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	<title>NSAE &#187; Textes libérateurs</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Le cri de Montesinos, hier et aujourd’hui</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Jan 2012 22:10:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte de Víctor Codina, prêtre jésuite et théologien a paru dans le numéro 786 de la revue Christus (Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la communauté de frères dominicains de l’île caribéenne de La Española et prononcé le 21 décembre 1511 par le Frère Antonio de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>Ce texte de Víctor Codina, prêtre jésuite et théologien a paru dans le numéro 786 de la revue Christus (Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la communauté de frères dominicains de l’île caribéenne de La Española et prononcé le 21 décembre 1511 par le Frère Antonio de Montesinos devant les conquistadors et les notables espagnols de l’île.Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la commCe texte de Víctor Codina, prêtre jésuite et théologien a paru dans le numéro 786 de la revue Christus (Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la communauté de frères dominicains de l’île caribéenne de La Española et prononcé le 21 décembre 1511 par le Frère Antonio de Montesinos devant les conquistadors et les notables espagnols de l’île.</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/471EC15E-8F03-47F5-AA03-FC73198C2BD0.jpg__209__400__CROPz0x209y400.jpeg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5848" title="471EC15E-8F03-47F5-AA03-FC73198C2BD0.jpg__209__400__CROPz0x209y400" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/471EC15E-8F03-47F5-AA03-FC73198C2BD0.jpg__209__400__CROPz0x209y400-206x300.jpg" alt="" width="206" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Cela s’est passé il y a 500 ans.<br />
En décembre 1510, une petite communauté de frères dominicains débarque sur l’île caribéenne de La Española (aujourd’hui territoire de la République dominicaine et d’Haïti). Cette communauté missionnaire, avec Pedro de Córdoba à sa tête, venait du couvent de San Estéban de Salamanque, un des couvents les plus connus et les plus ouverts de l’Ordre dominicain.<br />
C’est une communauté pauvre et qui veut annoncer la Parole à partir de son contexte d’insertion dans la réalité de la conquête espagnole : cela faisait 19 ans que les habitants des Indes occidentales, comme on les appelait alors, subissaient l’exploitation et les mauvais traitements, car les conquistadors voulaient uniquement l’or et devenir riches au prix du sang des Indiens qu’ils traitaient comme des animaux.<br />
La communauté analyse les faits, examine à la lumière de l’évangile l’inhumaine oppression dont souffrent les Indiens, se met de leur côté et, consciente de la gravité de la situation, décide de la dénoncer publiquement devant les conquistadors et les notables espagnols, parmi lesquels se trouvait l’amiral Diego Colomb, le fils de Christophe Colomb. Tous les membres de la communauté élaborent ensemble le sermon et confient la charge de le prononcer à Frère Antonio de Montesinos, qui était bon prédicateur. Ils choisissent la date du quatrième dimanche de l’Avent et prennent comme point de départ la phrase de Jean-Baptiste : « Je suis la voix qui crie dans le désert ».<br />
<strong>Le texte de ce discours prophétique, prononcé le 21 décembre 1511, nous le connaissons grâce à Bartolomé de Las Casas, alors curé et encomendero [1], qui était présent dans l’église</strong> :<br />
« Cette voix, déclara-t-il, dit que vous êtes tous en état de péché mortel, vous y vivez et vous y mourrez, en raison de la cruauté et de la tyrannie dont vous usez à l’égard de ces gens innocents. Dites-moi, de quel droit, au nom de quelle justice, maintenez-vous en si cruelle et horrible servitude ces Indiens ? Au nom de quelle autorité avez-vous fait des guerres si détestables à ces gens qui vivaient doux et pacifiques sur leurs terres, où vous avez commis tant de meurtres et de ravages inouïs qu’un nombre incalculable d’entre eux a disparu. Comment pouvez-vous les maintenir dans une oppression et un épuisement pareils, sans leur donner à manger ni soigner leurs maladies qui dérivent des travaux excessifs que vous leur imposez, et dont ils meurent ? Pour parler plus clairement, vous les tuez, pour extraire et acquérir chaque jour de l’or. En outre, quel souci avez-vous de leur faire donner l’enseignement de la bonne doctrine, afin qu’ils connaissent leur Dieu et créateur, qu’ils soient baptisés, entendent la messe, et observent les fêtes et dimanches ? Eux aussi, ne sont-ils pas des hommes ? Ne possèdent-ils pas âme et raison ? N’êtes-vous pas tenus de les aimer comme vous-mêmes ? Ne comprenez-vous pas cela ? Comment restez-vous endormis dans un sommeil si profond et si léthargique ? Tenez-le pour certain, dans l’état où vous êtes, vous ne pouvez pas plus gagner votre salut que les Maures ou les Turcs qui manquent ou ne veulent pas de la foi dans le Christ » [2].<br />
Le sermon eut un grand impact, « il les laissa abasourdis, beaucoup comme privés de réaction, d’autres plus endurcis encore et quelques-uns comme contrits, mais aucun, à ce que j’ai compris, ne fut converti », note le chroniqueur. Diego Colomb et les notables sortirent indignés et décidèrent de réprimander le prédicateur pour cette doctrine nouvelle et scandaleuse, qui allait contre le roi, lequel autorisait les conquistadors à avoir à leur service des Indiens sur les encomiendas. Ils exigeaient une rétractation publique.<br />
Bartolomé de Las Casas aussi s’indigna de ce sermon qui attaquait directement sa situation d’encomendero. Ce fut seulement des années plus tard, en réfléchissant sur des textes de l’Ecclésiastique (4,1-6 ; 34,18-22) qui affirment que Yahvé n’accepte pas les offrandes souillées de sang, que Las Casas changea de cap : il entra dans l’Ordre dominicain et, nommé évêque du Chiapas, il devint le grand défenseur des Indiens.<br />
Le dimanche suivant, Montesinos remonta en chaire, mais au lieu de se rétracter, il déclara que, dorénavant, les Frères ne confesseraient plus les Espagnols, ni leur donneraient l’absolution ; il ajouta même que ces derniers pouvaient se plaindre à qui ils voudraient, eux continueraient à prêcher l’Évangile [3].<br />
La nouvelle parvient à la cour d’Espagne, le supérieur Pedro de Córdoba est appelé pour s’expliquer devant le roi Ferdinand le Catholique de Castille ; le provincial des Dominicains lui-même, Alonso de Loaysa, se met du côté du Roi et du gouverneur de La Española : il se fâche, reprend ses Frères pour leur prédication si scandaleuse et préjudiciable à leur ordre. Sans doute se sont-ils laissé tromper par le démon et il leur enjoint de ne pas continuer ce type de prédications, sous peine de tomber en péché grave et d’encourir l’excommunication.<br />
Cette dénonciation prophétique est naturellement conflictuelle non seulement pour la Couronne mais aussi pour l’Église. Toute dénonciation prophétique implique un prix à payer. Il est arrivé la même chose à Jésus de Nazareth quand il a proclamé son programme messianique d’évangéliser les pauvres en pleine synagogue de Nazareth : on a voulu le jeter dans le vide (Lc 4, 16-30).<br />
En réalité, comme l’affirme Gustavo Gutiérrez, aussi bien Diego Colomb que le roi et même Loaysa ne se sont pas trompés dans leur jugement, car ils se sont rendu compte que le cri de Montesinos non seulement remettait en question la manière de traiter les Indiens mais aussi attaquait à la racine la conquête elle-même et l’injuste système colonial hispanique [4]. Depuis ce sermon de Montesinos de 1511 se sont écoulés maintenant 500 ans.<br />
