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	<title>NSAE &#187; FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Kenya : Carburant contre paysans</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Jul 2010 17:09:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[En janvier 2010, les populations de la région de Malindi sont alertées par des fumées inhabituelles émanant de la forêt de Dakatcha. Elles comprennent que des bulldozers ont commencé à raser les arbres : une entreprise étrangère vient d’obtenir l’accord des autorités pour exploiter 50 000 hectares de terres afin de produire du jatropha, une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>En janvier 2010, les populations de la région de Malindi sont alertées par des fumées inhabituelles émanant de la forêt de Dakatcha. Elles comprennent que des bulldozers ont commencé à raser les arbres : une entreprise étrangère vient d’obtenir l’accord des autorités pour exploiter 50 000 hectares de terres afin de produire du jatropha, une plante dont l’huile sera utilisée comme carburant. Vingt mille personnes pourraient être déplacées et l’équilibre écologique de la région est menacé. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Ce projet est emblématique d’un phénomène global : l’accaparement des terres pour la production d’agrocarburants, dont l’impact sur la faim dans le monde et le climat risque d’être catastrophique. Il est donc essentiel de soutenir les organisations kenyanes qui se mobilisent face à cette situation.</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Kenya.peuples-solidaires.org_.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2883" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Kenya.peuples-solidaires.org_.jpg" alt="" width="368" height="245" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Au Kenya, comme ailleurs en Afrique, le gouvernement est aujourd’hui partagé entre deux politiques contradictoires : d’un côté, il renforce les droits des communautés à cultiver leurs terres ; de l’autre, il cède aux appétits d’entreprises et Etats qui veulent exploiter ces mêmes parcelles.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Ainsi, dans la région côtière de Malindi, le gouvernement vient de confier 50 000 hectares de terres à une entreprise privée qui projette de raser une forêt de 30 000 hectares et d’exploiter les terres des communautés locales. D’après ActionAid Kenya, 20 000 personnes seraient affectées et éventuellement déplacées. Parmi elles, de nombreux paysans dont les productions vivrières nourrissent la population et une communauté indigène, les Wa Sanya, qui vit de la chasse et de la cueillette.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Des terres louées pour trente trois ans</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le projet a été élaboré sans que l’ensemble des consultations prévues par la constitution kenyane n’ait été mené<a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftn1">[1]</a>. D’après le document récemment publié par les autorités – sous la pression de la société civile – les terres seront louées durant 33 ans au prix de 2 euros par hectare à la Kenya Jatropha Energy Limited. Cette entreprise appartient à Nuove Iniziative Industriali SRL, société italienne spécialisée dans la production d’énergie électrique à partir de ressources renouvelables, et notamment d’huile de palme qu’elle importe d’Afrique et d’Asie. Dans la région de Malindi, elle doit produire du jatropha, ‘‘plante-miracle’’ supposée avoir des rendements élevés en huile, laquelle sera convertie en agrocarburant. Selon le document rendu public, 30% de l’huile produite au Kenya sera exportée en Italie et 70% servira à la consommation énergétique nationale (le jatropha n’est pas comestible). Toutefois, le projet ne précise ni la manière dont sera transformée cette huile au Kenya (il faut pourtant des infrastructures pour en faire un carburant utilisable), ni les prix auxquels l’entreprise vendra sa production sur le marché kenyan. Mais dans ses déclarations récentes à la presse italienne, l’entreprise annonce que seuls 20% de la production kenyane sera consommée sur place, alors que les 80% restants seront exportés en Italie<a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftn2">[2]</a>. De plus, cette production ne bénéficiera pas aux paysans kenyans : selon une étude officielle récente<a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftn3">[3]</a>, ‘‘<em>le jatropha n’est pas viable économiquement pour les agriculteurs paysans, qu’il soit cultivé en monoculture ou en interculture’’</em>.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les agrocarburants sur la sellette</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour l’entreprise italienne, les profits devraient par contre être au rendez-vous car le marché des agrocarburants est en plein essor. Les Etats membres de l’Union Européenne se sont en effet fixé en 2009 un objectif de 10 % d’énergie renouvelable dans le secteur des transports<a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftn4">[4]</a>. Le problème est que les agrocarburants entrent dans le calcul de ce pourcentage. Les producteurs qui accaparent des terres pour produire de l’huile de palme, de la canne à sucre ou du jatropha sont donc encouragés à investir. L’Europe justifie ce choix car les agrocarburants permettraient de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ils sont pourtant aujourd’hui très critiqués, notamment à cause des changements d’affectation des sols qu’ils entraînent dans les pays du Sud : déforestation, retournement de prairies, drainage de tourbières… En comptabilisant les émissions de gaz à effet de serre entraînées par ces opérations, les agrocarburants accélèrent en fait les changements climatiques ! De plus, ils menacent l’accès à la terre et aux ressources naturelles des populations paysannes et indigènes des pays du Sud qui pratiquent une agriculture vivrière de proximité, seule à même de garantir la sécurité alimentaire des populations rurales les plus démunies.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Depuis plusieurs semaines, les communautés locales, soutenues par les organisations de la société civile kenyane, s’opposent au projet et font valoir auprès du gouvernement leur droit à disposer de leurs terres. Fin mai, les premières consultations publiques ont permis de constater les fortes oppositions de ces communautés et des agences gouvernementales de protection des forêts, qui disent ne pas avoir été consultées. ActionAid Kenya, notre partenaire impliqué dans les négociations avec le gouvernement, fait maintenant appel à la solidarité internationale. Pour défendre la souveraineté alimentaire des communautés de la région de Malindi et empêcher la destruction de la forêt de Dakatcha, écrivez au Ministre de l’environnement et des ressources minérales.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Notes </strong>: <a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftnref1"></a></p>
<p><a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftnref1">[1]</a> La Constitution contient un chapitre intitulé ‘‘Trust land Act’’ (Loi sur la Fiducie foncière) qui traite notamment de la gestion des terres collectives.</p>
<p><a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftnref2">[2]</a> Cf. <a href="http://www.ilsole24ore.com/art/SoleOnLine4/dossier/Economia%20e%20Lavoro/risparmio-energetico/business/biocarburanti-risparmio-energetico-ikea.shtml?uuid=a4c25282-2c25-11df-8463-4fa5038b85da&amp;DocRulesView=Libero">Biocarburanti per le luci Ikea</a>, by Marco Magrini, Il Sole 24 Ore. 10 March 2010.</p>
<p><a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftnref3">[3]</a> Cf. <a href="http://www.worldagroforestry.org/downloads/publications/PDFS/B16599.PDF">Jatropha Reality Check, A field assessment of the agronomic and economic viability of Jatropha and other oilseed crops in Kenya</a>, World Agroforestry Centre, Kenya Forestry Research Institute, Endelevu Energy, GTZ, Décembre 2009. Cette même étude recommande d’ailleurs à tous les acteurs concernés ‘‘<em>de réévaluer avec précautions leurs activités de promotion du jatropha en tant que source d’énergie prometteuse’’</em>.</p>
<p><a href="http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/#_ftnref4">[4]</a> Journal Officiel de l’Union Européenne, 2009, <em>Directive 2009/28/EC sur la Promotion de l’utilisation d’énergie produite à partir de sources renouvelables</em>, 5 juin 2009.</p>
<p><strong>POUR AGIR : SIGNER l’appel urgent</strong> du 17 juin 2010 lancé par Peuples Solidaires et Action Aid à partir du site :</p>
<p>http://www.peuples-solidaires.org/je-signe/?appel=2881/</p>
<p>Cet appel est soutenu par les organisations suivantes :</p>
<p>• La confédération paysanne : <a href="http://tk3.rarapio.com/sy/ev?3&amp;4234-59&amp;1&amp;QSJe2iduzYrlaW9Hp0utXw">http://www.confederationpaysanne.fr/</a></p>
<p>• OXFAM France : <a href="http://tk3.rarapio.com/sy/ev?3&amp;4234-59&amp;3&amp;QSJe2iduzYrlaW9Hp0utXw">http://www.oxfamfrance.org/</a></p>
<p>• Le Réseau Action Climat : http://www.rac-f.org/</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : http://www.peuples-solidaires.org/339-kenya-carburant-contre-paysans/</p>
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		<title>Ne laissons pas fragiliser le droit de l’étranger</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/07/02/ne-laissons-pas-fragiliser-le-droit-de-l%e2%80%99etranger/</link>
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		<pubDate>Fri, 02 Jul 2010 17:08:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[Cinq organisations chrétiennes appellent à la vigilance et à l&#8217;information sur le projet de loi sur l&#8217;immigration qui sera débattu fin septembre à l&#8217;Assemblée Nationale. (ACAT, CCFD-Terre Solidaire, La Cimade, FEP, Secours Catholique / Caritas-France, avec la contribution du Service national de la Pastorale des Migrants).



Pour la cinquième fois en sept ans, le gouvernement veut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Cinq organisations chrétiennes appellent à la vigilance et à l&#8217;information sur le projet de loi sur l&#8217;immigration qui sera débattu fin septembre à l&#8217;Assemblée Nationale. (ACAT, CCFD-Terre Solidaire, La Cimade, FEP, Secours Catholique / Caritas-France, avec la contribution du Service national de la Pastorale des Migrants).</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images3.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2878" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images3.jpeg" alt="" width="98" height="109" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Pour la cinquième fois en sept ans, le gouvernement veut réformer le régime de l&#8217;entrée et de l&#8217;expulsion des étrangers en France. Cette nouvelle modification de la loi constitue une étape supplémentaire dans la fragilisation d&#8217;hommes, de femmes, d&#8217;enfants et de familles déjà fortement ébranlés par les difficultés de l’exil. Ce sont pourtant des êtres humains. Certains fuient la guerre ou les traitements inhumains pour sauver leur vie. D’autres cherchent simplement à améliorer leur situation et celle de leur famille. Ils aspirent, comme nous, à vivre en paix, à trouver le bonheur, à travailler, en France, leur pays d’« accueil ».</p>
<p style="text-align: justify">Mais le projet de loi va sonner le glas des aspirations de beaucoup et, par là même, de notre hospitalité et de notre humanité en réduisant leurs droits à la justice, à une vie familiale et à la solidarité <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> Si nous laissons faire, les étrangers n’auront plus le droit d’être entendus !</strong></p>
<p style="text-align: justify">Jusqu&#8217;alors, la loi réclamait le contrôle du juge des libertés si la mise en rétention excédait deux jours avant l&#8217;expulsion. Ce garde-fou, indispensable face à l’arbitraire de l’adminis¬tration, est retardé par ce projet de loi : ainsi des expulsions seront possibles pendant cinq jours sur seule décision administrative. De plus, le juge judiciaire ne pourra plus sanctionner certaines irrégularités. <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, le droit d’asile sera entravé !</strong></p>
<p style="text-align: justify">Ce projet de loi restreint les possibilités d’accéder au territoire pour demander l’asile et place un nombre plus important d’éventuels demandeurs dans des conditions défavorables pour l’examen de leur demande de protection. Et s’ils sont déboutés et renvoyés, il leur interdit de revenir dans l’Union européenne pour sauver leur vie.  <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, le droit de vivre en famille sera restreint !</strong></p>
<p style="text-align: justify">Des conjoints de Français ou d&#8217;étrangers en situation régulière, voire avec des enfants en France, sont parfois sans document de séjour. La loi qui peut déjà interrompre leur vie familiale va durcir les conditions de leur séparation en repoussant toute possibilité de retour. En effet, tout étranger renvoyé peut être « banni » de l’Union Européenne jusqu’à 5 ans : nous refusons cette double peine!  <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, la solidarité restera répréhensible !</strong></p>
<p style="text-align: justify">En modifiant la loi, le projet voudrait calmer les critiques sur le délit dit de &laquo;&nbsp;solidarité&nbsp;&raquo;. En ne modifiant que très marginalement l&#8217;exemption pour un tel délit, le projet de loi persiste à dissuader quiconque aiderait, de bonne foi et dans la durée, un étranger dont nul ne sait a priori s&#8217;il est en situation administrative irrégulière. Il est contradictoire de maintenir le principe de fraternité dans la devise de la République et de punir les actes de solidarité.   Motivés par la solidarité et la défense des plus faibles, notamment des étrangers, en partenariat avec d&#8217;autres membres de la société civile, nos organismes, mouvements, associations et services chrétiens refusent que des mesures de plus en plus restrictives, voire arbitraires, propulsent des milliers d’hommes et de femmes dans la précarité et le désespoir.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Aussi estimons-nous nécessaire d’éveiller les consciences, d’appeler à la vigilance et à l’information sur ce projet de loi qui comporte des dispositions très inquiétantes.</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Nous nous engageons à agir pour que la figure de l’étranger ne serve pas de bouc émissaire en France et en Europe. </strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><em>Initiateurs</em> : - ACAT-France (Action des chrétiens pour l&#8217;abolition de la torture) - CCFD &#8211; Terre solidaire - FEP (Fédération de l&#8217;Entraide Protestante) - La Cimade (Service œcuménique d&#8217;entraide) - Secours Catholique / CARITAS-France avec la contribution du SNPM (Service national de la pastorale des migrants)</p>
<p style="text-align: justify"><em>Autres signataires nationaux à ce jour</em> &#8211; ACO (Action catholique Ouvrière) - CASP (Centre d&#8217;Action Sociale Protestant) - CERAS (Centre Recherche et Action Sociales) &#8211; Congrégation des Auxiliatrices de la Charité  - Congrégation des Fils de la Charité - DEFAP - DOM&#8217;Asile - Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France - Association Espoir - Fédération protestante de l&#8217;enseignement &#8211; Fondation de l&#8217;Armée du Salut - JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) &#8211; Justice et Paix &#8211; France - Mission Populaire Évangélique de France - MIR-France (Mouvement International de la Réconciliation) - Pax Christi &#8211; France - Réseau chrétien &#8211; immigrés - VEA (Vivre ensemble l&#8217;Évangile Aujourd&#8217;hui) &#8211; Alliance Nationale des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens &#8211; UCJG-YMCA</p>
<p style="text-align: right">14 Juin 2010</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Pour en savoir plus </strong>: voir le document ANALYSE COLLECTIVE DU PROJET DE LOI « BESSON » du 30 mars 2010 « relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité » à l’adresse :  http://lacimade.org/assets/0000/2014/analyse-pjl-besson-.pdf</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> :http://lacimade.org/nouvelles/2498-Ne-laissons-pas-fragiliser-le-droit-de-l&#8211;tranger</p>
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		</item>
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		<title>Jusqu’où ira la « leçon de journalisme » de Vincent Bolloré ?</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/06/25/jusqu%e2%80%99ou-ira-la-%c2%ab-lecon-de-journalisme-%c2%bb-de-vincent-bollore/</link>
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		<pubDate>Fri, 25 Jun 2010 17:32:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Après avoir fait condamner le journaliste Benoît Collombat (et France Inter) début mai, le groupe Bolloré a abandonné ce week-end les poursuites contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq (et France Inter). Mais il attaque l’hebdomadaire Témoignage Chrétien.

A la tête d’un groupe « diversifié », M. Vincent Bolloré se flatte d’avoir de nombreux métiers. Mi-industriel mi-financier, il investit tous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Après avoir fait condamner le journaliste Benoît Collombat (et France Inter) début mai, le groupe Bolloré a abandonné ce week-end les poursuites contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq (et France Inter). Mais il attaque l’hebdomadaire <em>Témoignage Chrétien</em></strong><strong>.</strong></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/103581.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2874" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/103581.jpg" alt="" width="500" height="375" /></a></p>
<p style="text-align: justify">A la tête d’un groupe « diversifié », M. Vincent Bolloré se flatte d’avoir de nombreux métiers. Mi-industriel mi-financier, il investit tous azimuts. Dans le film plastique et dans la logistique. Dans la distribution d’énergie et la publicité. Dans les batteries au lithium et les plantations africaines. Mais l’homme d’affaires est insatiable. Depuis quelque temps, il ambitionne apparemment, en plus de ces multiples casquettes, de devenir professeur de journalisme.</p>
<p style="text-align: justify">Cette ambition est affichée depuis l’an dernier. Depuis, plus précisément, que le groupe Bolloré a décidé de porter plainte pour diffamation contre le journaliste de France Inter Benoît Collombat. Heurté par un reportage diffusé fin mars 2009 dans le cadre de l’émission <em>Interception</em>, dans lequel le journaliste s’intéressait aux activités portuaires, ferroviaires et agricoles de son groupe au Cameroun, Vincent Bolloré voulut « faire un exemple » (voir « <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-12-14-Bollore">La contre-offensive de Vincent Bolloré</a> »).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Les représentants du groupe présents lors du procès Bolloré-Collombat – qui s’est déroulé en deux temps, en décembre 2009 et en mars 2010 – ne s’en cachèrent d’ailleurs nullement : à travers France Inter, c’était tous les médias français qui étaient visés. Dans leur esprit, ce procès devait donc avoir des vertus pédagogiques. Pendant que l’avocat du groupe Bolloré, Me Olivier Baratelli, s’emportait théâtralement contre <em>« ces journalistes »</em> qui <em>« ne respectent pas les exigences du contradictoire »,</em> le responsable des activités africaines du groupe, Dominique Lafont, offrit au tribunal de <em>« rétablir la vérité ».</em> Bolloré, clama-t-il, est une <em>« entreprise citoyenne »</em> dont la préoccupation première – avant même le profit – est d’accompagner les Africains sur les sentiers heureux du développement économique…</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Les « exigences du contradictoire »</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il y eut certes, dans le public, quelques cancres pour s’amuser sous cape de ces étonnantes déclarations. Mais la « leçon » bolloréenne a dans l’ensemble été plutôt bien assimilée par la profession. Depuis que l’homme d’affaires a pris le chemin des tribunaux, la presse se montre plutôt discrète. Et lorsqu’elle s’aventure à parler du multimilliardaire de Puteaux, elle le fait souvent avec respect et bienveillance, se pliant volontiers aux « exigences du contradictoire » (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb1">1</a>).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Ainsi par exemple au <em>Nouvel Observateur.</em> Après avoir évoqué, en avril 2010, les relations tendues qu’entretiennent ces derniers temps M. Vincent Bolloré et le banquier Antoine Bernheim, « parrain » historique du premier dans le monde des affaires, l’hebdomadaire a ensuite publié un « rectificatif »… tout en réaffirmant dans le même temps sa propre version des faits (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb2">2</a>) ! <em>« S’il y a bien eu pression pour que nous le passions</em> [le rectificatif, ndlr], <em>il n’y a en revanche jamais eu menace de procès,</em> nous explique la journaliste qui a signé l’enquête, Odile Benyahia-Kouider. <em>J’aurais donc pu m’abstenir. Mais je me suis dit que, finalement, c’était tellement absurde et ridicule que cela se verrait encore plus. La preuve : vous l’avez vu ! »</em></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Le lecteur est donc prévenu : ce sera désormais à lui de faire le tri entre les informations… et leurs « contradictoires » réfutations. A la décharge du <em>Nouvel Observateur,</em> il faut bien reconnaître que le groupe Bolloré ne se contente pas toujours de menaces verbales. Comme l’ont constaté nombre de journalistes ces derniers mois, le groupe Bolloré sort maintenant « la grosse artillerie » avec une facilité déconcertante. Et le très dynamique avocat du groupe, Me Baratelli, ne manque pas une occasion pour imposer aux journalistes qui s’intéressent à son riche client de fortes doses de « contradictoire ».</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">C’est ce qu’a pu constater <em>Témoignage Chrétien,</em> le 4 mars 2010. Quelques heures seulement après la publication par l’hebdomadaire d’un article consacré au procès « Bolloré – France Inter » (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb3">3</a>), le directeur de la publication, Hubert Debbasch, reçut de Me Baratelli un courrier violent l’accusant d’avoir publié <em>« un article de commande »</em> faisant <em>« le panégyrique »</em> de Benoît Collombat. Accusant le journal, selon la formule désormais habituelle, de s’être <em>« affranchi des règles élémentaires du respect du contradictoire »,</em> l’avocat exigea la publication d’un « droit de réponse » faisant le panégyrique du groupe Bolloré et accusant l’hebdomadaire de… <em>« manquer de respect »</em> envers les Camerounais !</p>
<p style="text-align: justify">Se sentant victime d’une sorte de chantage (publier un droit de réponse qu’il juge indigne ou être poursuivi en justice), Hubert Debbasch tire la morale de cette affaire. <em>« C’est vraiment une entreprise pour museler la presse,</em> explique-t-il. <em>Et par des moyens très vicieux : ils essaient d’utiliser tous les instruments juridiques qui sont précisément faits pour défendre la liberté d’expression, pour contraindre au contraire toute la presse – même la presse qui leur est la moins favorable – à dresser un portrait idyllique de leur société. »</em> Ayant donc refusé de publier le « droit de réponse » exigé, M. Debbasch doit se présenter le 23 juin 2010 au tribunal, suite à une action en référé de la SA Bolloré.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Des « propos mieux contrôlés » à Radio France ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Du côté de Radio France, autre média attaqué par Bolloré, la situation est un peu plus compliquée. Alors que la multinationale a finalement réussi à faire condamner Benoît Collombat et France Inter – le tribunal ayant, selon Me Baratelli, infligé <em>« une leçon de journalisme à certains journalistes »</em> (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb4">4</a>) –, elle a annoncé le 18 juin qu’elle abandonnait en revanche les poursuites qu’elle avait engagées contre la même station de radio et contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Cette seconde affaire Bolloré-France Inter trouve son origine dans l’émission <em>Eclectik</em>, diffusée le 12 septembre 2009, au court de laquelle Isabelle Ricq évoquait le reportage qu’elle avait effectué dans une plantation camerounaise de palmiers à huile (<a href="http://blog.mondediplo.net/2009-06-16-Bollore-au-Cameroun-un-bilan-en-images">Reportage publié sur le site du <em>Monde Diplomatique</em></a>). La photographe ayant mis en cause le groupe Bolloré, qui contrôle près de 40 % de la maison-mère de la Socapalm, propriétaire de la plantation en question (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb5">5</a>), la multinationale décida de lui infliger – ainsi qu’à l’animatrice d’<em>Eclectik</em> et à France Inter – une « leçon de journalisme ».</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Malheureusement pour le conglomérat, le procès contre Benoît Collombat fit capoter le projet. Car, si Collombat a bien été condamné, il ne l’a pas été sur l’ensemble de son reportage mais seulement sur quelques points précis (liés notamment à la gestion par Bolloré du port de Douala et de la société camerounaise de chemin de fer). De sorte que les cris victorieux des hommes de M. Bolloré à l’énoncé du verdict, le 6 mai 2010, masquaient en réalité un camouflet sur le dossier spécifique de la Socapalm, dont le fonctionnement fut méthodiquement décortiqué par les témoins cités par Collombat – parmi lesquels Ricq elle-même (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb6">6</a>).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Craignant subitement la « contradiction » publique que s’apprêtait à lui porter à nouveau, et avec plus de force encore, la jeune photographe, le groupe Bolloré a donc préféré jeter l’éponge. Mais avec discrétion, et en jouant habilement de la confusion entre les émissions <em>Interception</em> et <em>Eclectik</em>. <em>« France Inter ayant admis le caractère diffamatoire des propos tenus à l’occasion des deux émissions, des excuses ayant été présentées</em> (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb7">7</a>), écrit Me Baratelli au président de la 17e chambre correctionnelle, chargée des affaires de presse, <em>M. Vincent Bolloré et la Société Bolloré n’entendent pas poursuivre la procédure en diffamation</em> [contre Isabelle Alexandra Ricq et France Inter] ».</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Une issue d’autant plus heureuse, pour l’homme d’affaires multicarte, que Jean-Luc Hees, PDG de Radio France, aurait – selon la même lettre de Me Baratelli – <em>« donné directement à Monsieur Vincent Bolloré l’assurance que les propos diffusés sur l’antenne de France Inter seraient désormais mieux contrôlés ».</em> Si l’avocat de Radio France dément que Hees ait <em>« présenté une quelconque excuse »</em> ou se soit <em>« engagé en quoi que ce soit pour l’avenir »</em>, on peut tout de même s’interroger : jusqu’où ira la « leçon de journalisme » du professeur Bolloré ?</p>
<p style="text-align: justify">Thomas Deltombe</p>
<p style="text-align: justify">La valise diplomatique – Mardi 22 Juin 2010</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Notes : </strong></p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh1">1</a>) Interrogé sur la signification précise que donne le groupe Bolloré à cette notion de « contradictoire », l’avocat du groupe Bolloré, Me Baratelli, a « oublié » de nous répondre.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh2">2</a>) Voir Odile Benyahia-Kouider, « <a href="http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/economie/097864/cesar-bernheim-versus-brutus-bollore.html">César-Bernheim versus Brutus-Bolloré</a> », 22 avril 2010 et « <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20100423.OBS2911/une-lettre-d-antoine-bernheim.html">Une lettre d’Antoine Bernheim</a> ».</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh3">3</a>) Julien Brygo, « <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1655&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1">Bolloré contre France-Inter : acte 2</a> », <em>Témoignage Chrétien</em>, 4 mars 2010.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh4">4</a>) Lire : « <a href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/05/06/97001-20100506FILWWW00596-bollore-diffame-france-inter-condamne.php">Bolloré diffamé : France Inter condamné</a> », (AFP, 6 mai 2010). France Inter n’a pas fait appel de cette décision.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh5">5</a>) Il s’agit de la plantation de Kienké, propriété de la Socapalm, entreprise passée en 2000 sous le contrôle du groupe belge Socfinal dont « Vincent Bolloré » et « Bolloré Participations SA » font partie des administrateurs officiels (mais dont M. Bolloré se targue cependant de pas contrôler sa gestion).</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh6">6</a>) Bolloré n’a d’ailleurs pas fait appel de cette décision.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh7">7</a>) Concernant Eclectik, personne à France Inter n’a – à notre connaissance – présenté d’excuses. Même démenti du côté d’Isabelle Ricq.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Source </strong>: http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29</p>
