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	<title>NSAE &#187; Économie &amp; Société</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Pourquoi je ne répondrai pas au questionnaire de M. Hortefeux</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/08/27/pourquoi-je-ne-repondrai-pas-au-questionnaire-de-m-hortefeux/</link>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 14:29:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[

Ses amalgames sont scandaleux
Brice Hortefeux, le ministre de l&#8217;intérieur me demande de lui adresser, le 15 septembre, un bilan des actions de terrain engagées dans la commune de Grande-Synthe, dont je suis le maire, pour prévenir la délinquance, notamment des mineurs. Toutes les communes où la loi a rendu obligatoire la création d&#8217;un conseil local [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center">
<p style="text-align: center"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images5.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3024" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images5.jpeg" alt="" width="169" height="298" /></a></strong></p>
<p><strong>Ses amalgames sont scandaleux</strong></p>
<p style="text-align: justify">Brice Hortefeux, le ministre de l&#8217;intérieur me demande de lui adresser, le 15 septembre, un bilan des actions de terrain engagées dans la commune de Grande-Synthe, dont je suis le maire, pour prévenir la délinquance, notamment des mineurs. Toutes les communes où la loi a rendu obligatoire la création d&#8217;un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance sont concernées, soit les villes de plus de 10 000 habitants et celles présentant <em>&laquo;&nbsp;des caractéristiques de délinquance&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p style="text-align: justify">Au risque de décevoir le ministre de l&#8217;intérieur, je ne vais pas remplir le tableau d&#8217;analyse qu&#8217;il m&#8217;a envoyé. Mais je tiens, en revanche, à lui expliquer pourquoi j&#8217;ai pris cette décision. Jamais il ne me viendrait à l&#8217;esprit de nier que la sécurité est une priorité. Mais jamais non plus il ne m&#8217;était venu à l&#8217;esprit que la politique de sécurité repose sur les seules épaules des maires. Jusqu&#8217;à il y a peu, je pensais même naïvement que la sécurité relevait d&#8217;abord d&#8217;une compétence régalienne, à laquelle, en tant que premier magistrat, j&#8217;avais pris l&#8217;habitude de m&#8217;associer et de collaborer, dans le but de procurer à mes administrés la quiétude et la qualité de vie à laquelle ils ont droit.</p>
<p style="text-align: justify">La lecture du questionnaire de M. Hortefeux me montre que je me suis trompé : <em>selon le ministre, je suis bel et bien l&#8217;unique responsable de la situation de ma commune en matière de sécurité. Alors, il me faut agir, vite.</em></p>
<p style="text-align: justify">Afin de remplir au mieux cette nouvelle fonction, j&#8217;exige dès à présent une augmentation conséquente des effectifs de police nationale que la ville réclame depuis trente ans. Sur le terrain, il manque de nombreux agents pour faire respecter la loi. Depuis 2007, les effectifs du commissariat central de Dunkerque, et par ricochet, ceux du commissariat de secteur de Grande-Synthe, se sont érodés : quarante policiers en moins !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>INDIGNATION ET STUPEUR</strong></p>
<p style="text-align: justify">Je réclame aussi l&#8217;arrestation sans délai du délinquant le plus connu de l&#8217;agglomération dunkerquoise : le PDG de la multinationale milliardaire Total, Christophe de Margerie. La manière dont cet homme a arbitrairement décidé de procéder à la fermeture de la raffinerie des Flandres puis son refus délibéré de céder aux injonctions du tribunal lui intimant de redémarrer le site me semblent être la priorité sécuritaire du moment.</p>
<p style="text-align: justify">Il serait sans doute intéressant de signaler ce fait au ministre de l&#8217;industrie, Christian Estrosi, qui semble (étrangement ?) plus préoccupé par des affaires de caméras lilloises que par les emplois que la France est en train de perdre, à Dunkerque et ailleurs, faute d&#8217;une vision d&#8217;avenir et d&#8217;une politique d&#8217;innovation digne de ce nom dans le domaine industriel.</p>
<p style="text-align: justify">J&#8217;imagine déjà sa réponse : <em>&laquo;&nbsp;Le chômage vient d&#8217;atteindre les 24 % à Grande-Synthe ? Installons d&#8217;urgence des caméras de surveillance !&nbsp;&raquo;</em> L&#8217;humour est de rigueur dans les situations désespérées. Comme il s&#8217;en est ouvert au <em>Figaro</em> suite aux événements survenus à Grenoble, le ministre de l&#8217;intérieur souhaite comprendre <em>&laquo;&nbsp;où en sont certains élus sur la responsabilisation des parents et la suspension des allocations familiales&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify">Dans son questionnaire, il me demande ainsi de fournir des exemples de l&#8217;usage fait des informations que j&#8217;ai recueillies en matière d&#8217;absentéisme scolaire et sur la situation des familles en difficultés. M. Hortefeux va être déçu : je ne vais pas lui fournir d&#8217;exemples non plus<strong>. </strong>L&#8217;indignation et la stupeur m&#8217;en empêchent.</p>
<p style="text-align: justify">Mes valeurs, mes convictions, ce que je crois être juste au plus profond de moi, sont heurtées par l&#8217;association, que le ministre présente comme naturelle, entre pauvreté et délinquance. Quelque 70 % de mes administrés ne payent pas d&#8217;impôts faute de ressources suffisantes, avec parmi eux, une part importante de jeunes diplômés ne trouvant pas d&#8217;emploi. Il s&#8217;agit d&#8217;hommes et de femmes d&#8217;honneur, auxquels le travail ne fait pas peur, et qui sont à mille lieues de la délinquance qu&#8217;évoque M. Hortefeux<strong>. </strong>Pour eux, pour moi, pour tous les Français que par cet amalgame il offense, je ne répondrai donc pas à son questionnaire.</p>
<p style="text-align: justify">Les maires ont beaucoup de devoirs, mais il leur reste quelques droits, et notamment celui de pouvoir dire haut et fort ce qu&#8217;ils pensent. Adopter la rhétorique du Front national, diviser les Français pour régner, ne nous aidera en rien à résoudre le problème de la sécurité, ni à construire le projet de société qui nous manque cruellement pour nous projeter sereinement dans l&#8217;avenir.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Damien Carême</strong></p>
<p>Maire (PS) de Grande-Synthe, vice-président de la communauté urbaone de Dunkerque</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source : </strong>Article publié le 19 août 2010 dans Le Monde</p>
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		<title>Jusqu’où ira la « leçon de journalisme » de Vincent Bolloré ?</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/06/25/jusqu%e2%80%99ou-ira-la-%c2%ab-lecon-de-journalisme-%c2%bb-de-vincent-bollore/</link>
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		<pubDate>Fri, 25 Jun 2010 17:32:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Après avoir fait condamner le journaliste Benoît Collombat (et France Inter) début mai, le groupe Bolloré a abandonné ce week-end les poursuites contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq (et France Inter). Mais il attaque l’hebdomadaire Témoignage Chrétien.

A la tête d’un groupe « diversifié », M. Vincent Bolloré se flatte d’avoir de nombreux métiers. Mi-industriel mi-financier, il investit tous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Après avoir fait condamner le journaliste Benoît Collombat (et France Inter) début mai, le groupe Bolloré a abandonné ce week-end les poursuites contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq (et France Inter). Mais il attaque l’hebdomadaire <em>Témoignage Chrétien</em></strong><strong>.</strong></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/103581.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2874" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/103581.jpg" alt="" width="500" height="375" /></a></p>
<p style="text-align: justify">A la tête d’un groupe « diversifié », M. Vincent Bolloré se flatte d’avoir de nombreux métiers. Mi-industriel mi-financier, il investit tous azimuts. Dans le film plastique et dans la logistique. Dans la distribution d’énergie et la publicité. Dans les batteries au lithium et les plantations africaines. Mais l’homme d’affaires est insatiable. Depuis quelque temps, il ambitionne apparemment, en plus de ces multiples casquettes, de devenir professeur de journalisme.</p>
<p style="text-align: justify">Cette ambition est affichée depuis l’an dernier. Depuis, plus précisément, que le groupe Bolloré a décidé de porter plainte pour diffamation contre le journaliste de France Inter Benoît Collombat. Heurté par un reportage diffusé fin mars 2009 dans le cadre de l’émission <em>Interception</em>, dans lequel le journaliste s’intéressait aux activités portuaires, ferroviaires et agricoles de son groupe au Cameroun, Vincent Bolloré voulut « faire un exemple » (voir « <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-12-14-Bollore">La contre-offensive de Vincent Bolloré</a> »).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Les représentants du groupe présents lors du procès Bolloré-Collombat – qui s’est déroulé en deux temps, en décembre 2009 et en mars 2010 – ne s’en cachèrent d’ailleurs nullement : à travers France Inter, c’était tous les médias français qui étaient visés. Dans leur esprit, ce procès devait donc avoir des vertus pédagogiques. Pendant que l’avocat du groupe Bolloré, Me Olivier Baratelli, s’emportait théâtralement contre <em>« ces journalistes »</em> qui <em>« ne respectent pas les exigences du contradictoire »,</em> le responsable des activités africaines du groupe, Dominique Lafont, offrit au tribunal de <em>« rétablir la vérité ».</em> Bolloré, clama-t-il, est une <em>« entreprise citoyenne »</em> dont la préoccupation première – avant même le profit – est d’accompagner les Africains sur les sentiers heureux du développement économique…</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Les « exigences du contradictoire »</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il y eut certes, dans le public, quelques cancres pour s’amuser sous cape de ces étonnantes déclarations. Mais la « leçon » bolloréenne a dans l’ensemble été plutôt bien assimilée par la profession. Depuis que l’homme d’affaires a pris le chemin des tribunaux, la presse se montre plutôt discrète. Et lorsqu’elle s’aventure à parler du multimilliardaire de Puteaux, elle le fait souvent avec respect et bienveillance, se pliant volontiers aux « exigences du contradictoire » (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb1">1</a>).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Ainsi par exemple au <em>Nouvel Observateur.</em> Après avoir évoqué, en avril 2010, les relations tendues qu’entretiennent ces derniers temps M. Vincent Bolloré et le banquier Antoine Bernheim, « parrain » historique du premier dans le monde des affaires, l’hebdomadaire a ensuite publié un « rectificatif »… tout en réaffirmant dans le même temps sa propre version des faits (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb2">2</a>) ! <em>« S’il y a bien eu pression pour que nous le passions</em> [le rectificatif, ndlr], <em>il n’y a en revanche jamais eu menace de procès,</em> nous explique la journaliste qui a signé l’enquête, Odile Benyahia-Kouider. <em>J’aurais donc pu m’abstenir. Mais je me suis dit que, finalement, c’était tellement absurde et ridicule que cela se verrait encore plus. La preuve : vous l’avez vu ! »</em></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Le lecteur est donc prévenu : ce sera désormais à lui de faire le tri entre les informations… et leurs « contradictoires » réfutations. A la décharge du <em>Nouvel Observateur,</em> il faut bien reconnaître que le groupe Bolloré ne se contente pas toujours de menaces verbales. Comme l’ont constaté nombre de journalistes ces derniers mois, le groupe Bolloré sort maintenant « la grosse artillerie » avec une facilité déconcertante. Et le très dynamique avocat du groupe, Me Baratelli, ne manque pas une occasion pour imposer aux journalistes qui s’intéressent à son riche client de fortes doses de « contradictoire ».</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">C’est ce qu’a pu constater <em>Témoignage Chrétien,</em> le 4 mars 2010. Quelques heures seulement après la publication par l’hebdomadaire d’un article consacré au procès « Bolloré – France Inter » (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb3">3</a>), le directeur de la publication, Hubert Debbasch, reçut de Me Baratelli un courrier violent l’accusant d’avoir publié <em>« un article de commande »</em> faisant <em>« le panégyrique »</em> de Benoît Collombat. Accusant le journal, selon la formule désormais habituelle, de s’être <em>« affranchi des règles élémentaires du respect du contradictoire »,</em> l’avocat exigea la publication d’un « droit de réponse » faisant le panégyrique du groupe Bolloré et accusant l’hebdomadaire de… <em>« manquer de respect »</em> envers les Camerounais !</p>
<p style="text-align: justify">Se sentant victime d’une sorte de chantage (publier un droit de réponse qu’il juge indigne ou être poursuivi en justice), Hubert Debbasch tire la morale de cette affaire. <em>« C’est vraiment une entreprise pour museler la presse,</em> explique-t-il. <em>Et par des moyens très vicieux : ils essaient d’utiliser tous les instruments juridiques qui sont précisément faits pour défendre la liberté d’expression, pour contraindre au contraire toute la presse – même la presse qui leur est la moins favorable – à dresser un portrait idyllique de leur société. »</em> Ayant donc refusé de publier le « droit de réponse » exigé, M. Debbasch doit se présenter le 23 juin 2010 au tribunal, suite à une action en référé de la SA Bolloré.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Des « propos mieux contrôlés » à Radio France ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Du côté de Radio France, autre média attaqué par Bolloré, la situation est un peu plus compliquée. Alors que la multinationale a finalement réussi à faire condamner Benoît Collombat et France Inter – le tribunal ayant, selon Me Baratelli, infligé <em>« une leçon de journalisme à certains journalistes »</em> (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb4">4</a>) –, elle a annoncé le 18 juin qu’elle abandonnait en revanche les poursuites qu’elle avait engagées contre la même station de radio et contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Cette seconde affaire Bolloré-France Inter trouve son origine dans l’émission <em>Eclectik</em>, diffusée le 12 septembre 2009, au court de laquelle Isabelle Ricq évoquait le reportage qu’elle avait effectué dans une plantation camerounaise de palmiers à huile (<a href="http://blog.mondediplo.net/2009-06-16-Bollore-au-Cameroun-un-bilan-en-images">Reportage publié sur le site du <em>Monde Diplomatique</em></a>). La photographe ayant mis en cause le groupe Bolloré, qui contrôle près de 40 % de la maison-mère de la Socapalm, propriétaire de la plantation en question (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb5">5</a>), la multinationale décida de lui infliger – ainsi qu’à l’animatrice d’<em>Eclectik</em> et à France Inter – une « leçon de journalisme ».</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Malheureusement pour le conglomérat, le procès contre Benoît Collombat fit capoter le projet. Car, si Collombat a bien été condamné, il ne l’a pas été sur l’ensemble de son reportage mais seulement sur quelques points précis (liés notamment à la gestion par Bolloré du port de Douala et de la société camerounaise de chemin de fer). De sorte que les cris victorieux des hommes de M. Bolloré à l’énoncé du verdict, le 6 mai 2010, masquaient en réalité un camouflet sur le dossier spécifique de la Socapalm, dont le fonctionnement fut méthodiquement décortiqué par les témoins cités par Collombat – parmi lesquels Ricq elle-même (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb6">6</a>).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Craignant subitement la « contradiction » publique que s’apprêtait à lui porter à nouveau, et avec plus de force encore, la jeune photographe, le groupe Bolloré a donc préféré jeter l’éponge. Mais avec discrétion, et en jouant habilement de la confusion entre les émissions <em>Interception</em> et <em>Eclectik</em>. <em>« France Inter ayant admis le caractère diffamatoire des propos tenus à l’occasion des deux émissions, des excuses ayant été présentées</em> (<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nb7">7</a>), écrit Me Baratelli au président de la 17e chambre correctionnelle, chargée des affaires de presse, <em>M. Vincent Bolloré et la Société Bolloré n’entendent pas poursuivre la procédure en diffamation</em> [contre Isabelle Alexandra Ricq et France Inter] ».</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Une issue d’autant plus heureuse, pour l’homme d’affaires multicarte, que Jean-Luc Hees, PDG de Radio France, aurait – selon la même lettre de Me Baratelli – <em>« donné directement à Monsieur Vincent Bolloré l’assurance que les propos diffusés sur l’antenne de France Inter seraient désormais mieux contrôlés ».</em> Si l’avocat de Radio France dément que Hees ait <em>« présenté une quelconque excuse »</em> ou se soit <em>« engagé en quoi que ce soit pour l’avenir »</em>, on peut tout de même s’interroger : jusqu’où ira la « leçon de journalisme » du professeur Bolloré ?</p>
<p style="text-align: justify">Thomas Deltombe</p>
<p style="text-align: justify">La valise diplomatique – Mardi 22 Juin 2010</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Notes : </strong></p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh1">1</a>) Interrogé sur la signification précise que donne le groupe Bolloré à cette notion de « contradictoire », l’avocat du groupe Bolloré, Me Baratelli, a « oublié » de nous répondre.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh2">2</a>) Voir Odile Benyahia-Kouider, « <a href="http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/economie/097864/cesar-bernheim-versus-brutus-bollore.html">César-Bernheim versus Brutus-Bolloré</a> », 22 avril 2010 et « <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20100423.OBS2911/une-lettre-d-antoine-bernheim.html">Une lettre d’Antoine Bernheim</a> ».</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh3">3</a>) Julien Brygo, « <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1655&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1">Bolloré contre France-Inter : acte 2</a> », <em>Témoignage Chrétien</em>, 4 mars 2010.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh4">4</a>) Lire : « <a href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/05/06/97001-20100506FILWWW00596-bollore-diffame-france-inter-condamne.php">Bolloré diffamé : France Inter condamné</a> », (AFP, 6 mai 2010). France Inter n’a pas fait appel de cette décision.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh5">5</a>) Il s’agit de la plantation de Kienké, propriété de la Socapalm, entreprise passée en 2000 sous le contrôle du groupe belge Socfinal dont « Vincent Bolloré » et « Bolloré Participations SA » font partie des administrateurs officiels (mais dont M. Bolloré se targue cependant de pas contrôler sa gestion).</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh6">6</a>) Bolloré n’a d’ailleurs pas fait appel de cette décision.</p>
<p style="text-align: justify">(<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29#nh7">7</a>) Concernant Eclectik, personne à France Inter n’a – à notre connaissance – présenté d’excuses. Même démenti du côté d’Isabelle Ricq.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Source </strong>: http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-22-Jusqu-ou-ira-la-lecon-de?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+monde-diplomatique%2Frss+%28Le+Monde+diplomatique%29</p>
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		<title>Robert Castel : «La retraite est le droit social par excellence»</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jun 2010 21:36:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Le sociologue Robert Castel défend cette « propriété sociale » que constitue le droit à la retraite, et qui évite – pour combien de temps ? &#8211; aux salariés vieillissants de devenir pauvres. L’ancien disciple de Pierre Bourdieu et Michel Foucault rappelle que « la percée la plus décisive en matière de droits sociaux », dont la retraite, a été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Le sociologue Robert Castel défend cette « propriété sociale » que constitue le droit à la retraite, et qui évite – pour combien de temps ? &#8211; aux salariés vieillissants de devenir pauvres. L’ancien disciple de Pierre Bourdieu et Michel Foucault rappelle que « la percée la plus décisive en matière de droits sociaux », dont la retraite, a été réalisée dans une France qui allait bien plus mal qu’aujourd’hui : un pays dévasté par la Seconde guerre mondiale, avec une productivité qui s’était effondrée, mais où la volonté politique de redistribuer les richesses produites était bien présente.</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/arton972-7c55f.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2799" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/arton972-7c55f.jpg" alt="" width="309" height="384" /></a><br />
</strong></p>
<p><strong>Entretien</strong></p>
<p><strong><span style="font-weight: normal">Propos recueillis par Olivier Vilain (27 mai 2010)</span></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><span style="font-weight: normal"><strong>Pourquoi avez-vous signé </strong><strong><a href="http://www.bastamag.net/article972.html">l’appel lancé</a></strong><strong> par la Fondation Copernic et l’association Attac en faveur de la retraite par répartition ? Un appel qui tire un bilan désastreux des précédentes réformes et qui alerte sur le risque de paupérisation des retraités.</strong></span></strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Il faut prendre une position assez ferme sur la question des retraites. C’est pourquoi j’ai signé cet appel. L’enjeu est tel qu’il est important de rassembler la gauche pour faire prévaloir ses orientations. Voilà ma position. Je me distingue néanmoins de cet appel sur un point : je ne pense pas que l’âge de départ à la retraite soit nécessairement le principal objectif à défendre. Mais dans le contexte actuel, très défavorable aux salariés, il faut faire très attention lorsque l’on manipule cette idée de modulation : je ne prône pas un allongement de la durée de cotisation, surtout pas ! Il ne m’apparaît pas nécessaire, dans l’idéal, de traiter de la même façon qu’un ouvrier quelqu’un qui n’a pas eu un métier aussi épuisant, ce qui impliquerait des négociations sérieuses en fonction des types de métiers.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Une réforme du système de retraite en vue de lui assurer les financements nécessaires doit impérativement respecter deux éléments. D’une part, la possibilité de partir à la retraite au-delà des 60 ans statutaires n’a de sens que pour quelques professions privilégiées. D’autre part, le droit à la retraite exige la définition d’une pension minimale suffisamment élevée afin de permettre l’autonomie économique des individus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La réforme qui se dessine va diminuer les revenus des retraités alors que ceux-ci ont déjà des difficultés à constituer des droits à la retraites suffisants en raison de la déstructuration du monde du travail. Le droit à la retraite est-il menacé ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Il m’apparaît nécessaire de défendre un véritable droit à la retraite par répartition qui donne un socle suffisant de ressources pour continuer d’avoir une vie correcte après la vie de travail, c’est-à-dire qui permet à chaque salarié de continuer à bénéficier d’un minimum d’autonomie économique. Pierre Laroque, « l’inventeur » de la Sécurité sociale à l’issue de la Second guerre mondiale, affirmait d’ailleurs qu’elle était instituée en tant que « garantie donnée à chaque homme qu’en toutes circonstances il pourra assurer dans des conditions satisfaisantes sa subsistance ». Il ne devrait donc pas exister de retraités pauvres. Or, le risque actuel est bien que la retraite devienne progressivement un minima de subsistance.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Du point de vue du droit, la pension de retraite fonctionne comme un salaire indirect, grâce auquel une partie du produit de son travail revient, avant la fin de sa vie, au travailleur lui-même. Ceux qui ont participé à la production de richesses peuvent ainsi continuer de bénéficier d’une partie de la richesse produite, une fois qu’ils ont arrêté de travailler à cause de leur âge avancé. Une partie du travail des salariés leur revient ainsi sous forme de protection, même si leurs patrons en ont accaparé la plus grande part dans ce système capitaliste. Ce droit permet ainsi de les affranchir de la dépendance qui était la condition du vieux travailleur avant l’instauration de la retraite. Cette dépendance le laissait soit à la charge de ses enfants, soit au bon vouloir de la charité ou aux prises avec les hospices pour indigents. Une situation épouvantable !</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Certains universitaires estiment que les retraités sont des privilégiés dans cette période de chômage de masse et de revenus plus faibles. Ils vivraient un véritable « âge d’or » contrairement aux jeunes largement victimes de l’accroissement des inégalités. Partagez-vous cette position ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Avec le mouvement d’implantation du droit à la retraite, à partir du lendemain de la Seconde guerre mondiale, le phénomène du « vieux pauvre », si caractéristique de l’histoire ouvrière, s’est atténué. La plupart des salariés des « Trente glorieuses » ont été « couverts » par la retraite, et l’on assiste désormais plutôt à un développement massif de la pauvreté parmi les jeunes. En suivant le raisonnement selon lequel les jeunes retraités, qui ont entre 60 et 70 ans, représenteraient une classe d’âge privilégiée, il y a la tentation de les désigner comme étant trop riches. C’est un raisonnement pervers ! Cette recrudescence de la pauvreté chez les jeunes s’explique surtout par la faible qualité des emplois qui leur sont proposés et leur fort taux de chômage. Ce phénomène ne doit pas être le prétexte pour dépouiller les « vieux » salariés ! Surtout qu’il existe encore des retraités pauvres. Un phénomène qui s’explique notamment par l’arrivée à la retraite de salariés qui n’ont connu que le régime de chômage de masse et de faibles salaires en raison notamment du travail intermittent ou à temps partiel.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Comme en 1993 et 2003, la réforme de 2010 est menée au nom du sauvetage de notre système de retraite. Vous n’avez pas l’air inquiet malgré les prévisions très pessimistes sur son financement, pourquoi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’idéal serait une société de plein emploi. Dans ce cas, le financement des systèmes sociaux ne figurerait même pas à l’agenda politique. Or, nous sommes de toute évidence dans une phase du capitalisme qui développe, au contraire, le chômage et la précarité. Il faut avoir à l’esprit l’élément suivant : si la croissance facilite les choses, elle ne remplace pas la volonté politique. Ainsi, dans les discours publics sur la retraite, on oublie souvent de rappeler que la percée la plus décisive en matière de droits sociaux a été réalisée avec la Sécurité sociale en 1945 et 1946 ; c’est-à-dire dans une France dévastée, dont la productivité était tombée en deçà du seuil atteint en 1929. Le financement du système de protection sociale dans son ensemble, et des retraites en particulier, nécessite une meilleure répartition de la valeur ajoutée entre le capital et le travail. Dans une perspective de gauche, c’est un principe évident.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Pour que le droit à la retraite soit assuré, il faut garantir une certaine égalisation des conditions en procédant à une certaine répartition des richesses, à défaut de mettre en place des politiques générant davantage d’égalité. Par exemple, il faudrait que le salarié payé tout au long de sa vie au Smic — c’est un cas de figure qui existe — ait au moins de quoi vivre une fois à la retraite, sans basculer dans l’assistance. Comme l’a dit, en 1895, Jean Jaurès en défendant la loi sur les retraites ouvrières et paysannes : il faut « qu’il n’y ait plus là comme une organisation de charité, mais comme la reconnaissance du droit ». La retraite est en effet le droit social par excellence que ce soit pour la classe ouvrière et, plus largement pour l’ensemble des travailleurs, car ce mécanisme permet d’accéder à une sorte de propriété sociale, commune à chaque salarié.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Derrière l’actuelle réforme gouvernementale, se dessine déjà un mouvement en faveur d’un « big bang » à la suédoise. Se référant au modèle suédois, à la CFDT, au PS, au Modem et même à l’UMP, des voix s’élèvent pour unifier les régimes de retraites, individualiser les droits, au risque de renforcer les fonds de pensions. Est-ce une voie à suivre ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Le modèle suédois en matière de retraite ? Il faut se méfier des modes. De même dans le domaine du travail, on nous vante la « flexécurité » à la danoise. Bien sûr, nous avons toujours à apprendre de la comparaison internationale. Toutefois, les promoteurs des concepts comme le « modèle suédois des retraites » ou celui de « flexécurité à la danoise » en font une importation extrêmement sélective et partielle. Ainsi, ces modèles fonctionnent dans leur pays d’origine comme un tout. Or, personne en France ne propose de les transposer dans leur ensemble, c’est-à-dire avec leurs conditions d’application. Ainsi, dans ces pays, on compte 80% des salariés affiliés à un syndicat. On y trouve aussi un modèle social-démocrate qui impose des prélèvements sociaux bien plus importants qu’en France et une solide tradition de concertations entre patronat et syndicats.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dans le cas des assurances privées, on voit réapparaître immédiatement la distinction entre pauvres et riches. Ces derniers sont les seuls à pouvoir épargner suffisamment pour compenser l’affaiblissement des retraites du régime général de la Sécurité sociale. Si on soumet le droit à la retraite aux fluctuations du marché, inutile de dire que cette option comporte beaucoup de risques. Il suffit d’écouter ce qui se passe à la Bourse ces jours-ci&#8230; Revenons plus particulièrement au système de retraite suédois, sans entrer dans les détails, je reste méfiant en raison du rapport de force dominant en France, qui est très défavorable aux salariés. Dans ces conditions, il y a tout à craindre que l’importation d’un soi-disant « modèle suédois » en matière de retraite ne serve en définitive qu’à déconstruire notre propre système de retraite en revenant sur le principe de la répartition.</p>