Mais le cri de Montesinos, bien qu’il fût le premier cri libertaire de l’Amérique latine, ne fut pas le seul. Puebla nous le rappelle dans un texte connu :<br />
« D’intrépides lutteurs pour la justice, des évangélisateurs de la paix comme Antonio de Montesinos, Bartolomé de Las Casas, Juan de Zumárraga, Vasco de Quiroga, Juan del Valle, Julián Garcés, José de Anchieta, Manuel Nóbrega et tant d’autres qui défendirent les Indiens devant les conquistadors et les encomenderos, parfois même jusqu’à la mort, comme l’évêque Antonio Valdivieso, montrent par des faits évidents comment l’Église promeut la dignité et la liberté de l’homme latino-américain » [5].<br />
<strong>Lignes de force du sermon de Montesinos</strong><br />
Ce qui attire peut-être l’attention, c’est que Montesinos commence à argumenter à partir de ce que nous appellerions aujourd’hui les droits humains : « de quel droit et avec quelle justice », « au nom de quelle autorité », « comment pouvez-vous les maintenir dans une oppression et un épuisement pareils ? », « ceux-ci ne sont-ils pas des hommes ? », « ne possèdent-ils pas âme et raison ? ». Sans doute l’école dominicaine de Salamanque d’où venaient ces missionnaires et où il y avait de grands penseurs thomistes comme Soto et Vitoria, a-t-elle influé sur cette vision anthropologique primordiale. Avant d’invoquer des valeurs évangéliques, ils font appel au sentiment humain, à l’humanité, à l’honnêteté envers le réel, au respect des êtres humains, à un minimum de sentiment de compassion face à la souffrance de l’autre. La question sur Dieu est avant tout une question sur la réalité.<br />
Cela suppose que la communauté dominicaine était proche du monde des Indiens, qui l’amenait à considérer l’histoire en partant du bas, de l’envers, de ceux qui souffrent de ses conséquences ; cela conduisit les Frères à assumer ce qu’aujourd’hui on appelle l’option pour les pauvres. Avant les intérêts et les prétendus droits des conquistadors, il y a la souffrance des Indiens.<br />
Montesinos commence par faire mémoire de ces souffrances, mémoire de la passion du peuple, « memoria passionis » (J. B. Metz). Les colonisateurs ont agressé violemment l’avoir, le savoir et l’être des Indiens ; ce fut « un contexte d’invasion injuste, non seulement d’un territoire et de ses ressources, mais aussi de ses plus secrètes identités ; de violation et de négation des visions du cosmos et des sagesses de vie, des secrets et des initiatives » [6]. Il n’est pas possible de rester impassibles ni neutres devant la souffrance, les Frères ne peuvent passer au loin, comme le prêtre et le lévite de la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25-35). Dans la souffrance des Indiens, ils contemplent et expérimentent la souffrance du Seigneur (Mt 25, 31-45).<br />
À partir de là, jaillit la dénonciation de l’idéologie de la conquête qui, théoriquement, se justifie par la possibilité d’évangéliser ces peuples, mais qui, en réalité, est devenue « extraire et acquérir chaque jour de l’or » et, pour cela, « vous les tuez ». De cette tromperie, de ce « sommeil léthargique dans lequel ils sont endormis », participe le fait qu’ils ne se préoccupent absolument pas du bien spirituel des Indiens, de leur évangélisation, baptême, célébration des dimanches et fêtes&#8230;<br />
C’est seulement après qu’est invoqué le principe chrétien, l’obligation de les aimer comme soi-même, une maxime évangélique que les conquistadors connaissent sûrement par leur tradition culturelle chrétienne.<br />
La conséquence de tout cela est que les conquistadors sont en état de péché mortel, dont ils ne pourront se sauver tant qu’ils persisteront dans leur attitude abusive et dans la pratique des encomiendas. Et il leur expose l’exemple des Maures et des Turcs qui n’ont pas la foi, et, selon la vision théologique de l’époque, ne peuvent être sauvés : eux non plus ne seront pas sauvés. Par conséquent, tant qu’il n’y aura pas une conversion profonde, on ne pourra ni les confesser ni leur donner l’absolution de leurs péchés. Sans doute ces mots durs ont-ils dû secouer les auditeurs, car ils n’étaient pas habitués à une sévérité si tranchée.<br />
<strong>Actualité du sermon de Montesinos</strong><br />
500 ans ont passé, le contexte historique, culturel, économique et politique de l’Amérique latine a changé. Mais depuis l’Amérique latine arrive toujours jusqu’au ciel la clameur des Indiens, des Afro-Américains, des paysans, des femmes, des mineurs, des enfants, des vieillards qui demandent justice, dignité, santé, travail, éducation, liberté, respect de leurs cultures, le droit à la terre et au territoire, la possibilité de « vivre bien », une vie digne d’êtres humains.<br />
Désormais ce n’est plus l’empire hispano-portugais, ce sont les multinationales, les structures économiques néolibérales, les intérêts du marché, les nouveaux pouvoirs mondiaux, qui créent les différences abyssales entre les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, lesquels sont maintenant des masses rejetées, insignifiantes, méprisables : voilà les effets collatéraux d’une économie terriblement injuste, mais qui se considère comme politiquement correcte [7]. Les nouveaux conquistadors ne sont pas émus par la souffrance du peuple, ni par la destruction de l’écologie, ni par l’asservissement des cultures. Ils sont toujours « endormis dans un sommeil léthargique ».<br />
Ces dernières années aussi ont surgi des voix prophétiques, de vrais défenseurs des Indiens, des Saints Pères de l’Amérique latine, comme Proaño, Méndez Arceo, Laguna, Samuel Ruiz, Helder Camara, Lorscheider, Pironio, Silva Henríquez, Romero, Angelelli&#8230; ; les documents de Medellín et Puebla, la théologie de la libération, les communautés de base, la vie religieuse insérée parmi les pauvres sous les auspices de la CLAR [Confédération latino-Américaine des religieux]&#8230; Il y a eu aussi en retour les réactions de l’empire ; il y a eu des martyrs dans tous les secteurs de l’Église, depuis des évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, jusqu’à des paysans, des catéchistes, des Indiens, des femmes et des enfants, des gens du peuple&#8230; Les successeurs de Ferdinand le Catholique, le « système », n’admet ni critiques ni questionnements ; jamais il ne pardonne ni oublie. La passion de Jésus est toujours présente et d’actualité chez le peuple souffrant, chez « les crucifiés de l’histoire ».<br />
Mais le plus douloureux a été que, de la part des instances ecclésiales aussi, il y a eu incompréhensions, critiques, condamnations et disqualifications visant évêques, théologiens, communautés de base, vie religieuse insérée, la CLAR ; on a freiné les ministères des diacres indiens&#8230; Ce sont les héritiers d’Alonso de Loaysa : pendant qu’ils condamnaient ces voix prophétiques, les taxant de matérialistes et communistes, de subversives, peu chrétiennes et peu ecclésiales, de vouloir faire une Église populaire, une Église parallèle du peuple, opposée à l’Église hiérarchique&#8230; ils ne voyaient pas d’inconvénients à ce que communient des dictateurs, se multiplient les mouvements spiritualistes, prospèrent des théologies néoconservatrices comme celle de Michael Novak, lequel compare le capitalisme au Serviteur de Yahvé, méprisé de tous et pourtant le seul qui sauve et libère (Is. 53). Tandis qu’un nonce italien jouait élégamment au tennis le week-end avec le dictateur argentin, des milliers de citoyens étaient torturés et disparaissaient à Buenos-Aires&#8230;<br />
<strong>Le sermon de Montesinos est toujours actuel pour la société et l’Église d’aujourd’hui</strong><br />
