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	<title>NSAE &#187; Visages d&#8217;évangile</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Au Brésil, le droit à la terre, un droit à la vie</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 16:51:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Maurice Lemoine Religieux dominicain, avocat, Henri Burin des Roziers appartient à la Commission pastorale de la terre (CPT), créée par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), et, dans ce cadre, s’est engagé corps et âme dans la défense des paysans « sans terre » de son pays d’adoption. Le 22 septembre, à Paris, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Maurice Lemoine</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>R</em></strong><em><strong>eligieux dominicain, avocat, Henri Burin des Roziers appartient à la Commission pastorale de la terre (CPT), créée par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), et, dans ce cadre, s’est engagé corps et âme dans la défense des paysans « sans terre » de son pays d’adoption. Le 22 septembre, à Paris, à l’invitation du Pôle Amérique latine du Service de la Mission à la Conférence des évêques de France, il a fait le point de la situation dans l’ensemble du pays et dans l’Etat amazonien où il réside, le plus violent de tous, le Pará.</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HenriBurindesR.jpg"><img class="size-full wp-image-5331 aligncenter" title="HenriBurindesR" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HenriBurindesR.jpg" alt="" width="200" height="297" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Du Brésil, Henri Burin des Roziers ne rapporte pas qu’une image négative. S’amusant de ce que, il y a quelques décennies, personne ne considérait ce géant comme « un pays sérieux », il en souligne l’émergence sur la scène internationale et, évoquant les deux mandats du président Luiz Inácio Lula da Silva (1er janvier 2003 &#8211; 31 décembre 2010), il insiste sur la réduction – de trente millions à quinze millions de personnes – de l’extrême pauvreté : « On ne peut pas ne pas être en admiration devant ce qui a été fait. »</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, ajoute-t-il aussitôt, quelques fortes ombres obscurcissent le tableau. Et, parmi elles, celle de la paysannerie. « Durant sa campagne de 2002, Lula avait dit : “Si je suis élu président de la République, et si je ne peux faire qu’une seule chose, ce sera la réforme agraire. ” Or, il ne l’a pas fait. »  Quelques chiffres :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>47,86 % des propriétaires possèdent moins de 10 hectares</li>
<li>38,05 % des propriétaires possèdent de 10 à 100 hectares</li>
<li> 0,91 % des propriétaires possèdent plus de 1000 hectares</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Dit autrement…</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>15 000 grands propriétaires possèdent plus de 2 500 hectares (soit, à eux seuls, 98 millions d’ha)</li>
<li>4 500 000 paysans disposent de moins de 100 hectares (pour un total de 70 millions d’ha)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Et l’on estime de quatre à cinq millions le nombre des « sans terre ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour commencer à résorber cette armée d’exclus, les experts du Parti des travailleurs (PT) avaient fixé comme objectif l’attribution de terre à 500 000 familles lors du premier mandat et, dans l’hypothèse d’une réélection (qui s’est produite), à 500 000 autres lors du second. « Mais, très vite, Lula et son gouvernement ont choisi l’option de l’agro-industrie, qui repose sur le soja [dont le Brésil est le premier producteur mondial], la canne à sucre [pour les biocarburants] et l’élevage, tous produits qui rapportent énormément de devises à l’exportation. » Du fait de ce choix favorisant les fazendeiros [1] et la concentration foncière, 390 000 familles seulement ont accédé à la terre de 2003 à 2006 et environ 230 000 lors du second mandat. On est donc loin du compte et des prévisions, sachant que « l’actuelle présidente Dilma Rousseff mène la même politique », précise Burin des Roziers.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’Etat amazonien du Pará, véritable Far West (bien que situé au nord) brésilien – 212 assassinats de paysans ou de leurs défenseurs depuis 1996 –, 50 % de la forêt ont été détruits en trente ans (20 000 km2 avant Lula, 6000 après son accession à la tête de l’Etat). Considéré jusqu’en 2006 comme « le roi du bétail », le groupe Quagliatto occupe à lui seul près de 100 000 hectares sur lesquels paissent 250 000 bestiaux destinés à alimenter les boucheries et fast-food des pays développés. Depuis 2006 s’y sont ajoutées 650 000 bêtes sur les 500 000 hectares dont s’est emparé le groupe Santa Barbara. Deux autres grands propriétaires possèdent un million d’hectares. Sachant par ailleurs que des surfaces considérables demeurent inexploitées et devraient donc, selon la loi, car n’accomplissant aucune fonction sociale, être expropriées [2]. Cherchez l’erreur : depuis juillet 2011 (pour ne prendre que cette période), plus de mille familles ont été expulsées des terres qu’elles occupaient dans le Pará, parfois par des tueurs à gage – les pistoleiros –, parfois par les troupes de choc de la police de l’Etat.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Brésil2è.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5332 aligncenter" title="Brésil2è" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Brésil2è-300x184.jpg" alt="" width="300" height="184" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Quantité de ces déshérités vivent dans une situation catastrophique, parfois depuis plusieurs années, sous des bâches, au bord des routes, sur un espace public très étroit – une quinzaine de mètres entre la chaussée et la clôture des exploitations. D’autres, ne se résignant pas à la précarité de ces acampamentos, occupent les terres des fazendeiros, dont beaucoup, porteurs de titres de propriété frauduleux, bafouent ouvertement les lois. C’est pourtant sur leurs victimes que s’abat la rigueur des dites lois – la « justice » manifestant plus que des accointances avec les « puissants ». Sans toutefois amener « les petits » à se résigner. « Je connais des communautés qui ont été expulsées trois fois de leur terre, de façon violente, témoigne Burin des Roziers, et qui sont revenues trois fois. Leur détermination a payé car, finalement, le gouvernement a décidé d’exproprier. » On ne peut malheureusement faire de ces quelques réussites une généralité. En 2010, le Mouvement des sans terre (MST) a dû organiser une marche gigantesque réclamant la réforme agraire [3]. Cette année encore, en juin, la « marche Margarita » a rassemblé entre 50 000 et 70 000 personnes à Brasilia pour faire pression sur le gouvernement en faveur de l’agriculture familiale des petites exploitations – c’est-à-dire, in fine, celle qui alimente la population.</p>
<p style="text-align: justify;">Tandis que le pouvoir traîne manifestement les pieds – 200 députés « ruralistes » (sur un total de 580) exerçant une forte pression au Parlement –, les fazendeiros, eux, engagent le dialogue « à balles réelles ». Ainsi, pour 2010…</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Conflits : 1 186 (dont 207 dans le Pará)</li>
<li>Assassinats : 34 (dont 18 dans le Pará)</li>
<li>Menaces de mort : 125 (dont 30 dans le Pará)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Avec la modestie qui accompagne généralement les courageux serviteurs de la « théologie de la libération », Burin des Roziers ne s’étend pas sur les menaces dont il est lui-même régulièrement l’objet. Comme nombre de syndicalistes et de religieux défenseurs des droits des plus pauvres, il doit être protégé par la police – le 12 février 2005, la missionnaire américaine Dorothy Stang (73 ans) est tombée sous les balles de deux pistoleiros. Il note simplement que de tels niveaux de violence sont favorisés par l’impunité : « Entre 1985 et 2001, rappelle-t-il, 1 580 assassinats n’ont débouché que sur 94 procès, la condamnation de 22 commanditaires des crimes, un seul ayant exécuté sa peine [l’assassin de sœur Dorothy]. »</p>
<p style="text-align: justify;">Tandis que les supposés propriétaires s’enrichissent de leur sueur, des milliers de travailleurs saisonniers dépourvus de terre et n’ayant d’autre choix que de louer leurs bras vivent dans des conditions désastreuses, trompés, mal payés, humiliés. Il leur arrive même de se retrouver assujettis à la plantation qui les emploie, menacés de mort et tués s’ils s’enfuient. Trois mille « travailleurs esclaves » ont ainsi été libérés par les autorités en 2010 [4].</p>
<p style="text-align: justify;">La voix de Burin des Roziers se brise lorsqu’il évoque, pour clore son témoignage, le mémorial érigé à Eldorado do Carajas (Pará). Là, le 17 avril 1996, la répression par la Police militaire d’une manifestation pacifique a blessé soixante-quatre personnes et entraîné la mort de dix-neuf paysans (dont au moins dix exécutés à bout portant). C’est là qu’ont été dressés, en leur mémoire, chacun portant un nom, dix-neuf troncs calcinés. « Ce mémorial est le symbole de ce qui se passe actuellement. Ce modèle de développement, l’agro-business, tue la nature, tue les hommes, tue la vie. »</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Maurice Lemoine</strong></p>
<p style="text-align: right;">Texte et photos - 28 septembre 2011</p>
<p><strong>NOTES</strong></p>
<p style="text-align: justify;">[1] Grands propriétaires.</p>
<p style="text-align: justify;">[2] L’article 184 de la Constitution de 1988 stipule : « Il incombe à l’Union de s’approprier, par intérêt social, aux fins de la réforme agraire, le bien rural qui n’accomplit pas sa fonction sociale. »</p>
<p style="text-align: justify;">[3] Sur l’ensemble du Brésil, environ 100 000 familles vivent dans des campements organisés par le MST.</p>
<p style="text-align: justify;">[4] Il convient de souligner qu’en matière de répression du « travail esclave » un effort considérable a été accompli durant la présidence de Lula.</p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.medelu.org/Au-Bresil-le-droit-a-la-terre-un">http://www.medelu.org/Au-Bresil-le-droit-a-la-terre-un</a></p>
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		<title>Sœur Martine : le HLM est son couvent</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Aug 2011 20:28:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Le reportage ci-après fait partie d’une série consacrée à la cité des 4000 de la Courneuve dans le département de la Seine-Saint-Denis, réalisée par Aline Leclerc et Elodie Ratsimbazafy, à la rencontre des habitants d’une « zone urbaine sensible » ; commencé en 2010, leur blog de reportage doit se poursuivre jusqu’en juin 2012. La première fois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le reportage ci-après fait partie d’une série consacrée à la cité des 4000 de la Courneuve dans le département de la Seine-Saint-Denis, réalisée par Aline Leclerc et Elodie Ratsimbazafy,</em></strong> <strong>à la rencontre des habitants d’une « zone urbaine sensible » ; commencé en 2010, leur blog de reportage doit se poursuivre jusqu’en juin 2012.</strong></p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine.jpeg"><img class="size-medium wp-image-4944 aligncenter" title="SrMartine" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La première fois que nous avons rencontré Martine, c&#8217;était au milieu de ses anciennes voisines, au pied de Balzac, <a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/07/21/au-revoir-mouvemente-a-la-barre-balzac/">le premier jour de la démolition</a>. Le cercle ne cessait de s&#8217;agrandir offrant chaque fois de joyeuses scènes de retrouvailles, de rires et d&#8217;embrassades. <em>&#8220;On a été dispersé, ce n&#8217;est plus pareil. Y a une nostalgie&#8221;</em> confie Martine. Comme beaucoup d&#8217;autres, elle a accepté de traverser &#8220;la frontière&#8221; : l&#8217;avenue du Général-Leclerc, cette diagonale qui traverse le quartier et pour certains, pose en rivales les barres jumelles : Balzac d&#8217;un côté, le Mail de l&#8217;autre. Martine a quitté la première pour la seconde. <em>&#8220;Nous appartenons maintenant aux deux côtés du quartier. Ce n&#8217;est pas anodin. Car nous, les Petites sœurs de Jésus, sommes particulièrement appelées à vivre sur les lieux de frontières, entre les peuples, entre les religions&#8230; Pour rencontrer celui qui est différent, s&#8217;ouvrir à l&#8217;autre&#8221; </em>dit-elle dans un sourire. Croix discrète autour du cou, Martine est en effet ce qu&#8217;on appelle familièrement une &#8220;bonne sœur&#8221;. Mais elle a préféré les HLM au couvent.</p>
<p style="text-align: justify;">Des religieuses de la congrégation des <a href="http://petitessoeursjesus.catholique.fr/">Petites Sœurs de Jésus</a> vivent aux cœurs des 4000 depuis 1985. Un ordre de contemplatives, mais au milieu du monde. <em>&#8220;A chacun son appel. Moi, ce fut vraiment de vivre la recherche continuelle de Dieu, minute par minute, à travers la relation à l&#8217;autre, dans une vie ordinaire. Nous ne sommes pas là pour faire de la retape et faire des chrétiens autour de nous. On est là pour vivre ces relations toutes simples avec nos voisins. Dieu se dit dans toutes ces rencontres. Et c&#8217;est ça que j&#8217;ai choisi : cette imbrication du plus ordinaire avec le plus extraordinaire qui est la relation avec Dieu.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>&#8220;J&#8217;ai découvert que le béton était habité !&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les biscuits délicieux que sa voisine turque est venue lui porter&#8230; Les enfants d&#8217;à côté qui lui sautent au cou quand ils la croisent dans l&#8217;escalier&#8230; Les discussions, le partage, la solidarité&#8230; Martine ne subit pas sa vie aux 4000. Elle peint au contraire par ces petits détails, la joie de vivre au quotidien dans ce quartier métissé.  <em>&#8220;Il y a une vie quasi de famille, les uns avec les autres. Mais c&#8217;est difficile à raconter. Comment raconter des choses aussi simples?&#8221;</em> Diangou, son ancienne voisine de Balzac a trouvé une jolie expression : <em>&#8220;Martine ? Mes enfants sont nés dans sa main !&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">La Sœur ne connaissait pas la vie de cité. Lorsqu&#8217;elle est arrivée aux 4000, la première fois, en 1989, et qu&#8217;elle a vu les grands ensembles qui barraient l&#8217;horizon, sa première réaction a été la même que tous les nouveaux venus : <em>&#8220;Mais on est complètement cinglé de s&#8217;entasser comme ça ! Après,</em> dit-elle, <em>j&#8217;ai découvert que le béton était habité ! Du coup, j&#8217;ai aimé tout de suite</em> <em>!&#8221;</em> Sont alors revenus des souvenirs de sa petite enfance et sa <em>&#8220;vie d&#8217;immeuble&#8221;</em> à Lyon. &#8220;<em>On allait chez les uns, chez les autres, on jouait tous dehors&#8230; Quand nous en sommes partis, j&#8217;ai gardé la nostalgie de cette convivialité très forte. Et je crois que c&#8217;est ce que j&#8217;ai retrouvé ici, quelque chose de ce vivre ensemble qui a été perdu dans d&#8217;autres endroits de la société française. &#8221; </em></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, Martine est devenue une Courneuvienne comme les autres. L&#8217;appartement qu&#8217;elle habite avec trois autres sœurs depuis leur départ de Balzac, il y a trois ans, ressemble beaucoup à celui de <a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2010/06/18/ici-toutes-les-familles-se-ressemblent-un-peu/">Samira</a>, qu&#8217;elle connaît bien, deux porches plus loin. A une exception près : ici près du séjour, pas de chambre d&#8217;enfants, mais un lieu de prière, &#8220;la chapelle&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette ville communiste depuis plus de cinquante ans, et ce quartier désormais à forte majorité musulmane, on pourrait croire que le F4 des sœurs catholiques fait figure de réserve d&#8217;indiens. Ce serait une méprise, qu&#8217;on comprend tout de suite en parlant d&#8217;elles dans le quartier : athées comme musulmans évoquent spontanément une kyrielle de souvenirs communs. Ici, les sœurs sont d&#8217;abord des voisines sur qui on peut compter.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>&#8220;Notre amitié sape à la base tout préjugé&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> &#8220;Je me sens plus proche de quelqu&#8217;un qui a le cœur ouvert quelle que soit sa religion que de quelqu&#8217;un qui a le cœur fermé même si nous sommes de la même confession&#8221;</em> lance Martine de but en blanc, avant de développer. <em>&#8220;Avec ceux qui disent &#8216;moi je ne crois pas en Dieu&#8217; mais disent &#8216;je crois en l&#8217;humanité&#8217;, on se retrouve. Quant aux voisins musulmans, l&#8217;amitié sape à la base tout préjugé qu&#8217;on peut avoir les uns sur les autres. On démontre qu&#8217;on est heureux de vivre les uns avec les autres, et qu&#8217;on peut se comprendre y compris quand on parle de notre foi : on a des mots personnels, et on se retrouve non pas face à des dogmes, à des choses apprises par cœur, mais face à un vécu.&#8221; </em></p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, tout ne va pas toujours de soi. Martine raconte ainsi cette discussion tendue avec une amie qui voulait à tout prix faire prévaloir le Coran sur l&#8217;Evangile, un éloge de la différence. (<em>Enregistrement disponible à écouter sur le site d&#8217;origine</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette ville qui compte plus de 80 nationalités et autant de langues, l&#8217;entendre évoquer le mythe de la tour de Babel prend une saveur particulière. <em>&#8220;Dans la tradition biblique, il y a ce moment où les hommes, qui parlent alors une seule et même langue, veulent faire une tour pour être plus forts que Dieu. C&#8217;est à ce moment que Dieu décide de leur faire parler des langues différentes. Mais ce n&#8217;est pas une punition, c&#8217;est pour réintroduire l&#8217;idée de l&#8217;autre, et du coup aussi la présence de Dieu. Parce que la différence est positive, elle est constructive&#8221;.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>&#8220;L&#8217;argent ne tombe pas du ciel&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Résolument positive, Martine n&#8217;en a pas pour autant un regard naïf sur le quartier. La vie ordinaire aux 4000 a aussi ses côtés sombres, elle le sait. Elle en porte les stigmates au poignet : une cicatrice saillante, souvenir d&#8217;une fracture et de l&#8217;agression dont elle a été victime il y a un an en bas de son immeuble. <em>&#8220;Nous étions encore nouvelles au Mail&#8230; Je vous l&#8217;ai dit, nous avons passé la &#8216;frontière&#8217;&#8230; Mais ça a été important pour nous ensuite d&#8217;aller voir les jeunes en bas, et de créer des liens avec eux. Je leur ai dit que je voulais parler à ceux qui m&#8217;avaient agressée. &#8216;Pourquoi ?&#8217; m&#8217;ont-ils dit. &#8216;Parce que quand une relation est cassée, il faut la reconstruire&#8217; ai-je répondu. Ils ne s&#8217;attendaient pas à cette réaction. Et là, un des jeunes m&#8217;a regardée et j&#8217;ai compris dans ses yeux qu&#8217;il en était et que j&#8217;avais fait mouche.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Elle connaît aussi parfaitement cet autre mal qui ronge la vies des familles : le chômage. Comme tous les autres habitants du quartier, les petites sœurs de Jésus doivent travailler pour payer leur loyer. <em>&#8220;L&#8217;argent ne tombe pas du ciel&#8221;</em> s&#8217;amuse Martine. Quand elle est arrivée en 1989, à 28 ans, elle a regardé ce que faisait ses voisines, et elle a fait pareil : des petits boulots. Caissière à Carrefour, &#8220;étagère&#8221; dans une grosse société de restauration collective, standardiste&#8230; Mais à 50 ans, elle ne trouve plus de travail et touche désormais le RSA.</p>
<p style="text-align: justify;">Lasses de chercher un employeur, elle et quelques voisines essayent, depuis quelques mois, de monter leur propre projet. <em>&#8220;Ce serait une association où l&#8217;on ferait du repassage, de la couture, et des plats sur commande. On a déjà commencé, deux midis par semaine, à proposer des sortes de plateaux-repas dans le centre social du quartier. Mais on sait qu&#8217;il va falloir chercher des clients plus loin, car ici personne n&#8217;a de l&#8217;argent pour faire repasser son linge&#8230; Pour le moment, je ne vous cache pas qu&#8217;on galère&#8230;&#8221; </em>Une vie ordinaire. Ou presque.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>A.L.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine2.jpg"><img class="size-full wp-image-4948 aligncenter" title="SrMartine2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine2.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/08/15/soeur-martine-le-hlm-est-son-couvent/#xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D">http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/08/15/soeur-martine-le-hlm-est-son-couvent/ &#8211; xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D-20110815-%5Bzonea%5D</a></p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/08/15/soeur-martine-le-hlm-est-son-couvent/#xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D"></a><strong>Pour en savoir plus :</strong></p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr">http://lacourneuve.blog.lemonde.fr</a></p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/a-propos/">Présentation du blog</a> d’Aline Leclerc et d’Elodie Ratsimbazafy</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Humaniser le monde avec et par delà la Religion&#8230;</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/07/21/humaniser-le-monde-avec-et-par-dela-la-religion/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2011/07/21/humaniser-le-monde-avec-et-par-dela-la-religion/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 21 Jul 2011 10:23:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Interview de Guy Aurenche Accordée à la Revue Les Réseaux des Parvis à paraître dans le N°51 Face aux drames que connaît le monde actuel, le CCFD-Terre Solidaire déploie une créativité peu commune par ailleurs dans le catholicisme romain. D’où lui vient-elle ? Le CCFD-Terre Solidaire s’est développé en tension permanente entre la société et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Interview de Guy Aurenche</em></strong></p>
<p><strong><em>Accordée à la Revue </em>Les Réseaux des Parvis<em> </em></strong><em><strong>à paraître dans le N°51</strong></em></p>
<p><strong><em><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/parvis_site_aurenche_guy_photo.jpeg"><img class="size-medium wp-image-4785 aligncenter" title="parvis_site_aurenche_guy_photo" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/parvis_site_aurenche_guy_photo-300x226.jpg" alt="" width="240" height="181" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Face aux drames que connaît le monde actuel, le CCFD-Terre Solidaire déploie une créativité peu commune par ailleurs dans le catholicisme romain. D’où lui vient-elle ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-4784"></span>Le CCFD-Terre Solidaire s’est développé en tension permanente entre la société et l’évangile, porté par un triple mouvement. La première dynamique qui nous anime est celle du monde dans lequel nous vivons. Elle est à l’origine de notre organisme et en a commandé l’évolution. C’est en cheminant avec la communauté humaine au fil des événements, en partageant ses joies et ses soucis, que nous avons lié alliance avec elle, et c’est de là que provient notre crédibilité. Il me semble éclairant à cet égard de souligner que le CCFD est né d’un appel au secours de la société civile, d’une initiative laïque et non pas religieuse. Lorsque la FAO a lancé une collecte mondiale contre la faim en 1960-1961, Jean XXIII, le pape de « l’option préférentielle pour les pauvres », a réalisé que l’Église devait se mobiliser d’urgence pour répondre à cet appel, et qu’elle devait pour cela se joindre aux politiques publiques visant à secourir les plus démunis. Notre appartenance confessionnelle doit être vécue librement à la lumière des réponses que nous apportons aux besoins des hommes et aux exigences évangéliques.</p>
<p style="text-align: justify;">En deuxième lieu, je dirai que notre action se veut radicalement « catholique » au sens étymologique de ce terme, c’est-à-dire universelle, à l’opposé des revendications et des replis identitaires qu’affectionnent certains milieux d’Église. Il faut bien réaliser que nous ne sommes pas catholiques lorsque nous restons dans nos sacristies, lorsque nous ne nous intéressons qu’aux problèmes répertoriés comme prioritaires par l’institution ecclésiastique. Se vouloir catholique oblige au contraire à rejoindre le monde, à se frotter aux grands problèmes contemporains, à prendre le risque d’établir des partenariats aux marges de l’ordre établi, à œuvrer avec les hommes, les femmes et les groupes engagés dans les mêmes combats que nous au service de l’humanité, et ce quelle que soit leur appartenance religieuse, ou leur refus des religions. Je suis profondément heureux que le CCFD puisse ainsi témoigner de la catholicité de la foi chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Troisième dynamique essentielle pour nous, celle du partenariat. Les engagements comme les nôtres ne peuvent se vivre que dans l’ouverture aux autres et le partage, dans une solidarité sans cesse à approfondir et des réseaux à étendre. Cela s’impose au sein de l’Église comme avec nos partenaires du Nord et du Sud. Dès sa naissance et jusqu’à présent, le CCFD a constamment cherché à promouvoir la collaboration avec les mouvements partageant l’essentiel de ses convictions, veillant à toujours privilégier la collégialité du pouvoir décisionnel. Abhorrant les enfermements, nous voulons créer des lieux de rencontre, de dialogue et de liberté où il fait bon respirer et vivre l’évangile ou, à défaut de références religieuses, un humanisme ouvert et militant. Nous travaillons sans exclusive avec des mouvements très divers, allant de l’Action catholique ou d’associations protestantes à nombre d’ONG se rattachant à d’autres religions ou dépourvues de toute attache religieuse, comme ATTAC par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">Que beaucoup de nos partenaires du Sud ne soient pas catholiques ne diminue en rien la portée de notre action, bien au contraire. La pluralité culturelle et religieuse de nos relations témoigne de la catholicité de l’évangile et de la nôtre, de l’universalité à laquelle appelle notre foi. Aussi simple qu’exigeant, l’unique critère qui fonde la collaboration avec nos partenaires est le sérieux des programmes à entreprendre en commun au service des hommes, leur inscription dans un processus de transformation sociale du monde par delà les actions de charité ponctuelles. C’est, en d’autres termes, la validité éthique et politique de leurs projets. Un tel partenariat n’est évidemment possible que dans un respect réciproque de ceux qui font alliance, moyennant une franche et ferme volonté de lever de part et d’autre les ambiguïtés qui peuvent exister ou survenir. Cela exige une grande rigueur, une fidélité sans faille à soi et aux autres en même temps qu’une réelle capacité de se remettre en question. Tout le reste se négocie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Comment conciliez-vous la vocation évangélique à servir les hommes sans considération de religion avec les stratégies parfois très institutionnelles des structures ecclésiastiques ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Avant de répondre à cette question, je rappellerai l’immense reconnaissance que j’éprouve personnellement envers l’Église, envers cette communauté d’hommes et de femmes qui m’a transmis les paroles d’un certain Jésus de Nazareth et qui se sent chargée de continuer à les transmettre. Je crois que ces paroles sont porteuses de la vie dans sa plénitude, et c’est pourquoi elles fondent de manière indéfectible mon attachement à la communauté ecclésiale. Mais il va de soi que cette fidélité n’implique pas une soumission sans réserve à l’appareil institutionnel des autorités ecclésiastiques. Pour moi, l’Église transcende les structures particulières qu’elle emprunte à travers l’histoire, utiles mais forcément marquées par les vicissitudes humaines. La vraie fidélité ne s’épanouit que dans les lieux de liberté où chacun est appelé à se libérer et à libérer autrui. Tout ce qui va à l’encontre de cela est antiévangélique et finit par étouffer la foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce qui est du CCFD-Terre Solidaire, sa mission n’est pas d’authentifier le témoignage ou de valider le comportement des responsables de l’Église au regard de la foi chrétienne. Notre mission n’est pas de juger les institutions, ni de chercher à leur imposer des réformes correspondant à ce que nous voulons qu’elles soient. Elle est de témoigner de la Bonne Nouvelle directement à travers nos actions sur le terrain, à notre niveau et en dépit de tout, sans nous aigrir et sans nous laisser enfermer dans d’interminables contestations, sans nous épuiser dans d’inutiles affrontements. Notre mission se situe de ce point de vue hors les murs d’une certaine façon. Certes je constate comme tout le monde des insuffisances, des compromissions, des abus de pouvoir, et parfois de terribles contre-témoignages, et je souffre de voir trop souvent l’évangile séquestré et parfois gravement dénaturé. Mais la dénonciation étant vaine et seule la créativité se révélant féconde, l’unique question qui nous taraude est celle-ci : comment pouvons-nous vivre concrètement l’évangile et le partager ? C’est là que nous sommes attendus.</p>
