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	<title>NSAE &#187; hotspot</title>
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		<title>Paradis fiscaux : comment aider Nicolas Sarkozy à tenir sa promesse ?</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Jun 2010 07:59:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment aider Nicolas Sarkozy à tenir sa promesse ? La lui rappeler d&#8217;abord : « Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c&#8217;est terminé » (Nicolas Sarkozy, le 23/09/2009). Personne ne peut l&#8217;ignorer, la fraude et l&#8217;évasion fiscale coûtent à la France 3 fois le trou de la sécurité sociale. En Afrique, 125 milliards d&#8217;euros s&#8217;évaporent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment aider Nicolas Sarkozy à tenir sa promesse ? La lui rappeler d&#8217;abord : « Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c&#8217;est terminé » (Nicolas Sarkozy, le 23/09/2009). Personne ne peut l&#8217;ignorer, la fraude et l&#8217;évasion fiscale coûtent à la France 3 fois le trou de la sécurité sociale. En Afrique, 125 milliards d&#8217;euros s&#8217;évaporent chaque année : 5 fois la somme nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde selon l&#8217;ONU. Aidez-nous à rappeler sa promesse à Nicolas Sarkozy avant le prochain Conseil européen des 17 et 18 juin, signez la pétition <strong>Stop paradis fiscaux</strong> !</p>
<p>Signer la pétition sur <a href="http://www.stopparadisfiscaux.fr" target="_blank">www.stopparadisfiscaux.fr</a>. Déjà plus de 30.000 signatures, mais pas encore 50.000 ! Il reste quelques jours seulement avant la visite du collectif à Nicolas Sarkozy. Merci de transférer ce message à vos amis ! Agissez maintenant !</p>
<p>Jean Merckaert, spécialiste des paradis fiscaux au CCFD-Terre Solidaire</p>
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		<title>Ce que serait &#171;&#160;ma&#160;&#187; gauche, par Edgar Morin</title>
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		<pubDate>Sun, 23 May 2010 09:37:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Né en 1921, directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin promeut une politique de civilisation adossée à une réforme de la pensée. Le hors-série du journal Le Monde (&#171;&#160;Edgar Morin. Le philosophe indiscipliné&#160;&#187;, 6,50 €) est consacré à cet intellectuel hors norme, qui a aussi bien analysé le phénomène yé-yé que le nouvel âge écologique, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Né en 1921, directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin promeut une politique de civilisation adossée à une réforme de la pensée. Le hors-série du journal</em> Le Monde <em>(&laquo;&nbsp;Edgar Morin. Le philosophe indiscipliné&nbsp;&raquo;, 6,50 €) est consacré à cet intellectuel hors norme, qui a aussi bien analysé le phénomène yé-yé que le nouvel âge écologique, les stars que la crise de la modernité. Il a publié</em> Pour et contre Marx <em>(Temps Présent Editions, 14 €) en février 2010.</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Edgar-Morin.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2695" title="Edgar Morin" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Edgar-Morin.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><em></em></p>
<p>La gauche. J&#8217;ai toujours répugné ce <em>la</em> unificateur qui occulte les différences, les oppositions, et les conflits. Car la gauche est une notion complexe, dans le sens où ce terme comporte en lui, unité, concurrences et antagonismes. L&#8217;unité, elle est dans ses sources : l&#8217;aspiration à un monde meilleur, l&#8217;émancipation des opprimés, exploités, humiliés<span id="more-2694"></span>, offensés, l&#8217;universalité des droits de l&#8217;homme et de la femme. Ces sources, activées par la pensée humaniste, par les idées de la Révolution française et par la tradition républicaine, ont irrigué au XIXe siècle la pensée socialiste, la pensée communiste, la pensée libertaire.</p>
<p>Le mot &laquo;&nbsp;libertaire&nbsp;&raquo; se centre sur l&#8217;autonomie des individus et des groupes, le mot &laquo;&nbsp;socialiste&nbsp;&raquo; sur l&#8217;amélioration de la société, le mot &laquo;&nbsp;communiste&nbsp;&raquo; sur la nécessité de la communauté fraternelle entre les humains. Mais les courants libertaires, socialistes, communistes sont devenus concurrents. Ces courants se sont trouvés aussi en antagonismes, dont certains sont devenus mortifères, depuis l&#8217;écrasement par un gouvernement social-démocrate allemand de la révolte spartakiste, jusqu&#8217;à l&#8217;élimination par le communisme soviétique des socialistes et anarchistes.</p>
<p>Les fronts populaires, les unions de la Résistance n&#8217;ont été que des moments éphémères. Et après la victoire socialiste de 1981, un baiser de la mort, dont François Mitterrand a été l&#8217;habilissime stratège, a asphyxié le Parti communiste.</p>
<p>Voilà pourquoi j&#8217;ai toujours combattu le <em>la</em> sclérosant et menteur de la gauche, tout en reconnaissant l&#8217;unité des sources et aspirations. Les aspirations à un monde meilleur se sont toujours fondées sur l&#8217;oeuvre de penseurs. Les Lumières de Voltaire et Diderot, jointes aux idées antagonistes de Rousseau, ont irrigué 1789. Marx a été le penseur formidable qui a inspiré à la fois la social-démocratie et le communisme, jusqu&#8217;à ce que la social-démocratie devienne réformiste. Proudhon a été l&#8217;inspirateur d&#8217;un socialisme non marxiste. Bakounine et Kropotkine ont été les inspirateurs des courants libertaires.</p>
<p>Ces auteurs nous sont nécessaires mais insuffisants pour penser notre monde. Nous sommes sommés d&#8217;entreprendre un gigantesque effort de repensée, qui puisse intégrer les innombrables connaissances dispersées et compartimentées, pour considérer notre situation et notre devenir dans notre Univers, dans la biosphère, dans notre Histoire.</p>
<p>Il faut penser notre ère planétaire qui a pris forme de globalisation dans l&#8217;unification techno-économique qui se développe à partir des années 1990. Le vaisseau spatial Terre est propulsé à une vitesse vertigineuse par les quatre moteurs incontrôlés science-technique-économie-profit. Cette course nous mène vers des périls croissants : turbulences crisiques et critiques d&#8217;une économie capitaliste déchaînée, dégradation de la biosphère qui est notre milieu vital, convulsions belliqueuses croissantes coïncidant avec la multiplication des armes de destruction massive, tous ces périls s&#8217;entre-développant les uns les autres.</p>
<p>Nous devons considérer que nous sommes présentement dans une phase régressive de notre histoire. Le &laquo;&nbsp;<em>collapse</em>&nbsp;&raquo; du communisme, qui fut une religion de salut terrestre, a été suivi par le retour irruptif des religions de salut céleste ; des nationalismes endormis sont entrés en virulence, des aspirations ethno-religieuses, pour accéder à l&#8217;Etat-nation, ont déclenché des guerres de sécession.</p>
<p>Considérons la grande régression européenne. D&#8217;abord relativisons-la, car ce fut un grand progrès que l&#8217;émancipation des nations soumises à l&#8217;URSS. Mais l&#8217;indépendance de ces nations a suscité un nationalisme étroit et xénophobe. Le déferlement de l&#8217;économie libérale a surexcité à la fois l&#8217;aspiration aux modes de vie et consommations occidentales et la nostalgie des sécurités de l&#8217;époque soviétique, tout en maintenant la haine de la Russie. Aussi les idées et les partis de gauche sont au degré zéro dans les ex-démocraties populaires.</p>
<p>A l&#8217;Ouest, ce n&#8217;est pas seulement la globalisation qui a balayé bien des acquis sociaux de l&#8217;après-guerre, en éliminant un grand nombre d&#8217;industries incapables de soutenir la concurrence asiatique, en provoquant les délocalisations éliminatrices d&#8217;emplois ; ce n&#8217;est pas seulement la course effrénée au rendement qui a &laquo;&nbsp;dégraissé&nbsp;&raquo; les entreprises en expulsant tant d&#8217;employés et ouvriers ; c&#8217;est aussi l&#8217;incapacité des partis censés représenter le monde populaire d&#8217;élaborer une politique qui réponde à ces défis. Le Parti communiste est devenu une étoile naine, les mouvements trotskistes, en dépit d&#8217;une juste dénonciation du capitalisme, sont incapables d&#8217;énoncer une alternative. Le Parti socialiste hésite entre son vieux langage et une &laquo;&nbsp;modernisation&nbsp;&raquo; censée être réaliste, alors que la modernité est en crise.</p>
<p>Plus grave encore est la disparition du peuple de gauche. Ce peuple, formé par la tradition issue de 1789, réactualisée par la IIIe République, a été cultivé aux idées humanistes par les instituteurs, par les écoles de formation socialistes, puis communistes, lesquelles enseignaient la fraternité internationaliste et l&#8217;aspiration à un monde meilleur. Le combat contre l&#8217;exploitation des travailleurs, l&#8217;accueil de l&#8217;immigré, la défense des faibles, le souci de la justice sociale, tout cela a nourri pendant un siècle le peuple de gauche, et la Résistance sous l&#8217;Occupation a régénéré le message.</p>
<p>Mais la dégradation de la mission de l&#8217;instituteur, la sclérose des partis de gauche, la décadence des syndicats ont cessé de nourrir d&#8217;idéologie émancipatrice un peuple de gauche dont les derniers représentants, âgés, vont disparaître. Reste la gauche bobo et la gauche caviar. Et alors racisme et xénophobie, qui chez les travailleurs votant à gauche ne s&#8217;exprimaient que dans le privé, rentrent dans la sphère politique et amènent à voter désormais Jean-Marie Le Pen. Une France réactionnaire reléguée au second rang au XXe siècle, sauf durant Vichy, arrive au premier rang, racornie, chauvine, souverainiste.</p>
<p>Elle souhaite le rejet des sans-papiers, la répression cruelle des jeunes des banlieues, elle exorcise l&#8217;angoisse des temps présents dans la haine de l&#8217;islam, du Maghrébin, de l&#8217;Africain, et, en catimini, du juif, en dépit de sa joie de voir Israël traiter le Palestinien comme le chrétien traitait le juif.</p>
<p>La victoire de Nicolas Sarkozy fut due secondairement à son astuce politique, principalement à la carence des gauches. Sous des formes différentes, même situation en Italie, en Allemagne, en Hollande, pays de la libre-pensée devenant xénophobe et réactionnaire. La situation exige à la fois une résistance et une régénération de la pensée politique.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas de concevoir un &laquo;&nbsp;modèle de société&nbsp;&raquo; (qui ne pourrait qu&#8217;être statique dans un monde dynamique), voire de chercher quelque oxygène dans l&#8217;idée d&#8217;utopie. Il nous faut élaborer une Voie, qui ne pourra se former que de la confluence de multiples voies réformatrices, et qui amènerait, s&#8217;il n&#8217;est pas trop tard, la décomposition de la course folle et suicidaire qui nous conduit aux abîmes.</p>
<p>La voie qui aujourd&#8217;hui semble indépassable peut être dépassée. La voie nouvelle conduirait à une métamorphose de l&#8217;humanité : l&#8217;accession à une société-monde de type absolument nouveau. Elle permettrait d&#8217;associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution. Rien n&#8217;a apparemment commencé. Mais dans tous lieux, pays et continents, y compris en France, il y a multiplicité d&#8217;initiatives de tous ordres, économiques, écologiques, sociales, politiques, pédagogiques, urbaines, rurales, qui trouvent des solutions à des problèmes vitaux et sont porteuses d&#8217;avenir. Elles sont éparses, séparées, compartimentées, s&#8217;ignorant les unes les autres&#8230; Elles sont ignorées des partis, des administrations, des médias. Elles méritent d&#8217;être connues et que leur conjonction permette d&#8217;entrevoir les voies réformatrices.</p>
<p>Comme tout est à transformer, et que toutes les réformes sont solidaires et dépendantes les unes des autres, je ne peux ici les recenser, cela sera le travail d&#8217;un livre ultérieur, peut-être ultime. Indiquons seulement ici et très schématiquement les voies d&#8217;une réforme de la démocratie.</p>
<p>La démocratie parlementaire, si nécessaire soit-elle, est insuffisante. Il faudrait concevoir et proposer les modes d&#8217;une démocratie participative, notamment aux échelles locales. Il serait utile en même temps de favoriser un réveil citoyen, qui lui-même est inséparable d&#8217;une régénération de la pensée politique, ainsi que de la formation des militants aux grands problèmes. Il serait également utile de multiplier les universités populaires qui offriraient aux citoyens initiation aux sciences politiques, sociologiques, économiques.</p>
<p>Il faudrait également adopter et adapter une sorte de conception néoconfucéenne, dans les carrières d&#8217;administration publique et les professions comportant une mission civique (enseignants, médecins), c&#8217;est-à-dire promouvoir un mode de recrutement tenant compte des valeurs morales du candidat, de ses aptitudes à la &laquo;&nbsp;bienveillance&nbsp;&raquo; (attention à autrui), à la compassion, de son dévouement au bien public, de son souci de justice et d&#8217;équité.</p>
<p>Préparons un nouveau commencement en reliant les trois souches (libertaire, socialiste, communiste), en y ajoutant la souche écologique en une tétralogie. Cela implique évidemment la décomposition des structures partidaires existantes, une grande recomposition selon une formule ample et ouverte, l&#8217;apport d&#8217;une pensée politique régénérée.</p>
<p>Certes, il nous faut d&#8217;abord résister à la barbarie qui monte. Mais le &laquo;&nbsp;non&nbsp;&raquo; d&#8217;une résistance doit se nourrir d&#8217;un &laquo;&nbsp;oui&nbsp;&raquo; à nos aspirations. La résistance à tout ce qui dégrade l&#8217;homme par l&#8217;homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l&#8217;aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n&#8217;a cessé de naître et renaître au cours de l&#8217;histoire humaine, renaîtra encore.</p>
<p><strong>Source : <em>Le Monde</em>, édition du 22.05.10</strong></p>
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		<title>Le temps est venu de montrer l’actualité de l’Evangile pour le monde d’aujourd’hui</title>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 08:57:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Ouverture(s)]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

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		<description><![CDATA[
 Les Réseaux du Parvis vous invitent à un Rassemblement à Lyon
les jeudi 11 et vendredi 12 novembre 2010, suivi de l’Assemblée Générale de Parvis le samedi 13
Engagés dans le dynamisme de projets convergents sur le plan européen et au niveau international, nous nous rassemblons pour revivifier en nous les intuitions de l’Evangile et, ainsi, éclairer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo-rass-parvis2.png"><img class="size-full wp-image-2518 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo-rass-parvis2.png" alt="" width="153" height="180" /></a></h1>
<p style="text-align: center;"><strong> </strong><strong></strong><strong>Les</strong> <strong>Réseaux du Parvis vous invitent à un Rassemblement à Lyon<br />
</strong><strong>les jeudi 11 et vendredi 12 novembre 2010, </strong><strong>suivi de l’Assemblée Générale de Parvis le samedi 13<span id="more-2521"></span></strong></p>
<p style="text-align: left;">Engagés dans le dynamisme de projets convergents sur le plan européen et au niveau international, nous nous rassemblons pour <strong>revivifier</strong> en nous les intuitions de l’Evangile et, ainsi, éclairer notre parcours, pour <strong>tisser</strong> des liens et nous enrichir mutuellement, pour <strong>manifester</strong> notre détermination à <strong>construire</strong>, avec d&#8217;autres, un monde plus digne pour notre humanité. </p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le programme de ces deux jours comprendra :  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Des temps de conférences et de débats</span></strong> autour des thèmes suivants :  </p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>L’évangile dans notre vie personnelle et communautaire pour aujourd’hui et demain avec Lytta Basset théologienne protestante et Gabriel Ringlet, théologien catholique.</li>
<li>Dans le monde d’aujourd’hui, quelle place pour Dieu ? avec Denis Pelletier, historien et Raphaël Picon, théologien protestant.</li>
<li>Une table ronde sur le thème : « Nos convictions et nos pratiques pour construire un monde plus juste et plus solidaire dans le respect de la Terre et des droits de l’Homme », avec la participation d’acteurs d’ATD Quart Monde, de la Cimade, de France Nature Environnement, de la JOC.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>  </p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Des temps de travail en petits groupes</span></strong> (‘<em>ateliers</em>’) qui auront deux objectifs :  </p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Elaborer un ‘<strong><em>Manifeste</em></strong>’ qui sera rédigé à partir des réflexions et des propositions des ateliers, et qui conduira à une proclamation finale.</li>
<li>Se retrouver autour de thèmes d’actualité (Société et Environnement, Eglise du 21<sup>è</sup> siècle ?, Evangile aujourd’hui, Spiritualités&#8230;).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Des temps de forum et des temps d’échanges libres</span></strong> dans des espaces d’expressions de nos associations et d’autres groupes présents.  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Un rassemblement hors les murs</span></strong> sur le Parvis de Fourvière pour proclamer le texte du ‘<strong><em>Manifeste</em></strong>’, le vendredi à partir de 18H30.  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cet événement aura lieu au « Domaine Lyon Saint Joseph » à Sainte Foy lès Lyon (à l’Ouest de Lyon, site Internet <a href="http://www.domaine-lyon-saint-joseph.fr">www.domaine-lyon-saint-joseph.fr</a> tel 04 78 59 22 35), où pourront être hébergés les premiers inscrits (d’autres lieux d’hébergements sont aussi prévus).  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez solliciter, sur la fiche d’inscription, une aide de la fédération « Réseau du Parvis » afin que personne ne soit empêché de venir pour une question financière.  </p>
<p><strong>INSCRIVEZ-VOUS RAPIDEMENT !!</strong> <strong> </strong>  </p>
<p><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Inscription-1.pdf">Inscription (1)</a></strong></p>
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		<title>Qu&#8217;avons-nous fait de l&#8217;Homme ?</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Apr 2010 16:40:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu&#8217;avons-nous fait de l&#8217;Homme ? C&#8217;est la question que nous pose cette Liturgie du Jeudi Saint. Qu&#8217;avons-nous fait de l&#8217;Homme ?
Si nous avions compris l&#8217;Évangile de Jésus, est-ce que le monde se trouverait dans l&#8217;état où il se trouve aujourd&#8217;hui ? Evidemment non !
Car justement cette Liturgie du Jeudi Saint cumule, en quelque sorte, toutes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Qu&#8217;avons-nous fait de l&#8217;Homme ? C&#8217;est la question que nous pose cette Liturgie du Jeudi Saint. Qu&#8217;avons-nous fait de l&#8217;Homme ?<br />
Si nous avions compris l&#8217;Évangile de Jésus, est-ce que le monde se trouverait dans l&#8217;état où il se trouve aujourd&#8217;hui ? Evidemment non !<br />
Car justement cette Liturgie du Jeudi Saint cumule, en quelque sorte, toutes les consécrations de l&#8217;Homme par Jésus Christ. Le « Mandatum», la dernière consigne de Jésus : « <em>C&#8217;est à cela que l&#8217;on reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés </em>» (Jn 13/35).<span id="more-2445"></span><br />
Voilà donc le dernier mot du Christ ! Le dernier mot du suprême Prophète, le dernier mot du Fils de l&#8217;Homme et du Fils de Dieu, c&#8217;est d&#8217;aimer l&#8217;Homme et de faire de l&#8217;amour de l&#8217;Homme, le test, le critère, la pierre de touche de l&#8217;amour de Dieu.<br />
Et cet amour de l&#8217;homme, Jésus va le manifester dans cette scène incomparable, inépuisable, bouleversante, du Lavement des Pieds. Il va nous montrer Dieu à genoux devant l&#8217;Homme, devant l&#8217;Homme qui est le Royaume de Dieu, devant l&#8217;Homme qui porte l&#8217;infini dans son cœur, comme dit le Pape saint Grégoire, exprimant cette nouveauté merveilleuse : « <em>Le ciel, c&#8217;est l&#8217;âme du Juste</em> ».<br />
Jésus à genoux devant l&#8217;Homme ! Il n&#8217;y a plus rien maintenant à ménager. Il ne s&#8217;agit plus de conduire les disciples par une parabole, il faut les mettre brutalement devant la réalité, car la catastrophe est imminente : le Sauveur du monde va être immolé, la toute-puissance de Dieu va connaître un formidable échec en apparence. Le Salut va venir par la mort sur la Croix.<br />
II faut donc que le vrai visage de Dieu s&#8217;imprime maintenant dans le cœur des disciples et qu&#8217;ils sachent que Dieu, justement, est au-dedans d&#8217;eux-mêmes, d&#8217;une Présence confiée à toute conscience humaine. C&#8217;est à cela que Jésus veut conduire ses disciples, c’est ce Royaume de Dieu qu&#8217;II voulait ériger au-dedans de nous, nous révélant que le ciel est ici, maintenant, dans cette éternité de l&#8217;amour, au cœur de notre plus secrète intimité.<br />
C&#8217;est donc là qu&#8217;il faut chercher Dieu, dans l&#8217;Homme ; et pour atteindre à la perfection chrétienne, il faut que tous les hommes ensemble constituent un seul corps, une seule vie, une seule personne en Jésus; et tout cela justement, c&#8217;est ce que l’Eucharistie va sceller.<br />
L&#8217;Eucharistie est pour l&#8217;éternité, l&#8217;affirmation qu&#8217;il n&#8217;y a pas accès possible à Dieu, autrement que par le chemin de l&#8217;Homme, car Jésus, le Christ Notre-Seigneur, bien sûr, ne cesse jamais être avec nous. Il est toujours comme sur le chemin d&#8217;Emmaüs, compagnon de nos vies, davantage, Il est toujours au-dedans de nous, au-dedans de chacun de nous.<br />
C&#8217;est pourquoi tout ce que nous faisons aux autres en mal ou bien, Le frappe, L&#8217;atteint, Le comble ou Le déchire, parce qu&#8217;II est intérieur à chacune de nos humanités, parce qu&#8217;Il est une attente infinie dans chacune de nos consciences.</p>
<p><strong>Auteur : Maurice Zundel<br />
Extrait de « Ta Parole comme une source »</strong></p>
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		<title>La lettre du Pape aux catholiques d&#8217;Irlande</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Mar 2010 18:38:25 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le Vatican a rendu publique, samedi 20 mars, la lettre de Benoît XVI aux catholiques irlandais après les scandales de pédophilie qui ont touché l&#8217;Eglise d&#8217;Irlande. En tant que catholiques comme en tant que citoyens, nous aurions attendu plus, et mieux : une volonté réelle de comprendre et d&#8217;éradiquer les causes profondes du scandale innommable [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Vatican a rendu publique, samedi 20 mars, la lettre de Benoît XVI aux catholiques irlandais après les scandales de pédophilie qui ont touché l&#8217;Eglise d&#8217;Irlande. En tant que catholiques comme en tant que citoyens, nous aurions attendu plus, et mieux : une volonté réelle de comprendre et d&#8217;éradiquer les causes profondes du scandale innommable de la pédophilie cléricale ; le souci de faire toute la lumière, qu&#8217;elles qu&#8217;en soient les conséquences pour l&#8217;institution ecclésiale &#8212; qui n&#8217;a pas sa fin en soi mais dans le service du monde &#8211;, sur les responsabilités à tous les niveaux de l&#8217;Eglise et de faire justice &#8212; réellement et non pas seulement symboliquement &#8212; aux victimes et aux innocents à jamais abîmés. Il en va de la crédibilité de l&#8217;institution à conserver un magistère qui ne soit pas que &laquo;&nbsp;de façade&nbsp;&raquo; sur les chrétiens du monde entier. Il en va surtout de la crédibilité de l&#8217;Eglise comme &laquo;&nbsp;peuple de Dieu&nbsp;&raquo; à proposer l&#8217;évangile au monde contemporain.<span id="more-2388"></span> Afin que chacun puisse juger par soi-même, voici la traduction de la lettre originale (en anglais) fournie par le Vatican.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p><strong>Chers frères et sœurs de l&#8217;Eglise en Irlande</strong>, c&#8217;est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l&#8217;Eglise universelle. Comme vous, j&#8217;ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l&#8217;abus d&#8217;enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l&#8217;Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d&#8217;entre vous ont ressenti en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l&#8217;Eglise en Irlande les ont affrontés.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/benoît-XVI.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2393" title="benoît XVI" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/benoît-XVI.jpg" alt="" width="249" height="350" /></a></p>
<p>Comme vous le savez, j&#8217;ai récemment invité les évêques irlandais à une rencontre ici, à Rome, pour rendre compte de la façon dont ils ont affronté ces questions par le passé et indiquer les mesures qu&#8217;ils ont prises pour répondre à cette grave situation. Avec certains prélats de la Curie romaine, j&#8217;ai écouté ce qu&#8217;ils avaient à dire, tant individuellement qu&#8217;en groupe, tandis qu&#8217;ils présentaient une analyse des erreurs commises et des leçons apprises, et une description des programmes et des protocoles aujourd&#8217;hui mis en place. Nos réflexions ont été franches et constructives. Je nourris l&#8217;espoir que, par conséquent, les évêques se trouvent à présent dans une position plus forte pour accomplir le devoir de réparer les injustices du passé et pour affronter les thèmes plus vastes liés à l&#8217;abus des mineurs selon des modalités conformes aux exigences de la justice et aux enseignements de l&#8217;Evangile.</p>
<p>2. Pour ma part, compte tenu de la gravité de ces fautes, et de la réponse souvent inadéquate qui leur a été réservée de la part des autorités ecclésiastiques dans votre pays, j&#8217;ai décidé d&#8217;écrire cette Lettre pastorale pour vous exprimer ma proximité et vous proposer un chemin de guérison, de renouveau et de réparation.</p>
<p>En réalité, comme de nombreuses personnes dans votre pays l&#8217;ont observé, le problème de l&#8217;abus des mineurs n&#8217;est pas propre à l&#8217;Irlande, ni à l&#8217;Eglise. Toutefois, le devoir qui se présente désormais à vous est celui d&#8217;affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination. Personne ne peut imaginer que cette situation douloureuse sera résolue dans de brefs délais. Des progrès positifs ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire. La persévérance et la prière sont nécessaires, ainsi qu&#8217;une grande confiance dans la force de guérison de la grâce de Dieu.</p>
<p>Dans le même temps, je dois également exprimer ma conviction que, pour se reprendre de cette blessure douloureuse, l&#8217;Eglise qui est en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. Une telle reconnaissance, accompagnée par une douleur sincère pour les préjudices portés à ces victimes et à leurs familles, doit conduire à un effort concerté afin d&#8217;assurer la protection des enfants contre de tels crimes à l&#8217;avenir.</p>
<p>Tandis que vous affrontez les défis de ce moment, je vous demande de vous rappeler du &laquo;&nbsp;rocher d&#8217;où l&#8217;on vous a taillés&nbsp;&raquo; (Is. 51, 1). Réfléchissez aux contributions généreuses, souvent héroïques, offertes à l&#8217;Eglise et à l&#8217;humanité tout entière par les générations passées d&#8217;hommes et de femmes irlandais, et faites en sorte que cela constitue un élan pour un examen de conscience honnête et un programme de renouveau ecclésial et personnel convaincu. Je forme la prière que, assistée par l&#8217;intercession de ses nombreux saints et purifiée par la pénitence, l&#8217;Eglise en Irlande surmontera la crise présente et redeviendra un témoin convaincu de la vérité et de la bonté de Dieu tout-puissant, manifestées dans son Fils Jésus Christ.</p>
<p>3. Tout au long de l&#8217;histoire, les catholiques d&#8217;Irlande se sont révélés une immense force de bien tant dans leur patrie qu&#8217;à l&#8217;étranger. Des moines celtes comme saint Colomban, diffusèrent l&#8217;Evangile en Europe occidentale en jetant les fondements de la culture monastique médiévale. Les idéaux de sainteté, de charité et de sagesse transcendante découlant de la foi chrétienne, ont trouvé une expression dans la construction d&#8217;églises et de monastères et dans l&#8217;institution d&#8217;écoles, de bibliothèques et d&#8217;hôpitaux qui contribuèrent à renforcer l&#8217;identité spirituelle de l&#8217;Europe. Ces missionnaires irlandais ont tiré leur force et leur inspiration de la foi ferme, de la direction solide et des comportements moraux justes de l&#8217;Eglise dans leur terre natale.</p>
<p>A partir du XVIe siècle, les catholiques d&#8217;Irlande ont subi une longue période de persécution, au cours de laquelle ils ont lutté pour maintenir vivante la flamme de la foi dans des circonstances dangereuses et difficiles. Saint Oliver Plunkett, l&#8217;archevêque martyr d&#8217;Armagh, est l&#8217;exemple le plus célèbre d&#8217;une multitude de fils et de filles courageux d&#8217;Irlande, prêts à donner leur vie pour la fidélité à l&#8217;Evangile. Après l&#8217;Emancipation catholique, l&#8217;Eglise fut libre de croitre à nouveau. Des familles et d&#8217;innombrables personnes qui avaient préservé leur foi au cours de la période de l&#8217;épreuve, devinrent le moteur d&#8217;une grande renaissance du catholicisme irlandais au XIXe siècle. L&#8217;Eglise offrit l&#8217;éducation, en particulier aux pauvres, et cela devait apporter une contribution importante à la société irlandaise.</p>
<p>Parmi les fruits des nouvelles écoles catholiques, figura une croissance des vocations: des générations de prêtres, de religieuses et de frères missionnaires quittèrent leur patrie pour servir sur chaque continent, en particulier dans le monde anglophone. Ils furent admirables non seulement en raison de leur grand nombre, mais également en raison de la force de leur foi et de la solidité de leur engagement pastoral. De nombreux diocèses, en particulier en Afrique, en Amérique et en Australie, ont bénéficié de la présence de clergé et de religieux irlandais qui prêchèrent l&#8217;Evangile et fondèrent des paroisses, des écoles et des universités, des cliniques et des hôpitaux, qui servirent tant les catholiques, que la société en général, avec une attention particulière pour les besoins des pauvres.</p>
<p>Dans presque toutes les familles d&#8217;Irlande, il y a eu quelqu&#8217;un — un fils ou une fille, une tante ou un oncle — qui a donné sa vie à l&#8217;Eglise. Les familles irlandaises nourrissent à juste titre une grande estime et une grande affection pour leurs proches qui ont consacré leur vie au Christ, en partageant le don de la foi avec d&#8217;autres et en mettant en pratique cette foi dans le service généreux de Dieu et du prochain.</p>
<p>4. Au cours des dernières décennies, toutefois, l&#8217;Eglise dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l&#8217;adhésion traditionnelle des personnes à l&#8217;égard de l&#8217;enseignement et des valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées. Au cours de cette période, apparut également la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, d&#8217;adopter des façons de penser et de considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l&#8217;Evangile. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican ii fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre comment les appliquer de la meilleure façon possible. En particulier, il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, visant à éviter les approches pénales à l&#8217;égard de situations canoniques irrégulières. C&#8217;est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème déconcertant de l&#8217;abus sexuel des enfants, qui a contribué de façon très importante à l&#8217;affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l&#8217;Eglise et pour ses enseignements.</p>
<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu&#8217;il est possible d&#8217;entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l&#8217;aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d&#8217;autres figures d&#8217;autorité, ainsi qu&#8217;une préoccupation déplacée pour la réputation de l&#8217;Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne. Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l&#8217;Evangile à un degré tel que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre.</p>
<p>5. En plusieurs occasions depuis mon élection au Siège de Pierre, j&#8217;ai rencontré des victimes d&#8217;abus sexuels, de même que je suis disposé à le faire à l&#8217;avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j&#8217;ai écouté leurs récits, j&#8217;ai pris acte de leur souffrance, j&#8217;ai prié avec eux et pour eux. Auparavant, au cours de mon pontificat, soucieux d&#8217;affronter ce thème, j&#8217;avais demandé aux évêques d&#8217;Irlande, à l&#8217;occasion de leur visite ad limina de 2006, d&#8217;&nbsp;&raquo;établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l&#8217;avenir, d&#8217;assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux&nbsp;&raquo; (Discours aux évêques d&#8217;Irlande, 28 octobre 2006).</p>
<p>Avec cette Lettre, mon intention est de vous exhorter tous, en tant que peuple de Dieu qui est en Irlande, à réfléchir sur les blessures infligées au Corps du Christ, sur les remèdes, parfois douloureux, nécessaires pour les panser et les guérir, et sur le besoin d&#8217;unité, de charité et d&#8217;aide réciproque dans le long processus de reprise et de renouveau ecclésial. Je m&#8217;adresse à présent à vous avec des paroles qui me viennent du cœur, et je désire parler à chacun de vous individuellement et à vous tous en tant que frères et sœurs dans le Seigneur.</p>
<p>6. <strong>Aux victimes d&#8217;abus et à leurs familles</strong>, vous avez terriblement souffert et j&#8217;en suis vraiment désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez supporté. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d&#8217;entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l&#8217;expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d&#8217;entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir ressenti qu&#8217;il n&#8217;y avait pas moyen d&#8217;échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l&#8217;Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. Dans le même temps, je vous demande de ne pas perdre l&#8217;espérance. C&#8217;est dans la communion de l&#8217;Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus Christ, lui-même victime de l&#8217;injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l&#8217;Eglise. Je sais que certains d&#8217;entre vous trouvent également difficile d&#8217;entrer dans une église après ce qui s&#8217;est passé. Toutefois, les blessures mêmes du Christ, transformées par ses souffrances rédemptrices, sont les instruments grâce auxquels le pouvoir du mal s&#8217;est brisé et nous renaissons à la vie et à l&#8217;espérance. Je crois fermement dans le pouvoir de guérison de son amour sacrificiel — également dans les situations les plus sombres et sans espérance — qui apporte la libération et la promesse d&#8217;un nouveau début.</p>
<p>En m&#8217;adressant à vous comme pasteur, préoccupé par le bien de tous les fils de Dieu, je vous demande avec humilité de réfléchir sur ce que je vous ai dit. Je prie afin que, en vous approchant du Christ et en participant à la vie de son Eglise — une Eglise purifiée par la pénitence et renouvelée dans la charité pastorale — vous puissiez parvenir à redécouvrir l&#8217;amour infini du Christ pour chacun de vous. Je suis confiant dans le fait que, de cette manière, vous serez capables de trouver la réconciliation, une guérison intérieure profonde et la paix.</p>
<p>7. <strong>Aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants</strong>, vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. Vous avez perdu l&#8217;estime des personnes en Irlande et jeté la honte et le déshonneur sur vos confrères. Ceux d&#8217;entre vous qui sont prêtres ont violé la sainteté du sacrement de l&#8217;Ordre sacré, dans lequel le Christ se rend présent en nous et dans nos actions. En même temps que le dommage immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre l&#8217;Eglise et la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse.</p>
<p>Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. Le repentir sincère ouvre la porte au pardon de Dieu et à la grâce du véritable rachat. En offrant des prières et des pénitences pour ceux que vous avez offensés, vous devez chercher à faire personnellement amende pour vos actions. Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux. Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu.</p>