<p style="text-align: right">Propos recueillis par Olivier Vilain (27 mai 2010)</p>
<p><strong>Source</strong> : http://www.bastamag.net/spip.php?article1044PROPRIÉTÉ SOCIALE</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Les Robins des bois de la finance  par Ivan du Roy</title>
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		<pubDate>Thu, 27 May 2010 10:42:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Taxer les transactions financières à hauteur de 0,05%. C’est la proposition d’une coalition internationale d’associations et de syndicats. Une telle taxe pourrait rapporter entre 500 et 1000 milliards par an ! De quoi commencer à régler les problèmes du monde, qu’ils soient alimentaires, sanitaires, sociaux ou climatiques. Angela Merkel est partante. Cette perspective intéressera-t-elle les autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Taxer les transactions financières à hauteur de 0,05%. C’est la proposition d’une coalition internationale d’associations et de syndicats. Une telle taxe pourrait rapporter entre 500 et 1000 milliards par an ! De quoi commencer à régler les problèmes du monde, qu’ils soient alimentaires, sanitaires, sociaux ou climatiques. Angela Merkel est partante. Cette perspective intéressera-t-elle les autres gouvernements du G20 ? Réponse fin juin, à Toronto.</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="font-weight: normal"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Annex-Flynn-Errol-Adventures-of-Robin-Hood-The_02.jpeg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2732" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Annex-Flynn-Errol-Adventures-of-Robin-Hood-The_02-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: justify">Entre 500 et 1000 milliards de dollars par an : c’est le magot que les Robins des bois de la finance proposent de récupérer sur les marchés financiers mondiaux pour les redistribuer. Qui sont ces nouveaux détrousseurs de spéculateurs ? C’est une coalition d’associations et de syndicats emmenés en France par Attac, en Allemagne, au Canada et au Royaume-Uni par les « <a href="http://robinhoodtax.org.uk/">Robin Hood Tax</a> » (« <a href="http://www.robinhoodsteuer.de/">Robin Hood Steuer</a> » en Allemagne) ou la « <a href="http://www.zerozerocinque.it/">zero zero cinque</a> » en Italie. Nombre d’ONG et de syndicats en font partie, du Secours catholique à la CGT (Frère Tuck et Petit Jean en somme, les célèbres compagnons de Robin des Bois). Les sociaux-démocrates allemands du SPD ont également rejoint ce rassemblement hétéroclite. On attend des nouvelles de la gauche hexagonale.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comment comptent-ils s’y prendre pour délier les bourses des shérifs de Goldman Sachs et forcer les coffres-forts des princes de la Société Générale ? Par une simple et minuscule taxe de 0,05% sur chaque opération financière transnationale. Un trader de Wall Street spécule sur l’euro… 0,05%. Un fonds de pension revend des actions…. 0,05% Un actionnaire touche des dividendes sur ses participations à l’autre bout du monde… 0,05%. Un joueur de foot transfère son confortable pécule dans une banque de Zurich… 0,05%. Environ 6.000 milliards de dollars transitent chaque jour par les virtuels circuits financiers mondiaux. 0,05% chaque jour, cela fait 3 milliards par 24h. L’Institut autrichien de recherche économique estime qu’une telle taxe pourrait rapporter entre 447 et 1022 milliards par an, même si les flux financiers baissaient considérablement. La taxe Tobin laisse la place à la taxe Robin.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Réduire les inégalités en une année</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Un tel impôt pourrait permettre de réaliser les « objectifs du millénaire pour le développement » fixés par l’Onu, que tout le monde a oublié depuis le passage à l’an 2000 : réduire l’extrême pauvreté et la faim, réduire la mortalité infantile, combattre le Sida ou le paludisme, assurer l’éducation primaire pour tous… Et cela pour un coût de 170 milliards de dollars. Il resterait encore assez de liasses de billets verts pour financer l’adaptation des pays pauvres au changement climatique et leur transition énergétique pour une dépense de 150 milliards. Le solde pourrait même servir aux États endettés par la crise financière et le sauvetage des banques à préserver leurs systèmes de protection sociale. Et tout cela en une année.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Techniquement, c’est faisable sans grande difficulté, même si les inventeurs des « <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Credit_default_swap">Credit Default Swap</a> » ou des « <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Leveraged_buyout">Leverage Buyout</a> » nous expliqueront le contraire lorsqu’il s’agit de mécanique financière qui ne leur profite pas. « <em>Cet argent peut être facilement collecté via les chambres de compensation et de règlement qui sont déjà utilisées pour tout échange important et par lesquelles transite chaque transaction financière, y compris celles qui se font de gré à gré. Toute transaction importante est réalisée en trois étapes : le transfert, la compensation et le règlement. Un simple marquage électronique peut automatiquement transférer le montant de la taxe vers les services fiscaux appropriés</em> », expliquent les Robins des Bois. Quand, sur les marchés financiers, on est capable de revendre au prix fort des produits financiers que l’on n’a pas acheté et dont le prix a baissé (vous suivez ?), on peut bien s’acquitter d’un petit 0,05%.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Angela Merkel en Richard Cœur de Lion ?</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Reste à franchir un obstacle non négligeable : l’opposition de l’administration US, d’une partie du gouvernement britannique, de plusieurs États européens comme la Suède et, bien évidemment, de la City de Londres et de Wall Street à New York. Le Parlement européen, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et la France ont déclaré y être favorables. « <em>Je ne pense pas que cela ruinerait les marchés si nous introduisions une taxe internationale, et je vais faire campagne pour cela</em> », a même lancé, le 20 mai, la chancelière allemande. Ralliera-t-elle d’autres seigneurs sous sa bannière pour venir en aide aux brigands altermondialistes ?</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Cette taxe sur les transactions financières sera proposée par les organisations de la société civile lors du prochain G20, à Toronto les 26 et 27 juin. Les gouvernements des vingt plus grandes puissances mondiales refuseront-ils de se servir d’un tel outil fiscal pour réduire les inégalités ? Certes, la taxe ne remettra pas fondamentalement cause la folle oppression de la finance. Mais c’est une première volée de flèches contre la forteresse des spéculateurs.</p>
<p style="text-align: justify">Ivan du Roy &#8211; 25 mai 2010</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : http://www.bastamag.net/article1041.html</p>
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		<title>Crise financière, les six étapes d’un désastre</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/05/07/crise-financiere-les-six-etapes-d%e2%80%99un-desastre/</link>
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		<pubDate>Fri, 07 May 2010 20:32:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[L’agence de notation Standard &#38; Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?


Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>L’agence de notation Standard &amp; Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?</em></p>
<p style="text-align: center"><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/dominos.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2629" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/dominos.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify">Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur permettrait pas d’acquitter leurs engagements. Mais quels facteurs assombrissent ainsi leur horizon économique ? On peut facilement identifier l’un d’entre eux : les coupes budgétaires mises en œuvre sous la pression… des investisseurs et des <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/1997/02/WARDE/7764">agences de notation</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La boucle est ainsi bouclée. Avec le recul, les pièces éparses des krachs économiques à répétition survenus ces trois dernières années composent peu à peu le thème d’un puzzle bien connu. Son cadre : la vague de <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/RIMBERT/17031">déréglementation</a> financière des années 1980. Son nom : à crise de marché, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2002/09/HALIMI/16827">remèdes de marché</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Première étape : en 2007 les ménages américains, dont les revenus stagnent, notamment sous l’effet de la concurrence internationale, se trouvent dans l’incapacité de rembourser des prêts <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2008/12/BELKAID/16580">immobiliers</a> attribués sans souci de garantie par les banques saisies d’ivresse. Depuis l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000, la Réserve fédérale américaine maintient en effet des taux d’intérêts très bas, favorisant l’aventurisme des investisseurs.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Deuxième étape : en septembre 2008, la crise des subprime dégénère en crise bancaire, les bilans des établissements financiers se révélant farcis de crédits immobiliers insolvables ventilés aux quatre coins de la planète dans des produits financiers sophistiqués. Lehman Brothers chute ; la panique gagne ; les banques cessent d’accorder du crédit : l’économie est <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/11/CHESNAIS/18391">au bord de l’asphyxie</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Troisième étape : plutôt que de placer l’intégralité d’un secteur financier failli <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/HALIMI/16971">sous contrôle public</a>, les gouvernements acceptent de le renflouer en l’état. Les Etats s’endettent hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie. Mais, après vingt ans de baisse continue de la <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/KADRITZKE/18886">fiscalité</a>, les recettes ne suivent pas. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/CORDONNIER/18158">le chômage grimpe en flèche</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Quatrième étape. Requinqués par l’afflux d’argent public et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d’intérêts quasi-nuls, banques et fonds d’investissements reprennent leurs affaires ordinaires. Pendant la tourmente boursière, beaucoup ont reporté leurs avoirs du marché actions (perçu comme incertain) vers celui des dettes publiques (réputé sûr). Mais celles-ci enflent dangereusement et ne servent qu’un faible taux d’intérêt. Le faire monter : telle est la conséquence de « l’attaque » spéculative sur la dette souveraine des pays « périphériques » de l’Europe entamée après la révélation du maquillage des déficits grecs – carambouille effectuée avec l’aide de la banque d’affaires <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/HALIMI/18882">Goldman Sachs</a>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Cinquième étape. Dès lors que les puissances publiques se refusent à stopper la spéculation par la loi et par une aide immédiate à la Grèce, un cercle vicieux s’enclenche : il faut emprunter pour payer la dette ; réduire ses déficits pour emprunter ; tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits ; abaisser les salaires, les prestations sociales et « réformer » les retraites pour réduire les dépenses publiques. Autant de mesures qui appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques et incitent les agences de notation à dégrader les titres de la dette souveraine…</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">D’abord présentée aux Etats, la facture adressée par les banques pour le prix de leur propre impéritie échoit alors à son destinataire final : les salariés.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Sixième étape. L’effondrement des dominos européens. Nous y sommes. Miroir de la désunion européenne, le plan d’aide à la Grèce entériné le 11 avril tente tardivement de concilier tous les antagonismes : l’intervention du <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/ZACHARIE/17107">Fonds monétaire international</a> (FMI) avec le sauvetage des apparences communautaires ; la mise sous tutelle d’Athènes et le principe de souveraineté nationale ; l’intérêt bien compris des banques françaises et allemandes, lourdement exposées à la dette grecque, et le Traité de fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit la solidarité financière avec un Etat membre (articles 123 et 125) ; le montant des prêts initialement prévus (45 milliards d’euros, dont 15 par le FMI) et les sommes désormais jugées nécessaires pour endiguer l’activité spéculative (deux, voire trois fois supérieures) ; le modèle économique rhénan qui comprime les salaires pour dilater les exportations, et les balances commerciales négatives de ses voisins ; l’agenda politique de la chancelière allemande Angela Merkel, confrontée à un important scrutin régional le 9 mai, et celui des dirigeants des pays les plus endettés qui voient l’orage spéculatif aborder leurs rivages.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">En vertu de cet arrangement, la Grèce pourra emprunter à des taux moins élevés que ceux du marché (mais infiniment plus que ceux, pratiquement nuls, associés aux sommes débloquées sans limite par la Banque centrale européenne en faveur d’établissements privés en 2008 et 2009). Elle devra en contrepartie réduire de 5, voire de 6 points, un déficit budgétaire estimé à 14 % du produit intérieur brut. Une saignée violente, opérée prioritairement dans les budgets sociaux, mais déjà insuffisante aux yeux Berlin. Moins de dix jours après son annonce, les cortèges hostiles se succédaient dans les rues d’Athènes, le spectre du <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/CORDONNIER/18883">défaut de paiement</a> planait sur l’Acropole, la crise de la dette souveraine gagnait la péninsule ibérique et les rumeurs d’éclatement de <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/02/JACQUE/16835">la zone euro</a> se propageaient.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Faite d’improvisation, de crainte et de résignation face aux impositions de la finance, la réaction des Etats, des institutions européennes et du FMI se caractérise par <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/03/A/18934">l’absence de stratégie d’ensemble</a> : on se contente de répercuter la contrainte des marchés tout en jurant d’y résister. Elle incite les pays membres à se démarquer mutuellement dans l’espoir d’échapper aux paris des investisseurs. Une fois les « partenaires » placés en situation de concurrence, c’est à qui exhibera le plan d’austérité le plus drastique. A Lisbonne comme à Athènes, à Dublin comme à Madrid, résonne un mot d’ordre unique : « rassurer les marchés » – un an auparavant, les dirigeants du G20 promettaient de les dompter. Au fond, la dynamique réfracte involontairement la logique réelle de l’Union européenne, promise à tous comme un espace de solidarité et finalement livrée au dumping social, salarial, fiscal et maintenant spéculatif… <a href="http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-">D’autres solutions</a> s’offraient pourtant au choix des gouvernants.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme la mer qui se retire, la crise découvre la fragilité d’une <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2009/06/LORDON/17217">construction</a> qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire. C’est peu dire qu’il est perdu.</p>
<p style="text-align: justify">Auteur : Pierre Rimbert</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Source</strong> :</p>
<p style="text-align: justify">http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere</p>
<p>30 <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere">avril 2010</a></p>
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		<title>La retraite, une affaire de jeunes !</title>
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		<pubDate>Fri, 07 May 2010 11:15:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Le gouvernement s’est engagé dans une nouvelle réforme à marche forcée du système de retraites. « Je veux dire aux jeunes de 20 ans que c’est justement pour eux que nous faisons cette réforme », affirme le ministre du travail Eric Woerth. Nous ne sommes pas dupes de cette hypocrisie. Une nouvelle fois, ce qui est mis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Le gouvernement s’est engagé dans une nouvelle réforme à marche forcée du système de retraites. <em>« Je veux dire aux jeunes de 20 ans que c’est justement pour eux que nous faisons cette réforme </em>», affirme le ministre du travail Eric Woerth. Nous ne sommes pas dupes de cette hypocrisie. Une nouvelle fois, ce qui est mis en place au nom des jeunes se fait sans eux, et surtout contre eux. En limitant le débat à l’acceptation pure et simple d’un nouvel allongement de la durée de cotisation<strong>, le gouvernement adresse aux jeunes un message implicite, mais clair : la retraite ce n’est plus pour vous ! </strong>Jeunes en insertion, salariés ou étudiants, c&#8217;est sur nous que reposera le financement du système de retraite dans les années à venir, et c’est nous qui subirons toute modification du système actuel. Nous refusons d’être les grands oubliés d’un débat qui nous concerne !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Jeunes, nous sommes attachés au droit à une retraite à 60 ans financée par répartition </strong></p>
<p style="text-align: justify">Attachés à  la solidarité entre les générations, nous souhaitons financer un système de retraite par répartition de haut niveau qui garantisse un niveau de pension permettant de vivre pleinement le temps de la retraite. Nous refusons que la retraite par répartition devienne un « filet de sécurité » a minima, insuffisant pour vivre. Nous refusons la logique d&#8217;une retraite basée sur la capitalisation individuelle, inefficace économiquement et inégalitaire socialement. Nous dénonçons la double peine que nous imposerait un nouvel allongement de la durée de cotisation ou un recul de l’âge légal de départ en retraite: nous finançons les pensions d&#8217;aujourd&#8217;hui, nous refusons d&#8217;avoir à épargner en plus pour nos vieux jours dans des fonds de pension qui peuvent être ruinés du jour au lendemain !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Un débat de société  escamoté par une nouvelle opération comptable </strong></p>
<p style="text-align: justify">Parce que la nature du système de retraite qui se met en place contribue à façonner la société de demain, nous refusons la volonté du gouvernement de réduire ce débat à une simple équation comptable. En se limitant à jouer sur la durée de cotisation, le gouvernement s’attaque directement à la solidarité sans aborder les véritables enjeux du système : garantie d’un taux de remplacement, pénibilité, allongement de la durée d’étude et d’insertion, chômage, inégalités hommes – femmes (Aujourd’hui le temps partiel subi, la précarité de l’emploi impactent fortement la retraite des femmes.), répartition du temps de travail et des richesses.</p>
<p style="text-align: justify">En instrumentalisant les analyses du COR (conseil d’orientation des retraites) pour imposer l’allongement de la durée de cotisation comme seule perspective, le gouvernement élude la question centrale de la répartition des richesses. Depuis 20 ans, la part de la richesse produite attribuée aux salaires ne cesse de diminuer au profit du capital.</p>
<p style="text-align: justify">Alors que notre pays n’a jamais été aussi riche, nous n&#8217;acceptons pas qu&#8217;il soit demandé à la jeunesse de travailler plus longtemps pour toucher une retraite moins importante, conduisant ainsi notre génération à vivre des conditions de retraites moins bonnes que celles de nos parents ! Il n’est pas acceptable que l’allongement de la durée de la vie soit synonyme de régression sociale.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Allonger la durée de cotisation ? Pour nous, c’est non ! </strong></p>
<p style="text-align: justify">Cela priverait les jeunes du droit à une retraite à 60 ans à taux plein. Pourquoi cet acharnement à reculer l’âge de départ en retraite quand le chômage des jeunes explose? L’augmentation des besoins de financement est une chance qu’il faut saisir. Nous refusons que le catastrophisme ambiant serve d’argument pour esquiver une nouvelle fois le débat sur la nécessaire augmentation des financements solidaires des retraites par répartition : taxation des stocks options et des revenus financiers, suppression du bouclier fiscal, élargissement de l’assiette des cotisations, suppression d’exonérations de cotisations. Si de nouvelles ressources doivent être immédiatement mobilisées, une véritable politique de l&#8217;emploi et de revalorisation salariale destinée à lutter contre le chômage et la précarité est également indispensable pour apporter les recettes nécessaires à la pérennité de notre système de retraite solidaire.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le système de retraites doit prendre en compte l’évolution de la société ! </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous réclamons des réformes qui garantissent nos droits sociaux, et nous souhaitons faire évoluer le système pour mieux prendre en compte l’évolution de la société et pérenniser le système par répartition.</p>
<p style="text-align: justify">L’allongement de la durée des études et le recul de l’âge moyen d’entrée dans un emploi stable (27 ans) conduisent les jeunes à commencer à cotiser plus tard que par le passé. Nous exigeons :</p>
<p style="text-align: justify"><strong>• la validation des années d&#8217;études et de formation dans le calcul des annuités </strong>ouvrant droit à la retraite, afin d’offrir à chaque jeune la garantie de pouvoir étudier sans être inquiété par son avenir, même lointain ;</p>
<p style="text-align: justify"><strong>• la validation des périodes de stages, </strong>intégrée dans une véritable règlementation contraignante (rémunération à 50% du SMIC dès le premier mois, reconnaissance et encadrement dans la formation) ;</p>
<p style="text-align: justify"><strong>• la validation des périodes d’inactivité forcée</strong>, et la prise en compte la situation des jeunes en situation d’insertion professionnelle pour qui l&#8217;enchaînement de stages, de CDD, d’emplois à temps partiel, de périodes d’intérim ou de chômage conduisent à accumuler des droits à retraite très incomplets ;</p>
<p style="text-align: justify">En ignorant plus longtemps ces évolutions qui caractérisent notre génération, le gouvernement refuse de garantir aux jeunes qu’ils pourront à leur tour bénéficier d’une retraite solidaire à de haut niveau !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les jeunes seront au rendez-vous du débat public pour affirmer que la retraite est l’affaire de tous ! </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous affirmons notre volonté d’agir ensemble dans les prochains mois afin de défendre l’exigence d’un système de retraites par répartition fondé sur la solidarité, qui garantisse à nos aînés comme aux générations futures une retraite de haut niveau à 60 ans.</p>
<p style="text-align: justify">Les jeunes refusent d’être les grands oubliés du débat  qui s’ouvrent et exigent du gouvernement qu’il renonce à l’allongement de la durée de cotisation. Nous demandons à être associés aux discussions en cours.</p>
<p style="text-align: justify">Nous appelons à  la création de comités jeunes locaux pour organiser la campagne au sein de la jeunesse. Nous appelons les jeunes à se saisir du débat sur les retraites, à participer aux initiatives de mobilisation.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le gouvernement ne peut aborder le débat sur les retraites sans l’avis des générations directement concernées par cet enjeu social majeur : les jeunes d’aujourd’hui !</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Organisations signataires : </strong> <strong>UNEF, UNL, FIDL, Sud Etudiant, LMDE, CGT, FSU, UEC, Attac Campus, JOC, Génération Précaire, MJS, MJCF, Jeunes Verts, JRG, Réseau jeunes du PG, NPA, Gauche Unitaire Jeunes, Branche jeune d’AL</strong></p>
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-13.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2614" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-13-300x38.png" alt="" width="300" height="38" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-3-11.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2615" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-3-11-300x45.png" alt="" width="300" height="45" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-4.png"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2616" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Image-4-300x128.png" alt="" width="97" height="41" /></a></p>
