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	<title>NSAE &#187; Économie &amp; Société</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Les &#8220;Economistes atterrés&#8221; s&#8217;invitent dans la campagne présidentielle</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 17:11:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Christine Monin et Laurent Grzybowski  27 experts en économie, réunis par un même refus du néo-libéralisme, publient Changer l&#8217;économie*. Un ouvrage collectif qui rassemble une série de propositions pour 2012 et livre des pistes pour sortir de la crise. Un changement est possible, disent-ils. Après, tout est affaire de choix et de volonté politiques. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Christine Monin et Laurent Grzybowski</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong><em>27 experts en économie, réunis par un même refus du néo-libéralisme, publient </em></strong><strong>Changer l&#8217;économie*<em>. Un ouvrage collectif qui rassemble une série de propositions pour 2012 et livre des pistes pour sortir de la crise. Un changement est possible, disent-ils. Après, tout est affaire de choix et de volonté politiques.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/changer-economie.jpg"><img class="size-full wp-image-5903 aligncenter" title="changer-economie" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/changer-economie.jpg" alt="" width="208" height="313" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pousser aussi loin que possible la critique de l&#8217;idéologie néo-libérale et relancer le débat citoyen sur les solutions à la crise. Tels sont les deux objectifs que se sont fixés les 27 experts du <a href="http://atterres.org/">collectif des économistes atterrés</a> qui publient Changer l&#8217;économie (aux éditions les Liens qui libèrent). &#8220;Ce livre n&#8217;est pas un programme cohérent mais une série de propositions &#8211; dont certaines peuvent être contradictoires &#8211; qui montrent que des politiques alternatives sont à la fois souhaitables et possibles&#8221;. Indépendants de tout pouvoir politique ou financier, ces économistes souhaitent faire vivre une pensée libre et critique et donner à réfléchir à la veille des échéances électorales.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les Atterrés s&#8217;étaient constitués en octobre 2010</strong> autour d&#8217;un <a href="http://atterres.org/page/manifeste-d%C3%A9conomistes-atterr%C3%A9s">Manifeste</a> en forme de ras-le bol. &#8220;Nous assistons aujourd&#8217;hui à une crise majeure du capitalisme qui a atteint les fondements mêmes de notre économie. (…) Pourtant, en dépit de ces bouleversements, les responsables politiques assènent avec certitude : il faut réduire les dépenses publiques, engager des réformes structurelles&#8230; en s&#8217;appuyant sur des fausses évidences, théoriquement mal étayées&#8221;, expliquait alors à La Vie Philippe Askenazy, chercheur à l&#8217;Ecole d&#8217;économie de Paris.</p>
<p style="text-align: justify;"> <strong>Ils ont, depuis cet acte fondateur,</strong> animé des dizaines de débats dans toute la France, publié un second ouvrage : 20 ans d’aveuglement. L’Europe au bord du gouffre (Les liens qui libèrent) pour partager leurs analyses avec le plus grand nombre. Le collectif a grandi et rassemble aujourd&#8217;hui quelque 2000 personnes d&#8217;horizons variés, portées par un même désir de mettre fin au règne de la finance, dans la banque et dans l&#8217;entreprise, pour revenir à une économie &#8220;plus réelle&#8221;. &#8220;Il faut que les banquiers redécouvrent le cœur de leur métier, même s&#8217;il est un peu ennuyeux, et arrêtent de jouer au casino&#8221;. Devant les membres de l&#8217;Association des journalistes de l&#8217;information sociale (AJIS), le 5 janvier, plusieurs d&#8217;entre eux sont intervenus pour critiquer durement la politique économique du gouvernement qui, en diminuant l&#8217;imposition des revenus du capital, du patrimoine et des droits de transmission, &#8220;a détruit une partie des bases fiscales traditionnelles&#8221;. Tous s&#8217;inquiètent également des risques sociaux inhérents aux politiques d&#8217;austérité en vigueur aujourd&#8217;hui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au menu du livre : des propositions tant sur l&#8217;Europe</strong>, le verdissement de l&#8217;économie, la fiscalité, la finance que le travail ou la protection sociale. Oscillant entre radicalité et réformisme, utopie et réalisme. En Europe, les économistes atterrés plaident pour que les États membres retrouvent la maitrise de leur politique budgétaire &#8211; dont ils se sont privés avec le Pacte de Maastricht &#8211; afin d&#8217;être mieux outillés pour affronter la crise. Mais cela n&#8217;est possible qu&#8217;à deux conditions : que la Banque centrale européenne garantisse les dettes des États, ce qui n&#8217;est aujourd&#8217;hui pas le cas, et que ces derniers fassent preuve d&#8217;une solidarité sans faille. Autrement dit que les pays du Nord apportent un soutien inconditionnel à la Grèce, au Portugal, à l&#8217;Espagne ou à l&#8217;Italie. Les économistes atterrés suggèrent également qu&#8217;en lieu et place d&#8217;une austérité généralisée, les pays du Nord mènent des politiques expansionnistes, et que les pays du Sud s&#8217;attellent à leur réindustrialisation. La lutte contre l&#8217;évasion fiscale et la corruption doivent également, selon eux, devenir une priorité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sur la fiscalité, les économistes proposent une réforme</strong> qui s&#8217;appuie sur trois propositions simples : supprimer les niches fiscales, créer deux nouvelles tranches d&#8217;impôt sur le revenu, et harmoniser les politiques fiscales des pays de l&#8217;Union pour éviter une concurrence qui bénéficie aujourd&#8217;hui aux grandes entreprises et aux ménages les plus aisés. Ces derniers peuvent, en effet, exercer une véritable pression sur les gouvernements pour exiger des baisses d&#8217;impôt, en brandissant la menace de l&#8217;évasion fiscale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sur le plan social, ils refusent à la fois austérité et privatisations.</strong> &#8220;Contrairement à une idée reçue, la crise n&#8217;est pas liée à un excès de dépenses, mais à une diminution des recettes de l&#8217;Etat&#8221;, affirme Sabine Issehnane, chercheuse au Centre d&#8217;économie de l&#8217;université Paris Nord, membre du collectif. &#8220;Pour sortir de la crise, dit-elle, il faudrait commencer par relancer une véritable politique sociale. La privatisation de la protection sociale coûte beaucoup plus cher à la collectivité que le système public des retraites, de la santé ou des allocations familiales.&#8221; Prenant le contre-pied de nombreux décideurs, cette jeune économiste estime également qu&#8217;il faudrait aller plus loin dans la réduction du temps de travail, &#8220;moins violente que le chômage et le sous-emploi&#8221;, mais en l&#8217;organisant de manière &#8220;plus solidaire et moins individualiste&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que l&#8217;on a adhère ou non à ces propositions,</strong> l&#8217;ouvrage, clair et abordable, a le mérite de relancer un débat trop souvent phagocyté par l&#8217;urgence et d&#8217;interroger les fondements de la politique économique. Surtout, il nous rappelle que la sortie de crise n&#8217;est possible qu&#8217;à condition de mener une réflexion globale et non pas à coup de mesures, annoncées pêle-mêle aux médias, sans hiérarchie ni cohérence véritable. De quoi donner aux candidats à l&#8217;élection présidentielle matière à réflexion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source</strong> : publié le 10/01/2012</p>
<p><a href="http://www.lavie.fr//actualite/economie/les-economistes-atterres-s-invitent-dans-la-campagne-presidentielle-10-01-2012-23041_6.php">http://www.lavie.fr//actualite/economie/les-economistes-atterres-s-invitent-dans-la-campagne-presidentielle-10-01-2012-23041_6.php</a></p>
<p>* « <em>Changer d’économie ! – nos propositions pour 2012</em> », Les économistes atterrés, Ed. Les liens qui libèrent , 280 pages, 18,50 €, 2012.</p>
<p><strong>En savoir plus </strong>:  cf <a href="http://atterres.org/article/changer-d%C3%A9conomie-notre-nouveau-livre-est-sorti">le site des économistes atterrés</a></p>
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		<title>Ruée sur les terres d&#8217;Ethiopie</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2012/01/20/ruee-sur-les-terres-dethiopie/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2012/01/20/ruee-sur-les-terres-dethiopie/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 12:19:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Gilles van Kote Addis-Abeba et Gambela (Ethiopie)  Envoyé spécial Un sol riche, un climat tropical et de l&#8217;eau en abondance : la région de Gambela, dans l&#8217;ouest du pays, est fertile. Des investisseurs étrangers y louent à vil prix des milliers d&#8217;hectares pour développer une agriculture intensive. Sans toujours se soucier de l&#8217;environnement et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Gilles van Kote</strong></p>
<p><strong>Addis-Abeba et Gambela (Ethiopie)</strong></p>
<p><strong> </strong>Envoyé spécial</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Un sol riche, un climat tropical et de l&#8217;eau en abondance : la région de Gambela, dans l&#8217;ouest du pays, est fertile. Des investisseurs étrangers y louent à vil prix des milliers d&#8217;hectares pour développer une agriculture intensive. Sans toujours se soucier de l&#8217;environnement et des populations.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/carte-ethiopie-jimma.jpg"><img class="size-full wp-image-5889 aligncenter" title="carte-ethiopie-jimma" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/carte-ethiopie-jimma.jpg" alt="" width="150" height="233" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">[Source carte *]</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques kilomètres avant le village d&#8217;Ilya, dans l&#8217;ouest de l&#8217;Ethiopie, la forêt cède brutalement la place à un paysage torturé, d&#8217;où émergent souches renversées et îlots herbeux, au milieu de larges saignées d&#8217;une terre noire mise à nu par les opérations de défrichage. <em>&#8221; Bienvenue à la ferme Karuturi, 100 000 hectares &#8220;,</em> indique le panneau planté au bord de la piste.</p>
<p style="text-align: justify;">Leader mondial du marché des roses coupées, le groupe indien Karuturi Global a signé en 2010 avec l&#8217;Etat éthiopien un contrat de location de 100 000 ha de terres, assorti d&#8217;une option sur 200 000 ha supplémentaires, dans la région de Gambela. Le document de neuf pages, consultable sur Internet, fixe le loyer payé par Karuturi à 20 birrs éthiopiens (0,90 euro) par hectare et par année et la durée du bail à cinquante ans. Du classique pour ce genre de contrat.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Ethiopie &#8211; et la région de Gambela en particulier &#8211; est le théâtre d&#8217;une véritable course aux terres arables. Les organisations non gouvernementales (ONG), qui dénoncent le phénomène, l&#8217;appellent le <em>&#8221; land grabbing &#8220;</em> (accaparement des terres). L&#8217;achat ou la location à vil prix de centaines de milliers d&#8217;hectares, par des investisseurs le plus souvent étrangers, se sont répandus en Afrique mais aussi en Asie, en Amérique latine ou en Europe de l&#8217;Est.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8221; Nous préférons parler de développement des terres, affirme Birinder Singh, le manager indien qui dirige les opérations de Karuturi en Ethiopie depuis son bureau d&#8217;Addis-Abeba, situé dans un immeuble d&#8217;affaires flambant neuf. Nous contribuons au développement du pays, que ce soit en exportant et en faisant rentrer des devises, ou bien en produisant des denrées alimentaires à destination du marché local. &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la région de Gambela, que certains ont rebaptisée <em>&#8221; Karuturiland &#8220;,</em> les terres exploitées par le groupe indien s&#8217;étendent à perte de vue, autour d&#8217;Ilya et sur la rive gauche de la rivière Baro, dont les eaux finiront dans le Nil. Karuturi a prévu d&#8217;y cultiver le riz, le maïs, la canne et le palmier à huile. Mais les 80 kilomètres de digues construits pour contenir le Baro n&#8217;ont pas suffi : 20 000 hectares de maïs, la première récolte attendue par Karuturi, ont été détruits, en octobre 2011, par la crue de la rivière. La compagnie estime la perte à 11 millions d&#8217;euros.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, elle a fait appel à des experts néerlandais et indiens pour repenser la gestion de l&#8217;eau sur son exploitation et envisage de créer des sortes de polders. Mais Sai Ramakrishna Karuturi, le jeune patron du groupe qui affirmait il n&#8217;y a pas si longtemps vouloir <em>&#8221; produire pour nourrir le monde &#8220;,</em> provoque le scepticisme des autres investisseurs. Ils estiment que ses visées sont essentiellement spéculatives. <em>&#8221; Karuturi fait tout ce qu&#8217;il ne faut pas faire &#8220;,</em> déplore François Achour, un Français travaillant pour un fonds d&#8217;investissement allemand.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier exemple remonte au mois d&#8217;octobre, lorsque le défrichage d&#8217;une zone boisée a provoqué un accrochage avec les habitants d&#8217;Ilya. <em>&#8221; Quand nous avons entendu les machines, nous sommes aussitôt allés les arrêter, raconte un responsable du village. Ce qui se passe n&#8217;est pas bon pour nous. Ils détruisent les forêts où nous allons chercher le bois et où nous chassons chaque année les antilopes et les cochons sauvages. &#8220;</em> Les villageois peinent déjà à trouver du bois pour recouvrir leurs cases traditionnelles ornées de magnifiques motifs géométriques et certains d&#8217;entre eux envisagent de le remplacer par de la tôle ondulée.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant ce mouvement spontané de protestation, le gouvernement régional a convoqué une réunion, où il a été décidé d&#8217;épargner la zone contestée. Dorénavant, chaque samedi, une séance d&#8217;information réunit les représentants de l&#8217;entreprise et ceux du village. Selon ces derniers, Karuturi, dont le camp de base entouré de clôtures grillagées est situé de l&#8217;autre côté de la route, leur aurait également promis des groupes électrogènes.</p>
<p style="text-align: justify;">La région de Gambela est loin de tout, et notamment des préoccupations du pouvoir central éthiopien : Addis-Abeba se trouve à une quinzaine d&#8217;heures de route, et seulement trois vols hebdomadaires relient la capitale à cette région. Sa position géographique, au pied des hauts plateaux éthiopiens et face au Soudan du Sud, ainsi que son climat, tropical, en font un monde à part.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa population clairsemée (307 000 habitants sur 30 000 km2, un territoire grand comme la Belgique) est essentiellement composée d&#8217;Anouaks et de Nuers, d&#8217;origine nilotique, dont les relations avec ceux qu&#8217;ils appellent avec mépris les <em>&#8221; highlanders &#8220;</em> (les gens des hauts plateaux) sont exécrables. Montrée du doigt par l&#8217;ONG Human Rights Watch, l&#8217;armée éthiopienne a toujours démenti être responsable du massacre de plusieurs centaines d&#8217;Anouaks de Gambela en 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce nouvel eldorado a trois atouts : sa terre incroyablement fertile, son chaud soleil et surtout l&#8217;eau, qui dévale en abondance depuis les hauts plateaux. Ce qui explique l&#8217;engouement des investisseurs : selon le gouvernement régional, sept entreprises étrangères (quatre indiennes, deux chinoises et une saoudienne) ainsi qu&#8217;environ trois cents investisseurs éthiopiens &#8211; sur des surfaces plus modestes &#8211; y louent des terres.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette stratégie s&#8217;accompagne d&#8217;une déforestation massive. Saudi Star, compagnie appartenant au cheikh Mohammed Al-Amoudi, richissime Saoudien né en Ethiopie, dont le projet est de convertir 10 000 ha &#8211; et peut-être un jour jusqu&#8217;à 130 000 &#8211; à la riziculture, reconnaît avoir dû abattre environ 100 000 arbres mais affirme prévoir d&#8217;en replanter un million.</p>
<p style="text-align: justify;">La région, dont un tiers de la superficie, soit 830 000 ha, a été placée dans une &#8221; banque fédérale de terres &#8221; où les investisseurs sont invités à piocher, a commencé à changer de visage. D&#8217;immenses espaces vides ou cultivés ont remplacé les frondaisons tropicales ou les hautes herbes.</p>
<p style="text-align: justify;">Des champs de coton, cultivés majoritairement par les investisseurs éthiopiens, dont un seul serait originaire de la région, bordent maintenant la piste reliant les villes de Gambela et d&#8217;Abobo, donnant au paysage des airs de <em>&#8221; Deep South &#8220;</em> américain. Des routes de terre ont été tracées dans la savane pour permettre la circulation des poids lourds, qui projettent des nuages de poussière aux alentours.</p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;aide d&#8217;une branche, Muhammad Manzoor Khan gratte la surface du sol, au pied d&#8217;un arbre. <em>&#8221; Regardez cette terre, elle a tout ce qu&#8217;il faut, tout y pousse ! Pourquoi les gens d&#8217;ici ont-ils faim ? &#8220;</em>, s&#8217;exclame ce distingué agronome pakistanais de 69 ans, chargé de la supervision du projet Saudi Star à Gambela. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), près d&#8217;un tiers de la population de la région reçoit une aide alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;objectif de Saudi Star est de produire 1 million de tonnes de riz de qualité supérieure par an, dont les deux tiers seront exportés, essentiellement vers le Moyen-Orient et l&#8217;Arabie saoudite. Pour assurer l&#8217;irrigation de ses rizières, un canal creusé &#8211; puis abandonné &#8211; dans les années 1980 par les Soviétiques, est en cours de prolongation. Son débit sera de 22 m3 par seconde, prélevés dans une vaste retenue d&#8217;eau située près d&#8217;Abobo. Les contrats de location de terres ne prévoient aucune limite d&#8217;utilisation des ressources naturelles.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;activité est intense, aussi bien autour du canal, où s&#8217;affairent des engins surpuissants, que dans les rizières, où des moissonneuses effectuent les premières récoltes sur une zone d&#8217;essai de 112 hectares. Sous le soleil ardent, des experts pakistanais supervisent quelques dizaines de travailleurs éthiopiens. <em>&#8221; Les pluies ont été très tardives, le sol est boueux et les machines rencontrent des difficultés inhabituelles &#8220;</em>, reconnaît l&#8217;un des techniciens, Habib Ur Rahman.</p>
<p style="text-align: justify;">A 2 kilomètres de là, plusieurs centaines de tracteurs et de machines agricoles attendent le jour où l&#8217;exploitation tournera à plein. <em>&#8221; Il y en a pour 89 millions de dollars &#8211; 68 millions d&#8217;euros &#8211; &#8220;</em>, assure Muhammad Manzoor Khan. Deux camps, baptisés Alpha et Bravo, ont été construits au milieu de la savane. Des préfabriqués y abritent les bureaux, les espaces de vie et les chambres des experts pakistanais, mais aussi de Suédois travaillant au creusement du canal. Les Ethiopiens qui occupent des emplois qualifiés, surtout des conducteurs d&#8217;engins, sont aussi logés sur place.</p>
<p style="text-align: justify;">Les travailleurs journaliers, comme les femmes employées dans la petite unité de blanchiment du riz, sont acheminés chaque jour par bus depuis Abobo, situé à une vingtaine de kilomètres. <em>&#8221; Nous sommes payées 25 birrs &#8211; 1,10 euro &#8211; par jour, déclare une femme en train de replanter du riz, de l&#8217;eau jusqu&#8217;aux genoux. Nous avons demandé à plusieurs reprises des augmentations, mais sans succès. &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Saudi Star prévoit de faire travailler de 3 000 à 4 000 Ethiopiens quand son projet aura atteint sa vitesse de croisière, alors que Karuturi évoque aujourd&#8217;hui le chiffre de 20 000 emplois futurs &#8211; après en avoir fait miroiter 60 000. Pour l&#8217;heure, ce sont tout au plus quelques centaines d&#8217;emplois que les investisseurs ont créés dans la région.</p>
<p style="text-align: justify;">Ruchi Group, une entreprise indienne qui loue 25 000 ha de l&#8217;autre côté du canal de Saudi Star, vient d&#8217;effectuer sa première récolte test de soja, une légumineuse inconnue dans cette contrée. Elle emploie aujourd&#8217;hui onze contractuels éthiopiens, payés entre 2 500 et 4 500 birrs (110 et 195 euros) par mois et encadrés par sept experts indiens. Les travailleurs journaliers, ainsi que les gardes qui assurent la sécurité, sont fournis à la demande par les autorités locales.</p>
<p style="text-align: justify;">Ruchi Group dit vouloir associer les agriculteurs locaux à son projet. <em>&#8221; Nous leur avons proposé de les aider à se lancer dans la culture du soja,</em> explique Lankella Manohar, un agronome de 38 ans qui a laissé femme et enfants en Inde pour venir cultiver cet oléagineux dans la savane éthiopienne. <em>Pas besoin de machines : deux boeufs suffisent. Nous leur fournirons les semences et les outils la première année, quelques conseils, puis nous achèterons leur récolte. &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ruchi Group affirme avoir l&#8217;intention d&#8217;ouvrir une usine de fabrication d&#8217;huile de soja dans la ville de Gambela, où aucune industrie n&#8217;existe actuellement. Un projet qui permettrait de créer de 1 500 à 2 000 emplois directs ou indirects et fait briller les yeux des responsables du gouvernement régional.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8221; Mais il n&#8217;y a que très peu d&#8217;emplois pour les populations indigènes &#8220;,</em> affirme un Anouak pour qui l&#8217;anonymat est <em>&#8221; une question de vie ou de mort &#8220;</em>. <em>&#8221; Les emplois sont accaparés par les &#8220;highlanders&#8221;. On fait disparaître les forêts, vitales pour les villageois qui y trouvent plantes médicinales ou racines et fruits sauvages en période de disette et peuvent y chercher refuge en cas de besoin. C&#8217;est une façon de nous déposséder&#8230; &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis la chute d&#8217;Hailé Sélassié en 1975, la terre appartient à l&#8217;Etat, qui ne reconnaît ni droits coutumiers ni droits d&#8217;usage. Sans être forcément habitées, les terres louées aux investisseurs pouvaient être utilisées par les habitants pour le ramassage du bois, pour le pâturage des troupeaux ou pour des cultures périodiques, les agriculteurs locaux pratiquant la rotation des terres.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la région, la question de la spoliation des terres vient se télescoper avec un programme de &#8221; villagisation &#8221; dont l&#8217;objectif est de déplacer 45 000 foyers d&#8217;ici à 2013 vers des agglomérations qui disposent des services de base de santé et d&#8217;éducation. Une pratique controversée, qui pourrait cacher l&#8217;intention des autorités : libérer des terres arables en vue de les louer à des investisseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un rapport qu&#8217;elle a consacré, en 2011, à la question de la location de terres en Ethiopie, l&#8217;ONG Oakland Institute reconnaît cependant <em>&#8221; n&#8217;avoir recueilli aucune preuve de déplacements de populations directement imputables aux activités d&#8217;investissement dans les terres &#8220;.</em> Autour des pistes menant aux terres louées au sud de Gambela par Saudi Star ou par Ruchi Group, aucune trace d&#8217;occupation humaine récente n&#8217;est visible.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8221; Il n&#8217;y a eu aucun déplacement de population, ces terres étaient vierges, insiste Tesfaye Mulugeta, le très zélé responsable des relations publiques du gouvernement régional. Nos paysans n&#8217;ont ni les moyens d&#8217;y investir ni le savoir-faire pour les exploiter. Dites-le bien dans vos articles, dites la vérité : ces terres n&#8217;étaient utilisées par personne, et les investisseurs sont nos partenaires sur la voie du développement. Nous avons besoin d&#8217;eux. &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Saudi Star affirme avoir l&#8217;intention d&#8217;investir 1,5 milliard d&#8217;euros dans son projet de riziculture, alors que Karuturi évalue le coût de mise en culture d&#8217;un hectare à 1 500 euros. Mais que signifient de tels montants pour des villageois pratiquant l&#8217;agriculture de subsistance et assistant, vaguement inquiets, à l&#8217;irruption d&#8217;une agriculture intensive à leur porte ?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8221; Les terres que nous cultivions ont été cédées par les autorités régionales à un investisseur éthiopien, raconte un cultivateur de maïs du village de Perbongo, niché au creux de la forêt. Le gouvernement nous en a attribué de nouvelles, mais nous craignons qu&#8217;il décide un jour de les louer et nous demande de partir pour de bon. &#8221; </em>Tous les précédents en attestent : dans ce type de transactions, l&#8217;information et la consultation des populations ne sont pas de mise.</p>
<p style="text-align: center;"><strong> _________________________________________</strong></p>
<p><strong> </strong><em><strong>L&#8217;or vert attise la convoitise des spéculateurs</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">LE TAUX DE CROISSANCE annuel du secteur agricole, en Ethiopie, dépasse 11 %, selon les chiffres officiels. L&#8217;attraction de l&#8217;or vert ne se dément pas et le gouvernement de Meles Zenawi a ouvert en grand les portes du pays aux investisseurs étrangers. <em>&#8221; On nous a déroulé le tapis rouge &#8220;,</em> résume l&#8217;homme d&#8217;affaires indien Sai Ramakrishna Karuturi.</p>
<p style="text-align: justify;">Exonérations fiscales et douanières, prix de location de la terre insignifiant, usage illimité des ressources naturelles, sans compter une main-d&#8217;oeuvre abondante et bon marché : ces atouts s&#8217;ajoutent à un environnement politique stable avec un niveau de sécurité rare dans cette région du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Les entrepreneurs, indiens, chinois, arabes mais aussi occidentaux, se bousculent donc au portillon. Le gouvernement évalue à 74 millions le nombre d&#8217;hectares de terres cultivables dans le pays&#8230; pour 15 millions actuellement exploités.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut croiser ainsi, dans le centre de l&#8217;Ethiopie, le représentant d&#8217;une entreprise laitière néo-zélandaise dont le projet est d&#8217;acheminer par bateaux plusieurs dizaines de milliers de vaches depuis l&#8217;Océanie, de les nourrir de luzerne produite localement et d&#8217;inonder le marché du lait en poudre depuis l&#8217;Afrique jusqu&#8217;en Inde en passant par le Moyen-Orient.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dégâts collatéraux</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> &#8221; C&#8217;est ici qu&#8217;il faut être, c&#8217;est ici que ça se passe,</em> assure François Achour, directeur général d&#8217;Acazis, la filiale éthiopienne d&#8217;une entreprise allemande qui a obtenu la concession de 50 000 ha près d&#8217;Harar, dans l&#8217;Est du pays, pour produire biocarburants et huile d&#8217;arachide. <em>Le deal est simple, l&#8217;Ethiopie nous dit : &#8220;J&#8217;ai des travailleurs et des terres vierges, apportez-moi de l&#8217;argent et de la technologie.&#8221; &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Mais n&#8217;y a-t-il pas d&#8217;autre voie pour l&#8217;Ethiopie que la conversion d&#8217;une agriculture familiale &#8211; qui fait vivre aujourd&#8217;hui, tant bien que mal, 85 % de la population &#8211; aux méthodes d&#8217;exploitation intensive, avec les dégâts sociaux et environnementaux collatéraux que l&#8217;on connaît ?</p>