<p>8. <strong>Aux parents</strong>, vous avez été profondément bouleversés en apprenant les choses terribles qui eurent lieu dans ce qui aurait dû être le milieu le plus sûr de tous. Dans le monde d&#8217;aujourd&#8217;hui, il n&#8217;est pas facile de construire un foyer domestique et d&#8217;éduquer les enfants. Ils méritent de grandir dans un milieu protégé, aimés et désirés, avec un profond sens de leur identité et de leur valeur. Ils ont le droit d&#8217;être éduqués aux valeurs morales authentiques, enracinés dans la dignité de la personne humaine, à être inspirés par la vérité de notre foi catholique et à apprendre des manières de se comporter et d&#8217;agir qui les conduisent à une saine estime de soi et au bonheur durable. C&#8217;est à vous, leurs parents, qu&#8217;est confié en premier lieu ce devoir noble et exigeant. Je vous exhorte à accomplir votre part pour assurer le meilleur soin possible des enfants, que ce soit à la maison ou dans la société en général, alors que l&#8217;Eglise, pour sa part, continue à mettre en œuvre les mesures adoptées ces dernières années pour protéger les jeunes dans les milieux paroissiaux et éducatifs. Alors que vous exercez vos importantes responsabilités, soyez certains que je suis proche de vous et que je vous assure du soutien de ma prière.</p>
<p>9. <strong>Aux enfants et aux jeunes d&#8217;Irlande</strong>, je désire vous offrir une parole particulière d&#8217;encouragement. Votre expérience d&#8217;Eglise est très différente de celle de vos parents et de vos grands-parents. Le monde a beaucoup changé depuis qu&#8217;ils avaient votre âge. Malgré cela, tous, à chaque génération, sont appelés à parcourir le même chemin de vie; quelles que puissent être les circonstances. Nous sommes tous scandalisés par les péchés et les échecs de certains membres de l&#8217;Eglise, en particulier de ceux qui furent choisis de manière particulière pour guider et servir les jeunes. Mais c&#8217;est dans l&#8217;Eglise que vous trouverez Jésus Christ qui est le même hier, aujourd&#8217;hui et à jamais (cf. He 13, 8). Il vous aime et c&#8217;est pour cela qu&#8217;il s&#8217;est offert lui-même sur la Croix. Recherchez une relation personnelle avec lui dans la communion de son Eglise, car il ne trahira jamais votre confiance! Lui seul peut satisfaire vos attentes les plus profondes et donner à vos vies leur signification la plus pleine, en les orientant au service des autres. Gardez les yeux fixés sur Jésus et sur sa bonté et protégez dans votre cœur la flamme de la foi. Avec vos frères catholiques en Irlande, je me tourne vers vous pour que vous soyez de fidèles disciples de notre Dieu et que vous contribuiez, avec votre enthousiasme et votre idéalisme si nécessaires, à la reconstruction et au renouveau de notre Eglise bien-aimée.</p>
<p>10. <strong>Aux prêtres et aux religieux d&#8217;Irlande</strong>, nous souffrons tous à la suite des péchés de nos confrères qui ont trahi une consigne sacrée ou qui n&#8217;ont pas affronté de la manière juste et responsable les accusations d&#8217;abus. Face à l&#8217;outrage et à l&#8217;indignation que cela a provoqué, non seulement parmi les laïcs mais également parmi vous et vos communautés religieuses, un grand nombre d&#8217;entre vous se sentent personnellement découragés et même abandonnés. En outre, je suis conscient qu&#8217;aux yeux de certains vous apparaissez coupables par association, et que vous êtes vus comme si vous étiez en quelque sorte responsables des méfaits d&#8217;autres personnes. En ce temps de souffrance, je veux rendre acte du dévouement de votre vie de prêtres et de religieux et de vos apostolats, et je vous invite à réaffirmer votre foi en Christ, votre amour envers son Eglise et votre confiance dans la promesse de rédemption, de pardon et de renouveau intérieur de l&#8217;Evangile. De cette manière, vous démontrerez à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20).</p>
<p>Je sais qu&#8217;un grand nombre d&#8217;entre vous sont déçus, déconcertés et fâchés pour la manière dont ces questions ont été affrontées par certains de vos supérieurs. Malgré cela, il est essentiel que vous collaboriez de près avec ceux qui représentent l&#8217;autorité et que vous vous prodiguiez pour faire en sorte que les mesures adoptées pour répondre à la crise soient vraiment évangéliques, justes et efficaces. Je vous exhorte en particulier à devenir de manière toujours plus claire des hommes et des femmes de prière, en suivant avec courage la voie de la conversion, de la purification et de la réconciliation. De cette manière, l&#8217;Eglise en Irlande tirera une nouvelle vie et vitalité de votre témoignage au pouvoir rédempteur du Seigneur rendu visible dans votre vie.</p>
<p>11. <strong>A mes frères évêques</strong>, on ne peut pas nier que certains d&#8217;entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement, dans l&#8217;application des normes du droit canonique codifiées depuis longtemps en ce qui concerne les crimes d&#8217;abus sur les enfants. De graves erreurs furent commises en traitant les accusations. Je comprends combien il était difficile de saisir l&#8217;étendue et la complexité du problème, d&#8217;obtenir des informations fiables et de prendre des décisions justes à la lumière de conseils divergents d&#8217;experts. Malgré cela, il faut admettre que de graves erreurs de jugement furent commises et que des manquements dans le gouvernement ont eu lieu. Tout cela a sérieusement miné votre crédibilité et efficacité. J&#8217;apprécie les efforts que vous avez accomplis pour porter remède aux erreurs du passé et pour assurer qu&#8217;elles ne se répètent pas. Outre à mettre pleinement en œuvre les normes du droit canonique en affrontant les cas d&#8217;abus sur les enfants, continuez à coopérer avec les autorités civiles dans le domaine de leur compétence. Les supérieurs religieux doivent clairement en faire tout autant. Ils ont, eux aussi, participé aux rencontre récentes, ici à Rome, pour établir une approche claire et cohérente de ces questions. Il est nécessaire que les normes de l&#8217;Eglise en Irlande pour la protection des enfants soient constamment revues et mises à jour et qu&#8217;elles soient appliquées de manière totale et impartiale, conformément au droit canonique.</p>
<p>Seule une action ferme menée de l&#8217;avant de manière pleinement honnête et transparente pourra rétablir le respect et l&#8217;affection des Irlandais envers l&#8217;Eglise, à laquelle nous avons consacré notre vie. Cela doit naître, avant tout, de l&#8217;examen de vos propres personnes, de la purification intérieure et du renouveau spirituel. La population irlandaise attend à juste titre que vous soyez des homme de Dieu, que vous soyez saints, que vous viviez avec simplicité, que vous recherchiez chaque jour la conversion personnelle. Pour elle, selon l&#8217;expression de saint Augustin, vous êtes des évêques, et pourtant avec eux vous êtes appelés à être des disciples du Christ (cf. Discours 340, 1). Je vous exhorte donc à renouveler votre sens des responsabilités devant Dieu, à croître dans la solidarité avec votre peuple et à approfondir votre sollicitude pastorale pour tous les membres de votre troupeau. Soyez en particulier sensibles à la vie spirituelle et morale de chacun de vos prêtres. Soyez un exemple à travers vos vies elles-mêmes, soyez proches d&#8217;eux, écoutez leurs préoccupations, offrez-leur votre encouragement en ce moment de difficulté et nourrissez la flamme de leur amour pour le Christ et leur engagement dans le service à leurs frères et sœurs.</p>
<p>Les laïcs doivent eux aussi être encouragés à jouer leur rôle dans la vie de l&#8217;Eglise. Faites en sorte qu&#8217;ils soient formés de telle manière qu&#8217;ils puissent rendre raison, de manière articulée et convaincante, de l&#8217;Evangile dans la société moderne (cf. 1 P 3, 15), et qu&#8217;ils coopèrent plus pleinement à la vie et à la mission de l&#8217;Eglise. Cela vous aidera également à recommencer à être des guides et des témoins crédibles de la vérité rédemptrice du Christ.</p>
<p>12. <strong>A tous les fidèles d&#8217;Irlande</strong>, l&#8217;expérience qu&#8217;un jeune fait de l&#8217;Eglise devrait toujours porter du fruit dans une rencontre personnelle et vivifiante avec Jésus Christ dans une communauté qui aime et qui offre une nourriture. Dans ce domaine, les jeunes doivent être encouragés à croître jusqu&#8217;à leur pleine stature humaine et spirituelle, à aspirer aux idéaux élevés de sainteté, de charité et de vérité et à tirer inspiration des richesses d&#8217;une grande tradition religieuse et culturelle. Dans notre société toujours plus sécularisée, dans laquelle nous aussi chrétiens nous trouvons difficile de parler de la dimension transcendante de notre existence, nous avons besoin de trouver de nouveaux chemins pour transmettre aux jeunes la beauté et la richesse de l&#8217;amitié avec Jésus Christ dans la communion de son Eglise. En affrontant la crise présente, les mesures pour faire face de manière juste aux crimes individuels sont essentielles, toutefois elles ne sont pas suffisantes à elles seules: il y a besoin d&#8217;une nouvelle vision pour inspirer la génération présente et les générations futures à tirer profit du don de notre foi commune. En marchant sur la voie indiquée par l&#8217;Evangile, en observant les commandements et en conformant votre vie de manière toujours plus proche à la personne de Jésus Christ, vous ferez l&#8217;expérience du renouveau profond dont il y a aujourd&#8217;hui un besoin si urgent. Je vous invite tous à persévérer le long de ce chemin.</p>
<p>13. Chers frères et sœurs dans le Christ, c&#8217;est avec une profonde préoccupation envers vous tous en ce temps de douleur, dans lequel la fragilité de la condition humaine a été aussi clairement révélée, que j&#8217;ai souhaité vous offrir ces paroles d&#8217;encouragement et de soutien. J&#8217;espère que vous les accueillerez comme une signe de ma proximité spirituelle et de ma confiance dans votre capacité à répondre aux défis du temps présent en tirant une inspiration renouvelée et une force des nobles traditions de l&#8217;Irlande de fidélité à l&#8217;Evangile, de persévérance dans la foi et de fermeté dans le recherche de la sainteté. Avec vous tous, je prie avec insistance qu&#8217;avec la grâce de Dieu, les blessures qui ont frappé un grand nombre de personnes et de familles puissent être guéries et que l&#8217;Eglise qui est en Irlande puisse faire l&#8217;expérience d&#8217;une saison de renaissance et de renouveau spirituel.</p>
<p>14. Je souhaite vous proposer des initiatives concrètes pour affronter la situation. Au terme de ma rencontre avec les évêques d&#8217;Irlande, j&#8217;ai demandé que le carême de cette année soit considéré comme un temps de prière pour une effusion de la miséricorde de Dieu et des dons de sainteté et de force de l&#8217;Esprit Saint sur l&#8217;Eglise dans votre pays. Je vous invite tous à présent à consacrer vos pénitences du vendredi, pour une année entière, d&#8217;aujourd&#8217;hui jusqu&#8217;à la Pâque 2011, à cette fin. Je vous demande d&#8217;offrir votre jeûne, votre prière, votre lecture de la Sainte Ecriture et vos œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l&#8217;Eglise qui est en Irlande. Je vous encourage à redécouvrir le sacrement de la Réconciliation et à recourir plus fréquemment à la force transformatrice de sa grâce.</p>
<p>Une attention particulière devra aussi être réservée à l&#8217;adoration eucharistique, et dans chaque diocèse, il devra y avoir des églises ou des chapelles spécifiquement réservées à cette fin. Je demande que les paroisses, les séminaires, les maisons religieuses et les monastères organisent des temps d&#8217;adoration eucharistique, de manière à ce que tous aient la possibilité d&#8217;y prendre part. A travers la prière fervente face à la présence réelle du Seigneur, vous pouvez accomplir la réparation pour les péchés d&#8217;abus qui ont fait tant de mal, et dans le même temps implorer la grâce d&#8217;une force renouvelée et d&#8217;un sens plus profond de la mission de la part de tous les évêques, les prêtres, les religieux et les fidèles.</p>
<p>Je suis confiant dans le fait que ce programme conduira à une renaissance de l&#8217;Eglise en Irlande, dans la plénitude de la vérité même de Dieu, car c&#8217;est la vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32).</p>
<p>En outre, après avoir pris conseil et avoir prié sur la question, j&#8217;ai l&#8217;intention d&#8217;effectuer une Visite apostolique dans plusieurs diocèses d&#8217;Irlande, ainsi que dans des séminaires et des congrégations religieuses. La Visite se propose d&#8217;aider l&#8217;Eglise locale dans son chemin de renouveau et sera établie en coopération avec les bureaux compétents de la Curie romaine et la conférence épiscopale irlandaise. Les détails seront communiqué en temps utile.</p>
<p>Je propose en outre que soit organisée une Mission au niveau national pour tous les évêques, les prêtres et les religieux. Je nourris l&#8217;espérance que, en puisant à la compétence d&#8217;experts prédicateurs et organisateurs de retraites, venus d&#8217;Irlande ou d&#8217;ailleurs, et en réexaminant les documents conciliaires, les rites liturgiques de l&#8217;ordination et de la profession et les récents enseignements pontificaux, vous parveniez à une analyse plus profonde de vos vocations respectives, de manière à redécouvrir les racines de votre foi en Jésus Christ et à boire abondamment aux sources de l&#8217;eau vive qu&#8217;il vous offre à travers son Eglise.</p>
<p>En cette année consacrée aux prêtres, je vous confie de manière toute particulière la figure de saint Jean Marie Vianney, qui eut une compréhension si riche du mystère du sacerdoce. &laquo;&nbsp;<em>Le prêtre, écrivit-il, a la clé des trésors du ciel: c&#8217;est lui qui ouvre la porte, c&#8217;est lui le dispensateur du bon Dieu, l&#8217;administrateur de ses biens</em>&laquo;&nbsp;. Le curé d&#8217;Ars comprit parfaitement combien est grandement bénie une communauté lorsqu&#8217;elle est servie par un prêtre bon et saint: &laquo;&nbsp;<em>Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, est le trésor le plus grand que le bon Dieu peut donner à une paroisse et l&#8217;un des dons les plus précieux de la divine miséricorde</em>&laquo;&nbsp;. Par l&#8217;intercession de saint Jean Marie Vianney, puisse le sacerdoce en Irlande reprendre vie et puisse toute l&#8217;Eglise en Irlande croître dans l&#8217;estime du grand don du ministère sacerdotal.</p>
<p>Je saisis cette opportunité pour remercier dès à présent tous ceux qui seront impliqués dans l&#8217;organisation de la Visite apostolique et la Mission, ainsi que les nombreux hommes et femmes qui, dans toute l&#8217;Irlande, œuvrent déjà pour la protection des enfants dans les milieux ecclésiaux. Dès le moment où la gravité et l&#8217;extension du problème des abus sexuels contre les enfants dans des institutions catholiques commença à être pleinement compris, l&#8217;Eglise a accomplie un énorme travail dans de nombreuses régions du monde, afin de l&#8217;affronter et d&#8217;y trouver remède. Tandis qu&#8217;il ne faut épargner aucun effort pour améliorer et mettre à jour les procédures déjà existantes, je suis encouragé par le fait que les pratiques de protection en vigueur, adoptées par les Eglises locales, sont considérées, dans certaines parties du monde, comme un modèle à suivre pour les autres institutions.</p>
<p>Je souhaite conclure cette Lettre avec une Prière pour l&#8217;Eglise en Irlande, que je vous envoie avec l&#8217;attention qu&#8217;un père a pour ses enfants et avec l&#8217;affection d&#8217;un chrétien comme vous, scandalisé et blessé par ce qui est arrivé dans notre bien-aimée Eglise. Lorsque vous aurez recours à cette prière dans vos familles, vos paroisses et vos communautés, puisse la Bienheureuse Vierge Marie vous protéger et vous guider sur le chemin qui conduit à une union plus étroite avec son Fils, crucifié et ressuscité. Avec une grande affection et une ferme confiance dans les promesses de Dieu, je vous donne à tous de tout cœur ma Bénédiction apostolique en gage de force et de paix dans le Seigneur.</p>
<p>Du Vatican, le 19 mars 2010, solennité de saint Joseph,<br />
<em>Benedictus PP. XVI</em></p>
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		<title>Et la compassion ? Qu&#8217;en est-il ? Regarde le monde et tu comprendras !, par Johann-Baptist Metz</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 15:43:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l&#8217;universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l&#8217;universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur celui de la souffrance répandue dans le monde. Le regard de Jésus ne s&#8217;est pas porté en premier sur le péché des autres, mais sur leur souffrance. Le péché était à ses yeux, ne l&#8217;oublions pas, le refus de participer à la souffrance des autres, le refus de jeter les yeux au-delà de l&#8217;horizon ténébreux d&#8217;une histoire personnelle marquée par la souffrance, il était pour lui, comme saint Augustin l&#8217;a nommé, « un repli du coeur sur lui-même »<span id="more-2332"></span>, un abandon au narcissisme secret qui habite toute créature. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;a débuté le christianisme comme communauté du souvenir qui inscrit ses récits dans l&#8217;imitation de ce Jésus historique dont le regard se porte en premier sur la souffrance d&#8217;autrui.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Johann-Baptist-Metz.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2333" title="Johann Baptist Metz" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Johann-Baptist-Metz-199x300.jpg" alt="" width="199" height="300" /></a></p>
<p>C&#8217;est cette sensibilité élémentaire à la souffrance de l&#8217;autre qui caractérise la manière nouvelle dont Jésus a vécu. Cette approche de la souffrance n&#8217;a rien à voir avec le dolorisme, avec un culte morose de cette souffrance. Elle est bien plutôt, dans le refus de tout sentimentalisme, l&#8217;expression de cet amour auquel pensait Jésus lorsque – se situant du reste par là pleinement dans la mouvance héritée d&#8217;Israël – il parlait de l&#8217;unité indissociable de l&#8217;amour de Dieu et de l&#8217;amour du prochain : l&#8217;attachement de Dieu à la souffrance est celui de l&#8217;empathie, il est, dans l&#8217;acception « politique » du terme, une mystique de la compassion. Voilà à quoi est constamment confronté le christianisme quand il retourne à ses racines. Quiconque reconnaît « Dieu » au sens où l&#8217;entend Jésus est prêt à en payer le prix, au préjudice de son intérêt personnel qui s&#8217;impose dans l&#8217;immédiat et auquel le malheur de l&#8217;autre porte atteinte. Voilà ce que suggère la parabole du « bon Samaritain » par laquelle les récits concernant Jésus se sont inscrits dans la mémoire de l&#8217;humanité.</p>
<p>Et si je souligne avec une telle insistance cette empathie qui découle de l&#8217;attachement de Dieu à la souffrance, c&#8217;est à mon avis parce que le christianisme a rencontré très tôt déjà de grosses difficultés face à l&#8217;attention élémentaire réclamée par cette souffrance, qui est le propre de son message et qui est abordée ici. La question, lancinante dans les traditions bibliques, que pose la justice en faveur des innocents qui souffrent, a été en effet à la naissance d&#8217;une formulation théologique du christianisme, bien trop rapidement transformée dans son fond et dans ses formulations pour devenir celle qui concerne la Rédemption des coupables. A cette dernière question s&#8217;est offerte la réponse toute trouvée de l&#8217;action rédemptrice du Christ. La doctrine chrétienne de la Rédemption a bien trop radicalisé la question de la faute et relativisé celle de la souffrance. De la sorte, la théologie a cru ôter au christianisme l&#8217;écharde que lui posait la question de la théodicée. Le problème de la souffrance a été intégré dans l&#8217;argumentation propre à la doctrine de la Rédemption. Le christianisme, qui était une religion d&#8217;abord sensible à la souffrance, s&#8217;est transformé pour devenir une religion prioritairement attentive au péché. Ce n&#8217;est plus sur la souffrance des créatures qu&#8217;a porté le regard, mais sur leur péché. Mais la sensibilité qui s&#8217;attache en priorité à la souffrance de l&#8217;étranger ne s&#8217;en est-elle pas trouvée ainsi émoussée, et la vision biblique de la grandeur de Dieu dans sa Justice &#8212; qui, d&#8217;après Jésus, devait porter sur toute forme de faim et de soif &#8212; n&#8217;en a-t-elle pas été assombrie ?</p>
<p>Bien sûr; mettre ainsi l&#8217;accent sur la sensibilité à la souffrance, telle qu&#8217;elle est propre au message chrétien et à son discours sur Dieu, ce n&#8217;est pas vouloir remettre en question l&#8217;importance du péché et de la faute, de l&#8217;expiation et du rachat (et surtout pas face à cette hystérie qui prône aujourd&#8217;hui partout l&#8217;innocence dans la société). Et ce sont avant tout nous-mêmes, les chrétiens, qui sommes ici confrontés à cette question – au sens où je l&#8217;ai moi-même posée explicitement dans le contexte d&#8217;un christianisme après Auschwitz. Est-ce que nous n&#8217;avons pas, au fil du temps, peut-être trop exclusivement interprété et vécu le christianisme comme une religion sensible au péché et, par voie de conséquence, trop peu à la souffrance ? Est-ce que, dans l&#8217;abîme insondable des souffrances qui grèvent l&#8217;histoire humaine, nous n&#8217;avons pas relégué le cri des hommes peut-être trop rapidement et trop à la légère hors de l&#8217;annonce chrétienne de la Passion ? N&#8217;avons-nous pas classé trop vite dans le domaine qui relève « strictement du séculier » ces autres hommes qui souffrent ? Et ne sommes-nous pas ainsi devenus sourds à la prophétie dont le message nous dit que c&#8217;est justement en partant de cette histoire «séculière » de la souffrance que le Fils de l&#8217;Homme vient à nous et juge du sérieux de notre engagement à sa suite ? « Alors, ils furent saisis d&#8217;étonnement et commencèrent à lui demander », lisons-nous dans la Parabole de Jésus sur le Jugement dernier (Mat., XXV). « &laquo;&nbsp;Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir souffrir ?&nbsp;&raquo; [ ... ] Et il leur répondit : &laquo;&nbsp;En vérité je vous le dis : dans la mesure où vous l&#8217;avez fait à l&#8217;un de ces plus petits de mes frères, c&#8217;est à moi que vous l&#8217;avez fait.&nbsp;&raquo; ». Voilà ce qu&#8217;est bel et bien ce rapport, cette union scellée mystiquement entre la Passion du Christ et les passions souffertes par les hommes !</p>
<p>Or il n&#8217;y a dans la langue allemande aucun terme qui exprime sans équivoque cette sensibilité qui s&#8217;attache dans l&#8217;immédiat à la souffrance – et qui évoque tout autant le premier regard de Jésus porté sur elle. C&#8217;est à peine si le mot allemand « Mitleid » (n.d.tr.: traduit le plus souvent en français par « pitié ») peut être utilisé sans mauvaise conscience. Ce terme a en tous cas une connotation trop affective, trop peu en prise sur la pratique, sur le domaine du « politique ». Il encourt le soupçon de vider les réalités sociales de leur aspect politique en les soumettant à une tendance moralisatrice, de masquer par le sentimentalisme les injustices régnantes. Et c&#8217;est pourquoi je risque d&#8217;utiliser le mot étranger « compassion » pour résumer le projet universel du christianisme à l&#8217;ère de la globalisation comme du pluralisme des religions et des cultures qui la constituent. Et par cette compassion j&#8217;entends non pas une vague « participation affective » dictée d&#8217;en haut ou de l&#8217;extérieur, mais une empathie, cet accueil de la souffrance de l&#8217;autre, qui implique que l&#8217;on prenne part à sa situation et que l&#8217;on s&#8217;y soumette par devoir, dans l&#8217;acceptation consciente et l&#8217;engagement concret face à cette souffrance étrangère. Cette compassion exige au préalable que l&#8217;on soit prêt à modifier son regard, pour qu&#8217;il devienne celui auquel ne cessent de nous inviter les traditions bibliques, spécialement aussi les épisodes historiques concernant Jésus, qui nous appellent à nous placer nous-mêmes dans la perspective et à adopter les critères de jugement de ceux qui souffrent et qui sont menacés. Et à supporter ce regard au moins un peu plus longtemps que nous le permettent les réflexes spontanés que nous impose le souci de nous affirmer nous-mêmes. Cette compassion est soumise à l&#8217;impératif catégorique formulé par Hans Jonas : « Regarde le monde et tu comprendras ! ».</p>
<p>Dès que cette compassion intervient, c&#8217;est la « mort du Moi » évoquée dans le Nouveau Testament qui s&#8217;instaure, ce Moi, ses désirs et son intérêt présents dans l&#8217;immédiat commencent à être relativisés – ils sont maintenant disposés à la « rupture » imposée par la souffrance de l&#8217;étranger. C&#8217;est alors que commence ce que l&#8217;on nomme d&#8217;un terme aussi exigeant qu&#8217; insécurisant la « mystique ».Cette mystique de la compassion est du reste à mes yeux l&#8217;approche typiquement biblique de ce qu&#8217;est en soi la mystique, c&#8217;est-à-dire pleinement celle qui souligne le caractère relatif du Moi, l&#8217;amène à « s&#8217;abandonner ». Mais non pas à se livrer, à disparaître dans le vide informel d&#8217;un univers impersonnel, mais à pénétrer toujours plus profondément et à grandir dans une « alliance », une alliance mystique entre Dieu et les hommes. À la différence des religions d&#8217;Extrême-Orient, le Moi n&#8217;est pas mystiquement dissout dans cette alliance, il est sollicité moralement et dans le domaine du « politique ». Mais il l&#8217;est dans une mystique de la compassion : c&#8217;est la souffrance de Dieu qui est vécue et confirmée comme souffrance partagée, comme mystique du regard lucide sur le monde. Et je me répète : un christianisme qui retourne à ses racines est toujours confronté à elle ; cette mystique de la compassion n&#8217;est pas une affaire d&#8217;ésotérisme, elle est offerte à tous, elle est exigée de chacun. Et elle concerne non seulement la sphère privée, mais aussi la vie publique dans l&#8217;ordre du « politique ».</p>
<p>Cette mystique de la compassion est une mystique qui, par la rencontre de l&#8217;étranger qui souffre, se trouve « reliée à la terre » ; en même temps elle n&#8217;est souvent pas autre chose que l&#8217;expérience assumée de « notre souffrance imputée par nous à l&#8217;attitude de Dieu ». Non pas pour coiffer de la sorte d&#8217;une expérience religieuse les expériences douloureuses du quotidien dont le caractère « séculier » est souvent terrible, non pas pour couronner l&#8217;histoire du monde, pleine de souffrances connues de tous, par une nouvelle souffrance religieuse vécue en privé. Mais pour rassembler dans la mystique de cette souffrance que nous imputons à l&#8217;attitude de Dieu toutes les expériences abominables de nos souffrances, pour les arracher à l&#8217;abîme du désespoir et de l&#8217;oubli, et pour nous encourager à adopter de nouvelles pratiques. Ces nouvelles pratiques qui incluent intégralement la faillibilité et le besoin de conversion propres à ceux qui sont dans l&#8217;action – et non pas pour insensibiliser aussitôt ce nouvel engagement publique par un romantisme religieux, loin de l&#8217;action déployée dans l&#8217;ordre du « politique », mais pour arracher à cet engagement son fondement de haine et de pure violence. Voilà ce qui me semble particulièrement important dans une situation où tous les conflits politiques de grande envergure menacent de déboucher sur des affrontements entre les cultures et les religions.</p>
<p>De même que la curiosité peut être prise au niveau de la pensée théorique comme la dot caractéristique léguée dans l&#8217;héritage de la Grèce, et que les conceptions républicaines de l&#8217;Etat et du Droit peuvent être considérées comme celle de Rome, de même on peut, à mon avis, voir la spécificité d&#8217;une dot dans celle que nous accorde la Bible pour l&#8217;Europe à l&#8217;époque de la globalisation et de son pluralisme des univers culturels et religieux. C&#8217;est dans cet esprit de compassion que se manifeste le christianisme par la force qu&#8217;exerce son impact sur le monde et qui le pénètre. Il envoie les chrétiens au front des conflits sociaux et politiques dans l&#8217;univers actuel. C&#8217;est dans cet esprit que se trouve la racine qui permet de résister à un christianisme privatisé par lui-même dans le contexte pluraliste qui est le nôtre. Il définit la mystique de la compassion comme une mystique du politique.</p>
<p>Mais, bien sûr, cette exigence n&#8217;apparaît-elle pas aujourd&#8217;hui comme une pastorale purement romantique ? Il se peut que cet esprit inspiré par la compassion ait pu éventuellement être vécu jadis, à des époques révolues, dans des univers marqués autrefois par la proximité, dans des sociétés urbaines et rurales archaïques, où l&#8217;on se trouvait à portée de vue des autres. Mais aujourd&#8217;hui : comment cet esprit fait-il face aux tempêtes de l&#8217;anonymat qui exclut le contact visuel et qui est le propre de la globalisation planétaire ? Face à de telles questions, nous ne devrions cependant pas l&#8217;oublier : ce ne sont pas seulement la souffrance et le malheur qui habitent ce monde, le christianisme est lui aussi présent dans notre univers qui se soude, à notre porte et dans les lointains les plus reculés, ici et là, tantôt dans des minorités, tantôt en proportions plus fortes. Et ce n&#8217;est pas en vain si l&#8217;Eglise passe dans notre monde pour la plus ancienne des institutions aux dimensions globales. Elle est présente partout, à portée de voix et de vue, et n&#8217;a au fond pas besoin de recourir à une éthique abstraite, désincarnée et qui n&#8217;engage à rien.</p>
<p>Dans les tentatives actuelles (tout à fait méritoires) qui cherchent à formuler une éthique globale, il est souvent question d&#8217;un universalisme moral qui peut être établi sur la base d&#8217;un consensus défini comme minimum ou comme fondamental entre les religions et les civilisations ; cependant, au sens strictement théologique et non plus seulement dans celui de la politique religieuse, une idée s&#8217;impose : une éthique globale n&#8217;est pas le résultat d&#8217;un scrutin ou d&#8217;un consensus. Quiconque désire ramener cette éthique globale à l&#8217;accord de tous oublie en effet que le consensus, cet accord obtenu de l&#8217;ensemble, peut être la conséquence, mais non le fondement et le critère d&#8217;une exigence universelle. Ce n&#8217;est pas le consensus qui fonde l&#8217;autorité attribuée à cette éthique, mais c&#8217;est l&#8217;autorité préalablement intrinsèque de cette éthique qui rend possible et qui fonde le consensus universel. Mais que serait l&#8217;autorité qui peut être aujourd&#8217;hui invoquée dans toutes les grandes religions et civilisations de l&#8217;humanité ? C&#8217;est, pour le résumer à l&#8217;extrême, l&#8217;autorité qu&#8217;imposent ceux qui souffrent, qui souffrent innocemment, victimes de l&#8217;injustice.</p>
<p>Cette autorité exercée par ceux qui souffrent (mais non par la souffrance !) est, mesurée aux critères modernes du consensus et du discours, une autorité « de faible poids ». Elle ne peut être assurée ni par l&#8217;herméneutique ni sur le discours argumenté, car l&#8217;obéissance qu&#8217;elle exige précède l&#8217;accord et l&#8217;argumentation &#8211; et cela, comme l&#8217;exige toute considération de morale universelle.</p>
<p><strong>Auteur : Johann-Baptist Metz,</strong> théologien allemand né en 1928 et élève de Karl Rahner, professeur émérite de théologie fondamentale à la Faculté de théologie catholique de l&#8217;Université de Münster (Westphalie). Il est considéré comme le promoteur de la « nouvelle théologie politique », apparentée en Allemagne au « catholicisme de gauche » et représentée par l&#8217; « École de Francfort », qui a exercé une influence profonde sur la « théologie de la libération » en Amérique Latine. Ce théologien est considéré comme l&#8217;un des plus importants et des plus influents dans le monde germanophone après le Concile de Vatican II.<br />
<strong>Source : Publik-Forum, 26 mai 2006<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Jean Courtois, Lyon,</strong> à partir de l&#8217;extrait légèrement abrégé d&#8217;un écrit du théologien allemand intitulé : <em>Memoria passionis. Ein provozierendes Gedächtnis in pluralistischer Gesellschaft</em> [<em>Memoria passionis</em>.<em> Une commémoration qui nous provoque dans une société pluraliste</em>], Herder éditeur, Fribourg-en-Brisgau, 2006.</p>
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		<title>Toute une réflexion d’intellectuels chrétiens est à redécouvrir pour réfléchir à un dépassement du capitalisme, par Vincent Cheynet</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Mar 2010 09:29:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans sa lettre Caritas in veritate sur « le développement humain intégral », ce n’est pas un hasard si le pape Benoît XVI place le développement au cœur de sa réflexion sur la doctrine sociale de l’Eglise. Raisonner sur cette base, c’est déjà penser à partir des présupposés que véhicule l’« idéologie du développement », [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans sa lettre <em>Caritas in veritate</em> sur « le développement humain intégral », ce n’est pas un hasard si le pape Benoît XVI place le développement au cœur de sa réflexion sur la doctrine sociale de l’Eglise. Raisonner sur cette base, c’est déjà penser à partir des présupposés que véhicule l’« idéologie du développement », que ce développement soit « intégral », « durable » ou « humain ». S’exprimer à partir des mots « libération », « émancipation », ou encore « épanouissement » aurait été renvoyer à autre cadre de pensée, à d’autres perspectives politiques et idéologiques que celles qui semblent traverse la Curie romaine contemporaine.<span id="more-2360"></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/choc-de-la-decroissance.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2361" title="choc-de-la-decroissance" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/choc-de-la-decroissance-203x300.jpg" alt="" width="203" height="300" /></a></p>
<p>Le pape renvoie dos-à-dos les contempteurs de l’idéologie du développement et des dévots de la technoscience. Il accuse les seconds d’idolâtrie du progrès scientifique et les premiers de son refus en bloc. Ce jeu rhétorique visant à se présenter dans la position du « juste milieu » face à deux extrémismes est une figure classique et très commune actuellement.</p>
<p>« <em>Si, d’un côté, certains tendent aujourd’hui à lui confier la totalité du processus de développement, de l’autre on assiste à la naissance d’idéologies qui nient</em> in toto <em>l’utilité même du développement, qu’elles considèrent comme foncièrement antihumain et exclusivement facteur de dégradation. Ainsi finit-on par condamner non seulement l’orientation parfois fausse et injuste que les hommes donnent au progrès, mais aussi les découvertes scientifiques elles-mêmes qui, utilisées à bon escient, constituent au contraire une occasion de croissance pour tous. L’idée d’un monde sans développement traduit une défiance à l’égard de l’homme et de Dieu. C’est donc une grave erreur que de mépriser les capacités humaines de contrôler les déséquilibres du développement ou même d’ignorer que l’homme est constitutivement tendu vers l’« être davantage ». Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l’utopie d’une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité</em>. » (14)</p>
<p>Que nous disent les critiques de l’« idéologie du développement », les partisans de la décroissance et de l’antiproductivisme ?</p>
<p>D’abord que ceux-ci ne sont pas, naturellement, contre le développement, « <em>in toto</em> ». Par exemple, les objecteurs de croissance ne sont pas contre le développement psychique des individus, bien au contraire. Ils ne sont pas, non plus, et bien évidemment, contre certaines avancés médicales. Comme dans tout mouvement, il peut y avoir quelques ultras, mais leur propos réel est de faire preuve de discernement face aux nouveautés technologiques qui sont invariablement présentées comme des « progrès ». Il ne s’agit pas de rejeter en bloc toute forme de progrès, mais de refuser l’« idéologie progressiste », c’est-à-dire le dévoiement de l’idée de progrès en une religion où l’homme se déresponsabilise sur une technoscience comprise comme toute puissance et dont il attend le salut.</p>
<p>Quant au terme « développement », il doit être entendu dans son contexte et dans la définition qu’en ont nos contemporains. A défaut, nous raisonnons dans une tour d’ivoire sans comprendre le sens que notre époque donne aux mots.</p>
<h3>Le développement comme idéologie</h3>