Un film espagnol récent, <em>Même la pluie</em>, de la réalisatrice Iciar Bollaín, veut représenter tout cela. Le scénario du film qui doit être tourné [8] met en scène la conquête de l’Amérique et l’oppression des Indiens, avec la présence de Colomb, mais aussi la voix de Montesinos qui proteste : « ceux-ci ne sont-ils pas des hommes ? ». Mais le tournage de ce film a lieu à Cochabamba (Bolivie) et coïncide avec la guerre de l’eau de 2005, lorsque les habitants de cette ville se soulevèrent contre la multinationale propriétaire de l’eau, qui voulait augmenter son prix. La police au service de la multinationale réprime les manifestants, de sorte que se reproduit l’oppression des conquistadors sur les Indiens. Le tournage doit être interrompu, les acteurs frustrés retournent en Espagne sans pouvoir achever leur travail. Mais ce qui est mis en évidence, c’est la réalité cruelle du peuple qui continue de nos jours à souffrir de l’oppression. Naturellement, ce film excellent sous de multiples aspects, n’a pas été sélectionné pour les Oscars&#8230; Il n’est pas politiquement correct de rappeler que l’oppression continue aujourd’hui. Il est préférable de rester « endormis dans un sommeil léthargique »&#8230;<br />
<strong>Quelque chose de nouveau est en train de naître</strong><br />
L’histoire jamais ne se répète, le contexte politique, social et ecclésial a profondément changé, non seulement depuis Montesinos mais aussi depuis la fin du XXe siècle. Il suffit de quelques coups de pinceaux impressionnistes.<br />
Nous vivons dans un monde postmarxiste et postmoderne. En Amérique latine, nous ne sommes plus dans les années 80, les dictatures ont cédé le pas à des démocraties, quelques gouvernements de tendance populaire surgissent, qui, au milieu de mille contradictions et ambiguïtés, cherchent à retourner la situation de pauvreté et de discrimination du peuple. Le continent oublié d’aujourd’hui, c’est l’Afrique, qui commence aussi à s’éveiller.<br />
Dans le monde globalisé d’aujourd’hui, émerge une grande crise économique, énergétique, écologique et de civilisation. Le mur de Berlin est tombé, mais les tours jumelles de New York aussi. Le modèle économique actuel fait naufrage, malgré ses continuelles remises à flot. Les désastres écologiques sont des signaux d’alerte rouge. Tchernobyl et Fukushima symbolisent la crise énergétique et les dangers de vouloir être des apprentis sorciers. Nous nous trouvons à un changement d’époque, de paradigme, les tremblements de terre et les tsunamis ne sont pas seulement des désastres telluriques, mais ils symbolisent aussi toute une civilisation moderne et technique, orgueilleuse de son progrès.<br />
Au niveau ecclésial aussi, il y a des tremblements de terre et des tsunamis. Depuis les derniers pontificats nettement caractérisés par leur volonté de restauration et malgré les grands rassemblements de masses religieux et les shows médiatiques qui semblent suggérer que tout est normal, la barque de Pierre est secouée par une crise jamais vue depuis la Réforme. Les scandales sexuels ne sont que la pointe de l’iceberg d’une profonde crise, il y a comme une odeur de pourri. La chrétienté a explosé, même si son agonie promet d’être longue. Des jeunes et des femmes abandonnent silencieusement l’Église. En Amérique latine les représentants officiels de l’Église ne sont plus, comme au temps de Montesinos, la voix des sans-voix, car les pauvres et les Indiens ont désormais leur voix propre. Beaucoup pensent que la théologie de la libération est bien morte. Rome est maintenant préoccupée surtout par la théologie asiatique du dialogue interreligieux.<br />
Au milieu de cette chaotique situation mondiale et ecclésiale, au milieu de cette crise, dans cette nuit obscure, il y a des signes apocalyptiques que quelque chose de nouveau est en train de naître, il y a des êtres nouveaux qui émergent au sein de la société et de l’Église : des jeunes, des pauvres, des Indiens et des Afros, des femmes. On entend crier qu’un « autre monde est possible », également « qu’une autre Église est possible ».<br />
Comme aux origines de la création, au milieu de la nuit et du chaos régnant, l’Esprit engendre la vie (Gn. 1,2) et fait naître un monde nouveau, différent. Ce chaos annonce les douleurs de l’enfantement de la création (Rm. 8,20), les sentinelles aperçoivent les amandiers qui commencent à fleurir au cœur de l’hiver mondial et ecclésial. L’Esprit du Seigneur est en action, ces signes de mort sont le prélude de la résurrection, la pierre du sépulcre que l’on commence à rouler, les femmes sont les premières à s’en rendre compte et à croire en la résurrection [9].<br />
Dans ce nouveau contexte, le cri de Montesinos résonne encore et encore : « Comment restez-vous endormis dans un sommeil si profond et si léthargique ? Tenez-le pour certain, dans l’état où vous êtes, vous ne pouvez pas gagner votre salut ». Il est nécessaire de changer de cap, de nous réveiller, de prendre conscience que quelque chose de nouveau est en train de naître (Is. 43,19), car, aujourd’hui comme hier, le Seigneur veut faire toutes choses nouvelles (Apoc. 21,5). En Amérique latine nous sommes encore au temps de l’Avent&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Victor Codina</strong><br />
Traduction de Sylvette Liens pour Dial.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong><br />
[1] « L’encomienda était un système appliqué par les Espagnols lors de la conquête du Nouveau Monde, et appliqué dans tout l’empire colonial espagnol à des fins économiques et d’évangélisation. C’était le regroupement sur un territoire de centaines d’Indiens que l’on obligeait à travailler sans rétribution dans des mines et des champs […]. Ils étaient sous les ordres de l’encomendero, un Espagnol à qui la Couronne d’Espagne les avait confiés ; dans la pratique ils disposaient librement des terres des Indiens, bien qu’elles appartiennent toujours à la couronne » (Wikipedia, article Encomienda) – note DIAL.<br />
[2] Bartolomé de Las Casas, Historia de las Indias, Livre III, chap. 4.<br />
[3] Víctor Codina, « Opción por los pobres en la Cristiandad colonial », dans De la modernidad a la solidaridad, Lima, 1984, p. 259-282 ; Víctor Codina, Noé Zevallos, Vida religiosa. Historia y teología, Madrid, 1987, p. 76-81.<br />
[4] Gustavo Gutiérrez, En busca de los pobres de Jesucristo. El pensamiento de Bartolomé de Las Casas, Lima, 1992, p. 58.<br />
[5] Puebla, p. 8.<br />
[6] Antonieta Potente, « Eco de un sermón : entre arquetipo y realidad. Otro diálogo es posible », Yachay (Cochabamba), n° 53, 28 (2011), p. 47-58. Citation p. 50.<br />
[7] Aparecida, p. 65.<br />
[8] Il s’agit du film dont le tournage est représenté dans Même la pluie – note DIAL.<br />
[9] J. Moingt, « Les femmes et l’avenir de l’Église », Études (Paris), janvier 2011, p. 67-76, qui conclut par cette prédiction prophétique : « La femme est et sera l’avenir de l’Église ».</p>
<p><strong>Source</strong> : DIAL- Diffusion de l’Information sur l’Amérique Latine &#8211; D 3180</p>
<p>(Dial -  <a href="http://enligne.dial-infos.org">http://enligne.dial-infos.org</a> )</p>
<p>Source (espagnol) : revue Christus (Mexique), n° 786, octobre 2011, p. 18-21.<br />
Mis en ligne le 12 janvier 2012 :</p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5354">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5354</a></p>
<p><strong>A LIRE</strong> : un nouvel ouvrage DIAL aux éditions l’Harmattan : « <em><strong>Projets politiques et Luttes sociales : expériences latino-américaines » </strong></em>dans la collection« Horizons Amérique latine », 2011, 286 pages, 28,50 € .</p>