<p style="text-align: justify;">Un rapport publié en décembre 2011 par l&#8217;International Land Coalition, un réseau d&#8217;institutions internationales, de centres de recherches et d&#8217;organisations non gouvernementales (ONG), conclut à un impact globalement négatif de <em>&#8221; la course à la terre &#8220;</em> sur les petits agriculteurs des pays du Sud. Or, selon ce rapport, le phénomène concernerait 203 millions d&#8217;hectares dans le monde, dont 71 millions feraient l&#8217;objet de contrats fermes de vente ou de location.</p>
<p style="text-align: justify;">Environ 20 % de ces terres seraient réellement exploitées, ces investissements étant souvent d&#8217;ordre spéculatif. Il peut s&#8217;agir aussi de sécuriser ses approvisionnements alimentaires, comme le fait l&#8217;Arabie saoudite. Les sociétés détenues en Ethiopie par le cheikh Mohammed Al-Amoudi, classé par le magazine américain <em>Forbes</em> à la 63e place des hommes les plus riches de la planète en 2011, exportent ainsi vers le golfe Persique la majeure partie de leur production. <em>&#8221; Notre but n&#8217;est pas seulement d&#8217;assurer la sécurité alimentaire de l&#8217;Arabie saoudite, mais de faire sortir l&#8217;Ethiopie de la pauvreté,</em> assure cependant Nebiyu Samuel, conseiller du cheikh. <em>C&#8217;est une stratégie gagnant-gagnant. &#8220;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Cette hypothèse pourrait s&#8217;envisager si les Etats étaient en mesure de faire respecter les droits fonciers existants, d&#8217;imposer des contreparties et de dicter un cahier des charges aux investisseurs. Mais l&#8217;exemple éthiopien tend à montrer que c&#8217;est une illusion. <em>&#8221; Le suivi de l&#8217;application des contrats semble faible, voire inexistant &#8220;,</em> estime l&#8217;ONG Oakland Institute, qui n&#8217;a relevé qu&#8217;un seul cas d&#8217;inspection par les autorités. Et il concernait un investisseur éthiopien.</p>
<p style="text-align: justify;">Les obligations fixées par les contrats de location de terres sont souvent vagues, nulle sanction n&#8217;est prévue en cas de non-respect. Les entreprises sont ainsi censées remettre une enquête d&#8217;impact environnemental dans les trois mois suivant la signature du contrat. Les trois firmes sollicitées par <em>Le Monde</em> ont répondu qu&#8217;elles avaient bien fait réaliser cette enquête. Aucune n&#8217;a été en mesure de la communiquer.</p>
<p><strong>G. v. K.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong></strong>______________________________</p>
<p><strong>Source </strong>: article publié dans le Monde daté du 6 janvier 2012 ;  <a href="http://www.lemonde.fr">http://www.lemonde.fr</a></p>
<p><strong>* Source carte de l’Ethiopie</strong> :</p>
<p><a href="http://www.ethiquable.coop/fr/filieres-impacts/cafe/cafe/producteurs/oromia.php">http://www.ethiquable.coop/fr/filieres-impacts/cafe/cafe/producteurs/oromia.php</a></p>
<p><em><br />
</em></p>
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		<title>Crises de dette, crises sociales</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/12/23/crises-de-dette-crises-sociales/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 22:31:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Christian Chavagneux &#160; Les trains qui arrivent à l&#8217;heure n&#8217;intéressent personne. De la même façon, les dettes qui sont remboursées rubis sur l&#8217;ongle ne font jamais la une. Mais lorsque des débiteurs sont en difficulté, tous les regards se tournent vers eux. Et, de ce point de vue, l&#8217;actualité a été plutôt chargée depuis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Christian Chavagneux</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HSn°91-DetteAlterEco.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5752" title="HSn°91-DetteAlterEco" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HSn°91-DetteAlterEco.jpg" alt="" width="123" height="175" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les trains qui arrivent à l&#8217;heure n&#8217;intéressent personne. De la même façon, les dettes qui sont remboursées rubis sur l&#8217;ongle ne font jamais la une. Mais lorsque des débiteurs sont en difficulté, tous les regards se tournent vers eux. Et, de ce point de vue, l&#8217;actualité a été plutôt chargée depuis 2007 !</p>
<p style="text-align: justify;">On a d&#8217;abord appris que des courtiers sans scrupule, relayés par des banquiers de la même étoffe, s&#8217;étaient enrichis en plaçant des prêts immobiliers auprès d&#8217;Américains pauvres dont ils savaient pertinemment qu&#8217;ils n&#8217;auraient pas les moyens de les rembourser. Quand le marché immobilier s&#8217;est retourné, ces pauvres Américains se sont retrouvés à la tête d&#8217;appartements et de maisons qui valaient moins que les dettes qu&#8217;ils devaient honorer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les malheurs de la dette</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une telle situation aurait dû créer une petite crise localisée du marché des prêts hypothécaires. Au contraire, elle a été à l&#8217;origine du quasi-effondrement du système bancaire mondial. Comment l&#8217;expliquer ? Toujours par des problèmes de remboursement de dettes, mais, cette fois, de la part des acteurs financiers. Les produits toxiques fondés sur les prêts <em>subprime</em> rapportaient tellement qu&#8217;il valait la peine d&#8217;emprunter pour en acheter davantage. Entre décembre 2002 et décembre 2008, l&#8217;endettement du secteur financier américain est passé de 93 % à 119 % du produit intérieur brut (PIB), de 82 % à 115 % dans la zone euro et de 71 % à 124 % au Royaume-Uni ! Résultat : les banques se sont retrouvées avec des placements qui ne valaient plus rien, en même temps qu&#8217;il leur devenait impossible de dénicher des prêteurs pour renouveler leurs emprunts : il a fallu une vaste intervention publique pour les sauver du gouffre.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, la crise a connu une mutation, mettant les dettes publiques sur la sellette, particulièrement en Europe. Certes, il y avait des raisons objectives à cette évolution. L&#8217;accroissement des déficits budgétaires et des niveaux de dette, résultat des politiques de baisse d&#8217;impôts et des efforts de soutien à l&#8217;activité après 2007, nécessitait de prendre des mesures correctrices, afin de s&#8217;assurer que l&#8217;endettement resterait maîtrisable. De ce point de vue, si l&#8217;on se plaint beaucoup de l&#8217;absence de coordination des politiques budgétaires en Europe, la crise a fini par la faire advenir, mais dans les pires conditions : les pays de la zone se sont engagés comme un seul homme dans un effort d&#8217;austérité qui réduit l&#8217;activité interne de chacun et rend plus difficile la sortie de crise !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais chacun a pris ses responsabilités et, hormis la Grèce, les Etats ont fait ce qu&#8217;il fallait pour maîtriser leur endettement. Les marchés financiers ne l&#8217;ont cependant pas entendu de cette oreille. Enferrés dans l&#8217;un de ces mouvements de panique qui les caractérisent, ils se sont mis à croire que le Portugal, l&#8217;Espagne puis l&#8217;Italie et finalement la France, l&#8217;Autriche et même l&#8217;Allemagne pourraient ne pas rembourser leurs dettes. A cet égard, l&#8217;économiste américain Paul Krugman expliquait fin novembre 2011 [1] combien l&#8217;Autriche est un cas exemplaire : le pays, qui a réussi à marier une politique budgétaire austère avec un taux de chômage maîtrisé, un excédent extérieur et une dette moins élevée et diminuant plus vite qu&#8217;en Allemagne, s&#8217;est pourtant vu attaqué par les marchés financiers, et ses taux d&#8217;intérêt ont augmenté et se sont éloignés des taux allemands. Preuve que les marchés financiers marchent sur la tête quant à leur évaluation de la qualité des dettes publiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les pistes de sortie</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Comment sortir du piège dans lequel les marchés nous enfoncent ? Les pays européens, sous l&#8217;impulsion de l&#8217;Allemagne, semblent vouloir prendre pour mot d&#8217;ordre &#8220; mort à la dette &#8221;. Ou plus précisément, mort à toute forme de déficit public, forcément synonyme de mauvaise gestion. Pour éviter les maux de dette, coupons-nous la dette ! L&#8217;austérité de long terme serait ainsi le garant d&#8217;un sérieux budgétaire permettant aux pays européens de mutualiser leurs emprunts par la création des fameux eurobonds, ou euro-obligations, rebaptisés &#8220; obligations de stabilité &#8221; dans la proposition faite par la Commission européenne en novembre 2011 !</p>
<p style="text-align: justify;">Le projet politique européen peut-il se limiter à préconiser une austérité durable pour tous comme prix de son sauvetage ? Si c&#8217;était le cas, on ne donnerait pas cher de son avenir. L&#8217;Europe doit proposer d&#8217;autres horizons que la rigueur. Et elle le peut. Alors même que les ménages et les entreprises ne consomment plus beaucoup et investissent peu, une action du côté des dépenses publiques aurait aujourd&#8217;hui un impact positif fort sur l&#8217;activité. Comme disent les économistes, &#8220; l&#8217;effet multiplicateur &#8221; de la dépense publique est plus élevé quand la dépense privée est en panne. Or, les nécessités de la transition écologique, par exemple, donnent un objectif clair à une politique d&#8217;action publique qui pourrait être mise en oeuvre tout en maîtrisant les déficits. Il faudrait pour cela remplacer des dépenses publiques improductives &#8211; à aller piocher dans les niches fiscales &#8211; par des dépenses écologiques productives. Une réforme fiscale demandant plus aux plus riches (individus et entreprises) devrait également contribuer à alimenter les ressources nécessaires permettant aux Etats de fournir ce qui manque le plus aujourd&#8217;hui à l&#8217;économie européenne et mondiale : de la demande.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme l&#8217;explique l&#8217;économiste Michel Aglietta, nous devons nous appuyer en la matière sur les leçons de l&#8217;histoire, en suivant la voie utilisée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale. <em>&#8220; En 1945, n&#8217;oubliez pas que les Etats-Unis avaient des dettes qui s&#8217;élevaient à 130 % de leur PIB, et le Royaume-Uni à 260 % ! Il s&#8217;agit de maintenir des taux d&#8217;intérêt réels très bas, à un niveau inférieur au taux de croissance de l&#8217;économie. C&#8217;est cet écart qui réduit mécaniquement et régulièrement le poids de la dette, même avec un déficit public primaire</em> [le déficit hors paiement des intérêts de la dette]. <em>C&#8217;est une stratégie qui repose sur deux piliers, comme l&#8217;ont fait les Américains : ils ont d&#8217;abord suspendu l&#8217;indépendance de la Fed, entre 1945 et 1951, pour qu&#8217;elle s&#8217;efforce de maintenir les taux longs le plus bas possible. Ils ont ensuite fait un plan de dépenses publiques massives pour aider l&#8217;investissement privé : le plan Marshall. C&#8217;est la seule sortie vers le haut &#8221;</em> [2].</p>
<p style="text-align: justify;">Il est certain que la manière la plus efficace de réduire le poids des dettes publiques est de faire croître l&#8217;activité plus rapidement que la charge d&#8217;intérêt. Cela passe par une politique publique temporaire de soutien à la demande, par une action de la banque centrale en faveur de la croissance, c&#8217;est-à-dire des taux d&#8217;intérêt bas et une intervention pour limiter les hausses de coût d&#8217;emprunt dues aux mouvements de panique des marchés. Une telle politique irait dans le sens de <em>&#8220; l&#8217;euthanasie du rentier &#8221;</em> telle que la souhaitait Keynes dans le chapitre XXIV de sa <em>Théorie générale.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Perplexité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les historiens des générations futures auront peut-être du mal à comprendre comment l&#8217;insolvabilité de la Grèce, un pays pesant quelques pourcents de la zone euro et dont la dette publique représentait une part minime de son endettement total, a pu se transformer en crise généralisée des finances publiques européennes. Ils s&#8217;interrogeront pour comprendre pourquoi la dette de ce pays n&#8217;a pas immédiatement été annulée, au moins en partie, et pourquoi il a fallu attendre deux années pour en arriver là, au prix d&#8217;une austérité implacable pour les Grecs et de tensions budgétaires, politiques et sociales dans le reste de l&#8217;Europe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Car, comme le montrent les travaux de l&#8217;anthropologue David Graeber , il n&#8217;est pas rare que les périodes d&#8217;endettement se terminent dans le surendettement. Dans l&#8217;Antiquité, quand un débiteur ne pouvait plus assurer le remboursement de sa dette, une partie de sa famille finissait en esclavage chez le créancier. Mais lorsqu&#8217;une crise de dette se généralisait, cette situation finissait par créer des tensions dans la société, conduisant les dirigeants à effacer les dettes, afin que les familles puissent se retrouver. Les crises de dette ne sont pas d&#8217;abord affaires de comptabilité et d&#8217;ajustement budgétaire. Ce sont des crises sociales et politiques qui réclament des réponses politiques ce qui passe forcément par la protection des débiteurs plutôt que par celle des créanciers.</p>
<p style="text-align: left;" align="right"><strong>Christian Chavagneux</strong></p>
<p style="text-align: left;" align="right"><strong>Editorial</strong> de <em>Alternatives Economiques Hors-série</em> n° 091 &#8211; décembre 2011</p>
<p><strong>Notes : </strong></p>
<p><strong>1.</strong> Voir <em>Real Austrian Economics Updated</em>, par Paul Krugman, <a href="http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/11/21/austrian-economics-the-real-kind/">http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/11/21/austrian-economics-the-real-kind/</a></p>
<p><strong>2.</strong> <em>La Tribune</em>, 18 novembre 2011.</p>
<p>___________________________________________</p>
<p><strong>ILS ONT DIT : </strong></p>
<p><strong>William Shakespeare</strong> &#8220; La mort est une dette que chacun ne peut payer qu&#8217;une fois. &#8221;</p>
<p><strong>Abraham Lincoln</strong> &#8220; S&#8217;il n&#8217;y avait pas de dette dans le système, il n&#8217;y aurait aucun argent. &#8221;</p>
<p><strong>Oscar Wilde</strong> &#8220; Le plus gros avantage de la richesse, c&#8217;est qu&#8217;elle permet de faire des dettes. &#8221;</p>
<p><strong>Emile Zola</strong> &#8220; Mais malgré elle, au bout de cinq minutes, elle parlait de nouveau de la dette. Oh ! Elle avait prévu ce qui arrivait, le zingueur buvait la boutique. &#8221;</p>
<p><strong>Guy de Maupassant</strong> &#8220; Il emprunta, demandant mille francs à l&#8217;un, cinq cents à l&#8217;autre, cinq louis par-ci, trois louis par là. Il fit des billets, prit des engagements ruineux, eut affaire aux usuriers, à toutes les races de prêteurs. &#8221;</p>
<p><strong>Jules Berry</strong> &#8220; Moi, je ne me ferai jamais sauter la cervelle pour des dettes. D&#8217;abord, je n&#8217;aurai jamais autant de cervelles que de dettes. &#8221;</p>
<p><strong>Sacha Guitry</strong> &#8220; Dieu merci, j&#8217;ai encore les moyens de faire des dettes ! &#8221;</p>
<p><strong>Louis-Ferdinand Céline</strong> &#8220; On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire. &#8221;</p>
<p>__________________________________________</p>
<p><strong>Source </strong>:</p>
<p><a href="http://www.alternatives-economiques.fr/crises-de-dette--crises-sociales_fr_art_1122_56744.html">http://www.alternatives-economiques.fr/crises-de-dette&#8211;crises-sociales_fr_art_1122_56744.html</a></p>
<p>Alternatives Economiques Hors Série n° 91 « <em><strong>La dette et ses crises </strong></em>» décembre 2011 ; en kiosque actuellement.</p>
<p><strong>* </strong><strong>Aller plus loin </strong>:</p>
<p>En participant à la <strong>MOBILISATION</strong> « <strong>Pour un audit citoyen de la dette publique ! </strong>» :</p>
<p>• lire l’appel du collectif : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Appel-pour-un-audit-citoyen-de-la-dette-publique.pdf">Appel pour un audit citoyen de la dette publique</a></p>
<p>• <a href="http://www.audit-citoyen.org">Signer la pétition en ligne</a></p>
<p>*<strong>En savoir plus </strong>:</p>
<p><a href="http://www.audit-citoyen.org/">http://www.audit-citoyen.org/</a></p>
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		</item>
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		<title>Sauvez les citoyens avant les banques !</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 13:39:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Il n&#8217;y a pas de sortie simple de la zone euro Par James K. Galbraith et Aurore Lalucq *   La crise de la zone euro est une crise bancaire qui a pris la forme d&#8217;une série de crises des dettes souveraines. Une crise aggravée par des idées économiques réactionnaires, une architecture défectueuse et un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #000000;"><em>Il n&#8217;y a pas de sortie simple de la zone euro</em></span></strong></p>
<p>Par James K. Galbraith et Aurore Lalucq *</p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SauvezCitoyens.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5708" title="SauvezCitoyens" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SauvezCitoyens-300x188.jpg" alt="" width="300" height="188" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La crise de la zone euro est une crise bancaire qui a pris la forme d&#8217;une série de crises des dettes souveraines. Une crise aggravée par des idées économiques réactionnaires, une architecture défectueuse et un climat politique toxique. Comme la crise américaine, elle est le fruit de politiques de prêts laxistes destinés à des emprunteurs fragiles : le logement en Espagne, l&#8217;immobilier commercial en Irlande, le secteur public grec. Les banques européennes ont profité des effets de levier offerts par les actifs toxiques américains.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand ceux-ci se sont effondrés, elles ont choisi de se débarrasser des obligations des Etats les plus fragiles au profit des plus forts afin de préserver leur rentabilité, ce qui a plongé l&#8217;UE dans la crise.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce type de crise, le premier réflexe des banques est de feindre la surprise avant de reprocher à leurs clients leurs imprudences voire leurs tricheries. Cela dissimule le fait qu&#8217;il fut un temps où les banquiers accordèrent des prêts trop facilement, dans le but d&#8217;empocher de généreuses commissions. Cette stratégie de défense des banques fonctionne bien mieux en Europe qu&#8217;aux Etats-Unis, du fait des frontières nationales qui séparent les créanciers des débiteurs, et des liens unissant les dirigeants politiques à leurs fleurons bancaires nationaux, qui du coup n&#8217;hésitent pas à propager des clichés racistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aux fondements de ce pouvoir bancaire, on trouve une sensibilité qui fait des excédents un signe de vertu et des déficits un vice, un fétichisme de la dérégulation, de la privatisation et des ajustements par le marché. L&#8217;Europe du Nord a bel et bien oublié qu&#8217;une intégration économique a toujours pour effet de concentrer l&#8217;industrie dans les régions les plus riches.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Allemagne et maintenant la France font donc la leçon aux pays endettés : rigueur salariale, coupes budgétaires. Des leçons qui sont devenues des injonctions du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne (BCE) : les nouveaux gueux endettés ne vivent plus en démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;architecture de la zone euro aggrave la crise de deux façons : premièrement, les fonds structurels sont trop faibles pour corriger les inégalités régionales et leurs versements sont bloqués, car les conditions de cofinancements sont difficiles à remplir. Il manque aussi des mécanismes interrégionaux de redistribution vers les ménages, comme ceux instaurés aux Etats-Unis : retraite publique, Medicare, Medicaid, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, la BCE refuse de résoudre cette crise en achetant les titres des pays fragilisés &#8211; au nom du principe selon lequel aider ces Etats revient à les encourager à s&#8217;endetter, un argument renforcé par des craintes inflationnistes. La zone euro a donc préféré se lancer dans la création d&#8217;un gigantesque CDO &#8211; Collateralized Debt Obligation, adossée à des actifs &#8211; appelé le Fonds européen de stabilité financière.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, des solutions techniques existent, par exemple la &#8221; modeste proposition &#8221; de Yanis Varoufakis (professeur d&#8217;économie université d&#8217;Athènes) et de Stuart Holland (ancien parlementaire britannique) suggère de convertir jusqu&#8217;à 60 % du PIB de la dette de chacun des pays de la zone euro en titres européens émis par la BCE, de recapitaliser et d&#8217;européaniser le système bancaire, et de lancer un New Deal par l&#8217;intermédiaire de la Banque européenne d&#8217;investissement. On peut aussi penser à instaurer un droit à la faillite nationale (Kunibert Raffer), à faire de la BCE un &#8221; groupe public au service de l&#8217;intérêt général et du développement &#8221; comme la Caisse de dépôts (Thomas Palley) ou encore à taxer les profits des banques (Jan Toporowski).</p>
<p style="text-align: justify;">De ces très bonnes idées, aucune ne verra le jour. Car en Europe, les termes du débat sont hermétiques aux idées nouvelles, la survie politique reposant sur la capacité à faire &#8221; le ménage &#8221; dans les comptes publics. Tout est fait pour ne pas affronter la réalité : la crise bancaire. Chaque réunion européenne conduit à l&#8217;adoption de sous-mesures perfides et de vraies fuites en avant. Quant au sort des plus faibles, il est au mieux considéré comme un dommage collatéral, voire comme un mal nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">La Grèce et l&#8217;Irlande sont en train d&#8217;être détruites. Le Portugal et l&#8217;Espagne sont en lambeaux, la crise se propage à l&#8217;Italie et la France se débat pour retarder la perte de son AAA. S&#8217;il y avait une façon simple de sortir de l&#8217;euro, la Grèce l&#8217;aurait déjà fait. Le seul pays qui pourrait choisir cette voie est l&#8217;Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les autres, il s&#8217;agit de choisir entre le cancer ou la crise cardiaque, à moins d&#8217;un changement radical en Europe du Nord qu&#8217;aucun des partis socialistes allemand ou français à même d&#8217;accéder au pouvoir ne semble capable d&#8217;apporter. Alors on se dirige vers une explosion sociale, doublée d&#8217;une panique financière et d&#8217;un inexorable retour de l&#8217;émigration. Ne reste qu&#8217;à compter sur la capacité des citoyens européens à se défendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne faites pas la même erreur historique que nous. Quand les Etats-Unis décidèrent d&#8217;intervenir en Irak, la vieille Europe n&#8217;hésita pas à dire que notre pays faisait une erreur. Ce fut un soulagement pour les opposants à la guerre, mais un affront pour le gouvernement. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est un américain de la vieille Amérique, celle de la guerre civile, du New Deal qui tente de dire à ses amis européens qu&#8217;ils sont en train de faire une erreur historique en refusant d&#8217;entendre des idées de bon sens, c&#8217;est-à-dire de faire face à une situation exceptionnelle.</p>
<p align="right">James K. Galbraith, Aurore Lalucq</p>
<p style="text-align: justify;">* <strong>James K. Galbraith</strong>, économiste, professeur à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs à l’Université du Texas à Austin et président <em>d’Economists for Peace and security</em>, s’inscrit dans une longue lignée marquée par la figure mondialement reconnue de son père, John K. Galbraith. Il est l’auteur de « <em>L’Etat prédateur</em> » (Seuil, 2009).</p>
<p><strong>Aurore Lalucq</strong>, économiste, Institut Veblen</p>
<p><strong>Source</strong> : article publié dans Le Monde daté du 13 décembre 2011</p>
<p><a href="http://www.lemonde.fr">http://www.lemonde.fr</a></p>
<p style="text-align: center;">
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		<title>SNCF, des horaires qui changent tout</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/12/09/sncf-des-horaires-qui-changent-tout/</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 23:17:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Thierry Brun La campagne nationale lancée par Réseau ferré de France (RFF) sur le « réseau de demain » donne une idée du vaste chantier de modernisation du réseau ferroviaire. Slogan : « Nous avons de grands projets pour vous. » La publicité du gestionnaire du réseau coïncide avec la mise en place d’une nouvelle organisation ferroviaire, « du jamais vu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Thierry Brun</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La campagne nationale lancée par Réseau ferré de France (RFF) sur le « réseau de demain » donne une idée du vaste chantier de modernisation du réseau ferroviaire. Slogan : « Nous avons de grands projets pour vous. » La publicité du gestionnaire du réseau coïncide avec la mise en place d’une nouvelle organisation ferroviaire, <em>« du jamais vu dans l’histoire du chemin de fer en Europe »</em>, selon les opérateurs. Les usagers découvrent qu’à partir du 11 décembre les horaires de train changent dans leur Région. RFF et la SNCF ont prévu de modifier près de 85 % des horaires en France (TGV, TER, transilien…), mettant en place un cadencement généralisé pour <em>« clarifier les horaires »</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nombre de collectifs d’usagers comprennent que la refonte du service public pour 2012 va se traduire par la diminution du nombre de trains et des arrêts aux petites gares. Des dessertes habituellement prévues aux heures de pointe ont été supprimées ainsi que des correspondances avec le TER. Des axes vitaux pour l’économie régionale ont été sacrifiés, et certains élus régionaux accusent la SNCF de les placer devant le fait accompli.</p>