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		<title>Robert Castel : «La retraite est le droit social par excellence»</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jun 2010 21:36:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Le sociologue Robert Castel défend cette « propriété sociale » que constitue le droit à la retraite, et qui évite – pour combien de temps ? &#8211; aux salariés vieillissants de devenir pauvres. L’ancien disciple de Pierre Bourdieu et Michel Foucault rappelle que « la percée la plus décisive en matière de droits sociaux », dont la retraite, a été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Le sociologue Robert Castel défend cette « propriété sociale » que constitue le droit à la retraite, et qui évite – pour combien de temps ? &#8211; aux salariés vieillissants de devenir pauvres. L’ancien disciple de Pierre Bourdieu et Michel Foucault rappelle que « la percée la plus décisive en matière de droits sociaux », dont la retraite, a été réalisée dans une France qui allait bien plus mal qu’aujourd’hui : un pays dévasté par la Seconde guerre mondiale, avec une productivité qui s’était effondrée, mais où la volonté politique de redistribuer les richesses produites était bien présente.</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/arton972-7c55f.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2799" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/arton972-7c55f.jpg" alt="" width="309" height="384" /></a><br />
</strong></p>
<p><strong>Entretien</strong></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal">Propos recueillis par Olivier Vilain (27 mai 2010)</span></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span style="font-weight: normal"><strong>Pourquoi avez-vous signé </strong><strong><a href="http://www.bastamag.net/article972.html">l’appel lancé</a></strong><strong> par la Fondation Copernic et l’association Attac en faveur de la retraite par répartition ? Un appel qui tire un bilan désastreux des précédentes réformes et qui alerte sur le risque de paupérisation des retraités.</strong></span></strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Il faut prendre une position assez ferme sur la question des retraites. C’est pourquoi j’ai signé cet appel. L’enjeu est tel qu’il est important de rassembler la gauche pour faire prévaloir ses orientations. Voilà ma position. Je me distingue néanmoins de cet appel sur un point : je ne pense pas que l’âge de départ à la retraite soit nécessairement le principal objectif à défendre. Mais dans le contexte actuel, très défavorable aux salariés, il faut faire très attention lorsque l’on manipule cette idée de modulation : je ne prône pas un allongement de la durée de cotisation, surtout pas ! Il ne m’apparaît pas nécessaire, dans l’idéal, de traiter de la même façon qu’un ouvrier quelqu’un qui n’a pas eu un métier aussi épuisant, ce qui impliquerait des négociations sérieuses en fonction des types de métiers.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Une réforme du système de retraite en vue de lui assurer les financements nécessaires doit impérativement respecter deux éléments. D’une part, la possibilité de partir à la retraite au-delà des 60 ans statutaires n’a de sens que pour quelques professions privilégiées. D’autre part, le droit à la retraite exige la définition d’une pension minimale suffisamment élevée afin de permettre l’autonomie économique des individus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La réforme qui se dessine va diminuer les revenus des retraités alors que ceux-ci ont déjà des difficultés à constituer des droits à la retraites suffisants en raison de la déstructuration du monde du travail. Le droit à la retraite est-il menacé ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Il m’apparaît nécessaire de défendre un véritable droit à la retraite par répartition qui donne un socle suffisant de ressources pour continuer d’avoir une vie correcte après la vie de travail, c’est-à-dire qui permet à chaque salarié de continuer à bénéficier d’un minimum d’autonomie économique. Pierre Laroque, « l’inventeur » de la Sécurité sociale à l’issue de la Second guerre mondiale, affirmait d’ailleurs qu’elle était instituée en tant que « garantie donnée à chaque homme qu’en toutes circonstances il pourra assurer dans des conditions satisfaisantes sa subsistance ». Il ne devrait donc pas exister de retraités pauvres. Or, le risque actuel est bien que la retraite devienne progressivement un minima de subsistance.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Du point de vue du droit, la pension de retraite fonctionne comme un salaire indirect, grâce auquel une partie du produit de son travail revient, avant la fin de sa vie, au travailleur lui-même. Ceux qui ont participé à la production de richesses peuvent ainsi continuer de bénéficier d’une partie de la richesse produite, une fois qu’ils ont arrêté de travailler à cause de leur âge avancé. Une partie du travail des salariés leur revient ainsi sous forme de protection, même si leurs patrons en ont accaparé la plus grande part dans ce système capitaliste. Ce droit permet ainsi de les affranchir de la dépendance qui était la condition du vieux travailleur avant l’instauration de la retraite. Cette dépendance le laissait soit à la charge de ses enfants, soit au bon vouloir de la charité ou aux prises avec les hospices pour indigents. Une situation épouvantable !</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Certains universitaires estiment que les retraités sont des privilégiés dans cette période de chômage de masse et de revenus plus faibles. Ils vivraient un véritable « âge d’or » contrairement aux jeunes largement victimes de l’accroissement des inégalités. Partagez-vous cette position ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Avec le mouvement d’implantation du droit à la retraite, à partir du lendemain de la Seconde guerre mondiale, le phénomène du « vieux pauvre », si caractéristique de l’histoire ouvrière, s’est atténué. La plupart des salariés des « Trente glorieuses » ont été « couverts » par la retraite, et l’on assiste désormais plutôt à un développement massif de la pauvreté parmi les jeunes. En suivant le raisonnement selon lequel les jeunes retraités, qui ont entre 60 et 70 ans, représenteraient une classe d’âge privilégiée, il y a la tentation de les désigner comme étant trop riches. C’est un raisonnement pervers ! Cette recrudescence de la pauvreté chez les jeunes s’explique surtout par la faible qualité des emplois qui leur sont proposés et leur fort taux de chômage. Ce phénomène ne doit pas être le prétexte pour dépouiller les « vieux » salariés ! Surtout qu’il existe encore des retraités pauvres. Un phénomène qui s’explique notamment par l’arrivée à la retraite de salariés qui n’ont connu que le régime de chômage de masse et de faibles salaires en raison notamment du travail intermittent ou à temps partiel.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Comme en 1993 et 2003, la réforme de 2010 est menée au nom du sauvetage de notre système de retraite. Vous n’avez pas l’air inquiet malgré les prévisions très pessimistes sur son financement, pourquoi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’idéal serait une société de plein emploi. Dans ce cas, le financement des systèmes sociaux ne figurerait même pas à l’agenda politique. Or, nous sommes de toute évidence dans une phase du capitalisme qui développe, au contraire, le chômage et la précarité. Il faut avoir à l’esprit l’élément suivant : si la croissance facilite les choses, elle ne remplace pas la volonté politique. Ainsi, dans les discours publics sur la retraite, on oublie souvent de rappeler que la percée la plus décisive en matière de droits sociaux a été réalisée avec la Sécurité sociale en 1945 et 1946 ; c’est-à-dire dans une France dévastée, dont la productivité était tombée en deçà du seuil atteint en 1929. Le financement du système de protection sociale dans son ensemble, et des retraites en particulier, nécessite une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre le capital et le travail. Dans une perspective de gauche, c’est un principe évident.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Pour que le droit à la retraite soit assuré, il faut garantir une certaine égalisation des conditions en procédant à une certaine répartition des richesses, à défaut de mettre en place des politiques générant davantage d’égalité. Par exemple, il faudrait que le salarié payé tout au long de sa vie au Smic — c’est un cas de figure qui existe — ait au moins de quoi vivre une fois à la retraite, sans basculer dans l’assistance. Comme l’a dit, en 1895, Jean Jaurès en défendant la loi sur les retraites ouvrières et paysannes : il faut « qu’il n’y ait plus là comme une organisation de charité, mais comme la reconnaissance du droit ». La retraite est en effet le droit social par excellence que ce soit pour la classe ouvrière et, plus largement pour l’ensemble des travailleurs, car ce mécanisme permet d’accéder à une sorte de propriété sociale, commune à chaque salarié.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Derrière l’actuelle réforme gouvernementale, se dessine déjà un mouvement en faveur d’un « big bang » à la suédoise. Se référant au modèle suédois, à la CFDT, au PS, au Modem et même à l’UMP, des voix s’élèvent pour unifier les régimes de retraites, individualiser les droits, au risque de renforcer les fonds de pensions. Est-ce une voie à suivre ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Le modèle suédois en matière de retraite ? Il faut se méfier des modes. De même dans le domaine du travail, on nous vante la « flexécurité » à la danoise. Bien sûr, nous avons toujours à apprendre de la comparaison internationale. Toutefois, les promoteurs des concepts comme le « modèle suédois des retraites » ou celui de « flexécurité à la danoise » en font une importation extrêmement sélective et partielle. Ainsi, ces modèles fonctionnent dans leur pays d’origine comme un tout. Or, personne en France ne propose de les transposer dans leur ensemble, c’est-à-dire avec leurs conditions d’application. Ainsi, dans ces pays, on compte 80% des salariés affiliés à un syndicat. On y trouve aussi un modèle social-démocrate qui impose des prélèvements sociaux bien plus importants qu’en France et une solide tradition de concertations entre patronat et syndicats.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dans le cas des assurances privées, on voit réapparaître immédiatement la distinction entre pauvres et riches. Ces derniers sont les seuls à pouvoir épargner suffisamment pour compenser l’affaiblissement des retraites du régime général de la Sécurité sociale. Si on soumet le droit à la retraite aux fluctuations du marché, inutile de dire que cette option comporte beaucoup de risques. Il suffit d’écouter ce qui se passe à la Bourse ces jours-ci&#8230; Revenons plus particulièrement au système de retraite suédois, sans entrer dans les détails, je reste méfiant en raison du rapport de force dominant en France, qui est très défavorable aux salariés. Dans ces conditions, il y a tout à craindre que l’importation d’un soi-disant « modèle suédois » en matière de retraite ne serve en définitive qu’à déconstruire notre propre système de retraite en revenant sur le principe de la répartition.</p>
<p style="text-align: right">Propos recueillis par Olivier Vilain (27 mai 2010)</p>
<p><strong>Source</strong> : http://www.bastamag.net/spip.php?article1044PROPRIÉTÉ SOCIALE</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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		</item>
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		<title>Les Robins des bois de la finance  par Ivan du Roy</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/05/27/les-robins-des-bois-de-la-finance-par-ivan-du-roy/</link>
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		<pubDate>Thu, 27 May 2010 10:42:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Taxer les transactions financières à hauteur de 0,05%. C’est la proposition d’une coalition internationale d’associations et de syndicats. Une telle taxe pourrait rapporter entre 500 et 1000 milliards par an ! De quoi commencer à régler les problèmes du monde, qu’ils soient alimentaires, sanitaires, sociaux ou climatiques. Angela Merkel est partante. Cette perspective intéressera-t-elle les autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Taxer les transactions financières à hauteur de 0,05%. C’est la proposition d’une coalition internationale d’associations et de syndicats. Une telle taxe pourrait rapporter entre 500 et 1000 milliards par an ! De quoi commencer à régler les problèmes du monde, qu’ils soient alimentaires, sanitaires, sociaux ou climatiques. Angela Merkel est partante. Cette perspective intéressera-t-elle les autres gouvernements du G20 ? Réponse fin juin, à Toronto.</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="font-weight: normal"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Annex-Flynn-Errol-Adventures-of-Robin-Hood-The_02.jpeg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2732" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Annex-Flynn-Errol-Adventures-of-Robin-Hood-The_02-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: justify">Entre 500 et 1000 milliards de dollars par an : c’est le magot que les Robins des bois de la finance proposent de récupérer sur les marchés financiers mondiaux pour les redistribuer. Qui sont ces nouveaux détrousseurs de spéculateurs ? C’est une coalition d’associations et de syndicats emmenés en France par Attac, en Allemagne, au Canada et au Royaume-Uni par les « <a href="http://robinhoodtax.org.uk/">Robin Hood Tax</a> » (« <a href="http://www.robinhoodsteuer.de/">Robin Hood Steuer</a> » en Allemagne) ou la « <a href="http://www.zerozerocinque.it/">zero zero cinque</a> » en Italie. Nombre d’ONG et de syndicats en font partie, du Secours catholique à la CGT (Frère Tuck et Petit Jean en somme, les célèbres compagnons de Robin des Bois). Les sociaux-démocrates allemands du SPD ont également rejoint ce rassemblement hétéroclite. On attend des nouvelles de la gauche hexagonale.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comment comptent-ils s’y prendre pour délier les bourses des shérifs de Goldman Sachs et forcer les coffres-forts des princes de la Société Générale ? Par une simple et minuscule taxe de 0,05% sur chaque opération financière transnationale. Un trader de Wall Street spécule sur l’euro… 0,05%. Un fonds de pension revend des actions…. 0,05% Un actionnaire touche des dividendes sur ses participations à l’autre bout du monde… 0,05%. Un joueur de foot transfère son confortable pécule dans une banque de Zurich… 0,05%. Environ 6.000 milliards de dollars transitent chaque jour par les virtuels circuits financiers mondiaux. 0,05% chaque jour, cela fait 3 milliards par 24h. L’Institut autrichien de recherche économique estime qu’une telle taxe pourrait rapporter entre 447 et 1022 milliards par an, même si les flux financiers baissaient considérablement. La taxe Tobin laisse la place à la taxe Robin.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Réduire les inégalités en une année</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Un tel impôt pourrait permettre de réaliser les « objectifs du millénaire pour le développement » fixés par l’Onu, que tout le monde a oublié depuis le passage à l’an 2000 : réduire l’extrême pauvreté et la faim, réduire la mortalité infantile, combattre le Sida ou le paludisme, assurer l’éducation primaire pour tous… Et cela pour un coût de 170 milliards de dollars. Il resterait encore assez de liasses de billets verts pour financer l’adaptation des pays pauvres au changement climatique et leur transition énergétique pour une dépense de 150 milliards. Le solde pourrait même servir aux États endettés par la crise financière et le sauvetage des banques à préserver leurs systèmes de protection sociale. Et tout cela en une année.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Techniquement, c’est faisable sans grande difficulté, même si les inventeurs des « <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Credit_default_swap">Credit Default Swap</a> » ou des « <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Leveraged_buyout">Leverage Buyout</a> » nous expliqueront le contraire lorsqu’il s’agit de mécanique financière qui ne leur profite pas. « <em>Cet argent peut être facilement collecté via les chambres de compensation et de règlement qui sont déjà utilisées pour tout échange important et par lesquelles transite chaque transaction financière, y compris celles qui se font de gré à gré. Toute transaction importante est réalisée en trois étapes : le transfert, la compensation et le règlement. Un simple marquage électronique peut automatiquement transférer le montant de la taxe vers les services fiscaux appropriés</em> », expliquent les Robins des Bois. Quand, sur les marchés financiers, on est capable de revendre au prix fort des produits financiers que l’on n’a pas acheté et dont le prix a baissé (vous suivez ?), on peut bien s’acquitter d’un petit 0,05%.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Angela Merkel en Richard Cœur de Lion ?</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Reste à franchir un obstacle non négligeable : l’opposition de l’administration US, d’une partie du gouvernement britannique, de plusieurs États européens comme la Suède et, bien évidemment, de la City de Londres et de Wall Street à New York. Le Parlement européen, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et la France ont déclaré y être favorables. « <em>Je ne pense pas que cela ruinerait les marchés si nous introduisions une taxe internationale, et je vais faire campagne pour cela</em> », a même lancé, le 20 mai, la chancelière allemande. Ralliera-t-elle d’autres seigneurs sous sa bannière pour venir en aide aux brigands altermondialistes ?</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Cette taxe sur les transactions financières sera proposée par les organisations de la société civile lors du prochain G20, à Toronto les 26 et 27 juin. Les gouvernements des vingt plus grandes puissances mondiales refuseront-ils de se servir d’un tel outil fiscal pour réduire les inégalités ? Certes, la taxe ne remettra pas fondamentalement cause la folle oppression de la finance. Mais c’est une première volée de flèches contre la forteresse des spéculateurs.</p>
<p style="text-align: justify">Ivan du Roy &#8211; 25 mai 2010</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : http://www.bastamag.net/article1041.html</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Crise financière, les six étapes d’un désastre</title>
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		<pubDate>Fri, 07 May 2010 20:32:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[L’agence de notation Standard &#38; Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?


Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>L’agence de notation Standard &amp; Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?</em></p>
<p style="text-align: center"><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/dominos.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2629" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/dominos.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify">Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur permettrait pas d’acquitter leurs engagements. Mais quels facteurs assombrissent ainsi leur horizon économique ? On peut facilement identifier l’un d’entre eux : les coupes budgétaires mises en œuvre sous la pression… des investisseurs et des <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/1997/02/WARDE/7764">agences de notation</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La boucle est ainsi bouclée. Avec le recul, les pièces éparses des krachs économiques à répétition survenus ces trois dernières années composent peu à peu le thème d’un puzzle bien connu. Son cadre : la vague de <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/RIMBERT/17031">déréglementation</a> financière des années 1980. Son nom : à crise de marché, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2002/09/HALIMI/16827">remèdes de marché</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Première étape : en 2007 les ménages américains, dont les revenus stagnent, notamment sous l’effet de la concurrence internationale, se trouvent dans l’incapacité de rembourser des prêts <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2008/12/BELKAID/16580">immobiliers</a> attribués sans souci de garantie par les banques saisies d’ivresse. Depuis l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000, la Réserve fédérale américaine maintient en effet des taux d’intérêts très bas, favorisant l’aventurisme des investisseurs.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Deuxième étape : en septembre 2008, la crise des subprime dégénère en crise bancaire, les bilans des établissements financiers se révélant farcis de crédits immobiliers insolvables ventilés aux quatre coins de la planète dans des produits financiers sophistiqués. Lehman Brothers chute ; la panique gagne ; les banques cessent d’accorder du crédit : l’économie est <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/11/CHESNAIS/18391">au bord de l’asphyxie</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Troisième étape : plutôt que de placer l’intégralité d’un secteur financier failli <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/HALIMI/16971">sous contrôle public</a>, les gouvernements acceptent de le renflouer en l’état. Les Etats s’endettent hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie. Mais, après vingt ans de baisse continue de la <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/KADRITZKE/18886">fiscalité</a>, les recettes ne suivent pas. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/CORDONNIER/18158">le chômage grimpe en flèche</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Quatrième étape. Requinqués par l’afflux d’argent public et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d’intérêts quasi-nuls, banques et fonds d’investissements reprennent leurs affaires ordinaires. Pendant la tourmente boursière, beaucoup ont reporté leurs avoirs du marché actions (perçu comme incertain) vers celui des dettes publiques (réputé sûr). Mais celles-ci enflent dangereusement et ne servent qu’un faible taux d’intérêt. Le faire monter : telle est la conséquence de « l’attaque » spéculative sur la dette souveraine des pays « périphériques » de l’Europe entamée après la révélation du maquillage des déficits grecs – carambouille effectuée avec l’aide de la banque d’affaires <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/HALIMI/18882">Goldman Sachs</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Cinquième étape. Dès lors que les puissances publiques se refusent à stopper la spéculation par la loi et par une aide immédiate à la Grèce, un cercle vicieux s’enclenche : il faut emprunter pour payer la dette ; réduire ses déficits pour emprunter ; tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits ; abaisser les salaires, les prestations sociales et « réformer » les retraites pour réduire les dépenses publiques. Autant de mesures qui appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques et incitent les agences de notation à dégrader les titres de la dette souveraine…</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">D’abord présentée aux Etats, la facture adressée par les banques pour le prix de leur propre impéritie échoit alors à son destinataire final : les salariés.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Sixième étape. L’effondrement des dominos européens. Nous y sommes. Miroir de la désunion européenne, le plan d’aide à la Grèce entériné le 11 avril tente tardivement de concilier tous les antagonismes : l’intervention du <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/ZACHARIE/17107">Fonds monétaire international</a> (FMI) avec le sauvetage des apparences communautaires ; la mise sous tutelle d’Athènes et le principe de souveraineté nationale ; l’intérêt bien compris des banques françaises et allemandes, lourdement exposées à la dette grecque, et le Traité de fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit la solidarité financière avec un Etat membre (articles 123 et 125) ; le montant des prêts initialement prévus (45 milliards d’euros, dont 15 par le FMI) et les sommes désormais jugées nécessaires pour endiguer l’activité spéculative (deux, voire trois fois supérieures) ; le modèle économique rhénan qui comprime les salaires pour dilater les exportations, et les balances commerciales négatives de ses voisins ; l’agenda politique de la chancelière allemande Angela Merkel, confrontée à un important scrutin régional le 9 mai, et celui des dirigeants des pays les plus endettés qui voient l’orage spéculatif aborder leurs rivages.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">En vertu de cet arrangement, la Grèce pourra emprunter à des taux moins élevés que ceux du marché (mais infiniment plus que ceux, pratiquement nuls, associés aux sommes débloquées sans limite par la Banque centrale européenne en faveur d’établissements privés en 2008 et 2009). Elle devra en contrepartie réduire de 5, voire de 6 points, un déficit budgétaire estimé à 14 % du produit intérieur brut. Une saignée violente, opérée prioritairement dans les budgets sociaux, mais déjà insuffisante aux yeux Berlin. Moins de dix jours après son annonce, les cortèges hostiles se succédaient dans les rues d’Athènes, le spectre du <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/CORDONNIER/18883">défaut de paiement</a> planait sur l’Acropole, la crise de la dette souveraine gagnait la péninsule ibérique et les rumeurs d’éclatement de <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/02/JACQUE/16835">la zone euro</a> se propageaient.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Faite d’improvisation, de crainte et de résignation face aux impositions de la finance, la réaction des Etats, des institutions européennes et du FMI se caractérise par <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/A/18934">l’absence de stratégie d’ensemble</a> : on se contente de répercuter la contrainte des marchés tout en jurant d’y résister. Elle incite les pays membres à se démarquer mutuellement dans l’espoir d’échapper aux paris des investisseurs. Une fois les « partenaires » placés en situation de concurrence, c’est à qui exhibera le plan d’austérité le plus drastique. A Lisbonne comme à Athènes, à Dublin comme à Madrid, résonne un mot d’ordre unique : « rassurer les marchés » – un an auparavant, les dirigeants du G20 promettaient de les dompter. Au fond, la dynamique réfracte involontairement la logique réelle de l’Union européenne, promise à tous comme un espace de solidarité et finalement livrée au dumping social, salarial, fiscal et maintenant spéculatif… <a href="http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-">D’autres solutions</a> s’offraient pourtant au choix des gouvernants.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme la mer qui se retire, la crise découvre la fragilité d’une <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/06/LORDON/17217">construction</a> qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire. C’est peu dire qu’il est perdu.</p>
<p style="text-align: justify">Auteur : Pierre Rimbert</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Source</strong> :</p>
<p style="text-align: justify">http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere</p>
<p>30 <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere">avril 2010</a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>La retraite, une affaire de jeunes !</title>
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		<pubDate>Fri, 07 May 2010 11:15:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Le gouvernement s’est engagé dans une nouvelle réforme à marche forcée du système de retraites. « Je veux dire aux jeunes de 20 ans que c’est justement pour eux que nous faisons cette réforme », affirme le ministre du travail Eric Woerth. Nous ne sommes pas dupes de cette hypocrisie. Une nouvelle fois, ce qui est mis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Le gouvernement s’est engagé dans une nouvelle réforme à marche forcée du système de retraites. <em>« Je veux dire aux jeunes de 20 ans que c’est justement pour eux que nous faisons cette réforme </em>», affirme le ministre du travail Eric Woerth. Nous ne sommes pas dupes de cette hypocrisie. Une nouvelle fois, ce qui est mis en place au nom des jeunes se fait sans eux, et surtout contre eux. En limitant le débat à l’acceptation pure et simple d’un nouvel allongement de la durée de cotisation<strong>, le gouvernement adresse aux jeunes un message implicite, mais clair : la retraite ce n’est plus pour vous ! </strong>Jeunes en insertion, salariés ou étudiants, c&#8217;est sur nous que reposera le financement du système de retraite dans les années à venir, et c’est nous qui subirons toute modification du système actuel. Nous refusons d’être les grands oubliés d’un débat qui nous concerne !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Jeunes, nous sommes attachés au droit à une retraite à 60 ans financée par répartition </strong></p>
<p style="text-align: justify">Attachés à  la solidarité entre les générations, nous souhaitons financer un système de retraite par répartition de haut niveau qui garantisse un niveau de pension permettant de vivre pleinement le temps de la retraite. Nous refusons que la retraite par répartition devienne un « filet de sécurité » a minima, insuffisant pour vivre. Nous refusons la logique d&#8217;une retraite basée sur la capitalisation individuelle, inefficace économiquement et inégalitaire socialement. Nous dénonçons la double peine que nous imposerait un nouvel allongement de la durée de cotisation ou un recul de l’âge légal de départ en retraite: nous finançons les pensions d&#8217;aujourd&#8217;hui, nous refusons d&#8217;avoir à épargner en plus pour nos vieux jours dans des fonds de pension qui peuvent être ruinés du jour au lendemain !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Un débat de société  escamoté par une nouvelle opération comptable </strong></p>
<p style="text-align: justify">Parce que la nature du système de retraite qui se met en place contribue à façonner la société de demain, nous refusons la volonté du gouvernement de réduire ce débat à une simple équation comptable. En se limitant à jouer sur la durée de cotisation, le gouvernement s’attaque directement à la solidarité sans aborder les véritables enjeux du système : garantie d’un taux de remplacement, pénibilité, allongement de la durée d’étude et d’insertion, chômage, inégalités hommes – femmes (Aujourd’hui le temps partiel subi, la précarité de l’emploi impactent fortement la retraite des femmes.), répartition du temps de travail et des richesses.</p>