<p>Premièrement, le développement est une idéologie née aux Etats-Unis au sortir de la Seconde guerre mondiale. De là découlent les notions de « pays développés », « pays en voie de développement » et « pays sous-développés ». Dans ce cadre, les pays dit « développés » sont des sociétés de consommation occidentales. La marche du « développement » voudrait donc que pour tous les pays du monde, l’aboutissement soit de devenir une société de consommation du type étatsunien fondée, entre autres, sur le déplacement automobile et l’habitat pavillonnaire. Cette perspective révèle son ethnocentrisme. Une dérive dont nos sociétés riches semblent avoir un mal indéfectible à se défaire malgré nos connaissances contemporaines sur les crimes et autres abominations du colonialisme. Le caractère néocolonial de l’idéologie du développement a d’ailleurs été dénoncé avec virulence à de multiples reprises par des mouvements de résistance et de libération des peuples, et y compris au sein de certains mouvements catholiques. Je ne citerai ici qu’un exemple, la réponse de Monsieur Jacques Nyiteij, membre du directoire du Parti travailliste de la Nouvelle-Calédonie, faîte à Monsieur Michel Rocard : « <em>Le monde que vous défendez, M. Rocard, n’est plus en crise. Il est moribond. Que nous proposez-vous de ses enjeux actuels ? Le progrès ? La croissance ? La production matérielle et la consommation de masse ? L’Occident en profitera. Mais que nous restera-t-il ? Les cancers de Mururoa et des guerres claniques pour que des multinationales se partagent le nickel de Goro ou l’exploitation halieutique, à l’image de Total en Birmanie ou au Gabon ? (…) Abandonnez cette suffisance verbale qui rappelle aux Kanaks les discours des gouverneurs coloniaux… Ne pensez plus pour nous. Laissez-nous venir à notre façon dans l’histoire du monde. Avec notre propre conscience de la terre, notre conception de la vie et du bonheur, de la place de l’homme parmi ses frères et du mode de satisfaction de ses véritables besoins</em>. » (<em>Politis</em>, 10 juillet 2008).</p>
<p>Ce type de controverse a suscité une abondante littérature. Elle émaille l’histoire du colonialisme d’hier et celui du colonialisme économique et culturel présent. L’opuscule de Serge Latouche <em>Survivre au développement</em> (éditions Mille et une nuits, 2006) constitue un bon résumé de l’entreprise et des dégâts de l’idéologie du développement.</p>
<h3>Lutter contre l&#8217; économisme</h3>
<p>Deuxièmement, notre société contemporaine est marquée par l’« économisme », c’est à dire l’envahissement de toutes les dimensions sociales et humaines par l’économie. Projeter dans ce cadre un mot qui touche de près ou de loin à l’économie, c’est inéluctablement renvoyer à cette sphère ; lorsque nous évoquons la « croissance » dans notre société, tous les citoyens comprennent la croissance « économique » et non celle, par exemple, des relations sociales. De la même manière, le développement sera, qu’on le veille ou non, d’abord compris comme un développement économique, donc comme de la croissance.</p>
<p>En 2002, le sénateur centriste Marcel Deneux avait bien exposé tout l’instrumentalisation dont le terme développement pouvait être l’objet : « <em>De prime abord, le concept de “développement durable” peut rallier à peu près tous les suffrages, à condition souvent de ne pas recevoir de contenu trop explicite ; certains retenant surtout de cette expression le premier mot “développement”, entendant par là que le développement tel que mené jusqu&#8217;alors doit se poursuivre et s&#8217;amplifier ; et, de plus, durablement ; d&#8217;autres percevant dans l&#8217;adjectif “durable”  la remise en cause des excès du développement actuel, à savoir, l&#8217;épuisement des ressources naturelles, la pollution, les émissions incontrôlées de gaz à effet de serre&#8230; L&#8217;équivoque de l&#8217;expression “développement durable” garantit son succès, y compris, voire surtout, dans les négociations internationales d&#8217;autant que, puisque le développement est proclamé durable, donc implicitement sans effets négatifs, il est consacré comme le modèle absolu à généraliser sur l&#8217;ensemble de la planète </em>» (Extrait du rapport du Sénateur Marcel Deneux sur <em>L&#8217;évaluation de l&#8217;ampleur des changements climatiques, de leurs causes et de leur impact prévisible sur la géographie de la France à l&#8217;horizon 2025, 2050 et 2100</em>). Dix ans plus tôt, le grand savant Nicholas Georgescu-Roegen nous mettait déjà en garde : « <em>Il n&#8217;y a pas le moindre doute que le développement durable est l&#8217;un des concepts les plus nuisibles</em> » (correspondance avec J. Berry, 1991).</p>
<p>Idéologies du développement et de la croissance sont profondément liées. Elles jouent sur les mêmes amalgames et manipulations. Le développement et la croissance de dimensions sociales et humaines seront utilisés des comme des chevaux de Troie pour refourguer les idéologies du développement et de la croissance. Les opposants sont accusés de refuser le développement social et humain et présentés comme des individus antisociaux, répudiant en bloc tous les apports du progrès technologique. Nous ne sommes plus le débat mais dans des jeux rhétoriques destinés à disqualifier des contradicteurs gênants. Les « objecteurs de croissance » qualifient le mot « développement » de « mot poison » nous enfermant dans l’imaginaire économique dominant. Bien entendu, les mots constituent tout sauf un enjeu secondaire. L’homme est verbe et ce n’est pas au pape que nous allons l’apprendre.</p>
<p>L’acharnement à défendre le développement et son idéologie n’est pas neutre. Il traduit le refus de l’Eglise de remettre en cause une idéologie à laquelle elle a largement contribué. Une idéologie qui permet au haut clergé de légitimer ses compromissions avec les puissances économiques – nous savons, par exemple, qu’en France, le fondateur des hypermarchés Auchan, Gérard Mulliez, est un des grands financeurs de l’Eglise – et plus largement la stratégie idéologique du développement à laquelle a abondamment contribué l’Eglise. La duplicité du terme développement permet de faire perdurer certaines pratiques en s’épargnant de douloureuses et exigeantes remises en cause.</p>
<p>D’où aussi le soutien du pape à l’« économie de marché ». Nous savons que cette dernière formule ne recouvre pas qu’un choix économique mais aussi, et surtout, un choix de société donc un choix anthropologique. Ecoutons par exemple le président étatsunien Barack Obama : « <em>Comme la plupart des Américains, je ne médis pas du succès et de la fortune. Cela fait parti de l’économie de marché </em>» (<em>Le Monde diplomatique</em>, 3-2010).</p>
<p>Ni y a-t-il pas là une contradiction flagrante entre le « mode de vie simple » ou l’appel à lutter contre la cupidité qui reviennent dans les discours du pape ?</p>
<p>L’économie de marché, c’est un modèle où les marchés financiers sont au centre de la société et dictent leur tyrannie. La dimension morale et autres dimensions non économiques sont renvoyées en périphérie de la vie sociale et humaine. La morale ne constitue plus alors qu’un accompagnement « éthique » de logique économique. Et pourtant, défendre les valeurs de l’Evangile conduit immanquablement à remettre en cause les idéologies du développement et de la croissance, de l’économie de marché et du capitalisme.</p>
<p>Devant les limites des ressources planétaires, l’alternative qui s’offre à nous est pourtant simple : soit nous apprenons le partage et la sobriété, c’est-à-dire à engager une décroissance des inégalités locale et globale, et dans les pays riches à une réduction et transformation de notre mode de production et de consommation. Soit nous continuons à déployer mille arguties pour éviter cette remise en cause inconfortable.</p>
<p>Je ne citerai ici qu’une seul auteur : G.K. Chesterton. Ce grand écrivain britannique a publié en 1926 un ouvrage dont le titre est déjà tout un programme : <em>Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste</em>. G.K. Chesterton avait déjà pensé voici un siècle les difficultés auxquelles nous nous confrontons aujourd’hui. Il apporte des solutions « <em>entre les écueils du totalitarisme collectiviste et du chaos d’un capitalisme “bling bling”</em> ». Il serait utile de se pencher, les chrétiens et les autres, sur les recherches de ces visionnaires.</p>
<p>Auteur : Vincent Cheynet, 8 mars 2010<br />
Dernier ouvrage : <em>Le choc de la décroissance</em>, Le seuil, 2008.</p>
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		<title>Promouvoir la justice, par Etienne Grieu, s.j.</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:55:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux dimensions de la justice, toutes deux indispensables et indissociables &#8212; mais distinguables malgré tout. D&#8217;abord un sens courant, qui associe la justice à des calculs bien effectués. Et un sens qui apparaît moins immédiatement, qui associe la question de la justice à celle du dévoilement des potentialités que les êtres portent.<span id="more-2308"></span> Je propose d’explorer successivement ces 2 dimensions, à partir de quoi nous reviendrons sur la question des leviers, des points d’appui, et sur ce qui se joue pour le chrétien dans ce genre de combats.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2309" title="Etienne Grieu" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg" alt="" width="360" height="480" /></a></p>
<h3>1- La justice : une rétribution proportionnelle à ce que chacun apporte</h3>
<p>Le premier versant de la question de la justice (telle qu’on l’entend habituellement), c’est finalement une question de comptes bien faits (image de la balance) &#8212; que les rétributions soient proportionnelles à ce qui a été apporté par chacun. Alors, bien entendu, dès que l’on creuse un peu, on s’aperçoit que c’est un tout petit peu plus complexe que cela, car quel critère va-t-on prendre pour évaluer une prestation ?</p>
<p>En effet, il y a différents critères possibles. Si vous prenez comme valeur phare l’efficacité, vous n’évaluerez pas une contribution de la même manière que si vous choisissez la créativité comme valeur ultime.</p>
<p><strong>a) Quels critères pour mesurer ?</strong></p>
<p>Un sociologue comme Luc Boltanski a montré qu’il y a 6 ou 7 manières différentes d’évaluer une contribution. Chacune de ces manières d’évaluer peut être associée à une vision du monde qui a sa cohérence et prétend pouvoir régenter le vivre ensemble ; c’est pourquoi il les appelle des « cités ». Ces manières d’évaluer proposent différents critères pour évaluer une prestation. Par exemple le critère :<br />
- de la créativité (est-ce que la prestation sort de l’ordinaire ?)<br />
- des relations de connivence et d’influence (est-ce qu&#8217;elle crée un lien qu’on va pouvoir faire jouer ?)<br />
- de la notoriété (est-ce qu&#8217;elle entraîne l’adhésion ?)<br />
- de ce que ça apporte quant aux règles du jeu (est-ce que la prestation aide à vivre ensemble ?)<br />
- de la rentabilité marchande (est-ce qu&#8217;elle rapporte ?)<br />
- de l’efficacité (est-ce que ça marche, est-ce qu’on avance ?)</p>
<p>La pluralité des critères possibles va entraîner disputes et compromis.</p>
<p><strong>b) Disputes et compromis</strong></p>
<p>Puisqu’on dispose de plusieurs règles graduées, il va falloir se mettre d’accord sur celle que l’on privilégie. Chaque manière de compter peut critiquer les autres manières de compter. D’où des disputes souvent complexes, qui portent simultanément sur la prestation qui a été fournie, et sur la manière de l’évaluer, sur le type de grille qu’on privilégie. Heureusement : ces manières d’évaluer ne sont pas absolument incompatibles les unes avec les autres. Entre elles, des compromis sont possibles.</p>
<p>Cet aspect de la justice qui compte, évalue et dispute n’est en aucun cas à négliger ou mépriser au nom de la foi chrétienne (comme si nous étions au dessus de ces calculs mesquins).</p>
<p><strong>c) Indispensable calcul des rémunérations</strong></p>
<p>En effet, nous avons absolument besoin de règles du jeu pour vivre ensemble :<br />
- lorsque quelques exceptions ne jouent pas le jeu, ça perturbe déjà pas mal,<br />
- si personne ne jouait le jeu, ce serait la catastrophe.</p>
<p>Si ces manières d’évaluer en vue de rémunérer nous manquaient, nous irions vers le chaos. La société deviendrait une sorte de grosse mêlée ou chacun est imprévisible pour les autres. Autrement dit, pas moyen de se mettre d’accord sur ce qu’on peut attendre de chacun, et cela parce qu’il n’y a aucun outil de mesure qui fasse référence et qui puisse être accepté par tous. A travers cette question de justice, il s’agit d’un effort de rationalisation (pas au sens d’une rationalité technique, mais de ce qui est raisonnable, de ce qui permet d’échapper au non sens).</p>
<p>C’est sans doute à cause de cette menace du chaos que personne n’osera délibérément dire qu’il faut renoncer à compter, à évaluer, à rémunérer en proportion de ce que chacun apporte. C’est pourquoi la posture du cynique n’est acceptée que de manière exceptionnelle (comme en fait une critique radicale de tous les critères sauf un, celui de l’originalité).</p>
<p>Nous sommes tous conscients de ce que la société repose sur ce type d’accords implicites que nous passons entre nous et qui permettent de vivre ensemble. En même temps, nous avons conscience aussi de la fragilité de ces accords (si l’un dit : vous ne jouez pas le jeu, vous trichez et entre dans la violence, c’en est fini). Cela dit, on peut questionner le poids donné à certains critères. Et insister sur la légitime pluralité des manières de mesurer.</p>
<p><strong>d) Refuser la survalorisation de certains critères</strong></p>
<p>Si un critère l’emportait sur les autres au point de les éliminer, n&#8217;aboutirions-nous pas à un considérable appauvrissement de l’humanité ? Actuellement, ce qui tend à l’emporter, c&#8217;est :<br />
- le critère marchand (qu’est-ce que ça rapporte ? qu’est-ce que ça vaut ? importance de l’échange monétaire)<br />
- le critère de la notoriété (est-ce que ça fait qu’on est connu, et qu’on entraîne l’adhésion ? société des médias)<br />
- le critère de l’efficacité (est-ce que ça marche ? importance de la technique)</p>
<p>Les autres critères me semblent davantage remisés dans l’ombre, et cela entraîne sans doute un appauvrissement de ce que nous faisons. Cela dit, il faut en même temps noter les limites de ce type de fonctionnement, qui accorde tant d’importance au calcul.</p>
<p><strong>e) Les limites de la justice qui calcule</strong></p>
<p>Les règles graduées nous stimulent : elles donnent envie à chacun de parvenir à être le plus performant possible à partir du critère privilégié. Mais, elles ne font que nous situer sur une échelle (elles permettent de repérer où est le curseur). Je dis de « nous situer », j’aurais dû dire de situer « ce que j’ai fait », ou « ce que nous avons fait », car en fait, ces instruments de mesure ne peuvent pas classer les personnes mais seulement leurs prestations. <strong><em>Elles ne parviennent jamais à dire la singularité d’une personne</em></strong>.</p>
<p>Mais, dans les faits, nous sommes sans doute très tentés de penser <em>comme si</em> ces règles graduées avaient le pouvoir d’évaluer la personne &#8212; comme si, en mesurant ses capacités, elles disaient la vérité sur ce qu’est cette personne. Or cela, évidemment, est faux. Car une personne est irréductible aux prestations qu’elle peut produire.</p>
<p>Conséquences :<br />
- nous sommes très souvent occupés à classer : qui est au-dessus de qui (en fonction de tel ou tel critère) ;<br />
- on est prêt à tuer père et mère pour obtenir d’être bien classé (bien évalué, conformément aux critères en vigueur). Car on pense que ce que l’on est dépend de ce classement ; on pense que c’est cela qui nous fait vivre ;<br />
- Ceux qui sont le plus souvent perdants quel que soit le critère retenu, sont socialement morts, n’existent plus, ne valent rien.</p>
<p>Ceci, traduit en termes théologique, a un nom : ça s’appelle l’idolâtrie. Une idole, c’est :<br />
- ce qui prétend donner la vie sans le faire ;<br />
- et qui énonce des exigences terribles, qui ont quelque chose de mortifère.</p>
<p>A partir de là, il ne s’agit pas de mépriser, bien entendu, cette justice qui fait des comptes. Elle est indispensable pour que nous puissions vivre ensemble. Et il convient, bien entendu, de la promouvoir en faisant droit au débat et aux disputes auxquelles elle donne lieu. Cela dit, on sent bien que cette justice qui compte ne dit pas le tout de ce que nous sommes, et que les classifications qu’elle permet d’établir peuvent être très dangereuses si l’on se met à croire qu’elles disent la vérité de ce que nous sommes.</p>
<h3>2- La justice : le plein dévoilement de ce que chacun est</h3>
<p>D’où l’importance de ne pas oublier un second versant de la question de la justice. Là, il est question moins de comptes bien faits, que du sentiment, pour chacun, d’avoir pu donner sa pleine mesure, d’avoir pu faire passer au jour, ce qu’il porte de manière secrète ou latente en lui, d’avoir pu partager au moins un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Sommes-nous ici encore dans le champ de la justice ? Oui, je le pense, car chacun sentira comme une injustice le fait de n’avoir pas pu exprimer ce qu’il est, ce qui en lui était destiné à contribuer à la vie du monde. C’est ce que des philosophes ont thématisé autour du thème de la reconnaissance (Axel Honneth, Emmanuel Renaut, Paul Ricoeur). A la limite, on pourra voir tous les conflits autour de la justice qui calcule, comme des effets d’un désir de justice plus fondamental, mais qui s’exprime plus difficilement (on a un peu honte d’avouer : je désire être reconnu).</p>
<p><strong>a) Les plus démunis radicalisent la question de la justice</strong></p>
<p>Personnellement, ce qui m’a rendu sensible à cet aspect de la question de la justice, ce sont les personnes qui connaissent la grande pauvreté. Il me semble qu’on peut dire qu’ils radicalisent la question de la justice. Ces personnes, en général, ont un sens aigu de la justice. Mais elles ne visent pas d’abord une meilleure rétribution de leurs prestations, ni ne revendiquent des gratifications proportionnelles à ce qu’elles ont apporté. En ce sens-là, elles ne se satisferaient sans doute pas d’une manière de concevoir la justice qui s’en tient à calculer à partir d’échelles de grandeurs. Elles associent en fait la justice au dévoilement de la vérité, vérité qui porte sur les êtres eux-mêmes, et qui échappe à toute mesure, à tout tableau comptable.</p>
<p>Voici un petit poème réalisé par des membres du Sappel (Chrétiens du Quart-Monde) pour un chemin de croix :</p>
<p><em>« L’oubli est présent,<br />
vie injuste,<br />
abandonnée depuis le plus jeune âge,<br />
la vérité n’est pas faite. »</em></p>
<p>Voilà, il me semble, la protestation ultime des plus pauvres. La vérité en question porte sur ce que l’on est. On ne peut pas en dire beaucoup plus, précisément, parce que cette vérité demeure masquée : ce que l’on est vraiment – que l’on peut seulement pressentir – n’a pas trouvé l’occasion de se manifester. Cette non-manifestation, ici, est associée à l’abandon : un être abandonné ne peut pas manifester ce qu’il est.</p>
<p>Le thème de la justice s’en trouve radicalisé. Il ne s’agit plus d’abord d’une affaire de rétribution à opérer correctement. Fondamentalement, il est question de faire droit à la singularité de chaque être, de lui permettre de venir au jour afin qu’il s’exprime, se manifeste, partage un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Cela peut-il se régler au terme de disputes, de négociations et de calculs ? Non, bien entendu. Car de cela, je peux espérer être mieux situé sur une règle graduée. Mais ce que je porte de singulier en moi, qui est incomparable, dont aucune évaluation ne peut rendre compte, de cela une meilleure situation dans un classement ne peut rien dire du tout.</p>
<p>C’est pourquoi sont mis en cause non seulement telle ou telle manière de compter qui n’est pas juste, mais également le fait même de compter. Aucun compte ne pourra venir à bout de ce désir de justice que nous portons (tous). La justice que l’on peut attendre de la bonne gestion des différends et des contentieux est incapable d’appeler ce que chacun porte en lui-même et qui demeure caché.</p>
<p><strong>b) Les jeux de la reconnaissance</strong></p>
<p>Les plus pauvres, parce qu’ils sont tenus en dehors de la plupart de nos jeux comptables, ne nomment-ils pas ce qui, en fait, se cherche à travers les différents conflits de justice &#8211; que chacun soit accueilli dans sa singularité, appelé à apporter, dans l’espace public, les harmoniques que lui seul peut faire entendre ?</p>
<p>Sur quoi pouvons-nous nous appuyer pour que cela puisse avoir lieu ? Nous sentons bien qu’ici, il en va de la liberté de chacun : je ne peux forcer ce type de reconnaissance. Je peux certes forcer une reconnaissance en vue d’un meilleur classement (au terme d’une épreuve où je montre ce que je vaux). Mais la reconnaissance de ma singularité ne peut s’obtenir ainsi. Elle suppose la décision d’accepter qu’à travers cette personne, quelque chose d’inouï, d’incomparable, se dit. C’est une attitude d’hospitalité : j’accueille ce que je n’ai encore jamais vu, ce que je n’avais même jamais imaginé : toi, un être unique.</p>
<p>Le ressort est du côté de la décision, de la liberté donc. Mais cette attitude d’hospitalité va souvent encore plus loin : je ne me contente pas de t’accueillir, mais je t’appelle : j’appelle ce qui en toi n’est encore jamais paru au jour, ne s’est encore jamais fait entendre. Il y a mille manières pour dire à quelqu’un : on n’a pas encore tout vu de toi ; reste à venir au jour, peut-être le plus beau, qui ne s’est pas encore dit, qui n’a pas encore trouvé le moyen de se dire ; et qui, probablement nous étonnera tous.</p>
<p><strong>c) L’existence, sous-tendue par l’hospitalité et l’appel</strong></p>
<p>L’existence, vue dans cette perspective, n’est pas avant tout sous-tendue par le règlement des différends. La venue au jour de chacun est rendue possible par un jeu d’hospitalité (j’accueille en toi l’être inouï qui se présente), et d’appel (j’appelle en toi ce qui n’est pas encore venu au jour, que je ne connais pas, que je pressens, et qui nous étonnera tous).</p>
<p>Cette hospitalité et cet appel sont des attitudes risquées (je ne sais pas comment tu vas être) ; c’est un engagement vis-à-vis de toi, qui est sans condition préalable. Je ne dis pas : &laquo;&nbsp;je t’accueille ou je t’appelle à condition que tu fasses ça et ça&nbsp;&raquo;. En ce sens, on n’est pas du tout ici dans le registre précédent, où l’on devait tout  mesurer &#8212; voir si telle prestation a été bien rémunérée. Ici, on ne cherche pas d’abord cela, et l’on n’a pas besoin de calculer.</p>
<p>Ce qui nous fait exister comme être singulier, c’est donc d’abord ce genre d’attitude qui accueille et qui appelle, sans condition préalable, sans terme prévu, capable de perdurer malgré les non réponses (Dieu sait qu’en général, les réponses se font attendre), pardonnant.</p>
<p><strong>d) Un accueil et un appel qui passent par bien des canaux</strong></p>
<p>Cet effet d’appel, par quoi est-il porté ? On pourrait dire : avant tout par des proches (parents, amis, éducateurs). Et c’est vrai que c’est extrêmement important ; on s’en rend compte a contrario : lorsque nous avons été mal accueillis, ou mal appelés, cela laisse des blessures pour toute la vie.</p>
<p>Cela dit, il ne s’agit pas que d’une question de rapports interpersonnels. Tout d’abord parce que ces rapports interpersonnels sont eux-mêmes en partie formatés par la société dans laquelle nous vivons (les règles du jeu qu’on se donne : ex : placement des enfants ; et plus largement, la physionomie de la famille – élargie, nucléaire, etc.). Donc ces rapports ne tiennent pas tout seul en l’air ; ils sont portés par un substrat de rapports sociaux.</p>
<p>Et puis cet accueil et cet appel, peut également passer par des médiations instituées : une institution comme l’école, le système éducatif, est bien chargé, à l’échelle d’une société, de donner consistance au désir que nous avons que les plus jeunes trouvent leur place et expriment quelque chose de ce qu’ils sont. Pour aller à l’extrême, quelque chose qui paraît totalement anonyme comme un numéro de sécurité sociale, ça dit quand même, sous une forme très assourdie : &laquo;&nbsp;on tient à toi ; tu existe pour nous ; et pour cela, on s’engage pour que tu sois soigné quand tu es malade&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Cet accueil et cet appel de l’être singulier que nous sommes est également porté par des médiations complexes. C’est pourquoi il y a aussi une dimension politique de ce type de reconnaissance. Ceci apparaît clairement lorsqu’on réfléchit à ce qui se passe par exemple pour les jeunes des banlieues ; voilà sans doute des groupes sociaux – enfant issus de l’immigration maghrébine ou africaine – que nous n’avons pas vraiment accueillis ; et que nous appelons encore moins.</p>
<p>Les signes que nous leur faisons percevoir sont le plus souvent du type : on a peur de vous ; on ne sait pas quoi faire avec vous ; ou pire : on sait déjà ce que vous valez, et que ce n’est pas grand-chose. Tout cela passe par des paroles (le mot « racaille », par exemple, est suffisamment explicite), par des décisions (une manière d’organiser le service de la justice – un type d’intervention de la police) et par une ambiance qui se diffuse (« zones de non droit »).</p>
<p>Cela dit, bien entendu, on ne peut pas attendre de la seule instance politique qu’elle porte cet appel.</p>
<h3>3- Le jeu des deux composantes de la justice</h3>
<p>A partir de là, on peut se demander : comment les deux dimensions de la question de la justice vont jouer ensemble ? Plusieurs interprétations sont possibles, plusieurs options possibles.</p>
<p>On peut tout simplement passer totalement sous silence tout ce que j’ai mis sous le thème de l’accueil et de l’appel. Et considérer que l’on se fait soi-même (soi seul). C’est le mythe du <em>self made man</em>. L’idéologie sous-jacente ? Ce qui apparaît de ce que nous sommes est le simple fruit de notre effort ; en conséquence, il faut l’attribuer à notre mérite personnel, et il est normal qu’il soit rémunéré en conséquence. Ici, on a seulement besoin de la justice qui mesure et pas de la justice qui appelle (car ce qui surgit de neuf chez un être ne dépend en rien de nos manières de nous rapporter les uns aux autres).</p>
<p>On peut considérer aussi que l’accueil et l’appel sont confinés aux rapports interpersonnels ; dans ce cas, on reportera sur les familles et le réseau des proches, la question de l’accueil et de l’appel. Et une fois sorti de cette sphère, on considère qu’on ne peut plus rien faire.</p>
<p>Troisième option : on considère que l’accueil et l’appel font partie aussi de la responsabilité de la société. Et dans ce cas, on se demande comment leur donner consistance. On va chercher à ce que la justice ne se contente pas de rémunérer au mieux les prestations fournies par chacun, mais que chacun soit appelé à apporter la contribution singulière qu’il porte &#8212; et qui en même temps lui échappe, car il demeure en partie un mystère pour lui-même.</p>
<p><strong>a) Comme Chrétiens : à quoi sommes-nous appelés ?</strong></p>
<p>La réponse est dans ma question : j’ai employé le terme « appelé » ; c’est un <em>tic de langage</em> chrétien. Mais il est révélateur de quelque chose d’extrêmement important : comme chrétiens, nous pensons l’existence en termes de réponse à un appel. Pour cela, nous avons en tête les figures d’Adam (où es-tu ?), d’Abraham, de Samuel, des prophètes, des disciples : tous sont appelés. Nous plaçons clairement l’existence dans la réponse à un appel. Et un appel qui n’est pas seulement ponctuel ; un appel qui ouvre une alliance (une alliance, c’est un accueil et un appel qui se prolonge indéfiniment dans le temps). C’est cela qui est fondamental dans la relation à Dieu.</p>
<p>Cela dit, en même temps, vient une loi, avec des interdits, des choses à faire, bref des exigences &#8212; et en plus, des avertissements (si tu ne respectes pas la loi que je te donne, il va t’arriver des bricoles). Avec la loi, on va pouvoir reconnaître clairement des choses, et faire la distinction entre ce qui permet de répondre à Dieu, et ce qui l’empêche.</p>
<p>On entre ici dans la zone des échanges où l’on rétribue, où l’on compte. Mais la loi est sous-tendue par l’engagement de Dieu. On peut se reporter au décalogue (Ex 20) : ça commence par : « je suis Yahvé ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Voilà ce qui est premier, ce qui appelle à la vie. Et la loi donnée <em>ensuite</em>, comme ce qui permet de répondre à cet engagement de Dieu (« tu n’auras pas d’autre dieux devant moi, tu ne te feras aucune image sculptée… »).</p>
<p><strong>b) La tradition chrétienne : une prise de position par rapport aux deux composantes de la justice</strong></p>
<p>Alors bien sûr, on pourra être tenté de donner le premie rôle à la loi &#8212; à faire de l’échange calculé ce qui dit la vérité sur qui l’on est. Dans ce cas, on fait de la loi ce qui est la source de notre existence. La tradition chrétienne tranche ce débat de manière claire : la vie et la mort du Christ disent à quel point l’engagement de Dieu est sans condition préalable. Puisqu’il va jusqu’à s’y risquer lui-même.</p>
<p>Le débat sera tranché, en un certain sens, par le Christ et la tradition chrétienne : l’alliance est fondamentalement un engagement de la part de Dieu, qui est sans condition préalable ; et les éléments de loi que Dieu donne sont provisoires et ils ont une fonction pédagogique (nous aider à articuler notre réponse à Dieu).</p>
<p>A noter cependant que les deux éléments sont indispensables : un engagement sans condition vis-à-vis d’un autre, sans qu’il y ait entre nous aucun élément de contrat (où l’on mesure), peut facilement dériver vers quelque chose de fusionnel, ou bien vers une emprise de l’un sur l’autre.</p>
<p>C’est pourquoi la loi est indispensable : elle rappelle ce que l’on attend de la part de chacun ; elle souligne l’importance des échanges ; elle permet la réciprocité ; elle donne des médiations concrètes par lesquels l’engagement sans condition se dit ; elle permet d’éveiller une liberté, de mesurer la capacité à répondre, à tenir ses engagements, d’enregistrer les progrès, etc. La loi est donc très importante (et donc l’aspect de la justice qui mesure). Mais elle n’est pas fondamentale. Ce n’est pas cela qui constitue le socle de la relation avec Dieu : le socle, c’est l’engagement sans condition de la part de Dieu.</p>
<p>La justice qui calcule est indispensable, mais elle ne peut prétendre assumer à elle-seule la question de la justice. En fait, elle joue pleinement son rôle lorsqu’elle est la médiation par laquelle l’appel à l’existence et l’accueil de chacun se dit.</p>
<p><strong>c) A partir de là, revisiter quelques thèmes connus</strong></p>
<p>A partir de là, on retrouve un certain nombre de thèmes qui nous sont connus :</p>
<p>- « <em>Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir</em> ». Ici, Jésus souligne que la justice qui fait ses comptes ne peut pas être évacuée (elle ne peut être abolie), mais elle est accomplie au sens où est bien mise en place sa vraie fonction : porter l’appel à l’existence et l’accueil de chacun. C’est-à-dire, être comme le rappel de l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité et de ce qu’il nous est possible d’y répondre.</p>
<p>- « <em>Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens</em> ». Ici, on voit bien les deux dimensions de la justice, avec la tentation de s’en tenir à la justice qui compte ; elle est plus commode, plus simple et avec elle on peut avoir l’impression d’être quitte.</p>
<p>- « <em>Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi</em> » (Rm 13, 8 ) : la loi est accomplie quand on aime ; ceci peut se comprendre si l’on se souvient que la loi est là pour signifier l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité, qui est un appel et un accueil (autres termes pour dire l’amour). La loi rappelle, signifie l’amour de Dieu, elle lui donne consistance concrète ; et en même temps, elle indique des chemins pour répondre à cet engagement de Dieu. Elle est accomplie lorsque nous nous mettons dans les mêmes dispositions que Dieu, vis-à-vis de tous nos frères : lorsque nous répondons à Dieu en adoptant sa propre manière d’être (marquée notamment par l’engagement sans condition vis-à-vis de l’autre, attitude d’accueil et d’appel ; autres mots pour amour).</p>
<p>La méditation de ce qui se passe entre l’humanité et Dieu dans la Bible permet de distinguer le jeu de deux éléments en toute relation : 1) un engagement sans condition préalable et sans autre réponse à la question « pourquoi » que : &laquo;&nbsp;parce que c’est toi&nbsp;&raquo; ; 2) des échanges qui peuvent se mesurer (et là il y a d’autres « parce que »).</p>
<p>Le premier élément est fondamental. C’est lui qui donne la vie. Ce sont les engagements sans condition de tous ceux qui nous disent : je tiens à toi ; nous t’appelons ; on n’a pas encore tout vu de ce que tu portes. Le second élément est indispensable mais pas fondamental. Ce n’est pas lui qui donne la vie. Il est là comme une aide pour que chacun trouve sa manière singulière de répondre au don de Dieu.</p>
<h3>Conclusion : Quels points d’appui ou leviers ?</h3>
<p>Cette vision insiste beaucoup sur le fait que la justice, ce n’est pas seulement des calculs bien faits, mais c’est aussi l’accueil et l’appel de chaque être. Du coup, nous savons que nous ne verrons pas la fin de ce combat : car le mystère que chacun est, n’est jamais totalement dévoilé. Nous n’en avons jamais fini de nous révéler.</p>
<p>Cela situe le combat pour la justice du côté de l’utopie (non pas au sens négatif de quelque chose de totalement irréaliste ; mais au sens positif d’un ce vers quoi que nous n’atteindrons jamais, mais qui nous fait avancer).</p>
<p>Cela incite à refuser d’absolutiser les combats pour la justice qui calcule. Parfois on a l’impression que dans les calculs bien faits se trouvent la solution à tous les maux ; or quand on raisonne ainsi, on fait de cette justice une idole, et de fait, on est souvent prêt à lui sacrifier énormément.</p>
<p>Cela empêche de considérer les combats comme des luttes à mort ; car si chacun doit être appelé à l’existence, c’est vrai aussi de mon adversaire ; invite à sortir de l’imaginaire de la purification, dans lequel j’identifie l’adversaire à l’impur qu’il faut éliminer, pour préserver l’espace que je suppose pur en moi.</p>
<p>Cela invite à ne pas <em>zapper</em> les combats pour que les calculs soient faits le mieux possible (la justice du Royaume ne peut pas venir recouvrir des comptes tordus).</p>
<p>Mais plus précisément que ces grands rappels, je crois que cette vision permet de faire le rapport entre des actions en apparence anodines, tout à fait à notre portée, et des enjeux beaucoup plus larges : finalement il s’agit d’un même combat, pour que nous nous engagions dans l’accueil et l’appel de l’autre (nos proches, les générations plus jeunes ; l’étranger ; le migrant). Je ne sais pas si cela donne des points d’appui et des leviers ; mais en tout cas, c’est l’incitation à une certaine manière de vivre les nécessaires combats à mener pour la justice.</p>
<p><strong>_____________________________________________</strong></p>
<p><strong>Extraits des débats avec la salle</strong></p>
<p>Q. Témoignage d’un travail avec des visiteurs de prisonniers qui souligne l’importance de l’écoute et du travail d’apprentissage à l’écoute.</p>
<p>E.G. On a des réflexes qui consistent à évaluer une personne et à prononcer des jugements : c’est le plus facile, ce qui nous vient en premier. L’écoute c’est l’accueil de la personne telle qu’elle est, c’est plus risqué parce qu’on ne sait pas trop ce qui va arriver, vers quoi ça nous entraîne. Mais quand on a développé son goût à l’écoute on y trouve aussi richesse et intérêt : comprendre comment un être se développe.</p>
<p>Q. Les PDG qui s’octroient des salaires pharamineux et dont on dit « ils les valent bien », ou pire encore quand il s’agit de footballers ou des chanteurs : une insulte pour les autres</p>
<p>E.G. On est là en face d’un phénomène de même nature que celui des bulles spéculatives. A partir du moment où tout le monde pense qu’il faut miser sur telle personne, sur telle valeur, on en fait augmenter la valeur, jusqu’à ce que ça prenne des proportions folles. Une société humaine sans régulation fonctionne ainsi parce que nous avons en nous le réflexe spontané d’imiter ce que font les autres. Une société laissée livrée à elle-même va ainsi vers toutes sortes de bulles : engouements, modes… Il faut réguler, d’où l’importance du politique qui édicte des règles du jeu pour le vivre ensemble et permet de contrôler ce genre de choses.</p>
<p>Ceci va à l’encontre de la pensée libérale : « laissez tout faire et ça s’harmonisera » ; non, parce que si on laisse tout faire le phénomène du mimétisme conduit à la bulle. Cela a été très bien analysé par un anthropologue comme René Girard qui montre que ce phénomène du mimétisme est profondément ancré dans l’humanité ; ou encore par Jean-Pierre Dupuis dans le champ économique.</p>
<p>Il faut des régulations.</p>
<p>Q. Dans l’évaluation de « ce que je vaux » comment prendre en compte tout ce qui m’est apporté dès ma naissance par tous ceux qui m’ont précédé ? Cela n’a-t-il pas à voir avec notre identité ?</p>
<p>E.G. Oui, on doit accepter de reconnaître que ce que l’on est on ne l’a pas fait soi-même : on le doit à tous ceux qui nous ont appelés à l’existence. Nous sommes tentés de le passer sous silence et de penser que nous nous sommes faits nous-mêmes ; et la publicité joue là-dessus « ma banque c’est moi » ; « parce que je le vaux bien »… Elle fait entendre le message « vous êtes à la source de vous-mêmes », ce qui est faux. La tradition chrétienne dit « la vie, ça se donne » ; ça se reçoit et ça se donne.</p>