<p style="text-align: justify;">Se rendre audible aujourd’hui oblige à s’immerger dans notre monde et, comme Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob, à en attendre quelque chose : « Donne-moi à boire ! » Respect de la dignité et de la liberté des autres, aux antipodes de l’endoctrinement. Écoute et dialogue pour progresser ensemble. Bien que galvaudé, le terme d’évangélisation ne me gêne pas si c’est bien d’évangile qu’il s’agit. Ce qui compte d’abord, c’est la rencontre et le partage avec le frère en souffrance, et non pas la proclamation fréquemment intempestive du nom de Jésus ou des attributs de Dieu. Une évangélisation que certains qualifieront d’indirecte, mais qui est en fait la plus directe qui soit. Ce ne sont pas les discours qui disent l’évangile et qui en propagent la puissance de vie, c’est le secours humain et matériel apporté à autrui, et notamment aux plus démunis. Que cela ne coïncide pas avec certaines dérives sacralisantes de la religion ne nous chagrine pas au CCFD-Terre Solidaire : Jésus ayant en son temps refusé toute sacralisation de sa personne, les béatifications et les canonisations ne sont pas notre tasse de thé&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Somme toute, cela fait cinquante ans que le CCFD s’efforce de vivre et d’annoncer l’évangile selon ces perspectives, et plutôt rares sont ceux qui contestent la valeur et la portée de son témoignage évangélique sur le terrain. N’est-ce pas un formidable encouragement ? Aucune entreprise humaine n’étant à l’abri des difficultés, il serait évidemment faux de dire qu’il n’y a jamais eu de tensions entre notre organisme et les instances institutionnelles de l’Église. Il y en a eu et il y en aura encore&#8230; Mais il me semble infiniment plus important d’insister sur le fait que les responsables de l’Église ont, dans leur ensemble, toujours continué à approuver notre démarche prophétique et à nous soutenir, et les échanges que j’ai régulièrement avec la plupart des évêques de France me permettent d’avoir confiance en l’avenir. Pour surmonter les désaccords, il faut négocier des issues qui sauvegardent l’essentiel tout en tenant compte des contraintes pratiques, le dernier mot devant toujours revenir à l’évangile quel que soit le coût de cette exigence.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Pouvez-vous esquisser les contours de l’alterchristianisme inédit qui est peut-être en voie d’émerger sur le terrain à travers, entre autres, l’action du CCFD-Terre Solidaire  ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Notre boulot n’est pas d’enseigner le catéchisme, mais de susciter des rencontres qui rendent les hommes plus humains, de repérer et de créer des espaces de liberté où se construit la solidarité sous l’égide de la justice et de la paix. En de tels lieux se dévoile, qu’ils aient ou non un label religieux, un au delà de nous-mêmes et de nos collectivités, une transcendance qui dit une Parole nous appelant à devenir ce que nous sommes, et qui peut de ce fait être entendue bien qu’elle vienne d’ailleurs. L’humanisation de l’homme, notre unique voie vers le divin, voilà la seule grande affaire qui nous intéresse. « Au cœur de nos hivers, écrivait Albert Camus, je redécouvrais à Tipasa la présence en moi d’un été invincible ! » L’évangélisation consiste d’abord à aider les autres à redécouvrir en eux et autour d’eux, au cœur de leurs hivers, le prodigieux et permanent miracle de cet « été invincible » qui est la matrice de toute vie. Nous ne savons pas qui est Dieu, mais nous pouvons le trouver et le secourir dans notre prochain. Nous ne sommes pas responsables de tous les maux qui écrasent l’humanité, mais nous sommes responsables de la fragile et puissante espérance qui permet de les surmonter.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour éviter que le vin nouveau fasse éclater les vieilles outres, il faut identifier et assumer les changements qui bouleversent l’ordre ancien du monde et de l’Église. L’un des changements les plus décisifs au regard de la religion est la sécularisation, mais celle-ci est souvent mal supportée par le clergé parce qu’elle le dépouille d’une large part de ses prérogatives et de ses pouvoirs. Il s’ensuit, quand l’Église se replie frileusement sur elle-même dans son périmètre sacralisé, qu’elle se coupe des hommes et perd sa crédibilité, qu’elle se condamne à ne répondre qu’à des questions que la société ne se pose plus. Vain soliloque&#8230; La position du CCFD-Terre Solidaire s’inscrit résolument, là encore, dans le cours de l’histoire humaine interprétée à la lumière de l’évangile. Loin d’être un handicap, la sécularisation représente à ses yeux, dans la société laïque et pluraliste qui est la nôtre, une chance pour l’évangélisation. Ce n’est que dans la société moderne ou postmoderne telle qu’elle est, avec ses attentes et ses détresses, que le Bonne Nouvelle peut être entendue comme un message de libération, de fraternité et de transcendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Annoncer l’évangile aux statues qui peuplent nos églises n’est pas seulement inutile, mais c’est détourner et pervertir la Bonne Nouvelle destinée au monde du dehors. Dans le sillage du prophète Isaïe, Jésus a insisté sur la désacralisation inhérente à son message de libération, se déclarant foncièrement opposé aux sacrifices et aux rituels, et donnant la priorité aux œuvres de justice et d’amour. Mais, rétorqueront certains, l’homme a un besoin congénital de sacré : bien des fidèles âgés ont la nostalgie des cérémonies religieuses de leur enfance et une certaine jeunesse s’enthousiasme pour ce qu’on appelle le retour du religieux. Pour exact que soit ce constat au premier abord, c’est une autre carence qu’il révèle surtout, à savoir l’incapacité de nos communautés à répondre aux attentes du monde contemporain à hauteur d’évangile. Vouloir à tout prix restaurer la religion face aux valeurs du monde n’est pas sans rappeler, triste parallèle, l’appui apporté aux dictatures pour sauvegarder l’ordre social et politique sous couvert de lutte contre l’islamisme&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Alors que la génération montante se détourne massivement des structures religieuses, comment expliquer sa disposition à s’engager au CCFD-Terre Solidaire ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Si les institutions ecclésiales sont assez couramment perçues comme rébarbatives par la jeunesse, c’est pour un ensemble de raisons complexes. Globalement, les jeunes ont tendance à considérer ces institutions comme éloignées d’eux et de leur univers, enfermées dans une sphère de rites et de doctrines plus ou moins chosifiées dépourvus d’intérêt à leurs yeux. Leur attrait pour le CCFD s’explique par des raisons qui, à l’inverse, valorisent la vie et l’engagement libre et responsable. En premier lieu, nos programmes prennent en compte leur besoin de contribuer à instaurer une plus grande solidarité entre les hommes. Un besoin sincère et très fort qui est souvent minimisé à tort par une société si contaminée par le matérialisme consumériste qu’elle en vient à douter de la générosité de sa jeunesse. La deuxième raison réside dans le fait que le CCFD offre aux jeunes la possibilité de devenir acteurs de la transformation des structures sociales. Au lieu d’enseigner et d’encadrer, le CCFD-Terre Solidaire pratique une pédagogie active en proposant aux jeunes de participer à l’humanisation de la société.</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de céder au sentiment d’impuissance et de fatalité que les dominants entretiennent à leur profit, le CCFD croit qu’un autre monde est possible, tâche d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler à son avènement, recherche les partenaires disposés à lutter avec lui, et s’engage dans les combats en prenant les risques que cela comporte. Lorsque nous stigmatisons l’iniquité du capitalisme financiarisé qui écrase les faibles et détruit la planète, lorsque nous militons pour une économie sociale et solidaire, pour la souveraineté alimentaire et l’accès à l’eau, pour la taxation des transactions financières internationales et la remise de la dette des pays les plus pauvres, contre les paradis fiscaux qui recyclent l’argent volé et l’argent sale, lorsque nous contribuons à la prévention et à la résolution des conflits en dénonçant les trafics d’armes et en venant en aide aux populations déplacées, lorsque notre service du plaidoyer fait du lobbying auprès du G 8 ou du G 20, nous croyons à la pertinence de nos visées et à l’efficacité de nos actions. Si les jeunes ne se mobilisent plus guère pour la religion, beaucoup d’entre eux sont par contre prêts à se mobiliser pour la cause des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">À une de ses parentes qui se plaignait de l’Église dans les années 30, Teilhard de Chardin a répondu à peu près ceci : « Ma chère cousine, je peux effectivement être d’accord avec vous : actuellement, la saison est un peu lourde ! » Cette concession faite en connaissance de cause par un passionné des hommes et de Dieu m’autorise à dire que la saison est un peu lourde depuis quelque temps déjà, et qu’elle est peut-être toujours un peu lourde dans l’Église comme dans le monde&#8230; Mais ce n’est pas cela qui importe le plus. Seule compte l’espérance que nous sommes capables de susciter et de transmettre à ceux qui prendront la relève, seule compte l’espérance que nous mettons en œuvre avec eux malgré les obstacles et les déceptions. Dans son livre intitulé Incipit, Maurice Bellet dit : « Ce qui est premier, ce n’est pas la tristesse, c’est l’amour. » La vie continue, un autre monde est possible, l’aventure de l’évangile se poursuit et engendre sur le terrain un christianisme inédit tout en restant fidèle à la Parole reçue au début et au sillon tracé depuis.</p>
<p style="text-align: right;">Jean-Marie Kohler<br />
<a href="http://www.recherche-plurielle.net/">www.recherche-plurielle.net</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.recherche-plurielle.net/"></a><br />
Note<br />
(1) Ce numéro comprendra un dossier entièrement consacré au CCFD-Terre Sodidaire.<br />
Pour découvrir la Fédération Réseaux du Parvis, visitez le site : <a href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index.php">Réseaux Parvis</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour vous abonner à la revue : <a href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/images/bulletin-abonnement-reseaux-parvis.pdf">Bulletin d&#8217;abonnement</a></p>
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		<title>Bien au-delà du Chiapas</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/06/16/bien-au-dela-du-chiapas/</link>
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		<pubDate>Thu, 16 Jun 2011 16:03:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[L’héritage politique et spirituel de Don Samuel Ruíz García (1924-2011) par le SIPAZ Le 24 janvier 2011 s’éteignait Don Samuel Ruíz Garcia, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal. Ce texte publié par le Service international pour le paix (SIPAZ) dans son bulletin trimestriel de mars 2011, nous donne l’occasion de lui rendre hommage [1]. Depuis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’héritage politique et spirituel de Don Samuel Ruíz García (1924-2011)</strong></p>
<p>par le SIPAZ</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le 24 janvier 2011 s’éteignait Don Samuel Ruíz Garcia, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal. Ce texte publié par le Service international pour le paix (</em></strong><strong><em><a href="http://www.sipaz.org/">SIPAZ</a></em></strong><strong><em>) dans son bulletin trimestriel de mars 2011, nous donne l’occasion de lui rendre hommage [1].</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Ruiz3.jpeg"><img class="size-full wp-image-4588 aligncenter" title="Ruiz3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Ruiz3.jpeg" alt="" width="178" height="224" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis le 26 janvier, sa dépouille repose dans l’autel de la cathédrale de San Cristóbal de Las Casas et des milliers de personnes de tous les âges, classes sociales ou couleurs de peau sont venues faire leurs derniers adieux à leur jtatic ou jtotic (« Notre Père » en langues tseltal et tsotsil). Don Samuel Ruíz García, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal (duquel il fut titulaire de 1959 à 1999), est décédé le 24 janvier 2011 dans un hôpital de la ville de México. Son corps fut ramené à San Cristóbal à l’aube du 25 janvier, jour du 51<sup>e</sup> anniversaire de son ordination épiscopale.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Entierro-de-Don-Samuel-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-4589 aligncenter" title="Entierro-de-Don-Samuel-3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Entierro-de-Don-Samuel-3-300x229.jpg" alt="" width="300" height="229" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Enterrement de Don Samuel Ruíz García,<em></em></p>
<p style="text-align: center;"><em> Plaza de la Paz, San Cristóbal de Las Casas, 26 janvier 2011 © SIPAZ</em></p>
<p style="text-align: justify;">Figure clé de la théologie de la libération ayant clairement affirmé son option préférentielle pour les pauvres, il a joué un rôle très important dans la prise de conscience et la consolidation des processus d’organisation des peuples indiens au Chiapas, et ce notamment après le Congrès indien de 1974. Samuel Ruíz García a aussi fait figure de médiateur dans divers conflits latino-américains, en particulier entre l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et le gouvernement fédéral mexicain dans les années 90, ou, en collaboration avec d’autres intellectuels mexicains, entre l’Armée populaire révolutionnaire (EPR) et le gouvernement de Felipe Calderón en 2008.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors d’une visite aux communautés peu après sa mort, nous avons reçu de nombreux témoignages émus au sujet de Don Samuel connu aussi par les peuples du Chiapas comme « El caminante » (« L’homme qui marche ») pour avoir parcouru à pied son diocèse d’innombrables fois. Par exemple, « Il est venu ici, il a été avec nous dans cette communauté plusieurs fois. Je l’ai connu parce que c’était un grand défenseur des pauvres et en plus il est resté 3 ou 4 jours ici. Il n’a jamais eu peur, il a fait face au conflit [des années 90] et avec les pauvres… Il a souffert avec nous, lui aussi a été menacé par le gouvernement, comme nous, simplement parce que nous défendions le droit… Il a soutenu de nombreuses communautés, mais pas seulement des communautés, tout le Mexique. Il ne faisait pas de distinction entre les gens, Don Samuel Ruíz, il traitait tout le monde de la même façon. » (Témoignage de Sébastián, Jolnixtié, zone basse de Tila.)</p>
<p style="text-align: justify;">Le témoignage lu par l’organisation civile Las Abejas (« Les abeilles ») lors de son enterrement nous semble faire écho à ce que de nombreuses autres voix auraient aimé dire, puisqu’il souligne ce que Don Samuel a semé : « Jtotic Samuel, tu t’en vas, mais tu restes dans notre cœur. Tu t’en vas, mais les fruits de ton travail ici continueront à donner toujours plus de fruits. L’organisation Las Abejas est un des nombreux exemples des fruits de ton travail. Merci Jtotic Samuel, nous ne marchons plus en courbant l’échine. Nous ne baissons plus la tête face au “puissant”, merci à toi. »</p>
<p style="text-align: justify;">Don Samuel fut connu et reconnu bien au-delà du Chiapas, y compris depuis différentes confessions, il était devenu une référence mondiale d’une église simple, participative, autochtone, fraternelle, au service de l’humain dans sa plus large acception, témoignage d’espérance même dans l’obscurité dans laquelle nous pouvons nous sentir plongés actuellement. Les condoléances reçues de tout le pays et du monde entier ont été autant de marques de reconnaissance à l’apport de Don Samuel en termes de droits humains, de paix et de dialogue interreligieux dans le contexte local, national et international.</p>
<p style="text-align: justify;">Nombreux sont ceux qui, à cette occasion, ont rappelé la conversion de Don Samuel lui-même à son arrivée au Chiapas lorsqu’il découvrit la situation de marginalisation dans laquelle vivaient les Indiens de cet État. Lors de ses nombreuses visites aux quatre coins du globe, la force de son témoignage a aidé de nombreuses personnes à ouvrir les yeux non seulement sur la réalité que vivent les peuples indiens du Chiapas, du Mexique ou d’Amérique latine, mais sur celle que vivent tous les opprimés et les exclus dans des pays apparemment plus opulents. Nombreux sont ceux qui lui emboîtèrent le pas et commencèrent à cheminer sur les traces de cette même révélation.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa foi, ses prises de positions personnelles et son charisme lui ont permis d’être reconnu de manière transversale comme référent œcuménique et interreligieux. De ce point de vue, au SIPAZ, Service international pour la paix, nous avons eu l’honneur de pouvoir échanger et partager avec lui à de multiples occasions : les activités du Peace Council, les Rencontres œcuméniques réalisées au Chiapas en 1997 et 1998, la Rencontre interreligieuse pour la paix réalisée au Chiapas en 1999, la création de l’École biblique (devenue Institut d’études interculturelles par la suite), entre autres.</p>
<p style="text-align: justify;">En novembre 1999, à l’occasion du 75<sup>e</sup> anniversaire de Monseigneur Ruíz (âge de démission obligatoire pour les évêques catholiques), le SIPAZ a lancé une initiative qui a permis à plus de 300 leaders religieux de 26 pays de s’unir pour publier une lettre ouverte célébrant ses « 40 ans de ministère prophétique et pastoral ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette lettre, intitulée « Choisissez la Vie », reçut le soutien de différentes dénominations chrétiennes mais aussi de hauts représentants des religions juives, musulmanes et bouddhistes. Elle disait : « Dieu nous a béni, en faisant grandir parmi nous des meneurs d’hommes profondément enracinés dans leur peuple, qui profitent de ces temps critiques pour transformer l’obscurité en lumière, la peur en courage, et le désespoir en espérance. Pour nous, Samuel Ruíz a été l’un de ces meneurs. […] Cette vision de la Libération que le peuple du Chiapas a proclamée prophétiquement nous remplit de gratitude et d’humilité. Elle nous incite à porter un nouveau regard sur nos propres vies. […] Comme un guide, mais ne faisant qu’un avec son peuple, [Don Samuel] a développé un point de vue qui résonne comme l’une des vérités les plus profondes que nous connaissons : que le Dieu de la Vie nous invite à la justice, la miséricorde et l’humilité, et que ce n’est qu’en choisissant la vie que nous connaîtrons la véritable libération et la joie. »</p>
<p style="text-align: justify;">L’expression de ce soutien international, œcuménique et interreligieux, envers l’évêque d’un lieu retiré comme le Chiapas illustre comment Don Samuel s’est converti en un symbole d’espoir pour nombre de personnes. En tant que SIPAZ, nous souhaitons souligner 5 aspects de son action qui continueront d’être source d’inspiration pour la nôtre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Un appel à l’humilité, à la cohérence et au changement personnel :</strong> Don Samuel nous a appris que la vraie spiritualité, bien différente du spiritualisme, était celle qui se vivait à la fois intérieurement et extérieurement. Et ce n’est pas seulement par ses mots qu’il transmettait cette idée, mais par sa façon d’être au monde, humble, en ne se contentant pas de porter son regard vers le Ciel mais aussi vers le bas et vers l’intérieur. Dans une homélie de janvier 1994, Don Samuel affirmait : « L’urgence de la conversion personnelle va de pair avec l’urgence d’un profond changement structurel dans la société, puisque l’un ne surviendra pas sans l’autre. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Patience et capacité d’écouter l’Autre en donnant à sa parole une réelle valeur quels que soient son âge, son sexe, son statut social ou sa confession.</strong> C’est peut-être une qualité qu’il aura appris des communautés indiennes où l’on accorde une grande valeur à la parole pour réussir à se mettre d’accord. Don Samuel a appris et parlé de nombreuses langues, occidentales et indiennes. Il savait reconnaître en tout un chacun un être, un sujet plutôt qu’un objet, comme il le soulignait souvent en particulier au sujet des peuples indiens. Il promouvait et permettait la participation de tous et toutes, hommes et femmes, religieux et laïcs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. Non-violence active :</strong> Dans sa lettre pastorale « Une nouvelle heure de grâce » (2004), il écrivait « Lutter pour la paix signifie plus que s’opposer à la guerre ou se contenter d’affirmer une option pacifiste, il s’agit d’une prise de position intégrale qui, depuis la remise en question du système capitaliste néolibéral, nous interpelle aussi quant à la justification de la violence comme unique voie pour faire face à l’injustice. Qui réfléchit sérieusement à la position du Christ lui-même, qui proclama le commandement nouveau d’aimer son prochain comme il nous a aimé et d’aimer jusqu’à nos ennemis, est forcé de conclure que la réelle alternative pour construire une société qui permette à tous et toutes de vivre sans avoir à sacrifier personne pour conserver la paix et l’ordre, c’est la non-violence active. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. Ne pas avoir peur :</strong> Don Samuel a tenu bon au milieu des critiques, des accusations et des agressions (notamment physiques) à l’encontre de sa personne ou de son diocèse. Il nous a appris qu’il ne fallait pas avoir peur mais au contraire assumer les conséquences des choix que nous devons faire en tant que chrétiens et chrétiennes face à la violence de la réalité qui nous entoure, et ce malgré tout ce que cela pouvait impliquer. Dans sa lettre pastorale « Une nouvelle heure de grâce », Don Samuel écrivait : « Jésus nous appelle à être ses défenseurs même si notre chemin doit suivre le sien : celui de la Croix. La question que Dieu nous posera à la fin de notre existence sera : En faveur de qui avons-nous pris parti ? Qui avons-nous défendu ? Qui avons-nous choisi ? Des questions que personne, pas même les puissants, ne pourra éluder à la fin de sa vie ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. Garder l’espoir vivant, envers et contre tout :</strong> bien souvent, la lecture des « signes des temps » peut nous rendre enclins au désespoir, au découragement ou à la passivité. Ce que nous avons toujours admiré chez Don Samuel fut sa capacité à continuer de voir des signes de lumière au milieu de tant d’obscurité. Lors d’un de ses entretiens avec Jorge Santiago, en 1996, il affirmait : « Je crois que les hommes de foi, entendus comme ceux qui se laissent porter par l’illumination, qui sont disposés à prendre la route et marcher alors que le moment manque de clarté mais en sachant que la lumière est au bout du chemin, ceux-là la percevront et pourront contempler le paysage, puisque cette lumière est non seulement celle de la tranquillité, mais aussi d’une ferme espérance en l’avenir ». Dans la carte pastorale mentionnée plus haut, Don Samuel affirmait : « La force globalisatrice des exclus que l’on peut observer [aujourd’hui] est porteuse d’espoir, la force de ceux qui n’acceptent pas que ce système soit définitif, et qui sont l’expression ferme et vivante qu’un autre système, où la justice et la vérité resplendiraient, est urgent et possible. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelques années, Pablo Romo (collaborateur de Don Samuel dans divers espaces et actuellement membre de SERAPAZ – Services et conseil pour la paix) nous faisait un commentaire quant à la devise française « Liberté, égalité, fraternité ». Il disait que les pays de l’Occident ont beaucoup apporté à l’humanité en termes de liberté, les pays de l’Est en termes d’égalité, et que ceux du Sud sont ceux qui nous invitent maintenant à nous repenser comme des frères et des sœurs, à vivre la fraternité comme seule façon de sauver l’humanité d’elle-même. Dans sa lettre pastorale « Une nouvelle heure de grâce », Don Samuel écrivait : « les pauvres et les peuples indiens sont la démonstration vivante de la prise de conscience de l’identité ethnique et culturelle comme opposé de l’homogénéisation induite par la globalisation actuelle : leur présence efficace en font des acteurs clés de la transformation de nombreux pays du continent ; ils injectent une dose de « valeur communautaire » à un système infecté par un individualisme nocif, ils arborent le drapeau de la dignité humaine et du droit individuel et collectif renié par ce système néolibéral ; ils sont le tronc qui conserve l’espérance de la construction d’une société alternative, fondée sur la reconnaissance et le respect de la différence ; ils sont enfin ces « laissés-pour-compte » porteurs d’une vision qui considère la diversité comme un ensemble de nouvelles richesses et potentialités pour le développement humain ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le SIPAZ, Don Samuel, les peuples indiens du Chiapas, sont des visages d’espérance qui nous permettent de reconnaître qu’il est non seulement « urgent » mais aussi « possible » de construire un nouveau monde réellement « fraternel ».</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images-1.jpeg"><img class="size-full wp-image-4592 aligncenter" title="images-1" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images-1.jpeg" alt="" width="265" height="190" /></a></p>
<p>Version française revue par Dial  (<a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a> ou <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?rubrique38">http://www.alterinfos.org/spip.php?rubrique38</a>).</p>
<p style="text-align: right;">Mis en ligne par Dial le 6 juin 2011.</p>
<p><a href="http://www.sipaz.org/informes/vol16no1/vol16no1f.htm">Traduction</a> de l’équipe du SIPAZ (http://www.sipaz.org/informes/vol16no1/vol16no1f.htm)</p>
<p>Texte original (espagnol) : <a href="http://www.sipaz.org/informes/vol16no1/vol16no1s.htm">bulletin trimestriel du SIPAZ, vol. XVI, n° 1</a>, mars 2011.</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[1] Voir aussi, en espagnol, le <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4899">communiqué des zapatistes</a> publié à l’occasion de sa mort, ainsi que le dossier DIAL 2723 &#8211; « <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article1074">AMÉRIQUE LATINE &#8211; Pour Samuel Ruiz, l’« évêque des Indiens », « Un autre monde est possible »</a> ».</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://enligne.dial-infos.org/"><strong>Dial</strong></a><strong> – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 3156.</strong></p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5079">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5079</a></p>
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		<title>Des nouvelles de Sabeel</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/05/25/des-nouvelles-de-sabeel/</link>
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		<pubDate>Wed, 25 May 2011 20:23:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Les Amis de Sabeel-France (http://www.amisdesabeel-france.blogspot.com/) diffusent chaque semaine la prière du jeudi de Sabeel, mouvement œcuménique de base, de théologie de la libération parmi les chrétiens palestiniens. Voici deux extraits de cette PRIERE pour le jeudi 26 mai 2011 : • « Ce week-end, les 28 et 29 mai, un programme commun de Sabeel Jérusalem et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Les Amis de Sabeel-France</p>
<p style="text-align: left;">(<a href="http://www.amisdesabeel-france.blogspot.com/">http://www.amisdesabeel-france.blogspot.com/</a>)</p>
<p style="text-align: left;">diffusent chaque semaine la prière du jeudi de Sabeel, mouvement œcuménique de base, de théologie de la libération parmi les chrétiens palestiniens.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sabeel2.jpg"><img class="size-medium wp-image-4454 aligncenter" title="Sabeel" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sabeel2-300x190.jpg" alt="" width="300" height="190" /></a></p>
<p>Voici deux extraits de cette PRIERE <strong>pour le jeudi 26 mai 2011</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">• « Ce week-end, les 28 et 29 mai, un programme commun de Sabeel Jérusalem et Nazareth va rassembler des jeunes de Galilée, de Jérusalem et de Cisjordanie pour commémorer la <strong>Nakba en Galilée</strong>. Comme ils vont rencontrer des jeunes chrétiens et musulmans de la région samedi pour nettoyer l’église et la mosquée du village palestinien d’al-Bassa dont la population a été chassée en 1948 puis effectuer une visite de prière dimanche au village de Kufr Yassif, prions pour que cette commémoration de la nakba passée, ou catastrophe, nous aide tous à travailler pour mettre fin à la nakba actuelle. »</p>
<p style="text-align: justify;">• « Prions pour les participants à la <strong>Semaine Mondiale pour la Paix en Palestine/Israël</strong>, une initiative du Conseil Œcuménique des Églises qui se déroulera du 29 mai au 4 juin pour promouvoir des prières, des actions d’éducation et de plaidoyer en faveur d’une paix juste pour tous en Palestine et en Israël. Au moment où des croyants du monde entier s’apprêtent à se rassembler la semaine prochaine pour prier et agir, prions pour que Dieu change les cœurs de ceux qui exercent l’occupation, qu’il les emplisse d’un désir de justice et de paix et pour que ceux qui continuent à souffrir de l’oppression et de la violence soient soulagés. Rejoignons aussi Sabeel dans sa prière pour la paix à Jérusalem. »</p>
<p>Par ailleurs, <strong>la déclaration finale de la 8<sup>ème</sup> conférence internationale de Sabeel,</strong> tenue à Bethléem (23-28 février 2011), a été traduite par G. Charbonnier ; elle est disponible  ici :</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/DECLARATION-FINALE-DE-LA-8ème-conf.-internat.pdf">DECLARATION FINALE DE LA 8ème conf. internat</a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Pour en savoir plus </strong></p>
<p>- sur la Nakba : <a href="http://www.approches92.com/buttin.htm#rubrique13">http://www.approches92.com/buttin.htm &#8211; rubrique13</a></p>
<p>- sur la semaine mondiale pour la paix en Palestine / Israël :  <a href="http://www.oikoumene.org/fr/programmes/temoignage-public-face-au-pouvoir-affirmer-la-paix/eglises-au-moyen-orient/pief/semaine-mondiale-pour-la-paix.html">semaine mondiale</a></p>
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		<title>1er mai 2011 : Saint Oscar Romero</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/04/29/1er-mai-2011-saint-oscar-romero/</link>
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		<pubDate>Fri, 29 Apr 2011 15:55:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Appel œcuménique à l’occasion du 1er mai 2011 : « Commémorez la canonisation du martyr Saint Oscar Romero par les pauvres de ce monde » Plutôt que de critiquer la béatification en ce 1er mai de Jean-Paul II et le système de canonisation lui-même, ouvrons-nous à l’intuition des petits et des pauvres d’Amérique qui reconnaissent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Appel œcuménique à l’occasion du 1</strong><sup><strong>er </strong></sup><strong> mai 2011 :</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em>« Commémorez la canonisation du martyr Saint Oscar Romero </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em>par les pauvres de ce monde »</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Plutôt que de critiquer la béatification en ce 1<sup>er</sup> mai de Jean-Paul II et le système de canonisation lui-même, ouvrons-nous à l’intuition des petits et des pauvres d’Amérique qui reconnaissent d’eux-mêmes en Oscar Romero un artisan de la Bonne Nouvelle.</em></strong><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Romero3.jpeg"><img class="size-full wp-image-4305 aligncenter" title="Romero3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Romero3.jpeg" alt="" width="272" height="185" /></a></p>