<p style="text-align: justify">En instrumentalisant les analyses du COR (conseil d’orientation des retraites) pour imposer l’allongement de la durée de cotisation comme seule perspective, le gouvernement élude la question centrale de la répartition des richesses. Depuis 20 ans, la part de la richesse produite attribuée aux salaires ne cesse de diminuer au profit du capital.</p>
<p style="text-align: justify">Alors que notre pays n’a jamais été aussi riche, nous n&#8217;acceptons pas qu&#8217;il soit demandé à la jeunesse de travailler plus longtemps pour toucher une retraite moins importante, conduisant ainsi notre génération à vivre des conditions de retraites moins bonnes que celles de nos parents ! Il n’est pas acceptable que l’allongement de la durée de la vie soit synonyme de régression sociale.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Allonger la durée de cotisation ? Pour nous, c’est non ! </strong></p>
<p style="text-align: justify">Cela priverait les jeunes du droit à une retraite à 60 ans à taux plein. Pourquoi cet acharnement à reculer l’âge de départ en retraite quand le chômage des jeunes explose? L’augmentation des besoins de financement est une chance qu’il faut saisir. Nous refusons que le catastrophisme ambiant serve d’argument pour esquiver une nouvelle fois le débat sur la nécessaire augmentation des financements solidaires des retraites par répartition : taxation des stocks options et des revenus financiers, suppression du bouclier fiscal, élargissement de l’assiette des cotisations, suppression d’exonérations de cotisations. Si de nouvelles ressources doivent être immédiatement mobilisées, une véritable politique de l&#8217;emploi et de revalorisation salariale destinée à lutter contre le chômage et la précarité est également indispensable pour apporter les recettes nécessaires à la pérennité de notre système de retraite solidaire.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le système de retraites doit prendre en compte l’évolution de la société ! </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous réclamons des réformes qui garantissent nos droits sociaux, et nous souhaitons faire évoluer le système pour mieux prendre en compte l’évolution de la société et pérenniser le système par répartition.</p>
<p style="text-align: justify">L’allongement de la durée des études et le recul de l’âge moyen d’entrée dans un emploi stable (27 ans) conduisent les jeunes à commencer à cotiser plus tard que par le passé. Nous exigeons :</p>
<p style="text-align: justify"><strong>• la validation des années d&#8217;études et de formation dans le calcul des annuités </strong>ouvrant droit à la retraite, afin d’offrir à chaque jeune la garantie de pouvoir étudier sans être inquiété par son avenir, même lointain ;</p>
<p style="text-align: justify"><strong>• la validation des périodes de stages, </strong>intégrée dans une véritable règlementation contraignante (rémunération à 50% du SMIC dès le premier mois, reconnaissance et encadrement dans la formation) ;</p>
<p style="text-align: justify"><strong>• la validation des périodes d’inactivité forcée</strong>, et la prise en compte la situation des jeunes en situation d’insertion professionnelle pour qui l&#8217;enchaînement de stages, de CDD, d’emplois à temps partiel, de périodes d’intérim ou de chômage conduisent à accumuler des droits à retraite très incomplets ;</p>
<p style="text-align: justify">En ignorant plus longtemps ces évolutions qui caractérisent notre génération, le gouvernement refuse de garantir aux jeunes qu’ils pourront à leur tour bénéficier d’une retraite solidaire à de haut niveau !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les jeunes seront au rendez-vous du débat public pour affirmer que la retraite est l’affaire de tous ! </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous affirmons notre volonté d’agir ensemble dans les prochains mois afin de défendre l’exigence d’un système de retraites par répartition fondé sur la solidarité, qui garantisse à nos aînés comme aux générations futures une retraite de haut niveau à 60 ans.</p>
<p style="text-align: justify">Les jeunes refusent d’être les grands oubliés du débat  qui s’ouvrent et exigent du gouvernement qu’il renonce à l’allongement de la durée de cotisation. Nous demandons à être associés aux discussions en cours.</p>
<p style="text-align: justify">Nous appelons à  la création de comités jeunes locaux pour organiser la campagne au sein de la jeunesse. Nous appelons les jeunes à se saisir du débat sur les retraites, à participer aux initiatives de mobilisation.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le gouvernement ne peut aborder le débat sur les retraites sans l’avis des générations directement concernées par cet enjeu social majeur : les jeunes d’aujourd’hui !</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Organisations signataires : </strong> <strong>UNEF, UNL, FIDL, Sud Etudiant, LMDE, CGT, FSU, UEC, Attac Campus, JOC, Génération Précaire, MJS, MJCF, Jeunes Verts, JRG, Réseau jeunes du PG, NPA, Gauche Unitaire Jeunes, Branche jeune d’AL</strong></p>
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-13.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2614" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-13-300x38.png" alt="" width="300" height="38" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-3-11.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2615" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-3-11-300x45.png" alt="" width="300" height="45" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-4.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2616" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-4-300x128.png" alt="" width="97" height="41" /></a></p>
<p style="text-align: justify"><strong><em>L&#8217;appel peut être signé en ligne : http://www.retraites-jeunes.net</em></strong></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Volcan islandais, tsunami grec, séisme portugais&#8230; : à qui le tour ?</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 09:59:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[

Après l’Islande et la Grèce, le Portugal et l’Espagne viennent de voir leur note abaissée par les agences de notation financière, ce qui leur annonce des lendemains difficiles. À lire la plupart des commentateurs, les «marchés » qui spéculent contre ces pays semblent avoir la puissance d’une force de la nature. Rien ne pourrait s’opposer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/spip.php_1.jpeg"><img class="size-full wp-image-2596 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/spip.php_1.jpeg" alt="" width="300" height="165" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Après l’Islande et la Grèce, le Portugal et l’Espagne viennent de voir leur note abaissée par les agences de notation financière, ce qui leur annonce des lendemains difficiles. À lire la plupart des commentateurs, les «marchés » qui spéculent contre ces pays semblent avoir la puissance d’une force de la nature. Rien ne pourrait s’opposer à l’action des traders et des fonds spéculatifs, comme s’il s’agissait de catastrophes naturelles ou de divinités courroucées. Il n’y aurait d’autre issue que d’essayer d’apaiser leurs craintes en sabrant dépenses publiques, budgets sociaux et salaires. Des purges draconiennes sont annoncées pour « rétablir la confiance des marchés » sous l’égide du FMI. La France elle-même met en scène une réforme des retraites, dans l’espoir sans doute vain d’éviter le sort grec. Malgré les mesures d’austérité annoncées, la spéculation ne fait que s’intensifier. Mais comme c’est habituel avec le FMI, la purge annoncée va aggraver encore plus le mal – le chômage, la précarité, les inégalités. En s’enfonçant dans une spirale dépressive, sans pouvoir dévaluer leur monnaie nationale puisqu’ils n’en ont plus, les pays du Sud de l’Europe vont entraîner le reste du continent. Ils risquent d’être contraints de quitter la zone euro et de recréer des monnaies nationales, dévaluées par rapport à l’euro. Ils devront alors dénoncer leur dette publique, car ils ne pourront plus l’honorer. Les dominos tomberont les uns après les autres, et la France ne sera pas la dernière touchée.</p>
<p style="text-align: justify">Le risque d’effondrement de l’euro et donc de l’Union européenne dans les années (voire les mois) à venir devient réel. C’est ainsi que les spéculateurs s’enrichissent pendant les crises. Mais il n’y a là aucune fatalité naturelle, juste le prix du renoncement des États face au pouvoir de la finance. Ce renoncement n’est pas inéluctable, il est indécent de laisser les fonds spéculatifs et les banques manipuler les marchés de produits dérivés (les fameux CDS) pour créer la panique. Il faut cesser de recourir aux marchés financiers fauteurs de crise pour financer les déficits publics : aujourd’hui les banques et les fonds spéculatifs prêtent aux États à des taux usuraires des sommes empruntées à bon marché (1% pour les banques qui se refinancent auprès de la Banque centrale européenne) ! Il faut faire converger les politiques économiques par le haut et non par le bas : au moins autant que le manque de compétitivité de la Grèce ou de l’Espagne, c’est le dumping social et salarial de l’Allemagne qui est à la racine des déséquilibres européens. Une fiscalité européenne sur le capital permettrait de créer enfin un vrai budget européen et de renforcer les solidarités.</p>
<p style="text-align: justify">A court terme deux séries de mesures sont urgentes pour faire rentrer la lave de la spéculation dans son cratère et éviter la catastrophe économique, sociale et politique qui s’annonce :<br />
<strong>- Désarmer les marchés financiers :</strong> Il faut interdire l’achat de ces titres d’assurance aux spéculateurs qui ne détiennent pas d’obligations du pays concernés (« CDS nus »), et instaurer une taxation des transactions financières pour briser les mouvements spéculatifs de court terme.<br />
<strong>- Court-circuiter les marchés : </strong>la BCE doit acquérir (directement ou via les banques commerciales) les obligations d’État émises par les pays de la zone euro, ce qui réduira drastiquement la charge des intérêts de la dette.</p>
<p style="text-align: justify">Avec les syndicats et les mouvements sociaux de toute l’Europe, il est temps d’imposer une construction européenne qui préserve les intérêts des peuples, pas ceux de la finance. A l’opposé des réactions de repli nationaliste, Attac France sera au côté de ceux et celles qui défileront dans les rues des villes européennes le 1er mai et exprimera sa solidarité avec la grève générale grecque le 5 mai.</p>
<p style="text-align: right">
Attac France,<br />
Montreuil, le 29 avril 2010</p>
<p style="text-align: left">
source : <a href="http://www.france.attac.org/spip.php?article11214">http://www.france.attac.org/spip.php?article11214</a></p>
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		<title>Un projet de GDF-Suez met en danger les dernières tribus isolées d&#8217;Amazonie, par Jean-Marie G. Le Clézio et Jean-Patrick Razon</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 16:56:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[Le groupe GDF-Suez a entrepris en 2008 la construction de l&#8217;un des plus grands barrages du Brésil. D&#8217;une capacité de 3 300 MW, le barrage de Jirau, qui devrait entrer en exploitation d&#8217;ici deux ans, fait partie d&#8217;un programme controversé qui prévoit la construction de quatre centrales hydroélectriques dans le bassin de la rivière Madeira, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le groupe GDF-Suez a entrepris en 2008 la construction de l&#8217;un des plus grands barrages du Brésil. D&#8217;une capacité de 3 300 MW, le barrage de Jirau, qui devrait entrer en exploitation d&#8217;ici deux ans, fait partie d&#8217;un programme controversé qui prévoit la construction de quatre centrales hydroélectriques dans le bassin de la rivière Madeira, un affluent de l&#8217;Amazone. Ce projet, le plus important d&#8217;Amérique latine à l&#8217;heure actuelle, s&#8217;inscrit dans le &laquo;&nbsp;Programme de croissance accélérée&nbsp;&raquo; lancé en 2007 par le président Lula : il représente plusieurs centaines de kilomètres carrés de retenue d&#8217;eau, dont 258 km2 pour le seul barrage de Jirau ; il menace non seulement la diversité biologique et socioculturelle de la région, l&#8217;intégrité des territoires occupés par les peuples indigènes, les communautés riveraines et d&#8217;autres populations locales vivant dans la région du bassin de la Madeira, mais aussi la survie même de certaines des dernières tribus isolées du monde.</p>
<p>Principal affluent de l&#8217;Amazone, la Madeira est située dans l&#8217;Etat du Rondônia, au nord-ouest du Brésil. Dans les années 1980, le Rondônia avait été dévasté par le gigantesque projet de colonisation Polonoroeste, qui avait scandalisé l&#8217;opinion mondiale. Considéré comme l&#8217;un des pires désastres écologiques que la Banque mondiale ait jamais financé, ce programme a eu pour conséquence la disparition de plusieurs groupes indigènes et la destruction de plus de 25 % des forêts de cet Etat en l&#8217;espace d&#8217;une décennie.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/jmg-le-clezio.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2482" title="jmg-le-clezio" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/jmg-le-clezio-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a></p>
<p>Formé par la confluence de trois rivières descendant des Andes, la Madeira s&#8217;étend sur 1 700 kilomètres et son bassin, réparti entre le Brésil, le Pérou et la Bolivie, couvre près d&#8217;un quart de la région amazonienne. Région d&#8217;une exceptionnelle biodiversité, le bassin de la Madeira, dont l&#8217;apport nutritionnel est indispensable au maintien de l&#8217;équilibre biologique des plaines inondables situées le long de son cours et de celui de l&#8217;Amazone, abrite plusieurs centaines d&#8217;espèces de poissons et d&#8217;oiseaux, ainsi que de nombreuses espèces de mammifères menacées.</p>
<p>Le complexe hydroélectrique de la Madeira ne fait pas l&#8217;unanimité. Survival International et de nombreuses organisations de la société civile brésilienne et internationales ainsi que les communautés indiennes et les populations riveraines s&#8217;opposent farouchement à ce qu&#8217;elles qualifient de &laquo;&nbsp;désastre humain et écologique&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Actuellement en cours de construction, le barrage de Jirau devrait déplacer des milliers de familles riveraines et affecter directement les tribus indiennes qui vivent dans le bassin de la Madeira, y compris plusieurs groupes d&#8217;Indiens isolés qui vivent à proximité du site de construction.</p>
<p>Domingo Paraintintin, de la tribu paraintintin, qui sera directement affectée par le barrage, déplore : &laquo;&nbsp;Notre territoire est encore vierge. Nous espérons que ce projet sera stoppé, car ce sont nos enfants qui en subiront les conséquences. Ils n&#8217;auront plus assez de poissons, plus assez de gibier pour s&#8217;alimenter.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&laquo;&nbsp;GDF-Suez ne tient pas compte de nos communautés tout comme il ne respecte pas la rivière&nbsp;&raquo;, a déclaré Océlio Munoz, un dirigeant local du Mouvement des peuples affectés par les barrages : &laquo;&nbsp;Nos vies sont détruites par un modèle de développement qui traite le fleuve et la terre comme des marchandises.&nbsp;&raquo;</p>
<p>En dehors de son impact destructeur sur la biodiversité et les populations indiennes et riveraines, ce projet aura des conséquences catastrophiques sur les groupes d&#8217;Indiens isolés de la région. L&#8217;ouverture de routes de desserte locale favorisera la pénétration de colons qui, avec les ouvriers du barrage, prélèveront dans leurs zones de chasse et de pêche les ressources nécessaires à la survie de ces groupes et leur transmettront des maladies contre lesquelles ils n&#8217;ont pas, ou peu, d&#8217;immunité. Il est courant que la moitié d&#8217;un groupe isolé succombe à des maladies bénignes telles que la grippe ou la rougeole dans l&#8217;année qui suit son premier contact avec le monde extérieur.</p>
<p>La Funai, le département brésilien des affaires indiennes, a récemment rapporté que les Indiens isolés, qui vivent à une distance de 10 à 30 km du site de construction du barrage, s&#8217;enfuient, effrayés par le bruit des engins de chantier, vers une région exploitée par des orpailleurs avec lesquels la confrontation risque d&#8217;entraîner de violents conflits.</p>
<p>Ignorant certaines découvertes récentes qui montrent que l&#8217;impact des barrages sur le réchauffement planétaire serait souvent plus important que celui des centrales à combustibles fossiles de puissance équivalente, les promoteurs de ce projet hydroélectrique mettent en avant son caractère &laquo;&nbsp;écologiquement positif&nbsp;&raquo;, qui leur permettrait de combler les besoins croissants du Brésil en électricité, assurant ainsi son indépendance énergétique sans augmenter pour autant les émissions de gaz à effet de serre. On ne saurait &laquo;&nbsp;léser&nbsp;&raquo; 190 millions de Brésiliens au profit de quelques milliers d&#8217;Indiens, ou pour privilégier la survie de quelques centaines d&#8217;Indiens isolés – sans compter la préservation d&#8217;une biodiversité unique !</p>
<p>GDF-Suez, qui, selon ses propres termes, est un &laquo;&nbsp;acteur responsable au Brésil&nbsp;&raquo; qui &laquo;&nbsp;s&#8217;implique dans de nombreuses actions de soutien aux populations locales et de protection de la biodiversité&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;présente la particularité de s&#8217;engager activement aux côtés des communautés qui sont impactées par ses projets d&#8217;infrastructure en apportant un véritable soutien matériel et humain aux populations avec lesquelles elle interagit&nbsp;&raquo;, fait valoir que l&#8217;autorité environnementale brésilienne, l&#8217;Ibama, a validé dès 2006 l&#8217;étude d&#8217;impact environnemental relative au complexe hydroélectrique.</p>
<p>Seulement, cette étude d&#8217;impact était de portée limitée. Elle s&#8217;est restreinte à l&#8217;impact local du projet sans tenir compte de ses conséquences sur les pays voisins, la Bolivie (qui a officiellement protesté contre le barrage) et le Pérou, qui partagent le bassin du Madeira. Elle n&#8217;a pas sollicité le consentement libre, préalable et informé des peuples indigènes, comme le prévoient les législations internationales et nationales des pays concernés. Elle n&#8217;a pas tenu compte des preuves irrécusables de la présence de groupes d&#8217;Indiens isolés extrêmement vulnérables aux contacts avec le monde extérieur. Compte tenu d&#8217;expériences antérieures désastreuses, la politique de la Funai consiste désormais à ne pas entrer en contact avec les Indiens isolés mais à leur octroyer un territoire propre, leur seule chance de survie.</p>
<p>Une étude d&#8217;impact appropriée aurait nécessairement dû tenir compte des risques associés à la perte d&#8217;accès aux ressources naturelles, dont les terres communautaires et les ressources en accès public (pêcheries, agriculture dans les plaines alluviales, produits d&#8217;extraction en milieu forestier), à l&#8217;interruption des transports fluviaux et aux inévitables relocalisations involontaires ou forcées. Les compensations ou indemnisations consécutives, destinées aux familles directement affectées par la formation du lac d&#8217;alimentation du barrage, ont été nettement insuffisantes et reflètent bien les études d&#8217;impact incomplètes et partiales menées sur les populations riveraines.</p>
<p>GDF-Suez porte la responsabilité d&#8217;une série de violations du droit brésilien et du droit international, des lignes directrices établies par l&#8217;Association internationale de l&#8217;hydroélectricité et même des normes mises en place par elle-même dans le domaine de la responsabilité des entreprises. Elle est également comptable de déforestations illégales (qui ont fait l&#8217;objet de sanctions de l&#8217;agence fédérale de l&#8217;environnement) et des conditions de travail inhumaines imposées aux travailleurs du chantier de construction.</p>
<p>Transposée bien au-delà des &laquo;&nbsp;quelques arpents de neige&nbsp;&raquo; que Dieu – selon l&#8217;expression de Voltaire évoquant les terres improductives du Canada – aurait un jour abandonnés à Caïn, l&#8217;Amazonie, qui est devenue l&#8217;un des plus hauts lieux de convoitise internationale, est soumise aujourd&#8217;hui à l&#8217;exploitation la plus destructrice de son histoire. Et notre responsabilité, en tant que contribuables, y est pleinement engagée. Le gouvernement français étant actionnaire à 36 % de GDF-Suez, nous cautionnons tous, non seulement la destruction d&#8217;une région d&#8217;une exceptionnelle biodiversité, mais surtout la disparition, plus que probable, de quelques-unes des dernières sociétés qui constituent une part essentielle de la diversité humaine. Les organisations de la société civile, qui tenaient le contre-sommet de Davos en janvier dernier, ont été bien éclairées de couronner GDF-Suez du Public Eye Award, un &laquo;&nbsp;prix de la honte&nbsp;&raquo; visant à dénoncer l&#8217;attitude irresponsable des compagnies multinationales envers les êtres humains et l&#8217;environnement. L&#8217;œil était dans la tombe et regardait Caïn.</p>
<p><strong>Auteurs :<br />
Jean-Marie G. Le Clézio, écrivain, Prix Nobel de littérature<br />
Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International (France)<br />
Source : LEMONDE.FR | 07.04.10</strong></p>
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		<title>A la recherche de l&#8217;impôt juste</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Apr 2010 08:12:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Au moment où le bouclier fiscal suscite des discussions de plus en plus vives, un philosophe, un sociologue et un économiste expliquent dans « La Croix » ce que serait à leurs yeux un système fiscal plus juste.
«Seul l&#8217;impôt profitant à l&#8217;ensemble de la société est juste» (Serge-Christophe Kolm, philosophe et économiste)
«Trouver un consensus autour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au moment où le bouclier fiscal suscite des discussions de plus en plus vives, un philosophe, un sociologue et un économiste expliquent dans « La Croix » ce que serait à leurs yeux un système fiscal plus juste.<span id="more-2441"></span></p>
<h3>«Seul l&#8217;impôt profitant à l&#8217;ensemble de la société est juste» (Serge-Christophe Kolm, philosophe et économiste)</h3>
<p>«Trouver un consensus autour d’un impôt juste s’avère extrêmement complexe. Pourquoi ? Tout simplement parce que la justice en matière de redistribution dépend du corpus de valeurs de chacun. Un ultralibéral, par exemple, considère que les revenus tirés de son travail sont sa propriété. À ses yeux, le prélèvement d’une partie de son salaire à des fins redistributives constitue une forme d’expropriation. À l’entendre, l’imposition est intrinsèquement injuste.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/isf_article.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2442" title="isf_article" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/isf_article.jpg" alt="" width="400" height="273" /></a></p>
<p>Selon d’autres, à l’inverse, nos revenus découlent en grande partie de nos capacités intellectuelles, de nos origines sociales, de notre éducation, etc. Bref, de paramètres globalement aléatoires. Envisagés sous cet angle, les revenus semblent arbitraires et peu corrélés au mérite. Dans cette perspective, il est souhaitable et juste de taxer très fortement les hauts revenus. C’est ce que promeuvent, par exemple, les partisans de l’égalitarisme.</p>
<p>L’idée que l’on se fait d’un impôt juste découle donc de la façon dont on définit les notions de propriété individuelle ou de mérite personnel. Inutile de dire que les libéraux et les égalitaristes divergent sur ce point. C’est d’ailleurs souvent notre position dans la société qui nous fait adhérer à l’un de ces deux grands systèmes.</p>
<p>Nous optons, en fait, pour le modèle répondant le mieux à nos intérêts personnels. On trouve certes ça et là des individus très aisés partisans de l’égalitarisme mais, en général, ils apporteront plutôt leurs suffrages aux tenants du libéralisme. En face, les plus démunis auront tendance, eux, à dénoncer l’arbitraire de leur position sociale et à réclamer une forte redistribution par l’impôt.</p>
<p>Il faut, selon moi, dépasser cet antagonisme. Comment ? En amenant chacun à faire abstraction de ses intérêts particuliers, tâche ardue ! , et à se poser la question suivante : “Quel est l’impôt juste, non pas pour moi mais pour l’ensemble de la collectivité ?” En effet, seul l’impôt profitant à l’ensemble de la société peut être qualifié de juste.</p>
<p>À partir de là se posent deux questions complémentaires. La première consiste à se demander s’il existe des besoins de base auxquels il est impératif de répondre. Si tel est le cas, on peut estimer que tout impôt permettant de financer ces besoins sera juste. L’autre question est celle de savoir à partir de quel niveau d’imposition les individus risquent d’être désincités à créer de la richesse, au motif qu’il leur semble injuste d’être aussi fortement taxés. Un tel désengagement s’avérerait contre-productif pour la société. »</p>
<h3>«L&#8217;impôt juste est celui qui prépare l&#8217;avenir» (Michel Wieviorka, sociologue)</h3>
<p>«Avant même de réfléchir à la manière dont il est prélevé, on pourrait se poser la question de la justesse de l’impôt en fonction de son poids. Un impôt lourd n’est pas forcément un impôt juste. Il y a des États qui prélèvent peu mais qui ont une affectation juste et inversement. Donc, le fond du sujet n’est pas que celui du volume.</p>
<p>Techniquement, il y a des impôts qui évoluent plus ou moins selon les revenus des ménages. Je pense pour ma part que l’impôt progressif ne suffit pas, et qu’il faut tendre vers un impôt vraiment proportionnel. Je pense de ce point de vue que la TVA est un impôt injuste, mais c’est là une question de philosophie politique.</p>
<p>Au-delà de ces considérations, la question de fond est moins celle du poids ou du mode de prélèvement de l’impôt que celle de son usage. Si l’on considère que le modèle de société souhaité est celui d’un monde où le meilleur gagne en s’appuyant sur ses seules forces individuelles, on n’aura pas la même conception de l’impôt que si l’on aspire à une société de solidarité avec les plus démunis. L’impôt est là pour répondre à des attentes.</p>
<p>Mais que constate-t-on ? Les Français ont le sentiment de ne plus savoir où va leur pays. Et ils ont le sentiment d’une perte de sens du politique. Ils ne savent plus très bien à quoi servent les élections régionales, s’il faut être pour ou contre l’Europe… Pourquoi tant d’angoisse, tant d’incertitude dans cette société contemporaine ? Parce que, au fond, la France n’a pas encore terminé sa lente sortie de l’ère industrielle qui dure depuis maintenant quarante ans. Tous nos repères traditionnels ont vacillé.</p>
<p>Dans un tel contexte d’inquiétude, je pense qu’un impôt juste est celui qui contribue à la reconstruction d’un avenir. Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Si je prélève des impôts pour sauver l’emploi et protéger l’industrie telle qu’elle est, il y a de fortes chances pour que vous le trouviez injuste. En revanche, si je prélève l’impôt pour préparer autrement la mobilité dans l’espace, l’urbanisme, l’utilisation de l’énergie, je contribue à redonner du sens à un projet collectif.</p>
<p>Un programme de gauche comme de droite qui commencerait par dire : “Voilà la fiscalité que je propose” passerait donc à côté de l’essentiel. La fiscalité est un moyen au service d’une vision et non l’inverse. Il porte un projet qui s’adresse aux citoyens d’aujourd’hui mais qui prend aussi en compte les générations à venir. »</p>
<h3>«Il faudrait rendre le système plus simple et plus homogène» (Jacques Le Cacheux, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques-OFCE)</h3>
<p>« Pour définir un impôt juste, les économistes distinguent deux dimensions. La justice horizontale, d’abord, consiste à dire : à situation identique, traitement identique. Ce qui, en matière fiscale, revient à appliquer un même impôt aux personnes qui ont un niveau de vie comparable.</p>
<p>La justice verticale, elle, consiste à prélever plus les personnes les plus aisées et moins les personnes les plus modestes, de façon à assurer une redistribution des revenus. Ce critère est plus subjectif car, si toutes les sociétés modernes considèrent qu’il est normal de pratiquer une justice verticale, le degré de redistribution acceptable est sujet à des jugements de valeur.</p>
<p>Hélas, la fiscalité française ne répond plus ni à l’un ni à l’autre de ces deux critères. Concernant la justice horizontale, elle ne traite pas pareil les personnes qui ont des situations économiques comparables. Elle taxe ainsi différemment les revenus du capital et ceux du travail. Et, dans les revenus salariaux, le salaire fixe et les heures supplémentaires ne sont pas imposés de la même façon. Les niches fiscales aggravent encore ces disparités.</p>
<p>Concernant la justice verticale, l’impôt sur le revenu est devenu de moins en moins progressif avec la réduction du nombre de tranches et la diminution des taux marginaux, ce qui a rendu le barème moins « pentu ». La TVA est aussi par nature non redistributive. Ensuite, le bouclier fiscal, qui plafonne l’impôt à 50 % des revenus, limite clairement la justice verticale. Enfin, dernier exemple, la CSG, créée dans les années 1990, qui est appliquée avec le même pourcentage quel que soit le revenu, et sans quotient familial, est moins progressive que l’impôt sur le revenu.</p>
