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	<title>NSAE &#187; Témoignages</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Ces derniers jours furent les plus difficiles de mon existence &#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 19:36:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Françoise Manhes et Martine Millet du réseau Chrétiens de la Méditerranée ont rencontré cette jeune femme lors de leur dernier voyage en Palestine. Le texte qu&#8217;elle a écrit en septembre les a profondément émues et touchées. Elles ont eu l&#8217;occasion d&#8217;en discuter avec elle. Ghada Naser a accepté qu&#8217;il soit traduit et diffusé à condition [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Françoise Manhes et Martine Millet du réseau Chrétiens de la Méditerranée ont rencontré cette jeune femme lors de leur dernier voyage en Palestine. Le texte qu&#8217;elle a écrit en septembre les a profondément émues et touchées. Elles ont eu l&#8217;occasion d&#8217;en discuter avec elle. Ghada Naser a accepté qu&#8217;il soit traduit et diffusé à condition &#8211; a-t-elle dit &#8211; qu&#8217;il ne soit pas tronqué, car elle a fait une mauvaise expérience avec quelqu&#8217;un qui a diffusé son texte en le modifiant.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Olivier.jpg"><img class="size-full wp-image-5825 aligncenter" title="Olivier" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Olivier.jpg" alt="" width="100" height="75" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais partager avec vous mon ressenti à l’un de ces tournants cruciaux vécu par le peuple palestinien.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais exprimer le sentiment d&#8217;une personne normale, mère, épouse et directrice d&#8217;un centre de rééducation.</p>
<p style="text-align: justify;">  Lors de la première Intifada, j&#8217;avais 13 ans. J’ai grandi et ai vécu la violence israélienne subie comme une réalité quotidienne. Lorsque mon frère a été blessé par balle, j’ai réalisé que la vie pouvait s’arrêter d’un moment à l’autre ou qu’elle pouvait changer brutalement son cours, même pour des enfants jouant innocemment dans le quartier.</p>
<p style="text-align: justify;">  En 2000, la seconde Intifada a éclaté avec son nouveau lot de souffrances, telles la perte d’amis et de proches. En plus de l’humiliation quotidienne, des checkpoints, des bombardements et des couvre-feu, j&#8217;ai subi pendant près de deux ans, la détention administrative arbitraire de mon fiancé dans les prisons israéliennes. Ce fut une période psychologiquement très éprouvante. Tous les 3 ou 6 mois, j’espérais sa libération, mais sa détention était sans cesse renouvelée, j’étais effondrée. Par ailleurs, je ne pouvais pas lui rendre visite, n’étant pas un membre de sa famille au « premier degré » .Dans les geôles il a été torturé selon les criminelles méthodes israélienne ; Il a heureusement survécu, mais en a gardé des séquelles, des douleurs chroniques dans le dos, les jambes, les genoux sans parler de l’impact psychologique.</p>
<p style="text-align: justify;">  En regardant 10 ou 20 années en arrière, je suis heureuse d’avoir réussi à survivre à ces temps difficiles avec ma famille. Aujourd’hui, en 2011, c’est différent. Je suis maintenant mère de trois enfants âgés de un an et demi, deux ans et demi et quatre ans. La semaine dernière, j&#8217;ai réalisé combien à l’approche de la demande de la reconnaissance de l’Etat palestinien à l’ONU, j’étais de jour en jour de plus en plus inquiète. Ce n’est pas de faire cette demande qui me rend nerveuse, car c’est une étape naturelle que d’exiger la reconnaissance d’un Etat pour des hommes libres. L’angoisse vient de la réalité du terrain : les menaces, les attaques des colons à l’encontre des palestiniens, les fusillades, la violence. Toutes ces éruptions de violence me font craindre pour le futur de mes enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">  Mes jeunes enfants ont-ils si tôt perdu leur candeur enfantine ?</p>
<p style="text-align: justify;">Que ferai-je en cas de couvre-feu ou si les israéliens occupent à nouveau villes et villages pendant des jours et des mois ?</p>
<p style="text-align: justify;">Que ferai-je si mon mari est de nouveau arrêté ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et pire encore : Que faire si les colons israéliens attaquent nos maisons et nos rues ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pouvons-nous oser nous défendre ?</p>
<p style="text-align: justify;">Comment protéger mes enfants des blessures ou de la mort ?</p>
<p style="text-align: justify;">Que dire à mes enfants?</p>
<p style="text-align: justify;">Je me sens comme un oiseau qui prépare son nid.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai acheté de la farine, du sucre, du sel, des conserves, des haricots et des médicaments au cas où. C&#8217;est tout ce que je peux faire pour pouvoir survivre à la maison pendant de longs jours de couvre-feu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pire des scénarii serait de devoir quitter la maison. Je garde donc à portée de main un dossier qui contient tous les documents administratifs officiels de notre famille. Néanmoins, au vu de l’histoire des réfugiés palestiniens, je préférerais pour ma part rester à la maison quelles qu’en soient les conséquences !</p>
<p style="text-align: justify;">  Chaque soir et chaque matin, je fais un vœu : que cette semaine se passe sans douleur pour ma famille, mes collègues de travail, les étudiants, mon peuple!</p>
<p style="text-align: justify;">  En tant que directrice du Centre de rééducation Star Mountain pour enfants et jeunes intellectuellement déficients, je me sens encore plus responsable en ces temps sombres et difficiles. Le personnel a été réuni samedi dernier afin de prendre connaissance des mesures d’urgence à appliquer en cas de situation extrême. Un système d&#8217;appel pour l&#8217;équipe de direction et les membres du personnel a été mis en place. Le personnel a été invité faire des sauvegardes informatiques quotidiennes et à les garder par devers soi au cas où personne ne pourrait rejoindre le centre.</p>
<p style="text-align: justify;">Demain, c’est la journée des manifestations nationales, les enfants handicapés ne viendront pas au Centre. Il est moins risqué pour eux de rester à la maison et de voir comment la situation va évoluer. Nous ne pouvons pas prendre le risque que quelqu’un soit blessé par un colon ou un soldat israélien.</p>
<p style="text-align: justify;">  Star Mountain se trouve à proximité d’une « voie de contournement» réservée aux colons qui peut être fermée d’un moment à l’autre. La plupart des membres du personnel prend cette voie pour venir travailler. Au nord du Centre, il y a un checkpoint, « Atara » qui, lui aussi, peut être fermé à tout moment. Au moindre incident toute cette zone peut être fermée et le transport de nos élèves en serait vraiment affecté.</p>
<p style="text-align: justify;">  Il y a deux jours, la secrétaire de Star Mountain a du quitter son travail plus tôt, car elle avait entendu dire que l’on fermait le checkpoint Qalandia. Elle devait absolument regagner son domicile sans encombre à Al-Eizariyyeh et Qalandia est le seul point de passage pour cela. De l’autre côté du Checkpoint, elle a eu la chance de trouver l’un de ces taxis palestinien orange pour rentrer chez elle. Hélas, en passant près de la colonie de Ma’ale Adumim, des pierres de la grosseur d’un ballon de foot se mirent à pleuvoir ne heurtant heureusement pas leur voiture. De l’intérieur de leur colonie, les colons israéliens visaient les voitures palestiniennes. Cela se passe aussi partout en Cisjordanie. De nombreux champs d’oliviers séculaires appartenant aux fermiers palestiniens ont été brûlés par les colons au Nord du pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons peur du lendemain. Nous espérons que demain naîtra sans une nouvelle vague de violence dure et sans fin. Nous sommes parfaitement conscients que le Conseil de sécurité ne reconnaîtra pas la Palestine comme Etat souverain. C’est néanmoins notre vœu le plus cher que la communauté internationale adopte une position équitable et joue pleinement pour une fois son rôle de tiers neutre et impartial.</p>
<p style="text-align: justify;">  Dernièrement, un ami de l’Eglise de Moravie aux Etats Unis nous a fait cadeau d’un drapeau de la paix. Nous l’avons accroché ce matin au sommet du bâtiment principal de Star Mountain à côté du drapeau palestinien.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que c’est Le moment pour que ce drapeau de paix flotte au dessus de nos têtes.</p>
<p align="right">Ghada Naser - 20/09/2011</p>
<p><strong>Source</strong> : traduction mise en ligne le 29 déc. 2011</p>
<p><a href="http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-ces-derniers-jours-furent-les-plus-difficiles-de-mon-existence-95194719.html">http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-ces-derniers-jours-furent-les-plus-difficiles-de-mon-existence-95194719.html</a><strong></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>De décembre 1991 à décembre 2011</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 17:10:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Ghania Mouffok De l&#8217;Algérienne Ghania Mouffok*, &#8220;Une femme à sa fenêtre&#8221;, cette intéressante chronique qui revient, vingt ans après, sur la victoire électorale du FIS – et l&#8217;arrêt du processus démocratique qui s&#8217;en est suivi, par le &#8220;coup d&#8217;Etat constitutionnel&#8221; que l&#8217;on sait.   En cette fin d’année extraordinaire de bouleversements dans le monde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Ghania Mouffok</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>De l&#8217;Algérienne Ghania Mouffok*, &#8220;Une femme à sa fenêtre&#8221;, cette intéressante chronique qui revient, vingt ans après, sur la victoire électorale du FIS – et l&#8217;arrêt du processus démocratique qui s&#8217;en est suivi, par le &#8220;coup d&#8217;Etat constitutionnel&#8221; que l&#8217;on sait.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ghania-mouffok..jpg"><img class="size-full wp-image-5812 aligncenter" title="ghania-mouffok." src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ghania-mouffok..jpg" alt="" width="70" height="50" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">En cette fin d’année extraordinaire de bouleversements dans le monde arabe, je me souviens que la majorité des électeurs algériens auront été les premiers à choisir comme alternative à un régime militaire un parti islamiste, le FIS, à l’issue des premières élections démocratiques dans le monde arabe. C’était  en 1991. Vingt ans déjà. Vingt ans plus tard, c’est au tour des Tunisiens, des Egyptiens, des Marocains de faire le même choix.</p>
<p style="text-align: justify;">Si ce choix parut dramatique pour l’Algérie et il le devint, il semble aujourd’hui mieux encaissé par nos voisins. En 1991, les Algériens étaient comme seuls sur Terre. Internet n’existait pas, même si nous étions armés des premières paraboles pour fuir la télé étouffante de la police politique et de son parti unique le Front de libération nationale, le FLN. Notre guerre civile, nous l’avons vécue à huis-clos dans une guerre sans image, impensable aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’avions ni réseaux sociaux pour nous faire entendre, ni vidéos pour être crus. Seules les images de la propagande, du régime militaire surtout, qui se cachait derrière les corps suppliciés des femmes et des enfants, et plus rarement celles des islamistes – images maladroites de maquis, en vidéos – prétendaient témoigner pour le plus grand nombre des violences subies ou données.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut terrible. Des années perdues  «d’épouvante et d’effroi».  Cette expression, que j’emprunte à la justice algérienne  – qui, dans ses actes d’accusation, l’employait à propos de «groupes armés islamistes» accusés de semer «l’effroi et l’épouvante dans la population» en des procès douteux, expéditifs,  où la terrifiante torture accouchait de coupables qui, face à la cour, revenaient sur leurs aveux, les corps encore boursouflés de ce qu’ils avaient subi sans jamais être entendus- me semble encore très juste en dépit de son côté moyenâgeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, contrairement à ce que de nombreux experts de l’époque nous serinaient, la guerre civile algérienne n’était pas une guerre renvoyant au moyen-âge musulman, au djihad d’une autre époque, c’était une guerre de son temps, une guerre contemporaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Vingt ans plus tard, à la lumière des expériences accumulées, je crois pouvoir dire que nous n’étions pas prêts.  Nous n’étions pas armés pour mesurer l’ampleur des changements à l’œuvre à travers l’ensemble de la planète.</p>
<p style="text-align: justify;">Et comment aurions-nous pu savoir, enfermés que nous étions derrière le mur de la guerre froide, que nous étions sur la ligne de fracture de la fin d’une époque. Notre « ouverture démocratique », la fin du parti unique, en 1989, a été  contemporaine de la fin de l’URSS, de la guerre en Tchétchénie, de celle d’ Afghanistan quand les islamistes étaient présentés comme des « Combattants de la Liberté » soutenus par l’Occident pour combattre le communisme déjà moribond ; plus proche de l’exécution de Ceausescu que du lynchage de Kadhafi,  plus proche de la Pologne de Lech Walesa que de l’Egypte de Moubarak, plus proche de la perestroïka que de l’infitah. Et aujourd’hui, l’Algérie de Bouteflika est plus proche de la Russie de Poutine et de ses oligarques que de la Tunisie de Ben Ali.</p>
<p style="text-align: justify;">Il m’arrive, quand je raconte mon adolescence dans l’Algérie de Boumediene à une Yougoslave de mon âge, grandie sous Tito, de me sentir plus proche d’elle que d’une égyptienne. Même si je partage avec les pays musulmans la Palestine, omniprésente blessure.</p>
<p style="text-align: justify;">La Yougoslavie n’existe plus, son explosion préfigurait la fin de l’Europe comme puissance, mais nous ne le savions pas. Comme nous ne savions pas que cette fin de l’hégémonie européenne, additionnée à la fin de l’empire soviétique, allait transformer le monde arabo-musulman en territoires pour les nouvelles guerres impérialistes soumises au diktat de l’Amérique, elle aussi en déclin, alors qu’elle apparaissait encore comme la superpuissance mondiale pendant que l’Amérique Latine se libérait de son hégémonie en se débarrassant de ses dictateurs et pendant que la Chine discrète jetait ses filets sur le monde.  Je trouve que cette proximité avec le bloc de l’est est l’une des singularités oubliée dans la lecture de l’expérience algérienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a de cela vingt ans nous ne savions pas, avec l’acuité actuelle, que la fin de ce monde n’avait rien d’autre à nous proposer en échange que de nous jeter corps et âme dans ce que l’on appelle aujourd’hui l’ultralibéralisme, détruisant au passage les quelques acquis de notre indépendance, un état fut-il autoritaire, des services publics, fussent-ils approximatifs, du travail pour les gens en âge de travailler, fussent-ils improductifs, les entreprises publiques, comme une béquille, nourrissaient encore le plus grand nombre.</p>
<p style="text-align: justify;">Endettement, faillite de l’état avec la chute du cours du pétrole nourricier, en 1986, chômage, misère, colère, après des décennies de mensonges et de propagande, nous n’étions pas prêts pour comprendre les cataclysmes qui s’abattaient sur nos têtes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Algérie a été un laboratoire des nouveaux mondes. Après des années de solitude intellectuelle et politique, nous étions désormais envahis, au milieu des années 80, par des images venues du ciel qui nous ont bousculés, malmenés, fascinés par la débauche de marchandises proposées alors que nous avions oublié jusqu’au goût des bananes et du chocolat. Nos bons pour avoir une voiture sur une longue liste d’attente étaient devenus obsolètes alors que sur l’écran, de magnifiques femmes et hommes pouvaient se les offrir comme nous, nous nous achetions un ticket de bus bondé. Désormais nous avions l’embarras du choix, après les télés européennes, pour ne pas dire françaises, vint le temps de l’est devenu musulman entre l’Irak et le Coran, au milieu les télénovelas turques et les films pornos… et les petites filles s’appelleront Lamiss ou Aya, entre la caresse et le verset.</p>
<p style="text-align: justify;">Le choc fut brutal, nos vies nous parurent étriquées, notre absence de liberté insupportable, mais nous ne savions pas ce que nous voulions, comme tétanisés par l’ampleur du chantier.</p>
<p style="text-align: justify;">Paradoxalement, l’adhésion à l’islamisme politique a été la stratégie de défense de la majorité des algériens qui furent appelés à voter lors des premières élections démocratiques dans le monde arabe, on l’oublie, en décembre 1991. Inaugurant ainsi le paradoxe du monde arabe, (vingt ans avant le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et sans doute les autres pays de la région) : pour se défendre de ces nouveaux mondes écrasants, les arabes choisissent l’islam politique alors que c’est sans doute l’alternative qui les livre aux marchés dont ils espèrent fuir les stratégies d’asservissement, de domination économique et culturelle. Et si les islamistes incarnent encore 20 ans plus tard l’alternative pour les suffrages exprimés, l’autre majorité, comme hier en Algérie et aujourd’hui en Tunisie et en Egypte, étant celle des abstentionnistes, c’est sans doute parce que dans le monde arabe ils ont été les premiers à comprendre la nouvelle géopolitique du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Anti-communistes, anti-socialistes, favorables à la propriété privée, au commerce, à la concurrence, préférant la charité à la justice sociale, la fraternité à l’égalité, le consensus plutôt que la démocratie, ils sont les contemporains du libéralisme triomphant, loin de nos chimères, ils proposent l’insertion dans le marché mondial avec en guise de camisole une certaine éthique musulmane pour contenir les désirs contradictoires qui étouffent, culpabilisent les arabes, les femmes comme les hommes. Un référent symbolique total quand l’ancien monde s’effondre.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1991, l’islam politique incarné chez moi par le Front islamique du Salut, le FIS aujourd’hui interdit, n’avait pas encore été domestiqué par les Etats-Unis et ses supplétifs d’occident et d’orient, comme il le sera après les attentats du 11 septembre, avec la deuxième guerre d’Irak, le chaos afghan.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce grand parti que fut le FIS déchainait les passions avec ses rock stars en gandoura qui, comme Ali Benhadj, remplissaient les stades d’une passion extatique. Aujourd’hui, Ali Benhadj a vieilli, comme moi, comme Ghanouchi en Tunisie, et Ben Laden est mort dans l’indifférence. Et l’islam politique apparaît pour ce qu’il est, une idéologie politique avant d’être une théologie, capable d’arrangements comme n’importe quel parti avec les forces en présence, capable de stratégies qui ont très peu à voir avec la foi. L’explosion du courant islamiste en plusieurs partis, tendances, obédiences, ses divisions en sont aujourd’hui la preuve.</p>
<p style="text-align: justify;">Défendre il y a vingt ans ce point de vue quand on n’était pas islamiste était une hérésie, en Algérie et dans le reste du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour m’être opposée à l’annulation des élections pressentant la guerre civile, la suspension de toutes les libertés, moi féministe, démocrate, de gauche, j’étais devenue une hérétique, une traîtresse à mon camp, une capitularde comme tous ceux et celles qui me ressemblaient.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions pourtant à l’époque, j’en suis convaincue, majoritaires, mais une minorité en a décidé autrement pour toute l’Algérie. Une minorité de civils qui jouèrent les utilités, le bouclier d’un régime militaire qui a toujours su se servir de leurs ambitions, de leurs prétentions à décider pour le plus grand nombre.</p>
<p style="text-align: justify;">L’armée, nous disait-on, allait sauver la démocratie, et pendant qu’elle arrêtait, torturait, tuait, on nous expliquait doctement : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». L’omelette fut grandiose et les œufs se comptèrent par centaines de milliers.</p>
<p style="text-align: justify;">  Malheureusement, on ne réécrit pas l’histoire, mais rien n’interdit de la relire.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment ne pas être frappé par le silence qui accompagne aujourd’hui dans mon pays cet anniversaire, 1991/2011, de l’annulation des élections qui virent la première victoire démocratique d’un parti islamiste aux soulèvements arabe d’aujourd’hui salués dans le monde entier, y compris par ceux qui hier, appelaient les chars pour mater « le mauvais choix d’un peuple inculte ».</p>
<p style="text-align: justify;"> Il n’y a pas de guerre plus destructrice  pour un peuple qu’une guerre civile. Cette guerre qui fut sans image, est aujourd’hui sans récit. Mais son résultat est là : moi qui ne voulais ni des islamistes, ni des militaires, j’ai maintenant les deux, et le pouvoir des islamistes et le pouvoir des militaires.  Pendant que s’accumulent leurs victimes, toutes les victimes. Chacune d’entre elles, pour chaque famille en deuil  ont  un visage, une photo, un souvenir, un objet, un mot, mais pour toute l’Algérie quels sont les visages, les photos, les souvenirs, les objets, les mots, si ce n’est des coupables, au moins des responsables ? Chaque mot a compté, même s’ils se sont envolés dans la vitesse incroyable du temps qui passe dans ces nouveaux mondes qui s’affolent.</p>
<p style="text-align: justify;">Les bouleversements du monde arabe en cette fin d’année 2011 devraient inviter, au moins les algériens, à relire ce moment d’histoire plutôt que de se lamenter de manière infantile, sur notre impossible soulèvement contre nos despotes à la manière tunisienne ou égyptienne.</p>
<p style="text-align: justify;">  Il est vain aujourd’hui de comparer ces expériences avec l’expérience algérienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps du monde n’était pas le même, nous n’étions ni en avance, ni en retard, nous étions ailleurs dans une béance du monde, un trou où l’histoire et la géographie nous ont jetés. Mais cela ne nous dispense pas de nos responsabilités.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour ce faire, il faudrait des élites, des intellectuels, des leaders politiques moins médiocres que ceux qui s’expriment aujourd’hui. Longtemps j’ai cru que cette médiocrité nous était particulière à nous autres, les algériens, les soulèvements arabes m’ont malheureusement convaincue que c’est toute la pensée dans le monde arabe qui est en crise.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce moment historique de l’Egypte à la Tunisie, les plus sensibles, les plus conscients des incompétences de l’intelligentsia se sont faits modestes, admirant le courage des plus jeunes et se contentant de suivre «  le mouvement »… en attendant de faire sens.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand à moi, algérienne de ces années de sang, j’ai appris à reconnaître le printemps et je sais que les hommes ne sont pas des hirondelles et que l’histoire qui se forge n’a rien à voir avec la météo mais avec le temps qui se déroule en de longs processus de victoires et de défaites, dont l’issue n’est pas l’inéluctable progrès.  La barbarie aussi peut être une alternative.</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire récente de ma génération m’a aussi appris que les despotes sont prêts à tout et même à l’inimaginable pour durer, elle m’a aussi appris que les dictatures ne sont pas incarnées par des hommes qui n’en sont que les masques mais par la manière dont elle réduit les êtres humains au mépris d’eux-mêmes, à la haine de soi. Quand les despotes tombent, ils laissent en héritage cette insondable blessure qu’aucune urne ne peut panser car la démocratie ne peut se confondre avec des processus électoraux, aussi transparents soient-ils. La démocratie « est un suffrage permanent » que seuls des femmes et des hommes libérés de bien des aliénations peuvent exercer.</p>
<p style="text-align: justify;">Les dernières images de répression qui nous arrivent d’Egypte en ce mois de décembre 2011 en témoignent, ce n’est pas tant la répression qui étonne même si elle révolte encore plus que la précédente, parce qu’entre temps il y a eu l’espoir, mais l’incapacité de la rendre définitivement illégitime par une pensée forte totalement désaliénée.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’après la chute de Moubarak, sur la place Tahrir, les mêmes soldats casqués, bottés, se permettent sur cette même place de traîner une femme par les cheveux, elle qui les avait voilés, de dénuder sa poitrine, de dévoiler l’intimité de son soutien-gorge bleu, qu’un de ces hommes s’avance et qu’avec une violence insupportable il écrase de ces bottes en toute conscience le buste de cette femme à terre, cette image en dit plus qu’un long discours sur le chemin qui reste à parcourir pour qu’une telle scène soulève toutes les poitrines de l’Egypte millénaire.  Renvoyant les régimes militaires ou policiers à ce qu’ils sont : des machines à broyer de l’Algérie à la Syrie, de la Tunisie à l’Egypte.</p>
<p style="text-align: justify;">Et les islamistes, si prompts à condamner le moindre bout de femme qui rendrait librement visible le moindre bout de chair au nom de la pudeur recommandée en islam, ne semblent pas être troublés dans leur ascension par ce viol impudique de l’intimité d’une femme de courage.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, ils n’auront pas de mots assez durs pour condamner de façon unanime une jeune blogueuse qui, en toute liberté, donne à voir son corps, pour tester, naïve hirondelle, les limites de sa révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre ces deux corps de femme malmenés et sans défense, si proches et si lointains, il y a dans un raccourci saisissant toute l’ambigüité de la réflexion sur cette rive sud du monde sur le concept même de liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">De 1991 à 2011, de l’Algérie à l’Egypte, par des chemins détournés, nous arrivons au même résultat : les islamistes et les militaires se partagent le pouvoir. Quel sens donner alors aux mots : liberté, libération, égalité ?  Quelle formidable question nous renvoient ainsi nos sociétés, quel stimulant défi !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Inchallah en 2012</strong>.</p>
<p style="text-align: right;" align="right">Ghania Mouffok - 31.12.2011</p>
<p><strong>Source : </strong></p>
<p><strong><a href="http://blogs.tv5.org/une_femme/2011/12/de-d%C3%A9cembre-1991-%C3%A0-d%C3%A9cembre-2011.html#.TwBRTBb-7C0.facebook">http://blogs.tv5.org/une_femme/2011/12/de-d%C3%A9cembre-1991-%C3%A0-d%C3%A9cembre-2011.html#.TwBRTBb-7C0.facebook</a></strong><strong></strong></p>
<p><strong>* Ghania Mouffok</strong> est journaliste depuis 1984, elle vit et travaille en Algérie, (Alger) en indépendante depuis 1992. Elle a publié plusieurs livres, en particulier : « <em>Louisa Hanoune, une autre voix pour l’Algérie. Entretiens avec Ghania Mouffok »</em>, Ed. La Découverte, collection « Cahiers Libres », 254 pages, 18€, 1996.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LouisaHanoune.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5813" title="LouisaHanoune" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LouisaHanoune.jpg" alt="" width="150" height="250" /></a></p>
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		<title>Argentine &#8211; Les mères contre l’agrobusiness</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Nov 2011 12:56:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Martín Cúneo et Emma Gasco Cet article de Martín Cúneo et Emma Gasco, publié dans le numéro 70 de la revue Ecologista relate les étapes de la lutte de mères d’un quartier ouvrier de la ville de Córdoba contre les fumigations de substances toxiques sur les champs de soja transgéniques avoisinants. La traduction de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Martín Cúneo et Emma Gasco</p>
<p><strong><em>Cet article de Martín Cúneo et Emma Gasco, publié dans le numéro 70 de la revue </em></strong><strong><em><a href="http://www.ecologistasenaccion.org/article21235.html">Ecologista</a></em></strong><strong><em> relate les étapes de la lutte de mères d’un quartier ouvrier de la ville de Córdoba contre les fumigations de substances toxiques sur les champs de soja transgéniques avoisinants. La traduction de ce texte et du précédent, des mêmes auteurs, est l’occasion pour nous de saluer la qualité du travail de ces deux journalistes, que l’on peut découvrir plus en détails sur leur site, </em></strong><strong><em><a href="http://losmovimientoscontraatacan.wordpress.com/">Los movimientos contraatacan</a></em></strong><strong><em>.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Fumigacion.jpeg"><img class="size-full wp-image-5483 aligncenter" title="Fumigacion" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Fumigacion.jpeg" alt="" width="152" height="104" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Grâce aux exportations de soja, l’Argentine a connu huit années de croissance économique. Un collectif de mères du quartier de la ville de Córdoba est parvenu à montrer au pays les conséquences néfastes entraînées par ce modèle.</p>
<p style="text-align: justify;">Sofía Gática a commencé à s’apercevoir que quelque chose ne tournait pas rond à Ituzaingó Anexo, un quartier ouvrier de la ville de Córdoba qui est entouré de plantations de soja et d’usines polluantes. Des foulards blancs sur la tête des femmes, des enfants avec des masques, des bébés avec des malformations… Quelque chose les rendait malades. Sa propre fille était décédée à sa naissance à cause d’une malformation rare au rein.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme aucune autorité n’allait le faire, en 2001, Sofía a commencé à enquêter sur l’origine du problème : « J’ai commencé à rendre visite à chaque foyer et les mères m’expliquaient leur situation. Nous nous sommes connues ainsi, lorsque j’ai frappé à leur porte. Peu à peu, elles se sont jointes à moi. » Il ne fallait pas être médecin pour savoir ce qui se passait. « C’était du bon sens », déclare Corina Barbosa. « J’ai commencé à défendre mon fils, qui était hospitalisé. À présent, son sang contient encore quatre substances agrochimiques. » Néanmoins, à ce moment-là, on ne savait pas ce qui provoquait cette épidémie.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enquête a révélé 60 cas de cancer, des bébés avec des malformations aux reins et aux intestins, sans maxillaires, 14 cas de leucémie, des maladies respiratoires et dermatologiques, parmi une longue liste de pathologies, raconte Sofía. Quelque temps après, lorsqu’on a élaboré une cartographie complète du quartier, les cas de cancer au sein d’une population de 5 000 habitants avaient augmenté en passant à 200 malades.</p>
<p style="text-align: justify;">Début 2002, avec une carte du quartier où étaient détaillés les noms et les maladies de chaque habitant, les Mères d’Ituzaingó, appelées ainsi en hommage aux Mères de la Place de Mai [1], ont réussi à obtenir de la part de la municipalité la réalisation d’une série d’analyses environnementales pour déterminer l’origine de la pollution. Les résultats furent révélateurs : la pollution était causée par les substances agrochimiques fumigées par les producteurs de soja depuis le sol et les airs à quelques mètres du quartier.</p>
<p style="text-align: justify;">« Nous vivons en face du champ », raconte Corina Barbosa, « les petits avions passaient et ils pulvérisaient des substances agrochimiques sur nos enfants. » L’ennemi auquel elles devaient faire face ne pouvait pas être plus puissant : un modèle économique fondé sur la production de soja transgénique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pionnières</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1996, le gouvernement a approuvé l’introduction du soja transgénique, conçu pour résister à l’action des herbicides, notamment le glyphosate, ou aux pesticides tels que l’endosulfan. Depuis lors, il est devenu la principale culture du pays. Selon un rapport du Groupe de réflexion rural (GRR), les plantations de soja recouvrent 22 millions d’hectares, soit 50 % des terres cultivées. Dans la province de Córdoba, la principale productrice de l’Argentine, ces cultures transgéniques destinées à l’exportation occupent entre 80 et 85 % de la superficie agricole.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque les Mères ont commencé à dénoncer les effets secondaires des fumigations, en Argentine il n’existait aucune étude médicale, aucun type de développement juridique ni aucun contrôle sur les agrotoxiques. Elles étaient des pionnières en territoire inconnu. « Au début, on nous traitait de folles », se rappelle Sofía Gática. Actuellement, les rapports de scientifiques, médecins et généticiens, tant en Argentine que dans le reste du monde, sont de plus en plus nombreux à confirmer le lien entre les substances agrochimiques et les cancers, les leucémies, les maladies respiratoires, les malformations et les dégâts sur le matériel génétique. En août 2010 a eu lieu la première réunion de médecins pour les villages fumigés, avec une représentation de toutes les provinces touchées. Une multitude de professionnels de la santé ont confirmé sur le terrain et à l’aide d’analyses médicales le « bon sens » des Mères. « Le gouvernement est au courant de ce qui se passe, mais cela ne l’intéresse pas, il se préoccupe uniquement de ses affaires », dénonce María Godoy.</p>