<p>Q. Deux exemples de situations engendrées par le manque de courage. Dans l’Eglise : on a comme critère de choix, par exemple des évêques, des gens « bien gentils » qui ne font pas de vagues. Dans le monde politique on évite les mesures tout à fait nécessaires qui auraient des conséquences négatives sur le plan électoral. On manque ainsi les rendez-vous de l’histoire.</p>
<p>E .G. Appeler chacun avec la singularité qu’il porte a un côté risqué, qui va mettre de la différence. Dans l’Eglise, on a souvent peur de la différence, peur du conflit. Quelqu’un comme saint Paul n’avait pas peur du conflit ; on le voit quand il remonte les bretelles à celui qu’on considère aujourd’hui comme le premier pape, saint Pierre, et cela fait tout à fait partie de la tradition chrétienne.</p>
<p>Avoir peur de s’engueuler, veut dire qu’on ne vit pas la communion : on s’évite mutuellement.</p>
<p>Q. Peut-on faire l’économie d’une révolution, dans le sens où il appartiendrait aux citoyens de réinstituer les sociétés dans lesquelles ils se trouvent ? Les institutions d’aujourd’hui contribuent à maintenir le monde tel qu’il est, à préparer les individus à la violence du monde, à la compétition, la lutte de tous contre tous.</p>
<p>E.G. La situation du monde, avec tous les problèmes qu’a révélés la crise, problèmes du fonctionnement de l’économie, de la non régulation de la finance, les problèmes écologiques extrêmement graves qui vont entraîner rapidement des conséquences pour des millions de personnes, appelle de manière très urgente de nouveaux modes de régulation. Comment les mettre en place ? Faut-il miser sur les opinions, les politiques en place, les contourner ? Le Forum social mondial était un essai pour faire cristalliser quelque chose à partir de la base. Faut-il faire pression sur les élus, faire des propositions nouvelles que les politiques puissent reprendre à leur compte ? Je pense qu’il faut attaquer dans tous les sens.</p>
<p>Le problème c’est que, très souvent, on sait que la catastrophe va arriver, et on ne fait rien du tout. La question est très grave.</p>
<p>Q. Je voudrais relever l’énorme gâchis éducatif dans lequel nous nous trouvons. Spontanément, beaucoup d’enfants veulent être au service des autres, les autres pouvant même être des animaux. Quand ils arrivent sur le marché du travail, on leur fait vite comprendre qu’il ne s’agit pas d’être au service des autres mais de gagner plus qu’eux, quand ce n’est pas aux dépends des autres. Quand ils arrivent dans le milieu professionnel, on ne tient aucun compte de leurs qualités humaines, ni même de leurs compétences ou de ce qu’ils exercent bien leur travail ; on leur demande de faire du chiffre et de remplir le tiroir-caisse du patron.</p>
<p>E.G. Ceci plaide pour chercher d’autre voies pour aider les jeunes à exprimer ce désir de service des autres qu’ils ont en eux. Il s’exprime par exemple par l’engouement – peut-être critiquable par ailleurs sur certains points – pour l’humanitaire. On doit s’interroger sur l’évolution très grave du monde du travail. Peut-on imaginer des sursauts, des prises de conscience ? Peut-être à travers ces suicides dans l’entreprise prend-on conscience qu’on ne peut pas faire n’importe quoi avec les salariés. Il faut des instances où les salariés se font entendre et, à mon avis, le syndicat est une instance incontournable.</p>
<p>Q. L’école a un rôle important, quand dans l’école les jeunes se sentent appelés. Toute recherche pédagogique est essentielle pour l’évolution sociale. Lorsque les jeunes se sentiront appelés, dans l’école, on aboutira à une révolution.</p>
<p>E.G. J’ai un copain qui a travaillé la question de la pédagogie. Quand on demande les valeurs que les enseignants veulent transmettre, peu font référence à l’histoire, à la mémoire ; on est dans une pédagogie qui occulte l’histoire. Et il s’est mis à enseigner la physique et les mathématiques en montrant beaucoup plus comment les grands savants avaient émis leurs hypothèses, les difficultés, les risques qu’ils avaient pris, au lieu de présenter un savoir comme intemporel, et il a constaté que cela débloquait plein de choses. C’est important parce que le trésor dont on dispose aujourd’hui nous a été transmis. Cela donne des racines, des assises plus solides.</p>
<p>Q. Comment accède-t-on au meilleur de soi ?</p>
<p>E.G. Cela passe par des liens privilégiés, relations interpersonnelles, nos parents, nos amis ; une ambiance qui permette à chacun de révéler qui il est, de s’exprimer par la confiance établie. Pour un chrétien quelque chose se joue dans la lecture de l’Evangile et dans la relation au Christ. A travers ce qu’il découvre du visage du Christ, quelque chose de lui-même lui est révélé dans une relation personnelle avec le Christ. Des figures instituées peuvent nous appeler. Je souhaite un développement des ministères qui ne soit pas limités aux seuls prêtres ; je vois dans la concentration des ministères dans la personne du prêtre une analogie avec la musique liturgique dans laquelle l’orgue joue à lui seul tous les instruments.</p>
<p>Q. Et ceux qui se mettent contre la loi pour aider les migrants ? la loi qui met des bâtons dans les roues de la Cimade.</p>
<p>E.G. C’est la transgression. Elle nous oblige à reconnaître que l’on ne peut rien savoir de la situation des autres et à reconnaître qu’il y a des principes de fraternité. On a là un bon exemple de dépassement de la loi.</p>
<p>Q. La loi peut souvent engendrer le légalisme desséchant ; Jésus critique la loi. Quant aux lois de l’Eglise fabriquées par les humains, elles trahissent.</p>
<p>E.G. A propos de l’institution : les choses ne marchent pas trop mal quand il y a un jeu entre ce qu’apporte chacun et l’institution. Si l’institution devient sclérosée, qu’elle empêche l’expression de chacun, elle ne joue pas son rôle. Mais s’il n’y avait pas d’institution, on serait condamné à tout réinventer à partir de zéro. L’institution donne une durée, une expansion possible aux intuitions. On peut la comparer à un texte écrit, un texte qui porte des choses précieuses. Si on lit mal comme un robot, il ne parle plus. Comment faire pour habiter les institutions, les faire vivre ? Ce texte a été complété par les apports des autres. Il doit accepter d’être modifié, enrichi et qu’une partie de lui-même ne soit plus réactivée à certains moments.</p>
<p>A ce propos E.G. commente l’initiative « Diaconia 2013 » :</p>
<p>Cette manifestation a été relayée aux Semaines Sociales en novembre dernier. Il s’agit de répondre aux inquiétudes de beaucoup dans l’Eglise de France sur un repli su soi, sur le culte et la piété au détriment des engagements sociaux. On a quelques points d’applique précieux avec la dernière encyclique : l’engagement social est constitutif de l’Eglise, cela fait partie du cœur de l’Eglise. Je ne serai pas étonné que l’on commence à voir les limites de l’option traditionaliste, que l’on commence à voir dans l’Eglise, au niveau des instances dirigeantes, que cela a des côtés dangereux et contreproductifs pour l’Eglise.</p>
<p>En France il y a eu un trésor d’engagements des gens du côté d’ATDQM. Il y a des gens qui ont vécu des choses très fortes, qui ont beaucoup de choses à apprendre à L’Eglise. Pour donner consistance à cela, il y a l’idée d’un rassemblement en 2013 qui s’appellerait « Diaconia 2013 » (http://www.diaconat.cef.fr/breves/diaconiat2013-1.html), un peu comme ce qui avait eu lieu en 2007 autour de la catéchèse, mais ici autour de la diaconie. C’est une manière de revisiter la théologie sous-jacente à l’engagement social, avec ce terme un peu nouveau.</p>
<p>François Soulage (Président du Secours Catholique – Caritas France) est moteur dans « Diaconia 2013 » ; autour des problématiques suivantes : comment la dimension de la solidarité peut être mise au cœur de la vie de l’Eglise et pas sous-traitée par des spécialistes ; que ce soit l’affaire de toute la communauté ; retrouver un contact régulier avec des personnes en situation de précarité. A signaler des créations de ces dernières années comme par exemple « Réseaux de veilleurs », « Voyage de l’espérance » etc.</p>
<p><strong>________________________________________</strong></p>
<p><strong>Des lectures pour en savoir plus :</strong></p>
<p>- « Un lien si fort – Quand l’amour de Dieu se fait diaconie » de E. Grieu, Ed. L’Atelier (2009).</p>
<p>- « Qui es-tu pour m’empêcher de mourir ? » de Gilles Rebèche, Ed. L’Atelier (2010).Une expérience très intéressante dans l’Eglise de France (dans le Var) et facile à lire.</p>
<p>______________________________________________</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de Nous Sommes Aussi l&#8217;Eglise, 24 janvier 2010</strong></p>
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		<title>La force attractive de l’Evangile et les possibles de l’Histoire, par Claude Geffré, o.p.</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:49:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en théologie (1973-1974), professeur d&#8217;herméneutique et de théologie des religions (1988-1996) à l&#8217;Institut catholique de Paris. En 1996, il devient directeur d&#8217;Ecole biblique et archéologique de Jérusalem et fait un mandat de trois ans.<span id="more-2299"></span> Depuis 1972, il a été aussi professeur invité dans plusieurs facultés de théologie : Bruxelles , Sherbrooke, Fribourg, Québec, Atlanta, Kinshasa, Ottawa et Yaoundé. Dans la scène théologique contemporaine, Geffré est le promoteur d&#8217;une pratique herméneutique de la théologie, ainsi qu&#8217;il explique dans son livre Le christianisme au risque de l&#8217;interprétation, publié dans la collection &laquo;&nbsp;Cogitatio Fidei&nbsp;&raquo; qu&#8217;il a dirigée aux Éditions du Cerf à partir de 1970. Il se propose de &laquo;&nbsp;rendre plus intelligible et plus signifiant pour aujourd&#8217;hui le langage déjà constitué de la Révélation&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2300" title="Claude Geffré" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a> </p>
<p>Je parle volontiers des « possibles de l’Histoire ». C’est le point de rencontre entre un dessein historique qui nous est fait, une liberté humaine, au vu d’une initiative créatrice. Et il n’y a pas quelque chose de nouveau à l’horizon de l’Histoire sans un pôle d’attraction qui est l’Evangile. Quelles pourraient être alors les initiatives des chrétiens comme force attractive de l’Evangile au service de nos sociétés ?</p>
<h3>1- Une histoire profondément ambiguë</h3>
<p>L’avenir du troisième millénaire est indécidable et nous sommes devenus sceptiques à l’égard des théologies et des philosophies de l’Histoire.</p>
<p>Le processus de désacralisation, de sécularisation qui coïncide avec l’avènement de la modernité comprise comme victoire de la raison critique, a engendré un formidable espoir. Mais les possibilités illimitées du progrès technique et scientifique n’ont pas toujours été réalisées et il est difficile de triompher des fatalités de l’Histoire et d’améliorer la condition humaine. Surtout après le cruel XXe siècle, il est certain que la foi dans les projets de la raison est sérieusement ébranlée. La modernité n’a pas tenu ses promesses et le fameux désenchantement du monde a surtout engendré un désenchantement du mythe du progrès. L’idéal d’une société sans classes s’est achevé avec l’effondrement du monde soviétique. La religion païenne de la race a conduit à la pure faillite de la raison et de la civilisation occidentale avec Auschwitz.</p>
<p>En dépit des conquêtes religieuses, l’homme du troisième millénaire a de plus en plus de mal à maîtriser les effets pervers de la techno science. On connaît les conclusions alarmantes des experts en matière d’environnement, de manipulations génétiques, de destruction écologique. Et nous sommes de plus en plus conscients de l’échauffement climatique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’homme est telle que c’est l’avenir même de l’espèce humaine dans le village planétaire qui est menacé.</p>
<p>Ou bien nous aurons la sagesse de modifier le processus en cours, ou bien nous périrons tous. C’est pourquoi notre responsabilité historique ne concerne pas seulement les conditions d’une vie harmonieuse dans une société de demain, mais la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la terre.</p>
<p>Ainsi, plus que jamais, l’Histoire est sous le signe de l’ambiguïté.</p>
<p>Mais qui dit ambiguïté, dit qu’il faut laisser l’avenir ouvert et qu’il ne faut pas trop céder à une vision apocalyptique de l’Histoire. Comme aime à le dire Edgar Morin, « l’improbable est possible ». Les prévisions les plus sombres des experts sont quelquefois démenties. On a pu le vérifier par exemple à propos de l’impossibilité de maîtriser la croissance galopante de la population mondiale. Certains parlent déjà d’une chute programmée de la fécondité qui est en lien direct avec l’éducation des femmes dans le monde. Nous ne devons donc pas désespérer des promesses du génie humain pour remédier aux effets pervers du progrès dans le domaine de la pollution, de la lutte contre la faim, de la victoire remportée contre des pandémies comme le sida. Nous ne connaissons pas toutes les ressources des libertés humaines quand elles se mobilisent pour renverser le cours de l’Histoire.</p>
<p>C’est d’autant plus vrai, si l’on se souvient que l’humanité est entrée dans son âge planétaire qui est aussi celui de la mondialisation.</p>
<p>L’ambiguïté même de l’histoire au seuil du troisième millénaire, c’est celle-là même du phénomène de la mondialisation. Il dépend justement de la bonne volonté des hommes qui engendre ou le pire ou au contraire favorise le meilleur.</p>
<p>Force est bien de constater que, actuellement, telle qu’il fonctionne sous le signe de la loi du libre marché, le système Terre est plutôt générateur de misère pour les trois-quarts de l’humanité. Qui peut en effet accepter avec résignation que 20% de la population mondiale détienne 83% des richesses disponibles de la Terre, alors que les 20% les plus pauvres survivent difficilement avec 1,4% des ressources naturelles ?</p>
<p>Ou bien encore,comment supporter l’idée qu’au début du XXIe siècle des millions d’enfants meurent chaque année avant l’âge de 5 ans. Et en dehors de cette injustice criante, il faudrait aussi souligner les retombées déshumanisantes d’un certain modèle uniforme de culture. On a pu parler d’un macdonalisme culturel qui, grâce au réseau médiatique toujours plus performant, s’étend à l’ensemble de la planète et peut provoquer l’érosion des cultures locales originaires.</p>
<p>Pourtant, cette dérive mortifère de la mondialisation n’est pas une fatalité. Comme le pressentent les défenseurs de l’altermondialisme, on devrait pouvoir exploiter les chances réelles du phénomène de globalisation à l’intérieur du village planétaire. La famille humaine a pris en effet une conscience nouvelle de son unité. Elle devient solidaire face à son destin et l’interdépendance nécessaire des Etats, comme la rapidité de l’information, favorisent l’émergence d’une conscience universelle dans la défense des droits de l’Homme et la défense des droits de la Terre.</p>
<p>Face au désordre structurel du marché mondial, face aux catastrophes naturelles, face aux menaces écologiques, face à la violation systématique des droits de l’Homme, la souveraineté jalouse des Etats devra céder devant la souveraineté supranationale de la communauté mondiale.</p>
<p>Non seulement notre vision de l’Histoire a dépassé un éthocentrisme occidental post-colonial, mais on ne peut plus considérer l’Histoire comme histoire des libertés en dehors de l’histoire de la planète et de l’ensemble du cosmos.</p>
<h3>2 – Le rêve de Dieu sur l’Histoire</h3>
<p>Face à l’ambiguïté fondamentale de l’Histoire, nous ne disposons comme chrétiens d’aucun secret sur l’issue de l’aventure humaine ou sur le destin de la planète Terre, perdue dans l’immensité du cosmos.</p>
<p>Mais dans la foi, nous connaissons au moins le projet, le rêve de Dieu quand il a pris le risque de faire surgir du néant des libertés créées.</p>
<p>L’existence humaine n’a de sens qu’en fonction de cet avenir absolu qu’est la vie en Dieu et avec Dieu. C’est précisément cette espérance qui donne tout son prix et tout son sérieux à l’histoire humaine.</p>
<p>En dépit de son caractère inscrutable – et c’est pourquoi je dirais qu’il n’y a pas de philosophie de l’Histoire, il n’y a même pas de théologie de l’Histoire – l’Histoire tend vers son accomplissement. Elle tend vers cet avenir qu’est le Royaume de Dieu, là où Dieu sera tout en tous. Il s’agit d’un au-delà de l’Histoire qui, bien sûr, relativise toute réalisation concrète ici-bas.</p>
<p>Mais l’Histoire est tout autre chose que le cadre extérieur de notre aventure personnelle spirituelle, notre aventure dans l’ordre de la charité. Elle est au sens fort une histoire du salut, non seulement comme échange vital avec Dieu, mais aussi comme guérison de tout l’Homme et même de la Création en tant que Terre habitable.</p>
<p>Ainsi, Dieu se fait complice du temps pour réaliser son dessein créateur sur l’Homme, au point d’épouser en Jésus-Christ la condition humaine pour triompher de la mort et de toutes les formes de mort.</p>
<p>Le fondement radical de l’espérance chrétienne devant l’inconnu de l’Histoire, c’est la mémoire du Christ, mort et ressuscité.</p>
<p>Toutes les religions sont à leur manière des religions de salut, au moins en ce sens qu’elles cherchent à guérir l’Homme de sa finitude et de lui procurer une immortalité au-delà de la mort. Qu’est-ce qui fait la singularité du christianisme dans le concert des religions du monde ? Qu’est-ce qui fonde notre confiance dans le christianisme parmi les religions du monde ? Quel est l’avenir du christianisme en dépit d’un certain affadissement quantitatif et qualitatif des Eglises institutionnelles, surtout en Occident ? Je dirais que c’est la complicité intime du christianisme comme religion et l’humain authentique. Ce qui est au cœur du christianisme, en effet, c’est le paradoxe de l’incarnation, l’avènement de Dieu dans l’Homme. C’est l’inauguration la plus radicale d’une alliance, d’un pacte d’amitié entre Dieu et l’Homme. Désormais, on ne peut plus séparer le visage de Dieu et le visage de l’Homme.</p>
<p>Durant des siècles et plus précisément depuis le concile de Latran de 1215, la pensée théologique était surtout soucieuse d’affirmer la dissemblance toujours plus grande de Dieu par rapport à l’Homme. Aujourd’hui, en fonction des menaces qui pèsent sur l’avenir de l’Homme, nous devons méditer sérieusement sur l’humanité toujours plus grande de Dieu, et sur sa manière de traiter avec notre inhumanité.</p>
<p>Jésus, dans son interprétation de la religion d’Israël, a mis fin à la violence du sacré ; non seulement le sacré des sacrifices rituels, mais le sacré d’un Dieu encore violent, un Dieu tout autre, qui se définit surtout en termes de toute-puissance, de perfection et d’éternité. Si le christianisme est fidèle à son génie propre, fidèle à la religion de Jésus, alors il peut être une religion d’avenir dans la mesure où il rejoint en tout être humain l’aspiration à se libérer de toutes les aliénations, l’aspiration à un sacré, mais un sacré non-violent, qui peut contribuer à apaiser la violence de l’humain.</p>
<p>Trop longtemps la pensée chrétienne, au moment où elle insistait sur le caractère proprement temporel du messianisme d’Israël, a spiritualisé à l’excès le messianisme de Jésus, comme s’il n’avait aucune portée réelle sur le cours de l’Histoire. Mais face aux injustices criantes et même aux crimes de l’Histoire des hommes, c’est le mérite de la pratique et de la pensée de l’Eglise de la seconde moitié du 20ème siècle d’avoir redécouvert la dimension messianique du christianisme, c’est-à-dire la puissance de transformation qu’implique l’annonce en paroles et en actes du Royaume de Dieu.</p>
<p>Les exégètes et les théologiens depuis une cinquantaine d’années ont montré en particulier comment l’eschatologie du Nouveau Testament transforme sans les abolir les promesses du Premier Testament qui annonce l’avènement d’un royaume de justice et de paix sur cette terre.</p>
<p>Le Royaume annoncé par Jésus n’est pas de ce monde, mais il peut déjà avoir son anticipation dans les chemins de l’Histoire. Certes, le messianisme de Jésus est paradoxal, car il se solde par l’échec de la croix. Il ne fait pas reculer apparemment la violence de l’Histoire, il en est la victime ; mais justement dans sa mort il démasque cette violence et il démontre de manière prophétique que seule la non-violence peut mettre un terme au cycle toujours recommencé de la violence.</p>
<p>Est-ce à dire que l’Eglise est condamnée à l’impuissance face à l’injustice des hommes, dans l’attente du jugement de Dieu ? Non, car la mémoire de la passion du Christ est une mémoire dangereuse pour tous ceux qui se font les complices des puissances du mal. Ce qu’on a appelé à la suite des théologiens d’Amérique latine « l’option préférentielle pour les pauvres » tend à devenir l’option de beaucoup d’Eglises chrétiennes, catholiques ou non, surtout ailleurs qu’en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Elle manifeste bien que l’espérance chrétienne dans un au-delà de l’Histoire n’est pas étrangère aux espoirs concrets de toue les opprimés.</p>
<p>Comme je l’ai déjà dit, la libération des hommes est une partie intégrante du salut, le salut ne se définissant pas uniquement par la réconciliation de l’homme pécheur avec Dieu. C’est assez dire que la responsabilité historique de tous les disciples de Jésus, les chrétiens mais aussi tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui vivent sans le savoir de l’esprit de Jésus, qui font sans le savoir les gestes de l’Evangile, ont comme vocation de faire en sorte que l’Histoire ait une figure humaine. Mais à l’exemple de Jésus ils savent qu’ils ne peuvent pas faire triompher la justice en utilisant les armes du pouvoir et de la violence. Camus nous a dit des choses importantes là-dessus quand il disait qu’entre sa mère et la justice des hommes, il préférait sa mère.</p>
<h3>3 – Qu’est-ce que ce serait qu’écrire une histoire à visage humain ?</h3>
<p>De quoi parle-t-on quand on parle des « possibles de l’Histoire » ? Le sens global de l’Histoire nous échappe. Mais nous donnons déjà un sens à chaque fragment de l’Histoire chaque fois que nous luttons avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté contre l’injustice et contre l’absurde.</p>
<p>L’Eglise ne dispose pas d’une recette magique pour construire un autre monde plus juste, plus convivial. Mais l’avenir demeure ouvert et le fondement de l’espérance chrétienne c’est la certitude que l’Esprit de Dieu est toujours au travail pour renouveler la face de la Terre. Chaque fois que nous mettons en œuvre la praxis de Jésus comme pratique d’humanisation et de libération, nous donnons un visage humain à l’Histoire et nous anticipons le règne de Dieu parmi les hommes.</p>
<p>J’ai déjà évoqué ce que j’appelle « les possibles de l’Histoire », c’est-à-dire des promesses qui peuvent devenir des réalités si, dans la fidélité à l’Evangile, les chrétiens sont capables d’initiatives créatrices.</p>
<p>Je voudrais simplement suggérer quatre dimensions qui peuvent favoriser l’émergence d’un autre monde possible.</p>
<h4>a- Une nécessaire purification de la mémoire</h4>
<p>Quand nous nous retournons vers les vingt siècles de christianisme qui se sont déroulés nous découvrons à côté d’actions admirables une certaine inefficacité pratique de l’idéal évangélique sur le cours de l’Histoire. Il n’y a pas seulement les occasions perdues, la déchirure de la chrétienté, le schisme d’Orient, les croisades, l’exclusion des juifs, les guerres de religion à la suite de la Réforme, la traite des noirs, mais aussi ce que j’appellerai la perversion même de l’Evangile au nom de la défense de la vérité et au nom d’une certaine conquête missionnaire. Et c’est le mérite de l’Eglise du XXe siècle, surtout sous le pontificat de Jean Paul II d’avoir invité les chrétiens à un travail de purification de la mémoire et d’avoir commencé à emprunter un chemin de repentance et de conversion. Mais une telle démarche n’est porteuse d’avenir que si elle s’accompagne d’un travail de discernement historique sur les causes qui ont pu favoriser ces dérives de l’idéal chrétien.</p>
<p>On doit en particulier s’interroger sur la fausse légitimation du prosélytisme au nom des droits absolus de la vérité révélée et au mépris des droits de la conscience individuelle. De ce point de vue, on n’a pas fini de méditer sur la portée de la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Celle-ci proclame que la vérité ne peut s’imposer que sur la force propre de la vérité. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer comme un signe des temps le nouveau dialogue entre les religions, de même que ce dialogue avec les religions avait été précédé par un dialogue plus fraternel avec les différentes confessions chrétiennes. Les autres religions et le christianisme lui-même comprennent mieux au-delà de leurs querelles ancestrales que les religions ne sont pas au service d’elles-mêmes mais qu’elles doivent être à la mesure des grandes causes qui sollicitent la conscience humaine universelle. Surtout face aux défis actuels de la mondialisation, c’est la chance du dialogue interreligieux de favoriser une émulation réciproque des religions au service de la justice, au service de la paix et de l’émergence progressive d’une communauté humaine plus conviviale.</p>
<h4>b- Le respect de l’humain véritable</h4>
<p>Face au danger de déshumanisation du processus actuel de mondialisation, les témoins de l’Evangile ont une vocation de contre-culture et doivent travailler avec d’autres à la recherche de promotion de l’humain authentique, d’une certaine épaisseur humaine.</p>
<p>Nous ne savons pas très bien ce qu’est le contenu de l’humain véritable, mais nous savons de mieux en mieux ce qui va contre l’humain dans les sociétés modernes. L’Eglise ne peut pas prétendre imposer un programme éthique ou un programme politique de manière autoritaire. Mais elle doit continuer à témoigner avec force de sa vision de l’Histoire en débat avec d’autres instances morales et politiques. Face aux questions redoutables que pose le désordre économique du monde, les nouvelles techniques dans l’ordre de la reproduction de la vie humaine, nous ressentons avec urgence le prix de ce qu’on peut appeler une éthique globale à l’échelle planétaire. Le dialogue des grandes religions entre elles est déjà un élément positif pour l’avenir de la communauté mondiale. Mais la quête tâtonnante d’un monde alternatif est liée aussi à l’interpellation réciproque de morales à fondement religieux et des éthiques séculaires. Il n’y a pas de dialogue entre les religions qui ne soit traversé par un dialogue avec ce qu’est l’humanisme secrété par la conscience humaine universelle.</p>
<p>Toutes les religions, à commencer par le christianisme, doivent être à l’écoute des appels de la conscience humaine universelle en matière d’aspirations légitimes de l’Homme. Aspirations en termes de liberté et de bonheur. J’ose même dire que toutes les religions qui, soit dans leur doctrine, soit dans leur pratique sont proprement inhumaines doivent sérieusement interpréter leurs textes fondateurs et leurs traditions. Mais à l’inverse, je pense que les instances éthiques purement séculières doivent prendre en compte la sagesse des traditions religieuses quant à leur vision de l’Homme. Il n’est pas sûr en effet que l’éthos moderne, l’éthos des médias, l’éthos hédoniste et consommateur véhiculé par les médias favorisent l’avènement d’une mondialisation à visage humain.</p>
<p>C’est en particulier la responsabilité des croyants des trois grandes religions monothéistes de faire la preuve qu’il n’y a pas de contradiction frontale entre la quête d’un Dieu personnel et le respect de l’humain véritable.</p>
<h4>c- La loi de surabondance</h4>
<p>Beaucoup de chrétiens s’interrogent sur l’originalité de leur vocation, de leur témoignage et de leur action dans la mesure où ils n’ont pas le monopole des initiatives dans le sens de la justice et de la solidarité. Il faut se réjouir en particulier des succès de toute la vie associative, des succès du monde de l’humanitaire, surtout chez les jeunes. Et c’est vrai que dans nos sociétés sécularisées il y a encore beaucoup de gens qui sont prêts à respecter au moins ce qu’on appelle la « règle d’or » que Jésus lui-même a rappelée, à savoir : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».</p>
<p>Quand même, c’est un peu comme si la quasi-religion des Droits de l’Homme – certains le pensent – aurait pris le relais des anciennes traditions religieuses des religions historiques. Or les crimes contre l’humanité de l’histoire passée et de l’histoire présente suffisent à nous convaincre de la fragilité de la conscience humaine laissée à elle-même, à ses intérêts ou à ses démons intérieurs. Il apparaît de plus en plus que même dans les Etats dits de droit, comme nos démocraties occidentales, une société qui ne serait régie que par les règles strictes de la justice deviendrait vite irrespirable.</p>
<p>Il faut faire sa place à une culture de l’amour ou de la culture de la justice. En un mot, au-delà des règles de la justice, qui sont des règles d’équivalence, d’identité, c’est le cas de la justice distributive, il faut savoir se réclamer d’une autre logique, celle de la loi de la surabondance qui nous renvoie au paradoxe de l’Evangile. Un autre monde est possible si on tient compte de cette logique de l’amour gratuit, du pardon, de la compassion, qui fait en sorte que, au-delà de la stricte égalité de la justice, le plateau de la balance penche en faveur des plus défavorisés. C’est en tout cas le plus sûr moyen d’écrire une Histoire à visage humain qui travaille secrètement dans le sens du Royaume de Dieu.</p>
<p>Jean Paul II, dans ses derniers discours concernant la paix au moment du 1er janvier avait coutume de répéter qu’il n’y a pas de paix sans justice et qu’il n’y a pas de justice sans pardon, sans qu’on compromette pour autant les droits.</p>
<p>Les initiatives de pardon ne sont pas seulement des initiatives sous le signe de la bonté et de la charité ; elles ont une efficience proprement politique et sont parfois la seule issue devant des conflits interminables.</p>
<h4>d- Une justice écologique</h4>
<p>Pour la première fois nous découvrons qu’il ne suffit pas de défendre les Droits de l’Homme si nous ne respectons pas en même temps les Droits de la Terre. Certains parlent déjà de ce possible que serait une justice écologique ou encore une mondialisation écologique.</p>
<p>Les pouvoirs de la science et des technologies sont tels que nous pouvons commettre des crimes contre l’identité du génome humain et contre les équilibres qui peuvent assurer la permanence d’une vie humaine sur Terre.</p>
<p>Des gaz à effet de serre ne cessent de croître, alors qu’un certain nombre d’Etats, comme le montre l’échec de la Conférence de Copenhague, les Etats les plus puissants du monde que sont les Etats-Unis ou la Chine, refusent de ratifier un certain nombre d’accords. La question clé pour le monde de demain, c’est l’autolimitation du pouvoir humain. Comment prévenir les effets pervers de ce que nous vivons, de ce que nous expérimentons aujourd’hui, comment faire en sorte que la Terre soit encore habitable par les générations qui nous suivent ? On est tenté ici de rappeler ce nouvel impératif moral mis en avant par le philosophe Hans Jonas dans son livre « Principe de responsabilité » et qu’il formulait comme ceci : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la Terre ».</p>
<p>Face à l’éventualité d’une catastrophe écologique à l’échelle planétaire, notre confiance spontanée dans l’avenir, dans la vie, dans l’être doit être relancée par notre confiance dans le Dieu de la tradition biblique. L’homme moderne, nous le savons, a pour vocation d’être un co-créateur avec Dieu en vue de rendre la Terre habitable : c’est l’enseignement des premiers livres de la Genèse. Mais la transformation et l’exploration des ressources de la terre par le travail ne doivent pas céder au vertige d’une démesure prométhéenne. Et de même que Dieu s’est reposé le 7e jour, l’homme du troisième millénaire doit faire l’apprentissage de ce qu’on peut appeler une sagesse sabbatique, celle de la gratuité, de la retenue, de la frugalité, du silence, de la louange et de l’émerveillement devant la création, en dépit des catastrophes, comme celle que nous continuons de vivre en Haïti.</p>
<p>Ce n’est pas là un luxe réservé à quelques-uns. Il en va de la survie même de l’humanité ; et dans le respect que nous avons de la page blanche de l’Histoire, nous sommes invités de plus en plus à essayer d’écrire une Histoire à visage humain.</p>
<h3>4 &#8212; La justice de l’Evangile au service de l’avenir de l’Europe</h3>
<p>En ce début du XXIe siècle, le scandale de la migration pose un problème éthique fondamental et celui d’une mondialisation qui creuse de plus en plus la fracture entre le premier monde et les autres mondes, la fracture entre les pays riches et les pays les plus pauvres. Finalement, c’est le phénomène de la tension entre, on pourrait dire, l’intérêt d’une nation particulière et le bien commun de l’ensemble de la communauté mondiale. Cela, c’est un problème de justice fondamental ; c’est la tension entre particulier et universel. Comment concilier l’intérêt bien compris d’une nation particulière et le bien commun évident de l’ensemble de la communauté mondiale ? En tout cas, l’accueil des migrants, l’accueil des travailleurs étrangers, ne peut être posé en dehors des cadres de l’Union européenne au sein de la communauté mondiale. On peut espérer, même si c’est très difficile, combiner l’Union européenne avec ce qu’on voudrait faire exister, l’union méditerranéenne. Même si l’Europe politique est toujours en panne, la construction européenne n’a de sens qu’en fonction d’une éthique de responsabilité, d’une éthique de partage, comme aimait à le rappeler Jacques Delors. L’ouverture vers les autres est le fondement même de la construction européenne. Et s’il y a bien encore une utopie qui puisse mobiliser la jeunesse des 27 pays de l’Union européenne, c’est bien l’idée d’une société plurinationale, qui soit pluri-religieuse, pluriculturelle et qui soit exemplaire dans la perspective d’une communauté mondiale. Une gouvernance mondiale qui tienne compte à la fois de la souveraineté des Etats, qui tienne compte aussi de la multiplicité des ONG, des associations qui essayent d’intervenir par rapport aux urgences de tel ou tel pays, comme l’épreuve d’Haïti nous en donne l’exemple aujourd’hui. Comment le droit d’ingérence peut s’articuler avec le respect des souverainetés nationales ? De même qu’il n’y a pas de nation européenne, il n’y a pas d’identité culturelle européenne : c’est une mosaïque de cultures, toutes européennes et toutes avec des traits propres. L’Europe est à la fois plurinationale, pluriculturelle, pluri-religieuse. Il n’y aura pas d’Etats-Unis d’Europe comme il y a des Etats-Unis d’Amérique, dans la mesure où dans le cadre des Etats-Unis, chaque Etat est à l’intérieur d’une nation américaine tandis que l’Europe doit tenir compte de la diversité et du respect de chaque nationalité.</p>
<p>Il me semble en tout cas important de se souvenir que le respect de l’étranger – c’est un problème de justice – appartient non seulement à la tradition judéo-chrétienne, mais aussi à la tradition musulmane, qui considère l’hospitalité comme un devoir sacré. Comme dans tout dialogue authentique, c’est l’autre, dans son altérité, qui me révèle ma propre identité et peut-être me faut-il découvrir grâce à cela, grâce à l’autre mon infidélité par rapport à mon propre moi.</p>
<p>Il convient de réfléchir sur un dialogue qui cultive le sens de la différence, un dialogue qui tente non pas à l’assimilation mais à l’acceptation de la différence.</p>
<p>Il y a un vieux principe qui rencontre la philosophie grecque, qui est au fond inséparable de la philosophie de l’identité, qui veut que le semblable puisse reconnaître le semblable, et c’est cela qui conduit à l’assimilation, et c’est la mentalité qui est sous-jacente à la conquête coloniale et trop souvent aussi aux formes de stratégie missionnaire de l’Eglise.</p>
<p>Il faut aussi resituer un autre principe, qui a sa source dans la tradition biblique, à savoir que le semblable reconnaît l’autre dans sa différence.</p>
<p>Certains historiens aujourd’hui parlent d’un humanisme judéo-chrétien qui, je crois, est d’un grand prix pour l’avenir de l’Europe, pour l’avenir de la communauté mondiale. Nous sommes à l’âge de la fin de l’eurocentrisme, c’est une chance, c’est donc la vocation historique de l’Europe de dépasser une mauvaise conscience post-coloniale et de lutter contre les effets négatifs d’une certaine mondialisation culturelle monolithique.</p>
<p>Je pense qu’il y a une spécificité de l’esprit européen ; elle est au point de rencontre des traditions bibliques et de l’esprit critique qui est un héritage tout à la fois de la Grèce et de l’âge des Lumières. On peut dire que tout au long de l’aventure coloniale, de l’épopée coloniale, les Européens n’ont exporté qu’un esprit européen tronqué, à savoir un appétit de domination, la maîtrise technique de la nature, le mépris des cultures locales.</p>
<p>Alors, je sais bien que l’Europe ne peut pas s’empêcher de chercher à maîtriser le flux des migrants qui ne cessent de frapper à sa porte, mais on ne peut pas accepter que l’Europe ne cherche pas des moyens d’accueillir ceux qui risquent leur vie pour pouvoir subsister et connaître une vie proprement digne.</p>