<p>Pour rendre la fiscalité française plus juste, il faudrait arrêter de réformer morceau par morceau, comme on l’a fait ces dernières années, mais regarder les impôts comme un tout pour tenter de rendre le système plus simple et plus homogène. On pourrait, par exemple, fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG en un impôt global fonctionnant avec les mêmes règles.</p>
<p>Une autre réforme consisterait non pas à supprimer toutes les niches fiscales, dont certaines ont des justifications économiques, mais à y mettre bon ordre. Il s’agirait d’éliminer celles qui sont contraires à l’équité sans être très efficaces économiquement. Je pense aux incitations immobilières, comme la déduction fiscale sur les intérêts d’emprunts ou les dispositifs Scellier ou Robien, qui parviennent plus à défiscaliser qu’à orienter l’investissement. »</p>
<p><strong>Propos recueillis par Marie BOËTON, Bernard GORCE, et Nathalie BIRCHEM<br />
Source : </strong><a href="http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2420713&amp;rubId=4076#" target="_blank"><em><strong>La Croix</strong></em></a><strong>, édition du 31 mars 2010</strong></p>
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		<title>La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l&#8217;Europe</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Mar 2010 10:34:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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16 mars 2010
La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-weight: normal"><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/photo_1268630791683-1-2diaporama480x320.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2385" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/photo_1268630791683-1-2diaporama480x320-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a></p>
<p>16 mars 2010</p>
<p style="text-align: justify"><em>La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise. Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances. On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. » Cela ne vous évoque rien ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">La Grèce est très endettée et la finance internationale attaque ce maillon faible de la zone euro pour tester la cohésion de l’ensemble, avant éventuellement de spéculer contre d’autres pays pour générer d’énormes profits.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La réaction à cette attaque devrait entraîner la mise « sous tutelle » de la Grèce par la Commission européenne, par ses partenaires au sein de la zone euro et/ou par un éventuel Fonds monétaire européen. A l’instar des pays du Tiers-Monde à partir des années 1980, la Grèce va se voir imposer un programme d’ajustement économique et social drastique, traduisant sa Tiers-Mondialisation qui préfigure sans doute celle d’autres pays européens.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La Grèce enregistre des déficits publics importants qui doivent être financés par l’emprunt dont le cumul accroît le volume de la dette de l’État. Pour rétablir la confiance de ses bailleurs de fonds privés, le pays doit réduire son endettement. A défaut, la prime de « risque », réclamée par les bailleurs, qui s’ajoute au taux d’intérêt « normal » pourrait conduire à un taux usuraire. Georges Papandréou n’a pas le choix, il doit impérativement s’endetter moins, voire diminuer le volume de la dette grecque.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>L’exemple du Tiers-Monde en 1982</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">La situation de la Grèce, liée au « surendettement », n’est pas sans rappeler celle des pays du Tiers-Monde lors de la crise de la dette de 1982. En effet, pour pouvoir faire face à leurs obligations financières, les pays du Sud, en quasi cessation de paiements, ont été « aidés » par le FMI et par la Banque mondiale. Ces institutions ont accordé des prêts aux pays du Sud afin qu’ils puissent rembourser leurs banques créancières. Lesdites banques ont ainsi pu transférer au FMI et à la Banque mondiale une bonne partie de leurs créances « pourries » (ou « actifs toxiques » en langage politiquement correct). En contrepartie, les pays « aidés » se sont vus imposer des programmes d’ajustement structurel, traduction du consensus de Washington [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb1">1</a>] d’inspiration néolibérale monétariste.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">A travers l’application de ses dix commandements, le consensus de Washington vise à permettre aux pays sous ajustement de recouvrer la capacité d’assurer le service (principal + intérêts) de leur dette extérieure. Il faut, à n’importe quel prix, dégager des fonds pour payer les créanciers.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Réduire le déficit de l’Etat</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Cette démarche passe par la compression des dépenses et l’augmentation des recettes de l’État.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’action sur la dépense publique implique la réduction :</p>
<p style="text-align: justify">• de la masse salariale de la fonction publique (baisse des effectifs et/ou du niveau des traitements)</p>
<p style="text-align: justify">• des autres dépenses de fonctionnement (éducation, social&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">• des subventions (services publics, associations&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">• des investissements publics (infrastructures&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’augmentation des recettes réclame :</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">• l’alourdissement de la fiscalité</p>
<p style="text-align: justify">• la privatisation de services publics rentables (eau, électricité&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Plus généralement, la croissance est censée élargir les marges de manœuvre par le développement de l’activité économique qui, mécaniquement, augmente les recettes de l’Etat. La croissance peut être tirée par les exportations si la production nationale gagne en compétitivité externe, grâce à la dévaluation de la monnaie nationale, ou, si cette opération se révèle impossible, par la désinflation compétitive (comme pour le franc CFA avant la dévaluation de 1994 [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb2">2</a>] ) qui consiste à obtenir un taux d’inflation plus faible que celui des pays concurrents.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La philosophie des programmes d’ajustement est, in fine, d’une part, de tenter d’augmenter la production locale de surplus (par la croissance) et, d’autre part, de réduire la consommation locale dudit surplus afin de l’exporter. En aucun cas, il s’agissait de se préoccuper du bien-être des populations.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Un bilan des ajustements dramatique</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Malgré de nombreuses études financées par la Banque mondiale et le FMI, tendant à démontrer que l’ajustement générait de la croissance et, par effet de ruissellement, bénéficiait même aux pauvres. Les conséquences sociales négatives ont été rapidement mises à jour et dénoncées [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb3">3</a>] . Ainsi, la pauvreté s’est accrue et les classes moyennes préexistantes ont été paupérisées. Les populations du Sud ont subi les conséquences funestes de l’ajustement pour rembourser des dettes dont elles n’avaient que peu profité.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La Grèce « inaugure » les politiques d’ajustement en Europe</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Jusqu’à présent, l’ajustement néolibéral imposé était réservé aux pays « non développés ». La Grèce inaugure le processus de Tiers-Mondialisation de l’Europe en passant sous les fourches caudines de « l’ajustement ». A l’instar des pays du Tiers-Monde, il s’agit de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour rembourser la dette extérieure à travers la réduction du périmètre de l’État, la privatisation, la dérégulation, les coupes claires dans les budgets de santé, d’éducation&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La Grèce est un test pour l’Europe néolibérale</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">L’inconnue reste la réaction populaire. La population va-t-elle accepter l’austérité ? Déjà, des grèves et des manifestations se déroulent. Hier, le 11 mars, plus de 100 000 personnes manifestaient dans les rues d’Athènes. Au Portugal et en Espagne, la mobilisation sociale s’opère. L’ajustement va-t-il buter sur l’obstacle social ? D’autant plus que les conséquences des troubles sociaux pourraient atteindre le domaine politique avec l’émergence et l’éventuelle arrivée au pouvoir de forces politiques situées en-dehors du « consensus » : droite « molle » &#8211; gauche « caviar ». Mais, là aussi, les élites complices peuvent trouver l’inspiration dans l’expérience du Tiers-Monde pour faire « passer » les réformes.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La faisabilité politique de l’ajustement</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Dans les années 1990, de nombreux travaux ont été menés, au sein de l’OCDE, sur la faisabilité politique de l’ajustement néolibéral [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb4">4</a>]. Christian Morrisson prévient : « l’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 1980 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes » (p. 6). Il convient de minimiser les risques et adopter une stratégie politique adéquate.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Prendre des mesures politiquement et socialement peu risquées</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">A partir de plusieurs études-pays, Christian Morrisson met en avant « l’intérêt politique de certaines mesures [...] : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. Cela ne signifie pas que ces mesures n’ont pas des conséquences économiques ou sociales négatives : la chute des investissements publics ralentit la croissance pour les années à venir et met sur-le-champ des milliers d’ouvriers du bâtiment au chômage, sans allocation. Mais nous raisonnons ici en fonction d’un seul critère : minimiser les risques de troubles » (p. 16). Peu importe, « dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures [dans les investissements publics] qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique » (p.17). « La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes [d’ajustement] » (p. 29).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Selon Christian Morrisson, cette mesure est « moins dangereuse politiquement » que d’autres « et elle touche les classes moyennes plutôt que les pauvres » (p. 29). En cas de troubles (grèves&#8230;), « le gouvernement a toutefois les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires. Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale, le seul choix possible est de licencier ou de réduire les salaires et qu’il préfère la seconde solution dans l’intérêt de tous. Les expériences de plusieurs gouvernements africains montrent que ce discours peut être entendu » (p. 29). Ce qui est vrai en Afrique l’est certainement sous d’autres cieux.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Agir sur la qualité des services publics</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (p. 30). Sans commentaire !</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Diviser et opposer pour imposer</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">« Un gouvernement peut difficilement [ajuster] contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement. » (p. 17). Comme « la plupart des réformes frappent certains groupes tout en bénéficiant à d’autres, [...] un gouvernement peut toujours s’appuyer sur la coalition des groupes gagnants contre les perdants » (p. 18). Il faut donc diviser et opposer pour imposer.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Un régime « dictatorial » serait idéal pour imposer les réformes</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">« Une comparaison pour les pays d’Amérique latine entre des régimes démocratiques comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou, et des régimes militaires, comme l’Argentine et le Chili, en 1981-82, montre que les troubles sont plus rares lorsque le régime est militaire [...] La comparaison entre les deux expériences de l’Argentine sous un régime militaire (en 1981) et en démocratie (1987) est parlante : le niveau de protestation a été trois fois plus élevé en 1987 et il y a eu beaucoup plus de manifestations » (p. 12). Ainsi, un régime dur serait idéal pour imposer les réformes. Le néolibéralisme serait-il en train de déraper ?</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Au total, la Grèce préfigure bien la Tiers-Mondialisation de l’Europe .</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Par Bernard Conte, Maître de conférences à l’université de Bordeaux, 12 mars 2010</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Notes : </strong></p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh1">1</a>] Voir : <a href="http://conte.u-bordeaux4.fr/Enseig/Lic-ecod/docs_pdf/Webconswash.pdf">Le consensus de Washington</a></p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh2">2</a>] Bernard Conte, <a href="http://conte.u-bordeaux4.fr/Publica/conte_dt20.pdf">Dévaluation du Franc CFA et équilibre des paiements courants</a>, DT n°20, C.E.D., Bordeaux, 1997</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh3">3</a>] Voir par exemple : Cornia, Giovanni Andrea, Richard Jolly, and Frances Stewart. Adjustment with a human face. Protecting the vulnerable and promoting growth vol 1. Oxford : Clarendon Press, 1987</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh4">4</a>] Cf. Christian Morrisson, La faisabilité politique de l’ajustement, Paris, Centre de développement de l’OCDE, Cahier de politique économique n° 13, 1996. (jusqu’à la dernière note, les numéros de page des citations se réfèrent au présent document).</p>
<p>Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003</p>
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		<title>Promouvoir la justice, par Etienne Grieu, s.j.</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:55:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
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		<description><![CDATA[Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment promouvoir la justice ? De quels leviers disposons-nous ? Qu’est-ce qui se joue pour le chrétien, dans ce genre de combat ? Pour tenter de répondre à ces questions, je souhiaterais m&#8217;arrêter d’abord sur la notion de justice. La perspective que je vous proposerai est la suivante : on peut distinguer, en fait, deux dimensions de la justice, toutes deux indispensables et indissociables &#8212; mais distinguables malgré tout. D&#8217;abord un sens courant, qui associe la justice à des calculs bien effectués. Et un sens qui apparaît moins immédiatement, qui associe la question de la justice à celle du dévoilement des potentialités que les êtres portent.<span id="more-2308"></span> Je propose d’explorer successivement ces 2 dimensions, à partir de quoi nous reviendrons sur la question des leviers, des points d’appui, et sur ce qui se joue pour le chrétien dans ce genre de combats.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2309" title="Etienne Grieu" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Etienne-Grieu.jpg" alt="" width="360" height="480" /></a></p>
<h3>1- La justice : une rétribution proportionnelle à ce que chacun apporte</h3>
<p>Le premier versant de la question de la justice (telle qu’on l’entend habituellement), c’est finalement une question de comptes bien faits (image de la balance) &#8212; que les rétributions soient proportionnelles à ce qui a été apporté par chacun. Alors, bien entendu, dès que l’on creuse un peu, on s’aperçoit que c’est un tout petit peu plus complexe que cela, car quel critère va-t-on prendre pour évaluer une prestation ?</p>
<p>En effet, il y a différents critères possibles. Si vous prenez comme valeur phare l’efficacité, vous n’évaluerez pas une contribution de la même manière que si vous choisissez la créativité comme valeur ultime.</p>
<p><strong>a) Quels critères pour mesurer ?</strong></p>
<p>Un sociologue comme Luc Boltanski a montré qu’il y a 6 ou 7 manières différentes d’évaluer une contribution. Chacune de ces manières d’évaluer peut être associée à une vision du monde qui a sa cohérence et prétend pouvoir régenter le vivre ensemble ; c’est pourquoi il les appelle des « cités ». Ces manières d’évaluer proposent différents critères pour évaluer une prestation. Par exemple le critère :<br />
- de la créativité (est-ce que la prestation sort de l’ordinaire ?)<br />
- des relations de connivence et d’influence (est-ce qu&#8217;elle crée un lien qu’on va pouvoir faire jouer ?)<br />
- de la notoriété (est-ce qu&#8217;elle entraîne l’adhésion ?)<br />
- de ce que ça apporte quant aux règles du jeu (est-ce que la prestation aide à vivre ensemble ?)<br />
- de la rentabilité marchande (est-ce qu&#8217;elle rapporte ?)<br />
- de l’efficacité (est-ce que ça marche, est-ce qu’on avance ?)</p>
<p>La pluralité des critères possibles va entraîner disputes et compromis.</p>
<p><strong>b) Disputes et compromis</strong></p>
<p>Puisqu’on dispose de plusieurs règles graduées, il va falloir se mettre d’accord sur celle que l’on privilégie. Chaque manière de compter peut critiquer les autres manières de compter. D’où des disputes souvent complexes, qui portent simultanément sur la prestation qui a été fournie, et sur la manière de l’évaluer, sur le type de grille qu’on privilégie. Heureusement : ces manières d’évaluer ne sont pas absolument incompatibles les unes avec les autres. Entre elles, des compromis sont possibles.</p>
<p>Cet aspect de la justice qui compte, évalue et dispute n’est en aucun cas à négliger ou mépriser au nom de la foi chrétienne (comme si nous étions au dessus de ces calculs mesquins).</p>
<p><strong>c) Indispensable calcul des rémunérations</strong></p>
<p>En effet, nous avons absolument besoin de règles du jeu pour vivre ensemble :<br />
- lorsque quelques exceptions ne jouent pas le jeu, ça perturbe déjà pas mal,<br />
- si personne ne jouait le jeu, ce serait la catastrophe.</p>
<p>Si ces manières d’évaluer en vue de rémunérer nous manquaient, nous irions vers le chaos. La société deviendrait une sorte de grosse mêlée ou chacun est imprévisible pour les autres. Autrement dit, pas moyen de se mettre d’accord sur ce qu’on peut attendre de chacun, et cela parce qu’il n’y a aucun outil de mesure qui fasse référence et qui puisse être accepté par tous. A travers cette question de justice, il s’agit d’un effort de rationalisation (pas au sens d’une rationalité technique, mais de ce qui est raisonnable, de ce qui permet d’échapper au non sens).</p>
<p>C’est sans doute à cause de cette menace du chaos que personne n’osera délibérément dire qu’il faut renoncer à compter, à évaluer, à rémunérer en proportion de ce que chacun apporte. C’est pourquoi la posture du cynique n’est acceptée que de manière exceptionnelle (comme en fait une critique radicale de tous les critères sauf un, celui de l’originalité).</p>
<p>Nous sommes tous conscients de ce que la société repose sur ce type d’accords implicites que nous passons entre nous et qui permettent de vivre ensemble. En même temps, nous avons conscience aussi de la fragilité de ces accords (si l’un dit : vous ne jouez pas le jeu, vous trichez et entre dans la violence, c’en est fini). Cela dit, on peut questionner le poids donné à certains critères. Et insister sur la légitime pluralité des manières de mesurer.</p>
<p><strong>d) Refuser la survalorisation de certains critères</strong></p>
<p>Si un critère l’emportait sur les autres au point de les éliminer, n&#8217;aboutirions-nous pas à un considérable appauvrissement de l’humanité ? Actuellement, ce qui tend à l’emporter, c&#8217;est :<br />
- le critère marchand (qu’est-ce que ça rapporte ? qu’est-ce que ça vaut ? importance de l’échange monétaire)<br />
- le critère de la notoriété (est-ce que ça fait qu’on est connu, et qu’on entraîne l’adhésion ? société des médias)<br />
- le critère de l’efficacité (est-ce que ça marche ? importance de la technique)</p>
<p>Les autres critères me semblent davantage remisés dans l’ombre, et cela entraîne sans doute un appauvrissement de ce que nous faisons. Cela dit, il faut en même temps noter les limites de ce type de fonctionnement, qui accorde tant d’importance au calcul.</p>
<p><strong>e) Les limites de la justice qui calcule</strong></p>
<p>Les règles graduées nous stimulent : elles donnent envie à chacun de parvenir à être le plus performant possible à partir du critère privilégié. Mais, elles ne font que nous situer sur une échelle (elles permettent de repérer où est le curseur). Je dis de « nous situer », j’aurais dû dire de situer « ce que j’ai fait », ou « ce que nous avons fait », car en fait, ces instruments de mesure ne peuvent pas classer les personnes mais seulement leurs prestations. <strong><em>Elles ne parviennent jamais à dire la singularité d’une personne</em></strong>.</p>
<p>Mais, dans les faits, nous sommes sans doute très tentés de penser <em>comme si</em> ces règles graduées avaient le pouvoir d’évaluer la personne &#8212; comme si, en mesurant ses capacités, elles disaient la vérité sur ce qu’est cette personne. Or cela, évidemment, est faux. Car une personne est irréductible aux prestations qu’elle peut produire.</p>
<p>Conséquences :<br />
- nous sommes très souvent occupés à classer : qui est au-dessus de qui (en fonction de tel ou tel critère) ;<br />
- on est prêt à tuer père et mère pour obtenir d’être bien classé (bien évalué, conformément aux critères en vigueur). Car on pense que ce que l’on est dépend de ce classement ; on pense que c’est cela qui nous fait vivre ;<br />
- Ceux qui sont le plus souvent perdants quel que soit le critère retenu, sont socialement morts, n’existent plus, ne valent rien.</p>
<p>Ceci, traduit en termes théologique, a un nom : ça s’appelle l’idolâtrie. Une idole, c’est :<br />
- ce qui prétend donner la vie sans le faire ;<br />
- et qui énonce des exigences terribles, qui ont quelque chose de mortifère.</p>
<p>A partir de là, il ne s’agit pas de mépriser, bien entendu, cette justice qui fait des comptes. Elle est indispensable pour que nous puissions vivre ensemble. Et il convient, bien entendu, de la promouvoir en faisant droit au débat et aux disputes auxquelles elle donne lieu. Cela dit, on sent bien que cette justice qui compte ne dit pas le tout de ce que nous sommes, et que les classifications qu’elle permet d’établir peuvent être très dangereuses si l’on se met à croire qu’elles disent la vérité de ce que nous sommes.</p>
<h3>2- La justice : le plein dévoilement de ce que chacun est</h3>
<p>D’où l’importance de ne pas oublier un second versant de la question de la justice. Là, il est question moins de comptes bien faits, que du sentiment, pour chacun, d’avoir pu donner sa pleine mesure, d’avoir pu faire passer au jour, ce qu’il porte de manière secrète ou latente en lui, d’avoir pu partager au moins un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Sommes-nous ici encore dans le champ de la justice ? Oui, je le pense, car chacun sentira comme une injustice le fait de n’avoir pas pu exprimer ce qu’il est, ce qui en lui était destiné à contribuer à la vie du monde. C’est ce que des philosophes ont thématisé autour du thème de la reconnaissance (Axel Honneth, Emmanuel Renaut, Paul Ricoeur). A la limite, on pourra voir tous les conflits autour de la justice qui calcule, comme des effets d’un désir de justice plus fondamental, mais qui s’exprime plus difficilement (on a un peu honte d’avouer : je désire être reconnu).</p>
<p><strong>a) Les plus démunis radicalisent la question de la justice</strong></p>
<p>Personnellement, ce qui m’a rendu sensible à cet aspect de la question de la justice, ce sont les personnes qui connaissent la grande pauvreté. Il me semble qu’on peut dire qu’ils radicalisent la question de la justice. Ces personnes, en général, ont un sens aigu de la justice. Mais elles ne visent pas d’abord une meilleure rétribution de leurs prestations, ni ne revendiquent des gratifications proportionnelles à ce qu’elles ont apporté. En ce sens-là, elles ne se satisferaient sans doute pas d’une manière de concevoir la justice qui s’en tient à calculer à partir d’échelles de grandeurs. Elles associent en fait la justice au dévoilement de la vérité, vérité qui porte sur les êtres eux-mêmes, et qui échappe à toute mesure, à tout tableau comptable.</p>
<p>Voici un petit poème réalisé par des membres du Sappel (Chrétiens du Quart-Monde) pour un chemin de croix :</p>
<p><em>« L’oubli est présent,<br />
vie injuste,<br />
abandonnée depuis le plus jeune âge,<br />
la vérité n’est pas faite. »</em></p>
<p>Voilà, il me semble, la protestation ultime des plus pauvres. La vérité en question porte sur ce que l’on est. On ne peut pas en dire beaucoup plus, précisément, parce que cette vérité demeure masquée : ce que l’on est vraiment – que l’on peut seulement pressentir – n’a pas trouvé l’occasion de se manifester. Cette non-manifestation, ici, est associée à l’abandon : un être abandonné ne peut pas manifester ce qu’il est.</p>
<p>Le thème de la justice s’en trouve radicalisé. Il ne s’agit plus d’abord d’une affaire de rétribution à opérer correctement. Fondamentalement, il est question de faire droit à la singularité de chaque être, de lui permettre de venir au jour afin qu’il s’exprime, se manifeste, partage un peu de ce qu’il est.</p>
<p>Cela peut-il se régler au terme de disputes, de négociations et de calculs ? Non, bien entendu. Car de cela, je peux espérer être mieux situé sur une règle graduée. Mais ce que je porte de singulier en moi, qui est incomparable, dont aucune évaluation ne peut rendre compte, de cela une meilleure situation dans un classement ne peut rien dire du tout.</p>
<p>C’est pourquoi sont mis en cause non seulement telle ou telle manière de compter qui n’est pas juste, mais également le fait même de compter. Aucun compte ne pourra venir à bout de ce désir de justice que nous portons (tous). La justice que l’on peut attendre de la bonne gestion des différends et des contentieux est incapable d’appeler ce que chacun porte en lui-même et qui demeure caché.</p>
<p><strong>b) Les jeux de la reconnaissance</strong></p>
<p>Les plus pauvres, parce qu’ils sont tenus en dehors de la plupart de nos jeux comptables, ne nomment-ils pas ce qui, en fait, se cherche à travers les différents conflits de justice &#8211; que chacun soit accueilli dans sa singularité, appelé à apporter, dans l’espace public, les harmoniques que lui seul peut faire entendre ?</p>
<p>Sur quoi pouvons-nous nous appuyer pour que cela puisse avoir lieu ? Nous sentons bien qu’ici, il en va de la liberté de chacun : je ne peux forcer ce type de reconnaissance. Je peux certes forcer une reconnaissance en vue d’un meilleur classement (au terme d’une épreuve où je montre ce que je vaux). Mais la reconnaissance de ma singularité ne peut s’obtenir ainsi. Elle suppose la décision d’accepter qu’à travers cette personne, quelque chose d’inouï, d’incomparable, se dit. C’est une attitude d’hospitalité : j’accueille ce que je n’ai encore jamais vu, ce que je n’avais même jamais imaginé : toi, un être unique.</p>
<p>Le ressort est du côté de la décision, de la liberté donc. Mais cette attitude d’hospitalité va souvent encore plus loin : je ne me contente pas de t’accueillir, mais je t’appelle : j’appelle ce qui en toi n’est encore jamais paru au jour, ne s’est encore jamais fait entendre. Il y a mille manières pour dire à quelqu’un : on n’a pas encore tout vu de toi ; reste à venir au jour, peut-être le plus beau, qui ne s’est pas encore dit, qui n’a pas encore trouvé le moyen de se dire ; et qui, probablement nous étonnera tous.</p>
<p><strong>c) L’existence, sous-tendue par l’hospitalité et l’appel</strong></p>
<p>L’existence, vue dans cette perspective, n’est pas avant tout sous-tendue par le règlement des différends. La venue au jour de chacun est rendue possible par un jeu d’hospitalité (j’accueille en toi l’être inouï qui se présente), et d’appel (j’appelle en toi ce qui n’est pas encore venu au jour, que je ne connais pas, que je pressens, et qui nous étonnera tous).</p>
<p>Cette hospitalité et cet appel sont des attitudes risquées (je ne sais pas comment tu vas être) ; c’est un engagement vis-à-vis de toi, qui est sans condition préalable. Je ne dis pas : &laquo;&nbsp;je t’accueille ou je t’appelle à condition que tu fasses ça et ça&nbsp;&raquo;. En ce sens, on n’est pas du tout ici dans le registre précédent, où l’on devait tout  mesurer &#8212; voir si telle prestation a été bien rémunérée. Ici, on ne cherche pas d’abord cela, et l’on n’a pas besoin de calculer.</p>
<p>Ce qui nous fait exister comme être singulier, c’est donc d’abord ce genre d’attitude qui accueille et qui appelle, sans condition préalable, sans terme prévu, capable de perdurer malgré les non réponses (Dieu sait qu’en général, les réponses se font attendre), pardonnant.</p>
<p><strong>d) Un accueil et un appel qui passent par bien des canaux</strong></p>
<p>Cet effet d’appel, par quoi est-il porté ? On pourrait dire : avant tout par des proches (parents, amis, éducateurs). Et c’est vrai que c’est extrêmement important ; on s’en rend compte a contrario : lorsque nous avons été mal accueillis, ou mal appelés, cela laisse des blessures pour toute la vie.</p>
<p>Cela dit, il ne s’agit pas que d’une question de rapports interpersonnels. Tout d’abord parce que ces rapports interpersonnels sont eux-mêmes en partie formatés par la société dans laquelle nous vivons (les règles du jeu qu’on se donne : ex : placement des enfants ; et plus largement, la physionomie de la famille – élargie, nucléaire, etc.). Donc ces rapports ne tiennent pas tout seul en l’air ; ils sont portés par un substrat de rapports sociaux.</p>