<p style="text-align: justify;">Le système d’horaires cadencés mis en place à marche forcée a d’autres objectifs : préparer le réseau aux entreprises ferroviaires privées. Le gouvernement envisage l’expérimentation d’une ouverture à la concurrence des TER, convoités parce que rentables. La date du 11 décembre coïncide d’ailleurs avec le départ du premier train privé de voyageurs. RFF et la SNCF préparent l’opinion à des années de perturbations. À terme, les usagers risquent d’être les grands perdants de la modernisation.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SNCF.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5691 aligncenter" title="SNCF" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SNCF-300x150.jpg" alt="" width="300" height="150" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Réseau à vendre</strong><strong> </strong><strong> !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong><em>Le changement de 85 % des horaires vise à préparer le terrain aux opérateurs privés. Ce que le gouvernement se garde bien d’avouer.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas un hasard si les changements d’horaires de trains prévus pour le 11 décembre coïncident avec la mise en circulation, le même jour, des trains de Thello, filiale de Veolia et premier concurrent de la SNCF pour le transport de voyageurs (voir ci-contre).</p>
<p style="text-align: justify;">Le secteur ferroviaire connaît une véritable révolution sociale et économique résultant en grande partie de l’instauration de la concurrence pour briser ce qui reste du monopole de la SNCF, présenté comme un obstacle au développement du secteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’au début de l’année, la communication de Réseau ferré de France (RFF) présentait un argumentaire associant un « cadencement » (qui consiste à faire rouler des trains à horaires réguliers) généralisé du réseau ferroviaire à l’ouverture à la concurrence du trafic des grandes lignes. Très demandeur, RFF annonçait donc qu’il préparait le terrain aux entreprises ferroviaires privées.</p>
<p style="text-align: justify;">En tête des documents, pour justifier les changements d’horaire, RFF invoquait <em>« une mise en place progressive de la concurrence, qui demande plus de lisibilité et de transparence dans l’allocation de capacité »</em>. Ce qui n’a pas échappé à l’Association des Régions de France (ARF), pourtant favorable au cadencement. Dès la fin 2009, l’ARF a manifesté son inquiétude et relevé que l’objectif principal des horaires cadencés porte sur le développement du TGV, <em>« parfois au mépris du trafic régional et du rythme des projets portés par les collectivités régionales »</em>, dans une lettre adressée à Jean-Louis Borloo, à l’époque ministre de l’Écologie  [1]. Les élus des Régions y déploraient aussi le manque de transparence des opérateurs ferroviaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que se profile l’élection présidentielle, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a tenté d’atténuer les aveux de dérégulation du rail, dont les conséquences néfastes pour les usagers ne manqueront pas. En mars, dans une lettre de cadrage adressée au président de la SNCF, Guillaume Pépy, et au PDG de Réseau ferré de France (RFF), Hubert du Mesnil, la ministre a délivré quelques<em> « éléments de langage »</em>. Contrairement à ce qu’affirme RFF, Nathalie Kosciusko-Morizet estime que la priorité des bouleversements liés aux nouveaux horaires doit être <em>« la ­robustesse du réseau »</em>. Dans le même courrier, elle revoit aussi à la baisse le cadencement, à hauteur de 85 % le 11 décembre, au lieu des 100 % souhaités par RFF.</p>
<p style="text-align: justify;">D’où la volte-face du gouvernement et des opérateurs. Thierry Mariani, secrétaire d’État chargé des Transports, et la ministre de l’Ecologie expliquent désormais officiellement que le bouleversement des horaires résulte du lancement d’un programme d’entretien de trois ans, qui entraînera à court terme, des retards…</p>
<p style="text-align: justify;">De même, Guillaume Pépy et Hubert du Mesnil invoquent la modernisation du réseau à partir de 2012 et le lancement de la ligne Paris-Rhin-Rhône pour expliquer l’entrée en vigueur du cadencement. Une séance de rétropédalage des dirigeants de RFF et de la SNCF a eu lieu en juin pour rassurer les élus et les usagers, avec la promesse de privilégier la concertation, quelques mois avant la mise en place du nouveau plan de transport ferroviaire, considéré par la SNCF comme du <em>« jamais vu dans l’histoire du chemin de fer en Europe ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">En fait, les opérateurs ont cultivé la discrétion. La SNCF n’a publié que récemment les nouveaux horaires des trains, <em>« susceptibles d’évoluer d’ici au 11 décembre »</em>, alors que l’entreprise publique les avait transmis à RFF dès décembre 2010. Les associations d’usagers ont dû s’adresser aux autorités organisatrices de transport de leur région, ainsi qu’à l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf). Il a fallu attendre le 15 novembre pour que RFF et la SNCF nomment une médiatrice dédiée aux nouveaux horaires, une certaine Nicole Notat, PDG d’une agence de notation extra-financière qui regroupe tout le CAC 40 dans son conseil d’administration…</p>
<p style="text-align: justify;"><em> « On va sacrifier l’outil SNCF, démanteler les parties les plus rentables pour le privé, et on laissera les lignes à problème aux Régions. Ce qui est scandaleux, c’est que RFF et la SNCF communiquent largement en disant que c’est pour le bien des usagers et qu’ils vont faire 5 000 kilomètres de travaux »</em>, s’indigne Farid Benhammou, à l’origine d’un collectif citoyen de défense du train qui dessert les gares du Val-de-Loire.</p>
<p style="text-align: justify;">À la SNCF, les syndicats de cheminots dénoncent le manque de concertation. SUD-Rail s’interrogeait en septembre sur les deux réunions organisées dans le cadre de la préparation du cadencement généralisé : <em>« Que reste-t-il à concerter ? Car en région, dans les activités, tout semble déjà bouclé ! »</em> On repassera pour <em>« l’écoute attentive »</em> promise à chaque voyageur par les opérateurs ferroviaires, assurément plus vigilants aux évolutions du marché.</p>
<p><em>[</em><em>1</em><em>] Lettre que s’est procurée la Fédération active des usagers voyageurs de Bourgogne (Fauv), </em><em><a href="http://www.fauv.fr/">www.fauv.fr</a></em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> A Lire </strong>: le 11 décembre, départ du premier train privé Paris-Venise : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Le-premier-train-privé.pdf">Le premier train privé</a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source </strong>: Dossier SNCF publié dans POLITIS n° 1178 du 24 nov. 2011-12-08</p>
<p><a href="http://www.politis.fr/Des-horaires-qui-changent-tout,16138.html">http://www.politis.fr/Des-horaires-qui-changent-tout,16138.html</a></p>
<p><strong>En savoir plus </strong>:</p>
<p><a href="http://www.humanite.fr/social-eco/nouveaux-horaires-sncf-%E2%80%89-place-aux-trains-prives-484747">http://www.humanite.fr/social-eco/nouveaux-horaires-sncf- -place-aux-trains-prives-484747</a></p>
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		<title>La crise de la dette publique et ses solutions résumées en une page (serrée)</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 18:57:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean Gadrey présente ci-après une synthèse particulièrement claire des causes et des remèdes concernant cette crise ; en quelque sorte « la dette publique expliquée aux nuls ». 1. Les deux grandes causes (liées) de l’excès d’endettement public • avoir confié aux marchés financiers (= les gros spéculateurs du monde et leurs banques privées) l’essentiel du crédit aux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Jean Gadrey présente ci-après une synthèse particulièrement claire des causes et des remèdes concernant cette crise ; en quelque sorte « la dette publique expliquée aux nuls ».</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Murde-largent.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5624" title="Murde l'argent" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Murde-largent-300x231.jpg" alt="" width="300" height="231" /></a><br />
</em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Les deux grandes causes (liées) de l’excès d’endettement public</strong></p>
<p style="text-align: justify;">• avoir confié aux <strong>marchés financiers</strong> (= les gros spéculateurs du monde et leurs banques privées) l’essentiel du crédit aux États endettés à des taux d’intérêt devenus usuraires (dette insoutenable). En France, Pompidou et Giscard le décident en 1973. En Europe, Maastricht (1992) et les traités ultérieurs interdisent à la BCE de prêter directement aux États. Sans les charges d’intérêt accumulées fixées par ces marchés, ou avec des taux d’intérêt très faibles, aucun État européen n’aurait de dette insupportable !</p>
<p style="text-align: justify;">• des <strong>inégalités démesurées</strong>. L’excès de richesse des très riches alimente la spéculation sur tout. Ils peuvent rafler la mise (intérêts) des crédits aux États et gagner de l’argent quand les dettes explosent, via des produits financiers faits pour cela. Ils « jouent » un pays après l’autre, après avoir joué sur l’immobilier américain, sur les produits alimentaires mondiaux, le pétrole ou les matières premières.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ces inégalités ont été délibérément construites</strong> par les gouvernements et le patronat néolibéraux via une fiscalité de classe (cadeaux et niches pour riches), une part croissante de la valeur ajoutée allant aux profits non réinvestis (dividendes), avec un rapport de force en leur faveur « grâce » au chômage de masse. Les très riches sont doublement gagnants : moins d’impôts, plus de profits spéculatifs sur des dettes publiques creusées en partie par ce « moins d’impôt », en partie par les charges d’intérêt des emprunts.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces causes sont liées : c’est la ploutocratie mondiale qui a poussé à la libéralisation de la finance, à la privatisation du crédit aux États et à l’explosion de la grande richesse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Des causes complémentaires : paradis fiscaux, culte de la croissance, concurrence entre territoires</strong></p>
<p style="text-align: justify;">• L’existence des <strong>« enfers fiscaux »,</strong> une création des mêmes acteurs, prive les États de recettes énormes. Rien que pour l’UE, entre 1500 et 2000 milliards d’euros sont ainsi mis à l’abri de toute fiscalité.</p>
<p style="text-align: justify;">• Le <strong>culte de la croissance</strong> et la <strong>concurrence</strong> <strong>entre territoires</strong> sont à l’origine de « grands projets nuisibles » au Nord comme au Sud : dépenses de prestige et militaires, certains grands équipements et infrastructures, grands stades, ports et aéroports surdimensionnés… Une partie de la dépense publique est illégitime pendant que des volets essentiels au bien vivre, des biens communs, sont sacrifiés et exigeraient beaucoup plus de moyens.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>3. Les solutions s’en déduisent, mais elles impliquent des mobilisations contre « le mur de l’argent »</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>À court terme (dès 2012) </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1) obliger la BCE à prêter directement aux États</strong> en difficulté et annuler la partie illégitime de leurs dettes sur la base <strong>d’audits citoyens</strong>. Cela couperait les ailes aux marchés et à leurs agences. On y viendra, sauf éclatement dramatique de l’Europe. Mais en cas de refus dans l’immédiat, des solutions nationales existent, sans quitter l’UE ni l’euro. On en trouve par exemple dans le livre de J. Généreux « <em>Nous, on peut !</em> » (p. 121 et suiv.) &#8211; mais elles supposent un bras de fer donc un rapport de forces à construire &#8211; et dans les propositions d’Alain Grandjean et de la FNH [Fondation Nicolas Hulot-NDLR] (passer par un organisme public national de crédit qui pourrait légalement emprunter à la BCE).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2) Une réforme fiscale</strong> réduisant fortement les écarts de revenu et de patrimoine, par le bas et par le haut. Cela s’est fait dans le passé, en France comme aux Etats-Unis. On peut en attendre, sans invoquer la croissance, 100 milliards d’euros par an pour la solidarité nationale, pour revenir à une dette raisonnable et pour les investissements matériels et humains d’une transition écologique et sociale créatrice d’emplois.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3)</strong> Une <strong>séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt</strong>. L’idée progresse nettement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4)</strong> Une <strong>taxation des transactions financières</strong> en commençant par l’UE. On y vient, mais pas assez vite.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5)</strong> <strong>L’interdiction des produits financiers à risques systémiques</strong> ou revenant à faire des paris sur les cours de biens essentiels ou sur les pertes d’autrui. On y vient, trop lentement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>À moyen terme (2012-2014) </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1) Socialiser les banques</strong> ou les nationaliser/démocratiser pour les mettre en dehors de tout pouvoir d’actionnaires privés. La monnaie et le crédit comme biens publics. Renationaliser le financement de la dette au sens de J. Généreux (p. 99).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2) </strong>Des mesures (à débattre) de <strong>contrôle des mouvements de capitaux entre l’UE et le reste du monde</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3) en finir avec les paradis fiscaux</strong> en s’appuyant au départ sur la reprise en main des banques nationales et européennes.</p>
<p style="text-align: justify;">4) Une <strong>politique de partage du travail</strong> (décent) et de <strong>création d’emplois d’utilité écologique</strong> <strong>et sociale</strong> mettant fin aux impacts sociaux délétères du chômage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez télécharger le fichier pdf de la page dont le contenu figure ci-dessus. <a href="http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/files/crise-de-la-dette-en-une-pagevf2.pdf">crise-de-la-dette-en-une-pagevf2.pdf</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En complément de cette page vous pouvez consulter une autre page qui figure sur mon blog, billet du 29 octobre 2008. Il s’agit d’un tableau de synthèse des grandes transformations politiques et économiques de 1950 à 2008 et des facteurs explicatifs d’une crise systémique qui, en 2008, n’avait pas encore touché les dettes publiques. Ce lien vous permet de la télécharger. <a href="http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/files/tableau-crise-50-08.pdf">tableau-crise-50-08.pdf</a></p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/files/tableau-crise-50-08.pdf"></a>Jean Gadrey</p>
<p style="text-align: right;">Publié le 12 novembre 2011</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/11/12/la-crise-de-la-dette-publique-et-ses-solutions-resumees-en-une-page-serree/">http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/11/12/la-crise-de-la-dette-publique-et-ses-solutions-resumees-en-une-page-serree/</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Il est urgent que les peuples d’Afrique passent à l’action !</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/17/il-est-urgent-que-les-peuples-d%e2%80%99afrique-passent-a-l%e2%80%99action/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2011/11/17/il-est-urgent-que-les-peuples-d%e2%80%99afrique-passent-a-l%e2%80%99action/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 18:25:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Déclaration finale du Forum des Peuples en contrepoint du G20 de Cannes par Le Forum des Peuples Nous, mouvements sociaux venus des différents milieux ruraux, périurbains et urbains des 8 régions du Mali, d’Afrique de l’Ouest, du Centre, du Sud, Nord et Australe nous sommes réunis à Niono, dans la zone Office du Niger pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Déclaration finale du Forum des Peuples en contrepoint </em></strong></p>
<p><strong><em>du G20 de Cannes</em></strong></p>
<p>par <strong>Le Forum des Peuples</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ForumPeuples.jpeg"><img class="size-full wp-image-5548 aligncenter" title="ForumPeuples" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ForumPeuples.jpeg" alt="" width="119" height="120" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Nous, mouvements sociaux venus des différents milieux ruraux, périurbains et urbains des 8 régions du Mali, d’Afrique de l’Ouest, du Centre, du Sud, Nord et Australe nous sommes réunis à Niono, dans la zone Office du Niger pour la dixième édition du Forum des Peuples du 31 octobre au 3 novembre 2011 .</p>
<p style="text-align: justify;">Au terme des délibérations orientées autour de la souveraineté politique et économique des peuples, la présente déclaration &#8211; intégrant les exigences et propositions d’alternatives de la déclaration de la journée de manifestation du 27 juin 2010, de l’appel de Kolongo et de l’appel du forum des démunies &#8211; a été adoptée lors de l’assemblée finale du Forum des peuples de Niono le 3 novembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons que l’accaparement des terres agricoles en Afrique est un facteur d’appauvrissement et de famine, principalement pour les paysan-ne-s, vivant d’une agriculture de subsistance sur des petits lopins de terre. </strong>En Afrique, alors que les surfaces accaparées augmentent rapidement, en milieu rural : 60 millions d’hectares arables ont déjà fait l’objet d’accaparement par les investisseurs étrangers ou nationaux sur base de contrats occultes, conclus sans consultation et information préalable des populations concernées. Les investisseurs privés avec l’appui des pouvoirs publics africains volent les terres pour y exploiter frénétiquement les ressources (eau, pétrole, minerais…) et y développer des cultures à destination des industries de l’agroalimentaire et de l’agrocarburant. Ces politiques portent atteintes aux droits humains fondamentaux et en particulier au droit à l’alimentation, quand plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim, dont plus de 260 millions en Afrique. Sur les 82 pays classés par l’ONU comme « Pays à Faible Revenu et à Déficit Vivrier » (PFRDV), 42 d’entre eux se situent en Afrique Subsaharienne. L’exode rural qui en découle vient grossir la population des bidonvilles et aggrave la crise alimentaire pour l’ensemble des populations.</p>
<p style="text-align: justify;">En milieu périurbain et urbain : sous le masque de l’urbanisation, des milliers de personnes installées par acquis coutumiers sont injustement expropriées, déguerpies et souvent même emprisonnées par les pouvoirs publics, sans que la procédure légale et les titres (coutumiers, provisoires et définitifs) ne soient respectés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons que le droit à l’autodétermination des peuples est largement bafoué à travers le monde.</strong> Sous le manteau humanitaire et sous l’égide de l’OTAN, les gouvernements occidentaux continuent les guerres de conquêtes pour garder la mainmise sur les richesses des pays africains, se rendant responsable de la mort de milliers de civils et coupable de la violation du droit à l’autodétermination des peuples. Les luttes héroïques des peuples d’Afrique, notamment dans le Maghreb, montrent la détermination de ceux-ci à mettre fin aux dictatures et à l’ingérence néocoloniale pour avancer vers des démocraties réellement au service des citoyen-ne-s. En Occident, les peuples se lèvent également pour imposer le respect de leurs droits sociaux. Le récent mouvement des Indigné-e-s montre que les résistances aux oppressions du système capitaliste n’ont pas de frontière. Les peuples opprimés ne font qu’un.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons que la dette est un problème qui touche l’ensemble des peuples du monde et que celle-ci constitue un mécanisme de pillage et d’appropriation des richesses au service d’une élite capitaliste. </strong>Sous le prétexte du remboursement de la dette, largement odieuse et illégitime, les banques privées et les Institutions financières régionales et internationales par l’intermédiaire des gouvernements complices imposent des politiques néolibérales qui violent les droits des peuples et de la Nature, pourtant supérieurs aux intérêts de quelques créanciers. Les peuples du Sud qui connaissent depuis des décennies une crise de la dette, sont aujourd’hui solidaire des peuples occidentaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons que les partenariats public – privé imposés par l’OMC, la Banque mondiale et le FMI, avec la complicité des gouvernements, ne sont rien d’autre que l’instrument de la mise à disposition des fonds publics pour financer les privatisations des biens communs (terre, eau, forêt, air…) et des services sociaux (éducation, santé, culture, transport, information …). </strong>Ainsi, professé comme stratégie de politique de « dialogue, de collaboration entre le public et le privé », les partenariats public-privé imposent aux États d’assumer les dettes des banques et entreprises privés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons que les femmes subissent des oppressions spécifiques, imposées par le système capitaliste qui est dans son essence un système patriarcal. </strong>Les femmes, qui représentent plus de la moitié de l’humanité, sont considérées comme une armée de réserve au service du capital. La liberté des peuples dépendra de la libération des femmes et de leur accession à l’égalité de droit et de fait.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons la négation du droit à la libre circulation des personnes.</strong> Alors que les marchandises et les capitaux circulent librement, les femmes et les hommes sont privé-e-s de ce droit fondamental. Les frontières, les politiques migratoires, en particulier le Frontex, sont des outils qui œuvrent à la division et à la répression des peuples. Les immigré-e-s sont désormais des sans droits, survivant dans la précarité la plus extrême, la peur, la violence et le rejet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons la prolifération de l’armement. A l’heure où le système capitaliste est de plus en plus contesté de par le monde, il ne peut se maintenir qu’à travers les guerres, la violence et la répression.</strong> Les peuples en quête de liberté sont des cibles toutes désignées. De plus, le développement du nucléaire civil comme militaire met en péril l’ensemble du vivant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons des déficits constitutionnels conduisant à des dictatures politiques ou économique de droit. </strong>La plupart des constitutions, leurs interprétations ou encore leur modifications sans participation populaire, ne représentent pas les intérêts des peuples et sont des outils permettant aux pouvoirs despotiques de se maintenir ou d’imposer des décisions violant les droits des peuples.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous constatons l’absence de volonté et l’incapacité des dirigeants du G20 à trouver des solutions aux crises du capitalisme (crise financière, économique, sociale, migratoire et écologique). </strong>Le G20, groupe illégitime au service de l’élite capitaliste, composé des 20 pays les plus riches, ne peut prétendre répondre aux maux dont souffrent les peuples du monde. faisant partie Il fait en effet partie du problème et non de la solution.</p>
<p style="text-align: justify;">Afin de promouvoir des alternatives cohérentes au service des droits humains fondamentaux et des droits de la Nature, nous exigeons :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1</strong>. L’expropriation, sans indemnisation, des grands propriétaires fonciers (nationaux comme étrangers) en vue d’une réforme agraire permettant aux paysan-ne-s de disposer de leurs ressources. L’agriculture paysanne est la seule capable de nourrir l’ensemble de l’humanité tout en préservant la biodiversité ;</p>
<p style="text-align: left;"><strong>2</strong>. Le soutien par des politiques régionales, nationales et internationales des productions vivrières et de la souveraineté alimentaire, avec notamment la protection des produits locaux vis à vis des produits importés, la valorisation des semences paysannes et des pratiques agro-écologiques, la garantie aux paysan-ne-s de prix stables et rémunérateurs, la revalorisation du métier et des savoirs des paysan-ne-s ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3</strong>. L’arrêt du pillage des ressources naturelles et du saccage de l’environnement. Les peuples doivent exiger des réparations au titre de la dette écologique ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4</strong>. La prise en compte du changement climatique et de ses effets sur les peuples africains par un engagement contraignant des États du Nord, responsables du changement climatique, lors des prochaines négociations de Durban et Rio +20 ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5</strong>. L’abolition de l’OMC et de tous les accords de libre-échange (ACP, &#8230;) et le renforcement d’initiatives d’intégration régionales visant la solidarité entre les peuples et excluant tous projets cherchant à marchandiser les biens communs et l’accès aux droits fondamentaux ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6.</strong> L’abolition des paradis fiscaux, la levé du secret bancaire, la développement d’une fiscalité juste, la fin des privatisations du secteurs bancaires imposés aux gouvernements africains par les institutions financières internationales ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7</strong>. L’abolition des Institutions financières internationales (FMI et Banque Mondiale) et leur remplacement par des institutions démocratiques au service des peuples ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>8</strong>. La création d’un front mondial contre la dette, avec notamment la mise en place d’audits (sous contrôle citoyen) de l’endettement public interne et externe en vue de répudier les dettes odieuses et illégitimes ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>9.</strong> La fin de l’impérialisme et du néocolonialisme qu’ils soient imposés par des voies diplomatiques, économiques ou militaires et le respect de l’autodétermination des peuples ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>10.</strong> La mise en place de processus populaires chargés de réviser les constitutions en vue de l’introduction dans celles-ci de mesures et de règles garantissant la démocratie réelle tant d’un point de vue politique qu’économique ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>11.</strong> L’arrêt de la fabrication d’armes et la sortie du nucléaire à des fins civiles comme militaires et la reconversion de ces industries vers des secteurs socialement utiles ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>12.</strong> La solidarité dans la lutte des femmes pour leur libération et l’accession à une égalité de droit et de fait dans l’ensemble des sphères publiques, comme privées, de la société ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>13.</strong> L’arrêt de la criminalisation et de la persécution des migrant-e-s et la libre circulation des personnes ;</p>