<p>Je termine sur cette idée que nous avons à faire l’apprentissage, en Europe en général et en France en particulier, de ce que pourrait être – puisqu’il s’agit du problème d’intégration, des problèmes d’identité – une citoyenneté complexe, qui cumule les exigences d’une identité citoyenne, une identité laïque, avec les identités culturelles et religieuses d’une population diversifiée.</p>
<p>Autrement dit, au-delà de l’assimilation à la manière républicaine de la France et au-delà du communautarisme tel qu’on le trouve dans les pays anglo-saxons, il faut essayer de réfléchir à ce que pourrait être une intégration sociale des étrangers, et c’est pourquoi je parle d’une citoyenneté complexe qui concilie l’exigence de l’identité française, sous le signe de la laïcité républicaine, et les exigences aussi des retombées culturelles des diverses traditions religieuses.</p>
<p>Quand on pose le problème de la justice au nom de l’Evangile, c’est probablement la vocation des chrétiens de rappeler qu’il s’agit avant tout de concilier l’intérêt légitime de ce que peut être une appartenance ou une communauté nationale avec de plus en plus la conscience de notre appartenance à une communauté proprement mondiale ; et je serais tenté, sans tomber dans le triomphalisme, de dire que , selon l’enseignement du concile de Vatican II, d’une certaine façon, si l’Eglise était fidèle à sa véritable vocation, elle devrait être le sacrement de l’unité du genre humain. Il ne s’agit pas de dire que l’Eglise pourrait être le modèle de ce que serait dans l’avenir une communauté mondiale : mais elle peut être le sacrement de l’unité au sens où – si elle était fidèle à l’idéal évangélique – ce serait une unité qui intègre des différences, qui légitime les différences. Autrement dit, il faut viser non pas à l’uniformité, mais à l’unanimité dans la foi et dans la confiance dans l’avenir.</p>
<h3>Extraits des débats avec la salle</h3>
<h4>Question : Qu’entendez-vous par « sagesse sabbatique » ?</h4>
<p>Réponse de Claude Geffré : Dieu se repose le 7ème jour. C’est le refus de l’idéologie de la rentabilité grâce au travail, du « travailler plus pour gagner plus ». C’est une certaine retenue. Ce n’est pas de la paresse ou de l’oisiveté. Ne pas être aliéné par son travail, ne pas être esclave du temps</p>
<h4>Q. : Où est la loi de surabondance dans l’encyclique « l’amour dans la vérité » où l’on trouve surtout un discours intellectuel et pas d’engagement pratique ?</h4>
<p>R. : Vous parlez du conflit entre la vérité et la pratique. On ne peut opposer vérité et pratique. Dans l’encyclique, il s’agit de dépasser le pragmatisme, qui doit être éclairé par l’intelligence de la foi, et donner des raisons à la contribution de l’Eglise.</p>
<p>Si l’on pense à la doctrine sociale de l’Eglise, on voit que ce sont des principes qui ne sont pas tellement honorés, réalisés dans la pratique quotidienne.</p>
<p>Il y a une grande distance entre l’idéal et la réalisation pratique ; une divorce entre l’ordre de la vérité et l’ordre du bien. On est surpris qu’un grand philosophe comme Heidegger ait pu dans son agir passer à côté de la réfutation d’horreurs comme l’idéologie de la race. C’est une des manifestations du nihilisme moderne : fabriquer des idéologies sans se rendre compte qu’elles sont mortifères. Légitimer tous les moyens pour obtenir le résultat.</p>
<p>Le christianisme montre qu’on doit lutter contre le mal, mais pas avec les armes de la violence. Il faut apaiser la violence de l’Histoire, par une non-violence active, qui a une efficacité. C’est une contribution possible du christianisme aujourd’hui, sa vocation prophétique. Le Christ crucifié, fidèle à la parole de miséricorde de Dieu et qui refuse de prendre les moyens de la violence pour instaurer la paix.</p>
<h4>Jésus a mis fin à la violence du sacré. Et la religion de Jésus ?</h4>
<p>Il y a religion et religion…</p>
<p>Jésus a mis fin à l’automatisation du sacré pour la sanctification et la purification de l’Homme. C’est la foi qui justifie (et c’est déjà dans le judaïsme, c’est la foi d’Abraham) et non l’application rigoureuse et automatique de tous les commandements.</p>
<p>La religion de Jésus, c’est le culte en vérité et en esprit de Dieu. Les vrais adorateurs du Père sont ceux qui se confient totalement dans la miséricorde de Dieu.</p>
<p>La nouvelle Alliance a mis fin au judaïsme dans la mesure où il serait simplement sous le signe de la loi et du culte à partir du sacrifice, du sacrifice sanglant. Mais la nouvelle Alliance ne fait qu’accomplir la première Alliance. Il n’y a pas de rupture puisque le message de Jésus rejoint ce qui est écrit dans le Décalogue, et finalement c’est l’amour de Dieu et du prochain.</p>
<p>Il est difficile de parler de la religion de Jésus. Mais je pense que, dans votre question, vous sous-entendez le christianisme. Il y a une religion de Jésus qui est l’attitude vis-à-vis de son Père, la prière, ce qu’il appelle dans son entretien avec la Samaritaine « le culte de Dieu en esprit et en vérité ».</p>
<p>Mais le christianisme, c’est une religion historique qu’il faut traiter comme toute religion instituée, avec une doctrine, des dogmes, des sacrements. Le christianisme a mis fin à la religion juive en tant que rite, sacrifice, obligation légale etc. Mais le christianisme a été lui-même à l’origine d’une religion originale où malgré tout la tension entre l’esprit et la lettre est beaucoup plus forte que dans les autres religions. Il y a à l’intérieur du christianisme, comme le disait Karl Barth – et comme le disent souvent les protestants – une sorte de nécessité, d’appétit de réforme perpétuelle. Parce qu’aucun enseignement, aucun rite ne dispense d’aimer. Tout est ramené à cet impératif de la charité. Et ça c’est très fort dans le christianisme, plus que dans d’autres religions qui sont davantage sous le signe de la loi ou sous le signe d’une certaine exubérance de dévotion, de culte, de rite…</p>
<p>Et ce fut la vocation du protestantisme de rappeler à cette réforme intérieure de l’Eglise, tentée parfois de judaïser, de tomber dans un certain pharisaïsme, c’est-à-dire dans l’obéissance formelle à des commandements.</p>
<h4>Où en est-on avec la théologie de la libération ?</h4>
<p>La théologie de la libération n’a plus en Amérique latine le succès qu’elle avait il y a 20 ans. Ce qui s’accompagne d’un moindre rayonnement des Communautés de Base.</p>
<p>La théorie et la pratique de cette théologie a été indissociable d’une période sous le signe de la dictature militaire. C’était au service d’une libération surtout des plus pauvres. Dans la mesure où le Brésil tend à devenir une démocratie, les CDB sont moins des communautés militantes dans le sens d’une efficacité sociale et politique que des communautés de prière qui recherchent davantage la consolation de Dieu et pas simplement un dynamisme pour changer la vie sociale.</p>
<p>Il y a le succès des nouvelles églises pentecostales. Alors que les théologies de la libération ont bien insisté sur les pauvres comme interlocuteurs privilégiés de Dieu, souvent les communautés nouvelles mettent comme horizon la prospérité ; faire en sorte que les hommes sans travail, aliénés par la drogue, retrouvent une certaine dignité. Ce n’est plus la lutte pour la libération des pauvres, c’est la lutte pour la libération intérieure des personnes. Et dans la tradition protestante le fait de trouver du travail, même le fait de gagner de l’argent, c’est plutôt une bénédiction de la part de Dieu. Donc, il n’y a pas la même valorisation du pauvre comme tel. Critiquables car sous le signe de l’émotionnel, ces communautés sont aussi très généreuses. La collecte y est une véritable entraide</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de NSAE, 23 janvier 2010<br />
Merci à Lucienne Gouguenheim pour la retranscription écrite de cette conférence.</strong></p>
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		<title>Il y a quelque chose de pourri en République française&#8230;, par Guy Verhofstadt</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Feb 2010 16:20:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour ses voisins, la France a souvent été un modèle d&#8217;inspiration et d&#8217;admiration, par l&#8217;intensité et la portée universelle des débats intellectuels dont elle a le secret. Elle est source d&#8217;accablement pour ses amis qui la voient se perdre dans une polémique stérile sur l&#8217;identité nationale. L&#8217;opportunité politicienne de ce débat, sa conduite hésitante et ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ses voisins, la France a souvent été un modèle d&#8217;inspiration et d&#8217;admiration, par l&#8217;intensité et la portée universelle des débats intellectuels dont elle a le secret. Elle est source d&#8217;accablement pour ses amis qui la voient se perdre dans une polémique stérile sur l&#8217;identité nationale.<span id="more-2125"></span> L&#8217;opportunité politicienne de ce débat, sa conduite hésitante et ses finalités floues donnent en effet l&#8217;impression désastreuse que la France a peur d&#8217;elle-même. Il y a décidément quelque chose de pourri en République française.</p>
<p style="text-align: center;">Le sémina<a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GuyVerhofstadt.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2126" title="Guy Verhofstadt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GuyVerhofstadt.jpg" alt="" width="319" height="394" /></a>ire, qui s&#8217;est déroulé en catimini le 9 février, témoigne du piège dans lequel s&#8217;est enferré le gouvernement. D&#8217;abord son opportunité lui échappe : censé contrer le Front national, le débat sur l&#8217;identité nationale a au contraire remis les thématiques d&#8217;extrême droite au premier plan. Ensuite, sa conduite a fait défaut : faute de consensus politique au sein même de la majorité présidentielle, ces discussions de sous-préfecture et le site dédié sont devenus un défouloir au remugle vichyste. Enfin, quelles sont les finalités de cette affaire ? Apprendre La Marseillaise à l&#8217;école ? L&#8217;absurde le dispute au grotesque.</p>
<p>Non pas qu&#8217;il faille avoir honte de son chant patriotique. Mais plutôt que de se lamenter sur le fait que les jeunes connaissent mieux les paroles d&#8217;un chanteur à la mode plutôt que celles de l&#8217;hymne national, les Français devraient plutôt être fiers de savoir que La Marseillaise est connue.</p>
<p>Cette crispation sur les symboles nationaux est le symptôme le plus patent du malaise national transpirant à travers ce débat raté. C&#8217;est un réflexe de peur incompréhensible quand on connaît le poids et l&#8217;influence de la France en Europe et dans le monde. Tous les pays ont des problèmes d&#8217;immigration, les ex-pays coloniaux plus que les autres, mais nous savons bien que c&#8217;est moins l&#8217;islam qui pose problème que le manque de formation et le chômage.</p>
<p>Pour un voyou d&#8217;origine africaine ou un Maghrébin islamiste qui affuble sa femme d&#8217;une burqa, combien de jeunes issus de l&#8217;immigration parviennent à s&#8217;insérer et à vivre de leur travail dans nos sociétés ? L&#8217;immense majorité. Ce serait une insulte à l&#8217;avenir national si ce débat sur l&#8217;identité devait conduire à stigmatiser des couches de la population à cause des comportements individuels d&#8217;une minorité agissante, dont le cas relève de la police et de la justice.</p>
<p>Lorsque la France a remporté la Coupe du monde de football, je ne me souviens pas, bien au contraire, que les Français aient eu à se plaindre des capacités sportives que donnait à leur pays sa diversité ethnique et culturelle. C&#8217;est de cette France-là que l&#8217;Europe a besoin, un pays ouvert et solidaire, qui s&#8217;est forgée une identité plurielle et universelle. Deux concepts si bien mis en lumière par Amartya Sen et Karl Popper, dont j&#8217;ai repris et développé la pensée en 2006 dans un manifeste politique intitulé &laquo;&nbsp;Plaidoyer pour une société ouverte&nbsp;&raquo;. Pour moi, l&#8217;essentiel en effet n&#8217;est pas d&#8217;où l&#8217;on vient mais où l&#8217;on va.</p>
<p>Au moment où l&#8217;on célèbre le 50e anniversaire de la mort de Camus, il serait paradoxal que la France s&#8217;abandonne à une posture étrangère à celle qui a fait sa réputation multiséculaire. Il existe certes une autre France, maurrassienne, chauvine qui ne s&#8217;est pas illustrée au mieux lors des grands chocs nationalistes du XXe siècle. Mais de la France qu&#8217;on aime et dont on a besoin, on attend des idées, des projets, et non pas le repli identitaire d&#8217;une vieille nation frileuse, plus occupée à ressasser les échecs du passé qu&#8217;à préparer ses succès de demain. Le légitime respect dont jouit toujours la France hors de ses frontières est un gage de reconnaissance précieux et un point d&#8217;appui pour redonner confiance aux Français. Un peuple confiant trouvera sa place dans l&#8217;Europe et le monde. Et ses gouvernants seraient bien inspirés d&#8217;en prendre conscience.</p>
<p><strong>Auteur : Guy Verhofstadt, président du groupe de l&#8217;Alliance des démocrates et des libéraux au Parlement européen, ancien premier ministre belge.<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 12.02.10</strong></p>
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		<title>Dix millions de Français sont touchés par la crise du logement</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Feb 2010 09:22:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[En France]]></category>
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		<description><![CDATA[La France compte 3,5 millions de mal-logés, et dix millions de ses habitants sont affectés de près ou de loin par une crise du logement qui ne cesse de s&#8217;aggraver, prévient la Fondation Abbé-Pierre. Dans son 15e rapport annuel, publié lundi 1er février, l&#8217;organisation souligne que &#171;&#160;l&#8217;aggravation progressive de la crise du logement aboutit à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La France compte 3,5 millions de mal-logés, et dix millions de ses habitants sont affectés de près ou de loin par une crise du logement qui ne cesse de s&#8217;aggraver, prévient la Fondation Abbé-Pierre. Dans son 15e rapport annuel, publié lundi 1er février, l&#8217;organisation souligne que &laquo;&nbsp;l&#8217;aggravation progressive de la crise du logement aboutit à un vrai problème de société&nbsp;&raquo; dont les autorités ne semblent pas avoir mesuré l&#8217;ampleur. La France manque de logements, et les loyers sont de plus en plus chers.<span id="more-2013"></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/mal-logement.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2014" title="mal-logement" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/mal-logement-300x154.jpg" alt="mal-logement" width="300" height="154" /></a></p>
<p>Aux 3,5 millions de mal-logés s&#8217;ajoutent 6,5 millions de personnes fragiles susceptibles de basculer à tout moment dans cette première catégorie en cas d&#8217;éclatement de la famille ou de perte d&#8217;emploi, par exemple. &laquo;&nbsp;Le fait d&#8217;être logé ne signifie pas qu&#8217;on est à l&#8217;abri des difficultés&nbsp;&raquo;, a commenté Christophe Robert, délégué général adjoint de la fondation. Le problème du logement &laquo;&nbsp;s&#8217;ancre dans la durée&nbsp;&raquo;, et la crise &laquo;&nbsp;ne fait que renforcer des difficultés qui perduraient depuis longtemps&nbsp;&raquo;, renchérit-il. Un problème dont les Français sont conscients, selon une enquête Nexity citée par le rapport, 80 % estimant qu&#8217;il est aujourd&#8217;hui difficile de trouver un logement.</p>
<p>Au chapitre des propositions, la Fondation demande d&#8217;imposer dans tout programme immobilier de plus de 10 logements un quota minimum de 30 % de logements à bas loyers. Elle suggère un nouveau plan de cohésion sociale sur cinq ans permettant de mettre sur le marché 150 000 logements sociaux par an. La fondation propose un &laquo;&nbsp;grand deal&nbsp;&raquo; entre les pouvoirs publics et les propriétaires, qui devraient être incités à remplir les logements vacants et contraints de limiter les hausses de loyers en cas de changement de locataires.</p>
<p>Elle suggère pour 2010 une hausse de 12 % du montant des aides personnelles au logement et l&#8217;attribution d&#8217;un &laquo;&nbsp;chèque énergie&nbsp;&raquo; aux ménages les plus modestes. Est également réclamée &laquo;&nbsp;la suspension des expulsions locatives des personnes de bonne foi&nbsp;&raquo; jusqu&#8217;à la fin de l&#8217;année.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<h3>600.000 enfants mal logés</h3>
<p>Ce sont les &laquo;&nbsp;victimes silencieuses&nbsp;&raquo; de la crise du logement. Selon le rapport de la Fondation Abbé-Pierre, 600.000 enfants et jeunes de moins de 18 ans souffrent du mal-logement. Le rapport pointe les conséquences parfois lourdes pour leur santé (saturnisme, affections respiratoires, mauvaise alimentation, mauvaise hygiène, troubles du sommeil), leur scolarité et leur intégration sociale.</p>
<p><strong>Source : <em><a href="http://www.lemonde.fr" target="_blank">Le Monde</a></em>, édition du 1er février 2010.</strong></p>
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		<title>Un moment de vérité</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/12/16/un-moment-de-verite-2/</link>
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		<pubDate>Wed, 16 Dec 2009 00:51:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une parole de foi, d&#8217;espérance et d&#8217;amour venant du coeur de la souffrance palestinienne
(l&#8217;appel de théologiens palestiniens aux Eglises chrétiennes du monde)
Introduction. Nous, un groupe de Palestiniens chrétiens, après avoir prié, réfléchi et échangé devant Dieu sur l&#8217;épreuve que nous vivons sur notre terre, sous occupation israélienne, nous faisons entendre aujourd&#8217;hui notre cri, un cri [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="TEXT-ALIGN: center"><strong>Une parole de foi, d&#8217;espérance et d&#8217;amour venant du coeur de la souffrance palestinienne<br />
(l&#8217;appel de théologiens palestiniens aux Eglises chrétiennes du monde)</strong></p>
<p><strong><em>Introduction.</em></strong> Nous, un groupe de Palestiniens chrétiens, après avoir prié, réfléchi et échangé devant Dieu sur l&#8217;épreuve que nous vivons sur notre terre, sous occupation israélienne, nous faisons entendre aujourd&#8217;hui notre cri, un cri d&#8217;espoir dans l&#8217;absence de tout espoir, uni à notre prière et à notre foi en Dieu qui veille, dans sa divine Providence, sur tous les habitants de cette terre. Nous inspirant du mystère de l&#8217;amour de Dieu pour tous et de celui de sa présence divine dans l&#8217;histoire des peuples et, plus particulièrement, dans celle de notre terre, nous voulons dire aujourd&#8217;hui notre parole, comme chrétiens et comme Palestiniens, une parole de foi, d&#8217;espérance et d&#8217;amour.<span id="more-1835"></span></p>
<p><strong>Pourquoi maintenant ?</strong> Parce que le drame du peuple palestinien est arrivé, aujourd&#8217;hui, à une impasse, et que ceux qui peuvent prendre les décisions se contentent de gérer le conflit au lieu d&#8217;agir sérieusement pour le résoudre. Cela remplit les coeurs des fidèles de peine et de questionnements : que fait la communauté internationale ? Que font les chefs politiques en Palestine, Israël et dans le monde arabe ? Et, que fait l&#8217;Eglise ? Car il ne s&#8217;agit pas simplement d&#8217;une question politique, mais, plutôt, d&#8217;une politique qui détruit la personne humaine. Et cela concerne l&#8217;Eglise.<br />
Nous nous adressons à nos frères et soeurs dans nos Eglises ici, dans cette terre. De même que nous adressons notre appel, en tant que Palestiniens et en tant que chrétiens, à nos chefs religieux et politiques, à notre société palestinienne et à la société israélienne, aux responsables de la communauté internationale et à nos frères et soeurs dans les Eglises du monde.
</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cri-desperance.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1836" title="cri-desperance" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cri-desperance-291x300.jpg" alt="cri-desperance" width="291" height="300" /></a></p>
<p><strong><em>1. La réalité<br />
</em></strong>1.1 &laquo;&nbsp;Ils disent ‘Paix ! Paix !&#8217; et il n&#8217;y a point de paix&nbsp;&raquo; (Jr 6,14). Tous en effet parlent de paix et de processus de paix au Moyen-Orient, alors que tout cela n&#8217;est jusqu&#8217;à maintenant que pures paroles. Alors que la réalité est l&#8217;occupation israélienne des Territoires palestiniens, notre privation de notre liberté et tout ce qui en résulte :<br />
1.1.1 Le mur de séparation, qui a été construit sur les terrains palestiniens, en a confisqué une grande partie, a converti nos villes et nos villages en prisons et en a fait des cantons séparés et dispersés. Gaza, après la guerre cruelle déclenchée par Israël en décembre 2008 et janvier 2009, continue à vivre dans des conditions inhumaines, sous embargo permanent et reste isolée géographiquement du reste des Territoires palestiniens.<br />
1.1.2 Les colonies israéliennes qui nous dépouillent de notre terre, au nom de Dieu ou au nom de la force, contrôlent nos ressources naturelles, surtout l&#8217;eau et les terres agricoles, dont elles privent des centaines de milliers de Palestiniens. Elles sont aujourd&#8217;hui un obstacle face à toute solution politique<br />
1.1.3 L&#8217;humiliation à laquelle nous sommes soumis chaque jour aux points de contrôle militaires, pour nous rendre à notre travail, à nos écoles ou à nos hôpitaux.<br />
1.1.4 La séparation entre les membres d&#8217;une même famille, qui rend la vie familiale impossible pour des milliers de Palestiniens, lorsque l&#8217;un des époux n&#8217;est pas porteur d&#8217;une carte d&#8217;identité israélienne.<br />
1.1.5 La liberté religieuse elle-même, à savoir la liberté d&#8217;accès aux lieux saints, devient limitée, sous prétexte de sécurité. Les lieux saints de Jérusalem sont inaccessibles à un grand nombre de chrétiens et de musulmans de la Cisjordanie et de Gaza. Les gens de Jérusalem eux-mêmes ne peuvent accéder à leurs lieux saints certains jours de fêtes, de même que certains de nos prêtres arabes ne peuvent entrer à Jérusalem sans difficultés.<br />
1.1.6 Les réfugiés font partie de notre réalité. La plupart d&#8217;entre eux vivent encore dans les camps dans des situations difficiles inacceptables pour les êtres humains. Eux, qui ont le droit de retour, attendent ce retour depuis des générations. Quel sera leur sort ?<br />
1.1.7 Les milliers de personnes détenues dans les prisons israéliennes font elles aussi partie de notre réalité. Les Israéliens remuent ciel et terre pour un seul prisonnier, mais ces milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes, quand verront-ils la liberté ?<br />
1.1.8 Jérusalem est le coeur de notre réalité. Elle est en même temps symbole de paix et signe de conflit. Après que le &laquo;&nbsp;mur&nbsp;&raquo; a créé une séparation entre les quartiers palestiniens de la ville, les autorités israéliennes ne cessent de la vider de ses habitants palestiniens, chrétiens et musulmans. On leur confisque leur carte d&#8217;identité, c&#8217;est-à-dire leur droit de résider à Jérusalem. Leurs maisons sont démolies ou confisquées. Jérusalem, ville de la réconciliation, est devenue la ville de la discrimination et de l&#8217;exclusion, et donc source de conflit au lieu d&#8217;être source de paix.</p>
<p>1.2 Par ailleurs, Israël tourne en dérision le droit international et les résolutions internationales, avec l&#8217;impuissance du monde arabe comme de la communauté internationale face à ce mépris. Les droits de l&#8217;homme sont violés. Malgré les multiples rapports des organisations locales et internationales des droits de la personne, l&#8217;oppression continue.<br />
1.2.1 Les Palestiniens de l&#8217;Etat d&#8217;Israël, tout en étant des citoyens ayant tous les droits et les devoirs que leur confère la citoyenneté, ont eux aussi subi une injustice historique et ne cessent de souffrir de politiques discriminatoires. Eux aussi attendent d&#8217;obtenir tous leurs droits et d&#8217;être traités à égalité avec tous les citoyens de l&#8217;Etat.</p>
<p>1.3 L&#8217;émigration est une autre dimension de notre réalité. L&#8217;absence de toute vision ou espoir de paix et de liberté a poussé les jeunes, chrétiens et musulmans, à émigrer. Le pays se voit ainsi privé de sa ressource la plus importante et la plus riche : une jeunesse instruite. La diminution du nombre de chrétiens, en particulier en Palestine, est une des graves conséquences de ce conflit, de l&#8217;impuissance et de l&#8217;échec aux niveaux local et international à trouver une solution globale au problème.</p>
<p>1.4 Face à cette réalité les Israéliens prétendent justifier leurs actes comme actes de légitime défense. C&#8217;est pourquoi l&#8217;occupation continue, de même que les punitions collectives et les représailles de toutes sortes contre les Palestiniens. C&#8217;est là, à notre avis, une vision renversée des choses. Oui, il y a une résistance palestinienne à l&#8217;occupation. Mais, précisément, s&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;occupation, il n&#8217;y aurait pas de résistance ; il n&#8217;y aurait eu non plus ni peur ni insécurité. Voilà ce que nous constatons, et nous appelons les Israéliens à mettre fin à l&#8217;occupation. Ils verront alors un nouveau monde, dans lequel il n&#8217;y a ni peur ni menaces, mais sécurité, justice et paix.</p>
<p>1.5 La riposte palestinienne face à cette réalité a revêtu de nombreuses formes. Certains ont choisi la voie des négociations : c&#8217;est là la position officielle de l&#8217;Autorité palestinienne. Mais cela n&#8217;a pas fait avancer le processus de paix. D&#8217;autres partis politiques ont eu recours à la résistance armée. Israël s&#8217;en est servi comme prétexte pour accuser les Palestiniens d&#8217;être des terroristes, ce qui lui a permis d&#8217;altérer la véritable nature du conflit, le présentant comme une guerre israélienne contre le terrorisme et non comme une résistance palestinienne légitime à l&#8217;occupation israélienne.<br />
1.5.1 Le conflit interne entre les Palestiniens, ainsi que la séparation de Gaza du reste des territoires palestiniens n&#8217;ont fait qu&#8217;aggraver la tragédie. Il convient aussi de noter que bien que la division ait affecté les Palestiniens eux-mêmes, la responsabilité pèse pour beaucoup sur la communauté internationale, car elle a refusé d&#8217;accueillir positivement la volonté du peuple palestinien telle qu&#8217;elle a été exprimée avec les résultats des élections menées démocratiquement et légalement en 2006.</p>
<p>Encore une fois, nous proclamons que notre parole chrétienne, au milieu de toute notre tragédie, est une parole de foi, d&#8217;espérance et d&#8217;amour.</p>
<p><strong><em>2. Une parole de foi<br />
</em>Nous croyons en Dieu, un Dieu bon et juste<br />
</strong>2.1 Nous croyons en Dieu, un et unique, créateur de l&#8217;univers et de l&#8217;humanité, un Dieu bon, juste et aimant toutes ses créatures. Nous croyons que toute personne humaine est créée par Dieu à son image et à sa ressemblance. La dignité de l&#8217;être humain provient de celle de Dieu et elle est égale en toute personne humaine. Cela veut dire pour nous, ici et maintenant sur cette terre en particulier, que Dieu nous a créés non pour que nous nous disputions et nous affrontions, mais afin que nous nous connaissions et nous aimions les uns les autres, et pour édifier ensemble cette terre, par notre amour et notre respect mutuel.<br />
2.1.1 Nous croyons en son Verbe éternel, son Fils unique notre Seigneur Jésus Christ, qu&#8217;il a envoyé comme Sauveur du monde.<br />
2.1.2 Nous croyons en l&#8217;Esprit Saint qui accompagne l&#8217;Eglise et l&#8217;humanité dans leur cheminement. C&#8217;est lui qui nous aide à comprendre les Ecritures, dans les deux Testaments, formant une seule unité, ici et maintenant. C&#8217;est lui qui nous révèle la manifestation de Dieu à l&#8217;humanité, dans le passé, le présent et l&#8217;avenir.</p>
<p><strong>Comment comprendre la Parole de Dieu ?</strong><br />
2.2 Nous croyons que Dieu a parlé à l&#8217;humanité, ici, dans notre pays : &laquo;&nbsp;Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les Prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils qu&#8217;il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles&nbsp;&raquo; (Hb 1, 1-2).<br />
2.2.1 Nous, Palestiniens chrétiens, comme tout chrétien dans le monde, nous croyons que Jésus Christ est venu accomplir la Loi et les Prophètes. Il est l&#8217;alpha et l&#8217;oméga, le début et la fin. Illuminés par lui et guidés par le Saint Esprit, nous lisons les Ecritures, nous les méditons et nous les interprétons, comme le fit Jésus aux deux disciples d&#8217;Emmaüs : &laquo;&nbsp;Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait&nbsp;&raquo; (Lc 24,27).<br />
2.2.2 Le Christ est venu proclamer que le Royaume de Dieu est proche. Il a provoqué une révolution dans la vie et la foi de l&#8217;humanité. Il nous a porté un &laquo;&nbsp;enseignement nouveau&nbsp;&raquo; (Mc 1,27) et une lumière nouvelle pour comprendre l&#8217;Ancien Testament et les principaux sujets qui y sont mentionnés et qui ont rapport avec notre foi chrétienne et notre vie quotidienne, tels les promesses, l&#8217;élection, le peuple de Dieu et la terre. Nous croyons que la Parole de Dieu est une parole vivante qui jette une lumière nouvelle sur chacune des périodes de l&#8217;histoire. Elle manifeste aux croyants ce que Dieu dit ici et aujourd&#8217;hui. C&#8217;est pourquoi il n&#8217;est pas permis de transformer la Parole de Dieu en lettres mortes qui défigurent l&#8217;amour et la Providence de Dieu dans la vie des peuples et des personnes. C&#8217;est là le défaut des interprétations bibliques fondamentalistes, qui nous portent la mort et la destruction lorsqu&#8217;elles figent la Parole de Dieu et la transmettent, comme parole morte, de génération en génération. Cette parole morte est utilisée comme une arme dans notre histoire présente, afin de nous priver de notre droit sur notre propre terre.</p>
<p><strong>La vocation universelle de notre terre</strong><br />
2.3. Nous croyons que notre terre a une vocation universelle. Dans cette vision d&#8217;universalité, le concept des promesses, de la terre, de l&#8217;élection et du peuple de Dieu s&#8217;ouvrent pour embrasser toute l&#8217;humanité, à commencer par tous les peuples de cette terre. A la lumière des Ecritures Saintes nous voyons que la promesse de la terre n&#8217;a jamais été à la base d&#8217;un programme politique. Elle est plutôt une introduction au salut universel, et donc le début de la proclamation du Royaume de Dieu sur terre.<br />
2.3.1 Dieu a envoyé à cette terre les patriarches, les prophètes et les apôtres porteurs d&#8217;un message universel. Aujourd&#8217;hui nous y constituons trois religions, le judaïsme, le christianisme et l&#8217;islam. Notre terre est terre de Dieu, comme l&#8217;est tout pays dans le monde. Elle est sainte par Sa présence en elle, car lui seul est le Très Saint et le sanctificateur. Il est de notre devoir, nous qui l&#8217;habitons, de respecter la volonté de Dieu sur elle et de la libérer du mal de l&#8217;injustice et de la guerre qui est en elle. Terre de Dieu, elle doit être terre de réconciliation, de paix et d&#8217;amour. Et cela est possible. Si Dieu nous a mis, deux peuples, dans cette terre, il nous donne aussi la capacité, si nous le voulons, d&#8217;y vivre ensemble, d&#8217;y établir la justice et la paix et d&#8217;en faire vraiment une terre de Dieu : &laquo;&nbsp;Au Seigneur le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants&nbsp;&raquo; (Ps 24,1).<br />
2.3.2 Notre présence, en tant que Palestiniens &#8211; chrétiens ou musulmans &#8211; sur cette terre n&#8217;est pas un accident. Elle a des racines profondes liées à l&#8217;histoire et à la géographie de cette terre, comme c&#8217;est le cas de tout peuple aujourd&#8217;hui qui vit sur sa terre. Une injustice a été commise à notre égard, lorsqu&#8217;on nous a déracinés. L&#8217;Occident a voulu réparer l&#8217;injustice qu&#8217;il avait commise à l&#8217;égard des juifs dans les pays d&#8217;Europe, et il l&#8217;a fait à nos dépens et sur notre terre. Il a ainsi réparé une injustice en en créant une autre.<br />
2.3.3 De plus, nous voyons certains théologiens occidentaux vouloir donner eux aussi une légitimité théologique et scripturaire à l&#8217;injustice commise à notre égard. Selon leurs interprétations, les promesses sont devenues une &laquo;&nbsp;menace pour notre existence&nbsp;&raquo;, et la &laquo;&nbsp;bonne nouvelle&nbsp;&raquo; même de l&#8217;Evangile est devenue pour nous une &laquo;&nbsp;une annonce de mort&nbsp;&raquo;. Nous invitons ces théologiens à approfondir leur réflexion sur la Parole de Dieu et à rectifier leurs interprétations, de sorte à voir dans la Parole de Dieu une source de vie pour tous les peuples.<br />
2.3.4 Notre lien avec cette terre est un droit naturel. Ce n&#8217;est pas seulement une question d&#8217;idéologie ou de théorie théologique. Pour nous, c&#8217;est une question de vie ou de mort. Certains ne sont pas d&#8217;accord avec nous, et nous traitent même en ennemis pour la seule raison que nous voulons vivre libres sur notre terre. Parce que Palestiniens, nous souffrons à cause de l&#8217;occupation de notre terre, et parce que chrétiens, nous souffrons des fausses interprétations de certains théologiens. Face à cela, notre rôle consiste à rester fidèles à la Parole de Dieu, source de vie, non de mort, et à conserver la &laquo;&nbsp;bonne nouvelle&nbsp;&raquo; comme elle est, &laquo;&nbsp;bonne&nbsp;&raquo; pour nous et pour tous les hommes. Face à ceux qui menacent notre existence comme Palestiniens, musulmans et chrétiens, par les Ecritures Saintes, nous renouvelons notre foi en Dieu, car nous savons que la Parole de Dieu ne peut pas être pour nous une source de mort.</p>
<p>2.4 Nous déclarons donc que le recours à l&#8217;Ecriture Sainte pour justifier ou soutenir des choix ou des positions politiques se fondant sur l&#8217;injustice, imposés par un homme à son prochain ou par un peuple à un autre, transforme la religion en idéologie humaine et prive la Parole de Dieu de sa sainteté, de son universalité et de sa vérité.</p>
<p>2.5 Nous déclarons également que l&#8217;occupation israélienne des Territoires palestiniens est un péché contre Dieu et contre la personne humaine, car elle prive les Palestiniens des droits humains fondamentaux que Dieu leur a accordés, et défigure l&#8217;image de Dieu dans les Israéliens &#8211; devenus occupants &#8211; comme dans les Palestiniens, soumis à l&#8217;occupation. Toute théologie qui prétend justifier l&#8217;occupation en se basant sur les Ecritures, la foi ou l&#8217;histoire est bien loin des enseignements chrétiens, car elle appelle à la violence et à la guerre sainte au nom de Dieu, le soumettant à des intérêts humains du &laquo;&nbsp;moment présent&nbsp;&raquo; et déformant son image dans les êtres humains qui subissent une injustice politique et théologique.</p>
<p><em><strong>3. L&#8217;espérance</strong></em></p>
<p>3.1 Bien qu&#8217;il n&#8217;y ait apparemment aucune lueur d&#8217;espoir, notre espérance reste ferme. La situation présente, en effet, n&#8217;annonce aucune solution proche, ni la fin de l&#8217;occupation qui nous est imposée. Les initiatives sont certes nombreuses, de même que les congrès, les visites et les pourparlers, mais tout cela n&#8217;est suivi d&#8217;aucun changement dans notre réalité et nos souffrances. Même la nouvelle position des Etats-Unis, annoncée par le président Obama, et sa volonté manifeste de mettre fin à ce drame, a été incapable d&#8217;y apporter un quelconque changement. La réponse israélienne, refusant catégoriquement toute solution, ne laisse aucune place à l&#8217;espoir. Malgré cela, notre espérance reste ferme, car nous la tenons de Dieu. Il est bon, tout-puissant et aimant. Sa bonté finira par vaincre un jour le mal dans lequel nous vivons. Saint Paul nous dit : &laquo;&nbsp;Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Qui nous séparera de l&#8217;amour du Christ ? La tribulation, l&#8217;angoisse, la persécution, la nudité, les périls, le glaive ? Selon le mot de l&#8217;Ecriture : A cause de toi, l&#8217;on nous met à mort tout le long du jour&#8230;. aucune créature ne pourra nous séparer de l&#8217;amour de Dieu&nbsp;&raquo; (Rm 8,31.35.36.39).</p>
<p><strong>Que veut dire espérer ?<br />
</strong>3.2 L&#8217;espérance qui est en nous signifie en tout premier lieu croire en Dieu et, deuxièmement, aspirer malgré tout à un avenir meilleur. Enfin, elle signifie ne pas fonder notre espoir sur des illusions, car nous savons que la solution n&#8217;est pas proche. Espérer veut dire être capable de voir Dieu au milieu de l&#8217;épreuve et d&#8217;agir avec son Esprit en nous. A partir de cette vision nous puisons la force pour persévérer, survivre et nous efforcer de changer notre réalité. Espérer veut dire ne pas se résigner devant le mal, mais dire non à l&#8217;oppression et à l&#8217;humiliation, et continuer à résister au mal. Nous ne voyons que destruction dans le présent et dans l&#8217;avenir ; nous voyons la tyrannie du plus fort et sa volonté d&#8217;imposer davantage de séparation raciste et de promulguer des lois qui bafouent notre dignité et notre existence. Nous voyons aussi perplexité et division parmi les Palestiniens. Cependant, si, aujourd&#8217;hui, nous résistons et agissons de toutes nos forces, peut-être que la ruine qui se dessine à l&#8217;horizon n&#8217;aura pas lieu.</p>
