Kantcheff</a></em><em>, </em><em><a href="http://www.politis.fr/_Erwan-Manac-h,362_.html">Erwan Manac’h</a></em><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Christian Rouaud explique les motivations de son film consacré à l’aventure du Larzac. Il dresse des parallèles avec les luttes d’aujourd’hui.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après <em>les Lip, l’imagination au pouvoir</em>, Christian Rouaud revient avec un film, <em>Tous au Larzac</em>, sur l’autre grande lutte emblématique des années 1970, provoquée par l’annonce, en octobre 1970, d’un projet d’extension du camp militaire qui prévoyait l’expropriation des paysans du plateau.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/TousAuLarzac.jpeg"><img class="size-full wp-image-5686 aligncenter" title="TousAuLarzac" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/TousAuLarzac.jpeg" alt="" width="194" height="259" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour interviewer le cinéaste, le plus jeune journaliste de la rédaction (Erwan Manach), né bien après la fin de la lutte en 1981, et qui rend largement compte, notamment pour Politis.fr, des actions des militants d’aujourd’hui, avait rejoint le critique de cinéma (Christophe Kantcheff), histoire de mêler les générations et de s’interroger sur la transmission.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment êtes-vous passé des Lip, l’imagination au pouvoir à Tous au Larzac ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Christian Rouaud :</strong> Pour le film sur les Lip, j’avais tourné une séquence sur le Larzac, puisque les deux événements sont concomitants. Mais cette séquence a sauté au montage. Après la sortie du film, j’ai reçu Gardarem lo Larzac, le journal créé pendant la lutte et qui existe toujours, qui contenait une critique du film. Elle était positive mais regrettait l’absence du Larzac. L’auteur de l’article aspirait à ce qu’un tel film sur le Larzac existe. Cela a été l’élément déclencheur.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, au-delà de l’histoire des luttes elles-mêmes, réaliser ces films m’a permis de rencontrer les gens qui m’ont fait rêver quand j’avais 20 ans. Je n’aurais jamais frappé à la porte de Charles Piaget, ni ne serais venu sur le plateau sans raison.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Réaliser un film sur la lutte du Larzac, c’était s’attaquer à ce qui ressemble aujourd’hui à un mythe…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un mythe très loin de la réalité. Ainsi, pendant longtemps, chaque fois qu’il était question de retour à la terre, le Larzac était évoqué, avec ses chèvres, ses hippies et ses communautés. Or, il n’y a jamais eu de chèvres ni de communautés sur le Larzac. Je suis aussi irrité par la manière dont, majoritairement, on raconte Mai 68 dans les médias ou au cinéma. Grosso modo, ce sont quelques bourgeois parisiens qui jetaient des cailloux sur les flics et s’enfermaient dans de grandes maisons pour fumer des joints. C’est, par exemple, la vision que donne Philippe Garrel (dans les Amants réguliers, NDLR).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour moi, Mai 68, ce sont non seulement les grèves ouvrières, mais les dix années de militance qui ont suivi : luttes pour l’avortement, contre le nucléaire, contre les prisons… et la bataille sur le plateau du Larzac.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez prioritairement donné la parole aux paysans. Pourquoi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai pas cherché à avoir des personnages dits représentatifs. Ça, c’est un principe télévisuel. Ce qui m’intéresse, ce sont des personnalités. Enfin, il me semblait plus intéressant que ce soient les paysans qui témoignent du rapport à l’extérieur, et racontent en particulier comment cela s’est passé avec les quatre cents gauchistes d’obédiences très diverses, des ­non-violents aux maos en passant par le PSU ou les trotskistes, venus les aider. Et qui étaient le contraire d’eux, à tous égards.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces gauchistes, il y en a tout de même trois dans le film : Michèle Vincent, originaire de Millau mais qui, à l’époque, était une figure militante du comité Larzac Paris ; José Bové et Christian Roqueirol, qui se sont installés comme ­paysans au Larzac mais qui, au départ, y sont venus en tant que militants pour soutenir la lutte.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ce qui apparaît nettement, c’est qu’au fur et à mesure les oppositions internes se sont effacées…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, il y a eu « porosité aux idées des autres », comme dit l’une des intervenantes. Les paysans, au début, sont très isolés, distants les uns des autres, et très différents. Il y a les paysans qui sont là depuis des générations, dont beaucoup traient encore à la main et qui ont peu de brebis. Et il y a les « pionniers », dont l’installation s’est faite en trois temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Burguière, qui sont dans le film, arrivent dans les années 1950, quittant leur région d’origine distante de 60 km. Ils ont longtemps été considérés comme des étrangers. Puis c’est au tour de Guy Tarlier et de sa femme, Marizette. Tarlier, qui est devenu le leader de la lutte, revient alors d’Afrique, où il était militaire. Sur le plateau, il est considéré comme un négrier. Inventeur d’une grosse machine, le rotolactor, il a industrialisé sa ferme. Enfin, arrivent Michel Courtin et d’autres jeunes intellectuels qui sortent de l’École des bergers de Rambouillet. Tous ces paysans n’ont rien pour s’entendre a priori. Ils vont pourtant s’unir. Plus tard, quand ils lancent un appel aux soutiens, arrive des quatre coins de France toute la faune de l’après-68.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début, les comités Larzac sont le théâtre d’affrontements permanents. Ceux-là aussi ont dû se parler. Comme leurs membres viennent tous les mois sur le plateau, à force de discuter, une unité des comités parvient à se créer. Les paysans sont dès lors bombardés d’idées, de propositions. Ils se montrent d’abord méfiants. Mais cela finit par fonctionner. Parce que, des deux côtés, il a toujours été admis qu’en dernière analyse les décisions étaient prises par les paysans.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment expliquer qu’il n’y ait jamais eu d’entorse à cette règle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À l’époque, c’est la classe ouvrière qui doit faire la révolution. Or, là, ce sont des paysans, des « bouseux », qui se battent, qui plus est contre l’armée, de manière non-violente. Tous les dogmes sont battus en brèche. Guy Tarlier dit : <em>« Jamais on ne se coupera de nos soutiens de base. »</em> Or, les soutiens de base, c’est l’Église catholique et la FNSEA ! Mais il existe un ­respect réciproque. Les militants sont estomaqués par la carrure des paysans qu’ils rencontrent. Qui n’ont pourtant aucune culture politique au départ. Les paysans, eux, sont fascinés par ces jeunes qui viennent des villes. Ça couche dans tous les coins, ça fume, ça joue de la musique, mais quand il y a cette action de résistance qui consiste à construire une bergerie, les militants sont là, ils travaillent dur et, malgré leur incompétence technique, ils y parviennent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les paysans n’ont pas de culture politique mais leur catholicisme est très fort…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Plus que des années gauchistes, les années 1970 ont été des années cathos de gauche. Ce sont eux qui dominent, autant chez Lip que sur le Larzac, où les cathos de droite sont devenus des cathos de gauche. Ils ne sont pas dans les dogmes marxistes-léninistes. Ce qui leur donne une très grande liberté d’esprit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La lutte s’achève avec l’élection de Mitterrand. On pourrait imaginer que sur le plateau, l’esprit de résistance, comme partout alors, retombe…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1981, les paysans ne sont plus les mêmes, ils sont tels que la lutte les a faits. L’intelligence collective qu’ils ont mise en place a rejailli sur chacun d’eux. Les paysans se sont dit : « Nous avons tellement reçu d’aide que nous devons maintenant aider les autres. » Marizette Tarlier parle de <em>« retour de solidarité »</em>. Dès lors, ils soutiennent la lutte des Kanaks en Nouvelle-Calédonie – une maison kanak est construite sur le plateau, qu’on peut encore visiter. Ils se rendent en Polynésie pour lutter contre les essais nucléaires. Ils prennent parti pour les Palestiniens…</p>
<p style="text-align: justify;">Quand les Américains boycottent le roquefort, ils ne savent pas qui ils attaquent ! Le démontage du McDo de Millau sonne le début de la lutte contre l’Organisation mondiale du commerce. L’idée des faucheurs volontaires, dans le combat contre les OGM pour bloquer la machine judiciaire, vient aussi du plateau… Le Larzac est une matrice des luttes d’aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais chez les Indignés, par exemple, il y a une revendication forte d’apolitisme et une dimension spontanée…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Même s’ils se disent apolitiques, les Indignés construisent quelque chose qu’on ne peut encore définir. Ils font bien de la politique, différente, certes, de celle qu’on ­imaginait dans les années 1970. Je vois quelques correspondances, cependant. Par exemple, pour résoudre les antagonismes, si on avait voté, sur le plateau, on aurait pu avoir des résultats tels que 51/49. Ce n’est pas ce que les acteurs de la lutte ont fait : ils ont parlé, parlé, jusqu’à ce qu’une décision puisse être entérinée par tout le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Idée simple, difficile à mettre en œuvre, mais qui peut faire réfléchir sur ce qu’est la démocratie. Je crois que l’idée selon laquelle l’institutionnalisation de la démocratie est un danger et qu’il faut mettre en œuvre une autre manière de la faire fonctionner a fait son chemin.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre ressemblance : l’importance de la fête. Après toutes les actions, les paysans du Larzac organisaient un gueuleton. Même quand ils affrontaient des flics, à midi, ils disaient « C’est l’heure ! », arrêtaient tout, pique-niquaient, et reprenaient ensuite. Il y avait beaucoup de plaisir dans la lutte, même s’ils étaient dos au mur. Sinon, ils n’auraient pas tenu dix ans ! Aujourd’hui, les jeunes retrouvent cette façon jouissive de militer, comme Jeudi noir, dont les militants viennent avec du champagne occuper les appartements à louer, ou ceux de la Pelle et la pioche, qui organisent des pique-niques dans les supermarchés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment est gérée la terre aujourd’hui au Larzac ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est le seul endroit de France où les terres sont gérées collectivement par un office foncier. Quand un paysan s’en va, au lieu que ce soit le voisin qui s’agrandisse, comme partout en France dans une logique productiviste, les paysans se réunissent pour décider qui va s’installer et pour faire quoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet office foncier, il n’y a plus que 10 % d’historiques de la lutte. De ce point de vue, la transmission s’est accomplie.</p>
<p style="text-align: right;">Propos recuillis par</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Erwan Manach et Christophe Kantcheff</strong></p>
<p><strong>A VOIR : </strong></p>
<p><strong>« Tous au Larzac »</strong> film de Christian Rouaud, 1 h 58, en salles depuis le 23 novembre.</p>
<p><strong>Source : </strong>article paru dans POLITIS n° 1178 du 24 nov. 2011</p>
<p><a href="http://www.politis.fr/Christian-Rouaud-%E2%80%89Du-plaisir,16117.html">http://www.politis.fr/Christian-Rouaud- Du-plaisir,16117.html</a></p>
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		<title>Etre laïque en terre d&#8217;islam</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 21:38:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;islam n&#8217;existe pas, il n&#8217;y a que des musulmans. De même, la laïcité est un concept fourre-tout qui peut signifier la séparation des cultes et de l&#8217;Etat comme son antipode. Une polysémie que la France a du mal à comprendre Par Jean-François Bayart * Face à l&#8217;islam, les Français vivent dans l&#8217;illusion d&#8217;une équation magique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>L&#8217;islam n&#8217;existe pas, il n&#8217;y a que des musulmans. De même, la laïcité est un concept fourre-tout qui peut signifier la séparation des cultes et de l&#8217;Etat comme son antipode. Une polysémie que la France a du mal à comprendre</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong>Par Jean-François Bayart *</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.F.Bayart.jpeg"><img class="size-full wp-image-5675 aligncenter" title="J.F.Bayart" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.F.Bayart.jpeg" alt="" width="274" height="184" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Face à l&#8217;islam, les Français vivent dans l&#8217;illusion d&#8217;une équation magique selon laquelle la République équivaut à la démocratie qui équivaut à la laïcité qui équivaut à l&#8217;égalité des sexes qui équivaut à la modernité qui équivaut à l&#8217;Occident qui équivaut au christianisme. L&#8217;équation, mal posée, est insoluble. Aucun de ses termes ne résiste à l&#8217;analyse de terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">Donnons un point à Brice Hortefeux, à l&#8217;époque ministre de l&#8217;intérieur. Un musulman, <em>&#8221; quand il y en a un, ça va, c&#8217;est quand il y en a beaucoup qu&#8217;il y a des problèmes &#8220;</em>. En effet, ils ne sont pas deux à penser la même chose ! D&#8217;un point de vue politique, l&#8217;islam n&#8217;existe pas. Il est un vocabulaire politique islamique issu de la théologie, de la philosophie, du droit musulmans. Mais chacun de ses mots est polysémique.</p>
<p style="text-align: justify;">De même, il y a des partis qui se réclament de l&#8217;islam. Les uns sont conservateurs et néolibéraux, les autres étatistes et/ou révolutionnaires, et tous sont nationalistes, donnant aux intérêts de l&#8217;Etat-nation la priorité sur ceux de la communauté des croyants. Un militant algérien l&#8217;avait expliqué au jeune historien et sociologue Maxime Rodinson, lors d&#8217;une Fête de <em>L&#8217;Humanité</em>, entre les deux guerres : <em>&#8221; L&#8217;Oumma et L&#8217;Huma, c&#8217;est la même chose .&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Et cette même chose relève de l&#8217;utopie. En conséquence, les conflits qui déchirent les sociétés islamiques sont internes à celles-ci. Ils opposent les musulmans entre eux, plutôt que ceux-ci à l&#8217;Occident. Ainsi du Pakistan, de l&#8217;Afghanistan, de l&#8217;Irak, ou encore, dans le contexte des &#8221; printemps arabes &#8220;, de la Syrie, de l&#8217;Egypte, de la Libye.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;islam est un mot-valise qui n&#8217;interdit en rien aux musulmans concrets d&#8217;être des adeptes de la laïcité, pas plus que le christianisme ne prédisposait les chrétiens à le devenir. Mais la laïcité est elle-même une catégorie vide de sens politique précis.</p>
<p style="text-align: justify;">En France, elle désigne la séparation pragmatique des cultes et de l&#8217;Etat, au nom d&#8217;une conception universaliste de la citoyenneté. En Turquie, elle signifie son antipode : la subordination politique et bureaucratique du religieux à l&#8217;Etat, dans le contexte d&#8217;une définition ethnoconfessionnelle de la citoyenneté.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore faut-il se garder de figer chacune des deux trajectoires dans un modèle anhistorique. La France demeure habitée par une représentation ethnoconfessionnelle de l&#8217;appartenance à la nation, comme l&#8217;a démontré la collaboration de Vichy avec les nazis après cinquante ans d&#8217;antisémitisme républicain, et comme le rappellent aujourd&#8217;hui les propos nauséabonds de ministres au détriment des Français de confession ou d&#8217;origine familiale musulmane, voire juive.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le même temps, des Turcs plaident en faveur d&#8217;une refondation universaliste de leur République afin qu&#8217;elle assure l&#8217;égalité réelle des droits à tous les citoyens &#8211; une mue dont la reconnaissance du génocide des Arméniens est le prix d&#8217;entrée.</p>
<p style="text-align: justify;">La plupart des pays du Moyen-Orient se situent à la confluence de ces deux modèles de laïcité et de citoyenneté, pour avoir été successivement des provinces ottomanes et des colonies françaises ou britanniques. Il en est de la sorte en Algérie, en Tunisie, en Egypte, au Liban, en Syrie, en Irak. Mais cela est aussi vrai de la Grèce, des républiques de l&#8217;ancienne Yougoslavie ou d&#8217;Israël&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Derechef, l&#8217;islam explique moins que ne le fait l&#8217;histoire, et notamment le passage d&#8217;un monde impérial inclusif de l&#8217;aire ottomane à un monde d&#8217;Etats-nations fonctionnant selon des logiques d&#8217;exclusion.</p>
<p style="text-align: justify;">Un autre distinguo s&#8217;impose. La laïcité est une politique publique, relative à l&#8217;organisation légale ou administrative des champs religieux et politique. La sécularisation est un processus social de dissociation des affaires de la cité et des convictions religieuses. La laïcité de l&#8217;Etat, <em>alla franca</em> ou<em> alla turca</em>, n&#8217;est pas une condition nécessaire à la sécularisation de la société, ainsi que le démontre l&#8217;expérience des régimes occidentaux confessionnels, du Maroc ou de la République islamique d&#8217;Iran.</p>