<p style="text-align: justify;">Nous demandons à l’ensemble des citoyen-ne-s, de la société civile et des mouvements sociaux, de se mobiliser et de construire des convergences de luttes pour faire émerger au niveau local, national, international un autre monde, basé sur la partage des richesses, la solidarité et le respect des droits humains fondamentaux et de la Nature.</p>
<p style="text-align: right;">Fait à Niono, le 3 novembre 2011</p>
<p style="text-align: right;">Le Forum des peuples</p>
<p><strong>Source</strong> : CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde)</p>
<p><a href="http://www.cadtm.org/Il-est-urgent-que-les-peuples-d">http://www.cadtm.org/Il-est-urgent-que-les-peuples-d</a></p>
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		<title>Banques françaises : une notation citoyenne révèle les dessous de leurs activités</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Nov 2011 22:10:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
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		<description><![CDATA[par Les Amis de la Terre et ATTAC A la veille de l&#8217;ouverture du G20 à Cannes, et alors que la tourmente financière conduit les gouvernements à négocier de nouveau avec les banques sur les dettes souveraines et sur leurs besoins de recapitalisation, Attac et les Amis de la Terre publient aujourd&#8217;hui leur rapport : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par <a href="http://www.france.attac.org/Auteurs/les-amis-de-la-terre">Les Amis de la Terre</a> et <a href="http://www.france.attac.org/Auteurs/attac">ATTAC</a></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>A la veille de l&#8217;ouverture du G20 à Cannes, et alors que la tourmente financière conduit les gouvernements à négocier de nouveau avec les banques sur les dettes souveraines et sur leurs besoins de recapitalisation, Attac et les Amis de la Terre publient aujourd&#8217;hui leur rapport : Les banques sous pression citoyenne : l&#8217;heure de rendre des comptes [1]</em></strong> <strong><em>Cette</em></strong><strong><em> étude fait suite à l&#8217;évaluation citoyenne lancée en avril par ces deux associations dans le cadre de leur campagne commune </em></strong><strong>« A nous les banques<em> ! » [2], et évalue le comportement des dix principaux groupes bancaires opérant en France dans cinq domaines d&#8217;impact de leur activité : la stabilité financière, leurs usagers-clients, leurs salariés, l&#8217;environnement et les populations locales, et la démocratie.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/banques.jpg"><img class="size-full wp-image-5435 aligncenter" title="banques" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/banques.jpg" alt="" width="250" height="278" /></a></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">Attac et les Amis de la Terre lancent la publication de ce rapport aujourd&#8217;hui, dans le cadre du Forum des Peuples à Nice, organisé en marge du sommet du G20 de Cannes, et rassemblant des représentants de la société civile venus de divers lieux dans le monde pour montrer leur opposition aux politiques du G20 et défendre les alternatives portées par les mouvements citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux ans après avoir été sauvées par les pouvoirs publics, les banques françaises sont à nouveau en très grande difficulté, et Dexia vient même de faire faillite. Leurs dirigeants affirment que leurs difficultés actuelles proviennent non pas de spéculations hasardeuses mais de leurs placements civiques dans les obligations d’État, qui jusqu’à peu étaient unanimement considérés comme le type même de l’actif financier sans risque.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, les banquiers, « responsables mais pas coupables » ? Voire. Il est temps que les citoyens mettent leur nez dans leurs affaires. L’exercice de notation citoyenne auquel Attac et les Amis de la Terre se livrent aujourd’hui montre que les discours officiels des banquiers et des ministres des Finances européens ne sont pas conformes à la réalité. «<em>Alors que l&#8217;on envisage à nouveau de sortir les banques du gouffre, notre travail met en lumière le fait que les banques ne remplissent pas leur mission en faveur de l&#8217;intérêt général</em>» souligne Thomas Coutrot, co-président d&#8217;Attac. Ainsi, le rapport révèle qu’elles prennent des risques inconsidérés en recherchant des profits excessifs. Elles malmènent leurs clients, surtout les plus pauvres, et leurs salariés, surtout ceux qui sont en contact avec la clientèle.  Elles négligent les conséquences écologiques et sociales de leurs décisions.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles ne prennent pas en compte le point de vue des acteurs sociaux mais uniquement celui de leurs actionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre commente : «<em>Les banques veulent nous faire croire qu&#8217;elles ont pris le tournant de l&#8217;écologie et du social en faisant la publicité de leurs politiques de RSE. Mais la réalité sur le terrain est bien différente, les grandes banques financent toujours davantage de projets destructeurs, violant les droits des communautés locales et portant atteinte irréversiblement à l’environnement et au climat</em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Les Amis de la Terre et Attac ont ainsi établi un classement des banques selon leurs pratiques : nombre d&#8217;entre elles sont dans le rouge dans les cinq aspects étudiés, tandis que seule La Nef fait un sans faute dans trois domaines (spéculation et prises de risques, politiques commerciales, impact social et environnemental). Dans le classement général, elle est suivie du Crédit Coopératif, puis de la Banque Postale et Dexia, tandis que les plus grandes banques (Crédit Agricole, Société Générale, HSBC, BNP Paribas) se classent loin derrière. Les groupes mutualistes BPCE et Crédit Mutuel-CIC obtiennent un zéro pointé car ils n’ont même pas daigné répondre au questionnaire, malgré les relances de plusieurs clients et syndicats ces derniers mois.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis 2008, le G20 et les gouvernements ont laissé les banques continuer à répondre aux seuls intérêts de court terme de leurs dirigeants et actionnaires, certains d&#8217;être sauvés si les choses tournaient encore mal. L&#8217;éventuelle nationalisation des banques, vue comme incontournable par certains, n&#8217;aura de sens que si elle implique une démocratisation durable et profonde des instances de direction des banques, où doivent être représentées l&#8217;ensemble des parties prenantes intéressées par les conséquences des pratiques des banques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les Amis de la Terre et Attac invitent donc plus que jamais les citoyens et la société civile à se réapproprier ensemble le système bancaire : « A nous les banques ! ».</em></strong></p>
<p style="text-align: right;">Publié le 2 novembre 2011</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/G20.jpeg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5437" title="G20" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/G20-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a></p>
<p><strong>Notes</strong> :</p>
<p>[1] Le rapport intégral et sa synthèse se trouvent en pièce jointe*. Cette étude fait suite à un premier rapport d&#8217;étape publié en juin 2011, Les banques sont-elles transparentes ?, disponible en ligne sur le site des Amis de la Terre et d’ATTAC : <a href="http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/rapport_banques_transparentes.pdf">http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/rapport_banques_transparentes.pdf</a> <a href="http://www.france.attac.org/sites/default/files/rapport_banques_transparentes_0.pdf">http://www.france.attac.org/sites/default/files/rapport_banques_transparentes_0.pdf</a></p>
<p>[2] Pour plus d&#8217;information : <a href="http://www.amisdelaterre.org/Campagne-A-nous-les-banques.html">http://www.amisdelaterre.org/Campagne-A-nous-les-banques.html</a> et <a href="http://www.france.attac.org/a-nous-les-banques">http://www.france.attac.org/a-nous-les-banques</a></p>
<p>* Rapport « <em>Les banques sous pression citoyenne : l’heure de rendre des comptes </em>» (12 pages) :</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/2011.10-RapportBanques.pdf">2011.10-RapportBanques</a></p>
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		<title>737 maîtres du monde contrôlent 80 % de la valeur des entreprises mondiales</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 18:33:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Ivan du Roy Une étude d’économistes et de statisticiens, publiée en Suisse cet été, met en lumière les interconnexions entre les multinationales mondiales. Et révèle qu’un petit groupe d’acteurs économiques – sociétés financières ou groupes industriels – domine la grande majorité du capital de dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde. Leur étude, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Ivan du Roy</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Une étude d’économistes et de statisticiens, publiée en Suisse cet été, met en lumière les interconnexions entre les multinationales mondiales. Et révèle qu’un petit groupe d’acteurs économiques – sociétés financières ou groupes industriels – domine la grande majorité du capital de dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Banques.jpeg"><img class="size-full wp-image-5342 aligncenter" title="Banques" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Banques.jpeg" alt="" width="275" height="183" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Leur étude, à la frontière de l’économie, de la finance, des mathématiques et de la statistique, fait froid dans le dos. Trois jeunes chercheurs de l’Institut fédéral de technologie de Zurich [<span style="text-decoration: underline;">1</span>] ont scruté les interactions financières entre multinationales du monde entier. Leur travail – « The network of global corporate control » (le réseau de domination globale des multinationales) – porte sur un panel de 43.000 groupes (« transnational corporations ») sélectionnés dans la liste de l’OCDE. Ils ont mis en lumière les interconnexions financières complexes entre ces « entités » économiques : part du capital détenu, y compris dans les filiales ou les holdings, prise de participation croisée, participation indirecte au capital…</p>
<p style="text-align: justify;">Résultat : 80 % de la valeur de l’ensemble des 43.000 multinationales étudiées est contrôlé par 737 « entités » : des banques, des compagnies d’assurances ou des grands groupes industriels. Le monopole de la possession du capital ne s’arrête pas là. <em>« Par un réseau complexe de prises de participation »</em>, 147 multinationales, tout en se contrôlant elles-mêmes entre elles, possèdent 40 % de la valeur économique et financière de toutes les multinationales du monde entier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une super entité de 50 grands détenteurs de capitaux</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, au sein de ce groupe de 147 multinationales, 50 grands détenteurs de capital forment ce que les auteurs appellent une « super entité ». On y retrouve principalement des banques : la britannique Barclays en tête, ainsi que les « stars » de Wall Street (JP Morgan, Merrill Lynch, Goldman Sachs, Morgan Stanley…). Mais aussi des assureurs et des groupes bancaires français : Axa, Natixis, Société générale, le groupe Banque populaire-Caisse d’épargne ou BNP-Paribas. Les principaux clients des <em>hedge fund</em> et autres portefeuilles de placements gérés par ces institutions sont donc, mécaniquement, les maîtres du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette concentration pose de sérieuses questions. Pour les auteurs, <em>« un réseau financier densément connecté devient très sensible au risque systémique »</em>. Quelques-uns flanchent parmi cette « super entité », et c’est le monde qui tremble, comme la crise des <em>subprimes</em> l’a prouvé. D’autre part, les auteurs soulèvent le problème des graves conséquences sociales que pose une telle concentration. Qu’une poignée de fonds d’investissement et de détenteurs de capital, situés au cœur de ces interconnexions, décident, via les assemblées générales d’actionnaires ou leur présence au sein des conseils d’administration, d’imposer des restructurations dans les entreprises qu’ils contrôlent… et les effets pourraient être dévastateurs. Enfin, quelle influence pourraient-ils exercer sur les États et les politiques publiques s’ils adoptent une stratégie commune ? La réponse se trouve probablement dans la brûlante actualité des plans d’austérité.</p>
<p style="text-align: right;">Ivan du Roy</p>
<p style="text-align: right;">9 Septembre 2011</p>
<p>[<span style="text-decoration: underline;">1</span>] L’Italien Stefano Battiston, qui est passé par le laboratoire de physique statistique de l’École normale supérieure, le Suisse James B. Glattfelder, spécialiste en réseaux complexes, et l’économiste italienne Stefania Vitali.</p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.bastamag.net/article1719.html">http://www.bastamag.net/article1719.html</a></p>
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		<title>Petit dialogue contradictoire sur la crise de la dette</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 21:02:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Les gouvernements européens se sont accordés, à plusieurs occasions cette année, sur les solutions pour sortir de la crise de la dette : au menu, mise en place de politiques d’austérité en Europe, et surveillance accrue des dépenses publiques via la nouvelle « gouvernance économique » et le Pacte pour l’euro. Ces prétendues solutions sont présentées comme la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les gouvernements européens se sont accordés, à plusieurs occasions cette année, sur les solutions pour sortir de la crise de la dette : au menu, mise en place de politiques d’austérité en Europe, et surveillance accrue des dépenses publiques via la nouvelle « gouvernance économique » et le Pacte pour l’euro.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> Ces prétendues solutions sont présentées comme la seule voie possible. Il n’en est rien. Pour mieux s’en convaincre et comprendre les discours en présence, l’argumentaire/contre-argumentaire suivant met en scène un dialogue entre les versions « officielle » et « alternative » de la crise de la dette.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Cures d’austérité, gouvernance économique, crise de l’euro, impératif de rassurer les marchés&#8230; Les consultants spéciaux des DDB répondent aux propos des omniprésents experts médiatiques. Libre au lecteur de s’en faire sa propre idée !</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/DialogueContradictoireDette.jpeg"><img class="size-full wp-image-5309 aligncenter" title="DialogueContradictoireDette" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/DialogueContradictoireDette.jpeg" alt="" width="250" height="240" /></a></p>
<p><strong>Olivier Minc</strong> [1] :</p>
<p style="text-align: justify;">Cela va de soi, ce sont les dépenses publiques, trop importantes et inefficaces, qui sont responsables de la crise de la dette. Pour assainir les comptes publics, il faut diminuer drastiquement les dépenses publiques, et accélérer la privatisation des services publics.</p>
<p style="text-align: justify;">La crise de la dette représente une excellente occasion de « moderniser » l’Etat, qui doit se recentrer sur ses fonctions « régaliennes » de l’Etat et déléguer davantage de prérogatives et de services public au privé. Il faut par ailleurs flexibiliser le marché du travail afin de favoriser la relance de l’économie sur des bases « compétitive », c’est-à-dire par l’activité et les investissements privés.</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté des recettes publiques, il ne faut surtout pas tomber dans le piège d’une augmentation les prélèvements sur les entreprises et les hauts revenus. Cela nuirait à la « compétitivité » des économies européennes, à l’investissement et donc à l’emploi. Les hausses éventuelles d’impôts doivent concerner les impôts indirects, comme la TVA, qui permettent de répartir l’effort fiscal sur l’ensemble de la société et pas sur ses éléments les plus dynamiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Léon Blum</strong> [2] :</p>
<p style="text-align: justify;">Les mesures d’austérité sont non seulement injustes socialement &#8211; en faisant principalement reposer le coût de la crise sur les classes populaires et moyennes &#8211; mais elles sont inefficaces économiquement. Elles pèsent en effet sur les possibilités de relance en sabrant dans les investissements publics, l’emploi public, les dépenses sociales et menacent les rentrées fiscales. La crise de la dette est instrumentalisée pour mettre en place à marche forcée la socialisation des pertes de la crise, et une privatisation encore plus exacerbée des profits.</p>
<p style="text-align: justify;">Déjà en 1933, le SFIO pointait l’inanité des politiques déflationnistes (donc de « rigueur ») de Pierre Laval &#8211; qui seront remises en cause par le Front Populaire : « <em>cette crise est due à une rupture d’équilibre entre la production, et la capacité générale d’achat. La déflation agrave la crise, elle ralentit la production, et elle diminue le rendement des impôts.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Au contraire, il ne faut pas tailler dans les dépenses, mais augmenter les recettes. Il faut rompre avec le chantage à la compétitivité, qui justifie les baisses systématiques d’impôts sur les grandes entreprises, et les hauts revenus : les cadeaux fiscaux n’ont pas contribué à améliorer l’emploi, sinon à une surenchère de baisses d’impôts au sein de l’Union européenne, avec le chantage à la délocalisation. Il faut rétablir une imposition directe forte, pour lutter contre les inégalités croissantes, et renflouer le budget de l’Etat qui a été plombé par les trous dans la fiscalité.</p>
<p style="text-align: center;"><em>* * *</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Gouvernance économique européenne</em></strong><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alain Ferrand</strong> [3] :</p>
<p style="text-align: justify;">A l’échelle européenne, afin de « sauver l’euro », il faut que les pays de la périphérie s’ajustent de manière drastique, en réduisant leurs dépenses et en « restaurant » leur compétitivité. Il faut renforcer la gouvernance économique pour s’assurer qu’ils mettent en place les mesures « douloureuses » d’ajustement, en mettant en place des dispositifs de sanction et de contrôle des budgets publics.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les dispositifs de mise en œuvre des politiques d’austérité sont assez contraignants à l’échelle européenne, ils pourront être assortis de mécanismes de mise en commun des dettes de la zone euro, où l’ensemble des pays de la zone euro se portent garants des dettes de chaque pays (Le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) représente à ce titre un embryon de ce qui pourrait être généralisée, via l’émission d’obligations communes pour la zone euro, les Eurobonds).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pierre Mendès France</strong> [4] :</p>
<p style="text-align: justify;">A l’échelle européenne, la crise de la dette a particulièrement mis en évidence les lacunes structurelles de la zone euro. En rassemblant sous une même monnaie des économies hétérogènes sans permettre des politiques budgétaires pour en assurer la convergence, ni une harmonisation des règles fiscales et sociales, la zone euro a contribué à la divergence des économies européennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Un renforcement de la « discipline » des Etats vis-à-vis de la rigueur budgétaire ne permet pas de résoudre ces problèmes structurels. Pire, elle suppose la mise en place d’une autorité supranationale non-démocratique qui imposerait un renforcement généralisé dans toute l’Europe des politiques économiques qui ont mené à la crise. Une véritable sortie de crise suppose un changement radical du fonctionnement de l’UE.</p>
<p style="text-align: justify;">L’abdication de la démocratie peut prendre la forme d’une dictature des « experts »&#8230; Permettez-moi la fatuité de me citer :« <em>Au nom d’une économie saine, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une ‘politique’, au sens le plus large du mot, nationale et internationale</em> »</p>
<p style="text-align: center;"><em>* * *</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> <strong>Rassurer les marchés ?</strong></em><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Olivier Minc</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a pas le choix par rapport à la question de l’austérité. Il faut à tout prix éviter un défaut de paiement des pays surendettés : cela fragiliserait les banques européennes qui détiennent les obligations des Etats en défaut. La spéculation sur les assurances contre le défaut des pays surendettés (CDS) est par ailleurs telle que personne ne pourrait évaluer la conséquence d’un défaut. Il y a néanmoins des chances pour qu’il plonge les économies européennes dans une nouvelle crise bancaire d’une plus grande ampleur que celle de 2008.</p>
<p style="text-align: justify;">A cet égard, il faut “rassurer les marchés” : à l’échelle nationale que tous les pays de la zone euro, mêmes “sains”, mettent en place des mesures pour mettre en œuvre de manière concrète le contrôle des budgets publics (comme par exemple la « règle d’or »). Les gouvernements pourront ainsi témoigner de leur “responsabilité” vis-à-vis de leurs créanciers des marchés financiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Rafael Correa</strong> [5] :</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut rompre avec le chantage permanent des banques et des marchés financiers. Il devient impossible d’écarter la question de la restructuration des dettes des pays surendettés. Il faut organiser un audit démocratique des dettes des économies européennes, et envisager une annulation partielle des dettes, en faisant payer les spéculateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Face au « chantage à la dette » des marchés financiers, il faut redonner à la puissance publique les moyens de se financer hors marchés et indépendamment de leurs bons vouloirs, en permettant aux banques centrales de financer les dépenses publiques. Il faut en parallèle mettre en œuvre une régulation drastique des marchés financiers, et interdire les produits dérivés de type CDS, qui permettent aux gros investisseurs de spéculer sur les prix des matières premières, et sur les taux d’emprunts des Etats.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut pas craindre une potentielle faillite généralisée du secteur bancaire. Si c’était le cas, les Etats doivent engager une socialisation démocratique des banques en faillite, contrairement à 2008 où les banques ont été refinancées sans contreparties, ce qui leur a permis de continuer leurs gabegies financières. Les banques à nouveau sous contrôle public constitueraient ainsi un pôle public bancaire.</p>
<p style="text-align: center;"><em>* * *</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><em><strong>It’s the politics, stupid</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em></em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alain Ferrand</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ce serait une ineptie que de confier à la puissance publique le soin d’investir et de créer de la monnaie. Les gouvernements sont irresponsables lorsqu’ils investissent ou détiennent le pouvoir de création monétaire : ils dépensent, ils créent abusivement de la monnaie, ils créent de l’inflation et déstabilisent l’économie sur les considérations électoralistes, voire populiste, des gouvernements. Il est donc nécessaire que le crédit et l’investissement soient les prérogatives du privé, et non du public.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le marché qui est le mieux à même de poser le curseur des besoins de l’économie en termes de création monétaire, et de déterminer les investissements les plus rationnels. Les marchés financiers ne sont rien d’autre qu’un outil pour une allocation efficace des moyens financiers. Ils permettent par ailleurs, via les produits dérivés, de fixer les prix selon la demande des marchés (par exemple le “prix” de la dette grecque, ou le prix des denrées alimentaires). Toute régulation publique des marchés financiers entraverait l’efficacité des marchés financiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.-M. Keynes Jr.</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La crise des subprimes de 2007, et l’effondrement financier qui s’en est suivi, ont apporté un sévère démenti au principe de rationalité des marchés. Elle a mis en lumière le fonctionnement réel d’un système financier opaque et dévoyé, dont l’obsession pour le profit à court terme a fini par provoquer la perte.</p>
<p style="text-align: justify;">Les marchés financiers ne doivent en aucun cas continuer à fixer les curseurs de l’investissement et de la création monétaire. Les gouvernements sont actuellement obligés d’emprunter sur les marchés financiers, et de payer le prix fort des stratégies spéculatives irresponsables des grands acteurs de la finance, à l’image de Goldman Sachs dont les profits ont explosé pendant la crise.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour se libérer des contraintes absurdes des marchés financiers, il faut permettre un financement public de l’économie, à travers la création monétaire via les banques centrales, et la constitution d’un pôle public bancaire. Un tel pôle permettrait la mise en place des mesures de relance indépendamment des mesures de rétorsions des marchés.</p>
<p style="text-align: justify;">Prenant le contre-pied des mesures d’austérité, il rendrait possible le financement de politiques d’emploi public, et d’investissements publics stratégiques que le court-termisme et l’appât du gain pathologiques des marchés excluent d’emblée. Et permettre, entre autres, une transition énergétique.</p>
<p style="text-align: justify;">La constitution de ce pôle doit aller de pair avec une régulation drastique des marchés. Ce sont les marchés qui doivent payer le coût de la crise financière. Il faut interdire les produits dérivés qui permettent notamment à certains acteurs des marchés d’influer arbitrairement sur les prix, notamment des matières premières, en créant et perpétuant des phénomènes spéculatifs.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, il faut reprendre aux marchés financiers les clés de la conduite de l’économie, et les rendre aux pouvoirs publics, sous le contrôle et la pression populaires. Comme le suggère Frédéric Lordon [6], il s’agit de renvoyer à Bill Clinton une version mise au goût du jour de sa fameuse sentence : « <em>it’s the politics, stupid</em> ».</p>
<p style="text-align: right;"><em>Propos recueillis spatio-temporellement par Julie Morange</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>19-09-2011</em></p>
<p><strong>Notes </strong>:</p>
<p style="text-align: justify;">[1] Olivier Minc est économiste, maître de conférence, conseiller politique, et accessoirement collectionneur de jetons de présence aux conseils d’administration de grandes multinationales</p>
<p style="text-align: justify;">[2] Léon Blum est secrétaire général de la SFIO. Opposé aux politiques déflationnistes (donc de « rigueur ») de Pierre Laval, il écrivait en 1933 : « cette crise est due à une rupture d’équilibre entre la production, et la capacité générale d’achat. La déflation agrave la crise, elle ralentit la production, et elle diminue le rendement des impôts. »</p>