<p style="text-align: justify;">Vers le milieu de l’année 2002, entre les barrages de routes, les manifestations dans le centre-ville et les actions revendicatives en face des machines d’épandage qui fumigeaient des produits chimiques en face des habitations, la lutte des Mères a commencé à porter ses premiers fruits. « Nous étions peu nombreuses, mais nous faisions beaucoup de bruit. Des femmes ordinaires qui vont dans la rue pour faire autant de boucan, cela attire l’attention », évoque Corina Barbosa. Même CNN a retransmis certaines de leurs manifestations.</p>
<p style="text-align: justify;">À l’issue de la découverte de résidus d’endosulfan dans l’eau, les Mères ont obtenu le raccordement d’Ituzaingó Anexo au réseau d’alimentation d’eau courante. Peu après, les autorités ont déclaré que le quartier se trouvait dans une situation d’urgence sanitaire face au « taux extrêmement élevé de cas de leucémie », et elles ont interdit par ordonnance la fumigation aérienne à une distance de 2 500 mètres d’Ituzaingó Anexo pendant la durée de l’urgence. Une autre ordonnance stipulait l’interdiction de fumiger des produits chimiques dans toute la zone urbaine de la ville de Córdoba.</p>
<p style="text-align: justify;">L’opération a continué à porter ses fruits. Entre les plaintes, les barrages et les pétitions, les Mères ont réussi à obtenir, dans la province de Córdoba, le débat et l’approbation de la Loi sur les substances agrochimiques vers le milieu de l’année 2004. Cette loi établit la limite des fumigations à 500 mètres pour les épandages terrestres et à 1 500 mètres pour les épandages aériens. Toutefois, ces distances sont sensiblement inférieures à celles demandées par les Mères.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, les fumigations se sont poursuivies, et les habitants ont continué à tomber malades. Cette même année, les Mères ont entamé un parcours interminable à travers les institutions du gouvernement national, sans obtenir de réponse. « Il semblerait que les droits humains sont seulement ceux de la dictature militaire », dénonce María Godoy.</p>
<p style="text-align: justify;">La lutte des Mères a révélé au grand jour un conflit passé sous silence qui affectait des milliers de localités de l’Argentine du soja. « Dix années plus tard, nous pouvons parler de foyers de résistance multiples et de collectifs de villages fumigés », indique Berger. En tant que coordinatrices à Córdoba de la campagne Arrêter de fumiger (« Paren de Fumigar »), les Mères ont commencé à parcourir en 2006 les villages fumigés de la province. À l’instar d’Ituzaingó Anexo, face à l’absence de contrôles de la part de l’administration, une multitude de villages fumigés et de mouvements paysans ont commencé à réaliser leurs propres relevés, leurs propres enquêtes épidémiologiques. Au terme de conflits prolongés, des dizaines de villages ont réussi à débarrasser leurs municipalités des agrotoxiques ou à adhérer à la loi sur les agrotoxiques de 2004 malgré l’opposition des maires. « De nombreux maires sont des producteurs de soja ou travaillent directement pour ces producteurs », affirme Berger. La lutte des villages fumigés ne s’est pas limitée à Córdoba, mais elle s’est propagée dans d’autres provinces productrices de soja telles que Santa Fe, Buenos Aires ou Entre Ríos, ainsi que dans les provinces comptant une présence importante de cultures transgéniques de riz, notamment le Chaco.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les producteurs de soja sur la sellette</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En février 2008, la loi sur les produits agrochimiques de la province de Córdoba a de nouveau fait parler d’elle. Après avoir aperçu un avion en train d’épandre des substances au-dessus des habitations d’Ituzaingó Anexo, le Secrétariat de la santé de la municipalité de Córdoba a déposé plainte contre deux producteurs de soja et un fumigateur pour empoisonnement. Les trois accusés ont été arrêtés et poursuivis en justice. En mars 2011, ils comparaissaient devant le tribunal pour un jugement oral et public, le premier en Argentine pour fumigations illégales.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’important, c’est que cela soit le début », déclare Corina Barbosa, « qu’au moins on juge et on condamne les empoisonnements de la population ». Pour María Godoy, les responsabilités ne se limitent pas aux producteurs de soja. « Ceux qui devraient également aller en prison, ce sont les fonctionnaires qui ont permis ces activités et ceux qui ont implanté le soja dans le pays », dénonce-t-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">« Maintenant, ils disent tous que Kirchner était un homme bien et il s’avère qu’il nous a laissé l’Argentine pleine de soja avec une foule de gens qui se disputent et qui se défendent comme ils peuvent », déclare Sofía Gática. Les Mères d’Ituzaingó, à l’instar des Mères de la Place de Mai, parlent de génocide, d’un « génocide silencieux ». Elles n’ont pas réussi à le freiner, mais elles ont été les premières à lui donner un nom. C’est un premier pas vers l’éradication de ce fléau.</p>
<p style="text-align: right;">Par Martín Cúneo et Emma Gasco</p>
<p style="text-align: right;">Mis en ligne par <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?auteur5">Dial</a> le 7 novembre 2011</p>
<p><strong><a href="http://enligne.dial-infos.org/">Dial</a></strong><strong> – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3171.</strong></p>
<p>Traduction de Cyrielle Hardenne pour Dial.</p>
<p>Source (espagnol) : revue <a href="http://www.ecologistasenaccion.org/article21235.html">Ecologista</a>, n° 70, 1<sup>er</sup>septembre 2011.</p>
<p><strong>Source française </strong>: Dial &#8211; <a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a></p>
<p>URL de l&#8217;article : <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5277">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5277</a></p>
<p><strong>En savoir plus :</strong></p>
<p>- lire : « <a href="http://www.opalc.org/damien/index.php?post/2008/10/10/Le-Soja-argentin-ce-fleau-que-lon-a-beni">Le soja argentin, ce fléau que l’on a béni… </a>»,  par Damien</p>
<p>- suivre le périple de 8 mois de Damien pour son projet d&#8217;étude et lire ses carnets de voyage sur l’agriculture en Amérique du Sud à partir du site très documenté :</p>
<p><a href="http://www.opalc.org/damien">http://www.opalc.org/damien</a></p>
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		<title>Un coopérateur français arrêté puis libéré en Israël</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 09:50:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Michel Besson travaille pour la coopérative française Andines, pour laquelle il développe des relations commerciales à visée équitable avec différents partenaires dont des partenaires palestiniens en Cisjordanie (huile d’olive notamment). Comme tous les ans depuis près de 10 ans, Michel Besson se rendait en Palestine pour visiter l’ensemble des partenaires économiques de la coopérative, afin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Michel Besson travaille pour la coopérative française <a href="http://www.andines.com">Andines</a>, pour laquelle il développe des relations commerciales à visée équitable avec différents partenaires dont des partenaires palestiniens en Cisjordanie (</em></strong><strong><em><a href="http://www.andines.com/article.php3?id_article=746&amp;var_recherche=huile">huile d’olive</a> </em></strong><strong><em>notamment).</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Comme tous les ans depuis près de 10 ans, Michel Besson se rendait en Palestine pour visiter l’ensemble des partenaires économiques de la coopérative, afin de finaliser les commandes (huile d’olive, savons, artisanat).</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Il a été arrêté par la police israélienne à sa descente d’avion le lundi matin 5 septembre à Tel Aviv. et a été enfermé au Centre de rétention de l’aéroport avant d’être renvoyé par avion à Paris le 8 septembre. Voici son témoignage.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/MichelBesson.jpeg"><img class="size-full wp-image-5155 aligncenter" title="MichelBesson" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/MichelBesson.jpeg" alt="" width="144" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Après le discours « officiel », le témoignage de Michel Besson…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dès mon arrestation à l’aéroport de Tel Aviv le 5 septembre 2011, une énorme solidarité s’est déclenchée et j’en remercie vivement tous les amis palestiniens, français et même d’autre pays, qui sont intervenus d’une manière ou d’une autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Grâce à cette mobilisation j’ai pu sortir du Centre de rétention le 8 au matin et conduit… dans le mauvais sens, c’est-à-dire manu militari à l’avion.</p>
<p style="text-align: justify;">Le risque d’une telle situation est d’en faire une «histoire» de personne alors que l’important est le contexte. Et je ne tiens pas du tout à jouer au héros. Si je vais raconter ici brièvement ce qui s’est passé, ce que j’ai vécu, c’est pour tirer quelques leçons, et surtout comprendre un peu mieux, à travers cette histoire (qui peut paraître banale), comment fonctionne la société d’aujourd’hui, et ainsi pouvoir agir, collectivement, de manière plus efficace pour changer cette société, de plus en plus injuste et prédatrice</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La première constatation, c’est le fonctionnement de l’information publique</strong> : le lendemain de mon arrestation, l’Ambassade de France à Tel Aviv a publié un communiqué qui ne tenait compte que de la version de la police israélienne… Je n’ai pas été consulté pour exprimer ma version des faits. Comme par hasard c’est Le Figaro qui en France a relayé cette information, toujours sans consulter le premier intéressé ou ses proches (la gérante d’Andines et des amis ont pu me joindre par téléphone)…</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;Au cours de ses interrogatoires, il n’a cessé de changer de version sur les raisons qui l’amenaient en Israël, si bien qu’il a été décidé de l’expulser jeudi&#8221;, a affirmé la porte-parole Sabine Hadad (Le Figaro, papier et internet). «La France est intervenue activement pour lui permettre d’entrer en Israël. Toutefois, malgré les demandes répétées de notre représentation, le service de l’immigration israélien a constamment, au vu de ses fausses déclarations alléguées (les services de l’immigration estiment que notre compatriote aurait tenu des propos contradictoires et inexacts à trois officiers différents), refusé l’entrée du territoire à M. Besson» (message de l’ambassade de France à Tel Aviv).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est précisément le contraire de la vérité.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cela en dit long sur «l’objectivité» de ce type d’information officielle, et d’une certaine presse, qui n’entend qu’un son de cloche, celui qui les arrange politiquement, qui méprise les gens directement concernés sans même les interroger ! Cela me paraît très grave et malheureusement de plus en plus courant (à mon retour, je me suis aperçu que la parole des «officiels» avait même déstabilisé des proches d’Andines !).</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà tout simplement ce qui s’est passé :</p>
<p style="text-align: justify;">Je vais chaque année en Palestine pour rencontrer les agriculteurs et artisans avec lesquels la coopérative française Andines, où je travaille, coopère depuis plusieurs années. Andines importe différents produits de Palestine mais surtout de l’huile d’olive. Cette huile de terroir est spécifique et particulièrement appréciée. Mais surtout, c’est en solidarité avec les travailleurs palestiniens que Andines l’importe, puisque sa production est la principale activité économique de Cisjordanie. Cette activité, soutenue par des milliers de personnes, dont des oléiculteurs français, tous les groupes de l’Association France Palestine Solidarité et des collectivités territoriales, n’est pas en contradiction avec notre démarche d’équité (et de souveraineté alimentaire des peuples) puisqu’elle vise à desserrer l’étouffement de l’économie palestinienne. Cette asphyxie économique est l’un des axes de la stratégie israélienne pour la destruction du peuple palestinien depuis le début de la guerre, car il s’agit bien d’un contexte de guerre, d’occupation militaire et d’apartheid. Créer une activité économique en Palestine est de plus en plus difficile. De plus en plus d’ateliers et d’entreprises ferment et disparaissent. Je précise aussi que cette démarche d’équité, partagée par Minga et de très nombreuses organisations dans le monde, n’a pas grand chose à voir avec le dit « commerce équitable », enfermé dans une relation commerciale de type paternaliste et néo-libéral exclusivement «nord-sud».</p>
<p style="text-align: justify;">Tout voyage en Palestine passe obligatoirement par l’État d’Israël puisque cet État occupe tout le territoire militairement et économiquement et a construit un mur de béton armé et de fils barbelés bourrés d’électronique pour enfermer le peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Un peuple dont la grande majorité ne veut que la paix et la liberté de vivre, de s’auto-organiser. Pour l’instant ce sont des territoires occupés par l’armée omniprésente et des centaines de milliers de colons israéliens. C’est une véritable prison à ciel ouvert pour les palestiniens.</p>
<p style="text-align: justify;">Vu ce contexte politico-militaire, tout militant qui se rend en Palestine se prépare à répondre aux questions posées systématiquement par la police israélienne : «Que venez-vous faire en Israël ? Y avez-vous des amis ?». Pour ma part je décide de répondre, comme d’habitude : «visite personnelle à Jérusalem, Bethléem et Hébron, et sans amis en Israël», puisque malheureusement c’est la vérité (ils sont nombreux dans la région, mais en Palestine). Contrairement aux allégations officielles, on ne m’a posé aucune question sur les «territoires occupés» ou sur la Cisjordanie, qui d’ailleurs pour moi sont La Palestine. J’avais donc décidé, comme la majorité des militants qui viennent ici, de ne pas parler de mon travail en Cisjordanie. Il faut se souvenir que des centaines d’expulsions ont eu lieu ces derniers mois, visant les gens qui affirmaient clairement à l’aéroport vouloir se rendre en Cisjordanie. Plusieurs centaines de personnes en juillet 2011 ont même été bloqués avant de prendre l’avion dans leur propre pays…</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut déjà savoir que, contrairement au droit international, tout interrogatoire est ici mené en hébreux ou au mieux en anglais … sans interprète.</p>
<p style="text-align: justify;">La première policière qui m’interrogeait cette fois-ci, en consultant son ordinateur, ne m’a pas cru. J’ai donc été interrogé pendant 4 heures par d’autres policiers auxquels j’ai toujours répondu la même chose (contrairement à ce qu’affirment les communiqués de la police israélienne repris par le consulat et l’ambassade de France).</p>
<p style="text-align: justify;">Ni mon carnet d’adresse ni mon ordinateur n’ont été consultés, mais c’est par le biais de ma boite émail (adresse indiquée sur mon billet d’avion) que les policiers ont compris que j’allais très probablement en Cisjordanie. Avis aux voyageurs… J’ai aussi constaté qu’existait une fiche, écrite en hébreu, à mon nom («Besson Michael»), concernant sans aucun doute mes derniers voyages et écrit. Lorsque je me suis aperçu de cette situation j’ai dit au dernier policier qui m’interrogeait que j’allais effectivement à Ramallah pour rencontrer des partenaires et lui ai montré les documents d’Andines. «It’s too late, m’a-t-il répondu, go home» (c’est trop tard, vous repartez chez vous !). Je pense que la décision de refoulement a effectivement été prise bien avant…</p>
<p style="text-align: justify;">Puis c’est la fouille au corps, le mépris, le silence total sur l’avenir, l’intimidation en menaçant de vous mettre sur le dos d’autres inculpations, et enfin le fourgon et la cellule du «centre de rétention» (lieu d’expulsion sans aucun jugement), comme il en existe partout dans le monde, en particulier en France. Toutes vos affaires personnelles sont momentanément confisquées, y compris les stylos… Mes compagnons de cellule étaient en majorité des étrangers venus chercher du travail… L’un d’eux m’a dit «je n’arrive pas à comprendre qu’un peuple qui a été opprimé puisse ainsi en opprimer d’autres !». Il y a bien des réponses, et tous les israéliens ne sont pas sionistes, mais nous en parlerons une autre fois.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de ma détention, je pensais que le Consulat français arriverait à organiser une réunion entre la police israélienne, le consulat et moi-même pour que nous puissions nous expliquer et régler le problème positivement. Mais rien ! J’apprends que les amis palestiniens qui m’attendent reçoivent la nouvelle de mon arrestation avec tristesse et révolte, et que la presse arabe s’est emparée de mon cas et crie au déni de justice à mon égard et à une volonté délibérée d’Israël d’empêcher les différentes coopérations économiques que nous avons mises en place avec toutes les difficultés que vous savez (y compris entre des villes palestiniennes et françaises). Au mépris bien entendu des lois et des différents accords internationaux.</p>
<p style="text-align: justify;">J’apprends aussi qu’en France s’organise toute une solidarité… Un peu sonné par la situation, le moral remonte vite ! L’essentiel reste et restera de continuer à nous battre tous ensemble pour développer notre coopération économique et pour changer cette société si violente et si injuste. Pas le moindre doute là-dessus.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu la visite de M. Guérin, délégué par le consulat de France à Tel Aviv : “Nous ne pouvons rien faire”. Il m’a tout de même téléphoné le 7 au soir pour m’informer que je serais mis dans un avion le lendemain à 8 heures (puisque le billet acheté par Andines était un aller retour, il n’y a eu aucun frais public dans l’histoire, précisons-le). Un avocat est également venu me voir. Il est toujours important, face à l’arbitraire des Pouvoirs, qu’un témoin indépendant des gouvernements puisse rapidement rencontrer les prisonniers. Nous aurions pu demander un jugement, mais cela pouvait durer plusieurs semaines… J’ai apprécié sa visite.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 8 Septembre au matin, je suis amené directement dans un avion… pour Paris. Dans l’avion, l’un des passagers s’approche et me dit «j’ai appris ce qui vous est arrivé. Voici mon adresse. Vous pouvez compter sur moi».</p>
<p style="text-align: justify;">Et merci au comité d’accueil à Roissy.</p>
<p style="text-align: justify;">Un grand merci à mes collègues, à ma famille, à Guy et à toutes celles et tous ceux, très nombreux, qui ont réagi ! Vous trouverez sur le site <a href="http://www.andines.com">andines</a> les actions que nous pensons entreprendre prochainement avec nos partenaires.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ensemble que nous allons continuer ce que nous avons commencé. En lien avec toutes les luttes et les alternatives que développent de plus en plus de citoyen(ne)s partout dans le monde. Personne ne pourra nous en empêcher.</p>
<p>Et bien entendu je retournerai en Palestine !</p>
<p>A très bientôt !</p>
<p style="text-align: right;">Michel Besson, le 9 Septembre 2011</p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.andines.com/article.php3?id_article=1627">http://www.andines.com/article.php3?id_article=1627</a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Andines.jpg"><img class="size-full wp-image-5156 aligncenter" title="Andines" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Andines.jpg" alt="" width="237" height="240" /></a></p>
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		<title>Chili &#8211; La mobilisation étudiante et ses racines historiques :  le mouvement lycéen en dictature</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Sep 2011 16:17:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Rodrigo Torres Quelques points de repères en guise de préambule : • 11 Septembre 1973 : il y a 38 ans le coup d’Etat militaire dirigé par le général Pinochet renversait le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende et installait une dictature militaire (1973-1990) imposant en particulier au Chili une politique économique et sociale ultracapitaliste [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Rodrigo Torres</p>
<p><strong>Quelques points de repères en guise de préambule :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> • 11 Septembre 1973 </strong>: il y a 38 ans le coup d’Etat militaire dirigé par le général Pinochet renversait le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende et installait une dictature militaire (1973-1990) imposant en particulier au Chili une politique économique et sociale ultracapitaliste inspirée par les « Chicago Boys » des  Etats-Unis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> • Septembre 2011 </strong>: depuis plusieurs mois, un mouvement social historique se développe au Chili.  En particulier, des mouvements étudiants très actifs, malgré la répression, se mobilisent pour exiger des universités publiques et gratuites et manifester un rejet, largement partagé par l’ensemble de la population, de la politique économique et sociale du gouvernement de droite mené par M. Sebastián Piñera, héritage laissé par le régime militaire de Pinochet et jamais remis en cause depuis par les gouvernements élus.</p>
<p>(<a href="http://www.medelu.org/spip.php?article849">http://www.medelu.org/spip.php?article849</a>).</p>
<p>LB</p>
<p style="text-align: center;">_____________________________________</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>DIAL (</em>Diffusion de l’information sur l’Amérique latine<em>) a demandé à Rodrigo Torres, doctorant chilien qui conduit des recherches sur les mobilisations étudiantes et lycéennes, d’écrire un texte sur le mouvement actuel et ses origines historiques. Cet article revient ainsi sur un épisode moins connu des luttes contre la dictature en présentant le rôle qu’y ont joué étudiants et lycéens.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/EducationChli.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5093" title="EducationChli" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/EducationChli.jpg" alt="" width="200" height="287" /></a><br />
</em></strong></p>
<p><strong>Présentation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les derniers mois de cet hiver chilien [1] ont été marqués par des mobilisations sociales massives. Même les inhabituelles chutes de neige à Santiago, pendant les jours de grève générale, n’ont pas pu arrêter les manifestations. Des centaines de milliers d’élèves et d’étudiants sont descendus dans les rues de la capitale pour manifester leur mécontentement vis-à-vis des politiques éducatives. Le gouvernement de Sebastián Piñera, premier président de droite élu depuis la fin de la dictature, a déjà dû faire cinq propositions de réformes du modèle éducatif pour stopper les mobilisations. Cependant, les propositions du gouvernement ne prennent pas en compte la demande la plus importante pour les élèves et les étudiants : mettre un terme à la recherche du profit dans le système éducatif chilien.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement de S. Piñera s’est défendu des critiques des différents secteurs sociaux en argumentant d’une part que les problèmes éducatifs au Chili sont de la responsabilité directe des gouvernements de la « Concertation » [2] et, d’autre part, que les autorités ne pouvaient pas prévoir cette explosion de mécontentement social. Mais ces deux arguments témoignent de la distance qui existe entre la représentation qu’ont les politiciens des mobilisations et la réalité sociopolitique des étudiants et lycéens.</p>
<p style="text-align: justify;">À partir des années 2000, les lycéens et les étudiants chiliens ont commencé à se réorganiser d’une façon transversale et autonome vis-à-vis de la classe politique dirigeante. Le mouvement lycéen de 2006, surnommé « la révolte des pingouins », avait déjà révélé l’échec des politiques et réformes éducatives mises en place par la dictature et par la Concertation, en exigeant la fin de la Loi d’éducation chilienne, dernière loi promulguée par Augusto Pinochet [3]. En outre, la lutte des élèves et des étudiants n’est pas nouvelle, ses revendications actuelles et ses formes d’expression (grèves, occupations des établissements, actes culturels) sont le résultat des expériences acquises et transmises au cours des trois dernières décennies. La classe politique chilienne a qualifié les jeunes du pays de génération dépolitisée, mais ce que les politiciens n’ont pas perçu jusqu’à présent, c’est qu’il ne s’agit pas d’une dépolitisation sinon d’une profonde transformation sociale : les institutions politiques (les partis politiques, les pouvoirs exécutif et législatif, le système électoral binominal, etc.) ont perdu leur rôle représentatif pour ces jeunes, qui ont attendu 25 ans pour avoir une réponse concrète aux problèmes éducatifs et sociaux de la société chilienne. C’est dans ce contexte que nous voulons revenir sur l’histoire de cet acteur social qu’est le mouvement étudiant, en présentant en particulier les mobilisations des lycéens contre la dictature, processus qui constitue l’une des sources du conflit étudiant actuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Les dernières années de la dictature ont été caractérisées par de fortes mobilisations sociales pour mettre fin au régime. Parmi les différents acteurs politiques qui ont lutté contre Augusto Pinochet, les lycéens constituent l’un des mouvements les moins étudiés. Entre les années 1983 et 1989, la période la plus active de la mobilisation pour déstabiliser la dictature, une série de manifestations, grèves et occupations des établissements ont été menées par les lycéens. Cependant, depuis le retour de la démocratie au Chili, ce mouvement, qui pouvait convoquer des milliers de manifestants dans la rue, ne trouve plus sa place. La fin de la dictature a aussi marqué la fin des revendications. En outre, le gouvernement récemment élu de la Concertation a réalisé la cooptation du mouvement, afin de le dépolitiser.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1.- Les élèves du lycée comme un acteur politique pendant la dictature</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À partir des années 80, les lycéens se constituent en acteur politique dans le processus d’articulation des partis et mouvements politiques qui luttaient contre la dictature. La recherche des instances de lutte contre le régime a permis un retour des jeunes vers les partis politiques. Ce fut principalement le retour de militants jeunes vers les partis de gauche (Parti communiste, Parti socialiste et le Mouvement d’action populaire unitaire) et vers les groupes de lutte armée contre le régime, le Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR) et le Mouvement de jeunes Lautaro (MJL).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce phénomène de repolitisation de la jeunesse a eu des prolongements au niveau des lycées avec la création de diverses organisations politiques dans les établissements. Quatre grandes organisations zonales ont été créées dans le « grand Santiago » [4] et elles ont rejoint l’Union des organisations d’enseignement secondaire (« Coordinadora de Organizaciones de Enseñanza Media », COEM en espagnol), une organisation représentative des forces de gauche au niveau lycéen. La repolitisation des jeunes touche aussi les lycéens militants de la Gauche chrétienne et de la Démocratie chrétienne, qui ont créé le Groupe du secondaire des étudiants chrétiens (« Agrupación Secundaria de Estudiantes Cristianos », ASEC en espagnol). Les deux coalitions ont uni leurs forces pour créer le Comité pro FESES, un comité pour le renouveau de la Fédération d’étudiants du secondaire de Santiago (FESES), une organisation transversale à toutes les forces politiques du monde lycéen et interdite par la dictature depuis 1973.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’appel à une « politique de révolte de masses », la mobilisation sociale a été perçue comme le moyen de déstabiliser le régime. Dans toutes ces organisations lycéennes, où coexistaient des positions allant du « militantisme social » à « la lutte armée », ces logiques de mobilisation ont conduit à l’occupation d’établissements, à des manifestations et des combats de rue contre la police.</p>
<p style="text-align: justify;">Une des caractéristiques du développement de ces formes de mobilisation dans la rue a été l’appropriation du centre de Santiago comme un espace public pour la manifestation politico-protestataire. D’autres acteurs importants à l’époque se sont battus contre le régime, comme les habitants de la périphérie de Santiago et les étudiants universitaires. Alors que les premiers s’exprimaient par des mobilisations locales dans la périphérie de Santiago et que les seconds bénéficiaient d’une certaine protection au sein de leurs campus universitaires, les lycéens occupaient les principales avenues de la capitale dont ils faisaient un espace de résistance, devenant ainsi l’un des acteurs le plus visibles de la lutte contre la dictature.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce caractère totalement « urbain » de la lutte des élèves et étudiants a permis une forte action des organismes de répression de la dictature, comme le Centre national d’intelligence (« Central Nacional de Inteligencia » en espagnol, CNI) ou la Direction de communications des carabiniers (DICOMCAR), contre le mouvement lycéen. C’est une des manifestations du terrorisme d’État, avec la mort de 27 élèves du « Liceo de Aplicación » durant la dictature. Chaque 29 mars, la Journée du jeune combattant commémore la mort de Rafael Vergara Toledo, élève du Liceo de Aplicación et militant du Mouvement de gauche révolutionnaire (« Movimiento de Izquierda Revolucionaria », MIR en espagnol)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2.- Du « rôle historique » assumé à la défaite dans la nouvelle démocratie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">De nombreux secteurs de la gauche définirent que 1986 serait l’année « décisive » pour renverser la dictature. Diverses organisations opposées au régime formèrent ainsi l’« Assemblée de la civilité », qui convoqua les principales mobilisations sociales contre Pinochet. Les lycéens ont aussi fait partie de ce mouvement, principalement en luttant contre la mise en œuvre de la décentralisation des écoles publiques. Cette mesure fut vivement rejetée par le mouvement lycéen, qui a effectué pendant les mois de mai, avril et juin une série de grèves, d’occupations d’établissements et de manifestations mobilisant des milliers de manifestants dans les rues.</p>
<p style="text-align: justify;">La proposition de mobilisation de rue contre Pinochet s’inscrivait dans un imaginaire politique partagé par la plus grande partie de mouvement lycéen. Une grande partie des lycéens répond même à l’appel de la lutte armée comme moyen de lutte contre la dictature. Avec cet imaginaire, le mouvement lycéen s’est proposé d’assumer la tâche « historique » de la lutte contre le régime et de faire valoir la proposition utopique de la société du début des années 70 : « convertir la défaite en un horizon culturel d’espoir et cet horizon en un nouveau projet de société » (Salazar et Pinto, 2002 : 234).</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, l’imaginaire utopique qui a guidé la lutte lycéenne sera sérieusement ébranlé par deux événements. Tout d’abord, la défaite de la lutte armée contre le régime : l’échec de l’attentat contre Pinochet réalisé par le FPMR en 1986 a eu comme conséquences la paralysie de la mobilisation sociale et le début des divisions des opposants à la dictature. Ensuite, l’ouverture d’un processus de négociation dans lequel les anciens dirigeants des secteurs politiques centriste et socialiste ont fait un pacte avec la dictature. Il s’agissait d’un arrangement qui a légitimé la Constitution proposée par Augusto Pinochet en 1980, avec l’organisation d’un référendum pour dire oui ou non à la continuation de la dictature ; un pacte dans lequel les lycéens, comme tous les autres acteurs sociaux qui se sont battus par « le bas » contre la dictature, ont été exclus.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1988, la plus grande partie de l’opposition au régime accepta l’itinéraire constitutionnel de Pinochet, en appelant à voter pour le « Non » à la dictature lors du référendum de 1988, et en orientant leurs mobilisations vers des revendications sectorielles et électorales. La gauche, qui se méfia du plébiscite négocié avec la dictature, ne participe pas à ce processus. Le mouvement lycéen, où coexistent les positions pro « négociation » et pro « lutte armée », oriente ses activités de mobilisation vers des revendications corporatives comme l’exigence du tarif réduit dans le métro de Santiago. Une partie des lycéens appelle à voter Non au référendum par le biais d’occupations d’établissements et de manifestations de rue.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1989, les dirigeants de la « Concertation » dominaient la FESES. Il s’agissait de dirigeants qui n’avaient pas une trajectoire longue dans le mouvement lycéen, mais qui étaient nommés par les partis politiques du futur gouvernement. C’étaient principalement des militants de centre-gauche ou des socialistes qui avaient rompu avec le PC et qui avaient choisi l’option du référendum.</p>