<p><strong>Signes d&#8217;espérance<br />
</strong>3.3 L&#8217;Eglise &#8211; ses chefs et ses fidèles &#8211; sur cette terre, montre de nombreux signes d&#8217;espérance, malgré sa faiblesse et ses divisions. Nos communautés paroissiales sont vivantes. Les jeunes y sont des messagers actifs pour la justice et la paix. Outre l&#8217;engagement des personnes, les institutions diverses des Eglises font de la présence chrétienne une présence active, de service, de prière et d&#8217;amour.<br />
3.3.1 Parmi les signes d&#8217;espérance, il y a les nombreux centres locaux de théologie, qui ont un caractère social et religieux, dans toutes nos Eglises. Le caractère oecuménique, malgré certaines hésitations, se manifeste de plus en plus dans les rencontres entre les différentes familles d&#8217;Eglises.<br />
3.3.2 Les nombreux dialogues interreligieux sont aussi autant de signes d&#8217;espérance, notamment le dialogue islamo-chrétien, au niveau des responsables comme au niveau d&#8217;une partie du peuple. Toutefois, il faut savoir que le dialogue est une longue marche et un effort qui se perfectionne jour après jour, en vivant les mêmes épreuves et les mêmes attentes. Le dialogue existe aussi entre les trois religions &#8211; judaïsme, christianisme et islam &#8211; et nombre d&#8217;autres dialogues ont lieu aux niveaux académique ou social. Tous ces dialogues s&#8217;efforcent d&#8217;abattre les murs qu&#8217;impose l&#8217;occupation et de s&#8217;opposer à la déformation de l&#8217;image de l&#8217;autre dans le coeur de ses frères et soeurs.<br />
3.3.3 Parmi les signes les plus importants d&#8217;espérance, il faut mentionner la constance des générations qui croient à la justice de leur cause ainsi que la persévérance de la mémoire, qui n&#8217;oublie pas la catastrophe, &laquo;&nbsp;la nakba&nbsp;&raquo; et sa signification. La même prise de conscience est à l&#8217;oeuvre dans de nombreuses Eglises à travers le monde, qui désirent mieux connaître la vérité sur ce qui se passe ici.<br />
3.3.4 De plus, nous voyons, chez beaucoup de gens, une détermination à dépasser les rancunes du passé. Ils sont prêts à la réconciliation une fois la justice rétablie. Le monde prend conscience de la nécessité de restaurer les droits politiques des Palestiniens. Des voix juives et israéliennes plaidant pour la paix et la justice s&#8217;élèvent à cette fin, soutenues aussi par la communauté internationale. Il est vrai que ceux qui sont pour la justice et la réconciliation restent impuissants à mettre fin à l&#8217;injustice. Ils représentent cependant une force humaine qui a son importance et pourrait abréger le temps de l&#8217;épreuve et rapprocher celui de la réconciliation.</p>
<p><strong>Mission de l&#8217;Eglise</strong><br />
3.4 Notre Eglise est une Eglise d&#8217;hommes et de femmes qui prient et servent. Leur prière et leur service sont une prophétie qui porte la voix de Dieu dans le présent et l&#8217;avenir. Tout ce qui arrive dans notre pays et à toute personne humaine qui l&#8217;habite, toutes les épreuves et les espérances, toute injustice et tout effort pour l&#8217;arrêter, tout cela est une partie de la prière de notre Eglise et du service de toutes ses institutions. Nous remercions le Seigneur parce qu&#8217;elle élève sa voix contre l&#8217;injustice, bien que certains voudraient qu&#8217;elle reste dans son silence, isolée dans ses dévotions.<br />
3.4.1 La mission de l&#8217;Eglise est une mission prophétique qui proclame la Parole de Dieu dans le contexte local et dans les événements quotidiens, avec audace, douceur et amour pour tous. Et si l&#8217;Eglise prend un parti, c&#8217;est celui de l&#8217;opprimé. Elle se tient à ses côtés, de même que Jésus s&#8217;est mis du côté du pauvre et du pécheur qu&#8217;il a appelé à se repentir, à vivre et à retrouver la dignité que Dieu lui a donnée et dont personne n&#8217;a le droit de le priver.<br />
3.4.2 La mission de l&#8217;Eglise consiste à annoncer le royaume de Dieu, un royaume de justice, de paix et de dignité. Notre vocation comme Eglise vivante est de témoigner de la bonté de Dieu, et de la dignité de la personne humaine. Nous sommes appelés à prier et à élever notre voix pour annoncer une société nouvelle où les hommes croient en leur dignité et en celle de leur adversaire.<br />
3.4.3 L&#8217;Eglise annonce le Royaume de Dieu, qui ne peut être lié à aucun régime terrestre. Jésus dit devant Pilate : &laquo;&nbsp;Oui, je suis roi, mais mon royaume n&#8217;est pas de ce monde&nbsp;&raquo; (cf. Jn 18,36.37). Saint Paul dit : &laquo;&nbsp;Le règne de Dieu n&#8217;est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l&#8217;Esprit Saint&nbsp;&raquo; (Rm 14,17). C&#8217;est pourquoi la religion ne soutient et ne défend aucun régime politique injuste. Elle soutient et défend la justice, la vérité et la dignité humaine et essaie de porter la purification nécessaire dans les régimes qui pratiquent l&#8217;injustice et violent la dignité de la personne humaine. Le royaume de Dieu ne peut être lié à aucun système politique, car il est plus grand, plus universel que tout système politique en particulier.<br />
3.4.4 Jésus dit : &laquo;&nbsp;Le royaume de Dieu est parmi vous&nbsp;&raquo; (cf. Lc 17,21). Cette présence en nous et parmi nous est l&#8217;extension du mystère de la Rédemption et c&#8217;est la présence de Dieu parmi nous et le fait d&#8217;en prendre conscience en tout ce que nous faisons ou disons. Devant cette présence divine, nous agissons jusqu&#8217;à ce que soit accomplie la justice que nous attendons sur cette terre.<br />
3.4.5 Les dures circonstances qu&#8217;a vécues et que vit encore notre Eglise palestinienne l&#8217;ont amenée à purifier sa foi et à mieux connaître sa vocation. Nous avons réfléchi sur notre vocation et nous l&#8217;avons mieux découverte au milieu de la souffrance et de l&#8217;épreuve : aujourd&#8217;hui nous portons en nous la force de l&#8217;amour, non pas celle de la vengeance ; la culture de la vie, non pas celle de la mort. Ceci est source d&#8217;espoir pour nous, pour l&#8217;Eglise et pour le monde.</p>
<p>3.5 La Résurrection est le fondement de notre espérance. Jésus est ressuscité, vainqueur de la mort et du mal. Ainsi pouvons-nous, nous aussi, et tous les habitants de cette terre, vaincre le mal de la guerre grâce à elle. Quant à nous, nous resterons une Eglise de témoins, persévérante et agissante sur la terre de la Résurrection.</p>
<p><em><strong>4. L&#8217;amour</strong></em></p>
<p><strong>Le commandement de l&#8217;amour<br />
</strong>4.1 Le Christ nous a dit : &laquo;&nbsp;Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés&nbsp;&raquo; (Jn 13,24). Il nous a déjà montré comment aimer et comment traiter nos ennemis. Il a dit : &laquo;&nbsp;Vous avez entendu qu&#8217;il a été dit : aimez vos amis et haïssez vos ennemis. Moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons et tomber la pluie sur les justes et injustes&nbsp;&raquo; (Mt 5,45-47).<br />
Saint Paul dit : &laquo;&nbsp;Ne rendez pas le mal pour le mal&nbsp;&raquo; (Rm 12,17) et saint Pierre : &laquo;&nbsp;Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Bénissez au contraire, car c&#8217;est à cela que vous êtes appelés, afin d&#8217;hériter la bénédiction&nbsp;&raquo; (1P 3,9).</p>
<p><strong>La résistance<br />
</strong>4.2 Les paroles de Jésus sont claires. Aimer, voilà ce qu&#8217;il nous a donné comme commandement : aimer les amis et les ennemis. Voilà une directive claire, lorsque nous nous trouvons dans des circonstances dans lesquelles nous devons résister au mal, quel qu&#8217;il soit.<br />
4.2.1 Aimer c&#8217;est voir le visage de Dieu en tout être humain. Toute personne est mon frère et ma soeur. Néanmoins, voir le visage de Dieu en toute personne ne veut pas dire consentir au mal ou à l&#8217;oppression de sa part. L&#8217;amour consiste plutôt à corriger le mal et à arrêter l&#8217;oppression.<br />
L&#8217;injustice imposée au peuple palestinien, c&#8217;est-à-dire l&#8217;occupation israélienne, est un mal auquel il faut résister. C&#8217;est un mal et un péché auquel il faut résister et qu&#8217;il faut écarter. Cette responsabilité incombe tout d&#8217;abord aux Palestiniens eux-mêmes qui subissent l&#8217;occupation. L&#8217;amour chrétien en effet appelle à la résistance à l&#8217;occupation, mais l&#8217;amour met fin au mal, en prenant les voies de la justice. Elle incombe ensuite à la communauté internationale, car la légitimité internationale gouverne aujourd&#8217;hui les rapports entre les peuples, et c&#8217;est enfin l&#8217;oppresseur lui-même qui doit se libérer du mal qui est en lui et de l&#8217;injustice qu&#8217;il exerce contre les autres.<br />
4.2.2 Lorsque nous passons en revue l&#8217;histoire des peuples nous y trouvons des guerres fréquentes. Nous y trouvons la résistance à la guerre par la guerre, et à la violence par la violence. Le peuple palestinien a tout simplement pris la route de tous les peuples, surtout dans les premières phases de sa lutte contre l&#8217;occupation israélienne. Mais il a aussi résisté pacifiquement, notamment durant sa première intifada. Avec tout cela, nous voyons que tous les peuples doivent s&#8217;engager dans une nouvelle voie dans leurs rapports les uns avec les autres et pour la solution de leurs conflits : éviter les voies de la force militaire et recourir aux voies de la justice. Cela s&#8217;impose en premier lieu aux peuples puissants militairement qui exercent l&#8217;injustice à l&#8217;égard de peuples plus faibles.<br />
4.2.3 Nous disons que notre option chrétienne face à l&#8217;occupation israélienne est la résistance ; c&#8217;est là un droit et un devoir des chrétiens. Or cette résistance doit suivre la logique de l&#8217;amour. Elle doit donc être créative, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il lui faut trouver les moyens humains qui parlent à l&#8217;humanité de l&#8217;ennemi lui-même. Le fait de voir l&#8217;image de Dieu dans le visage de l&#8217;ennemi même et de prendre des positions de résistance à la lumière de cette vision est le moyen le plus efficace pour arrêter l&#8217;oppression et contraindre l&#8217;oppresseur à mettre fin à son agression et, ainsi, atteindre le but voulu : récupérer la terre, la liberté, la dignité et l&#8217;indépendance.<br />
4.2.4 Le Christ nous a donné un exemple à suivre. Nous devons résister au mal, mais il nous a enseigné de ne pas résister au mal par le mal. C&#8217;est un commandement difficile, surtout lorsque l&#8217;ennemi s&#8217;obstine dans sa tyrannie et persiste à nier notre droit à exister ici dans notre terre. C&#8217;est un commandement difficile. Mais c&#8217;est le seul qui peut tenir tête aux déclarations claires et explicites des autorités israéliennes refusant notre existence ou à leurs divers prétextes pour continuer à nous imposer l&#8217;occupation.<br />
4.2.5 La résistance au mal de l&#8217;occupation s&#8217;insère donc dans cet amour chrétien qui refuse le mal et le corrige. C&#8217;est une résistance à l&#8217;injustice sous toutes ses formes et avec les moyens qui rentrent dans la logique de l&#8217;amour. Nous investissons toutes nos énergies pour faire la paix. Nous pouvons recourir à la désobéissance civile. Nous résistons, non par la mort, mais par le respect de la vie. Nous respectons et vénérons tous ceux qui ont donné leur vie pour la patrie. Et nous disons aussi que chaque citoyen doit être prêt à défendre sa vie, sa liberté et sa terre.<br />
4.2.6 L&#8217;appel lancé par des organisations civiles palestiniennes, des organisations internationales, des ONG et certaines institutions religieuses aux individus, entreprises et Etats en faveur d&#8217;un boycott économique et commercial de tout produit de l&#8217;occupation, s&#8217;insère dans la logique de la résistance pacifique. Ces campagnes de soutien et de solidarité doivent se faire avec courage, tout en proclamant sincèrement et clairement que leur but n&#8217;est pas de se venger de qui que ce soit, mais de mettre fin au mal qui existe, pour en libérer l&#8217;oppresseur et l&#8217;opprimé. L&#8217;objectif est d&#8217;affranchir les deux peuples des positions extrémistes des différents gouvernements israéliens, afin de parvenir enfin à la justice et à la réconciliation. Avec cet esprit et cette action, nous finirons par arriver à la solution tant attendue, comme cela s&#8217;est réalisé en Afrique du Sud et pour d&#8217;autres mouvements de libération dans le monde.</p>
<p>4.3 Par notre amour nous dépassons les injustices pour jeter les bases d&#8217;une nouvelle société, pour nous et pour nos adversaires. Notre avenir et le leur ne font qu&#8217;un : ou bien un cercle de violence dans lequel nous périssons ensemble, ou bien une paix dont nous jouissons ensemble. Nous invitons les Israéliens à renoncer à leur injustice à notre égard, à ne pas déformer la vérité de l&#8217;occupation en prétendant lutter contre le terrorisme. Les racines du &laquo;&nbsp;terrorisme&nbsp;&raquo; sont l&#8217;oppression de la personne humaine et le mal de l&#8217;occupation. Il faut que cela disparaisse si vraiment il y a une volonté sincère de mettre fin au &laquo;&nbsp;terrorisme&nbsp;&raquo;. Nous invitons les Israéliens à être partenaires de paix et non partenaires dans un cycle de violence sans fin. Ensemble, nous résistons au mal, celui de l&#8217;occupation, et celui du cycle infernal de la violence.</p>
<p><em><strong>5. Appel à nos frères et soeurs dans la foi</strong></em></p>
<p>5.1 Nous sommes aujourd&#8217;hui tous dans l&#8217;impasse, et nous nous trouvons face à un avenir menaçant. Notre parole à nos frères et soeurs dans la foi est une parole d&#8217;espoir, de patience, de persévérance, et d&#8217;un effort toujours renouvelé pour préparer un avenir meilleur. Une parole qui nous dit à tous : nous sommes, dans cette terre, porteurs d&#8217;un message, et nous continuerons à le porter, même entre les épines, le sang et les difficultés quotidiennes. Nous mettons notre espoir en Dieu. C&#8217;est lui qui nous accordera la paix à l&#8217;heure qu&#8217;il voudra. Mais en même temps nous agissons. Avec lui et selon sa volonté divine, nous continuons d&#8217;agir, de construire, de résister au mal et de rapprocher l&#8217;heure de la justice et de la paix.</p>
<p>5.2 Nous leur disons : C&#8217;est un temps de pénitence, qui nous ramène à la communion de l&#8217;amour avec tout souffrant, avec les prisonniers, les blessés, ceux qui ont été atteints d&#8217;un handicap pour un temps ou pour toujours, avec les enfants qui ne peuvent vivre leur enfance, avec tous ceux qui pleurent quelqu&#8217;un qui leur est cher. La communion de l&#8217;amour dit au croyant en esprit et en vérité : mon frère est prisonnier, je suis donc moi prisonnier. Mon frère a sa maison démolie, c&#8217;est ma maison qui est démolie. Mon frère a été tué, c&#8217;est moi qui ai été tué. Nous faisons face aux mêmes défis. Nous sommes partie prenante de tout ce qui s&#8217;est passé et se passe encore. Peut-être que nous nous sommes tus, nous, fidèles ou chefs d&#8217;Eglises, alors qu&#8217;il fallait élever la voix pour condamner l&#8217;oppression et partager l&#8217;épreuve. C&#8217;est maintenant un temps de pénitence, pour le silence, l&#8217;indifférence, le manque de communion, ou parce que nous n&#8217;avons pas été fidèles à notre témoignage dans cette terre alors nous avons choisi d&#8217;émigrer, ou parce que nous n&#8217;avons pas assez réfléchi et agi pour arriver à une vision nouvelle qui nous unit alors nous nous sommes divisés, donnant un contre témoignage, affaiblissant ainsi notre parole. Une pénitence, pour nous être préoccupés de nos institutions aux dépens de notre message, et pour cela nous avons fait taire la voix prophétique que l&#8217;Esprit donne aux Eglises.</p>
<p>5.3 Nous invitons les chrétiens à résister dans ces temps difficiles, comme nous l&#8217;avons fait à travers les siècles et la succession des Etats et des gouvernements. Soyez patients, constants, pleins d&#8217;espoir et remplissez de cet espoir le coeur de tout frère et de toute soeur qui partage avec vous la même difficulté. Soyez &laquo;&nbsp;toujours prêt à répondre à quiconque demande raison de l&#8217;espérance qui est en vous&nbsp;&raquo; (1P 3,15). Soyez toujours actifs, partageant tous les sacrifices que requiert la résistance selon la logique de l&#8217;amour, afin de triompher de l&#8217;épreuve que nous endurons.</p>
<p>5.4 Notre communauté est petite, mais notre mission est grande et importante. Le pays a un grand besoin d&#8217;amour. Notre amour est un message pour les musulmans, pour les juifs et pour le monde.<br />
5.4.1 Notre message aux musulmans est un message d&#8217;amour et de convivialité et un appel à rejeter le fanatisme et l&#8217;extrémisme. C&#8217;est aussi un message pour le monde, pour lui dire que les musulmans ne sont pas un objet de combat ou un lieu de terrorisme, mais un but de paix et de dialogue.<br />
5.4.2 Notre message aux juifs leur dit : &nbsp;&raquo; Si, dans le passé récent, nous nous sommes combattus, et aujourd&#8217;hui encore nous ne cessons de nous combattre, nous sommes cependant capables d&#8217;amour et de vie ensemble, aujourd&#8217;hui et demain. Nous sommes capables d&#8217;organiser notre vie politique avec toutes ses complexités selon la logique et la force de l&#8217;amour, une fois l&#8217;occupation terminée et la justice rétablie.&nbsp;&raquo;<br />
5.4.3 La parole de foi dit à tous ceux qui sont engagés dans l&#8217;action politique : l&#8217;homme n&#8217;est pas créé pour haïr. Il n&#8217;est pas permis de haïr. Il ne vous est pas permis de tuer ni de vous faire tuer. La culture de l&#8217;amour est la culture de l&#8217;acceptation de l&#8217;autre. Par elle, la personne atteint sa propre perfection, et la société réalise sa stabilité.</p>
<p><em><strong>6. Appel aux Eglises du monde</strong></em></p>
<p>6.1. Notre appel aux Eglises du monde est d&#8217;abord l&#8217;expression de notre reconnaissance pour leur solidarité, par leur parole, leur action et leur présence parmi nous. C&#8217;est une parole d&#8217;appréciation pour la position de plusieurs Eglises et chrétiens qui soutiennent le droit du peuple palestinien à son auto-détermination. C&#8217;est aussi un message de solidarité avec ces Eglises et ces chrétiens qui souffrent parce qu&#8217;ils défendent le droit et la justice.<br />
Mais c&#8217;est aussi un appel à la conversion et à la révision de certaines positions théologiques fondamentalistes qui soutiennent des positions politiques injustes à l&#8217;égard du peuple palestinien. C&#8217;est un appel à prendre le parti de l&#8217;opprimé, à faire en sorte que la Parole de Dieu reste une annonce de bonne nouvelle pour tous, et à ne pas la transformer en une arme qui tue l&#8217;opprimé. La Parole de Dieu est une parole d&#8217;amour pour toutes ses créatures. Dieu n&#8217;est l&#8217;allié de personne contre personne. Il n&#8217;est pas non plus l&#8217;adversaire avec l&#8217;un face à l&#8217;autre. Il est le Seigneur de tous. Il aime tous, il demande justice à tous et il donne ses mêmes commandements à tous. C&#8217;est pourquoi nous demandons aux Eglises de ne pas donner une couverture théologique à l&#8217;injustice dans laquelle nous vivons, c&#8217;est-à-dire le péché de l&#8217;occupation qui nous est imposée. La question que nous adressons aujourd&#8217;hui à nos frères et soeurs dans toutes les Eglises est la suivante : pouvez-vous nous aider à retrouver notre liberté ? Ainsi seulement vous aiderez les deux peuples de cette terre à parvenir à la justice, à la paix, à la sécurité et à l&#8217;amour.</p>
<p>6.2 Pour comprendre notre réalité, nous disons aux Eglises : venez et voyez. Notre rôle consiste à vous faire connaître la vérité et à vous accueillir comme pèlerins qui viennent pour prier et remplir une mission de paix, d&#8217;amour et de réconciliation. Venez connaître les faits et découvrir les gens qui peuplent cette terre, Palestiniens et Israéliens.</p>
<p>6.3 Nous condamnons toute forme de racisme, religieux ou ethnique, y compris l&#8217;antisémitisme et l&#8217;islamophobie et nous vous invitons à condamner tout racisme et à vous y opposer fermement de quelque façon qu&#8217;il se manifeste. Avec cela, nous vous invitons à dire une parole de vérité et à prendre des positions de vérité en ce qui concerne l&#8217;occupation du Territoire palestinien par Israël. Et, comme nous l&#8217;avons déjà dit, nous voyons dans le boycottage et le retrait des investissements un moyen non violent pour atteindre la justice, la paix et la sécurité pour tous.</p>
<p><strong><em>7. Appel à la communauté internationale</em></strong></p>
<p>Nous demandons à la communauté internationale de cesser la pratique &laquo;&nbsp;des deux poids deux mesures&nbsp;&raquo; et d&#8217;appliquer à toutes les parties les résolutions internationales qui ont trait à la question palestinienne. Car l&#8217;application de la loi internationale aux uns et sa non-application aux autres laisse la porte grande ouverte à la loi de la jungle. Cela justifie aussi les prétentions de groupes armés et de nombreux pays qui disent que la communauté internationale ne comprend que le langage de la force. Nous vous invitons aussi à écouter l&#8217;appel des organisations civiles et religieuses mentionnées plus haut pour commencer à appliquer à l&#8217;égard d&#8217;Israël le système des sanctions économiques et du boycott. Nous le répétons encore une fois, il ne s&#8217;agit pas de se venger, mais de parvenir à une action sérieuse pour une paix juste et définitive, qui mette fin à l&#8217;occupation israélienne des Territoires palestiniens et d&#8217;autres territoires arabes occupés, et qui garantisse la sécurité et la paix à tous</p>
<p><em><strong>8. Appel aux chefs religieux juifs et musulmans</strong></em></p>
<p>Nous adressons enfin un appel aux chefs religieux et spirituels, juifs et musulmans, avec qui nous partageons la même vision : toute personne humaine est créée par Dieu et tient de lui la même dignité. D&#8217;où l&#8217;obligation de défendre l&#8217;opprimé et la dignité que Dieu lui a accordée. Ainsi, nous nous élevons ensemble au-dessus des positions politiques qui ont échoué jusqu&#8217;à maintenant et continuent à nous mener dans les voies de l&#8217;échec et de l&#8217;épreuve. En effet, les voies de l&#8217;Esprit sont différentes de celles des pouvoirs de cette terre, car &laquo;&nbsp;les voies de Dieu sont toutes miséricorde et vérité&nbsp;&raquo; (Ps 25/24,10).</p>
<p><em><strong>9. Appel à notre peuple palestinien et aux Israéliens</strong></em></p>
<p>9.1 C&#8217;est un appel à voir le visage de Dieu en chacune de ses créatures, et à aller au-delà des barrières de la peur ou de la race, pour établir un dialogue constructeur, non pour persister dans des manoeuvres qui n&#8217;en finissent jamais et qui n&#8217;ont pour but que de maintenir la situation telle qu&#8217;elle est. Notre appel vise à parvenir à une vision commune bâtie sur l&#8217;égalité et le partage, non sur la supériorité, ni sur la négation de l&#8217;autre ou l&#8217;agression, sous prétexte de peur et de sécurité. Nous disons que l&#8217;amour est possible et que la confiance mutuelle est possible. Donc, la paix aussi est possible, tout comme la réconciliation définitive. Ainsi la sécurité et la justice pour tous se réaliseront-elles.<br />
9.2 Le domaine de l&#8217;éducation est important. Il faut que les programmes d&#8217;éducation fassent connaître l&#8217;autre tel qu&#8217;il est et non à travers le prisme de la querelle, de l&#8217;hostilité ou du fanatisme religieux. En fait, les programmes de l&#8217;éducation religieuse et humaine sont aujourd&#8217;hui empreints de cette hostilité. Il est temps de commencer une éducation nouvelle qui fait voir le visage de Dieu dans l&#8217;autre et qui dit que nous sommes capables de nous aimer les uns les autres et de construire ensemble notre avenir de paix et de sécurité.</p>
<p>9.3 Le caractère religieux de l&#8217;Etat, qu&#8217;il soit juif ou musulman, étouffe l&#8217;Etat, le tient prisonnier dans des limites étroites, en fait un Etat qui préfère un citoyen à l&#8217;autre et pratique l&#8217;exclusion et la discrimination entre ses citoyens. Notre appel aux juifs et aux musulmans religieux est le suivant : que l&#8217;Etat soit pour tous ses citoyens, bâti sur le respect de la religion, mais aussi sur l&#8217;égalité, la justice, la liberté et le respect du pluralisme, non sur la domination du nombre ou de la religion.</p>
<p>9.4 Aux dirigeants palestiniens, nous disons que les divisions internes ne font que nous affaiblir et augmenter nos souffrances, alors que rien ne les justifie. Pour le bien du peuple, qui passe avant celui des partis, il faut y mettre fin. Nous demandons à la communauté internationale de contribuer à cette union et de respecter la volonté du peuple palestinien librement exprimée.</p>
<p>9.5 Jérusalem est la base de notre vision et de toute notre vie. Elle est la ville à laquelle Dieu a donné une importance particulière dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité. Elle est la ville vers laquelle tous les peuples s&#8217;acheminent et où ils se rencontrent dans l&#8217;amitié et l&#8217;amour en présence du Dieu un et unique, selon la vision du prophète Esaïe : &laquo;&nbsp;Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de Dieu sera établie en tête des montagnes et s&#8217;élèvera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle&#8230;. Il jugera entre les nations, il sera l&#8217;arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l&#8217;épée nation contre nation, on n&#8217;apprendra plus à faire la guerre&nbsp;&raquo; (Is 2, 2-5).<br />
C&#8217;est sur cette vision prophétique et sur la légitimité internationale concernant l&#8217;ensemble de Jérusalem &#8211; habitée aujourd&#8217;hui par deux peuples et trois religions &#8211; que doit se fonder toute solution politique. C&#8217;est le premier point à traiter dans les pourparlers, car la reconnaissance de sa sainteté et de sa vocation sera une source d&#8217;inspiration pour la résolution de l&#8217;ensemble du problème, qui relève de la confiance mutuelle et de la capacité à construire une &laquo;&nbsp;nouvelle terre&nbsp;&raquo; sur cette terre de Dieu.</p>
<p><strong>Espérance et foi en Dieu<br />
</strong>10. En l&#8217;absence de tout espoir, nous faisons entendre aujourd&#8217;hui notre cri d&#8217;espérance. Nous croyons en un Dieu bon et juste. Nous croyons que sa bonté finira par triompher sur le mal de la haine et de la mort qui règnent encore sur notre terre. Et nous finirons par entrevoir une &laquo;&nbsp;terre nouvelle&nbsp;&raquo; et un &laquo;&nbsp;homme nouveau&nbsp;&raquo;, capable de s&#8217;élever par son esprit jusqu&#8217;à l&#8217;amour de tous ses frères et soeurs qui habitent cette terre.</p>
<p>Sa Béatitude le Patriarche Michel Sabbah<br />
Sa Grace l&#8217;Évêque Dr. Munib Younan<br />
Son Éminence l&#8217;Archevêque Atallah Hanna<br />
Rev. Dr Jamal Khader<br />
Rev. Dr Rafiq Khoury<br />
Rev. Dr Mitri Raheb<br />
Rev. Dr Naim Ateek<br />
Rev. Dr Yohana Katanacho<br />
Rev. Fr Fadi Diab<br />
Dr Jiries Khoury<br />
Mme Sider Daibes<br />
Mme Nora Kort<br />
Mme Lucy Thaljieh<br />
Mr Nidal Abu Zulof<br />
Mr Yusef Daher<br />
Mr Rifat Kassis &#8211; Coordinateur de l&#8217;initiative</p>
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		<title>Pour une Eglise autre, par Karim Mahmoud-Vintam</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Nov 2009 20:05:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[À ne pas rater]]></category>

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		<description><![CDATA[Où va l&#8217;Église ? Nombre de catholiques sont meurtris, voire découragés par de récentes prises de position romaines dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas et qui traduisent à leurs yeux le fossé grandissant entre l&#8217;Église comme institution, la communauté chrétienne et le monde tel qu&#8217;il va. Si le pape Benoît XVI cristallise et incarne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Où va l&#8217;Église ? Nombre de catholiques sont meurtris, voire découragés par de récentes prises de position romaines dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas et qui traduisent à leurs yeux le fossé grandissant entre l&#8217;Église comme institution, la communauté chrétienne et le monde tel qu&#8217;il va. Si le pape Benoît XVI cristallise et incarne pour beaucoup cette crise, on ne saurait la résumer à sa seule personne. Bien au contraire, elle est l&#8217;occasion précieuse pour toutes celles et ceux qui se disent chrétiens d&#8217;examiner leur rôle dans la situation présente et, plus encore, dans l&#8217;émergence non pas d&#8217;une autre Église mais d&#8217;une Église autre.<span id="more-1701"></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/pour-une-eglise-autre.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1702" title="pour-une-eglise-autre" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/pour-une-eglise-autre.jpg" alt="pour-une-eglise-autre" width="400" height="610" /></a></p>
<p>Une telle entreprise suppose sans doute d&#8217;abord de se mettre à l&#8217;écoute d&#8217;un monde pour lequel la religion, mais aussi l&#8217;idée même de Dieu, tendent à perdre tout sens. Se mettre à l&#8217;écoute ne signifie pas acquiescer aveuglément aux modes du temps, mais se laisser honnêtement et réellement interroger dans ses croyances et ses pratiques. C&#8217;est dans cette perspective que l&#8217;ouvrage de Karim Mahmoud-Vintam, président de Nous Sommes Aussi l&#8217;Eglise, se situe. Il invite à la réflexion sur ce qui constitue le coeur de l&#8217;« être-chrétien » aujourd&#8217;hui à travers quelques enjeux clés : l&#8217;expression d&#8217;une foi adulte et vivante au XXIe siècle, le rôle du magistère et ses nécessaires modifications, l&#8217;égale participation de tous, hommes et femmes, le souci de faire place en Église à l&#8217;humanité et à ses préoccupations. Ces mutations nécessaires, déjà à l&#8217;oeuvre ici et là, auront immanquablement des répercussions profondes sur la place et le fonctionnement de l&#8217;Église, lui permettant ainsi de rester à l&#8217;affût des signes de construction du Royaume de Dieu, d&#8217;où qu&#8217;ils viennent.</p>
<p><em><strong>Pour une Eglise autre</strong></em> est un témoignage et une réflexion destinés à tous les hommes et femmes de bonne volonté qui, en Eglise ou ailleurs, s&#8217;interrogent sur le fossé grandissant entre l&#8217;institution romaine, la communauté chrétienne et le monde contemporain :</p>
<p>- L&#8217;Église telle qu&#8217;elle existe aujourd&#8217;hui est-elle encore un lieu d&#8217;expérience spirituelle authentique car libre ?</p>
<p>- N&#8217;y-a-t-il pas urgence à revisiter la place du magistère romain au profit de Chrétiens enfin considérés comme des adultes également responsables de la proposition de la foi chrétienne dans le monde ?</p>
<p>- Est-il trop tard pour une Église fidèle à l&#8217;Évangile (conception du pouvoir, place des femmes, rapport clercs/laïcs) ?</p>
<p>- De quelle Église le monde confronté à des défis inédits aurait-il besoin ?</p>
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		<title>Une rencontre de Jésus, par Claude Bouret</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/10/28/une-rencontre-de-jesus-par-claude-bouret/</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Oct 2009 19:19:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[À propos du mot rencontre, on dit souvent de quelqu&#8217;un : « je l&#8217;ai rencontré », alors qu&#8217;on l&#8217;a simplement « croisé ». Il faudrait dire plutôt « comment » on a rencontré quelqu&#8217;un. La rencontre est au cœur de nos vies, et il y a danger de SE rencontrer dans ces rencontres, en restant indéfiniment prisonnier de la non-altérité. Le « JE » [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">À propos du mot rencontre, on dit souvent de quelqu&#8217;un : « je l&#8217;ai rencontré », alors qu&#8217;on l&#8217;a simplement « croisé ». Il faudrait dire plutôt « comment » on a rencontré quelqu&#8217;un. La rencontre est au cœur de nos vies, et il y a danger de SE rencontrer dans ces rencontres, en restant indéfiniment prisonnier de la non-altérité. Le « JE » est au cœur de la rencontre, qui suscite le « TU » de l&#8217;autre.<span id="more-1593"></span> Le TU qui est en face de moi peut me permettre de dire JE et réciproquement. Il y a diversité des chemins, donc intensité des échanges. La rencontre de Jésus avec ses apôtres n&#8217;est pas celle de Jésus avec la foule.</p>
<p style="text-align: left;">Demandons-nous ce que nos rencontres ont changé en nous. D&#8217;abord regarder l&#8217;autre. Refuser de rencontrer un regard, c&#8217;est fusiller quelqu&#8217;un. Dans les rencontres de Jésus, souvent son regard précède ses paroles. Entre deux personnes, il y a rencontre de deux vérités, avec tout leur poids de qualités et de défauts.</p>
<h3 style="text-align: left;">JÉSUS ET ZACHÉE (LUC <strong>19</strong>, 1-10).</h3>
<p>Ce texte est pris dans l&#8217;évangile de Luc, qui est le plus long des quatre évangiles, et, de plus, c&#8217;est celui qui a suscité le plus grand nombre d&#8217;ouvrages concernant sa théologie. Ce texte n&#8217;existe que dans Luc. Il est ultra-connu, mais on ne le lit pas avec assez d&#8217;attention.</p>
<p>La scène se passe vers la fin du récit pendant le voyage de Jésus vers Jérusalem, plus précisément lors de la dernière étape.</p>
<p><em><strong>1. Entré dans Jéricho, il traversait la ville.</strong> </em></p>
<p>Il s&#8217;agit de la ville dont il est question dans le livre de Josué, rendue célèbre par la manière dont elle fut vaincue. Jésus vient d&#8217;annoncer à ses disciples qu&#8217;il doit monter à Jérusalem, après avoir guéri un aveugle. Lors de son troisième et dernier voyage à Jérusalem, Jésus avait traversé le Jourdain à gué, et la route qui conduisait à Jérusalem passait à travers Jéricho, &laquo;&nbsp;la ville des palmiers&nbsp;&raquo;, la ville principale de la Judée orientale. Elle était protégée par un rempart de montagnes, d&#8217;où la route montait sur Jérusalem, à plus de 1000 mètres au-dessus de la plaine de Jéricho.</p>
<p><em><strong>2. Et voici un homme appelé du nom de Zachée ; c&#8217;était un chef de publicains, et qui était riche.</strong> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Première remarque</span> : Zachée est riche : Rappelez-vous la rencontre avec le jeune homme riche (Luc, 18, 24-27) :</p>
<blockquote><p><em>24  En le voyant, Jésus dit : « Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses de pénétrer dans le Royaume de Dieu !<br />
</em><em>25  Oui, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d&#8217;aiguille qu&#8217;à un riche d&#8217;entrer dans le Royaume de Dieu ! »<br />
</em><em>26  Ceux qui entendaient dirent : « Et qui peut être sauvé ? »<br />
</em><em>27  Il dit : « Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu.</em></p></blockquote>
<p><span style="text-decoration: underline;">Seconde remarque</span> : il s&#8217;agit d&#8217;un chef de publicains riche, donc un collecteur d&#8217;impôts pour Rome, et comme tel, homme impur à ne pas fréquenter. En effet, les Romains affermaient au plus offrant la tâche de collecter les impôts dans un territoire déterminé. Les adjudicataires ne recevaient aucun salaire pour leur travail mais ramassaient autant d&#8217;argent qu&#8217;ils le pouvaient, afin de conserver en surplus une coquette somme après avoir remis au gouvernement le montant convenu. Ce qui en faisait souvent des persécuteurs et des voleurs. Zachée était un fermier-général de ce genre.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Troisième remarque</span> : Pour les Juifs de cette époque, quantité de choses pouvaient vous rendre impur, et on pouvait le devenir même sans le vouloir. Un simple contact avec un objet, un animal ou un homme impur vous rendait automatiquement impur. Rester ou devenir impur était de nature à vous exclure de la société. Les rites de purification étaient nombreux et variés.</p>
<p><em><strong>3. Et il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait à cause de la foule, car il était petit de taille.</strong></em></p>
<p>Zachée a bien l&#8217;intention de voir Jésus, mais il y a foule et elle l&#8217;empêche de le voir. La « foule » est citée une vingtaine de fois dans l&#8217;évangile de Luc, et par trois fois elle empêche quelqu&#8217;un qui en a envie de s&#8217;approcher de Jésus : faut-il parfois se mettre à l&#8217;écart de la foule pour le rencontrer ?</p>
<p><em><strong>4. Il courut donc en avant et monta sur un sycomore pour voir Jésus, qui devait passer par là.</strong></em></p>
<p>Zachée chercha à le voir, acte de foi ou simple curiosité ? Mais il n&#8217;hésite pas sur les moyens à utiliser. Bien que chef des publicains, il n&#8217;eut pas honte d&#8217;agir de manière aussi peu conventionnelle afin d&#8217;apercevoir Jésus. Comme il était de petite taille, il savait qu&#8217;il aurait du mal à trouver l&#8217;endroit adéquat d&#8217;où il pourrait facilement voir le Seigneur. Il courut donc en avant, et monta sur un sycomore (une sorte de figuier aux branches basses), le long de la route que devait emprunter Jésus.</p>