<p>Et puis cet accueil et cet appel, peut également passer par des médiations instituées : une institution comme l’école, le système éducatif, est bien chargé, à l’échelle d’une société, de donner consistance au désir que nous avons que les plus jeunes trouvent leur place et expriment quelque chose de ce qu’ils sont. Pour aller à l’extrême, quelque chose qui paraît totalement anonyme comme un numéro de sécurité sociale, ça dit quand même, sous une forme très assourdie : &laquo;&nbsp;on tient à toi ; tu existe pour nous ; et pour cela, on s’engage pour que tu sois soigné quand tu es malade&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Cet accueil et cet appel de l’être singulier que nous sommes est également porté par des médiations complexes. C’est pourquoi il y a aussi une dimension politique de ce type de reconnaissance. Ceci apparaît clairement lorsqu’on réfléchit à ce qui se passe par exemple pour les jeunes des banlieues ; voilà sans doute des groupes sociaux – enfant issus de l’immigration maghrébine ou africaine – que nous n’avons pas vraiment accueillis ; et que nous appelons encore moins.</p>
<p>Les signes que nous leur faisons percevoir sont le plus souvent du type : on a peur de vous ; on ne sait pas quoi faire avec vous ; ou pire : on sait déjà ce que vous valez, et que ce n’est pas grand-chose. Tout cela passe par des paroles (le mot « racaille », par exemple, est suffisamment explicite), par des décisions (une manière d’organiser le service de la justice – un type d’intervention de la police) et par une ambiance qui se diffuse (« zones de non droit »).</p>
<p>Cela dit, bien entendu, on ne peut pas attendre de la seule instance politique qu’elle porte cet appel.</p>
<h3>3- Le jeu des deux composantes de la justice</h3>
<p>A partir de là, on peut se demander : comment les deux dimensions de la question de la justice vont jouer ensemble ? Plusieurs interprétations sont possibles, plusieurs options possibles.</p>
<p>On peut tout simplement passer totalement sous silence tout ce que j’ai mis sous le thème de l’accueil et de l’appel. Et considérer que l’on se fait soi-même (soi seul). C’est le mythe du <em>self made man</em>. L’idéologie sous-jacente ? Ce qui apparaît de ce que nous sommes est le simple fruit de notre effort ; en conséquence, il faut l’attribuer à notre mérite personnel, et il est normal qu’il soit rémunéré en conséquence. Ici, on a seulement besoin de la justice qui mesure et pas de la justice qui appelle (car ce qui surgit de neuf chez un être ne dépend en rien de nos manières de nous rapporter les uns aux autres).</p>
<p>On peut considérer aussi que l’accueil et l’appel sont confinés aux rapports interpersonnels ; dans ce cas, on reportera sur les familles et le réseau des proches, la question de l’accueil et de l’appel. Et une fois sorti de cette sphère, on considère qu’on ne peut plus rien faire.</p>
<p>Troisième option : on considère que l’accueil et l’appel font partie aussi de la responsabilité de la société. Et dans ce cas, on se demande comment leur donner consistance. On va chercher à ce que la justice ne se contente pas de rémunérer au mieux les prestations fournies par chacun, mais que chacun soit appelé à apporter la contribution singulière qu’il porte &#8212; et qui en même temps lui échappe, car il demeure en partie un mystère pour lui-même.</p>
<p><strong>a) Comme Chrétiens : à quoi sommes-nous appelés ?</strong></p>
<p>La réponse est dans ma question : j’ai employé le terme « appelé » ; c’est un <em>tic de langage</em> chrétien. Mais il est révélateur de quelque chose d’extrêmement important : comme chrétiens, nous pensons l’existence en termes de réponse à un appel. Pour cela, nous avons en tête les figures d’Adam (où es-tu ?), d’Abraham, de Samuel, des prophètes, des disciples : tous sont appelés. Nous plaçons clairement l’existence dans la réponse à un appel. Et un appel qui n’est pas seulement ponctuel ; un appel qui ouvre une alliance (une alliance, c’est un accueil et un appel qui se prolonge indéfiniment dans le temps). C’est cela qui est fondamental dans la relation à Dieu.</p>
<p>Cela dit, en même temps, vient une loi, avec des interdits, des choses à faire, bref des exigences &#8212; et en plus, des avertissements (si tu ne respectes pas la loi que je te donne, il va t’arriver des bricoles). Avec la loi, on va pouvoir reconnaître clairement des choses, et faire la distinction entre ce qui permet de répondre à Dieu, et ce qui l’empêche.</p>
<p>On entre ici dans la zone des échanges où l’on rétribue, où l’on compte. Mais la loi est sous-tendue par l’engagement de Dieu. On peut se reporter au décalogue (Ex 20) : ça commence par : « je suis Yahvé ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Voilà ce qui est premier, ce qui appelle à la vie. Et la loi donnée <em>ensuite</em>, comme ce qui permet de répondre à cet engagement de Dieu (« tu n’auras pas d’autre dieux devant moi, tu ne te feras aucune image sculptée… »).</p>
<p><strong>b) La tradition chrétienne : une prise de position par rapport aux deux composantes de la justice</strong></p>
<p>Alors bien sûr, on pourra être tenté de donner le premie rôle à la loi &#8212; à faire de l’échange calculé ce qui dit la vérité sur qui l’on est. Dans ce cas, on fait de la loi ce qui est la source de notre existence. La tradition chrétienne tranche ce débat de manière claire : la vie et la mort du Christ disent à quel point l’engagement de Dieu est sans condition préalable. Puisqu’il va jusqu’à s’y risquer lui-même.</p>
<p>Le débat sera tranché, en un certain sens, par le Christ et la tradition chrétienne : l’alliance est fondamentalement un engagement de la part de Dieu, qui est sans condition préalable ; et les éléments de loi que Dieu donne sont provisoires et ils ont une fonction pédagogique (nous aider à articuler notre réponse à Dieu).</p>
<p>A noter cependant que les deux éléments sont indispensables : un engagement sans condition vis-à-vis d’un autre, sans qu’il y ait entre nous aucun élément de contrat (où l’on mesure), peut facilement dériver vers quelque chose de fusionnel, ou bien vers une emprise de l’un sur l’autre.</p>
<p>C’est pourquoi la loi est indispensable : elle rappelle ce que l’on attend de la part de chacun ; elle souligne l’importance des échanges ; elle permet la réciprocité ; elle donne des médiations concrètes par lesquels l’engagement sans condition se dit ; elle permet d’éveiller une liberté, de mesurer la capacité à répondre, à tenir ses engagements, d’enregistrer les progrès, etc. La loi est donc très importante (et donc l’aspect de la justice qui mesure). Mais elle n’est pas fondamentale. Ce n’est pas cela qui constitue le socle de la relation avec Dieu : le socle, c’est l’engagement sans condition de la part de Dieu.</p>
<p>La justice qui calcule est indispensable, mais elle ne peut prétendre assumer à elle-seule la question de la justice. En fait, elle joue pleinement son rôle lorsqu’elle est la médiation par laquelle l’appel à l’existence et l’accueil de chacun se dit.</p>
<p><strong>c) A partir de là, revisiter quelques thèmes connus</strong></p>
<p>A partir de là, on retrouve un certain nombre de thèmes qui nous sont connus :</p>
<p>- « <em>Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir</em> ». Ici, Jésus souligne que la justice qui fait ses comptes ne peut pas être évacuée (elle ne peut être abolie), mais elle est accomplie au sens où est bien mise en place sa vraie fonction : porter l’appel à l’existence et l’accueil de chacun. C’est-à-dire, être comme le rappel de l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité et de ce qu’il nous est possible d’y répondre.</p>
<p>- « <em>Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens</em> ». Ici, on voit bien les deux dimensions de la justice, avec la tentation de s’en tenir à la justice qui compte ; elle est plus commode, plus simple et avec elle on peut avoir l’impression d’être quitte.</p>
<p>- « <em>Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi</em> » (Rm 13, 8 ) : la loi est accomplie quand on aime ; ceci peut se comprendre si l’on se souvient que la loi est là pour signifier l’engagement de Dieu vis-à-vis de l’humanité, qui est un appel et un accueil (autres termes pour dire l’amour). La loi rappelle, signifie l’amour de Dieu, elle lui donne consistance concrète ; et en même temps, elle indique des chemins pour répondre à cet engagement de Dieu. Elle est accomplie lorsque nous nous mettons dans les mêmes dispositions que Dieu, vis-à-vis de tous nos frères : lorsque nous répondons à Dieu en adoptant sa propre manière d’être (marquée notamment par l’engagement sans condition vis-à-vis de l’autre, attitude d’accueil et d’appel ; autres mots pour amour).</p>
<p>La méditation de ce qui se passe entre l’humanité et Dieu dans la Bible permet de distinguer le jeu de deux éléments en toute relation : 1) un engagement sans condition préalable et sans autre réponse à la question « pourquoi » que : &laquo;&nbsp;parce que c’est toi&nbsp;&raquo; ; 2) des échanges qui peuvent se mesurer (et là il y a d’autres « parce que »).</p>
<p>Le premier élément est fondamental. C’est lui qui donne la vie. Ce sont les engagements sans condition de tous ceux qui nous disent : je tiens à toi ; nous t’appelons ; on n’a pas encore tout vu de ce que tu portes. Le second élément est indispensable mais pas fondamental. Ce n’est pas lui qui donne la vie. Il est là comme une aide pour que chacun trouve sa manière singulière de répondre au don de Dieu.</p>
<h3>Conclusion : Quels points d’appui ou leviers ?</h3>
<p>Cette vision insiste beaucoup sur le fait que la justice, ce n’est pas seulement des calculs bien faits, mais c’est aussi l’accueil et l’appel de chaque être. Du coup, nous savons que nous ne verrons pas la fin de ce combat : car le mystère que chacun est, n’est jamais totalement dévoilé. Nous n’en avons jamais fini de nous révéler.</p>
<p>Cela situe le combat pour la justice du côté de l’utopie (non pas au sens négatif de quelque chose de totalement irréaliste ; mais au sens positif d’un ce vers quoi que nous n’atteindrons jamais, mais qui nous fait avancer).</p>
<p>Cela incite à refuser d’absolutiser les combats pour la justice qui calcule. Parfois on a l’impression que dans les calculs bien faits se trouvent la solution à tous les maux ; or quand on raisonne ainsi, on fait de cette justice une idole, et de fait, on est souvent prêt à lui sacrifier énormément.</p>
<p>Cela empêche de considérer les combats comme des luttes à mort ; car si chacun doit être appelé à l’existence, c’est vrai aussi de mon adversaire ; invite à sortir de l’imaginaire de la purification, dans lequel j’identifie l’adversaire à l’impur qu’il faut éliminer, pour préserver l’espace que je suppose pur en moi.</p>
<p>Cela invite à ne pas <em>zapper</em> les combats pour que les calculs soient faits le mieux possible (la justice du Royaume ne peut pas venir recouvrir des comptes tordus).</p>
<p>Mais plus précisément que ces grands rappels, je crois que cette vision permet de faire le rapport entre des actions en apparence anodines, tout à fait à notre portée, et des enjeux beaucoup plus larges : finalement il s’agit d’un même combat, pour que nous nous engagions dans l’accueil et l’appel de l’autre (nos proches, les générations plus jeunes ; l’étranger ; le migrant). Je ne sais pas si cela donne des points d’appui et des leviers ; mais en tout cas, c’est l’incitation à une certaine manière de vivre les nécessaires combats à mener pour la justice.</p>
<p><strong>_____________________________________________</strong></p>
<p><strong>Extraits des débats avec la salle</strong></p>
<p>Q. Témoignage d’un travail avec des visiteurs de prisonniers qui souligne l’importance de l’écoute et du travail d’apprentissage à l’écoute.</p>
<p>E.G. On a des réflexes qui consistent à évaluer une personne et à prononcer des jugements : c’est le plus facile, ce qui nous vient en premier. L’écoute c’est l’accueil de la personne telle qu’elle est, c’est plus risqué parce qu’on ne sait pas trop ce qui va arriver, vers quoi ça nous entraîne. Mais quand on a développé son goût à l’écoute on y trouve aussi richesse et intérêt : comprendre comment un être se développe.</p>
<p>Q. Les PDG qui s’octroient des salaires pharamineux et dont on dit « ils les valent bien », ou pire encore quand il s’agit de footballers ou des chanteurs : une insulte pour les autres</p>
<p>E.G. On est là en face d’un phénomène de même nature que celui des bulles spéculatives. A partir du moment où tout le monde pense qu’il faut miser sur telle personne, sur telle valeur, on en fait augmenter la valeur, jusqu’à ce que ça prenne des proportions folles. Une société humaine sans régulation fonctionne ainsi parce que nous avons en nous le réflexe spontané d’imiter ce que font les autres. Une société laissée livrée à elle-même va ainsi vers toutes sortes de bulles : engouements, modes… Il faut réguler, d’où l’importance du politique qui édicte des règles du jeu pour le vivre ensemble et permet de contrôler ce genre de choses.</p>
<p>Ceci va à l’encontre de la pensée libérale : « laissez tout faire et ça s’harmonisera » ; non, parce que si on laisse tout faire le phénomène du mimétisme conduit à la bulle. Cela a été très bien analysé par un anthropologue comme René Girard qui montre que ce phénomène du mimétisme est profondément ancré dans l’humanité ; ou encore par Jean-Pierre Dupuis dans le champ économique.</p>
<p>Il faut des régulations.</p>
<p>Q. Dans l’évaluation de « ce que je vaux » comment prendre en compte tout ce qui m’est apporté dès ma naissance par tous ceux qui m’ont précédé ? Cela n’a-t-il pas à voir avec notre identité ?</p>
<p>E.G. Oui, on doit accepter de reconnaître que ce que l’on est on ne l’a pas fait soi-même : on le doit à tous ceux qui nous ont appelés à l’existence. Nous sommes tentés de le passer sous silence et de penser que nous nous sommes faits nous-mêmes ; et la publicité joue là-dessus « ma banque c’est moi » ; « parce que je le vaux bien »… Elle fait entendre le message « vous êtes à la source de vous-mêmes », ce qui est faux. La tradition chrétienne dit « la vie, ça se donne » ; ça se reçoit et ça se donne.</p>
<p>Q. Deux exemples de situations engendrées par le manque de courage. Dans l’Eglise : on a comme critère de choix, par exemple des évêques, des gens « bien gentils » qui ne font pas de vagues. Dans le monde politique on évite les mesures tout à fait nécessaires qui auraient des conséquences négatives sur le plan électoral. On manque ainsi les rendez-vous de l’histoire.</p>
<p>E .G. Appeler chacun avec la singularité qu’il porte a un côté risqué, qui va mettre de la différence. Dans l’Eglise, on a souvent peur de la différence, peur du conflit. Quelqu’un comme saint Paul n’avait pas peur du conflit ; on le voit quand il remonte les bretelles à celui qu’on considère aujourd’hui comme le premier pape, saint Pierre, et cela fait tout à fait partie de la tradition chrétienne.</p>
<p>Avoir peur de s’engueuler, veut dire qu’on ne vit pas la communion : on s’évite mutuellement.</p>
<p>Q. Peut-on faire l’économie d’une révolution, dans le sens où il appartiendrait aux citoyens de réinstituer les sociétés dans lesquelles ils se trouvent ? Les institutions d’aujourd’hui contribuent à maintenir le monde tel qu’il est, à préparer les individus à la violence du monde, à la compétition, la lutte de tous contre tous.</p>
<p>E.G. La situation du monde, avec tous les problèmes qu’a révélés la crise, problèmes du fonctionnement de l’économie, de la non régulation de la finance, les problèmes écologiques extrêmement graves qui vont entraîner rapidement des conséquences pour des millions de personnes, appelle de manière très urgente de nouveaux modes de régulation. Comment les mettre en place ? Faut-il miser sur les opinions, les politiques en place, les contourner ? Le Forum social mondial était un essai pour faire cristalliser quelque chose à partir de la base. Faut-il faire pression sur les élus, faire des propositions nouvelles que les politiques puissent reprendre à leur compte ? Je pense qu’il faut attaquer dans tous les sens.</p>
<p>Le problème c’est que, très souvent, on sait que la catastrophe va arriver, et on ne fait rien du tout. La question est très grave.</p>
<p>Q. Je voudrais relever l’énorme gâchis éducatif dans lequel nous nous trouvons. Spontanément, beaucoup d’enfants veulent être au service des autres, les autres pouvant même être des animaux. Quand ils arrivent sur le marché du travail, on leur fait vite comprendre qu’il ne s’agit pas d’être au service des autres mais de gagner plus qu’eux, quand ce n’est pas aux dépends des autres. Quand ils arrivent dans le milieu professionnel, on ne tient aucun compte de leurs qualités humaines, ni même de leurs compétences ou de ce qu’ils exercent bien leur travail ; on leur demande de faire du chiffre et de remplir le tiroir-caisse du patron.</p>
<p>E.G. Ceci plaide pour chercher d’autre voies pour aider les jeunes à exprimer ce désir de service des autres qu’ils ont en eux. Il s’exprime par exemple par l’engouement – peut-être critiquable par ailleurs sur certains points – pour l’humanitaire. On doit s’interroger sur l’évolution très grave du monde du travail. Peut-on imaginer des sursauts, des prises de conscience ? Peut-être à travers ces suicides dans l’entreprise prend-on conscience qu’on ne peut pas faire n’importe quoi avec les salariés. Il faut des instances où les salariés se font entendre et, à mon avis, le syndicat est une instance incontournable.</p>
<p>Q. L’école a un rôle important, quand dans l’école les jeunes se sentent appelés. Toute recherche pédagogique est essentielle pour l’évolution sociale. Lorsque les jeunes se sentiront appelés, dans l’école, on aboutira à une révolution.</p>
<p>E.G. J’ai un copain qui a travaillé la question de la pédagogie. Quand on demande les valeurs que les enseignants veulent transmettre, peu font référence à l’histoire, à la mémoire ; on est dans une pédagogie qui occulte l’histoire. Et il s’est mis à enseigner la physique et les mathématiques en montrant beaucoup plus comment les grands savants avaient émis leurs hypothèses, les difficultés, les risques qu’ils avaient pris, au lieu de présenter un savoir comme intemporel, et il a constaté que cela débloquait plein de choses. C’est important parce que le trésor dont on dispose aujourd’hui nous a été transmis. Cela donne des racines, des assises plus solides.</p>
<p>Q. Comment accède-t-on au meilleur de soi ?</p>
<p>E.G. Cela passe par des liens privilégiés, relations interpersonnelles, nos parents, nos amis ; une ambiance qui permette à chacun de révéler qui il est, de s’exprimer par la confiance établie. Pour un chrétien quelque chose se joue dans la lecture de l’Evangile et dans la relation au Christ. A travers ce qu’il découvre du visage du Christ, quelque chose de lui-même lui est révélé dans une relation personnelle avec le Christ. Des figures instituées peuvent nous appeler. Je souhaite un développement des ministères qui ne soit pas limités aux seuls prêtres ; je vois dans la concentration des ministères dans la personne du prêtre une analogie avec la musique liturgique dans laquelle l’orgue joue à lui seul tous les instruments.</p>
<p>Q. Et ceux qui se mettent contre la loi pour aider les migrants ? la loi qui met des bâtons dans les roues de la Cimade.</p>
<p>E.G. C’est la transgression. Elle nous oblige à reconnaître que l’on ne peut rien savoir de la situation des autres et à reconnaître qu’il y a des principes de fraternité. On a là un bon exemple de dépassement de la loi.</p>
<p>Q. La loi peut souvent engendrer le légalisme desséchant ; Jésus critique la loi. Quant aux lois de l’Eglise fabriquées par les humains, elles trahissent.</p>
<p>E.G. A propos de l’institution : les choses ne marchent pas trop mal quand il y a un jeu entre ce qu’apporte chacun et l’institution. Si l’institution devient sclérosée, qu’elle empêche l’expression de chacun, elle ne joue pas son rôle. Mais s’il n’y avait pas d’institution, on serait condamné à tout réinventer à partir de zéro. L’institution donne une durée, une expansion possible aux intuitions. On peut la comparer à un texte écrit, un texte qui porte des choses précieuses. Si on lit mal comme un robot, il ne parle plus. Comment faire pour habiter les institutions, les faire vivre ? Ce texte a été complété par les apports des autres. Il doit accepter d’être modifié, enrichi et qu’une partie de lui-même ne soit plus réactivée à certains moments.</p>
<p>A ce propos E.G. commente l’initiative « Diaconia 2013 » :</p>
<p>Cette manifestation a été relayée aux Semaines Sociales en novembre dernier. Il s’agit de répondre aux inquiétudes de beaucoup dans l’Eglise de France sur un repli su soi, sur le culte et la piété au détriment des engagements sociaux. On a quelques points d’applique précieux avec la dernière encyclique : l’engagement social est constitutif de l’Eglise, cela fait partie du cœur de l’Eglise. Je ne serai pas étonné que l’on commence à voir les limites de l’option traditionaliste, que l’on commence à voir dans l’Eglise, au niveau des instances dirigeantes, que cela a des côtés dangereux et contreproductifs pour l’Eglise.</p>
<p>En France il y a eu un trésor d’engagements des gens du côté d’ATDQM. Il y a des gens qui ont vécu des choses très fortes, qui ont beaucoup de choses à apprendre à L’Eglise. Pour donner consistance à cela, il y a l’idée d’un rassemblement en 2013 qui s’appellerait « Diaconia 2013 » (http://www.diaconat.cef.fr/breves/diaconiat2013-1.html), un peu comme ce qui avait eu lieu en 2007 autour de la catéchèse, mais ici autour de la diaconie. C’est une manière de revisiter la théologie sous-jacente à l’engagement social, avec ce terme un peu nouveau.</p>
<p>François Soulage (Président du Secours Catholique – Caritas France) est moteur dans « Diaconia 2013 » ; autour des problématiques suivantes : comment la dimension de la solidarité peut être mise au cœur de la vie de l’Eglise et pas sous-traitée par des spécialistes ; que ce soit l’affaire de toute la communauté ; retrouver un contact régulier avec des personnes en situation de précarité. A signaler des créations de ces dernières années comme par exemple « Réseaux de veilleurs », « Voyage de l’espérance » etc.</p>
<p><strong>________________________________________</strong></p>
<p><strong>Des lectures pour en savoir plus :</strong></p>
<p>- « Un lien si fort – Quand l’amour de Dieu se fait diaconie » de E. Grieu, Ed. L’Atelier (2009).</p>
<p>- « Qui es-tu pour m’empêcher de mourir ? » de Gilles Rebèche, Ed. L’Atelier (2010).Une expérience très intéressante dans l’Eglise de France (dans le Var) et facile à lire.</p>
<p>______________________________________________</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de Nous Sommes Aussi l&#8217;Eglise, 24 janvier 2010</strong></p>
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		<title>La force attractive de l’Evangile et les possibles de l’Histoire, par Claude Geffré, o.p.</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 18:49:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Théologien dominicain français né en 1926, Claude Geffré a été, tour à tour, professeur de théologie dogmatique (1957-1968) et recteur des Facultés dominicaines de Saulchoir (1965-1968), professeur de théologie fondamentale à l&#8217;UER (Unité d&#8217;Enseignement Religieux ), de théologie et de sciences religieuses de l&#8217;Institut catholique de Paris (1968-1988), directeur du Cycle des Etudes de Doctorat en théologie (1973-1974), professeur d&#8217;herméneutique et de théologie des religions (1988-1996) à l&#8217;Institut catholique de Paris. En 1996, il devient directeur d&#8217;Ecole biblique et archéologique de Jérusalem et fait un mandat de trois ans.<span id="more-2299"></span> Depuis 1972, il a été aussi professeur invité dans plusieurs facultés de théologie : Bruxelles , Sherbrooke, Fribourg, Québec, Atlanta, Kinshasa, Ottawa et Yaoundé. Dans la scène théologique contemporaine, Geffré est le promoteur d&#8217;une pratique herméneutique de la théologie, ainsi qu&#8217;il explique dans son livre Le christianisme au risque de l&#8217;interprétation, publié dans la collection &laquo;&nbsp;Cogitatio Fidei&nbsp;&raquo; qu&#8217;il a dirigée aux Éditions du Cerf à partir de 1970. Il se propose de &laquo;&nbsp;rendre plus intelligible et plus signifiant pour aujourd&#8217;hui le langage déjà constitué de la Révélation&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2300" title="Claude Geffré" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Claude-Geffré-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a> </p>
<p>Je parle volontiers des « possibles de l’Histoire ». C’est le point de rencontre entre un dessein historique qui nous est fait, une liberté humaine, au vu d’une initiative créatrice. Et il n’y a pas quelque chose de nouveau à l’horizon de l’Histoire sans un pôle d’attraction qui est l’Evangile. Quelles pourraient être alors les initiatives des chrétiens comme force attractive de l’Evangile au service de nos sociétés ?</p>
<h3>1- Une histoire profondément ambiguë</h3>
<p>L’avenir du troisième millénaire est indécidable et nous sommes devenus sceptiques à l’égard des théologies et des philosophies de l’Histoire.</p>
<p>Le processus de désacralisation, de sécularisation qui coïncide avec l’avènement de la modernité comprise comme victoire de la raison critique, a engendré un formidable espoir. Mais les possibilités illimitées du progrès technique et scientifique n’ont pas toujours été réalisées et il est difficile de triompher des fatalités de l’Histoire et d’améliorer la condition humaine. Surtout après le cruel XXe siècle, il est certain que la foi dans les projets de la raison est sérieusement ébranlée. La modernité n’a pas tenu ses promesses et le fameux désenchantement du monde a surtout engendré un désenchantement du mythe du progrès. L’idéal d’une société sans classes s’est achevé avec l’effondrement du monde soviétique. La religion païenne de la race a conduit à la pure faillite de la raison et de la civilisation occidentale avec Auschwitz.</p>
<p>En dépit des conquêtes religieuses, l’homme du troisième millénaire a de plus en plus de mal à maîtriser les effets pervers de la techno science. On connaît les conclusions alarmantes des experts en matière d’environnement, de manipulations génétiques, de destruction écologique. Et nous sommes de plus en plus conscients de l’échauffement climatique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’humanité, la maîtrise scientifique et technique de l’homme est telle que c’est l’avenir même de l’espèce humaine dans le village planétaire qui est menacé.</p>
<p>Ou bien nous aurons la sagesse de modifier le processus en cours, ou bien nous périrons tous. C’est pourquoi notre responsabilité historique ne concerne pas seulement les conditions d’une vie harmonieuse dans une société de demain, mais la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la terre.</p>
<p>Ainsi, plus que jamais, l’Histoire est sous le signe de l’ambiguïté.</p>
<p>Mais qui dit ambiguïté, dit qu’il faut laisser l’avenir ouvert et qu’il ne faut pas trop céder à une vision apocalyptique de l’Histoire. Comme aime à le dire Edgar Morin, « l’improbable est possible ». Les prévisions les plus sombres des experts sont quelquefois démenties. On a pu le vérifier par exemple à propos de l’impossibilité de maîtriser la croissance galopante de la population mondiale. Certains parlent déjà d’une chute programmée de la fécondité qui est en lien direct avec l’éducation des femmes dans le monde. Nous ne devons donc pas désespérer des promesses du génie humain pour remédier aux effets pervers du progrès dans le domaine de la pollution, de la lutte contre la faim, de la victoire remportée contre des pandémies comme le sida. Nous ne connaissons pas toutes les ressources des libertés humaines quand elles se mobilisent pour renverser le cours de l’Histoire.</p>
<p>C’est d’autant plus vrai, si l’on se souvient que l’humanité est entrée dans son âge planétaire qui est aussi celui de la mondialisation.</p>
<p>L’ambiguïté même de l’histoire au seuil du troisième millénaire, c’est celle-là même du phénomène de la mondialisation. Il dépend justement de la bonne volonté des hommes qui engendre ou le pire ou au contraire favorise le meilleur.</p>
<p>Force est bien de constater que, actuellement, telle qu’il fonctionne sous le signe de la loi du libre marché, le système Terre est plutôt générateur de misère pour les trois-quarts de l’humanité. Qui peut en effet accepter avec résignation que 20% de la population mondiale détienne 83% des richesses disponibles de la Terre, alors que les 20% les plus pauvres survivent difficilement avec 1,4% des ressources naturelles ?</p>
<p>Ou bien encore,comment supporter l’idée qu’au début du XXIe siècle des millions d’enfants meurent chaque année avant l’âge de 5 ans. Et en dehors de cette injustice criante, il faudrait aussi souligner les retombées déshumanisantes d’un certain modèle uniforme de culture. On a pu parler d’un macdonalisme culturel qui, grâce au réseau médiatique toujours plus performant, s’étend à l’ensemble de la planète et peut provoquer l’érosion des cultures locales originaires.</p>
<p>Pourtant, cette dérive mortifère de la mondialisation n’est pas une fatalité. Comme le pressentent les défenseurs de l’altermondialisme, on devrait pouvoir exploiter les chances réelles du phénomène de globalisation à l’intérieur du village planétaire. La famille humaine a pris en effet une conscience nouvelle de son unité. Elle devient solidaire face à son destin et l’interdépendance nécessaire des Etats, comme la rapidité de l’information, favorisent l’émergence d’une conscience universelle dans la défense des droits de l’Homme et la défense des droits de la Terre.</p>
<p>Face au désordre structurel du marché mondial, face aux catastrophes naturelles, face aux menaces écologiques, face à la violation systématique des droits de l’Homme, la souveraineté jalouse des Etats devra céder devant la souveraineté supranationale de la communauté mondiale.</p>
<p>Non seulement notre vision de l’Histoire a dépassé un éthocentrisme occidental post-colonial, mais on ne peut plus considérer l’Histoire comme histoire des libertés en dehors de l’histoire de la planète et de l’ensemble du cosmos.</p>