<p style="text-align: justify"><strong><em>L&#8217;appel peut être signé en ligne : http://www.retraites-jeunes.net</em></strong></p>
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		<title>Volcan islandais, tsunami grec, séisme portugais&#8230; : à qui le tour ?</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 09:59:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[

Après l’Islande et la Grèce, le Portugal et l’Espagne viennent de voir leur note abaissée par les agences de notation financière, ce qui leur annonce des lendemains difficiles. À lire la plupart des commentateurs, les «marchés » qui spéculent contre ces pays semblent avoir la puissance d’une force de la nature. Rien ne pourrait s’opposer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/spip.php_1.jpeg"><img class="size-full wp-image-2596 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/spip.php_1.jpeg" alt="" width="300" height="165" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Après l’Islande et la Grèce, le Portugal et l’Espagne viennent de voir leur note abaissée par les agences de notation financière, ce qui leur annonce des lendemains difficiles. À lire la plupart des commentateurs, les «marchés » qui spéculent contre ces pays semblent avoir la puissance d’une force de la nature. Rien ne pourrait s’opposer à l’action des traders et des fonds spéculatifs, comme s’il s’agissait de catastrophes naturelles ou de divinités courroucées. Il n’y aurait d’autre issue que d’essayer d’apaiser leurs craintes en sabrant dépenses publiques, budgets sociaux et salaires. Des purges draconiennes sont annoncées pour « rétablir la confiance des marchés » sous l’égide du FMI. La France elle-même met en scène une réforme des retraites, dans l’espoir sans doute vain d’éviter le sort grec. Malgré les mesures d’austérité annoncées, la spéculation ne fait que s’intensifier. Mais comme c’est habituel avec le FMI, la purge annoncée va aggraver encore plus le mal – le chômage, la précarité, les inégalités. En s’enfonçant dans une spirale dépressive, sans pouvoir dévaluer leur monnaie nationale puisqu’ils n’en ont plus, les pays du Sud de l’Europe vont entraîner le reste du continent. Ils risquent d’être contraints de quitter la zone euro et de recréer des monnaies nationales, dévaluées par rapport à l’euro. Ils devront alors dénoncer leur dette publique, car ils ne pourront plus l’honorer. Les dominos tomberont les uns après les autres, et la France ne sera pas la dernière touchée.</p>
<p style="text-align: justify">Le risque d’effondrement de l’euro et donc de l’Union européenne dans les années (voire les mois) à venir devient réel. C’est ainsi que les spéculateurs s’enrichissent pendant les crises. Mais il n’y a là aucune fatalité naturelle, juste le prix du renoncement des États face au pouvoir de la finance. Ce renoncement n’est pas inéluctable, il est indécent de laisser les fonds spéculatifs et les banques manipuler les marchés de produits dérivés (les fameux CDS) pour créer la panique. Il faut cesser de recourir aux marchés financiers fauteurs de crise pour financer les déficits publics : aujourd’hui les banques et les fonds spéculatifs prêtent aux États à des taux usuraires des sommes empruntées à bon marché (1% pour les banques qui se refinancent auprès de la Banque centrale européenne) ! Il faut faire converger les politiques économiques par le haut et non par le bas : au moins autant que le manque de compétitivité de la Grèce ou de l’Espagne, c’est le dumping social et salarial de l’Allemagne qui est à la racine des déséquilibres européens. Une fiscalité européenne sur le capital permettrait de créer enfin un vrai budget européen et de renforcer les solidarités.</p>
<p style="text-align: justify">A court terme deux séries de mesures sont urgentes pour faire rentrer la lave de la spéculation dans son cratère et éviter la catastrophe économique, sociale et politique qui s’annonce :<br />
<strong>- Désarmer les marchés financiers :</strong> Il faut interdire l’achat de ces titres d’assurance aux spéculateurs qui ne détiennent pas d’obligations du pays concernés (« CDS nus »), et instaurer une taxation des transactions financières pour briser les mouvements spéculatifs de court terme.<br />
<strong>- Court-circuiter les marchés : </strong>la BCE doit acquérir (directement ou via les banques commerciales) les obligations d’État émises par les pays de la zone euro, ce qui réduira drastiquement la charge des intérêts de la dette.</p>
<p style="text-align: justify">Avec les syndicats et les mouvements sociaux de toute l’Europe, il est temps d’imposer une construction européenne qui préserve les intérêts des peuples, pas ceux de la finance. A l’opposé des réactions de repli nationaliste, Attac France sera au côté de ceux et celles qui défileront dans les rues des villes européennes le 1er mai et exprimera sa solidarité avec la grève générale grecque le 5 mai.</p>
<p style="text-align: right">
Attac France,<br />
Montreuil, le 29 avril 2010</p>
<p style="text-align: left">
source : <a href="http://www.france.attac.org/spip.php?article11214">http://www.france.attac.org/spip.php?article11214</a></p>
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		<title>A la recherche de l&#8217;impôt juste</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/04/01/a-la-recherche-de-limpot-juste/</link>
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		<pubDate>Thu, 01 Apr 2010 08:12:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Au moment où le bouclier fiscal suscite des discussions de plus en plus vives, un philosophe, un sociologue et un économiste expliquent dans « La Croix » ce que serait à leurs yeux un système fiscal plus juste.
«Seul l&#8217;impôt profitant à l&#8217;ensemble de la société est juste» (Serge-Christophe Kolm, philosophe et économiste)
«Trouver un consensus autour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au moment où le bouclier fiscal suscite des discussions de plus en plus vives, un philosophe, un sociologue et un économiste expliquent dans « La Croix » ce que serait à leurs yeux un système fiscal plus juste.<span id="more-2441"></span></p>
<h3>«Seul l&#8217;impôt profitant à l&#8217;ensemble de la société est juste» (Serge-Christophe Kolm, philosophe et économiste)</h3>
<p>«Trouver un consensus autour d’un impôt juste s’avère extrêmement complexe. Pourquoi ? Tout simplement parce que la justice en matière de redistribution dépend du corpus de valeurs de chacun. Un ultralibéral, par exemple, considère que les revenus tirés de son travail sont sa propriété. À ses yeux, le prélèvement d’une partie de son salaire à des fins redistributives constitue une forme d’expropriation. À l’entendre, l’imposition est intrinsèquement injuste.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/isf_article.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2442" title="isf_article" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/isf_article.jpg" alt="" width="400" height="273" /></a></p>
<p>Selon d’autres, à l’inverse, nos revenus découlent en grande partie de nos capacités intellectuelles, de nos origines sociales, de notre éducation, etc. Bref, de paramètres globalement aléatoires. Envisagés sous cet angle, les revenus semblent arbitraires et peu corrélés au mérite. Dans cette perspective, il est souhaitable et juste de taxer très fortement les hauts revenus. C’est ce que promeuvent, par exemple, les partisans de l’égalitarisme.</p>
<p>L’idée que l’on se fait d’un impôt juste découle donc de la façon dont on définit les notions de propriété individuelle ou de mérite personnel. Inutile de dire que les libéraux et les égalitaristes divergent sur ce point. C’est d’ailleurs souvent notre position dans la société qui nous fait adhérer à l’un de ces deux grands systèmes.</p>
<p>Nous optons, en fait, pour le modèle répondant le mieux à nos intérêts personnels. On trouve certes ça et là des individus très aisés partisans de l’égalitarisme mais, en général, ils apporteront plutôt leurs suffrages aux tenants du libéralisme. En face, les plus démunis auront tendance, eux, à dénoncer l’arbitraire de leur position sociale et à réclamer une forte redistribution par l’impôt.</p>
<p>Il faut, selon moi, dépasser cet antagonisme. Comment ? En amenant chacun à faire abstraction de ses intérêts particuliers, tâche ardue ! , et à se poser la question suivante : “Quel est l’impôt juste, non pas pour moi mais pour l’ensemble de la collectivité ?” En effet, seul l’impôt profitant à l’ensemble de la société peut être qualifié de juste.</p>
<p>À partir de là se posent deux questions complémentaires. La première consiste à se demander s’il existe des besoins de base auxquels il est impératif de répondre. Si tel est le cas, on peut estimer que tout impôt permettant de financer ces besoins sera juste. L’autre question est celle de savoir à partir de quel niveau d’imposition les individus risquent d’être désincités à créer de la richesse, au motif qu’il leur semble injuste d’être aussi fortement taxés. Un tel désengagement s’avérerait contre-productif pour la société. »</p>
<h3>«L&#8217;impôt juste est celui qui prépare l&#8217;avenir» (Michel Wieviorka, sociologue)</h3>
<p>«Avant même de réfléchir à la manière dont il est prélevé, on pourrait se poser la question de la justesse de l’impôt en fonction de son poids. Un impôt lourd n’est pas forcément un impôt juste. Il y a des États qui prélèvent peu mais qui ont une affectation juste et inversement. Donc, le fond du sujet n’est pas que celui du volume.</p>
<p>Techniquement, il y a des impôts qui évoluent plus ou moins selon les revenus des ménages. Je pense pour ma part que l’impôt progressif ne suffit pas, et qu’il faut tendre vers un impôt vraiment proportionnel. Je pense de ce point de vue que la TVA est un impôt injuste, mais c’est là une question de philosophie politique.</p>
<p>Au-delà de ces considérations, la question de fond est moins celle du poids ou du mode de prélèvement de l’impôt que celle de son usage. Si l’on considère que le modèle de société souhaité est celui d’un monde où le meilleur gagne en s’appuyant sur ses seules forces individuelles, on n’aura pas la même conception de l’impôt que si l’on aspire à une société de solidarité avec les plus démunis. L’impôt est là pour répondre à des attentes.</p>
<p>Mais que constate-t-on ? Les Français ont le sentiment de ne plus savoir où va leur pays. Et ils ont le sentiment d’une perte de sens du politique. Ils ne savent plus très bien à quoi servent les élections régionales, s’il faut être pour ou contre l’Europe… Pourquoi tant d’angoisse, tant d’incertitude dans cette société contemporaine ? Parce que, au fond, la France n’a pas encore terminé sa lente sortie de l’ère industrielle qui dure depuis maintenant quarante ans. Tous nos repères traditionnels ont vacillé.</p>
<p>Dans un tel contexte d’inquiétude, je pense qu’un impôt juste est celui qui contribue à la reconstruction d’un avenir. Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Si je prélève des impôts pour sauver l’emploi et protéger l’industrie telle qu’elle est, il y a de fortes chances pour que vous le trouviez injuste. En revanche, si je prélève l’impôt pour préparer autrement la mobilité dans l’espace, l’urbanisme, l’utilisation de l’énergie, je contribue à redonner du sens à un projet collectif.</p>
<p>Un programme de gauche comme de droite qui commencerait par dire : “Voilà la fiscalité que je propose” passerait donc à côté de l’essentiel. La fiscalité est un moyen au service d’une vision et non l’inverse. Il porte un projet qui s’adresse aux citoyens d’aujourd’hui mais qui prend aussi en compte les générations à venir. »</p>
<h3>«Il faudrait rendre le système plus simple et plus homogène» (Jacques Le Cacheux, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques-OFCE)</h3>
<p>« Pour définir un impôt juste, les économistes distinguent deux dimensions. La justice horizontale, d’abord, consiste à dire : à situation identique, traitement identique. Ce qui, en matière fiscale, revient à appliquer un même impôt aux personnes qui ont un niveau de vie comparable.</p>
<p>La justice verticale, elle, consiste à prélever plus les personnes les plus aisées et moins les personnes les plus modestes, de façon à assurer une redistribution des revenus. Ce critère est plus subjectif car, si toutes les sociétés modernes considèrent qu’il est normal de pratiquer une justice verticale, le degré de redistribution acceptable est sujet à des jugements de valeur.</p>
<p>Hélas, la fiscalité française ne répond plus ni à l’un ni à l’autre de ces deux critères. Concernant la justice horizontale, elle ne traite pas pareil les personnes qui ont des situations économiques comparables. Elle taxe ainsi différemment les revenus du capital et ceux du travail. Et, dans les revenus salariaux, le salaire fixe et les heures supplémentaires ne sont pas imposés de la même façon. Les niches fiscales aggravent encore ces disparités.</p>
<p>Concernant la justice verticale, l’impôt sur le revenu est devenu de moins en moins progressif avec la réduction du nombre de tranches et la diminution des taux marginaux, ce qui a rendu le barème moins « pentu ». La TVA est aussi par nature non redistributive. Ensuite, le bouclier fiscal, qui plafonne l’impôt à 50 % des revenus, limite clairement la justice verticale. Enfin, dernier exemple, la CSG, créée dans les années 1990, qui est appliquée avec le même pourcentage quel que soit le revenu, et sans quotient familial, est moins progressive que l’impôt sur le revenu.</p>
<p>Pour rendre la fiscalité française plus juste, il faudrait arrêter de réformer morceau par morceau, comme on l’a fait ces dernières années, mais regarder les impôts comme un tout pour tenter de rendre le système plus simple et plus homogène. On pourrait, par exemple, fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG en un impôt global fonctionnant avec les mêmes règles.</p>
<p>Une autre réforme consisterait non pas à supprimer toutes les niches fiscales, dont certaines ont des justifications économiques, mais à y mettre bon ordre. Il s’agirait d’éliminer celles qui sont contraires à l’équité sans être très efficaces économiquement. Je pense aux incitations immobilières, comme la déduction fiscale sur les intérêts d’emprunts ou les dispositifs Scellier ou Robien, qui parviennent plus à défiscaliser qu’à orienter l’investissement. »</p>
<p><strong>Propos recueillis par Marie BOËTON, Bernard GORCE, et Nathalie BIRCHEM<br />
Source : </strong><a href="http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2420713&amp;rubId=4076#" target="_blank"><em><strong>La Croix</strong></em></a><strong>, édition du 31 mars 2010</strong></p>
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		<item>
		<title>La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l&#8217;Europe</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Mar 2010 10:34:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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16 mars 2010
La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-weight: normal"><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/photo_1268630791683-1-2diaporama480x320.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2385" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/photo_1268630791683-1-2diaporama480x320-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a></p>
<p>16 mars 2010</p>
<p style="text-align: justify"><em>La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise. Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances. On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. » Cela ne vous évoque rien ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">La Grèce est très endettée et la finance internationale attaque ce maillon faible de la zone euro pour tester la cohésion de l’ensemble, avant éventuellement de spéculer contre d’autres pays pour générer d’énormes profits.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La réaction à cette attaque devrait entraîner la mise « sous tutelle » de la Grèce par la Commission européenne, par ses partenaires au sein de la zone euro et/ou par un éventuel Fonds monétaire européen. A l’instar des pays du Tiers-Monde à partir des années 1980, la Grèce va se voir imposer un programme d’ajustement économique et social drastique, traduisant sa Tiers-Mondialisation qui préfigure sans doute celle d’autres pays européens.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La Grèce enregistre des déficits publics importants qui doivent être financés par l’emprunt dont le cumul accroît le volume de la dette de l’État. Pour rétablir la confiance de ses bailleurs de fonds privés, le pays doit réduire son endettement. A défaut, la prime de « risque », réclamée par les bailleurs, qui s’ajoute au taux d’intérêt « normal » pourrait conduire à un taux usuraire. Georges Papandréou n’a pas le choix, il doit impérativement s’endetter moins, voire diminuer le volume de la dette grecque.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>L’exemple du Tiers-Monde en 1982</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">La situation de la Grèce, liée au « surendettement », n’est pas sans rappeler celle des pays du Tiers-Monde lors de la crise de la dette de 1982. En effet, pour pouvoir faire face à leurs obligations financières, les pays du Sud, en quasi cessation de paiements, ont été « aidés » par le FMI et par la Banque mondiale. Ces institutions ont accordé des prêts aux pays du Sud afin qu’ils puissent rembourser leurs banques créancières. Lesdites banques ont ainsi pu transférer au FMI et à la Banque mondiale une bonne partie de leurs créances « pourries » (ou « actifs toxiques » en langage politiquement correct). En contrepartie, les pays « aidés » se sont vus imposer des programmes d’ajustement structurel, traduction du consensus de Washington [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb1">1</a>] d’inspiration néolibérale monétariste.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">A travers l’application de ses dix commandements, le consensus de Washington vise à permettre aux pays sous ajustement de recouvrer la capacité d’assurer le service (principal + intérêts) de leur dette extérieure. Il faut, à n’importe quel prix, dégager des fonds pour payer les créanciers.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Réduire le déficit de l’Etat</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Cette démarche passe par la compression des dépenses et l’augmentation des recettes de l’État.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’action sur la dépense publique implique la réduction :</p>
<p style="text-align: justify">• de la masse salariale de la fonction publique (baisse des effectifs et/ou du niveau des traitements)</p>
<p style="text-align: justify">• des autres dépenses de fonctionnement (éducation, social&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">• des subventions (services publics, associations&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">• des investissements publics (infrastructures&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’augmentation des recettes réclame :</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">• l’alourdissement de la fiscalité</p>
<p style="text-align: justify">• la privatisation de services publics rentables (eau, électricité&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Plus généralement, la croissance est censée élargir les marges de manœuvre par le développement de l’activité économique qui, mécaniquement, augmente les recettes de l’Etat. La croissance peut être tirée par les exportations si la production nationale gagne en compétitivité externe, grâce à la dévaluation de la monnaie nationale, ou, si cette opération se révèle impossible, par la désinflation compétitive (comme pour le franc CFA avant la dévaluation de 1994 [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb2">2</a>] ) qui consiste à obtenir un taux d’inflation plus faible que celui des pays concurrents.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">La philosophie des programmes d’ajustement est, in fine, d’une part, de tenter d’augmenter la production locale de surplus (par la croissance) et, d’autre part, de réduire la consommation locale dudit surplus afin de l’exporter. En aucun cas, il s’agissait de se préoccuper du bien-être des populations.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Un bilan des ajustements dramatique</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Malgré de nombreuses études financées par la Banque mondiale et le FMI, tendant à démontrer que l’ajustement générait de la croissance et, par effet de ruissellement, bénéficiait même aux pauvres. Les conséquences sociales négatives ont été rapidement mises à jour et dénoncées [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb3">3</a>] . Ainsi, la pauvreté s’est accrue et les classes moyennes préexistantes ont été paupérisées. Les populations du Sud ont subi les conséquences funestes de l’ajustement pour rembourser des dettes dont elles n’avaient que peu profité.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La Grèce « inaugure » les politiques d’ajustement en Europe</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Jusqu’à présent, l’ajustement néolibéral imposé était réservé aux pays « non développés ». La Grèce inaugure le processus de Tiers-Mondialisation de l’Europe en passant sous les fourches caudines de « l’ajustement ». A l’instar des pays du Tiers-Monde, il s’agit de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour rembourser la dette extérieure à travers la réduction du périmètre de l’État, la privatisation, la dérégulation, les coupes claires dans les budgets de santé, d’éducation&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La Grèce est un test pour l’Europe néolibérale</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">L’inconnue reste la réaction populaire. La population va-t-elle accepter l’austérité ? Déjà, des grèves et des manifestations se déroulent. Hier, le 11 mars, plus de 100 000 personnes manifestaient dans les rues d’Athènes. Au Portugal et en Espagne, la mobilisation sociale s’opère. L’ajustement va-t-il buter sur l’obstacle social ? D’autant plus que les conséquences des troubles sociaux pourraient atteindre le domaine politique avec l’émergence et l’éventuelle arrivée au pouvoir de forces politiques situées en-dehors du « consensus » : droite « molle » &#8211; gauche « caviar ». Mais, là aussi, les élites complices peuvent trouver l’inspiration dans l’expérience du Tiers-Monde pour faire « passer » les réformes.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>La faisabilité politique de l’ajustement</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Dans les années 1990, de nombreux travaux ont été menés, au sein de l’OCDE, sur la faisabilité politique de l’ajustement néolibéral [<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nb4">4</a>]. Christian Morrisson prévient : « l’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 1980 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes » (p. 6). Il convient de minimiser les risques et adopter une stratégie politique adéquate.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Prendre des mesures politiquement et socialement peu risquées</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">A partir de plusieurs études-pays, Christian Morrisson met en avant « l’intérêt politique de certaines mesures [...] : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. Cela ne signifie pas que ces mesures n’ont pas des conséquences économiques ou sociales négatives : la chute des investissements publics ralentit la croissance pour les années à venir et met sur-le-champ des milliers d’ouvriers du bâtiment au chômage, sans allocation. Mais nous raisonnons ici en fonction d’un seul critère : minimiser les risques de troubles » (p. 16). Peu importe, « dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures [dans les investissements publics] qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique » (p.17). « La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes [d’ajustement] » (p. 29).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Selon Christian Morrisson, cette mesure est « moins dangereuse politiquement » que d’autres « et elle touche les classes moyennes plutôt que les pauvres » (p. 29). En cas de troubles (grèves&#8230;), « le gouvernement a toutefois les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires. Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale, le seul choix possible est de licencier ou de réduire les salaires et qu’il préfère la seconde solution dans l’intérêt de tous. Les expériences de plusieurs gouvernements africains montrent que ce discours peut être entendu » (p. 29). Ce qui est vrai en Afrique l’est certainement sous d’autres cieux.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Agir sur la qualité des services publics</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (p. 30). Sans commentaire !</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Diviser et opposer pour imposer</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">« Un gouvernement peut difficilement [ajuster] contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement. » (p. 17). Comme « la plupart des réformes frappent certains groupes tout en bénéficiant à d’autres, [...] un gouvernement peut toujours s’appuyer sur la coalition des groupes gagnants contre les perdants » (p. 18). Il faut donc diviser et opposer pour imposer.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Un régime « dictatorial » serait idéal pour imposer les réformes</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">« Une comparaison pour les pays d’Amérique latine entre des régimes démocratiques comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou, et des régimes militaires, comme l’Argentine et le Chili, en 1981-82, montre que les troubles sont plus rares lorsque le régime est militaire [...] La comparaison entre les deux expériences de l’Argentine sous un régime militaire (en 1981) et en démocratie (1987) est parlante : le niveau de protestation a été trois fois plus élevé en 1987 et il y a eu beaucoup plus de manifestations » (p. 12). Ainsi, un régime dur serait idéal pour imposer les réformes. Le néolibéralisme serait-il en train de déraper ?</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Au total, la Grèce préfigure bien la Tiers-Mondialisation de l’Europe .</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Par Bernard Conte, Maître de conférences à l’université de Bordeaux, 12 mars 2010</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Notes : </strong></p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh1">1</a>] Voir : <a href="http://conte.u-bordeaux4.fr/Enseig/Lic-ecod/docs_pdf/Webconswash.pdf">Le consensus de Washington</a></p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh2">2</a>] Bernard Conte, <a href="http://conte.u-bordeaux4.fr/Publica/conte_dt20.pdf">Dévaluation du Franc CFA et équilibre des paiements courants</a>, DT n°20, C.E.D., Bordeaux, 1997</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh3">3</a>] Voir par exemple : Cornia, Giovanni Andrea, Richard Jolly, and Frances Stewart. Adjustment with a human face. Protecting the vulnerable and promoting growth vol 1. Oxford : Clarendon Press, 1987</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">[<a href="http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003#nh4">4</a>] Cf. Christian Morrisson, La faisabilité politique de l’ajustement, Paris, Centre de développement de l’OCDE, Cahier de politique économique n° 13, 1996. (jusqu’à la dernière note, les numéros de page des citations se réfèrent au présent document).</p>
<p>Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3003</p>
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		</item>
		<item>
		<title>PIGS : cochons de marchés ou Les raisons de la colère Jean-Marie Harribey</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Feb 2010 17:40:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[
Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier  ?