<p>Voir une <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5383">présentation du livre</a> (quatrième de couverture, table des matières…).</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AmériqueL.LivreHarmattan.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-5849" title="AmériqueL.LivreHarmattan" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AmériqueL.LivreHarmattan.png" alt="" width="125" height="200" /></a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Evangile de Noël des « sans-papiers »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/12/15/levangile-de-noel-des-sans-papiers/</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 14:20:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
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		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Paraphrase des évangiles de la nativité  Par Emmanuel Terray Nativité du Christ d’Andrei Roublev, Galerie Tretiakov, Moscou En ce temps-là vivait à Nazareth en Galilée un homme appelé Joseph. Joseph était charpentier, et il venait de se marier avec une jeune femme qui s&#8217;appelait Marie. Or il advint en ces jours-là que parut un édit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>Paraphrase des évangiles de la nativité</strong></p>
<p><strong><em> Par Emmanuel Terray </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Roublev-45K.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5713" title="Roublev-45K" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Roublev-45K.jpg" alt="" width="286" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Nativité du Christ d’Andrei Roublev, Galerie Tretiakov, Moscou</em></p>
<p style="text-align: justify;">En ce temps-là vivait à Nazareth en Galilée un homme appelé Joseph. Joseph était charpentier, et il venait de se marier avec une jeune femme qui s&#8217;appelait Marie. Or il advint en ces jours-là que parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-5712"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Joseph fut convoqué au commissariat de police de Nazareth et il fut amené devant l&#8217;inspecteur. Alors l&#8217;inspecteur lui dit : « <em>Joseph, n&#8217;est-il pas vrai que tu n&#8217;es pas d&#8217;ici et que ta famille vient de Bethléem en Judée ?»</em> &#8211; « <em>C&#8217;est vrai</em> », répondit Joseph.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;inspecteur dit alors à Joseph : « <em>II faut que tu partes pour Bethléem te faire établir tes papiers. Sans ces papiers, tu ne peux pas vivre et travailler parmi nous comme tu l&#8217;as fait jusqu&#8217;à présent </em>». Joseph dit : « <em>Ma jeune femme est enceinte, et le terme est proche. Ne peux-tu m&#8217;accorder une prolongation jusqu&#8217;à ce que l&#8217;enfant soit né ? Ensuite nous partirons pour Bethléem, comme tu me le demandes</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;inspecteur répondit : « <em>Je ne veux pas le savoir et la loi est la loi. Si tu ne te mets pas en route immédiatement, je te ferai reconduire à la frontière par mes hommes et jamais tu ne pourras revenir ici</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Alors Joseph se mit en route avec Marie, et après quelques jours de voyage, ils arrivèrent à Bethléem. Comme Marie était fatiguée, Joseph alla frapper à la porte d&#8217;un hôtel et demanda une chambre, afin que Marie puisse se reposer. L&#8217;hôtelier lui dit : « <em>Donne-moi tes papiers pour que je puisse t&#8217;enregistrer </em>». Joseph répondit : « <em>Je n&#8217;ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu&#8217;on m&#8217;en établisse </em>». Alors l&#8217;hôtelier dit à Joseph : « <em>Si tu n&#8217;as pas de papiers, je ne peux pas te loger. Va t&#8217;en, je ne peux rien pour toi </em>», et tous les hôteliers de la ville lui firent la même réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici que Marie ressentit soudain les premières douleurs de l&#8217;enfantement. Alors Joseph la conduisit à l&#8217;hôpital pour qu&#8217;elle puisse y accoucher. Mais à l&#8217;entrée de l&#8217;hôpital, le gardien dit à Joseph : « <em>Donne-moi tes papiers pour que je m&#8217;assure que tu es en règle et que je peux accueillir ta femme.</em> » Joseph répondit : « <em>Je n&#8217;ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu&#8217;on m&#8217;en établisse </em>». Alors le gardien dit à Joseph : « <em>Si tu n&#8217;as pas de papiers,  je ne peux pas accueillir ta femme. Va t&#8217;en, je ne peux rien pour toi</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin, Joseph trouva une étable ouverte, et y installa Marie. Et c&#8217;est là que Marie mit au monde un fils, qui fut appelé Jésus. Et les bergers des environs lui apportèrent du lait et des langes, car eux non plus n&#8217;avaient pas de papiers, et ils comprenaient la situation de Joseph et Marie.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici qu&#8217;Hérode, gouverneur de la Judée, fut soudain pris de peur. Comme Joseph et Marie, beaucoup d&#8217;hommes et de femmes étaient venus de très loin pour se faire recenser. Alors Hérode réunit ses conseillers et leur dit : « <em>Si tous ces gens là restent en Judée au lieu de repartir chez eux, ils vont manger le pain et prendre le travail de mes sujets. Ils feront des enfants ; à la fin, ils seront plus nombreux que nous, et nous ne serons plus les maîtres chez nous. Pour empêcher cela, je vais faire une grande rafle et les chasser d&#8217;ici ; quant aux enfants, je les ferai disparaître</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Un soir que Joseph était assis devant l’étable où il habitait, il vit dans le lointain la troupe de policiers d&#8217;Hérode qui s&#8217;approchait de Bethléem. Alors il rentra dans l’étable et dit à Marie : «<em>Prends l&#8217;enfant et partons, sinon il va nous arriver malheur</em> ». Aussitôt ils prirent le chemin de l&#8217;Egypte, et c&#8217;est ainsi qu&#8217;ils échappèrent à la rafle d&#8217;Hérode. Ils demeurèrent en Egypte jusqu&#8217;à ce que César Auguste et Hérode disparaissent et soient remplacés par des souverains meilleurs et plus justes. Alors ils revinrent en Galilée. Mais Jésus n&#8217;oublia jamais ce qui s&#8217;était passé au jour de sa naissance.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est ce dont témoigne son enseignement. Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux, et à l&#8217;entrée de ce royaume, on ne leur demandera pas de papiers. Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés, même s&#8217;ils n&#8217;ont pas de papiers. Le mari et la femme doivent vivre ensemble et peu importe que l&#8217;un ait des papiers et l’autre pas, car il ne faut pas séparer ce que Dieu a uni. Dieu a fait la terre pour tous les hommes, et les hommes sont partout chez eux sur la terre. Car la terre est l&#8217;œuvre de Dieu, mais les frontières sont l&#8217;œuvre des hommes, et quand elles deviennent des barrières, elles sont l&#8217;œuvre du démon.</p>
<p align="center"><strong><em>La loi de Dieu tient en un seul commandement :</em></strong></p>
<p align="center"><strong><em>« aimez-vous les uns les autres, avec ou sans papiers,</em></strong></p>
<p align="center"><strong><em>vous ferez ainsi la volonté de Dieu ».</em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right"><strong>Emmanuel Terray, 1997</strong></p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://arras.catholique.fr/page-20392.html">Site du diocèse d’Arras</a>, déc. 2010</p>
<p>diffusé par le <a href="http://reseau-chretien-immigres.org/">Réseau Chrétien – Immigrés RCI</a></p>
<p><strong>A LIRE </strong>: « <em>Immigration, fantasmes et réalités, pour une alternative à la fermeture des frontières</em> »</p>