<p style="text-align: justify;">À la fin de la dictature, la plus grande partie du mouvement lycéen commence à ressentir un sentiment de « défaite », dissimulée par le triomphe de l’alternative démocratique proposée par la Concertation. La logique du nouveau gouvernement fut en outre de réduire la capacité politique que le mouvement lycéen avait acquise au cours des années de la dictature. De nombreux dirigeants emblématiques de la FESES, qui avaient contribué de manière exceptionnelle à la conduite du mouvement lycéen, ont été réduit au rang de militants de base et sans disposer d’une structure politique qui les rassemble.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.- Le retour de la démocratie et la réarticulation du mouvement comme acteur social</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La plus grande partie des militants lycéens était dans une position éloignée vis-à-vis de la classe politique qui a commencé à gouverner le pays. En outre, l’option de lutte armée choisie par certains élèves et étudiants fut rapidement stigmatisée par les autorités et les médias, sous les qualificatifs de « terrorisme » ou de « délinquance ». Ces éléments provoquèrent dans le mouvement lycéen la sensation d’avoir été « utilisé » par les forces politiques traditionnelles afin de déstabiliser le régime. Et, par conséquent, le sentiment d’une « déloyauté » de la nouvelle démocratie envers eux :</p>
<p style="text-align: justify;">« D’une façon ou d’une autre, on a fait sentir aux jeunes qu’ils s’étaient ridiculisés. On n’a pas tenu compte du fait que, afin de lutter contre la dictature, beaucoup d’entre eux avaient abandonné études, carrière, famille, amour et avaient dû affronter la violence, les arrestations, la torture et la mort aux mains de “l’ennemi”. » (Ibid. : 249)</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant les années 90, la jeunesse du moment, surnommée la génération du « no estoy ni ahí » (un équivalent chilien de « je m’en fous ») répondit au modèle démocratique post-Pinochet par une indifférence aux formes de participation politique traditionnelles. Les lycéens s’inscrivent dans ce contexte social de « désenchantement » vis-à-vis de ces formes de participation politique. Mais ce désenchantement concerne les institutions politiques et non eux-mêmes. Il ne s’agit pas d’une crise d’identité. Et cela n’implique ni regret ni culpabilité. On peut dire que « la jeunesse des années 80 n’était pas, au début des années 90, ni historique ni civiquement “endommagée”, bien au contraire. Parce qu’elle n’a pas été endommagée, mais trompée, ce qui n’est pas la même chose. » (Ibid. : 260)</p>
<p style="text-align: justify;">De fait, les jeunes qui gardent un silence indifférent envers la participation politico-électorale, ont accompli un retour vers des formes horizontales d’organisation et d’expression, opérant ainsi une reconstruction et une réappropriation de sa propre définition comme acteur juvénile :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le nouvel acteur juvénile apparaît comme une “masse” anonyme, mais avec un “haut” niveau d’éducation ; avec quelques “leaders nationaux”, mais plusieurs “moniteurs locaux” ; avec des organisations de représentativité douteuse, mais des milliers de “réseaux locaux” difficiles à identifier et à réprimer, sans aucune “idéologie générale reconnue” et avec “une diversité des expressions culturelles”. » (Ibid. : 234)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce processus a eu pour conséquence la disparition des lycéens comme acteur politique pendant la première décennie post-dictature. Mais, bien que les années 90 aient été caractérisées par le retrait des jeunes de la politique traditionnelle, cela ne signifie pas qu’ils ont arrêté de penser et d’agir politiquement. Cette jeunesse commence en effet à s’organiser et à agir de façon autonome vis-à-vis des institutions et des classes dirigeantes. Depuis le retour de la démocratie, on a assisté à l’augmentation et à la structuration de différents groupes, réseaux, collectifs et mouvements, parmi d’autres expressions de l’action collective, qui auront une grande influence sur la réarticulation politique des lycéens à partir de l’année 2000.</p>
<p style="text-align: right;">Rodrigo Torres</p>
<p><strong>Références</strong></p>
<p>ALVAREZ, Rolando, « Las Juventudes comunistas de Chile y el movimiento estudiantil secundario : un caso de radicalización política de masas (1983-1988) », Alternativa, n<sup>°</sup> 23. ICAL, Chile : <a href="http://www.ical.cl/index.php?option=com_docman&amp;task=doc_download&amp;gid=12&amp;Itemid=33">http://www.ical.cl/index.php?option&#8230;</a>.</p>
<p>GUILLAUDAT, Patrick et MOUTERDE, Pierre, Les mouvements sociaux au Chili : 1973-1993, Paris, l’Harmattan, 1995.</p>
<p>SALAZAR, Gabriel et PINTO, Julio, Historia contemporánea de Chile V. Niñez y Juventud, Santiago de Chile, LOM, 2002.</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[1] Dans l’hémisphère sud, les saisons sont inversées par rapport à celles de l’hémisphère nord – note DIAL.</p>
<p>[2] Coalition politique de centre-gauche, composée principalement des partis suivants : Démocratie chrétienne (DC), Parti pour la démocratie (PPD), Parti radical (PR) et Parti socialiste (PS). Depuis 1990, la Concertation a été au pouvoir pendant quatre mandats présidentiels. Michelle Bachelet, qui a été la quatrième présidente de la coalition, a fini son mandat en mars 2010.</p>
<p>[3] Le 7 mars 1990 – note DIAL.</p>
<p>[4] Les organisations zonales correspondent à la division nord, sud, est et ouest du « Grand Santiago ». C’était le Front unitaire démocratique d’enseignement secondaire (« Frente Unitario Democrático de Enseñanza Media » en espagnol, FUDEM), l’Union d’étudiants du secondaire (UES), le Mouvement des étudiants démocratiques (MED) et l’Organisation démocratique des étudiants du secondaire (ODES).</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://enligne.dial-infos.org/"><strong>Dial</strong></a><strong> – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3162.</strong></p>
<p>Mis en ligne par Dial le 31 août 2011 :</p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5179">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5179</a></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Révolte populaire de masse en Grèce</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/06/23/revolte-populaire-de-masse-en-grece/</link>
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		<pubDate>Thu, 23 Jun 2011 10:59:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est désormais par centaines de milliers que les indignés grecs déclarent la guerre à leurs bourreaux néolibéraux. par Yorgos Mitralias* En direct de la place Syntagma. Le Syntagma grec est différent de son homologue espagnol par ses dimensions, sa composition sociale, sa radicalité et son hétérogénéité politique. Toutefois, il partage avec la Place Tahrir du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>C’est désormais par centaines de milliers que les indignés grecs déclarent la guerre à leurs bourreaux néolibéraux.</strong></p>
<p>par <a href="http://www.medelu.org/spip.php?auteur6488"><strong>Yorgos Mitralias</strong></a>*</p>
<p><strong>En direct de la place Syntagma.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Syntagma grec est différent de son homologue espagnol par ses dimensions, sa composition sociale, sa radicalité et son hétérogénéité politique. Toutefois, il partage avec la Place Tahrir du Caire ou la Puerta del Sol de Madrid un même rejet de l’élite politique et économique qui accapare et vide de tout contenu la démocratie parlementaire.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RévolteMasseGrèce2.jpg"><img class="size-medium wp-image-4637 aligncenter" title="RévolteMasseGrèce2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RévolteMasseGrèce2-300x208.jpg" alt="" width="300" height="208" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Deux semaines après ses débuts, le mouvement des « Indignés » grecs fait déborder les places des villes du pays par des foules énormes criant leur colère, et fait trembler le gouvernement Papandreou et ses soutiens locaux et internationaux. Ce n’est plus ni une simple protestation ni même une mobilisation d’ampleur contre les mesures d’austérité. Désormais, c’est une véritable révolte populaire qui balaie la Grèce ! Une révolte qui crie haut et fort son refus de payer « leur crise » et « leur dette » tout en vomissant le bipartisme néolibéral sinon l’ensemble d’un personnel politique aux abois.</p>
<p style="text-align: justify;">Combien étaient-ils à la Place de Syntagma (place de la Constitution) au centre d’Athènes, juste en face du Parlement, le dimanche 5 juin 2011 ? Difficile à dire car une des particularités de ces rassemblements populaires est que, faute de discours central ou de concert, il y a un va et vient permanent de manifestants. Mais, en tenant compte des responsables du métro d’Athènes, qui savent comment calculer le nombre de leurs passagers, il y a eu un minimum de 250.000 personnes confluant à Syntagma à cette mémorable soirée ! En somme, plusieurs centaines des milliers si on y ajoute les foules « historiques » rassemblées aux places centrales des dizaines d’autres villes grecques (voir la carte ci-dessous).</p>
<p style="text-align: justify;">A ce moment s’impose pourtant une interrogation : comment est-ce possible qu’un tel mouvement de masse qui, en plus est en train d’ébranler un gouvernement grec au centre de l’intérêt européen, soit passé sous un silence assourdissant par tous les medias occidentaux ? Pendant ces 12 premiers jours, pratiquement pas un mot, pas une image de ces foules sans précédent hurlant leur colère contre le FMI, la Commission européenne, la Troïka (FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne) et aussi Mme Merkel et le gotha néolibéral international. Absolument rien. Sauf de temps en temps, quelques lignes sur « des centaines de manifestants » aux rues d’Athènes, à l’appel de la CGT grecque. Etrange prédilection pour les manifs squelettiques des bureaucrates syndicaux totalement déconsidérés au moment ou à quelques centaines de mètres plus loin d’énormes foules manifestent jusqu’à très tard après minuit depuis deux semaines…</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit bel et bien d’une censure aux dimensions inconnues jusqu’à aujourd’hui. D’une censure politique très organisée et méthodique, motivée par le souci de bloquer la contagion de ce mouvement grec, de l’empêcher de faire tache d’huile en Europe ! Face à cette nouvelle arme de la Sainte Alliance de temps modernes, il faudra qu’on réagisse tous ensemble, tant pour dénoncer ce scandale que pour trouver les moyens de contourner cette interdiction d’informer les opinions publiques, par le développement de la communication entre les mouvements sociaux de toute l’Europe et la création et le renforcement de nos propres medias alternatifs…</p>
<p style="text-align: justify;">Revenant aux Indignés grecs (Aganaktismeni, en grec), il faut remarquer qu’il s’agit d’un mouvement de plus en plus populaire ou même plébéien, à l’image d’une société grecque façonnée par 25 ans de domination absolue de l’idéologie (néolibérale) cynique, patriotarde, raciste et individualiste qui a tout transformé en marchandises. C’est pourquoi l’image qui en émerge est souvent contradictoire, mêlant le meilleur et le pire dans les idées comme dans les actes de chacun des manifestants ! Comme par exemple, quand la même personne manifeste de façon ostentatoire un patriotisme grec aux allures racistes tout en brandissant un drapeau tunisien (ou espagnol, égyptien, portugais, irlandais et argentin) pour manifester sa solidarité… internationaliste aux peuples en lutte de ces pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Doit-on conclure alors qu’on est en présence d’une foule de manifestants schizophrènes ? Absolument pas. Comme il n’y a ni de miracles, ni de révoltes sociales politiquement « pures », le mouvement des Indignés grecs se radicalise à vue d’œil tout en étant marqué par ces 25 ans de désastre social et moral. Mais, attention : toutes ses « tares » se subordonnent à <strong><em>sa</em></strong> <strong><em>caractéristique principale qui est son rejet radical du Mémorandum, de la Troïka, de la dette publique, du gouvernement, de l’austérité, de la corruption, de cette démocratie parlementaire fictive, de la Commission européenne, en somme du système dans son ensemble !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas donc un hasard que les centaines des milliers d’Indignés grecs s’époumonent depuis 14 jours en répétant des mots d’ordre éloquents tels que « On ne doit rien, on ne vend rien, on ne paye rien », « On ne vend et on ne se vend pas », « <em>Qu’ils s’aillent maintenant tous, Mémorandum, Troïka, gouvernement et dette </em> » ou « <em>Nous restons jusqu’à ce qu’ils s’aillent </em> ». C’est un fait que des mots d’ordre de ce genre unissent tous les manifestants, comme d’ailleurs tout ce qui a trait au refus d’assumer et de payer la dette publique [1] est d’ailleurs pourquoi la campagne de l’Initiative pour une commission d’audit de la dette publique fait un réel tabac pratiquement dans tout le pays. Son stand en pleine Place de Syntagma est en permanence assiégé par une foule de gens voulant signer son appel ou offrir leurs services comme volontaires… [2]</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord presque totalement inorganisés, les Indignés de Syntagma se sont offert progressivement une organisation dont le summum est l’Assemblée populaire qui attire chaque soir à 21 heures plusieurs centaines de participants devant quelques milliers d’auditeurs très attentifs. Les débats sont souvent d’une grande qualité (p.ex. celui sur la dette publique), dépassant de loin tout ce qu’il y a de mieux sur les grandes chaines de télévision. Et tout ça malgré le bruit (on est en plein centre d’une ville de 4 millions d’habitants), le va-et-vient des dizaines des milliers de gens et surtout, la composition hétéroclite de ces auditoires monstres au milieu d’un campement permanent qui ressemble par moments à une vraie Tour de Babel.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces vertus de la « Démocratie directe » expérimentée jour après jour à Syntagma, ne doivent pas nous faire oublier ses faiblesses, ses ambiguïtés ou ses tares comme par exemple son allergie initiale à tout ce qui a trait aux partis, aux syndicats ou a toute collectivité établie. Si c’est indiscutable que cette aversion pour les « partis » est dominante dans les foules des Indignés grecs qui ont tendance à rejeter l’ensemble du monde politique sans distinction, il faut quand même noter l’évolution spectaculaire de l’Assemblée populaire, tant à Athènes qu’à Salonique, qui est passé du rejet des syndicats à l’invitation de faire aboutir leurs manifestations à Syntagma afin que leurs travailleurs rejoignent les Indignés…</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, ce n’est pas un secret que, le temps passant, il y a eu une clarification du paysage politique de la Place de Syntagma, la droite et l’extrême droite populaire étant représentée parmi la foule en haut de la Place, juste devant le Parlement, et la gauche radicale et anarchisante occupant la Place elle-même et contrôlant l’Assemblée populaire et le campement permanent. Sans aucun doute, bien que cette gauche radicale donne le ton et laisse son empreinte sur toutes les activités et manifestations à Syntagma, les colorant d’un rouge profond, on ne peut pas conclure que les diverses nuances de la droite populiste, patriotarde, raciste ou même carrément néo-nazi vont cesser leurs tentatives d’influencer cet immense mouvement populaire. Elles vont persister et tout dépend, en dernière analyse, de la capacité de l’avant-garde du mouvement de l’enraciner profondément dans les quartiers, les lieux de travail et les écoles tout en le dotant d’objectifs clairs faisant le pont entre ses énormes besoins immédiats et sa rage vengeresse et anti système.</p>
<p style="text-align: justify;">Assez différent de son homologue espagnol par ses dimensions, sa composition sociale, sa radicalité et son hétérogénéité politique, le Syntagma grec partage avec la Place Tahrir du Caire ou la Puerta del Sol de Madrid la même haine pour l’élite politique et économique qui accapare et vide de tout contenu la démocratie parlementaire bourgeoise aux temps du néolibéralisme le plus arrogant et inhumain. En même temps, il est traversé par le même désir participatif, démocratique et non violent qui marque profondément toute révolte populaire en ce début du XXIème siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre conclusion ne peut être que très provisoire : indépendamment de la suite des événements, qui s’annoncent déjà cataclysmiques, le mouvement actuel des Indignés grecs aura marqué un tournant dans l’histoire du pays. Désormais tout est possible et rien ne sera plus comme avant…</p>
<p style="text-align: right;">Yorgos Mitralias - 8 Juin 2011</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>|1| Pour en savoir plus voir l’article d’Eric Toussaint, Grèce : Tout un symbole de dette illégitme <a href="http://www.cadtm.org/Grece-Tout-un-symbole-de-dette">http://www.cadtm.org/Grece-Tout-un-&#8230;</a></p>
<p>|2| Des économistes, des militants, des académiques et des parlementaires du monde entier ont appuyé un appel pour auditer les dettes publiques de la Grèce. L’appel demande l’établissement d’une Commission publique pour examiner la légalité et la légitimité de ces dettes en vue d’obtenir l’annulation de la partie illégitime et la poursuite des responsables. <a href="http://www.cadtm.org/Appel-pour-une-Commission-d-audit">http://www.cadtm.org/Appel-pour-une&#8230;</a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">* Yorgos Mitralias anime le comité grec contre la dette qui est membre du réseau international CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers monde). Voir le site du comité grec : <a href="http://www.contra-xreos.gr/">http://www.contra-xreos.gr/</a><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source</strong> : <a href="http://www.cadtm.org/Revolte-populaire-de-masse-en">http://www.cadtm.org/Revolte-populaire-de-masse-en</a></p>
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		<title>Lifta Pan de mémoire</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2011 20:54:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Le village fantôme est le dernier vestige encore debout de la Nakba, la &#8220;catastrophe&#8221;, qui vit l&#8217;expulsion de 750 000 Palestiniens d&#8217;Israël en 1948. Des projets de démolition relancent le débat sur la place qu&#8217;occupe cette page d&#8217;histoire dans les consciences des deux peuples Photo : Lifta est aux portes de Jérusalem, mais rares sont ceux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le village fantôme est le dernier vestige encore debout de la Nakba, la &#8220;catastrophe&#8221;, qui vit l&#8217;expulsion de 750 000 Palestiniens d&#8217;Israël en 1948. Des projets de démolition relancent le débat sur la place qu&#8217;occupe cette page d&#8217;histoire dans les consciences des deux peuples</strong></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lifta.jpg"><img class="size-medium wp-image-4441 aligncenter" title="Lifta" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lifta-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p><em>Photo : Lifta est aux portes de Jérusalem, mais rares sont ceux qui ont la curiosité d&#8217;emprunter le chemin caillouteux qui descend au coeur du village et de ses souvenirs.</em><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est un village fantôme, un village de la mémoire sélective des Israéliens et de leur discorde historique avec les Palestiniens, un témoin gênant. Il est situé aux portes de Jérusalem, en contrebas de l&#8217;autoroute n° 1 qui va vers Tel-Aviv. De loin, on distingue des ruines éparses, celles de maisons accrochées à l&#8217;une des collines de la Ville sainte. Rares sont pourtant les Hiérosolymitains qui ont la curiosité d&#8217;emprunter le chemin caillouteux qui descend au coeur de Lifta, et de ses souvenirs.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;ils venaient errer avec les ombres qui le fréquentent, ils découvriraient les murs de pierres de bâtisses qui pourraient revivre, pour peu qu&#8217;elles soient dotées de toits, des ruelles aux pavés lisses bordées de ces cactus géants qui servent à marquer les limites de propriété. Abandonné depuis plus de six décennies, Lifta est un village pétrifié dans le silence et sa beauté architecturale, mais c&#8217;est surtout le dernier vestige de l&#8217;époque de la Nakba.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses maisons sont le seul témoignage physique du conflit de 1948, que les juifs appellent la &#8220;<em>guerre d&#8217;indépendance&#8221;</em>, et que les Palestiniens évoquent sous le terme de Nakba, la &#8220;catastrophe&#8221;, autrement dit la fuite, l&#8217;expulsion et l&#8217;exil pour 750 000 d&#8217;entre eux. Alors qu&#8217;Israël a fêté, le 10 mai, le 63e anniversaire de sa création, la commémoration de la Nakba par des Palestiniens du Liban et de Syrie qui se sont rassemblés à la frontière avec Israël, dimanche 15 mai, a pris par surprise les militaires israéliens, qui n&#8217;ont pas hésité à tirer sur les manifestants, faisant au moins 12 morts.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce contexte, Lifta est plus encore un symbole dérangeant qui renvoie les Israéliens à une page de leur histoire qu&#8217;ils ont préféré effacer de leur mémoire. Peut-être est-ce pour cela que le village doit disparaître, au profit d&#8217;un complexe immobilier soutenu par l&#8217;Etat israélien, projet auquel s&#8217;opposent les enfants et petits-enfants des quelque 2 800 habitants de 1947, ainsi que plusieurs organisations israéliennes proches du  &#8221;camp de la paix&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;enjeu de la bataille de Lifta, qui se déroule devant les tribunaux israéliens, est politique : sur les 400 villages palestiniens détruits lors de la &#8220;<em>guerre d&#8217;indépendance&#8221;</em>, Lifta est le seul à avoir défié le temps, comme une provocation au récit tronqué que font, de la création de leur Etat, les Israéliens. Il incarne l&#8217;un des principaux contentieux du conflit, le &#8220;<em>droit au retour&#8221; </em>des 4,3 millions de réfugiés palestiniens dispersés en Israël, à Gaza et en Cisjordanie, mais surtout dans les camps de Jordanie, du Liban et de Syrie. Avec Abou Toah Zaki et Moustapha Aïd, il est facile, en arpentant les terrasses où fleurissent toujours les amandiers, d&#8217;imaginer la vie paisible qui fut longtemps celle des bergers, agriculteurs et maçons de Lifta.</p>
<p style="text-align: justify;">La mosquée, le pressoir à huile d&#8217;olives et le cimetière témoignent d&#8217;une vie brusquement interrompue, lorsqu&#8217;il a fallu fuir, fin 1947, avec l&#8217;illusion d&#8217;un retour rapide, parce que la guerre était là, et que la Haganah, l&#8217;organisation paramilitaire sioniste qui devait donner naissance à l&#8217;armée israélienne, en avait décidé ainsi. La nostalgie d&#8217;Abou Toah Zaki n&#8217;a pas de bornes : &#8220;<em>Les étrangers ont une impression de tristesse en venant à Lifta, alors vous imaginez la nôtre&#8230; S&#8217;ils détruisent tout cela, ce serait terrifiant, ils auront fini de détruire notre esprit.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Daphna Golan, qui enseigne les droits de l&#8217;homme à l&#8217;Université hébraïque de Jérusalem et anime le collectif de défense de Lifta, souligne que le futur complexe immobilier sera composé de 212 appartements et d&#8217;un hôtel : &#8220;<em>Ce seront des résidences de 190 à 300 m2, pour des gens riches vivant à l&#8217;étranger. Lifta</em> <em>doit demeurer comme un musée vivant de la Nakba. Si nous croyons à la paix avec les Palestiniens, alors gardons Lifta comme symbole d&#8217;un dialogue possible.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ce n&#8217;est pas la vision de l&#8217;Administration des terres d&#8217;Israël (ILA), qui a donné son blanc-seing au projet d&#8217;Isaac Schweky, directeur de la Société israélienne pour la préservation des sites historiques : &#8220;<em>Avec le temps, les maisons se détruisent peu à peu. Si nous voulons sauver Lifta, il faut le développer&#8221;</em>, assure-t-il. Les promoteurs ont subi un échec, le 7 mars, lorsque le juge Yigal Marzel, saisi d&#8217;une pétition déposée par les défenseurs de Lifta, a ordonné un gel temporaire de la publication des appels d&#8217;offres pour la vente des parcelles de terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">Les intéressés en contestent la légalité, à la fois pour revendiquer les droits de propriété des habitants de Lifta et peut-être davantage pour préserver un héritage culturel, et le souvenir de la Nakba. &#8220;<em>L&#8217;ILA</em> <em>a estimé que les Palestiniens qui prétendent être nés à Lifta n&#8217;ont pas produit la preuve de leurs affirmations&#8221;</em>, souligne Eitan Bronstein, directeur de l&#8217;association Zochrot, qui se voue à développer la prise de conscience de la Nakba chez les Israéliens.</p>
<p style="text-align: justify;">Le &#8220;<em>droit de la propriété des absents&#8221;</em>, aux termes duquel l&#8217;Etat est devenu propriétaire de la maison de tout Palestinien qui était physiquement absent du territoire en 1967 (lorsqu&#8217;Israël a annexé Jérusalem-Est) laisse aux habitants de Lifta peu d&#8217;espoir de retrouver la jouissance de leurs biens. Dans le village, de singuliers squatters les ont remplacés : des drogués se retrouvent dans les ruines et aussi, court la rumeur, des prostituées.</p>
<p style="text-align: justify;">Garçons et filles venus des quartiers ultraorthodoxes (Haredi) perchés sur les hauteurs s&#8217;y donnent rendez-vous, et il n&#8217;est pas rare de voir une demi-douzaine de juifs haredim prendre un bain rituel dans le bassin de pierre du centre du village, où coule une source naturelle. Engager une discussion avec eux est difficile. Ils ouvrent des yeux ronds lorsque Moustapha Aïd leur affirme qu&#8217;il est né à Lifta, et le concept de Nakba leur est étranger.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour cause : le 22 mars, la Knesset, le Parlement israélien, a adopté la &#8220;loi anti-Nakba&#8221;, qui permet de punir financièrement les associations et communautés locales qui commémorent la Nakba. Cette tentative d&#8217;extirper de la mémoire collective des Palestiniens le sentiment d&#8217;appartenance à leur terre s&#8217;est révélée contre-productive : jamais le culte de la Nakba n&#8217;a été aussi vivace.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;inflexibilité israélienne est enracinée dans un déni de la Nakba. Début avril, le ministre israélien de l&#8217;éducation, Gideon Sa&#8217;ar, a annoncé l&#8217;introduction d&#8217;une question obligatoire sur l&#8217;Holocauste dans les examens auxquels sont soumis les élèves arabes israéliens. En août 2009, il avait banni de leurs manuels scolaires toute référence à la Nakba, estimant que &#8220;<em>la création de l&#8217;Etat d&#8217;Israël ne peut être assimilée à une tragédie&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les professeurs arabes ont protesté en vain, sur le thème : &#8220;<em>Si vous voulez la Shoah, donnez-nous la Nakba !&#8221; </em>Peine perdue&#8230; La hantise d&#8217;un retour massif en Israël des réfugiés palestiniens explique le refus des autorités israéliennes d&#8217;ouvrir la boîte de Pandore de la Nakba, mais ce n&#8217;est pas, selon l&#8217;historien israélien Tom Segev, la raison essentielle.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8220;Les Israéliens</em>, explique-t-il, <em>ne contestent pas le départ de quelque 750 000 Palestiniens, ils en réfutent la narration : admettre la Nakba, cela implique une injustice commise envers les Palestiniens. Or le sionisme ne peut pas l&#8217;accepter : cela signifierait qu&#8217;il y a eu une sorte de péché originel dans la création et l&#8217;existence d&#8217;Israël.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8220;C&#8217;est pourquoi</em>, ajoute-t-il, <em>je ne peux imaginer un gouvernement israélien qui présenterait des excuses publiques aux Palestiniens, comme l&#8217;a fait le gouvernement des Etats-Unis aux Indiens</em> <em>d&#8217;Amérique. C&#8217;est révélateur : lorsque vous refusez de vous excuser, cela veut dire que vous vous sentez toujours dans une situation de précarité.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Représentant de l&#8217;Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l&#8217;Unesco, historien et écrivain, Elias Sanbar partage cette analyse : &#8220;<em>L&#8217;explication fondamentale</em>, insiste-t-il, <em>c&#8217;est qu&#8217;Israël se perçoit comme l&#8217;expression du bien absolu. S&#8217;il reconnaît être né d&#8217;une injustice commise à l&#8217;égard d&#8217;un autre peuple, il perdra sa légitimité morale, et donc son existence future deviendra contestable.&#8221; &#8220;</em><em>Israël</em>, ajoute Elias Sanbar, <em>ne pourra se dégager de ce conflit tant qu&#8217;il se pensera en termes absolus : victime absolue, peur absolue, force absolue. Il ne le pourra pas tant qu&#8217;il n&#8217;arrivera pas à se dire à lui-même&#8221; Nous sommes un Etat comme les autres&#8221;. </em></p>
<p style="text-align: justify;">Si la Nakba a aidé à créer une identité palestinienne, insiste Eitan Bronstein, &#8220;<em>notre identité personnelle d&#8217;Israéliens est liée à notre refus d&#8217;en reconnaître la réalité&#8221;</em>. &#8220;<em>Beaucoup d&#8217;entre nous</em>, reconnaît Daphna Golan, <em>ont peur d&#8217;aborder cette question, par une sorte d&#8217;autocensure collective.&#8221;</em> &#8220;<em>Un jour</em>, rapporte-t-elle, <em>alors que j&#8217;évoquais la question de la Nakba devant mes étudiants, l&#8217;un d&#8217;eux s&#8217;est levé pour me dire : &#8220;Madame, êtes-vous sûre que vous avez le droit de parler de ce sujet ?&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Si tous ne parlent pas, comme l&#8217;Israélien Ilan Pappe, de &#8220;<em>nettoyage ethnique&#8221;</em>, les &#8220;<em>nouveaux historiens&#8221; </em>israéliens ont largement étayé la véracité historique du déplacement forcé de la population palestinienne de 1947-1948. A condition de rappeler, souligne Tom Segev, qu&#8217;une partie de celle-ci avait pris la fuite volontairement avant les combats, en particulier les plus riches, et que les Palestiniens de l&#8217;époque ont aussi essuyé une défaite, notamment parce qu&#8217;ils se sont peu battus.</p>
<p style="text-align: justify;">Le travail de mémoire pourrait donc se faire des deux côtés. Sauf que, en refusant d&#8217;admettre les zones d&#8217;ombre de son passé, l&#8217;Etat juif risque d&#8217;obérer son avenir, qui est lié à celui des Palestiniens. Les Israéliens, souligne Elias Sanbar, &#8220;<em>doivent prendre le risque de se placer devant leur miroir ; or le conflit leur sert à masquer celui-ci&#8221;</em>. Lifta est un cas d&#8217;école, observe Daphna Golan, parce qu&#8217;il pose &#8220;<em>la question de savoir sur quelles bases la démocratie israélienne s&#8217;est bâtie, et quelle sorte de démocratie nous voulons construire&#8221;</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Laurent Zecchini</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : publié dans Le Monde daté du 18 mai 2011</p>
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		<title>Denis Robert, le journaliste qui a fait plier la banque</title>