<p><strong><em>5.  </em><em>Arrivé en cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd&#8217;hui demeurer chez toi. »</em></strong></p>
<p>L&#8217;acte de foi de Zachée ne passe pas inaperçu. Arrivé près de l&#8217;arbre, Jésus lève les yeux et le voit. Il lui intime l&#8217;ordre de descendre rapidement et s&#8217;invite dans la maison de ce publicain. C&#8217;est le seul cas qui nous soit rapporté où Jésus s&#8217;est invité lui-même chez quelqu&#8217;un. Jésus décide de descendre dans la maison de Zachée, alors que la ville de Jéricho devait compter bien d&#8217;autres maisons de gens honorables ouvertes à Jésus.</p>
<p>Retournement du dénouement : Zachée cherchait à voir Jésus, mais en réalité c&#8217;est Jésus qui le cherchait, pour lui apporter le salut ! Il y a contraste dans le personnage : il est chef, collecteur d&#8217;impôts et riche. Jusqu&#8217;ici, les riches et les notables ont été affectés d&#8217;une valeur négative tandis que les pécheurs ont bénéficié d&#8217;une évaluation positive. Zachée est <em>a priori</em> inclassable ! Le lecteur est invité à ne pas tomber dans les classements simplistes !</p>
<p>Il faut remarquer que personne n&#8217;a présenté Zachée à Jésus. Jésus le connaît d&#8217;emblée. Il me faut DEMEURER chez toi, dit-il. Nous devons constater que « <strong>demeurer</strong> », c&#8217;est plus fort que « <strong>aller chez toi</strong> ». Plusieurs mentions dans l&#8217;évangile de Jean le signalent et donnent à ce mot un sens bien particulier :</p>
<blockquote><p><em>Jean 6:56  Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.<br />
</em><em>Jean 14:23  Jésus lui répondit : « Si quelqu&#8217;un m&#8217;aime, il gardera ma parole, et mon Père l&#8217;aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui.<br />
</em><em>Jean 15:5  Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire.</em></p></blockquote>
<p><em><strong>6. </strong></em><em><strong>Et vite il descendit et le reçut avec joie.</strong> </em></p>
<p>Cette invitation procure de la joie à Zachée qui réagit. Notez la spontanéité du mouvement, il n&#8217;en attendait certainement pas tant. Voilà qu&#8217;il se sent reconnu alors que sa profession le fait rejeter par tous. Il n&#8217;espérait pas tant d&#8217;honneurs de la part du Grand Maître, et ne pensait pas qu&#8217;il se mêlerait à une classe si méprisée par les Juifs.</p>
<p>Nous pouvons presque sûrement faire remonter la conversion de cet homme à ce moment-là. Ceux qui cherchent sincèrement à voir qui est Jésus, comme l&#8217;a fait Zachée, franchiront toute opposition, et feront tous leurs efforts pour le voir. Le Christ s&#8217;est invité lui-même à la maison de Zachée. Où le Christ vient, il ouvre le cœur, et l&#8217;incline à le recevoir. Celui qui a à l&#8217;esprit de connaître le Christ, sera connu de lui. Ceux que le Christ appelle, doivent répondre avec humilité et réviser leur position. Nous pouvons le recevoir avec joie, puisqu&#8217;il n&#8217;apporte que du bien avec lui.</p>
<p><em><strong>7. Ce que voyant, tous murmuraient et disaient : « Il est allé loger chez un homme pécheur ! »</strong> </em></p>
<p>La foule murmure, à la manière des faux-culs : les gens parlent entre eux, ils ne s&#8217;adressent pas directement à Jésus qui est pourtant là tout près d&#8217;eux. Jésus fréquente un pécheur, donc ils sont pécheurs tous les deux ! Ce Zachée est impur ! Il ne faut pas le fréquenter sinon on devient impur soi-même !</p>
<p>Combien de fois avons-nous le récit de telles plaintes sur Jésus qui s&#8217;arrête en compagnie de pécheurs ! A ce moment, cependant, la foule espérait que son royaume serait proclamé à Jérusalem, et il était ici l&#8217;hôte d&#8217;un agent principal de la collecte du tribut pour les Romains ! Si le Christ avait songé à se rendre populaire, il ne se serait jamais rendu chez Zachée !</p>
<p><em><strong>8. Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j&#8217;ai extorqué quelque chose à quelqu&#8217;un, je lui rends le quadruple. » </strong></em></p>
<p>Lorsqu&#8217;il parle à Jésus, Zachée n&#8217;est pas à genoux mais debout : bien décidé dans ses résolutions. Il appelle Jésus « Seigneur ». Il veut donner et réparer le tort qu&#8217;il a pu faire. Les Romains obligeaient à rembourser au quadruple dans certains cas d&#8217;abus. C&#8217;était davantage que ce que la loi de Moïse exigeait (Ex 22.4, 7; Lev 6.5; Nom 5.7). Cette disposition montre que Zachée était désormais animé par l&#8217;amour, alors qu&#8217;autrefois, il était dominé par la cupidité ; là, Zachée s&#8217;auto-punit. De sa propre volonté, car il est devant le JUSTE. La conversion de Zachée illustre la vérité énoncée en Luc 18.27 : « <em>Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.</em> ». Zachée était un homme riche ; normalement, un riche ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Mais Zachée s&#8217;est humilié devant le Sauveur et n&#8217;a pas permis à sa richesse de faire écran entre son âme et Dieu. On ne sait pas les paroles échangées entre Jésus et Zachée, mais les paroles prononcées font que Zachée reconnaît Jésus comme le « Seigneur ».</p>
<p>Une lecture superficielle pourrait faire croire que Zachée se targue d&#8217;être philanthrope et fait de sa générosité la condition de son salut. Telle n&#8217;est pas la pensée. Il témoigne tout simplement du fait que la vie nouvelle dans le Christ lui donne envie de réparer les fautes passées, et, par reconnaissance envers Dieu pour le salut, il veut utiliser son argent pour la gloire de Dieu et le bien de ses voisins.</p>
<p>Zachée a donné publiquement des preuves qu&#8217;il était devenu un véritable converti. Il ne cherche pas à être justifié par ses œuvres, comme le pharisien; mais par ses bonnes œuvres il veut, à travers la grâce de Dieu, montrer la sincérité de sa foi et de son repentir.</p>
<p><em><strong>9. Et Jésus lui dit : « Aujourd&#8217;hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d&#8217;Abraham.</strong> </em></p>
<p>Un vrai « fils d&#8217;Abraham » ne l&#8217;est pas par le sang, mais par l&#8217;esprit. Jésus déclare explicitement que le salut est entré ce jour-là dans la maison de Zachée, parce que ce publicain est aussi un fils d&#8217;Abraham. Le salut n&#8217;est pas entré parce que Zachée était un Juif de naissance. L&#8217;expression « fils d&#8217;Abraham » indique plus que les seuls liens du sang : Zachée a fait preuve de la même foi dans le Seigneur que le patriarche. Le salut n&#8217;était donc pas entré dans la maison de Zachée en raison de sa charité et de ses restitutions. Ces œuvres étaient la conséquence du salut et non sa cause.</p>
<p><strong><em>10. </em><em>Car le Fils de l&#8217;homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. </em></strong></p>
<p>Cette dernière phrase est un texte rajouté. Mais on peut la prendre comme une réponse de Jésus à ceux qui l&#8217;ont critiqué pour être entré chez un pécheur en disant que le Fils de l&#8217;homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. La conversion de Zachée est le parfait accomplissement et la raison d&#8217;être de sa venue dans le monde.</p>
<h3>Conclusion</h3>
<p>Jésus a dit : « Il me FAUT demeurer chez toi » ; Dieu a besoin des hommes. Si Jésus était passé sans voir Zachée, il se serait mis du côté de ceux qui le rejettent. Or, il se fait complice de celui à qui il rend sa dignité. C&#8217;est le résultat de la rencontre de deux désirs : vif désir de Zachée de rencontrer Jésus ; vif désir de Jésus de rencontrer Zachée, d&#8217;être au cœur de cet homme. Chacun fait un pas vers l&#8217;autre. Jésus reconnaît ceux qui le cherchent et demeure en eux. Lui, Jésus, a accompli sa mission, et l&#8217;homme est sauvé. La foule murmure parce qu&#8217;elle est bousculée dans ses manières de penser. Elle peut continuer à murmurer ou bien accueillir l&#8217;exclu comme Jésus le fait. La même chose pour l&#8217;Eglise. La même chose pour nous : Jésus n&#8217;a jamais refusé de rencontrer quelqu&#8217;un, &#8211; ceci est une remarque personnelle &#8211; y compris les divorcés-remariés qui ont un grand désir de le recevoir.</p>
<p>Ce récit nous montre bien que se convertir signifie apprendre à dire « <em>abba », </em>« Père ! », jeter toute sa confiance dans le Père céleste, retourner dans la maison et dans les bras du Père (comme l&#8217;enfant perdu). On voit bien ici la différence avec le Baptiste ; Jean accueille les coupables <strong><em>après</em></strong> qu&#8217;ils ont manifesté leur disposition à mener une vie nouvelle ; Jésus offre aux pécheurs le salut <strong><em>avant</em></strong> qu&#8217;ils fassent pénitence.</p>
<p>Auteur : Claude BOURET</p>
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		<title>Promouvoir la justice</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Sep 2009 21:49:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;était le thème dont l&#8217;Assemblée Générale de NSAE a débattu en février 2009. Nous reproduisons ici un extrait de l&#8217;intervention de Jacques Généreux, professeur d&#8217;économie à Sciences Po Paris, suivi d&#8217;un extrait des réponses du Père Jacques Noyer, évêque émérite d&#8217;Amiens, et de Jacques Généreux à la question d&#8217;un participant.

« Il est évident que le capitalisme et l&#8217;économie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><em>C&#8217;était le thème dont l&#8217;Assemblée Générale de NSAE a débattu en février 2009. Nous reproduisons ici un extrait de l&#8217;intervention de Jacques Généreux, professeur d&#8217;économie à Sciences Po Paris, suivi d&#8217;un extrait des réponses du Père Jacques Noyer, évêque émérite d&#8217;Amiens, et de Jacques Généreux à la question d&#8217;un participant.</em></p>
<p style="text-align: left;"><strong></strong></p>
<p style="text-align: left;">« Il est évident que le capitalisme et l&#8217;économie de marché, dans leurs principes même sont intrinsèquement contraires à la justice. Pourquoi ? Pas d&#8217;ambiguïté sur les mots : capitalisme ne veut pas dire<span id="more-1246"></span> « système où il y a des entreprises privées », qui peuvent être des coopératives, des mutuelles, des associations d&#8217;économie solidaire. De même, une économie de marché, ce n&#8217;est pas une économie dans laquelle il y a des marchés ; c&#8217;est une économie dans laquelle l&#8217;essentiel de la vie économique et sociale est <em>commandé</em> par ce qui se passe sur les marchés, où la libre concurrence sur les marchés et la détermination libre des prix, des loyers, des salaires, des taux d&#8217;intérêt, de tous les prix par les marchés impriment leur mouvement à l&#8217;économie. On peut avoir une économie où il y a des marchés mais où les prix des loyers sont fixés par l&#8217;Etat, où les taux d&#8217;intérêt sont contrôlés par les autorités monétaires, où les salaires sont fixés entre un salaire minimum et un salaire maximum, c&#8217;est-à-dire sont réglementés ; on n&#8217;est plus dans une économie de marché, c&#8217;est une économie où il y a des marchés, mais les marchés sont entièrement contrôlés par la société.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-medium wp-image-1255      aligncenter" title="img_0928_dxo" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/img_0928_dxo-300x200.jpg" alt="img_0928_dxo" width="300" height="200" /></p>
<p style="text-align: left;">Le capitalisme est une forme particulière de l&#8217;organisation de la production qui est totalement saugrenue et qui n&#8217;est apparue que depuis deux siècles. Dans la société capitaliste comme entreprise, on considère que l&#8217;un des acteurs à côté de ceux que j&#8217;ai cités tout à l&#8217;heure, les travailleurs, les ingénieurs, les entrepreneurs, les collectivités qui apportent les infrastructures, un des acteurs, celui qui apporte le capital, les moyens financiers, est à lui seul le propriétaire de l&#8217;entreprise, c&#8217;est-à-dire du résultat de l&#8217;action collective et de la richesse collective créée par tous. Il est non seulement à lui seul le propriétaire de ce qui est fait par l&#8217;interaction de tous, mais en plus il est le seul à avoir le pouvoir total de direction, de gestion et de décision sur les autres et notamment les salariés. Le rapport salarial dans une entreprises est un rapport où quelqu&#8217;un, simplement parce qu&#8217;il détient l&#8217;argent, a le pouvoir de décider de l&#8217;emploi d&#8217;un individu et à travers là de sa vie de famille, de ses revenus, du fait qu&#8217;il garde ou pas son emploi ; donc a un pouvoir de domination absolue sur quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: left;">Le système repose sur une injustice de départ qui dit que la richesse créée par tous n&#8217;appartient qu&#8217;à un : celui qui a l&#8217;argent. Donc c&#8217;est un système qui est entièrement commandé par une minorité qui détient les capitaux. Un système qui par sa conception même est contraire à l&#8217;idée de justice.</p>
<p style="text-align: left;">Il en est de même pour l&#8217;économie de marché, telle que je l&#8217;ai définie. Quand vous couplez un système d&#8217;injustice flagrante  à une économie de marché ; si à cette idée que l&#8217;essentiel des activités économiques et des activités humaines, y compris celles qui autrefois n&#8217;étaient pas considérées comme économiques, la santé, l&#8217;éducation, un certain nombre de services publics, etc., doivent en fait entrer dans la sphère des marchés, c&#8217;est-à-dire du jeu du libre-échange, de la concurrence avec des logiques de gestion des prix qui reflètent le rapport de forces sur les marchés, vous procédez à une marchandisation en quelque sorte de l&#8217;activité humaine. Alors à ce moment là c&#8217;est l&#8217;ensemble de la société qui va être commandée par des forces exogènes, des forces collectives de marché et qui produisent quoi ? On sait très bien que le libre jeu des marchés et de la concurrence produit l&#8217;exacerbation de la rivalité, évidemment, mais aussi l&#8217;inégalité par définition puisque dans le libre jeu de la concurrence les plus forts l&#8217;emportent toujours sur les plus faibles, dominent, accumulent des positions supérieures. C&#8217;est un système qui non seulement crée des inégalités mais crée des inégalités cumulatives dans le temps, qui ne peuvent aller qu&#8217;en se développant.</p>
<p style="text-align: left;">Et l&#8217;histoire économique est là pour nous le dire : à chaque fois que l&#8217;on contrôle davantage les marchés, (ce qui était le cas pendant les « trente glorieuses ») on sort d&#8217;un système à proprement parler capitaliste et de marché pour être dans un système socialisé, contrôlé, organisé, réglementé ; les inégalités rétrécissent et on commence à se rapprocher de la justice. Dès qu&#8217;au contraire on étend la concurrence, on étend le champ des marchés et on redonne le pouvoir aux détenteurs du capital ; les inégalités explosent et aboutissent aux situations que l&#8217;on connaît aujourd&#8217;hui avec des PDG qui gagnent quatre cents fois le salaire d&#8217;un ouvrier, comme s&#8217;ils étaient quatre cents fois plus productifs ou s&#8217;ils faisaient quatre cents fois plus d&#8217;efforts, ce qui évidemment n&#8217;a plus aucun sens.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Comment lutter contre ?</strong></p>
<p style="text-align: left;">On ne lutte pas contre l&#8217;injustice de ce système par l&#8217;aumône (je préfère ce terme parce qu&#8217;on voit bien ce que je désigne) ou par l&#8217;action humanitaire qui ne sont pas la charité ou la  <em>caritas</em> au sens où Saint Paul l&#8217;utilise. Cela ne veut pas dire qu&#8217;il ne faut pas faire l&#8217;aumône, soutenir le pauvre qu&#8217;on rencontre ; ou que l&#8217;action humanitaire ce n&#8217;est pas bien. Simplement il faut bien comprendre que toutes ces actions sont certes nécessaires, elles corrigent les souffrances nées de l&#8217;injustice mais elles ne luttent pas contre l&#8217;injustice et c&#8217;est là qu&#8217;il faut éviter toute confusion. Elles correspondent simplement au devoir de fraternité et de soutien envers ceux qui sont victimes de l&#8217;injustice.</p>
<p style="text-align: left;">Vous avez bien compris, pour avoir la justice économique et sociale, il n&#8217;y a qu&#8217;un moyen, c&#8217;est sortir du capitalisme et de l&#8217;économie de marché. Ce qui est très simple. Il suffit d&#8217;une dizaine de lois parlementaires qui réforment le droit des sociétés pour qu&#8217;une entreprise soit collectivement animée et dirigée par l&#8217;ensemble de ses acteurs, pour que les résultats soient équitablement partagés entre les acteurs, pour que les différentes variables clefs de l&#8217;économie que sont les salaires, les taux d&#8217;intérêt, les loyers ne reflètent pas des rapports de force mais reflètent des choix collectifs et démocratiques. Il ne faut pas grand chose, mais ce « pas grand chose » est une transformation radicale, c&#8217;est une révolution complète de société qui va vers le minimum d&#8217;inégalités qui à un moment donné sont considérées comme socialement supportables.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Retour sur la « caritas »</strong></p>
<p style="text-align: left;">Alors cette <em>caritas</em> ? Je vais insister. Ce sera un de mes prochains livres. <em>La Dissociété</em> était une réflexion sur les fondements anthropologiques de la philosophie politique. Elle a une suite qui va sortir sur le socialisme pensé avec ses fondements anthropologiques et dans lequel il n&#8217;est pas question, ou très peu, de religion ou de christianisme puisque cela se veut un discours matérialiste, scientifique, à partir de ce que nous connaissons des sciences humaines, sociales, physiques. Mon entreprise, c&#8217;est de refonder totalement un discours économique et politique fondé scientifiquement sur la réalité des êtres humains.</p>
<p style="text-align: left;">Ce qui est frappant, et ce sera l&#8217;objet d&#8217;un autre travail qui a rapport au christianisme, c&#8217;est que tout ce que vous avez dit et que je partage sur la nature de cette <em>caritas</em>, c&#8217;est le don de soi à autrui ; c&#8217;est un don sans contrepartie et c&#8217;est essentiel ; c&#8217;est le fait de traiter autrui comme soi-même, contrairement à l&#8217;idée libérale que dans une société justement contractuelle on n&#8217;a rien sans rien, ce qui justifie le discours d&#8217;aujourd&#8217;hui sur le fait qu&#8217;il faut responsabiliser les chômeurs, que vous ne pouvez avoir d&#8217;indemnité ou d&#8217;assistance si vous ne donnez rien en échange à la société. Bref, tous ces discours nauséabonds qui laissent entendre que si les pauvres sont pauvres, c&#8217;est leur responsabilité et que donc ils doivent donner quelque chose en échange du soutien de la société, sont totalement faux et inversés. Dans la société humaine au contraire, ce qui crée l&#8217;obligation des individus, ce qui crée leur responsabilité, c&#8217;est le fait précisément qu&#8217;une société humaine est un ensemble de droits sans contrepartie. C&#8217;est le fait qu&#8217;on accueille quelqu&#8217;un dans une société, à commencer par l&#8217;enfant, sans rien lui demander en échange. Nos sociétés sont constituées sur des droits sans contrepartie par le fait que quelqu&#8217;un a le droit de grandir, d&#8217;être éduqué, etc, sans qu&#8217;on lui demande rien en échange. C&#8217;est le fondement même des sociétés humaines. Or il se trouve que c&#8217;est parce que la société est sans contrepartie et que les droits sont sans contrepartie qu&#8217;ils engendrent une dette sociale et une obligation sociale, mais qui ne peut pas être rendue.</p>
<p style="text-align: left;">La grande illusion serait de dire que parce qu&#8217;on a une dette sociale on peut la rendre à la société. Qui peut rendre la vie ? Qui peut rendre la langue qui lui a été donnée ? Qui peut rendre la culture accumulée et les infrastructures accumulées par les générations qui lui permettent d&#8217;exister, de vivre et d&#8217;être ce qu&#8217;il est ? Ce qui est reçu de la société est incommensurable et ça ne peut pas être rendu. C&#8217;est pour cela qu&#8217;on ne lui demande pas de le rendre. Et la seule manière que nous avons d&#8217;être à la hauteur de cette dette sociale en justice, c&#8217;est de <em>participer à notre tour à cette ronde éternelle du don,</em> qui est de donner à notre tour aux autres générations le don qu&#8217;ils ne pourront pas rendre, ce don qui ne pourra pas être rendu. Le don de la société, il se transmet, il ne se rend pas. Et donc on aboutit exactement à cette idée chrétienne de la <em>caritas</em> et du don de Dieu. Le don de Dieu, c&#8217;est un don qui ne se rend pas. Et en même temps c&#8217;est ce don qui crée et qui invite à quoi ? Non pas à rendre mais à donner à son tour puisque la seule manière qu&#8217;a un être humain de ne pas être écrasé par ce don, de ne pas être rendu indigne par ce don, c&#8217;est d&#8217;entrer dans la ronde du don et à son tour  donner à autrui le don qu&#8217;il ne pourra pas rendre. Ceci était parfaitement décrit par Mauss en 1924 à partir de l&#8217;expérience des tribus Maori comme étant là aussi un invariant des sociétés humaines qui n&#8217;étaient pourtant pas chrétiennes.</p>
<p style="text-align: left;">Tout ceci pour aboutir à ce que, quand on va chercher dans l&#8217;anthropologie, l&#8217;ethnologie, la neurobiologie, l&#8217;éthologie humaines, ce qui fait l&#8217;essence d&#8217;un être humain, je dirais ce qui fait l&#8217;essence socialiste d&#8217;un être humain, c&#8217;est-à-dire comme être social, comme être construit par les liens sociaux, eh bien on retrouve ce qui est pour moi l&#8217;essence du message chrétien &#8211; pas forcément catholique &#8211; chrétien, c&#8217;est-à-dire celui de l&#8217;Evangile, sur ce qu&#8217;est l&#8217;être humain et ce à quoi il est invité. Le christianisme, en tous cas celui de l&#8217;Evangile, introduit une rupture absolument hallucinante et extraordinaire dans l&#8217;histoire de la pensée humaine puisqu&#8217;il affirme par l&#8217;incarnation que Dieu n&#8217;est pas dans le ciel : il est dans l&#8217;être humain et il donne à voir un Dieu qui n&#8217;existe pas en soi. Le seul être en soi qui existe par lui-même, ce ne peut être que Dieu. Or le Dieu que nous donne à voir le Christ, le Dieu qui est amour, c&#8217;est un Dieu qui ne peut pas exister seul, qui ne peut pas exister en lui-même et par lui-même. Il n&#8217;existe que dans le don et la relation.</p>
<p style="text-align: left;">Vous voyez l&#8217;affirmation anthropologique très forte sur la réalité de l&#8217;être humain. Ce que le Christ donne à voir, c&#8217;est sa réalité anthropologique. La réalité anthropologique d&#8217;un être humain, c&#8217;est qu&#8217;il ne peut être lui-même que dans le don et la relation à autrui. Vous pouvez y arriver par le matérialisme agnostique d&#8217;un anthropologue. Vous pouvez y arriver par la foi et la lecture de l&#8217;Evangile. Mais il y a concordance et convergence absolues entre ces deux conceptions de l&#8217;être humain. »</p>
<p style="text-align: left;">Jacques Généreux</p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: center;"><img class="size-medium wp-image-1249  aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/img_0913_dxo-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>DEBAT AVEC LA SALLE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que fait l&#8217;Eglise, que pouvons-nous faire &#8211; nous chrétiens ? Comment surmonter l&#8217;endoctrinement des esprits, la mise en concurrence, en rivalité, des travailleurs qui annihile toute résistance ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jacques Noyer </strong>: Vous posez la question de la place de l&#8217;Eglise. Aborder le Christ  comme un homme qui nous parle de Dieu autrement, un homme au cœur de la vie, qui a parlé de Dieu comme un père : il ne dit pas « le Dieu de nos pères », mais « c&#8217;est mon père ». Et de ce fait, il définit l&#8217;homme comme fils. Jésus nous révèle la vraie manière d&#8217;être un homme.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Eglise c&#8217;est souvent historiquement une institution. Mais fondamentalement c&#8217;est la communauté des gens qui se laissent interroger par le témoignage de Jésus Christ. L&#8217;Eglise doit être, c&#8217;est sa vocation, et cela l&#8217;a été aussi dans l&#8217;histoire, un laboratoire ou non pas se définit mais se construit l&#8217;amour, à travers des refus et des engagements. L&#8217;Eglise, comme mouvement spirituel profond ; pas comme institution.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jacques Généreux</strong> : Nous avons à mener une bataille culturelle et morale pour faire passer une autre façon de voir les choses. Oui, une servitude volontaire s&#8217;installe dans les entreprises du fait de la manipulation psychologique et du fait qu&#8217;on met les gens en état de guerre économique : la mondialisation libérale plonge les gens dans un état de guerre pour qu&#8217;ils soient amenés à se comporter comme des guerriers. Et donc la peur engendrée par ce climat de guerre permanente, de risque permanent de déclassement, soit à l&#8217;intérieur de l&#8217;entreprise, soit de perdre la bataille vis-à-vis de l&#8217;extérieur. Ce stress permanent, cette peur permanente transforment les individus en bons guerriers qui vont devenir des esclaves volontaires. Et en même temps, les enquêtes de psychologie et de sociologie du travail montrent que les gens sont résilients ; l&#8217;immense majorité d&#8217;entre eux ont une capacité énorme à encaisser la souffrance, les traumatismes, les humiliations&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">A partir du moment où le contexte politique change et où une alternative se met en place, les choses peuvent changer du jour au lendemain. Il ne faut pas surestimer la victoire culturelle des idées fausses ; l&#8217;immense majorité a la capacité de reconnaître ce qui est inacceptable, inhumain, injuste.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette bataille culturelle, aujourd&#8217;hui, l&#8217;Eglise a-t-elle quelque chose à faire ou pas ? Peut-elle être d&#8217;une quelconque utilité pour la vie des hommes et des sociétés, en dehors de son rôle spirituel ? Je ne pense pas que ce soit le rôle de l&#8217;Eglise de nous dire par exemple que pour reprendre un contrôle démocratique des moyens financiers il faut nationaliser telle banque ; elle n&#8217;est pas une organisation politique faite pour rédiger un programme politique ; mais en revanche je considère qu&#8217;il est de son rôle, en tant que communauté spirituelle, d&#8217;avoir quelque chose à dire aux hommes, justement en termes culturels sur des idées qu&#8217;elle trouve justes ou sur des idées qu&#8217;elle trouve fausses, sur des affirmations politiques ou des actes qui sont dignes ou qui sont indignes de l&#8217;humanité. Là, je pense que l&#8217;Eglise a un rôle à jouer. Par exemple, quand on parle d&#8217;immigration choisie, j&#8217;aimerais bien entendre une Eglise qui nous parle d&#8217;immigration choyée et qui explique l&#8217;indignité qu&#8217;il y a dans les termes mêmes de considérer qu&#8217;on va choisir des gens en fonctions de nos besoins à nous, de nos intérêts.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais dans cette bataille culturelle, même si ce n&#8217;est pas à l&#8217;Eglise de nous dire « on va remplacer le capitalisme par ceci ou cela », même si je sais qu&#8217;on peut lire des choses dans les déclarations où les encycliques, mais dont rien ne passe à la télé, ne pensez-vous pas que l&#8217;Eglise pourrait être un cran au-dessus dans sa dénonciation d&#8217;un certain nombre de discours, par exemple sur les inégalités ? N&#8217;est-elle pas en-deça de sa responsabilité dans la formation de la culture du monde ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jacques Noyer</strong> : Je n&#8217;ai aucune peine à reconnaître qu&#8217;elle n&#8217;est pas à la hauteur de ce qu&#8217;elle devrait être. Et sans doute ne l&#8217;a-t-elle jamais été. Je dois cependant aussi souligner que, de temps en temps, il y a d&#8217;assez beaux textes ; mais comme on a parlé trop longtemps en faisant la leçon, on n&#8217;est plus entendus. Récemment, dans le dernier document sur la contribution de l&#8217;Eglise catholique en France sur des questions de bioéthique il y a eu un effort considérable pour faire un discours qui ne soit pas un discours qui juge, alors que le discours romain qui est sorti il y a quelques mois a un tout autre ton, mais nous n&#8217;avons pas été entendus. On entend souvent plus ce qui arrive de Rome que ce qui arrive des évêques ou ce qui arrive de vous, parce que vous aussi vous êtes l&#8217;Eglise : c&#8217;est écrit là (sur la banderole) et je crois que c&#8217;est vrai. Mais en même temps vous avez l&#8217;impression de ne pas réussir à vous faire entendre, à ce que votre expression soit reconnue comme une expression d&#8217;Eglise ; et pourtant je pense en effet que le grand travail que l&#8217;Eglise a fait dans l&#8217;histoire a été fait par des hommes et pas tellement par l&#8217;institution. C&#8217;est le contenu de l&#8217;Evangile qu&#8217;elle porte qui continue à travailler le cœur des gens ; et à mes yeux, c&#8217;est ce qui fait sa fécondité. Qui fait que je respecte l&#8217;Eglise parce que c&#8217;est elle qui maintient aussi la parole dans cette poterie fragile, comme dit Saint Paul. Malheureusement l&#8217;Eglise s&#8217;est souvent pensée comme un reliquaire précieux plutôt que comme une poterie fragile. Cela c&#8217;est le risque si vous voulez et la honte peut-être de chacun d&#8217;entre nous.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><img class="size-medium wp-image-1258    aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/img_0935_dxo-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></p>
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		<title>Jean Cardonnel nous a quittés</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Jul 2009 12:07:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean Cardonnel, le frère &#171;&#160;à la libre parole&#160;&#187; engagé au service des exclus et renvoyé en 2002 du couvent dominicain de Montpellier, est décédé à l&#8217;âge de 88 ans, a-t-on appris dimanche de source hospitalière. Militant soixante-huitard à la Mutualité, féministe convaincu, le défenseur des prêtres-ouvriers, porte-parole des pauvres au Brésil et pourfendeur de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jean Cardonnel, le frère &laquo;&nbsp;<em>à la libre parole</em>&nbsp;&raquo; engagé au service des exclus et renvoyé en 2002 du couvent dominicain de Montpellier, est décédé à l&#8217;âge de 88 ans, a-t-on appris dimanche de source hospitalière. Militant soixante-huitard à la Mutualité, féministe convaincu, le défenseur des prêtres-ouvriers, porte-parole des pauvres au Brésil et pourfendeur de la torture en Algérie, est mort samedi soir, a précisé une source proche<span id="more-1117"></span> de la clinique où il était hospitalisé depuis plusieurs semaines, confirmant une information de France 3.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/07/jean-cardonnel.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1118" title="jean-cardonnel" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/07/jean-cardonnel.jpg" alt="jean-cardonnel" width="512" height="334" /></a></p>
<p>Pendant 44 ans, de 1958 à 2002, Jean Cardonnel, électron libre de son ordre, avait fait du couvent des Dominicains de Montpellier son quartier général, militant contre les &laquo;&nbsp;hypocrisies&nbsp;&raquo; de l&#8217;Eglise et prônant sa &laquo;&nbsp;dé-romanisation&nbsp;&raquo; au profit d&#8217;une &laquo;&nbsp;évangélisation de Dieu&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Jean Cardonnel est né en 1921 à Figeac dans le Lot. La guerre de 1939 éclate alors qu&#8217;il entame des études de philosophie et lettres à l&#8217;Université de Montpellier. Il rejoint vite, dès 1940, l&#8217;ordre des Dominicain où il étudie pendant 7 ans la théologie et la philosophie, jusqu&#8217;à son ordination comme prêtre. Nous sommes en 1947.</p>
<p>Pendant 2 ans, Jean Cardonnel sera professeur de théodicée et de théologie fondamentale au couvent royal de St Maximin, seul grand couvent des novices dans le sud de la France. Puis il entre au couvent de Marseille en 1950.</p>
<p>Un an plus tard, à 30 ans, il est élu supérieur du couvent. Déjà ses engagements s&#8217;affirment : protestation contre la peine de mort prononcée contre les époux Rosenberg, soutien du projet des prêtres ouvriers&#8230; Mais en 1954, le maître général de l&#8217;Ordre vient en France pour condamner l&#8217;expérience des prêtres ouvriers. Jean Cardonnel démissionne de ses responsabilités de supérieur.</p>
<p>De 1954 à 1956 , il travaille au siège de la revue &laquo;&nbsp;Économie et humanisme&nbsp;&raquo;, puis comme aumônier à la cité universitaire de Paris (1956-1957). Nommé au couvent de Montpellier &#8211; il sera aumônier de l&#8217;Ecole normale durant 3 mois seulement -, il devient grand prédicateur des Dominicains et dénonce la torture en Algérie &#8211; engagement pour une Algérie libre qui lui vaudra son départ de Montpellier.</p>
<p>De nouveaux horizons s&#8217;ouvrent. Professeur de théologie à Rio au Brésil en 1958, il prend conscience des problèmes du Tiers-monde : ouvriers sans salaire, paysans sans terre, favellas, des enfants des rues. Il apprend le portugais et s&#8217;engage, mais son ordre et l&#8217;épiscopat brésilien exigeront son départ.</p>
<p>De retour à Montpellier en 1960, il fonde avec quelques frères un Centre Lacordaire, lieu théologique pour un dialogue entre laïcs et prédicateurs. Parallèlement, il commence un travail avec la revue franciscaine &laquo;&nbsp;Frères du monde&nbsp;&raquo;, laquelle est engagée avec le Tiers-monde et sera attaquée par Rome. Sa collaboration durera 10 ans jusqu&#8217;à l&#8217;arrêt définitif de la revue.</p>
<p>Qu&#8217;à cela ne tienne, Jean Cardonnel publie ses premiers livres en 1961 (des recueils de prédication). Il écrit des articles dans <em>Témoignage Chrétien</em>, <em>Le Monde, </em>et<em> </em>intervient dans de nombreux colloques et conférences à travers l&#8217;Europe.</p>
<p>En pleine année 1968 , soutenu par l&#8217;hebdomadaire <em>Témoignage Chrétien</em>, il prêche un carême sur le thème &laquo;&nbsp;Évangile et Révolution&nbsp;&raquo;, hors église, dans la salle des meetings de la Mutualité à Paris. C&#8217;est &laquo;&nbsp;l&#8217;affaire Cardonnel&nbsp;&raquo;. Il est interdit de parole et d&#8217;écriture hors des revues très spécialisées en théologie. Pour parler il lui faut l&#8217;accord de l&#8217;évêque du diocèse. Un mouvement d&#8217;opinion en sa faveur se manifeste au Brésil et en Europe, qui intervient auprès de Rome, du maître de l&#8217;Ordre, des évêques français. L&#8217;ordre des franciscains le soutient, avec la revue &laquo;&nbsp;Frères des hommes&nbsp;&raquo;. Il sort de cette épreuve en homme libéré. Il publie <em>Dieu est mort en Jésus-Christ </em>sans autorisation de ses supérieurs, comme tout écrivain.</p>
<p>Mais l&#8217;homme aime respirer au plein vent du monde. Il est au Portugal en 1975, pendant la Révolution des oeillets. En 1979, il effectue son premier séjour à l&#8217;Ile de la Réunion, où il dénonce la tricherie électorale. Il fait ensuite de nombreux voyages d&#8217;études : en Chine, en Russie, an Albanie, en Irlande, en Pologne, au Canada, en Suède, en Afrique du Nord, au Nicaragua, en Thaïlande, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Israël, en Éthiopie au moment de la famine, en Yougoslavie pendant la guerre&#8230;</p>
<p>Appelé à témoigner, il entame en 1981 un carême de jeûne pour la faim dans le monde, dans le cadre de l&#8217;association Survie. Après un voyage au Brésil, il partagera son temps entre l&#8217;Ile de la Réunion et la métropole. En 2002, Jean Cardonnel était parti se reposer à la Réunion, une habitude prise dans cette île où il avait fait scandale en célébrant une messe dans l&#8217;ancien cimetière des esclaves. A son retour, le couvent avait vidé sa chambre en l&#8217;envoyant demander asile chez les religieuses de l&#8217;Ange gardien à Quillan (Aude), où sont accueillis des enfants maltraités.</p>
<p>Le prêtre estimait alors avoir payé le prix de sa &laquo;&nbsp;libre parole&nbsp;&raquo; tandis que le couvent niait l&#8217;avoir mis à la porte, évoquant un départ volontaire.</p>
<p>Trois ans plus tard, Jean Cardonnel avait stigmatisé une &laquo;&nbsp;<em>homosexualisation croissante</em>&nbsp;&raquo; de l&#8217;Eglise en lui reprochant d&#8217;avoir fait de la femme &laquo;&nbsp;<em>l&#8217;incarnation du démon</em>&laquo;&nbsp;, dans un livre brûlot intitulé &laquo;&nbsp;<em>Verbe incarné contre sexe tout puissant</em>&laquo;&nbsp;. Le couvent de Montpellier avait déploré &laquo;&nbsp;délire&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;mensonges&nbsp;&raquo;.</p>
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		<title>Entretien avec Jean-Marie Donegani : « La parole religieuse est évaluée à l&#8217;aune de son utilité et de sa fécondité »</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Jun 2009 08:14:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien avec...]]></category>
		<category><![CDATA[OPINIONS & DÉBATS]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment analysez-vous le positionnement actuel de l&#8217;Église catholique dans la société française ?