<p style="text-align: justify;">[3] Alain Ferrand est fondateur et président d’un <a href="http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article151">club de réflexion progressiste</a> social-démocrate, financé accessoirement par de nombreuses multinationales « connues pour leurs engagements à gauche »</p>
<p style="text-align: justify;">[4] Pierre Mendès France est un homme politique radical-socialiste, président du Conseil de 1954 à 1955, il déclara à l’assemblée nationale en 1959 : « <em>L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes. Soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique. Au nom d’une économie saine, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une ‘politique’, au sens le plus large du mot, nationale et internationale</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">[5] Président de l’Equateur, Correa a lancé en 2008 une initiative d’audit de la dette équatorienne, afin de déterminer l’origine de la dette externe du pays, et envisager une restructuration partielle</p>
<p style="text-align: justify;">[6] <a href="http://blog.mondediplo.net/2011-06-13-Qui-a-peur-de-la-demondialisation?debut_forums=200">http://blog.mondediplo.net/2011-06-&#8230;</a></p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article158">http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article158</a></p>
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		<title>Refuser le Pacte d’austérité</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/06/refuser-le-pacte-d%e2%80%99austerite/</link>
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		<pubDate>Thu, 06 Oct 2011 20:36:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Pascal Canfin* Le Parlement européen adoptait définitivement cette semaine  [1] la réforme du Pacte de stabilité et de croissance. Renforcement des modalités de sanctions des États, instauration de pénalités financières pour les États qui dépassent les déficits autorisés, création d’une obligation de réduction de la dette publique lorsqu’elle dépasse 60 %, etc. Le Pacte de stabilité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par <a href="http://www.politis.fr/_Pascal-Canfin,571_.html">Pascal Canfin</a>*</p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ManifsEspagne.jpeg"><img class="size-full wp-image-5297 aligncenter" title="ManifsEspagne" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ManifsEspagne.jpeg" alt="" width="268" height="188" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le Parlement européen adoptait définitivement cette semaine  [1] la réforme du Pacte de stabilité et de croissance. Renforcement des modalités de sanctions des États, instauration de pénalités financières pour les États qui dépassent les déficits autorisés, création d’une obligation de réduction de la dette publique lorsqu’elle dépasse 60 %, etc.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le Pacte de stabilité est d’abord, dans le contexte actuel, un pacte d’austérité. Or, la dette publique n’est pas la responsable de la crise. Elle en est la conséquence. La dette moyenne dans la zone euro s’élève à 80 % alors qu’elle était de 62,3 % en 2008. Cette « dette de crise » est la conséquence de la crise financière : en premier lieu, via l’argent engagé pour le sauvetage des banques et, plus indirectement, via les dépenses réalisées pour empêcher une crise économique majeure, notamment au travers des plans de relance. Il serait donc parfaitement légitime d’isoler cette dette et d’assurer son remboursement par un prélèvement sur les profits du système financier ainsi que par un financement de la Banque centrale européenne. Les droites européennes, qui disposent de la majorité au sein des États comme au Parlement européen, en ont décidé autrement : il s’agit de faire payer le pompier et non le pyromane. Une responsabilité politique qu’elles devront assumer devant les citoyens en France en 2012 et en Allemagne en 2013.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La réforme du Pacte de stabilité comporte une autre partie</strong> qui étend la gouvernance européenne à ce qu’il est convenu d’appeler les « déséquilibres macroéconomiques ». Autrement dit, les excédents commerciaux allemands et les déficits des pays de l’Europe du Sud. Cette extension est en soi une bonne chose car nous ne pouvons pas conserver une monnaie commune si nos économies continuent de diverger, à moins d’engager des transferts financiers massifs, ce que les États du nord de l’Europe ne sont pas aujourd’hui prêts à accepter. Dès lors, il est nécessaire d’essayer de réduire les déséquilibres à la racine. Mais encore faut-il traiter cette question non d’un point de vue « moral » mais d’un point de vue économique. En Allemagne, comme aux Pays-Bas ou en Autriche, par exemple, les pays excédentaires sont perçus comme « vertueux » et les pays en déficits comme des « tire-au-flanc ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le problème est que les excédents</strong> des uns sont très largement les déficits des autres. Si l’Allemagne exporte autant en Europe, c’est d’abord en raison de la qualité de ses produits. Le nier serait absurde. Mais c’est aussi parce que les consommateurs et les entreprises des autres pays européens s’endettent pour les acheter. Et auprès de qui s’endettent-ils ? Notamment auprès des… Allemands, qui disposent d’une épargne excédentaire. Mettre fin à ce cercle vicieux doit être une priorité de l’Union européenne, et le nouveau Pacte de stabilité donne enfin les moyens d’agir à la Commission. Mais, sous l’influence des États excédentaires, celle-ci pourrait être amenée à privilégier les réformes uniquement dans les pays déficitaires alors que l’évolution du partage de la valeur ajoutée en Allemagne depuis dix ans, ultra-défavorable aux salariés, est clairement l’une des causes profondes de nos déséquilibres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La question de la dette publique sera au cœur de la campagne</strong> de 2012 en France. L’impossibilité de tabler, pour des raisons écologiques, sur une croissance forte du PIB et de rembourser demain les dettes actuelles introduit une perspective nouvelle, largement absente des traditionnels raisonnements keynésiens. Elle justifie non seulement une politique de réallocation des dépenses publiques vers le financement des investissements écologiquement et socialement utiles, mais aussi la nécessité d’une réduction progressive des déficits. Celle-ci ne peut cependant en aucun cas se faire par des coupes massives dans les budgets publics et par la remise en cause de nos modèles sociaux. Elle passe par une augmentation des prélèvements obligatoires pour les plus riches et pour les grandes entreprises, et par une lutte acharnée contre l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux, dont le manque à gagner pour le budget de la France est, rappelons-le, évalué à 40 milliards d’euros par la Cour des comptes. 40 milliards d’euros… soit les deux tiers de l’effort à réaliser pour revenir à un déficit public de 3 %.</p>
<p style="text-align: right;">Pascal Canfin</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[1] Lors de la session plénière du Parlement européen, du 26 au 29 septembre.</p>
<p>* Pascal Canfin est député européen EELV, membre de la commission des Affaires économiques.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : Politis n° 1170 du 29 sept. 2011</p>
<p><a href="http://www.politis.fr/A-contre-courant-Refuser-le-Pacte,15372.html">http://www.politis.fr/A-contre-courant-Refuser-le-Pacte,15372.html</a></p>
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		<title>En 2050, une France sans émissions de CO2 ni nucléaire ?</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2011 23:12:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Selon les experts de l&#8217;association NégaWatt, un scénario énergétique vertueux est possible Sortir du nucléaire et réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre tout en conservant un mode de vie moderne, c&#8217;est possible, selon NégaWatt. Cette association d&#8217;ingénieurs et d&#8217;experts des questions de l&#8217;énergie a publié, jeudi 29 septembre, son scénario de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Selon les experts de l&#8217;association NégaWatt, un scénario énergétique vertueux est possible</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logoNegawatt.jpg"><img class="size-full wp-image-5267 aligncenter" title="logoNegawatt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logoNegawatt.jpg" alt="" width="220" height="113" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Sortir du nucléaire et réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre tout en conservant un mode de vie moderne, c&#8217;est possible, selon NégaWatt. Cette association d&#8217;ingénieurs et d&#8217;experts des questions de l&#8217;énergie a publié, jeudi 29 septembre, son scénario de la situation énergétique française en 2050.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait déjà publié, en 2003 et 2006, deux scénarios fondés sur la recherche d&#8217;une solution énergétique passant par la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l&#8217;abandon du nucléaire. Le scénario présenté aujourd&#8217;hui, mis en chantier il y a plus d&#8217;un an, intègre une méthodologie beaucoup plus développée et de nouvelles préoccupations sociales.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8220;Habituellement, </em>explique Thierry Salomon, président de NégaWatt, <em>le monde de l&#8217;énergie part des ressources. Il faut inverser le raisonnement, en analysant d&#8217;abord les usages et les besoins.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les experts ont donc bâti leur modèle à partir des principaux besoins en énergie (chauffage, mobilité, éclairage et appareils électriques) qu&#8217;ils ont transposés par secteur d&#8217;activité (habitat, tertiaire, transports, industrie et agriculture), cherchant dans chaque cas la meilleure solution énergétique.</p>
<p style="text-align: justify;">La France consomme aujourd&#8217;hui près de 3 000 térawatt-heure (TWh) d&#8217;énergie, dont près d&#8217;un tiers se dissipe sous forme d&#8217;eau chaude dans l&#8217;atmosphère ou dans les rivières, par les centrales thermiques. NégaWatt prévoit une diminution à moins de 1 000 TWh en 2050. La clé de cette performance réside dans une politique plaçant l&#8217;accent sur la sobriété et l&#8217;efficacité énergétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le principal gisement se situe dans le bâtiment, où une politique durable de rénovation thermique (au rythme de 750 000 logements traités par an) permettrait de réduire la consommation de 600 TWh.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8220;Réparabilité&#8221;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le transport est aussi riche d&#8217;un fort potentiel d&#8217;économies, tant par des progrès techniques (consommation des véhicules ramenée à 2,5 l/100 km) que par la limitation de l&#8217;étalement urbain et la stimulation des transports &#8220;doux&#8221; (vélo, véhicules au gaz naturel) et collectifs. L&#8217;industrie peut aussi progresser, notamment en développant le recyclage des matériaux et la &#8220;<em>réparabilité&#8221;</em>des objets.</p>
<p style="text-align: justify;">Le scénario envisage une fermeture progressive des réacteurs nucléaires qui s&#8217;achèverait en 2033, les énergies renouvelables &#8211; au premier rang desquelles le bois &#8211; prenant la relève.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;exercice repose autant sur les évolutions techniques que sociétales. Il s&#8217;appuie aussi sur l&#8217;agriculture, notamment en promouvant la réduction de la consommation de viande, qui libérerait des terres pour la production de biogaz.</p>
<p style="text-align: justify;">NégaWatt veut alimenter le débat politique de 2012. Il présentera, début octobre, son scénario au Parti socialiste et à Europe Ecologie-Les Verts. Ainsi qu&#8217;à l&#8217;UMP et à d&#8217;autres, s&#8217;ils le désirent.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Hervé Kempf</strong></p>
<p><strong>Source </strong>: publié dans Le Monde daté du 30 sept. 2011</p>
<p><strong>Lire le rapport </strong>: <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/ScenarioNegawatt2011.pdf">ScenarioNegawatt2011</a></p>
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		<title>Des chrétiens s&#8217;engagent contre les paradis fiscaux</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/09/22/des-chretiens-sengagent-contre-les-paradis-fiscaux/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 14:07:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors que l&#8217;Europe s&#8217;enfonce dans une crise économique et financière sans précédent, quatre organisations chrétiennes (CCFD-Terre Solidaire, le Secours catholique, Justice et paix et le Ceras) publient un document intitulé : &#8220;Au service du bien commun&#8221;, dans lequel elles dénoncent une nouvelle fois avec vigueur la fraude fiscale et l&#8217;évasion des capitaux. Que des catholiques [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/BienCommun.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5191" title="BienCommun" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/BienCommun-300x177.jpg" alt="" width="300" height="177" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Alors que l&#8217;Europe s&#8217;enfonce dans une crise économique et financière sans précédent, quatre organisations chrétiennes (CCFD-Terre Solidaire, le Secours catholique, Justice et paix et le Ceras) publient un document intitulé : &#8220;Au service du bien commun&#8221;, dans lequel elles dénoncent une nouvelle fois avec vigueur la fraude fiscale et l&#8217;évasion des capitaux.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-5190"></span>Que des catholiques s&#8217;occupent de paradis, soit, mais de fiscalité, c&#8217;est plus étonnant. Pourquoi un texte de mouvements et services d&#8217;Eglise sur les paradis fiscaux ? Pourquoi ces organisations s&#8217;engagent-elles dans des campagnes de sensibilisation du grand public et de plaidoyer auprès des pouvoirs publics et privés, alors que la question de l&#8217;évasion fiscale paraît bien lointaine de la charité ? Cette <a href="http://ccfd-terresolidaire.org/e_upload/pdf/ccfd_bien_commun_bat2.pdf">brochure de 12 pages</a>, rédigée dans un style clair et pédagogique, répond à ces questions et permet de comprendre comment chaque chrétien peut agir pour plus de justice fiscale. Et montre que cet engagement s&#8217;ancre pleinement dans la doctrine sociale de l&#8217;Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> En France, la fraude fiscale coûte à elle seule 40 à 50 milliards</strong> d&#8217;euros au budget de l&#8217;Etat : l&#8217;équivalent de deux fois le déficit de la sécurité sociale. &#8220;Sans impôt, l&#8217;Etat est réduit à l&#8217;impuissance et la solidarité laissée à la seule responsabilité individuelle, affirment les auteurs de ce document. Le manque à gagner pour les Etats réduit considérablement leurs marges de manœuvre et lèse les populations les plus fragiles. Ce sont toutes les politiques de redistribution qui sont mises à mal, les services publics &#8211; santé, éducation notamment &#8211; qui ne peuvent être assurés, les investissements d&#8217;avenir qui sont obérés, le désendettement de l&#8217;Etat qui est rendu problématique.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Selon les organisations catholiques,</strong> &#8220;les modalités de financement des institutions publiques pèsent lourdement sur leurs capacités d&#8217;action. D&#8217;elles dépendent la possibilité de contribuer à une vie meilleure pour tous par la redistribution des revenus. L&#8217;existence de lieux opaques et non contrôlés (les paradis fiscaux, ndlr) permet à des personnes et à des entreprises de dissimuler leurs revenus, privant ainsi les pays et tout spécialement les plus pauvres d&#8217;au moins 125 milliards d&#8217;euros de revenus fiscaux par an&#8221;. Un scandale dénoncé depuis longtemps par les ONG, notamment par le CCFD-Terre solidaire qui, il y a un an, <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.lavie.fr/actualite/economie/une-campagne-choc-contre-les-paradis-fiscaux-28-09-2010-10060_6.php">lançait une vigoureuse campagne sur ce thème</a></span>, avec une pétition en ligne d&#8217;un nouveau genre : « <a href="http://www.aidonslargent.org/">Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux</a> ». Signe d&#8217;une large mobilisation, 430 000 cartes postales, dénonçant les paradis fiscaux, ont aussi été récoltées. Elles seront transmises au Président de la République le 27 octobre, à la veille du G 20 qui doit se tenir à Cannes, du 3 au 5 novembre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dès maintenant, au nom de leur foi et des exigences éthiques</strong> qui en découlent, les signataires de ce texte invitent les chrétiens à s&#8217;engager collectivement en rejoignant la campagne &#8220;Stop Paradis Fiscaux&#8221;, menée par un réseau d&#8217;associations et de syndicats, dont le CCFD-Terre solidaire et le Secours catholique : <a href="http://www.stopparadisfiscaux.fr/agir-et-avancees/la-campagne-stop-paradis-fiscaux/article/l-appel-de-la-campagne-stop">www.stopparadisfiscaux.fr</a> ou en incitant les collectivités locales à travailler avec des acteurs économiques qui n&#8217;ont rien à cacher dans les paradis fiscaux, comme s&#8217;y sont déjà engagés plusieurs Conseils régionaux. A titre individuel, les chrétiens sont aussi invités à interroger leurs pratiques quotidiennes dans le choix de leur banque, de leurs produits d&#8217;épargne, ou dans la manière d&#8217;employer une personne à domicile. Une manière de rappeler que la justice fiscale, c&#8217;est l&#8217;affaire de tous.</p>
<p style="text-align: right;">Laurent Grzybowski</p>
<p style="text-align: right;">publié le 20/09/2011</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://www.lavie.fr//actualite/economie/des-chretiens-s-engagent-contre-les-paradis-fiscaux-20-09-2011-20116_6.php">http://www.lavie.fr//actualite/economie/des-chretiens-s-engagent-contre-les-paradis-fiscaux-20-09-2011-20116_6.php</a></p>
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		<title>Pierre Ronsavallon : pour une société des égaux</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Sep 2011 10:05:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Les débats de l’OBS. L&#8217;historien et fondateur de la République des Idées publie un nouvel essai dans lequel il poursuit sa réflexion sur la démocratie et lance de nouvelles pistes pour animer le débat à gauche. Entretien avec Pierre Rosanvallon* Propos recueillis par François Armanet et Gilles Anquetil Le Nouvel Observateur : «La Société des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les débats de l’OBS.<em> L&#8217;historien et fondateur de la République des Idées publie un nouvel essai dans lequel il poursuit sa réflexion sur la démocratie et lance de nouvelles pistes pour animer le débat à gauche. </em></strong></p>
<p><strong>Entretien avec Pierre Rosanvallon*</strong></p>
<p>Propos recueillis par François Armanet et Gilles Anquetil</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Rosanvallon3.jpg"><img class="size-medium wp-image-5143 aligncenter" title="Rosanvallon3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Rosanvallon3-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: left;"><strong>Le Nouvel Observateur</strong> <strong>:</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«<em>La Société des égaux</em></strong><strong>» est le troisième volet, après «<em>la Contre-Démocratie</em></strong><strong>» et «<em>la Légitimité démocratique</em></strong><strong>», de votre réflexion philosophique et historique sur les mutations contemporaines de la démocratie. Quelle en est la logique?</strong></p>
<p><strong>Pierre Rosanvallon</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La démocratie se définit classiquement comme un type de régime politique. C&#8217;est sous cet angle que je l&#8217;avais appréhendée dans les deux volumes précédents. En analysant notamment les formes non électorales de l&#8217;expression de la souveraineté du peuple ainsi que l&#8217;émergence de nouveaux types d&#8217;institutions représentant la volonté générale.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la démocratie est aussi une forme de société. Tocqueville avait déjà fameusement mis l&#8217;accent sur cette dimension, voyant dans ce qu&#8217;il avait appelé l&#8217;égalité des conditions son principe générateur. Avec ce troisième volet, j&#8217;ai voulu systématiser son intuition en proposant une histoire et une théorie générale de cette idée d&#8217;égalité démocratique.</p>
<p style="text-align: justify;">En visant d&#8217;abord à clarifier le sens qu&#8217;elle avait revêtu dans les révolutions américaine et française. L&#8217;égalité avait alors été essentiellement appréhendée comme une façon de faire la société, de produire et de faire vivre le commun. Elle était considérée comme une qualité démocratique et pas seulement comme une mesure de la distribution des richesses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pouvez-vous développer ce point ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est en effet décisif. C&#8217;est l&#8217;idée de faire advenir une «société des égaux» qui était centrale en 1789. Cela allait plus loin qu&#8217;une simple problématique de la réduction des écarts de richesse. La perspective était celle d&#8217;instaurer un monde sans dénivelés, dans lequel chacun avait les mêmes droits, était reconnu et respecté comme aussi important que les autres. La notion d&#8217;égalité définissait ainsi au premier chef une forme de relation sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette <em>égalité-relation</em> était articulée autour de trois figures : la similarité, l&#8217;indépendance et la citoyenneté. La similarité est de l&#8217;ordre d&#8217;une <em>égalité-équivalence </em>: être semblable, c&#8217;est participer d&#8217;une même humanité contre le fait du privilège. L&#8217;indépendance est une <em>égalité-autonomie</em> : elle se définit négativement comme absence de subordination entre les individus et positivement comme un équilibre de l&#8217;échange. La citoyenneté est quant à elle une <em>égalité-participation</em> ; c&#8217;est la communauté d&#8217;appartenance et d&#8217;activité civique qui la constitue.</p>
<p style="text-align: justify;">Le projet de l&#8217;égalité comme relation sociale s&#8217;était en conséquence décliné en France et aux Etats-Unis sous les espèces d&#8217;un <em>monde</em> de semblables, d&#8217;une <em>société</em> d&#8217;individus autonomes et d&#8217;une <em>communauté</em> de citoyens. L&#8217;égalité était de la sorte pensée comme position relative des individus, règle d&#8217;interaction entre eux et principe de constitution de leur commun. Il m&#8217;a semblé essentiel de revenir à cette dimension fondatrice au moment où l&#8217;explosion des inégalités économiques et sociales rend caduques la notion de société des semblables et la visée d&#8217;appartenance des citoyens à un monde commun. Nous avons en effet bien besoin de nous retremper aujourd&#8217;hui dans cet esprit révolutionnaire pour sortir de l&#8217;impasse actuelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour vous, nous vivons une véritable contre-révolution en matière d&#8217;inégalités: depuis les années 1980, le 1% le plus riche de la population n&#8217;a cessé d&#8217;accaparer une part croissante des revenus et des patrimoines. Pouvez-vous préciser cet état de fait avec des chiffres révélateurs? D&#8217;autant que, vous le soulignez dans votre livre, «on n&#8217;a jamais autant parlé de ces inégalités et qu&#8217;en même temps on n&#8217;a jamais aussi peu agi pour les réduire»&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Contre-révolution, le terme n&#8217;est pas trop fort pour qualifier le moment contemporain. Alors que l&#8217;égalité avait été «l&#8217;idée même» de la Révolution, pour reprendre la célèbre formule de Necker, c&#8217;est aujourd&#8217;hui le développement des inégalités qui est la force agissante du monde. Le mouvement n&#8217;a cessé de s&#8217;accélérer depuis la fin des années 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">Le fait spectaculaire qu&#8217;il faut souligner est que, depuis près de vingt ans, c&#8217;est le 1% le plus aisé, voire le sommet du 0,1% ou du 0,01% (soit quelques milliers d&#8217;individus) le plus favorisé, qui a accaparé les fruits de la croissance. En France, par exemple, le salaire moyen du 1% le plus rémunéré a augmenté d&#8217;environ 14% entre 1998 et 2006, et celui du 0,01%, tout au sommet de l&#8217;échelle, de près de 100% alors que la progression sur la même période n&#8217;a été que de 4% pour la grande masse des 90% des salariés du bas.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cas français toujours, le 1% le plus riche possède dorénavant 24% de la richesse du pays, et les 10% les plus aisés, 62%, tandis que les 50% les moins bien lotis n&#8217;en possèdent que 6%. Les travaux d&#8217;Anthony Atkinson, de Thomas Piketty et d&#8217;Emmanuel Saez ont scientifiquement documenté cette évolution, qui ne concerne évidemment pas que la France.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En quoi la situation actuelle des inégalités n&#8217;a-t-elle rien d&#8217;un héritage du passé mais marque-t-elle au contraire une spectaculaire rupture, inversant une tendance séculaire?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On peut dire qu&#8217;il y a aujourd&#8217;hui inversion d&#8217;une précédente tendance séculaire à la réduction des inégalités. Le 1% des Français les plus riches qui accaparait 53% du patrimoine total en 1913 n&#8217;en détenait ainsi plus que 20% en 1984. Aux Etats-Unis, les 10% des revenus les plus élevés se partageaient près de 50% du total des revenus à la veille de la crise de 1929, pourcentage qui s&#8217;était stabilisé au-dessous de 35% du début des années 1950 au début des années 1980. En Suède, exemple emblématique entre tous, le 1% de la population bénéficiant des revenus les plus élevés touchait 23% du total des revenus en 1980, contre 46% au début du siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces réductions spectaculaires avaient procédé à la fois de la progression plus rapide des bas revenus, du ralentissement des plus hautes rémunérations autant que des transferts sociaux et du très fort effet correcteur des impôts sur le revenu, dont les taux étaient montés en flèche dans la première moitié du XXe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est un fait que l&#8217;on a trop oublié. Si l&#8217;impôt progressif sur le revenu est partout institué avec des taux très bas (de 2% à 6%) au tournant du XXe siècle, ceux-ci atteignaient ainsi 60% en France en 1924 et 79% aux Etats-Unis en 1936. En 1942, le taux marginal supérieur sera même de 94% aux Etats-Unis! Ce sont des chiffres qu&#8217;il faut rappeler.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous vous inquiétez d&#8217;un certain consentement collectif à l&#8217;inégalité. Vous proposez d&#8217;appeler «paradoxe de Bossuet» cette situation dans laquelle les hommes déplorent en général ce à quoi ils consentent en particulier. Pouvez-vous nous l&#8217;expliquer?