<p>Claire Rodier, Emmanuel Terray, Ed. La Découverte, Collection « Sur le Vif », 154 pages,10 €, 2008.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreTerray.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5716" title="LivreTerray" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreTerray.jpeg" alt="" width="181" height="279" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Actualisation de la théologie de la libération en Europe</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/25/actualisation-de-la-theologie-de-la-liberation-en-europe/</link>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 23:29:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Intervention de Gui LAURAIRE lors de l’Assemblé générale des Réseaux du Parvis Angers, 19 novembre 2011 Introduction Lorsque la théologie de la libération est née autour des années 70, puis s’est développée et affinée, elle n’a pas suscité un grand intérêt en Europe, et en particulier en France, à part auprès de Marie-Dominique Chenu, Christian [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Intervention de Gui LAURAIRE</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>lors de l’Assemblé générale </strong><strong>des Réseaux du Parvis</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Angers, 19 novembre 2011</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GuiLauraire1.jpg"><img class="size-medium wp-image-5630 aligncenter" title="GuiLauraire" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GuiLauraire1-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque la théologie de la libération est née autour des années 70, puis s’est développée et affinée, elle n’a pas suscité un grand intérêt en Europe, et en particulier en France, à part auprès de Marie-Dominique Chenu, Christian Duquoc et de quelques autres théologiens.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, elle a été tout de suite suspectée par le Vatican, puis contestée et attaquée. Après tant d’années de contrôles un peu tatillons des écrits de Gustavo Gutiérrez, de Léonardo et Clovis Boff et d’autres, il a bien fallu se rendre à l’évidence : il n’y avait rien à redire du point de vue de l’orthodoxie, telle que Rome l’entend ; l’orthodoxie n’est pas ce qui intéresse la théologie de la libération.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que Rome a regretté de ne rien avoir trouvé à redire sur le plan de l’orthodoxie parce que ce terrain lui est favorable ; alors il a fallu inventer une menace marxiste…</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense important de s’en souvenir si l’on veut développer une théologie de la libération ; il faut être clair sur ce point : pourquoi cela a-t-il déplu à Rome ? Nous y reviendrons ; le désaccord était je pense plutôt de l’ordre de la méthodologie. Et si la théologie de la libération est contextuelle, les moyens de sa mise œuvre sont partout les mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Penser la théologie de la libération dans un contexte européen me paraît actuellement non seulement légitime mais indispensable. J’apporterai cependant des nuances.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement aux années 70, quand elle est née ailleurs, nous vivons un temps d’énorme désillusion : nous avons perdu l’illusion de la liberté. Tout a été fait pour nous convaincre que nous étions dans le camp de la liberté, contre la dictature communiste, etc. Le capitalisme, le libéralisme étaient la liberté. Aujourd’hui, il faut déchanter. Il ne reste que « <em>la liberté des riches, de plus en plus riches d’écraser les pauvres de plus en plus pauvres </em>». Cette phrase est de Jean-Paul II, qui s’était un peu laissé aller dans un Pueblo de Lima, déchirant les pages de son discours tout préparé, tellement il était impressionné par les témoignages qu’il avait entendus. Qu’en est-il en effet de la liberté des pauvres de plus en plus nombreux, de plus en plus menacés de franchir le seuil de la misère, même chez nous ? Parler de liberté à des personnes empêchées de vivre même décemment est une insulte.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous reste à prendre conscience de cette situation, s’interroger sur ce qui opprime tant de personnes, et à se demander « de quoi avons-nous à nous libérer ? » Alors, il faut passer aux actes, se mettre en action, en combat de libération ; et c’est au cœur de ces actions, de ces engagements, que peut se forger une théologie de la libération qui ne sera pas un décalque de la théologie latino-américaine, ou féministe, ou asiatique, toutes théologies qui existent, mais qui pourra, et je devrais dire qui devra, entrer en dialogue avec elles, car un des grands aspects de la théologie de la libération est d’être en dialogue permanent.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ajoute que, pour penser une théologie de la libération, nous ne sommes pas démunis, car elle ne nous est finalement pas aussi étrangère que ça. Elle est traditionnelle. C’est sous cette forme-là que la Bible a été écrite ; et de tous les temps la tradition vivante de l’Eglise se caractérise par le fait de faire jaillir la parole de Dieu, de l’expérience de Dieu dans l’histoire du peuple. Dieu se manifeste en actes et ceux qui en sont les témoins le disent. Il se trouve que ce sont toujours les pauvres, acteurs de leur libération, qui le disent.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est orthodoxe, elle est traditionnelle, alors pourquoi Rome en a-t-il peur ?</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’il y a tradition et tradition. De plus, dans sa pratique latino-américaine, qui est une référence et qui est celle que j’ai le mieux connue, cette théorie honore les dimensions qui devront être celles de toute théologie, et c’est ce qui est important pour nous.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La dimension pastorale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est la vie réelle des chrétiens et de leurs engagements dans le monde qu’il s’agit de servir, et non pas une institution. J’ai été heureux de ne pas entendre parler de l’Eglise dans les témoignages ! J’ai entendu parler de Dieu, de foi, mais pas de l’institution ecclésiale.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La dimension spirituelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une vraie spiritualité qui, pour le croyant chrétien, soit à la fois le don de soi à une cause et les motifs évangéliques qui l’animent. Mais je crois qu’il y a une spiritualité possible pour toute personne humaine ; sinon, on ne croit pas à l’Esprit de Dieu présent partout. Donc l’engagement à une cause et les motifs qui soutiennent cet engagement, qui mettent en marche. « La spiritualité de la libération » est le titre d’un ouvrage d’un petit frère de Jésus, un vagabond de Dieu en Amérique latine, qui s’appelle Arturo Paoli. Il a précédé de deux ans la théologie de la libération de Gustavo Gutiérrez et l’a en bonne partie inspirée.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La dimension intelligence de la foi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit d’une théologie savante. Il faut rappeler – et je l’ai souvent entendu affirmer par Gustavio Gutiérrez – que la théologie de la libération est pratiquement une fille de l’Action catholique telle qu’il l’a connue en France. Il a été formé à Lyon et à Louvain, et n’hésite pas à dire que sans l’Action catholique la théologie de la libération ne serait pas née.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle doit en particulier à la fameuse méthode du « voir, juger, agir ». Voir la réalité de la situation : la capacité de voir. Apprécier cette réalité, juger, mener une analyse socio-économico-politique, avec l’éclairage biblique et l’éclairage de la foi : la capacité de comprendre. Et agir, pour changer ce qui doit l’être, et en particulier l’inacceptable : la capacité de changer, c’est l’acte de libération.</p>