<p style="text-align: justify;">De même, elle n&#8217;exclut pas l&#8217;arrivée au pouvoir, par le biais des urnes, d&#8217;un parti islamique, comme en Turquie et en Tunisie, sans que cette alternance remette obligatoirement en cause le caractère laïque des institutions ni la sécularisation de la société. C&#8217;est que les électeurs ont souvent voté pour ces partis selon des raisons non religieuses, par exemple pour sortir les sortants et renvoyer l&#8217;armée dans ses casernes en Turquie, ou pour rompre avec l&#8217;ancien régime en Tunisie.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, il n&#8217;est de laïcité, en terre d&#8217;islam, que par rapport à des histoires et des contextes singuliers, au regard des pratiques ou des stratégies effectives des acteurs sociaux. D&#8217;une situation à l&#8217;autre, cette idée est un élément de la domination politique et de la distinction sociale, en bref un langage de classe.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, pour une minorité de musulmans qui, pour être minoritaires, n&#8217;en sont pas moins respectables ni moins musulmans, elle est accolée à certaines libertés publiques, comme celles de la conscience ou du gosier. Et, pour une majorité d&#8217;entre eux, elle est le nom respectable de l&#8217;islamophobie dans laquelle se vautre désormais l&#8217;Europe.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors que la laïcité est un &#8221; événement &#8220;, historiquement situé, plutôt qu&#8217;une &#8221; essence &#8220;, pour reprendre la distinction du philosophe Gilles Deleuze sur ce que doit dire un concept, elle n&#8217;entretient pas, avec le politique ou le religieux, un rapport fixe. L&#8217;islam a été peu présent dans le déclenchement des &#8221; printemps arabes &#8220;. Il s&#8217;y est vite (ré)inséré. Mais n&#8217;énonçons pas ces recompositions selon un jeu à somme nulle.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;abord, parce que les armées, ou les régimes sous tutelle militaire, ont, la main sur le coeur de la laïcité, beaucoup concédé à l&#8217;islam pour lutter contre la gauche ou les revendications régionalistes, notamment en Algérie, en Egypte et en Turquie, dans les années 1960-1990.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, parce que les mobilisations de 2011 ont fourni aux jeunes militants laïques et islamistes l&#8217;opportunité de lutter ensemble, de partager l&#8217;espace public au prix de compromis mutuels, et d&#8217;imposer aux aînés de leurs camps respectifs de nouvelles visions de la cité. Selon le politologue marocain Mohamed Tozy, devrait en découler une offre islamique d&#8217;Etat séculier, dont le vocabulaire musulman, prompt à effaroucher les opinions occidentales, avec ses notions de &#8221; charia &#8221; ou de &#8221; califat &#8220;, pourrait ne rien dire d&#8217;autre qu&#8217;Etat civil de droit, bonne gouvernance et privatisation de la solidarité sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;idée hexagonale de laïcité n&#8217;a pas aidé les Français à admettre l&#8217;iniquité des Etats moyen-orientaux qui s&#8217;en réclamaient ni à pressentir l&#8217;éclosion des &#8221; printemps arabes &#8220;. Elle menace maintenant de les faire passer à côté des recompositions en cours. Le vrai problème a moins trait aux rapports de la religion et du politique qu&#8217;à la relation au néolibéralisme des partis issus de l&#8217;islamisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les peuples dits arabes ou musulmans ont apporté la preuve de leur capacité à secouer le joug de l&#8217;oppression politique, ils n&#8217;ont pas encore &#8211; pas plus que les Européens &#8211; su apporter une réponse à la crise structurelle qui frappe l&#8217;économie mondiale. Certes, la Turquie de l&#8217;AKP caracole avec ses 8 % de croissance. Mais pour combien de temps, et en quoi ce succès est-il reproductible sous prétexte d&#8217;islam ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quid du prétendu miracle tunisien qui n&#8217;était qu&#8217;un mirage, sans même parler de la vulnérabilité du décollage du Maroc, des trompe-l&#8217;oeil pharaoniques du Golfe ou des piètres performances de l&#8217;Egypte et de la Syrie ?</p>
<p style="text-align: justify;">La question à laquelle sont confrontés les musulmans, islamistes et laïcistes confondus, est sociale et non religieuse. Et, pour la résoudre, le &#8221; petit père Combes &#8221; <em>- il avait préparé le projet de loi de séparation de l&#8217;Eglise et de l&#8217;Etat qui sera votée en 1905 &#8211; </em>leur sera moins utile que l&#8217;économiste Keynes.</p>
<p style="text-align: justify;">__________________________________________________________</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Focus sur l&#8217;Algérie, la Tunisie et l&#8217;Iran</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>POUR LES FRANÇAIS MUSULMANS, la laïcité est une évidence dans laquelle ils ont été élevés et dont ils négocient au jour le jour les termes, comme le font leurs concitoyens catholiques, protestants ou juifs à propos de l&#8217;école, de l&#8217;éthique ou des jours fériés &#8211; arrêtons de nous payer de mots discriminants et de nier l&#8217;universalité de ces petits arrangements qui étaient dans l&#8217;esprit de compromis propre aux républicains &#8221; opportunistes &#8221; de la fin du XIXe siècle, ceux-là mêmes dont se réclament indûment les salafistes de la sainte Laïcité.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les Algériens musulmans, la laïcité a été indissociable du refus, par le colonisateur, d&#8217;étendre à ce territoire la loi de séparation des cultes et de l&#8217;Etat pour y proroger un appareil néoottoman de contrôle de la religion et pour enfermer les <em>&#8221; indigènes &#8220;</em> dans leur <em>&#8221; tradition &#8220;</em>. Elle a ensuite servi la légitimation du monopole politique de l&#8217;armée. De ce fait, sa représentation est ambivalente.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle contredit l&#8217;orientation ethnoconfessionnelle de la guerre de libération nationale, mais elle est également associée à la reproduction d&#8217;un régime honni, méprisé et maculé du sang des jeunes émeutiers de 1988, ces prédécesseurs des &#8221; printemps arabes &#8221; que nous oublions curieusement tant sont grands l&#8217;effroi, la mauvaise conscience, la complaisance ou la fascination que nous inspirent les généraux d&#8217;Alger.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Tradition ottomane</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En Tunisie, la laïcité, là aussi plus <em>alla turca</em> qu&#8217;<em>alla franca</em>, est enracinée dans la tradition ottomane, coloniale et bourguibienne du réformisme autoritaire, qui a engendré, outre la dictature, une formation asymétrique de l&#8217;Etat à l&#8217;avantage du littoral et au détriment des régions de l&#8217;hinterland.</p>
<p style="text-align: justify;">La contestation sociale des années 2008-2011, le renversement du régime Ben Ali, la victoire électorale d&#8217;Ennahda sonnent comme une revanche, sans doute plus symbolique que durable, de ces provinces déshéritées sur l&#8217;arrogance sociale et culturelle des élites tunisoises, tout comme, en Turquie, l&#8217;arrivée au pouvoir de l&#8217;AKP a consacré l&#8217;ascension économique et politique de notables périphériques au détriment relatif de l&#8217;establishment néokémaliste.</p>
<p style="text-align: justify;">En Iran, la laïcité est une nostalgie de ci-devant des quartiers nord de Téhéran qui se cachent que le régime du shah était tout sauf démocratique et laïque, et dont les supporteurs occidentaux ne veulent pas voir que la révolution de 1979 a été, pardonnez la tautologie, une révolution, avec ses gagnants et ses gagnantes en termes de logement, d&#8217;éducation ou d&#8217;indépendance nationale. Et ainsi de suite en Egypte, en Irak, ou dans les situations si différentes des pays du Golfe.</p>
<p>___________________________________________________________</p>
<p>* <strong>Jean-François Bayart</strong>, Directeur de recherche au CNRS.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Président du Fond d’analyse des sociétés politiques (Fasopo), il est un spécialiste de sociologie historique comparée du politique. Il enseigne actuellement à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne. </em><em>Il est notamment l’auteur de « L’Etat en Afrique » (Fayard, 1989), « L’illusion identitaire » (Fayard, 1996), « Le gouvernement du monde » (Fayard, 2004), « Les études postcoloniales, un carnaval académique » (Karthala, 2010) et « L’islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar » (Albin Michel, 2010), prix France-Turquie.</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : article publié dans Le Monde daté du 29 Nov. 2011</p>
<p><a href="http://www.lemonde.fr">http://www.lemonde.fr</a></p>
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		<title>Julia Kristeva devant Benoît XVI à Assise pour défendre «l’humanisme des Lumières»</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/12/01/julia-kristeva-devant-benoit-xvi-a-assise-pour-defendre-%c2%ab-l%e2%80%99humanisme-des-lumieres-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 17:58:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Stéphanie Le Bars La philosophe française Julia Kristeva est l&#8217;une des quatre personnalités non croyantes conviées, jeudi 27 octobre, à Assise (Italie) par le pape Benoît XVI, qui y commémore le 25e anniversaire de la rencontre interreligieuse organisée pour la première fois dans cette ville par Jean Paul II en 1986. Elle donnera une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Stéphanie Le Bars</p>
<p style="text-align: justify;">La philosophe française Julia Kristeva est l&#8217;une des quatre personnalités non croyantes conviées, jeudi 27 octobre, à Assise (Italie) par le pape Benoît XVI, qui y commémore le 25e anniversaire de la rencontre interreligieuse organisée pour la première fois dans cette ville par Jean Paul II en 1986. Elle donnera une conférence mercredi soir à Rome* et, au nom de ses trois collègues, (un Italien un Autrichien et un Mexicain) elle prendra la parole devant Benoît XVI jeudi, à Assise.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;association de ces intellectuels humanistes à une rencontre &#8220;pour la paix et la justice&#8221; à laquelle participent quelque 300 religieux venus de cinquante pays constitue une première. Elle s&#8217;inscrit dans la démarche amorcée par le pape actuel pour développer le dialogue entre croyants et non croyants, notamment concrétisé par la création du Parvis des gentils, dont la dernière manifestation vient de se dérouler à Bucarest. Il s&#8217;agit, indique le Vatican, de souligner l&#8217;importance que Benoît XVI accorde à l&#8217;articulation entre la foi et la raison.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Entretien</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong><strong>Pourquoi faites-vous partie des quatre philosophes invités par le pape pour incarner les non croyants lors de la rencontre &#8220;interreligieuse&#8221; d&#8217;Assise ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Même si pour moi la coupure avec les traditions transcendantales a eu lieu, je me suis beaucoup intéressée à l&#8217;histoire religieuse, j&#8217;ai travaillé et écrit sur le besoin de croire ; j&#8217;ai participé aux conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, de même qu&#8217;à la première manifestation du Parvis des gentils à Paris cette année.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment envisagez-vous votre participation à la rencontre d&#8217;Assise?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;idée est de se réunir face à la gravité de la crise économique et morale qui porte en germe des conflits militaires. Il ne s&#8217;agit pas de gommer les différences entre croyants et non croyants. Mais une passerelle entre les deux est indispensable, à l&#8217;heure où des tendances traditionalistes stigmatisent les Lumières et voient dans la laïcité une menace contre la civilisation, un signe de décadence. Certains pensent que l&#8217;humanisme est un moralisme mou. Ce n&#8217;est pas le cas ! Il faut remettre à plat les codes moraux et les penser ensemble, dans la pluralité. Nos valeurs, fondées sur les droits de l&#8217;homme nous donnent une force qui ne nous fait pas craindre d&#8217;être phagocytés par les obscurantistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vais profiter de cette journée pour mettre en valeur la nouveauté que représente l&#8217;humanité des Lumières et l&#8217;idée qu&#8217;une refondation de cet humanisme, qui est aussi en crise, est possible en créant des passerelles avec l&#8217;humanisme chrétien. Jean Paul II faisait référence aux droits de l&#8217;homme et plus récemment Benoît XVI a rappelé que cette notion était inhérente à l&#8217;Occident.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que ferez-vous lors du &#8220;temps de prière et de silence&#8221; prévu jeudi après-midi à Assise ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je réfléchirai et j&#8217;essaierai de penser, car la pensée est la forme moderne de la prière.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Stéphanie Le Bars</strong></p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://religion.blog.lemonde.fr/2011/10/26/julia-kristeva-devant-benoit-xvi-a-assise-pour-defendre-lhumanisme-des-lumieres/">26 octobre 2011</a></p>
<p><strong>Source </strong>:</p>
<p><a href="http://religion.blog.lemonde.fr/2011/10/26/julia-kristeva-devant-benoit-xvi-a-assise-pour-defendre-lhumanisme-des-lumieres/">http://religion.blog.lemonde.fr/2011/10/26/julia-kristeva-devant-benoit-xvi-a-assise-pour-defendre-lhumanisme-des-lumieres/</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>*</strong> On trouvera sur le site <a href="http://www.kristeva.fr/assise2011.html">http://www.kristeva.fr/assise2011.html</a>, une riche documentation photographique sur ces évènements ainsi que l’enregistrement vidéo (12 min réalisé par TG1 et RAI I Vaticano) du discours prononcé à Assise. <strong>Ci-après est reproduit (à partir du même site) le texte complet du discours prononcé à Rome par Julia Kristeva.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ROME3.jpeg"><img class="size-full wp-image-5667 aligncenter" title="ROME3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ROME3.jpeg" alt="" width="238" height="143" /></a><br />
</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>DIX PRINCIPES POUR L’HUMANISME DU XXIe SIECLE</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">(Version longue prononcée à l&#8217;Université de Rome III, le 26 octobre 2011, avec la délégation des humanistes et la participation du Cardinal Ravasi.)</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous remercie de l’honneur que vous me faites en m’invitant à m’exprimer devant cette prestigieuse assemblée au nom des humanistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que l’humanisme ? Un grand point d’interrogation à l’endroit du plus grand sérieux ? C’est dans la tradition européenne, grecque-juive-chrétienne, que s’est produit cet événement qui ne cesse de promettre, de décevoir et de se refonder.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque Jésus se décrit (Jn 8,24) dans les mêmes termes qu’Elohim s’adressant à Moïse (Ex 3,14), en disant : « Je suis », il définit homme – et anticipe l’humanisme – comme une « singularité indestructible » (selon les termes de Benoit XVI). <em>Singularité</em> <em>indestructible</em> qui non seulement le relie au divin par delà la généalogie d’Abraham (comme le faisait déjà le peuple d’Israël), mais qui innove. Car si le « Je suis » de Jésus s’étend du passé et du présent au futur et à l’Univers, le Buisson ardent et la Croix deviennent universels.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque la Renaissance avec Erasme, les Lumières avec Diderot, Voltaire, Rousseau mais aussi le Marquis de Sade et jusqu’à ce juif athée qu’était Sigmund Freud, proclament la liberté des hommes et des femmes à se révolter contre les dogmes et les oppressions, à émanciper les esprits et les corps, à mettre en question toute certitude, commandement ou valeur, &#8211; est-ce à un nihilisme apocalyptique qu’ils ont ouvert la voie ? En s’attaquant à l’obscurantisme, la sécularisation a oublié de s’interroger sur le <em>besoin de croire</em> qui sous-tend le <em>désir de savoir</em>, ainsi que sur les limites à poser au désir à mort &#8211; pour vivre ensemble. Pourtant, ce n’est pas l’humanisme, mais ce sont les dérives sectaires, technicistes et négationnistes de la sécularisation qui ont sombré dans la « banalité du mal », et qui favorisent aujourd’hui l’automatisation en cours de l’espèce humaine. « N’ayez pas peur ! », ces mots de Jean-Paul II ne s’adressent pas seulement aux croyants qu’ils encourageaient à résister au totalitarisme. L’appel de ce Pape – apôtre des droits de l’homme- nous incite aussi à ne pas craindre la culture européenne, mais au contraire à oser l’humanisme : en bâtissant des complicités entre l’humanisme chrétien et celui qui, issu de la Renaissance et des Lumières, ambitionne d’élucider les voies risquées de la liberté. Merci aujourd’hui au Pape Benoît XVI d’avoir invité, pour la première fois en ces lieux, des humanistes parmi vous.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi, avec vous sur cette terre d’Assise, mes pensées s’adressent à saint François d’Assise : qui « ne cherche pas tant à être compris qu’à comprendre », ni « à être aimé qu’à aimer » ; qui éveille la spiritualité des femmes avec l’œuvre de sainte Claire ; qui place l’enfant au cœur de la culture européenne en créant la fête de Noël ; et qui, quelque temps avant sa mort, déjà en humaniste avant la lettre, envoie sa lettre « à tous les habitant du monde entier ». Je pense aussi à Giotto qui déplie les textes sacrés dans des images vivantes de la vie quotidienne des hommes et des femmes de son temps, et met le monde moderne au défi de secouer le rite toxique du spectacle aujourd’hui omniprésent.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on encore parler de l’humanisme, mieux : <em>peut-on parler l’humanisme</em> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est Dante Alighieri qui m’interpelle en cet instant, célébrant saint François au Paradis de sa <em>Divine comédie</em>. Dante a fondé une théologie catholique de l’humanisme en démontrant que l’humanisme n’existe que si et seulement si nous nous transcendons dans le langage par l’invention de nouveaux langages. Comme il l’a fait lui-même, en écrivant dans un style nouveau la langue italienne courante, et en inventant des néologismes. « Outre-passer l’humain dans l’humain « (« <em>transhumanar</em> » ) (Paradis I : 69), dit-il, tel serait le chemin de la vérité. Il s’agirait de «nouer », au sens d’ « accoupler » ( « <em>s’indova</em> », se mettre là, dans le « où ») ( Paradis 33 :138) &#8211; comme se nouent le cercle et l’image dans une rosace &#8211; le divin et l’humain dans le Christ, le physique et le psychique dans l’humain.</p>
<p style="text-align: justify;">De cet humanisme chrétien, compris comme un « outrepassement » de l’humain dans l’accouplement des désirs et du sens par le langage, s’il est un langage d’amour, l’humanisme sécularisé est l’héritier souvent inconscient. Et il s’en sépare en affinant ses logiques propres dont j’aimerais esquisser <em>Dix principes</em>. Qui ne sont pas 10 commandements, mais 10 invitations à penser des passerelles entre nous.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1. <em>L’humanisme du XXI siècle n’est pas un théomorphisme</em>. L’Homme Majuscule n’existe pas. Ni « valeur » ni « fin » supérieures, aucun atterrissage du divin d’après les actes les plus hauts de certains hommes qu’on appelle des « génies » depuis la Renaissance. Après la Shoah et le Goulag, l’humanisme a le devoir de rappeler aux hommes et aux femmes que si nous nous estimons les seuls législateurs, c’est uniquement par <em>la mise en</em> <em>question continue</em> de notre situation personnelle, historique et sociale que nous pouvons décider de la société et de l’histoire. Aujourd’hui, loin de démondialiser, une nouvelle réglementation internationale est nécessaire à inventer pour réguler et maîtriser la finance et l’économie mondialisée et créer à terme une gouvernance mondiale éthique universelle et solidaire.</p>
<p style="text-align: justify;">2. <em>Processus de refondation permanente</em>, l’humanisme ne se développe que par des <em>ruptures</em> qui sont des <em>innovations</em> (le terme biblique <em>hiddouch</em> signifie <em>inauguration-innovation-rénovation</em> ; <em>enkainosis</em> et <em>anakainosis</em> ; <em>novatio</em> et <em>renovatio</em>). Connaître intimement l’héritage grec-juif-chétien, le mettre en examen approfondi, <em>transvaluer</em> ( <em>Nietzsche</em>) la tradition : il n’y a pas d’autre moyen de combattre l’ignorance et la censure, et de faciliter ainsi la cohabitation des mémoires culturelles construites au cours de l’histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">3. Enfant de la culture européenne, <em>l’humanisme est la rencontre des différences culturelles</em> favorisée par la globalisation et la numérisation. L’humanisme respecte, traduit et réévalue les variantes des besoins de croire et des désirs de savoir qui sont des universaux de toutes les civilisations.</p>