Sauvés de la crise, ils organisent la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/12287377560_harribey.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2272" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/12287377560_harribey.jpg" alt="" width="70" height="90" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier  ?</p>
<p><strong><em>Sauvés de la crise, ils organisent la curée</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">La crise magistrale que le monde connaît depuis 2007 est entièrement l’œuvre des marchés financiers parvenus au paroxysme de leur développement et ayant tellement tiré sur la corde de la spéculation qu’elle a fini par casser. Derrière les marchés financiers, entendons les fonds d’investissement privés, les banques, les fonds de pension, etc. Tous avaient bénéficié pendant la période euphorique précédant la crise des largesses du crédit pour participer à la restructuration permanente de leurs affaires et s’emparer de toute activité prometteuse. Et tous ont appelé au secours les banques centrales puis les États pour les sauver de la faillite, absorber leurs titres pourris et les faire endosser par la collectivité. Les ménages états-uniens modestes y ont perdu leur logement, nombre de salariés de par le monde leur emploi et les contribuables sont promis tôt ou tard à renflouer par leurs impôts les caisses <em>vidées</em> des États.<span id="more-2270"></span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">En effet, le côté ubuesque de cette crise est que les États ont multiplié les plans de relance de l’économie en empruntant des sommes folles auprès des marchés financiers qu’ils venaient de sauver de l’effondrement. Les déficits publics atteignent des niveaux records (10% du PIB aux États-Unis, 12% au Royaume-Uni, 8,4% en France, 11% en Espagne et 12,3% en Grèce). Idem pour les dettes publiques (plus de 200% du PIB au Japon, 90% aux États-Unis, 112% en Italie, 72% en France et 112% en Grèce).</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Et que font les opérateurs financiers ? Ils sonnent l’hallali. La Grèce a besoin d’emprunter 20 petits milliards (à comparer avec les 11 000 milliards injectés dans le monde depuis trois ans) entre avril et mai prochains et se voit imposer des taux d’intérêt de 6,76% pour placer ses bons du Trésor, près de deux fois supérieurs à ceux que les pays considérés comme vertueux doivent acquitter.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Des pays classés vertueux ou bien mauvais payeurs par qui ? Par les agences de notation, celles-là mêmes dont la clairvoyance prévisionniste fut légendaire dans les années 2000 et dont se servent les marchés financiers pour désigner les cibles qu’ils viseront tour à tour, les <em>PIGS</em>, selon le surnom péjoratif donné au Portugal, à l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et bientôt l’Islande : attaquer les maillons faibles pour profiter des potentialités de gains à court terme et exiger des primes de risque exorbitantes, alors qu’en fait de risque celui-ci est toujours au bout du compte externalisé sur la société.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong><em>La faillite européen</em></strong><strong>ne</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L’Union européenne apporte elle-même la preuve que les principes qui la guident sont ceux qui ont provoqué la crise et qui empêchent d’y remédier. Bridés par les traités de Maastricht à Lisbonne, ni les États membres ni l’Union en tant que telle ne peuvent faire appel à la Banque centrale européenne pour emprunter les sommes nécessaires pour sortir du bourbier. Condamnés à demander l’aumône chèrement payée aux institutions financières. Quitte à voir les banques se refinancer auprès de la BCE en mettant en pension des bons d’État.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Drapée dans la fausse vertu de la concurrence, l’Union n’est pas conçue pour construire la solidarité entre vingt-sept pays à des niveaux de développement et de puissance politique très inégaux. Paralysée en 2007 et 2008 devant la déferlante de la crise mondiale, elle est restée muette depuis plus d’un an que les exigences financières imposées à la Grèce s’étaient accrues et que, par contrecoup, toute la zone euro était menacée d’éclatement. Aucun dispositif n’est prévu pour anticiper les difficultés que peut connaître un pays membre et l’aider à les dépasser. Puisque la concurrence libre et non faussée doit régner, la solidarité n’est ni de mise ni permise : les articles 102 à 104 du traité sur le fonctionnement de l’UE  (traité de Lisbonne) interdisent que l’Union garantisse la dette d’un État membre de la zone euro.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Mais chacun sait que lorsqu’un maillon faible cède, c’est toute la chaîne qui est brisée. Aussi, l’Allemagne et la France ont été contraintes de prendre la tête d’une réaction avant qu’il ne soit trop tard, tout en faisant en sorte que cela n’apparaisse pas comme un fait de l’Union qui constituerait un précédent exprimant le besoin d’une Europe politique. En exigeant un plan grec d’austérité encore plus sévère, la chancelière allemande et le président français ne doivent pas se souvenir qu’en 2003 leurs pays avaient violé les règles qu’ils avaient instituées prévoyant des sanctions en cas de déficits excessifs ? Bref, fiasco, cacophonie et impasse d’une « gouvernance » néolibérale de l’Union et de l’euro dont la prétendue qualité de « bouclier anti-crise » s’est évanouie.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong><em>Halte au feu !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">L’incendie de la crise n’est pas éteint. Les flammes sont prêtes à rejaillir dès lors que la finance, ragaillardie par les fonds publics, souffle sur les braises. Les populations les plus fragiles font les frais des frasques des financiers et de l’impéritie des gouvernants : hier, les peuples du Sud affamés par la spéculation sur les céréales et les terres, aujourd’hui, les travailleurs grecs qui subissent un plan d’austérité destructeur, demain, d’autres encore.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Face aux évènements actuels, les propositions de rupture avec l’ordre néolibéral prennent un relief saisissant, notamment :</p>
<p style="text-align: justify">-       des taxes dissuasives sur les transactions financières ;</p>
<p style="text-align: justify">-       suppression des marchés de gré à gré pour empêcher les échanges de titres d’assurances contre les défaillances (CDS, <em>credit default swaps)</em>, par lesquels la spéculation se nourrit d’elle-même ;</p>
<p style="text-align: justify">-       contrôle public du secteur bancaire ;</p>
<p style="text-align: justify">-       diminution drastique de l’écart des revenus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme dans les années 1930 décrites par John Steinbeck, <em>les raisins de la colère</em> sont trop pressés. Nous avons toutes les raisons de refuser une situation insoutenable.</p>
<p style="text-align: justify">Source : http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2010/02/20/</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le mépris des pauvres, par Gabriel Marc</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/01/31/le-mepris-des-pauvres-par-gabriel-marc/</link>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 17:09:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne regrettera pas 2009. L&#8217;année s&#8217;est ouverte sur une panique financière et a mis au jour ensuite la conscience aiguë d&#8217;une crise écologique et la révélation d&#8217;une crise alimentaire.
La crise financière a pris tout le monde de court. Elle avait pourtant été annoncée depuis longtemps: un empilement de risques de plus en plus extravagants [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">On ne regrettera pas 2009. L&#8217;année s&#8217;est ouverte sur une panique financière et a mis au jour ensuite la conscience aiguë d&#8217;une crise écologique et la révélation d&#8217;une crise alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify">La crise financière a pris tout le monde de court. Elle avait pourtant été annoncée depuis longtemps: un empilement de risques de plus en plus extravagants ne pouvait que fragiliser l&#8217;édifice.<span id="more-1988"></span> Quand un petit parpaing de ce château branlant a cédé, tout a menacé de s&#8217;écrouler. Les gouvernements des grands pays ont élaboré des plans de relance pour protéger l&#8217;économie et colmaté les brèches des plus grandes banques. Dans l&#8217;urgence immédiate, il le fallait absolument. Des milliers de milliards de dollars de liquidités leur ont été consentis, prélevés sur les revenus futurs des travailleurs et des générations qui les suivent.</p>
<p style="text-align: justify">On nous persuade que tout cela est maintenant derrière nous. Est-ce si sûr ? Pourvu des liquidités reçues, le système, juste un peu dégraissé, reprend goût à ses anciennes pratiques. Plutôt que d&#8217;engager ses ressources rétablies pour financer l&#8217;investissement à long terme, il préfère le rendement immédiat du marché spéculatif pour se refaire du gras. Tant mieux pour les gagnants du jeu. Tant pis pour les autres : le chômage devient endémique, les salaires sont bloqués, sauf pour une minorité qui se les attribue jusqu&#8217;à l&#8217;invraisemblance, et les peuples de la pauvreté tirent la langue. C&#8217;est ainsi que s&#8217;ouvre l&#8217;année 2010.</p>
<p style="text-align: justify">La crise écologique n&#8217;est pas d&#8217;urgence aussi immédiate. Elle n&#8217;en est pas moins très préoccupante : elle appelle des remèdes de long terme. Mais ils sont d&#8217;un coût considérable : il faut reconfigurer l&#8217;appareil productif mondial. Les nations les plus puissantes devraient donner l&#8217;exemple, mais elles sont entre elles en âpre compétition, alors ce n&#8217;est pas le moment. À Copenhague, on a acté qu&#8217;il faut faire quelque chose, mais sans contrat, ni contrainte, ni contrôle. Autant ne dire rien. D&#8217;ici à la catastrophe annoncée, on a le temps. Pensez donc : 2020, 2050, plus tard même, ce sera pour les successeurs ! Tant pis pour tant de pays pauvres exposés aux dérèglements climatiques, parfois jusqu&#8217;à une disparition programmée. C&#8217;est ainsi que s&#8217;ouvre l&#8217;année 2010.</p>
<p style="text-align: justify">La troisième crise est latente. C&#8217;est la crise alimentaire. Une personne sur cinq dans l&#8217;humanité ne mange pas à sa faim, ne dispose pas des calories nécessaires au maintien du corps. En deux ans, leur nombre a spectaculairement augmenté. Un sommet sur la sécurité alimentaire vient de se tenir à Rome à la FAO pour tenter d&#8217;endiguer ce massacre. Les chefs d&#8217;État du G8 ont été absents et le sommet s&#8217;est achevé sans engagement financier pour développer l&#8217;agriculture des pays de la faim. Le pape a fait chorus avec ces pays-là en dénonçant le gaspillage et la spéculation (1). Mais sa voix s&#8217;est envolée avec celle des pauvres. L&#8217;insécurité alimentaire dans un si grand nombre de pays est très grave, car si on peut vivre en autarcie des produits de la terre &#8211; nos aïeux l&#8217;ont fait -, aucun être vivant ne peut vivre sans s&#8217;alimenter. Que plus d&#8217;un milliard de personnes &#8211; seize fois la population de la France ! &#8211; ne mangent pas assez pour l&#8217;énergie de vivre, c&#8217;est une honte pour l&#8217;humanité. C&#8217;est pourtant ainsi que commence l&#8217;année 2010.</p>
<p style="text-align: justify">Tout compte fait, il n&#8217;y a rien de tellement nouveau au fond depuis les temps bibliques où des prophètes, parfois mal embouchés, fulminaient contre l&#8217;insolence des riches et leur mépris des pauvres qu&#8217;ils exploitaient. La mondialisation contemporaine s&#8217;est contentée d&#8217;élargir l&#8217;espace de l&#8217;injustice. Elle pouvait « mieux faire ».</p>
<p style="text-align: justify">Jusqu&#8217;à quand les peuples vont-ils courber l&#8217;échine sans rien dire face à l&#8217;arrogance des élites ? Faut-il en arriver à « un nouveau 1789 avec, comme à la Bastille, la prise par le peuple d&#8217;une banque centrale », comme l&#8217;évoquait ici même un chroniqueur allemand (2) ? Sans aller jusqu&#8217;à cette extrémité, on peut, en cette période de vœux, formuler celui, ardent, d&#8217;un réveil des peuples pour refuser le primat exclusif de la finance sur l&#8217;homme, le saccage de la planète nourricière, la fatalité de la faim, et pour inventer de nouveaux styles de vie et de nouvelles manières de penser. L&#8217;énoncé des principes de la destination universelle des biens de la terre et de la promotion du bien commun rappelés inlassablement par les autorités morales, à commencer par l&#8217;Église, est merveilleux, mais ce serait mieux si l&#8217;énoncé devenait réalité. Alors on pourrait dire sans duplicité : bonne année 2010.</p>
<p>Gabriel Marc est ancien président du CCFD-Terre solidaire</p>
<p>(<a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/001/">1</a>) Cf. Documentation catholique du <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/006/">6</a> décembre <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/2009/">2009</a>.</p>
<p>(<a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/002/">2</a>) Lire La Croix du <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/018/">18</a> décembre <a href="http://journal-en-ligne.la-croix.com/ee/lacr/_main_/2010/01/19/2009/">2009</a>.</p>
<p>La Croix 19 janvier 2010</p>
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		<title>La terre,  fertile business planétaire</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Jan 2010 12:08:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Le phénomène mondial d&#8217;accaparement des terres dans les pays du Sud a pris un nouvel essor depuis 2008. Que l&#8217;objectif soit l&#8217;exportation d&#8217;aliments, la spéculation, la production d&#8217;agrocarburants ou le stockage du carbone, ces investissements fonciers sont devenus très attractifs, et pour très longtemps. 