<p style="text-align: justify;">Capacité de voir, de comprendre et d’agir. Quand je dis « capacité », je pense aussi à « rendre capable », « rendre apte », ce qui relève de l’éducation populaire. J’ai été heureux que plusieurs des témoignages aient concerné l’éducation, avec des relations, conscientes ou non, avec l’éducation populaire de Paolo Freire que nous utilisions en Amérique latine.  Il faut prendre les gens là où ils en sont. Changer les mentalités demande du temps, demande de la formation, demande de l’éducation. On est là dans la conscientisation qui, peu à peu, conduit à l’organisation pour parvenir au changement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A propos des témoignages qui viennent de nous être apportés</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• David et Jonathan</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je cite un petit fait qui s’est produit à Montpellier lors d’un petit rassemblement, mi-détente, mi-réflexion, organisé par NSAE 34 dans une de mes anciennes paroisses, à la Salvetat. Lors de l’eucharistie du dimanche, au sein d’une population très traditionnelle, encore très pratiquante, les groupes se sont présentés, dont David et Jonanthan ; il y avait 4 femmes – deux couples. J’ai été surpris, à la fin, de la réflexion d’une brave grand-mère qui m’a dit à la sortie : « au début, quand elles se sont présentées, ça m’a fait quelque chose et puis, pendant la messe, je me suis dit que c’est quand même normal qu’elles aient leur place dans la communauté chrétienne. » Je pense qu’il faut savoir aller de l’avant, ne pas avoir peur de choquer les gens.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai bien aimé le travail avec les prisonniers, cette présence aux gens en difficulté : « <em>j’étais prisonnier, et vous m’avez visité </em>». On a lu cette année l’évangile de Matthieu ; dans le corps de l‘évangile, qui commence au chapitre 5 par les Béatitudes des pauvres et se termine par ce que l’on appelle le jugement dernier : « ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », il n’y a pas un seul critère religieux ! « Ce que vous avez fait aux plus petits… » ; « mais on ne t’a pas reconnu ! » ; « moi je vous ai reconnus » dit Jésus. L’important n’est pas de reconnaître Jésus dans ces moments là ; l’important c’est que lui nous reconnaisse quand nous nous efforçons d’agir à sa façon. Cette présence aux prisonniers en difficulté et, plus encore, prisonniers à l’intérieur de la prison, car victimes de préjugés et victimes de mauvais traitements, est une présence évangélique, même si elle ne sait pas son nom. Et cette présence est là aussi pour essayer de rendre la dignité à ceux qui ont toutes les raisons de la perdre, parce qu’on la leur fait perdre. Ce n’est pas facile : on n&#8217;entre jamais dans une prison sans une certaine hésitation, car nous, nous sommes libres et eux ils sont enfermés.</p>
<p style="text-align: justify;">Défendre l’intégrité des personnes : on est là dans une attitude profondément spirituelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Les témoignages d’Annie et d’Odile nous ont plongés dans l’éducation. Il faut faire évoluer les mentalités, et c’est très important de commencer avec les enfants et les jeunes. Quand on croise de plus un projet de l’Education nationale, c’est merveilleux et il ne faut surtout pas rater le coche.  Ce n’est pas rien de vouloir aller témoigner de ce que l’on vit devant des jeunes quand on sait que ce n’est pas acquis au départ. Se former pour pouvoir ensuite transmettre quelque chose que l’on a mûri ; prévenir l’insulte que reçoivent les jeunes, dépasser les préjugés, libérer la parole. Oser aborder les préjugés sur Dieu, sur la foi, sur la spiritualité. J’ai bien aimé : « j’ai choisi ma voie au bonheur ». Les « Heureux » tapissent l’évangile ; il y en a 9 au début de l’évangile de Matthieu, mais il y en a beaucoup d’autres. Si Jésus nous dit cela, c’est qu’il parle d’expérience. D’ailleurs, les Béatitudes, aucune personne n’a le droit de les dire si elle n’a pas fait l’expérience qu’il est possible d’être pauvre et d’être persécuté et d’y trouver sa joie ; c’est impossible. Avant d’être un programme, les Béatitudes sont un portrait de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;">Choisir sa voie au bonheur et le faire en toute conscience, en se disant que c’est ce bonheur là que Dieu veut pour moi, est plus important que tous les dogmes réunis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• L’Association culturelle de Boquen</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le témoignage d’Odile sur le travail avec les précaires, le droit à une vie culturelle pour tous est très important. J’ai particulièrement aimé le « théâtre de l’opprimé ». J’ai vécu dans le monde indien, en très haute altitude. Lorsqu’on se réunissait en communauté de base, il y avait une très grande proportion d’analphabètes ; mais après les échanges, après les ateliers, ils s’exprimaient par le mime, par le chant, par la poésie populaire, et c’était d’une richesse extraordinaire, à tel point que cela m’a fait réfléchir et à Saint Guilhem, avec les sœurs, nous avons organisé pendant deux ans des week-ends qui ont été très suivis sur l’approche de la foi par l’art : la musique, la peinture, le cinéma… Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait là une richesse d’expression très éloignée de la dogmatique – et beaucoup plus libre que l’écrit, qui est très contrôlé.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettre à des gens de trouver le mode d’expression qui leur permet d’être eux-mêmes, de communiquer, c’est extraordinaire. Sommes-nous assez attentifs à la diversité des gens, à leur possibilité d’exprimer véritablement ce qu’ils sont et ce qu’ils pensent ? Ce travail me semble capital dans le monde d’aujourd’hui. Il y a souvent cette réticence dans le monde des pauvres : « je n’ai pas les mots » ; « oui, mais tu as aussi autre chose ». Et par là on est soi-même questionné.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela vaut aussi pour la pastorale. Quand les gens viennent vous trouver pour vous demander un sacrement, il y a ceux qui savent ce qu’il faut dire. Ce n’est pas nécessairement ce qu’ils pensent ; c’est ce qu’ils pensent que vous attendez qu’ils vous disent. Je crois qu’il faut être très clair là-dessus : aller plus loin, creuser un peu pour que les gens arrivent à dire ; et là on est sur un terrain de vérité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• « Culture et solidarité » à Angers</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a un peu de cela dans la belle aventure des associations que nous a présentée Annie et que j’ai aimée. L’aventure est partout dans la Bible, où il y a un rythme permanent : sortir, marcher, entrer pour être prêt à ressortir, à marcher pour entrer… De quoi avons-nous à sortir ? La marche qu’il faut faire – et qui coûte – pour entrer dans quelque chose qu’on sera prêt à relativiser pour ressortir. C’est l’exode, c’est l’exil, c’est Abraham. Jésus est toujours en marche. Je pense que le péché contre l’esprit n’est pas ce que nous disent les théologiens, mais l’immobilisme.  Jésus dit « suis-moi » ; il ne dit pas « viens m’écouter ». Et il est toujours en marche. Si nous nous arrêtons, il nous a largués. L’Esprit est toujours en mouvement, comme le vent. Si on s’immobilise, on est hors du souffle. Je crois que c’est vraiment cela le péché contre l’Esprit.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettre aux gens  d’avoir accès à la culture : la culture est ce qui forge une communauté, un peuple. Nous avons à défendre les cultures contre la culture – ou l’inculture – imposée. Pensez à Lelay de TF1 : « vider les cerveaux pour qu’ils soient disponibles à Coca-Cola et Mac Do » ; autrement dit, abrutir les gens.</p>