<p style="text-align: justify;">4. <em>Humanistes, « nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps</em> ». Sainte Thérèse d’Avila s’exprime ainsi au XVIIe siècle, inaugurant l’âge baroque qui n’est pas une Contre-Réforme, mais une Révolution baroque amorçant le siècle des Lumières. Mais le libre désir est un désir à mort. Et il fallait attendre la psychanalyse, pour recueillir dans la seule et ultime réglementation du langage cette liberté des désirs que l’humanisme ne censure ni ne flatte mais se propose d’élucider, d’accompagner et de sublimer.</p>
<p style="text-align: justify;">5. <em>L’humanisme est un féminisme</em>. La libération des désirs devait conduire à l’émancipation des femmes. Après les philosophes des Lumières qui ont ouvert la voie, les femmes de la Révolution françaises l’ont exigée avec Théroigne de Méricourt, Olympe de Gouge, jusqu’à Flora Tristan, Louise Michel et Simone de Beauvoir, accompagnées par les luttes des suffragettes anglaises et je n’oublie pas les chinoises dès la Révolution bourgeoise de 4 mai 1919. Les combats pour une parité économique, juridique et politique nécessitent une nouvelle réflexion sur le choix et la responsabilité de la maternité. La sécularisation est encore la seule civilisation qui manque de discours sur le maternel. Le lien passionnel entre la mère et l’enfant, ce premier autre, aurore de l’amour et de l’hominisation, ce lien où la continuité biologique devient sens, altérité et parole, est une <em>reliance</em>. Différente de la religiosité comme de la fonction paternelle, la reliance maternelle les complète et participe à part entière de l’éthique humaniste.</p>
<p style="text-align: justify;">6. <em>Humanistes , c’est par la singularité partageable de l’expérience intérieure que nous pouvons combattre cette nouvelle banalité du mal qu’est l’automatisation en cours de l’espèce humaine.</em> Parce que nous sommes des êtres parlant, écrivant, dessinant, peignant musiquant, jouant, calculant, imaginant, pensant, nous ne sommes pas condamnés à devenir des « éléments de langage » dans l’hyperconnection accélérée. L’infini des capacités de représentation est notre habitat, profondeur et délivrance, notre liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">7. Mais le Babel des langages génère aussi chaos et désordres, que l’humanisme ne régulera jamais par la seule écoute attentive prêtée aux langages des autres. <em>Le moment est venu de reprendre les codes moraux immémoriaux</em> : sans les affaiblir, pour les problématiser, en les à rénovant au regard des nouvelles singularités.</p>
<p style="text-align: justify;">Loin d’être de purs archaïsmes, les interdits et les limites sont des garde-fous qu’on ne saurait ignorer sans supprimer la mémoire qui constitue le pacte des humains entre eux et avec la planète, les planètes. L’histoire n’est pas du passé : la Bible, les Evangiles, le Coran, le Rigveda, le Tao nous habitent au présent. Il est utopique de créer de nouveaux mythes collectifs, il ne suffit pas non plus d’interpréter les anciens. Il nous revient de les réécrire, repenser, revivre : dans les langages de la modernité.</p>
<p style="text-align: justify;">8. Il n’y a plus d’Univers, la recherche scientifique découvre et ne cesse de sonder le <em>Multivers</em>. Multiplicité des cultures, des religions, des goûts et des créations. Multiplicités des espaces cosmiques, des matières et des énergies cohabitant avec le vide, composant avec le vide. <em>N’ayez pas peur d’être mortels. Capable de penser le multivers, l’humanisme est confronté à une tâche épochale : inscrire la mortalité dans le multivers du vivant et du cosmos.</em></p>
<p style="text-align: justify;">9. Qui le pourra ? <em>L’humanisme, parce qu’il soigne</em>. Le souci (<em>cura</em>) amoureux d’autrui, le soin écologique de la terre, l’éducation des jeunes, l’accompagnement des malades, des handicapés, des vieillissants, des dépendants n’arrêtent ni la course en avant des sciences ni l’explosion de l’argent virtuel ? L’humanisme ne sera pas un régulateur du libéralisme, qu’il se ferait fort de transformer sans à-coups apocalyptiques ni lendemains qui chantent. En prenant son temps, en créant une proximité nouvelle et des solidarités élémentaires, l’humanisme accompagnera la révolution anthropologique qu’annoncent déjà aussi bien la biologie émancipant les femmes , que le laisser-aller de la technique et de la finance, et l’impuissance du modèle démocratique pyramidal à canaliser les innovations.</p>
<p style="text-align: justify;">10. <em>L’homme ne fait pas l’histoire, mais l’histoire c’est nous</em>. Pour la première fois, <em>Homo</em> Sapiens est capable de détruire la terre soi-même au nom de ses religions, croyances ou idéologies. Pour la première fois aussi les hommes et les femmes sont capables de réévaluer en toute transparence la religiosité constitutive de l’être humain. La rencontre de nos diversités ici, à Assise, témoigne que l’hypothèse de la destruction n’est pas la seule possible. Personne ne sait quels humains succèderont à nous qui sommes engagés dans cette transvaluation anthropologique et cosmique sans précédent. <em>Ni dogme providentiel, ni jeu de l’esprit, la refondation de l’humanisme est un pari.</em></p>
<p style="text-align: justify;">L’ère du soupçon ne suffit plus. Face aux crises et menaces aggravées, voici venu l’ère du pari. Osons parier sur le renouvellement continu des capacités des hommes et des femmes à croire et à savoir ensemble. Pour que, dans le multivers bordé de vide, l’humanité puisse poursuivre longtemps son destin créatif.</p>
<p style="text-align: right;">JULIA KRISTEVA</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.kristeva.fr/assise2011.html">http://www.kristeva.fr/assise2011.html</a><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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]]></content:encoded>
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		<title>Pourquoi faire un AUDIT citoyen de la dette publique française ?</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 16:19:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[par Pascal Franchet La tentation est forte au vu de quelques éléments déjà connus des causes de l’endettement public de considérer un audit comme un passage inutile.  Parmi ces éléments connus qui permettent de qualifier cette dette comme illégitime et non due, on peut citer pêle-mêle pour la dette publique française (à compléter) : Pour la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par <strong>Pascal Franchet</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AuditDette.jpeg"><img class="size-full wp-image-5663 aligncenter" title="AuditDette" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AuditDette.jpeg" alt="" width="200" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>La tentation est forte au vu de quelques éléments déjà connus des causes de l’endettement public de considérer un audit comme un passage inutile.  Parmi ces éléments connus qui permettent de qualifier cette dette comme illégitime et non due, on peut citer pêle-mêle pour la dette publique française </strong></em>(à compléter) :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour la dette publique de l’Etat central :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">- l’obligation depuis 1973 d’avoir recours aux marchés financiers ;</p>
<p style="text-align: justify;">- l’effet « boule de neige » qui a consisté à payer des taux d’intérêt sur les obligations d’Etat supérieurs à l’accroissement des ressources nécessaires à ce paiement (décision politique) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la réforme de l’Etat suivie de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) et son impact sur les pertes de moyens des administrations publiques ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la dérèglementation des marchés financiers depuis 1983 ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la privatisation systématique des banques et assurances depuis 1986 ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les privatisations des autres entreprises publiques depuis cette date ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les politiques fiscales favorables aux grandes entreprises (taux de l’Impôt sur les Sociétés et exonérations diverses) depuis le début des années 1980 ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les mesures fiscales en faveur des ménages les plus aisés (niches fiscales et baisse du taux supérieur de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les impacts budgétaires des mesures d’exonération et d’allègement des cotisations sociales ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les plans de sauvetage en faveur des banques et du secteur de l’automobile avec le pillage de la Caisse des dépôts et consignations ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la récession économique, produit de la crise du capitalisme et ses conséquences sur la baisse des recettes fiscales, sur le déficit et donc sur la dette ;</p>
<p style="text-align: justify;">- le mode de gestion de la dette publique : sa gestion est confiée à une agence et non au Trésor public ; &#8211; le marché primaire de la dette, c’est-à-dire l’émission des obligations d’Etat ou « marché du neuf », est donnée à une vingtaine de banques privées (4 françaises et 16 étrangères) qualifiées de Spécialistes en Valeurs du Trésor et qui se sucrent au passage ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les plans de rigueurs et d’austérité qui, loin de résoudre quoi que ce soit, paupérisent les populations et les Etats ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les divers traités constitutionnels européens qui organisent la concurrence « libre et non faussée » entre économies européennes et le statut de la BCE qui lui interdit de prêter directement aux États, qui sont par conséquent obligés de recourir aux banques et marchés financiers ;</p>
<p style="text-align: justify;">- certaines dépenses très critiquables comme le recours au surarmement, à des partenariats publics privés où l’intérêt public est relégué à l’arrière plan ;</p>
<p style="text-align: justify;">- etc… Tous ces éléments participent aux déficits publics et à leur financement par l’emprunt public.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour la dette des collectivités locales :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">- les décrets qui ont ouvert à la concurrence le marché des prêts aux collectivités et permis le désengagement de l’Etat depuis les premières lois de décentralisation (décentralisation Mauroy 1 et 2 et décentralisation Balladur). Ce sont ces textes, le démantèlement de la Caisse d’Aide à l’Équipement des Collectivités Locales et le désengagement de l’Etat aux profits des banques privées et d’organismes financiers qui sont à l’origine des prêts dits « structurés » qui, avec des taux exorbitants, frappent aujourd’hui des collectivités locales et des hôpitaux (cf.à titre d’exemple la carte publiée par le journal Libération pour les prêts toxiques de Dexia :<a href="http://labs.liberation.fr/maps/carte-emprunts-toxiques/">http://labs.liberation.fr/maps/cart&#8230;</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">- les effets budgétaires des transferts de compétences de l’Etat vers les collectivités locales sans allocation des moyens correspondants ;</p>
<p style="text-align: justify;">- les diverses réformes qui restructurent les collectivités locales et font reculer la démocratie locale en opacifiant les circuits de gestion et de décision.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour la dette des organismes de protection sociale :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">- on peut énumérer depuis les plans « Barre » jusqu’aux diverses et récentes mesures Fillon toutes les décisions politiques qui ont contribué à baisser au profit des employeurs les ressources des organismes de protection sociale (fiscalisation de la sécurité sociale avec la création de la Cotisation Sociale Généralisée et de la Contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale Inclus) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- sans oublier le non reversement de la part de l’Etat de diverses ressources affectées à la protection sociale (dénoncée année après année par la Cour des Comptes) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la désindexation des salaires sur les prix ;</p>
<p style="text-align: justify;">- la libéralisation du budget de la protection sociale avec l’instauration de la LFSS (loi de financement de la sécurité sociale) et la perte de contrôle de la protection sociale, telle qu’instaurée par le programme du Conseil National de la Résistance, par les représentants des salariés (instauration du paritarisme puis fin des élections directes aux conseils d’administration des caisses) ;</p>
<p style="text-align: justify;">- le pillage par l’Etat des ressources des organismes excédentaires ;</p>
<p style="text-align: justify;">- on peut aussi ajouter la réforme du mode de gestion de la dette de ces organismes avec la création de la CADES et de la CRDS en 1996 (plan Juppé). Cette très opaque CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale), et au statut très dérogatoire, a bien davantage rémunéré les intérêts des organismes financiers prêteurs que comblé les très hypothétiques « trous de la sécu ». (cf. les comptes publiés sur le site de la CADES) Il pourrait être confié à un groupe d’experts de chiffrer le coût de ces mesures et leur traduction en montant de stock de la dette publique, émission de dette après émission de dette, coût des intérêts servis compris. Une fois ce chiffrage nécessaire effectué (qui avoisinerait certainement 100% du montant de la dette publique), il suffirait alors de revendiquer son annulation par l’abrogation unilatérale du paiement de cette dette (il pourrait même être envisagé de réclamer le remboursement, voire des pénalités sous formes d’intérêts aux bénéficiaires des profits réalisés sur la dette publique depuis une date à déterminer).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alors, pourquoi se livrer à un audit et qui plus est, citoyen, c’est-à-dire public ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a plusieurs raisons à cette démarche.</p>
<p style="text-align: justify;">La première est que, comme son nom l’indique, cette dette est publique, au sens où elle impacte les budgets de l’Etat, des Organismes divers d’administration centrale (ODAC), des collectivités locales et des organismes de protection sociale. Dit autrement, elle limite considérablement le rôle de redistribution des richesses qui incombent à ces différents secteurs de la chose publique. Plus de dette servie au privé, c’est moins de moyens disponibles pour les besoins sociaux du plus grand nombre. La dette est aussi un outil pour l’inégalité des revenus. Elle concerne chaque citoyen de ce pays. Les plans d’austérité sont décidés et imposés au nom de la réduction des déficits publics et de la dette publique.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde est plus politique : elle consiste à associer le maximum d’organisations syndicales, associatives et politiques mais aussi de citoyens dans les groupes locaux d’audit à ce travail de décorticage des causes de l’endettement public. Il s’agit, avec cette démarche ouverte, de permettre ce qui est interdit par la logique de délégation de pouvoir, à savoir la réappropriation démocratique et collective de ce qui nous concerne. Ouvrir les livres des comptes publics va dans ce sens. Rendre public ce qui est aujourd’hui interdit de connaître de par la loi comme l’identité des créanciers ou encore la rémunération des banques en charge du marché primaire de la dette est une nécessité si on veut en combattre efficacement les conséquences antisociales. Après le pourquoi et le comment, il s’agit de faire connaître à tous qui sont ceux qui en profitent, qui sont les créanciers de la dette.</p>
<p style="text-align: justify;">La troisième est de faire connaître au plus grand nombre, comme nous l’avons fait en 2004 et 2005 pour le traité Constitutionnel (TCUE), les mécanismes et rouages de la dette publique afin de combattre en termes clairs et lisibles l’idée que ces questions sont trop compliquées pour être partagées et rendues publiques. Cette transparence nous a rendus majoritaires pour dire non au TCUE.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il s’agit donc de répondre simplement à des questions simples comme :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La dette publique, c’est quoi ? Comment ça marche ? D’où ça vient ? Qui paye et qui en profite ? Qu’est ce qu’on peut y faire ?  L’enjeu, c’est tout simplement la démocratie. C’est aussi poser d’emblée les moyens de la construction du rapport de forces nécessaire pour gagner sur cette question et sur d’autres par enchaînement.</p>
<p style="text-align: justify;">Construire la mobilisation sociale, c’est la garantie pour gagner !</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’on peut faire toutes les démonstrations possibles, démontrer par A+B que notre cause est juste, que nous avons raison contre le monde de la finance et les donneurs d’ordre que sont les actionnaires, cela sera vain sans un rapport de forces tel qu’il puisse modifier l’ordre des choses.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un peu comme le rapport au droit. Le droit international et de nombreuses dispositions constitutionnelles de pays fournissent nombre de moyens pour définir ce qu’est une dette illégitime ou odieuse. Le droit international dit aussi qu’un Etat est souverain et qu’il peut, au nom de l’état de nécessité, satisfaire en priorité les besoins fondamentaux de la population, décider de ne pas payer cette dette et de poser là un acte unilatéral parfaitement légitime.</p>
<p style="text-align: justify;">Gagner juridiquement ne signifie pas pour autant gagner dans les faits. C’est un moyen à utiliser mais surtout à consolider par une mobilisation qui impose son application.</p>
<p style="text-align: justify;">Même un gouvernement favorable à l’annulation de la dette illégitime ou/et odieuse ne pourra se passer de la mobilisation sociale pour l’imposer aux créanciers.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le TCUE, nous avons pu être majoritaires dans les urnes, mais nous avons manqué d’une mobilisation sociale suffisante pour empêcher le Congrès de trahir la volonté populaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la dette, sans une volonté politique qui s’appuie sur une mobilisation citoyenne conséquente, cela risque de ne pas se faire du tout et de disparaître au fonds des salons des négociations internationales.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mobilisation locale, nationale, européenne et internationale !</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons nous réapproprier notre vie !</p>
<p style="text-align: justify;">Du plus petit village endetté abusivement en passant par l’hôpital escroqué par des contrats opaques jusqu’à la dette nationale illégitime contractée au nom de l’Etat ou encore imposée à notre protection sociale par les divers gouvernements ces 30 ou 40 dernières années au profit des nantis et des marchés financiers, nous devons organiser la transparence pour construire la mobilisation à tous les niveaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout comme la crise, les effets de ces dettes publiques illégitimes ou odieuses dans certains cas comme en Grèce, en Irlande ou au Portugal et ailleurs, ont les mêmes causes dans les pays de l’Union Européenne, qu’ils soient dans la zone euro ou non .</p>