<h3>2 – Le rêve de Dieu sur l’Histoire</h3>
<p>Face à l’ambiguïté fondamentale de l’Histoire, nous ne disposons comme chrétiens d’aucun secret sur l’issue de l’aventure humaine ou sur le destin de la planète Terre, perdue dans l’immensité du cosmos.</p>
<p>Mais dans la foi, nous connaissons au moins le projet, le rêve de Dieu quand il a pris le risque de faire surgir du néant des libertés créées.</p>
<p>L’existence humaine n’a de sens qu’en fonction de cet avenir absolu qu’est la vie en Dieu et avec Dieu. C’est précisément cette espérance qui donne tout son prix et tout son sérieux à l’histoire humaine.</p>
<p>En dépit de son caractère inscrutable – et c’est pourquoi je dirais qu’il n’y a pas de philosophie de l’Histoire, il n’y a même pas de théologie de l’Histoire – l’Histoire tend vers son accomplissement. Elle tend vers cet avenir qu’est le Royaume de Dieu, là où Dieu sera tout en tous. Il s’agit d’un au-delà de l’Histoire qui, bien sûr, relativise toute réalisation concrète ici-bas.</p>
<p>Mais l’Histoire est tout autre chose que le cadre extérieur de notre aventure personnelle spirituelle, notre aventure dans l’ordre de la charité. Elle est au sens fort une histoire du salut, non seulement comme échange vital avec Dieu, mais aussi comme guérison de tout l’Homme et même de la Création en tant que Terre habitable.</p>
<p>Ainsi, Dieu se fait complice du temps pour réaliser son dessein créateur sur l’Homme, au point d’épouser en Jésus-Christ la condition humaine pour triompher de la mort et de toutes les formes de mort.</p>
<p>Le fondement radical de l’espérance chrétienne devant l’inconnu de l’Histoire, c’est la mémoire du Christ, mort et ressuscité.</p>
<p>Toutes les religions sont à leur manière des religions de salut, au moins en ce sens qu’elles cherchent à guérir l’Homme de sa finitude et de lui procurer une immortalité au-delà de la mort. Qu’est-ce qui fait la singularité du christianisme dans le concert des religions du monde ? Qu’est-ce qui fonde notre confiance dans le christianisme parmi les religions du monde ? Quel est l’avenir du christianisme en dépit d’un certain affadissement quantitatif et qualitatif des Eglises institutionnelles, surtout en Occident ? Je dirais que c’est la complicité intime du christianisme comme religion et l’humain authentique. Ce qui est au cœur du christianisme, en effet, c’est le paradoxe de l’incarnation, l’avènement de Dieu dans l’Homme. C’est l’inauguration la plus radicale d’une alliance, d’un pacte d’amitié entre Dieu et l’Homme. Désormais, on ne peut plus séparer le visage de Dieu et le visage de l’Homme.</p>
<p>Durant des siècles et plus précisément depuis le concile de Latran de 1215, la pensée théologique était surtout soucieuse d’affirmer la dissemblance toujours plus grande de Dieu par rapport à l’Homme. Aujourd’hui, en fonction des menaces qui pèsent sur l’avenir de l’Homme, nous devons méditer sérieusement sur l’humanité toujours plus grande de Dieu, et sur sa manière de traiter avec notre inhumanité.</p>
<p>Jésus, dans son interprétation de la religion d’Israël, a mis fin à la violence du sacré ; non seulement le sacré des sacrifices rituels, mais le sacré d’un Dieu encore violent, un Dieu tout autre, qui se définit surtout en termes de toute-puissance, de perfection et d’éternité. Si le christianisme est fidèle à son génie propre, fidèle à la religion de Jésus, alors il peut être une religion d’avenir dans la mesure où il rejoint en tout être humain l’aspiration à se libérer de toutes les aliénations, l’aspiration à un sacré, mais un sacré non-violent, qui peut contribuer à apaiser la violence de l’humain.</p>
<p>Trop longtemps la pensée chrétienne, au moment où elle insistait sur le caractère proprement temporel du messianisme d’Israël, a spiritualisé à l’excès le messianisme de Jésus, comme s’il n’avait aucune portée réelle sur le cours de l’Histoire. Mais face aux injustices criantes et même aux crimes de l’Histoire des hommes, c’est le mérite de la pratique et de la pensée de l’Eglise de la seconde moitié du 20ème siècle d’avoir redécouvert la dimension messianique du christianisme, c’est-à-dire la puissance de transformation qu’implique l’annonce en paroles et en actes du Royaume de Dieu.</p>
<p>Les exégètes et les théologiens depuis une cinquantaine d’années ont montré en particulier comment l’eschatologie du Nouveau Testament transforme sans les abolir les promesses du Premier Testament qui annonce l’avènement d’un royaume de justice et de paix sur cette terre.</p>
<p>Le Royaume annoncé par Jésus n’est pas de ce monde, mais il peut déjà avoir son anticipation dans les chemins de l’Histoire. Certes, le messianisme de Jésus est paradoxal, car il se solde par l’échec de la croix. Il ne fait pas reculer apparemment la violence de l’Histoire, il en est la victime ; mais justement dans sa mort il démasque cette violence et il démontre de manière prophétique que seule la non-violence peut mettre un terme au cycle toujours recommencé de la violence.</p>
<p>Est-ce à dire que l’Eglise est condamnée à l’impuissance face à l’injustice des hommes, dans l’attente du jugement de Dieu ? Non, car la mémoire de la passion du Christ est une mémoire dangereuse pour tous ceux qui se font les complices des puissances du mal. Ce qu’on a appelé à la suite des théologiens d’Amérique latine « l’option préférentielle pour les pauvres » tend à devenir l’option de beaucoup d’Eglises chrétiennes, catholiques ou non, surtout ailleurs qu’en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Elle manifeste bien que l’espérance chrétienne dans un au-delà de l’Histoire n’est pas étrangère aux espoirs concrets de toue les opprimés.</p>
<p>Comme je l’ai déjà dit, la libération des hommes est une partie intégrante du salut, le salut ne se définissant pas uniquement par la réconciliation de l’homme pécheur avec Dieu. C’est assez dire que la responsabilité historique de tous les disciples de Jésus, les chrétiens mais aussi tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui vivent sans le savoir de l’esprit de Jésus, qui font sans le savoir les gestes de l’Evangile, ont comme vocation de faire en sorte que l’Histoire ait une figure humaine. Mais à l’exemple de Jésus ils savent qu’ils ne peuvent pas faire triompher la justice en utilisant les armes du pouvoir et de la violence. Camus nous a dit des choses importantes là-dessus quand il disait qu’entre sa mère et la justice des hommes, il préférait sa mère.</p>
<h3>3 – Qu’est-ce que ce serait qu’écrire une histoire à visage humain ?</h3>
<p>De quoi parle-t-on quand on parle des « possibles de l’Histoire » ? Le sens global de l’Histoire nous échappe. Mais nous donnons déjà un sens à chaque fragment de l’Histoire chaque fois que nous luttons avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté contre l’injustice et contre l’absurde.</p>
<p>L’Eglise ne dispose pas d’une recette magique pour construire un autre monde plus juste, plus convivial. Mais l’avenir demeure ouvert et le fondement de l’espérance chrétienne c’est la certitude que l’Esprit de Dieu est toujours au travail pour renouveler la face de la Terre. Chaque fois que nous mettons en œuvre la praxis de Jésus comme pratique d’humanisation et de libération, nous donnons un visage humain à l’Histoire et nous anticipons le règne de Dieu parmi les hommes.</p>
<p>J’ai déjà évoqué ce que j’appelle « les possibles de l’Histoire », c’est-à-dire des promesses qui peuvent devenir des réalités si, dans la fidélité à l’Evangile, les chrétiens sont capables d’initiatives créatrices.</p>
<p>Je voudrais simplement suggérer quatre dimensions qui peuvent favoriser l’émergence d’un autre monde possible.</p>
<h4>a- Une nécessaire purification de la mémoire</h4>
<p>Quand nous nous retournons vers les vingt siècles de christianisme qui se sont déroulés nous découvrons à côté d’actions admirables une certaine inefficacité pratique de l’idéal évangélique sur le cours de l’Histoire. Il n’y a pas seulement les occasions perdues, la déchirure de la chrétienté, le schisme d’Orient, les croisades, l’exclusion des juifs, les guerres de religion à la suite de la Réforme, la traite des noirs, mais aussi ce que j’appellerai la perversion même de l’Evangile au nom de la défense de la vérité et au nom d’une certaine conquête missionnaire. Et c’est le mérite de l’Eglise du XXe siècle, surtout sous le pontificat de Jean Paul II d’avoir invité les chrétiens à un travail de purification de la mémoire et d’avoir commencé à emprunter un chemin de repentance et de conversion. Mais une telle démarche n’est porteuse d’avenir que si elle s’accompagne d’un travail de discernement historique sur les causes qui ont pu favoriser ces dérives de l’idéal chrétien.</p>
<p>On doit en particulier s’interroger sur la fausse légitimation du prosélytisme au nom des droits absolus de la vérité révélée et au mépris des droits de la conscience individuelle. De ce point de vue, on n’a pas fini de méditer sur la portée de la déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse. Celle-ci proclame que la vérité ne peut s’imposer que sur la force propre de la vérité. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer comme un signe des temps le nouveau dialogue entre les religions, de même que ce dialogue avec les religions avait été précédé par un dialogue plus fraternel avec les différentes confessions chrétiennes. Les autres religions et le christianisme lui-même comprennent mieux au-delà de leurs querelles ancestrales que les religions ne sont pas au service d’elles-mêmes mais qu’elles doivent être à la mesure des grandes causes qui sollicitent la conscience humaine universelle. Surtout face aux défis actuels de la mondialisation, c’est la chance du dialogue interreligieux de favoriser une émulation réciproque des religions au service de la justice, au service de la paix et de l’émergence progressive d’une communauté humaine plus conviviale.</p>
<h4>b- Le respect de l’humain véritable</h4>
<p>Face au danger de déshumanisation du processus actuel de mondialisation, les témoins de l’Evangile ont une vocation de contre-culture et doivent travailler avec d’autres à la recherche de promotion de l’humain authentique, d’une certaine épaisseur humaine.</p>
<p>Nous ne savons pas très bien ce qu’est le contenu de l’humain véritable, mais nous savons de mieux en mieux ce qui va contre l’humain dans les sociétés modernes. L’Eglise ne peut pas prétendre imposer un programme éthique ou un programme politique de manière autoritaire. Mais elle doit continuer à témoigner avec force de sa vision de l’Histoire en débat avec d’autres instances morales et politiques. Face aux questions redoutables que pose le désordre économique du monde, les nouvelles techniques dans l’ordre de la reproduction de la vie humaine, nous ressentons avec urgence le prix de ce qu’on peut appeler une éthique globale à l’échelle planétaire. Le dialogue des grandes religions entre elles est déjà un élément positif pour l’avenir de la communauté mondiale. Mais la quête tâtonnante d’un monde alternatif est liée aussi à l’interpellation réciproque de morales à fondement religieux et des éthiques séculaires. Il n’y a pas de dialogue entre les religions qui ne soit traversé par un dialogue avec ce qu’est l’humanisme secrété par la conscience humaine universelle.</p>
<p>Toutes les religions, à commencer par le christianisme, doivent être à l’écoute des appels de la conscience humaine universelle en matière d’aspirations légitimes de l’Homme. Aspirations en termes de liberté et de bonheur. J’ose même dire que toutes les religions qui, soit dans leur doctrine, soit dans leur pratique sont proprement inhumaines doivent sérieusement interpréter leurs textes fondateurs et leurs traditions. Mais à l’inverse, je pense que les instances éthiques purement séculières doivent prendre en compte la sagesse des traditions religieuses quant à leur vision de l’Homme. Il n’est pas sûr en effet que l’éthos moderne, l’éthos des médias, l’éthos hédoniste et consommateur véhiculé par les médias favorisent l’avènement d’une mondialisation à visage humain.</p>
<p>C’est en particulier la responsabilité des croyants des trois grandes religions monothéistes de faire la preuve qu’il n’y a pas de contradiction frontale entre la quête d’un Dieu personnel et le respect de l’humain véritable.</p>
<h4>c- La loi de surabondance</h4>
<p>Beaucoup de chrétiens s’interrogent sur l’originalité de leur vocation, de leur témoignage et de leur action dans la mesure où ils n’ont pas le monopole des initiatives dans le sens de la justice et de la solidarité. Il faut se réjouir en particulier des succès de toute la vie associative, des succès du monde de l’humanitaire, surtout chez les jeunes. Et c’est vrai que dans nos sociétés sécularisées il y a encore beaucoup de gens qui sont prêts à respecter au moins ce qu’on appelle la « règle d’or » que Jésus lui-même a rappelée, à savoir : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».</p>
<p>Quand même, c’est un peu comme si la quasi-religion des Droits de l’Homme – certains le pensent – aurait pris le relais des anciennes traditions religieuses des religions historiques. Or les crimes contre l’humanité de l’histoire passée et de l’histoire présente suffisent à nous convaincre de la fragilité de la conscience humaine laissée à elle-même, à ses intérêts ou à ses démons intérieurs. Il apparaît de plus en plus que même dans les Etats dits de droit, comme nos démocraties occidentales, une société qui ne serait régie que par les règles strictes de la justice deviendrait vite irrespirable.</p>
<p>Il faut faire sa place à une culture de l’amour ou de la culture de la justice. En un mot, au-delà des règles de la justice, qui sont des règles d’équivalence, d’identité, c’est le cas de la justice distributive, il faut savoir se réclamer d’une autre logique, celle de la loi de la surabondance qui nous renvoie au paradoxe de l’Evangile. Un autre monde est possible si on tient compte de cette logique de l’amour gratuit, du pardon, de la compassion, qui fait en sorte que, au-delà de la stricte égalité de la justice, le plateau de la balance penche en faveur des plus défavorisés. C’est en tout cas le plus sûr moyen d’écrire une Histoire à visage humain qui travaille secrètement dans le sens du Royaume de Dieu.</p>
<p>Jean Paul II, dans ses derniers discours concernant la paix au moment du 1er janvier avait coutume de répéter qu’il n’y a pas de paix sans justice et qu’il n’y a pas de justice sans pardon, sans qu’on compromette pour autant les droits.</p>
<p>Les initiatives de pardon ne sont pas seulement des initiatives sous le signe de la bonté et de la charité ; elles ont une efficience proprement politique et sont parfois la seule issue devant des conflits interminables.</p>
<h4>d- Une justice écologique</h4>
<p>Pour la première fois nous découvrons qu’il ne suffit pas de défendre les Droits de l’Homme si nous ne respectons pas en même temps les Droits de la Terre. Certains parlent déjà de ce possible que serait une justice écologique ou encore une mondialisation écologique.</p>
<p>Les pouvoirs de la science et des technologies sont tels que nous pouvons commettre des crimes contre l’identité du génome humain et contre les équilibres qui peuvent assurer la permanence d’une vie humaine sur Terre.</p>
<p>Des gaz à effet de serre ne cessent de croître, alors qu’un certain nombre d’Etats, comme le montre l’échec de la Conférence de Copenhague, les Etats les plus puissants du monde que sont les Etats-Unis ou la Chine, refusent de ratifier un certain nombre d’accords. La question clé pour le monde de demain, c’est l’autolimitation du pouvoir humain. Comment prévenir les effets pervers de ce que nous vivons, de ce que nous expérimentons aujourd’hui, comment faire en sorte que la Terre soit encore habitable par les générations qui nous suivent ? On est tenté ici de rappeler ce nouvel impératif moral mis en avant par le philosophe Hans Jonas dans son livre « Principe de responsabilité » et qu’il formulait comme ceci : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la Terre ».</p>
<p>Face à l’éventualité d’une catastrophe écologique à l’échelle planétaire, notre confiance spontanée dans l’avenir, dans la vie, dans l’être doit être relancée par notre confiance dans le Dieu de la tradition biblique. L’homme moderne, nous le savons, a pour vocation d’être un co-créateur avec Dieu en vue de rendre la Terre habitable : c’est l’enseignement des premiers livres de la Genèse. Mais la transformation et l’exploration des ressources de la terre par le travail ne doivent pas céder au vertige d’une démesure prométhéenne. Et de même que Dieu s’est reposé le 7e jour, l’homme du troisième millénaire doit faire l’apprentissage de ce qu’on peut appeler une sagesse sabbatique, celle de la gratuité, de la retenue, de la frugalité, du silence, de la louange et de l’émerveillement devant la création, en dépit des catastrophes, comme celle que nous continuons de vivre en Haïti.</p>
<p>Ce n’est pas là un luxe réservé à quelques-uns. Il en va de la survie même de l’humanité ; et dans le respect que nous avons de la page blanche de l’Histoire, nous sommes invités de plus en plus à essayer d’écrire une Histoire à visage humain.</p>
<h3>4 &#8212; La justice de l’Evangile au service de l’avenir de l’Europe</h3>
<p>En ce début du XXIe siècle, le scandale de la migration pose un problème éthique fondamental et celui d’une mondialisation qui creuse de plus en plus la fracture entre le premier monde et les autres mondes, la fracture entre les pays riches et les pays les plus pauvres. Finalement, c’est le phénomène de la tension entre, on pourrait dire, l’intérêt d’une nation particulière et le bien commun de l’ensemble de la communauté mondiale. Cela, c’est un problème de justice fondamental ; c’est la tension entre particulier et universel. Comment concilier l’intérêt bien compris d’une nation particulière et le bien commun évident de l’ensemble de la communauté mondiale ? En tout cas, l’accueil des migrants, l’accueil des travailleurs étrangers, ne peut être posé en dehors des cadres de l’Union européenne au sein de la communauté mondiale. On peut espérer, même si c’est très difficile, combiner l’Union européenne avec ce qu’on voudrait faire exister, l’union méditerranéenne. Même si l’Europe politique est toujours en panne, la construction européenne n’a de sens qu’en fonction d’une éthique de responsabilité, d’une éthique de partage, comme aimait à le rappeler Jacques Delors. L’ouverture vers les autres est le fondement même de la construction européenne. Et s’il y a bien encore une utopie qui puisse mobiliser la jeunesse des 27 pays de l’Union européenne, c’est bien l’idée d’une société plurinationale, qui soit pluri-religieuse, pluriculturelle et qui soit exemplaire dans la perspective d’une communauté mondiale. Une gouvernance mondiale qui tienne compte à la fois de la souveraineté des Etats, qui tienne compte aussi de la multiplicité des ONG, des associations qui essayent d’intervenir par rapport aux urgences de tel ou tel pays, comme l’épreuve d’Haïti nous en donne l’exemple aujourd’hui. Comment le droit d’ingérence peut s’articuler avec le respect des souverainetés nationales ? De même qu’il n’y a pas de nation européenne, il n’y a pas d’identité culturelle européenne : c’est une mosaïque de cultures, toutes européennes et toutes avec des traits propres. L’Europe est à la fois plurinationale, pluriculturelle, pluri-religieuse. Il n’y aura pas d’Etats-Unis d’Europe comme il y a des Etats-Unis d’Amérique, dans la mesure où dans le cadre des Etats-Unis, chaque Etat est à l’intérieur d’une nation américaine tandis que l’Europe doit tenir compte de la diversité et du respect de chaque nationalité.</p>
<p>Il me semble en tout cas important de se souvenir que le respect de l’étranger – c’est un problème de justice – appartient non seulement à la tradition judéo-chrétienne, mais aussi à la tradition musulmane, qui considère l’hospitalité comme un devoir sacré. Comme dans tout dialogue authentique, c’est l’autre, dans son altérité, qui me révèle ma propre identité et peut-être me faut-il découvrir grâce à cela, grâce à l’autre mon infidélité par rapport à mon propre moi.</p>
<p>Il convient de réfléchir sur un dialogue qui cultive le sens de la différence, un dialogue qui tente non pas à l’assimilation mais à l’acceptation de la différence.</p>
<p>Il y a un vieux principe qui rencontre la philosophie grecque, qui est au fond inséparable de la philosophie de l’identité, qui veut que le semblable puisse reconnaître le semblable, et c’est cela qui conduit à l’assimilation, et c’est la mentalité qui est sous-jacente à la conquête coloniale et trop souvent aussi aux formes de stratégie missionnaire de l’Eglise.</p>
<p>Il faut aussi resituer un autre principe, qui a sa source dans la tradition biblique, à savoir que le semblable reconnaît l’autre dans sa différence.</p>
<p>Certains historiens aujourd’hui parlent d’un humanisme judéo-chrétien qui, je crois, est d’un grand prix pour l’avenir de l’Europe, pour l’avenir de la communauté mondiale. Nous sommes à l’âge de la fin de l’eurocentrisme, c’est une chance, c’est donc la vocation historique de l’Europe de dépasser une mauvaise conscience post-coloniale et de lutter contre les effets négatifs d’une certaine mondialisation culturelle monolithique.</p>
<p>Je pense qu’il y a une spécificité de l’esprit européen ; elle est au point de rencontre des traditions bibliques et de l’esprit critique qui est un héritage tout à la fois de la Grèce et de l’âge des Lumières. On peut dire que tout au long de l’aventure coloniale, de l’épopée coloniale, les Européens n’ont exporté qu’un esprit européen tronqué, à savoir un appétit de domination, la maîtrise technique de la nature, le mépris des cultures locales.</p>
<p>Alors, je sais bien que l’Europe ne peut pas s’empêcher de chercher à maîtriser le flux des migrants qui ne cessent de frapper à sa porte, mais on ne peut pas accepter que l’Europe ne cherche pas des moyens d’accueillir ceux qui risquent leur vie pour pouvoir subsister et connaître une vie proprement digne.</p>
<p>Je termine sur cette idée que nous avons à faire l’apprentissage, en Europe en général et en France en particulier, de ce que pourrait être – puisqu’il s’agit du problème d’intégration, des problèmes d’identité – une citoyenneté complexe, qui cumule les exigences d’une identité citoyenne, une identité laïque, avec les identités culturelles et religieuses d’une population diversifiée.</p>
<p>Autrement dit, au-delà de l’assimilation à la manière républicaine de la France et au-delà du communautarisme tel qu’on le trouve dans les pays anglo-saxons, il faut essayer de réfléchir à ce que pourrait être une intégration sociale des étrangers, et c’est pourquoi je parle d’une citoyenneté complexe qui concilie l’exigence de l’identité française, sous le signe de la laïcité républicaine, et les exigences aussi des retombées culturelles des diverses traditions religieuses.</p>
<p>Quand on pose le problème de la justice au nom de l’Evangile, c’est probablement la vocation des chrétiens de rappeler qu’il s’agit avant tout de concilier l’intérêt légitime de ce que peut être une appartenance ou une communauté nationale avec de plus en plus la conscience de notre appartenance à une communauté proprement mondiale ; et je serais tenté, sans tomber dans le triomphalisme, de dire que , selon l’enseignement du concile de Vatican II, d’une certaine façon, si l’Eglise était fidèle à sa véritable vocation, elle devrait être le sacrement de l’unité du genre humain. Il ne s’agit pas de dire que l’Eglise pourrait être le modèle de ce que serait dans l’avenir une communauté mondiale : mais elle peut être le sacrement de l’unité au sens où – si elle était fidèle à l’idéal évangélique – ce serait une unité qui intègre des différences, qui légitime les différences. Autrement dit, il faut viser non pas à l’uniformité, mais à l’unanimité dans la foi et dans la confiance dans l’avenir.</p>
<h3>Extraits des débats avec la salle</h3>
<h4>Question : Qu’entendez-vous par « sagesse sabbatique » ?</h4>
<p>Réponse de Claude Geffré : Dieu se repose le 7ème jour. C’est le refus de l’idéologie de la rentabilité grâce au travail, du « travailler plus pour gagner plus ». C’est une certaine retenue. Ce n’est pas de la paresse ou de l’oisiveté. Ne pas être aliéné par son travail, ne pas être esclave du temps</p>
<h4>Q. : Où est la loi de surabondance dans l’encyclique « l’amour dans la vérité » où l’on trouve surtout un discours intellectuel et pas d’engagement pratique ?</h4>
<p>R. : Vous parlez du conflit entre la vérité et la pratique. On ne peut opposer vérité et pratique. Dans l’encyclique, il s’agit de dépasser le pragmatisme, qui doit être éclairé par l’intelligence de la foi, et donner des raisons à la contribution de l’Eglise.</p>
<p>Si l’on pense à la doctrine sociale de l’Eglise, on voit que ce sont des principes qui ne sont pas tellement honorés, réalisés dans la pratique quotidienne.</p>
<p>Il y a une grande distance entre l’idéal et la réalisation pratique ; une divorce entre l’ordre de la vérité et l’ordre du bien. On est surpris qu’un grand philosophe comme Heidegger ait pu dans son agir passer à côté de la réfutation d’horreurs comme l’idéologie de la race. C’est une des manifestations du nihilisme moderne : fabriquer des idéologies sans se rendre compte qu’elles sont mortifères. Légitimer tous les moyens pour obtenir le résultat.</p>
<p>Le christianisme montre qu’on doit lutter contre le mal, mais pas avec les armes de la violence. Il faut apaiser la violence de l’Histoire, par une non-violence active, qui a une efficacité. C’est une contribution possible du christianisme aujourd’hui, sa vocation prophétique. Le Christ crucifié, fidèle à la parole de miséricorde de Dieu et qui refuse de prendre les moyens de la violence pour instaurer la paix.</p>
<h4>Jésus a mis fin à la violence du sacré. Et la religion de Jésus ?</h4>
<p>Il y a religion et religion…</p>
<p>Jésus a mis fin à l’automatisation du sacré pour la sanctification et la purification de l’Homme. C’est la foi qui justifie (et c’est déjà dans le judaïsme, c’est la foi d’Abraham) et non l’application rigoureuse et automatique de tous les commandements.</p>
<p>La religion de Jésus, c’est le culte en vérité et en esprit de Dieu. Les vrais adorateurs du Père sont ceux qui se confient totalement dans la miséricorde de Dieu.</p>
<p>La nouvelle Alliance a mis fin au judaïsme dans la mesure où il serait simplement sous le signe de la loi et du culte à partir du sacrifice, du sacrifice sanglant. Mais la nouvelle Alliance ne fait qu’accomplir la première Alliance. Il n’y a pas de rupture puisque le message de Jésus rejoint ce qui est écrit dans le Décalogue, et finalement c’est l’amour de Dieu et du prochain.</p>
<p>Il est difficile de parler de la religion de Jésus. Mais je pense que, dans votre question, vous sous-entendez le christianisme. Il y a une religion de Jésus qui est l’attitude vis-à-vis de son Père, la prière, ce qu’il appelle dans son entretien avec la Samaritaine « le culte de Dieu en esprit et en vérité ».</p>
<p>Mais le christianisme, c’est une religion historique qu’il faut traiter comme toute religion instituée, avec une doctrine, des dogmes, des sacrements. Le christianisme a mis fin à la religion juive en tant que rite, sacrifice, obligation légale etc. Mais le christianisme a été lui-même à l’origine d’une religion originale où malgré tout la tension entre l’esprit et la lettre est beaucoup plus forte que dans les autres religions. Il y a à l’intérieur du christianisme, comme le disait Karl Barth – et comme le disent souvent les protestants – une sorte de nécessité, d’appétit de réforme perpétuelle. Parce qu’aucun enseignement, aucun rite ne dispense d’aimer. Tout est ramené à cet impératif de la charité. Et ça c’est très fort dans le christianisme, plus que dans d’autres religions qui sont davantage sous le signe de la loi ou sous le signe d’une certaine exubérance de dévotion, de culte, de rite…</p>
<p>Et ce fut la vocation du protestantisme de rappeler à cette réforme intérieure de l’Eglise, tentée parfois de judaïser, de tomber dans un certain pharisaïsme, c’est-à-dire dans l’obéissance formelle à des commandements.</p>
<h4>Où en est-on avec la théologie de la libération ?</h4>
<p>La théologie de la libération n’a plus en Amérique latine le succès qu’elle avait il y a 20 ans. Ce qui s’accompagne d’un moindre rayonnement des Communautés de Base.</p>
<p>La théorie et la pratique de cette théologie a été indissociable d’une période sous le signe de la dictature militaire. C’était au service d’une libération surtout des plus pauvres. Dans la mesure où le Brésil tend à devenir une démocratie, les CDB sont moins des communautés militantes dans le sens d’une efficacité sociale et politique que des communautés de prière qui recherchent davantage la consolation de Dieu et pas simplement un dynamisme pour changer la vie sociale.</p>
<p>Il y a le succès des nouvelles églises pentecostales. Alors que les théologies de la libération ont bien insisté sur les pauvres comme interlocuteurs privilégiés de Dieu, souvent les communautés nouvelles mettent comme horizon la prospérité ; faire en sorte que les hommes sans travail, aliénés par la drogue, retrouvent une certaine dignité. Ce n’est plus la lutte pour la libération des pauvres, c’est la lutte pour la libération intérieure des personnes. Et dans la tradition protestante le fait de trouver du travail, même le fait de gagner de l’argent, c’est plutôt une bénédiction de la part de Dieu. Donc, il n’y a pas la même valorisation du pauvre comme tel. Critiquables car sous le signe de l’émotionnel, ces communautés sont aussi très généreuses. La collecte y est une véritable entraide</p>
<p><strong>Source : Assemblée générale de NSAE, 23 janvier 2010<br />
Merci à Lucienne Gouguenheim pour la retranscription écrite de cette conférence.</strong></p>
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		<title>PIGS : cochons de marchés ou Les raisons de la colère Jean-Marie Harribey</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Feb 2010 17:40:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[
Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier  ?