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout le monde ou presque dénonce aujourd&#8217;hui les bonus extravagants ou les rémunérations démentielles de certains PDG. Toutes les enquêtes montrent que le sentiment de vivre dans une société injuste est majoritaire. Mais les facteurs qui produisent ces inégalités une certaine philosophie détournée de l&#8217;égalité des chances, l&#8217;exaltation du mérite ou les mécanismes de la concurrence &#8211; sont simultanément largement intériorisés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sentiment diffus que les inégalités sont «trop fortes», «scandaleuses», voisine du même coup avec une acceptation informulée de leurs multiples expressions spécifiques autant qu&#8217;avec une sourde résistance à les corriger pratiquement. D&#8217;où le fait qu&#8217;un mécontentement social susceptible d&#8217;être largement majoritaire puisse se lier à une passivité pratique face au système général des inégalités. On voue ainsi aux gémonies les inégalités en général alors que l&#8217;on reconnaît implicitement comme légitimes les ressorts spécifiques qui les conditionnent. J&#8217;ai appelé cela le «paradoxe de Bossuet» en référence à la célèbre remarque de ce dernier: «<em>Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu&#8217;ils en chérissent les causes</em>.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourtant le sentiment d&#8217;injustice et de révolte contre la montée des inégalités anime les mouvements européens des «indignés». Que vous inspire ce phénomène et est-il nouveau?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;intéressant dans ces mouvements, c&#8217;est qu&#8217;ils ne se contentent pas de dénoncer les inégalités économiques. Ils vont plus loin et mettent le doigt sur le fait que c&#8217;est la dissolution de l&#8217;appartenance à un monde commun qui est la conséquence de ce qu&#8217;il faut bien appeler la sécession des riches. Ils se révoltent à juste titre contre leur condition d&#8217;oubliés, d&#8217;individus qui ne sont plus traités comme des semblables, relégués dans une condition de sous-citoyens. Ils ont le sentiment d&#8217;être des abandonnés de la démocratie et de l&#8217;économie, de ne plus compter pour rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ils n&#8217;ont pas toujours la science de leur malheur, l&#8217;intelligence de leur indignation. C&#8217;est aussi pour armer ces mouvements que j&#8217;ai écrit «la Société des égaux», pour dessiner à la fois un cadre d&#8217;intelligibilité et une perspective à leur action et à leur légitime impatience.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A propos de cette crise de légalité, vous écrivez que «la gauche a perdu ce qui avait fait historiquement sa force et fondé sa légitimité». Pourquoi et que devrait-elle faire?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;il fallait résumer en un mot ce qui a défini historiquement la gauche, je dirais qu&#8217;elle a été le parti de l&#8217;égalité. Le problème est qu&#8217;elle ne l&#8217;est plus que très partiellement. Sa vision s&#8217;est réduite à une culture de la redistribution (elle est le parti de la dépense publique et de l&#8217;impôt) et à une défense des droits individuels, en matière de lutte contre les discriminations tout particulièrement. Il n&#8217;y a évidemment rien à redire à cela en principe.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais à l&#8217;âge de la crise de l&#8217;Etat-providence, de la délégitimation de l&#8217;impôt et de la critique de l&#8217;individualisme, cela ne tient plus la route; la gauche se trouve en fait sur la défensive ou dans une posture minoritaire. Elle n&#8217;est plus culturellement hégémonique. Il ne suffit donc plus de dénoncer les inégalités. La gauche doit maintenant se doter d&#8217;une nouvelle philosophie sociale d&#8217;ensemble. Je pense que c&#8217;est à partir de l&#8217;idée de «société des égaux» qu&#8217;elle peut redevenir une force perçue comme porteuse d&#8217;un nouvel universalisme et d&#8217;un projet crédible d&#8217;émancipation, alors que nous vivons un processus de «dénationalisation» et de décomposition des démocraties-sociétés. Société des égaux que je propose quant à moi de réarticuler autour des principes de singularité, de réciprocité et de communalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C&#8217;est-à-dire ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je souhaite avec ces concepts élargir et dépasser le cadre actuel des discussions sur la justice. Car, de John Rawls à Amartya Sen, les théories sur le sujet se réduisent en fin de compte à définir la ligne de partage entre inégalités économiques et sociales légitimes et inégalités illégitimes. Mais c&#8217;est d&#8217;inégalités inter-individuelles qu&#8217;il s&#8217;agit.</p>
<p style="text-align: justify;">Or l&#8217;égalité est une notion politique et sociétale autant qu&#8217;économique. Elle concerne le commun autant que le juste. D&#8217;où ma recherche des conditions d&#8217;adaptation au monde contemporain de ce qu&#8217;avaient été les principes de similarité, d&#8217;indépendance et de citoyenneté dans les Révolutions américaine et française. Les notions de similarité et de citoyenneté conservent l&#8217;importance qu&#8217;elles avaient il y a deux siècles. Mais elles doivent dorénavant être élargies. La nouvelle attente d&#8217;une égalité des singularités liée aux thèmes de la reconnaissance et du respect des différences se superpose ainsi au projet originel de la constitution d&#8217;une société des semblables. Alors que le suffrage universel est partout acquis, l&#8217;idée de citoyenneté a de son côté aussi besoin d&#8217;être enrichie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le problème n&#8217;est en effet plus seulement de partager la souveraineté politique, il est aussi de faire société ensemble. D&#8217;où l&#8217;impératif de communalité. Quant à l&#8217;idéal d&#8217;une société d&#8217;individus autonomes, il a largement perdu de sa pertinence dans un univers moderne où le fait de l&#8217;interdépendance s&#8217;impose dans tous les domaines. La singularité exprime en partie, sur un mode différent, cet ancien idéal. Mais, dans l&#8217;ordre des règles d&#8217;interaction entre individus, c&#8217;est le principe générique de réciprocité qu&#8217;il faut substituer à la perspective plus étroite et désormais non pertinente économiquement d&#8217;une égalité de marché.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nationalisme, protectionnisme, xénophobie, séparatisme, qui ont marqué au cours des siècles derniers les premières crises de l&#8217;égalité, écrivez-vous, réapparaissent aujourd&#8217;hui. Pouvez-vous nous l&#8217;expliquer ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La crise de l&#8217;égalité que nous vivons aujourd&#8217;hui est autant sociétale qu&#8217;intellectuelle. Nous manquons en effet d&#8217;une vision positive de l&#8217;égalité autour de laquelle le pays pourrait se rassembler. Cette crise a eu un précédent à la fin du XIXe siècle, résultant de l&#8217;explosion des inégalités liée à l&#8217;industrialisation et à la première mondialisation. Une nouvelle droite nationaliste avait alors surgi, proposant de résoudre cette crise sociale grâce à un «protectionnisme ouvrier» et à des mesures xénophobes. («<em>Ne parlons plus de</em> <em>prolétaires mais de travailleurs français</em>», disait-elle.)</p>
<p style="text-align: justify;">N&#8217;oublions pas le livre de Barrès, en 1893, qui avait pour titre «Contre les étrangers». Cela a déteint sur une partie de l&#8217;opinion républicaine. Mais les socialistes ont résisté, ainsi que les républicains de progrès. En France comme en Europe, leur réponse a été d&#8217;opérer des réformes radicales: mise en place d&#8217;un Etat-providence, impôt progressif sur le revenu, lois de protection du travail. Même la droite a suivi le mouvement, hantée qu&#8217;elle était par le spectre révolutionnaire. La guerre de 1914-1918 avait, il est vrai, parallèlement renforcé le sentiment de solidarité. Nous voyons aujourd&#8217;hui le même scénario se reproduire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si la «voie populiste» rencontre à nouveau un large écho, l&#8217;alternative sociale-réformiste reste balbutiante. D&#8217;où le danger de décomposition sociale et de dérive droitière accélérée de la société qui pourrait se profiler. C&#8217;est pour moi l&#8217;enjeu clé du débat de 2012.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous assistons aujourd&#8217;hui à une crise de l&#8217;Etat-providence redistributeur. Vous craignez que, si l&#8217;écart entre les institutions de solidarité et les dispositifs de justice sociale continuait de se creuser, l&#8217;explosion sociale pourrait être brutale. Est-elle inévitable?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Etat redistributeur est en crise. Mais il ne pourra pas être revitalisé sans que, préalablement, on «refasse société». Sinon ce seront les thèmes démagogiques de la dénonciation de l&#8217;«assistanat» ou de la suspicion envers des immigrés «profiteurs du système» qui tiendront le haut du pavé. D&#8217;où pour cela encore la nécessité de refonder une culture de l&#8217;égalité. Sinon, plus qu&#8217;une explosion sociale, ce sera un processus de décomposition et de pourrissement des sociétés qui s&#8217;accélérera. Avec le danger de voir les régimes démocratiques eux-mêmes vaciller. Ce qui se passe aujourd&#8217;hui dans la Hongrie gouvernée par Viktor Orban peut être l&#8217;indication d&#8217;une orientation forte inquiétante.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour vous, l&#8217;accroissement des inégalités est mondial et leur réduction doit aussi se lier à une entreprise de «démarchandisation du monde». Comment ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut pas se contenter de réduire les inégalités monétaires. Ou disons plus précisément que, pour y arriver, il faut d&#8217;abord refaire un monde commun. Si c&#8217;est le but, il est par exemple prioritaire de développer les espaces publics pour «déghettoïser» la société. Il faut aussi donner chair à une nouvelle culture de l&#8217;égalité dans laquelle tous puissent se reconnaître.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec les inégalités, les gens vivent de plus en plus dans leurs petits univers segmentés. Refaire du lien social passe donc nécessairement par cette «démarchandisation»; le non-marchand est la sphère majeure de l&#8217;égalité. Le but n&#8217;est donc pas seulement de réguler le marché, il est aussi de le limiter en développant ce que j&#8217;ai appelé les «biens relationnels» ainsi que les biens publics. L&#8217;idée écologique doit à cet égard converger avec l&#8217;idée socialiste pour définir une croissance sobre, plus axée sur l&#8217;être que sur l&#8217;avoir.</p>
<p style="text-align: right;">Propos recueillis par</p>
<p style="text-align: right;">François Armanet et Gilles Anquetil</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Source </strong>: &#8220;Le Nouvel Observateur&#8221; du 1er septembre 2011.</p>
<p><a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110902.OBS9677/pierre-rosanvallon-pour-une-societe-des-egaux.html">http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110902.OBS9677/pierre-rosanvallon-pour-une-societe-des-egaux.html</a></p>
<p>*<strong> Pierre Rosanvallon</strong> est professeur au Collège de France et le fondateur de La République des Idées. Après <em>La Contre-démocratie</em> (Seuil, 2006 ; Points, 2008) et <em>La Légitimité démocratique</em> (Seuil, 2008 ; Points, 2010). Son dernier ouvrage ci-après constitue le troisième volet de son enquête sur les mutations contemporaines de la démocratie :</p>
<p style="text-align: center;"><strong>« <em>La société des égaux </em>» par Pierre Rosanvallon, Ed. Seuil, </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Sept. 2011, 432 pages, 22,50 €</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RosanvallonLivre2.jpeg"><img class="size-full wp-image-5146 aligncenter" title="RosanvallonLivre2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RosanvallonLivre2.jpeg" alt="" width="182" height="276" /></a><br />
</strong></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le retour de l’insécurité sociale</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/08/17/le-retour-de-l%e2%80%99insecurite-sociale/</link>
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		<pubDate>Wed, 17 Aug 2011 21:35:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Robert Castel* Le socle de protections et de droits mis en place depuis le XIXe siècle était venu à bout d&#8217;une pauvreté et d&#8217;une précarité séculaires. Mais la mondialisation change aujourd&#8217;hui la donne et fait émerger une nouvelle insécurité sociale. Vivre l&#8217;insécurité sociale, c&#8217;est être à la merci du moindre aléa de l&#8217;existence : une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Robert Castel*</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le socle de protections et de droits mis en place depuis le XIXe siècle était venu à bout d&#8217;une pauvreté et d&#8217;une précarité séculaires. Mais la mondialisation change aujourd&#8217;hui la donne et fait émerger une nouvelle insécurité sociale.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RobertCastel.jpg"><img class="size-full wp-image-4966 aligncenter" title="RobertCastel" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RobertCastel.jpg" alt="" width="120" height="90" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Vivre l&#8217;insécurité sociale, c&#8217;est être à la merci du moindre aléa de l&#8217;existence : une maladie, un accident, une interruption de travail, une péripétie inattendue dans le cours de la vie peuvent rompre le fragile équilibre de la succession des jours et faire basculer dans le malheur, voire dans la déchéance. A l&#8217;échelle de l&#8217;histoire, cette insécurité sociale a été la condition courante de ce que l&#8217;on appelait autrefois le peuple. &#8220; Vivre au jour la journée &#8221;, déployer des efforts permanents pour arriver à &#8220; joindre les deux bouts &#8221;, s&#8217;épuiser à essayer de &#8220; gagner son pain &#8221;… Tels ont été pendant des siècles les problèmes quotidiens de ceux qui n&#8217;avaient que le fruit de leur travail pour vivre ou pour survivre. Pas de réserves, pas de propriété, pas de bas de laine : la question se pose tous les jours de savoir de quoi demain sera fait. L&#8217;insécurité sociale, c&#8217;est cette impossibilité de sécuriser l&#8217;avenir, parce que la maîtrise de cet avenir dépend de conditions qui vous échappent.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette insécurité sociale qui a longtemps tissé d&#8217;une trame noire l&#8217;histoire populaire a finalement été combattue et vaincue grâce à la constitution d&#8217;un socle de réserves, un socle qui donne consistance au présent et permet de prendre en charge l&#8217;avenir : c&#8217;est la sécurité sociale. Ce socle de ressources a d&#8217;abord été constitué pour l&#8217;essentiel à partir du monde du travail, parce que c&#8217;était principalement la vulnérabilité de la condition de travailleur qui alimentait l&#8217;insécurité sociale. Mais, depuis que nous sommes entrés dans ce que l&#8217;on appelle &#8220; la crise &#8221;, c&#8217;est-à-dire depuis le début des années 1970, l&#8217;insécurité sociale revient. Ce retour est la conséquence d&#8217;une fragilisation des supports (des protections et des droits) qui sécurisaient le monde du travail. Mais c&#8217;est une insécurité sociale nouvelle, à la fois homologue et différente de l&#8217;insécurité sociale séculaire qui a profondément marqué la condition populaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8220; Vivre au jour la journée &#8221;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au commencement, donc, était l&#8217;insécurité sociale. Mais pas pour tout le monde. Schématiquement on pourrait dire qu&#8217;elle est l&#8217;affaire des pauvres. Mais qui sont les pauvres et quelle est exactement la relation entre pauvreté et insécurité ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la société préindustrielle européenne entre le XIVe et le XVIIe siècle, les historiens s&#8217;accordent à penser qu&#8217;environ la moitié de la population pouvait être qualifiée de pauvre. La pauvreté est alors une condition structurelle et commune, dans laquelle les masses populaires sont installées en permanence. Mais c&#8217;est aussi souvent un état qui peut se dégrader. On peut, selon la forte expression de Pierre Le Pesant de Boisguilbert, <em>&#8220; ruiner un pauvre &#8221;</em> [1] : chacun peut subsister tant bien que mal sur le fil du rasoir, mais qu&#8217;arrive une mauvaise récolte ou un hiver particulièrement rigoureux qui entraînent <em>&#8220; une grande cherté &#8221;</em>, et ce fragile équilibre s&#8217;écroule.</p>
<p style="text-align: justify;">Sébastien Le Prestre de Vauban, qui fut aussi un observateur attentif des malheurs du peuple, souligne la relation étroite qui existe entre extrême vulnérabilité populaire et extrême fragilité des rapports au travail. Il évoque ainsi la situation d&#8217;un représentant des petits salariés de l&#8217;époque, journaliers, manoeuvriers , <em>&#8220; gens de peine et de bras &#8221;</em> qui, à la ville ou à la campagne, luttent quotidiennement pour leur survie : <em>&#8220; Il aura toujours bien de la peine pour attraper le bout de son année. D&#8217;où il est manifeste que, pour peu qu&#8217;il soit surchargé, il faut bien qu&#8217;il succombe &#8221;</em> [2]. Je doute que l&#8217;on puisse trouver une plus juste évocation de l&#8217;insécurité sociale. Celle-ci est bien cette condition de fragilité permanente &#8211; la permanence de la précarité &#8211; qui marque le destin d&#8217;une bonne partie du peuple.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un premier temps, au XIXe siècle, cette situation n&#8217;a pas substantiellement changé, bien que la révolution de la fin XVIIIe siècle ait été aussi une révolution dans l&#8217;ordre du travail, en abolissant les corporations et en instituant le libre contrat de travail comme forme obligée de la relation salariale (le contrat de louage de la force de travail). Mais la dissymétrie du rapport de force entre l&#8217;employeur et l&#8217;employé est telle que les salariés sont condamnés à un salaire de survie. La conséquence, c&#8217;est la condition des ouvriers des premières concentrations industrielles connues, que l&#8217;on peut proprement qualifier d&#8217;épouvantable, à travers les descriptions du paupérisme. Les prolétaires perdent littéralement leur vie à essayer de la gagner. Mais les petits artisans déstabilisés par l&#8217;abolition des corporations, les travailleurs indépendants qui oeuvrent en sous-traitance pour des marchands, les manoeuvriers de toutes sortes qui se louent à la journée ne sont guère mieux lotis. Les salaires sont réduits au minimum, il n&#8217;y a aucune garantie de l&#8217;emploi et les travailleurs ne disposent d&#8217;aucun droit : <em>&#8220; L&#8217;ouvrier donne son travail, le maître paye le salaire convenu, là se réduisent leurs obligations réciproques. Du moment qu&#8217;il</em> [le maître] <em>n&#8217;a plus besoin de ses bras</em> [de l'ouvrier], <em>il le congédie et c&#8217;est à l&#8217;ouvrier de se tirer d&#8217;affaire &#8221;</em> [3].</p>
<p style="text-align: justify;">La stricte application des principes du libéralisme &#8211; le marché du travail comme un pur marché sur lequel on contracte &#8220; librement &#8221; &#8211; condamne impitoyablement les travailleurs aux conditions minimales de la survie. Ils sont de ce fait constamment en situation d&#8217;insécurité sociale et cet état, pour la plupart d&#8217;entre eux, va se prolonger très avant dans le XIXe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La sécurisation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comment est-on sorti de ces situations ? Quelles sont les conditions qui ont permis de dépasser cette insécurité sociale permanente ? Par le fait d&#8217;avoir attaché des protections et des droits au travail. Ce qui s&#8217;est imposé très difficilement, c&#8217;est l&#8217;idée totalement nouvelle que la propriété n&#8217;était pas le seul antidote à l&#8217;insécurité sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">On le savait depuis toujours : la propriété privée est le meilleur rempart contre l&#8217;insécurité. Celui qui a des biens est &#8220; couvert &#8221; contre les aléas de l&#8217;existence. Il pourra se soigner s&#8217;il tombe malade. Souvent il n&#8217;a même pas besoin de travailler, ou alors il pourra continuer à subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille si le travail fait défaut. La propriété est un coussin de ressources qui procurent la sécurité et de surcroît donne la respectabilité. En 1902, Charles Gide déclare ainsi : <em>&#8220; En ce qui concerne la classe possédante, la propriété constitue une institution sociale qui rend les autres à peu près superflus &#8221;</em> [4].</p>
<p style="text-align: justify;">Il en résulte que l&#8217;accès à la propriété a d&#8217;abord été considéré comme la voie royale pour vaincre l&#8217;insécurité sociale. Au XIXe siècle, c&#8217;est l&#8217;opinion unanime des philanthropes et des élites politiques, conservatrices ou libérales. Ils se penchent sur le sort des &#8220; classes malheureuses &#8221; en leur prêchant inlassablement les vertus de l&#8217;épargne et de la prévoyance qui les sauveront de leur misère. Mais l&#8217;accès à la propriété est aussi une aspiration largement partagée dans les milieux populaires. La condition salariale est si misérable que nombre d&#8217;ouvriers ne rêvent que de pouvoir acheter quelques outils et de louer une échoppe pour &#8220; se mettre à leur compte &#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce point est à souligner. Pour que s&#8217;impose une autre réponse que l&#8217;accès à la propriété pour vaincre l&#8217;insécurité, il a fallu que lentement, difficilement, se généralise la prise de conscience que le salariat était une condition largement irréversible parce que son expansion était organiquement liée au développement du capitalisme industriel. Il est la forme d&#8217;organisation du travail qu&#8217;exige un mode de production commandé par le poids croissant de la grande industrie. Dès lors, on est placé face à un dilemme. Ou bien on laisse le salariat dans l&#8217;état de déréliction qui est le sien lorsque le travail est assimilé à une marchandise, mais c&#8217;est alors laisser s&#8217;installer et se développer au coeur de la société moderne des masses de salariés qui, comme le dira Marx, <em>&#8220; n&#8217;ont rien à perdre que leurs chaînes &#8221;</em>, avec pour conséquence la subversion complète de l&#8217;ordre social par la révolution. Ou bien on consolide la condition salariale et elle devient un socle solide qui procure les ressources suffisantes pour assurer la sécurité des travailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est cette seconde solution qui s&#8217;est finalement imposée après un siècle de controverses, de luttes et de conflits parfois très violents. Ce fut comme une grande révolution silencieuse qui déboucha sur ce que l&#8217;on a appelé à juste titre &#8220; la société salariale &#8221;. Le travailleur non propriétaire est devenu propriétaire de droits qui lui donnent les conditions pour assurer son présent et maîtriser son avenir. On peut prendre l&#8217;exemple du droit à la retraite. Avant, l&#8217;avenir de celui qui est devenu trop vieux pour travailler ne pouvait être vécu que comme la menace d&#8217;un désastre : aller croupir à l&#8217;hospice pour indigents, par exemple. Avec le droit à la retraite, il ne vivra certes pas dans l&#8217;opulence, mais il disposera au moins des ressources minimales pour ne dépendre que de lui-même afin d&#8217;assurer ses besoins. S&#8217;il remplit les conditions requises, c&#8217;est-à-dire avoir travaillé et cotisé assez longtemps, il y a effectivement droit. Il est devenu propriétaire de droits.</p>
<p style="text-align: justify;">Le droit à la retraite est un élément parmi un large éventail de protections qui vont être rattachées au statut de travailleur : droit à la santé, à l&#8217;indemnisation en cas d&#8217;accident ou de chômage, droit du travail qui donne des garanties contre l&#8217;arbitraire patronal, etc. Les principaux aléas de la vie se trouvent de ce fait &#8220; couverts &#8221;, comme on dit.</p>
<p style="text-align: justify;">La promotion d&#8217;un véritable statut de l&#8217;emploi a été ainsi la base de la constitution d&#8217;un socle de ressources qui ont permis de juguler l&#8217;insécurité sociale. D&#8217;autant que cet éventail de protections ne va pas rester cantonné au monde du travail. Il couvre également les &#8220; ayants droit &#8221; du travailleur, c&#8217;est-à-dire son univers familial. Mais ces droits sociaux vont aussi s&#8217;étendre à pratiquement l&#8217;ensemble de la population, formant la base d&#8217;une <em>&#8220; société assurantielle &#8221;</em>, comme François Ewald l&#8217;a justement nommée [5].</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La remontée de l&#8217;insécurité sociale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette victoire sur l&#8217;insécurité sociale, point d&#8217;aboutissement d&#8217;un long processus commencé en France à la fin du XIXe siècle, paraît s&#8217;imposer pendant la période qui suit la Seconde Guerre mondiale jusqu&#8217;au début des années 1970. Elle est le produit de ce que l&#8217;on a appelé &#8220; le compromis social du capitalisme industriel &#8221;. Les intérêts du capital et des entreprises sont assurés, comme en témoigne le développement économique considérable qui a caractérisé ces années. En contrepartie, le monde du travail bénéficie de protections étendues : ce sera la promotion de cette sécurité sociale généralisée. C&#8217;est ainsi que l&#8217;insécurité sociale a pratiquement disparu parce qu&#8217;elle s&#8217;est dissoute dans cet édifice de protection monté dans la société salariale. Il reste bien aux marges de cette société une sorte de sous-prolétariat constitué d&#8217;individus qui n&#8217;ont pas pu ou pas voulu se plier aux contraintes d&#8217;un travail régulier. On parle à leur propos d&#8217;un &#8220; quart monde &#8221;, comme s&#8217;il subsistait des îlots de sous-développement évoquant le tiers monde et perpétuant des formes anciennes d&#8217;insécurité sociale au sein de la modernité. Mais on pense aussi en général que ce sont des survivances archaïques en voie de résorption avec la poursuite du progrès économique et social.</p>