<p style="text-align: justify;">Très souvent, on trouve les mêmes causes mais aussi les mêmes créanciers. Ces derniers sont organisés, agissent de concert pour piller les Etats et faire payer leur crise aux populations.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils utilisent des organismes comme le FMI, la BCE et la Commission Européenne (les 3 forment la Troïka) pour imposer aux peuples la dictature des marchés financiers.</p>
<p style="text-align: justify;">Rencontrons-nous et organisons nous à l’échelle européenne avec les comités d’audit qui existent déjà et pour permettre la création d’autres dans les 27 pays de l’UE. Les peuples d’Europe subissent les mêmes logiques imposées par les mêmes créanciers et leurs organismes affidés (la Troïka). Ce ne sont pas les citoyens français, anglais ou allemands qui détiennent une partie de la dette grecque, espagnole ou irlandaise, ce sont les banques, les assurances et autres « Mutuals Funds », le plus souvent les mêmes qui agissent au nom des mêmes actionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensemble, nous pouvons construire une mobilisation européenne efficace contre la dette et les plans d’austérité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Du Nord au Sud, les peuples ont les mêmes intérêts, menons les mêmes combats !</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Auditer les dettes publiques dans les pays riches ou considérés comme tels pour en déterminer la part illégitime ou odieuse à annuler ne doit pas nous faire oublier les créances que nos pays (et les banques et autres organismes financiers) détiennent envers les pays du Sud de la planète.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces créances maintiennent les pays du Sud dans un rapport néocolonial de facto et permettent entre autres le pillage des ressources du sol et du sous sol de ces pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Exiger et obtenir la publicité des contrats de prêts qui concernent les pays du Sud est un outil incontournable pour la solidarité internationale. Ces contrats de prêt sont d’Etat mais aussi privés avec la caution de l’Etat. Pour les dénoncer, encore faut-il les connaître !</p>
<p style="text-align: justify;">Ils financent aussi la corruption et la rémunération des serviteurs des créanciers, souvent les gouvernements à la botte ou les dictateurs complaisants comme avec Ben Ali en Tunisie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi les sociétés transnationales utilisent les gouvernements des pays du Nord pour enchainer ces pays avec des dettes, pour piller leurs ressources des pays du Sud (matières premières, produits alimentaires) et pour délocaliser des activités d’industries ou de services du Nord au Sud, afin d’augmenter leurs profits en réduisant le coût du travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles utilisent les paradis judiciaires et fiscaux pour leurs transactions avec la complicité active des banques des pays du Nord et des gouvernements qui ferment les yeux sur ces pratiques illégales.</p>
<p style="text-align: justify;">L’expérience des crises de la dette dans les pays du Sud nous sert aujourd’hui pour comprendre les mécanismes des dettes publiques au Nord. Celle des luttes contre les dettes illégitimes et odieuses éclairent notre démarche en France et ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en notre nom que l’Etat et les divers gouvernements permettent ce pillage odieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Indéniablement, des liens doivent être tissés ou valorisés quand ils existent entre les mouvements qui luttent contre la dette au Sud et les divers collectifs d’audit en Europe. Les peuples du Nord comme du Sud ont les mêmes intérêts et très souvent les mêmes créanciers. Il est plus que temps de faire vivre les solidarités actives entre les peuples.</p>
<p style="text-align: justify;">Le CADTM France s’engage avec cette volonté dans le collectif pour un audit citoyen de la dette publique française.  C’est aussi dans cet esprit que le réseau Europe du CADTM organise le 9 décembre, dans les murs mêmes de l’Assemblée Nationale, un <a href="http://www.cadtm.org/Du-Sud-au-Nord-le-droit-de-dire">séminaire sur l’audit de la dette</a> avec la participation de Maria-Lucia Fattorelli, animatrice du comité pour un audit citoyen de la dette du Brésil et ex-membre de la commission de l’audit intégral de l’Equateur, de Fathi Chamki, porte parole de Raid ATTAC CADTM Tunisie, en lutte pour l’annulation de la dette Tunisienne et de Renaud Vivien, juriste, membre du CADTM Belgique.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dette, tout comme la crise qui l’aggrave avec le transfert des dettes privées dans le domaine public, n’est pas la nôtre ! Alors, donnons-nous collectivement les moyens de changer les choses !</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Pascal Franchet</strong></p>
<p style="text-align: right;">14 novembre 2011</p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.cadtm.org/Pourquoi-faire-un-audit-citoyen-de">http://www.cadtm.org/Pourquoi-faire-un-audit-citoyen-de</a></p>
<p>CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde)</p>
<p><strong>• Pour mieux comprendre </strong>les mécanismes de « La Dette » :</p>
<p>un document vidéo très pédagogique, réalisé en Grèce, est présenté et disponible (sous-titré en français) à partir du lien ci-après du CADTM, mis en ligne le 26 sept. 2011 ; ce film documentaire<strong> « Debtocracy »</strong> a une durée de 75 min., (NB- au début il y a une courte pub contre la torture).</p>
<p><a href="http://www.cadtm.org/Debtocracy-le-documentaire-qui">http://www.cadtm.org/Debtocracy-le-documentaire-qui</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>« L’ordre cannibale du monde »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/24/%c2%ab-l%e2%80%99ordre-cannibale-du-monde-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 17:11:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans son dernier ouvrage, le sociologue Jean Ziegler analyse un monde où le droit à l’alimentation défendu par les Nations unies est constamment violé. Jean Ziegler* consacre son dernier ouvrage** au scandale du siècle qu’est la mort de dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants par la faim. Selon lui, la spéculation sur les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Dans son dernier ouvrage, le sociologue Jean Ziegler analyse un monde où le droit à l’alimentation défendu par les Nations unies est constamment violé. </em></strong><strong><em>Jean Ziegler* consacre son dernier ouvrage** au scandale du siècle qu’est la mort de dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants par la faim. Selon lui, la spéculation sur les matières premières agricoles est le signe d’un capitalisme de plus en plus agressif et meurtrier.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Ziegler15K.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5611" title="Ziegler15K" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Ziegler15K.jpg" alt="" width="157" height="240" /></a><br />
</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Entretien – Propos recueillis par Thierry Brun pour Politis.</em></strong></p>
<p><strong>Pourquoi parlez-vous de « destruction de masse » sur la planète à propos de la faim dans le monde ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jean Ziegler : </strong>Toutes les cinq secondes, un enfant en dessous de 10 ans meurt de faim, 37 000 personnes meurent de faim chaque jour et 1 milliard d’êtres humains sont gravement et en permanence sous-alimentés. Alors que nous sommes sur une planète qui déborde de richesses. Selon le rapport annuel mondial de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains. Il n’y a donc pas de fatalité. Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les Nations unies veulent réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim. Atteindra-t-on cet objectif ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est un échec total ! En 2000, les chefs d’État et de gouvernement membres des Nations unies se sont réunis à New York pour dresser la liste des huit principales tragédies qui affligent l’humanité et fixer un horizon à 2015 pour les éliminer ou les réduire de moitié, comme la faim. Ce moment de lucidité est positif, mais la réalisation de ces objectifs – le principal étant la réduction de la faim – est impossible. La faim dans le monde augmente en chiffre absolu. Dans mon travail quotidien de vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, je constate que les sociétés multinationales contrôlent le secteur de l’alimentation et ont un tel pouvoir politique que, par exemple, l’exigence d’une réforme agraire essentielle en Amérique centrale n’a pas abouti.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles ont été les conséquences de la crise financière ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les fonds spéculatifs (<em>hedge funds</em>) et les grandes banques ont migré après 2008, délaissant des marchés financiers pour s’orienter vers les marchés des matières premières, notamment agricoles.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on considère les trois aliments de base (le maïs, le riz et le blé), qui couvrent 75 % de la consommation mondiale, on constate que leurs prix ont explosé. En dix-huit mois, le prix du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz est passée de 105 à 1 010 dollars, et la tonne de blé meunier a doublé depuis septembre 2010, passant à 271 euros. Cette explosion des prix dégage des profits astronomiques pour les spéculateurs, mais tue dans les bidonvilles des centaines de milliers de gens.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, la spéculation provoque une autre catastrophe. En Afrique, le Programme alimentaire mondial (PAM) ne peut plus acheter suffisamment de nourriture pour l’aide d’urgence en cas de famine : comme aujourd’hui dans la corne de l’Afrique, où les fonctionnaires de l’ONU refusent chaque jour l’entrée à des centaines de familles, réfugiées de la faim, devant les 17 camps d’accueil installés dans la région. Il faudrait déférer ces spéculateurs, dont les actions aboutissent maintenant au meurtre collectif, devant un tribunal de Nuremberg, et les juger pour crime contre l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il existe pourtant un droit international à l’alimentation mis en place par les Nations unies…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après la Seconde Guerre mondiale, la conscience collective européenne s’est réveillée et a permis la naissance du droit à l’alimentation dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. La FAO et le PAM, pour l’aide d’urgence, ont été créés, et une première campagne mondiale contre la faim a été lancée en 1946. Mais aujourd’hui, on assiste au triomphe des trois cavaliers de l’apocalypse : l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont des organisations mercenaires, des oligarchies du capital financier globalisé, qui sont infiniment plus puissantes que la FAO et le PAM. On est donc dans la négation du droit. Je le vois bien au Conseil des droits de l’homme : les ambassadeurs américain, australien, canadien, etc. sont totalement entre les mains de Cargill, multinationale américaine de l’agroalimentaire, et des autres sociétés privées.</p>
<p style="text-align: justify;">Cargill a contrôlé l’année dernière 26,9 % de tout le commerce du blé. Le riz est contrôlé à hauteur de 40 à 45 % par des pieuvres du négoce de matières premières comme Louis Dreyfus, Bunge, Archer Daniels Midland. Aventis, Monsanto, Pioneer et Syngenta contrôlent un tiers du marché des semences et 80 % du marché des engrais minéraux. Les aliments sont dominés par une dizaine de compagnies qui fonctionnent selon le principe de la maximalisation du profit. Nous sommes confrontés à un ordre cannibale du monde qui est habité par une violence structurelle dont les victimes sont les peuples du Sud.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous affirmez pourtant qu’il n’y a pas de fatalité à la destruction de dizaine de millions de personnes par la faim…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il se passe une chose totalement ignorée des grands médias occidentaux : ce sont les insurrections paysannes. De l’Indonésie aux Philippines, en passant par le nord de la Mongolie, le nord du Sénégal et du Brésil, il y a réoccupation de la terre. Les paysans insurgés affrontent les trusts et leur milice. En 2010, selon la Banque mondiale, les <em>hedge funds </em>et les trusts ont accaparé 41 millions d’hectares de terre arable en Afrique. Cette paysannerie du Sud qui n’attend plus rien des gouvernements ou de l’ONU affronte ses ennemis sur le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre espérance est constituée par la société civile occidentale – des organisations comme Attac, Greenpeace, des mouvements de femmes, etc. –, pour qui le massacre quotidien de la faim est le scandale de notre temps. Ces mouvements ne sont ni des partis ni des syndicats, ils ne sont pas unifiés. Ils constituent une fraternité de la nuit. Ils combattent l’obscurantisme néolibéral. Le philosophe Emmanuel Kant écrit : <em>« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » </em>Cet impératif moral traverse les classes d’âge, les classes sociales, les familles philosophiques. Il prépare l’insurrection des consciences.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, nous sommes dans la phase ultime du capitalisme. Les oligarchies dominantes du capital financier globalisé agissent avec une brutalité et une arrogance inouïes. La banque d’affaires américaine Goldman Sachs vient de créer des produits financiers dérivés sur les aliments. Face à ces oligarchies, l’impuissance des États nationaux et de l’ONU est manifeste. Mais je le répète, l’espérance est réelle : la faim est faite de main d’homme, nous pouvons briser démocratiquement chacun des mécanismes qui provoquent aujourd’hui ce meurtre collectif.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pouvons obtenir le désendettement des États les plus pauvres afin qu’ils puissent investir dans leur agriculture. Nous pouvons obtenir l’interdiction de la spéculation boursière sur les aliments de base. Nous pouvons interdire qu’on brûle des centaines de millions de tonnes de plantes nourricières pour en faire des agrocarburants. Nous pouvons stipuler le droit des paysans à la terre que le mouvement paysan Via Campesina veut faire reconnaître internationalement pour que les hedge funds ne puissent plus spolier les cultivateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">La France et la plupart des pays dominateurs sont des démocraties. Or, il n’y a pas d’impuissance en démocratie. En Europe, nous avons toutes les armes – élections, mobilisation populaire, grève générale – pour briser cet ordre cannibale du monde. L’insurrection des consciences est proche.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Propos recueills par Thierry Brun</strong></p>
<p style="text-align: left;"><strong> </strong><strong>Source : </strong>article publié dans l’hebdomadaire Politis n° 1177 du 17 novembre 2011.</p>
<p><a href="http://www.politis.fr/L-ordre-cannibale-du-monde,16053.html">http://www.politis.fr/L-ordre-cannibale-du-monde,16053.html</a><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>* Jean Ziegler</strong><em> est professeur de sociologie à Genève et vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il a été rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation de 200 à 2008</em></p>
<p><strong><em>**</em></strong><em> « Destruction massive. Géopolitique de la faim », </em>Jean Ziegler, éditions du Seuil, 347 p., 20 euros.</p>
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		<title>G20, symbole de la faillite d’un système</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 17:41:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Eric Toussaint Le G20 n’est pas plus légitime que son géniteur le G7 (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Royaume Uni, France, Italie, Japon), qui l’a lancé il y a 3 ans alors que commençait à sévir durement la crise économique la plus grave depuis les années 1930. Le G20 a été mis en échec du début [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par <strong>Eric Toussaint</strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le G20 n’est pas plus légitime que son géniteur le G7 (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Royaume Uni, France, Italie, Japon), qui l’a lancé il y a 3 ans alors que commençait à sévir durement la crise économique la plus grave depuis les années 1930. Le G20 a été mis en échec du début à la fin de sa réunion des 3 et 4 novembre 2011 à Cannes. La crise de l’Union européenne et de la zone euro sont patentes et au cœur de toutes les préoccupations. La pirouette du premier ministre grec Georges Papandreou annonçant trois jours avant le début du sommet la convocation d’un référendum en Grèce a remis en cause le dernier échafaudage en date pour tenter d’éviter une faillite en chaîne des grandes banques privées européennes et son effet boomerang sur les institutions financières nord-américaines |1|.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/G201.jpg"><img class="size-full wp-image-5537 aligncenter" title="G20" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/G201.jpg" alt="" width="250" height="125" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’agenda du G20, préparé minutieusement depuis des mois, a été complètement chamboulé. De manière pathétique, tous les chefs d’Etat et les dirigeants de grandes entreprises sont devenus subitement dépendants de la capacité du tandem Sarkozy-Merkel d’obtenir des autorités grecques l’abandon du référendum avant la fin du G20. Si la perspective du référendum avait été confirmée et s’il avait consisté à demander l’accord du peuple grec sur l’application des accords du sommet européen des 26 et 27 octobre 2011, une débâcle bancaire et financière s’en serait suivie. Pourquoi ? Parce que tout indiquait que le plan allait être rejeté : selon un sondage réalisé après le 27 octobre, seuls 12% des Grecs approuvaient l’accord. La perspective du rejet du plan aurait provoqué au cours du mois de novembre 2011 une dégringolade de la valeur des titres grecs, obligeant les plus grandes banques européennes à appliquer une décote de 80 à 90% sur leurs actifs grecs. Les actionnaires auraient amplifié les ventes d’actions de ces banques, provoquant un écroulement en Bourse. Des attaques spéculatives se seraient déclenchées contre les titres italiens et espagnols et la zone euro aurait été incapable de faire face car le Fonds européen de stabilité financière (FESF) n’est pas doté de moyens suffisants. Les banques créancières de l’Italie et de l’Espagne n’auraient pas résisté.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est évident que Georges Papandréou, sous le coup de nouvelles réactions populaires très dures au cours de la fête nationale du 28 octobre et face aux critiques dans son camp, cherchait maladroitement à gagner du temps et à s’assurer un vote de confiance au parlement. Son virage n’a pas été subitement motivé par la volonté de donner la parole au peuple, lui qui depuis 18 mois bafoue les règles les plus élémentaires de la démocratie et renie ses engagements électoraux. Le 1er novembre, sa promesse de référendum, une fois connue, a été très largement rejetée par la population grecque ainsi que par les partis et organisations sociales de gauche. Il n’en reste pas moins que pour des raisons tout à fait opposées, les dirigeants européens ont unanimement refusé toute consultation populaire concernant le nouveau plan d’austérité imposé à la Grèce en octobre.</p>