<p style="text-align: justify;">Le combat pour la culture est incontestablement un combat important. Et particulièrement permettre aux gens non seulement d’avoir accès à des offres culturelles, mais de pouvoir en débattre, de pouvoir réaliser eux-mêmes. Il n’y a pas de petits combats.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• Partenia 77 : les étrangers.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes dans un temps, en France, où nous sommes obligés de dire à des sans papiers « moi, légalement, je ne peux rien pour toi ; alors, on va passer à côté de la loi ». Il y a des lois contraires aux Droits de l’Homme et nous vivons une période où la désobéissance civile devient dans bien des cas une nécessité absolue.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ajouterai aussi, parfois, la désobéissance ecclésiale. J’insiste sur la vigilance sur les conditions d’enfermement. Pour avoir suffisamment discuté avec des personnes de La Cimade, je me rends compte à quel point elles sont inhumaines. En particulier l’enfermement des enfants. Il était intéressant de faire remarquer que les pouvoirs eux-mêmes sont dans l’illégalité : alors pourquoi ne pas s’y mettre aussi quand nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pistes pour bâtir une théologie de la libération européenne</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il était bon de partir des témoignages qui sont un soubassement nécessaire : la théologie commence par un engagement dans le réel et dans des situations qui appellent justement un engagement pour le changement. C’est dans ces engagements là, dans des solidarités vécues avec des personnes qui sont dans des situations d’oppression que nous pouvons rencontrer le Dieu qui se dit dans l’histoire et, à partir de là, faire acte théologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement à ce qui a été dit si souvent dans le passé, il n’y a qu’une histoire. Il y avait le naturel et le surnaturel et, de temps en temps le surnaturel venait dans le naturel pour sauver ce qui pouvait l’être. Le péché et la grâce se jouent dans le quotidien et dans la banalité du quotidien, dans les événements qui nous marquent profondément. Et c’est là, comme le dit Gustavio Gutiérrez que l’on commence par contempler et pratiquer Dieu. Après, on peut essayer d’en parler. C’est l’orthopraxis qui compte et non l’orthodoxie. L’orthopraxis, c’est ce que ma foi me fait faire dans le réel pour libérer, pour promouvoir l’humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Une remarque : on célèbre l’eucharistie avec du pain et du vin, symboles de toute nourriture, ce qui veut dire qu’on célèbre la communion à travers ce qui divise l’humanité, cette nourriture dont tant d’hommes sont privés par la faute d’autres. A quoi sert cette célébration s’il n’y a pas un engagement ? Augustin disait déjà qu’il n’y a de présence réelle que si elle est réalisante. Je suis convaincu qu’il n’y a pas de présence réelle dans beaucoup de nos messes, si la célébration ne réalise pas une communauté engagée, témoin de l’amour et de la libération. Augustin ajoutait que la vraie interrogation que nous avons à nous poser est « nos relations sont-elles aliénatrices ou aliénantes ? » ; on vit effectivement l’eucharistie si elles sont libératrices.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’allons pas nous battre sur les dogmes. Qu’une théologie naisse de nos pratiques, et tant mieux si nous arrivons à dire ce que disent les dogmes. Mais nous y serons arrivés par notre chemin et non parce qu’on nous l’aura imposé d’en haut. Le mot dogme, dogma, signifie « il semble que », « il paraît que » : c’est un doute traversé et qui doit donc nous rendre accueillants à ceux qui n’ont pas traversé ce doute d’abord : c’est un tremplin. On ne possède pas la vérité, on ne dit jamais la vérité tout entière ; laissons donc chercher. Le manque de liberté de recherche dans l’Eglise est quelque chose d’effrayant.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment donc bâtir une théologie de la libération européenne ?</p>
<p style="text-align: justify;">• En premier, nous devons prendre en compte que nous sommes, que nous le voulions ou non, dans le camp des oppresseurs par rapport aux pays pauvres, qui sont justement ceux où ce type de théologie se pratique. Nous avons été des colonisateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu la chance d’accompagner à deux reprises le rassemblement mondial de la FIMARC (Fédération internationale des mouvements d’adultes ruraux catholiques). Il y était beaucoup question de la colonisation qui, dans ces pays divers, avait provoqué diverses sortes de changements :</p>
<p style="text-align: justify;">- des changements de décideurs : les gens du pays ne décidaient plus, les colons leur imposaient leur décisions ;</p>
<p style="text-align: justify;">- des changements de bénéficiaires : tout était pensé au profit du colonisateur ;</p>
<p style="text-align: justify;">- des changements de techniques : les techniques locales étaient supplantées par les techniques importées.</p>
<p style="text-align: justify;">Et cela a entraîné une perte d’identité, de statut social : on passait à l’insignifiance.<br />
Or le baptême nous met dans un monde où rien, ni a fortiori personne, n’est insignifiant. Tout est signe qu’il faut percevoir et analyser.</p>
<p style="text-align: justify;">Insignifiance, aliénation, perte d’identité, perte de maîtrise… Les personnes étaient dépossédées de leur pouvoir de décision. Et perte de sens ; j’aime bien qu’avec sa liberté de parole, Joseph Moingt insiste beaucoup sur le discours du sens qui parfois peut prendre la place du discours du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons donc intégrer dans notre théologie de la libération que nous sommes dans le camp des oppresseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Elargir notre regard</strong>. L’Europe n’est pas une île. Nous voyons d’ailleurs tous les jours comment son incapacité à régler ses problèmes financiers a des répercussions partout. Il nous faut donc discerner les mouvements de fond, les signes des temps. Si vous avez lu la conférence de Joseph Moingt « L’humanisme évangélique »<a href="#_ftn1">[1]</a>, je vous renvoie à son analyse des mouvements arabes dans le monde actuel. On ignore ce qui sera récupéré, mais l’aspiration à la liberté est là.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons nous mettre en relation avec tous les mouvements de libération qui existent. La coordination est nécessaire ; la mise en réseau doit s’élargir au plan international. Nous avons au moins en commun d’être la proie d’un libéralisme sauvage, même si son impact n’est pas partout le même : c’est le monstre.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons aussi en commun d’être très faibles, face à un ennemi très puissant. La force de l’ennemi c’est d’avoir, à travers la publicité, les média, deux armes. La première est de provoquer l’individualisme qui va de pair avec la massification parce que la masse est manipulable. La seconde est la capacité du pouvoir à faire intérioriser par les opprimés eux-mêmes leur oppression.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime beaucoup me référer à l’Exode ; regardez ce que fait Moïse : discerner les failles du système pharaonique. Quand on a discerné une faille, on y met un coin et on tape fort pour essayer de l’élargir. Il s’agit de démantibuler le système oppresseur. C’est un travail gigantesque avec le libéralisme actuel, mais il faut s’y atteler. Et puis mettre en place une société alternative, ce qui n’est pas facile par la contradiction des opprimés eux-mêmes. Combien de fois Moïse se heurte-t-il à la volonté de retour en Egypte « pour manger les oignons ».</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, l’expérience de l’Exode est riche pour nous aider à réfléchir à « comment parvenir au changement ».</p>