<table cellspacing="0" cellpadding="0" align="left">
<tbody>
<tr>
<td align="left" valign="top">
<p style="text-align: justify;">P<span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">ar cet appel, nous vous invitons à commémorer – le 1<sup>er </sup> mai 2011 –  la canonisation du martyr Saint Oscar Romero prononcée par les peuples pauvres d’Amérique latine et par toutes les amies et tous les amis de Jésus de par le monde. Cette commémoration doit être pour nous un encouragement sur le chemin de l’Evangile, ainsi qu’une injonction aux églises des riches à revenir sur ce même chemin.</span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;">En 1977, peu après avoir été désigné pour veiller sur les âmes comme archevêque de San Salvador, l’homme d’Église conservateur Oscar Arnulfo Romero fut confronté à la persécution sanglante des chrétiens au Salvador. Les catéchistes, enfants de chœur et prêtres assassinés, les larmes versées sur eux et leurs cercueils ont fait de lui un évêque intrépide, défendant les petites gens, les torturés et les persécutés. A partir de ce moment-là, le régime de son pays, le conseiller à la sécurité du président des Etats-Unis et les puissants cardinaux de la curie romaine se sont opposés à lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Au printemps 1979, l’évêque Romero, menacé de toutes parts, ne trouva auprès du pape Jean-Paul II ni écoute, ni soutien. Profondément déçu, il dit : <em>«Je ne pense pas revenir à Rome une deuxième fois. Le pape ne me comprend pas.»</em> Jean-Paul II n’avait pas prêté attention à la photo d’un prêtre indien récemment assassiné, ni aux documents sur la persécution des chrétiens par les sbires des nantis. Au lieu de ça, le pape se contenta de l’exhorter à une coexistence harmonieuse avec le gouvernement salvadorien.</p>
<p style="text-align: justify;">Conscient d’être en danger, Saint Romero d’Amérique élevait sa voix contre l’injustice, excommuniait des hommes politiques du régime et rappelait à la résistance, la non-violence de Jésus de Nazareth. Après un des innombrables assassinats de chrétiens, il prêcha : <em>« Que le désir de vengeance s’éloigne de nous. Prions avec Jésus: Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »</em><em></em></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque être humain étant enfant de Dieu  et sa vivante image, pour Saint Oscar Romero la messe était indissoluble de la défense intrépide de la dignité humaine avec un courage inébranlable. Il s’est adressé aux tueurs à gages et aux nervis de la junte en ces termes : <em>« Un tortionnaire aussi est un meurtrier… Nul n’a le droit de porter la main sur autrui, car l’homme est à l’image de Dieu. » </em>Un jour avant son propre assassinat, le 24 mars 1980, il appela publiquement les soldats à désobéir aux ordres : <em>« Au nom de Dieu et au nom de ce peuple tourmenté, je vous implore, je vous donne cet ordre : Arrêtez cette oppression ! » </em>La balle d’un tueur à gages l’atteignit lors de la célébration de l’action de grâce devant l’autel.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne nous arrogeons pas la canonisation de Saint Oscar Romero, par l’église d’en bas. Nous savons bien que seul Dieu peut regarder dans le cœur de l’homme, tandis que nous-mêmes ne pouvons que partiellement apprendre à jeter un regard neuf sur les choses à travers les yeux de Dieu. Pourtant, cette « béatification » qui s’est faite sans une coûteuse procédure des autorités ecclésiastiques, répand une bonne nouvelle, accompagnée du souffle de l’esprit de Dieu : l’exemple de Saint Oscar Romero nous montre combien nous autres humains pouvons devenir beaux et courageux quand nous commençons à prêter l’oreille au message de Jésus.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Traduit ici par Michel May (France) et Gerd Roggenbach (Allemagne) </em></p>
<p style="text-align: right;"><em>et signé par un grand nombre de personnalités </em></p>
<p style="text-align: right;"><em>et d’associations dans divers pays (dont NSAE et Parvis)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Note  : </strong>cet appel œcuménique a été lancé à l’initiative de chrétiens de la base en Allemagne, au sein du mouvement international  NOUS SOMMES EGLISE (IMWAC : International Movement We Are Church ; <a href="http://www.we-are-church.org">http:/www.we-are-church.org</a>) et a très rapidement reçu un large  soutien à travers tout le monde chrétien (Allemagne, Autriche, Brésil, Canada, Chili, Espagne, Etats-Unis, France, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pérou, Portugal, Suède, Suisse, etc.). Les premiers signataires sont des associations (plus de 60) et des personnalités (350, dont parmi elles 50 théologiens).</p>
<p style="text-align: justify;">L’appel se veut un témoignage commun de foi œcuménique de tous les baptisés et se réfère à une « sainteté » au sens des Béatitudes, du sermon de Jésus sur la montagne. En particulier, il appelle les chrétiens des pays riches à résister à une économie mondiale basée sur le profit, qui chaque année condamne à mort 40 millions d’humains à cause de la famine. (Résumé LB).</p>
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		<title>Joseph Comblin : un défi à l’intelligentsia brésilienne</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Apr 2011 23:19:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[DIAL publie ci-dessous l’article rédigé par le théologien de la libération Leonardo Boff en hommage à Joseph Comblin, décédé le 27 mars 2011 [1]. Le 27 mars dernier, est décédé à l’âge de 88 ans, près de la ville de Salvador de Bahia, le théologien de la libération Joseph Comblin. Belge de naissance, il opta pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>DIAL publie ci-dessous l’article rédigé par le théologien de la libération Leonardo Boff en hommage à Joseph Comblin, décédé le 27 mars 2011 [</em></strong><strong><em><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5012#nb1">1</a></em></strong><strong><em>].</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Comblin1.jpeg"><img class="size-full wp-image-4166 aligncenter" title="J.Comblin" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Comblin1.jpeg" alt="" width="106" height="134" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le 27 mars dernier, est décédé à l’âge de 88 ans, près de la ville de Salvador de Bahia, le théologien de la libération Joseph Comblin. Belge de naissance, il opta pour travailler en Amérique latine. S’apercevant que le christianisme européen était à son crépuscule, il vit dans le sous-continent un espace disponible à la créativité et à un nouvel essai, en contact plus spécialement avec la culture populaire. Il incarnait la nouvelle façon de faire de la théologie, inaugurée par la théologie de la libération, qui consiste à avoir un pied dans la misère et l’autre dans la faculté de théologie. Ou dit autrement : articuler le cri des opprimés avec la foi libératrice du message de Jésus, en partant toujours de la réalité contradictoire et non des doctrines et en cherchant collectivement une sortie libératrice de celle-ci.</p>
<p style="text-align: justify;">Il vécut pauvre et sobrement dans le Nordeste brésilien. Et même là, où l’on présume qu’il n’y a pas les conditions nécessaires pour réaliser une production intellectuelle de premier plan, il écrivit des dizaines de livres, dont plusieurs font preuve d’une grande érudition. En toute logique, il profitait de ses séjours dans son université d’origine de Louvain-la-Neuve pour garder ses connaissances à jour. C’est ainsi qu’il écrivit un des meilleurs livres qui existe sur <em>L’Idéologie de la Sécurité nationale</em>, deux volumes sur <em>La Théologie de la révolution</em>, une étude détaillée sur <em>Le Néolibéralisme : l’idéologie dominante au tournant du siècle</em>, ainsi que des dizaines de livres de théologie, d’exégèse et de spiritualité parmi lesquels je retiens : <em>Le Temps de l’action</em> ; <em>Chrétiens en route vers le XXIe siècle</em> et <em>Vocation pour la liberté</em>. Il fut conseiller de Dom Helder Camara dans sa lutte pour les pauvres et de Dom Leonidas Proaño, évêque des Indiens de Riobamba en Équateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Du fait de son engagement, il fut expulsé du Brésil en 1972 par le régime militaire. Il alla alors travailler au Chili d’où il fut également expulsé par les militaires en 1980. De retour au Brésil, dans l’État de Paraíba, il se consacra à donner corps à une profonde conviction : celle que le nouveau christianisme brésilien devait naître et se rénover à partir de la foi du peuple. Il créa plusieurs initiatives d’évangélisation populaire qui furent connues sous le nom de « théologie de la bêche ». Il s’inspira du Père Ibiapina et du Père Cícero [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5012#nb2">2</a>], les grands missionnaires du Nordeste, qui davantage que d’administrer des sacrements et de renforcer l’institution ecclésiastique, exerçaient une pastorale d’accompagnement et de consolation des opprimés.</p>
<p style="text-align: justify;">Comblin est l’un des meilleurs représentants du nouveau type d’intellectuel qui caractérise les théologiens de la libération et des agents de pastorale qui suivent cette voie. Il réalise un partage de savoirs, c’est-à-dire qu’il prend au sérieux le savoir populaire et qu’il l’articule avec le savoir académique, de manière critique et engagé envers les transformations sociales. Cet échange enrichit l’un et l’autre. L’intellectuel repasse au peuple un savoir qui l’aide à avancer et le peuple oblige l’intellectuel à penser les problèmes actuels et à s’enraciner dans le processus historique.</p>
<p style="text-align: justify;">L’intelligentsia brésilienne possède une dette sociale énorme, impayable, envers les pauvres et les exclus. En grande partie, les universités sont des macro-appareils de reproduction d’une société discriminatoire et des fabriques formatrices de cadres pour le fonctionnement du système en vigueur. Mais il faut reconnaître également, et ce malgré leurs limites, le fait qu’elles furent et sont encore, des laboratoires de la pensée contestataire et libertaire. Mais il n’y a pas eu encore une rencontre profonde entre l’université et la société, réalisant une alliance entre l’intelligence académique et la misère populaire. Ce sont des mondes parallèles et ce ne sont pas les extensions universitaires qui vont combler ce fossé. Il doit se produire un véritable échange des savoirs et des expériences. Ignorant est celui qui imagine que le peuple est ignorant. Ce dernier sait beaucoup de choses et il a découvert mille et une façons de vivre et de survivre dans une société qui lui est adverse.</p>
<p style="text-align: justify;">S’il faut attribuer un mérite culturel aux théologiens de la libération (ils existent ici et dans le monde entier et Rome n’est pas parvenu à les faire disparaître), c’est d’avoir effectué ce mariage. C’est pourquoi, on ne peut penser à une théologie de la libération qui n’ait pas les pieds dans ces deux mondes, pour ensemble s’efforcer d’engendrer une société plus égalitaire qui, dans le dialecte chrétien, possèdera plus de biens du Royaume que sont la justice, la dignité, le droit, la solidarité, la compassion et l’amour.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Père Joseph Comblin nous laisse un exemple et un défi.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Leonardo Boff</strong></p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5012#nh1">1</a>] Un très beau texte de ce dernier était paru dans le numéro de Dial d’<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?rubrique189">octobre 2010</a> : voir DIAL 3123 &#8211; « <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4606">Église : crise et espérance</a> ».</p>
<p>Cf : <a href="http://www.nsae.fr/2010/10/08/eglise-crise-et-esperance-par-jose-comblin/">http://www.nsae.fr/2010/10/08/eglise-crise-et-esperance-par-jose-comblin/</a></p>
<p>[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5012#nh2">2</a>] Mystiques populaires du type du frère André ou du Père Victor Lelièvre au Québec – note du traducteur.</p>
<p><strong>Source</strong> : DIAL– Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 3148.</p>
<p><a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a></p>
<p>Mis en ligne par  <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?auteur5">Dial</a> &#8211; samedi 9 avril 2011 <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5012">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5012</a></p>
<p>Traduction de Yves Carrier, revue par Dial.</p>
<p>Texte original (portugais) : <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5011">AlterInfos – América latina</a>, 6 avril 2011.</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
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		<title>Pour une paix juste</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/04/07/pour-une-paix-juste/</link>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 11:11:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[NORA CARMI Chrétienne palestinienne d’origine arménienne, Nora Carmi n’a de cesse d’élever sa voix au service de la non-violence. Dans le dédale des ruelles du vieux Strasbourg, elle marque un arrêt soudain au pied de l’imposante cathédrale en grès rose. Elle lève les yeux vers le ciel et, quelque part, l’émotion la saisit. « Le lieu sert-il encore [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>NORA CARMI Chrétienne palestinienne d’origine arménienne, Nora Carmi n’a de cesse d’élever sa voix au service de la non-violence.</em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/NoraCarmi.jpg"><img class="size-medium wp-image-4148 aligncenter" title="NoraCarmi" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/NoraCarmi-201x300.jpg" alt="" width="201" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans le dédale des ruelles du vieux Strasbourg, elle marque un arrêt soudain au pied de l’imposante cathédrale en grès rose. Elle lève les yeux vers le ciel et, quelque part, l’émotion la saisit. « <em>Le lieu sert-il encore d’église ? </em>», demande-t-elle. Chaleureuse, mesurée, Nora Carmi revendique une triple identité : palestinienne, chrétienne et œcuménique. « <em>Ma foi est ce qui me donne la liberté. J’y puise l’espoir, au sein d’un peuple qui souffre pour surmonter l’occupation et l’humiliation… </em>», affirmait-elle d’emblée, en décembre. Par son père médecin radiologue, elle se dit aussi héritière du génocide arménien. Sa famille, rescapée du massacre de 1915, est arrivée par miracle jusqu’à Jérusalem. Jeune fille, elle fréquentera l’institution Notre-Dame-de-Sion avant de suivre une formation universitaire de sociologue.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sabeel, la source d’eau vive</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Reconnue au-delà des frontières pour son professionnalisme militant, Nora Carmi ne compte plus ses engagements. À l’Union chrétienne de jeunes filles (YWCA) de Jérusalem pendant 15 ans, elle parcourt le monde pour des actions en faveur de la paix. Engagée dans la création d’associations au sein de la société palestinienne, elle milite, entre autres, à l’Association de défense des femmes de Jérusalem, au Christian Peacemaker Teams (Équipes d’artisans de paix chrétiens), au Mouvement de la journée mondiale de prière où elle représente son Église arménienne. C’est elle qui, le 13 mai 2009, au cours d’une audience spéciale à Bethléem, s’adresse au pape Benoît XVI au nom de la communauté des chrétiens de Jérusalem. Où puise-t-elle tant d’énergie ? <em>« C’est l’avenir de mes petits-enfants qui me fait tenir. L’image de mon père miraculé du génocide arménien me fait croire en l’humanité et me donne le pouvoir de survivre sans rancune, sans haine… »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est bien son engagement à Sabeel – le chemin, la source d’eau vive – qui la marquera. Depuis 1993 et jusqu’à sa récente retraite, Nora Carmi s’est dépensée sans compter au sein de ce mouvement oecuménique palestinien de théologie de la libération qui se donne pour mission de lutter pour la justice, la paix et la réconciliation et qui est actif, dans cette perspective, dans un imposant travail de formation auprès des jeunes, des adultes et du clergé chrétien et musulman. Sabeel a tissé des liens au-delà des frontières : des chrétiens se sont rassemblés dans divers pays en groupes d’Amis de Sabeel – dont celui de France constitué en association loi de 1901 en juin dernier. Objectif : entourer matériellement et financièrement les chrétiens minoritaires d’Israël et de Palestine, les encourager spirituellement dans leur foi. <em>« Concrètement, </em>explique Nora Carmi, <em>mon engagement à Sabeel a consisté à gérer le programme de la communauté des femmes. Des rencontres de formation sociale et spirituelle. Des journées de découverte et de contact avec des groupes aussi bien dans les territoires occupés qu’en Israël.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Des visites de réfugiés. Des conférences sur des sujets comme la résolution 1325 de l’ONU sur la protection de la vie sociale des femmes. Des rencontres théologiques internationales. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Du coeur de Sabeel, en témoin d’un combat qui fait toute sa vie depuis soixante-trois ans, Nora Carmi évoque encore et toujours sa chère ville de Jérusalem, <em>« la ville de la paix » </em>pour tous les croyants des trois religions monothéistes. <em>« Ce concept est vide de sens pour le petit Palestinien qui ne peut pas circuler librement pour respirer cette paix et s’amuser à son aise comme le petit Israélien. Il est vide de sens pour la vieille dame qui se voit refuser l’accès dans la vieille ville pour aller prier à la mosquée durant le mois de ramadan. Il est vide de sens pour le Palestinien qui se voit humilié devant ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants par un jeune soldat israélien en uniforme. » </em>Mais comment tendre vers l’improbable réconciliation ? <em>« Encore et toujours par le dialogue. Celui pour les droits de l’homme, pour la démilitarisation, pour un futur État avec un seul peuple et deux religions&#8230; » </em>Pour ce faire, Sabeel est en contact permanent avec les groupes de paix israéliens, le mouvement des « Femmes en Noir », né à Jérusalem en 2002, un bon nombre de rabbins… Un dialogue qui passe aussi indirectement par des projets de travail volontaire : nettoyage de cimetières, plantation d’arbres, aide durant la récolte des olives… Et par des concessions réciproques. Elle poursuit : <em>« Pour les Palestiniens, accepter – et cela est fait par la force des choses – un État sur 22 % de la totalité de leur territoire de 1948. Pour les Israéliens, reconnaître leur responsabilité depuis 1948 en admettant le droit des Palestiniens au retour, même si la majorité des Palestiniens ne retournera pas au pays. Des deux côtés, marcher sur la voie de la non-violence. Cela veut dire, pour Israël, le gel complet des colonies, la fin de l’occupation. La paix est à ce prix pour l’État juif. Et pour la Palestine, c’est d’abord le retour à l’unité de son peuple</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>et, pour ses groupes extrémistes, le renoncement, non pas au droit de vivre, mais à toute forme de violence. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un frêle espoir</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’actualité récente contredit hélas ses propos. <em>« La situation devient de plus en plus intolérable, les êtres humains se transforment en monstres. Regardez le meurtre de la famille de colons. Regardez l’assassinat de neuf Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, dont trois membres de la famille Helou. Regardez l’attentat du bus. La grand-mère que je suis, et qui accompagne ses petits-enfants au lycée français, connaît la peur et tremble pour la sécurité de tous les enfants », </em>écrivait- elle, mardi, depuis Jérusalem.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant Nora Carmi refuse de désespérer.<em>« Nous désirons une paix juste, nous résistons dans la non-violence pour vivre et non pas pour mourir. » </em>Et d’affirmer : <em>« Notre avenir et notre existence</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>dépendent beaucoup de notre désir et de notre résolution de vivre côte à côte. De deux choses l’une. Soit nous poursuivons le cercle vicieux actuel qui mène tout droit au chaos. Soit nous adoptons un mode de vie fondé sur le respect des lois internationales, défiant ainsi toute velléité de monopolisation de ces lois et aussi tout caprice de fanatisme religieux, quel qu’il soit&#8230; »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Elle ne baissera donc jamais les bras même si, à vue humaine, l’espoir reste frêle. Tout simplement parce que ses convictions de Palestinienne chrétienne lui donnent une espérance qui porte au-delà du réalisme. Il n’est pas encore trop tard pour elle : avec son bâton de pèlerin à la main, c’était bien la raison de sa présence à l’ombre d’une cathédrale…•</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Albert Huber</strong></p>
<p><strong>Repères : Amis de Sabeel France :</strong></p>
<p><strong> <a href="http://www.amisdesabeel-france.blogspot.com">http://www.amisdesabeel-france.blogspot.com</a></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : Réforme n° 3410 du 31 mars 2011</p>
<p><a href="http://www.reforme.net/journal/03312011-3410/portrait/paix-juste">http://www.reforme.net/journal/03312011-3410/portrait/paix-juste</a></p>
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		</item>
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		<title>Le dernier moine de Tibhirine témoigne</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/03/03/le-dernier-moine-de-tibhirine-temoigne/</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Mar 2011 12:41:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[À 88 ans, le frère Jean-Pierre, seul survivant du monastère de Tibihirine, pense chaque jour à ses frères disparus, mais, récusant la nostalgie, il a choisi l&#8217;espérance. INTERVIEW - Rescapé de la tuerie de 1996, il n&#8217;avait jamais parlé depuis la mort des moines de Tibhirine. Nous avons retrouvé frère Jean-Pierre dans un monastère au Maroc, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Tibhirine.jpg"><img class="size-full wp-image-3847 aligncenter" title="Tibhirine" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Tibhirine.jpg" alt="" width="400" height="301" /></a></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">À 88 ans, le frère Jean-Pierre, seul survivant du monastère de Tibihirine,</p>
<p style="text-align: center;">pense chaque jour à ses frères disparus, mais, récusant la nostalgie,</p>
<p style="text-align: center;">il a choisi l&#8217;espérance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>INTERVIEW <em>- Rescapé de la tuerie de 1996, il n&#8217;avait jamais parlé depuis la mort des moines de Tibhirine. Nous avons retrouvé frère Jean-Pierre dans un monastère au Maroc, où il a accepté de se confier en exclusivité pour Le Figaro Magazine. Il parle de ses frères disparus, des événements tragiques qu&#8217;ils ont vécus, du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux. Mais aussi de sa foi et de son espérance. Un entretien lumineux.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Par <a href="http://plus.lefigaro.fr/page/jean-marie-guenois">Jean-Marie Guénois</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>LE FIGARO MAGAZINE.</strong> <strong>- Avez-vous apprécié le film « Des hommes et des dieux » ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Frère Jean-Pierre.</strong> &#8211; Il m&#8217;a très profondément touché. J&#8217;ai été ému de revoir les choses que nous avons vécues ensemble. Mais j&#8217;ai surtout ressenti une sorte de plénitude, aucune tristesse. J&#8217;ai trouvé le film très beau parce que son message est tellement vrai, même si la réalisation n&#8217;est pas toujours exacte par rapport à ce qui s&#8217;est passé. Mais cela n&#8217;a pas d&#8217;importance. L&#8217;essentiel, c&#8217;est le message. Et ce film est une icône. Une icône dit beaucoup plus que ce que l&#8217;on voit&#8230; C&#8217;est un peu comme un chant grégorien. Quand il est bien composé, l&#8217;auteur y a mis un message, et celui qui le chante trouve plus encore, parce que l&#8217;Esprit travaille en lui. En ce sens, ce film est une icône. C&#8217;est une vraie réussite, un chef-d&#8217;œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous n&#8217;avez aucune critique à formuler ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai entendu certains critiquer le rôle du prieur, Christian de Chergé. Certains le trouvent un peu effacé, mais je le trouve très bien. D&#8217;autres le trouvent austère, car on ne le voit jamais sourire. Mais il est tout à fait dans le personnage qui convient à la situation grave que nous avons traversée. J&#8217;admire, dans ce rôle, sa façon d&#8217;être à l&#8217;écoute des frères, en particulier dans les moments difficiles. Il ne veut pas imposer. Il est à l&#8217;écoute. On le sent plein de respect pour les frères. On voit bien le pasteur et son souci de s&#8217;ouvrir à Dieu, pour se laisser travailler par Dieu et avoir la réaction qu&#8217;il faut devant les frères. Dans tout le film, on voit cette ouverture à Dieu, on l&#8217;interroge, on se laisse influencer par Lui. C&#8217;est monastique !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Y a-t-il un manque par rapport à l&#8217;histoire réelle ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je n&#8217;ai pas ressenti cela.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais comment, en tant que moine, vivez-vous le succès du film ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes comblés et émerveillés de voir un tel succès, mais nous n&#8217;y sommes pour rien ! Le fait d&#8217;être connu me gêne un peu&#8230; Un moine est fait pour être caché.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi étiez-vous opposés au principe du tournage du film ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous n&#8217;avons pas voulu accepter le film et son tournage au Maroc, en raison du danger d&#8217;être soupçonnés de prosélytisme. Certains, à ce moment-là, ne recevaient plus leur carte de séjour depuis très longtemps. Nous devions être très prudents mais nous étions abandonnés à la volonté du Seigneur. Nous n&#8217;avons donc pas été consultés. L&#8217;équipe savait notre opposition et les raisons de notre prudence. Ils ont été très respectueux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quand êtes-vous arrivés à Tibhirine ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je n&#8217;oublierai jamais ce 19 septembre 1964. Quand nous sommes arrivés en 2 CV près du monastère, je verrai toujours cet enfant, assis sur un âne, qui vint à notre rencontre pour nous accueillir. J&#8217;étais très heureux. De ma petite cellule, je voyais la clôture, le jardin et le village au loin. Je me suis alors dit : voilà le paysage que je verrai jusqu&#8217;à la fin de ma vie. Car dans mon cœur, c&#8217;était pour la vie. Sans retour. J&#8217;y suis resté trente-deux ans, de 1964 à l&#8217;enlèvement en 1996.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment était la vie là-bas ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les débuts ont été difficiles. La communauté manquait de stabilité et ce fut une période très dure à vivre. Par ailleurs, la nouvelle Algérie se mettait en place. Les relations avec les gens aux alentours n&#8217;étaient pas évidentes. Il y avait des réflexes de rejet des Français. On ressentait ce fossé à l&#8217;occasion des fêtes, chrétiennes ou musulmanes. On n&#8217;avait rien à voir les uns avec les autres. Nous avons donc lutté contre cela et essayé de nous apprivoiser mutuellement. Pour cela, le dispensaire, tenu par le frère Luc, fut très important. Il recevait jusqu&#8217;à 80 personnes par jour ! Puis, Christian de Chergé a été élu prieur, en 1984. Nous avions besoin de quelqu&#8217;un comme lui qui parlait l&#8217;arabe et connaissait bien la culture musulmane. À partir de là, nous sommes devenus une vraie communauté, plus stable. Ceux qui s&#8217;engageaient le faisaient vraiment. Nous étions quasi indépendants. Ce qui fut un avantage, car cela nous a permis de prendre beaucoup d&#8217;initiatives dans la relation islamo-chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel rôle Christian de Chergé a-t-il joué ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a eu, avec lui, une évolution vers l&#8217;islamologie. Il a personnellement beaucoup étudié le Coran. Le matin, il faisait sa lectio divina, avec une Bible en arabe. Il faisait parfois la méditation avec le Coran. Il cherchait à nous faire évoluer. Nous avions des relations avec l&#8217;islam, mais pas à un niveau intellectuel. Lui connaissait très bien le milieu musulman et la spiritualité soufie. Certains moines estimaient que la communauté devait rester équilibrée et que tout ne devait pas être orienté par l&#8217;islam. Ce qui provoqua des frictions. Ces tensions finirent par être dépassées grâce à la création d&#8217;un groupe d&#8217;échange et de partage avec des musulmans soufis, que nous avions appelé le ribât. Nous avions compris que la discussion sur les dogmes divisait, car elle était impossible. On parlait donc du chemin vers Dieu. On priait en silence, chacun selon sa prière à lui. Ces rencontres bisannuelles ont été interrompues en 1993, quand cela a commencé à devenir dangereux. Mais cette connaissance mutuelle a fait de nous de vrais frères, en profondeur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>En quoi le père Christian de Chergé vous a-t-il marqué ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui m&#8217;a frappé chez lui, c&#8217;est sa passion intérieure pour la découverte de l&#8217;âme musulmane et pour vivre cette communion avec eux et avec Dieu, tout en restant vraiment moine et chrétien.