<p style="text-align: justify;">La crise de l’Union européenne (UE) est patente et ce ne sont pas les dirigeants des institutions européennes qui ont joué les premiers rôles au G20. José Manuel Barroso et Herman van Rompuy, respectivement président de la Commission et du Conseil européens, ont joué le rôle de simples figurants tandis que les présidents des deux pays les plus forts de la zone euro ont mené du début à la fin toutes les tractations importantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si la reculade de Georges Papandréou et la perspective d’un gouvernement d’union nationale s’engageant à appliquer les mesures d’austérité refusées par la majorité du peuple grec sauvent provisoirement la mise au plan d’aide à Athènes (on devrait plutôt dire au plan de sauvetage de l’euro et des grandes banques privées), le mécontentement est tel en Grèce que rien n’est définitivement acquis.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Italie est d’ores et déjà le prochain maillon faible de la zone euro avec une dette souveraine six fois plus importante que celle de la Grèce. Le G20 constitue un échec terrible pour le gouvernement italien. Silvio Berlusconi a dû accepter que son pays soit soumis à un examen permanent de la part du FMI. A l’issue du sommet Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a déclaré à propos du chef du gouvernement italien : « <em>Nous le soumettrons au test de la réalité</em> », ajoutant à propos de l’Italie : « <em>Je vais y envoyer tous les trois mois une équipe composée sans doute de cinq ou six spécialistes</em> » |2|. Qu’un pays membre fondateur du G7 soit soumis à un traitement aussi humiliant montre l’ampleur de l’échec de la zone euro et de l’UE. N’oublions pas que Mario Draghi, le nouveau président de la BCE, était auparavant directeur de la Banque centrale italienne après avoir été ministre de Berlusconi et haut dirigeant de la banque Goldman Sachs. La BCE qui est en pleine crise n’a pas à sa tête le président solide dont elle aurait bien besoin pour faire face à la situation. L’annonce par Mario Draghi de la réduction de 25 points de base du taux directeur de la BCE constitue une nouvelle concession aux banquiers en mal de financements peu chers.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre échec pour l’UE et la zone euro, le FESF n’est toujours pas pourvu des nouvelles compétences et des moyens élargis prévus par le sommet européen du 21 juillet 2011. Les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont dit clairement qu’ils refusaient d’apporter des fonds au FESF.</p>
<p style="text-align: justify;">Le FMI ne s’en tire pas si bien que sa directrice voudrait le faire croire : les 500 milliards promis au Fonds par le sommet du G20 tenu à Londres en 2009 ne sont pas confirmés. C’est la conséquence du refus des pays du G7 d’accepter une exigence des BRIC, qui voulaient que leur aide au FMI, à l’UE et aux Etats-Unis aille de pair avec l’augmentation de leur poids dans les institutions internationales (FMI, Banque mondiale…). Ils voulaient une nouvelle répartition des droits de vote et des postes à responsabilité qui leur soient plus favorables. Les deux parties sont perdantes : le G7 ne réussit pas à convaincre les pays émergents à délier davantage les cordons de leur bourse et ceux-ci n’obtiennent pas un poids structurel conforme à leur importance économique et politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’ils soient face à un approfondissement de la crise économique et à des perspectives très sombres pour 2012, les gouvernements des pays les plus industrialisés refusent de prendre des mesures élémentaires pour remettre de l’ordre dans le secteur financier privé et relancer l’économie : séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires, interdiction d’un certain nombre d’activités spéculatives, taxe sur les transactions financières, plafonnement des revenus des administrateurs de sociétés et encadrement très strict des bonus, représailles contre les paradis fiscaux, augmentation des dépenses publiques pour relancer l’emploi, protection du pouvoir d’achat des salariés et des allocataires sociaux… De toutes ces mesures qui à un moment ou un autre de la crise ont été évoquées par des responsables politiques comme Nicolas Sarkozy, l’hôte de ce sommet du G20, aucune n’a été mise en pratique. Pourtant ces mesures constituent le strict minimum d’un programme du type de celui que F. Roosevelt avait adopté aux Etats-Unis pour affronter la grande dépression.</p>
<p style="text-align: justify;">Barack Obama et les tous les dirigeants européens ont opté pour un autre choix : un soutien structurel massif aux banques et autres institutions financières pour tenter d’éviter des faillites en chaîne combiné à un renforcement des politiques néolibérales (compression des dépenses publiques et du pouvoir d’achat des ménages de la majorité de la population, renforcement des politiques de précarisation du travail salarié, nouvelle vague de privatisations, augmentation des impôts indirects…). Les résultats de ce choix ne font aucun doute : une dégradation des conditions de vie d’une majorité de la population des pays concernés, une poursuite de l’augmentation des inégalités, la possibilité de nouvelles faillites bancaires car aucune limite sérieuse à leurs politiques spéculatives n’est adoptée, une croissance très faible ponctuée de récessions pendant une dizaine voire une quinzaine d’années, le maintien d’un endettement structurel des pouvoirs publics en conséquence d’une insuffisance de recettes fiscales, la poursuite de la crise de la zone euro…</p>
<p style="text-align: justify;">L’abîme qui sépare la <em>real politik</em> et le discours fait de rodomontades à l’égard des abus des marchés est patent quand on lit le passage suivant de la déclaration finale : « <em>Nous ne tolérerons pas un retour des comportements observés dans le secteur financier avant la crise, et nous contrôlerons étroitement la mise en œuvre de nos engagements concernant les banques, les marchés dérivés de gré à gré et les pratiques de rémunération</em> ». Par ailleurs, particulièrement meurtrière dans les pays du Sud, en particulier en Afrique, la crise alimentaire provoquée principalement par la spéculation sur les produits agricoles figurait aussi à l’agenda du G20 et son examen n’a donné lieu à aucune mesure. La déclaration se contente d’affirmer qu’il faut : « <em>atténuer les effets de la volatilité des prix</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">A l’issue du G20, les Indignés d’Europe et de Wall Street voient leur conviction renforcée. Ceux qui prétendent conduire la planète sont incapables de trouver de bonnes solutions et ont utilisé tout leur poids pour empêcher qu’un peuple puisse se prononcer sur les recettes néolibérales qu’ils imposent. La leçon ne sera pas oubliée. Décidément il est urgent d’opter pour une autre architecture internationale, enfin démocratique. Il convient aussi de faire des choix anticapitalistes : refuser la dictature des créanciers, exproprier les banques sans indemnités et sous contrôle citoyen, refuser de payer une dette illégitime, redistribuer radicalement la richesse.</p>
<p style="text-align: right;">Eric Toussaint</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p>|1| Voir <a href="http://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-Les-banques-sont-le">Eric Toussaint « Les banques sont le maillon faible en Europe »</a></p>
<p>|2| Interview de Christine Lagarde publiée par <em>Le Monde</em>, 6-7 novembre 2011, p. 12.</p>
<p><strong>Source</strong> : CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde) – Publié le 6 novembre 2011</p>
<p><a href="http://www.cadtm.org/G20-symbole-de-la-faillite-d-un">http://www.cadtm.org/G20-symbole-de-la-faillite-d-un</a></p>
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		<title>L’accord du sommet européen des 26-27 octobre 2011 est inacceptable</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/11/l%e2%80%99accord-du-sommet-europeen-des-26-27-octobre-2011-est-inacceptable/</link>
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		<pubDate>Thu, 10 Nov 2011 23:30:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[par Pascal Franchet, Yorgos Mitralias, Griselda Pinero, Eric Toussaint L’accord intervenu à l’aube du 27 octobre 2011 n’apporte pas de solution à la crise de la zone euro tant sur le plan de la crise bancaire que sur celui de la dette publique souveraine ou de l’euro. Les décisions qui sont intervenues reportent les échéances [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par Pascal Franchet, Yorgos Mitralias, Griselda Pinero, Eric Toussaint</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’accord intervenu à l’aube du 27 octobre 2011 n’apporte pas de solution à la crise de la zone euro tant sur le plan de la crise bancaire que sur celui de la dette publique souveraine ou de l’euro. Les décisions qui sont intervenues reportent les échéances sans résoudre les problèmes de manière satisfaisante. Le CADTM considère que cet accord est inacceptable.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em></em></strong>Les chefs d’Etat et de gouvernement, les dirigeants de la Commission européenne, les patrons des banques privées et la directrice du FMI étaient réunis à Bruxelles afin de trouver une solution à la menace de faillites en chaîne qui pèse sur les grandes banques privées européennes, principalement françaises, espagnoles, grecques, italiennes, allemandes, portugaises, belges,… Celles-ci ont multiplié, avant et après 2007-2008, les comportements à risque afin de faire un maximum de profit à court terme pour satisfaire les appétits de leurs grands actionnaires et distribuer des bonus faramineux à leurs dirigeants et traders. Les prêts aux ménages et aux entreprises ne représentent qu’une part tout à fait marginale dans leur chiffre d’affaires : 2 à 5%. Le soutien massif qu’elles ont reçu de la part des Etats, de la BCE et de la Fed depuis 2007-2008 n’a pas servi à l’économie productive, il a été dévié vers des activités hautement spéculatives, notamment sur les titres des dettes publiques souveraines. Les banques privées se financent à court terme tout en prenant des engagements à moyen ou long terme : obligations d’Etat ou d’entreprises, marchés à terme de matières premières et de produits agricoles, swaps sur des devises et quantités de produits dérivés qui échappent à tout contrôle des pouvoirs publics. La faillite de la banque franco-belge Dexia du début du mois d’octobre 2011 est le résultat de cette politique. L’effet domino qui menace de se produire en Europe et outre atlantique a pesé fortement sur la réunion de la nuit du 26 au 27 octobre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;">La décision d’appliquer une décote d’un peu plus de 50% sur les titres grecs détenus par les banques alors que le sommet européen du 21 juillet n’avait prévu qu’une réduction de 21% était devenue inévitable depuis le mois d’août 2011 tant s’effondraient les prix sur le marché d’occasion des dettes. En effet, les titres grecs subissaient une décote de 65 à 80% sur le marché secondaire. Alors que les chefs d’Etat annoncent qu’ils ont imposé un sacrifice important aux banques, une fois de plus les banquiers s’en sortent très bien. C’est pour cela que provisoirement on assiste à un rebond des marchés financiers et à une remontée du cours de leurs actions en bourse.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Detteinaceptable.jpeg"><img class="size-full wp-image-5512 aligncenter" title="Detteinaceptable" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Detteinaceptable.jpeg" alt="" width="256" height="197" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour la Grèce, la décision du 27 octobre ne constitue en rien une solution favorable au peuple qui subit de plein fouet les effets de la crise aggravée par les politiques d’austérité qu’on lui inflige. L’opération actuelle est entièrement conduite par les créanciers et répond à leurs intérêts. Le plan actuel de réduction de dette est une version européenne du plan Brady qui a eu des effets néfastes dans les pays en développement au cours des années 1980-1990. Le Plan Brady (du nom du secrétaire d’Etat au Trésor états-unien de l’époque) a impliqué une restructuration de la dette des principaux pays endettés avec échange de titres. Les pays participants étaient l’Argentine, le Brésil, la Bulgarie, le Costa Rica, la Côte d’Ivoire, la République dominicaine, l’Equateur, la Jordanie, le Mexique, le Nigeria, le Panama, le Pérou, les Philippines, la Pologne, la Russie, l’Uruguay, le Venezuela et le Vietnam. A l’époque, Nicholas Brady avait annoncé que le volume de la dette serait réduit de 30% (en réalité, la réduction quand elle a existé a été beaucoup plus faible ; dans plusieurs cas, et non des moindres, la dette a même augmenté) et les nouveaux titres (les titres Brady) ont garanti un taux d’intérêt fixe d’environ 6%, ce qui était très favorable aux banquiers. Cela assurait aussi la poursuite des politiques d’austérité sous le contrôle du FMI et de la Banque mondiale. Aujourd’hui, sous d’autres latitudes, la même logique provoque les mêmes désastres. La troïka (BCE, CE, FMI) impose une austérité sans fin aux peuples grec, portugais, irlandais. Si la réaction ne vient pas à temps, d’autres suivront : Italie, Espagne, Belgique, France&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce plan ne permettra pas à la Grèce de s’en sortir valablement pour deux raisons fondamentales :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1.</strong> la réduction de dette est totalement insuffisante ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2.</strong> les politiques économiques et sociales appliquées par la Grèce pour répondre aux exigences de la troïka fragiliseront encore un peu plus ce pays. Cela permet de caractériser d’odieux, les nouveaux financements qui seront accordés à la Grèce dans le cadre de ce plan ainsi que les anciennes dettes ainsi restructurées.</p>
<p style="text-align: justify;">La Grèce est acculée à faire un choix entre deux options :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> •</strong> se résigner et se soumettre à la troïka en passant à nouveau sous ses fourches caudines ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> •</strong> refuser les diktats des marchés et de la troïka en suspendant le paiement et en lançant un audit afin de répudier la part illégitime de la dette.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres pays sont déjà ou seront bientôt confrontés au même choix : Portugal, Irlande, Italie, Espagne,… la liste est loin d’être exhaustive. De toute manière, partout dans l’UE, à des degrés divers, les mêmes politiques sont appliquées, partout il faut refuser les plans d’austérité et lancer des audits citoyens de la dette publique.</p>
<p style="text-align: justify;">L’expérience de 2007-2008 n’a absolument pas amené les gouvernements à imposer des règles prudentielles strictes. Au contraire, il s’agit de prendre des mesures pour empêcher les institutions financières, banques, assurances, fonds de pension et autres hedge funds de continuer à nuire. Il est nécessaire de traduire en justice les autorités publiques et les patrons d’entreprises responsables directs ou complices actifs des débâcles boursières et bancaires. Dans l’intérêt de l’écrasante majorité de la population, il est urgent d’exproprier les banques et de les mettre au service du bien commun en les nationalisant et en les plaçant sous le contrôle des travailleurs et des citoyens. Non seulement il faut se refuser à une quelconque indemnisation des grands actionnaires, mais il convient en outre de récupérer sur leur patrimoine global le coût de l’assainissement du système financier. Il s’agit également de répudier les créances illégitimes que les banques privées réclament aux pouvoirs publics. Il faut bien sûr adopter une série de mesures complémentaires : contrôle des mouvements de capitaux, interdiction de la spéculation, interdiction des transactions avec les paradis fiscaux et judiciaires, mise en place d’une fiscalité qui a pour objectif l’établissement de la justice sociale… Dans le cas de l’Union européenne, il convient d’abroger différents traités dont ceux de Maastricht et de Lisbonne. Il faut aussi modifier radicalement les statuts de la Banque centrale européenne. Alors que la crise n’a pas encore atteint son apogée, il est grand temps de prendre un tournant radical. Le CADTM soutient, avec d’autres organisations, les intitiatives prises dans différents pays pour un audit citoyen de la dette. Le mouvement des Indignés et « Occupy Wall Street » ont déclenché une dynamique très créative et émancipatrice. Il faut la renforcer.</p>
<p><strong>Source</strong> : Publié le 28 oct. 2011</p>
<p><a href="http://www.cadtm.org/L-accord-du-sommet-europeen-des-26">http://www.cadtm.org/L-accord-du-sommet-europeen-des-26</a></p>
<p>Dernier livre CADTM paru : Damien Millet – Eric Toussaint (coord.), <a href="http://www.cadtm.org/La-Dette-ou-la-Vie"><em>La dette ou la vie</em></a>, ADEN, Bruxelles, 2011.</p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreDetteVie.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5511" title="LivreDetteVie" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreDetteVie.jpg" alt="" width="80" height="115" /></a><br />
</strong></p>
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		<title>E.Khaldi et M. Fitoussi : La République contre son école</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Nov 2011 20:13:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=5497</guid>
		<description><![CDATA[Les auteurs présentent ci-après leur nouveau livre dont la sortie est prévue le 17 novembre 2011. Certains, après la sortie de « Main basse sur l’école publique », n’ont pas voulu croire, au moins dans un premier temps, dans la radicalité des postulats et parti-pris idéologiques qui avaient présidé, comme nous le dénoncions alors, aux mesures initiées [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Les auteurs présentent ci-après leur nouveau livre dont la sortie est prévue le 17 novembre 2011. </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Khaldi-Fitoussi.jpg"><img class="size-medium wp-image-5498 aligncenter" title="Khaldi-Fitoussi" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Khaldi-Fitoussi-211x300.jpg" alt="" width="211" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Certains, après la sortie de <a href="http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com/">« Main basse sur l’école publique », </a>n’ont pas voulu croire, au moins dans un premier temps, dans la radicalité des postulats et parti-pris idéologiques qui avaient présidé, comme nous le dénoncions alors, aux mesures initiées par Xavier Darcos. Puis la « fusée des réformes » a décollé, et les yeux de nombreux citoyens, au-delà même de la communauté éducative, ont été décillés. Les atteintes graves au service public d’éducation se sont succédées à un rythme infernal, de la suppression annoncée de la carte scolaire à une survie  problématique des IUFM et des maternelles, de la confirmation, pour les communes, d’une obligation de chèque-éducation au bénéfice des établissements privés, au plan banlieue encourageant la création de nouvelles écoles privées catholiques, en passant, bien sûr, par des suppressions de postes d’enseignants (dont les RASED) planifiées sur au moins deux années, par dizaine de milliers, entraînant, ici, des suppressions de classes et même d’écoles, là, l’explosion des effectifs par classes, pour le public.</p>