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		<pubDate>Thu, 12 May 2011 10:14:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[La ténacité a payé. Après dix ans de combat, Denis Robert l&#8217;a emporté, seul contre tous, face à la société Clearstream. Alors que Canal + a rediffusé le 2 mai son documentaire*, et que s&#8217;ouvre le second procès Clearstream (qui oppose Sarkjozy à Villepin), rencontre avec un journaliste qui préfère désormais l&#8217;art aux affaires. Dix [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>La ténacité a payé. Après dix ans de combat, Denis Robert l&#8217;a emporté, seul contre tous, face à la société Clearstream. Alors que Canal + a rediffusé le 2 mai son documentaire*, et que s&#8217;ouvre le second procès Clearstream (qui oppose Sarkjozy à Villepin), rencontre avec un journaliste qui préfère désormais l&#8217;art aux affaires.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/D.Robert.jpg"><img class="size-medium wp-image-4370 aligncenter" title="D.Robert" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/D.Robert-227x300.jpg" alt="" width="227" height="300" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dix ans d&#8217;enfer. L&#8217;homme &#8211; baskets, jean, cheveux en pétard &#8211; qui nous rejoint à la gare de Metz a subi une soixantaine de procès et plusieurs centaines de visites d&#8217;huissiers. Parce qu&#8217;il a écrit &#8211; et s&#8217;y est tenu mordicus &#8211; que Clearstream, société bancaire luxembourgeoise, était un outil de dissimulation : des sociétés internationales profitaient de cette « banque des banquiers » par où transitent des flux financiers du monde entier pour effacer certaines de leurs transactions sensibles.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a connu le lynchage d&#8217;une presse qui l&#8217;accusait d&#8217;imposture, le lâchage d&#8217;amis qui le suppliaient d&#8217;abandonner son combat monomaniaque, le soutien indéfectible d&#8217;une poignée d&#8217;autres. Il a aussi bien failli perdre la lumineuse maison d&#8217;architecte dans laquelle il nous reçoit tout un après-midi, avec enfants, femme, hamster et petite chienne en boule sur le canapé. Et puis il est revenu à la vie, il y a trois mois, lorsque la Cour de cassation lui a donné raison. Désormais, Denis Robert, sulfureuse icône des écoles de journalisme, peut publier de nouveau ses livres sur l&#8217;affaire Clearstream, rééditer ses documentaires, et nous livrer, librement et subjectivement, sa vision de l&#8217;histoire. Rencontre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dix ans de combat judiciaire</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>«</em> <em>Comme un énorme poids sur les épaules qu&#8217;on m&#8217;ôterait d&#8217;un coup. »</em> C&#8217;est l&#8217;effet provoqué par le coup de fil de son avocate le 3 février 2011. La Cour de cassation vient d&#8217;annuler trois condamnations pour diffamation et reconnaît <em>« l&#8217;intérêt général du sujet »</em> et le <em>« sérieux de l&#8217;enquête ». </em>Après dix ans de guérilla judiciaire menée par Clearstream, Denis Ro­bert gagne, sur toute la ligne. <em>« Tu sais, c&#8217;est ferme et définitif », </em>insiste maî­tre Litzler. Et aussi historique : ou­tre qu&#8217;elle accrédite son enquête &#8211; inédite &#8211; sur les dérives du système financier international, cette décision marque une sacrée victoire pour le journalisme : l&#8217;épopée victorieuse d&#8217;un investigateur isolé contre la guérilla judiciaire d&#8217;une multinationale aux moyens illimités.</p>
<p style="text-align: justify;">Le soir même, Denis Robert prend<em> « une grosse cuite avec cinq ou six potes. Il était temps que je gagne. J&#8217;ai eu les moyens de tenir parce que j&#8217;avais vendu des livres. Et grâce aussi à mon comité de soutien &#8211; artistes, journalis­tes, dessinateurs, viticulteurs&#8230; Mais là, j&#8217;en étais à envisager de vendre ma maison. »</em> Les procédures lui auraient coûté 150 000 € – 120 000 assumés par son comité de soutien, 30 000 par lui –, mais <em>« ça n&#8217;inclut pas le temps perdu à ne pas faire autre chose, un vrai mi-temps ! ».</em> Son éditeur, Les Arènes, en serait de 75 000 euros. Et Canal+, qui a diffusé son documentaire <em>Les Dissimulateurs, </em>de 10 000 euros.<em> </em>Plus d&#8217;une fois, ses proches lui ont conseillé de renoncer. Il y a pensé, mais a refusé les transactions proposées, qui l&#8217;auraient obligé à se déjuger. Sa ténacité obsessionnelle lui a été reprochée. <em>« Clearstream m&#8217;a bouffé la tête, c&#8217;est vrai. Mais je ne l&#8217;ai pas voulu, c&#8217;est l&#8217;inverse : ce sont eux qui ne m&#8217;ont pas lâché ! »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><strong>Face aux médias</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 2001, quand sort son livre <em>Révélation$</em>, Denis Robert n&#8217;est pas un bleu de l&#8217;investigation : du temps où il s&#8217;occupait des affaires politico-financières à <em>Libération,</em> il a sorti des scoops, notamment sur les irradiés de Metz, le compte suisse du Parti républicain, la villa de Gérard Longuet&#8230; En 1996, il a lancé l&#8217;Appel de Genève avec sept grands magistrats anti-corruption qui demandent la création d&#8217;un espace judiciaire européen pour lutter contre le crime financier. Il a écrit à l&#8217;époque un essai remarqué : <em>Pendant les « affaires », les affaires continuent&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Quand il commence à enquêter sur Clearstream, Denis Robert a donc une expérience, et un nom. Mais c&#8217;est un homme seul, un franc-tireur de l&#8217;investigation, qui n&#8217;appartient plus à aucune rédaction. Par choix : <em>« J&#8217;ai payé cher cette indépendance,</em> dit-il aujourd&#8217;hui, <em>le système de dénigrement m&#8217;a marginalisé. » Révélation$, </em>de fait, comporte quelques erreurs. Elles ne lui sont pas pardonnées : <em>«</em> Le Monde<em>, avec Edwy Plenel, a immédiatement mis en doute mon enquête, et donné le ton. Ensuite, l&#8217;avocat de Clearstream, Richard Malka, m&#8217;a fait passer pour un &#8220;falsificateur&#8221; et un &#8220;conspirationniste&#8221;. S&#8217;est créée alors une espèce d&#8217;unanimité pour dire que je n&#8217;étais pas clair. Il n&#8217;y avait qu&#8217;à entendre des gens comme Alexandre Adler, BHL ou Alain Minc. Ces erreurs, je ne les reconnais pas. Une seule a posé problème. Celle du sigle DGSE que j&#8217;ai attribué aux services secrets français, sans que ceux-ci démentent. La Banque de France a fait savoir que ce compte DGSE ouvert à Clearstream était en réalité un compte de la Banque de France lui servant pour intervenir anonymement sur les marchés financiers. Ce qui, si ça s&#8217;avérait exact, serait très grave. Dix ans qu&#8217;on me bassine avec des erreurs qui n&#8217;existent pas. J&#8217;aimerais ici le dire une fois pour toutes.»</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les médias, il y a ceux, minoritaires, <em>« plutôt la base »,</em> qui le soutiennent. Les plus nombreux, qui se taisent prudemment. Ceux qui le lâchent progressivement, par peur des procès <em>(« dès qu&#8217;un journal parlait de moi, il s&#8217;en prenait un »).</em> Et ceux qui l&#8217;attaquent. C&#8217;est à ces derniers qu&#8217;il en veut. A <em>« ce petit milieu des roite­lets de l&#8217;investigation » </em>qui ne lui a pas fait de cadeau : <em>« Ils se connaissent et se jalousent tous, ils jouent le jeu des juges et des politiques, de leurs ré­dactions et de leurs directions. Moi, j&#8217;ai quitté </em>Libé<em> pour ne plus être tout ça. Je suis leur mauvaise conscience, je les renvoie à leur incapacité à résister. »</em> Dix ans de lessiveuse médiati­que lui ont forgé, dit-il, quelques con­vic­tions sur <em>«</em> <em>les donneurs de leçons engoncés dans leur pouvoir&#8230; ce journalisme-là est mal barré ».</em> Lui applaudit WikiLeaks <em>(« la meilleure nouvelle qui nous soit arrivée depuis longtemps ! »)</em> et rêve de créer, un jour, son propre site d&#8217;information.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;art, moyen de survie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En attendant, il crée. <em>«</em> <em>L&#8217;art, c&#8217;est ce qui m&#8217;a sauvé. » </em>Fan de Dennis Hopper et de Truman Capote, le journaliste a toujours écrit des romans &#8211; on lui a d&#8217;ailleurs reproché le mélange des genres. Son plus gros succès est érotique : <em>Le Bonheur</em>, <em>« un livre de cul traduit dans dix-sept langues, </em>sourit-il<em>. Des avocats ont même essayé de me faire passer pour un dangereux pornographe ! »</em>. Avec Clearstream, <em>«</em> <em>je n&#8217;étais plus journaliste, on a voulu faire de moi un personnage de fiction. Mon histoire est devenue tellement exemplaire qu&#8217;elle devenait une œuvre d&#8217;art ». </em>Il coréalise des spectacles, coécrit une &#8211; excellente &#8211; bande dessinée de sa vie. Se met même à la peinture. Des toiles vaguement inspirées de Jean-Michel Basquiat et éminemment cathartiques, avec des listings de Clearstream entrecoupés de phra­ses manuscrites du type <em>«</em> <em>Je suis le cauchemar des banquiers »</em>, <em>« Je ne dirai jamais de mal de Clearstream</em> <em>»</em>, ou encore cette <em>« punition à répéter sans foi : je n&#8217;écrirai plus que je fais des livres pour changer le monde ». </em>Sur une autre toile, des centaines de noms, dont certains barrés rageusement : Edwy Plenel, Elisabeth Lévy, Philippe Val&#8230; ses <em>« ennemis ».</em> On repère aussi un superhéros masqué, doté d&#8217;un énorme appendice : <em>« C&#8217;est Little Batrobert,</em> explique presque sérieusement Denis Robert, <em>un personnage couillu ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les toiles que le peintre fait défiler sur son Mac sont accrochées dans une galerie parisienne (1) . Car l&#8217;artiste expose. La première fois, en 2007, la galerie s&#8217;appelait La Bank, et l&#8217;expo « Recel de vol ». <em>« J&#8217;ai fait dix toiles avec le peintre Philippe Pasquet : elles sont tou­tes parties, à environ 1 800 €. J&#8217;étais inquiet de savoir l&#8217;accueil du public et et je craignais des achats liés à mon nom ou à Clearstream. Mon premier acheteur était un collectionneur américain qui ne lisait pas le français. Cet achat m&#8217;a vachement déniaisé sur l&#8217;art. J&#8217;ai aussi improvisé une installation : j&#8217;ai vidé mes poches, mis ma carte de presse, des listings, </em>Le Voyage au bout de la nuit,<em> de Céline, des stylos défoncés. J&#8217;ai appelé ça </em>le Big vide-poches du grand manteau<em>. Et un collectionneur l&#8217;a acheté 10 000 € ! »</em> Prochai­ne étape ? <em>« Vendre une toile à un banquier luxembourgeois. Je voudrais faire une expo au Luxembourg. »</em> On rit. Lui, pas : <em>« C&#8217;est tout sauf une posture ! L&#8217;art m&#8217;a aidé à penser différemment. Il permet une émotion, une immédiateté qui touche les gens, plus que l&#8217;écriture journalistique ». </em>Denis Robert a vendu une cinquantaine de toiles en trois ans. Pas assez pour compenser sa chute de revenus, dit-il : « <em>Je n&#8217;ai pas payé d&#8217;impôts l&#8217;an passé, et très peu les deux années précédentes</em> ». On ne sait pas si l&#8217;arrêt de la Cour de cassation fera monter le prix des prochaines œuvres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Procès et préjudices</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Denis Robert n&#8217;en a pas fini avec les prétoires. Le 2 mai commence le très attendu procès en appel de l&#8217;affaire Clearstream 2. <em>« Car il y a deux affai­res Clearstream, et tout le monde les confond » :</em> la sienne, l&#8217;enquête qui met en accusation la finance, et l&#8217;autre, celle des faux listings envoyés par un pseudo-corbeau, avec son ballet de barbouzes « Pieds Nickelés » et de stars de la politique, de Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy. Soupçonné un temps d&#8217;être lui-même le corbeau et d&#8217;avoir trafiqué les listings, Denis Robert a été définitivement relaxé. Il sera juste entendu comme témoin. Un autre rendez-vous l&#8217;attend, en septembre, autrement plus important : son action en réparation de préjudices contre Clearstream. <em>« Je n&#8217;en ai pas envie, mais je vais devoir parler de ma vie privée, la maladie de ma femme, celle de ma fille&#8230; Et mes curieux problè­mes de hanche, guéris depuis. Le chirurgien m&#8217;a dit : &#8220;Vous avez porté trop de choses, le corps a lâché.&#8221; Je vais leur demander un paquet. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Tout ça pour ça&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En nous ramenant à la gare de Metz, dans sa vieille Jaguar verte, Denis Robert s&#8217;interroge, de sa petite voix tranquille : <em>« A quoi ça sert de faire des livres ? Même si les accusations sont fondées, ont-elles des conséquen­ces ? Je n&#8217;ai jamais eu l&#8217;ambition de révolutionner la finance, ou de fermer Clearstream. J&#8217;ai simplement voulu expliquer un système et le faire par­tager au plus grand nombre. Mais la vérité prend du temps. D&#8217;accord, j&#8217;ai fait virer le staff d&#8217;une multinationale et fait connaître aux gens ce qu&#8217;est une chambre de compensation </em>[organisme intermédiaire]. <em>Mais personne n&#8217;est allé voir ce que fait Clearstream aujourd&#8217;hui. Elle a été rachetée par des Allemands, mais le siège est toujours au Luxembourg, paradis bancaire et judiciaire. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>“Si personne ne prend le relais, tant pis.”</em></p>
<p style="text-align: justify;">Denis Robert ne manque pas de projets, aucun ne concerne Clearstream : <em>«</em> <em>Si personne ne prend le relais, tant pis. On se souviendra de moi pour mes romans et mes peintures</em> <em>»</em>. Allez, pas seulement. Entre-temps, le maelström bancaire international est passé par là : Kerviel, la crise des <em>subprimes, </em>Madoff and Co, ont ouvert les yeux de l&#8217;opinion publique sur les dérives de la finance mondiale. Le combat de Denis Robert connaît un nouvel écho. Il dit qu&#8217;il est <em>« devenu une espèce d&#8217;icône » </em>dans les écoles de journalisme, ne peut s&#8217;empêcher de bougonner <em>« ça me fait chier », </em>mais précise &#8211; et là, ses yeux brillent &#8211; que l&#8217;arrêt de la Cour de cassation est d&#8217;ores et déjà utilisé pour défendre des journalistes, sous le nom de jurisprudence Robert.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Emmanuelle Anizon </strong>et <strong>Richard Sénéjoux</strong></p>
<p style="text-align: right;">Photo <strong>Stéphane Lavoué </strong>pour Télérama</p>
<p>(1) Galerie W, 44, rue Lepic, Paris 18e.</p>
<p><strong>A voir :</strong></p>
<p><strong>* L’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez DAEWO, </strong>DVD.</p>
<p>A été diffusé sur Canal + le 2 mai :</p>
<p><em><a href="http://television.telerama.fr/tele/magazine/special-investigation,258726,emission25276060.php">http://television.telerama.fr/tele/magazine/special-investigation,258726,emission25276060.php</a></em></p>
<p><strong>Denis Robert : L&#8217;Affaire Clearstream,<em> </em></strong><em>coffret de 4 DVD Bac vidéo, 9,99 EUR. Disponible à partir du 3 mai.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>A lire :</strong></p>
<p><strong>• Tout Clearstream</strong><em>, coffret, éd. Les Arènes, sortie le 5 mai, 20 €.</em></p>
<p><strong>• L&#8217;Affaire des affaires</strong><em>, éd. Dargaud, avec Laurent Astier, troisième tome, sortie le 6 mai, 16,95 €.</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong><em> : </em>Télérama n° 3198 – 27 avril 2011</p>
<p><a href="http://television.telerama.fr/television/denis-robert-le-journaliste-qui-a-fait-plier-la-banque,68266.php">http://television.telerama.fr/television/denis-robert-le-journaliste-qui-a-fait-plier-la-banque,68266.php</a></p>
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		<title>Les vacances en Tunisie&#8230;</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/05/06/les-vacances-en-tunisie/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 May 2011 09:29:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce témoignage  de terrain en Tunisie, via le courriel ci-après d&#8217;une militante, a été largement diffusé début mai 2011, dans les réseaux de nombreuses organisations telles La Cimade, le Réseau Chrétien-Immigrés, la Fédération d’Entraide Protestante, RESF etc. Bonjour à tous, Nous voilà rentrés de Tunisie où nous pensions passer une semaine de  repos total à ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Tunisie2.jpg"><img class="size-full wp-image-4336 aligncenter" title="Tunisie2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Tunisie2.jpg" alt="" width="179" height="161" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>C</strong></em><em><strong>e témoignage  de terrain en Tunisie, via le courriel ci-après d&#8217;une militante, a été largement diffusé début mai 2011, dans les réseaux de nombreuses organisations telles La Cimade, le Réseau Chrétien-Immigrés, la Fédération d’Entraide Protestante, RESF etc.</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Réfugiés1.jpg"><img class="size-medium wp-image-4331 aligncenter" title="Réfugiés1" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Réfugiés1-300x130.jpg" alt="" width="300" height="130" /></a><br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Bonjour à tous,</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voilà rentrés de Tunisie où nous pensions passer une semaine de  repos total à ne rien faire et à ne penser à rien&#8230; mais l&#8217;actualité en a  décidé autrement !</p>
<p style="text-align: justify;">Suite à la révolution tunisienne, les langues se sont déliées et les tunisiens sont ravis de pouvoir enfin dire aux touristes intéressés tout ce qu&#8217;ils ne pouvaient pas exprimer auparavant, et ils ont de quoi parler des heures et des heures ! Discussions passionnantes et interminables donc, mais ce n&#8217;est pas tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le début de la semaine, nous avons vu débarquer 350 réfugiés à  l&#8217;hôtel, venant tous de Libye et n&#8217;ayant pas mangé depuis 5 jours&#8230; sacré choc  pour nous autres ! J&#8217;ai réalisé en les regardant que je ne connaissais pas du tout la vraie faim.</p>
<p style="text-align: justify;">En tentant de communiquer avec eux dans un anglais très accentué thaïlandais, nous avons compris qu&#8217;ils n&#8217;avaient eu le temps de rien récupérer avant de partir et qu&#8217;ils n&#8217;avaient même plus de papiers. Ils travaillaient en Libye pour une grosse boîte allemande de BTP, qui a gardé tous leurs papiers et n&#8217;a pas pris en charge leur rapatriement vers la Thaïlande.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons ensuite compris que la ville de Zarzis vers laquelle nous  nous trouvions était remplie de réfugiés également, dormant dans tous les lieux publics, les mosquées et même chez l&#8217;habitant.</p>
<p style="text-align: justify;">Les tunisiens ont conscience d&#8217;être à l&#8217;origine de ces révolutions et prennent à cœur leur responsabilité en accueillant les bras ouverts tous ces réfugiés. Ils étaient tous étrangers, employés en Libye comme main d&#8217;oeuvre à très bas prix, la plupart par des entreprises européennes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Mardi, les ONG n&#8217;étaient pas encore sur place, mais tout était pris en charge par l&#8217;armée et le peuple tunisien. Nous avons vu des familles entières dans Zarzis apporter leurs tapis et leurs matelas pour donner un lit aux réfugiés, les hommes distribuer les quelques médicaments qu&#8217;ils avaient, les femmes cuisiner des énormes couscous et distribuer des  parts dans les rues, les hôtels organiser des distributions de sandwichs et ouvrir grand leurs portes (sauf le Club Med&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Une belle leçon de solidarité&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le mercredi sont arrivés à l&#8217;hôtel les représentants et coordinateurs de toutes les ONG présentes sur le terrain. 92 000 réfugiés avaient déjà passé la frontière, des campements de fortune installés tout le long des routes, et toujours pas d&#8217;eau. Deux enfants sont morts de froid dans la nuit du mardi au mercredi. Les premiers campements de l&#8217;UNHCR ont été montés et des listes circulaient pour toutes les denrées alimentaires manquantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Spontanément, chacun s&#8217;est mobilisé pour charger des voitures, des charrettes, des taxis et aller remplir les entrepôts des ONG.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;était tout simplement incroyable.</p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;hôtel, les touristes aussi ont donné beaucoup d&#8217;argent. Jeudi, nous voilà donc partis, 4 touristes et 3 taxis, faire les courses avec cet argent, remplir les coffres pour aller déposer tout cela sur le campement de l&#8217;armée tunisienne à la frontière libyenne.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nouvelle surprise : après les thaïlandais, les chinois et les égyptiens, les nouveaux arrivants venaient du Bengladesh. Ils étaient apparemment les plus exploités, les plus démunis et avaient fait la route à pied depuis Tripoli. Lorsque nous sommes arrivés sur place, une  procession de 10 km d&#8217;hommes à la queue leu-leu avait déjà passé la frontière  dans un calme impressionnant. Ils nous rencontraient avec le sourire, tout  étonnés d&#8217;être accueillis, prenant en s&#8217;excusant et en nous bénissant les  bouteilles d&#8217;eau que nous leur tendions.</p>
<p style="text-align: justify;">Samedi soir, plus de 100 000 réfugiés avaient déjà quitté l&#8217;aéroport de Djerba à destination principalement de leur pays d&#8217;origine, mais aussi quelques-uns vers l&#8217;Europe. A Zarzis et Djerba, tout s&#8217;est passé dans le calme et la spontanéité. Personne n&#8217;avait peur de personne (sauf au Club Med&#8230;) et chacun s&#8217;est senti avant tout concerné et responsable de ce  qui est en train de se passer.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;espère que nous entendrons parler dans les médias ou par internet de  la réaction du peuple tunisien, et pas seulement des sondages qui  annoncent que 67% des français ont déjà peur d&#8217;être envahis. Nous allons bientôt  ouvrir un blog avec Nicolas, pour y déposer quelques photos et témoignages de touristes et de tunisiens qui ont tenu à parler et nous ont demandé de diffuser ce qu&#8217;ils avaient à dire. Nous vous donnerons l&#8217;adresse dès  qu&#8217;il sera créé.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce mail est un peu long mais l&#8217;émotion a été très forte pendant toute cette semaine et j&#8217;avais besoin de la partager !</p>
<p><strong>Pour en voir plus </strong>: cf le remarquable reportage photographique de Emilio Morenatti « <em>Les</em> <em>réfugiés sur la frontière entre la Libye et la Tunisie »</em> disponible à l’adresse  : <a href="http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20110321_063">http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20110321_063</a></p>
<p>cf. aussi le document réalisé par Gérard Warenghem :</p>
<p><a href="http://partenia2000.over-blog.com/article-l-acceuil-en-france-et-en-tunisie-72901744.html">L&#8217;accueil en France… et en Tunisie</a></p>
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		<title>Une mise en présence de l’occupation</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/04/14/une-mise-en-presence-de-l%e2%80%99occupation/</link>
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		<pubDate>Thu, 14 Apr 2011 15:25:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Vicki Gray* (Service d’information de l’Église épiscopalienne des USA) Je viens de rentrer d’un pélerinage de deux semaines en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, mon troisième voyage dans la région. Cela a été accablant au plan émotionnel. J’ai fait ce voyage en compagnie de quelques 30 personnes de Californie du Nord, membres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Vicki Gray*</p>
<p>(Service d’information de l’Église épiscopalienne des USA)</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sabeel1.jpg"><img class="size-medium wp-image-4172 aligncenter" title="Sabeel" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sabeel1-300x190.jpg" alt="" width="300" height="190" /></a></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Je viens de rentrer d’un pélerinage de deux semaines en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, mon troisième voyage dans la région. Cela a été accablant au plan émotionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai fait ce voyage en compagnie de quelques 30 personnes de Californie du Nord, membres des Amis de Sabeel d’Amérique du Nord. Sabeel est un groupe œcuménique de théologie de la libération de Chrétiens palestiniens. À la tête du groupe, basé à Jérusalem, le Rev. Naim Ateek, prêtre de l’Église épiscopalienne, diplômé de de la Church Divinity School du Pacifique.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre voyage a été un peu différent des pélerinages courants en Terre Sainte. Le pèlerin courant prend un vol pour l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, emprunte un bus israélien pour remonter la côte vers la Galilée qu’il traverse jusqu’à Nazareth et Capharnaum puis il descent la vallée du Jourdain et monte à Jérusalem à travers le désert de Judée. De tels pèlerins voient quantité de lieux saints, mais ne rencontrent pas un seul Palestinien et reviennent avec la même vision partiale d’Israël/Palestine qu’ils ou elles avaient au départ.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre pèlerinage, cependant, avait pour objectif de connaître la vérité de la situation actuelle en Israël/Palestine pour en témoigner.</p>
<p style="text-align: justify;">À cette fin, nous avons voyagé depuis le Mont Hermon sur les Hauteurs du Golan occupées, où nous avons rencontré des villageois druzes séparés de leurs familles en Syrie, jusqu’au désert du Negev dans le sud d’Israël où des habitants de villages bédouins luttent pour préserver leurs maisons de la démolition.</p>
<p style="text-align: justify;">Et à travers toute la Cisjordanie nous avons été témoins de souffrances à chaque détour du chemin – les boutiques aux volets fermés d’Hébron, celles vides de Bethléem, les cultivateurs de Qalqilya et de Jayous séparés de leurs champs, les rues mornes des camps de réfugiés, les blessures encore ouvertes des massacres d’il y a une décennie à Jenin, la puanteur des grenades lacrymogènes à Bil’in. Et partout, les brillantes colonies blanches au sommet des collines, où résident un demi million de colons israéliens, la myriade de postes de contrôle et le spectacle infamant d’un mur de 8 mètres de haut. La souffrance était peut-être plus profonde dans les quartiers de Jérusalem Est où nous avons rencontré des Palestiniens dont on démolissait les maisons à Silwan et à Sheikh Jarrah, où des Palestiniens âgés vivaient sous une tente à côté de leur maison occupée maintenant par de jeunes religieux extrémistes israéliens. Même les morts, avons nous appris, étaient spoliés. Dans le cimetière musulman de Mamilla – en face du consulat américain – des tombes étaient profanées pour faire place à un “Musée de la Tolérance” à financement américain.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon sentiment de profonde tristesse et d’indignation morale a été merveilleusement tempérée par notre rencontre avec de jeunes Palestiniens et Israéliens. Chez les premiers – depuis notre jeune hôte dans le camp de réfugiés d’Arbour jusqu’à l’exubérant acteur du Théâtre de la Liberté de Jenin, jusqu’au cher Lubna, un futur dirigeant d’une Palestine vraiment libre – l’espoir qu’ils trouvaient dans le Réveil Arabe qui se répand dans le Moyen Orient était absolument contagieux. Il en était de même aussi de l’espoir que j’ai trouvé chez de jeunes Israéliens qui refusent de vendre leurs âmes pour un mythe patriotique – les aînés des lycées affrontant la prison en refusant la conscription, les enfants juifs de Solidarité Sheikh Jarrah montant un spectacle de marionnettes pour des petits Palestiniens expropriés, et Michal qui, dans un bus au Negev, à la question de savoir si le mot “apartheid”était approprié, répondit :  “Il est temps de dire que c’est la réalité”</p>
<p style="text-align: justify;">
<p>Oui, il en est temps.</p>
<p style="text-align: right;">Vicki Gray</p>
<p style="text-align: right;">le 30 mars 2011</p>
<p><em>* Le Rev. Vicki Grey, fonctionnaire des Affaires Étrangères en retraite, est diacre dans l’Église Épiscopale du Christ Seigneur (Christ the Lord) à Pinole, Californie.</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : diffusé le 12 avril 2011 par l’association « Les Amis de Sabbel-France »</p>
<p><a href="http://amisdesabeel-france.blogspot.com/">http://amisdesabeel-france.blogspot.com/</a></p>
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		<title>&#8220;Indignez-vous !&#8221;, un cri qui porte loin</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Jan 2011 12:03:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;En quarante ans de vie de libraire, je n&#8217;ai jamais vu un tel phénomène!&#8221; Jean-Marie Sevestre, le patron de Sauramps, la grande librairie du centre de Montpellier, n&#8217;en revient pas. Depuis le 1er décembre 2010, il a vendu 8 500 exemplaires d&#8217;Indignez-vous !, la brochure de Stéphane Hessel (Indigène, 32 p., 3 euros). &#8220;C&#8217;est de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/S.Hessel-Indignez-vous.jpg"><img class="size-full wp-image-3497 aligncenter" title="HESSEL Stéphane" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/S.Hessel-Indignez-vous.jpg" alt="" width="180" height="255" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8220;En quarante ans de vie de libraire, je n&#8217;ai jamais vu un tel phénomène!&#8221;</em> Jean-Marie Sevestre, le patron de Sauramps, la grande librairie du centre de Montpellier, n&#8217;en revient pas. Depuis le 1<sup>er</sup> décembre 2010, il a vendu 8 500 exemplaires d&#8217;<em>Indignez-vous !</em>, la brochure de Stéphane Hessel (Indigène, 32 p., 3 euros). <em>&#8220;C&#8217;est de la folie. Le 24 décembre, certains clients en ont acheté cinq ou dix pour les offrir. Je pensais que ça allait se calmer après Noël, mais non : depuis, on en vend encore 400 par jour !&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que décrit Jean-Marie Sevestre, les statistiques à l&#8217;échelle nationale le confirment. Selon la base de données Datalib, qui réunit environ 200 librairies indépendantes, <em>Indignez-vous !</em> est non seulement en tête des ventes, avec 80 000 exemplaires écoulés en décembre, mais il devance de très loin le reste du peloton : en deuxième position, Michel Houellebecq, lauréat du prix Goncourt, n&#8217;a vendu, au cours de la même période, que 9 500 exemplaires de <em>La Carte et le Territoire</em> (Flammarion).</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis sa parution, le 20 octobre, <em>Indignez-vous !</em> a déjà été vendu à 450 000 exemplaires, avec notamment de très fortes percées dans le Midi toulousain et en Bretagne, selon Sylvie Crossman, l&#8217;éditrice de Stéphane Hessel. Cette ex-journaliste, qui fut notamment correspondante du <em>Monde</em> à Los Angeles et à Sydney, n&#8217;est pas habituée à de tels chiffres. Indigène, la petite maison qu&#8217;elle a fondée, en 1996, avec son compagnon, Jean-Pierre Barou, un ex-militant de la Gauche prolétarienne passé par les éditions du Seuil, était jusque-là coutumière des tirages confidentiels.</p>
<p style="text-align: justify;">Créé dans le but de <em>&#8220;favoriser le dialogue entre nos sociétés et les sociétés dites &#8220;premières&#8221;"</em>, Indigène a lancé, en 2009, une nouvelle collection, &#8220;Ceux qui marchent contre le vent&#8221;, destinée à abriter des <em>&#8220;textes militants en faveur d&#8217;une révolution des consciences&#8221;</em>. Septième titre de cette collection, <em>Indignez-vous !</em> a d&#8217;abord été tiré à 8 000 exemplaires.<em> &#8220;Nous en sommes aujourd&#8217;hui à 650 000&#8243;</em>, explique Sylvie Crossman, qui a cédé les droits en Italie, et s&#8217;apprête à les vendre en Grèce, en Angleterre, en Pologne et aux Etats-Unis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8220;INSURRECTION PACIFIQUE&#8221;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comment expliquer un tel succès ? D&#8217;abord quelques mots de l&#8217;objet. Etabli par les deux éditeurs à partir de trois conversations d&#8217;une heure et demie qui se sont tenues, au printemps 2010, au domicile parisien de Stéphane Hessel, ce texte qui se lit en un quart d&#8217;heure se présente à la fois comme un constat, un programme et un discours de la méthode.</p>
<p style="text-align: justify;">Le constat tient en une phrase : <em>&#8220;Dans ce monde, il y a des choses insupportables.&#8221;</em> L&#8217;inventaire est vaste. Il va du national au global, Hessel s&#8217;insurgeant d&#8217;abord contre <em>&#8220;cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l&#8217;égard des immigrés, </em>(&#8230;) <em>où l&#8217;on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale</em> (&#8230;), <em>où les médias sont entre les mains des nantis&#8221;</em>, avant de dénoncer <em>&#8220;l&#8217;immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s&#8217;accroître&#8221;</em>, les atteintes aux droits de l&#8217;homme et les menaces qui pèsent sur l&#8217;état de la planète.</p>
<p style="text-align: justify;">Le programme, quant à lui, s&#8217;articule autour de deux textes. Il s&#8217;agit d&#8217;abord des mesures adoptées, en 1944, par le Conseil national de la Résistance, qui préconisait <em>&#8220;l&#8217;instauration d&#8217;une véritable démocratie économique et sociale&#8221;</em>. Il s&#8217;agit ensuite de la Déclaration universelle des droits de l&#8217;homme (1948), à la rédaction de laquelle Stéphane Hessel a participé comme chef de cabinet d&#8217;Henri Laugier, alors secrétaire général adjoint de l&#8217;ONU.</p>