Sauvés de la crise, ils organisent la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/12287377560_harribey.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2272" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/12287377560_harribey.jpg" alt="" width="70" height="90" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier  ?</p>
<p><strong><em>Sauvés de la crise, ils organisent la curée</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">La crise magistrale que le monde connaît depuis 2007 est entièrement l’œuvre des marchés financiers parvenus au paroxysme de leur développement et ayant tellement tiré sur la corde de la spéculation qu’elle a fini par casser. Derrière les marchés financiers, entendons les fonds d’investissement privés, les banques, les fonds de pension, etc. Tous avaient bénéficié pendant la période euphorique précédant la crise des largesses du crédit pour participer à la restructuration permanente de leurs affaires et s’emparer de toute activité prometteuse. Et tous ont appelé au secours les banques centrales puis les États pour les sauver de la faillite, absorber leurs titres pourris et les faire endosser par la collectivité. Les ménages états-uniens modestes y ont perdu leur logement, nombre de salariés de par le monde leur emploi et les contribuables sont promis tôt ou tard à renflouer par leurs impôts les caisses <em>vidées</em> des États.<span id="more-2270"></span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">En effet, le côté ubuesque de cette crise est que les États ont multiplié les plans de relance de l’économie en empruntant des sommes folles auprès des marchés financiers qu’ils venaient de sauver de l’effondrement. Les déficits publics atteignent des niveaux records (10% du PIB aux États-Unis, 12% au Royaume-Uni, 8,4% en France, 11% en Espagne et 12,3% en Grèce). Idem pour les dettes publiques (plus de 200% du PIB au Japon, 90% aux États-Unis, 112% en Italie, 72% en France et 112% en Grèce).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Et que font les opérateurs financiers ? Ils sonnent l’hallali. La Grèce a besoin d’emprunter 20 petits milliards (à comparer avec les 11 000 milliards injectés dans le monde depuis trois ans) entre avril et mai prochains et se voit imposer des taux d’intérêt de 6,76% pour placer ses bons du Trésor, près de deux fois supérieurs à ceux que les pays considérés comme vertueux doivent acquitter.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Des pays classés vertueux ou bien mauvais payeurs par qui ? Par les agences de notation, celles-là mêmes dont la clairvoyance prévisionniste fut légendaire dans les années 2000 et dont se servent les marchés financiers pour désigner les cibles qu’ils viseront tour à tour, les <em>PIGS</em>, selon le surnom péjoratif donné au Portugal, à l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et bientôt l’Islande : attaquer les maillons faibles pour profiter des potentialités de gains à court terme et exiger des primes de risque exorbitantes, alors qu’en fait de risque celui-ci est toujours au bout du compte externalisé sur la société.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong><em>La faillite européen</em></strong><strong>ne</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’Union européenne apporte elle-même la preuve que les principes qui la guident sont ceux qui ont provoqué la crise et qui empêchent d’y remédier. Bridés par les traités de Maastricht à Lisbonne, ni les États membres ni l’Union en tant que telle ne peuvent faire appel à la Banque centrale européenne pour emprunter les sommes nécessaires pour sortir du bourbier. Condamnés à demander l’aumône chèrement payée aux institutions financières. Quitte à voir les banques se refinancer auprès de la BCE en mettant en pension des bons d’État.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Drapée dans la fausse vertu de la concurrence, l’Union n’est pas conçue pour construire la solidarité entre vingt-sept pays à des niveaux de développement et de puissance politique très inégaux. Paralysée en 2007 et 2008 devant la déferlante de la crise mondiale, elle est restée muette depuis plus d’un an que les exigences financières imposées à la Grèce s’étaient accrues et que, par contrecoup, toute la zone euro était menacée d’éclatement. Aucun dispositif n’est prévu pour anticiper les difficultés que peut connaître un pays membre et l’aider à les dépasser. Puisque la concurrence libre et non faussée doit régner, la solidarité n’est ni de mise ni permise : les articles 102 à 104 du traité sur le fonctionnement de l’UE  (traité de Lisbonne) interdisent que l’Union garantisse la dette d’un État membre de la zone euro.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Mais chacun sait que lorsqu’un maillon faible cède, c’est toute la chaîne qui est brisée. Aussi, l’Allemagne et la France ont été contraintes de prendre la tête d’une réaction avant qu’il ne soit trop tard, tout en faisant en sorte que cela n’apparaisse pas comme un fait de l’Union qui constituerait un précédent exprimant le besoin d’une Europe politique. En exigeant un plan grec d’austérité encore plus sévère, la chancelière allemande et le président français ne doivent pas se souvenir qu’en 2003 leurs pays avaient violé les règles qu’ils avaient instituées prévoyant des sanctions en cas de déficits excessifs ? Bref, fiasco, cacophonie et impasse d’une « gouvernance » néolibérale de l’Union et de l’euro dont la prétendue qualité de « bouclier anti-crise » s’est évanouie.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong><em>Halte au feu !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">L’incendie de la crise n’est pas éteint. Les flammes sont prêtes à rejaillir dès lors que la finance, ragaillardie par les fonds publics, souffle sur les braises. Les populations les plus fragiles font les frais des frasques des financiers et de l’impéritie des gouvernants : hier, les peuples du Sud affamés par la spéculation sur les céréales et les terres, aujourd’hui, les travailleurs grecs qui subissent un plan d’austérité destructeur, demain, d’autres encore.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Face aux évènements actuels, les propositions de rupture avec l’ordre néolibéral prennent un relief saisissant, notamment :</p>
<p style="text-align: justify">-       des taxes dissuasives sur les transactions financières ;</p>
<p style="text-align: justify">-       suppression des marchés de gré à gré pour empêcher les échanges de titres d’assurances contre les défaillances (CDS, <em>credit default swaps)</em>, par lesquels la spéculation se nourrit d’elle-même ;</p>
<p style="text-align: justify">-       contrôle public du secteur bancaire ;</p>
<p style="text-align: justify">-       diminution drastique de l’écart des revenus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme dans les années 1930 décrites par John Steinbeck, <em>les raisins de la colère</em> sont trop pressés. Nous avons toutes les raisons de refuser une situation insoutenable.</p>
<p style="text-align: justify">Source : http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2010/02/20/</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">
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		<title>Campagne de la CIMADE pour mettre un terme à la double violence</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/13/campagne-de-la-cimade-pour-mettre-un-terme-a-la-double-violence/</link>
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		<pubDate>Sat, 13 Feb 2010 20:33:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[
La Cimade lance une campagne pour obtenir une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences
Depuis 2004 La Cimade a ouvert, en Ile-de-France, plusieurs permanences spécialisées dans l’accueil et l’accompagnement juridique des femmes étrangères victimes de violences. En cinq années, plus de 1880 femmes victimes de violences sexistes ou familiales (violences conjugales, mariages forcés, mutilations sexuelles, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/visuel_site_cimade.JPG1.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-2165" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/visuel_site_cimade.JPG1.jpeg" alt="" width="162" height="243" /></a><br />
La Cimade lance une campagne pour obtenir une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences</em></strong></p>
<p style="text-align: justify">Depuis 2004 La Cimade a ouvert, en Ile-de-France, plusieurs permanences spécialisées dans l’accueil et l’accompagnement juridique des femmes étrangères victimes de violences. En cinq années, plus de 1880 femmes victimes de violences sexistes ou familiales (violences conjugales, mariages forcés, mutilations sexuelles, réseaux de prostitution, traite, esclavage moderne, etc.) ont été accueillies par des bénévoles spécialement formées.</p>
<p style="text-align: justify">Qu’elles aient subi ces violences dans leur pays d’origine, pendant leur exil ou en France, la majorité d’entre elles sont confrontées à de nombreux dysfonctionnements administratifs ou à une absence de dispositifs législatifs. En tant que femmes, elles sont confrontées à des discriminations spécifiques dans leur pays et en France, en tant qu’étrangères elles sont soumises à un ensemble de textes qui se révèlent, dans la pratique, plus restrictif à leur égard. C’est ce phénomène de la double violence que La Cimade veut dénoncer, la superposition de la violence vécue en tant qu’étrangère ajoutée à la violence vécue en tant que femmes.</p>
<p style="text-align: justify">La Cimade se félicite de l’initiative des parlementaires qui s’attachent, une nouvelle fois, à intégrer dans la législation des dispositions intéressantes en faveur des droits de femmes confrontées à des violences. La Cimade sera donc attentive le 25 février prochain au débat parlementaire relatif à la proposition de loi renforçant la protection des victimes, la prévention et la répression des violences faites aux femmes.</p>
<p style="text-align: justify">Toutefois, les observations menées sur le terrain montrent que c’est bien l’application de la loi qui fait défaut. Les évolutions législatives de 2003, 2006 et 2007 plutôt favorables aux femmes étrangères ne sont pas ou mal appliquées. Par ailleurs, lorsqu’elles sont en situation irrégulière, elles ne bénéficient que très rarement de suivi social, médical, psychologique, et rencontrent de nombreuses difficultés pour trouver un hébergement d’urgence ou une mise à l’abri.</p>
<p style="text-align: justify">Pendant deux mois, de nombreuses actions de sensibilisation de l’opinion publique et d’interpellations politiques seront menées pour faire connaître ces dysfonctionnements et exiger une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences.</p>
<p><a href="http://www.cimade.org/uploads/File/admin/DP_niunenideux.pdf"> Télécharger le dossier de presse</a></p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux">Accéder au site de la campagne</a> :</p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/">http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/</a></p>
<p><strong>09 février 2010</strong></p>
<p>_____________________________________________________</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>APPEL DE LA CIMADE </strong></p>
<p><strong>CAMPAGNE NI UNE NI DEUX</strong></p>
<p><strong>Mettons fin à la double violence faite aux femmes étrangères</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pour les femmes étrangères, une violence peut en cacher une autre. Aux violences qu&#8217;elles peuvent subir en tant que femmes &#8211; dans leur pays d&#8217;origine, pendant leur exil ou en France &#8211; s&#8217;ajoute trop souvent la violence de l&#8217;administration française parce qu&#8217;elles sont étrangères. Ni une ni deux, mettons fin à cette double violence.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">La Cimade lance une campagne pour obtenir une véritable protection des femmes étrangères et appelle chacun d&#8217;entre vous à y participer.</p>
<p style="text-align: justify">Participez à la manifestation virtuelle pour mettre fin à la double violence. Du 10 février au 28 mars, nous interpellerons ensemble les élus locaux, les parlementaires et les pouvoirs publics sur les dysfonctionnements administratifs et l&#8217;absence de dispositifs législatifs spécifiques qui font obstacle à une réelle protection des femmes étrangères victimes de violences.</p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/rubriques/127-Les-actions-de-la-campagne?page_id=2193">Inscrivez vous à la manifestation</a></p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/rubriques/120-pour-mieux-comprendre?page_id=2102">Présentation générale de la campagne</a></p>
<p><a href="http://www.cimade.org/minisites/niunenideux/rubriques/129-Contact-et-r-seaux-soicaux?page_id=2209">Suivez la campagne sur twitter et facebook</a></p>
<p>Ni une ni deux, dans <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/09/violences-la-double-peine-des-femmes-etrangeres_1303245_3232.html">Le Monde</a>, <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/societe/violences-la-double-peine-des-femmes-etrangeres_847779.html">L&#8217;express</a></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal"><br />
</span></strong></p>
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		<title>Howard Zinn et les damnés de l&#8217;Amérique, par Sylvie Laurent</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/05/howard-zinn-et-les-damnes-de-lamerique-par-sylvie-laurent/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 14:31:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>

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		<description><![CDATA[La mort, il y a quelques jours, de l&#8217;historien Howard Zinn (cf. photo supra, prise en juillet 2009) nous prive, chercheurs, américanophiles, esprits curieux, d&#8217;une des plus belles paroles américaines, celle d&#8217;un intellectuel qui fut également un héros de l&#8217;histoire des Etats-Unis du XXe siècle. Ouvrier avant de devenir soldat puis professeur, il aura été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La mort, il y a quelques jours, de l&#8217;historien Howard Zinn (cf. photo supra, prise en juillet 2009) nous prive, chercheurs, américanophiles, esprits curieux, d&#8217;une des plus belles paroles américaines, celle d&#8217;un intellectuel qui fut également un héros de l&#8217;histoire des Etats-Unis du XXe siècle. Ouvrier avant de devenir soldat puis professeur, il aura été de toutes les luttes pour une Amérique plus juste : pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, contre les ravages du capitalisme, contre les discriminations raciales et sexistes, contre la guerre d&#8217;Irak. Intellectuel et activiste, il incarna par son existence une forme de courage, d&#8217;intégrité et de clairvoyance que l&#8217;on a eu trop tendance à caricaturer en gauchisme suranné et vain.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Howard-Zinn.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2100" title="Howard Zinn" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Howard-Zinn.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p>Dans la préface de son étude <em>Le Peuple</em>, Jules Michelet s&#8217;adresse à Edgar Quinet en ces termes : &laquo;&nbsp;<em>Ce livre, je l&#8217;ai fait de moi-même, de ma vie et de mon cœur. Il est sorti de mon expérience, bien plus que de mon étude. Je l&#8217;ai tiré de mon observation, de mes rapports d&#8217;amitié, de voisinage ; je l&#8217;ai ramassé sur les routes… Enfin pour connaître la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d&#8217;interroger mes souvenirs.</em>&nbsp;&raquo; Bien avant d&#8217;écrire son histoire du peuple des Etats-Unis, Hower Zinn a lui aussi fait l&#8217;expérience de l&#8217;histoire. Après s&#8217;être ouvert aux brutalités sociales dans le New York prolétaire des sourdes luttes de classes observées par Dos Passos, c&#8217;est dans le Sud ségrégationniste qu&#8217;il s&#8217;engage et qu&#8217;il devient un radical. A ce moment-là, dans ce pays-là, seul un héros pouvait quitter le confort du monde blanc pour s&#8217;engager dans ce combat. Révolté par le racisme institutionnalisé qui interdit aux Africains-Américains de manger au même comptoir que les Blancs, il devient leur compagnon de lutte.</p>
<p>Non seulement s&#8217;engagea-t-il dans le mouvement des droits civiques le plus radical de l&#8217;époque, le Student Non-Violent Coordinating Comittee, participant physiquement aux confrontations sanglantes avec la police et les Blancs hostiles, mais il s&#8217;imprégna de la pensée noire la plus forte et la plus révolutionnaire. De la lecture de Dickens, il passe à celle de W.E.B. Du Bois, de Martin Luther King Jr pour s&#8217;attarder plus tard sur la pensée de Malcolm X dont il tirera un chapitre remarquable de son histoire du peuple américain. Dépassant la vulgate marxiste qui n&#8217;est jamais véritablement parvenue à articuler conscience de classe et conscience de race, Zinn se convertit à une pensée de gauche complexe dans laquelle on ne peut penser la question des discriminations raciales sans les lier au capitalisme et à l&#8217;impérialisme, une même rhétorique nationale les reliant.</p>
<p>Comme Jean-Pierre Vernant après son engagement dans la Résistance, il puise dans la lutte avec les camarades l&#8217;inspiration d&#8217;un travail qui cherchera avant tout la remémoration et le témoignage des acteurs afin de raconter une histoire &laquo;&nbsp;vraisemblable&nbsp;&raquo; à défaut d&#8217;être vraie. Il s&#8217;indigne en effet de l&#8217;absence des voix du peuple dans les textes canoniques de la démocratie américaine. Bien avant le travail de Bourdieu sur les pratiques de contrôle social et les formes de domination discursives et bien avant la conversion des campus américains aux études minoritaires (Chicano Studies, Gender Studies, Subaltern Studies….) qui institutionnalisent à la fin des années 1970 la relecture des textes-maîtres dans une perspective dissidente, Zinn interrogeait : &laquo;&nbsp;Nous le peuple ?&nbsp;&raquo; De quel peuple parle-t-on, raille-t-il, lorsque l&#8217;on récite la Constitution américaine, la main sur le cœur ? Intégrons-nous ceux à qui l&#8217;on refuse la citoyenneté de droit et les milliers d&#8217;oubliés des manuels scolaires, Amérindiens, pauvres, immigrés ? Les héros américains sont-ils ceux dont on nous dit qu&#8217;il est de notre devoir de les vénérer ?</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, les livres abondent qui soulignent les incohérences de Lincoln ou les mensonges de Jefferson. Mais lorsque Zinn commence à publier dans les années 1960, l&#8217;intelligentsia le taxe de propagandiste &laquo;&nbsp;communiste&nbsp;&raquo; et sa parole est disqualifiée comme &laquo;&nbsp;anti-américaine&nbsp;&raquo;. Il refuse, il est vrai, toutes les entourloupes du contrat social américain d&#8217;alors, au premier rang desquels la guerre du Vietnam et toutes celles, ultérieures, qui prétendront que l&#8217;Amérique est impériale parce qu&#8217;elle est bonne. Il n&#8217;a pas attendu qu&#8217;il soit de bon aloi de critiquer le bellicisme viscéral de l&#8217;administration de George W. Bush. Pas plus qu&#8217;il ne cacha ses inquiétude face à la politique de Barack Obama en Afghanistan, quelques mois à peine après l&#8217;élection euphorisante de ce dernier.</p>
<p>C&#8217;est aussi dans la salle de classe qu&#8217;il vivait son engagement, d&#8217;abord dans le collège pour jeunes filles noires de Spellman à Atlanta, où l&#8217;on envoyait les professeurs juifs privés de postes ailleurs, puis à New York et enfin à Boston. Sans jamais abandonner la lutte contre les inégalités et les injustices qu&#8217;il voyait miner l&#8217;idéal démocratique du pays, il enseigna à des milliers d&#8217;étudiants à regarder l&#8217;histoire de façon oblique, à renoncer à la prétentieuse vérité officielle pour choisir une &laquo;&nbsp;intrigue&nbsp;&raquo; (pour reprendre le mot de Paul Veyne) : la force historique des <em>humiliati</em>, par les yeux desquels le grand récit national nous apparaît moins glorieux, mais aussi plus riche. Craignant plus que tout la neutralité qui rend complice, il forma et soutint nombre d&#8217;historiens critiques qui revisitent l&#8217;histoire du monde avec une attention particulière au point de vue des insatisfaits. La romancière Alice Walker dit qu&#8217;elle n&#8217;eut jamais meilleur professeur. Sans doute le million et demi d&#8217;Américains qui ont acheté <em>Une histoire populaire des Etats-Unis</em> depuis sa parution en 1980 sont-ils également à compter parmi ses élèves.</p>
<p>A l&#8217;heure où le centrisme résigné de Barack Obama semble déboucher sur une impasse démocratique, la voix d&#8217;Howard Zinn nous rappelle que la gauche n&#8217;est pas une idée folle en Amérique.</p>
<p><strong>Auteur : Sylvie Laurent, américaniste à Sciences-po et Fellow au W.E.B Du Bois Institute de l&#8217;université Harvard<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 4 février 2010</strong></p>
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		<title>Campagne mondiale pour la transparence des revenus des industries pétrolières, gazières et minières</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/02/04/campagne-mondiale-pour-la-transparence-des-revenus-des-industries-petrolieres-gazieres-et-minieres/</link>
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		<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 11:54:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[
Malgré les milliards de dollars de revenus tirés de l&#8217;exploitation des ressources minières, pétrolières et gazières, les populations de plus de 50 pays en développement riches en ressources1 sont toujours dans un état de pauvreté extrême. Si les gouvernements de ces pays pratiquaient la bonne gouvernance, ces revenus considérables serviraient à l&#8217;éradication de cette pauvreté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_2069" class="wp-caption aligncenter" style="width: 394px"><img class="size-full wp-image-2069 " src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/bauxite-20production-20guinea.jpg" alt="Production de bauxite en Guinée" width="384" height="211" /><p class="wp-caption-text">Production de bauxite en Guinée</p></div></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">Malgré les milliards de dollars de revenus tirés de l&#8217;exploitation des ressources minières, pétrolières et gazières, les populations de plus de 50 pays en développement riches en ressources<sup>1</sup> sont toujours dans un état de pauvreté extrême. Si les gouvernements de ces pays pratiquaient la bonne gouvernance, ces revenus considérables serviraient à l&#8217;éradication de cette pauvreté et à la croissance économique. Force est de constater que la réalité est bien différente.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les gouvernements et les administrations qui gèrent ces revenus souffrent des carences institutionnelles et rendent rarement des comptes aux populations ou à leurs représentants élus (parlementaires). Nombreux sont les pays que l&#8217;on peut qualifier de « kleptocraties » où les fonctionnaires détournent à leur seul profit des revenus tirés des ressources naturelles. Les industries extractives sont associées à des niveaux très élevés de corruption<sup>2</sup>. Les compagnies pétrolières exploitantes s&#8217;engagent parfois dans des pratiques corrompues pour obtenir des marchés ou pour profiter des faveurs des fonctionnaires d&#8217;Etat. Ces gouvernements, mais aussi les compagnies exploitantes, ne publient pas le montant des revenus tirés de l&#8217;extraction des ressources et considèrent bien souvent cette information comme « secret d&#8217;Etat ». Ce manque de transparence ne peut que faciliter les détournements des fonds et la corruption. Dans des cas extrêmes, l&#8217;accès aux ressources peut aussi provoquer ou alimenter des guerres civiles ou transfrontalières, qui affaiblissent davantage le gouvernement et les institutions nationales. Le désordre qui en dérive favorise souvent des détournements des biens publics sur grande échelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;appel aux compagnies pour qu&#8217;elles publient ce qu&#8217;elles paient (Publiez ce que vous Payez) et aux gouvernements pour qu&#8217;ils publient ce qu&#8217;ils reçoivent (Publiez ce que vous recevez), est un élément essentiel pour assainir les modes de gestion des revenus issus des ressources naturelles. Si les compagnies publient ce qu&#8217;elles paient et que les gouvernements publient leurs revenus, les rapprochements comptables seront alors facilités et la société civile pourra interpeller les gouvernements sur la bonne utilisation des fonds. La transparence des revenus permettra, en outre, l&#8217;émergence d&#8217;un vrai débat sur l&#8217;utilisation de ces revenus et leur affectation aux politiques de développement, la redistribution des richesses ainsi que l&#8217;amélioration des services publics.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les Compagnies pétrolières, gazières et minières ne peuvent contrôler comment les gouvernements utilisent les taxes, les royalties ou les autres impôts qu&#8217;elles paient à ceux-ci. Il est par contre de leur responsabilité de publier les paiements de toute nature qu&#8217;elles effectuent, permettant ainsi à la société civile d&#8217;interpeller leur gouvernement et leur administration. Les Compagnies qui refusent cette transparence se rendent complices de la confiscation des revenus issus des ressources naturelles au détriment de la population. Au contraire, la transparence renforcera leur image de « Société socialement responsable » en donnant la preuve de leur contribution positive et de leur implication forte dans le souci qui consiste à s&#8217;assurer que les montants payés aux gouvernements des pays riches en ressources naturelles soient affectés au développement réel de ces pays, créant un environnement économique favorable, plutôt que de voir ces sommes détournées ou gaspillées, ce qui exacerbe les divisions sociales, peut mener à une défaillance de l&#8217;Etat et au conflit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui on peut considérer qu&#8217;un vaste consensus apparaît dans la communauté internationale pour promouvoir un renforcement de la transparence dans le secteur extractif, comme le prouve le soutien apporté par les gouvernements, les compagnies pétrolières et minières, les investisseurs, les institutions financières et la société civile à l&#8217;Initiative de Transparence des Industries Extractives (ITIE)<sup>3</sup>. Rendre obligatoire la publication des paiements et des revenus tirés des activités extractives serait chose facile au travers de la mise en place de réglementations comptables, boursières ou juridiques ou bien encore si elle était une conditionnalité à l&#8217;octroi de crédits à l&#8217;exportation ou de prêts faits par les Institutions Financières Internationales ou les institutions bancaires privées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>C&#8217;est pour cela que la coalition Publiez Ce Que Vous Payez appelle :</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> <strong>Les compagnies multinationales, privées ou publiques</strong>, à publier l&#8217;intégralité des paiements de toute nature qu&#8217;elles effectuent (royalties, impôts, bonus, redevances&#8230;) au profit des états (ou de leur émanation) et ce pour chacun des pays où elles exploitent des ressources naturelles.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> <strong>Les gouvernements des pays riches en ressources naturelles</strong> à</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">◦ Rendre obligatoire la publication des paiements effectués par les Compagnies travaillant sur leur territoire et ce, société par société, type de paiement par type de paiement ;</p>
<p style="text-align: justify;">◦ Publier les revenus tirés des activités d&#8217;extraction (Publiez ce que vous recevez) ;</p>
<p style="text-align: justify;">◦ Faire contrôler et certifier ces revenus par un auditeur indépendant et reconnu selon les meilleures pratiques internationales. Le déploiement réel de l&#8217;Initiative de Transparence des Industries Extractives (ITIE) faciliterait ces publications. Des recommandations telles que celles émises par le FMI dans son <em>Guide sur la Transparence des Recettes des Ressources Naturelles</em> peuvent également être utiles.</p>
<p style="text-align: justify;">◦ Mettre sur place des mécanismes de reporting sous-nationaux pour la déclaration des paiements et des revenus ;</p>
<p style="text-align: justify;">◦ Etablir un processus budgétaire participatif et transparent au niveau local, national, et régional afin de collaborer avec la société civile à la gestion et l&#8217;allocation efficace des revenus publics pour promouvoir le développement socio-économique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> <strong>Les gouvernements des pays membres de l&#8217;OCDE</strong> à rendre obligatoire la publication (pays par pays), des paiements effectués par les Compagnies pétrolières, gazières ou minières, cotées sur leurs marchés financiers.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> <strong>Les Institutions Financières Internationales</strong> (multilatérales ou bilatérales), comme la Banque Mondiale, le FMI, les banques régionales de développement, les agences de crédit à l&#8217;exportation, mais aussi les banques commerciales, à soutenir les demandes de Publiez Ce Que Vous Payez faisant de la transparence une conditionnalité à leur soutien aux compagnies extractives et de faire de la transparence et de la présence de mécanismes de vérification et d&#8217;audit indépendant un préalable à la mise en place de programmes d&#8217;aide, d&#8217;assistance financière et technique aux gouvernements des pays riches en ressources naturelles (hormis les cas d&#8217;urgence et de caractère humanitaire).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> <strong>La communauté internationale et en particulier les organisations d&#8217;aide, à promouvoir le renforcement et la formation des organisations de la société civile</strong> des pays riches en ressources naturelles, afin de leur permettre d&#8217;être plus efficaces dans l&#8217;interpellation de leur gouvernement et de leur administration.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>En plus de ces mesures :</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> Les Compagnies du secteur extractif et les institutions locales devraient publier toute information concernant les investissements d&#8217;ordre social et les paiements directs aux budgets des administrations locales. Ces paiements et ces investissements représentent des facteurs importants pour un développement socio-économique durable, et les citoyens doivent être mis en mesure de participer au processus de gestion de ces revenus.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<ul style="text-align: justify;">
<li> Pour renforcer encore cette volonté de promotion de la transparence, nous appelons aussi à la mise à disposition publique <strong>des contrats du secteur extractif </strong>et à l&#8217;alignement des <strong>procédures d&#8217;octroi des concessions</strong> aux meilleures pratiques internationales. Ces contrats contiennent des éléments d&#8217;information tels que les échéances, les formules de calcul et d&#8217;autres critères déterminant les montants de revenus des gouvernements (à savoir : les taux de partage, le montant des taxes, les royalties, les bonus, les bénéfices et toute exonération de ces derniers&#8230;) permettant de mieux cerner les revenus potentiels de l&#8217;état contractant (avec exception faite pour les dispositions d&#8217;ordre purement commercial). Ces éléments constituent donc des données essentielles qui permettront aux citoyens d&#8217;être mieux informés quant aux revenus attendus et de pouvoir les comparer aux revenus déclarés. Cela donnera également la possibilité de s&#8217;assurer que les contrats conclus l&#8217;ont été dans l&#8217;intérêt général et ont effectivement permis au pays de recevoir les montants contractuellement prévus.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Promouvoir la transparence des revenus et des contrats dans les industries extractives est un élément essentiel de l&#8217;éradication de la pauvreté pour une masse importante de la population des pays riches en ressources naturelles. C&#8217;est aussi en parfait accord avec les objectifs de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption, de responsabilité des entreprises et d&#8217;un développement durable, soutenus par la communauté internationale. La transparence sert les intérêts de tous les acteurs &#8211; les citoyens, les compagnies, les gouvernements et la communauté internationale. A chacun de remplir son rôle pour faire en sorte qu&#8217;elle devienne une réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal"><span>En France, 13 associations constituent la plateforme française Publiez Ce Que Vous Payez.  Le Secours Catholique/Caritas France en assure le pilotage. Elles demandent aux compagnies extractives (pétrole, gaz, ressources minières) de publier ce qu&#8217;elles versent aux états des pays où elles opèrent.</span>
</p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.amisdelaterre.org/"><span><strong>AMIS DE LA TERRE</strong></span></a></span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.asso-sherpa.org/"><span><strong> SHERPA</strong></span></a></span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.amnesty.fr/index.php"><span><strong>AMNESTY</strong></span></a></span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.carefrance.org/"><span><strong>CARE</strong></span></a> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.cimade.org/"><span><strong>CIMADE </strong></span></a><strong> </strong></span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.fidh.org/"><span><strong>FIDH </strong></span><span> Fédération Internationale des ligues des droits de l’homme. 155 organisations de défense des droits de l’Homme à travers le monde. </span></a></span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.reseau-ipam.org/"><span><strong>IPAM</strong></span></a> </span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><span><a href="http://justice-paix.cef.fr/"><span><strong>JUSTICE ET PAIX </strong></span><span> Ce service de l’Eglise catholique a reçu la mission d’aider les chrétiens à être actifs et vigilants sur les questions de justice et de paix internationales. </span></a></span><span> </span></span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://www.oxfamfrance.org/"><span><strong>OXFAM </strong></span></a><strong> </strong></span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://partenia2000.over-blog.com/"><span><strong>PARTENIA 2000</strong></span></a></span><span> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><span> </span><a href="http://www.transparence-france.org/"><span><strong>TRANSPARENCE INTERNATIONALE FRANCE </strong></span></a></span><span><strong> <span style="font-weight: normal;"><span><a href="http://www.asso-sherpa.org/"><span> </span></a></span><span> </span></span></strong></span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="www.secours-catholique.org"><span><strong>SECOURS CATHOLIQUE </strong></span></a> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span><a href="http://survie.org/"><span><strong>SURVIE</strong></span></a></span><span><strong> </strong></span></p>
<p><!--EndFragment--></p>
<p align="right">
<p align="right">
<p style="text-align: justify;">1<em> La définition de pays riche en ressources est tirée du « Guide sur la Transparence des Recettes des Ressources Naturelles » du FMI. Un pays est définit riche en ressource s&#8217;il remplit l&#8217;un des critères suivants : (i) les revenus des ressources naturelles apportent en moyenne au moins 25% des recettes fiscales totales dans la période 2000-2005 ou (ii) au moins 25% des revenus d&#8217;exportation dans la même période. Pour plus d&#8217;information, consultez: </em><em><a href="http://www.imf.org/external/pubs/ft/grrt/fra/060705f.pdf">http://www.imf.org/external/pubs/ft/grrt/fra/060705f.pdf</a></em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">2<em> Selon l&#8217;Indice de Corruption des Pays Exportateurs de Transparency International (2002), les industries pétrolières et minières sont classées respectivement à la 3<sup>ème</sup> et à la 7<sup>ème</sup> place, en termes de probabilité que les fonctionnaires d&#8217;état puissent accepter ou demander des paiements illicites (par exemple pour des concessions, facilitations bureaucratiques, octroi des licences etc.). Pour plus d&#8217;information, veuillez consulter: </em><em><a href="http://www.transparency.org/policy_research/surveys_indices/bpi/bpi_2002">http://www.transparency.org/policy_research/surveys_indices/bpi/bpi_2002</a></em></p>
<p>3 <a href="http://www.eitransparency.org/"><em>www.eitransparency.org</em></a></p>
<p><a href="http://www.publishwhatyoupay.org/fr">http://www.publishwhatyoupay.org/fr</a></p>
<p>source : http://pcqvp.over-blog.com/</p>
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		<title>Le mépris des pauvres, par Gabriel Marc</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/01/31/le-mepris-des-pauvres-par-gabriel-marc/</link>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 17:09:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne regrettera pas 2009. L&#8217;année s&#8217;est ouverte sur une panique financière et a mis au jour ensuite la conscience aiguë d&#8217;une crise écologique et la révélation d&#8217;une crise alimentaire.