<p style="text-align: justify;">La forme subtile d&#8217;équilibre entre les exigences de rentabilité du côté du capital et les exigences de sécurité du côté du monde du travail, à laquelle le capitalisme industriel était finalement parvenu, va se défaire avec la crise qui commence à faire sentir ses effets après le choc pétrolier de 1973. Une crise que l&#8217;on a interprétée dans un premier temps comme un blocage momentané de la croissance. Force a été cependant d&#8217;admettre, et le cataclysme financier de l&#8217;automne 2008 nous l&#8217;a récemment rappelé, qu&#8217;elle est beaucoup plus grave qu&#8217;une turbulence passagère. En fait, il s&#8217;agit d&#8217;un changement de régime du capitalisme lui-même, c&#8217;est la sortie du capitalisme industriel et l&#8217;entrée dans un nouveau régime, plus agressif, qui impose une concurrence exacerbée au niveau de la planète (mondialisation) sous l&#8217;hégémonie du capital financier international.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dynamique impose de nouvelles manières de produire et d&#8217;échanger. Elle prend ainsi à contre-pied les systèmes de régulation qui s&#8217;étaient instaurés à la fin du capitalisme industriel et qui étaient au coeur de son compromis social. Une autre manière de dire que l&#8217;insécurité sociale est de retour. Elle est de retour parce que les digues qui avaient permis de la combattre se rompent, les droits et les protections qui avaient été attachés au travail s&#8217;affaiblissent et parfois disparaissent.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette insécurité est d&#8217;abord la conséquence d&#8217;une profonde reconfiguration des relations de travail. En même temps que le chômage s&#8217;installe, la précarité se généralise. La catégorie des travailleurs pauvres est réapparue depuis une quinzaine d&#8217;années dans notre paysage social. On peut à nouveau travailler et être sur le fil du rasoir pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. On peut même, comme les allocataires du revenu de solidarité active (RSA), être un travailleur employé, mais dans des conditions tellement médiocres qu&#8217;il faut être en même temps un assisté puisqu&#8217;on dépend pour survivre de l&#8217;allocation dispensée par les services sociaux. Les frontières entre le travail et l&#8217;assistance se brouillent.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait décrire longuement ces situations qui font qu&#8217;un nombre croissant de gens vivent ou survivent à nouveau &#8220; au jour la journée &#8221;. De telles situations ne sont pas absolument inédites. Elles sont cependant nouvelles à l&#8217;échelle de la séquence historique qui avait permis de vaincre l&#8217;insécurité sociale en construisant de la sécurité à partir du travail. Car cette insécurité contemporaine n&#8217;est pas identique à l&#8217;ancienne. C&#8217;est une insécurité postérieure aux protections, une insécurité postérieure à la sécurité. Sans doute est-elle de ce fait plus difficile à vivre aujourd&#8217;hui qu&#8217;à une époque où l&#8217;insécurité sociale pouvait apparaître comme un destin commun et en quelque manière &#8220; normal &#8221; ou &#8220; naturel &#8221; parce qu&#8217;associé de tout temps à la condition populaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est cependant à coup sûr encore plus injuste dans une société moderne développée, où le problème n&#8217;est plus celui de la pénurie des biens, comme lorsque la survie d&#8217;une bonne partie de la population pouvait déprendre d&#8217;un hiver rigoureux ou d&#8217;une mauvaise récolte. Aujourd&#8217;hui, le problème est plutôt celui de la répartition des richesses dans une société qui en produit effectivement beaucoup, mais selon l&#8217;esprit de ce nouveau régime du capitalisme en jouant la recherche du profit pour le profit à travers la mise en concurrence de tous contre tous. Dans cette perspective, les droits sociaux et les protections attachées au travail apparaissent comme des obstacles qu&#8217;il faut lever pour maximiser la compétitivité des entreprises et promouvoir le libre jeu du marché. Mais cette armature de droits &#8211; droit du travail et protection sociale &#8211; était les digues qui, comme le dit Karl Polanyi, <em>&#8220; domestiquaient le marché &#8221;,</em> et leur levée se paie de la remontée de l&#8217;insécurité sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces analyses conduisent ainsi à penser que la seule manière de combattre cette remontée serait d&#8217;élaborer un nouveau compromis social. Un compromis qui doit être homologue, mais différent, de celui du capitalisme industriel entre les intérêts du marché qu&#8217;il faut bien prendre en compte s&#8217;il est vrai (et il est vrai) que nous sommes toujours en régime capitaliste. Et les intérêts du monde du travail mesurés en termes de sécurité et de protection.</p>
<p style="text-align: right;">Robert Castel</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>NOTES</strong></p>
<p><strong>(1)</strong> Dans <em>Mémoires,</em> par Pierre Le Pesant de Boisguilbert, cité dans <em>Correspondance des contrôleurs généraux des finances</em>, éd. 1874, tome 2, p. 531</p>
<p><strong>(2)</strong> Dans <em>Projet de dîme royale</em> (1710), par Sébastien Le Prestre de Vauban, 1907, p. 78.</p>
<p><strong>(3)</strong> Dans <em>De la charité dans ses rapports avec l&#8217;état moral et le bien-être des classes inférieures de la société</em>, par Charles-Marie Tanneguy Duchatel, 1829, p. 130.</p>
<p><strong>(4)</strong> Dans <em>Economie sociale</em>, par Charles Gide, 1902, p. 6.</p>
<p><strong>(5)</strong> Voir <em>L&#8217;Etat-providence,</em> par François Ewald, Grasset, 1986.</p>
<p><strong>Source</strong> : Alternatives Economiques Hors-série n° 089 – 3<sup>ème</sup> trimestre 2011 :</p>
<p>«  <em>La société française </em>»</p>
<p><a href="http://www.alternatives-economiques.fr/le-retour-de-l-insecurite-sociale_fr_art_1085_53893.html">http://www.alternatives-economiques.fr/le-retour-de-l-insecurite-sociale_fr_art_1085_53893.html</a></p>
<p>* Robert Castel est sociologue, Directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales).</p>
<p>Plus d’infos à : <a href="http://cems.ehess.fr/document.php?id=159">http://cems.ehess.fr/document.php?id=159</a></p>
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		<title>La Banque mondiale doit arrêter de prêter de l’argent aux accapareurs de terres</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/08/10/la-banque-mondiale-doit-arreter-de-preter-de-l%e2%80%99argent-aux-accapareurs-de-terres/</link>
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		<pubDate>Wed, 10 Aug 2011 21:28:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[par GRAIN* 14 juillet 2011 La Banque mondiale doit arrêter de prêter de l’argent aux accapareurs de terres comme CalyxAgro Des organisations de la société civile* d’Amérique latine, d’Europe et du monde entier, ont rédigé une lettre ouverte exhortant la Société financière internationale de la Banque mondiale à rejeter une proposition de financement concernant CalyxAgro, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>par GRAIN*</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AccaparementTerres.jpg"><img class="size-full wp-image-4922 aligncenter" title="AccaparementTerres" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AccaparementTerres.jpg" alt="" width="250" height="156" /></a></p>
<p><em>14 juillet 2011</em></p>
<p><strong><em>La Banque mondiale doit arrêter de prêter de l’argent aux accapareurs de terres comme CalyxAgro</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Des organisations de la société civile* d’Amérique latine, d’Europe et du monde entier, ont rédigé une lettre ouverte exhortant la Société financière internationale de la Banque mondiale à rejeter une proposition de financement concernant CalyxAgro, une entreprise spécialisée dans l’acquisition de terres agricoles en Amérique latine pour de riches investisseurs étrangers. CalyxAgro est une filiale de Louis Dreyfus, l’un des plus grands négociants de produits de base agricoles du monde. La Banque mondiale envisage de prêter jusqu’à 30 millions de dollars US à CalyxAgro pour l’aider à développer ses activités en Amérique latine.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette lettre accuse aussi la Banque de continuer à soutenir d’autres investisseurs qui comptent au nombre des plus grands accapareurs de terres de la planète.</p>
<p style="text-align: justify;">Voir la version intégrale de la lettre disponible en PDF :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lettre-ouverteBM-30.06.11.pdf">Lettre ouverteBM-30.06.11</a></p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.cadtm.org/La-Banque-mondiale-doit-arreter-de">http://www.cadtm.org/La-Banque-mondiale-doit-arreter-de</a></p>
<p>* <strong>G.R.A.I.N.</strong> : Genetic Ressources Action International, existe depuis 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">GRAIN est une petite organisation internationale à but non lucratif qui travaille à soutenir les petits agriculteurs et les mouvements sociaux dans leurs luttes pour des systèmes alimentaires contrôlés par la communauté et fondés sur la biodiversité.</p>
<p><a href="http://www.grain.org/">http://www.grain.org/</a></p>
<p>** <strong>Les signataires de la lettre</strong> :</p>
<p>Acción Ecológica, Ecuateur</p>
<p>Acción por la Biodiversidad, Argentine</p>
<p>Campagna per la Riforma della Banca Mondiale (CRBM), Italie</p>
<p>Centro Ecológico, Brésil</p>
<p>COECOCEIBA-Amigos de la Tierra Costa Rica</p>
<p>Confédération Paysanne, France</p>
<p>Corporate Europe Observatory</p>
<p>Focus on the Global South</p>
<p>Friends of the Earth International</p>
<p>GRAIN</p>
<p>La Via Campesina</p>
<p>Land Research Action Network (LRAN)</p>
<p>Red de Coordinación en Biodiversidad, Costa Rica</p>
<p>REDES-AT, Uruguay</p>
<p>SOBREVIVENCIA, Amigos de la Tierra Paraguay</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Enquête policière : &#8220;Le mystère de la chambre forte&#8221;</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/07/21/enquete-policiere-le-mystere-de-la-chambre-forte/</link>
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		<pubDate>Thu, 21 Jul 2011 11:34:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[par Jean-Marie Harribey Depuis que la crise financière sévit et que les dettes publiques ont explosé, beaucoup s’interrogent sur les questions monétaires et financières, et notamment sur la création monétaire par le système bancaire. D’où sort l’argent ? Y a-t-il un coffre secret enfermé dans une chambre forte dans lequel puise la banque centrale ? Ou bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>par <strong>Jean-Marie Harribey</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.M.Harribey.jpg"><img class="size-full wp-image-4809 aligncenter" title="J.M.Harribey" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.M.Harribey.jpg" alt="" width="70" height="90" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Depuis que la crise financière sévit et que les dettes publiques ont explosé, beaucoup s’interrogent sur les questions monétaires et financières, et notamment sur la création monétaire par le système bancaire. D’où sort l’argent ?</em></strong><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Y a-t-il un coffre secret enfermé dans une chambre forte dans lequel puise la banque centrale ? Ou bien une baguette magique faisant jaillir l’argent à profusion dont se délecte la spéculation ? Ou bien encore la richesse est-elle détournée ? La réponse est au terme d’une enquête policière qui, soyez-en sûr, vous fera passer l’été.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette enquête figure en épilogue du livre d’Attac, « <strong>Le piège de la dette publique, Comment s’en sortir</strong> » Les Liens qui libèrent, 2011.  L’éditeur a autorisé Jean-Marie Harribey à mettre un lien avec son site (<a href="http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/chambre-forte.pdf">http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/chambre-forte.pdf</a>) sur lequel figure ce texte.</p>
<p><strong>Télécharger le texte </strong>(13 pages ; format pdf)<strong> </strong>: <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/chambre-forte1.pdf">chambre-forte</a></p>
<p>Une invitation aussi à lire tout le livre.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong><em> </em>: mis en ligne le 12 juillet 2011 à l&#8217;adresse :</p>
<p><a href="http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/07/12/le-mystere-de-la-chambre-forte/">http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/07/12/le-mystere-de-la-chambre-forte/</a> <em> </em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>« Banques et entreprises restent de grandes utilisatrices de paradis fiscaux »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/07/13/%c2%ab-banques-et-entreprises-restent-de-grandes-utilisatrices-de-paradis-fiscaux-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 16:44:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Nos combats]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors que les discussions du G20 débuteront à l&#8217;automne, ONG et société civile préparent l&#8217;événement et se mobilisent d&#8217;ici les 4 et 5 novembre, date du G20 à Cannes. Paradis fiscaux, transparence et régulation sont au centre des revendications du CCFD. Le point avec Mathilde Dupré, Chargée de plaidoyer Financement du Développement au CCFD-Terre Solidaire. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Alors que les discussions du G20 débuteront à l&#8217;automne, ONG et société civile préparent l&#8217;événement et se mobilisent d&#8217;ici les 4 et 5 novembre, date du G20 à Cannes. Paradis fiscaux, transparence et régulation sont au centre des revendications du CCFD. </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Mathilde_Dupre.jpg"><img class="size-full wp-image-4757 aligncenter" title="Mathilde_Dupre" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Mathilde_Dupre.jpg" alt="" width="220" height="155" /></a></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><strong><em>Le point avec Mathilde Dupré, Chargée de plaidoyer Financement du Développement au CCFD-Terre Solidaire.</em></strong></em></strong></p>
<p>Propos recueillis par Véronique Smée</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Novethic :</strong> <strong>Des promesses de régulation ont été faites dans le cadre du G20. Quelles sont les avancées de la coopération internationale? </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mathilde Dupré :</strong> Il y a eu effectivement des engagements politiques sur les paradis fiscaux et, bien que nous soyons loin du compte aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il ne s’est rien passé depuis. Au sein du Forum mondial de l’OCDE, qui lutte contre l’évasion fiscale et le secret bancaire, une centaine d’Etats se sont engagés à échanger des renseignements à des fins fiscales et à se soumettre à un mécanisme d’évaluation par les pairs sur le respect de ces engagements. Aujourd’hui 60 Etats font l’objet d’un rapport, mais il faudra attendre 2014 pour avoir l’ensemble des informations. C’est un processus très long.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les flux financiers illicites qui sortent des pays du Sud sont estimés entre 800 et 1000 milliards d’euros selon le Global Financial Integrity. Or le G20 s’était engagé à publier la liste des territoires off-shore. Où en est-on ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La liste de l’OCDE ne compte plus que cinq Etats, et encore faut-il la trouver ! Sur cette question, non seulement les promesses du G20 n’ont pas été tenues, mais elles ont détourné l’attention sur la publication de ces fameuses listes, laissant de côté des pans entiers du sujet, notamment les « utilisateurs » de paradis fiscaux que sont les banques et les entreprises. Elles ont par ailleurs eu l’effet paradoxal de déplacer l’évasion fiscale vers d’autres territoires non listés&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>En France, la loi oblige depuis juin 2009 les banques à publier leurs implantations et la nature de leurs activités dans les territoires non-coopératifs définis par le gouvernement. Pour quels effets ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette loi reste dans la logique de liste des paradis fiscaux. La liste française en compte 18, mais ils représentent moins de 1% de la finance off-shore. Des banques ont effectivement publié des informations sur leurs implantations dans ces territoires, mais certaines ont préféré fermer leurs filiales pour les implanter sur d’autres territoires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles ont vos attentes pour le G20 et l’après-sommet ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une de nos principales recommandations est de développer un reporting pays par pays, en obligeant les entreprises à publier des informations financières détaillées pour tous les territoires où elles sont présentes. Nous demandons qu’elles déclarent leurs filiales et leur nom, leur chiffre d’affaires, les impôts versés et  le nombre de salariés. Ces informations sont indispensables pour avoir une vue globale des activités des entreprises. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et cette situation leur permet de découper leurs activités en concentrant les bénéfices dans des territoires off-shore.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un reporting pays par pays permettrait-il également d’éviter les fameuses transactions intra-groupes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Effectivement, environ 50% du commerce mondial se fait entre filiales du même groupe. Ces transactions intra-groupes leur permettent de déclarer artificiellement les bénéfices là où ils veulent. Dans le cas de Glencore, qui détient 60% de l’entreprise de cuivre Mopani en Zambie, et qui est implantée en Suisse, cette filiale revend le cuivre à sa holding à un prix en dessous du marché. Ensuite Glencore le réexporte au prix de marché. Entre temps, les bénéfices sont enregistrés en Suisse et échappent à tout impôt. Cette pratique est pourtant interdite par le « principe de pleine concurrence » de l’OCDE, qui demande aux entreprises d’appliquer les prix du marché. Dans un autre cas emblématique, celui de l’entreprise belge SABMiller étudié par Action Aid*, le groupe a déclaré sa filiale de production du Ghana déficitaire depuis 3 ans, alors qu’il est numéro 1 sur le marché africain de la bière…Les bénéfices ont été déclarés en Suisse, aux Pays-Bas et à l’Ile Maurice par le biais de transactions entre filiales qui échappent à tout contrôle. L’entreprise a donc pu se soustraire au versement d’impôts [23 millions selon le rapport d'Action Aid, ndlr], notamment au Ghana qui se retrouve ainsi privé de ces ressources.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Aujourd’hui les plus gros investisseurs en Chine ou en Inde émanent des paradis fiscaux. Comment les gouvernements peuvent-ils agir sur l’économie mondiale sachant qu’une grande partie des flux financiers échappent aux indicateurs ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les investissements étrangers en Chine sont effectivement réalisés à 71% par des fonds qui proviennent de Hong-Kong, Singapour, les Iles vierges britanniques, les Iles Caïman et l’Ile Maurice. L’utilisation de ces territoires fausse complètement les indicateurs de l’économie mondiale. Or ces informations sont indispensables pour détecter les grands déséquilibres mondiaux et permettre eux gouvernements d’agir. Il est évident qu’aujourd’hui une partie de la compréhension du problème échappe aux membres du G20.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>16 régions françaises se sont engagées à lutter contre les paradis fiscaux. Concrètement, quelles seront les conséquences pour leurs banques ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La coalition « <a href="http://www.endtaxhavensecrecy.org/fr">Stop paradis fiscaux</a> » a beaucoup travaillé avec élus et les collectivités locales sur le sujet.  Sur les 16 régions engagées, 9 ont demandé à leurs partenaires financiers de leur faire publier des informations financières, pays par pays, pour l’ensemble des territoires dans lesquels elles sont présentes. Elles ont demandé que ces informations soient publiées 6 mois au plus tard après la publication des rapports annuels, donc les résultats sont attendus pour septembre/octobre. Avant le dernier G20 finances en tout cas.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">* <em>SABMiller détient plus de 30% du marché de la bière au Ghana, et pourtant, ses bénéfices déclarés au Ghana représente seulement 0.69% de son chiffre d&#8217;affaires</em></p>
<p style="text-align: right;">Propos recueillis par Véronique Smée</p>
<p style="text-align: right;">12-07-2011</p>
<p><strong>Source </strong>:</p>
<p><a href="http://www.novethic.fr/novethic/isr_investissement_socialement_responsable,acteurs,banques_et_entreprises_restent_grandes_utilisatrices_paradis_fiscaux,134500.jsp?utm_source=newsletter&amp;utm_medium=Email&amp;utm_content=novethicInfo&amp;newsletter=ok">http://www.novethic.fr/novethic/isr_investissement_socialement_responsable,</a></p>
<p><a href="http://www.novethic.fr/novethic/isr_investissement_socialement_responsable,acteurs,banques_et_entreprises_restent_grandes_utilisatrices_paradis_fiscaux,134500.jsp?utm_source=newsletter&amp;utm_medium=Email&amp;utm_content=novethicInfo&amp;newsletter=ok">acteurs,banques_et_entreprises_restent_grandes_utilisatrices_paradis_fiscaux,134500.jsp?utm_source=newsletter&amp;utm_medium=Email&amp;utm_content=novethicInfo&amp;newsletter=ok</a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">EN SAVOIR PLUS </span>: </strong></p>
<p><strong> • Campagne « Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux » </strong>:</p>
<p>y participer sur : <a href="http://www.aidonslargent.org/">http://www.aidonslargent.org/</a></p>
<p><strong></strong><strong>•</strong> <strong>Comprendre les paradis fiscaux </strong>avec la petite brochure ludique </p>
<p><strong>« <a href="http://ccfd-terresolidaire.org/e_upload/pdf/paradisfiscauxbatok2_mdoke.pdf">Tax Toy</a> ».</strong></p>
<p><strong>• G20 et Paradis Fiscaux : Cannes un rendez-vous à ne pas manquer</strong></p>
<p><strong>Les <span style="text-decoration: underline;">vidéos</span> du colloque du 1er juillet 2011 disponibles</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Avril 2009 : le G20 annonce à Londres l’avènement d’une nouvelle ère de transparence et de coopération fiscales. Juillet 2011 : à quelques mois du sommet de Cannes, c’est l’heure de vérité. Pour les pays en développement, rien n’a vraiment changé. Pour les multinationales non plus. Certains acteurs, de la région Ile de France au Sénat américain, prennent des initiatives en faveur de la transparence.</p>
<p style="text-align: justify;">Les pays du G20 sauront-ils réagir et faire de Cannes une véritable étape dans la lutte contre les paradis fiscaux ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour répondre à ces questions, le CCFD-Terre Solidaire a organisé la troisième édition d’un colloque sur les paradis fiscaux, judiciaires et règlementaires qui a réuni plus de 120 participants vendredi 1er juillet 2011 au Palais Bourbon.</p>
<p>Vous trouverez ici les <a href="http://ccfd-terresolidaire.org/campagne-paradisfiscaux/presse/article/g20-et-paradis-fiscaux-cannes-un">vidéos</a> de cette journée d’échanges et d’information.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> • Du sommet du Mont Blanc, les sociétés civiles des pays du Sud interpellent les grands de ce monde</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/blason-OKOK.jpg"><img class="size-full wp-image-4756 aligncenter" title="blason-OKOK" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/blason-OKOK.jpg" alt="" width="194" height="194" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Le 23 juillet 2011</span>, 8 responsables d’ONG de développement partenaires du CCFD-Terre Solidaire venus du Liban, d’Haïti, du Cameroun, du Pérou, d’Inde, de Bolivie, du Sénégal et d’Afrique du Sud, vont gravir le Mont Blanc pour y tenir un Conseil de sécurité des pays pauvres. Une opération symbolique, en forme d’appel à une réforme de la gouvernance mondiale. « <em>Pour beaucoup d’acteurs du Sud, le fait de se faire entendre au niveau international devient une préoccupation majeure</em> », confirme Jean-Jacques Mbelle-Abega, de « Dynamique citoyenne », une coordination d’ONG camerounaise. « <em>La relation Nord/Sud est inégale et inefficace, </em>estime de son côté Gilbert Moukheiber, de l’association libanaise MADA. <em>Mais le « Printemps arabe » vient nous rappeler que rien ne changera si nous ne changeons pas nous-mêmes. Et cela passe par l’émergence d’un mouvement citoyen</em> ». « <em>A nous la parole, maintenant !</em> », clamera donc la cordée qui demande une participation de la société civile aux instances internationales telles que les G20 ou G8, mais aussi une réforme des Nations unies, la création d’un droit international de la dette et la régulation des multinationales. Le directeur général du CCFD, Bernard Pinaud, est à cet égard optimiste : « Il<em> y a dix ans, on nous riait au nez quand on demandait des taxes internationales pour financer le développement ou l’annulation de la dette des pays pauvres. Aujourd’hui, ça fait partie de l’agenda du G20.</em> »</p>
<p><a href="http://blog.ccfd-terresolidaire.org/anouslaparole/">http://blog.ccfd-terresolidaire.org/anouslaparole/</a></p>
<p><strong>•</strong> Coalition  des mobilisations :</p>
<p>« <strong>Les peuples d’abord, pas la finance ! </strong>»</p>
<p><a href="http://www.mobilisationsg8g20.org/">http://www.mobilisationsg8g20.org/</a></p>
<p><strong>• Combattre le système financier souterrain : un plan de Travail pour le G20</strong></p>
<p>Thème de la Conférence annuelle 2011 du « Task Force on Financial Integrity and Economic Development » ; elle aura lieu au Cercle National des Armées à Paris, le 6 et 7 Octobre 2011.</p>