<p style="text-align: justify;">Reste le discours de la méthode. Sur ce point, l&#8217;horizon référentiel de Stéphane Hessel est plus complexe qu&#8217;il n&#8217;y paraît. Stigmatisant <em>&#8220;l&#8217;indifférence&#8221;</em> comme <em>&#8220;la pire des attitudes&#8221;</em>, Stéphane Hessel vante les mérites de <em>&#8220;l&#8217;engagement&#8221;</em>. Mais lequel ? Le texte, ici, est assez ambivalent.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;un côté, dans le sillage de Martin Luther King ou de Nelson Mandela, l&#8217;auteur se fait le chantre de la <em>&#8220;non-violence&#8221;</em>. Convaincu de la <em>&#8220;capacité des sociétés modernes à dépasser les conflits par une compréhension mutuelle et une patience vigilante&#8221;</em>, il plaide pour une <em>&#8220;insurrection pacifique&#8221;</em>, une notion présente dans l&#8217;appel du 8 mars 2004 qu&#8217;il cosigna avec d&#8217;autres anciens résistants, comme Lucie et Raymond Aubrac, Daniel Cordier, Maurice Kriegel-Valrimont, Germaine Tillion et Jean-Pierre Vernant. D&#8217;un autre côté, Hessel ne condamne pas en bloc toute forme de violence. Se référant, ici, à Jean-Paul Sartre, il affirme ainsi que, si <em>&#8220;on ne peut pas excuser les terroristes qui jettent des bombes&#8221;</em>, on peut du moins les <em>&#8220;comprendre&#8221;</em>. A l&#8217;appui de sa thèse, l&#8217;auteur cite le cas des Palestiniens<em> : &#8220;Il faut reconnaître que lorsque l&#8217;on est occupé avec des moyens militaires supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être que non violente.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>CONJONCTURE FAVORABLE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hessel, on le voit, brasse large. A l&#8217;exception de sa position déjà connue depuis longtemps sur le Proche-Orient, et contre laquelle s&#8217;est notamment élevé le politologue Pierre-André Taguieff, les causes qu&#8217;il défend, comme les textes auxquels il se réfère, sont on ne peut plus consensuels. Telle est sans doute l&#8217;une des clés du succès. Une autre tient à l&#8217;auteur : né en Allemagne, en 1917, et installé en France depuis 1924, il est l&#8217;incarnation parfaite de &#8220;l&#8217;homme européen&#8221; ; rallié au général de Gaulle, dès 1941, puis déporté à Buchenwald et à Dora, il suscite l&#8217;admiration des héros et l&#8217;empathie des victimes ; normalien féru de poésie et diplomate rompu aux négociations multilatérales, il cultive une double image de pragmatisme et d&#8217;idéalisme, propre à séduire les romantiques et à rassurer les réalistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Paré de l&#8217;aura dont jouissent les derniers témoins de la geste résistante &#8211; ce qu&#8217;illustre notamment le succès des Mémoires de Daniel Cordier (<em>Alias Caracalla</em>, Gallimard, 2009) -, Hessel bénéficie enfin d&#8217;une conjoncture favorable. <em>&#8220;Ce livre n&#8217;aurait pas eu de sens il y a dix ans</em>, nous explique-t-il de sa voix ronde au timbre inimitable. <em>En 2000, on sortait d&#8217;une décennie admirable : après la chute du mur de Berlin, il y a eu cinq grandes conférences mondiales &#8211; à Rio sur l&#8217;environnement, à Vienne sur les droits de l&#8217;homme, à Pékin sur les femmes, à Copenhague sur l&#8217;intégration sociale et à New York sur les Objectifs de développement du millénaire &#8211; qui nous permettaient d&#8217;aborder le XXI<sup>e</sup> siècle avec confiance. Depuis, on est sur une pente descendante, avec le 11-Septembre, la guerre contre le terrorisme, huit ans de Bush, puis la crise financière, avec, au final, le sentiment qu&#8217;aucun gouvernement n&#8217;est capable de résoudre les problèmes.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Coïncidant avec le succès du <em>Manifeste des économistes atterrés</em> (Les liens qui libèrent, 70 p., 5,50 euros), un autre petit texte qui se classe au quatrième rang des meilleures ventes en librairie, en décembre, selon Datalib, <em>Indignez-vous !</em> est, d&#8217;après son éditrice, <em>&#8220;arrivé à point nommé, en touchant un sentiment de désarroi redoublé par l&#8217;adoption de la réforme des retraites&#8221;</em>. D&#8217;un côté des économistes <em>&#8220;atterrés&#8221;</em>, de l&#8217;autre un vieux sage <em>&#8220;indigné&#8221; </em>qui attend de sa <em>&#8220;toute petite brochure&#8221;</em> qu&#8217;elle incite <em>&#8220;les gens, et surtout les jeunes qui ont tendance à se désengager, à prendre leur destinée en main&#8221;</em> : décidément, la colère se vend très bien.</p>
<p style="text-align: justify;">Seize mois avant l&#8217;élection présidentielle, cela ne constitue sans doute pas un programme de gouvernement. Mais à coup sûr un sérieux avertissement.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Thomas Wieder &#8211; </strong>31.12.10</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source :</strong></p>
<p>http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2010/12/31/indignez-vous-un-cri-qui-porte-loin_1459550_3224.html</p>
<p>Article paru dans Le Monde, édition du 02.01.11</p>
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		<item>
		<title>Lettre ouverte au Président de la République</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 15:21:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Jacques Hochmann, professeur émérite de psychiatrie à l&#8217;Université Claude Bernard (Lyon) Monsieur le Président, Comme vous je suis un fils d&#8217;immigré (polonais, en ce qui me concerne). Mon père est venu étudier en France, en 1925, il est retourné se marier au pays, en 1932. Je suis né en France, en 1934 et nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sarko.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3033" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sarko.jpeg" alt="" width="276" height="182" /></a></p>
<p><strong>Par Jacques Hochmann, professeur émérite de psychiatrie à l&#8217;Université Claude Bernard (Lyon)</strong></p>
<p>Monsieur le Président,</p>
<p style="text-align: justify">Comme vous je suis un fils d&#8217;immigré (polonais, en ce qui me concerne). Mon père est venu étudier en France, en 1925, il est retourné se marier au pays, en 1932. Je suis né en France, en 1934 et nous avons, mes parents et moi, été naturalisés français, en 1936, sous le Front Populaire.</p>
<p style="text-align: justify">Bien que mon père, ingénieur dans une usine métallurgique, ait participé à l&#8217;effort d&#8217;armement de la France et ait toujours été respectueux de la loi, nous avons, en 1942, en tant que juifs, été déclarés déchus de la nationalité française par le Gouvernement de Vichy, et, de ce fait, mis en danger immédiat d&#8217;être arrêtés et déportés. Nous n&#8217;avons dû la vie, comme beaucoup d&#8217;autres juifs résidant en France, qu&#8217;au dévouement et parfois à l&#8217;héroïsme de ceux qui, alors, nous ont cachés et aidés, en nous procurant de faux papiers et en nous hébergeant.</p>
<p style="text-align: justify">Vous êtes né après cette sombre époque. Vous n&#8217;avez pas connu, dans la presse et à la radio, le déchaînement de la haine xénophobe. C&#8217;est la seule excuse que je peux trouver à ce que j&#8217;oserais appeler votre irresponsabilité, si je n&#8217;étais tenu au respect par la haute fonction que vous incarnez.</p>
<p style="text-align: justify">Vous n&#8217;êtes pas seulement, en effet, le chef d&#8217;une majorité qui conduit une politique choisie par les électeurs. Vous occupez une place symbolique, que reconnaît la loi, en vous déclarant au dessus d&#8217;elle pendant la durée de votre mandat. En se dotant d&#8217;un Président de la République, en décidant, il y a presque un demi-siècle, de l&#8217;élire au suffrage universel, pour renforcer son image et son pouvoir, le Peuple souverain s&#8217;est cherché à la fois un guide à moyen terme et un arbitre transcendant les passions populaires.</p>
<p style="text-align: justify">Celles-ci sont promptes à s&#8217;échauffer, en particulier dans les périodes de crise économique, comme celle que nous traversons. La passion conduit à l&#8217;abolition de la réflexion, au passage à l&#8217;acte, à la décharge immédiate des désirs les plus primitifs. Quoi de plus passionnel, de plus irréfléchi et de plus primitif que la haine ou la peur de l&#8217;étranger. Surtout, s&#8217;il vit parmi nous, s&#8217;il s&#8217;infiltre à travers des frontières, érigées pour nous protéger, s&#8217;il viole ainsi continuellement le sentiment du chez-soi, l&#8217;étranger, quoi qu&#8217;il fasse ou ne fasse pas, est, en lui-même, une source potentielle d&#8217;insécurité. Il engendre inévitablement, dans les sociétés humaines archaïques comme dans les sociétés animales, la violence.</p>
<p style="text-align: justify">Dans les moments difficiles, il devient le bouc émissaire. Le Juif, le Romanichel et aujourd&#8217;hui le Noir ou le Beur, quelle que soit sa nationalité formelle, incarne ainsi, en lui-même, le danger voire le mal, indépendamment de son comportement objectif.</p>
<p style="text-align: justify">Il suffit de lire actuellement les commentaires des internautes et de suivre les sondages d&#8217;opinion pour s&#8217;assurer du large écho positif rencontré par vos propositions de Grenoble et par leurs applications immédiates. Vous surfez sur une vague porteuse. Mais c&#8217;est justement ce qui m&#8217;inquiète. L&#8217;histoire n&#8217;est pas avare d&#8217;exemples qui montrent jusqu&#8217;où peut conduire le débordement passionnel et avec quelle facilité peut craquer l&#8217;enveloppe de civilisation qui tente de les contenir, en s&#8217;appuyant sur les valeurs de solidarité, de tolérance et d&#8217;hospitalité qui font partie aussi de l&#8217;héritage humain.</p>
<p style="text-align: justify">Par delà votre personne, vous êtes le représentant de ces valeurs, vous avez pour mission, et vous l&#8217;avez rappelé dans un de vos anciens discours, en citant Edgar Morin, de faire œuvre de civilisation. Un Président de la République doit renforcer le sentiment de sécurité en faisant un travail de pédagogue (ce qu&#8217;avait fait votre prédécesseur François Mitterrand, en demandant au Parlement d&#8217;abolir la peine de mort, contre le sentiment prévalent dans la majorité de la population).</p>
<p style="text-align: justify">Les réponses au jour le jour que vous donnez, avec la fougue qui vous caractérise, aux problèmes actuels d&#8217;insécurité sociale, économique et d&#8217;ordre public, n&#8217;ont rien de rassurant. Vous avez déclenché, justifié par avance, des réflexes sociaux que vous risquez de ne plus maîtriser. Le Front national se réjouit de voir valider, au plus haut niveau de l&#8217;État, certaines de ses propositions.</p>
<p style="text-align: justify">Comble d&#8217;ironie, c&#8217;est d&#8217;un pays sans grande tradition démocratique, la Roumanie, où, comme d&#8217;ailleurs en Hongrie et en Bulgarie les Roms n&#8217;ont jamais joui d&#8217;un statut enviable, que vous viennent aujourd&#8217;hui les accusations de populisme et l&#8217;appel à une réflexion plus calme et plus inscrite dans la durée.</p>
<p style="text-align: justify">Veuillez agréer, monsieur, le Président, l&#8217;expression de la haute considération dans laquelle je tiens votre fonction</p>
<p><strong>Source </strong>: publié le 18 août 2010 sur <em>lemonde.fr</em></p>
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		<title>Un projet de GDF-Suez met en danger les dernières tribus isolées d&#8217;Amazonie, par Jean-Marie G. Le Clézio et Jean-Patrick Razon</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 16:56:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Le groupe GDF-Suez a entrepris en 2008 la construction de l&#8217;un des plus grands barrages du Brésil. D&#8217;une capacité de 3 300 MW, le barrage de Jirau, qui devrait entrer en exploitation d&#8217;ici deux ans, fait partie d&#8217;un programme controversé qui prévoit la construction de quatre centrales hydroélectriques dans le bassin de la rivière Madeira, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le groupe GDF-Suez a entrepris en 2008 la construction de l&#8217;un des plus grands barrages du Brésil. D&#8217;une capacité de 3 300 MW, le barrage de Jirau, qui devrait entrer en exploitation d&#8217;ici deux ans, fait partie d&#8217;un programme controversé qui prévoit la construction de quatre centrales hydroélectriques dans le bassin de la rivière Madeira, un affluent de l&#8217;Amazone. Ce projet, le plus important d&#8217;Amérique latine à l&#8217;heure actuelle, s&#8217;inscrit dans le &#8220;Programme de croissance accélérée&#8221; lancé en 2007 par le président Lula : il représente plusieurs centaines de kilomètres carrés de retenue d&#8217;eau, dont 258 km2 pour le seul barrage de Jirau ; il menace non seulement la diversité biologique et socioculturelle de la région, l&#8217;intégrité des territoires occupés par les peuples indigènes, les communautés riveraines et d&#8217;autres populations locales vivant dans la région du bassin de la Madeira, mais aussi la survie même de certaines des dernières tribus isolées du monde.</p>
<p>Principal affluent de l&#8217;Amazone, la Madeira est située dans l&#8217;Etat du Rondônia, au nord-ouest du Brésil. Dans les années 1980, le Rondônia avait été dévasté par le gigantesque projet de colonisation Polonoroeste, qui avait scandalisé l&#8217;opinion mondiale. Considéré comme l&#8217;un des pires désastres écologiques que la Banque mondiale ait jamais financé, ce programme a eu pour conséquence la disparition de plusieurs groupes indigènes et la destruction de plus de 25 % des forêts de cet Etat en l&#8217;espace d&#8217;une décennie.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/jmg-le-clezio.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2482" title="jmg-le-clezio" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/jmg-le-clezio-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a></p>
<p>Formé par la confluence de trois rivières descendant des Andes, la Madeira s&#8217;étend sur 1 700 kilomètres et son bassin, réparti entre le Brésil, le Pérou et la Bolivie, couvre près d&#8217;un quart de la région amazonienne. Région d&#8217;une exceptionnelle biodiversité, le bassin de la Madeira, dont l&#8217;apport nutritionnel est indispensable au maintien de l&#8217;équilibre biologique des plaines inondables situées le long de son cours et de celui de l&#8217;Amazone, abrite plusieurs centaines d&#8217;espèces de poissons et d&#8217;oiseaux, ainsi que de nombreuses espèces de mammifères menacées.</p>
<p>Le complexe hydroélectrique de la Madeira ne fait pas l&#8217;unanimité. Survival International et de nombreuses organisations de la société civile brésilienne et internationales ainsi que les communautés indiennes et les populations riveraines s&#8217;opposent farouchement à ce qu&#8217;elles qualifient de &#8220;désastre humain et écologique&#8221;.</p>
<p>Actuellement en cours de construction, le barrage de Jirau devrait déplacer des milliers de familles riveraines et affecter directement les tribus indiennes qui vivent dans le bassin de la Madeira, y compris plusieurs groupes d&#8217;Indiens isolés qui vivent à proximité du site de construction.</p>
<p>Domingo Paraintintin, de la tribu paraintintin, qui sera directement affectée par le barrage, déplore : &#8220;Notre territoire est encore vierge. Nous espérons que ce projet sera stoppé, car ce sont nos enfants qui en subiront les conséquences. Ils n&#8217;auront plus assez de poissons, plus assez de gibier pour s&#8217;alimenter.&#8221;</p>
<p>&#8220;GDF-Suez ne tient pas compte de nos communautés tout comme il ne respecte pas la rivière&#8221;, a déclaré Océlio Munoz, un dirigeant local du Mouvement des peuples affectés par les barrages : &#8220;Nos vies sont détruites par un modèle de développement qui traite le fleuve et la terre comme des marchandises.&#8221;</p>
<p>En dehors de son impact destructeur sur la biodiversité et les populations indiennes et riveraines, ce projet aura des conséquences catastrophiques sur les groupes d&#8217;Indiens isolés de la région. L&#8217;ouverture de routes de desserte locale favorisera la pénétration de colons qui, avec les ouvriers du barrage, prélèveront dans leurs zones de chasse et de pêche les ressources nécessaires à la survie de ces groupes et leur transmettront des maladies contre lesquelles ils n&#8217;ont pas, ou peu, d&#8217;immunité. Il est courant que la moitié d&#8217;un groupe isolé succombe à des maladies bénignes telles que la grippe ou la rougeole dans l&#8217;année qui suit son premier contact avec le monde extérieur.</p>
<p>La Funai, le département brésilien des affaires indiennes, a récemment rapporté que les Indiens isolés, qui vivent à une distance de 10 à 30 km du site de construction du barrage, s&#8217;enfuient, effrayés par le bruit des engins de chantier, vers une région exploitée par des orpailleurs avec lesquels la confrontation risque d&#8217;entraîner de violents conflits.</p>
<p>Ignorant certaines découvertes récentes qui montrent que l&#8217;impact des barrages sur le réchauffement planétaire serait souvent plus important que celui des centrales à combustibles fossiles de puissance équivalente, les promoteurs de ce projet hydroélectrique mettent en avant son caractère &#8220;écologiquement positif&#8221;, qui leur permettrait de combler les besoins croissants du Brésil en électricité, assurant ainsi son indépendance énergétique sans augmenter pour autant les émissions de gaz à effet de serre. On ne saurait &#8220;léser&#8221; 190 millions de Brésiliens au profit de quelques milliers d&#8217;Indiens, ou pour privilégier la survie de quelques centaines d&#8217;Indiens isolés – sans compter la préservation d&#8217;une biodiversité unique !</p>
<p>GDF-Suez, qui, selon ses propres termes, est un &#8220;acteur responsable au Brésil&#8221; qui &#8220;s&#8217;implique dans de nombreuses actions de soutien aux populations locales et de protection de la biodiversité&#8221; et &#8220;présente la particularité de s&#8217;engager activement aux côtés des communautés qui sont impactées par ses projets d&#8217;infrastructure en apportant un véritable soutien matériel et humain aux populations avec lesquelles elle interagit&#8221;, fait valoir que l&#8217;autorité environnementale brésilienne, l&#8217;Ibama, a validé dès 2006 l&#8217;étude d&#8217;impact environnemental relative au complexe hydroélectrique.</p>
<p>Seulement, cette étude d&#8217;impact était de portée limitée. Elle s&#8217;est restreinte à l&#8217;impact local du projet sans tenir compte de ses conséquences sur les pays voisins, la Bolivie (qui a officiellement protesté contre le barrage) et le Pérou, qui partagent le bassin du Madeira. Elle n&#8217;a pas sollicité le consentement libre, préalable et informé des peuples indigènes, comme le prévoient les législations internationales et nationales des pays concernés. Elle n&#8217;a pas tenu compte des preuves irrécusables de la présence de groupes d&#8217;Indiens isolés extrêmement vulnérables aux contacts avec le monde extérieur. Compte tenu d&#8217;expériences antérieures désastreuses, la politique de la Funai consiste désormais à ne pas entrer en contact avec les Indiens isolés mais à leur octroyer un territoire propre, leur seule chance de survie.</p>
<p>Une étude d&#8217;impact appropriée aurait nécessairement dû tenir compte des risques associés à la perte d&#8217;accès aux ressources naturelles, dont les terres communautaires et les ressources en accès public (pêcheries, agriculture dans les plaines alluviales, produits d&#8217;extraction en milieu forestier), à l&#8217;interruption des transports fluviaux et aux inévitables relocalisations involontaires ou forcées. Les compensations ou indemnisations consécutives, destinées aux familles directement affectées par la formation du lac d&#8217;alimentation du barrage, ont été nettement insuffisantes et reflètent bien les études d&#8217;impact incomplètes et partiales menées sur les populations riveraines.</p>
<p>GDF-Suez porte la responsabilité d&#8217;une série de violations du droit brésilien et du droit international, des lignes directrices établies par l&#8217;Association internationale de l&#8217;hydroélectricité et même des normes mises en place par elle-même dans le domaine de la responsabilité des entreprises. Elle est également comptable de déforestations illégales (qui ont fait l&#8217;objet de sanctions de l&#8217;agence fédérale de l&#8217;environnement) et des conditions de travail inhumaines imposées aux travailleurs du chantier de construction.</p>
<p>Transposée bien au-delà des &#8220;quelques arpents de neige&#8221; que Dieu – selon l&#8217;expression de Voltaire évoquant les terres improductives du Canada – aurait un jour abandonnés à Caïn, l&#8217;Amazonie, qui est devenue l&#8217;un des plus hauts lieux de convoitise internationale, est soumise aujourd&#8217;hui à l&#8217;exploitation la plus destructrice de son histoire. Et notre responsabilité, en tant que contribuables, y est pleinement engagée. Le gouvernement français étant actionnaire à 36 % de GDF-Suez, nous cautionnons tous, non seulement la destruction d&#8217;une région d&#8217;une exceptionnelle biodiversité, mais surtout la disparition, plus que probable, de quelques-unes des dernières sociétés qui constituent une part essentielle de la diversité humaine. Les organisations de la société civile, qui tenaient le contre-sommet de Davos en janvier dernier, ont été bien éclairées de couronner GDF-Suez du Public Eye Award, un &#8220;prix de la honte&#8221; visant à dénoncer l&#8217;attitude irresponsable des compagnies multinationales envers les êtres humains et l&#8217;environnement. L&#8217;œil était dans la tombe et regardait Caïn.</p>
<p><strong>Auteurs :<br />
Jean-Marie G. Le Clézio, écrivain, Prix Nobel de littérature<br />
Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International (France)<br />
Source : LEMONDE.FR | 07.04.10</strong></p>
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		<title>Promouvoir la justice, par Etienne Grieu, s.j.</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:55:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
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		<description><![CDATA[Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux dimensions de la justice, toutes deux indispensables et indissociables &#8212; mais distinguables malgré tout. D&#8217;abord un sens courant, qui associe la justice à des calculs bien effectués. Et un sens qui apparaît moins immédiatement, qui associe la question de la justice à celle du dévoilement des potentialités que les êtres portent.<span id="more-2308"></span> Je propose d’explorer successivement ces 2 dimensions, à partir de quoi nous reviendrons sur la question des leviers, des points d’appui, et sur ce qui se joue pour le chrétien dans ce genre de combats.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2309" title="Etienne Grieu" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg" alt="" width="360" height="480" /></a></p>
<h3>1- La justice : une rétribution proportionnelle à ce que chacun apporte</h3>
<p>Le premier versant de la question de la justice (telle qu’on l’entend habituellement), c’est finalement une question de comptes bien faits (image de la balance) &#8212; que les rétributions soient proportionnelles à ce qui a été apporté par chacun. Alors, bien entendu, dès que l’on creuse un peu, on s’aperçoit que c’est un tout petit peu plus complexe que cela, car quel critère va-t-on prendre pour évaluer une prestation ?</p>
<p>En effet, il y a différents critères possibles. Si vous prenez comme valeur phare l’efficacité, vous n’évaluerez pas une contribution de la même manière que si vous choisissez la créativité comme valeur ultime.</p>
<p><strong>a) Quels critères pour mesurer ?</strong></p>
<p>Un sociologue comme Luc Boltanski a montré qu’il y a 6 ou 7 manières différentes d’évaluer une contribution. Chacune de ces manières d’évaluer peut être associée à une vision du monde qui a sa cohérence et prétend pouvoir régenter le vivre ensemble ; c’est pourquoi il les appelle des « cités ». Ces manières d’évaluer proposent différents critères pour évaluer une prestation. Par exemple le critère :<br />
- de la créativité (est-ce que la prestation sort de l’ordinaire ?)<br />
- des relations de connivence et d’influence (est-ce qu&#8217;elle crée un lien qu’on va pouvoir faire jouer ?)<br />
- de la notoriété (est-ce qu&#8217;elle entraîne l’adhésion ?)<br />
- de ce que ça apporte quant aux règles du jeu (est-ce que la prestation aide à vivre ensemble ?)<br />
- de la rentabilité marchande (est-ce qu&#8217;elle rapporte ?)<br />
- de l’efficacité (est-ce que ça marche, est-ce qu’on avance ?)</p>
<p>La pluralité des critères possibles va entraîner disputes et compromis.</p>
<p><strong>b) Disputes et compromis</strong></p>
<p>Puisqu’on dispose de plusieurs règles graduées, il va falloir se mettre d’accord sur celle que l’on privilégie. Chaque manière de compter peut critiquer les autres manières de compter. D’où des disputes souvent complexes, qui portent simultanément sur la prestation qui a été fournie, et sur la manière de l’évaluer, sur le type de grille qu’on privilégie. Heureusement : ces manières d’évaluer ne sont pas absolument incompatibles les unes avec les autres. Entre elles, des compromis sont possibles.</p>
<p>Cet aspect de la justice qui compte, évalue et dispute n’est en aucun cas à négliger ou mépriser au nom de la foi chrétienne (comme si nous étions au dessus de ces calculs mesquins).</p>
<p><strong>c) Indispensable calcul des rémunérations</strong></p>
<p>En effet, nous avons absolument besoin de règles du jeu pour vivre ensemble :<br />
- lorsque quelques exceptions ne jouent pas le jeu, ça perturbe déjà pas mal,<br />
- si personne ne jouait le jeu, ce serait la catastrophe.</p>
<p>Si ces manières d’évaluer en vue de rémunérer nous manquaient, nous irions vers le chaos. La société deviendrait une sorte de grosse mêlée ou chacun est imprévisible pour les autres. Autrement dit, pas moyen de se mettre d’accord sur ce qu’on peut attendre de chacun, et cela parce qu’il n’y a aucun outil de mesure qui fasse référence et qui puisse être accepté par tous. A travers cette question de justice, il s’agit d’un effort de rationalisation (pas au sens d’une rationalité technique, mais de ce qui est raisonnable, de ce qui permet d’échapper au non sens).</p>
<p>C’est sans doute à cause de cette menace du chaos que personne n’osera délibérément dire qu’il faut renoncer à compter, à évaluer, à rémunérer en proportion de ce que chacun apporte. C’est pourquoi la posture du cynique n’est acceptée que de manière exceptionnelle (comme en fait une critique radicale de tous les critères sauf un, celui de l’originalité).</p>
<p>Nous sommes tous conscients de ce que la société repose sur ce type d’accords implicites que nous passons entre nous et qui permettent de vivre ensemble. En même temps, nous avons conscience aussi de la fragilité de ces accords (si l’un dit : vous ne jouez pas le jeu, vous trichez et entre dans la violence, c’en est fini). Cela dit, on peut questionner le poids donné à certains critères. Et insister sur la légitime pluralité des manières de mesurer.</p>
<p><strong>d) Refuser la survalorisation de certains critères</strong></p>
<p>Si un critère l’emportait sur les autres au point de les éliminer, n&#8217;aboutirions-nous pas à un considérable appauvrissement de l’humanité ? Actuellement, ce qui tend à l’emporter, c&#8217;est :<br />
- le critère marchand (qu’est-ce que ça rapporte ? qu’est-ce que ça vaut ? importance de l’échange monétaire)<br />
- le critère de la notoriété (est-ce que ça fait qu’on est connu, et qu’on entraîne l’adhésion ? société des médias)<br />
- le critère de l’efficacité (est-ce que ça marche ? importance de la technique)</p>
<p>Les autres critères me semblent davantage remisés dans l’ombre, et cela entraîne sans doute un appauvrissement de ce que nous faisons. Cela dit, il faut en même temps noter les limites de ce type de fonctionnement, qui accorde tant d’importance au calcul.</p>
<p><strong>e) Les limites de la justice qui calcule</strong></p>
<p>Les règles graduées nous stimulent : elles donnent envie à chacun de parvenir à être le plus performant possible à partir du critère privilégié. Mais, elles ne font que nous situer sur une échelle (elles permettent de repérer où est le curseur). Je dis de « nous situer », j’aurais dû dire de situer « ce que j’ai fait », ou « ce que nous avons fait », car en fait, ces instruments de mesure ne peuvent pas classer les personnes mais seulement leurs prestations. <strong><em>Elles ne parviennent jamais à dire la singularité d’une personne</em></strong>.</p>
<p>Mais, dans les faits, nous sommes sans doute très tentés de penser <em>comme si</em> ces règles graduées avaient le pouvoir d’évaluer la personne &#8212; comme si, en mesurant ses capacités, elles disaient la vérité sur ce qu’est cette personne. Or cela, évidemment, est faux. Car une personne est irréductible aux prestations qu’elle peut produire.</p>
<p>Conséquences :<br />
- nous sommes très souvent occupés à classer : qui est au-dessus de qui (en fonction de tel ou tel critère) ;<br />
- on est prêt à tuer père et mère pour obtenir d’être bien classé (bien évalué, conformément aux critères en vigueur). Car on pense que ce que l’on est dépend de ce classement ; on pense que c’est cela qui nous fait vivre ;<br />
- Ceux qui sont le plus souvent perdants quel que soit le critère retenu, sont socialement morts, n’existent plus, ne valent rien.</p>
<p>Ceci, traduit en termes théologique, a un nom : ça s’appelle l’idolâtrie. Une idole, c’est :<br />
- ce qui prétend donner la vie sans le faire ;<br />
- et qui énonce des exigences terribles, qui ont quelque chose de mortifère.</p>
<p>A partir de là, il ne s’agit pas de mépriser, bien entendu, cette justice qui fait des comptes. Elle est indispensable pour que nous puissions vivre ensemble. Et il convient, bien entendu, de la promouvoir en faisant droit au débat et aux disputes auxquelles elle donne lieu. Cela dit, on sent bien que cette justice qui compte ne dit pas le tout de ce que nous sommes, et que les classifications qu’elle permet d’établir peuvent être très dangereuses si l’on se met à croire qu’elles disent la vérité de ce que nous sommes.</p>
<h3>2- La justice : le plein dévoilement de ce que chacun est</h3>
<p>D’où l’importance de ne pas oublier un second versant de la question de la justice. Là, il est question moins de comptes bien faits, que du sentiment, pour chacun, d’avoir pu donner sa pleine mesure, d’avoir pu faire passer au jour, ce qu’il porte de manière secrète ou latente en lui, d’avoir pu partager au moins un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Sommes-nous ici encore dans le champ de la justice ? Oui, je le pense, car chacun sentira comme une injustice le fait de n’avoir pas pu exprimer ce qu’il est, ce qui en lui était destiné à contribuer à la vie du monde. C’est ce que des philosophes ont thématisé autour du thème de la reconnaissance (Axel Honneth, Emmanuel Renaut, Paul Ricoeur). A la limite, on pourra voir tous les conflits autour de la justice qui calcule, comme des effets d’un désir de justice plus fondamental, mais qui s’exprime plus difficilement (on a un peu honte d’avouer : je désire être reconnu).</p>
<p><strong>a) Les plus démunis radicalisent la question de la justice</strong></p>
<p>Personnellement, ce qui m’a rendu sensible à cet aspect de la question de la justice, ce sont les personnes qui connaissent la grande pauvreté. Il me semble qu’on peut dire qu’ils radicalisent la question de la justice. Ces personnes, en général, ont un sens aigu de la justice. Mais elles ne visent pas d’abord une meilleure rétribution de leurs prestations, ni ne revendiquent des gratifications proportionnelles à ce qu’elles ont apporté. En ce sens-là, elles ne se satisferaient sans doute pas d’une manière de concevoir la justice qui s’en tient à calculer à partir d’échelles de grandeurs. Elles associent en fait la justice au dévoilement de la vérité, vérité qui porte sur les êtres eux-mêmes, et qui échappe à toute mesure, à tout tableau comptable.</p>
<p>Voici un petit poème réalisé par des membres du Sappel (Chrétiens du Quart-Monde) pour un chemin de croix :</p>
<p><em>« L’oubli est présent,<br />
vie injuste,<br />
abandonnée depuis le plus jeune âge,<br />
la vérité n’est pas faite. »</em></p>
<p>Voilà, il me semble, la protestation ultime des plus pauvres. La vérité en question porte sur ce que l’on est. On ne peut pas en dire beaucoup plus, précisément, parce que cette vérité demeure masquée : ce que l’on est vraiment – que l’on peut seulement pressentir – n’a pas trouvé l’occasion de se manifester. Cette non-manifestation, ici, est associée à l’abandon : un être abandonné ne peut pas manifester ce qu’il est.</p>
<p>Le thème de la justice s’en trouve radicalisé. Il ne s’agit plus d’abord d’une affaire de rétribution à opérer correctement. Fondamentalement, il est question de faire droit à la singularité de chaque être, de lui permettre de venir au jour afin qu’il s’exprime, se manifeste, partage un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Cela peut-il se régler au terme de disputes, de négociations et de calculs ? Non, bien entendu. Car de cela, je peux espérer être mieux situé sur une règle graduée. Mais ce que je porte de singulier en moi, qui est incomparable, dont aucune évaluation ne peut rendre compte, de cela une meilleure situation dans un classement ne peut rien dire du tout.</p>