« AgriSA, la plus importante organisation d&#8217;entrepreneurs agricoles d&#8217;Afrique du Sud, est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le phénomène mondial d&#8217;accaparement des terres dans les pays du Sud a pris un nouvel essor depuis 2008. Que l&#8217;objectif soit l&#8217;exportation d&#8217;aliments, la spéculation, la production d&#8217;agrocarburants ou le stockage du carbone, ces investissements fonciers sont devenus très attractifs, et pour très longtemps. </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« AgriSA, la plus importante organisation d&#8217;entrepreneurs agricoles d&#8217;Afrique du Sud, est sur le point de signer avec la République du Congo (Brazzaville) un contrat de 105 ans pour la mise en production de 10 millions d&#8217;hectares (ha) dans le pays &#8211; maïs, soja, haricots, volaille, élevage laitier. »</em> La nouvelle, diffusée il y a deux mois par l&#8217;agence Reuters, n&#8217;a curieusement créé d&#8217;émoi qu&#8217;au sein d&#8217;un petit cercle de spécialistes et&#8230; de sceptiques : le chiffre avancé est monstrueux (30 % du pays ou deux fois et demie la Suisse).</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;an dernier, l&#8217;annonce d&#8217;un accord similaire entre l&#8217;entreprise Daewoo et l&#8217;État malgache, sur « seulement » 1,3 million d&#8217;ha, avait fait le tour du monde : cela correspondait à la moitié des terres cultivées du pays ! Il s&#8217;agissait de la pointe outrancière d&#8217;un mouvement en expansion très rapide depuis 2008 : la captation de terres étrangères par des opérateurs privés ou publics. Bien souvent, le but est de fournir des aliments pour le compte d&#8217;États en déficit de production &#8211; pays du Golfe et d&#8217;Asie orientale surtout -, et particulièrement fragilisés par la crise qui a porté les prix alimentaires sur le marché international à des sommets il y a deux ans (voir FDM n° 240).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-1904  aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/accaparement-des-terres003.jpeg" alt="Le contrat portant sur 1,3 million d'ha entre l'entreprise Daewo et l'Etat malgache n'a pas été signé, victime (et catalyseur) de la crise politique" width="410" height="278" /></p>
<p style="text-align: justify;">Le contrat Daewoo n&#8217;a finalement pas été signé, victime (et catalyseur) de la crise politique malgache. Le contrat congolais, quant à lui, signé en octobre, ne portait en fait « que » sur 200 000 hectares, dans la vallée du Niari. <em>« Les meilleures terres du pays bien sûr</em>, souligne Alain Karsenty, économiste au Cirad, qui rentre du Congo. <em>Les 10 millions d&#8217;ha allégués représentent en fait la superficie totale cultivable du Congo &#8230; </em>» L&#8217;erreur de transcription de Reuters traduit plus qu&#8217;une fâcheuse coquille : les autorités locales « offrantes » ne se privent pas de vanter en termes superlatifs et alléchants le potentiel foncier disponible de leur pays &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><strong>Cinq à dix contrats signés chaque jour </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis plus d&#8217;un an, ce sont les ONG et les médias qui lèvent toutes les semaines de nouvelles affaires : l&#8217;ampleur et la vivacité de la vague d&#8217;accaparement des terres ont pris de court les spécialistes dont les premières études ont démarré il y a quelques mois seulement. Début septembre, le Cirad, l&#8217;Institut français de recherche agronomique pour les pays du Sud (1), faisait le point lors d&#8217;un colloque. À cette occasion, son directeur scientifique annonçait des modifications substantielles dans les programmes de travail des équipes afin de tenir compte de l&#8217;impact majeur de ce nouveau phénomène. Premières indications : même si 2009 a semblé marquer une petite pause, le nombre de projets est en croissance régulière depuis cinq ans. Selon l&#8217;association Grain, en lutte pour la préservation de la biodiversité (2), entre cinq et dix gros contrats sont quotidiennement signés dans le monde. Et l&#8217;on jongle désormais régulièrement avec des lots de centaines de milliers d&#8217;hectares &#8211; petits investisseurs s&#8217;abstenir&#8230; La discrétion est de rigueur, rendant les estimations malaisées et souvent partielles. Les plus conservatrices estiment à une dizaine de millions d&#8217;hectares le volume annuel de ces transactions foncières. Pour la seule Afrique subsaharienne, ces dernières années, <em>« le chiffre de 30 millions d&#8217;hectares est probablement très sous-estimé »</em>, considère Paul Mathieu, à la FAO. L&#8217;Agence des Nations unies, en coopération avec l&#8217;institut indépendant International institute for environment and development (lIED) et le Fonds international pour le développement de l&#8217;agriculture (Fida), a étudié la situation au Mozambique, en Tanzanie ainsi que les contrats concernant plus de 1 000 hectares dans cinq pays &#8211; Ghana, Éthiopie, Madagascar, Mali, Soudan (3).</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, l&#8217;Éthiopie a-t-elle ouvert ses guichets pour l&#8217;attribution de terres totalisant en juillet dernier 1,6 million d&#8217;ha, et peut-être bientôt 2,7 millions d&#8217;ha, relate Paul Mathieu. Plus que l&#8217;offre, c&#8217;est la demande qui s&#8217;emballe furieusement : au Mozambique, 13 millions d&#8217;hectares sont convoités &#8211; 40 % des terres cultivables du pays -, au point que le gouvernement, dépassé, a décrété un moratoire sur toute nouvelle transaction, révèle Harris Selod, de la Banque mondiale, qui a lancé une étude dans 20 pays (Amérique centrale, Afrique, Asie et Europe de l&#8217;Est) dont les conclusions sont attendues fin 2009. En Tanzanie, les superficies sous option totalisaient récemment 4,4 millions d&#8217;ha &#8211; <em>« même si à peine 1,5 % des projets ont aujourd&#8217;hui reçu une approbation</em> », tempère-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;">Trait généralisé : l&#8217;opacité de ces transactions foncières &#8211; bien qu&#8217;elles impliquent des investissements considérables, sur des contrats à long terme (99 ans, typiquement), avec des bouleversements potentiels majeurs pour les populations locales. <em>« L&#8217;un de ces contrats</em>, révèle Lorenzo Cotula, chercheur à l&#8217;lIED, <em>tenait en deux pages seulement ! » </em></p>
<p style="text-align: justify;">Si les très importants projets visent souvent la production d&#8217;aliments pour un pays étranger, comme c&#8217;était le cas pour Daewoo à Madagascar, ce n&#8217;est pas systématique. Plus largement, dans un monde en crise, la terre est désormais considérée comme l&#8217;un des meilleurs placements financiers.</p>
<p style="text-align: justify;">La dernière étude de Grain (octobre 2009) insiste sur un important fait émergeant : la prépondérance des opérateurs financiers dans ce nouveau business. L&#8217;ONG en a recensé quelque 120 &#8211; fonds divers, banques, etc. -, <em>« presque tous de création récente, et brassant des dizaines de milliards de dollars d&#8217;investissement »</em>. Grain s&#8217;alarme ainsi de la naissance d&#8217;un puissant lobby potentiel, <em>« qui recherche des conditions favorables et des protections pour ses investissements, exclusivement orientés vers l&#8217;agro-industrie à grande échelle et pour l&#8217;exportation »</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Alain Karsenty souligne des motivations nouvelles qui pourraient prendre une ampleur considérable au cours des prochaines années : outre la pure spéculation foncière, la mainmise sur des parcelles destinées aux agrocarburants ou au stockage du carbone afin d&#8217;en tirer des crédits négociables dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique. Cette ruée vers la terre est présentée de manière complaisamment optimiste par certains experts, comme des opportunités « gagnant-gagnant » : pour les investisseurs, on s&#8217;en doute, mais aussi pour les populations locales &#8211; des familles rurales pour l&#8217;essentiel. Ainsi, l&#8217;injection massive de capitaux (infrastructures, emplois) et de technologie (irrigation, semences, engrais, pesticides, OGM, machines), sorte de mini « plans Marshall » agricoles, pourraient enfin faire décoller les rendements agricoles là où ils stagnent depuis longtemps, en Afrique subsaharienne surtout.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>À qui appartient la terre ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Scepticisme très général, à l&#8217;occasion des débats du Cirad, face à cette vision naïve : comme on l&#8217;observe déjà dans de nombreuses situations, ce sont les « risques » qui prennent vite le dessus sur les « chances » : populations expulsées ou appauvries (perte de terres), emplois agricoles fugaces (souvent limités à la préparation des parcelles), baisse des ressources alimentaires, moindre accès à l&#8217;eau, corruption, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, une question délicate est souvent passée par pertes et profits : à qui appartient la terre ? De grandes extensions de territoire, dans les pays du Sud, n&#8217;ont pas fait l&#8217;objet d&#8217;attribution de titres officiels, et c&#8217;est leur occupation par ceux qui l&#8217;exploitent qui fait foi. Des statuts flous dont les négociants locaux, privés ou pour le compte des pouvoirs publics, tentent régulièrement de tirer profit. Ainsi, au Mozambique, les 13 millions d&#8217;hectares convoités se superposent en plusieurs endroits avec des territoires communautaires. À Madagascar, affaire moins notoire que les déboires de Daewoo, l&#8217;entreprise indienne Varun a des vues sur 465 000 hectares&#8230; déjà occupés aux trois quarts par des agriculteurs ! Qu&#8217;à cela ne tienne, les émissaires ont entrepris de les « organiser » en collectifs de manière à obtenir plus facilement leur accord pour cultiver leurs terres, a observé André Teyssier, chercheur au Cirad. Mais les contreparties &#8211; emplois, rétrocession d&#8217;une partie du riz qu&#8217;ils produiraient pour Varun, etc. -, sont tellement chiches que le fiasco se profile. D&#8217;autant plus que Madagascar a engagé depuis plusieurs mois un très original processus participatif de régularisation du foncier dans les communes, qui pourrait durablement couper l&#8217;herbe sous le pied à ce genre de convoitises .</p>
<p style="text-align: right;">Patrick <strong>Piro </strong></p>
<p align="right"><em>Faim Développement Magazine n°244</em></p>
<p align="right"><em>Décembre 2009</em></p>
<p>(1) www.clrad.tr</p>
<p>(2) www.graln.org</p>
<p>(3) Voir www.lied.org, « publications » puis chercher « land grab ».</p>
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		<title>Quand les pauvres inventent une banque véritablement populaire</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Dec 2009 12:57:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Face à la faillite du système financier, et si nous repartions de zéro ? C&#8217;est ce qu&#8217;ont osé faire les habitants d&#8217;une favela de Fortaleza, dans le Nordeste du Brésil. Depuis dix ans, leur banque communautaire, la banque Palmas, leur a permis de développer des activités économiques et de créer près de 2.000 emplois dans un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Face à la faillite du système financier, et si nous repartions de zéro ? C&#8217;est ce qu&#8217;ont osé faire les habitants d&#8217;une favela de Fortaleza, dans le Nordeste du Brésil. Depuis dix ans, leur banque communautaire, la banque Palmas, leur a permis de développer des activités économiques et de créer près de 2.000 emplois dans un quartier où il n&#8217;y avait auparavant ni eau, ni électricité, ni transport, et encore moins de services publics. Loin d&#8217;être une utopie lointaine et théorique, la banque Palmas a transformé la vie quotidienne des habitants. Elle est aussi la base d&#8217;un autre modèle de développement économique : une économie populaire, forcément solidaire, au service de tous et de la transformation du territoire. Une initiative qui essaime au Brésil comme au Venezuela.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="aligncenter size-full wp-image-1783" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/billet_palmas-392ef.jpg" alt="billet_palmas-392ef" width="250" height="167" /><br />
</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">« <em>La montagne aux ordures</em> » (monte de Lixao) : c&#8217;est là qu&#8217;atterrit Joaquim Melo, jeune séminariste de 21 ans originaire de Bélem, en 1983. Une décharge de la banlieue de Fortaleza, dans le Nordeste brésilien, où vivent en permanence des hommes et des femmes, aux « frontières de l&#8217;humanité ». Une expérience qui va le marquer à vie. Six mois plus tard il découvre, à quelques kilomètres de là, le Conjunto Palmeiras. Une favela sans eau, sans électricité, sans assainissement, sans transports. Un <em>no man&#8217;s land</em> où la mairie expulse depuis 1973 les habitants qu&#8217;elle chasse du centre-ville pour y construire des hôtels touristiques. Les inondations détruisent chaque hiver les habitations, reconstruites tant bien que mal année après année. Inspiré par la théologie de la libération [<span style="text-decoration: underline;">1</span>], Joaquim sera de tous les combats pour améliorer la situation, bravant la dictature, l&#8217;administration et les conditions climatiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Pourquoi sommes-nous pauvres ? »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quinze ans plus tard, le visage de cette favela a complètement changé. L&#8217;urbanisation est acquise au prix de nombreuses mobilisations. Surtout, en 1998 une banque voit le jour. La première « banque communautaire » du Brésil, qui devient bientôt l&#8217;outil indispensable du développement économique du quartier. A l&#8217;origine, plusieurs intuitions essentielles : « <em> A un moment donné, nous nous sommes posés la question : « pourquoi sommes-nous pauvres ? » Nous avons dressé une cartographie du quartier : qu&#8217;est-ce qui est consommé ? Où est-ce acheté ? Est-ce qu&#8217;on pourrait le produire dans le quartier ? La pauvreté vient du fait que le peu d&#8217;argent qu&#8217;on a, on le dépense ailleurs</em> », explique Joaquim Melo. De là germe l&#8217;idée de créer une monnaie, le Palmas, utilisable seulement dans le quartier, pour « relocaliser » l&#8217;économie. A cela s&#8217;ajoute un système de prêts à la consommation et à la production, avec de très faibles taux d&#8217;intérêts (respectivement à 0% et entre 1,5% et 3%) pour développer les échanges. « <em>On a voulu rompre avec le <span style="font-style: normal;"><em>micro-crédit individuel, car personne ne peut résoudre ce genre de problème de manière isolée. Nous avons réfléchi à un système de développement territorial, avec un réseau de production</em> ». Pour Joaquim Melo, la réussite du système Palmas vient de « <em>l&#8217;hybridation entre économie solidaire et économie traditionnelle. C&#8217;est le côté pragmatique. On prend ce qui marche dans les deux dimensions </em> ».</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">La Banque démarre avec très peu de moyens. Un capital de départ de 2000 reais (soit environ 600 euros). Dès le premier jour, tout l&#8217;argent est accordé en prêt. Il faut alors attendre les premiers remboursements pour que l&#8217;argent rentre dans les caisses. Dix ans plus tard, un tiers des commerçants du quartier acceptent la monnaie Palmas. Ils savent que cette monnaie va être réutilisée dans le quartier, et accordent au passage aux consommateurs des réductions de 2 à 15 %. En 2008, la banque a accordé 910 emprunts à la production et 1 200 prêts à la consommation. Le commerce local a augmenté ses ventes de 30% et est devenu l&#8217;un des principaux couloirs commerciaux de la périphérie de Fortaleza [<span style="text-decoration: underline;">2</span>]. Désormais, 93% des achats des habitants sont pratiqués à l&#8217;intérieur du quartier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Plus de 2000 emplois créés</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Selon une étude menée dans le quartier par l&#8217;université fédérale du Ceará [<span style="text-decoration: underline;">3</span>] à la demande du gouvernement, 98% des personnes interrogées considèrent que la banque a contribué au développement du quartier. 26% ont vu leurs revenus familiaux augmenter. Et plus d&#8217;un cinquième des personnes interrogées affirment avoir trouvé un emploi grâce à la banque.</p>
<p style="text-align: justify;">La &laquo;&nbsp;dynamique Palmas&nbsp;&raquo; génère aussi des coopératives de production et des centres de formation professionnelle qui transforment le quartier. Les locaux de la banque accueillent la coopérative de couturières PalmaFashion, une entreprise artisanale de produits d&#8217;entretien PalmaLimpe, un centre de formation <span style="font-family: mceinline;">&laquo;&nbsp;</span><a href="http://www.bancopalmas.org.br/oktiva.net/1235/secao/10023"><span style="font-family: mceinline;">Barrio escola de trabalho</span></a><span style="font-family: mceinline;">&laquo;&nbsp;</span>, un &laquo;&nbsp;incubateur&nbsp;&raquo; qui permet à des dizaines de femmes de sortir de la très grande précarité. Plusieurs milliers de jeunes ont bénéficié de formations professionnelles à travers les programmes initiés par cette banque véritablement populaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette réussite découle de la longue série de combats, menés par les habitants pendant presque 20 ans, pour l&#8217;urbanisation de la favela. Pour Joaquim, cette victoire « <em>n&#8217;aurait pas été possible dans d&#8217;autres quartiers. Cela s&#8217;inscrit dans une dynamique. Le capital social, cela ne se transfert pas, ça se construit </em> ». Des luttes, il y en a eu beaucoup dans le Conjunto Palmeiras : occupation de logements d&#8217;un lotissement voisin pour sensibiliser les médias, menaces de faire sauter les canalisations d&#8217;eau alimentant la ville de Fortaleza et qui passent sous la favela, construction d&#8217;un canal de drainage des eaux de pluie, développement des transports publics&#8230; En 1997, un séminaire organisé dans le quartier, « Habiter l&#8217;inhabitable », permet de mesurer le chemin parcouru. Mais il pointe également le semi-échec de cette urbanisation. Celle-ci oblige à payer des factures d&#8217;eau, l&#8217;impôt local, « <em>trop cher pour de nombreuses familles qui ont été contraintes à déménager. En 1996, un tiers des familles habitent le quartier depuis moins de deux ans</em> » décrit Joaquim. « <em>Cela se passe souvent comme ça : quand il y a urbanisation d&#8217;une favela, les gens vendent leur maison pour gagner un peu d&#8217;argent. Nous avons commis l&#8217;erreur de commencer par l&#8217;urbanisation sans penser en parallèle le développement de l&#8217;emploi et de l&#8217;économie</em> ». C&#8217;est de ce constat que naît la banque, lancée par l&#8217;association des habitants. « <em>Nous nous sommes rendus compte à quel point il est plus facile de mobiliser les habitants sur du concret, comme l&#8217;assainissement du quartier, que sur la construction d&#8217;un modèle économique</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un millier de banques communautaires au Brésil en 2010</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le succès du « système Palmas » fait des émules. Joaquim Melo est aujourd&#8217;hui responsable de l&#8217;Institut Palmas, créé en 2003, dont un des objectifs est la diffusion de la méthodologie utilisée dans le Conjunto Palmeiras. 47 banques communautaires ont été créées au Brésil. Et 3600 au Vénézuela. Un partenariat avec la Banque populaire du Brésil (BPB), lancée par le président Lula, permet de donner une nouvelle ampleur au système Palmas. Le BPB fait de la Banque Palmas son « correspondant bancaire » dans les quartiers pauvres, là où les banques ne veulent pas s&#8217;installer. Aujourd&#8217;hui, la banque gère un portefeuille d&#8217;environ 2 millions de reais (800.000 euros).</p>
<p style="text-align: justify;">La banque Palmas n&#8217;a toujours pas de statut légal. L&#8217;appellation « banque » étant très contrôlée au Brésil, cela lui a valu quelques difficultés avec l&#8217;administration. Elle ne peut toujours pas proposer un service d&#8217;épargne, comme les habitants le souhaiteraient. Mais elle est un outil fiable, car la somme des Palmas en circulation à son équivalent en monnaie nationale en réserve à la banque. Fort de cette réussite, Joaquim Melo a pour ambition de créer un millier de banques au Brésil en 2010. Inlassablement, il parcourt le pays. Avec un leitmotiv : « <em>Ce qui est évident doit être répété pour ne pas être oublié</em> ».</p>
<p style="text-align: right;">Agnès Rousseaux (18 NOVEMBRE 2009)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">[<span style="text-decoration: underline;">1</span>] Théologie chrétienne progressiste, née au début des années 1970 en Amérique latine, qui vise à faire des populations pauvres et opprimées les acteurs de leur libération (des dictatures, de l&#8217;exploitation)</p>
<p style="text-align: justify;">[<span style="text-decoration: underline;">2</span>] Source : Recensement du Commerce &#8211; Fédération du Commerce de Fortaleza 2007</p>
<p style="text-align: justify;">[<span style="text-decoration: underline;">3</span>] Évaluation des impacts et de l&#8217;image de la Banque Palmas &#8211; LIEGS (Laboratorio Interdisciplinar de Estudos em Gestao Social &#8211; Laboratoire Interdisciplinaire d&#8217;Etudes en Gestion Sociale) &#8211; Université Fédérale du Ceara &#8211; Coord. : Prof Jeova Torres Silva Jr &#8211; Février 2008</p>
<p style="text-align: justify;"><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: right;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: right;">source : http://www.bastamag.net/spip.php?article729</p>
<p><!--EndFragment--></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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		<title>La Société Générale prévoit un effondrement de l’économie mondiale d’ici à 2 ans</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Dec 2009 10:58:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[

La Société Générale a conseillé à des clients de se préparer à un potentiel « effondrement de l&#8217;économie mondiale » au cours des deux prochaines années, encourageant les investissements de « défense » pour éviter la destruction de richesses.
Dans un rapport intitulé « Le pire scénario de la dette », la banque a indiqué que les plans de sauvetage de l&#8217;Etat [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal">
<p style="text-align: justify;">La Société Générale a conseillé à des clients de se préparer à un potentiel « effondrement de l&#8217;économie mondiale » au cours des deux prochaines années, encourageant les investissements de « défense » pour éviter la destruction de richesses.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un rapport intitulé « Le pire scénario de la dette », la banque a indiqué que les plans de sauvetage de l&#8217;Etat sur la dernière année ont simplement transféré du passif privée sur du passif public créant une nouvelle série de problèmes.  L&#8217;endettement global est encore beaucoup trop élevé dans presque toutes les économies riches en pourcentage du PIB (350% aux Etats-Unis), qu&#8217;ils soient publics ou privés. Il doit être réduit par le dur travail, pendant des années.  « Pour l&#8217;instant, personne ne peut dire avec certitude si nous avons en effet échappé à la perspective d&#8217;un effondrement économique mondial, dit le rapport de 68 pages, dirigé par le chef des actifs de la banque, Daniel Fermon.
</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est une exploration des dangers, et non une prévision. » Cette exploration prévoit un glissement du dollar, mars serait le pire mois. Le marché de l&#8217;immobilier vivrait une nouvelle dégringolade comme le pétrole qui retomberait à 50 $ en 2010.  Les gouvernements ont déjà augmenté leurs taxes fiscales. Même sans nouvelles dépenses, la dette publique devrait exploser dans les deux années à 105% du PIB au Royaume Uni, 125% aux États-Unis et la zone euro, et 270% au Japon. La dette des Etats devrait atteindre 45 billions de dollars. (Les données britanniques paraissent basses parce que la dette a commencé à partir d&#8217;une base faible. M. Fermon voit le Royaume-Uni en convergence avec l&#8217;Europe à 130% du PIB d&#8217;ici à 2015 selon ce scénario).  Le fardeau de la dette sous-jacente est supérieure à ce qu&#8217;elle était après la Seconde Guerre mondiale. Avec le vieillissement des populations, il sera plus difficile de diminuer la dette en tablant sur la croissance. « La dette publique semble tout à fait insoutenable à long terme. Nous avons presque atteint un point de non retour ».
</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;inflation serait alors la solution du moindre mal pour les gouvernements. Si c&#8217;est le cas, l&#8217;or irait « de plus en plus haut », seul refuge à l&#8217;abri du papier. La dette privée est aussi invalidante. Même si le taux d&#8217;épargne des États-Unis se stabilise à 7pc, et tout cela est utilisé pour rembourser la dette, il faudra encore attendre neuf ans pour voir les ménages réduirent les ratios dette / revenu aux niveaux de sécurité des années 1980.  La Société Générale conseille de vendre le dollar et les actifs liées aux secteurs de la technologie, de l&#8217;automobile, et du voyage pour éviter d&#8217;être pris dans la « spirale déflationniste ». Les marchés émergents ne seraient pas épargné. Paradoxalement, ils sont actuellement exploités par Wall Street. Les produits agricoles tiendraient, dirigés par le sucre.