<p><a href="http://www.financialtaskforce.org/fr/calendar/conference2011/">http://www.financialtaskforce.org/fr/calendar/conference2011/</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Vandana Shiva : « Le libre-échange, c’est la dictature des entreprises »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/07/06/vandana-shiva-%c2%ab-le-libre-echange-c%e2%80%99est-la-dictature-des-entreprises-%c2%bb/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2011/07/06/vandana-shiva-%c2%ab-le-libre-echange-c%e2%80%99est-la-dictature-des-entreprises-%c2%bb/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 06 Jul 2011 21:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[Éthique et vie]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Agnès Rousseaux, Nadia Djabali Écrivain, physicienne, prix Nobel alternatif, la militante écologiste indienne Vandana Shiva est une résistante infatigable contre les entreprises qui pillent son pays, comme Monsanto. Elle pose un regard lucide sur les enjeux de la période : crise écologique, financière, protectionnisme, risque nucléaire, OGM&#8230; Quelle civilisation sommes-nous en train de construire ? Comment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Agnès Rousseaux, Nadia Djabali</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Écrivain, physicienne, prix Nobel alternatif, la militante écologiste indienne Vandana Shiva est une résistante infatigable contre les entreprises qui pillent son pays, comme Monsanto. Elle pose un regard lucide sur les enjeux de la période : crise écologique, financière, protectionnisme, risque nucléaire, OGM&#8230; Quelle civilisation sommes-nous en train de construire ? Comment redonner du pouvoir aux citoyens face aux multinationales ? Comment construire de réelles alternatives globales ? </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/V.Shiva-Basta04.O7.11.jpg"><img class="size-medium wp-image-4729 aligncenter" title="V.Shiva-Basta04.O7.11" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/V.Shiva-Basta04.O7.11-300x198.jpg" alt="" width="300" height="198" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Entretien.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Basta !</em></strong><strong> : Les combats que vous menez sont liés à la souveraineté – alimentaire, sur les terres, l’eau, les semences. Qu’est-ce que la souveraineté ? En quoi est-ce un enjeu majeur du 21e siècle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vandana Shiva</strong> : La redéfinition de la notion de « souveraineté » sera le grand défi de l’ère post-globalisation. La mondialisation était fondée sur l’ancienne notion de souveraineté, celle des États-nations héritée de la souveraineté des monarques et des rois. La nouvelle notion de souveraineté est le fondement de la résistance à la mondialisation. Cette résistance se traduit par le slogan : « <em>Le monde n’est pas une marchandise. </em> » Actuellement, les Grecs disent : « <em>Notre terre n’est pas à vendre, nos biens ne sont pas à vendre, nos vies ne sont pas à vendre.</em>» Qui parle ? Les peuples. Revendiquer la souveraineté des peuples est la première étape de la souveraineté alimentaire, de l’eau ou des semences. Mais il y a une seconde partie : les peuples revendiquent le droit de protéger la Terre, et non celui d’abuser d’elle comme d’autres la maltraitent. Ainsi la souveraineté des terres, des semences, des rivières rejoint la souveraineté des peuples. Avec la responsabilité de protéger ce cadeau de la Terre et de le partager équitablement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour garantir cette souveraineté, faut-il fermer davantage les frontières ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aucune frontière n’est jamais totalement fermée. C’est comme la frontière de notre peau, qui nous protège de l’invasion de toute infection : des ouvertures permettent à la transpiration de sortir, pour maintenir notre équilibre, préserver notre santé. Toutes les frontières sont poreuses. Un corps souverain sait comment réguler ces entrées et sorties. Il sait quand trop de chaleur entre dans le corps. Il sait comment s’opposer aux virus. Quand un corps perd cette autonomie, cette souveraineté, il devient malade. C’est la même chose pour un pays, gouverné par un peuple souverain et autonome. Ce peuple peut dire : « <em>Notre lait est vendu 14 roupies/litre, votre lait européen qui débarque à 8 roupies/litre va détruire l’économie laitière en Inde, donc j’ai le droit de réguler ce qui entre.</em> » La régulation est vitale pour tout système vivant. La dérégulation, c’est l’appel de la mort. Un corps dérégulé meurt. De même, une nation, une économie dérégulée meurt.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne disons pas « non au commerce », mais « non au commerce dérégulé ». Non à un marché dérégulé où les conditions des échanges sont déterminées par l’avidité des entreprises, qui s’approprient nos impôts, créent des prix artificiels, entraînant dumping social et destruction de la souveraineté alimentaire. Ce système nuit aux paysans d’Inde. Et il nuit aux paysans d’Europe qui ne peuvent pas gagner leur vie, car les coûts de production sont supérieurs aux prix de vente du lait. L’agrobusiness et ses profits sont au centre de cette équation. Elle a pour conséquence le dumping, l’accaparement, le meurtre de nos paysans, le massacre de nos terres, et tous ces gens qu’on tue avec une alimentation empoisonnée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le protectionnisme peut-il être une solution face à cette exploitation du vivant, en empêchant les multinationales d’avoir accès à ces ressources qu’elles exploitent ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout comme nous devons redéfinir la notion de souveraineté, nous devons repenser la notion de protectionnisme. Un protectionnisme lié à la protection des écosystèmes, à l’écologie, est un impératif. Nous devons dire stop à la dévastation de nos rivières, stop aux déchets toxiques, stop au dumping des OGM par la manipulation des politiques mondiales par une multinationale. Cette protection est un devoir. Le cycle de Doha [<span style="text-decoration: underline;">1</span>] n’a entraîné aucun progrès depuis une décennie à cause d’un seul facteur : le problème de la subsistance des paysans. En 1993, nous avons organisé un rassemblement d’un demi-million de personnes pour faire pression sur le gouvernement indien : « <em>Si vous signez les accords du GATT, nos paysans vont mourir.</em> » Résultat : les accords du GATT ont été signés, et 250.000 paysans indiens se sont suicidés, notamment à cause de leurs dettes !</p>
<p style="text-align: justify;">Cet endettement des paysans est lié à une décision politique particulière : la dérégulation du marché des semences, qui a permis à Monsanto de devenir par exemple l’unique vendeur de semences sur le marché du coton. La multinationale contrôle 95% de ce marché et dicte les prix. Une équipe de scientifiques indiens vient de montrer que les OGM ne ne fonctionnent pas. Dans les champs, c’est manifeste : les paysans doivent utiliser 13 fois plus de pesticides avec les OGM. Ce qui est formidable pour Monsanto qui les commercialise. Mais une cause d’endettement pour les paysans, et donc une cause de suicides.</p>
<p style="text-align: justify;">La protection de nos paysans est un « protectionnisme vital ». Le protectionnisme est vu comme un « péché », car la dérégulation a été érigée en norme. Interférer dans la corruption, les manipulations et l’avidité des multinationales, c’est du protectionnisme. Et donc, pour certains, c’est mauvais. Non ! C’est un devoir social, c’est un devoir écologique. Et la cupidité des multinationales n’est pas un droit ! Elles écrivent à l’OMC, rédigent des accords et disent : « <em>Maintenant nous avons des droits et personne ne peut les changer.</em> » Nous les changerons.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous écrivez que « <em>le libre-échange est un protectionnisme pour les puissants</em></strong><strong> ». Doit-on construire un protectionnisme pour les plus « faibles » ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le libre-échange, dans la manière dont il a été façonné, n’est pas du tout libre. Il n’est pas démocratique. Cinq entreprises se rencontrent, écrivent un accord sur les droits de la propriété intellectuelle et cela donne à Monsanto le droit de considérer des semences comme sa « propriété intellectuelle » ! Cela permet à des entreprises comme Novartis de voler les médicaments aux plus pauvres et de les faire payer 10 fois plus cher. Un mois de traitement contre le cancer, avec les médicaments génériques disponibles en Inde, coûte 10.000 roupies. Et Novartis veut faire payer 175.000 roupies par mois. Quand le tribunal juge qu’il n’est pas possible de déposer un brevet, car ces médicaments existent déjà et que ce n’est pas une « invention », Novartis défie les lois indiennes. La plupart des Indiens ne pourront pas payer le prix demandé par la multinationale. Novartis répond : « <em>Seuls 15% de Indiens nous importent.</em> » Cinq entreprises ont écrit une loi sur la propriété intellectuelle, et affirment ensuite que 85% des gens peuvent mourir du manque de médicaments ! C’est un système criminel.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand cinq géants commerciaux, comme Cargill (multinationale états-unienne de l’agroalimentaire), rédigent l’accord sur l’agriculture, ils définissent l’alimentation non comme le droit de chaque humain à se nourrir, mais comme une marchandise qu’ils veulent contrôler. Ce n’est pas la liberté, ce n’est pas le libre-échange. C’est du commerce monopolistique, c’est du commerce coercitif. Cela revient à tuer des gens, car un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim dans le monde, à cause de ce système. Le libre-échange actuel, c’est la dictature des entreprises. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réelle liberté, pour chaque personne, chaque enfant, chaque femme, chaque espèce sur Terre. Une réelle liberté, liée à la vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous étiez récemment aux États-Unis dans le Wisconsin pour soutenir les manifestants qui se battent pour défendre leurs droits et les services publics. Les services publics sont-ils aussi un bien commun à protéger ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a deux types de biens communs. Les ressources vitales – eau, terre, semences, air, océans – données par la nature et modifiées par les humains. Et les services liés aux besoins essentiels : l’éducation, la santé, la façon de gérer nos villes, comme les services de lutte contre les incendies&#8230; Ce sont des services publics vitaux. Ce qui compte, c’est « l’esprit de service » : quand un pompier lutte contre le feu, quand il aide les gens, il ne regarde pas le danger. Et quand ces services sont privatisés, les coûts augmentent. Un tiers des emprunts en Inde sont liés à l’achat de médicaments. La principale raison pour laquelle les gens vendent leurs maisons aujourd’hui, c’est pour se soigner. La privatisation des services publics prive la société de ses droits. Nous devons les défendre comme des biens communs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pensez-vous que le mouvement altermondialiste puisse apporter des solutions aux crises globales : environnementale, économique, financière ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le mouvement altermondialiste a extrêmement bien réussi : nous avons rendu l’Organisation mondiale du commerce caduque. L’OMC ne s’est jamais relevé après les mobilisations lors du Sommet de Seattle, en 1999. On avait imaginé que 5.000 personnes viendraient à Seattle, et nous étions 30.000 ! On ne s’attendait pas à voir les syndicats. Ni les étudiants, qui étaient pourtant majoritaires. Le sommet de Doha en 2001 a ensuite été marqué par les événements du 11 septembre, avec une grande pression militaire. J’y étais. Certains ont dit aux gouvernements que s’ils ne signaient pas les accords de Doha, ils seraient traités comme des membres d’Al-Qaïda : « <em>Vous êtes avec nous ou contre nous.</em> » Résultat : rien n’a bougé à Doha, à cause de cette pression sur les gouvernements !</p>
<p style="text-align: justify;">Des mouvements plus ciblés ont aussi été très fructueux. Nous avons par exemple mis la question de la « souveraineté » sur l’agenda politique. Personne ne peut plus aujourd’hui ignorer cette question. Nous avons mis en avant la défense de l’eau comme un bien public. Et regardez le référendum en Italie ! 95% des Italiens ont dit non à la privatisation de l’eau. Idem dans le domaine des semences : je vais bientôt publier un rapport sur Monsanto, sur ses mensonges, sur la situation de monopole qu’ils ont créée et l’échec des technologies OGM à accroître les rendements. Le mouvement pour une alimentation sans OGM est très bien organisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le mouvement altermondialiste a besoin de franchir une nouvelle étape. Quand on parle de la Banque mondiale, du FMI et des plans d’ajustement structurels, la plupart des gens se focalisent sur les pays du Sud, sur le « monde en développement ». Mais aujourd’hui le FMI est en Europe ! En Grèce, en Irlande… Des pays en crise, non du fait d’une mauvaise gestion, mais à cause des banques de Wall Street, à cause d’un système financier corrompu qui a provoqué cette crise totale. Nous devons maintenant faire trois connections vitales. La première est la question Nord-Sud. Aujourd’hui tout le monde est « au Sud ». Le Nord ? Ce sont les multinationales et les gouvernements. Nous devons tous nous considérer comme le « monde du Sud » et nous organiser en fonction de cela. La seconde connexion nécessaire, c’est de dépasser le fossé entre économie et écologie. Dans nos esprits, mais aussi dans nos organisations. 45% des jeunes sont au chômage en Espagne, nous devons nous tourner vers l’écologie pour créer de nouvelles opportunités d’emploi, car ce ne sont pas les banques ou Wall Street qui les fourniront. La troisième connexion, c’est entre démocratie économique et démocratie politique. La démocratie a été réduite au droit de vote. Les responsables de la crise ont mis l’Espagne dans un tel état que José Zapatero est obligé d’agir contre ceux qui ont voté pour lui, et il perdra peut-être les prochaines élections. Si les politiques sont bons, ils ont les mains liées, et s’ils sont mauvais, ils sont une part du problème. Nous devons aller vers une démocratie profonde où les gens ont vraiment la possibilité de prendre des décisions.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous voulez un mouvement qui permette de sortir de la culture dominante de violence et de destruction. Mais face à la violence du système économique, des acteurs économiques, comment rester non-violents ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Personne n’a mieux parlé du pouvoir de la non-violence que Gandhi. « <em>Nous ne pouvons pas démanteler la maison du maître avec les outils du maître</em> », a dit la poétesse américaine Audre Lorde [<span style="text-decoration: underline;">2</span>]. Nous avons besoin d’outils différents. Ils doivent être non-violents, parce que la non-violence est plus soutenable, et qu’elle efface vos peurs. Ceux qui luttent de manière violente doivent se cacher tout le temps. Je préfère me tenir droite face aux multinationales pour leur dire ce que je pense d’elles. Agir « sans peur » est notre plus puissante arme. Et la non-violence crée également un soutien plus large. Et nous vivons à une époque où une poignée de personnes ne peut pas mener les batailles pour toute la société. C’est toute la société qui doit être engagée. Les actions non-violentes sont une invitation à toute la société à participer au combat.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous dites que dans la civilisation industrielle prédomine en permanence le vocabulaire de la guerre. Notre civilisation est-elle en état de guerre ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le paradigme dominant de la civilisation industrielle est définitivement un paradigme de guerre. Des scientifiques comme Newton ou Descartes ont créé ce cadre : tous enseignent la guerre de l’humanité contre la nature. Tout est défini à partir de cela. Les outils eux-mêmes sont liés à la conquête sur la nature. Regardez les noms des pesticides : Round Up, Scepto, Machete. Il est toujours question de « tuer ». Mais on ne peut pas gérer la vie à travers le meurtre. Un élément crucial du mouvement émergent est de faire la paix avec la Terre et la paix dans nos esprits. Et ce qui est beau, c’est qu’alors tout devient possible. Quand vous réalisez que tout est en relation, de nouvelles communautés peuvent être créées. Quand vous réalisez que nous sommes partie prenante de la Terre, de nouvelles opportunités de travail peuvent être créées. Si vous pensez que vous êtes en guerre, vous passez tout votre temps à la conquête violente. Cela demande beaucoup d’énergie, et détruit beaucoup. Et ça ne laisse pas de place pour l’humanité, et pour les autres espèces.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’énergie nucléaire est-elle une dimension de cette guerre de l’homme contre la Terre et contre lui-même ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aux débuts de l’utilisation de l’atome, il y a la Seconde Guerre mondiale. Même quand il n’est pas question d’armes nucléaires, la technologie nucléaire est toujours guerrière. La fission de l’atome, c’est déjà une guerre. Utiliser la fission de l’atome pour faire bouillir de l’eau est d’ailleurs une stupidité. Et que dire de cette énorme quantité de déchets qui vont perdurer pendant 250.000 années ! Nous avons besoin de plus en plus d’énergie, pour maintenir la sécurité énergétique. C’est une guerre permanente. Le nucléaire est une guerre injustifiée et infondée contre la Terre et l’humanité. Fukushima a été un réveil. Cette catastrophe nous montre que nous ne sommes pas plus puissants que la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">La plus grande centrale nucléaire du monde est construite en ce moment en Inde, à Jaitapur, par Areva. Tout ce projet repose sur des subventions, y compris l’accaparement de terres fertiles. Et quand les habitants osent dire non, par des manifestations contre cette centrale, ils se font tuer. Personne ne peut protester. Les gens ne sont pas autorisés à se réunir. Tous les élus locaux ont démissionné, affirmant qu’ils n’ont plus aucune raison d’être s’ils ne peuvent pas se réunir pour prendre des décisions. Si vous allez à Jaitapur, vous verrez une zone de guerre. J’espère que les Français rejoindront les habitants de Jaitapur pour demander à Areva de se retirer de ce projet. Et nous pourrons alors vivre en paix.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Peut-on « réformer » notre civilisation ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout d’abord, y aura-t-il une civilisation ? Nous avons deux options : soit continuer dans la voie actuelle et nous enfoncer dans une impasse. Une impasse économique, comme avec la Grèce ; politique, comme ce qui a mené au printemps arabe ; écologique, comme nous le voyons partout, quand les ressources naturelles sont volées aux peuples pour alimenter l’économie mondiale. La seconde voie que l’on peut suivre, c’est celle de la paix. Une paix qui n’est pas un signe de faiblesse, mais un signe de force. Ceux qui sont exclus aujourd’hui, ceux qui ne sont pas partie prenante de la guerre de conquête, joueront alors un rôle de leadership : les communautés indigènes, les jeunes, les femmes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">La construction de cette paix façonnera la nouvelle prospérité. Nous avons été fous de penser que plus il y aurait d’argent dans le monde, et dans les poches des banques, des grosses entreprises et des nouveaux oligarques, meilleure serait la société. La crise grecque est causée par des banques. Et les gens disent : « <em>Basta ! Plus jamais ça ! Nous ne donnerons pas plus.</em> » La réelle prospérité, c’est la santé de la nature et des humains. C’est une communauté forte où chacun peut prendre soin des uns des autres. La civilisation que nous devons construire est une civilisation de larges réseaux de communautés souveraines, organisées de manière autonome, et non dominées par un pouvoir centralisé, politique ou économique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voyez-vous des signes d’espoir aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je vois des signes d’espoir partout où il y a une résistance. Chaque communauté en Inde qui se bat contre l’accaparement des terres, qui participe à notre mouvement <a href="http://www.navdanya.org/">Navdanya</a> pour que les semences restent un bien public, tous ceux qui tournent le dos à l’économie suicidaire de Monsanto ou pratiquent l’agriculture biologique. Toute communauté qui se bat contre la privatisation de l’eau. Tout ce qui se passe dans les rues de Madrid, en Irlande, en Islande, en Grèce. Les résultats du référendum en Italie sur le nucléaire ou la privatisation de l’eau. Ce sont d’incroyables signes d’espoir. Ce qu’il faut maintenant, c’est une nouvelle convergence mondiale, de tous les combats. Et un déchaînement de notre imagination : il n’y a pas de limites à ce que nous pouvons construire.</p>
<p style="text-align: right;">Propos recueillis par Agnès Rousseaux</p>
<p style="text-align: right;">Vidéo : Nadia Djabali</p>
<p style="text-align: right;">4 juillet 2011</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">[<span style="text-decoration: underline;">1</span>] placé en 2001 sous l’égide de l’OMC était constitué d’une série de négociations portant principalement sur l’agriculture et l’accès des pays en développement au marché des prix agricoles. Aucun accord n’est survenu.</p>
<p style="text-align: justify;">[<span style="text-decoration: underline;">2</span>] « The master’s tools will never dismantle the master’s house »</p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.bastamag.net/article1622.html">http://www.bastamag.net/article1622.html</a></p>
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		<title>Pourquoi la crise frappe l&#8217;Union européenne</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jul 2011 10:18:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Économie & Société]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE SOCIÉTÉ AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Eric Toussaint * L&#8217;impact sur l&#8217;Union européenne a été beaucoup plus violent que sur les institutions politiques et monétaires américaines, alors que la crise est née, en 2007, aux Etats-Unis. En fait, la crise qui secoue la zone euro n&#8217;est pas une surprise, elle est un avatar des deux principes qui régissent cette zone [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Eric Toussaint *</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L&#8217;impact sur l&#8217;Union européenne a été beaucoup plus violent que sur les institutions politiques et monétaires américaines, alors que la crise est née, en 2007, aux Etats-Unis. En fait, la crise qui secoue la zone euro n&#8217;est pas une surprise, elle est un avatar des deux principes qui régissent cette zone : marché unique des capitaux et monnaie unique.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/europe-flag-150x150.jpg"><img class="size-full wp-image-4705 aligncenter" title="europe-flag-150x150" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/europe-flag-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Plus largement, elle est la conséquence des logiques qui dominent l&#8217;intégration européenne : la primauté donnée aux intérêts des grandes entreprises industrielles et financières privées, la large promotion des intérêts privés, la mise en compétition à l&#8217;intérieur de l&#8217;espace européen d&#8217;économies et de producteurs qui ont des forces tout à fait inégales, la volonté de retirer aux services publics un nombre croissant de domaines d&#8217;activité, la mise en concurrence des salariés entre eux, le refus d&#8217;unifier vers le haut les systèmes de sécurité sociale et les règles du marché du travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela poursuit un objectif précis, celui de favoriser l&#8217;accumulation maximale de profits privés, en mettant à disposition du capital une main-d&#8217;oeuvre la plus malléable et la plus précaire possible. En Allemagne, en septembre 2010, parmi les salariés, 7,3 millions de personnes ne disposaient que d&#8217;un mini-job à temps partiel rémunéré 400 euros par mois.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à cette explication, on pourrait rétorquer que ces logiques dominent aussi l&#8217;économie des Etats-Unis. Il faut donc prendre en compte également d&#8217;autres facteurs : alors que les besoins de crédit des gouvernements des autres pays développés, dont celui des Etats-Unis, peuvent être satisfaits par leur banque centrale, notamment par l&#8217;intermédiaire de la création monétaire, les pays membres de la zone euro ont renoncé à cette possibilité.</p>
<p style="text-align: justify;">De par ses statuts, la Banque centrale européenne (BCE) a l&#8217;interdiction de financer directement les Etats. De plus, en vertu du traité de Lisbonne, la solidarité financière entre les Etats membres est interdite. Selon son article 125, les Etats doivent assumer seuls leurs engagements financiers, ni l&#8217;Union ni les autres Etats ne pouvant les prendre à leur charge.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;UE se place donc au service des marchés financiers, puisque les gouvernements des pays de la zone euro dépendent du secteur privé pour leur financement. Les investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, assurances) et des hedge funds (fonds spéculatifs) se sont attaqués en 2010 à la Grèce, maillon le plus faible de la chaîne européenne d&#8217;endettement, avant de s&#8217;en prendre à l&#8217;Irlande, au Portugal et à l&#8217;Espagne.</p>
<p style="text-align: justify;">En agissant de la sorte, ils ont réalisé de juteux profits, car ils ont obtenu de ces pays une rémunération importante en termes de taux d&#8217;intérêt versés par les pouvoirs publics pour pouvoir refinancer leurs dettes.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi ces investisseurs institutionnels (les &#8220;zinzins&#8221;), ce sont les banques privées qui ont fait le plus de profits, car elles pouvaient directement se financer auprès de la BCE en lui empruntant des capitaux à 1 % de taux d&#8217;intérêt (1,25 % depuis fin avril), alors que, dans le même temps, elles prêtaient sur une durée de trois mois à la Grèce à des taux d&#8217;environ 4 % ou 5 %.</p>
<p style="text-align: justify;">A dix ans, elles n&#8217;acceptent d&#8217;acheter des titres grecs, irlandais ou portugais que si l&#8217;intérêt dépasse 10 %. En lançant leurs attaques contre les maillons les plus faibles, les &#8220;zinzins&#8221; étaient également convaincus que la BCE et la Commission européenne devraient d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre venir en aide aux Etats victimes de la spéculation en leur prêtant les capitaux qui leur permettraient de poursuivre les remboursements. Ils ne se sont pas trompés.</p>
<p style="text-align: justify;">La Commission européenne a plié et a octroyé, en collaboration avec le Fonds monétaire international (FMI), des prêts aux Etats membres de l&#8217;eurozone. Elle n&#8217;a donc pas respecté à la lettre l&#8217;article 125 du traité de Lisbonne.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;autres différences majeures entre UE et Etats-Unis existent. Les Etats membres des Etats-Unis ne sont pas confrontés entre eux au problème du déficit commercial comme la Grèce l&#8217;est à l&#8217;égard du reste de l&#8217;UE et en particulier de l&#8217;Allemagne. En outre, une grande partie de la dette publique aux Etats-Unis est fédérale. C&#8217;est la dette de l&#8217;Union, et la dette des Etats membres constitue une part minoritaire de la dette publique totale et elle est achetée par la Réserve fédérale américaine (Fed).</p>
<p style="text-align: justify;">Washington ne rencontre pas (encore) de problème de financement de sa dette publique, car, grâce à leur prétendue sécurité, les bons du Trésor américain sont très prisés sur les marchés internationaux, alors qu&#8217;ils n&#8217;offrent qu&#8217;une rémunération très faible. Enfin, aux Etats-Unis, une série de dépenses publiques importantes sont à charge du budget fédéral ou sont garanties par celui-ci alors que le budget de l&#8217;UE n&#8217;est qu&#8217;une peau de chagrin.</p>
<p style="text-align: justify;">La crise qui a démarré aux Etats-Unis s&#8217;est répandue de manière très marquée à la zone euro. Au cours des trente dernières années, les maillons faibles de l&#8217;endettement international se situaient en Amérique latine, en Asie ou dans les pays dits &#8220;en transition&#8221; de l&#8217;ex-bloc soviétique, mais la situation a changé. L&#8217;épicentre de la crise se situe aujourd&#8217;hui dans l&#8217;Union européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">Les autorités européennes et nationales réagissent en appliquant des mesures néolibérales qui ont démontré leur caractère injuste du point de vue social et leur inefficacité du point de vue de la relance économique. Le FMI accompagne cette orientation. Plus que jamais, il faut revoir radicalement les fondations de la construction européenne et les choix économiques qui y sont opérés.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Eric Toussaint</strong></p>
<p><strong>* Eric Toussaint </strong>: Président du<em> Comité pour l&#8217;annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) Belgique</em>,</p>
<p>auteur de<em> &#8221; La Dette ou la vie &#8220;, </em>Aden Editions, Mai 2011, 350 p., 20 € (coordonné par Damien Millet et Eric Toussaint).<em> </em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source </strong>: Le Monde daté du 30 juin 2011<em> </em></p>
<p><em> </em></p>
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