<p>C’est pourquoi sont mis en cause non seulement telle ou telle manière de compter qui n’est pas juste, mais également le fait même de compter. Aucun compte ne pourra venir à bout de ce désir de justice que nous portons (tous). La justice que l’on peut attendre de la bonne gestion des différends et des contentieux est incapable d’appeler ce que chacun porte en lui-même et qui demeure caché.</p>
<p><strong>b) Les jeux de la reconnaissance</strong></p>
<p>Les plus pauvres, parce qu’ils sont tenus en dehors de la plupart de nos jeux comptables, ne nomment-ils pas ce qui, en fait, se cherche à travers les différents conflits de justice &#8211; que chacun soit accueilli dans sa singularité, appelé à apporter, dans l’espace public, les harmoniques que lui seul peut faire entendre ?</p>
<p>Sur quoi pouvons-nous nous appuyer pour que cela puisse avoir lieu ? Nous sentons bien qu’ici, il en va de la liberté de chacun : je ne peux forcer ce type de reconnaissance. Je peux certes forcer une reconnaissance en vue d’un meilleur classement (au terme d’une épreuve où je montre ce que je vaux). Mais la reconnaissance de ma singularité ne peut s’obtenir ainsi. Elle suppose la décision d’accepter qu’à travers cette personne, quelque chose d’inouï, d’incomparable, se dit. C’est une attitude d’hospitalité : j’accueille ce que je n’ai encore jamais vu, ce que je n’avais même jamais imaginé : toi, un être unique.</p>
<p>Le ressort est du côté de la décision, de la liberté donc. Mais cette attitude d’hospitalité va souvent encore plus loin : je ne me contente pas de t’accueillir, mais je t’appelle : j’appelle ce qui en toi n’est encore jamais paru au jour, ne s’est encore jamais fait entendre. Il y a mille manières pour dire à quelqu’un : on n’a pas encore tout vu de toi ; reste à venir au jour, peut-être le plus beau, qui ne s’est pas encore dit, qui n’a pas encore trouvé le moyen de se dire ; et qui, probablement nous étonnera tous.</p>
<p><strong>c) L’existence, sous-tendue par l’hospitalité et l’appel</strong></p>
<p>L’existence, vue dans cette perspective, n’est pas avant tout sous-tendue par le règlement des différends. La venue au jour de chacun est rendue possible par un jeu d’hospitalité (j’accueille en toi l’être inouï qui se présente), et d’appel (j’appelle en toi ce qui n’est pas encore venu au jour, que je ne connais pas, que je pressens, et qui nous étonnera tous).</p>
<p>Cette hospitalité et cet appel sont des attitudes risquées (je ne sais pas comment tu vas être) ; c’est un engagement vis-à-vis de toi, qui est sans condition préalable. Je ne dis pas : &#8220;je t’accueille ou je t’appelle à condition que tu fasses ça et ça&#8221;. En ce sens, on n’est pas du tout ici dans le registre précédent, où l’on devait tout  mesurer &#8212; voir si telle prestation a été bien rémunérée. Ici, on ne cherche pas d’abord cela, et l’on n’a pas besoin de calculer.</p>
<p>Ce qui nous fait exister comme être singulier, c’est donc d’abord ce genre d’attitude qui accueille et qui appelle, sans condition préalable, sans terme prévu, capable de perdurer malgré les non réponses (Dieu sait qu’en général, les réponses se font attendre), pardonnant.</p>
<p><strong>d) Un accueil et un appel qui passent par bien des canaux</strong></p>
<p>Cet effet d’appel, par quoi est-il porté ? On pourrait dire : avant tout par des proches (parents, amis, éducateurs). Et c’est vrai que c’est extrêmement important ; on s’en rend compte a contrario : lorsque nous avons été mal accueillis, ou mal appelés, cela laisse des blessures pour toute la vie.</p>
<p>Cela dit, il ne s’agit pas que d’une question de rapports interpersonnels. Tout d’abord parce que ces rapports interpersonnels sont eux-mêmes en partie formatés par la société dans laquelle nous vivons (les règles du jeu qu’on se donne : ex : placement des enfants ; et plus largement, la physionomie de la famille – élargie, nucléaire, etc.). Donc ces rapports ne tiennent pas tout seul en l’air ; ils sont portés par un substrat de rapports sociaux.</p>
<p>Et puis cet accueil et cet appel, peut également passer par des médiations instituées : une institution comme l’école, le système éducatif, est bien chargé, à l’échelle d’une société, de donner consistance au désir que nous avons que les plus jeunes trouvent leur place et expriment quelque chose de ce qu’ils sont. Pour aller à l’extrême, quelque chose qui paraît totalement anonyme comme un numéro de sécurité sociale, ça dit quand même, sous une forme très assourdie : &#8220;on tient à toi ; tu existe pour nous ; et pour cela, on s’engage pour que tu sois soigné quand tu es malade&#8221;.</p>
<p>Cet accueil et cet appel de l’être singulier que nous sommes est également porté par des médiations complexes. C’est pourquoi il y a aussi une dimension politique de ce type de reconnaissance. Ceci apparaît clairement lorsqu’on réfléchit à ce qui se passe par exemple pour les jeunes des banlieues ; voilà sans doute des groupes sociaux – enfant issus de l’immigration maghrébine ou africaine – que nous n’avons pas vraiment accueillis ; et que nous appelons encore moins.</p>
<p>Les signes que nous leur faisons percevoir sont le plus souvent du type : on a peur de vous ; on ne sait pas quoi faire avec vous ; ou pire : on sait déjà ce que vous valez, et que ce n’est pas grand-chose. Tout cela passe par des paroles (le mot « racaille », par exemple, est suffisamment explicite), par des décisions (une manière d’organiser le service de la justice – un type d’intervention de la police) et par une ambiance qui se diffuse (« zones de non droit »).</p>
<p>Cela dit, bien entendu, on ne peut pas attendre de la seule instance politique qu’elle porte cet appel.</p>
<h3>3- Le jeu des deux composantes de la justice</h3>
<p>A partir de là, on peut se demander : comment les deux dimensions de la question de la justice vont jouer ensemble ? Plusieurs interprétations sont possibles, plusieurs options possibles.</p>
<p>On peut tout simplement passer totalement sous silence tout ce que j’ai mis sous le thème de l’accueil et de l’appel. Et considérer que l’on se fait soi-même (soi seul). C’est le mythe du <em>self made man</em>. L’idéologie sous-jacente ? Ce qui apparaît de ce que nous sommes est le simple fruit de notre effort ; en conséquence, il faut l’attribuer à notre mérite personnel, et il est normal qu’il soit rémunéré en conséquence. Ici, on a seulement besoin de la justice qui mesure et pas de la justice qui appelle (car ce qui surgit de neuf chez un être ne dépend en rien de nos manières de nous rapporter les uns aux autres).</p>
<p>On peut considérer aussi que l’accueil et l’appel sont confinés aux rapports interpersonnels ; dans ce cas, on reportera sur les familles et le réseau des proches, la question de l’accueil et de l’appel. Et une fois sorti de cette sphère, on considère qu’on ne peut plus rien faire.</p>
<p>Troisième option : on considère que l’accueil et l’appel font partie aussi de la responsabilité de la société. Et dans ce cas, on se demande comment leur donner consistance. On va chercher à ce que la justice ne se contente pas de rémunérer au mieux les prestations fournies par chacun, mais que chacun soit appelé à apporter la contribution singulière qu’il porte &#8212; et qui en même temps lui échappe, car il demeure en partie un mystère pour lui-même.</p>
<p><strong>a) Comme Chrétiens : à quoi sommes-nous appelés ?</strong></p>
<p>La réponse est dans ma question : j’ai employé le terme « appelé » ; c’est un <em>tic de langage</em> chrétien. Mais il est révélateur de quelque chose d’extrêmement important : comme chrétiens, nous pensons l’existence en termes de réponse à un appel. Pour cela, nous avons en tête les figures d’Adam (où es-tu ?), d’Abraham, de Samuel, des prophètes, des disciples : tous sont appelés. Nous plaçons clairement l’existence dans la réponse à un appel. Et un appel qui n’est pas seulement ponctuel ; un appel qui ouvre une alliance (une alliance, c’est un accueil et un appel qui se prolonge indéfiniment dans le temps). C’est cela qui est fondamental dans la relation à Dieu.</p>
<p>Cela dit, en même temps, vient une loi, avec des interdits, des choses à faire, bref des exigences &#8212; et en plus, des avertissements (si tu ne respectes pas la loi que je te donne, il va t’arriver des bricoles). Avec la loi, on va pouvoir reconnaître clairement des choses, et faire la distinction entre ce qui permet de répondre à Dieu, et ce qui l’empêche.</p>
<p>On entre ici dans la zone des échanges où l’on rétribue, où l’on compte. Mais la loi est sous-tendue par l’engagement de Dieu. On peut se reporter au décalogue (Ex 20) : ça commence par : « je suis Yahvé ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Voilà ce qui est premier, ce qui appelle à la vie. Et la loi donnée <em>ensuite</em>, comme ce qui permet de répondre à cet engagement de Dieu (« tu n’auras pas d’autre dieux devant moi, tu ne te feras aucune image sculptée… »).</p>
<p><strong>b) La tradition chrétienne : une prise de position par rapport aux deux composantes de la justice</strong></p>
<p>Alors bien sûr, on pourra être tenté de donner le premie rôle à la loi &#8212; à faire de l’échange calculé ce qui dit la vérité sur qui l’on est. Dans ce cas, on fait de la loi ce qui est la source de notre existence. La tradition chrétienne tranche ce débat de manière claire : la vie et la mort du Christ disent à quel point l’engagement de Dieu est sans condition préalable. Puisqu’il va jusqu’à s’y risquer lui-même.</p>
<p>Le débat sera tranché, en un certain sens, par le Christ et la tradition chrétienne : l’alliance est fondamentalement un engagement de la part de Dieu, qui est sans condition préalable ; et les éléments de loi que Dieu donne sont provisoires et ils ont une fonction pédagogique (nous aider à articuler notre réponse à Dieu).</p>
<p>A noter cependant que les deux éléments sont indispensables : un engagement sans condition vis-à-vis d’un autre, sans qu’il y ait entre nous aucun élément de contrat (où l’on mesure), peut facilement dériver vers quelque chose de fusionnel, ou bien vers une emprise de l’un sur l’autre.</p>
<p>C’est pourquoi la loi est indispensable : elle rappelle ce que l’on attend de la part de chacun ; elle souligne l’importance des échanges ; elle permet la réciprocité ; elle donne des médiations concrètes par lesquels l’engagement sans condition se dit ; elle permet d’éveiller une liberté, de mesurer la capacité à répondre, à tenir ses engagements, d’enregistrer les progrès, etc. La loi est donc très importante (et donc l’aspect de la justice qui mesure). Mais elle n’est pas fondamentale. Ce n’est pas cela qui constitue le socle de la relation avec Dieu : le socle, c’est l’engagement sans condition de la part de Dieu.</p>
<p>La justice qui calcule est indispensable, mais elle ne peut prétendre assumer à elle-seule la question de la justice. En fait, elle joue pleinement son rôle lorsqu’elle est la médiation par laquelle l’appel à l’existence et l’accueil de chacun se dit.</p>
<p><strong>c) A partir de là, revisiter quelques thèmes connus</strong></p>
<p>A partir de là, on retrouve un certain nombre de thèmes qui nous sont connus :</p>
<p>- « <em>Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir</em> ». Ici, Jésus souligne que la justice qui fait ses comptes ne peut pas être évacuée (elle ne peut être abolie), mais elle est accomplie au sens où est bien mise en place sa vraie fonction : porter l’appel à l’existence et l’accueil de chacun. C’est-à-dire, être comme le rappel de l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité et de ce qu’il nous est possible d’y répondre.</p>
<p>- « <em>Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens</em> ». Ici, on voit bien les deux dimensions de la justice, avec la tentation de s’en tenir à la justice qui compte ; elle est plus commode, plus simple et avec elle on peut avoir l’impression d’être quitte.</p>
<p>- « <em>Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi</em> » (Rm 13, 8 ) : la loi est accomplie quand on aime ; ceci peut se comprendre si l’on se souvient que la loi est là pour signifier l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité, qui est un appel et un accueil (autres termes pour dire l’amour). La loi rappelle, signifie l’amour de Dieu, elle lui donne consistance concrète ; et en même temps, elle indique des chemins pour répondre à cet engagement de Dieu. Elle est accomplie lorsque nous nous mettons dans les mêmes dispositions que Dieu, vis-à-vis de tous nos frères : lorsque nous répondons à Dieu en adoptant sa propre manière d’être (marquée notamment par l’engagement sans condition vis-à-vis de l’autre, attitude d’accueil et d’appel ; autres mots pour amour).</p>
<p>La méditation de ce qui se passe entre l’humanité et Dieu dans la Bible permet de distinguer le jeu de deux éléments en toute relation : 1) un engagement sans condition préalable et sans autre réponse à la question « pourquoi » que : &#8220;parce que c’est toi&#8221; ; 2) des échanges qui peuvent se mesurer (et là il y a d’autres « parce que »).</p>
<p>Le premier élément est fondamental. C’est lui qui donne la vie. Ce sont les engagements sans condition de tous ceux qui nous disent : je tiens à toi ; nous t’appelons ; on n’a pas encore tout vu de ce que tu portes. Le second élément est indispensable mais pas fondamental. Ce n’est pas lui qui donne la vie. Il est là comme une aide pour que chacun trouve sa manière singulière de répondre au don de Dieu.</p>
<h3>Conclusion : Quels points d’appui ou leviers ?</h3>
<p>Cette vision insiste beaucoup sur le fait que la justice, ce n’est pas seulement des calculs bien faits, mais c’est aussi l’accueil et l’appel de chaque être. Du coup, nous savons que nous ne verrons pas la fin de ce combat : car le mystère que chacun est, n’est jamais totalement dévoilé. Nous n’en avons jamais fini de nous révéler.</p>
<p>Cela situe le combat pour la justice du côté de l’utopie (non pas au sens négatif de quelque chose de totalement irréaliste ; mais au sens positif d’un ce vers quoi que nous n’atteindrons jamais, mais qui nous fait avancer).</p>
<p>Cela incite à refuser d’absolutiser les combats pour la justice qui calcule. Parfois on a l’impression que dans les calculs bien faits se trouvent la solution à tous les maux ; or quand on raisonne ainsi, on fait de cette justice une idole, et de fait, on est souvent prêt à lui sacrifier énormément.</p>
<p>Cela empêche de considérer les combats comme des luttes à mort ; car si chacun doit être appelé à l’existence, c’est vrai aussi de mon adversaire ; invite à sortir de l’imaginaire de la purification, dans lequel j’identifie l’adversaire à l’impur qu’il faut éliminer, pour préserver l’espace que je suppose pur en moi.</p>
<p>Cela invite à ne pas <em>zapper</em> les combats pour que les calculs soient faits le mieux possible (la justice du Royaume ne peut pas venir recouvrir des comptes tordus).</p>
<p>Mais plus précisément que ces grands rappels, je crois que cette vision permet de faire le rapport entre des actions en apparence anodines, tout à fait à notre portée, et des enjeux beaucoup plus larges : finalement il s’agit d’un même combat, pour que nous nous engagions dans l’accueil et l’appel de l’autre (nos proches, les générations plus jeunes ; l’étranger ; le migrant). Je ne sais pas si cela donne des points d’appui et des leviers ; mais en tout cas, c’est l’incitation à une certaine manière de vivre les nécessaires combats à mener pour la justice.</p>
<p><strong>_____________________________________________</strong></p>
<p><strong>Extraits des débats avec la salle</strong></p>
<p>Q. Témoignage d’un travail avec des visiteurs de prisonniers qui souligne l’importance de l’écoute et du travail d’apprentissage à l’écoute.</p>
<p>E.G. On a des réflexes qui consistent à évaluer une personne et à prononcer des jugements : c’est le plus facile, ce qui nous vient en premier. L’écoute c’est l’accueil de la personne telle qu’elle est, c’est plus risqué parce qu’on ne sait pas trop ce qui va arriver, vers quoi ça nous entraîne. Mais quand on a développé son goût à l’écoute on y trouve aussi richesse et intérêt : comprendre comment un être se développe.</p>
<p>Q. Les PDG qui s’octroient des salaires pharamineux et dont on dit « ils les valent bien », ou pire encore quand il s’agit de footballers ou des chanteurs : une insulte pour les autres</p>
<p>E.G. On est là en face d’un phénomène de même nature que celui des bulles spéculatives. A partir du moment où tout le monde pense qu’il faut miser sur telle personne, sur telle valeur, on en fait augmenter la valeur, jusqu’à ce que ça prenne des proportions folles. Une société humaine sans régulation fonctionne ainsi parce que nous avons en nous le réflexe spontané d’imiter ce que font les autres. Une société laissée livrée à elle-même va ainsi vers toutes sortes de bulles : engouements, modes… Il faut réguler, d’où l’importance du politique qui édicte des règles du jeu pour le vivre ensemble et permet de contrôler ce genre de choses.</p>
<p>Ceci va à l’encontre de la pensée libérale : « laissez tout faire et ça s’harmonisera » ; non, parce que si on laisse tout faire le phénomène du mimétisme conduit à la bulle. Cela a été très bien analysé par un anthropologue comme René Girard qui montre que ce phénomène du mimétisme est profondément ancré dans l’humanité ; ou encore par Jean-Pierre Dupuis dans le champ économique.</p>
<p>Il faut des régulations.</p>
<p>Q. Dans l’évaluation de « ce que je vaux » comment prendre en compte tout ce qui m’est apporté dès ma naissance par tous ceux qui m’ont précédé ? Cela n’a-t-il pas à voir avec notre identité ?</p>
<p>E.G. Oui, on doit accepter de reconnaître que ce que l’on est on ne l’a pas fait soi-même : on le doit à tous ceux qui nous ont appelés à l’existence. Nous sommes tentés de le passer sous silence et de penser que nous nous sommes faits nous-mêmes ; et la publicité joue là-dessus « ma banque c’est moi » ; « parce que je le vaux bien »… Elle fait entendre le message « vous êtes à la source de vous-mêmes », ce qui est faux. La tradition chrétienne dit « la vie, ça se donne » ; ça se reçoit et ça se donne.</p>
<p>Q. Deux exemples de situations engendrées par le manque de courage. Dans l’Eglise : on a comme critère de choix, par exemple des évêques, des gens « bien gentils » qui ne font pas de vagues. Dans le monde politique on évite les mesures tout à fait nécessaires qui auraient des conséquences négatives sur le plan électoral. On manque ainsi les rendez-vous de l’histoire.</p>
<p>E .G. Appeler chacun avec la singularité qu’il porte a un côté risqué, qui va mettre de la différence. Dans l’Eglise, on a souvent peur de la différence, peur du conflit. Quelqu’un comme saint Paul n’avait pas peur du conflit ; on le voit quand il remonte les bretelles à celui qu’on considère aujourd’hui comme le premier pape, saint Pierre, et cela fait tout à fait partie de la tradition chrétienne.</p>
<p>Avoir peur de s’engueuler, veut dire qu’on ne vit pas la communion : on s’évite mutuellement.</p>
<p>Q. Peut-on faire l’économie d’une révolution, dans le sens où il appartiendrait aux citoyens de réinstituer les sociétés dans lesquelles ils se trouvent ? Les institutions d’aujourd’hui contribuent à maintenir le monde tel qu’il est, à préparer les individus à la violence du monde, à la compétition, la lutte de tous contre tous.</p>
<p>E.G. La situation du monde, avec tous les problèmes qu’a révélés la crise, problèmes du fonctionnement de l’économie, de la non régulation de la finance, les problèmes écologiques extrêmement graves qui vont entraîner rapidement des conséquences pour des millions de personnes, appelle de manière très urgente de nouveaux modes de régulation. Comment les mettre en place ? Faut-il miser sur les opinions, les politiques en place, les contourner ? Le Forum social mondial était un essai pour faire cristalliser quelque chose à partir de la base. Faut-il faire pression sur les élus, faire des propositions nouvelles que les politiques puissent reprendre à leur compte ? Je pense qu’il faut attaquer dans tous les sens.</p>
<p>Le problème c’est que, très souvent, on sait que la catastrophe va arriver, et on ne fait rien du tout. La question est très grave.</p>
<p>Q. Je voudrais relever l’énorme gâchis éducatif dans lequel nous nous trouvons. Spontanément, beaucoup d’enfants veulent être au service des autres, les autres pouvant même être des animaux. Quand ils arrivent sur le marché du travail, on leur fait vite comprendre qu’il ne s’agit pas d’être au service des autres mais de gagner plus qu’eux, quand ce n’est pas aux dépends des autres. Quand ils arrivent dans le milieu professionnel, on ne tient aucun compte de leurs qualités humaines, ni même de leurs compétences ou de ce qu’ils exercent bien leur travail ; on leur demande de faire du chiffre et de remplir le tiroir-caisse du patron.</p>
<p>E.G. Ceci plaide pour chercher d’autre voies pour aider les jeunes à exprimer ce désir de service des autres qu’ils ont en eux. Il s’exprime par exemple par l’engouement – peut-être critiquable par ailleurs sur certains points – pour l’humanitaire. On doit s’interroger sur l’évolution très grave du monde du travail. Peut-on imaginer des sursauts, des prises de conscience ? Peut-être à travers ces suicides dans l’entreprise prend-on conscience qu’on ne peut pas faire n’importe quoi avec les salariés. Il faut des instances où les salariés se font entendre et, à mon avis, le syndicat est une instance incontournable.</p>
<p>Q. L’école a un rôle important, quand dans l’école les jeunes se sentent appelés. Toute recherche pédagogique est essentielle pour l’évolution sociale. Lorsque les jeunes se sentiront appelés, dans l’école, on aboutira à une révolution.</p>
<p>E.G. J’ai un copain qui a travaillé la question de la pédagogie. Quand on demande les valeurs que les enseignants veulent transmettre, peu font référence à l’histoire, à la mémoire ; on est dans une pédagogie qui occulte l’histoire. Et il s’est mis à enseigner la physique et les mathématiques en montrant beaucoup plus comment les grands savants avaient émis leurs hypothèses, les difficultés, les risques qu’ils avaient pris, au lieu de présenter un savoir comme intemporel, et il a constaté que cela débloquait plein de choses. C’est important parce que le trésor dont on dispose aujourd’hui nous a été transmis. Cela donne des racines, des assises plus solides.</p>
<p>Q. Comment accède-t-on au meilleur de soi ?</p>
<p>E.G. Cela passe par des liens privilégiés, relations interpersonnelles, nos parents, nos amis ; une ambiance qui permette à chacun de révéler qui il est, de s’exprimer par la confiance établie. Pour un chrétien quelque chose se joue dans la lecture de l’Evangile et dans la relation au Christ. A travers ce qu’il découvre du visage du Christ, quelque chose de lui-même lui est révélé dans une relation personnelle avec le Christ. Des figures instituées peuvent nous appeler. Je souhaite un développement des ministères qui ne soit pas limités aux seuls prêtres ; je vois dans la concentration des ministères dans la personne du prêtre une analogie avec la musique liturgique dans laquelle l’orgue joue à lui seul tous les instruments.</p>
<p>Q. Et ceux qui se mettent contre la loi pour aider les migrants ? la loi qui met des bâtons dans les roues de la Cimade.</p>
<p>E.G. C’est la transgression. Elle nous oblige à reconnaître que l’on ne peut rien savoir de la situation des autres et à reconnaître qu’il y a des principes de fraternité. On a là un bon exemple de dépassement de la loi.</p>
<p>Q. La loi peut souvent engendrer le légalisme desséchant ; Jésus critique la loi. Quant aux lois de l’Eglise fabriquées par les humains, elles trahissent.</p>
<p>E.G. A propos de l’institution : les choses ne marchent pas trop mal quand il y a un jeu entre ce qu’apporte chacun et l’institution. Si l’institution devient sclérosée, qu’elle empêche l’expression de chacun, elle ne joue pas son rôle. Mais s’il n’y avait pas d’institution, on serait condamné à tout réinventer à partir de zéro. L’institution donne une durée, une expansion possible aux intuitions. On peut la comparer à un texte écrit, un texte qui porte des choses précieuses. Si on lit mal comme un robot, il ne parle plus. Comment faire pour habiter les institutions, les faire vivre ? Ce texte a été complété par les apports des autres. Il doit accepter d’être modifié, enrichi et qu’une partie de lui-même ne soit plus réactivée à certains moments.</p>
<p>A ce propos E.G. commente l’initiative « Diaconia 2013 » :</p>
<p>Cette manifestation a été relayée aux Semaines Sociales en novembre dernier. Il s’agit de répondre aux inquiétudes de beaucoup dans l’Eglise de France sur un repli su soi, sur le culte et la piété au détriment des engagements sociaux. On a quelques points d’applique précieux avec la dernière encyclique : l’engagement social est constitutif de l’Eglise, cela fait partie du cœur de l’Eglise. Je ne serai pas étonné que l’on commence à voir les limites de l’option traditionaliste, que l’on commence à voir dans l’Eglise, au niveau des instances dirigeantes, que cela a des côtés dangereux et contreproductifs pour l’Eglise.</p>
<p>En France il y a eu un trésor d’engagements des gens du côté d’ATDQM. Il y a des gens qui ont vécu des choses très fortes, qui ont beaucoup de choses à apprendre à L’Eglise. Pour donner consistance à cela, il y a l’idée d’un rassemblement en 2013 qui s’appellerait « Diaconia 2013 » (http://www.diaconat.cef.fr/breves/diaconiat2013-1.html), un peu comme ce qui avait eu lieu en 2007 autour de la catéchèse, mais ici autour de la diaconie. C’est une manière de revisiter la théologie sous-jacente à l’engagement social, avec ce terme un peu nouveau.</p>
<p>François Soulage (Président du Secours Catholique – Caritas France) est moteur dans « Diaconia 2013 » ; autour des problématiques suivantes : comment la dimension de la solidarité peut être mise au cœur de la vie de l’Eglise et pas sous-traitée par des spécialistes ; que ce soit l’affaire de toute la communauté ; retrouver un contact régulier avec des personnes en situation de précarité. A signaler des créations de ces dernières années comme par exemple « Réseaux de veilleurs », « Voyage de l’espérance » etc.</p>
<p><strong>________________________________________</strong></p>
<p><strong>Des lectures pour en savoir plus :</strong></p>
<p>- « Un lien si fort – Quand l’amour de Dieu se fait diaconie » de E. Grieu, Ed. L’Atelier (2009).</p>
<p>- « Qui es-tu pour m’empêcher de mourir ? » de Gilles Rebèche, Ed. L’Atelier (2010).Une expérience très intéressante dans l’Eglise de France (dans le Var) et facile à lire.</p>
<p>______________________________________________</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de Nous Sommes Aussi l&#8217;Eglise, 24 janvier 2010</strong></p>
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		<title>La force attractive de l’Evangile et les possibles de l’Histoire, par Claude Geffré, o.p.</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:49:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
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		<description><![CDATA[Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en théologie (1973-1974), professeur d&#8217;herméneutique et de théologie des religions (1988-1996) à l&#8217;Institut catholique de Paris. En 1996, il devient directeur d&#8217;Ecole biblique et archéologique de Jérusalem et fait un mandat de trois ans.<span id="more-2299"></span> Depuis 1972, il a été aussi professeur invité dans plusieurs facultés de théologie : Bruxelles , Sherbrooke, Fribourg, Québec, Atlanta, Kinshasa, Ottawa et Yaoundé. Dans la scène théologique contemporaine, Geffré est le promoteur d&#8217;une pratique herméneutique de la théologie, ainsi qu&#8217;il explique dans son livre Le christianisme au risque de l&#8217;interprétation, publié dans la collection &#8220;Cogitatio Fidei&#8221; qu&#8217;il a dirigée aux Éditions du Cerf à partir de 1970. Il se propose de &#8220;rendre plus intelligible et plus signifiant pour aujourd&#8217;hui le langage déjà constitué de la Révélation&#8221;.</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2300" title="Claude Geffré" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a> </p>
<p>Je parle volontiers des « possibles de l’Histoire ». C’est le point de rencontre entre un dessein historique qui nous est fait, une liberté humaine, au vu d’une initiative créatrice. Et il n’y a pas quelque chose de nouveau à l’horizon de l’Histoire sans un pôle d’attraction qui est l’Evangile. Quelles pourraient être alors les initiatives des chrétiens comme force attractive de l’Evangile au service de nos sociétés ?</p>
<h3>1- Une histoire profondément ambiguë</h3>
<p>L’avenir du troisième millénaire est indécidable et nous sommes devenus sceptiques à l’égard des théologies et des philosophies de l’Histoire.</p>
<p>Le processus de désacralisation, de sécularisation qui coïncide avec l’avènement de la modernité comprise comme victoire de la raison critique, a engendré un formidable espoir. Mais les possibilités illimitées du progrès technique et scientifique n’ont pas toujours été réalisées et il est difficile de triompher des fatalités de l’Histoire et d’améliorer la condition humaine. Surtout après le cruel XXe siècle, il est certain que la foi dans les projets de la raison est sérieusement ébranlée. La modernité n’a pas tenu ses promesses et le fameux désenchantement du monde a surtout engendré un désenchantement du mythe du progrès. L’idéal d’une société sans classes s’est achevé avec l’effondrement du monde soviétique. La religion païenne de la race a conduit à la pure faillite de la raison et de la civilisation occidentale avec Auschwitz.</p>
<p>En dépit des conquêtes religieuses, l’homme du troisième millénaire a de plus en plus de mal à maîtriser les effets pervers de la techno science. On connaît les conclusions alarmantes des experts en matière d’environnement, de manipulations génétiques, de destruction écologique. Et nous sommes de plus en plus conscients de l’échauffement climatique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’homme est telle que c’est l’avenir même de l’espèce humaine dans le village planétaire qui est menacé.</p>
<p>Ou bien nous aurons la sagesse de modifier le processus en cours, ou bien nous périrons tous. C’est pourquoi notre responsabilité historique ne concerne pas seulement les conditions d’une vie harmonieuse dans une société de demain, mais la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la terre.</p>
<p>Ainsi, plus que jamais, l’Histoire est sous le signe de l’ambiguïté.</p>
<p>Mais qui dit ambiguïté, dit qu’il faut laisser l’avenir ouvert et qu’il ne faut pas trop céder à une vision apocalyptique de l’Histoire. Comme aime à le dire Edgar Morin, « l’improbable est possible ». Les prévisions les plus sombres des experts sont quelquefois démenties. On a pu le vérifier par exemple à propos de l’impossibilité de maîtriser la croissance galopante de la population mondiale. Certains parlent déjà d’une chute programmée de la fécondité qui est en lien direct avec l’éducation des femmes dans le monde. Nous ne devons donc pas désespérer des promesses du génie humain pour remédier aux effets pervers du progrès dans le domaine de la pollution, de la lutte contre la faim, de la victoire remportée contre des pandémies comme le sida. Nous ne connaissons pas toutes les ressources des libertés humaines quand elles se mobilisent pour renverser le cours de l’Histoire.</p>
<p>C’est d’autant plus vrai, si l’on se souvient que l’humanité est entrée dans son âge planétaire qui est aussi celui de la mondialisation.</p>
<p>L’ambiguïté même de l’histoire au seuil du troisième millénaire, c’est celle-là même du phénomène de la mondialisation. Il dépend justement de la bonne volonté des hommes qui engendre ou le pire ou au contraire favorise le meilleur.</p>
<p>Force est bien de constater que, actuellement, telle qu’il fonctionne sous le signe de la loi du libre marché, le système Terre est plutôt générateur de misère pour les trois-quarts de l’humanité. Qui peut en effet accepter avec résignation que 20% de la population mondiale détienne 83% des richesses disponibles de la Terre, alors que les 20% les plus pauvres survivent difficilement avec 1,4% des ressources naturelles ?</p>
<p>Ou bien encore,comment supporter l’idée qu’au début du XXIe siècle des millions d’enfants meurent chaque année avant l’âge de 5 ans. Et en dehors de cette injustice criante, il faudrait aussi souligner les retombées déshumanisantes d’un certain modèle uniforme de culture. On a pu parler d’un macdonalisme culturel qui, grâce au réseau médiatique toujours plus performant, s’étend à l’ensemble de la planète et peut provoquer l’érosion des cultures locales originaires.</p>
<p>Pourtant, cette dérive mortifère de la mondialisation n’est pas une fatalité. Comme le pressentent les défenseurs de l’altermondialisme, on devrait pouvoir exploiter les chances réelles du phénomène de globalisation à l’intérieur du village planétaire. La famille humaine a pris en effet une conscience nouvelle de son unité. Elle devient solidaire face à son destin et l’interdépendance nécessaire des Etats, comme la rapidité de l’information, favorisent l’émergence d’une conscience universelle dans la défense des droits de l’Homme et la défense des droits de la Terre.</p>