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>De qui étiez-vous le plus proche ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">De frère Luc ! On était très proches tous les deux. Il n&#8217;était pas prêtre, il était frère. On pouvait se confier à lui. Il était plein de sagesse. Dans une petite communauté où il n&#8217;y a pas beaucoup de prêtres, il n&#8217;est pas facile de trouver un directeur spirituel. Si on avait un problème ou une difficulté de relation avec un frère, on allait d&#8217;abord voir frère Luc, sachant très bien comment il allait répondre. C&#8217;était un modèle&#8230; Au chapitre, même pendant la période de tension et de peur, il avait toujours le mot pour faire rire. Il était précieux pour la vie commune. Même si, comme médecin, il avait un régime spécial, car il était dans son dispensaire toute la journée et qu&#8217;il faisait, en plus, la cuisine ! Il commençait ses journées à 1 heure du matin pour être prêt à 7 heures au dispensaire. Il avait beaucoup d&#8217;asthme et n&#8217;arrivait pas à dormir. Il dormait assis ! J&#8217;étais très proche aussi de frère Amédée, l&#8217;autre rescapé, qui est mort ici, à Midelt</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Priez-vous avec vos frères disparus ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;essaie d&#8217;avoir un temps, tous les matins. On ne les oublie pas. Ils restent présents. Tous. On essaie de progresser. Le film, de ce point de vue, nous stimule dans notre vocation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vos frères vous parlent dans la prière ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non, pas encore&#8230; J&#8217;ai la certitude qu&#8217;ils sont près du Seigneur. Je l&#8217;ai eue dès le début en raison de leur martyre. Cela donne de la joie, pas de la tristesse. C&#8217;est ce que j&#8217;éprouve en voyant le film : de la joie, pas de la nostalgie! (rire). En espérant que le Seigneur nous envoie d&#8217;autres moines qui voudront vivre cela.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Ne ressentez-vous jamais de nostalgie pour la vie à Tibhirine ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un peu, oui&#8230; Nous avons vécu de très belles choses ensemble. Et puis, cette vie en commun pour représenter le Seigneur et l&#8217;Église. C&#8217;est une très belle vocation. Elle peut aller loin. Le Christ est plus grand que l&#8217;Église. Les soufis utilisaient une image pour parler de notre relation avec les musulmans. C&#8217;est une échelle à double pente. Elle est posée par terre et le sommet touche le ciel. Nous montons d&#8217;un côté, eux montent de l&#8217;autre côté, selon leur méthode. Plus on est proches de Dieu, plus on est proches les uns et des autres. Et réciproquement, plus on est proches les uns des autres, plus on est proches de Dieu. Toute la théologie est là-dedans!</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Et pourtant, c&#8217;est la mort qui était au rendez-vous&#8230; </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que nous avons vécu là, ensemble et dès le début, était une action de grâce. On s&#8217;était préparés ensemble. Par fidélité à notre vocation, on avait choisi de rester en sachant très bien ce qui pouvait arriver. Le Seigneur nous envoie, on ne va pas démissionner même si, autour de nous, les violents cherchent à nous faire partir, et même les officiels. Mais nous avons Notre Maître et nous étions engagés par rapport à Lui. En second lieu est venue la volonté d&#8217;être fidèles aux gens de notre environnement pour ne pas les abandonner. Ils étaient aussi menacés que nous. Ils étaient pris entre deux feux, entre l&#8217;armée et les terroristes, les maquisards. La décision de ne pas se séparer avait été prise en 1993. Et même si nous avions été dispersés par la force, on devait se retrouver à Fès, au Maroc, pour repartir s&#8217;établir dans un autre pays musulman.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment vivez-vous ce qui s&#8217;est passé: comme un échec ou comme un accomplissement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après l&#8217;enlèvement, le père Amédée et moi avons été obligés de descendre à Alger avec la police. On priait pour nos frères. Pour que Dieu leur donne la force et la grâce d&#8217;aller jusqu&#8217;au bout. On attendait une intervention de la France ou une intervention ecclésiastique qui obtienne leur libération. On a appris leur mort le 21 mai 1996. Nous étions en train de prier les vêpres. Soudain, un jeune frère est arrivé à la chapelle et s&#8217;est jeté devant tout le monde à plat ventre, criant son désespoir: «Les frères ont été tués !» Le soir, alors que nous étions côte-à-côte à faire la vaisselle, je lui ai dit : «Il faut vivre cela comme quelque chose de très beau, de très grand. Il faut en être digne. Et la messe que nous dirons pour eux ne sera pas en noir. Elle sera en rouge.» Nous les avons tout de suite vus, en effet, comme des martyrs. Le martyre était l&#8217;accomplissement de tout ce que nous avions préparé depuis longtemps, dans notre vie. Ces années que nous avions vécues ensemble dans le danger. Nous étions prêts, tous. Mais cela n&#8217;a pas exclu la peur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quand la peur a-t-elle commencé ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">À partir de 1993, lors de la visite du GIA, le soir de Noël. La communauté s&#8217;est alors beaucoup développée en union et en profondeur. Le danger était désormais partout, de tous les instants, nuit et jour. Cela nous a beaucoup secoués. On est vraiment passés par le creux à ce moment-là.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Que s&#8217;est-il passé exactement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Noël 1993, le soir, ils ont fait le mur. On était dans la sacristie avec Célestin, qui préparait les fiches de chants pour la messe de Noël. Des hommes armés jusqu&#8217;aux dents nous ont encerclés. Les Croates venaient d&#8217;être tués, on pensait y passer aussi. Ils nous ont rassurés. Parce que nous étions des religieux, ils ne nous feraient rien. Mais ils ont alors commencé à taper sur le gouvernement. Puis le chef a dit : «Je veux voir le pape du coin.» On est allés chercher Christian, qui a tout de suite dit : «Non, on n&#8217;entre pas ici avec des armes. Si vous voulez venir ici, laissez vos armes à l&#8217;extérieur. Personne n&#8217;est jamais entré ici avec des armes. Ici, c&#8217;est une maison de paix !» Ils ont finalement discuté et ont demandé trois choses: que le docteur puisse venir soigner les blessés dans la montagne, des médicaments, de l&#8217;argent. Avec tact, Christian a répondu non aux trois demandes. Sauf pour les blessés, qui pouvaient venir, comme tout le monde, au dispensaire. Puis il a dit en arabe que nous préparions «la fête de la naissance du prince de la paix». Ils ne le savaient pas et se sont excusés, mais ils ont dit : «On reviendra.» En donnant un mot de passe : ils demanderaient «monsieur Christian». Ce soir-là, la messe de minuit a eu un goût particulier. Le lendemain, au chapitre, nous avons commencé les discussions sur l&#8217;avenir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu&#8217;avez-vous alors décidé ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Que s&#8217;ils demandaient de l&#8217;argent, on leur en donnerait un peu pour éviter la violence, mais nous pensions toutefois partir, car nous ne voulions pas collaborer avec eux. Puis l&#8217;évêque d&#8217;Alger est venu nous dire que si l&#8217;on décidait de quitter, il ne fallait pas quitter tous ensemble, pour ne pas affoler l&#8217;Église d&#8217;Algérie. On a décidé que deux d&#8217;entre nous partiraient. Célestin, qui avait été traumatisé par ce Noël et qui devait subir six pontages cardiaques, et frère Paul, qui avait besoin de repos.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Y avait-il unanimité entre vous ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a eu un autre chapitre après ce Noël. Les uns pensaient qu&#8217;il fallait rester, les autres qu&#8217;il valait mieux partir. D&#8217;autant qu&#8217;à ce moment-là, par sécurité, nous avons été obligés de fermer le monastère dès la fin de l&#8217;après-midi et jusqu&#8217;au matin. Nous avons aussi dit aux retraitants de ne plus venir. Nous étions isolés. Cela a changé l&#8217;économie du monastère et il fallait trouver d&#8217;autres moyens pour vivre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a donc eu des divergences ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ça a évolué. Le père Armand Veilleux, venu prêcher une des dernières retraites, nous avait dit que nous étions arrivés «au sommet» de notre vie commune. Nous étions en effet parvenus à l&#8217;unanimité à la décision de rester. Les relations fraternelles s&#8217;étaient encore soudées. En chapitre, nous ne pouvions prendre à la légère des décisions aussi graves. Par rapport au GIA, par rapport à un départ, sur notre conduite si nous étions enlevés ou dispersés&#8230; Nous étions alors tous décidés à rester, mais la peur de ce qui allait arriver était présente, plus ou moins, chez les uns et les autres. Mais il fallait continuer à vivre. Il y avait des attentats à droite et à gauche. Des proches du monastère avaient été arrêtés ou menacés. Voilà le climat dans lequel on vivait.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Pas de sérénité, même une fois posé le choix de rester ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non, aucune. Le soir, quand on chantait complies, il y avait comme une chape de danger, de plomb, qui planait sur le monastère. De nuit, il pouvait arriver n&#8217;importe quoi. On se disait : que va-t-il se passer cette nuit ? On n&#8217;envisageait pas d&#8217;être tués, mais on savait que cela pouvait arriver à n&#8217;importe quel moment. On avait la chance d&#8217;être une communauté. Et la vie continuait, l&#8217;un était cuisinier, l&#8217;autre jardinier, l&#8217;autre s&#8217;occupait de l&#8217;administration. Cela permettait d&#8217;oublier, mais le soir, la nuit, on se demandait ce qui pouvait arriver. On ne se le disait pas, mais chacun y pensait.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Et que s&#8217;est-il passé le soir de l&#8217;enlèvement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le soir de l&#8217;enlèvement, j&#8217;étais dans la pièce du portier. Je me suis réveillé vers 1 heure, aux bruits de voix devant le portail. Ils étaient déjà à l&#8217;intérieur, dans le jardin. Sans doute voulaient-ils voir le docteur. J&#8217;attendais qu&#8217;ils frappent à la porte pour me manifester. Je suis allé voir à la fenêtre. J&#8217;en ai vu un qui allait directement vers la chambre de frère Luc. Ce qui n&#8217;était pas normal, car quand on veut voir le docteur, on frappe au portail et le portier se présente. Et j&#8217;ai entendu une voix qui disait: «Qui est le chef?». Et j&#8217;ai reconnu Christian. Je me suis dit : «Il les a entendus avant moi, il leur a ouvert et va leur donner ce qu&#8217;ils veulent.» Au bout d&#8217;un quart d&#8217;heure, j&#8217;ai entendu la porte qui donne sur la rue se fermer et j&#8217;ai pensé qu&#8217;ils étaient partis. Un peu plus tard, le père Amédée a frappé et m&#8217;a dit: «Les frères ont été enlevés!» Ils étaient donc sortis par derrière, sinon je les aurais entendus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu&#8217;avez-vous ressenti alors ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La question que je me suis immédiatement posée était de savoir: si je les avais entendus et vus sortir, qu&#8217;aurais-je fait? Serais-je resté ou aurais-je couru derrière pour aller avec eux?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Et votre réponse ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je n&#8217;ai pas encore répondu. Si cela s&#8217;était passé, cela n&#8217;aurait pas été facile, mais j&#8217;ai le sentiment que j&#8217;aurais couru derrière. Amédée m&#8217;a dit aussitôt: «Ils ne vont pas les tuer, car s&#8217;ils avaient voulu le faire, ils l&#8217;auraient fait tout de suite.» Il était en effet très difficile de circuler dans la montagne la nuit, car il y avait un poste militaire pas loin, sur la colline. De plus, frère Luc avait 82 ans et un autre venait de sortir de l&#8217;hôpital, avec six pontages. Marcher avec des gens comme cela, ce n&#8217;était pas facile. On pensait qu&#8217;ils allaient se servir d&#8217;eux pour quelque chose. En attendant, nous nous sentions tout seuls, privés de nos frères. La communauté était démolie. Nous espérions bien qu&#8217;ils seraient vite libérés, car s&#8217;ils ne revenaient pas, la vie était finie au monastère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi les ravisseurs ne sont-ils pas passés comme d&#8217;habitude ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand ils venaient, ils faisaient le mur. Puis, de l&#8217;intérieur, ouvraient la porte qui donnait sur la rue. Il y avait une simple targette. Cette porte n&#8217;était jamais fermée à clé. Nous voulions que nos relations soient fondées sur la confiance mutuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les ravisseurs étaient des gens du GIA ou non ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le gardien du monastère m&#8217;a dit qu&#8217;ils étaient venus d&#8217;abord chez lui en disant qu&#8217;ils voulaient voir le docteur, sous prétexte qu&#8217;ils avaient deux blessés graves. Il leur avait répondu que les pères lui avaient interdit de prolonger son service de garde du monastère pendant la nuit. Ce qui était vrai, nous le lui avions interdit afin qu&#8217;il n&#8217;y ait pas de problème pour sa famille et pour lui en cas de malheur, s&#8217;il survenait une agression&#8230; Ils ont insisté. Le gardien est alors sorti de chez lui par la cour intérieure pour se rendre au monastère. Là, il est tombé sur un groupe qui était déjà dans la cour. Emmené devant le portail qui donnait chez le portier, il se trouvait au milieu d&#8217;un autre groupe qui avait déjà arrêté le père Christian. Ce dernier posa alors la question : «Qui est le chef?» L&#8217;un des ravisseurs répondit en désignant le meneur: «C&#8217;est lui, le chef, il faut lui obéir.» Puis l&#8217;un d&#8217;eux, s&#8217;adressant au gardien, demanda: «Ils sont bien sept ?» Le gardien a répondu: «C&#8217;est comme tu dis.» Or, nous étions neuf&#8230; C&#8217;est donc probablement la raison pour laquelle père Amédée et moi-même n&#8217;avons pas été emmenés ; car lorsqu&#8217;ils eurent arrêté sept frères, ils ont quitté les lieux sans fouiller la maison.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais vous, que pensez-vous : qui les a enlevés ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le GIA ou l&#8217;armée ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne savons que ce qui est arrivé au monastère. Pour le reste, on se pose des questions comme tout le monde. L&#8217;enquête continue. Pour ce qui est du GIA, le gardien m&#8217;a raconté que quand ils sont redescendus, l&#8217;un de ceux qui l&#8217;accompagnaient a dit à l&#8217;un de ses collègues: «Va chercher une ficelle, il va voir ce que c&#8217;est que le GIA», car ils voulaient l&#8217;égorger, mais il a réussi à s&#8217;éclipser.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Plusieurs années plus tard, vous n&#8217;y voyez pas plus clair sur les motifs de l&#8217;enlèvement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On n&#8217;y voit pas clair. Dans un de ses communiqués sur la radio Medi 1, le GIA donne une raison à leur mise à mort : «Les gens s&#8217;évangélisent à leur contact, car ils avaient des relations et ils sortaient de leur monastère, ce que des moines ne doivent pas faire. Ils méritent la mort. Nous sommes en droit de les exécuter.» Voilà donc une des raisons. Elle est donnée par les islamistes eux-mêmes. Par la suite, d&#8217;autres motifs ont été donnés qui sont plutôt des hypothèses, en attendant le verdict du juge d&#8217;instruction, qui poursuit une enquête sur les circonstances de leur enlèvement et de leur mise à mort.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment vivez-vous cette énigme ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On aimerait bien savoir qui les a tués et où les corps sont enterrés. On aimerait bien le savoir, mais c&#8217;est tout, cela ne m&#8217;inquiète pas plus. Cela ne change rien à la mort des frères. Ils sont morts pour les raisons pour lesquelles ils avaient choisi de rester. C&#8217;est pour cela que ce sont des martyrs. Ils ont donné leur vie. Ils étaient prêts à donner leur vie pour cela.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Peut-on espérer le martyre ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Certains l&#8217;ont fait, mais ce n&#8217;était pas notre état d&#8217;esprit. On ne le souhaitait pas, on n&#8217;était pas là pour cela. Mais il fallait être prêt à cela. Nous étions dans les mains de Dieu. Et c&#8217;est pour cela que, vivant dans cet état d&#8217;esprit, mes frères sont morts. Je dois reconnaître et dire que nous n&#8217;avons pas été extrêmement choqués. Bien sûr, cela marque, cela fait souffrir, cela fait de la peine&#8230; Mais on savait «pourquoi», on était tous prêts pour cela! La vie n&#8217;est qu&#8217;un passage, elle se termine d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre. Après, on rejoint le Seigneur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Le film de Xavier Beauvois, inspiré de leur sacrifice, peut-il être un ferment de réconciliation entre chrétiens et musulmans ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr ! L&#8217;exemple des frères, dans leur relation avec les gens, avec les musulmans, montre que l&#8217;on peut devenir de vrais frères, dans la communion, ensemble, en profondeur et pas seulement en surface. En profondeur, devant Dieu. Certains l&#8217;ont vécu. Ce n&#8217;est pas rare. Quand les chrétiens voient cela, ils se rendent compte que les musulmans sont des gens comme les autres. Certains sont très bons: les valeurs d&#8217;accueil, de gentillesse, de serviabilité, se voient. Ainsi que les valeurs d&#8217;union à Dieu, de prières quotidiennes. Ils ont des relations avec Dieu qui sont parfois très surprenantes et qui sont de véritables exemples pour nous, chrétiens. Un ami de Christian, qui a donné sa vie pour lui, lui disait : les chrétiens ne savent pas prier&#8230; Ils sont très charitables, ils rendent beaucoup de services, mais on ne les voit jamais prier ! Beaucoup de chrétiens pourraient entendre cela.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous n&#8217;avez jamais ressenti de haine pendant et après un tel </strong><strong>drame?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est curieux, mais je n&#8217;éprouve pas ce sentiment-là.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Et d&#8217;amertume ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non plus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment interprétez-vous le durcissement actuel de certains musulmans contre les chrétiens, dont les attentats récents ont été un signe ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cela vient des extrémistes. Les vrais musulmans disent, ce n&#8217;est pas nous cela. Ils ont honte de ce qui est arrivé aux frères. Cela n&#8217;est pas la « religion ». D&#8217;autre part, on ne se connaît pas assez. On se perçoit à travers les violents et cela crée une tendance à se regrouper entre soi et une peur des contacts. La solution, c&#8217;est de cultiver l&#8217;amitié, même si on peut se faire rouler.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Se faire rouler ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, certains disent, la réciproque, on ne la voit pas ou peu : on permet aux musulmans de construire des mosquées chez nous, mais on peut toujours courir pour construire des églises chez eux !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous le pensez vraiment ? Les chrétiens sont, de fait, souvent accusés de naïveté avec l&#8217;islam&#8230; </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La question n&#8217;est pas là. Par la foi, nous risquons ! C&#8217;est dans l&#8217;Évangile: «Aimez comme je vous ai aimés.» Alors, on est souvent perdant, il faut le savoir. Mais il arrive que cela réagisse. Alors, la réciprocité est là et une reconnaissance mutuelle peut aller très loin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle est votre espérance pour 2011 ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut espérer que l&#8217;amour soit toujours le plus fort. Que l&#8217;amour de Dieu aura le dernier mot. Fondée en Dieu, l&#8217;espérance doit demeurer. Et ce n&#8217;est pas nous qui pouvons résoudre cela. L&#8217;espérance invincible, comme disait Christian de Chergé. Elle ne doit pas être vaincue, elle doit toujours rester ouverte, fondée sur Dieu, sur Sa grâce. Même quand on meurt sous les coups. Comme il disait, l&#8217;espérance doit rester ouverte&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://plus.lefigaro.fr/page/jean-marie-guenois">Jean-Marie Guénois</a></p>
<p style="text-align: right;">06/02/2011<strong> </strong></p>
<p><strong>Source :</strong></p>
<p>http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/02/05/01016-20110205ARTFIG00005-le-dernier-moine-de-tibhirine-temoigne.php</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Interview de Mgr Jacques Gaillot : « En France, l’injustice règne partout »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/01/20/interview-de-mgr-jacques-gaillot-%c2%ab-en-france-l%e2%80%99injustice-regne-partout-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Thu, 20 Jan 2011 14:14:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Propos recueillis par Hernando CALVO OSPINA Très peu de Français connaissent le nom de la plus haute autorité de l’Eglise catholique du pays. Mais la plupart savent qui est Mgr Jacques Gaillot. Notre entretien commence à la Maison mère des Spiritains, à Paris, son « point d’ancrage », comme il aime l’appeler. Nous le terminerons dans un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Propos recueillis par Hernando CALVO OSPINA</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Très peu de Français connaissent le nom de la plus haute autorité de l’Eglise catholique du pays. Mais la plupart savent qui est Mgr Jacques Gaillot.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Notre entretien commence à la Maison mère des Spiritains, à Paris, son « point d’ancrage », comme il aime l’appeler. Nous le terminerons dans un petit restaurant à quelques pas de là, où les yeux du propriétaire et des autres convives brillent d’admiration en le reconnaissant. Il les salue avec une immense humilité, presque timidement. Avec un regard paisible et sur un ton serein, sans belles phrases, il dit ce qu’on aimerait entendre dans la bouche de beaucoup de politiques.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Né le 11 septembre 1935 à Saint-Dizier en Champagne, en 1957 il dut arrêter le séminaire pour partir effectuer son service militaire en Algérie, en pleine guerre de libération contre le colonialisme français.</em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Gaillot.jpg"><img class="size-full wp-image-3577 aligncenter" title="J.Gaillot" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Gaillot.jpg" alt="" width="250" height="167" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Monseigneur Gaillot, qu’a représenté pour vous ce passage par l’Algérie en guerre ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette expérience a commencé à changer ma vie. Mais j’ai eu de la chance : je n’ai pas porté les armes. J’ai été détaché pour faire du travail social, pour vivre avec les musulmans.</p>
<p style="text-align: justify;">Là-bas il y a eu deux choses qui m’ont beaucoup provoqué. Premièrement, l’Islam dont je ne connaissais rien. Je me suis dit que même si cette religion est extrêmement différente, ces gens-là ont la foi en Dieu, ils prient et ils sont hospitaliers, alors ils sont des frères pour moi. C’est l’interreligieux qui a influencé ma foi. La deuxième chose, c’est la violence de la guerre : c’est à partir de l’Algérie que peu à peu je suis devenu militant non-violent. Au fond, l’Algérie c’était un séminaire pour moi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Après 22 mois en Algérie, vous êtes envoyé à Rome et ordonné prêtre en 1961. Un an plus tard vous rentrez en France. Quels souvenirs gardez-vous de cette décennie ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques événements m’ont beaucoup marqué, par exemple Mai 68, parce que c’était une ouverture à la jeunesse. C’était formidable : une période de liberté de parole partout, où on était tous à égalité. Les prêtres dans les diocèses, qui osaient parler à leur évêque de plain-pied. C’était parfois sévère. Ils critiquaient la manière d’exercer l’autorité ecclésiastique. C’était beau et extraordinaire, cette façon de confronter l’autorité, le pouvoir. Je crois que depuis je n’ai pas revécu de période comme celle-là.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En 1982 vous devenez évêque d’Évreux, mais brusquement le 13 janvier 1995 on vous décharge de sa mission pastorale. Que s’est-il passé ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques jours avant cette date, j’ai comparu devant les autorités du Vatican dans l’ignorance totale, et j’ai été jugé coupable en quelques heures. Tout avait été tranché avant même que je comparaisse. Et vingt-quatre heures après, j’ai été chassé de mon diocèse. Le cardinal Bernardin Gantin, préfet de la Congrégation des évêques, m’a proposé de signer une lettre de démission, et je pouvais conserver le titre honorifique d’évêque émérite d’Evreux. Je n’ai pas signé. C’est alors que le Vatican me nomme évêque in partibus de Partenia, un diocèse disparu depuis le Vème siècle, situé dans l’actuelle Algérie, dans la région de Sétif. Je n’ai jamais rien réclamé.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai quitté l’évêché d’Evreux sans rien et je suis allé vivre une année dans le célèbre squat de la rue du Dragon à Paris, au milieu des familles de sans-papiers, jusqu’à ce que je sois accueilli à la communauté des Spiritains à Paris, où je réside habituellement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu’est-ce qui a poussé Rome à prendre une décision si drastique, si peu commune ? Pensez-vous que vos prises de position et votre action sociale y soient pour quelque chose ? Par exemple, en 1983, vous êtes l’un des deux évêques à voter contre le texte épiscopal sur la dissuasion nucléaire. En 1985, vous prenez position pour le soulèvement palestinien des territoires occupés, et rencontrez Yasser Arafat à Tunis. En 1987, vous n’assistez pas au pèlerinage à Lourdes, pour vous rendre en Afrique du Sud et rencontrer un militant anti-apartheid en prison. En 1988 déjà, dans la revue Lui, vous défendez l’ordination des hommes mariés. La même année, vous vous déclarez prêt à donner la bénédiction aux homosexuels. Et le 2 février 1989, vous publiez dans l’hebdomadaire Gai Pied, un article intitulé « Être homosexuel et catholique ». En 1994, vous devenez l’un des fondateurs de l’association Droits Devant !! qui vient en aide aux immigrés dépourvus de papiers, et commencez une lutte infatigable pour la défense des marginaux, ce qui vous fait connaître sous le nom de « Monseigneur des Sans » : sans papiers, sans logis. C’était plus que suffisant pour vous faire quelques ennemis dans les cercles du pouvoir civil et ecclésiastique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Oui. Bien qu’aujourd’hui je ne dispose toujours d’aucune preuve concrète, grâce à des informations fiables, je crois que le gouvernement français, et en particulier le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua, n’ont pas été étrangers à cette brutale décision du Vatican. Je pense que mon livre <em>Coup de gueule contre l’exclusion</em> a été le détonateur de mon éviction. J’y critique la loi sur l’immigration. Alors, M. Pasqua aurait fait savoir à Rome le malaise du gouvernement devant ma prise de positions. N’oublions pas qu’en France ce ministère est aussi en charge des cultes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Vatican a voulu m’isoler. Mais en 1996, pour le premier anniversaire de mon départ d’Evreux, quelques amis ont créé sur Internet l’Association Partenia , faisant ainsi de moi un « évêque virtuel ». Le Vatican n’imaginait pas que je réussirais à animer l’unique diocèse en expansion, avec le plus grand nombre de fidèles au monde et en plusieurs langues ! Partenia est un espace de liberté où l’on peut entrer en dialogue avec tous les peuples de la terre.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai très vite remercié Rome et M. Pasqua, parce qu’ils m’ont fait passer sur une autre rive où j’ai trouvé une autre vie. Je me suis ouvert à plus de liberté. Et, libre de toute attache, je me suis pleinement retrouvé dans l’action, avec les exclus. Je pouvais vivre avec les gens, partager leurs joies et leurs angoisses. Ça a été incroyable. Pendant que Pasqua est jugé pour divers délits, et que l’Eglise perd chaque jour toujours plus de chrétiens.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment considérez-vous l’Eglise catholique aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise nous a enseigné que Dieu a voulu nous apporter le malheur pour nous amener à la résignation. Mais ce n’est pas chrétien ! L’Eglise fait intervenir Dieu pour nous forcer à obéir et à ne pas penser. Très peu de discours sur Dieu me parlent de lui, par contre quand quelqu’un dit du bien de l’être humain, cela me parle beaucoup de Dieu. L’Institution reste inamovible sur son piédestal, loin du peuple et de Dieu. En continuant ainsi, l’Eglise se transformera en une secte, parce que beaucoup sont en train de se tourner vers d’autres religions. L’Eglise vit une hémorragie.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise doit changer, se moderniser, reconnaître que les couples ont le droit de divorcer et d’utiliser le préservatif ; que les femmes peuvent avorter ; que les hommes et les femmes puissent être homosexuels et se marier ; que les femmes puissent être ordonnées prêtresses, et avoir accès aux sphères de décision ; que l’on revoie la discipline du célibat, et que les prêtres puissent se marier comme tout être humain, parce que beaucoup doivent vivre leur relation dans la clandestinité, comme des délinquants.</p>
<p style="text-align: justify;">La situation actuelle est malsaine et destructrice pour les individus et pour l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Vatican a la dernière monarchie absolue d’Europe, mais il faudra changer de modèle. L’Eglise a du mal à admettre la démocratie à tous les niveaux. Ce n’est pas évangélique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que pensez-vous de la théologie de la libération, qui a connu un essor important en Amérique Latine, principalement, depuis les années soixante ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je m’y suis intéressé parce que c’est une théologie qui parle des pauvres. On ne parle pas de la liturgie, on ne parle pas de la catéchèse, on ne parle pas de l’Eglise, on parle du peuple pauvre. Ce sont les pauvres eux-mêmes qui prennent conscience de leur libération, et la prennent en main. Tant qu’il y aura des pauvres, il y aura une théologie de la libération.</p>