<p style="text-align: justify;">Une vigilance démocratique s’est fait jour au fil de l’automne 2008, authentique réveil citoyen, soucieux de voir survivre l’idéal républicain d’une école publique, gratuite et laïque. Des parents d’élèves s’inquiètent ainsi de ce qui apparaît a minima, comme un désinvestissement des pouvoirs publics, de sa mission éducative, pourtant inscrite dans la Constitution. Certains s’interrogent avec acuité : <em>«Aujourd’hui,  nous pouvons légitimement nous poser la question : l’Etat a-t-il toujours les mêmes ambitions en ce qui concerne l’instruction de ses citoyens et l’intérêt commun de la société portés par un  service public d’éducation de qualité  soutenu par une volonté politique forte?»</em></p>
<p style="text-align: justify;">Réveil significatif d’une prise de conscience nouvelle et qui se généralise, du fait que les coups portés à l’institution-Ecole font partie d’un plan d’ensemble dont la perspective et les fins non seulement, ne sont pas portées au débat public, mais sont tout bonnement occultées. Prise de conscience d’autant plus inquiète, que, comme nous l’avons déjà pointé du doigt, plus personne aujourd’hui, ne pose plus sur la table, une question public-privé prétendument dépassée.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’heure d’une rigueur inégalée, qui pour reprendre l’expression d’observateurs,  s’est aujourd’hui « attaqué à l’os » du service public d’éducation, <strong>jamais dans le même temps, l’Etat n’avait autant organisé la concurrence de son propre service public.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, dans le même temps,  la multiplication des offrandes qui tombent ces dernières années du ciel gouvernemental dans l’escarcelle de l’enseignement catholique, loin de figurer quelque miracle, quelque effet d’aubaine aux avantages inespérés, sont les manifestations d’une complicité structurelle, assortie d’avantages calculés.</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de nous l’idée d’emprunter le tortueux chemin des théories du complot et autres conspirations occultes. En revanche, notre thèse, qu’un grand nombre de faits et de constats confirment, affirme clairement que la politique actuellement menée rue de Grenelle, relève d’un vrai projet politique assumé, non dévoilé comme tel, pour la simple et bonne raison que l’opinion ne l’accepterait pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette attaque en règle se déploie en effet dans une stratégie plus élaborée, portée par une volonté politique, aujourd’hui assumée par l’Etat, de faire de <strong>la liberté de l’enseignement catholique, en concurrence frontale avec l’éducation dite nationale,</strong> <strong>le cheval de bataille exclusif du gouvernement.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> « Je vous propose enfin que nous <strong>n’ayons plus peur d’afficher notre attachement à la liberté de l’enseignement</strong></em><em> et que nous permettions à tous les parents qui le souhaitent, dans le respect des équilibres chèrement acquis, d’inscrire leurs enfants dans un établissement privé sous contrat »…</em> Telle était la teneur de l’un des discours de campagne prononcé à Angers, le 1er décembre 2006 par le futur président de la République Nicolas Sarkozy. Démarche inhabituelle, d’un Etat qui anticipe et promeut le « libre choix des familles » pour financer, avec un surcoût certain non embarrassé de rigueur budgétaire, la concurrence du service public qu’il a l’obligation de maintenir. La suppression de la carte scolaire couplée avec l’affrontement du privé, fait ainsi du « choix des parents », la première variable d’ajustement d’une régulation par le marché.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, le surdimensionnement et le financement du privé par la puissance publique, incitent aujourd’hui, les libéraux et les cléricaux à s’allier pour faire dériver l’<strong>Institution</strong> éducation vers une logique de <strong>service,</strong> qui met en concurrence public et privé, afin de mieux installer la formation dans une logique consumériste.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces instrumentalisations du « libre choix », à en croire l’Evêque d’Angoulême Monseigneur Dagens qui s’exprimait avant l’élection présidentielle de 2007,<em> </em>marquent <em>« un moment décisif pour l’enseignement catholique »</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette note de 2006, il mettait en garde contre « les logiques extérieures » : « L’enseignement catholique en France, en ce début du XXIè siècle, se trouve, sinon à un tournant, du moins à un moment décisif.  Il est appelé à manifester, de l’intérieur de lui-même, son caractère spécifique, et dans la société et dans l’Eglise. Sous peine de perdre son caractère spécifique, et de se laisser détourner, pour ne pas dire « dénaturer », soit par des logiques extérieures à lui-même, des logiques d’utilité sociale ou d’influence sociale, soit par des logiques plus ou moins cachées de privatisation. »</p>
<p style="text-align: justify;">Avant même l’épisode du Latran, première entorse à la laïcité [1] du nouveau Président de la République Nicolas Sarkozy, ce dernier recevait, en sa première rentrée scolaire, le vendredi 7 septembre 2007, le secrétaire général de l’enseignement catholique Eric Mirieu de Labarre, qui ne semblait pas craindre quant à lui, de se « laisser détourner ». Loin s’en faut…« <em>En ressortant de</em> <em>l’Elysée</em>, relate Mirieu De Labarre, on s’est dit : « <em>Cette fois, ça y est ! Il va nous aider </em>». Simplement, on ne savait pas encore quelle forme ça prendrait » …«Nous sommes décomplexés» [2]. Le président de la République, ainsi que le rapporte le communiqué de l’enseignement catholique, diffusé quatre jours plus tard, <em>« a indiqué qu’il soutiendrait tout particulièrement les projets d’ouvertures de structures éducatives et pédagogiques dont l’objectif est d’améliorer l’égalité des chances. Puis, il a manifesté sa confiance au ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, pour travailler avec l’enseignement catholique dans ce sens. » </em>[3]</p>
<p style="text-align: justify;">Les actes politiques sont allés depuis, bien au-delà de ces promesses affichées, savamment dissimulés aux yeux de l’opinion derrière le paravent d’une nécessaire « parité ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le démantèlement de l’école publique est-il bien en route, conformément à la doxa libérale affichée. Mais le grand œuvre des gouvernements successifs de Nicolas Sarkozy, réside bien au-delà dans une grande idée, annoncée par le Medef en la personne de Denis Kessler : casser la République sociale née du Conseil National de la Résistance. La finalité dernière de ces manœuvres, n’est rien moins que de casser l’école issue du Conseil National de la Résistance. <strong>Cette école, qui est un maillon essentiel de reproduction et de transmission des valeurs, de cette République sociale. A travers l’école, n’est-ce pas cette République laïque et sociale que l’on ne veut plus voir perdurer ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes </strong>:</p>
<p style="text-align: justify;">[1] Claude Lelièvre et Christian Nique, <em>L’école des présidents. </em>Odile Jacob, 1995, page 47 : « Ni l’Église en tant que telle ni aucune association nationale, avait précisé M. Debré lors de la phase de préparation, ne peut être le partenaire du ministère de l’Éducation ; la coopération se fera donc à l’intérieur d’un service public pluraliste grâce à des contrats passés avec les établissements. ».</p>
<p>[2] Médiapart le 21 mars 2008 Le gouvernement va aider l’école privée en banlieue Par Mathilde Mathieu.</p>
<p>[3] Secrétariat général de l’enseignement catholique, communiqué du 11 septembre 2007.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Pour tout contact</strong> : <span style="text-decoration: underline;"><a href="file://localhost/src/compose.php">la_republique_contre_son_ecole@numericable.fr</a></span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong>A PARAÎTRE</strong> :</p>
<p><strong><em>La République</em></strong><strong><em> contre son école,</em></strong><strong> Eddy KHALDI, Muriel FITOUSSI, </strong><strong>Ed. Demopolis, </strong></p>
<p><strong>17 novembre 2011.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.la-republique-contre-son-ecole.fr/">http://www.la-republique-contre-son-ecole.fr/</a></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Lettre ouverte aux peuples d’Europe par Mikis Theodorakis</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Nov 2011 22:49:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coups de cœur]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[28 octobre 2011&#8230; Alors que la Grèce est placée sous tutelle de la Troïka, que l’Etat réprime les manifestations pour rassurer les marchés et que l’Europe poursuit les renflouements financiers, le compositeur Mikis Theodorakis a appelé les grecs à combattre et mis en garde les peuples d’Europe qu’au rythme où vont les choses les banques [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>28 octobre 2011&#8230; Alors que la Grèce est placée sous tutelle de la Troïka, que l’Etat réprime les manifestations pour rassurer les marchés et que l’Europe poursuit les renflouements financiers, le compositeur Mikis Theodorakis a appelé les grecs à combattre et mis en garde les peuples d’Europe qu’au rythme où vont les choses les banques ramèneront le fascisme sur le continent.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/M.Theodorakis.jpeg"><img class="size-full wp-image-5442 aligncenter" title="M.Theodorakis" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/M.Theodorakis.jpeg" alt="" width="176" height="227" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Interviewé lors d’une émission politique très populaire en Grèce, Theodorakis a averti que si la Grèce se soumet aux exigences de ses soi-disant<em>« partenaires européens »</em>, c’en sera <em>« fini de nous en tant que peuple et que nation ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Il a accusé le gouvernement de n’être qu’une « fourmi » face à ces « partenaires », alors que le peuple le voit comme « brutal et offensif ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si cette politique continue, <strong>« nous ne pourrons survivre (…) la seule solution est de se lever et de combattre ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Théodorakis a également adressé une lettre ouverte  aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux… grecs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Extraits </strong>:</p>
<p style="text-align: justify;">Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…)</p>
<p style="text-align: justify;">Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne.</strong> La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…)</p>
<p style="text-align: justify;">Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. <strong>Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.</strong></p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/liliane-guillerm">Liliane Guillerm</a></p>
<p style="text-align: right;">30 Octobre 2011</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source : </strong><a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/liliane-guillerm/301011/lettre-ouverte-aux-peuples-d-europe-par-mikis-theodorakis">http://blogs.mediapart.fr/blog/liliane-guillerm/301011/lettre-ouverte-aux-peuples-d-europe-par-mikis-theodorakis</a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RésisterGrèce.jpg"><img class="size-full wp-image-5441 aligncenter" title="RésisterGrèce" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RésisterGrèce.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>«  Le AAA, on s’en fout  !  »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/27/%c2%ab-%e2%80%89le-aaa-on-s%e2%80%99en-fout%e2%80%89-%e2%80%89-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 11:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[L’économiste Jacques Généreux* défend une réforme du statut des banques centrales nationales pour financer les États et sortir de la crise de la dette. Va-t-on vers un nouvel échec pour régler la crise de la dette dans les pays de la zone euro ? Après la Grèce, c’est au tour de l’Italie et de la France [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’économiste Jacques Généreux* défend une réforme du statut des banques centrales nationales pour financer les États et sortir de la crise de la dette.</em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CriseDette.jpg"><img class="size-full wp-image-5396 aligncenter" title="CriseDette" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CriseDette.jpg" alt="" width="180" height="180" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Va-t-on vers un nouvel échec pour régler la crise de la dette dans les pays de la zone euro ? Après la Grèce, c’est au tour de l’Italie et de la France d’être mises sous surveillance par les agences de notation. Les pays européens ont pris des mesures de sortie de crise. Le tabou de la restructuration de la dette d’un pays en difficulté est ainsi tombé : les banques devront tirer un trait sur au moins 50 % de la dette grecque. Un plan de recapitalisation des banques de plus de 100 milliards d’euros a été annoncé lors de la réunion des ministres européens des Finances, le 23 octobre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au lieu de prêter directement aux États, l’Allemagne et la Commission européenne, au nom des traités européens, proposent que le Fonds de soutien de la zone euro (FESF) reste l’instrument financier indispensable pour enrayer la contagion de la crise. Ce fonds devra garantir une partie des titres de dette qu’achèteront les marchés financiers, lesquels continueront de fixer les taux d’intérêt en s’appuyant sur les agences de notation. Rien ne les empêche de spéculer sur le défaut éventuel de l’Italie ou de l’Espagne. Autre mesure : des modifications du traité de Lisbonne sont prévues, mais pour renforcer l’austérité budgétaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Entretien</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Propos recueillis par Thierry Brun</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>L’enchaînement des sommets européens autour de la crise de la dette se déroule sur fond de pression des marchés financiers. Les dirigeants européens se donnent-ils les moyens de changer ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jacques Généreux :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand on voit la réaction de François Baroin, ministre des Finances, après l’annonce de la mise sous surveillance de la France par Moody’s, on est affligés. Il s’est précipité devant les médias pour dire qu’il fera tout pour garder le triple A. Il laisse clairement entendre qu’il faut plus d’austérité. Il ne renoncera à aucune catastrophe pour la population, ni à aucun sacrifice pourvu qu’on respecte le jugement d’une agence de notation.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement français est pâle et tremblant devant quelques personnes réunies dans un bureau qui n’ont aucun pouvoir. C’est hallucinant de la part de la cinquième puissance économique mondiale, membre de l’Union européenne. Et il n’y a pas eu de la part du principal parti d’opposition à la droite une réaction vive et immédiate pour dire que la note des agences de notation, on s’en fout !</p>
<p style="text-align: justify;">Or n’importe quel gouvernement progressiste peut se financer autrement qu’en passant par les marchés financiers. Mais les socialistes ne peuvent pas le dire puisqu’ils sont d’accord avec la droite sur le fait qu’il y a trop de dette et qu’il faut une forme d’austérité. Ils admettent que le financement des biens publics est dépendant des marchés financiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les États peuvent-ils se passer des marchés financiers ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’avons pas besoin des marchés financiers pour financer les biens publics. Mais on y a été contraints parce que l’on a renoncé à la participation de la Banque centrale européenne (BCE) au financement des dettes publiques. Au niveau européen, on a aussi décidé d’ouvrir les marchés de capitaux nationaux et européens à l’ensemble du marché mondial des capitaux, ce qui nous a rendus dépendants des conditions du marché mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a un moyen très simple de sortir de cette situation : on peut procéder à une réforme de notre banque centrale nationale pour l’autoriser à financer directement de la dette publique, c’est-à-dire prêter à taux zéro. On peut économiser là près de 50 milliards d’euros par an, ce qui correspond aux intérêts sur la dette publique française.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sans se faire taper sur les doigts par la Commission européenne ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On pourra toujours se faire taper sur les doigts, mais de manière symbolique. Évidemment, autoriser la Banque de France à financer la dette publique est interdit par les traités européens. Et on ne peut pas donner à des banques publiques des prérogatives que n’auraient pas d’autres banques, ce serait une entrave à la libre concurrence.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est de la responsabilité des gouvernements de désobéir à ces dispositions qui nous enferment dans la spirale infernale de la crise de la dette. Si on ne fait pas cela, on n’aura aucun moyen d’éviter les crises financières. On sait très bien que sur la question de la réforme de la BCE, il n’y aura pas d’accord. Il y a un veto allemand sur l’idée que la BCE pourrait devenir le banquier direct des États.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment la Grèce peut-elle sortir de cette crise ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">N’importe quel pays peut se sortir en quelques semaines de ce bourbier épouvantable. Le Premier ministre grec, Georges Papandréou, peut reprendre le contrôle de sa banque centrale par la loi, sans sortir du système européen et de la BCE. La Grèce peut présenter une réforme du statut de sa banque centrale et lui accorder l’autorisation de prêter directement à l’État.</p>
<p style="text-align: justify;">Les traités européens ne seront pas respectés, mais il n’y a aucune autorité européenne qui interdira au Parlement grec de voter une telle loi. Les traités européens ont prévu des conditions pour entrer dans la zone euro, mais aucune pour y rester. Les agences de notation pourront toujours mettre un triple zéro à la Grèce ou à la France, cela n’aura pas d’incidence puisque les États pourront se financer eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que cela a été pratiqué par tous les pays européens jusque dans les années 1970. À cette époque, on n’avait pas de souci avec les marchés financiers ni avec les spéculateurs. De plus, il existait un contrôle des changes et des capitaux. Donc, on sait faire, et cela a marché. Il n’y a pas d’autres moyens de sortir de cette crise des dettes publiques. Mais on a beau l’expliquer, le démontrer, le rappeler depuis trois ans, on applique les méthodes inverses, c’est-à-dire moins de croissance, de la récession et de l’austérité.</p>
<p style="text-align: justify;">Les spéculateurs les plus cyniques sur les marchés financiers savent très bien que la méthode qu’on emploie n’est pas de nature à garantir le remboursement de leurs créances. Cela veut dire qu’ils se préparent à une restructuration des dettes publiques. On les voit spéculer de plus belle en faveur de la dégradation de la dette grecque parce qu’ils ont pris tellement de contrats d’assurance sur cette dette qu’ils ont intérêt à ce que la Grèce soit en défaut de paiement.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Propos recueillis par Thierry Brun</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source : </strong>article paru dans Politis n° 1174 du 27 octobre 2011</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.politis.fr/%E2%80%89Le-AAA-on-s-en-fout%E2%80%89-%E2%80%89,15730.html">http://www.politis.fr/ Le-AAA-on-s-en-fout - ,15730.html</a></p>