</p>
<p style="text-align: justify;">M. Fermon a indiqué que son rapport avait électrisé les clients des deux côtés de l&#8217;Atlantique. « Tout le monde veut savoir quel sera l&#8217;impact. Beaucoup de hedge funds et les banquiers sont inquiets ».</p>
<p style="text-align: justify;">Traduction donnée sur le site http://occitanknight.wordpress.com/ d&#8217;un article publié par le Telegraph (<a href="http://www.telegraph.co.uk/">http://www.telegraph.co.uk/</a>) le 18 novembre 2009</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p><!--EndFragment--></p>
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		<title>Le scandale des agrocarburants dans le Sud</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/11/20/le-scandale-des-agrocarburants-dans-le-sud/</link>
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		<pubDate>Fri, 20 Nov 2009 10:54:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[par François Houtart
L&#8217;idée d&#8217;étendre la culture des agrocarburants dans le monde et particulièrement dans les continents du Sud est désastreuse. Elle s&#8217;inscrit dans une perspective globale de recherche de solution à la crise énergétique. De fait, dans les cinquante prochaines années, nous devrons changer de cycle, passant de l&#8217;énergie fossile se faisant de plus en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">par François Houtart</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L&#8217;idée d&#8217;étendre la culture des agrocarburants dans le monde et particulièrement dans les continents du Sud est désastreuse. Elle s&#8217;inscrit dans une perspective globale de recherche de solution à la crise énergétique. De fait, dans les cinquante prochaines années, nous devrons changer de cycle, passant de l&#8217;énergie fossile se faisant de plus en plus rare à d&#8217;autres sources.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au lieu de réduire sérieusement la consommation et d&#8217;investir massivement dans de nouvelles technologies, notamment pour l&#8217;énergie solaire, il est, à court terme, plus facile d&#8217;utiliser ce qui est immédiatement rentable, c&#8217;est-à-dire les agrocarburants et cela d&#8217;autant plus que se développe une crise financière et économique réduisant les possibilités d&#8217;investissements et exigeant des profits rapides.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme toujours, dans un projet capitaliste, on ignore ce que les économistes appellent les externalités, c&#8217;est-à-dire ce qui n&#8217;entre pas dans le calcul du marché, en l&#8217;occurrence, les dommages écologiques et sociaux. Pour que l&#8217;agroénergie contribue à la solution de la crise énergétique, dans une mesure de 25 à 30% de la demande, il faudra utiliser des centaines de millions d&#8217;hectares de terres arables, en majeure partie dans le Sud, car le Nord n&#8217;en dispose pas suffisamment. Il faudra également, selon des estimations prudentes, expulser au moins 60 millions de paysans de leurs terres. Le prix de ces « externalités » non payé par le capital, mais bien par la communauté et par les individus, est donc effrayant.</p>
<p style="text-align: justify;">Les agrocarburants sont produits, le plus souvent par des entreprises transnationales du Nord, sous forme de monocultures, détruisant la biodiversité et polluant les sols et l&#8217;eau. J&#8217;ai personnellement marché des kilomètres dans des plantations de palmes du Chocó en Colombie, où il n&#8217;y avait plus ni un oiseau, ni un papillon, ni un poisson dans les rivières, à cause de l&#8217;usage massif de produits chimiques comme fertilisants et pesticides. Face à la crise hydrique qui affecte la planète, l&#8217;utilisation de l&#8217;eau pour produire de l&#8217;éthanol ou de l&#8217;agrodiesel est irrationnelle. Ainsi, pour obtenir un litre d&#8217;éthanol à partir du maïs on utilise entre 1200 et 3400 litres d&#8217;eau et la canne à sucre en exige énormément aussi. La pollution des sols et de l&#8217;eau atteint des niveaux inédits, jusqu&#8217;à créer un phénomène de mer morte dans les estuaires des fleuves (20 Km² à l&#8217;embouchure du Mississipi, en grande partie à cause de l&#8217;extension de la monoculture de maïs pour l&#8217;éthanol). L&#8217;extension de ces cultures entraîne une destruction directe ou indirecte (par le déplacement d&#8217;autres activités agricoles et de l&#8217;élevage) des bois et des forêts qui sont des puits de carbone grâce à leur capacité d&#8217;absorption.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;impact des agrocarburants sur la crise alimentaire a été prouvé. Non seulement leur production entra en conflit avec la production d&#8217;aliments dans un monde où selon la FAO, plus d&#8217;un milliard de personnes souffrent de la faim, mais il fut également un élément important de la spéculation sur la production alimentaire des années 2007 et 2008. Un rapport de la Banque mondiale affirme que 85% de l&#8217;augmentation des prix alimentaires qui précipita en deux ans plus de 100 millions de personnes en dessous de la ligne de pauvreté (ce qui signifie la faim) fut influencé par le développement de l&#8217;agroénergie. Pour cette raison, Jean Ziegler, lorsqu&#8217;il était le relateur spécial des Nations unies pour le droit à l&#8217;alimentation, qualifia les agrocarburants de « crime contre l&#8217;humanité » et son successeur Olivier De Schutter, de l&#8217;UCL, a demandé un moratoire de 5 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;extension de la monoculture pour remplir les réservoirs des véhicules signifie aussi l&#8217;expulsion de nombreux paysans de leurs terres. Dans de nombreux cas, cela se réalise par l&#8217;utilisation de la ruse ou de la violence. Dans des pays comme la Colombie et l&#8217;Indonésie, on fait appel aux forces armées, aux paramilitaires qui n&#8217;hésitent pas à massacrer les récalcitrants. Des milliers de communautés autochtones, en Amérique latine, en Afrique et en Asie, sont dépossédées de leur territoire traditionnel. Des dizaines de millions de paysans ont déjà été déplacés, en fonction du développement d&#8217;un mode productiviste de la production agricole et d&#8217;une reconcentration des terres. Le résultat en est l&#8217;augmentation de l&#8217;urbanisation sauvage et une pression migratoire à la fois interne et internationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut également noter que les salaires des travailleurs sont très bas et les conditions de travail généralement infrahumaines à cause des exigences de productivité. La santé des travailleurs est aussi gravement affectée et dans plusieurs cas les familles souffrent de la contamination de l&#8217;eau et de l&#8217;air. Durant la session du Tribunal permanent des Peuples sur les entreprises multinationales européennes en Amérique latine, organisée à Lima en mai 2008, à l&#8217;occasion du Sommet européen-latino-américain, de nombreux cas ont été présentés de malformation des enfants, fruit de l&#8217;utilisation de produits chimiques dans la monoculture de la banane, du soja, de la canne à sucre ou des palmiers.</p>
<p style="text-align: justify;">Dire que les agrocarburants sont une solution pour le climat est également de mode. Il est vrai que la combustion des moteurs émet moins de co2 dans l&#8217;atmosphère, mais quand on considère le cycle complet de la production, de la transformation et de la distribution du produit, le bilan est beaucoup plus nuancé. Dans certains cas, il devient même négatif par rapport à l&#8217;énergie fossile.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les agrocarburants ne sont pas une solution pour le climat, s&#8217;ils ne le sont que de manière marginale pour pallier à la crise énergétique, avec les graves conséquences sociales et naturelles qui les caractérisent, on est en droit de se demander pourquoi ils rencontrent un tel succès. La raison en est qu&#8217;à court et moyen terme, ils contribuent à augmenter le taux de profit du capital de manière considérable et rapide. C&#8217;est pour cela que les entreprises multinationales du pétrole, de l&#8217;automobile, de la chimie et de l&#8217;agronégoce s&#8217;intéressent au secteur. Ils sont accompagnés par le capital financier (George Soros par exemple) et par les entrepreneurs et les propriétaires terriens locaux, héritiers de l&#8217;oligarchie rurale. La fonction principale de la l&#8217;agroénergie est en fait d&#8217;aider une partie du capital à sortir de la crise et à maintenir ou éventuellement accroître sa capacité d&#8217;accumulation. En effet, le processus agroénergétique se caractérise par une surexploitation du travail, l&#8217;ignorance des externalités, le transfert de fonds publics vers le privé, tout cela permettant des gains rapides, mais aussi une hégémonie des compagnies multinationales et une nouvelle forme de dépendance du Sud vis-à-vis du Nord , tout cela avec l&#8217;image de bienfaiteurs de l&#8217;humanité parce que produisant de « l&#8217;énergie verte ». Quant aux gouvernements du Sud, ils y voient une source de devises, utiles pour maintenir, entre autres, le niveau de consommation des classes privilégiées.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, la solution est de réduire la consommation d&#8217;énergie, surtout dans le Nord et d&#8217;investir dans de nouvelles technologies (solaire notamment). L&#8217;agroénergie n&#8217;est pas un mal en soi et elle peut être intéressante au niveau local, à condition de respecter la biodiversité, la qualité des sols et de l&#8217;eau, la souveraineté alimentaire et l&#8217;agriculture paysanne, c&#8217;est-à-dire tout le contraire de la logique du capital. En Equateur, le président Rafaël Correa a eu le courage de geler l&#8217;exploitation du pétrole dans la réserve naturelle du Yasuni. On peut espérer que les gouvernements de l&#8217;Amérique latine, de l&#8217;Afrique et de l&#8217;Asie feront preuve de la même fermeté en adoptant une attitude similaire face à l&#8217;escalade des agrocarburants. Résister au Nord, comme au Sud, à la pression des pouvoirs économiques est un problème politique et éthique. C&#8217;est donc un devoir de dénoncer le scandale que signifie la production des agrocarburants dans le Sud.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-large wp-image-1740" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/agroc001-1024x693.jpg" alt="agroc001" width="491" height="332" /></p>
<p style="text-align: right;"><!--StartFragment-->16 Novembre 2009</p>
<p style="text-align: right;">source : www.michelcollon.info</p>
<p><!--StartFragment--><!--EndFragment--></p>
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		<title>Vingt ans après, le rideau de fer divise toujours l’Europe</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/11/13/vingt-ans-apres-le-rideau-de-fer-divise-toujours-l%e2%80%99europe/</link>
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		<pubDate>Fri, 13 Nov 2009 12:51:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Malgré la chute du mur de Berlin, l&#8217;Europe est toujours coupée en deux. Les pays de l&#8217;Est, faute de bénéficier de la solidarité de leurs voisins de l&#8217;Ouest, sont amenés à recourir au dumping fiscal, dans une Union européenne plus inégalitaire que jamais.
A lire aussi : 1989 : vingt ans après, ce que l&#8217;Europe centrale [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Malgré la chute du mur de Berlin, l&#8217;Europe est toujours coupée en deux. Les pays de l&#8217;Est, faute de bénéficier de la solidarité de leurs voisins de l&#8217;Ouest, sont amenés à recourir au dumping fiscal, dans une Union européenne plus inégalitaire que jamais.</em></strong></p>
<p><strong>A lire aussi : <a href="http://www.alternatives-economiques.fr/1989---vingt-ans-apres--ce-que-l-europe-centrale-attend-de-l-union_fr_art_862_43948.html?PHPSESSID=31tg02gu5rni5bekc9etvr1ro3">1989 : vingt ans après, ce que l&#8217;Europe centrale attend de l&#8217;Union</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a vingt ans, le mur de Berlin tombait. Et dans la foulée, ce qu&#8217;on appelait à l&#8217;époque le « bloc soviétique » s&#8217;écroulait en un temps record. En 2004, la plupart de ces pays intégraient l&#8217;Union européenne. Pourtant, même si, physiquement, la plupart des traces de cette période ont disparu à l&#8217;Est de l&#8217;Europe, l&#8217;ex « rideau de fer » continue pour une part non négligeable de diviser le vieux continent. Une division qui pèse négativement sur l&#8217;intégration européenne, comme l&#8217;épisode tchèque vient encore de le rappeler à propos de la ratification du traité de Lisbonne. Cette division est dans une grande mesure le fruit de la pingrerie des pays d&#8217;Europe de l&#8217;Ouest. Et l&#8217;amertume qui en résulte à l&#8217;Est, a été encore ravivée par la crise économique de 2008-2009, qui laissera des traces durables.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la foulée de 1989, la plupart des pays d&#8217;Europe centrale et orientale (PECO) s&#8217;étaient lancées dans des « thérapies de choc », des stratégies de rupture brutale avec l&#8217;économie planifiée. Pour des raisons compréhensibles après un  demi-siècle d&#8217;économie administrée, ils se sont presque tous davantage sentis attirés en effet par le modèle ultralibéral Reagan-Thatcher, que par le modèle d&#8217;économie mixte dominant en Europe occidentale. Cette attirance a encore été renforcée par l&#8217;égoïsme et la méfiance des pays d&#8217;Europe occidentale. En proie à la récession de 1993 et à ses conséquences durables, ils ont en effet souvent laissé le champ libre aux conseillers américains au cours des premières années de la transition.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais même quand la perspective de l&#8217;intégration des PECO à l&#8217;Union européenne s&#8217;est précisée, à partir du milieu des années 1990, les pays d&#8217;Europe occidentale n&#8217;ont pas réellement changé d&#8217;attitude : malgré les besoins considérables de rattrapage des pays d&#8217;Europe de l&#8217;Est, ils ont refusé d&#8217;accroître le budget de l&#8217;Union européenne pour faciliter leur intégration. Et la France de Jacques Chirac et de Lionel Jospin n&#8217;a pas été la dernière à l&#8217;époque dans ce concours de pingrerie. Contrairement à ce qui s&#8217;était produit lorsque la Grèce, puis l&#8217;Espagne et le Portugal avaient, au sortir de dictatures d&#8217;extrême droite, rejoint l&#8217;Union. A l&#8217;époque en effet, sous l&#8217;impulsion notamment de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne (une autre pointure évidemment que José Manuel Barroso), un important effort financier avait été consenti pour aider ces pays à rattraper rapidement le niveau de vie des anciens membres. Moyennant quoi, les craintes, déjà fortes à ce moment-là, d&#8217;un dumping fiscal et social de la part de ces pays ne s&#8217;étaient pas réalisées.</p>
<p align="center"><strong>Le dumping fiscal des PECO :</strong></p>
<p align="center"><strong><img class="aligncenter size-full wp-image-1678" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/1258036496_le-dumping-fiscal-des-peco1.jpg" alt="1258036496_le-dumping-fiscal-des-peco1" width="350" height="228" /></strong></p>
<p style="text-align: center;">Evolution du taux effectif moyen d&#8217;imposition des bénéfices des entreprises, en%</p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, cette fois, l&#8217;indifférence des pays d&#8217;Europe occidentale n&#8217;a pas laissé d&#8217;autre choix aux PECOs que de miser sur le dumping social et fiscal pour organiser leur rattrapage. Ils s&#8217;en sont d&#8217;autant plus donné à cœur joie en la matière que c&#8217;était également leur tendance naturelle : autant la Grèce, l&#8217;Espagne et le Portugal après avoir subi le fascisme rêvaient de social-démocratie, autant les PECO restent-ils, encore aujourd&#8217;hui, fascinés par le modèle ultralibéral&#8230; Moyennant quoi, l&#8217;entrée des PECOs dans l&#8217;Union loin de limiter les animosités les a plutôt exacerbées. Les PECOs reprochent (à juste titre) aux pays d&#8217;Europe de l&#8217;Ouest de ne pas vouloir les aider, tandis que les pays d&#8217;Europe de l&#8217;Ouest reprochent (à juste titre également) aux PECOs d&#8217;exercer un fâcheux dumping social et fiscal à leur égard.</p>
<p style="text-align: justify;">Et là-dessus la crise est arrivée. Elle a encore accru, et probablement de façon durable, les sujets de contentieux et de tensions. En effet les banques d&#8217;Europe de l&#8217;Ouest avaient très rapidement « colonisé » les PECOs en rachetant leurs banques délabrées et inexpérimentées. Or, elles ont partout incité ménages et entreprises à s&#8217;endetter en euros, pour bénéficier de taux d&#8217;intérêts bas, plutôt qu&#8217;en devises locales. Mais dans la crise, ces devises se sont effondrées vis-à-vis de l&#8217;euro : les investisseurs et au premier chef les banques occidentales ont en effet massivement délaissé la zone pour rapatrier leurs avoirs à l&#8217;ouest déclenchant la chute des monnaies de l&#8217;Est. Du coup, les particuliers et les entreprises se sont retrouvés étranglés, obligés de rembourser leurs prêts en euros alors que leurs salaires étaient en forints hongrois ou en lei roumains&#8230; Facteur aggravant : les mesures prises à l&#8217;Ouest pour garantir les dépôts, soutenir les banques&#8230; ont encore accéléré la fuite des capitaux hors des PECO. Et quand nombre de ces pays &#8211; Hongrie, pays baltes, Roumanie&#8230;- se sont retrouvés au bord de la faillite, l&#8217;Union, quasiment dépourvue de budget, s&#8217;est révélée incapable de les aider : il a fallu faire appel au Fonds monétaire international comme s&#8217;il s&#8217;agissait de vulgaires pays en développement et non d&#8217;une partie intégrante d&#8217;un des continents les plus riches du monde&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Moyennant quoi l&#8217;amertume à l&#8217;Est est encore montée d&#8217;un cran et ces pays ne manqueront pas, au cours des prochaines années, de donner libre cours à leur ressentiment. Nous n&#8217;en avons pas encore fini avec les séquelles du « rideau de fer »&#8230;</p>
<p align="center"><strong>Une Europe de plus en plus inégale :</strong></p>
<p align="center"><img class="aligncenter size-full wp-image-1679" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/11/1258043300_europeinegale.jpg" alt="1258043300_europeinegale" width="390" height="278" /></p>
<p align="center"><em>Rapport entre le PIB par habitant du pays le plus riche avec celui du pays le plus pauvre.</em></p>
<p><strong><em>Guillaume Duval, rédacteur en chef d&#8217;Alternatives économiques</em></strong></p>
<p><strong><em>http://www.alternatives-economiques.fr/</em></strong></p>
<p align="right">12 Novembre 2009</p>
]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;homme fonctionnel. Capitalisme, propriété, rôle des États</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/09/07/lhomme-fonctionnel-capitalisme-propriete-role-des-etats/</link>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 11:39:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Le juriste catholique allemand Ernst-Wolfgang Böckenförde voudrait que ce soit l&#8217;Église qui écrive le « manifeste » définitif contre le capitalisme, celui-ci devant être renversé depuis ses bases parce qu&#8217;il est inhumain. Il a écrit cet article en juin dernier, peu avant la publication de l&#8217;encyclique Caritas in Veritate.