<p style="text-align: justify;">Moi-même et d’autres étions très sensibles à Don Elder Camara au Brésil, un grand théologien ; à Mgr Leonidas Proaño en Equateur ; à Mgr Oscar Romero au Salvador, et à d’autres prêtres principalement latino-américains. Quand Mgr Romero a été tué en célébrant la messe, le 24 mars 1980, ça a été un choc pour moi. Il avait laissé l’Eglise des puissants pour être avec les pauvres. Cette conversion qu’a faite Mgr Romero, moi j’ai trouvé ça tout à fait admirable.</p>
<p style="text-align: justify;">En Amérique Latine, il y a des prêtres qui ont pris les armes . Moi je ne me permets pas de les juger parce que c’est leur choix. Je ne suis pas d’accord, en tant que non-violent.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, la théologie de la libération est dangereuse pour les gens du pouvoir, qui ont tout fait pour que ça s’arrête. Quand les pauvres sont soumis, acceptent leur triste sort, il n’y a rien à craindre, c’est du pain béni, et les riches peuvent dormir tranquilles. Mais si jamais les pauvres se réveillent, puis prennent conscience de leur condition et deviennent acteurs de leur changement, alors ça fait peur.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les pauvres prennent la parole dans l’Eglise elle-même, et mettent en cause l’Institution, c’est terrible. Et l’Eglise dit : Voilà des communistes ! Attention ! On a toujours cette hantise de l’infiltration marxiste. Et donc, régulièrement les dictateurs, les gouvernements répressifs et le Vatican mènent un combat commun.</p>
<p style="text-align: justify;">Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de rebelles dans l’Eglise, parce que toute l’institution forme à l’obéissance, à la soumission.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment voyez-vous la situation sociale et économique de la France d’aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je juge une société en fonction de ce qu’elle fait par rapport aux plus démunis, aux plus déshérités. Evidemment je ne peux porter qu’un jugement sévère, parce que la France n’est pas respectueuse du droit et de l’être humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Je trouve que le problème n°1, c’est l’injustice qui règne partout. Les gens au pouvoir n’investissent pas pour les pauvres. Nous avons un gouvernement qui favorise les riches, à tous les niveaux. Et il y a trois millions de gens pauvres en France !</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai découvert que beaucoup de maîtres-chiens qu’on croise dans les stations de métro de la région parisienne sont des Africains sans papiers. Ils nous protègent, pourtant ils vivent dans la peur d’être arrêtés en tant qu’illégaux. Comment est-ce possible que les travailleurs sans papiers en soient réduits à n’être que des sous-citoyens alors qu’ils paient des impôts et qu’ils cotisent à la sécurité sociale, directement ou par le biais des entreprises qui les emploient ? Beaucoup de nos concitoyens pensent que ces gens profitent du système, sans savoir qu’ils reçoivent chez eux le formulaire des impôts sur le revenu. Ou bien, ils sont reconnus par l’administration mais comme ils ne sont pas en règle, ils ne peuvent bénéficier d’aucune aide sociale. C’est un racket de la part de l’Etat !</p>
<p style="text-align: justify;">Et l’Eglise dans tout cela ? Prenons comme exemple ce qui s’est passé le 23 août 1996 quand presque mille CRS et autres policiers ont forcé à coups de haches les portes de l’Eglise Saint Bernard de la Chapelle à Paris pour en faire sortir de force trois cents étrangers en situation irrégulière. J’étais en colère et scandalisé, car l’évêque avait demandé leur expulsion. Et quand on expulse des êtres humains qui demandent protection dans une église, on désacralise cette église. Et, malheureusement, cela continue.</p>
<p style="text-align: justify;">Que se passe t-il avec les étrangers illégaux ? On les met en centres de détention. Et le traitement qu’on donne là-bas est digne d’un camp de concentration. Inhumain ! Regardez ce qui se passe dans les prisons qui sont saturées. J’étais l’autre jour au Trocadéro où se déroulait une cérémonie toute simple pour les morts de l’année en prison. Il y a à peu près 1 suicide tous les 3 jours. C’est énorme ! Leur seul horizon, c’est le suicide. On n’avait jamais vu ça. Par rapport à l’Europe, la France détient le record des suicides par pendaison en prison.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Face à cette terrible situation, où se situe le discours du gouvernement sur la crise économique ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette crise économique ce ne sont pas les riches qui sont touchés, mais les plus pauvres. Pourquoi était-on contre la loi des régimes des retraites qui a été votée ? Parce qu’elle favorise les plus riches et pénalise les pauvres. Regardez tout ce qui se fait au plan de la réforme de santé : maintenant, il y a des gens qui n’osent plus aller chez le médecin, chez le dentiste ou chez l’ophtalmologue ; ils y vont quand ils ne peuvent pas faire autrement. Donc on se passe du médecin le plus possible, et puis quand on y va, c’est trop tard. Il y a des acquis sociaux qui s’effritent petit à petit dans tous les domaines.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la crise malmène les familles. Quelqu’un qui avait commencé à investir pour acheter une maison, et qui tombe au chômage, puis qui ne trouve plus de travail, alors, il ne peut plus payer, et il est obligé de revendre. Le logement social n’est pas une priorité nationale, pas une priorité politique, parce que les gens du pouvoir sont bien logés. On construit très peu de logements sociaux, donc les gens ne savent plus où aller. On laisse les gens dehors, alors qu’il y a beaucoup d’immeubles vides dans Paris.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le grand froid d’hiver, alors le gouvernement dit : on a des plans. Donc on ouvre un gymnase, on ouvre ceci, on ouvre cela pour accueillir quelques centaines de gens. Mais ce n’est pas de plans de grand froid dont on a besoin, c’est de logements dignes. On est dans une grande pénurie, on laisse des gens dans la difficulté, ils meurent de froid dans la rue. Ce n’est pas croyable ! Et comme disait Victor Hugo : &#8220;On fait la charité quand on n’a pas su imposer la justice&#8221;. Et ce n’est pas de la charité dont on a besoin, c’est de la justice. Parce que la justice va aux causes, la charité va aux effets. Alors je ne dis pas qu’il ne faut pas aider des gens, avec les Restos du Cœur, la soupe populaire. Il faut aider, il y a des urgences. Moi, le soir de Noël, on m’invite à donner une soupe chaude pour des gens qui n’ont rien. Je le fais, mais je n’ai pas bonne conscience quand même, vous voyez ? Il y a des causes structurelles qui maintiennent les gens dans l’injustice, et c’est là-dessus qu’il faut se battre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus triste est que les gens s’habituent à l’injustice. Il faut retrouver une capacité d’indignation pour ne pas s’habituer. Et je dis : Alors, indignez-vous !</p>
<p style="text-align: justify;">L’injustice, elle est partout en France. Il y a des oasis de richesses, de luxe, et puis des ghettos de misère. En France, il y a une violation flagrante des Droits de L’Homme. Donc il faut se battre pour faire respecter les droits des gens.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On a assisté en 2010 à de très fortes et nombreuses manifestations de protestation contre différents projets du gouvernement, qui n’a pas reculé d’un pas.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, nous avons été des millions à manifester en 2010, mais le gouvernement n’en a pas tenu compte. Je crois qu’en ne respectant pas la majorité du peuple qui s’exprime dans la rue, on ne prépare pas l’avenir. En France, on ne le fait pas. On laisse s’accumuler la colère, le ressentiment de ne pas être écouté. Donc, il se produira des choses.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut pas rester comme ça ; ce n’est pas parce qu’on met la police partout qu’on va contenir la colère du peuple. On chante dans les manifs : &#8220;Police partout, Justice nulle part&#8221;. En France on est dans un régime policier.</p>
<p style="text-align: justify;">L’injustice n’est jamais une condition de paix. Il y a le feu sous la marmite. Quand il y a de l’injustice, le feu couve, et le couvercle sautera.</p>
<p style="text-align: justify;">La majorité des Français ne se rendent pas compte ou ne veulent pas savoir que l’image de la France dans le monde est mauvaise, parce que le président Sarkozy a tout fait pour ressembler au président Bush.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Votre combat pour la justice ne concerne pas seulement la France, on vous a aussi entendu et vu agir dans d’autres lieux. Donnez-moi quelques exemples actuels.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On se bat toujours pour la solidarité avec les Palestiniens. L’état d’Israël est un état colonial qui s’est construit sur le vol de la terre, l’exclusion d’un peuple. Cela fait plus de 60 ans qu’il vit dans l’occupation, dans l’injustice. La communauté internationale ne fait rien ou si peu. Des paroles. En ce moment, il y a une mobilisation des citoyens un peu partout et elle exerce une réelle pression sur l’état d’Israël. Puisque les gouvernements ne font rien, et bien les citoyens se mobilisent. Les gens ne sont pas au courant que cinquante produits agricoles viennent des territoires occupés, et que c’est Israël qui pique l’argent. On fait un boycott contre les produits israéliens, mais aussi un boycott culturel. Bien sûr, quelques grands intellos français y sont opposés, le maire de Paris Delanoë aussi, ainsi que la dirigeante du parti socialiste, Mme Aubry. Si les Palestiniens continuent de vivre sous l’occupation, il n’y aura jamais la paix là-bas.</p>
<p style="text-align: justify;">Cuba. C’est un pays qui a l’avenir pour lui. J’ai pu constater que le peuple cubain est digne, courageux et solidaire. A Cuba il n’y a pas la misère que l’on trouve dans tous les autres pays d’Amérique latine, en France ou aux Etats-Unis. Malgré le blocus des Etats-Unis, ils ont tous la santé et l’éducation gratuite, et personne ne dort dans les rues ! C’est incroyable !</p>
<p style="text-align: justify;">Je fais partie du Comité international pour la liberté des cinq Cubains prisonniers aux Etats-Unis pour avoir lutté contre le terrorisme de Miami. Je suis dans le Comité parce que j’ai appris qu’il y avait une injustice évidente à leur égard. Ils ont beau être courageux, ils ont beau avoir des soutiens, on ne peut pas tolérer une injustice comme ça.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez visité différents pays d’Amérique Latine. Que pensez-vous de la manière dont la presse française traite les processus sociaux alternatifs qui se déroulent là-bas ? Pourquoi les médias ont-ils tendance à ridiculiser des gens comme les présidents Evo Morales, en Bolivie, ou Hugo Chavez, au Venezuela ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parce que la France soutient ceux qu’il ne faudrait pas soutenir, comme en Afrique. Elle a des intérêts. Ces présidents ne font pas ce que veulent les riches, alors que très souvent la France est de ce côté-là.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la participation des femmes en politique en Amérique Latine, c’est extraordinaire. Par exemple, une femme à la tête du Brésil ! En France on n’est même pas capable d’avoir une femme première ministre : on est tellement machos ! Madame Cresson l’a été, mais elle n’est pas restée longtemps, parce qu’on l’a tellement massacrée à cause de sa condition de femme. On est machos et vulgaires comme ce n’est pas croyable !</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, ce n’est pas la vieille Europe qui donne le ton, c’est l’Amérique Latine. C’est par là qu’il faut regarder !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Monseigneur Gaillot, pour terminer, deux dernières questions : Comment vous considèrent les autres dignitaires de l’Eglise en France ? Et, en tant que citoyen et être humain, voyez-vous une alternative face à la situation sociale de la France ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mes rapports avec les autres évêques sont en général polis, même si beaucoup m’ignorent. Ils ne me font parvenir aucun document de la Conférence Episcopale, et je ne suis plus invité à l’assemblée annuelle de Lourdes. Je ne crois pas que Rome veuille me réduire au silence, ce qui serait un châtiment extrême. Ce n’est pas confortable parfois, mais ce qui est confortable c’est d’être en paix avec sa conscience, de dire ce qu’on pense, de dénoncer qu’on n’accepte pas cet état de choses.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la seconde question… J’ai espoir dans les hommes et les femmes. Nous allons continuer à avancer. Je crois qu’il y a toujours des sursauts citoyens. Il y a heureusement un tissu associatif, un tissu de solidarité qui me réjouit. Il y a une santé dans le réseau de citoyens, et je vois tous les combats qui sont nés, c’est formidable. Chacun doit trouver le chemin où il peut lutter avec d’autres.</p>
<p style="text-align: justify;">L’unité : oui, c’est ça qui peut sauver la démocratie et les droits de l’homme, et c’est ce qui me donne de l’espoir .</p>
<p style="text-align: right;">Entretien réalisé par Hernando Calvo Ospina</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://hcalvospina.free.fr/spip.php?article310">http://hcalvospina.free.fr/spip.php&#8230;</a></p>
<p style="text-align: right;">Publié le 18 janvier 2011</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source : </strong></p>
<p>http://www.legrandsoir.info/Interview-de-Mgr-Jacques-Gaillot-En-France-l-injustice-regne-partout.html</p>
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		<title>Francois Houtart : Debout les jeunes !</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/12/20/francois-houtart-debout-les-jeunes/</link>
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		<pubDate>Sun, 19 Dec 2010 22:34:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[François Houtart a cette petite flamme qui l’anime et lui a donné la force d’agir. Cet homme est prêtre, sociologue, professeur universitaire, fondateur du CETRI [1] et surtout il a consacré sa vie à la justice sociale et aux gens. Nous avons rencontré ce grand monsieur qui nous parle de son combat, de sa vision [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>François Houtart a cette petite flamme qui l’anime et lui a donné la force d’agir. Cet homme est prêtre, sociologue, professeur universitaire, fondateur du CETRI </strong><strong>[1]</strong><strong> et surtout il a consacré sa vie à la justice sociale et aux gens. Nous avons rencontré ce grand monsieur qui nous parle de son combat, de sa vision de la société et du message qu’il délivre aux jeunes générations.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/F.Houtart.jpg"><img class="size-full wp-image-3471 aligncenter" title="F.Houtart" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/F.Houtart.jpg" alt="" width="250" height="250" /></a></p>
<p><strong>Entretien réalisé par Camila Campusano</strong></p>
<p><strong>16 décembre 2010</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez plus de 80 ans. Et vous avez mené une vie de luttes. Pour les gens qui ne vous connaissent pas, comment expliqueriez le combat que vous avez mené ? Quelles sont, pour vous, les causes les plus emblématiques que vous ayez défendues ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La situation dans le monde est telle qu’il y a malheureusement beaucoup de causes à défendre. Une des premières questions dans lesquelles je me suis investi est l’opposition à la Guerre du Vietnam et aux crimes perpétrés par l’agression des Etats-Unis. Ensuite, je me suis tourné vers les colonies portugaises et l’Apartheid, la région de l’Afrique Australe, la Guinée et le Cap Vert. Je me suis également fortement impliqué dans la révolution sandiniste au Nicaragua. J’ai soutenu Cuba et tout ce que l’île pouvait représenter en termes de transformations en profondeur de la société. Dans la même lignée, j’appuie le Venezuela avec sa révolution bolivarienne, la Bolivie ou l’Equateur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Les causes que vous défendez pourraient être qualifiées d’altermondialistes. Pourtant vous venez d’un milieu plutôt aisé, vous avez choisi de devenir prêtre et vous avez accumulé les diplômes. Comment se fait-il que vous ayez décidé de vous engager dans cette voie-là ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est assez simple. Mon engagement comme prêtre était orienté vers l’aspect de justice sociale qu’on retrouve dans l’évangile, et cette référence à un dieu de justice et d’amour, ainsi que les contradictions dans le monde tel qu’il existe. Cela a pris forme lorsque j’ai rejoint les JOC, Jeunesses Ouvrières Chrétiennes. C’était le mouvement le plus progressiste à l’intérieur de l’Eglise. J’y ai découvert la réalité de la classe ouvrière et notamment des jeunes travailleurs. Cela m’a amené, quand j’ai été ordonné prêtre, à demander de faire des études sociales. C’est pourquoi après mes études à Chicago, je me suis rendu en Amérique Latine. Pendant plus de 6 mois, j’ai visité la JOC dans les différents pays latino-américains. C’était une manière de connaitre le continent par le bas. J’ai été profondément frappé par tout ce que j’y ai découvert. Après cela, j’ai voulu approfondir mes études pour acquérir les instruments qui permettent de comprendre les sociétés. C’est comme ça que j’ai fait des recherches en Amérique Latine, en Asie et mon doctorat sur la sociologie du bouddhisme au Sri-lanka.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai découvert les grandes causes, telles que le Vietnam, les colonies portugaises, les mouvements de libération en Amérique Latine, parce que j’y ai été directement confronté. Je me rappelle que j’avais été invité à Khartoum, à une réunion de solidarité Asie-Afrique avec les luttes des colonies portugaises et d’Afrique du Sud. Et là je me suis demandé si mon rôle de prêtre était compatible avec un engagement dans des affaires aussi politiques. En réfléchissant, je me suis dit que si le fait d’être prêtre m’empêchait de défendre les valeurs de l’évangile, ça n’aurait pas beaucoup de sens. Cela ne m’a pas facilité le travail. Mais pour moi, ce n’est pas possible de faire autrement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel est votre fer de lance actuellement ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La cause des agrocarburants et de l’énergie me tient particulièrement à cœur. C’est une thématique emblématique de la logique capitaliste face à un besoin réel. Le discours dominant présente les agrocarburants comme la solution alors que c’est une fausse solution. En réalité, cette proposition détruit la biodiversité. Elle demande des millions d’hectares au Sud pour produire de l’énergie, soi-disant verte, pour le Nord. Cela engendre des destructions épouvantables sur le plan écologique et social, en expulsant les petits paysans de leurs terres.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez fait des recherches et du travail de terrain. D’après vous qu’est-ce qu’il faut concrètement pour défendre des idées telles que les vôtres ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut une certaine motivation, alliée à une bonne analyse des phénomènes. Sans quoi on peut se faire tromper par des slogans et des informations incorrectes, utilisée comme une arme par les adversaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut aussi ne pas rester purement dans la théorie. Il faut toujours confronter la pensée théorique à la réalité. Cette combinaison est essentielle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ajoutons à cela, le travail avec les mouvements sociaux. Ils sont les forces sociales qui essaient de porter soit une résistance, soit une proposition d’alternative. Il faut donc rester constamment en contact avec ces mouvements. D’une part, on peut apporter en les aidant dans l’analyse et la réflexion sur leur propre action. D’autre part, ce sont eux qui nous nourrissent car ce sont eux qui vivent cette réalité et ses contradictions. Travailler dans son bureau peut être intéressant mais cela n’a finalement que peu d’impact. C’est pour cela que je continue à voyager et à m’investir sur le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous faites aussi des conférences, vous participez à des cours universitaires, vous avez un pied dans le CETRI aussi. Qu’est-ce qui vous occupe d’autre actuellement ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, c’est ce que je fais… Je crois que tant qu’il y a moyen de faire une multitude d’activités, il faut le faire. Je remplis mon rôle de prêtre aussi, j’accompagne des gens, je célèbre des baptêmes et des mariages ou je préside des cérémonies d’enterrement. Je cherche à donner un sens à la vie des gens, indépendamment de leurs croyances religieuses.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez reçu le prix Unesco pour la tolérance et l’action non violente</strong> <strong>en 2009. Qu’en avez-vous pensé ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand on m’a annoncé que j’étais nominé pour le prix Unesco, je n’y croyais pas beaucoup mais finalement je l’ai obtenu. Aussi étonnant que ça puisse paraitre, c’est en fait le gouvernement cubain qui m’a proposé comme leur candidat. Cela a marché.</p>
<p style="text-align: justify;">Le prix récompense « la tolérance et l’action non violente » mais il m’a été accordé pour mon action sociale dans les différentes parties du monde. Dans mon speech lors de la réception du prix, j’ai précisé que j’étais en faveur de la tolérance et l’action non violente. Mais il existe des situations intolérables et une violence est présente dans l’organisation des sociétés. Alors je voulais bien définir le sens de ce prix là pour moi. Et en réalité, ce genre de prix représente l’occasion de remettre en valeur toutes les idées de l’altermondialisme et des luttes sociales d’aujourd’hui, face aux crises dans lesquelles nous nous trouvons et face au défi énorme devant lequel se trouve l’humanité dans son ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel serait le message que vous auriez envie de faire passer aux jeunes générations ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les jeunes devraient prendre conscience des mécanismes qui définissent la société. Ils construisent ou vont construire la société de demain, sans vraiment connaitre les fondements du monde qui les entoure. La mémoire historique est également indispensable. Ce sont des outils fondamentaux pour mener une lutte pour un changement de la société. Il ne faut pas suivre les pistes d’évasions qui réduiraient à néant toute possibilité de transformation des sociétés. Or tout est mis en œuvre pour qu’on n’ait pas les instruments d’analyse nécessaires, notamment via l’éducation. Cela demande donc un effort considérable de la part des jeunes. Ils ne doivent surtout pas perdre leur énergie transformatrice et s’endormir avec toute une série de gadgets et d’activités. Les grands pouvoirs économiques et politiques, qui orientent le monde, ne demandent qu’une seule chose, que les gens restent passifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut donc une jeunesse informée, consciente et qui se bouge pour transformer la société en quelque chose de mieux. C’est l’adage de toutes les générations, à condition d’avoir tous les instruments qu’il faut pour comprendre la société et la volonté qu’il faut pour s’engager efficacement.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ajouterais qu’il est très important d’avoir une référence solide pour tous les engagements qu’on prend. J’entends par référence solide, une base de convictions fondamentales. Cette base de convictions peut être la foi religieuse. Pour moi, c’est une base très importante parce qu’elle est l’affirmation des valeurs de justice, d’égalité entre les être humains, en référence à un transcendant. Cette base de référence peut aussi être un humanisme profond, comme on l’a connu chez Marx, par exemple. Sans base fondamentale, on peut partir dans toutes les directions. J’ai vu tellement de gens de la gauche radicale devenir, avec le temps, les meilleurs néolibéraux qui soient.</p>
<p><strong>Note :</strong></p>
<p>[1] Le CETRI est une ONG. C’est un centre d&#8217;étude, de publication, de documentation et d&#8217;éducation permanente sur le développement et les rapports Nord-Sud. Le CETRI a pour objectif de faire entendre des points de vue du Sud et de contribuer à une réflexion critique sur les conceptions et les pratiques dominantes du développement à l&#8217;heure de la mondialisation néolibérale. <a href="http://www.cetri.be/">http://www.cetri.be/</a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.michelcollon.info/_Camila-Campusano_.htm">http://www.michelcollon.info/_Camila-Campusano.htm</a></p>
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		<title>Homélie de Jacques Gaillot &#8211; 18 septembre 2010</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Sep 2010 20:03:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce passage d’Evangile (Luc 4,16-21) a été proclamé en janvier 1995 à la cathédrale d’Evreux à l’occasion de mon départ. Aujourd’hui, l’assemblée est différente mais c’est le même message, joyeux et subversif, qui retentit à nos oreilles. « L’Esprit du Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, Annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, Et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Ce passage d’Evangile (Luc 4,16-21) a été proclamé en janvier 1995 à la cathédrale d’Evreux à l’occasion de mon départ. Aujourd’hui, l’assemblée est différente mais c’est le même message, joyeux et subversif, qui retentit à nos oreilles.</p>
<p style="text-align: justify">« <em>L’Esprit du Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres,</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Et aux aveugles qu’ils verront la lumière,</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Apporter aux opprimés la libération…Luc 4,18-19</em></p>
<p style="text-align: justify">Toute la vie publique de Jésus sera la mise en œuvre de cette prédication de Nazareth.</p>
<p style="text-align: justify">C’est un message de libération et non de restauration.</p>
<p style="text-align: justify">C’est un message qui change la vie et non un discours religieux.</p>
<p style="text-align: justify">C’est l’être humain qui est au centre et non la loi : l’essentiel étant de pratiquer la justice et l’amour qui sont dus au prochain.</p>
<p style="text-align: justify">Dans la mise en œuvre de la prédication de Nazareth, Jésus se place du côté des opprimés et non du côté des oppresseurs.</p>
<p style="text-align: justify">Il est du côté des humiliés et non du côté de ceux qui les exploitent.</p>
<p style="text-align: justify">Il s’identifie aux victimes.</p>
<p style="text-align: justify">Il ne s’identifie pas aux puissants.</p>
<p style="text-align: justify">Le Magnificat qui est le chant de l’Eglise en marche, nous avertit que les plus faibles deviendront les plus forts, que les pauvres l’emporteront sur leurs maîtres et les peuples sur leurs dictateurs.</p>
<p style="text-align: justify">J’aime évoquer ici Jacques désiré Laval, médecin devenu prêtre dans le diocèse d’Evreux. Il est parti rejoindre les Spiritains de l’Ile Maurice. Il est parti sans jamais revenir. Il est parti avec cette conviction : faire le choix des pauvres. C’est aux Noirs qu’il annoncera l’Evangile. Les Noirs qui sont des marginaux, des laissés pour compte, souvent victimes de l’injustice. Il en fera des responsables, des partenaires, des hommes debout. C’est pourquoi aujourd’hui, il est reconnu par tous à Maurice : qu’il s’agisse des hindous, des musulmans, des bouddhistes ou des incroyants.</p>
<p style="text-align: justify">Le jeune prophète de Nazareth, par son action de libération, révèle un visage de Dieu tout à fait inhabituel. Jean-Baptiste lui-même ne s’y retrouve plus. De sa prison, il envoie deux disciples demander à Jésus : « <em>Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »</em> (Luc 7,19)</p>
<p style="text-align: justify">La réponse est sans appel : « <em>Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.</em> » Luc 7,21-22</p>
<p style="text-align: justify">Comment s’y prend Jésus ? Il commence par reconnaître la dignité des pauvres. Pour lui, la seule attitude qui puisse libérer quelqu’un, c’est de reconnaître sa dignité. Auprès de lui, les pauvres découvrent avec joie qu’ils sont aimés de Dieu. Ils sont reconnus comme des êtres humains à part entière.</p>
<p style="text-align: justify">J’ai été invité à rencontrer les Roms de Choisy-le-Roi. Expulsés, ils ont trouvé refuge dans un gymnase de la ville. Beaucoup de monde s’était rassemblé avec des élus et des responsables d’association. Nous avons pris la parole pour dénoncer l’injuste traitement fait aux Roms. Puis vint le tour d’une femme de la communauté des Roms : «<em> Par votre solidarité et vos paroles, dit-elle, nous sommes touchés à l’âme et très émus. Merci de reconnaître que nous sommes des êtres humains comme vous. Nous ne sommes pas dangereux pour vous. Nous voulons vivre simplement parmi vous. »</em></p>
<p style="text-align: justify">A Creil, dans l’Oise, des travailleurs africains sont en grève depuis bientôt un an pour obtenir leur régularisation. A plusieurs reprises, ils m’ont invité à les rejoindre à la bourse du travail qu’ils occupent. Leur porte-parole, Issa, déclare : « <em>Depuis le 12 octobre 2009, nous avons tout perdu : nos emplois, nos logements. Nous n’avons plus rien. Mais il nous reste notre dignité et notre volonté puissante d’être reconnus comme des êtres humains. </em>»</p>
<p style="text-align: justify">L’homme de Nazareth, par son action de libération,  a porté l’espérance des pauvres. Il est allé au devant d’eux. Il a mangé à leur table. Les pauvres se sont reconnus en lui. Personne n’était exclu. Un avenir s’ouvrait devant eux.</p>
<p style="text-align: justify">Comment ne pas faire mémoire, ici, du professeur Léon Schwartzenberg qui a consacré les dernières années de sa vie à la défense des sans papiers et des sans logis ! A son enterrement au cimetière de Montparnasse, les pauvres, en très grand nombre, s’étaient invités. Leur seule présence valait le plus beau des témoignages. Léon Schwartzenberg, juif athée, a porté l’espérance des pauvres.</p>
<p style="text-align: justify">Qu’il en soit ainsi pour nous. Avec la grâce de Dieu.</p>
<p>Jacques Gaillot</p>
]]></content:encoded>