<p><strong>• AGIR </strong>: signer l’<a href="http://www.audit-citoyen.org">Appel pour un audit citoyen de la dette publique</a>, lancé le 26 octobre par le Collectif national (constitué d’une vingtaine d’organisations syndicales et associatives et soutenu par plusieurs formations politiques) pour un audit citoyen de la dette publique.</p>
<p style="text-align: justify;">* <strong>A LIRE</strong> : Jacques Généreux : <strong>« <em>Nous on peut ! </em>»</strong>, Ed. Seuil, 138 pages, 11€, Sept. 2011. Pourquoi et comment un pays peut toujours faire ce qu&#8217;il veut face aux marchés, face aux banques, face aux crises, face à la BCE, face au FMI&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.GénéreuxLivre.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5395 aligncenter" title="J.GénéreuxLivre" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.GénéreuxLivre-205x300.jpg" alt="" width="205" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">=&gt; image couv.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>&#8220;La France n&#8217;est plus notre soleil&#8221;</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/19/la-france-nest-plus-notre-soleil/</link>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 22:40:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Les Africains se tournent de plus en plus vers les pays émergents. L&#8217;incapacité de la France à mettre en valeur sa diversité alimente le malaise Entretien avec Achile Mbembé * Les &#8220;révélations&#8221; de Robert Bourgi sur le financement de responsables politiques français par des chefs d&#8217;Etat africains remettent en lumière les relations troubles de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les Africains se tournent de plus en plus vers les pays émergents. L&#8217;incapacité de la France à mettre en valeur sa diversité alimente le malaise</em></strong></p>
<p><strong>Entretien avec Achile Mbembé *</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/A.Mbembé1.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5354" title="A.Mbembé" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/A.Mbembé1.jpeg" alt="" width="183" height="275" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les &#8220;révélations&#8221; de Robert Bourgi sur le financement de responsables politiques français par des chefs d&#8217;Etat africains remettent en lumière les relations troubles de la France avec ses ex-colonies. Tenez-vous pour un fait cette &#8220;corruption mutuelle&#8221; et, dans ce cas, comment en expliquez-vous la persistance cinquante ans après les indépendances ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les révélations de M. Bourgi n&#8217;en sont point, car ces pratiques étaient connues. Le fait que l&#8217;un des acteurs importants de ces marchandages prenne la parole en public maintenant montre que cet anachronisme que l&#8217;on a appelé la Françafrique est condamné à terme. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;important est de porter nos regards sur ce qui vient, sur les dynamiques neuves. La France n&#8217;est plus le soleil de l&#8217;Afrique, car elle se trouve en compétition avec des acteurs nouveaux comme la Chine, le Brésil et l&#8217;Inde. Elle n&#8217;en est même plus le miroir et je crois que cela est bon. En même temps, un tissu de liens humains s&#8217;est constitué au fil des siècles entre la France et l&#8217;Afrique. Il faut investir dans ces relations humaines pour faire naître des solidarités neuves qui dépassent les rapports entre Etats.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment expliquez-vous que beaucoup de gens sur le continent continuent de penser que leur avenir se joue à Paris ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d&#8217;Africains le croient car ils continuent de lire l&#8217;action de la France en Afrique à travers le prisme des philosophies autochtones. L&#8217;histoire y est considérée comme une modalité de la sorcellerie où le sujet s&#8217;identifie comme victime de forces obscures, extérieures, qui lui échappent. A cet héritage local lié à l&#8217;imaginaire, s&#8217;ajoute une expérience historique forgée à l&#8217;époque coloniale et prolongée par les pratiques néocoloniales : des interventions armées, le soutien actif à des dictatures corrompues, et la difficulté qu&#8217;ont éprouvée tous les gouvernements français, de droite comme de gauche, à s&#8217;allier à des forces d&#8217;émancipation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi la gauche a-t-elle échoué à promouvoir la démocratie en Afrique ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au fond, la gauche française, hormis le PCF à l&#8217;époque coloniale, a toujours partagé avec la droite un regard sur l&#8217;Afrique et les Africains fondé sur l&#8217;idée que les sociétés africaines sont régies par des règles différentes des nôtres. La gauche a souvent porté sur le continent un regard marqué par le paternalisme et un excès de bonne conscience. Elle a donc peut-être été un peu plus autiste que la droite, alors même que la recherche académique française n&#8217;a pas arrêté de montrer les transformations des sociétés africaines.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez critiqué l&#8217;intervention française en Côte d&#8217;Ivoire, justifiée officiellement par la nécessité de faire respecter le résultat d&#8217;une élection et de stopper les violences. Pensez-vous qu&#8217;une guerre civile soit préférable à une intervention étrangère ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les deux options constituent des pis-aller. Le défi historique auquel fait face le continent africain consiste à pacifier les formes de la lutte politique, à découpler le politique et la guerre. Tant que cela ne sera pas accompli, le nombre de conflits sanglants ne diminuera point.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Afrique doit aussi s&#8217;astreindre à inventer par elle-même, à partir de ses ressources historiques et intellectuelles, un modèle de démocratie qui réponde à la complexité anthropologique de ses sociétés, et qui ne soit pas une greffe imposée par les bailleurs de fonds ou des armées étrangères. Ceci exige un travail lent, pénible, méthodique et discipliné que personne n&#8217;est prêt à envisager pour le moment. Enfin, l&#8217;absence d&#8217;une puissance hégémonique africaine capable de s&#8217;imposer avec d&#8217;autres sur le théâtre africain fait que le continent reste comme le ventre mou du monde qui attise la volonté des puissances étrangères d&#8217;y intervenir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Après le &#8220;printemps arabe&#8221;, un &#8220;printemps africain&#8221; est-il possible ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non, aucun régime africain ne court ce risque. Les conditions qui ont conduit aux événements du printemps n&#8217;existent nulle part. Au sud du Sahara, les classes moyennes existent depuis cinquante ans tout au plus et n&#8217;ont ni le recul historique des égyptiennes, ni le niveau de professionnalisation des tunisiennes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez écrit qu&#8217;avec l&#8217;immigration, &#8220;la France récolte ce qu&#8217;elle a semé avec sa politique africaine&#8221;. De quelle façon le passé colonial pèse-t-il sur la politique française d&#8217;immigration ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dédramatiser : la France n&#8217;est plus le pôle privilégié de l&#8217;immigration africaine en direction de l&#8217;Occident. Le nombre d&#8217;Africains qui ont pour objectif d&#8217;aller en France est très petit et va décroissant. Les discours français sur l&#8217;immigration africaine relèvent du fantasme. Ils sont liés à la période particulière que nous vivons, marquée par une rebalkanisation du monde, une redistribution planétaire très inégale des possibilités de mouvement, la construction de murs et la militarisation des frontières. Cela n&#8217;est pas typiquement français, mais la France s&#8217;exprime en mettant la peur de l&#8217;immigré au service d&#8217;une politique raciste, en attisant le fantasme d&#8217;une France sans étranger, une idée qui est contraire à son histoire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La droite comme la gauche s&#8217;alarment de &#8220;l&#8217;échec de l&#8217;intégration&#8221; des descendants d&#8217;Africains. Qu&#8217;en pensez-vous ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;est pas vrai de dire que les descendants d&#8217;immigrés africains ne se sont pas intégrés. Les conflits, les luttes et les débats en cours montrent que l&#8217;intégration est en marche. Mon regard sur la France est optimiste. La réalité, c&#8217;est qu&#8217;elle est aux prises avec son histoire, elle en train de s&#8217;autoproduire sur un mode inédit et cela désempare beaucoup de gens. D&#8217;où tout ce bruit autour des questions d&#8217;intégration et d&#8217;assimilation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourtant, vous avez souvent dénoncé l&#8217;incapacité de la France à assumer son passé colonial ! </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong> Je l&#8217;ai pensé, mais en réalité, le débat est nourri : il n&#8217;y a pas de refoulement, mais un énorme défoulement après une période d&#8217;aphasie. Il faut passer du défoulement à une critique exigeante du passé, qui ouvre des chemins d&#8217;avenir et n&#8217;empêche pas la France d&#8217;effectuer les nouveaux voyages planétaires de la pensée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous critiquez une France incapable d&#8217;assumer la fierté de sa diversité et en voie de provincialisation. N&#8217;est-ce pas contradictoire? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non : il y a un décalage entre le dynamisme des processus sociaux en cours, les multiples exemples de convivialité dans les quartiers, dans les arts, et le discours public qui est porté sur eux. Cette vie citoyenne conviviale pourrait servir de base pour imaginer une France qui, au lieu d&#8217;avoir peur, serait ouverte parce qu&#8217;elle saurait d&#8217;où elle vient et ce qu&#8217;elle est.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi ce discours est-il si peu porté politiquement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La France est grincheuse, elle aime le persiflage. C&#8217;est un pays où pour exister, il faut critiquer. Où un discours optimiste risque d&#8217;être pris pour de la naïveté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le facteur racial a été déterminant, selon vous, dans notre histoire coloniale et vous militez pour que sa persistance dans la société soit reconnue. Cela ne risque-t-il pas d&#8217;entretenir un esprit victimaire peu propice à l&#8217;intégration ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui, on dit aux immigrés africains et à leurs enfants : <em>&#8220;Vous devez être comme nous. Mais, comme vous êtes vraiment différents, nous savons très bien que vous n&#8217;y parviendrez pas et que vous ne pourrez donc jamais vous intégrer.&#8221;</em> Il faut réintroduire la race si l&#8217;on veut sortir de ces impasses qui bloquent toute discussion sur les transformations de l&#8217;identité française et la capacité du modèle français à élargir notre compréhension de la démocratie. Cela n&#8217;a rien à voir ni avec le &#8220;communautarisme&#8221; ni avec cette hypocrisie qui consiste à faire comme s&#8217;il n&#8217;y avait pas une histoire à assumer et à transcender. Une histoire où la race a occupé des fonctions symboliques, politiques et économiques à travers l&#8217;esclavage et la colonisation. Il ne s&#8217;agit pas de faire repentance, mais de sortir de cette espèce de bonne conscience bête qui fait que l&#8217;on ne sait même plus qui l&#8217;on est à force de dénégations.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi enfermer les gens dans des catégories si l&#8217;objectif final est de les dépasser ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu&#8217;il faut redresser un certain nombre d&#8217;inégalités que la race a servi à constituer historiquement. Il faut que la représentation politique soit à l&#8217;image de la convivialité qui existe dans la société. Il faut faire en sorte que la non-diversité devienne un anachronisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous appelez la République à reconnaître les divisions raciales alors que vous affirmez que le cosmopolitisme est l&#8217;avenir de l&#8217;humanité ! </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je me situe dans une tradition d&#8217;origine africaine qui a toujours pensé que la différence en soi ne signifie pas grand-chose mais aussi que la reconnaissance de la différence est un moment significatif, stratégique, dans le projet plus large d&#8217;un Senghor ou d&#8217;un Glissant, d&#8217;une <em>&#8220;épiphanie des nations&#8221;</em>. L&#8217;humanité sera riche de l&#8217;ensemble de ses singularités. Elle sera appauvrie si ces singularités lui sont amputées. Je ne suis pas un militant de la différence, je suis pour une politique du semblable et de l&#8217;en-commun, si tant est que le monde que nous habitons appartienne à tous.</p>
<p style="text-align: right;">Propos recueillis par</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Philippe Bernard</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>*</em>Professeur d&#8217;histoire</p>
<p style="text-align: justify;">Né au Cameroun en 1957, est docteur en histoire (Paris-I). Il enseigne l&#8217;histoire et les sciences politiques à l&#8217;université du Witwatersrand (Afrique du Sud) et à l&#8217;université Duke (Etats-Unis). Il est<em> </em>l&#8217;auteur de<em> &#8220;De la postcolonie&#8221; (Karthala, 2000) </em>et de<em> &#8220;Sortir de la grande nuit&#8221; (La Découverte, 2010). </em>Il s&#8217;apprête à publier<em> &#8220;Critique de la raison nègre&#8221; chez Fayard.</em></p>
<p style="text-align: center;"><em>_________________________________________________</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Les Africains sont-ils mûrs pour la démocratie ?</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les échecs de la démocratie en Afrique reflètent-ils l&#8217;incapacité des Occidentaux à exporter leur &#8220;modèle&#8221;, ou l&#8217;immaturité des Africains ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les Africains ont une vieille culture de la délibération. Le concept de la &#8220;palabre&#8221; renvoie à une structure sociale où la confrontation des points de vue est une donnée de légitimation du pouvoir. Les cultures africaines tolèrent plus ou moins l&#8217;idée de l&#8217;inégalité, mais les idées d&#8217;exclusion et de non-partage y sont frappées d&#8217;anathème. Ces pratiques culturelles, si elles étaient prises en compte, ouvriraient la voie à des schémas institutionnels capables &#8220;d&#8217;inculturer&#8221; la démocratie. La question n&#8217;est pas de savoir si les Africains sont mûrs pour la démocratie, mais de s&#8217;atteler à ce travail patient et critique d&#8217;invention de formes sociales d&#8217;échanges qui correspondent à la mémoire et aux pratiques des gens. Or pour le moment, l&#8217;affrontement politique en Afrique est un jeu à sommes nulles où le gagnant gagne tout et le perdant perd tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles forces sociales peuvent-elles réinventer la démocratie africaine ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce travail devrait être porté par les intellectuels, la société civile, les ONG, les Eglises. Il est déjà visible, en pointillé, çà et là. Mais ce dont on a besoin, c&#8217;est d&#8217;un grand mouvement, d&#8217;une nouvelle génération de lutte qui porterait ces préoccupations et qui aiderait à faire émerger de nouvelles formes de leadership telles qu&#8217;on le voit déjà à la base, dans des églises ou des associations de village. Ces forces devraient surtout faire en sorte que le projet démocratique soit porté par des idées. Celle de liberté, bien sûr, mais aussi celle de &#8220;réserve de vie&#8221; face aux forces porteuses de mort si présentes dans le quotidien des Africains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi insistez-vous tant sur la question des institutions ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parce que sans les institutions, il n&#8217;est pas possible de constituer une communauté politique dans la durée. Beaucoup d&#8217;Africains luttent pour vaincre les forces qui les maintiennent dans le provisoire. Des institutions stables constitueraient un des paravents contre cette existence précaire. Pour le moment, la vie de beaucoup de gens se déroule soit dans l&#8217;instant, soit dans le passé. Le futur est une denrée rare en Afrique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La déférence pour l&#8217;aîné, le noble n&#8217;est-elle pas un obstacle à la démocratie ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le droit d&#8217;aînesse va de pair avec un système de compensation, de dons, sans lequel l&#8217;aîné peut être contesté. On ne va pas gommer ces réalités du jour au lendemain. La question est de savoir comment être pragmatique pour les articuler à un projet de dignité et d&#8217;équivalence relative entre les gens. Il faut compter aussi sur les luttes sociales.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Propos recueillis par Ph. B.</strong></p>
<p><strong>Source</strong> : article publié dans Le Monde daté du 18 octobre 2011</p>
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		<title>Le nouveau &#8220;système-monde&#8221;</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 16:59:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Ignacio Ramonet Dix ans après les attentats du 11-Septembre et trois ans après la faillite de la banque Lehman Brothers, quelles sont les caractéristiques du nouveau système-monde ? La norme actuelle ce sont les séismes. Des séismes climatiques, des séismes financiers et boursiers, des séismes énergétiques et alimentaires, des séismes communicationnels et technologiques, des séismes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par <a href="http://www.medelu.org/_Ignacio-Ramonet_">Ignacio Ramonet</a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> Dix ans après les attentats du 11-Septembre et trois ans après la faillite de la banque Lehman Brothers, quelles sont les caractéristiques du nouveau système-monde ?</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images18.jpeg"><img class="size-full wp-image-5339 aligncenter" title="images" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images18.jpeg" alt="" width="200" height="252" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La norme actuelle ce sont les séismes. Des séismes climatiques, des séismes financiers et boursiers, des séismes énergétiques et alimentaires, des séismes communicationnels et technologiques, des séismes sociaux, des séismes géopolitiques comme ceux provoqués par les insurrections de l’éveil arabe&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Autre caractéristique dominante : l’absence de visibilité générale. Des évènements imprévus font brutalement irruption sans que nul, ou presque, ne les ait vus survenir. Si gouverner c’est prévoir, nous vivons une évidente crise de gouvernance. En Europe, les dirigeants actuels se révèlent incapables de prévoir les collisions que se succèdent. La politique semble impuissante. L’Etat qui protégeait les citoyens a cessé d’exister. D’où la crise de la démocratie représentative. &#8220;<em>Ils ne nous représentent pas !</em>&#8221; constatent, non sans raison, les &#8220;indignés&#8221; espagnols. Les citoyens assistent à l’effondrement de l’autorité politique et réclament qu’elle assume de nouveau son rôle conducteur de la société. Seul le politique dispose de la légitimité démocratique. Ce que les gens demandent aussi c’est que le pouvoir politique délimite et restreigne celui, excessif, de la finance. Qu’il régule enfin, d’une main ferme, l’irrationnelle exubérance des marchés.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre constat : à l’échelle planétaire, la médiocrité des dirigeants politiques consterne. Peu d’hommes ou de femmes d’Etat sont à la hauteur des défis contemporains.</p>