La crise financière a pris tout le monde de court. Elle avait pourtant été annoncée depuis longtemps: un empilement de risques de plus en plus extravagants [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">On ne regrettera pas 2009. L&#8217;année s&#8217;est ouverte sur une panique financière et a mis au jour ensuite la conscience aiguë d&#8217;une crise écologique et la révélation d&#8217;une crise alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify">La crise financière a pris tout le monde de court. Elle avait pourtant été annoncée depuis longtemps: un empilement de risques de plus en plus extravagants ne pouvait que fragiliser l&#8217;édifice.<span id="more-1988"></span> Quand un petit parpaing de ce château branlant a cédé, tout a menacé de s&#8217;écrouler. Les gouvernements des grands pays ont élaboré des plans de relance pour protéger l&#8217;économie et colmaté les brèches des plus grandes banques. Dans l&#8217;urgence immédiate, il le fallait absolument. Des milliers de milliards de dollars de liquidités leur ont été consentis, prélevés sur les revenus futurs des travailleurs et des générations qui les suivent.</p>
<p style="text-align: justify">On nous persuade que tout cela est maintenant derrière nous. Est-ce si sûr ? Pourvu des liquidités reçues, le système, juste un peu dégraissé, reprend goût à ses anciennes pratiques. Plutôt que d&#8217;engager ses ressources rétablies pour financer l&#8217;investissement à long terme, il préfère le rendement immédiat du marché spéculatif pour se refaire du gras. Tant mieux pour les gagnants du jeu. Tant pis pour les autres : le chômage devient endémique, les salaires sont bloqués, sauf pour une minorité qui se les attribue jusqu&#8217;à l&#8217;invraisemblance, et les peuples de la pauvreté tirent la langue. C&#8217;est ainsi que s&#8217;ouvre l&#8217;année 2010.</p>
<p style="text-align: justify">La crise écologique n&#8217;est pas d&#8217;urgence aussi immédiate. Elle n&#8217;en est pas moins très préoccupante : elle appelle des remèdes de long terme. Mais ils sont d&#8217;un coût considérable : il faut reconfigurer l&#8217;appareil productif mondial. Les nations les plus puissantes devraient donner l&#8217;exemple, mais elles sont entre elles en âpre compétition, alors ce n&#8217;est pas le moment. À Copenhague, on a acté qu&#8217;il faut faire quelque chose, mais sans contrat, ni contrainte, ni contrôle. Autant ne dire rien. D&#8217;ici à la catastrophe annoncée, on a le temps. Pensez donc : 2020, 2050, plus tard même, ce sera pour les successeurs ! Tant pis pour tant de pays pauvres exposés aux dérèglements climatiques, parfois jusqu&#8217;à une disparition programmée. C&#8217;est ainsi que s&#8217;ouvre l&#8217;année 2010.</p>
<p style="text-align: justify">La troisième crise est latente. C&#8217;est la crise alimentaire. Une personne sur cinq dans l&#8217;humanité ne mange pas à sa faim, ne dispose pas des calories nécessaires au maintien du corps. En deux ans, leur nombre a spectaculairement augmenté. Un sommet sur la sécurité alimentaire vient de se tenir à Rome à la FAO pour tenter d&#8217;endiguer ce massacre. Les chefs d&#8217;État du G8 ont été absents et le sommet s&#8217;est achevé sans engagement financier pour développer l&#8217;agriculture des pays de la faim. Le pape a fait chorus avec ces pays-là en dénonçant le gaspillage et la spéculation (1). Mais sa voix s&#8217;est envolée avec celle des pauvres. L&#8217;insécurité alimentaire dans un si grand nombre de pays est très grave, car si on peut vivre en autarcie des produits de la terre &#8211; nos aïeux l&#8217;ont fait -, aucun être vivant ne peut vivre sans s&#8217;alimenter. Que plus d&#8217;un milliard de personnes &#8211; seize fois la population de la France ! &#8211; ne mangent pas assez pour l&#8217;énergie de vivre, c&#8217;est une honte pour l&#8217;humanité. C&#8217;est pourtant ainsi que commence l&#8217;année 2010.</p>
<p style="text-align: justify">Tout compte fait, il n&#8217;y a rien de tellement nouveau au fond depuis les temps bibliques où des prophètes, parfois mal embouchés, fulminaient contre l&#8217;insolence des riches et leur mépris des pauvres qu&#8217;ils exploitaient. La mondialisation contemporaine s&#8217;est contentée d&#8217;élargir l&#8217;espace de l&#8217;injustice. Elle pouvait « mieux faire ».</p>
<p style="text-align: justify">Jusqu&#8217;à quand les peuples vont-ils courber l&#8217;échine sans rien dire face à l&#8217;arrogance des élites ? Faut-il en arriver à « un nouveau 1789 avec, comme à la Bastille, la prise par le peuple d&#8217;une banque centrale », comme l&#8217;évoquait ici même un chroniqueur allemand (2) ? Sans aller jusqu&#8217;à cette extrémité, on peut, en cette période de vœux, formuler celui, ardent, d&#8217;un réveil des peuples pour refuser le primat exclusif de la finance sur l&#8217;homme, le saccage de la planète nourricière, la fatalité de la faim, et pour inventer de nouveaux styles de vie et de nouvelles manières de penser. L&#8217;énoncé des principes de la destination universelle des biens de la terre et de la promotion du bien commun rappelés inlassablement par les autorités morales, à commencer par l&#8217;Église, est merveilleux, mais ce serait mieux si l&#8217;énoncé devenait réalité. Alors on pourrait dire sans duplicité : bonne année 2010.</p>
<p>Gabriel Marc est ancien président du CCFD-Terre solidaire</p>
<p>(<a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/001/">1</a>) Cf. Documentation catholique du <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/006/">6</a> décembre <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/2009/">2009</a>.</p>
<p>(<a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/002/">2</a>) Lire La Croix du <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/018/">18</a> décembre <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/2009/">2009</a>.</p>
<p>La Croix 19 janvier 2010</p>
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		<item>
		<title>Rapport dit «Gérin» sur le voile intégral :  la souris burqa accouche d&#8217;une énormité antilaïque, par Catherine Kintzler</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/01/31/rapport-dit-%c2%abgerin%c2%bb-sur-le-voile-integral-la-souris-burqa-accouche-dune-enormite-antilaique-par-catherine-kintzler/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/01/31/rapport-dit-%c2%abgerin%c2%bb-sur-le-voile-integral-la-souris-burqa-accouche-dune-enormite-antilaique-par-catherine-kintzler/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 14:30:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'Observatoire Chrétien de la Laïcité (OCL)]]></category>
		<category><![CDATA[LE RÉSEAU NSAE]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[La lecture du rapport de la Mission d&#8217;information dite « Gérin » sur le port du voile intégral (1) révèle une surprise de taille. Une très mauvaise surprise.
 Dans les attendus aboutissant à la proposition n° 7 (« Engager une réflexion quant aux moyens d&#8217;assurer une juste représentation de la diversité spirituelle») au détour d&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La lecture du rapport de la Mission d&#8217;information dite « Gérin » sur le port du voile intégral (1) révèle une surprise de taille. Une très mauvaise surprise.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Dans les attendus aboutissant à la proposition n° 7 (« Engager une réflexion quant aux moyens d&#8217;assurer une juste représentation de la diversité spirituelle») au détour d&#8217;une phrase, le rapport  reprend à son compte une thèse du rapport Machelon, jugée démonstrative, selon laquelle il est possible d&#8217;autoriser l&#8217;aide financière directe de la puissance publique à la construction de lieux de  cultes. Rien que cela !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un sous- paragraphe intitulé <em>La construction de lieux de cultes</em>, après avoir notamment souligné que « La question de la possibilité de construire des lieux de culte est  particulièrement symbolique aux yeux des musulmans de France », le rapport poursuit  :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Le rapport de la commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics présidée par M. Jean-Pierre Machelon (2) avait d&#8217;ailleurs  démontré que de réelles marges de manœuvres législatives existaient en ce domaine dans la mesure où l&#8217;article 2 de la loi de 1905, qui prévoit que « la République ne reconnaît, ne salarie et ne  subventionne aucun culte », n&#8217;a pas valeur constitutionnelle. Cette dernière préconisait notamment d&#8217;autoriser l&#8217;aide directe à la construction des lieux de culte.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ce passage suggère on ne peut plus clairement que la loi de 1905 n&#8217;ayant pas valeur constitutionnelle selon l&#8217;analyse de Machelon, eh bien il n&#8217;y a qu&#8217;à en changer l&#8217;article 2 pour pouvoir  financer la construction de lieux de culte !</p>
<p style="text-align: justify;">Changer la loi de 1905, il fallait y penser, non ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tout se passe comme si la Mission voulait compenser ses préconisations contre le port du voile intégral par des mesures de rédemption auprès des religions : au fond, on n&#8217;est pas si méchants  que cela, on vous demande humblement (juste par une résolution solennelle où on fait les gros yeux &#8211; maman j&#8217;ai peur) de ne pas porter de voile intégral ici et là, et en échange on vous propose  des lieux de culte financés par le contribuable.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n&#8217;est qu&#8217;un petit  toilettage, un donnant-donnant, on en parle à peine.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sauf qu&#8217;avec une telle proposition, on propose aussi de sacrifier la loi de 1905.</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf qu&#8217;avec la loi de 1905, on immolerait aussi la laïcité de la République.</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf qu&#8217;avec un tel financement, la République piétinerait la liberté de conscience puisqu&#8217;on ferait payer des contribuables pour des religions qu&#8217;ils ne pratiquent pas ou auxquelles ils ont  (encore) le droit de ne pas croire (3).</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf qu&#8217;avec un tel financement, la République abolirait aussi la liberté des cultes puisqu&#8217;il serait impossible de les financer tous, et que, en désignant des bénéficiaires, elle désignerait  aux fidèles d&#8217;une religion quelle autorité ils doivent reconnaître.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme dit la chanson : « tout va très bien, madame la marquise ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sauf que la Cour Européenne des Droits de l&#8217;Homme a affirmé le caractère fondamental de la loi de 1905 en soulignant qu&#8217;elle est la clé de voûte de la laïcité française (laquelle est un  principe constitutionnel). Et cela bien après la publication du rapport Machelon (4).</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf que, à supposer que nos parlementaires s&#8217;attaquent à la modification de l&#8217;article 2 de cette loi, il faudrait aussi qu&#8217;ils modifient quelque peu la rédaction de l&#8217;article premier &#8211; mais  savent-ils le français au point de faire la différence entre <em>assurer</em> et <em>garantir</em> ? (5)</p>
<p style="text-align: justify;">Comme dit une autre chanson, « ça, c&#8217;est du lourd ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et on prétend que ce rapport accouche d&#8217;une souris !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">1- <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2262.asp#P3527_1027349">Rapport d&#8217;information fait au nom de la Mission d&#8217;information  sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national</a>, présidée par André Gérin, rapporteur Eric Raoult.</p>
<p style="text-align: justify;">2- Rapport déposé en septembre 2006 et qui déclencha de vives réactions, téléchargeable sur le <a href="http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/064000727/index.shtml?xtor=EPR-526">site de la documentation française</a></p>
<p style="text-align: justify;">3- Voir l&#8217;article <a href="http://www.mezetulle.net/article-17175243.html">Les religions sont-elles d&#8217;intérêt public ?</a></p>
<p style="text-align: justify;">4- Voir <a href="http://www.mezetulle.net/article-28281855.html">l&#8217;article de Charles Arambourou</a> &laquo;&nbsp;La CEDH et le principe de laïcité&nbsp;&raquo; qui  expose ce point en détail.</p>
<p style="text-align: justify;">5- Art. 1 <em>La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l&#8217;intérêt de l&#8217;ordre public.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Début de l&#8217;article 2  : <em>La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">source : http://www.mezetulle.net/article-rapport-dit-gerin-sur-le-voile-integral-la-souris-burqa-accouche-d-une-enormite-antilaique-43778251.html</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-2009 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/republique.jpg" alt="republique" width="162" height="216" /></p>
<p><!--StartFragment--><!--EndFragment--></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
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		<title>La tolérance et la non violence dans un monde à transformer  par  François Houtart*</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Jan 2010 09:25:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[

Photo: Indymedia
Des millions de personnes méritent le prix Madansheet Singh, tous ceux qui n&#8217;ont pas perdu l&#8217;espoir de transformer un univers soumis à la logique mercantile, en unissant leurs efforts au départ de leurs différences, de culture, de religion, de conviction philosophique. Répondant au cris des opprimés et au cris de la terre, ils s&#8217;efforcent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1929" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/houtartpetit.jpg" alt="houtartpetit" width="410" height="308" /></p>
<p style="text-align: center;">Photo: Indymedia</p>
<p style="text-align: justify;">Des millions de personnes méritent le prix Madansheet Singh, tous ceux qui n&#8217;ont pas perdu l&#8217;espoir de transformer un univers soumis à la logique mercantile, en unissant leurs efforts au départ de leurs différences, de culture, de religion, de conviction philosophique. Répondant au cris des opprimés et au cris de la terre, ils s&#8217;efforcent de construire des sociétés où la justice devient une valeur centrale et où la spiritualité reconquiert ses droits. Voilà pourquoi, il vaut la peine dans l&#8217;esprit de ce prix, de réfléchir sur la tolérance et la non-violence dans un monde à transformer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Vivre la tolérance suppose un préalable : reconnaître qu&#8217;il existe des situations que l&#8217;on ne peut tolérer. La spéculation financière qui en grande partie provoqua la crise alimentaire en 2007 et en 2008, faisant basculer plus de 100 millions de personnes sous la ligne de pauvreté, c&#8217;est à dire la misère et la faim, est intolérable. Consacrer des centaines de millions d&#8217;hectares en Asie, Afrique et Amérique latine, pour la production massive d&#8217;agrocarburants, en détruisant la biodiversité, polluant les sols et contaminant les eaux et en expulsant des dizaines de millions de paysans de leurs terres, est intolérable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Emettre toujours plus de gaz à effet de serre, tout en dévastant les lieux de leur absorption que sont les forêts et les océans, est tout aussi intolérable. Organiser des lobbys auprès des instances internationales, européennes ou mondiales, telle la Conférence des Nations unies sur le climat, afin que les droits du marché prévalent sur ceux de la vie, est intolérable. Etablir sur la planète des réseaux de bases militaires pour le contrôle des ressources naturelles, notamment énergétiques et ne pas hésiter à déclencher des guerres pour garantir ce dernier, est intolérable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Promouvoir et reproduire une économie qui crée d&#8217;immenses richesses, en ignorant les externalités, c&#8217;est-à-dire les dommages écologiques et sociaux qui n&#8217;entrent pas dans le calcul économique, est intolérable. Accepter que la répartition des biens soit une source d&#8217;inégalités jamais atteintes dans l&#8217;histoire, ne l&#8217;est pas moins. Certes, des millions de gens sont sortis de la pauvreté, mais en même temps des centaines de millions d&#8217;autres y ont été maintenus ou précipités, ce qui est aussi intolérable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour sa part, la non-violence comme dimension constitutive des rapports humains, exige que l&#8217;on aborde les causes de la violence, c&#8217;est à dire toutes les structures économiques, sociales et politiques qui oppriment les personnes et les groupes, au point de leur dénier le droit à l&#8217;existence. Le cheminement de l&#8217;humanité est parsemé de combats dont le caractère violent ou non-violent est tributaire du refus des classes dominantes de céder du pouvoir ou des privilèges. Aujourd&#8217;hui, la convergence des résistances sociales est devenue le moyen de créer un nouveau sujet historique du projet émancipateur. Mouvements des paysans sans terre, syndicats ouvriers, mouvements des peuples indigènes, mouvements des femmes, organisations religieuses, intellectuels engagés, regroupements politiques, peuvent faire basculer des rapports de force, permettant ainsi d&#8217;autres constructions sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A cet effet, au cours de la dernière décennie, les Forums sociaux mondiaux et régionaux ont contribué à créer une dynamique nouvelle, dans le respect mutuel de tous ceux qui, selon la charte fondatrice, luttent contre le capitalisme, contre toutes les structures d&#8217;injustice et veulent construire des alternatives. Les Forums doivent évidemment inspirer des projets politiques, ce que l&#8217;on observe déjà dans plusieurs pays et régions du monde, notamment en Amérique latine, après la révolution cubaine, dans des pays tels que le Brésil, le Venezuela, la Bolivie et l&#8217; Equateur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, pour revenir au problème de la violence, il ne fait aucun doute que l&#8217;utilisation de méthodes terroristes doive être condamnée, comme éthiquement inacceptable, d&#8217;où qu&#8217;elles viennent, même si le désespoir de situations sans issues conduit malheureusement à ce type de résistances. Un tel rejet inclut aussi le terrorisme d&#8217;Etat sous toutes ses formes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces constatations et réflexions nous amènent à poser la question des alternatives et des nouveaux paradigmes nécessaires à assurer la continuité de la vie humaine sur la planète et cela selon quatre axes essentiels à sa réalisation. Il s&#8217;agit d&#8217;abord d&#8217;un autre rapport entre l&#8217;humanité et la nature : passer de son exploitation à son respect comme source de la vie. Cela implique à la fois son utilisation durable et responsable, le caractère public des ressources naturelles et le statut de patrimoine collectif des éléments essentiels à la vie, telles que l&#8217;eau ou les semences.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un deuxième paradigme concerne la production des biens et des services, en rendant à la valeur d&#8217;usage la priorité sur la valeur d&#8217;échange, ce qui transforme fondamentalement la définition de l&#8217;économie. A ce moment, elle ne consiste plus à produire une valeur ajoutée appropriée par une minorité détentrice du pouvoir de décision, mais elle devient l&#8217;activité destinée à produire les bases de la vie physique, culturelle et spirituelle de tous les êtres humains à travers le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le troisième paradigme s&#8217;adresse à l&#8217;organisation sociale et politique, sous forme d&#8217;une généralisation de la démocratie à tous les rapports humains et à toutes les institutions, non seulement politiques, mais aussi économiques, sociales, culturelles, religieuses et en particulier aux rapports hommes-femmes. Le retour du sujet comme acteur individuel et collectif en est l&#8217;enjeu principal, impliquant entre autres une redéfinition de l&#8217;Etat et des organisations internationales.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, la lecture du réel et sa construction sur des bases éthiques, ce qui est le propre du genre humain, en d&#8217;autres mots, la culture, est nécessairement pluriculturelle. Plus question d&#8217;identifier développement humain et occidentalisation. Chaque tradition culturelle, chaque savoir, chaque philosophie, chaque religion doit pouvoir apporter sa pierre à l&#8217;ensemble, tant pour sa construction que pour sa diffusion dans tous les langages</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Utopie que tout cela ? Oui, mais utopie nécessaire pour la survie de l&#8217;humanité et de la planète, non dans le sens d&#8217;une illusion, sinon de ce qui n&#8217;existe pas aujourd&#8217;hui, mais pourrait se réaliser demain. Et cette utopie est déjà à l&#8217;oeuvre dans des milliers d&#8217;initiatives : résistances multiples contre les pratiques de mort, actions de protection de la terre, organisation d&#8217;une économie sociale et rétablissement des services publics, formes de démocratie participative, émergence de nouveaux concepts et de visions du monde moins élémentarisées. Tout cela contribue déjà à redéfinir le Bien commun de l&#8217;humanité. Le grand défi est de donner une cohérence théorique et pratique à cet ensemble, ce qui suppose aussi une profonde transformation culturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A cet effet, pourquoi ne pas proposer une Déclaration universelle du Bien commun de l&#8217;Humanité, basée sur les quatre paradigmes exprimés et qui viendrait compléter la Déclaration universelle des Droits de l&#8217;Homme. Utopie peut-être ! Certes, les Droits de l&#8217;Homme ont pris 200 ans pour s&#8217;universaliser. Leur présentation est peut-être incomplète, trop occidentale, utilisée politiquement par certaines puissances pour consolider leur hégémonie dans le monde, mais cette charte a le mérite d&#8217;exister et elle a sauvé la vie et la liberté de très nombreuses personnes dans le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Encourager l&#8217;émergence d&#8217;une nouvelle Déclaration universelle ne serait-elle pas pour l&#8217;UNESCO une tâche qu&#8217;elle pourrait revendiquer ? Transformer les paradigmes du développement humain est aussi une oeuvre de culture et d&#8217;éducation. Une telle initiative contribuerait à fixer dans le firmament la lumière d&#8217;une étoile, capable d&#8217;orienter les luttes pour la justice et le long cheminement de l&#8217;humanité, en lui offrant ainsi une raison d&#8217;espérer.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p><!--StartFragment--></p>
<p style="text-align: justify;"><em>* François Houtart est le fondateur du CETRI (Centre Tricontinental), professeur émérite de l&#8217;Université catholique de Louvain (UCL). Il a reçu en 2009, le Prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence, « </em><em>pour son engagement en faveur de la paix mondiale, du dialogue interculturel, des droits de l&#8217;homme et de la promotion de la tolérance, et en reconnaissance de ses efforts exceptionnels pour promouvoir la justice sociale dans le monde ».</em></p>
<p><em>source : http://www.cadtm.org/La-tolerance-et-la-non-violence</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
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