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		<title>« Quand les mots manquent, le silence devient un cri au-delà des cris »</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Jan 2010 11:18:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans 150 villes de France, des citoyens de tous horizons participent, une fois par mois, à un Cercle de silence sur les places publiques. Le P. Alain Richard est l&#8217;un de ceux à l&#8217;origine de ce mouvement né il y a deux ans, dans le silence de la prière d&#8217;une fraternité de franciscains ENTRETIEN avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1941" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cercles-de-silence.png" alt="cercles-de-silence" width="171" height="180" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Dans 150 villes de France, des citoyens de tous horizons participent, une fois par mois, à un Cercle de silence sur les places publiques. Le P. Alain Richard est l&#8217;un de ceux à l&#8217;origine de ce mouvement né il y a deux ans, dans le silence de la prière d&#8217;une fraternité de franciscains</em><em></em></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">ENTRETIEN avec le P. Alain Richard, Franciscain</span></strong><strong></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La Croix</em></strong><strong><em> </em></strong><strong><em>:</em></strong><strong> Les Cercles de silence font du bruit alors même &#8211; ou peut-être du fait même &#8211; qu&#8217;ils s&#8217;enracinent dans le silence. Pourquoi ce paradoxe ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>P. Alain Richard :</strong> Les cercles de silence dénoncent l&#8217;enfermement des sans-papiers par l&#8217;État dans des centres de rétention administrative. Les moyens employés par les associations qui dénonçaient la systématisation du recours à l&#8217;enfermement ne semblaient pas porter puisque l&#8217;opinion publique soutient dans sa majorité la politique choisie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Religieux franciscains, nous avions quelque chose à dire, mais de manière différente. Le silence nous a semblé la meilleure manière de dire avec gravité que l&#8217;humanité des uns et des autres, celle des décideurs, de ceux qui soutiennent leur politique, comme celle des sans-papiers, est en jeu. Quand les mots manquent, ou quand ils ne sont plus entendus, le silence devient un cri au-delà des cris. Il permet de dépasser les mots.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que signifie ce silence ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les centres de rétention sont à bonne distance du centre des villes. Croyants ou athées, hommes et femmes d&#8217;âges différents, nous nous rassemblons sur une place de centre-ville, au cœur de la vie des gens. À Toulouse, nous formons un cercle autour d&#8217;une lampe tempête qui est le signe de la présence des sans-papiers retenus dans le centre. Nous n&#8217;avons pas de message sur une banderole. Notre seule communication est celle de petits tracts que nous distribuons aux passants. Nous nous abstenons de témoignages ou de photos de sans-papiers expulsés pour ne pas être dans l&#8217;émotivité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le silence appelle à aller plus profondément en soi-même et à écouter sa conscience. Seul à seul, face à soi-même, dans le silence intérieur, nous affrontons les questions dans toute leur complexité et alors, nous découvrons l&#8217;ambiguïté qui est en chacun de nous.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bien souvent, nous sommes touchés par l&#8217;atteinte à la dignité des sans-papiers et émus par leur sort, mais en même temps, nous avons peur qu&#8217;ils restent. Le silence amène à prendre conscience de ce manque d&#8217;unité et à essayer de vivre de manière plus cohérente, plus simple, comme dit François d&#8217;Assise, la simplicité étant l&#8217;opposé de la duplicité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ce silence est-il une fin en soi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne sommes pas là pour nous donner le sentiment d&#8217;accomplir une bonne action, mais avec l&#8217;espoir qu&#8217;il y ait de plus en plus de gens qui s&#8217;engagent pour que les mentalités changent, condition nécessaire pour que les lois évoluent. Mais cela dépend de chacun.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour certains, vivre ensemble une heure en silence, ce n&#8217;est déjà pas mal. D&#8217;autres disent que vivre au Cercle de silence constitue une véritable expérience spirituelle personnelle. Des militants engagés auprès des migrants puisent dans cette heure de silence la force de continuer. Pour les uns et les autres, le silence est un lieu d&#8217;approfondissement, mais aussi un lieu qui invite à s&#8217;engager, à peser dans le débat national. Le silence appelle une parole.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le croyant vit-il de manière particulière ce temps de silence ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Celui qui peut prier prie et intercède auprès de Dieu en faveur des migrants détenus et pour que les décideurs écoutent aussi la petite voix de leur conscience. Mais dans le silence, il pressent aussi son impuissance. Il doit accepter d&#8217;y faire face. Nous n&#8217;avons pas de solution miracle à proposer. Mais nous avons l&#8217;espérance que Dieu nous guidera pour que soient trouvées des solutions les plus justes possibles, les plus dignes possibles, partielles puis de plus en plus globales.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est l&#8217;impuissance de Jésus sur la croix, pieds et poings liés et néanmoins profondément actif et efficace à travers son amour. Nous avançons envers et contre tout, parce que nous croyons que tout être humain est sacré et depuis que le Verbe de Dieu s&#8217;est fait l&#8217;un de nous, que tout homme a quelque chose de divin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;espérance qui fonde notre silence est aussi celle qui nous permet de nous engager, sans condamner personne, pour faire advenir le règne de l&#8217;amour et de la compréhension, ce que les chrétiens appellent le Royaume de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p align="right"><strong>Recueilli par Martine de SAUTO</strong></p>
<p align="right"><strong>08/01/2010</strong></p>
<p>Source : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2409353&amp;rubId=55402</p>
<p><em>(1) Vient de publier Une vie dans le refus de la violence. Entretiens avec Christophe Henning, Éd. Albin Michel, 266 p., 18 €.</em><em></em></p>
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		<title>Mon évêque chez les Cubains. Par Annie Arroyo</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 22:30:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte nous est transmis par Gérard Warenghem qui le commente ainsi : « J&#8217;ai la chance et la joie de vivre sous le même toit que Jacques Gaillot. La joie de travailler avec lui et aussi, d&#8217;aller parfois avec lui ici ou là. Je partage complètement les observations et les sentiments d&#8217;Annie Arroyo (que je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Ce texte nous est transmis par Gérard Warenghem qui le commente ainsi</em><em> </em><em>: «</em><em> </em><em>J&#8217;ai la chance et la joie de vivre sous le même toit que Jacques Gaillot. La joie de travailler avec lui et aussi, d&#8217;aller parfois avec lui </em><em> </em><em>ici ou là. Je partage complètement les observations et les sentiments d&#8217;Annie Arroyo (que je ne connais pas). Elle écrit avec un certain talent. Je vous envoie son compte rendu de voyage.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ça vaut un conte de Noël, non</em><em> </em><em>?</em><em> </em><em>»</em></p>
<p align="center">
<p align="center"><strong> </strong></p>
<p align="center"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le 19 novembre dernier s&#8217;ouvrait à Holguín (Cuba) un Colloque International intitulé : « Libertad a la Verdad » (liberté pour la Vérité). Pas moins de 184 délégués représentant 42 pays avaient répondu présents à l&#8217;appel des organisateurs qui pour la 5° fois avaient mis sur pied un important programme de rencontres et de débats entre participants. Le thème de ce Colloque : soutenir et renforcer les efforts de la communauté internationale en faveur de la libération de cinq Cubains incarcérés depuis plus de 11 ans dans les prisons nord-américaines et condamnés à des peines invraisemblables pour avoir infiltré les réseaux terroristes de l&#8217;exil cubain qui, basés à Miami (Floride), tentent depuis 50 ans de renverser le régime en fomentant des attentats &#8211; on leur doit plus de 3000 morts et autant de personnes définitivement handicapées &#8211; contre leur patrie perdue.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et, dans cette Tour de Babel des Caraïbes, un délégué pas comme les autres pour représenter la France : Monseigneur Jacques Gaillot, évêque de Partenia.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai eu, pendant les quelques jours qu&#8217;a duré ce colloque, le plaisir de sa compagnie et l&#8217;honneur de lui servir d&#8217;interprète occasionnelle. Pendant cinq jours j&#8217;ai côtoyé celui que je ne connaissais que vaguement à travers quelques actions médiatisées et des échanges sur internet. En fait, ce sont les Cinq de Miami, ainsi que l&#8217;on appelle les cinq Cubains pour lesquels se tenait le colloque, qui nous ont réunis ! Dès qu&#8217;il a connu la terrible injustice dont sont victimes ces cinq patriotes cubains, Jacques Gaillot a prit fait et cause pour eux. Rien d&#8217;étonnant quand on sait que celui qu&#8217;on appelle parfois « l&#8217;évêque rouge » est de toutes les luttes où la justice et la fraternité sont en jeu !</p>
<p style="text-align: justify;">Pas l&#8217;ombre d&#8217;un problème pour l&#8217;identifier à son arrivée, alors que je l&#8217;attendais, un peu impressionnée, dans le hall de l&#8217;hôtel où étaient logés la plupart des délégués : monseigneur Gaillot a les yeux aussi bleus que le ciel de Cuba ! Et avec ça, une innocence évidente qui fait dire qu&#8217;il n&#8217;y a pas une once de méchanceté dans cet homme. J&#8217;ai bien dit : de méchanceté, car en ce qui concerne la malice&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pendant les cinq jours qu&#8217;a duré le colloque, nous avons vécu ensemble les grands et les petits moments de cette V° assemblée, comme de vieux amis. Et les souvenirs foisonnent !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;émotion des rencontres avec les familles des prisonniers ou avec des responsables de la solidarité, tous émus de saluer cet homme simple et affable qui leur apportait son soutien inconditionnel et fraternel&#8230; Les interviews des journalistes pour lesquelles, un peu gêné à l&#8217;idée de me déranger, il sollicitait discrètement mes services&#8230; La réception dans le municipio Calixto Garcia où Monseigneur s&#8217;avançait souriant vers les gens du village, arborant avec une dignité et une simplicité naturelles un chapeau ranchero un peu petit pour lui&#8230; Le moment où, devant Ricardo Alarcón et toute l&#8217;assemblée, je l&#8217;ai appelé au micro en disant toute ma fierté de le présenter, et où Jacques Gaillot, chaleureusement applaudi par l&#8217;assistance a expliqué le pourquoi de son engagement aux côtés des Cinq et de la solidarité (après quoi, il m&#8217;a glissé, mine de rien : « Vous m&#8217;avez bien eu ! »)&#8230; Sans parler de toutes les fois où, pénétrée de ma « mission » de veiller sur le saint homme, je le cherchais alors qu&#8217;il allait sans souci à travers ce territoire nouveau pour lui qu&#8217;est Cuba ! Car il était heureux comme un poisson dans l&#8217;eau, Monseigneur ! Pas le moins du monde inquiet du fait qu&#8217;il ne parle guère la langue de Cervantès! Les camarades du Colloque me disaient : « ¿Perdiste a tu obispo?» (tu as perdu ton évêque ?) et il y en avait toujours un pour me le retrouver. Alors l&#8217;ami Jacques me disait, un brin moqueur : « Mais voyons, Annie, je ne peux pas me perdre, Cuba est une île, non ? »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Car Jacques Gaillot, en dépit de ses yeux innocents et de son sourire débonnaire, a un sens de l&#8217;humour développé. J&#8217;ai pu le constater à plusieurs reprises ! Par exemple, lors de la clôture du Colloque, alors qu&#8217;une bonne partie des assistants s&#8217;était éclipsée et que le discours d&#8217;Alarcon durait et durait. La fatigue nous gagnait malgré nos efforts. Il faut dire que la chaleur n&#8217;arrangeait pas les choses ! Monseigneur se pencha alors vers moi en murmurant : « C&#8217;est bien long ! Mes sermons durent bien moins longtemps ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un autre exemple que je ne suis pas prête à oublier, c&#8217;est la messe dominicale que l&#8217;évêque de Holguín l&#8217;avait invité à concélébrer dans la cathédrale ! Comme il fallait ensuite qu&#8217;il rejoigne les troupes pour une activité à plusieurs kilomètres de là, je m&#8217;étais proposée pour l&#8217;accompagner, et je crois qu&#8217;il n&#8217;en avait pas été mécontent&#8230; Ce qui ne l&#8217;avait pas empêché de clamer à la ronde que « un miracle allait se produire, Annie allait assister à la messe» ! Et d&#8217;arborer un sourire innocent quand je protestais devant ces déclarations qui en règle générale déclenchaient l&#8217;hilarité ! Enfin, la messe arriva. J&#8217;attendais sagement assise sur un banc, encadrée par David, le responsable local des questions religieuses, et deux petits frères des pauvres français que la messe soit dite, en écoutant les psaumes rythmés par des maracas. Soudain, David se pencha et me murmura : « Je crois que ton évêque t&#8217;appelle ». Incrédule (« Moi ? Pendant la messe ? Pour quoi faire? »), je regardai vers l&#8217;autel: Monseigneur, superbe dans son aube blanche brodée d&#8217;un palmier, me faisait des deux mains le signe de le rejoindre ! J&#8217;avoue avoir pensé avec une pointe d&#8217;inquiétude : « Il a un problème ! » et je me suis avancée le plus discrètement possible jusqu&#8217;au chœur de la cathédrale par le bas-côté. Là, on me dit que monseigneur souhaitait que je traduise les paroles qu&#8217;il allait prononcer pour l&#8217;assistance. Eberluée, j&#8217;ai regardé mon évêque : il était épanoui, avec un sourire jusqu&#8217;aux oreilles qui disait : « Je vous ai bien eue, moi aussi !! ». C&#8217;est comme ça que je me suis retrouvée devant le maître autel de la cathédrale de Holguín, en train de traduire le message de paix que l&#8217;Evêque de Partenia adressait aux Cubains&#8230; Des mots simples, emplis de toute la tendresse que cet homme éprouve pour l&#8217;humanité qui souffre et qui se bat. Sa présence à Cuba ? C&#8217;est une première visite, un rêve de jeunesse, et il s&#8217;y sent bien, comme en famille. Pourquoi il est venu à ce Colloque ? Parce qu&#8217;il soutient les Cinq Cubains injustement prisonniers de l&#8217;Empire. Pourquoi il soutient les Cinq ? Par humanité, parce que tous les hommes qui souffrent sont ses frères et parce que c&#8217;est là son devoir et notre devoir. Et quand il a ajouté en conclusion qu&#8217;il promettait de revenir à Cuba, et que ce serait la fête parce que les Cinq seraient de retour, l&#8217;assistance l&#8217;a applaudi à tout rompre!</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">J&#8217;étais très fière de « mon » évêque, au point de lui pardonner le tour qu&#8217;il m&#8217;avait joué ! Et ce malgré le fait que les braves gens de la cathédrale, enthousiasmés par cet évêque français si gentil, ne pouvant l&#8217;approcher (il avait filé à la sacristie avec son collègue) se sont rabattus sur moi, me confiant leurs problèmes et me caressant les bras, comme si j&#8217;étais un ersatz d&#8217;évêque&#8230; Ils ne m&#8217;ont quand même pas prise pour une bonne sœur? Heureusement, l&#8217;ami Jacques est venu à la rescousse, mon petit sac à la main !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est quelques heures plus tard que j&#8217;ai cru brièvement avoir perdu son estime. Nous avions déjeuné à l&#8217;ombre d&#8217;une ceiba gigantesque et je prenais quelques photos en papotant avec Tonito, le fils de Tony Guerrero, pendant que Monseigneur discutait avec Mirta (ça, pour le coup, c&#8217;est un miracle : la maman de Tony ne parle pas plus français que Jacques ne parle espagnol, et pourtant ils se comprennent !) lorsque le responsable local nous a montré entre les racines de la ceiba une sorte de niche naturelle où les gens mettaient des pièces et des billets. «Tu fais un vœu, me dit-il, et si tu mets de l&#8217;argent, ton vœu se réalisera! ». Je ne crois guère à la santeria, mais au point où j&#8217;en étais, après avoir assisté à une messe&#8230; J&#8217;ai pris discrètement un billet et au moment où je le glissais dans le réceptacle en faisant un vœu, une voix connue et courroucée s&#8217;écria : « Ah, vous, vous m&#8217;aurez tout fait !! ». C&#8217;était monseigneur ! Un peu penaude, je l&#8217;ai vu s&#8217;éloigner, riant sous cape, de l&#8217;air le plus digne qu&#8217;il pouvait, tandis que Tonito s&#8217;étranglait de rire (tout en glissant lui aussi un billet ! Sans doute le même vœu&#8230;). Heureusement, monseigneur ne m&#8217;en a  pas tenu rigueur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Croire que nous avons passé notre temps en gamineries serait une erreur : nous avons eu des discussions sérieuses et parfois même passionnées. Nous avons parlé de cet évêché de Partenia, un diocèse qui n&#8217;existe plus depuis 1500 ans et que la hiérarchie catholique lui a donné en lieu et place de son évêché d&#8217;Evreux, il y a 13 ans, et qui fait qu&#8217;il est «évêque autrement », lui donnant involontairement une liberté d&#8217;action et de parole qu&#8217;il apprécie. J&#8217;ai même osé lui demander comment, après avoir côtoyé tant et tant de misères, il pouvait continuer à croire en l&#8217;humanité et en Dieu&#8230; « Parce que Dieu  nous aime, il nous donne la liberté de choisir notre destin. L&#8217;amour de Dieu est ce qui garantit notre liberté de nous assumer ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bienheureux les monseigneurs qui savent encore poser sur les hommes un regard plein d&#8217;une candide tendresse !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On ne pourrait pas cloner monseigneur Jacques Gaillot ?</p>
<p style="text-align: justify;">source : http://partenia2000.over-blog.com/article-jacques-gaillot-et-les-cinq-cubains-de-miami-40130230.html</p>
<p style="text-align: justify;"><span>Voir aussi  :</span> <a href="http://www.granma.cu/frances/cinco.html"><span><span>http://www.granma.cu/frances/cinco.html</span></span></a> <span><br />
Rejoignons tous les amis qui œuvrent pour la libération des Cinq.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span><img class="aligncenter size-full wp-image-1817" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/liberezlescinqcubains.jpg" alt="liberezlescinqcubains" width="299" height="119" /><br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La foi au Christ : transmettre l’intransmissible ?  par Christoph Theobald, s.j.</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/12/04/la-foi-au-christ-transmettre-l%e2%80%99intransmissible-%e2%80%a8-par-christoph-theobald-sj/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2009/12/04/la-foi-au-christ-transmettre-l%e2%80%99intransmissible-%e2%80%a8-par-christoph-theobald-sj/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 04 Dec 2009 14:54:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Et si nous nous demandions ce que Jésus de Nazareth, le Christ, peut nous apprendre de la transmission de la vie et de la foi! Au lieu de nous lamenter sur la « panne de transmission » au sein de nos sociétés européennes et dans l&#8217;Église, regardons tout simplement l&#8217;extraordinaire savoir-faire du Nazaréen, son art de pédagogue, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et si nous nous demandions ce que Jésus de Nazareth, le Christ, peut nous apprendre de la transmission de la vie et de la foi!</p>
<p style="text-align: justify;">Au lieu de nous lamenter sur la « panne de transmission » au sein de nos sociétés européennes et dans l&#8217;Église, regardons tout simplement l&#8217;extraordinaire savoir-faire du Nazaréen, son art de pédagogue, tel que les récits évangéliques le mettent en scène. Trop souvent nous nous laissons paralyser par la <em>complexité du message chrétien, </em>décourager par ces jeux de piste que sont nos grands catéchismes où il est tout aussi difficile de s&#8217;orienter que dans les gares parisiennes lorsque l&#8217;on est étranger! Or, à ouvrir les Évangiles, nous découvrons un homme, certes aux prises avec la complexité souvent dramatique de la vie, mais capable de <em>toucher immédiatement le point essentiel </em>chez ceux qu&#8217;il rencontre : l&#8217;endroit mystérieux où peuvent se libérer des énergies de vie insoupçonnées. C&#8217;est ce qu&#8217;il montre à son entourage, y suscitant, sans beaucoup de paroles, le désir d&#8217;acquérir un même doigté, une même délicatesse, dans l&#8217;approche de l&#8217;existence humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Regardons donc de près :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Q</strong><strong>U&#8217;EST-CE QUE NOUS APPREND LE « PASSEUR » DE GALILÉE ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;abord et avant tout ceci : Jésus nous apprend qu&#8217;il <em>n&#8217;y a pas de vie humaine sans </em>« foi ». Comprenons bien ce mot si galvaudé de « foi » et ne pensons pas trop vite au « Credo » de Nicée-Constantinople ni même à des enseignements proprement chrétiens. Pensons à l&#8217;acte élémentaire de confiance que nous posons tous les jours pour pouvoir vivre : la vie mérite-t-elle d&#8217;être vécue? Tient-elle sa promesse? Rien ne le garantit d&#8217;avance; pour vivre, il n&#8217;y a pas d&#8217;autre chemin que de faire « crédit »!</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il n&#8217;y a pas de vie humaine sans foi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On entend ce langage élémentaire de la foi traverser tous les domaines de notre existence : « croyance » et « créance » sont étymologiquement voisines; « faire crédit », « éprouver la fiabilité », « se fier à quelqu&#8217;un », tout cela est nécessaire dans le monde financier et économique comme dans nos relations les plus intimes, et pas uniquement dans la sphère religieuse. <em>L&#8217;ensemble </em>de nos échanges, voire toute notre vie en société, est fondé sur une confiance inaugurale ou initiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c&#8217;est ce qui caractérise l&#8217;homme; les anthropologues nous l&#8217;apprennent : à la différence de l&#8217;animal, <em>l&#8217;être humain est radicalement inachevé </em>quand il naît et il le reste tout au long de son existence. Cet inachèvement constitutif fait appel à sa capacité à faire confiance en la vie, à y croire. Mais il doit passer chaque fois un « seuil » quand il laisse la peur devant l&#8217;inconnu céder la place au simple courage d&#8217;être et de vivre; toutes les cultures le savent en accompagnant ces passages décisifs par leurs rites d&#8217;initiation.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces seuils, personne ne peut les franchir seul. Pour chacun de nous, ces « nouvelles naissances », supposent déjà des relations, parentales ou autres, qui nous précédent : nous sommes réellement engendrés à faire confiance, par d&#8217;autres qui nous ont fait confiance, sans toutefois que la responsabilité de notre propre décision de croire ou de ne pas croire en la vie puisse nous être enlevée. Qui ne se souvient d&#8217;avoir <em>entendu </em>une parole décisive d&#8217;un autre ou d&#8217;avoir vu dans son regard bienveillant la possibilité de faire soi-même le pas qui coûte! À certaines étapes de notre existence, il nous paraît suffisant de vivre sur la vitesse acquise ; mais à des moments de passage ou de crise, l&#8217;acte de foi inaugural en la vie doit être réactivé. Dans ces situations, nous avons vraiment besoin de personnes capables de susciter la foi ou de la ressusciter. Nous avons besoin de « passeurs ».</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est alors que nous découvrons que le « passeur » de Galilée s&#8217;intéresse d&#8217;abord et avant tout à <em>cette « </em>foi » comme unique source de vie : « C&#8217;est ta foi qui t&#8217;a sauvé », dit-il à tant d&#8217;hommes et de femmes rencontrés en situation de nécessité : celle qui depuis douze ans souffre d&#8217;hémorragies, les porteurs du paralytique, le centurion attaché à son esclave malade et sur le point de mourir, etc. Jésus <em>nous apprend ainsi qu&#8217;il n&#8217;y a pas de vie humaine sans </em>« foi ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La difficulté de croire en la vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et puisque la vie n&#8217;est pas facile, il n&#8217;est pas non plus aisé d&#8217;y croire. Le mal sous toutes ses formes la traverse; nous venons de le voir : la maladie, le malheur qui tombe sur quelqu&#8217;un de manière inattendue, les échecs et les séparations de toute sorte, le <em>mal</em>-être &#8211; ce qui se passe dans certaines banlieues en est une manifestation terriblement inquiétante; le mal, ce sont aussi nos résistances les plus profondes à la vie, enfouies dans notre inconscient, voire les forces de mort qui peuvent nous habiter. Mon existence tient-elle sa promesse? Et quelle promesse? Tous, nous connaissons ces délibérations intérieures, plus ou moins furtives : pesées secrètes, sur une balance intérieure, de nos expériences positives, de nos problèmes et de nos douleurs. Qu&#8217;est-ce qui a du poids? Mon existence tout entière a-t-elle du poids? Pour qui d&#8217;autre que moi? Et, finalement, que vaut-elle devant ma propre conscience?</p>
<p style="text-align: justify;">Les Écritures, le livre de Job ou l&#8217;épître aux Romains, relatent cette estimation élémentaire de toute vie. Et il n&#8217;est pas sans importance que Jésus de Nazareth commence son « ministère » en Galilée par la rencontre de ceux qui ont toutes les raisons du monde d&#8217;être désespérés, ceux pour qui la « foi » est un acte difficile, voire impossible, tant les perspectives de la vie sont bouchées et leur balance négative.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;impossibilité de croire à la place d&#8217;un autre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais Jésus sait encore &#8211; et c&#8217;est une troisième leçon apprise en sa compagnie &#8211; que personne ne peut croire en la vie à la place d&#8217;un autre. Certes, une parole extérieure, parole parentale ou parole de « passeur », est absolument nécessaire pour accéder à cette « foi » &#8211; cela a été souligné et j&#8217;y reviendrai ; mais à quoi servirait une telle parole si elle ne réussissait pas à <em>me </em>convaincre. Ne dois-je pas m&#8217;entendre murmurer à moi-même : oui, c&#8217;est vrai, la vie vaut la peine d&#8217;être vécue, j&#8217;y crois. Le terme de « con-<em>viction</em> » dit bien qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une <em>victoire </em>sur tous les messages négatifs qui traversent une existence : victoire qui nécessite le <em>con</em>cours d&#8217;autres personnes comme le suggère le mot « <em>con</em>-viction » mais victoire aussi que personne d&#8217;autre ne peut remporter à ma place.</p>
<p style="text-align: justify;">Notons-le bien : nous nous sommes progressivement approchés du mystère d&#8217;un <em>intransmissible </em>ou, dit positivement, d&#8217;un miracle permanent, toujours aussi attendu que surprenant, et qui ne cesse de se reproduire devant nos yeux, chaque fois qu&#8217;un enfant commence sa trajectoire. Rien ne garantit qu&#8217;il prendra un jour la liberté de croire en la vie, de transformer le caractère inachevé de son existence en tâche, se laissant « former » : non pas dresser mais initier à donner lui-même &#8211; <em>librement </em>-<em> </em>« forme » à sa vie. Nous comprenons à quel point la réussite de ce processus est miraculeuse quand nous rencontrons des personnes ou des groupes, voire des sociétés entières qui n&#8217;arrivent plus à faire confiance en l&#8217;avenir. Le suicide d&#8217;un proche nous laisse totalement démunis : subitement nous découvrons que le courage de vivre et de croire en la vie a sa source ultime en chacun; là où personne ne peut se substituer à un autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Pardonnez-moi si j&#8217;insiste. L&#8217;inquiétude générale par rapport à la transmission ne doit pas nous faire oublier cette vérité élémentaire: <em>le jaillissement de la </em>« foi »<em> en la vie est intransmissible. </em>Cette loi oppose une barrière infranchissable à toute stratégie volontariste de transmission mais nous libère aussi pour l&#8217;essentiel. Jésus de Nazareth le sait bien : jamais il ne dit à quelqu&#8217;un : « <em>je </em>t&#8217;ai sauvé », mais : « ta foi t&#8217;a sauvé<strong> ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;engendrement de la foi par le Nazaréen</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Tout en connaissant et reconnaissant </em>cette limite absolue qu&#8217;est <em>le mystère de l&#8217;autre, le Nazaréen parvient à « engendrer », en ceux qui s&#8217;y prêtent, la « foi » en la vie. </em>Je dis bien <em>« engendrer </em>la foi » comme on engendre la vie. Les deux sont intimement liés parce qu&#8217;on ne peut transmettre la vie sans transmettre la foi en la vie. Il n&#8217;y a aucune démission quand Jésus reconnaît l&#8217;inaliénable secret de l&#8217;autre! Au contraire, entendons bien le caractère paradoxal de ce qu&#8217;il dit à celles et ceux qu&#8217;il rencontre sur le chemin : « <em>Ma </em>fille, <em>mon </em>fils<em>, </em>c&#8217;est <em>ta </em>foi qui t&#8217;a sauvé »; parole paradoxale qui, tout en suscitant ou ressuscitant la « foi » d&#8217;autrui, avoue <em>en même temps </em>que celle-ci est déjà à l&#8217;œuvre en lui. Voilà l&#8217;ultime leçon de Jésus pour nous, la plus importante : il engendre la foi en la vie par sa manière de s&#8217;adresser à autrui.</p>
<p style="text-align: justify;">Celle-ci se résume en un mot, dans le « heureux » des Béatitudes : « l&#8217;Évangile <em>de </em>Dieu » ou Dieu comme heureuse Nouvelle; on pourrait même dire : <em>Dieu comme Évangile. </em>Dire à quelqu&#8217;un que sa vie est une promesse qui sera tenue, le dire même de la vie de chaque être humain, cela est en effet une parole exorbitante, une parole <em>sans proportion </em>avec ce que nous éprouvons quotidiennement et ce que peut porter un individu. C&#8217;est pour cette raison toute simple qu&#8217;il convient de relier cette Bonne Nouvelle <em>et </em>Dieu. Personne ne peut être garant d&#8217;une telle promesse de bonté et de béatitude, sinon celui que nous appelons « Dieu »!</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus de Nazareth n&#8217;a pas inventé cette promesse mais il a su la rendre crédible : elle est l&#8217;axe de toute son existence et de tout son ministère; il met sa propre vie en jeu pour elle. Son hospitalité radicalement ouverte, et maintenue ouverte jusqu&#8217;au bout, manifeste cet Évangile de manière infiniment concrète : quand, tout en posant les gestes qui conviennent et en disant la parole qui s&#8217;impose ici et maintenant, il s&#8217;efface lui-même pour laisser <em>quiconque </em>trouver sa place unique, en face de lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà, en peu de mots, le secret de son autorité et ce qui rend crédible sa parole; le secret aussi de l&#8217;engendrement de la « foi » de ceux et de celles qui croisent sa route. Entendons-nous bien : Jésus rend <em>possible </em>leur foi par sa présence, surtout parce qu&#8217;il sait que sa propre existence, si crédible qu&#8217;elle soit, ne la produit jamais automatiquement : la « foi » ne peut surgir <em>que librement </em>du fond même de ses interlocuteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Que pouvons-nous donc apprendre de la fréquentation assidue du « passeur » de Galilée?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>1) Il n&#8217;y a pas de vie humaine sans </em>« foi ».</p>