La crise bancaire et donc économique qui nous a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Le juriste catholique allemand Ernst-Wolfgang Böckenförde voudrait que ce soit l&#8217;Église qui écrive le « manifeste » définitif contre le capitalisme, celui-ci devant être renversé depuis ses bases parce qu&#8217;il est inhumain. Il a écrit cet article en juin dernier, peu avant la publication de l&#8217;encyclique Caritas in Veritate</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">La crise bancaire et donc économique qui nous a frappés et qui est encore loin d&#8217;être finie soulève bien des questions. Est-elle due à l&#8217;irresponsabilité et à l&#8217;avidité de nombreuses banques, notamment les banques d&#8217;investissement ? Ou à l&#8217;absence de règles rigides pour les marchés financiers internationaux, au mauvais fonctionnement de la surveillance des banques et de la finance, à la séparation et à l&#8217;indépendance de l&#8217;économie financière virtuelle (et acrobatique) vis-à-vis de l&#8217;économie réelle de la production et des biens ? Plusieurs facteurs de ce genre y ont probablement contribué, associés à une confiance ingénue en un marché &laquo;&nbsp;libre&nbsp;&raquo; et sans règles.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais rechercher les causes uniquement dans cette direction ne mène pas loin. En effet le système qui s&#8217;est constitué pendant des décennies dans ce domaine avec succès et avec de gros profits matériels mais aussi avec un écart croissant entre les pauvres et les riches, ce &laquo;&nbsp;turbo-capitalisme&nbsp;&raquo; (comme l&#8217;appelle Helmut Schmidt) qui a atteint, avec la globalisation mondiale, une qualité nouvelle avant de provoquer un effondrement, ne peut pas être défini et expliqué en se référant seulement aux comportements fautifs d&#8217;individus ou de groupes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Certes cela peut avoir joué un rôle, mais plus globalement il s&#8217;agit des résultats d&#8217;un système d&#8217;interaction consolidé et très répandu qui suit une logique fonctionnelle propre à laquelle il soumet tout le reste. Ce système d&#8217;interaction s&#8217;est transformé en un système d&#8217;action : le capitalisme moderne. Celui-ci forge le comportement économique (et aussi, en partie, non économique) des individus et l&#8217;intègre dans le système. Ils sont sûrement acteurs mais, dans leur comportement, ils suivent moins une libre impulsion interne que les incitations venant du système et de sa logique fonctionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">LE CARACTÈRE INHUMAIN DU CAPITALISME</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais comment se présente plus précisément le capitalisme moderne comme système d&#8217;action ? Un grand sociologue humaniste du XXe siècle, Hans Freyer, peut nous aider à répondre. Dans son livre &laquo;&nbsp;Theorie des gegenwärtigen Zeitalters [Théorie de l'époque actuelle]&laquo;&nbsp;, il parle des &laquo;&nbsp;systèmes secondaires&nbsp;&raquo; comme de produits spécifiques du monde industrialisé moderne et en analyse la structure avec précision (1).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les systèmes secondaires sont caractérisés par le fait qu&#8217;ils développent des processus d&#8217;action qui ne se rattachent pas à des organisations préexistantes, mais se basent sur quelques principes fonctionnels, par lesquels ils sont construits et dont ils tirent leur rationalité. Ces processus d&#8217;action intègrent l&#8217;homme non comme personne dans son intégralité, mais seulement avec les forces motrices et les fonctions requises par les principes et par leur mise en œuvre. Ce que les personnes sont ou doivent être reste en dehors.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les processus d&#8217;action de ce genre se développent et se consolident en un système répandu, caractérisé par sa rationalité fonctionnelle spécifique, qui se superpose à la réalité sociale existante en l&#8217;influençant, la changeant et la modelant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Voilà la clé qui permet d&#8217;analyser le capitalisme comme système d&#8217;action. Il est fondé sur un petit nombre de prémisses : liberté générale de l&#8217;individu et des associations d&#8217;individus en matière d&#8217;acquisitions et de contrats ; pleine liberté en matière de transferts de marchandises, d&#8217;affaires et de capitaux hors des frontières nationales ; garantie et libre disposition de la propriété personnelle (y compris le droit de succession), en entendant par propriété la possession de biens et d&#8217;argent, mais aussi de savoirs, de technologies et de compétences.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;objectif fonctionnel est la libération générale d&#8217;un intérêt lucratif potentiellement illimité, ainsi que des potentialités de gain et de production, qui opèrent sur le marché libre et entrent en compétition entre elles. La poussée décisive est donnée par un individualisme égoïste qui incite les personnes concernées à acquérir, innover et gagner. Cette poussée constitue le moteur, le principe actif; il vise non pas un objectif préexistant en matière de contenu, fixant des mesures et des limites, mais une dilatation illimitée de soi, la croissance et l&#8217;enrichissement. Il faut donc éliminer ou écarter tous les obstacles et règlements qui ne sont pas demandés par les prémisses citées ci-dessus. Le seul principe régulateur doit être le marché libre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le point de départ et la base de la construction ne sont pas la satisfaction des besoins des hommes et leur bien-être croissant; ceux-ci suivent le processus et sa progression, ils sont pour ainsi dire une conséquence du système en fonctionnement. Le droit et l&#8217;État qui en est le gardien ont pour seul devoir d&#8217;assurer la possibilité de développement et le fonctionnement de ce système d&#8217;action. Ils sont une variable fonctionnelle, pas une force préexistante d&#8217;organisation et de limitation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le dynamisme d&#8217;un tel système et son influence sur les comportements sont énormes. Le système lui-même devient, et est, sujet de commerce. Réalisation de profits, croissance du capital, augmentation de la production et de la productivité, auto-affirmation et croissance sur le marché constituent le principe moteur et dominant, dont la rationalité fonctionnelle intègre et subordonne tout le reste. Les travailleurs ne sont pris en considération que sur la base de la fonction qu&#8217;ils exercent et des coûts qu&#8217;ils représentent, ce qui fait que l&#8217;on en réduit le nombre le plus possible. Les remplacer, si possible, par des machines ou des technologies automatisées pour réduire les coûts paraît non seulement rationnel mais économiquement nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La compensation des problèmes sociaux et des licenciements qui en résultent ne rentre pas dans cette logique fonctionnelle, mais elle est confiée à l&#8217;État et à sa fonction de garantie, l&#8217;État pouvant justement pour cette raison créer des impôts et demander des contributions qui, en tout cas, impliquent encore des coûts pour les entreprises. Le principe structurant n&#8217;est pas la solidarité envers les personnes et entre elles; elle n&#8217;est prise en considération que comme réparation pour bloquer, et en partie compenser, les conséquences nuisibles et inhumaines du système, qui se développe sur la base de sa logique interne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On ne peut contester les extraordinaires réalisations en termes économiques et de bien-être que le capitalisme ainsi structuré produit non seulement dans chaque pays, mais aussi au niveau mondial, malgré toutes ses fautes et insuffisances ; nous-mêmes, habitants de l&#8217;Occident, en tirons de grands profits. Mais on ne peut pas ne pas voir qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un processus en progression continue. Sur la base de sa dynamique il cherche sans cesse à s&#8217;étendre et à intégrer dans sa logique fonctionnelle tous les cadres de vie dans la mesure où ils ont un côté économique, avec de fortes répercussions y compris dans le domaine de la culture et du style de vie personnelle. D&#8217;où l&#8217;extension de l&#8217;élément économique dans tous les aspects de la vie. Aujourd&#8217;hui on le constate surtout dans le système de santé.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">MARX AVAIT VU JUSTE</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il y a plus de 150 ans, Karl Marx l&#8217;avait déjà clairement analysé et exprimé et l&#8217;on est frappé par l&#8217;actualité de son pronostic: &laquo;&nbsp;Par l&#8217;exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Elle a enlevé à l&#8217;industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries dont l&#8217;adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n&#8217;emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. [...] À la place de l&#8217;ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l&#8217;est pas moins des productions de l&#8217;esprit. Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l&#8217;amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu&#8217;aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine, [...] sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production&nbsp;&raquo; (2).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne notre époque, il faut ajouter que, grâce à une organisation parfaite au niveau mondial du transport de containers par mer, les coûts de transport des marchandises et des produits sont minimes. De ce fait, les grandes distances ne découragent plus mais elles stimulent plutôt le commerce au niveau mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le fait que, dans la recherche constante de nouvelles possibilités de gain, les affaires fondées uniquement sur un capital fictif et sur sa multiplication, avec une tendance à négliger les données de l&#8217;économie réelle et à les détériorer, se répandent de plus en plus sur les marchés financiers, n&#8217;est pas en dehors du développement, mais correspond plutôt à sa logique. Cela aussi, Karl Marx l&#8217;avait déjà vu (3).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;État et le droit peuvent sûrement fixer de l&#8217;extérieur des limites au système capitaliste et lui imposer des règles, limiter ses excès et ses conséquences inacceptables, dans la mesure où l&#8217;organisation de l&#8217;État, qui de son côté est lié à la défense d&#8217;une économie favorable à la croissance, a la force de le faire. Et, dans une certaine mesure, il le fait. Mais, même en cas de réussite, cette correction reste marginale, elle doit être extorquée à la logique fonctionnelle du système dans la mesure où cette dernière tend toujours à la plus grande déréglementation possible.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">RENVERSER LE CAPITALISME DEPUIS SES BASES</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">De quoi souffre donc le capitalisme ? Pas seulement de ses excès et de l&#8217;avidité et de l&#8217;égoïsme des hommes qui y opèrent. Il souffre de son point de départ, de son principe fonctionnel et de la force qui crée le système. Il est donc impossible de guérir cette maladie par des remèdes marginaux; on ne peut la guérir qu&#8217;en changeant le point de départ.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il faut remplacer l&#8217;individualisme si répandu en matière de propriété, qui prend comme point de départ et principe structurant le profit potentiellement illimité des individus, considéré comme un droit naturel et qui n&#8217;est sujet à aucune orientation en termes de contenu, par une organisation normative et une stratégie d&#8217;action basées sur le principe selon lequel les biens de la Terre, c&#8217;est-à-dire la nature et l&#8217;environnement, les produits de la terre, l&#8217;eau et les matières premières n&#8217;appartiennent pas à ceux qui s&#8217;en emparent les premiers et les exploitent, mais sont destinés à tous les hommes pour qu&#8217;ils satisfassent leurs besoins vitaux et parviennent au bien-être.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est un principe radicalement différent; son point de départ et de référence est la solidarité des hommes dans leur coexistence et leur compétition. C&#8217;est de là qu&#8217;il faut déduire les règles fondamentales sur la base desquelles modeler les processus d&#8217;action, économiques mais aussi non économiques (4).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le choix d&#8217;un tel point de départ n&#8217;est pas du tout nouveau. Il se rattache à une ancienne tradition, qui n&#8217;a été abandonnée qu&#8217;avec le passage à l&#8217;individualisme de la propriété et au capitalisme. Thomas d&#8217;Aquin, le grand théologien et philosophe du Moyen Age, affirme explicitement que sur la base du droit naturel, c&#8217;est-à-dire à l&#8217;organisation de la nature voulue par Dieu, les biens terrestres sont prévus pour la satisfaction des besoins de tous les hommes. La propriété privée des individus n&#8217;existe que dans le cadre de cette destination universelle et lui est subordonnée. Elle n&#8217;appartient pas au droit naturel en soi, mais elle est un ajout législatif justifié par des motifs pratiques, parce que chacun s&#8217;occupe davantage de ce qui est à lui que de ce qui appartient à tous, parce qu&#8217;il est plus conforme à l&#8217;objectif que chacun possède et gère ses biens lui-même et, enfin, parce que la propriété privée favorise la paix entre les hommes (5). Puis Thomas distingue entre possession, administration et usage de ce que l&#8217;on possède. Alors que la première ne concerne que l&#8217;individu, l&#8217;usage doit tenir compte du fait que les biens extérieurs, sur la base de leur destination originelle, sont communs, donc celui qui en est pourvu doit les partager volontairement avec les pauvres (6). C&#8217;est pourquoi, selon Thomas, en cas d&#8217;extrême nécessité, le vol n&#8217;est pas un péché (7).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On voit apparaître ici un modèle contraire au capitalisme. Un modèle qui part d&#8217;autres principes fondamentaux et démasque ainsi le caractère inhumain du capitalisme. La solidarité n&#8217;apparaît plus comme une réparation, pour bloquer et compenser les conséquences nuisibles d&#8217;un individualisme débridé en matière de propriété, mais comme un principe structurant de la coexistence humaine y compris dans le domaine économique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce point de départ agit de plusieurs façons: attribution des produits du sol et des matières premières naturelles; relation avec les biens de consommation et l&#8217;environnement, nature, eau et air; rôle dirigeant de ce qui est travail par rapport au capital; limites à l&#8217;accumulation de propriétés et de capitaux; reconnaissance des autres êtres humains &#8211; y compris les générations futures &#8211; comme sujets et partenaires dans le domaine de l&#8217;usage, du commerce et de la possession et pas comme objets d&#8217;une possible exploitation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On a ainsi un cadre normatif, à l&#8217;intérieur duquel le sentiment de la possession et de l&#8217;usage personnel, la garantie de la propriété peuvent et doivent avoir leur signification pragmatique et leur fonction comme forces motrices du processus économique et de son progrès. Mais ils restent liés au concept prioritaire de solidarité, qui offre une orientation en termes de contenu et fixe des limites empêchant une expansion illimitée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">APRÈS MARX, C&#8217;EST L&#8217;HEURE DE L&#8217;ÉGLISE</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce n&#8217;est pas ici le lieu pour élaborer en détail un tel modèle théorique et pratique inspiré du principe de solidarité. Les bases pour le faire se trouvent dans la tradition de la doctrine sociale chrétienne. Il suffit de les tirer de leur sommeil de Belle au Bois Dormant et de s&#8217;appliquer avec décision à les mettre en pratique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Longtemps cette doctrine sociale de l&#8217;Église a eu une attitude plutôt défensive vis-à-vis du capitalisme dont les indiscutables succès l&#8217;impressionnaient. Elle l&#8217;a critiqué sur des points spécifiques au lieu de le mettre en discussion en tant que tel. Actuellement l&#8217;évident effondrement du capitalisme, dû à son expansion illimitée et presque déréglée, peut et doit permettre à la doctrine sociale de l&#8217;Église de le contester de manière radicale.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour cela le magistère social peut se référer simplement au pape Jean-Paul II, le critique le plus lucide et le plus énergique du capitalisme après Karl Marx. Dès sa première encyclique, il avait entrepris une évaluation du système en tant que tel, des structures et des mécanismes qui dominent l&#8217;économie mondiale dans le domaine des finances et de la valeur de l&#8217;argent, de la production et du commerce. À son avis, ils se sont montrés incapables de répondre aux défis et aux exigences éthiques de notre temps (8). L&#8217;homme &laquo;&nbsp;ne peut devenir esclave des choses, esclave des systèmes économiques, esclave de la production, esclave de ses propres produits&nbsp;&raquo; (9).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais la nouvelle orientation solidariste et la transformation d&#8217;un vaste système d&#8217;action économique qui, comme nous l&#8217;avons montré, ne tient pas compte de la nature et de la vocation de l&#8217;homme mais les contredit, ne se réalisent pas toutes seules. Cela demande un pouvoir d&#8217;État capable d&#8217;agir et de décider, qui dépasse la simple fonction de garantie du développement du système économique et de vérification du parallélogramme des forces, mais assume efficacement la responsabilité du bien commun à travers la limitation, l&#8217;orientation et aussi le refus de poursuivre le pouvoir économique, en cherchant sans cesse à réduire en même temps les inégalités sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est impossible de réaliser une telle transformation par de simples interventions de coordination. Mais aujourd&#8217;hui où trouve-t-on une telle forme d&#8217;État ? Face à l&#8217;enchevêtrement économique mondial la force de l&#8217;État national ne suffit plus; elle sera toujours vaincue par les forces économiques qui agissent au niveau mondial. D&#8217;autre part, il est impossible d&#8217;organiser une forme d&#8217;État au niveau mondial, sous la forme d&#8217;un État planétaire. On ne peut le faire que pour et dans des zones limitées, qui sont en relations entre elles et collaborent. L&#8217;appel est donc lancé surtout à l&#8217;Europe. Mais aura-t-elle la volonté et la force de le faire ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: right;">Ernst-Wolfgang Böckenförde</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Article publié en Italie par « Il Regno » n°19 et reproduit en Français sur le site : http://chiesa.espresso.republica.it/articolo/1338746?fr=y</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>NOTES</strong></p>
<p>(1) H. Freyer, &laquo;&nbsp;Theorie des gegenwärtigen Zeitalters&nbsp;&raquo;, Deutsche Verlag-Amstalt, Stuttgart, 1956, p. 79 sqq.</p>
<p>(2) K. Marx, F. Engels, &laquo;&nbsp;Manifesto del partito comunista&nbsp;&raquo;, Marietti, Genova, 1973, p. 60.</p>
<p>(3) K. Marx, &laquo;&nbsp;Das Kapital&nbsp;&raquo;, vol. III, c. 25, Dietz-Verlag, Berlin, 1956, pp. 436-452.</p>
<p>(4) Cf. E.-W. Böckenförde, &laquo;&nbsp;Ethische und politische Grundsatzfragen zur Zeit&nbsp;&raquo;, in Id., &laquo;&nbsp;Kirche und christilicher Glaube in der Herausforderungen der Zeit&nbsp;&raquo;, Münster, 2007, pp. 362-366.</p>
<p>(5) Thomas d&#8217;Aquin, &laquo;&nbsp;Summa Theologiae&nbsp;&raquo;, IIa-IIae, q. 66, art. 2 et 7.</p>
<p>(6) Id., q. 66, art. 2, resp.</p>
<p>(7) Id., art. 7, resp.</p>
<p>(8) Cf. Jean-Paul II, &laquo;&nbsp;Redemptor hominis&nbsp;&raquo;, 1979, n. 16. Cf. aussi: Id., &laquo;&nbsp;Laborem exercens&nbsp;&raquo;, 1981; &laquo;&nbsp;Centesimus annus&nbsp;&raquo;, 1991.</p>
<p>(9) Jean-Paul II, &laquo;&nbsp;Redemptor hominis&nbsp;&raquo;, 1979, n. 16.</p>
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		<item>
		<title>Pour comprendre comment les banques créent la monnaie</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/09/04/pour-comprendre-comment-les-banques-creent-la-monnaie/</link>
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		<pubDate>Fri, 04 Sep 2009 16:18:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;article ci-après est extrait du numéro hors série n° 21 de la revue Parvis « Capitalisme et libéralisme » réalisé en 2009 par NSAE, et que l&#8217;on peut se procurer au prix de 6,5 euros auprès de NSAE, 68 rue de Babylone 75007 Paris

ARGENT ET DETTES


D&#8217;où viennent les banques ?
L&#8217;histoire des banques montre que le système bancaire s&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>L&#8217;article ci-après est extrait du numéro hors série n° 21 de la revue Parvis « Capitalisme et libéralisme » réalisé en 2009 par NSAE, et que l&#8217;on peut se procurer au prix de 6,5 euros auprès de NSAE, 68 rue de Babylone 75007 Paris</em></p>
<p align="center"><strong></strong></p>
<p align="center"><strong>ARGENT ET DETTES</strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong>D&#8217;où viennent les banques ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;histoire des banques montre que le système bancaire s&#8217;est mis en place peu à peu poussé par le développement commercial mais qu&#8217;il a dérapé à cause de la cupidité des possesseurs de richesse, ceci dès le Moyen-Age.</p>
<p style="text-align: justify;">A cette époque, Moyen-Age puis Renaissance, les richesses (souvent de l&#8217;or) possédées par la classe aisée étaient déposées, pour des questions de sécurité, dans les coffres des orfèvres. Mais ceux-ci constatant, à l&#8217;usage, que les déposants laissaient leurs pièces en or longtemps en dépôt sans les reprendre, se transformèrent peu à peu en usuriers. En effet les orfèvres voyaient l&#8217;or dormir dans les coffres et ont alors pensé qu&#8217;ils pouvaient le prêter, en leur nom, avec des intérêts. Pour plus de facilité l&#8217;argent fut prêté sous forme de papier plutôt que d&#8217;or. Ces prêts permirent aux orfèvres de s&#8217;enrichir rapidement. Cependant peu à peu les déposants s&#8217;aperçurent de cet enrichissement et menacèrent les orfèvres de retirer tout leur or. Un accord fut alors conclu, les intérêts des prêts furent partagés entre les orfèvres et les déposants, avec un avantage pour les orfèvres qui rendaient le service de la garde du dépôt. C&#8217;est ainsi que le système bancaire est né et que les artisans orfèvres se transformèrent en banquiers.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/monnaie-grecque.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1269" title="monnaie-grecque" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/monnaie-grecque-300x281.jpg" alt="monnaie-grecque" width="300" height="281" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Par la suite une autre étape plus audacieuse fut franchie, encouragée par le développement du commerce et de l&#8217;industrie. Les demandeurs d&#8217;emprunt devenaient de plus en plus nombreux alors que les dépôts ne grossissaient pas en proportion de la demande ; alors l&#8217;idée vint aux orfèvres de prêter de l&#8217;argent sous forme de reçus sur de l&#8217;or qui n&#8217;existait pas ou qui n&#8217;existait tout au moins qu&#8217;en proportion plus faible. Tant que les déposants ne venaient  pas chercher leurs dépôts tous en même temps, le système pouvait fonctionner. Due à l&#8217;expansion des affaires cette pratique a été légalisée et réglementée avec des rapports de 1 à 10, pas toujours respectés, entre l&#8217;argent déposé et l&#8217;argent prêté.  C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle la réserve fractionnelle,  qui fut déposée dans une banque centrale.</p>
<p style="text-align: justify;">Une parade a été prévue pour soutenir les banques en cas de besoin. Celles ci pourraient, en cas de nécessité, faire appel à la banque centrale qui leur prêterait l&#8217;or qu&#8217;elles n&#8217;avaient pas en quantité suffisante. Cela éviterait l&#8217;effondrement d&#8217;une banque qui aurait crée une trop grosse bulle de crédit.</p>
<p style="text-align: justify;">Petit à petit, le système de réserve fractionnelle soutenu par une banque centrale est devenu le système dominant dans le monde et la fraction d&#8217;or garantissant l&#8217;argent créé par ce processus de dette est devenue nulle. Le système a changé ; la nature même de l&#8217;argent a changé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le système monétaire contemporain</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Autrefois un montant en devise (par exemple en dollar) papier était un reçu avec lequel on pouvait réclamer un poids fixe d&#8217;or ou d&#8217;argent. Actuellement, une dollar papier ou un dollar numérique ne peut être échangé que pour un autre dollar papier ou numérique.</p>
<p style="text-align: justify;">Autrefois le crédit créé par une banque privée devait exister sous forme de billets de banque privée ; les gens avaient le droit de refuser ces billets comme ils peuvent refuser des chèques personnels aujourd&#8217;hui. A présent, le crédit créé par une banque privée est directement convertible en devises fiduciaires, c&#8217;est à dire pièces et billets fabriqués par l&#8217;Etat ($, £, €&#8230;). Les devises fiduciaires créées par une loi gouvernementale sont en quantité très faibles par rapport à l&#8217;argent qui circule (environ 5 à 15%) mais l&#8217;Etat garantit l&#8217;argent créé par les banques. L&#8217;Etat accrédite ce système qui transforme de l&#8217;argent créé par les banques en argent officiel et permet aux banques de s&#8217;enrichir grâce aux intérêts payés par les emprunteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les gouvernements et les banques peuvent créer de l&#8217;argent, combien d&#8217;argent y a-t-il dans le monde ?</p>
<p style="text-align: justify;">Autrefois le montant total d&#8217;argent était fixé par le matériel déposé en garantie ; par exemple, pour avoir plus d&#8217;argent basé sur l&#8217;or, il fallait trouver davantage d&#8217;or. Il y avait une limite physique.</p>
<p style="text-align: justify;">A présent on crée l&#8217;argent à partir de dettes. Chaque fois que quelqu&#8217;un fait un emprunt à une banque, de l&#8217;argent est créé. Le montant total d&#8217;argent qu&#8217;il est possible de créer n&#8217;a qu&#8217;une seule limite réelle, le montant total de la dette. Les gouvernements placent une limite légale sur la création d&#8217;argent fictif en imposant des règles sur les obligations de réserves fractionnelle. Mais ces obligations sont fondamentalement arbitraires ; elles varient d&#8217;un pays à un autre, d&#8217;une époque à une autre. Longtemps il a été commun d&#8217;exiger que les banques aient au moins 1 $ en réserve pour garantir 10 $ d&#8217; « argent-dette ». Mais aujourd&#8217;hui les ratios de réserves minimales ne s&#8217;appliquent plus du tout au rapport entre argent nouvellement créé et or en dépôt. Les réserves d&#8217;une banque sont faites de deux choses : le montant en devises bien réelles qu&#8217;elle a déposé à la banque centrale (le « principal ») et le montant total de son argent-dette.</p>
<p style="text-align: justify;">Les banques créent de l&#8217;argent, c&#8217;est de l&#8217;« argent-dette », et s&#8217;enrichissent en exigeant des intérêts. Remarquons que ceux qui empruntent sont souvent des salariés qui comptent sur leurs salaires pour rembourser la banque dans le futur. On constate donc que ceux qui créent des richesses, les salariés, s&#8217;endettent et enrichissent les banques qui ne font que créer de l&#8217;argent fictif.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La dette perpétuelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les banquiers créent le montant du principal ; ils ne créent pas l&#8217;argent qui sert à payer les intérêts. D&#8217;où vient-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le seul endroit où les emprunteurs peuvent trouver l&#8217;argent pour payer les intérêts est l&#8217;ensemble des fonds de l&#8217;économie générale ; mais tous ces fonds ont été créés de la même façon à partir de crédits bancaires. Donc partout il y a des emprunteurs qui se trouvent dans la même situation et qui cherchent désespérément l&#8217;argent pour rembourser le principal et les intérêts dans une réserve globale d&#8217;argent qui ne contient que le principal. Il est impossible pour tout le monde de payer le principal et les intérêts car l&#8217;argent des intérêts n&#8217;a pas été créé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le grand problème pour les emprunts à long terme c&#8217;est que, comme les hypothèques et les emprunts gouvernementaux pour lesquels les intérêts dépassent largement le principal, les risques de saisies et donc les dangers pour l&#8217;économie sont très grands ; à moins de créer continuellement de l&#8217;argent pour payer les intérêts.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour que la société continue de fonctionner, le taux de faillites et saisies doit rester bas. De plus en plus de nouvelles dettes doivent être créées pour trouver l&#8217;argent qui servira à payer les dettes précédentes. Alors bien sûr la dette totale augmente avec les intérêts, ce qui cause une escalade exponentielle de l&#8217;endettement. Seul le temps qui sépare la création des nouveaux emprunts et leur remboursement empêche le manque d&#8217;argent global de mettre le système en faillite. Mais pendant que le monde du crédit bancaire grossit, le besoin de créer toujours plus d&#8217;argent pour le nourrir devient toujours plus urgent.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;autre part l&#8217;argent facilite la production et le commerce ; quand la quantité d&#8217;argent augmente l&#8217;argent perd de sa valeur, c&#8217;est l&#8217;inflation ; à moins que le volume de production et de commerce dans le monde réel augmente proportionnellement pour compenser cette augmentation. Quand on parle d&#8217;une croissance économique de 3% par an, est-ce un taux constant ? non, les 3% de cette année représentent plus de matériaux, plus de services que les 3% de l&#8217;année précédente (3% d&#8217;un niveau total) ; la courbe de croissance n&#8217;est pas plate, c&#8217;est une courbe exponentielle de plus en plus raide.</p>
<p style="text-align: justify;">Une croissance perpétuelle de l&#8217;économie réelle exige une escalade perpétuelle de la consommation des ressources et de l&#8217;énergie.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre constatation : partout dans le monde les gouvernements empruntent de l&#8217;argent aux banques privées ; la dette gouvernementale est une composante majeure de la dette globale. Une énorme partie de nos impôts va au paiement de cette dette. Mais les gouvernements ne pourraient-ils pas créer de l&#8217;argent dont il ont besoin ?</p>
<p style="text-align: justify;">Un concept différent de l&#8217;argent s&#8217;impose.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi les gouvernements choisissent-ils d&#8217;emprunter de l&#8217;argent aux banques privées avec intérêt quand ils pourraient créer tout l&#8217;argent qu&#8217;il leur faut, sans intérêt ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi créer de l&#8217;argent à partir du processus de dette ? Pourquoi ne pas créer de l&#8217;argent qui circule en permanence et qui ne doit pas sans cesse être réemprunté pour exister ?</p>
<p style="text-align: justify;">Comment un système monétaire fondé sur l&#8217;accélération perpétuelle de la croissance peut-il servir à construire une économie durable ? une croissance en accélération perpétuelle est incompatible avec la durabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi notre système actuel, dépend-il entièrement d&#8217;une croissance perpétuelle. Que faut-il changer pour créer une économie durable ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alternatives</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme alternative et en réponse à toutes ces questions, il serait bon de demander la création d&#8217;un vaste pôle bancaire public qui  serait un outil très utile à la dynamique et à l&#8217;orientation de l&#8217;économie. l&#8217;Etat n&#8217;aurait plus à emprunter. Une monnaie est un bien public et c&#8217;est un comble de laisser la finance se servir de cet instrument et d&#8217;en priver la majorité des citoyens. Ce pôle éviterait la spéculation qui s&#8217;est développée ces dernières années. Ce sont les salariés qui créent la richesse  et non les gens qui spéculent. La création monétaire de ces dernières années a largement alimenté la spéculation monétaire au lieu de financer les écoles, la santé , l&#8217;augmentation des salaires ou la réduction du temps de travail. Ne pourrait-on pas utiliser la crise financière actuelle qui se transforme en crise économique et sociale pour stopper le processus de privatisation déjà bien avancé du système financier ? L&#8217;Etat pourrait consolider les participations publiques et nationaliser les banques qui demandent des fonds publiques pour survivre à la crise et créer un grand pôle bancaire qui, si on applique les lois de la démocratie, serait entre les mains des citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Parallèlement, il serait urgent de renforcer les règles et les contrôles des acteurs financiers et des  banques privées et publiques ; ceci implique un renversement radical de la politique menée dans le cadre de l&#8217;Union européenne qui a donné jusqu&#8217;ici la priorité à la libéralisation des systèmes financiers et un changement de politique de la banque centrale européenne prompte à dénoncer les hausses de salaire rendues seules responsables de l&#8217;inflation mais qui ne s&#8217;opposent pas, bien au contraire, aux comportements spéculatifs responsables des bulles financières. C&#8217;est une rupture politique radicale qui s&#8217;impose si l&#8217;on veut éviter d&#8217;autres crises.</p>
<p align="right">Anne-Marie Le Squeren</p>
<p align="right"> </p>
]]></content:encoded>
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		<title>Créer des monnaies par millions</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Sep 2009 15:47:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Les monnaies complémentaires se multiplient. Elles prennent la forme de crédits mutuels, de SEL (système d’échange local), de SOL (abréviation de solidaire), de devises régionales, ou encore de bons de réduction. Une volonté de renouveler la finance.