<p>Face au désordre structurel du marché mondial, face aux catastrophes naturelles, face aux menaces écologiques, face à la violation systématique des droits de l’Homme, la souveraineté jalouse des Etats devra céder devant la souveraineté supranationale de la communauté mondiale.</p>
<p>Non seulement notre vision de l’Histoire a dépassé un éthocentrisme occidental post-colonial, mais on ne peut plus considérer l’Histoire comme histoire des libertés en dehors de l’histoire de la planète et de l’ensemble du cosmos.</p>
<h3>2 – Le rêve de Dieu sur l’Histoire</h3>
<p>Face à l’ambiguïté fondamentale de l’Histoire, nous ne disposons comme chrétiens d’aucun secret sur l’issue de l’aventure humaine ou sur le destin de la planète Terre, perdue dans l’immensité du cosmos.</p>
<p>Mais dans la foi, nous connaissons au moins le projet, le rêve de Dieu quand il a pris le risque de faire surgir du néant des libertés créées.</p>
<p>L’existence humaine n’a de sens qu’en fonction de cet avenir absolu qu’est la vie en Dieu et avec Dieu. C’est précisément cette espérance qui donne tout son prix et tout son sérieux à l’histoire humaine.</p>
<p>En dépit de son caractère inscrutable – et c’est pourquoi je dirais qu’il n’y a pas de philosophie de l’Histoire, il n’y a même pas de théologie de l’Histoire – l’Histoire tend vers son accomplissement. Elle tend vers cet avenir qu’est le Royaume de Dieu, là où Dieu sera tout en tous. Il s’agit d’un au-delà de l’Histoire qui, bien sûr, relativise toute réalisation concrète ici-bas.</p>
<p>Mais l’Histoire est tout autre chose que le cadre extérieur de notre aventure personnelle spirituelle, notre aventure dans l’ordre de la charité. Elle est au sens fort une histoire du salut, non seulement comme échange vital avec Dieu, mais aussi comme guérison de tout l’Homme et même de la Création en tant que Terre habitable.</p>
<p>Ainsi, Dieu se fait complice du temps pour réaliser son dessein créateur sur l’Homme, au point d’épouser en Jésus-Christ la condition humaine pour triompher de la mort et de toutes les formes de mort.</p>
<p>Le fondement radical de l’espérance chrétienne devant l’inconnu de l’Histoire, c’est la mémoire du Christ, mort et ressuscité.</p>
<p>Toutes les religions sont à leur manière des religions de salut, au moins en ce sens qu’elles cherchent à guérir l’Homme de sa finitude et de lui procurer une immortalité au-delà de la mort. Qu’est-ce qui fait la singularité du christianisme dans le concert des religions du monde ? Qu’est-ce qui fonde notre confiance dans le christianisme parmi les religions du monde ? Quel est l’avenir du christianisme en dépit d’un certain affadissement quantitatif et qualitatif des Eglises institutionnelles, surtout en Occident ? Je dirais que c’est la complicité intime du christianisme comme religion et l’humain authentique. Ce qui est au cœur du christianisme, en effet, c’est le paradoxe de l’incarnation, l’avènement de Dieu dans l’Homme. C’est l’inauguration la plus radicale d’une alliance, d’un pacte d’amitié entre Dieu et l’Homme. Désormais, on ne peut plus séparer le visage de Dieu et le visage de l’Homme.</p>
<p>Durant des siècles et plus précisément depuis le concile de Latran de 1215, la pensée théologique était surtout soucieuse d’affirmer la dissemblance toujours plus grande de Dieu par rapport à l’Homme. Aujourd’hui, en fonction des menaces qui pèsent sur l’avenir de l’Homme, nous devons méditer sérieusement sur l’humanité toujours plus grande de Dieu, et sur sa manière de traiter avec notre inhumanité.</p>
<p>Jésus, dans son interprétation de la religion d’Israël, a mis fin à la violence du sacré ; non seulement le sacré des sacrifices rituels, mais le sacré d’un Dieu encore violent, un Dieu tout autre, qui se définit surtout en termes de toute-puissance, de perfection et d’éternité. Si le christianisme est fidèle à son génie propre, fidèle à la religion de Jésus, alors il peut être une religion d’avenir dans la mesure où il rejoint en tout être humain l’aspiration à se libérer de toutes les aliénations, l’aspiration à un sacré, mais un sacré non-violent, qui peut contribuer à apaiser la violence de l’humain.</p>
<p>Trop longtemps la pensée chrétienne, au moment où elle insistait sur le caractère proprement temporel du messianisme d’Israël, a spiritualisé à l’excès le messianisme de Jésus, comme s’il n’avait aucune portée réelle sur le cours de l’Histoire. Mais face aux injustices criantes et même aux crimes de l’Histoire des hommes, c’est le mérite de la pratique et de la pensée de l’Eglise de la seconde moitié du 20ème siècle d’avoir redécouvert la dimension messianique du christianisme, c’est-à-dire la puissance de transformation qu’implique l’annonce en paroles et en actes du Royaume de Dieu.</p>
<p>Les exégètes et les théologiens depuis une cinquantaine d’années ont montré en particulier comment l’eschatologie du Nouveau Testament transforme sans les abolir les promesses du Premier Testament qui annonce l’avènement d’un royaume de justice et de paix sur cette terre.</p>
<p>Le Royaume annoncé par Jésus n’est pas de ce monde, mais il peut déjà avoir son anticipation dans les chemins de l’Histoire. Certes, le messianisme de Jésus est paradoxal, car il se solde par l’échec de la croix. Il ne fait pas reculer apparemment la violence de l’Histoire, il en est la victime ; mais justement dans sa mort il démasque cette violence et il démontre de manière prophétique que seule la non-violence peut mettre un terme au cycle toujours recommencé de la violence.</p>
<p>Est-ce à dire que l’Eglise est condamnée à l’impuissance face à l’injustice des hommes, dans l’attente du jugement de Dieu ? Non, car la mémoire de la passion du Christ est une mémoire dangereuse pour tous ceux qui se font les complices des puissances du mal. Ce qu’on a appelé à la suite des théologiens d’Amérique latine « l’option préférentielle pour les pauvres » tend à devenir l’option de beaucoup d’Eglises chrétiennes, catholiques ou non, surtout ailleurs qu’en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Elle manifeste bien que l’espérance chrétienne dans un au-delà de l’Histoire n’est pas étrangère aux espoirs concrets de toue les opprimés.</p>
<p>Comme je l’ai déjà dit, la libération des hommes est une partie intégrante du salut, le salut ne se définissant pas uniquement par la réconciliation de l’homme pécheur avec Dieu. C’est assez dire que la responsabilité historique de tous les disciples de Jésus, les chrétiens mais aussi tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui vivent sans le savoir de l’esprit de Jésus, qui font sans le savoir les gestes de l’Evangile, ont comme vocation de faire en sorte que l’Histoire ait une figure humaine. Mais à l’exemple de Jésus ils savent qu’ils ne peuvent pas faire triompher la justice en utilisant les armes du pouvoir et de la violence. Camus nous a dit des choses importantes là-dessus quand il disait qu’entre sa mère et la justice des hommes, il préférait sa mère.</p>
<h3>3 – Qu’est-ce que ce serait qu’écrire une histoire à visage humain ?</h3>
<p>De quoi parle-t-on quand on parle des « possibles de l’Histoire » ? Le sens global de l’Histoire nous échappe. Mais nous donnons déjà un sens à chaque fragment de l’Histoire chaque fois que nous luttons avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté contre l’injustice et contre l’absurde.</p>
<p>L’Eglise ne dispose pas d’une recette magique pour construire un autre monde plus juste, plus convivial. Mais l’avenir demeure ouvert et le fondement de l’espérance chrétienne c’est la certitude que l’Esprit de Dieu est toujours au travail pour renouveler la face de la Terre. Chaque fois que nous mettons en œuvre la praxis de Jésus comme pratique d’humanisation et de libération, nous donnons un visage humain à l’Histoire et nous anticipons le règne de Dieu parmi les hommes.</p>
<p>J’ai déjà évoqué ce que j’appelle « les possibles de l’Histoire », c’est-à-dire des promesses qui peuvent devenir des réalités si, dans la fidélité à l’Evangile, les chrétiens sont capables d’initiatives créatrices.</p>
<p>Je voudrais simplement suggérer quatre dimensions qui peuvent favoriser l’émergence d’un autre monde possible.</p>
<h4>a- Une nécessaire purification de la mémoire</h4>
<p>Quand nous nous retournons vers les vingt siècles de christianisme qui se sont déroulés nous découvrons à côté d’actions admirables une certaine inefficacité pratique de l’idéal évangélique sur le cours de l’Histoire. Il n’y a pas seulement les occasions perdues, la déchirure de la chrétienté, le schisme d’Orient, les croisades, l’exclusion des juifs, les guerres de religion à la suite de la Réforme, la traite des noirs, mais aussi ce que j’appellerai la perversion même de l’Evangile au nom de la défense de la vérité et au nom d’une certaine conquête missionnaire. Et c’est le mérite de l’Eglise du XXe siècle, surtout sous le pontificat de Jean Paul II d’avoir invité les chrétiens à un travail de purification de la mémoire et d’avoir commencé à emprunter un chemin de repentance et de conversion. Mais une telle démarche n’est porteuse d’avenir que si elle s’accompagne d’un travail de discernement historique sur les causes qui ont pu favoriser ces dérives de l’idéal chrétien.</p>
<p>On doit en particulier s’interroger sur la fausse légitimation du prosélytisme au nom des droits absolus de la vérité révélée et au mépris des droits de la conscience individuelle. De ce point de vue, on n’a pas fini de méditer sur la portée de la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Celle-ci proclame que la vérité ne peut s’imposer que sur la force propre de la vérité. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer comme un signe des temps le nouveau dialogue entre les religions, de même que ce dialogue avec les religions avait été précédé par un dialogue plus fraternel avec les différentes confessions chrétiennes. Les autres religions et le christianisme lui-même comprennent mieux au-delà de leurs querelles ancestrales que les religions ne sont pas au service d’elles-mêmes mais qu’elles doivent être à la mesure des grandes causes qui sollicitent la conscience humaine universelle. Surtout face aux défis actuels de la mondialisation, c’est la chance du dialogue interreligieux de favoriser une émulation réciproque des religions au service de la justice, au service de la paix et de l’émergence progressive d’une communauté humaine plus conviviale.</p>
<h4>b- Le respect de l’humain véritable</h4>
<p>Face au danger de déshumanisation du processus actuel de mondialisation, les témoins de l’Evangile ont une vocation de contre-culture et doivent travailler avec d’autres à la recherche de promotion de l’humain authentique, d’une certaine épaisseur humaine.</p>
<p>Nous ne savons pas très bien ce qu’est le contenu de l’humain véritable, mais nous savons de mieux en mieux ce qui va contre l’humain dans les sociétés modernes. L’Eglise ne peut pas prétendre imposer un programme éthique ou un programme politique de manière autoritaire. Mais elle doit continuer à témoigner avec force de sa vision de l’Histoire en débat avec d’autres instances morales et politiques. Face aux questions redoutables que pose le désordre économique du monde, les nouvelles techniques dans l’ordre de la reproduction de la vie humaine, nous ressentons avec urgence le prix de ce qu’on peut appeler une éthique globale à l’échelle planétaire. Le dialogue des grandes religions entre elles est déjà un élément positif pour l’avenir de la communauté mondiale. Mais la quête tâtonnante d’un monde alternatif est liée aussi à l’interpellation réciproque de morales à fondement religieux et des éthiques séculaires. Il n’y a pas de dialogue entre les religions qui ne soit traversé par un dialogue avec ce qu’est l’humanisme secrété par la conscience humaine universelle.</p>
<p>Toutes les religions, à commencer par le christianisme, doivent être à l’écoute des appels de la conscience humaine universelle en matière d’aspirations légitimes de l’Homme. Aspirations en termes de liberté et de bonheur. J’ose même dire que toutes les religions qui, soit dans leur doctrine, soit dans leur pratique sont proprement inhumaines doivent sérieusement interpréter leurs textes fondateurs et leurs traditions. Mais à l’inverse, je pense que les instances éthiques purement séculières doivent prendre en compte la sagesse des traditions religieuses quant à leur vision de l’Homme. Il n’est pas sûr en effet que l’éthos moderne, l’éthos des médias, l’éthos hédoniste et consommateur véhiculé par les médias favorisent l’avènement d’une mondialisation à visage humain.</p>
<p>C’est en particulier la responsabilité des croyants des trois grandes religions monothéistes de faire la preuve qu’il n’y a pas de contradiction frontale entre la quête d’un Dieu personnel et le respect de l’humain véritable.</p>
<h4>c- La loi de surabondance</h4>
<p>Beaucoup de chrétiens s’interrogent sur l’originalité de leur vocation, de leur témoignage et de leur action dans la mesure où ils n’ont pas le monopole des initiatives dans le sens de la justice et de la solidarité. Il faut se réjouir en particulier des succès de toute la vie associative, des succès du monde de l’humanitaire, surtout chez les jeunes. Et c’est vrai que dans nos sociétés sécularisées il y a encore beaucoup de gens qui sont prêts à respecter au moins ce qu’on appelle la « règle d’or » que Jésus lui-même a rappelée, à savoir : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».</p>
<p>Quand même, c’est un peu comme si la quasi-religion des Droits de l’Homme – certains le pensent – aurait pris le relais des anciennes traditions religieuses des religions historiques. Or les crimes contre l’humanité de l’histoire passée et de l’histoire présente suffisent à nous convaincre de la fragilité de la conscience humaine laissée à elle-même, à ses intérêts ou à ses démons intérieurs. Il apparaît de plus en plus que même dans les Etats dits de droit, comme nos démocraties occidentales, une société qui ne serait régie que par les règles strictes de la justice deviendrait vite irrespirable.</p>
<p>Il faut faire sa place à une culture de l’amour ou de la culture de la justice. En un mot, au-delà des règles de la justice, qui sont des règles d’équivalence, d’identité, c’est le cas de la justice distributive, il faut savoir se réclamer d’une autre logique, celle de la loi de la surabondance qui nous renvoie au paradoxe de l’Evangile. Un autre monde est possible si on tient compte de cette logique de l’amour gratuit, du pardon, de la compassion, qui fait en sorte que, au-delà de la stricte égalité de la justice, le plateau de la balance penche en faveur des plus défavorisés. C’est en tout cas le plus sûr moyen d’écrire une Histoire à visage humain qui travaille secrètement dans le sens du Royaume de Dieu.</p>
<p>Jean Paul II, dans ses derniers discours concernant la paix au moment du 1er janvier avait coutume de répéter qu’il n’y a pas de paix sans justice et qu’il n’y a pas de justice sans pardon, sans qu’on compromette pour autant les droits.</p>
<p>Les initiatives de pardon ne sont pas seulement des initiatives sous le signe de la bonté et de la charité ; elles ont une efficience proprement politique et sont parfois la seule issue devant des conflits interminables.</p>
<h4>d- Une justice écologique</h4>
<p>Pour la première fois nous découvrons qu’il ne suffit pas de défendre les Droits de l’Homme si nous ne respectons pas en même temps les Droits de la Terre. Certains parlent déjà de ce possible que serait une justice écologique ou encore une mondialisation écologique.</p>
<p>Les pouvoirs de la science et des technologies sont tels que nous pouvons commettre des crimes contre l’identité du génome humain et contre les équilibres qui peuvent assurer la permanence d’une vie humaine sur Terre.</p>
<p>Des gaz à effet de serre ne cessent de croître, alors qu’un certain nombre d’Etats, comme le montre l’échec de la Conférence de Copenhague, les Etats les plus puissants du monde que sont les Etats-Unis ou la Chine, refusent de ratifier un certain nombre d’accords. La question clé pour le monde de demain, c’est l’autolimitation du pouvoir humain. Comment prévenir les effets pervers de ce que nous vivons, de ce que nous expérimentons aujourd’hui, comment faire en sorte que la Terre soit encore habitable par les générations qui nous suivent ? On est tenté ici de rappeler ce nouvel impératif moral mis en avant par le philosophe Hans Jonas dans son livre « Principe de responsabilité » et qu’il formulait comme ceci : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la Terre ».</p>
<p>Face à l’éventualité d’une catastrophe écologique à l’échelle planétaire, notre confiance spontanée dans l’avenir, dans la vie, dans l’être doit être relancée par notre confiance dans le Dieu de la tradition biblique. L’homme moderne, nous le savons, a pour vocation d’être un co-créateur avec Dieu en vue de rendre la Terre habitable : c’est l’enseignement des premiers livres de la Genèse. Mais la transformation et l’exploration des ressources de la terre par le travail ne doivent pas céder au vertige d’une démesure prométhéenne. Et de même que Dieu s’est reposé le 7e jour, l’homme du troisième millénaire doit faire l’apprentissage de ce qu’on peut appeler une sagesse sabbatique, celle de la gratuité, de la retenue, de la frugalité, du silence, de la louange et de l’émerveillement devant la création, en dépit des catastrophes, comme celle que nous continuons de vivre en Haïti.</p>
<p>Ce n’est pas là un luxe réservé à quelques-uns. Il en va de la survie même de l’humanité ; et dans le respect que nous avons de la page blanche de l’Histoire, nous sommes invités de plus en plus à essayer d’écrire une Histoire à visage humain.</p>
<h3>4 &#8212; La justice de l’Evangile au service de l’avenir de l’Europe</h3>
<p>En ce début du XXIe siècle, le scandale de la migration pose un problème éthique fondamental et celui d’une mondialisation qui creuse de plus en plus la fracture entre le premier monde et les autres mondes, la fracture entre les pays riches et les pays les plus pauvres. Finalement, c’est le phénomène de la tension entre, on pourrait dire, l’intérêt d’une nation particulière et le bien commun de l’ensemble de la communauté mondiale. Cela, c’est un problème de justice fondamental ; c’est la tension entre particulier et universel. Comment concilier l’intérêt bien compris d’une nation particulière et le bien commun évident de l’ensemble de la communauté mondiale ? En tout cas, l’accueil des migrants, l’accueil des travailleurs étrangers, ne peut être posé en dehors des cadres de l’Union européenne au sein de la communauté mondiale. On peut espérer, même si c’est très difficile, combiner l’Union européenne avec ce qu’on voudrait faire exister, l’union méditerranéenne. Même si l’Europe politique est toujours en panne, la construction européenne n’a de sens qu’en fonction d’une éthique de responsabilité, d’une éthique de partage, comme aimait à le rappeler Jacques Delors. L’ouverture vers les autres est le fondement même de la construction européenne. Et s’il y a bien encore une utopie qui puisse mobiliser la jeunesse des 27 pays de l’Union européenne, c’est bien l’idée d’une société plurinationale, qui soit pluri-religieuse, pluriculturelle et qui soit exemplaire dans la perspective d’une communauté mondiale. Une gouvernance mondiale qui tienne compte à la fois de la souveraineté des Etats, qui tienne compte aussi de la multiplicité des ONG, des associations qui essayent d’intervenir par rapport aux urgences de tel ou tel pays, comme l’épreuve d’Haïti nous en donne l’exemple aujourd’hui. Comment le droit d’ingérence peut s’articuler avec le respect des souverainetés nationales ? De même qu’il n’y a pas de nation européenne, il n’y a pas d’identité culturelle européenne : c’est une mosaïque de cultures, toutes européennes et toutes avec des traits propres. L’Europe est à la fois plurinationale, pluriculturelle, pluri-religieuse. Il n’y aura pas d’Etats-Unis d’Europe comme il y a des Etats-Unis d’Amérique, dans la mesure où dans le cadre des Etats-Unis, chaque Etat est à l’intérieur d’une nation américaine tandis que l’Europe doit tenir compte de la diversité et du respect de chaque nationalité.</p>
<p>Il me semble en tout cas important de se souvenir que le respect de l’étranger – c’est un problème de justice – appartient non seulement à la tradition judéo-chrétienne, mais aussi à la tradition musulmane, qui considère l’hospitalité comme un devoir sacré. Comme dans tout dialogue authentique, c’est l’autre, dans son altérité, qui me révèle ma propre identité et peut-être me faut-il découvrir grâce à cela, grâce à l’autre mon infidélité par rapport à mon propre moi.</p>
<p>Il convient de réfléchir sur un dialogue qui cultive le sens de la différence, un dialogue qui tente non pas à l’assimilation mais à l’acceptation de la différence.</p>
<p>Il y a un vieux principe qui rencontre la philosophie grecque, qui est au fond inséparable de la philosophie de l’identité, qui veut que le semblable puisse reconnaître le semblable, et c’est cela qui conduit à l’assimilation, et c’est la mentalité qui est sous-jacente à la conquête coloniale et trop souvent aussi aux formes de stratégie missionnaire de l’Eglise.</p>
<p>Il faut aussi resituer un autre principe, qui a sa source dans la tradition biblique, à savoir que le semblable reconnaît l’autre dans sa différence.</p>
<p>Certains historiens aujourd’hui parlent d’un humanisme judéo-chrétien qui, je crois, est d’un grand prix pour l’avenir de l’Europe, pour l’avenir de la communauté mondiale. Nous sommes à l’âge de la fin de l’eurocentrisme, c’est une chance, c’est donc la vocation historique de l’Europe de dépasser une mauvaise conscience post-coloniale et de lutter contre les effets négatifs d’une certaine mondialisation culturelle monolithique.</p>
<p>Je pense qu’il y a une spécificité de l’esprit européen ; elle est au point de rencontre des traditions bibliques et de l’esprit critique qui est un héritage tout à la fois de la Grèce et de l’âge des Lumières. On peut dire que tout au long de l’aventure coloniale, de l’épopée coloniale, les Européens n’ont exporté qu’un esprit européen tronqué, à savoir un appétit de domination, la maîtrise technique de la nature, le mépris des cultures locales.</p>
<p>Alors, je sais bien que l’Europe ne peut pas s’empêcher de chercher à maîtriser le flux des migrants qui ne cessent de frapper à sa porte, mais on ne peut pas accepter que l’Europe ne cherche pas des moyens d’accueillir ceux qui risquent leur vie pour pouvoir subsister et connaître une vie proprement digne.</p>
<p>Je termine sur cette idée que nous avons à faire l’apprentissage, en Europe en général et en France en particulier, de ce que pourrait être – puisqu’il s’agit du problème d’intégration, des problèmes d’identité – une citoyenneté complexe, qui cumule les exigences d’une identité citoyenne, une identité laïque, avec les identités culturelles et religieuses d’une population diversifiée.</p>
<p>Autrement dit, au-delà de l’assimilation à la manière républicaine de la France et au-delà du communautarisme tel qu’on le trouve dans les pays anglo-saxons, il faut essayer de réfléchir à ce que pourrait être une intégration sociale des étrangers, et c’est pourquoi je parle d’une citoyenneté complexe qui concilie l’exigence de l’identité française, sous le signe de la laïcité républicaine, et les exigences aussi des retombées culturelles des diverses traditions religieuses.</p>
<p>Quand on pose le problème de la justice au nom de l’Evangile, c’est probablement la vocation des chrétiens de rappeler qu’il s’agit avant tout de concilier l’intérêt légitime de ce que peut être une appartenance ou une communauté nationale avec de plus en plus la conscience de notre appartenance à une communauté proprement mondiale ; et je serais tenté, sans tomber dans le triomphalisme, de dire que , selon l’enseignement du concile de Vatican II, d’une certaine façon, si l’Eglise était fidèle à sa véritable vocation, elle devrait être le sacrement de l’unité du genre humain. Il ne s’agit pas de dire que l’Eglise pourrait être le modèle de ce que serait dans l’avenir une communauté mondiale : mais elle peut être le sacrement de l’unité au sens où – si elle était fidèle à l’idéal évangélique – ce serait une unité qui intègre des différences, qui légitime les différences. Autrement dit, il faut viser non pas à l’uniformité, mais à l’unanimité dans la foi et dans la confiance dans l’avenir.</p>
<h3>Extraits des débats avec la salle</h3>
<h4>Question : Qu’entendez-vous par « sagesse sabbatique » ?</h4>
<p>Réponse de Claude Geffré : Dieu se repose le 7ème jour. C’est le refus de l’idéologie de la rentabilité grâce au travail, du « travailler plus pour gagner plus ». C’est une certaine retenue. Ce n’est pas de la paresse ou de l’oisiveté. Ne pas être aliéné par son travail, ne pas être esclave du temps</p>
<h4>Q. : Où est la loi de surabondance dans l’encyclique « l’amour dans la vérité » où l’on trouve surtout un discours intellectuel et pas d’engagement pratique ?</h4>
<p>R. : Vous parlez du conflit entre la vérité et la pratique. On ne peut opposer vérité et pratique. Dans l’encyclique, il s’agit de dépasser le pragmatisme, qui doit être éclairé par l’intelligence de la foi, et donner des raisons à la contribution de l’Eglise.</p>
<p>Si l’on pense à la doctrine sociale de l’Eglise, on voit que ce sont des principes qui ne sont pas tellement honorés, réalisés dans la pratique quotidienne.</p>
<p>Il y a une grande distance entre l’idéal et la réalisation pratique ; une divorce entre l’ordre de la vérité et l’ordre du bien. On est surpris qu’un grand philosophe comme Heidegger ait pu dans son agir passer à côté de la réfutation d’horreurs comme l’idéologie de la race. C’est une des manifestations du nihilisme moderne : fabriquer des idéologies sans se rendre compte qu’elles sont mortifères. Légitimer tous les moyens pour obtenir le résultat.</p>
<p>Le christianisme montre qu’on doit lutter contre le mal, mais pas avec les armes de la violence. Il faut apaiser la violence de l’Histoire, par une non-violence active, qui a une efficacité. C’est une contribution possible du christianisme aujourd’hui, sa vocation prophétique. Le Christ crucifié, fidèle à la parole de miséricorde de Dieu et qui refuse de prendre les moyens de la violence pour instaurer la paix.</p>
<h4>Jésus a mis fin à la violence du sacré. Et la religion de Jésus ?</h4>
<p>Il y a religion et religion…</p>
<p>Jésus a mis fin à l’automatisation du sacré pour la sanctification et la purification de l’Homme. C’est la foi qui justifie (et c’est déjà dans le judaïsme, c’est la foi d’Abraham) et non l’application rigoureuse et automatique de tous les commandements.</p>
<p>La religion de Jésus, c’est le culte en vérité et en esprit de Dieu. Les vrais adorateurs du Père sont ceux qui se confient totalement dans la miséricorde de Dieu.</p>
<p>La nouvelle Alliance a mis fin au judaïsme dans la mesure où il serait simplement sous le signe de la loi et du culte à partir du sacrifice, du sacrifice sanglant. Mais la nouvelle Alliance ne fait qu’accomplir la première Alliance. Il n’y a pas de rupture puisque le message de Jésus rejoint ce qui est écrit dans le Décalogue, et finalement c’est l’amour de Dieu et du prochain.</p>
<p>Il est difficile de parler de la religion de Jésus. Mais je pense que, dans votre question, vous sous-entendez le christianisme. Il y a une religion de Jésus qui est l’attitude vis-à-vis de son Père, la prière, ce qu’il appelle dans son entretien avec la Samaritaine « le culte de Dieu en esprit et en vérité ».</p>
<p>Mais le christianisme, c’est une religion historique qu’il faut traiter comme toute religion instituée, avec une doctrine, des dogmes, des sacrements. Le christianisme a mis fin à la religion juive en tant que rite, sacrifice, obligation légale etc. Mais le christianisme a été lui-même à l’origine d’une religion originale où malgré tout la tension entre l’esprit et la lettre est beaucoup plus forte que dans les autres religions. Il y a à l’intérieur du christianisme, comme le disait Karl Barth – et comme le disent souvent les protestants – une sorte de nécessité, d’appétit de réforme perpétuelle. Parce qu’aucun enseignement, aucun rite ne dispense d’aimer. Tout est ramené à cet impératif de la charité. Et ça c’est très fort dans le christianisme, plus que dans d’autres religions qui sont davantage sous le signe de la loi ou sous le signe d’une certaine exubérance de dévotion, de culte, de rite…</p>
<p>Et ce fut la vocation du protestantisme de rappeler à cette réforme intérieure de l’Eglise, tentée parfois de judaïser, de tomber dans un certain pharisaïsme, c’est-à-dire dans l’obéissance formelle à des commandements.</p>
<h4>Où en est-on avec la théologie de la libération ?</h4>
<p>La théologie de la libération n’a plus en Amérique latine le succès qu’elle avait il y a 20 ans. Ce qui s’accompagne d’un moindre rayonnement des Communautés de Base.</p>
<p>La théorie et la pratique de cette théologie a été indissociable d’une période sous le signe de la dictature militaire. C’était au service d’une libération surtout des plus pauvres. Dans la mesure où le Brésil tend à devenir une démocratie, les CDB sont moins des communautés militantes dans le sens d’une efficacité sociale et politique que des communautés de prière qui recherchent davantage la consolation de Dieu et pas simplement un dynamisme pour changer la vie sociale.</p>
<p>Il y a le succès des nouvelles églises pentecostales. Alors que les théologies de la libération ont bien insisté sur les pauvres comme interlocuteurs privilégiés de Dieu, souvent les communautés nouvelles mettent comme horizon la prospérité ; faire en sorte que les hommes sans travail, aliénés par la drogue, retrouvent une certaine dignité. Ce n’est plus la lutte pour la libération des pauvres, c’est la lutte pour la libération intérieure des personnes. Et dans la tradition protestante le fait de trouver du travail, même le fait de gagner de l’argent, c’est plutôt une bénédiction de la part de Dieu. Donc, il n’y a pas la même valorisation du pauvre comme tel. Critiquables car sous le signe de l’émotionnel, ces communautés sont aussi très généreuses. La collecte y est une véritable entraide</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de NSAE, 23 janvier 2010<br />
Merci à Lucienne Gouguenheim pour la retranscription écrite de cette conférence.</strong></p>
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		<title>Howard Zinn et les damnés de l&#8217;Amérique, par Sylvie Laurent</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 14:31:05 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La mort, il y a quelques jours, de l&#8217;historien Howard Zinn (cf. photo supra, prise en juillet 2009) nous prive, chercheurs, américanophiles, esprits curieux, d&#8217;une des plus belles paroles américaines, celle d&#8217;un intellectuel qui fut également un héros de l&#8217;histoire des Etats-Unis du XXe siècle. Ouvrier avant de devenir soldat puis professeur, il aura été de toutes les luttes pour une Amérique plus juste : pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, contre les ravages du capitalisme, contre les discriminations raciales et sexistes, contre la guerre d&#8217;Irak. Intellectuel et activiste, il incarna par son existence une forme de courage, d&#8217;intégrité et de clairvoyance que l&#8217;on a eu trop tendance à caricaturer en gauchisme suranné et vain.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Howard-Zinn.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2100" title="Howard Zinn" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Howard-Zinn.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p>Dans la préface de son étude <em>Le Peuple</em>, Jules Michelet s&#8217;adresse à Edgar Quinet en ces termes : &#8220;<em>Ce livre, je l&#8217;ai fait de moi-même, de ma vie et de mon cœur. Il est sorti de mon expérience, bien plus que de mon étude. Je l&#8217;ai tiré de mon observation, de mes rapports d&#8217;amitié, de voisinage ; je l&#8217;ai ramassé sur les routes… Enfin pour connaître la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d&#8217;interroger mes souvenirs.</em>&#8221; Bien avant d&#8217;écrire son histoire du peuple des Etats-Unis, Hower Zinn a lui aussi fait l&#8217;expérience de l&#8217;histoire. Après s&#8217;être ouvert aux brutalités sociales dans le New York prolétaire des sourdes luttes de classes observées par Dos Passos, c&#8217;est dans le Sud ségrégationniste qu&#8217;il s&#8217;engage et qu&#8217;il devient un radical. A ce moment-là, dans ce pays-là, seul un héros pouvait quitter le confort du monde blanc pour s&#8217;engager dans ce combat. Révolté par le racisme institutionnalisé qui interdit aux Africains-Américains de manger au même comptoir que les Blancs, il devient leur compagnon de lutte.</p>
<p>Non seulement s&#8217;engagea-t-il dans le mouvement des droits civiques le plus radical de l&#8217;époque, le Student Non-Violent Coordinating Comittee, participant physiquement aux confrontations sanglantes avec la police et les Blancs hostiles, mais il s&#8217;imprégna de la pensée noire la plus forte et la plus révolutionnaire. De la lecture de Dickens, il passe à celle de W.E.B. Du Bois, de Martin Luther King Jr pour s&#8217;attarder plus tard sur la pensée de Malcolm X dont il tirera un chapitre remarquable de son histoire du peuple américain. Dépassant la vulgate marxiste qui n&#8217;est jamais véritablement parvenue à articuler conscience de classe et conscience de race, Zinn se convertit à une pensée de gauche complexe dans laquelle on ne peut penser la question des discriminations raciales sans les lier au capitalisme et à l&#8217;impérialisme, une même rhétorique nationale les reliant.</p>