<p style="text-align: justify;"><em>2) Et puisque le « métier d&#8217;homme », unique pour chacun, est un « métier » difficile, il n&#8217;est pas non<strong> </strong></em><em>plus aisé d&#8217;y « croire ».</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> 3) Jésus de Nazareth le sait; il sait même que personne ne peut « croire » à la place d&#8217;un autre.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>4) Mais sans se substituer à la liberté d&#8217;autrui, son hospitalité ouverte lui permet d&#8217;« engendrer » la </em>« foi »<em> en une vie</em> « <em>réussie », sans proportion avec notre expérience quotidienne : quoi qu&#8217;il arrive, chaque être humain est une histoire sacrée, une promesse évangélique qui sera tenue, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer ou désirer.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Vous allez m&#8217;objecter alors : notre tâche n&#8217;est pas seulement de rendre possible cette « foi »» en la vie; nous désirons aussi transmettre <em>la foi</em> <em>au Christ.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>COMMENT NAÎT CETTE </strong><em><strong>FOI AU </strong></em><em><strong>CHRIST ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Commençons par les <em>conditions élémentaires </em>de la naissance de cette foi. Elles sont déjà posées dans ce qui précède; ne les oublions donc pas : le rayonnement de l&#8217;homme de Nazareth et de ceux qui vivent à sa manière, sa santé contagieuse et surtout sa passion pour la « foi » de <em>tout être humain </em>en la vie, quel qu&#8217;il soit par ailleurs; sa sympathie, sa compassion et son doigté quand il touche, chez autrui, <em>le point </em>parfois douloureux d&#8217;où peut émerger le courage d&#8217;être et de croire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un seuil décisif</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>De cette présence, on peut rester simple bénéficiaire, </em>bénéficiaire de tous ceux et de toutes celles qui aujourd&#8217;hui encore vivent à la manière du Nazaréen en « passeurs » de la « foi » ; et c&#8217;est légitime. <em>On peut aussi être intrigué par sa manière de traiter avec l&#8217;être humain, s&#8217;étonner de ce que l&#8217;histoire de l&#8217;humanité a reçu de lui, s&#8217;interroger donc sur ce qui l&#8217;habite, lui, et s&#8217;approcher ainsi de son mystère. </em>Personne n&#8217;est obligé de faire ce pas, l&#8217;« unique nécessaire » pour vivre étant de croire que la vie vaut la peine d&#8217;être vécue et qu&#8217;elle vaut la peine d&#8217;être mise en jeu pour autrui, parce que c&#8217;est <em>ainsi </em>qu&#8217;on l&#8217;a reçue et c&#8217;est ainsi qu&#8217;on la transmet. Rien d&#8217;automatique donc ni de nécessaire dans l&#8217;intérêt pour le Christ, encore moins aujourd&#8217;hui; et j&#8217;y reviendrai. Mais s&#8217;intéresser non seulement à l&#8217;Évangile mais à celui qui l&#8217;a annoncé, à son savoir-faire et son art de pédagogue, bref à son mystère, c&#8217;est devenir son disciple et croire finalement <em>en lui. </em>Réalisons bien ce qui se joue sur ce « seuil » décisif qui est à l&#8217;image de tant d&#8217;expériences quotidiennes : éprouver la présence bienfaisante de quelqu&#8217;un <em>peut </em>conduire au désir de le connaître et de connaître ce qui l&#8217;habite. Pour ce qui est du Nazaréen, personne ne peut faire ce pas sans lire les récits évangéliques qui parlent de lui &#8211; « ignorer les Écritures, c&#8217;est ignorer le Christ », disait saint Jérôme &#8211; ni sans avoir rencontré ceux qui aujourd&#8217;hui encore vivent <em>de </em>Lui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dimensions insoupçonnées d&#8217;un Évangile pour tous</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce « seuil », le « débutant » dans la foi au Christ fait une double découverte : il perçoit des dimensions jusqu&#8217;alors insoupçonnées de l&#8217;Évangile; et en les percevant, il comprend subitement pourquoi cette Nouvelle est absolument pour tous.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant nous résistons à entendre jusqu&#8217;au bout l&#8217;Évangile de Dieu. Pourquoi? Cette résistance à entendre jusqu&#8217;au bout le « heureux » des Béatitudes vient de notre conscience d&#8217;être mortels. La perspective de notre mort ne cesse de discréditer l&#8217;annonce de ce « Heureux », répétée huit ou neuf fois par le Nazaréen. Or, <em>son Évangile ne nous atteint pas seulement de l&#8217;extérieur, il nous rejoint de l&#8217;intérieur de nous-mêmes et transforme notre rapport à la mort. </em>Nous savons bien que notre existence est limitée; ce qui provoque nos réactions les plus épidermiques : la volonté de vivre aujourd&#8217;hui intensément, d&#8217;oublier l&#8217;horizon de la mort et d&#8217;obtenir tout tout de suite, souvent au détriment d&#8217;autrui; ou encore la « peur d&#8217;être » et, dans son sinistre cortège, la comparaison et la lamentation, la jalousie et la violence. À la racine de cette dégradation intérieure et sociale se trouve un « mensonge » : une connivence entre les limites de notre existence &#8211; la mort &#8211; et une jalousie cachée de la vie nous est suggérée ; elle s&#8217;insinue continuellement en nous. C&#8217;est comme si la vie nous donnait la vie, puis nous la reprenait un jour pour continuer sans nous. La mort serait la simple conséquence de l&#8217;égoïsme foncier de la vie. C&#8217;est un terrible mensonge!</p>
<p style="text-align: justify;">Au contraire, notre conscience d&#8217;être mortels peut devenir lieu de conversion. Subitement je perçois que <em>je n&#8217;ai qu&#8217;une seule vie</em> :<em> </em>je n&#8217;en ai qu&#8217;un seul exemplaire. Chacun de nous n&#8217;existe qu&#8217;une seule fois, il est unique. Naissance et mort sont donc comme le sceau apposé sur la vie, qui lui donne son unicité. Ne perdrait-elle pas son poids si nous pouvions indéfiniment la recommencer, remettre sans cesse le compteur à zéro? L&#8217;Évangile de Dieu se manifeste, avec toute son énergie de résurrection, au creux de cette expérience d&#8217;unicité. Il fait tomber la fascination de la mort; il transforme la vie en totalité mystérieuse et trace de la bonté abyssale de Dieu. Tous les jours le croyant peut la recevoir en son unicité incomparable, à condition cependant qu&#8217;il renonce progressivement à l&#8217;image qu&#8217;il se fait de lui-même, des autres et de Dieu : « Qui veut sauver <em>sa </em>vie, la perdra ; mais qui perdra sa vie à <em>cause de moi et de l&#8217;Évangile, </em>la sauvera » (Mc 8, 35), dit Jésus au croyant ; et c&#8217;est au même moment que Pierre reconnaît Jésus comme Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>En entrant ainsi, avec le Christ, dans ces dimensions jusqu&#8217;alors insoupçonnées de l&#8217;Évangile, on commence </em>à <em>saisir pourquoi la Bonne Nouvelle est absolument pour tous. </em>La transmission de l&#8217;Évangile n&#8217;est nullement un endoctrinement ou la proposition d&#8217;une idéologie religieuse parmi d&#8217;autres; j&#8217;espère l&#8217;avoir fait comprendre. L&#8217;Évangile de Dieu ou Dieu comme Évangile veut rejoindre l&#8217;homme de l&#8217;intérieur de lui-même, à l&#8217;endroit où il est aux prises avec l&#8217;enjeu fondamental qu&#8217;est le simple fait d&#8217;exister; il veut rendre possible en lui la foi en la bonté foncière de la vie et susciter ainsi le courage d&#8217;affronter l&#8217;aventure unique de son existence. Peu importe, à la limite, que l&#8217;homme perçoive toutes les dimensions de ce combat ; il lui suffit de faire l&#8217;expérience d&#8217;une présence <em>gratuite </em>et <em>radicalement </em>bonne à ses côtés capable de le convaincre de la bonté de la vie. Quelqu&#8217;un croit vraiment au Christ, entre dans son mystère et commence à vivre <em>de lui, </em>quand il partage avec lui cette passion pour un Évangile qui concerne absolument tous les humains : « Malheur à moi si je n&#8217;annonce pas l&#8217;Évangile! » dit l&#8217;apôtre Paul; celui qui s&#8217;est laissé identifier au Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des raisons de croire en Christ</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comment transmettre la foi au Christ, si nous ne savons plus très bien pourquoi croire en lui? C&#8217;est là, me semble-t-il, l&#8217;unique problème et l&#8217;unique crise de transmission dont il faut se soucier. La difficulté n&#8217;est pas celle de la bonne méthode ou de la stratégie la plus astucieuse : le christianisme, encore une fois, n&#8217;est pas un message religieux parmi d&#8217;autres. Croire au Christ c&#8217;est sans cesse découvrir en lui un doigté sans pareil pour toucher ce qui est humain et souvent trop humain en nous et percevoir ainsi l&#8217;extraordinaire connivence entre l&#8217;Évangile de Dieu et le mystère de notre existence humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les multiples raisons de croire en Christ, je viens d&#8217;indiquer la plus importante : la voix de l&#8217;Évangile rejoint tellement l&#8217;humain et tout homme qu&#8217;elle doit résonner pour tous et en toute génération, jusqu&#8217;à la fin. Seul celui qui entre dans le mystère de l&#8217;homme de Nazareth peut y puiser la passion et le courage de rendre présente cette bonté ultime par des gestes et des paroles qui conviennent, ici et maintenant. Nous savons par expérience que cette bonté est sans proportion avec ce que la vie elle-même et chacun de nous peuvent porter; nous ne pouvons donc l&#8217;annoncer qu&#8217;au nom de celui qui l&#8217;a rendu crédible par sa vie, sa mort et sa résurrection.</p>
<p style="text-align: justify;">Si nous croyons donc au Christ, si même nous l&#8217;aimons, c&#8217;est à cause de notre foi en une Nouvelle de bonté radicale à transmettre à quiconque, au tout-venant. Mais nous ne pouvons croire jusqu&#8217;au bout en cette Nouvelle sans puiser en Christ la passion, l&#8217;énergie et la manière de la livrer à d&#8217;autres. La manière surtout : l&#8217;effacement de cet homme qui est à la mesure de son rayonnement; son dessaisissement de soi au profit d&#8217;une hospitalité où tous et chacun peuvent trouver asile et déjà éprouver quelque chose de la bonté et de la beauté de la création.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>CROIRE AU CHRIST :  LES CONDITIONS D&#8217;UNE TRANSMISSION RÉUSSIE</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;">Le parcours qu&#8217;on vient de faire &#8211; le récit de la naissance et de la maturation de la « foi » élémentaire en la vie et de la foi au Christ &#8211; vous aura fait comprendre les conditions d&#8217;une transmission réussie. Le moment est venu de les rassembler. Rien de neuf : vous les connaissez et vous les réalisez, jour après jour, dans les différents champs de votre existence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La présence au « tout-venant »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;abord et avant tout un intérêt <em>véritable pour le « tout-venant », pour celui qui se présente à l&#8217;improviste sur nos </em>routes <em>quotidiennes, </em>comme cela s&#8217;est passé pour la première fois en Galilée. Cet intérêt peut prendre des formes extrêmement variées, selon les lieux que nous habitons ou que nous traversons ou selon le type de relation engagée : le bureau partagé avec d&#8217;autres, le repas à la cantine, une rencontre dans la rue ou à l&#8217;hôpital, l&#8217;accueil d&#8217;enfants confiés par d&#8217;autres pour une séance de catéchèse, un repas de famille, une réunion de travail au sein d&#8217;une association, etc. II s&#8217;agit chaque fois d&#8217;activer à l&#8217;improviste une même capacité d&#8217;être tout simplement<em> </em>présent, à soi et à l&#8217;autre en ce qu&#8217;il révèle des enjeux vitaux de son existence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;esprit de gratuité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La crédibilité de cette présence &#8211; deuxième condition &#8211; <em>dépend de nos motivations </em>: il n&#8217;est pas rare que l&#8217;intérêt pour l&#8217;autre soit feint et cache nos véritables intérêts; parfois d&#8217;ailleurs les plus nobles, ne fùt-ce que celui de trouver des nouveaux adeptes pour tel groupe ou telle tâche ecclésiale. Rien de cela en Christ dont l&#8217;« esprit » de gratuité marque toutes ses rencontres. Notre véritable motivation transparaît en effet dans une manière d&#8217;engager une parole et de poser des actes en faveur d&#8217;autrui. Qu&#8217;est-ce qui fait que quelqu&#8217;un devient pôle de stabilité dans un tissu social fragilisé ou qu&#8217;il devient havre de bonté où l&#8217;entourage peut réellement exister? Un presque rien, peut-être acquis difficilement, qui fait qu&#8217;on perçoit en cette personne, significative pour bien d&#8217;autres, une unité entre ce qu&#8217;elle dit, pense et fait ; un presque rien qui fait qu&#8217;on la voit capable d&#8217;entrer réellement dans la perspective de l&#8217;autre. Aucune transmission n&#8217;est possible sans ces « présences d&#8217;Évangile ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;expérience de la prière</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La pierre de touche d&#8217;une présence crédible est l&#8217;aveu confiant </em>que personne ne peut rien à la place de l&#8217;autre et <em>que l&#8217;accès à la foi</em> <em>relève du mystère de chacun : </em>qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une « foi » ajustée en la vie ou de la foi au Christ. Le lieu par excellence où s&#8217;acquiert cette paix mystérieuse face au mystère d&#8217;autrui &#8211; parfois du plus proche, du conjoint ou de ses propres enfants &#8211; est la prière solitaire : celle du Christ quand il se retire et s&#8217;efface, au cœur de son activité galiléenne parfois harassante, pour entendre la voix de son Père et lui confier les humains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une hospitalité sans frontières</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C&#8217;est une telle « présence » progressivement intériorisée qui permet de vivre une hospitalité sans frontières, </em>comme nous la découvrons dans les récits évangéliques, les Actes et chez les croyants de tous les temps. Ce type d&#8217;hospitalité fait partie des conditions d&#8217;une transmission réussie ; c&#8217;est même son <em>lieu « </em>spirituel » privilégié. Quelle variété de manières de la vivre, selon les terres, les cultures et les mœurs locales! Dans nos sociétés, les messages et les images entrent directement dans notre sphère privée et sans nous ménager tandis que la transmission de la foi reste symboliquement liée au clocher plus ou moins lointain. Sans doute avons-nous intérêt à réactiver une hospitalité proche, dans nos maisons et sur les chemins, à des moments favorables, souvent imprévus, de la journée ou de l&#8217;année. L&#8217;Évangile n&#8217;entre jamais par effraction dans nos vies mais en douceur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;Église, modeste lieu d&#8217;hospitalité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si la transmission de l&#8217;intransmissible foi a besoin de « présences d&#8217;Évangile » crédibles, celles-ci ne s&#8217;instituent jamais elles-mêmes; elles existent grâce à l&#8217;Église et en elle; l&#8217;ultime condition d&#8217;une transmission réussie. L&#8217;Église est avant tout le lieu concret, infiniment modeste, de cette hospitalité contagieuse dont les multiples repas autour de Jésus en Galilée nous donnent une image directrice : la foi en l&#8217;Évangile pour tous ne peut que s&#8217;exprimer dans la joie et la compassion, dans une gratitude et une supplication partagées qui s&#8217;épanouissent dans une prière commune. L&#8217;Église est aussi le lieu concret où des présences d&#8217;Évangile se découvrent selon l&#8217;infinie variété des talents des uns et des autres; elle est lieu où s&#8217;expérimentent de multiples formes de socialisation de ces dons au profit de tous. Cette vie ecclésiale, devenue parfois très compliquée, risque toujours d&#8217;oublier sa visée évangélique et de rendre nos tentatives de transmission stériles. L&#8217;image directrice du « passeur » de Galilée, livrée par les Évangiles, et notre foi en lui comme Christ, peuvent alors ressusciter en nous le désir de mettre en œuvre ces quelques conditions d&#8217;une transmission réussie.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais j&#8217;entends ceux qui m&#8217;objectent leur caractère utopique. Je voudrais donc dire encore un mot sur les chances, les difficultés et les promesses que cache la situation actuelle de l&#8217;Église dans la société française.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>CHANCES, DIFFICULTÉS ET PROMESSES POUR L&#8217;ÉGLISE DANS LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour caractériser le plus rapidement possible cette situation, deux mots peuvent suffire : <em>laïcité </em>et <em>minorité.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce qu&#8217;on peut dire brièvement, cent ans après l&#8217;adoption de la loi de séparation. De son côté, l&#8217;Église l&#8217;a parfaitement intégrée, même si elle peut regretter, par moments, certains manquements au respect des traditions religieuses du pays, respect positif qu&#8217;exigerait pourtant une conception ouverte de la laïcité. Le concile Vatican II a insisté sur l&#8217;enjeu fondamental de la séparation, à savoir la liberté religieuse et la liberté de la foi; ce qui permet précisément de distinguer, comme jamais avant, entre une « foi » inaugurale, aussi fragile que nécessaire pour vivre en société, et la foi au Christ qui est à la base d&#8217;une appartenance ecclésiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la transmission cela signifie que l&#8217;intérêt évangélique de l&#8217;Église ne peut plus être <em>d&#8217;abord </em>sa propre reproduction mais la vie des femmes et des hommes de notre temps et la consistance du lien social qui les relie. Si, pour la société, l&#8217;Église paraît encore porteuse d&#8217;un certain nombre de valeurs sociales et humaines, ne doit-elle pas aujourd&#8217;hui se soucier davantage de la transmission de la « foi » en la vie, des <em>énergies intérieures </em>qui permettent aux êtres humains de donner forme à leur vivre-ensemble? Pour une part non négligeable, c&#8217;est sans doute là le problème majeur de nos banlieues : le manque de « passeurs » capables de susciter la foi en la vie, par leur manière d&#8217;être, leur compétence sociale, etc. Mon intervention allait dans ce sens : c&#8217;est la contagion de notre intérêt pour tous et chacun qui nous vaudra &#8211; peut-être &#8211; l&#8217;intérêt de certains pour la « source » de vie qu&#8217;est pour nous le Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre situation de minorité est, pour une part, le résultat de cette culture laïque qui en même temps nous met au contact d&#8217;autres traditions : le judaïsme, l&#8217;islam, le bouddhisme, etc. Cette position n&#8217;est pas facile à tenir puisqu&#8217;elle risque d&#8217;entretenir la confusion entre transmission de la foi et recrutement ou reproduction et de maintenir ainsi un climat d&#8217;inquiétude et de crise. Or, le statut minoritaire et l&#8217;extrême fragilité de beaucoup de communautés chrétiennes les invitent à une conversion de l&#8217;image qu&#8217;elles se font d&#8217;elles-mêmes, sans pour autant se résigner à devenir des « sectes » et perdre la passion évangélique pour tous. Seule une lecture attentive des Évangiles et la redécouverte du ministère du Galiléen peut nous aider à passer ce « seuil » gigantesque. C&#8217;est là la véritable chance pour l&#8217;Évangile, la difficulté et la promesse d&#8217;un engendrement réussi de libertés croyantes, capable d&#8217;envisager l&#8217;avenir.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;avoue qu&#8217;une situation différente de la nôtre, et pourtant non dénuée de similitude, m&#8217;a conduit vers cette conviction : la vie de l&#8217;Église d&#8217;Algérie dont j&#8217;ai eu la chance d&#8217;être témoin pendant un petit moment; une Église, comme dit le Père Teissier, « dont le peuple est musulman ». Certes, sa situation minoritaire est très difficile à vivre &#8211; qui le nierait après la terrible décennie sanglante, traversée par l&#8217;ensemble du pays! Mais elle est vécue sereinement parce que ces communautés toutes petites qui n&#8217;ont rien à défendre, sinon leur proximité auprès de tout un chacun, vivent réellement de la transmission de l&#8217;Évangile : des multiples rencontres au quotidien conduisent parfois à interroger les chrétiens et leurs communautés sur ce qui les habite; et il n&#8217;est pas rare qu&#8217;elles reçoivent alors de nouveaux disciples.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Extrait du livre <em>Transmettre un Évangile de liberté,</em></strong><strong> Novalis 2007, p. 21-38, avec l&#8217;aimable autorisation de Novalis.</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1794" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/9782227476943.jpg" alt="9782227476943" width="160" height="229" /></p>
<p style="text-align: justify;"><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>source http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/christof_theobald.htm</span></p>
<p><!--EndFragment--></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>La philosophie de Dom Hélder</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/09/07/la-philosophie-de-dom-helder/</link>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 12:12:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;auteur de ce texte sur le legs philosophique de Dom Hélder, Inácio Strieder, a été directeur de l&#8217;Instituto Dom Helder Camara ; il est actuellement professeur de philosophie à l&#8217;Université fédérale du Pernambouc (UFPE). Nous n&#8217;allons pas dire que Dom Hélder était un philosophe, au sens académique du terme. Mais sa vie exprimait clairement sa philosophie. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>L&#8217;auteur de ce texte sur le legs philosophique de Dom Hélder, Inácio Strieder, a été directeur de l&#8217;Instituto Dom Helder Camara ; il est actuellement professeur de philosophie à l&#8217;Université fédérale du Pernambouc (UFPE).</em></p>
<p><em><img class="aligncenter size-full wp-image-1351" title="82739_31" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/82739_31.jpg" alt="82739_31" width="150" height="200" /><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">Nous n&#8217;allons pas dire que Dom Hélder était un philosophe, au sens académique du terme. Mais sa vie exprimait clairement sa philosophie. Une philosophie chrétienne humaniste. Rien de ce qui est humain ne lui était étranger. Et quels sont les questionnements humains les plus fondamentaux ? Chercher des réponses aux questions que posent l&#8217;Humanité, l&#8217;Univers et l&#8217;Infini qui nous entoure. Dom Hélder avait une conception chrétienne de l&#8217;être humain. À partir de cette anthropologie, il entrait en relation avec tous les hommes, en recherchant, au-delà des races, des ethnies, des castes, des classes, du genre, des idéologies et des religions, la dignité de chaque être humain. Il aspirait du fond du cœur à un XXI<sup>e</sup> siècle sans pauvreté. Il déplorait le manque de solidarité, de fraternité et de justice entre les peuples, des riches à l&#8217;égard des pauvres, du premier monde à l&#8217;égard des habitants du tiers monde. Pour lui, toutes les guerres étaient des délires fous d&#8217;hommes égarés. Les tortionnaires, régimes et individus, étaient plus dignes de compassion que ceux qui étaient torturés. À dire vrai, la douleur accablait les victimes, mais la honte, le dégoût, la dégradation la plus abjecte s&#8217;emparaient de ceux qui torturaient et de leurs complices.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Dom Hélder, tous les êtres humains étaient fils du Dieu unique, créateur de l&#8217;immense univers et présent à la fois dans la vie de chacun et dans la nature entière. Toutes les créatures, animées ou inanimées, matérielles et spirituelles, révèlent la grandeur de leur créateur. Ce Dieu se manifeste dans le grand et dans le petit. Il est au delà du plus grand, et en deçà du plus petit. En lui nous parvenons à l&#8217;existence, à la vie et à l&#8217;être.</p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, Dom Hélder, qui donnait comme horizon à l&#8217;homme l&#8217;immensité de l&#8217;univers et la grandeur de Dieu, ne pouvait limiter sa vie aux étroitesses quotidiennes du petit monde d&#8217;un diocèse. On peut dire qu&#8217;il se considérait comme un « évêque pour l&#8217;humanité ». Il voyageait à travers le monde en prononçant des discours, en prêchant, en dialoguant et en priant. En Asie orientale, il fut entendu et révéré par les bouddhistes ; en Europe les chrétiens luthériens et calvinistes lui firent honneur ; à l&#8217;ONU il a parlé avec des hommes politiques aux idéologies les plus diverses. Il savait vivre dans les palais royaux comme dans les favelas. Plus de trente universités du monde entier lui donnèrent le titre de Docteur Honoris Causa. Partout il parlait de dignité humaine, de justice, de solidarité, de droits humains, de paix.</p>
<p style="text-align: justify;">Lui-même était une personne cultivée. Écrivain, poète, orateur, éducateur ; outre sa langue maternelle il parlait le français, l&#8217;anglais et l&#8217;espagnol. On pourrait se demander : Dom Hélder était-il un génie ? D&#8217;où lui venaient tout ce dynamisme, ce talent d&#8217;adaptation et cette si grande sagesse ? Certes, il avait des dons personnels particuliers, mais rien d&#8217;extraordinaire. Tout simplement il a pris sa vie au sérieux, et il a assumé de façon responsable une mission pendant sa vie. Lui-même disait que le secret pour rester jeune était d&#8217;avoir une cause à laquelle se vouer. Il souhaitait que chacun assume sa propre vie avec les dons que lui accordait Dieu. C&#8217;est pourquoi Dom Hélder ne privilégiait pas les différentes formes d&#8217;assistance. Il disait que les personnes étaient trop lourdes pour que nous les portions sur les épaules. Il fallait les porter dans notre cœur, c&#8217;est-à-dire leur donner les moyens de parvenir à une vie dans la dignité. Et une telle vie ne pouvait naître que de l&#8217;éducation, du travail, de la justice et de la solidarité.</p>
<p style="text-align: justify;">Dom Hélder est mort, mais son message subsiste. C&#8217;est un homme qui fut digne de vivre sur la terre. Peu importe où il repose. Ce qui importe, c&#8217;est l&#8217;exemple de vie qu&#8217;il nous a offert, et les messages qu&#8217;il nous a laissés. N&#8217;est pas heldérien ou heldérologue celui qui dit avoir vécu aux côtés de Dom Hélder, ou avoir été membre de telle équipe qu&#8217;il avait créée.</p>
<p style="text-align: justify;">Rendre hommage cette année à Dom Hélder à l&#8217;occasion de son centenaire ne consiste pas à promener son portrait par les rues de Recife. Il ne s&#8217;agit pas seulement de prononcer des discours élogieux au Sénat ou dans les Assemblées de la République, ou de construire des musées à sa mémoire. Respecter Dom Hélder est bien davantage. C&#8217;est faire le choix d&#8217;une vie où la calomnie et l&#8217;humiliation d&#8217;autrui soient bannies, où chacun soit respecté et où soit rendue la dignité à toutes les personnes qui en sont privées ; c&#8217;est vivre dans la clarté. La philosophie de Dom Hélder n&#8217;était pas livresque, c&#8217;était une philosophie vécue, riche de la dignité dans toutes ses dimensions.</p>
<p style="text-align: right;">Inácio Strieder</p>
<p style="text-align: right;"><em>Diffusion d&#8217;information sur l&#8217;Amérique latine (DIAL)- D 3068</em></p>
<p><em>Texte traduit du portugais par L. et M. Lesay pour Dial (http://enligne.dial-infos.org) et publié en février 2009 à l&#8217;adresse http://www.alterinfos.org/spip.php?article3299</em></p>
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		<title>Jean Cardonnel nous a quittés</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Jul 2009 12:07:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean Cardonnel, le frère &#8220;à la libre parole&#8221; engagé au service des exclus et renvoyé en 2002 du couvent dominicain de Montpellier, est décédé à l&#8217;âge de 88 ans, a-t-on appris dimanche de source hospitalière. Militant soixante-huitard à la Mutualité, féministe convaincu, le défenseur des prêtres-ouvriers, porte-parole des pauvres au Brésil et pourfendeur de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jean Cardonnel, le frère &#8220;<em>à la libre parole</em>&#8221; engagé au service des exclus et renvoyé en 2002 du couvent dominicain de Montpellier, est décédé à l&#8217;âge de 88 ans, a-t-on appris dimanche de source hospitalière. Militant soixante-huitard à la Mutualité, féministe convaincu, le défenseur des prêtres-ouvriers, porte-parole des pauvres au Brésil et pourfendeur de la torture en Algérie, est mort samedi soir, a précisé une source proche<span id="more-1117"></span> de la clinique où il était hospitalisé depuis plusieurs semaines, confirmant une information de France 3.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/07/jean-cardonnel.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1118" title="jean-cardonnel" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/07/jean-cardonnel.jpg" alt="jean-cardonnel" width="512" height="334" /></a></p>
<p>Pendant 44 ans, de 1958 à 2002, Jean Cardonnel, électron libre de son ordre, avait fait du couvent des Dominicains de Montpellier son quartier général, militant contre les &#8220;hypocrisies&#8221; de l&#8217;Eglise et prônant sa &#8220;dé-romanisation&#8221; au profit d&#8217;une &#8220;évangélisation de Dieu&#8221;.</p>