Ne dites pas à Roland Canonica qu&#8217;il contribue à changer le monde, il croit qu&#8217;il est banquier&#8230; Et c&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Les monnaies complémentaires se multiplient. Elles prennent la forme de crédits mutuels, de SEL (système d’échange local), de SOL (abréviation de solidaire), de devises régionales, ou encore de bons de réduction. Une volonté de renouveler la finance.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ne dites pas à Roland Canonica qu&#8217;il contribue à changer le monde, il croit qu&#8217;il est banquier&#8230; Et c&#8217;est d&#8217;un ton placide, avec un bel accent helvète de Neuchâtel, qu&#8217;il explique au journaliste français étonné que la Banque Wir existe depuis 1934, et que, oui, elle gère sa propre monnaie, et que, ma foi, ça marche bien : 60 000 entreprises participent au système. Bien sûr, on a été un peu prudents, on visite tous les clients avant d&#8217;ouvrir un compte. Ah, un détail, les wirs ne rapportent pas d&#8217;intérêts.</p>
<p>Si M. Canonica est très heureux que vous l&#8217;appeliez, il n&#8217;est pas du genre à vous promettre que sa banque se pliera en quatre pour vous, et qu&#8217;il multipliera vos économies par miracle. &laquo;&nbsp;On vise le long terme&nbsp;&raquo;, dit-il. Et, en passant : &laquo;&nbsp;C&#8217;est une opportunité pour résister à la mondialisation.&nbsp;&raquo; En fait, la Banque Wir, dont M. Canonica se présente comme &laquo;&nbsp;le technicien&nbsp;&raquo;, est un archétype des systèmes monétaires indépendants que de plus en plus de groupes divers veulent créer à travers le monde : elle crée et gère sa propre monnaie.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est née en Suisse en 1934, au coeur de la crise économique, de l&#8217;union d&#8217;une quinzaine de petites entreprises : celles-ci voulaient pouvoir s&#8217;échanger leurs produits, alors même que, faute d&#8217;argent, le commerce était au point mort. L&#8217;idée était de s&#8217;ouvrir des crédits mutuels au sein d&#8217;un Wirschaft Ring (&laquo;&nbsp;cercle économique&nbsp;&raquo;). Ils seraient comptabilisés en une unité spécifique, le wir, de valeur égale à un franc suisse.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment cela fonctionne-t-il ? Quand l&#8217;entreprise A achète quelque chose à B, A reçoit un crédit et B enregistre le débit correspondant. Le débit en wir sera compensé par les ventes de B à un participant C, ou réglé en francs suisses, avec lesquels la convertibilité est totale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le système a fait ses preuves, de nombreuses autres entreprises s&#8217;y sont agrégées, l&#8217;organe de comptabilité a obtenu le statut bancaire. Mais cette banque présente une caractéristique remarquable : elle ne cherche pas à gagner de l&#8217;argent, juste à faciliter les transactions entre les participants. &laquo;&nbsp;Nous pratiquons un taux de 0,8 %, pour couvrir les frais, dit M. Canonica d&#8217;un ton détaché. C&#8217;est beaucoup moins qu&#8217;ailleurs.&nbsp;&raquo; Le système prospère : soixante-quinze ans après sa création, il fait circuler chaque année plus de 1,7 milliard de francs suisses (1,1 milliard d&#8217;euros), et il est cité en exemple par un des meilleurs spécialistes mondiaux des monnaies complémentaires.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Vous l&#8217;aimez cuit comment, votre saumon ? &#8211; Euh, comme vous voulez, ça ira.&nbsp;&raquo; Bernard Lietaer reçoit très gentiment dans son grand appartement de Bruxelles, décoré de masques africains et asiatiques et de centaines de livres. Plutôt que de vous retrouver dans un restaurant, il prépare &#8211; avec talent, il faut le dire &#8211; le repas, tout en poursuivant la conversation.</p>
<p style="text-align: justify;">Son amabilité recouvre une longue et originale expérience de financier. Au sein de la Banque royale de Belgique, il a appartenu à la petite équipe qui a conçu le système monétaire qui a conduit à l&#8217;euro ; puis, il est devenu gérant d&#8217;un des premiers fonds spéculatifs, le Gaia Fund, au début des années 1990. Il était alors un des plus gros acheteurs &laquo;&nbsp;d&#8217;options&nbsp;&raquo; à la City de Londres. Mais, aussi étrange que cela paraisse, il a quitté ce jeu qui ne répondait pas à ses aspirations, et a commencé à se passionner en intellectuel sur le phénomène monétaire, avant de promouvoir les monnaies complémentaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre sa démarche ou celle de la Banque Wir, il faut se rappeler un fait, si contraire au sens commun : la monnaie n&#8217;est pas fabriquée par une autorité centrale qui l&#8217;adosse à des réserves d&#8217;or ou d&#8217;argent ; elle est créée par les banques privées à partir des promesses de remboursement des emprunteurs. Et durant les dernières décennies, les banques se sont émancipées de toute autorité &#8211; avec les résultats que l&#8217;on sait.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;L&#8217;homogénéisation monétaire, dit M. Lietaer, a incontestablement facilité les échanges à chacune des étapes historiques, le passage à l&#8217;Etat-nation, puis la mondialisation. Mais elle a aussi pénalisé la capacité de gérer les problèmes qui se manifestent dans les économies locales. En même temps, la puissance financière a tendance à se concentrer dans un nombre sans cesse plus réduit de centres de décision de plus en plus éloignés du citoyen .&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Les conséquences sont néfastes. La monnaie est indifférente à la finalité de l&#8217;échange, et se moque de servir à enfouir des déchets toxiques ou à dispenser des cours d&#8217;alphabétisation. Elle pousse à des activités susceptibles de détruire l&#8217;environnement : &laquo;&nbsp;Quand une banque prête 300, il faut lui rendre 600. La croissance est nécessaire pour créer les 300 supplémentaires&nbsp;&raquo;, explique Bernard Lietaer. La création monétaire étant aux mains des banques, elle conduit à la concentration d&#8217;argent d&#8217;un côté et à la sous-monétarisation d&#8217;une partie de la population mondiale de l&#8217;autre : &laquo;&nbsp;Cette rareté, écrit un autre spécialiste, Patrick Viveret, oblige les dominés à n&#8217;utiliser qu&#8217;une faible partie de leur potentiel d&#8217;échange et d&#8217;activité.&nbsp;&raquo; Et puis, comme l&#8217;expérience actuelle le montre, le système financier est intrinsèquement instable.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/monnaie-solidaire.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1272" title="monnaie-solidaire" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/monnaie-solidaire.jpg" alt="monnaie-solidaire" width="320" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La solution de Bernard Lietaer à tous ces maux ? &laquo;&nbsp;Il faut de la diversité monétaire, comme il y a de la biodiversité dans une forêt, afin d&#8217;amortir les chocs. Les sociétés matriarcales ont toujours eu un système de double monnaie : une pour la communauté dans laquelle on vit, l&#8217;autre pour les échanges avec l&#8217;extérieur. Il nous faut créer des monnaies complémentaires qui permettent aux communautés de satisfaire leurs besoins d&#8217;échange sans dépendre d&#8217;une autorité extérieure.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus étonnant est que déjà, nombre de monnaies s&#8217;émancipent du système dominant : les bons de réduction dans les supermarchés, les &laquo;&nbsp;miles&nbsp;&raquo; des compagnies aériennes ou les chèques-déjeuner sont si courants qu&#8217;on n&#8217;y prête plus attention. A une échelle plus impressionnante, les &laquo;&nbsp;marchés d&#8217;émissions de gaz à effet de serre&nbsp;&raquo; mis en place par les Nations unies ou par l&#8217;Union européenne afin de parer au changement climatique ne créent rien moins qu&#8217;une nouvelle monnaie, la monnaie carbone.</p>
<p style="text-align: justify;">Partout dans le monde, des communautés créent de nouvelles monnaies : les SEL (système d&#8217;échange local) permettent aux individus d&#8217;échanger leurs compétences, comptées en unités de temps. Les SOL (abréviation de solidaire), expérimentés en France par une dizaine de communes, fonctionnent sur carte à puce comme une carte de fidélité dans un magasin &#8211; sauf que c&#8217;est tout un réseau de magasins et d&#8217;institutions qui participent au système.</p>
<p style="text-align: justify;">En Allemagne, plus d&#8217;une trentaine de monnaies régionales (appelées regio) ont cours. L&#8217;Argentine a passé le pire moment de sa crise financière, entre 1998 et 2002, avec des systèmes privés d&#8217;échange qui ont impliqué jusqu&#8217;à six millions de personnes. Au Brésil, dans un bidonville de Fortaleza, la Banco Palmas délivre depuis dix ans des microcrédits avec le palma , sa monnaie, qui présente un taux d&#8217;intérêt très faible. Elle a ainsi créé 3 200 emplois. D&#8217;autres villes brésiliennes commencent à imiter cette démarche.</p>
<p style="text-align: justify;">Le mouvement est stimulé par l&#8217;affaissement du système financier capitaliste, et va prendre une autre ampleur grâce aux nouvelles technologies. Les téléphones portables deviennent un moyen de paiement électronique. Une possibilité de plus en plus appréciée en Afrique, où le système bancaire est défaillant : au Ghana, par exemple, TradeNet permet d&#8217;effectuer les transactions des matières premières agricoles sur le téléphone.</p>
<p style="text-align: justify;">Internet pourrait permettre à des communautés autonomes de créer leur propre monnaie. Un réseau discret prépare cette mutation, dont Jean-François Noubel, cocréateur en son temps du serveur AOL, est un prophète : &laquo;&nbsp;La philosophie d&#8217;Internet peut s&#8217;appliquer à la monnaie comme elle l&#8217;a fait avec les médias, où l&#8217;on passe d&#8217;un système centralisé à un système où chacun est producteur et transformateur d&#8217;information. Il y aura ainsi des millions de monnaies, comme il y a maintenant des millions de médias. Il s&#8217;agit maintenant de fabriquer les outils d&#8217;interopérabilité, les protocoles permettant de mettre en réseau ce qui est fait.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Concrètement, des groupes expérimentaux commencent à définir des règles d&#8217;échanges et des registres de crédit, avec deux caractéristiques essentielles : les monnaies ne peuvent générer de phénomène spéculatif, et elles peuvent être pondérées par des paramètres définis en commun, comme par exemple la bonne réputation que s&#8217;attire chaque membre du réseau. De la même manière qu&#8217;Internet repose sur des protocoles tels que HTML (format de données conçu pour représenter les pages Web), le réseau &laquo;&nbsp;Metacurrency project&nbsp;&raquo; (projet monnaies libres) achève d&#8217;élaborer un protocole pour des monnaies libres.</p>
<p style="text-align: justify;">Les banquiers qui tiennent les rênes des institutions monétaires laisseront-ils ce bouleversement arriver ? Jean-François Noubel ne s&#8217;en inquiète pas : &laquo;&nbsp;Le processus est énorme, il est dans l&#8217;air, il est en train d&#8217;arriver. On va déposséder les banques du pouvoir de faire la monnaie.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Hervé Kempf<br />
Article paru dans Le Monde (édition du 19.08.09)</p>
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		<title>&#171;&#160;La prochaine crise économique a déjà commencé&#160;&#187;, par Frédéric Lemaître</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Jun 2009 08:47:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>En temps de crise, cela devrait être une bonne nouvelle : le baril de pétrole qui était descendu à 32 dollars (23 euros) en décembre 2008 vient de franchir le seuil des 60 dollars. Certes, l&#8217;automobiliste devrait voir son pouvoir d&#8217;achat entamé mais, en principe, si le pétrole augmente, n&#8217;est-ce pas parce que la crise est derrière nous ? Que la Chine et les Etats-Unis, faisant mentir des statistiques qui ne font que refléter le passé, se remettent à faire tourner leurs machines ? Que les consommateurs se remettent à acheter ? Les entreprises à embaucher ?</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/06/crisepolitique2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1099" title="crisepolitique2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/06/crisepolitique2.jpg" alt="crisepolitique2" width="500" height="300" /></a></p>
<p>Las, il n&#8217;en est rien. La demande est atone. Pour la première fois depuis 1945, la consommation mondiale d&#8217;électricité devrait même diminuer cette année. Dans tous les ports du monde, des pétroliers pleins à craquer attendent même que les prix remontent encore pour livrer leurs millions de tonnes dont ils ne savent que faire. Alors, pourquoi le prix du pétrole a-t-il doublé en quelques mois ? En grande partie parce que, dans les salles de marché, les traders se remettent à spéculer sur l&#8217;or noir. Comme au début de l&#8217;année 2008 quand les prix des matières premières avaient atteint des niveaux record en grande partie dus à la spéculation.</p>
<p>Loin d&#8217;être anecdotique, l&#8217;évolution du prix du pétrole reflète l&#8217;état d&#8217;esprit des milieux financiers. Aidées par les Etats, les banques ont le sentiment que, pour elles, le gros de la crise est passé. Tout doit donc redevenir comme avant. Reconstituer les marges est même une nécessité absolue. Et prendre à nouveau des risques. Peu importe que le G20 de Londres ait jugé, en avril, que &nbsp;&raquo; <em>les principaux échecs de la régulation et des contrôles du secteur financier ont joué un rôle essentiel dans la crise</em> &laquo;&nbsp;. Peu importe que Jean-Pierre Jouyet, président de l&#8217;Autorité des marchés financiers, dénonce, dans <em>Le Monde</em> du 26 mai, le fait qu&#8217;&nbsp;&raquo; <em>une part très substantielle des marchés financiers n&#8217;est, de fait, pas réellement contrôlée ou opère en toute opacité</em> &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Plus discrets qu&#8217;hier mais aussi déterminés, les opérateurs poursuivent leurs pratiques opaques. Exemple : il ne se passe pas un mois sans qu&#8217;une banque ou une Bourse crée une &nbsp;&raquo; <em>plate-forme alternative</em> &laquo;&nbsp;, une Bourse d&#8217;un nouveau genre dont le principe est de travailler à l&#8217;abri des regards. Le nom anglais est plus explicite : les Anglo-Saxons parlent de &nbsp;&raquo; <em>dark pools</em> &laquo;&nbsp;. Tout est dit. Vous avez aimé les <em>subprimes</em>, les <em>Credit Default Swaps</em> et autres produits titrisés dans lesquels, à votre insu, votre banquier avait placé une partie de vos économies ? Demain, vous adorerez Xetra Midpoint, Smartpool, Chi-X-Delta et NeuroDark.</p>
<p>Outre l&#8217;opacité, la cupidité a été l&#8217;autre facteur déclenchant de la crise. Là aussi, tout change pour que rien ne change. Certes, les parts variables des rémunérations vont légèrement baisser, mais aux Etats-Unis, la part fixe va, elle, s&#8217;accroître de 50 % à 100 %, selon les banques. Comme l&#8217;a expliqué dans <em>Les Echos</em> (du 25 mai) Kenneth Lewis, directeur général de <em>Bank of America</em>, une des plus grandes banques du pays qui ne doit son salut qu&#8217;aux 45 milliards de dollars injectés par l&#8217;Etat, son objectif est de rembourser au plus vite cette aide.</p>
<p>Non seulement parce que la banque verse des intérêts, mais surtout parce qu&#8217;&nbsp;&raquo; <em>ensuite nous pourrons de nouveau rémunérer normalement les cadres dirigeants de la banque et ceux qui génèrent le chiffre d&#8217;affaires</em> &laquo;&nbsp;. Sa première décision après avoir remboursé le Trésor ? &nbsp;&raquo; <em>Revoir notre système de rémunérations et rétablir les bonus</em>. &laquo;&nbsp;</p>
<p>Aussi choquant que cela puisse paraître à la quasi-totalité de la population mondiale, Kenneth Lewis dit tout haut ce que ses collègues pensent tout bas. Gagner des millions de dollars ou d&#8217;euros, en travaillant dans la finance, est &nbsp;&raquo; <em>normal</em> &laquo;&nbsp;. Pas question de céder là-dessus.</p>
<p>Comment en est-on arrivé là ? Une partie de la réponse figure dans un petit essai passionnant, à la fois philosophique et économique, que vient de publier Charles-Henri Filippi. Dans <em>L&#8217;Argent sans maître</em> (éd. Descartes et Cie, 96 p., 15 euros), cet ancien collaborateur de Laurent Fabius, qui fut jusqu&#8217;à récemment patron de la filiale française d&#8217;HSBC, explique comment, au fil des siècles, l&#8217;argent, qui était un moyen d&#8217;émancipation, est devenu une religion. Surtout, il démontre comment la cupidité, &nbsp;&raquo; <em>stimulant individuel</em> &laquo;&nbsp;, est, elle, devenue un véritable &nbsp;&raquo; <em>système de gouvernance</em> &nbsp;&raquo; et le &nbsp;&raquo; <em>fondement institutionnalisé d&#8217;un enrichissement sans cause réelle et sans limite sérieuse</em> &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Nous sommes à un moment charnière de la crise. Les mesures d&#8217;urgence (sauvetage des banques, plans de relance) ont été prises. Reste l&#8217;essentiel : rétablir une confiance durable des épargnants. A Londres, le G20 a fixé quelques lignes directrices, mais n&#8217;a ni réglé le déséquilibre majeur de la finance mondiale (entre la Chine et les Etats-Unis) ni pris de mesure contraignante pour réguler la finance.</p>
<p>Déjà, les Européens se divisent sur cette question et, pour le moment, nul ne songe véritablement à relever substantiellement le taux marginal d&#8217;imposition sur le revenu, seule mesure susceptible de créer une sorte de revenu maximum. En toute logique, ceux qui ont le pouvoir de s&#8217;enrichir à nouveau le font sans attendre. Au risque de précipiter la crise suivante.</p>
<p><em><strong>Auteur : Frédéric Lemaître (Rédaction en chef)<br />
Source : Le Monde, édition du 29 mai 2009</strong></em></p>
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