<p>Comme Jean-Pierre Vernant après son engagement dans la Résistance, il puise dans la lutte avec les camarades l&#8217;inspiration d&#8217;un travail qui cherchera avant tout la remémoration et le témoignage des acteurs afin de raconter une histoire &#8220;vraisemblable&#8221; à défaut d&#8217;être vraie. Il s&#8217;indigne en effet de l&#8217;absence des voix du peuple dans les textes canoniques de la démocratie américaine. Bien avant le travail de Bourdieu sur les pratiques de contrôle social et les formes de domination discursives et bien avant la conversion des campus américains aux études minoritaires (Chicano Studies, Gender Studies, Subaltern Studies….) qui institutionnalisent à la fin des années 1970 la relecture des textes-maîtres dans une perspective dissidente, Zinn interrogeait : &#8220;Nous le peuple ?&#8221; De quel peuple parle-t-on, raille-t-il, lorsque l&#8217;on récite la Constitution américaine, la main sur le cœur ? Intégrons-nous ceux à qui l&#8217;on refuse la citoyenneté de droit et les milliers d&#8217;oubliés des manuels scolaires, Amérindiens, pauvres, immigrés ? Les héros américains sont-ils ceux dont on nous dit qu&#8217;il est de notre devoir de les vénérer ?</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, les livres abondent qui soulignent les incohérences de Lincoln ou les mensonges de Jefferson. Mais lorsque Zinn commence à publier dans les années 1960, l&#8217;intelligentsia le taxe de propagandiste &#8220;communiste&#8221; et sa parole est disqualifiée comme &#8220;anti-américaine&#8221;. Il refuse, il est vrai, toutes les entourloupes du contrat social américain d&#8217;alors, au premier rang desquels la guerre du Vietnam et toutes celles, ultérieures, qui prétendront que l&#8217;Amérique est impériale parce qu&#8217;elle est bonne. Il n&#8217;a pas attendu qu&#8217;il soit de bon aloi de critiquer le bellicisme viscéral de l&#8217;administration de George W. Bush. Pas plus qu&#8217;il ne cacha ses inquiétude face à la politique de Barack Obama en Afghanistan, quelques mois à peine après l&#8217;élection euphorisante de ce dernier.</p>
<p>C&#8217;est aussi dans la salle de classe qu&#8217;il vivait son engagement, d&#8217;abord dans le collège pour jeunes filles noires de Spellman à Atlanta, où l&#8217;on envoyait les professeurs juifs privés de postes ailleurs, puis à New York et enfin à Boston. Sans jamais abandonner la lutte contre les inégalités et les injustices qu&#8217;il voyait miner l&#8217;idéal démocratique du pays, il enseigna à des milliers d&#8217;étudiants à regarder l&#8217;histoire de façon oblique, à renoncer à la prétentieuse vérité officielle pour choisir une &#8220;intrigue&#8221; (pour reprendre le mot de Paul Veyne) : la force historique des <em>humiliati</em>, par les yeux desquels le grand récit national nous apparaît moins glorieux, mais aussi plus riche. Craignant plus que tout la neutralité qui rend complice, il forma et soutint nombre d&#8217;historiens critiques qui revisitent l&#8217;histoire du monde avec une attention particulière au point de vue des insatisfaits. La romancière Alice Walker dit qu&#8217;elle n&#8217;eut jamais meilleur professeur. Sans doute le million et demi d&#8217;Américains qui ont acheté <em>Une histoire populaire des Etats-Unis</em> depuis sa parution en 1980 sont-ils également à compter parmi ses élèves.</p>
<p>A l&#8217;heure où le centrisme résigné de Barack Obama semble déboucher sur une impasse démocratique, la voix d&#8217;Howard Zinn nous rappelle que la gauche n&#8217;est pas une idée folle en Amérique.</p>
<p><strong>Auteur : Sylvie Laurent, américaniste à Sciences-po et Fellow au W.E.B Du Bois Institute de l&#8217;université Harvard<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 4 février 2010</strong></p>
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		<title>Menaces sur la démocratie, par Tzvetan Todorov</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Nov 2009 11:49:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Les démocraties sont sorties victorieuses de leur affrontement avec le totalitarisme, et elles ne sont pas vraiment mises en danger par les théocraties qui s&#8217;installent ici ou là. En revanche, elles sont menacées par des dérives qui proviennent de l&#8217;intérieur d&#8217;elles-mêmes.</p>
<p>La démocratie libérale repose sur deux principes, deux formes d&#8217;autonomie. La souveraineté du peuple d&#8217;une part, qui assure l&#8217;égalité de tous les citoyens et la défense du bien commun. La liberté des individus d&#8217;autre part, à l&#8217;intérieur d&#8217;une sphère soustraite à tout contrôle collectif. Si ces principes ne s&#8217;opposent pas directement, des tensions naissent parfois entre eux. Et pour cause : le pouvoir du peuple est remis entre les mains de ses dirigeants, or ceux-ci sont des êtres humains comme les autres. Montesquieu, premier représentant de la pensée libérale en France, mettait déjà en garde : <em>&#8220;C&#8217;est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/tzvetan-todorov.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1687" title="tzvetan-todorov" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/tzvetan-todorov.jpg" alt="tzvetan-todorov" width="463" height="309" /></a></p>
<p>Pour pallier ce danger, les démocraties ont favorisé un double pluralisme. Celui des partis garantissant la diversité des opinions politiques ; et celui des autorités qui, en s&#8217;incarnant dans des institutions autonomes, se limitent mutuellement. L&#8217;abus de pouvoir consiste à le monopoliser. On en a vu une illustration avec la précédente administration américaine, qui, au nom de la raison d&#8217;Etat, en était venue à légaliser la torture. En France, les menaces sur la démocratie prennent une autre forme.</p>
<p>L&#8217;exemple classique de cet abus, c&#8217;est la tentation du pouvoir exécutif d&#8217;orienter la pratique de la justice. Ainsi, on a vu le président de la République engager des poursuites judiciaires dans un procès (celui de l&#8217;&#8221;affaire Clearstream&#8221;), devenant ainsi simultanément juge et partie. <em>&#8220;Je fais confiance à la justice&#8221;</em>, a-t-il déclaré pour témoigner de son impartialité, mais il aurait pu ajouter : d&#8217;autant plus que la carrière des juges dépend directement de moi ! Pendant l&#8217;été, un autre procès (celui du &#8220;gang des barbares&#8221;) a attiré l&#8217;attention. Au lendemain du jugement, les représentants officiels de la communauté juive ont demandé que les peines prononcées soient aggravées ; la garde des sceaux a immédiatement abondé dans leur sens, la justice se mettant ainsi au service des groupes de pression et des considérations partisanes. Le président de l&#8217;Union syndicale des magistrats ne pouvait que constater à regret : <em>&#8220;La politique a repris ses droits sur la justice.&#8221;</em></p>
<p>L&#8217;autonomie des grands médias par rapport au pouvoir exécutif n&#8217;est pas moins indispensable. La France n&#8217;a pas atteint le degré de confusion entre ces instances que connaît l&#8217;Italie, où le président du conseil contrôle plusieurs chaînes de la télévision publique, tout en possédant quelques chaînes privées&#8230; Toutefois, en vertu d&#8217;une récente modification des règles, c&#8217;est le gouvernement, et non une instance autonome, qui choisit les dirigeants des médias publics. La justification de ce changement est cocasse : c&#8217;est, dit-on, pour éviter l&#8217;hypocrisie, car de toute façon l&#8217;instance &#8220;autonome&#8221; obéissait déjà aux ordres ! L&#8217;on sait bien que l&#8217;hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu, mais on peut l&#8217;éliminer de deux manières opposées : soit en laissant le vice s&#8217;afficher, soit en essayant de l&#8217;écarter. Les nominations qui ont suivi cette décision ont été perçues comme liées à des intérêts personnels. Vont dans le même sens les intimidations subies par divers journalistes : un rédacteur de <em>Libération</em> est placé en garde à vue et subit des fouilles humiliantes pour une affaire de diffamation, un journaliste du <em>Monde</em> l&#8217;est à son tour parce qu&#8217;il couvre une manifestation considérée comme indésirable.</p>
<p>Pour rester fidèle aux principes de la démocratie, le pouvoir exécutif doit préserver l&#8217;autonomie non seulement des autres pouvoirs, mais aussi de certaines activités, telle la recherche de connaissance. Condorcet, autre représentant de la pensée libérale, formulait ainsi cette exigence à l&#8217;époque de la Révolution : <em>&#8220;La puissance publique n&#8217;a pas droit de décider où réside la vérité, où se trouve l&#8217;erreur.&#8221;</em> Cet interdit s&#8217;est trouvé transgressé à l&#8217;occasion de l&#8217;&#8221;affaire Geisser&#8221;, pendant l&#8217;été. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, a entamé une enquête sur les enseignants issus des migrations maghrébines. En 2007, la direction administrative lui demande d&#8217;interrompre ses recherches ; on découvre à cette occasion qu&#8217;au CNRS un &#8220;fonctionnaire de sécurité et de défense&#8221; est chargé de surveiller toutes les recherches sociologiques et sociopolitiques jugées &#8220;sensibles&#8221;, et notamment celles concernant l&#8217;islam. On apprend aussi que ce type d&#8217;intervention n&#8217;est pas exceptionnel et que le même fonctionnaire a écrit à d&#8217;autres chercheurs pour exprimer sa désapprobation de leurs opinions ou études. Sur le fond, la décision du CNRS ne peut que laisser perplexe : faut-il interdire une recherche de peur que ses résultats ne déplaisent au pouvoir ? Autant casser tous les thermomètres pour s&#8217;assurer que la fièvre ne monte pas.</p>
<p>Les principes de morale acceptés par tous représentent également une limite à l&#8217;exercice du pouvoir politique. Benjamin Constant, autre classique de la pensée libérale, affirmait au début du XIX<sup>e</sup> siècle : <em>&#8220;Toute loi qui ordonne la délation n&#8217;est pas une loi ; toute loi portant atteinte à ce penchant qui commande à l&#8217;homme de donner un refuge à quiconque lui demande asile n&#8217;est pas une loi.&#8221;</em> Or l&#8217;article L. 622-1 du code des étrangers stipule que toute personne qui fournit une aide à un étranger dont les papiers ne sont pas en règle, serait-ce en lui offrant un repas, est passible de cinq ans de prison et de 30 000 euros d&#8217;amende. Et, nonobstant les dénégations du ministère de l&#8217;identité nationale, cette menace est bel et bien mise à exécution, pour décourager toute aide à ces indésirables. Dans le même but, les manifestations publiques en leur faveur sont réprimées avec violence (un sympathisant y a récemment perdu un oeil).</p>
<p>Le pluralisme peut-être le plus important pour le bon fonctionnement de la démocratie est celui qui repose sur l&#8217;indépendance mutuelle du politique et de l&#8217;économique. Cette exigence impose d&#8217;abord aux dirigeants politiques une hygiène morale. Leur pouvoir et leur visibilité ont comme contrepartie des obligations plus strictes que celles des citoyens ordinaires : leur conduite doit être exemplaire. Ils ne doivent pas s&#8217;exposer au soupçon de partialité ou de complicité avec les puissances économiques ou travailler simultanément ici et là ; il ne faut pas que les membres proches de leur famille profitent de leurs privilèges d&#8217;un côté pour s&#8217;assurer des avantages de l&#8217;autre. Le népotisme, le &#8220;pantouflage&#8221;, la corruption ne sont pas d&#8217;invention récente ; ils n&#8217;en restent pas moins inacceptables. L&#8217;autonomie de l&#8217;action économique était mise en question par le pouvoir totalitaire, qui privilégiait les choix politiques (des magasins vides, la pénurie permanente). Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est l&#8217;autonomie du politique qui se trouve ébranlée, sous des pressions venues de plusieurs côtés. La globalisation fait que les acteurs de la vie économique échappent au contrôle des gouvernements locaux : à la première entrave, l&#8217;entreprise multinationale déplace ses usines dans un pays plus accueillant. A l&#8217;intérieur de chaque pays, l&#8217;idéologie ultralibérale ne laisse pas davantage de place à l&#8217;action politique. Cette idéologie doit en effet être distinguée de la pensée libérale classique.</p>
<p>Alors que celle-ci respecte et défend la pluralité des forces et des principes à l&#8217;oeuvre dans un pays, l&#8217;ultralibéralisme est un monisme, il prône la soumission de la société à une force unique, celle du marché illimité. Partant d&#8217;un postulat anthropologique fantaisiste, selon lequel l&#8217;individu se suffit à lui-même, et réduisant ledit individu à un animal aux besoins exclusivement économiques, l&#8217;ultralibéralisme ne laisse aucune place pour le pouvoir politique, qui est pourtant responsable du bien commun.</p>
<p>La monarchie, même élective, n&#8217;est pas la démocratie. En théorie, nos institutions restent fidèles aux principes démocratiques ; en pratique, il leur arrive d&#8217;être transformées en simples façades d&#8217;un pouvoir absolu et personnalisé. Comment, ensuite, exiger des habitants des cités ce que n&#8217;incarnent pas les dirigeants du pays ? La démocratie repose sur un équilibre fragile entre les composantes de la société ; en ce moment, des signes nombreux indiquent que cet équilibre est mis en danger.</p>
<p><strong>Auteur : Tzvetan Todorov.</strong> Né en 1939 à Sofia, Tzvetan Todorov est Historien des idées et essayiste, et directeur de recherches honoraire au CNRS. Son oeuvre a été couronnée par le prix du Prince des Asturies en 2008. Son dernier ouvrage en date, <em>La Signature humaine</em> (Seuil, 474 p., 23 €), représente son propre parcours d&#8217;intellectuel à travers un choix d&#8217;essais et d&#8217;articles qui dessinent un humanisme du temps présent.<br />
<strong>Source : <em>Le Monde</em></strong>, édition du 14.11.09</p>
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		<title>La pensée magique, par Hervé Kempf</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Sep 2009 17:26:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Bien sûr, il n&#8217;y a rien à voir entre nous, Occidentaux éclairés du XXIe siècle, et les misérables peuplades qui vouaient un culte au cargo ou attachaient des pouvoirs surnaturels aux esprits de la forêt. Non, nous sommes rationnels, libres, conscients, irréductibles à toute trace de pensée magique. La pensée magique ? L&#8217;idée que face [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bien sûr, il n&#8217;y a rien à voir entre nous, Occidentaux éclairés du XXIe siècle, et les misérables peuplades qui vouaient un culte au cargo ou attachaient des pouvoirs surnaturels aux esprits de la forêt. Non, nous sommes rationnels, libres, conscients, irréductibles à toute trace de pensée magique. La pensée magique ? L&#8217;idée que face à une situation inextricable, des forces mystérieuses vont intervenir, si on sait les solliciter avec les égards appropriés, et résoudre le casse-tête.<span id="more-1433"></span></p>
<p>Oh, une auto électrique ! Elle est propre, elle est belle, elle ne pollue pas, elle arrive. Et hop ! Nous voilà débarrassés de ce satané problème de la voiture à pétrole qui émet plein de CO2. Ah, merci, merci, Technologie, merci Puissance miraculeuse de la Recherche et Développement, merci Ingénieurs et Chercheurs, prêtres du monde parfait, merci Capitalistes désintéressés, merci Industrie automobile au service de l&#8217;humanité !</p>
<p>Je caricature ? Non. Dans le capitalisme finissant, la technologie est une pensée magique, destinée à évacuer les questions délicates que génèrent les formes des relations sociales dans cette phase de l&#8217;histoire. Car l&#8217;auto, autant qu&#8217;objet technique, est un usage social.</p>
<p>Point central du dossier de l&#8217;auto électrique : d&#8217;où vient l&#8217;électricité ? Dans le monde, majoritairement de la combustion du charbon.</p>
<p>Si bien que l&#8217;absence de l&#8217;émission de CO2 par la voiture est compensée par l&#8217;émission de CO2 lors de la production d&#8217;électricité. Et d&#8217;ici à ce que les renouvelables soient à un niveau suffisant pour prendre le relais, de l&#8217;eau aura coulé sous les ponts. L&#8217;énergie nucléaire ? Pensée magique. Alignez les milliards d&#8217;euros et placez sous le tapis déchets nucléaires et risques d&#8217;accidents.</p>
<p>Autre point : la fabrication des autos et de leurs composants (notamment les batteries au lithium) a un impact environnemental majeur. Il faut opérer le bilan total de l&#8217;objet, de la production à la disparition. Une analyse dite du &#8220;cycle de vie&#8221; singulièrement absente des débats.</p>
<p>Mais l&#8217;enjeu est au fond ailleurs. D&#8217;accord, bien sûr, pour améliorer les techniques. Mais tout progrès sera annulé si on laisse augmenter le parc automobile. The Economist écrit ainsi sans s&#8217;émouvoir que &#8220;dans les prochaines quarante années, le nombre total d&#8217;autos dans le monde devrait quadrupler pour atteindre 3 milliards de véhicules&#8221;. Accepter cette idée, c&#8217;est se garantir l&#8217;aggravation de la crise écologique dans ses pires manifestations.</p>
<p>Il nous faut sortir de la pensée magique, arrêter de croire que la technologie tranchera les choix que nous ne voulons pas faire. La question de l&#8217;auto se pose en fait ainsi : comment allons-nous faire pour diviser par deux le parc automobile des pays développés ?</p>
<p>Passer en France, par exemple, de 37 millions de véhicules à 18 millions d&#8217;ici quarante ans ?</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/herve-kempf.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1434" title="herve-kempf" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/herve-kempf-300x200.jpg" alt="herve-kempf" width="300" height="200" /></a></p>
<p><strong>Auteur : Hervé Kempf (<a href="mailto:kempf@lemonde.fr">kempf@lemonde.fr</a>)<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 19.09.2009</strong></p>
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		<title>&#8220;Vive la sobriété heureuse !&#8221;, par Patrick Viveret</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Sep 2009 17:33:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;écologie politique, si elle veut être à la hauteur des espérances qu&#8217;elle suscite, doit construire une réponse réellement systémique à la crise en articulant une critique de l&#8217;insoutenabilité de nos formes de croissance avec l&#8217;exigence du mieux-être. Cette articulation suppose qu&#8217;elle intègre pleinement dans sa perspective la question sociale, de même que les socialistes européens [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;écologie politique, si elle veut être à la hauteur des espérances qu&#8217;elle suscite, doit construire une réponse réellement systémique à la crise en articulant une critique de l&#8217;insoutenabilité de nos formes de croissance avec l&#8217;exigence du mieux-être.</p>
<p>Cette articulation suppose qu&#8217;elle intègre pleinement dans sa perspective la question sociale, de même que les socialistes européens se doivent eux de penser radicalement la question écologique. Et la question sociale pose plus radicalement encore la question humaine et la difficulté propre à notre espèce de penser et de vivre le rapport entre notre intelligence et nos émotions. C&#8217;est toute la question de ce que Félix Guattari nommait l&#8217;écosophie, la capacité de penser écologiquement et politiquement la question de la sagesse. C&#8217;est aussi ce que Pierre Rabhi nomme les enjeux d&#8217;une « sobriété heureuse » où s&#8217;articule, dans la justice sociale, le choix de la simplicité avec celui d&#8217;un art de vivre affranchi de sa boulimie consommatrice et consolatrice.</p>
<p>Il nous faut d&#8217;abord voir que ce qui est commun à toutes les facettes de la crise, ce qui la rend donc systémique, c&#8217;est le couple formé par la démesure et le mal-être. Ce que les Grecs nommaient l&#8217; ubris, la démesure, est en effet au coeur de notre rapport déréglé à la nature par deux siècles de productivisme et ses deux grandes conséquences : le dérèglement climatique et ce danger à ce point majeur pour la biodiversité que l&#8217;on peut évoquer le risque d&#8217;une « sixième grande extinction » des espèces, cette fois provoquée par le comportement irresponsable de notre propre famille humaine.</p>
<p>C&#8217;est la démesure aussi qui a caractérisé le découplage entre l&#8217;économie financière et l&#8217;économie réelle : un ancien responsable de la Banque centrale de Belgique, Bernard Lietaer, a pu avancer qu&#8217;avant la crise, sur les 3 200 milliards de dollars (2 272 milliards d&#8217;euros) qui s&#8217;échangeaient quotidiennement sur les marchés financiers, seuls 2,7 % correspondaient à des biens et services réels !&#8230; Démesure encore dans le creusement des inégalités sociales mondiales tant à l&#8217;échelle de la planète qu&#8217;au coeur même de nos sociétés : lorsque la fortune personnelle de 225 personnes correspond au revenu de 2 milliards d&#8217;êtres humains, lorsque les indemnités de départ d&#8217;un PDG qui a mis son entreprise en difficulté peuvent représenter plus de mille fois le salaire mensuel de l&#8217;un de ses employés.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/patrick-viveret.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1318" title="patrick-viveret" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/patrick-viveret.jpg" alt="patrick-viveret" width="750" height="280" /></a></p>
<p>Démesure enfin, il ne faudrait pas l&#8217;oublier, cette fois dans les rapports au pouvoir, qui a été à l&#8217;origine de l&#8217;autre grand effondrement politique récent, il y a tout juste vingt ans, celui du système soviétique et de sa logique totalitaire. Il est important de le rappeler si l&#8217;on veut éviter le mouvement pendulaire des années 1930 qui vit un politique de plus en plus autoritaire, guerrier et finalement totalitaire, prendre la relève du capitalisme dérégulé des années d&#8217;avant-crise.</p>
<p>Ainsi le caractère transversal de cette démesure permet de comprendre le caractère systémique de la crise, et l&#8217;on comprend alors que des réponses cloisonnées qui cherchent, par exemple, à n&#8217;aborder que son volet financier se traduisent finalement par une fuite en avant dans le cas de la crise bancaire doublé de fuites en arrière dans le cas de la crise sociale. Comme quoi les caisses ne sont pas vides pour tout le monde !</p>
<p>Mais pour construire, au-delà d&#8217;une écologie politique, une « écosophie politique », il faut faire un pas supplémentaire dans l&#8217;analyse et comprendre ce qui lie profondément cette démesure au mal de vivre de nos sociétés.</p>
<p>Celle-ci constitue en effet une forme compensatrice pour des sociétés malades de vitesse, de stress, de compétition, qui génèrent un triple comportement guerrier à l&#8217;égard de la nature, d&#8217;autrui et de nous-mêmes. En ce sens, nos « sociétés de consommation » sont en réalité des « sociétés de consolation » et cette caractéristique se lit économiquement dans le décalage entre les « budgets vitaux », et les dépenses de stupéfiants, de publicité et d&#8217;armement.</p>
<p>En 1998, le programme des Nations unies pour le développement (PNUD) comparait en effet les budgets supplémentaires nécessaires pour couvrir les besoins vitaux de la planète (faim, non-accès à l&#8217;eau potable, soins de base, logement, etc.) et mettait en évidence que les seules dépenses de stupéfiants représentaient dix fois les sommes requises pour ces besoins vitaux (à l&#8217;époque 400 milliards de dollars par rapport aux 40 milliards recherchés par les Nations unies). On note le même écart s&#8217;agissant des dépenses annuelles de publicité.</p>
<p>La société dure est en permanence compensée par la production du rêve d&#8217;une société harmonieuse, et l&#8217;endroit par excellence où s&#8217;opère ce rapport est la publicité qui ne cesse de nous vendre de la beauté, du bonheur, de l&#8217;amour, voire de l&#8217;authenticité, messages dans l&#8217;ordre de l&#8217;être, pour mieux nous faire consommer dans l&#8217;ordre de l&#8217;avoir. Quant aux budgets militaires qui expriment les logiques de peur, de domination et caractérisent par conséquent les coûts (et les coups) de la maltraitance interhumaine, ils représentaient eux vingt fois ces sommes ! Ces dépenses passives de mal-être représentent (car le même écart est maintenu dix ans après) environ quarante fois les dépenses actives de mieux-être nécessaires pour sortir l&#8217;humanité de la misère et assurer un développement humain soutenable tout à la fois écologique et social.</p>
<p>Il nous faut donc répondre au couple formé par la démesure et le mal-être par un autre couple, celui de la « sobriété heureuse », formé par l&#8217;acceptation des limites et par l&#8217;enjeu positif du « bien-vivre » ou par ce que les prochains « Dialogues en humanité », qui se tiendront début juillet, évoquent sous le terme de la construction de politiques et d&#8217;économies du mieux-être.</p>
<p>Et c&#8217;est ici que l&#8217;écologie doit non seulement intégrer pleinement la question sociale, celle de la lutte contre les inégalités, mais aussi la question humaine proprement dite, c&#8217;est-à-dire la capacité à traiter ce que l&#8217;on pourrait appeler le « bug émotionnel » de l&#8217;humanité, qui est à la racine de ce qu&#8217;Edgar Morin nomme « Homo sapiens demens ». La question est en effet moins de « sauver la planète » &#8211; qui a de toutes manières plusieurs milliards d&#8217;années devant elle avant son absorption par le Soleil ! &#8211; que de sauver l&#8217;humanité qui peut, elle, terminer prématurément en tête-à-queue sa brève aventure consciente dans l&#8217;Univers.</p>
<p>Or, comme le soulignait Spinoza, la grande alternative à la peur est du côté de la joie. La différence aujourd&#8217;hui réside dans le fait que ce qui était traditionnellement de l&#8217;ordre personnel et privé devient un enjeu politique planétaire. La question de la sagesse, c&#8217;est-à-dire la question fondamentale de l&#8217;art de vivre, qui cherche à épouser pleinement la condition humaine au lieu de vouloir la fuir, devient alors une question pleinement politique.</p>
<p>Nous sommes en effet à la fin du cycle des temps modernes qui furent marqués par ce que Max Weber, d&#8217;une formule saisissante, avait caractérisé comme « le passage de l&#8217;économie du salut au salut par l&#8217;économie ». La crise actuelle démontre que ces promesses n&#8217;ont pas été tenues. L&#8217;un des enjeux aujourd&#8217;hui est de savoir comment sortir de ce grand cycle de la modernité par le haut, les intégristes le faisant par le bas : garder le meilleur de la modernité, l&#8217;émancipation, les droits humains et singulièrement ceux des femmes qui en constituent l&#8217;indicateur le plus significatif, la liberté de conscience, le doute méthodologique, mais sans le pire, la chosification de la nature, du vivant, des animaux et à terme des humains, la marchandisation n&#8217;étant qu&#8217;une des formes de cette chosification. Et retrouver, dans le même temps, ce qu&#8217;il y a de meilleur dans les sociétés de tradition, mais là aussi en procédant à un tri sélectif par rapport au pire : un rapport respectueux à la nature, sans qu&#8217;il soit de pure soumission, un lien social fort mais non un contrôle social, des enjeux de sens ouverts et pluralistes et non des intégrismes excluant. Une grande partie du destin de l&#8217;humanité se joue en effet dans l&#8217;alternative guerre ou dialogue des civilisations.</p>
<p>Nous ne sommes pas condamnés soit à la projection mondiale du modèle occidental, soit à l&#8217;acceptation au nom du relativisme culturel d&#8217;atteintes fondamentales aux droits humains, à commencer par ceux des femmes. On peut récuser l&#8217;impérialisme et le colonialisme sans être obligés de tolérer l&#8217;intégrisme et l&#8217;exclusion. C&#8217;est alors la co-construction d&#8217;une citoyenneté terrienne qui est en jeu, et la rencontre des sagesses du monde est alors un enjeu capital dans cette perspective où l&#8217; Homo sapiens sapiens, à défaut d&#8217;être une origine, pourrait être, devrait être un projet.</p>
<p>C&#8217;est à ce projet planétaire qu&#8217;une Europe, qui a payé le prix lourd pour comprendre que la barbarie n&#8217;est pas un danger extérieur, mais le risque intérieur par excellence de l&#8217;humanité, peut pleinement contribuer.</p>
<p><strong>Auteur : Patrick Viveret<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 14 juin 2009<br />
</strong></p>
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		<title>&#8220;Il y a 5 ans, deux inspecteurs du travail étaient assassinés en Dordogne&#8230;&#8221;, par Gérard Filoche</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Sep 2009 08:41:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 2 septembre 2004, il y a 5 ans, à Saussignac en Dordogne, un exploitant agricole, Claude Duviau, assassinait deux inspecteurs du travail, Sylvie Trémouille, (40 ans) et Daniel Buffiéres (47 ans). C&#8217;était la première fois depuis la création de l&#8217;inspection du travail en 1892 qu&#8217;un tel crime visait ceux qui ont pour mission de faire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 2 septembre 2004, il y a 5 ans, à Saussignac en Dordogne, un exploitant agricole, Claude Duviau, assassinait deux inspecteurs du travail, Sylvie Trémouille, (40 ans) et Daniel Buffiéres (47 ans). C&#8217;était la première fois depuis la création de l&#8217;inspection du travail en 1892 qu&#8217;un tel crime visait ceux qui ont pour mission de faire respecter l&#8217;état de droit dans les entreprises en faveur de millions de salariés.</p>
<p>Ce n&#8217;était pas un fait divers mais un fait de société. Car lorsque Le Pen tient des propos racistes, il y a malheureusement des racistes qui prennent un fusil et tirent sur des maghrébins. Lorsque Madame Parisot affirme que &#8220;la liberté de penser s&#8217;arrête là où commence le code du travail&#8221;, c&#8217;est la première fois qu&#8217;un patron a pris un fusil et tué deux inspecteurs du travail.</p>
<p>C&#8217;est encore Parisot qui défend la régression vers un système barbare en affirmant &#8220;la vie, la santé, l&#8217;amour sont précaires pourquoi le travail ne le serait-il pas ?&#8221;</p>
<p>Le code du travail, c&#8217;est un droit intime, quotidien, il est fait de sueur et de sang, de luttes et de larmes, il détermine la vie, l&#8217;emploi de 16 millions de salariés. C&#8217;est le droit le moins enseigné, le moins connu, le plus dénigré, le plus fraudé, alors qu&#8217;il organise la protection des salariés et les conditions du partage des richesses entre salariés et employeurs.</p>
<p>Le pouvoir sarkozyste, chaque jour affaiblit ce code du travail au point de l&#8217;avoir ré écrit entièrement en le passant à l&#8217;acide des exigences du Medef. Un ministre du travail, devenu président du Sénat, Gérard Larcher, s&#8217;écriait le 15 mars 2005 : &#8221; Nous avons dans ce pays une lecture salafiste du code du travail, laissant aux seuls oulémas de la Cour de cassation le soin d&#8217;en dire les moments les plus forts &#8220;.</p>
<p>Quand on a des néo libéraux qui pensent cela au pouvoir, tous les droits reculent dans l&#8217;entreprise et les agents de l&#8217;inspection du travail se heurtent à des difficultés croissantes pour faire respecter le Code. Les infractions augmentent, impunies. Les contrôleurs et les inspecteurs se font agresser, insulter, de plus en plus. Il n&#8217;y a que 450 inspecteurs du travail et 1300 contrôleurs pour 1,2 millions d&#8217;entreprises et 16 millions de salariés : la politique pénale du travail est affaiblie, trois procès-verbaux sur quatre sont classés sans suite, l&#8217;arbitraire, le stress, le harcèlement, les accidents du travail et les maladies professionnelles augmentent aussi.</p>
<p>Alors il faut doubler les effectifs de l&#8217;inspection, reconstruire le code du travail, redonner des droits nouveaux aux syndicats, aux institutions représentatives du personnel, faire que les salariés qui produisent les richesses de ce pays en reçoivent la part qu&#8217;ils méritent avec le respect qu&#8217;ils méritent.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/gerard-filoche.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1284" title="gerard-filoche" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/gerard-filoche.jpg" alt="gerard-filoche" width="200" height="213" /></a></p>
<p>Auteur : Gérard Filoche<br />
<a href="mailto:gerard.filoche@democratie-socialisme.org">gerard.filoche@democratie-socialisme.org</a><br />
________________________________________________________</p>
<p>Pour en savoir plus, deux ouvrages de G. Filoche :<br />
- <em>On achève bien &#8230; les inspecteurs du travail</em>, Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 2004 :<br />
- <em>Carnets d&#8217;un inspecteur du travail</em>, Ed. Ramsay, 2005</p>
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