<p style="text-align: justify;">Les pays riches (Amérique du Nord, Europe, Japon) subissent le plus grand choc économique et financier depuis la crise de 1929. Pour la première fois, l’Union européenne voit sa cohésion et même son existence menacées. Simultanément, le risque n’une nouvelle Grande dépression économique affaiblit le <em>leadership</em> international des Etats-Unis dont la prépondérance est également menacée désormais par l’émergence de nouveaux pôles de puissance (Chine, Inde, Russie, Brésil) à l’échelle mondiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un discours récent, le Président des Etats-Unis a annoncé la fin des &#8220;guerres du 11-Septembre&#8221; (Irak, Afghanistan et contre le &#8220;terrorisme international&#8221;) qui ont marqué cette décennie. Barack Obama a rappelé que &#8220;<em><span style="text-decoration: underline;">cinq millions</span></em> <em>d’Américains ont porté l’uniforme au cours des dix dernières années</em>&#8220;. Malgré cela, il n’est pas évident que Washington l’ait emporté. Les &#8220;guerres du 11-Septembre&#8221; ont coûté au budget de l’Etat entre 1 billion (un million de millions) et 2,5 billions de dollars. Charge financière astronomique qui a fait exploser l’endettement des Etats-Unis et a aggravé, en particulier après 2007, leur crise économique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une certaine mesure, finalement, Al Qaeda a poussé Washington dans une fuite en avant militaire comme Reagan l’avait fait vis-à-vis de Moscou lorsque, dans les années 1980, il avait obligé l’URSS à se lancer dans une exténuante course au surarmement, dans le cadre de la &#8220;guerre des étoiles&#8221;, qui avait fini par épuiser l’empire soviétique et provoqué son explosion. L’Amérique sort laminée de ces conflits. Son &#8220;déclassement stratégique&#8221; a commencé.</p>
<p style="text-align: justify;">En matière de diplomatie internationale, la décennie a confirmé l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux pôles de pouvoir, surtout en Asie et en Amérique latine. Le monde se &#8220;désoccidentalise&#8221; et devient multipolaire. La Chine apparaît, en principe, comme la future grande puissance à vocation hégémonique. Mais ce n’est qu’une hypothèse. Car la stabilité de l’Empire du Milieu n’est pas garantie. En son sein coexistent, à la fois, le capitalisme le plus sauvage et le communisme le plus autoritaire. La tension et la contorsion de ces deux forces provoqueront, tôt ou tard, une rupture. Pour l’instant, tandis que décline l’hégémonie des Etats-Unis, l’ascension de la Chine se confirme. Elle est déjà la seconde puissance économique du monde devant le Japon et l’Allemagne. Par ailleurs, en raison de l’importante part de la dette américaine qu’elle possède, la Chine tient en ses mains le destin du dollar&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Le groupe d’Etats géants rassemblés au sein du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) n’obéit plus automatiquement aux consignes des grandes puissances traditionnelles occidentales (Etats-Unis, Royaume Uni, France) qui continuent cependant de se définir comme &#8220;la communauté internationale&#8221;. Les BRICS ont encore montré leur autonomie en s’opposant, dans l’enceinte des Nations Unies, aux décisions des puissances occidentales lors des récentes crises de Libye et de Syrie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le monde fait face à une somme de crises si intimement mêlées les unes aux autres que nous ne parvenons plus à distinguer les causes et les conséquences. Parce que les conséquences des unes sont les causes des autres, et ainsi de suite jusqu’à constituer un véritable système. Le monde occidental vit une sorte de grande crise systémique qui bouleverse la technologie, l’économie, le commerce, la politique, la démocratie, la guerre, la géopolitique, l’environnement, la culture, la famille, l’éducation, la jeunesse&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Nous disons qu’il y a crise lorsque, dans n’importe quel domaine, un mécanisme cesse soudain de fonctionner, commence à céder et finit par casser. Cette rupture empêche l’ensemble de la machine de tourner. C’est ce qui arrive notamment à l’ensemble de l’économie depuis l’éclatement de la bulle des <em>sub-primes</em> aux Etats-Unis en 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Les répercussions sociales du cataclysme économique sont d’une brutalité inédite. Au sein de l’Union européenne : 23 millions de chômeurs, plus de 80 millions de pauvres&#8230; Les jeunes en sont les victimes principales. C’est pourquoi, de Madrid à Tel Aviv, en passant par Santiago du Chili, Athènes ou Londres, une vague d’indignation soulève la jeunesse du monde. Mais les classes moyennes sont également effrayées par ce modèle néolibéral de croissance qui les abandonne au bord du chemin. En Israël, une partie d’entre elles se sont jointes aux jeunes pour refuser l’intégrisme ultralibéral de Benyamin Netanyahou.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir financier (les &#8220;marchés&#8221;) domine et contrôle le pouvoir politique. Cela désoriente les citoyens. La démocratie ne fonctionne pas. Nul ne comprend l’inertie des gouvernements face à une crise provoquée par la spéculation et la dérégulation financières. Les citoyens exigent que la politique assume sa responsabilité, désarme les marchés et rétablisse l’ordre démocratique. Mais les leaders politiques semblent dépassés. La vitesse de l’activité financière est celle de la foudre ; tandis que la politique avance à l’allure de l’escargot. Il est de plus en plus difficile d’harmoniser temps économique et temps politique. Ou bien crises globales et gouvernements nationaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Les marchés sur-réagissent sur le temps court devant la moindre information (ou rumeur) ; tandis que les organisations financières globales (FMI, OMC, Banque mondiale&#8230;) travaillent sur le temps long et peinent à déterminer et à prévenir les chocs. Tout cela provoque, chez les citoyens, angoisse et frustration.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, la crise globale ne produit pas que des perdants. Les gagnants se trouvent, essentiellement, en Asie et dans les pays émergents. Au Brésil, par exemple, durant les deux mandats du président Luis Inacio Lula da Silva, 2003-2011, le nombre de pauvres a diminué de 39 millions&#8230; Ces Etats ne partagent pas la vision pessimiste des Européens. Il y a également de nombreux gagnants à l’intérieur même des pays occidentaux frappés par la crise. Les sociétés sont fracturées par les inégalités entre des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres.</p>
<p style="text-align: justify;">Entretemps, les ruptures stratégiques se succèdent sans que nous en comprenions la signification. Internet est un vecteur important de nombre de changements. Presque toutes les crises récentes, dans les domaines les plus divers, ont un rapport plus ou moins pertinent avec les nouvelles technologies de la communication. Les marchés financiers, par exemple, ne seraient pas aussi puissants si les ordres d’achat et de vente ne circulaient pas à la vitesse de la lumière via les &#8220;autoroutes de l’information&#8221; qu’Internet a mis à leur disposition. Davantage qu’une technologie, Internet est un <em>acteur</em> des crises. Rappelons &#8211; sans pour autant le magnifier -, le rôle qu’ont joué WikiLeaks, Facebook, Twitter ou le courrier électronique dans les récentes révolutions démocratiques dans le monde arabe.</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue anthropologique, ces crises se traduisent par une montée des peurs et du ressentiment. Les gens vivent en état d’anxiété et d’incertitude. On voit revenir les grandes paniques face à des menaces indéterminées comme la perte de l’emploi, les chocs technologiques, les catastrophes naturelles, le changement climatique, les biotechnologies, l’insécurité généralisée&#8230; Chacune de ces menaces constitue un défi pour les démocraties. Les terreurs diffuses se transforment parfois en haine et en répulsion. Dans plusieurs pays européens, la détestation vise en priorité l’étranger, l’immigré, le différent&#8230; La répulsion sociale à l’égard de tous les &#8220;autres&#8221; (musulmans, Roms, Noirs, &#8220;sans papiers&#8221;, etc.) ne cesse de monter alors que se multiplient les partis xénophobes.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre grande préoccupation planétaire : la crise climatique. La prise de conscience du danger que représente le réchauffement général s’est largement étendue. Les problèmes liés à l’environnement sont devenus hautement stratégiques. Les &#8220;guerres climatiques&#8221; se multiplient. Le prochain Sommet mondial du climat, qui aura lieu à Rio en 2012, constatera que le nombre de catastrophes naturelles est en augmentation spectaculaire et que la relation de nombre d’entre elles aux changements climatiques en cours est de plus en plus évident.</p>
<p style="text-align: justify;">Le récent accident nucléaire de Fukushima a terrorisé le monde. Plusieurs gouvernements (Allemagne, Suisse) ont décidé de faire marche arrière en matière d’énergie nucléaire. Ils parient désormais &#8211; dans un contexte marqué para la fin prochaine du pétrole &#8211; sur les énergies renouvelables.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cours de la mondialisation semble suspendu. L’idée d’une démondialisation séduit de plus en plus. Le pendule était sans doute allé trop loin dans le sens d’une mondialisation néolibérale ; il pourrait maintenant partir en direction contraire. Ce n’est plus un sacrilège de parler de protectionnisme pour limiter les excès du libre échange et mettre fin aux délocalisations et à la désindustrialisation de l’Union européenne. L’heure de réinventer la politique paraît avoir sonné</p>
<p style="text-align: right;">Ignacio Ramonet</p>
<p style="text-align: right;">1<sup>er</sup> Octobre 2011</p>
<p><strong>Source :</strong><strong> </strong><a href="http://www.medelu.org/Le-nouveau-systeme-monde">http://www.medelu.org/Le-nouveau-systeme-monde</a></p>
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		<title>Egypte: &#8220;Le pire n’est pas devant les coptes&#8221;</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 20:52:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Vincent Braun Mais il est possible que la minorité chrétienne d&#8217;Egypte se trouve dans une situation moins bonne que sous la présence de Hosni Moubarak, nous dit l&#8217;islamologue Emilio Platti. Emilio Platti est islamologue, père dominicain et professeur émérite de l’Université de Louvain (KUL), membre de l’Institut dominicain d’études orientales du Caire et aussi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Vincent Braun</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais il est possible que la minorité chrétienne d&#8217;Egypte se trouve dans une situation moins bonne que sous la présence de Hosni Moubarak, nous dit l&#8217;islamologue Emilio Platti.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Coptes2.jpg"><img class="size-medium wp-image-5305 aligncenter" title="Coptes2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Coptes2-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Emilio Platti est islamologue, père dominicain et professeur émérite de l’Université de Louvain (KUL), membre de l’Institut dominicain d’études orientales du Caire et aussi du Centre interdisciplinaire d’études de l’islam dans le monde contemporain (Cismoc, UCL). En août dernier, il est rentré d’un séjour de six mois en Egypte &#8211; où il se rend régulièrement depuis 40 ans. Il a donc vécu au jour le jour l’après-révolution. Pour lui, les violences régulières à l’égard des coptes pourraient être les prémices d’une détérioration de la situation de cette minorité chrétienne représentant de 8 à 10 % de la population égyptienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Dimanche dernier au Caire, une manifestation copte s’indignant de l’incendie volontaire d’une église dans la province d’Assouan (dans le sud du pays) avait dégénéré en violentes échauffourées suite à l’immixtion de groupes d’assaillants et à l’intervention musclée de l’armée. Des violences faisant 25 morts, dont 17 coptes et plus de 300 blessés. Ce sont les pires incidents survenus depuis la démission du président Hosni Moubarak en février dernier. A chaque fois, c’est le même scénario, dit en substance Emilio Platti : <em>&#8220;Il y a d’abord l’attaque d’un lieu chrétien par des extrémistes musulmans qui déclenche une manifestation pacifique des coptes, laquelle est la cible d’extrémistes islamistes. La dernière fois, c’était en mai, lorsque des extrémistes avaient incendié deux églises, faisant 13 morts&#8221;.</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Coptes1.jpeg"><img class="size-full wp-image-5306 aligncenter" title="Coptes1" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Coptes1.jpeg" alt="" width="275" height="183" /></a></p>
<p style="text-align: left;"><strong>Entretien.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment expliquez-vous de tels incidents et l’attitude violente de l’armée ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Selon mes informations, des inconnus se sont attaqués aux manifestants coptes en leur tirant dessus. Et l’armée n’a pas joué le rôle qu’elle aurait dû jouer, c’est-à-dire protéger les coptes. Il faut dire aussi que ni l’armée ni la police n’ont été formées pour suivre des manifestations pacifiques. Sous Moubarak, seul le rôle répressif était mis en avant. Il y a donc une impréparation des forces armées à encadrer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les coptes doivent-ils craindre la majorité musulmane ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La révolution a libéré des extrémistes qui s’étaient jusque-là tenus à carreau. Moubarak avaient peur des Frères musulmans, qui représentent la partie la plus modérée du courant islamiste, et les avaient pourchassés. Depuis février, les Frères sont sortis de l’ombre ainsi que les extrémistes salafistes et wahhabites (inspirés d’Arabie Saoudite). Les slogans islamistes sont apparus invoquant la charia (l’ensemble des normes islamiques, NdlR) comme source unique de la législation, alors que la constitution égyptienne ne la mentionne que comme source principale. Je pense qu’ils profitent du chaos de la transition pour s’attaquer à la minorité copte. On a vu le même phénomène contre les chrétiens d’Irak. En Egypte, les islamistes se sont même attaqués aux tombeaux de saints soufi musulmans. Donc, les chrétiens sont attaqués de toutes parts et je comprends très bien qu’ils se sentent en danger. En tout cas, on est très loin des slogans de la révolution qui voyaient les chrétiens et les musulmans main dans la main, pour l’unité de l’Egypte. Les forces vives de la révolution doivent réagir fermement.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qui a intérêt à déstabiliser le pays?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mon hypothèse est que les personnes non identifiées qui ont attaqué les manifestants pourraient aussi être des partisans de l’ancien régime. Il ne faut pas oublier qu’il y avait des milliers de personnes qui étaient dans la sûreté des quartiers et qui pourraient vouloir créer le chaos par des conflits sectaires et ainsi détruire les idéaux de la révolution et nuire aux prochaines élections.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle place y a-t-il pour les chrétiens parmi les musulmans dans la nouvelle Egypte?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour la grande majorité des musulmans, il ne fait aucun doute que la charia doit figurer dans la constitution. La domination culturelle et religieuse islamique est un fait en Egypte. Tout le monde le concède. Il est question d’une citoyenneté islamique, mais dans laquelle les chrétiens ont leur place. A la limite, on pourrait enlever la mention de l’appartenance chrétienne ou musulmane sur la carte d’identité. Mais le problème, vu de l’Europe, c’est que l’Egypte n’en est pas à concevoir un pays laïc, dans le sens d’une citoyenneté neutre, avec un système politique qui serait délié de la religion. C’est inconcevable pour la plupart des musulmans. A partir de là, le statut des chrétiens dépend de la majorité qui sera mise en place à l’issue des élections.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles garanties les coptes peuvent-ils avoir ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’ancien régime avait fait des concessions, octroyant des permis de bâtir pour des clochers relativement élevés dans les villes. Il y avait déjà une certaine modération dans l’application, dans le concret du vivre ensemble. Aujourd’hui, compte tenu des événements, les chrétiens sont beaucoup moins rassurés. Ils craignent que l’armée ne soit pas en mesure de les protéger. Et dans les faits, l’armée ne joue pas son rôle de protecteur. Il y a là quelque chose que je comprends mal, surtout après les événements du mois de mai. Sinon, il semble acquis que les coptes pourront continuer à bâtir des églises, des sanctuaires, et à s’afficher comme tels en public. Mais il n’y aura pas une citoyenneté égale pour tous, bien qu’elle soit affirmée dans les idéaux de la révolution et dans les décrets constitutionnels du Conseil supérieur des forces armées (qui préside actuellement le pays, NdlR). Pour les coptes, le pire n’est pas devant eux. Mais il est possible qu’ils se retrouvent dans une situation moins bonne que sous Moubarak.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Conseil supérieur des forces armées a-t-il l’autorité suffisante pour ramener le calme?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il l’a eue puisque depuis mai il ne s’était rien passé de ce genre. L’armée seule ne peut pas renverser la situation. Il faudra que le grand imam, le patriarche, et toute la société civile s’y mettent. L’armée hésite beaucoup, elle avance à tâtons. Elle publie des décrets constitutionnels, mais les rediscutent, reportent des dates Et puis, il y a un autre élément: une agitation sociale se fait sentir à nouveau. Car ce n’est pas parce qu’il y a eu la révolution que la vie est moins chère, que les salaires augmentent et que le pays ne plonge pas. Les grèves se multiplient. La grande majorité des gens a plutôt ces préoccupations-là. Et sur ce point, le gouvernement ne peut pas faire grand-chose pour le moment.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source </strong><em>: La Libre Belgique, </em>article mis en ligne le 12.10.2011<strong> </strong></p>
<p><a href="http://www.lalibre.be/actu/international/article/691286/egypte-le-pire-n-est-pas-devant-les-coptes.html">http://www.lalibre.be/actu/international/article/691286/egypte-le-pire-n-est-pas-devant-les-coptes.html</a></p>
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