Jean-Marie Donegani : Le document fondamental, fondateur d&#8217;une perspective nouvelle, est la Lettre aux catholiques de France (1996). Il y est dit que la vocation première de l&#8217;Église est de proposer le salut au monde et que cela suppose un dialogue, où l&#8217;écoute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Comment analysez-vous le positionnement actuel de l&#8217;Église catholique dans la société française ?</em></strong></p>
<p>Jean-Marie Donegani : Le document fondamental, fondateur d&#8217;une perspective nouvelle, est la <em>Lettre aux catholiques de France</em> (1996). Il y est dit que la vocation première de l&#8217;Église est de proposer le salut au monde et que cela suppose un dialogue, où l&#8217;écoute est aussi importante que ce que l&#8217;on donne. Et la <em>Lettre</em> va loin dans ce chemin. Elle pose que l&#8217;identité de l&#8217;Église lui est révélée par les demandes qui lui sont adressées, à la manière dont le Christ questionne ses disciples : « Qui dites-vous que je suis ? » C&#8217;est très nouveau de dire qu&#8217;une institution peut recevoir de ceux qui s&#8217;adressent à elle quelque chose de<span id="more-1090"></span> son identité et de sa vocation.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/06/ixene-eglise-secte.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1091" title="ixene-eglise-secte" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/06/ixene-eglise-secte.jpg" alt="ixene-eglise-secte" width="300" height="462" /></a></p>
<p><em><strong>Ce programme reste-t-il d&#8217;actualité ?</strong></em></p>
<p>Il n&#8217;a pas, à ma connaissance, été remis en cause, même si sa mise en œuvre n&#8217;est pas toujours facile et si certaines positions récentes de Rome semblent peu en accord avec cette disposition. Mais il est logique qu&#8217;une institution vive de pulsations entre ouvertures et reprises en main. Pour le comprendre, il faut aller au-delà de la simple analyse politique. Quand une institution semble se refermer, c&#8217;est qu&#8217;elle ne retrouve plus ses frontières et qu&#8217;elle éprouve la nécessité de réaffirmer la distinction entre ses valeurs et celle des autres, entre la transcendance et la sagesse humaine immanente.</p>
<p>La logique institutionnelle explique les phases d&#8217;ouverture et de repli, d&#8217;aggiornamento et d&#8217;intransigeance, dans l&#8217;histoire de l&#8217;Église. Aujourd&#8217;hui, le passage de l&#8217;ouverture à une forme de restauration n&#8217;a pas directement à voir avec une question de ligne politique ; il me semble plutôt lié à la logique de la vie institutionnelle, qui prend alors le pas sur la vie tout court.</p>
<p><strong><em>Que doit privilégier une Église qui veut être entendue dans une société pluraliste et sécularisée ?</em></strong></p>
<p>Pour nos contemporains, la parole religieuse n&#8217;est pas évaluée à l&#8217;aune de sa charge de vérité, mais à celle de son utilité, de sa fécondité pour une vie meilleure. On demande aux institutions pourvoyeuses de sens de donner des raisons d&#8217;être, de vivre, de croire, dont les fruits soient perceptibles immédiatement. Cette attente ne doit pas être considérée comme néfaste ou triviale. C&#8217;est à partir d&#8217;elle qu&#8217;il faut parler. Nos contemporains s&#8217;intéressent davantage à l&#8217;authenticité personnelle générée par des principes qu&#8217;à leur vérité intrinsèque.</p>
<p>Il ne sert donc à rien d&#8217;argumenter à partir de la loi naturelle : il faut montrer les conséquences heureuses que peuvent avoir certains choix faits à la lumière de l&#8217;Évangile. Dans cet échange, l&#8217;Église ne peut pas se désintéresser de savoir si sa parole est reçue et comment elle peut s&#8217;insérer dans la culture commune. Proclamer la vérité en négligeant sa réception est, à mon sens, gravement attentatoire à la vie de celui qui parle et à la vie de ceux à qui il s&#8217;adresse.</p>
<p><em><strong>Des philosophes comme Jürgen Habermas plaident pour une reconnaissance des religions dans l&#8217;espace public. Ce discours est-il entendu en France ?</strong></em></p>
<p>Aucun philosophe libéral n&#8217;a dit que les institutions religieuses ne devaient pas avoir de place dans l&#8217;espace public. Simplement, les religions ne peuvent pas avoir d&#8217;« empire » : leur seul pouvoir doit être celui de la persuasion. Pour que les individus puissent se construire un art de vivre, il faut bien qu&#8217;ils le puisent dans des institutions s&#8217;adressant à eux.</p>
<p>Mais l&#8217;universalisme dont celles-ci se prévalent ne doit pas être un universalisme de surplomb : il doit être réitératif, fruit de la répétition que les hommes font d&#8217;une même expérience dans des situations différentes. C&#8217;est le type d&#8217;universel dont la Bible parle à propos de la sortie d&#8217;Égypte et de la libération de l&#8217;esclavage. Prendre ce chemin est la seule voie d&#8217;avenir pour les institutions religieuses. Mais elles ont parfois du mal à l&#8217;emprunter&#8230;</p>
<p><em><strong>Avec la crise intégriste, on a reparlé d&#8217;intransigeantisme ou de néo-intransigeantisme catholique, qu&#8217;en pensez-vous ?</strong></em></p>
<p>Je reste convaincu qu&#8217;avec Vatican II, l&#8217;Église est sortie de l&#8217;intransigeantisme. Mais il est toujours possible d&#8217;y retourner par peur ! En période d&#8217;incertitudes et de peurs, l&#8217;institution a la possibilité de se réfugier dans les majuscules et les principes, condamnant la liberté et revenant à une méfiance vis-à-vis de la démocratie. Cette méfiance est d&#8217;ailleurs une constante dans les textes du Magistère &#8211; de la Révolution française à Benoît XVI -, qui stigmatisent dans la démocratie une absence de fondement transcendant qui conduirait au totalitarisme. Cette critique religieuse de la démocratie ne me semble pas pertinente : le pouvoir politique sans transcendance, sans sacralité, n&#8217;est pas plus nocif que le pouvoir fondé sur une transcendance. Le seul vrai problème, c&#8217;est le pouvoir sans limites, sans contrepoids.</p>
<p><em><strong>Quelles seront les conséquences de la crise intégriste dans les rapports Église-société en France ?</strong></em></p>
<p>La société française est extraordinairement sensible à des crises comme celle que nous venons de vivre. Le visage de l&#8217;Église se joue sur des affaires polémiques. Une crise comme celle-là est un moment violent, qui engendre des processus d&#8217;identification et de désidentification. Elle peut rendre vains les efforts précédents pour trouver un langage accessible au plus grand nombre et en accord avec la culture commune : on se trouve à nouveau dans des logiques de dedans/dehors, pour/contre&#8230; Cette crise ne sera pas sans effet, même si l&#8217;on peut avoir l&#8217;impression d&#8217;être déjà passé à autre chose. On n&#8217;oublie pas une crise d&#8217;identification.</p>
<p><strong><em>Propos de Jean-Marie Donegani, enseignant à l&#8217;Institut d&#8217;études politiques et à l&#8217;Institut catholique de Paris, recueillis par Elodie MAUROT<br />
Source : La Croix, édition du 29/05/2009</em></strong></p>
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		<title>Pour une déclaration universelle du bien commun de l&#8217;humanité, par François Houtart</title>
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		<pubDate>Sun, 17 May 2009 18:30:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Face à la crise financière qui affecte l&#8217;ensemble de l&#8217;économie mondiale et se combine avec une crise alimentaire, énergétique et climatique, pour déboucher sur un désastre social et humanitaire, diverses réactions se profilent à l&#8217;horizon. Certains proposent de punir et de changer les acteurs (les &#171;&#160;voleurs de poules&#160;&#187;, comme dit Michel Camdessus, l&#8217;ancien directeur du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Face à la crise financière qui affecte l&#8217;ensemble de l&#8217;économie mondiale et se combine avec une crise alimentaire, énergétique et climatique, pour déboucher sur un désastre social et humanitaire, diverses réactions se profilent à l&#8217;horizon. Certains proposent de punir et de changer les acteurs (les &laquo;&nbsp;voleurs de poules&nbsp;&raquo;, comme dit Michel Camdessus, l&#8217;ancien directeur du FMI) pour continuer comme avant. D&#8217;autres soulignent la nécessité de réguler le système, mais sans changer les paramètres, comme George Soros. Enfin il y a ceux qui estiment que c&#8217;est la logique du système économique contemporain qui est en jeu et qu&#8217;il s&#8217;agit de trouver des alternatives.<span id="more-1036"></span></p>
<p>L&#8217;urgence de solutions est le défi majeur. Il ne reste plus beaucoup de temps pour agir efficacement sur les changements climatiques. Au cours des deux dernières années, selon la FAO, 100 millions de personnes ont basculé sous la ligne de pauvreté, le besoin impératif de changer de cycle énergétique est à nos portes. Une multitude de solutions alternatives existent, dans tous les domaines, mais elles exigent une cohérence pour garantir leur efficacité ; non pas un nouveau dogme, mais une articulation.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-413  aligncenter" title="francois-houtart" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2008/12/francois-houtart.jpg" alt="francois-houtart" width="250" height="213" /></p>
<p>Au même titre que la Déclaration universelle des Droits de l&#8217;Homme proclamée par les Nations unies, une Déclaration universelle du Bien commun de l&#8217;humanité pourrait jouer ce rôle. Certes les Droits de l&#8217;Homme ont connu un long parcours entre les révolutions française et américaine et leur adoption par la communauté internationale. Le processus fut aussi progressif avant de proclamer la troisième génération des droits, incluant une dimension sociale. Très occidental dans ses perspectives, le document fut complété par une Déclaration africaine et par une initiative similaire du monde arabe. Sans aucun doute la Déclaration est souvent manipulée en fonction d&#8217;intérêts politiques, notamment par les puissances occidentales. Mais elle reste une référence de base, indispensable à toute légitimité politique et une protection pour les personnes.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui elle doit être complétée, car c&#8217;est la survie de l&#8217;humanité et de la planète qui est en jeu. Quatre axes fondamentaux pourraient donner cohérence aux nouvelles initiatives cherchant à construire des alternatives et orienter de nombreuses pratiques.</p>
<p>1. L&#8217;utilisation durable et responsable des ressources naturelles. Cela signifie une autre approche des relations entre les êtres humains et la nature : passer de l&#8217;exploitation au respect de cette dernière, source de toute vie.</p>
<p>2. Privilégier la valeur d&#8217;usage sur la valeur d&#8217;échange. Donc, définir l&#8217;économie comme l&#8217;activité destinée à créer, dans le respect de normes sociales et écologiques, les bases de la vie physique, culturelle et spirituelle de tous les êtres humains sur la planète.</p>
<p>3. Généraliser la démocratie à tous les rapports sociaux et à toutes les institutions. Non seulement l&#8217;appliquer et l&#8217;approfondir dans le champ politique, avec une nouvelle définition de l&#8217;Etat et des organismes internationaux, mais l&#8217;élargir aux domaines de l&#8217;économie, de la culture et des rapports hommes-femmes.</p>
<p>4. La multiculturalité, afin de donner la possibilité à tous les savoirs, toutes les cultures, toutes les traditions philosophiques et religieuses, de participer à la définition du Bien commun de l&#8217;humanité et à l&#8217;élaboration de son éthique.</p>
<p>L&#8217;adoption de ces principes permettrait d&#8217;engager un processus alternatif réel face aux règles qui président actuellement au déroulement de l&#8217;économie capitaliste, à l&#8217;organisation politique mondiale et à l&#8217;hégémonie culturelle occidentale et qui entraînent les conséquences sociales et naturelles que nous connaissons aujourd&#8217;hui. Les principes exprimés débouchent sur de grandes orientations qu&#8217;il est possible d&#8217;esquisser.</p>
<p>En effet, il est clair que le respect de la nature exige le contrôle collectif des ressources. Il demande aussi de constituer les plus essentielles à la vie humaine (l&#8217;eau, les semences&#8230;) en patrimoines de l&#8217;humanité, avec toutes les conséquences juridiques que cela entraîne. Il signifierait également la prise en compte des &laquo;&nbsp;externalités&nbsp;&raquo; écologiques dans le calcul économique.</p>
<p>Privilégier la valeur d&#8217;usage exige une transformation du système de production, aujourd&#8217;hui centré prioritairement sur la valeur d&#8217;échange, afin de contribuer à l&#8217;accumulation du capital considéré comme le moteur de l&#8217;économie. Cela entraîne la remise en place des services publics, y compris dans les domaines de la santé et de l&#8217;éducation, c&#8217;est à dire leur non-marchandisation.</p>
<p>Généraliser la démocratie, notamment dans l&#8217;organisation de l&#8217;économie, suppose la fin d&#8217;un monopole des décisions lié à la propriété du capital, mais aussi la mise en route de nouvelles formes de participation constituant les citoyens en sujets.</p>
<p>Accepter la multiculturalité dans la construction des principes exprimés signifie de ne pas réduire la culture à une seule de ses composantes et permettre à la richesse du patrimoine culturel humain de s&#8217;exprimer, de mettre fin aux brevets monopolisant les savoirs et d&#8217;exprimer une éthique sociale dans les divers langages.</p>
<p>Utopie ! Oui, car cela n&#8217;existe pas aujourd&#8217;hui, mais pourrait exister demain. Utopie nécessaire, car synonyme d&#8217;inspiration et créatrice de cohérence dans les efforts collectifs et personnels. Mais aussi applications très concrètes, sachant que changer un modèle de développement ne se réalise pas en un jour et se construit par un ensemble d&#8217;actions dont le déroulement dans le temps est divers. Alors comment proposer des mesures s&#8217;inscrivant dans cette logique et qui pourraient faire l&#8217;objet de mobilisations populaires et de décisions politiques ? Bien des propositions ont déjà été faites, mais on pourrait en ajouter d&#8217;autres.</p>
<p>Sur le plan des ressources naturelles, un pacte international sur l&#8217;eau, prévoyant une gestion collective (pas exclusivement étatique) correspondrait à une conscience existante de l&#8217;importance du problème. Quelques autres orientations pourraient être proposées : la souveraineté des nations sur leurs ressources énergétiques ; l&#8217;interdiction de la spéculation sur les produits alimentaires ; la régulation de la production des agrocarburants en fonction du respect de la biodiversité, de la conservation de la qualité des sols et de l&#8217;eau et du principe de l&#8217;agriculture paysanne ; l&#8217;adoption des mesures nécessaires pour limiter à 1 degré centigrade, l&#8217;augmentation de la température de la terre au cours du 21e siècle ; le contrôle public des activités pétrolières et minières, moyennant un code d&#8217;exploitation international, vérifié et sanctionné, concernant les effets écologiques et sociaux (entre autres les droits des peuples indigènes).</p>
<p>A propos de la valeur d&#8217;usage, des exemples concrets peuvent être donnés également. Il s&#8217;agirait de rétablir le statut de bien public, de l&#8217;eau, de l&#8217;électricité, de la poste, des téléphones, de l&#8217;internet, des transports collectifs, de la santé, de l&#8217;éducation, en fonction des spécificités de chaque secteur. Exiger une garantie de 5 ans sur tous les biens manufacturés, ce qui permettrait d&#8217;allonger la vie des produits et de diminuer l&#8217;utilisation de matières premières et d&#8217;énergie. Mettre une taxe sur les produits manufactures voyageant plus de 1000 km entre leur production et le consommateur (à adapter selon les produits) et qui serait attribuée au développement local des pays les plus fragiles ; renforcer les normes du travail établies par l&#8217;OIT, sur la base d&#8217;une diminution du temps de travail et de la qualité de ce dernier ; changer les paramètres du PIB, en y introduisant des éléments qualitatifs traduisant l&#8217;idée du &laquo;&nbsp;bien vivre&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Les applications de la démocratie généralisées sont innombrables et pourraient concerner toutes les institutions qui demandent un statut reconnu publiquement, tant pour leur fonctionnement interne que pour l&#8217;égalité dans les rapports de genre : entreprises, syndicats, organisations religieuses, culturelles, sportives. Sur le plan de l&#8217;Organisation des Nations unies, on pourrait proposer la règle des deux tiers pour les décisions de principe et de la majorité absolue pour les mesures d&#8217;application.</p>
<p>Quant à la multiculturalité, elle comprendrait, entre autres, l&#8217;interdiction de breveter les savoirs traditionnels ; la mise à disposition publique des découvertes liées à la vie humaine (médicales et pharmaceutiques) ; l&#8217;établissement des bases matérielles nécessaires à la survie des cultures particulières (territorialité).</p>
<p>Un appel est fait pour que les propositions concrètes soient rassemblées en un ensemble cohérent d&#8217;alternatives, qui constitueront l&#8217;objectif collectif de l&#8217;humanité et les applications d&#8217;une Déclaration universelle du Bien commun de l&#8217;humanité par l&#8217;Assemblée générale des Nations unies.</p>
<p><em><strong>Auteur : François Houtart, fondateur et président du CETRI (Centre Tricontinental), professeur émérite de l&#8217;Université catholique de Louvain (UCL).<br />
Source : </strong></em><a href="http://www.cetri.be/spip.php?article1153&amp;lang=fr" target="_blank"><em><strong>site du CETRI</strong></em></a><em><strong>, 4 mai 2009</strong></em></p>
<p>Plus de lectures sur le <a href="http://www.forumdesalternatives.org/FR/inicio.php" target="_blank">site du « Forum mondial des alternatives » (FMA)</a></p>
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		<title>Egalité pour les exclus, de Christiane Taubira</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/05/10/egalite-pour-les-exclus-de-christiane-taubira/</link>
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		<pubDate>Sun, 10 May 2009 09:39:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Il nous faut admettre et comprendre que pour une génération et peut-être deux c&#8217;est, avec l&#8217;irruption de ces sujets en ces termes, un monde qui s&#8217;effondre. Ceux qui ont grandi ou vieilli dans le confort narcissique inculqué par l&#8217;Exposition coloniale, les articles dans l&#8217;Aurore du brillant et académicien (!) Pierre Loti, les manuels scolaires glorifiant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Il nous faut admettre et comprendre que pour une génération et peut-être deux c&#8217;est, avec l&#8217;irruption de ces sujets en ces termes, un monde qui s&#8217;effondre. Ceux qui ont grandi ou vieilli dans le confort narcissique inculqué par l&#8217;Exposition coloniale, les articles dans <em>l&#8217;Aurore</em> du brillant et académicien (!) Pierre Loti, les manuels scolaires glorifiant l&#8217;épopée coloniale ou l&#8217;iconographie publicitaire exotique ; ceux qui ont appris que le monde civilisé est blanc et que tout le reste n&#8217;est que sauvagerie, comment ne seraient-ils pas surpris que ces sympathiques sous-hommes du début de leur siècle, exposés à la curiosité et aux rires, qui côtoyaient les alligators et les éléphants, paraissaient inoffensifs avec leur sourire <em>banania</em> placardé sur les murs de France<span id="more-1007"></span>, nés pour servir selon les théories du grand Ernest Renan et faire prospérer non les colonies où se trouvaient dispersées les richesses du monde mais les colons appartenant à la race conquérante des peuples avancés ; comment  ces gentils indigènes dont le futur, pareil à l&#8217;immédiat, était attelé à la construction de la ligne Congo Océan ou du Canal de Panama, que l&#8217;on pouvait mutiler pour l&#8217;exemple, dont la servilité démontrait la puissance titanesque de l&#8217;Europe et singulièrement de la France, comment ont-ils pu générer une descendance qui ne s&#8217;incline plus mais questionne, ne fléchit plus mais exige. Comment ne seraient-ils pas surpris qu&#8217;ils osent protester, les petits-fils de ces créatures dont la sujétion illustrait l&#8217;incontestable supériorité de l&#8217;Occident sur les peuples primitifs, donnant chair et nerfs, corps et sang à la mission chrétienne de l&#8217;Europe envers le reste du monde.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1008" title="taubira-nature" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/05/taubira-nature.jpg" alt="taubira-nature" width="339" height="194" /></p>
<p>&laquo;&nbsp;Ceux qui n&#8217;ont reçu que ces clichés en guise d&#8217;enseignement sur les mystères de la différence et d&#8217;éducation à l&#8217;altérité, voient s&#8217;effondrer un monde en noir et blanc, fiction érigée en illusion crédible jusqu&#8217;aux années soixante. Ils méritent d&#8217;être accompagnés, dans cette nouvelle lecture du monde imposée par ceux qui refusent de raser les murs et de s&#8217;accommoder de l&#8217;injustice qui les frappe du seul fait de ce qu&#8217;ils sont. La dénégation et l&#8217;impudique ironie sont un bien piètre accompagnement !&nbsp;&raquo;</p>
<p>Extrait de <em><strong><a href="http://www.temps-present.fr" target="_blank">Egalité pour les exclus</a></strong></em>, de Christiane Taubira (Editions du Temps Présent, mai 2009)</p>
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		<title>Les oubliés de la République</title>
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		<pubDate>Sat, 09 May 2009 17:09:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
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		<description><![CDATA[Le 8 mai, comme à l&#8217;accoutumée, la France célébrera le 64e anniversaire de la fin de la barbarie nazie qui a marqué le retour d&#8217;une paix durable en Europe. Mais qui se souvient que cette liberté a été aussi chèrement payée par les combattants «indigènes» goumiers, zouaves, tabors, tirailleurs, spahis engagés, voire pour certains enrôlés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 8 mai, comme à l&#8217;accoutumée, la France célébrera le 64e anniversaire de la fin de la barbarie nazie qui a marqué le retour d&#8217;une paix durable en Europe. Mais qui se souvient que cette liberté a été aussi chèrement payée par les combattants «indigènes» goumiers, zouaves, tabors, tirailleurs, spahis engagés, voire pour certains enrôlés de force, dans l&#8217;armée française ? Oubliés de la Nation lorsque celle-ci rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont risqué leur vie pour que triomphe la liberté, oubliés de la République lorsqu&#8217;il faut reconnaître et assumer le prix du sang.<span id="more-990"></span></p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-991" title="oublies-de-la-republique" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/05/oublies-de-la-republique.jpg" alt="oublies-de-la-republique" width="117" height="73" /></p>
<p>La France ne peut décemment se cacher derrière l&#8217;ignorance pour voiler les oublis de son histoire. Il est enfin temps de regarder notre passé en face : le pays de la déclaration des droits de l&#8217;homme a plus que tout autre le devoir d&#8217;équité et de justice. Car c&#8217;est de justice qu&#8217;il s&#8217;agit. Depuis cinquante ans les anciens combattants «indigènes» sont soumis à un régime discriminatoire quant à leurs pensions : quand un ancien combattant français perçoit environ 600 €, un ancien combattant sénégalais touche 159 €. Le sang versé pour la patrie d&#8217;alors vaudrait-il plus cher selon que l&#8217;on est aujourd&#8217;hui français, marocain ou sénégalais ?</p>
<p>Cette situation inique s&#8217;accompagne d&#8217;un système tout aussi pervers qui conduit à des drames humains intolérables. Faute de pension militaire décente, des milliers de personnes âgées ont émigré au début des années 1990 pour bénéficier de minima sociaux auxquels ils pouvaient prétendre dans la mesure où la loi Pasqua leur donnait droit à une carte de séjour en tant qu&#8217;anciens combattants. C&#8217;est pour pouvoir faire vivre leurs familles que paradoxalement ils les ont quittées et se sont retrouvés en France sans accueil adapté, isolés, clochardisés, et ignorés de tous. Ils mènent leur dernier combat pour que la République leur reconnaisse les mêmes droits que leurs compagnons d&#8217;armes français.</p>
<p>Le film <em>Indigènes</em> a contribué à faire bouger les lignes. Depuis 2007, les retraites du combattant et les pensions militaires d&#8217;invalidité, dites «prestations du feu» ont été revalorisées mettant enfin à égalité les anciens combattants quelle que soit leur nationalité. Mais cette victoire est amère car elle permet à l&#8217;Etat d&#8217;occulter les plus grandes injustices qui persistent pour les anciens militaires ayant servi plusieurs années dans l&#8217;armée française : leurs pensions varient de 1 à 8 selon qu&#8217;ils sont français, tunisiens, camerounais ou cambodgiens. La coordination décristallisation (collectif bordelais d&#8217;associatifs et de bénévoles soutenus par la région Aquitaine) a ainsi focalisé sa bataille juridique sur ce thème et a obtenu le 15 octobre 2008 une décision historique du tribunal administratif de Bordeaux qui donnait un avis favorable à la revalorisation des pensions militaires de six anciens combattants marocains.</p>
<p>Cette décision, qui fait jurisprudence, reste insatisfaisante dans la mesure où la décision est juridique et non politique et où elle est fondée sur un accord international signé avec le Maroc. Un ancien combattant sénégalais a ainsi été débouté alors qu&#8217;il présentait la même demande. L&#8217;attitude de la République à l&#8217;égard de ceux qui se sont battus pour elle n&#8217;est pas digne des valeurs qu&#8217;elle prétend porter.</p>
<p>Nous demandons instamment au gouvernement de généraliser la décristallisation des pensions militaires de retraites, et de permettre aux anciens combattants de les percevoir quel que soit leur lieu de résidence. Une proposition de loi a été déposée. Elle doit pouvoir rassembler au-delà des clivages politiques dans la mesure où c&#8217;est l&#8217;honneur de la Nation qui est en cause. Il ne s&#8217;agit pas seulement de reconnaître ces hommes qui ont servi la France. Il s&#8217;agit d&#8217;assumer l&#8217;Histoire et de réparer une injustice qui dure depuis cinquante ans.</p>
<p><strong><em>Auteurs : Alain Rousset, député de la Gironde et président du conseil régional d&#8217;Aquitaine ; Stéphane Hessel, ambassadeur de France et corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l&#8217;homme ; Lilian Thuram, ancien footballeur professionnel ; Naïma Charaï, conseillère régionale et présidente des «Oubliés de la République» ; Pascal Blanchard, historien, professeur associé au CNRS ; Christelle Jouteau, avocate et membre du collectif Coordination décristallisation.<br />
Source : Libération, édition du 5 mai 2009</em></strong></p>
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