<p>Jean Cardonnel est né en 1921 à Figeac dans le Lot. La guerre de 1939 éclate alors qu&#8217;il entame des études de philosophie et lettres à l&#8217;Université de Montpellier. Il rejoint vite, dès 1940, l&#8217;ordre des Dominicain où il étudie pendant 7 ans la théologie et la philosophie, jusqu&#8217;à son ordination comme prêtre. Nous sommes en 1947.</p>
<p>Pendant 2 ans, Jean Cardonnel sera professeur de théodicée et de théologie fondamentale au couvent royal de St Maximin, seul grand couvent des novices dans le sud de la France. Puis il entre au couvent de Marseille en 1950.</p>
<p>Un an plus tard, à 30 ans, il est élu supérieur du couvent. Déjà ses engagements s&#8217;affirment : protestation contre la peine de mort prononcée contre les époux Rosenberg, soutien du projet des prêtres ouvriers&#8230; Mais en 1954, le maître général de l&#8217;Ordre vient en France pour condamner l&#8217;expérience des prêtres ouvriers. Jean Cardonnel démissionne de ses responsabilités de supérieur.</p>
<p>De 1954 à 1956 , il travaille au siège de la revue &#8220;Économie et humanisme&#8221;, puis comme aumônier à la cité universitaire de Paris (1956-1957). Nommé au couvent de Montpellier &#8211; il sera aumônier de l&#8217;Ecole normale durant 3 mois seulement -, il devient grand prédicateur des Dominicains et dénonce la torture en Algérie &#8211; engagement pour une Algérie libre qui lui vaudra son départ de Montpellier.</p>
<p>De nouveaux horizons s&#8217;ouvrent. Professeur de théologie à Rio au Brésil en 1958, il prend conscience des problèmes du Tiers-monde : ouvriers sans salaire, paysans sans terre, favellas, des enfants des rues. Il apprend le portugais et s&#8217;engage, mais son ordre et l&#8217;épiscopat brésilien exigeront son départ.</p>
<p>De retour à Montpellier en 1960, il fonde avec quelques frères un Centre Lacordaire, lieu théologique pour un dialogue entre laïcs et prédicateurs. Parallèlement, il commence un travail avec la revue franciscaine &#8220;Frères du monde&#8221;, laquelle est engagée avec le Tiers-monde et sera attaquée par Rome. Sa collaboration durera 10 ans jusqu&#8217;à l&#8217;arrêt définitif de la revue.</p>
<p>Qu&#8217;à cela ne tienne, Jean Cardonnel publie ses premiers livres en 1961 (des recueils de prédication). Il écrit des articles dans <em>Témoignage Chrétien</em>, <em>Le Monde, </em>et<em> </em>intervient dans de nombreux colloques et conférences à travers l&#8217;Europe.</p>
<p>En pleine année 1968 , soutenu par l&#8217;hebdomadaire <em>Témoignage Chrétien</em>, il prêche un carême sur le thème &#8220;Évangile et Révolution&#8221;, hors église, dans la salle des meetings de la Mutualité à Paris. C&#8217;est &#8220;l&#8217;affaire Cardonnel&#8221;. Il est interdit de parole et d&#8217;écriture hors des revues très spécialisées en théologie. Pour parler il lui faut l&#8217;accord de l&#8217;évêque du diocèse. Un mouvement d&#8217;opinion en sa faveur se manifeste au Brésil et en Europe, qui intervient auprès de Rome, du maître de l&#8217;Ordre, des évêques français. L&#8217;ordre des franciscains le soutient, avec la revue &#8220;Frères des hommes&#8221;. Il sort de cette épreuve en homme libéré. Il publie <em>Dieu est mort en Jésus-Christ </em>sans autorisation de ses supérieurs, comme tout écrivain.</p>
<p>Mais l&#8217;homme aime respirer au plein vent du monde. Il est au Portugal en 1975, pendant la Révolution des oeillets. En 1979, il effectue son premier séjour à l&#8217;Ile de la Réunion, où il dénonce la tricherie électorale. Il fait ensuite de nombreux voyages d&#8217;études : en Chine, en Russie, an Albanie, en Irlande, en Pologne, au Canada, en Suède, en Afrique du Nord, au Nicaragua, en Thaïlande, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Israël, en Éthiopie au moment de la famine, en Yougoslavie pendant la guerre&#8230;</p>
<p>Appelé à témoigner, il entame en 1981 un carême de jeûne pour la faim dans le monde, dans le cadre de l&#8217;association Survie. Après un voyage au Brésil, il partagera son temps entre l&#8217;Ile de la Réunion et la métropole. En 2002, Jean Cardonnel était parti se reposer à la Réunion, une habitude prise dans cette île où il avait fait scandale en célébrant une messe dans l&#8217;ancien cimetière des esclaves. A son retour, le couvent avait vidé sa chambre en l&#8217;envoyant demander asile chez les religieuses de l&#8217;Ange gardien à Quillan (Aude), où sont accueillis des enfants maltraités.</p>
<p>Le prêtre estimait alors avoir payé le prix de sa &#8220;libre parole&#8221; tandis que le couvent niait l&#8217;avoir mis à la porte, évoquant un départ volontaire.</p>
<p>Trois ans plus tard, Jean Cardonnel avait stigmatisé une &#8220;<em>homosexualisation croissante</em>&#8221; de l&#8217;Eglise en lui reprochant d&#8217;avoir fait de la femme &#8220;<em>l&#8217;incarnation du démon</em>&#8220;, dans un livre brûlot intitulé &#8220;<em>Verbe incarné contre sexe tout puissant</em>&#8220;. Le couvent de Montpellier avait déploré &#8220;délire&#8221; et &#8220;mensonges&#8221;.</p>
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		<title>Prédication sur l&#8217;Eglise de Moïse et d&#8217;Aaron, de Dietrich BONHOEFFER</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Apr 2009 17:27:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[En mai 1933, l&#8217;Eglise luthérienne allemande et sa hiérarchie sont tentées par le retour à l&#8217;ordre mis à mal par la république de Weimar. Lire la prédication de Bonhoeffer suppose de la bien situer dans son contexte politique et culturel. Quoiqu&#8217;il en soit, et pour toutes les époques, il y a toujours une tension entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>En mai 1933, l&#8217;Eglise luthérienne allemande et sa hiérarchie sont tentées par le retour à l&#8217;ordre mis à mal par la république de Weimar. Lire la prédication de Bonhoeffer suppose de la bien situer dans son contexte politique et culturel. Quoiqu&#8217;il en soit, et pour toutes les époques, il y a toujours une tension entre les « Prêtres » et les « Prophètes » ; elle est « salutaire ». La coexistence de ces deux forces nous sauve soit de la religion idolâtrique soit de la foi anarchique. Seul le Christ fait en lui l&#8217;unité totale entre le prêtre et le prophète. Prenons le temps de relire cette prédication et parlons en entre nous (C. Monfalcon).</em></p>
<p>Voilà donc Moïse et Aaron, deux frères de la même tribu, du même sang, issus de la même histoire, marchant un bout de chemin côte à côte &#8211; puis brusquement séparés.<br />
Moïse, le premier prophète,<br />
Aaron, le premier prêtre.<br />
Moïse appelé par DIEU, élu sans prise en considération de sa personne, l&#8217;homme à la parole embarrassée, qui vit dans la seule écoute de la Parole de son Seigneur.<br />
Aaron, l&#8217;homme à la tunique de pourpre et à la couronne sainte, prêtre consacré et sanctifié, auquel il incombe de maintenir le culte pour le peuple.</p>
<p>Dans notre histoire, nous voyons Moïse, seul sur la montagne de l&#8217;épouvante AUPRÈS DU DIEU vivant, entre la vie et la mort, dans l&#8217;éclair et le tonnerre, appelé pour recevoir la loi de l&#8217;alliance de DIEU avec son peuple &#8211; et dans la vallée, le peuple d&#8217;Israël avec son prêtre à la tunique de pourpre, offrant des sacrifices, LOIN DE DIEU.</p>
<p>Pourquoi Moïse et Aaron doivent-ils s&#8217;opposer l&#8217;un à l&#8217;autre ?<br />
Pourquoi ne peuvent-ils pas rester côte à côte, dans le même service ?<br />
Pourquoi l&#8217;Église de Moïse et celle d&#8217;Aaron, l&#8217;Église de la Parole et l&#8217;Église du monde, doivent-elles sans cesse se séparer ? La réponse à cette question se trouve dans notre texte. </p>
<p>Moïse a été appelé par DIEU sur la montagne, POUR SON PEUPLE.<br />
Là-haut, DIEU veut lui parler.</p>
<p>Les enfants d&#8217;Israël le savent. Ils savent que Moïse se tient là-haut, combattant, priant, souffrant POUR EUX. Il ne porte pas de tunique de pourpre, il n&#8217;est pas prêtre ; IL N&#8217;EST RIEN, rien que le serviteur qui attend la Parole de son Seigneur, qui tombe malade s&#8217;il ne peut pas entendre cette parole. CAR IL N&#8217;EST RIEN &#8211; QUE LE PROPHÈTE DE SON DIEU.</p>
<p>Mais l&#8217;Église du monde, l&#8217;Église d&#8217;Aaron, ne peut pas attendre, ELLE EST IMPATIENTE. Où est donc Moïse ? Pourquoi ne revient-il pas ? Nous ne le voyons plus. Où est-il avec son DIEU ? « Nous ne savons ce qu&#8217;est devenu Moïse&#8230;» Il se peut qu&#8217;il ne soit plus, qu&#8217;il soit mort.<br />
C&#8217;est ainsi que l&#8217;Église d&#8217;Aaron interroge en tout temps, à propos de l&#8217;Église de la Parole.  « NOUS NE LA VOYONS PAS ; où sont ses résultats, ses actes ?&#8230; Sans doute elle est morte »&#8230;<br />
&#8230; « Nous ne savons ce qu&#8217;est devenu ce Moïse. Allons, Aaron, fais-nous un dieu qui marche à notre tête. »<br />
L&#8217;Église du monde, celle des prêtres, veut voir quelque chose.<br />
Elle ne veut plus attendre.<br />
Elle veut se mettre à l&#8217;œuvre elle-même, agir elle-même.<br />
Elle veut faire elle-même ce que DIEU et le prophète ne font pas.<br />
A quoi sert le prêtre, à quoi sert l&#8217;Église, s&#8217;ils ont pris le parti d&#8217;attendre ?</p>
<p>NOUS ne voulons pas attendre. VOUS, les prêtres, qui êtes sanctifiés, qui êtes consacrés, vous nous devez quelque chose. Allons, prêtre Aaron, remplis ton office, occupe-toi du culte.<br />
DIEU NOUS A ABANDONNÉS, MAIS NOUS AVONS BESOIN DE DIEUX, DE RELIGIONS&#8230; Car on ne dit pas : « Qu&#8217;on nous débarrasse des dieux », mais : « Nous avons besoin de dieux, de religions, qu&#8217;on nous en procure ! »<br />
On ne chasse pas le prêtre, mais on lui dit : « Remplis ton office. Maintiens la religion pour le peuple, donne-lui des cultes. »</p>
<p>Et Aaron s&#8217;incline : « Venez, vous qui êtes abandonnés par votre DIEU et votre prophète, créez vous-mêmes un dieu qui ne vous quitte plus, plus superbe, plus magnifique que le DIEU qui nous a quittés. Apportez des joyaux précieux, de l&#8217;or, des parures ; apportez-les, sacrifiez-les. »<br />
Et ils viennent tous, sans exception, pour offrir leur sacrifice précieux à leur propre idole. Ils arrachent leurs bijoux de leurs corps et les jettent dans le brasier, DONT AARON FORME LE MONSTRE ÉTINCELANT.</p>
<p>Le genre humain est prêt à n&#8217;importe quel sacrifice lui permettant de se célébrer lui-même, d&#8217;adorer sa propre œuvre.<br />
L&#8217;Église du monde est prête à n&#8217;importe quel sacrifice, à condition qu&#8217;elle puisse créer elle-même son dieu&#8230;</p>
<p>Mais sur le Sinaï, le tonnerre gronde. DIEU montre à Moïse son peuple infidèle.<br />
MOÏSE TREMBLE POUR SON PEUPLE ; à la hâte, il descend de la montagne. Déjà, il entend les jubilations et les cris de la danse, du délire et de l&#8217;ivresse. Déjà il voit son frère, avec sa tunique pourpre et sa couronne sainte, et, au centre, le dieu de l&#8217;Église du monde, le faux dieu&#8230; Prophète inattendu, Moïse lève de ses mains les tables de la loi et les brandit, pour que tous voient les caractères gravés de la main de DIEU : « Je suis le Seigneur, ton DIEU, tu n&#8217;auras point d&#8217;autres dieux devant ma face. »</p>
<p>L&#8217;Église du monde est saisie de peur et d&#8217;effroi à ce spectacle ; elle est muette ; l&#8217;ivresse est terminée.<br />
LE DIEU VIVANT S&#8217;EST APPROCHÉ D&#8217;ELLE&#8230;<br />
Seigneur, aie pitié&#8230; !</p>
<p>Église des prêtres, Église d&#8217;Aaron, Église de Moïse, ce heurt historique au pied du Sinaï, la fin de l&#8217;Église du monde et la manifestation de la Parole de DIEU, se répète dans notre Église jour après jour, dimanche après dimanche.</p>
<p>Église du monde qui ne veut pas attendre et vivre de l&#8217;invisible.<br />
Église qui crée elle-même ses dieux ; Église qui veut avoir un dieu à son goût, et qui ne se demande pas si elle plaît à DIEU ; Église qui veut faire elle-même ce que DIEU ne fait pas ; Église prête à n&#8217;importe quel sacrifice lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;idolâtrie, d&#8217;adoration de pensées et de valeurs humaines.</p>
<p>Église qui doit réentendre : « Je suis le Seigneur ton DIEU&#8230; » L&#8217;Église impatiente devient l&#8217;Église de l&#8217;attente silencieuse ; l&#8217;Église avide de voir devient l&#8217;Église de la foi lucide. L&#8217;Église de l&#8217;auto-idolâtrie devient celle qui adore le DIEU unique.<br />
Mais Moïse n&#8217;en reste pas à cette rupture. Il remonte sur la montagne. IL INTERCÈDE POUR SON PEUPLE, il s&#8217;offre lui-même en sacrifice : « REJETTE-MOI AVEC MON PEUPLE, NOUS SOMMES UN, SEIGNEUR, J&#8217;AIME MES FRÈRES. »</p>
<p>La réponse de DIEU reste sombre, redoutable, menaçante. Moïse n&#8217;a pas pu susciter la réconciliation. Qui la créera ?<br />
Nul autre que celui qui est prêtre et prophète en une personne, L&#8217;HOMME AU MANTEAU DE POURPRE ET A LA COURONNE D&#8217;ÉPINES, le Fils de DIEU crucifié, qui se tient devant DIEU, intercédant pour nous.</p>
<p>SUR LA CROIX, TOUTE IDOLÂTRIE PREND FIN.</p>
<p>Ici , tout le genre humain, toute l&#8217;Église, est jugée et pardonnée. Ici, DIEU est intégralement celui qui ne tolère pas d&#8217;autres dieux devant sa face ; mais il est aussi intégralement celui qui pardonne sans limites.<br />
Etant toujours l&#8217;Église de Moïse et celle d&#8217;Aaron en même temps, c&#8217;est la croix que nous montrons, en disant : ISRAËL, voilà le DIEU qui t&#8217;a délivré de la servitude, et t&#8217;en délivrera toujours.</p>
<p>Dietrich BONHOEFFER, 28 mai 1933<br />
Prédication sur l&#8217;Eglise de Moïse et d&#8217;Aaron<br />
« Textes Choisis » p.282, Labor et Fides, 1970</p>
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		<title>&#8220;Revoir le positionnement de notre Eglise dans le monde&#8221;, par Albert Rouet</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Mar 2009 09:27:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers s&#8217;est exprimé le 20 mars 2009 sur Radio Accords (1) à propos des évènements récents qui ont marqué l&#8217;Eglise catholique et l&#8217;opinion publique. En voici la retranscription. A propos des évènements récents qui ont marqué l&#8217;Eglise : levée des excommunications de quatre évêques intégristes, de l&#8217;excommunication à Récife, des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers s&#8217;est exprimé le 20 mars 2009 sur</em> Radio Accords <em>(1) à propos des évènements récents qui ont marqué l&#8217;Eglise catholique et l&#8217;opinion publique</em><em>. En voici la retranscription.<span id="more-861"></span></em></p>
<h3 style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-862" title="procession_d_entree_monseigneur_albert_rouet_archeveque_de_poitiers" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/03/procession_d_entree_monseigneur_albert_rouet_archeveque_de_poitiers.jpg" alt="procession_d_entree_monseigneur_albert_rouet_archeveque_de_poitiers" width="272" height="293" /></h3>
<h3>A propos des évènements récents qui ont marqué l&#8217;Eglise : levée des excommunications de quatre évêques intégristes, de l&#8217;excommunication à Récife, des propos sur le Sida</h3>
<p>Sans revenir sur chaque évènement récent, je souhaiterais faire quatre remarques. En effet, ce ne sont pas des crises à cause d&#8217;un mot ou d&#8217;une mauvaise communication. Nous sommes devant des problèmes infiniment plus profonds, dont ces évènements en sont l&#8217;illustration. Ils sont les symptômes de malaises plus graves. Notre Eglise se trouve de par les circonstances, les évolutions, devant quatre problèmes fondamentaux, pour lesquels elle doit faire révision de vie.</p>
<p><strong>La première question</strong> qui se pose est la prise en compte de la complexité de ce qui est humain. On ne peut pas avoir une morale tellement claire, tellement évidente, tellement impérative qu&#8217;aucune exception ne serait jamais possible, qu&#8217;il n&#8217;y aurait qu&#8217;à appliquer des décisions prises par des instances morales. Déjà saint Thomas d&#8217;Aquin écrivait que « <em>la première instance morale de l&#8217;homme est la conscience éclairée, c&#8217;est-à-dire un homme qui s&#8217;est informé</em> ». Ce problème est tellement grave qu&#8217;une morale qui voudrait répondre à toutes les questions deviendrait immorale, parce qu&#8217;elle empêcherait les sujets libres de prendre leurs propres décisions. Cette question est évidemment à la source d&#8217;autres problèmes.</p>
<p>Des gens qui critiquent le siècle des Lumières comme étant un siècle de sécularisation et d&#8217;éloignement de la religion agissent exactement dans la même logique que ce siècle qu&#8217;ils contestent. Ils en sont les enfants, puisque leur approche de l&#8217;homme est tellement claire, tellement rationnelle, qu&#8217;il n&#8217;y aura plus d&#8217;obscurité. Pour eux, l&#8217;homme déploie son existence dans une clarté dont l&#8217;homme est maître à chaque moment ou est capable de le devenir. Il y a là deux aspects. Le premier est la hantise de la rigueur. Rappelons-nous que sur les papyrus qu&#8217;on mettait sur la bouche du Pharaon défunt, il était écrit : « <em>je suis pur</em> » cinq fois. Cette protestation était liée à la mort, pour se présenter dans l&#8217;au-delà. Justement lorsqu&#8217;on est mort, cette complexité humaine s&#8217;est éteinte. En attendant, on est toujours dans une sorte « d&#8217;entre-deux ». L&#8217;autre exemple historique est très parlant. Partout où il y a eu en France des prêtres rigoristes, moralement jansénistes comme on disait à l&#8217;époque, dans ces endroits-là, l&#8217;athéisme s&#8217;est développé. C&#8217;est-à-dire qu&#8217;une très grande rigueur provoque l&#8217;inverse de ce qu&#8217;elle recherche. Une très grande rigueur est de soi inapplicable.</p>
<p>Le premier examen est de se rendre compte que l&#8217;homme est un être ambigu. Cela ne signifie pas qu&#8217;on renonce à la morale, mais cela signifie qu&#8217;on renonce à une morale réglementant tous les détails de la vie des hommes et ayant accès aux moindres décisions, comme si elle était un savoir portant sur tout.</p>
<p>Nous nous fondons sur une idée de la nature qui vient du stoïcisme, qui a été commune au Moyen-âge, mais ce que nous oublions c&#8217;est que la nature était donnée et qu&#8217;il fallait la suivre. Aujourd&#8217;hui, pour la science, la nature est ce que l&#8217;on a à creuser, à façonner parce que cette nature-là, on ne l&#8217;obtient que par l&#8217;approche d&#8217;une culture. Il faudrait là encore avoir une approche de l&#8217;homme qui soit autre. Une fausse clarté finalement naît de trop d&#8217;assurances sur des bases contingentes.</p>
<p><strong>Le second point</strong> est une question classique de théologie : c&#8217;est de distinguer les degrés d&#8217;engagement dans les paroles du Pape. Tout ce que dit le Saint-Père n&#8217;est pas sur le même plan et n&#8217;engage pas son infaillibilité. J&#8217;ai entendu sur une radio nationale « <em>avec de telles déclarations, le pape met à mal son infaillibilité</em>. » Mais là n&#8217;est pas le problème. Jamais une réponse à une question dans un avion n&#8217;entre dans le registre d&#8217;une parole officielle qui engage l&#8217;infaillibilité. Il faut savoir distinguer la parole ordinaire et habituelle du pape et de ce qui relève de son engagement public. Sans cette distinction et ce travail de discernement, on sort du christianisme pour entrer dans une relation du même type qu&#8217;un tibétain envers le Dalaï-Lama. Or, ce n&#8217;est pas ce que dit le Concile Vatican I. Il faut donc voir quelle est la portée des expressions, le contenu des mots utilisés, les références de base. Autrement dit, toute parole est sujette à interprétation. Sinon ce n&#8217;est plus une parole humaine. Dans notre histoire, il faut se mettre au clair sur le sens des mots. Prenons par exemple, le mot « unité ». Il va de la complaisance jusqu&#8217;à la communion. Quel sens retient-on ? Où place-t-on l&#8217;index ? L&#8217;incertitude des mots et la valeur des expressions sont pour beaucoup dans les crises que nous venons de vivre.</p>
<p><strong>Le troisième problème</strong> est sans doute le plus grave. Il nous faut revoir le positionnement de notre Eglise dans le monde. C&#8217;est-à-dire qu&#8217;il faut revoir le mode de présence au monde. On se rend compte que toute parole qui vient d&#8217;en-haut, qui n&#8217;est pas engagée dans un dialogue, après avoir écouté et entendu l&#8217;autre, ne peut plus être une parole crédible. Ce type de parole peut se rencontrer dans des décisions économiques de quelques grands décideurs qui annoncent la fermeture d&#8217;une usine dans notre pays. Mais on ne fait pas vivre l&#8217;Evangile sur le même mode que celui des décisions économiques. Sinon on sort de la morale chrétienne. « <em>Et toi, qu&#8217;en penses-tu ?</em> » dit le Christ. Tant que l&#8217;Eglise va se contre-distinguer de ce monde, tant qu&#8217;elle va vouloir vivre dans une nébuleuse ou en état d&#8217;apesanteur, elle perd toute crédibilité. C&#8217;est un problème pour nous tous, pour le pape bien sûr, mais aussi pour les évêques, pour toutes les communautés chrétiennes. Notre monde n&#8217;écoute que ce qui est prononcé à hauteur de visage d&#8217;homme. Tant qu&#8217;on n&#8217;aura pas compris cela, on ne pourra pas être entendu, ni même compris. Nous n&#8217;avons pas eu affaire à une erreur de communication, mais à une erreur de point de vue, une erreur de positionnement. La question à se poser est de se demander quelle est notre posture vraie pour être en capacité d&#8217;être entendu. On se rend compte que sans partage, il n&#8217;y a pas de posture vraie. Aujourd&#8217;hui, on ne peut plus annoncer des choses qui passent pour définitives dans une posture sans aucune relation avec la situation prise dans son contexte humain concret. Sinon, cette déconnexion produit du rejet. A trop répéter, on crée de la dévaluation.</p>
<p><strong>Une quatrième question</strong> se pose : on ne construit pas un avenir de l&#8217;homme uniquement en jouant sur le permis et le défendu, parce que la morale ne dépend pas seulement d&#8217;une technique. Il faut revenir à la signification humaine des problèmes qui sont posés. C&#8217;est très joli de donner un idéal. Le monde n&#8217;est quand même pas perpétuellement adolescent&#8230; heureusement ! L&#8217;idéal, comme l&#8217;horizon, est invivable. Car lorsqu&#8217;on pense l&#8217;approcher, il apparaît toujours plus loin. Le problème n&#8217;est donc pas la question de l&#8217;idéal, ni même des repères. Tous repères sont forcément dans un environnement donné. Ils ne peuvent être en suspension dans l&#8217;air, autour de rien du tout. Si on ne recherche pas un accord commun de sens, à ce moment-là on isole l&#8217;Eglise de sa participation à l&#8217;histoire humaine. Elle en sera réduite à se parler à elle-même.</p>
<p>Dans toutes ces questions, il y va de la vie des hommes. Le véritable problème est « <em>qu&#8217;est-ce qui fait vivre ? Qu&#8217;est-ce qui met debout ? Qu&#8217;est-ce qui rend responsable de son existence ?</em> » Cela ne veut pas dire qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;exigence à poser. Au contraire, je suis persuadé qu&#8217;il faut en poser, mais pas sous forme manichéenne du tout noir-tout blanc, du permis et du défendu. Regardons l&#8217;Evangile. Le Christ dit au paralysé : « <em>Lève-toi et marche !</em> » Imaginons que l&#8217;homme lui réponde : « <em>Je suis bien couché, je n&#8217;ai pas envie de me lever</em> ». Le Christ ne va quand même détruire son grabat. Si cet homme ne se met pas debout, il ne pourra pas être guéri. Nos paroles mettent-elles les gens debout ? Sont-elles des paroles de vie ? Voilà pourquoi dans nos paroles, il faut toujours se repositionner par rapport à la vie des gens, par rapport à ce sursaut évangélique.</p>
<h3>Y-a-t-il moyen de réduire l&#8217;écart entre l&#8217;Eglise et le monde actuel ?</h3>
<p>La crédibilité ne se décrète pas. Par conséquent, la crédibilité ne se retrouvera que par l&#8217;humilité de partager la vie des hommes, en étant à leur écoute, que par le partage de leurs peines, que par le désir de partager avec eux notre espérance et de les aider à se mettre debout. Il n&#8217;y a pas d&#8217;autres moyens que Nazareth, que de cheminer comme le Christ sur les routes de Galilée. Il n&#8217;y a pas d&#8217;autres moyens que le partage de la fragilité humaine. C&#8217;est en devenant frères que les chrétiens deviennent crédibles. Cela fait vingt siècles qu&#8217;on le sait et cela fait vingt siècles, qu&#8217;après chaque moment difficile comme celui que nous vivons, il nous faut reprendre les mêmes pas.</p>
<p><strong><em>Auteur : Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers<br />
Source : Golias</em></strong></p>
<p>(1) Extrait de l&#8217;émission &#8220;Parole à notre évêque&#8221;. <em>Radio accord </em>est la radio du diocèse de Poitiers</p>
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		<title>Le cauchemar de Robert Scholtus</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Feb 2009 10:12:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;autre nuit, j&#8217;ai fait un rêve, un mauvais rêve, un cauchemar « négationniste » : Vatican II n&#8217;avait pas eu lieu ! Voilà ce que m&#8217;explique, en songe, un jeune prélat qu&#8217;on m&#8217;a présenté comme le plus éminent représentant de la Tradition catholique : « Les historiens modernistes nous ont trompés. Jamais il n&#8217;a été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;autre nuit, j&#8217;ai fait un rêve, un mauvais rêve, un cauchemar « négationniste » : Vatican II n&#8217;avait pas eu lieu !</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-678" title="scholtus_article" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/02/scholtus_article-300x204.jpg" alt="scholtus_article" width="300" height="204" /></p>
<p>Voilà ce que m&#8217;explique, en songe, un jeune prélat qu&#8217;on m&#8217;a présenté comme le plus éminent représentant de la Tradition catholique : « <em>Les historiens modernistes nous ont trompés. Jamais il n&#8217;a été question de Concile et encore moins d&#8217;aggiornamento. Les conciles de Trente et Vatican I n&#8217;avaient-ils pas porté à son point d&#8217;achèvement et de perfection la doctrine catholique ?</em> »</p>
<p>Pour mon interlocuteur, les réformes n&#8217;ont jamais existé que dans la tête de quelques « <em>apostats idolâtres soupçonnés d&#8217;intelligence avec l&#8217;ennemi judéo-maçonnique</em> ». D&#8217;ailleurs, je dois en être puisqu&#8217;on m&#8217;a assigné à résidence dans un endroit qui ressemble à un cloître. J&#8217;y vois passer des ombres tonsurées. J&#8217;entends parler latin. Je ne sais pas ce qui m&#8217;attend.</p>
<h3>Laxisme et démagogie</h3>
<p>Je me retrouve devant un évêque que je ne connais pas. Sur son bureau, la dernière édition du <em>Nouvel Intransigeant</em> et un livre de Maurras passablement fatigué. Tout en jouant avec l&#8217;énorme améthyste qu&#8217;il porte à l&#8217;annulaire droit, sur un ton d&#8217;onctueuse dureté, ce dignitaire m&#8217;expose les motifs de ma relégation : l&#8217;insistance déplacée avec laquelle j&#8217;aurais commenté dans mes prêches les Béatitudes et le <em>Magnificat</em> ; mon amitié suspecte pour le rabbin Rosenstock et le pasteur Morel, et l&#8217;imprudente proposition que j&#8217;ai faite de créer dans le diocèse des instances de dialogue avec les incroyants, les musulmans, les scientifiques ; mon usage abusif de la langue vernaculaire qui a fini par détourner les fidèles des Mystères sacrés ; la manière irresponsable que j&#8217;ai eue de les inciter à « lire les signes des temps », à s&#8217;exprimer et à débattre, à se former et à devenir des chrétiens adultes.</p>
<p>Il m&#8217;a aussi accusé de laxisme et de démagogie : je manquerais particulièrement de netteté dans la dénonciation, je laisserais penser que l&#8217;amour prime sur la vérité, que la miséricorde vaut mieux que la loi. Il a fini par me dire : « <strong><em>Sachez, Monsieur l&#8217;abbé, qu&#8217;un prêtre n&#8217;est pas une assistante sociale, mais un soldat de Dieu.</em></strong> »</p>
<p>À ce moment, je me suis réveillé en sueur et en sursaut, heureux de n&#8217;avoir pas eu le temps de me laisser intimider. Heureux surtout d&#8217;être là, en communion avec l&#8217;Église que j&#8217;aime et que, si le Concile n&#8217;avait pas eu lieu, j&#8217;aurais sans doute désertée, préférant me mêler aux effervescences du siècle plutôt que d&#8217;avoir à moisir dans une Église-citadelle qui n&#8217;aurait aujourd&#8217;hui plus rien d&#8217;autre à attendre que la visite des ethnologues et des folkloristes de l&#8217;École des hautes études en sciences sociales. Si le deuxième concile du Vatican n&#8217;avait pas eu lieu, j&#8217;aurais peut-être même été tenté de fomenter un schisme&#8230; sans pouvoir espérer qu&#8217;une main me soit un jour tendue en vue de ma réintégration.</p>
<h3>Encore moins de vie, encore moins d&#8217;espérance</h3>
<p>Une chose est sûre : s&#8217;il n&#8217;y avait pas eu un Concile pour le désensabler, je n&#8217;aurais pas pu me baigner dans le fleuve profond de la Tradition. Je n&#8217;aurais pas eu accès à ce qui jusqu&#8217;à ce jour a été ma raison de vivre et de penser, de croire et d&#8217;espérer : l&#8217;éternelle nouveauté du Christ, l&#8217;humanité de Dieu, la passion de l&#8217;autre, la joyeuse liberté des enfants de Dieu. Et pour me laver définitivement de ce vilain cauchemar, je suis allé relire les <a href="http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/speeches/1965/documents/hf_p-vi_spe_19651207_epilogo-concilio_en.html" target="_blank">mots prononcés par Paul VI le 7 décembre 1965</a>. Il explique que le Concile n&#8217;a pas été autre chose qu&#8217;« <em>un appel amical et pressant qui convie l&#8217;humanité à retrouver Dieu par la voie de l&#8217;amour fraternel</em> ».</p>
<p>Des mots qui suffisent à faire comprendre que si le Concile n&#8217;avait pas eu lieu, il y aurait sur cette terre encore moins de fraternité, encore moins de vie, encore moins d&#8217;espérance. L&#8217;Église serait aujourd&#8217;hui coupable de manquer à ce monde auquel elle est redevable de l&#8217;amitié de Dieu et de la lumière du Christ.</p>
<p>Voilà, c&#8217;est dit. Mais plutôt que de devenir un intégriste de Vatican II, comme nous y pousseraient insidieusement les traditionalistes, j&#8217;ai pris la résolution de tenir le cap que je me suis fixé : être résolument un contemporain. « <em>Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps</em>. » La citation est de Giorgio Agamben, un de ces philosophes incroyants d&#8217;autant plus dangereux qu&#8217;il a lu les Pères de l&#8217;Église, et qui aurait eu toutes les chances d&#8217;être mis à l&#8217;Index&#8230; si Vatican II n&#8217;avait pas eu lieu.</p>
<p><em><strong>Auteur : Robert SCHOLTUS, supérieur du Séminaire des Carmes (Institut catholique de Paris)<br />
Source : </strong></em><a href="http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2365112&amp;rubId=786#" target="_blank"><em><strong>La Croix</strong></em></a></p>
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