<p style="text-align: justify;">• Dans l’obscurité même, tenter de <strong>discerner les failles du système et en même temps les pousses</strong>, les germes d’espérance. C’est là que l’espérance s’enracine : repérer des germes d’espérance dans un monde en rupture.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La conscientisation</strong>. Regardez ce que Jésus fait avec ses apôtres. Il éduque leur regard et il éduque leur écoute. « Ne voyez-vous pas… » Ça va être mûr dans quelques mois, mais ne voyez-vous pas que la moisson est déjà là ? Un regard chargé d’espérance et qui dépasse les apparences.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>L’organisation</strong>. Il faut se mettre en réseau ; on est plus forts à beaucoup qu’à quelques-uns, mais tout part des petits groupes. Helder Camara disait que tout partait des petites communautés abrahamiques. Et avoir la patience des petits pas : on ne change pas les situations d’un coup : ce qui vaut pour l’éducation vaut partout.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La mémoire</strong>. Intégrer la mémoire du passé. Le passé d’oppression, le passé d’où on est sorti pour la construction du présent et du futur. Le drame d’Israël quand il est entré dans la Terre promise, c’est qu’il va refaire le régime pharaonique chez lui. Les périodes d’installation sont les pires. C’est dans les crises que l’on grandit, parce que la crise est à la fois une épreuve et un moyen de s’affirmer dans sa vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Une conception du vrai Dieu</strong>, le Dieu de la vie opposé aux idoles de mort. La Bible est un livre fondamentalement polémique, de A à Z. La polémique du vrai Dieu, le combat de la vie, du Dieu qui aime contre les idoles qui demandent toujours plus de sacrifices humains : Baal, Moloch, l‘argent. Toujours des sacrifices humains. On sait bien comment notre monde actuel, le modèle économique dans lequel nous sommes, ne peuvent se développer qu’en excluant un maximum de personnes et en détruisant la nature. Ce qui est absolument opposé à l’espérance de Dieu sur nous.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous a confié la nature dont nous faisons partie, nous en sommes partie intégrante. Ne pas respecter la nature, c’est ne pas se respecter soi-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Et d’autre part le flot des humains. Si nous ne considérons pas l’autre comme un frère, nous n’avons pas le droit de dire « Notre Père ».</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Prendre en compte les contradictions des opprimés eux-mêmes</strong>. Le plus grand obstacle est la peur. Mesurer le poids de la peur et son impact. Sociologiquement parlant, il est incompréhensible qu’il n’y ait pas une révolte en France aujourd’hui. La peur va peser sur les prochaines élections. On insiste beaucoup sur la sécurité. Quand le pouvoir nous parle de sécurité c’est la sécurité de ceux qui veulent garder et développer ce qu’ils ont ; il se moque de la sécurité des autres mais leur fait croire qu’il les défend.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’Evangile, la peur est l’opposé de la foi. Ce n’est pas l’incroyance, mais la peur, qui s’oppose à la foi. Parce que la foi met en marche, alors que la peur paralyse. Jésus dit souvent « N’ayez pas peur », « Ne craignez pas ». Certes Jean-Paul II l’a dit aussi, mais parce qu’il avait en fait très peur.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Identifier les idoles de notre temps</strong>. Ne perdons jamais de vue que la Bible est un livre polémique qui montre l’affrontement entre le Dieu de l’alliance, le Dieu de la miséricorde, qui vit un attachement aux entrailles avec l’Homme, et les dieux de la mort. Pour être fidèle à cette perspective, il nous faut identifier les idoles, montrer le lien qu’elles entretiennent avec les systèmes dominants.</p>
<p style="text-align: justify;">Le drame de notre Eglise dans sa hiérarchie, c’est cette affiliation au pouvoir. L’évêque de Rome n’est pas le successeur de Pierre, mais le successeur de l’empereur d’Occident. C’est facile à prouver historiquement. Ne soyons pas dupes des relations des pouvoirs entre eux. Jean-Paul II avait dit à Oscar Romero, qui avait fait la démarche de le rencontrer : « Ne faites rien en dehors d’une coordination avec le gouvernement » ! Il n’a évidemment pas suivi le conseil… Et il a payé cher.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, connaître ces relations de systèmes dominants entre eux. Connaître le fonctionnement, c’est ce qui permet de combattre efficacement.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Entrer dans le combat</strong>. Les « bons chrétiens » nous objecteront toujours qu’il faut « aimer ses ennemis », car Jésus l’a dit. Mais Jésus n’a jamais dit qu’il ne faut pas avoir d’ennemis. Et ceux-ci ne l’ont pas épargnés. Aimer ses ennemis, c’est vouloir les arracher au chemin mortifère qu’ils suivent. Et je crois que même si parfois il faut les bousculer, c’est pour leur bien. En général, ils ne s’en rendent pas compte… Il faut aussi reconnaître soi-même avec humilité qu’on peut se tromper. Ce n’est pas grave, on peut corriger. Ce qui est grave, c’est de ne rien faire, par peur de se tromper.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Surtout, travailler avec d’autres, en commun</strong>. Ici se pose la question des communautés. Les Communautés ecclésiales de base sont en Amérique latine le terreau sur lequel germe la théologie de la libération ; il faut reconnaître que nous sommes ici loin du compte. Le tissu social s’est dégradé, l’individualisme triomphe, encouragé par les média et la publicité.</p>
<p style="text-align: justify;">Refaire des communautés fait partie du combat à mener. C’est un élément indispensable, un stade premier d’organisation. Les changements commencent à travers des communautés vivantes et qui témoignent et qui font tâche d’huile.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Il existe déjà des actions, des communautés, des analyses.</strong> Je pense à l’article de Jean-Marie Kohler « Marchandisation du monde et subversion chrétienne »<a href="#_ftn2">[2]</a>, aux numéros de la revue « Réseaux des Parvis ». Des efforts, il y en a, des combats, il y en a. Mais la coordination est toujours à trouver. Il faut resserrer les liens.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La vraie fraternité commence par la fraternité de combat</strong>. J’insiste et je termine par là. S’il s’agit de s’engager dans des combats pour subvertir ce système écrasant dans lequel nous sommes, la vraie fraternité c’est celle des personnes qui sont partie prenante des mêmes combats, avec les mêmes objectifs et en quête des moyens les plus adaptés. Elle déborde tout clivage social, tout clivage racial ou religieux. Faisons tomber les clivages. Il existe des gens des classes aisées qui font une option réelle pour les pauvres, pour leur lutte. Et il y a des pauvres qui sont les alliés objectifs des pouvoirs. N’ayons pas peur de le dire : la vraie fraternité commence par la fraternité de combat.</p>
<p style="text-align: justify;">Et parfois, petit à petit, on arrive à des résultats. Quand j’ai quitté le Pérou, pour cause de maladie, la situation y était désespérée. Et voilà qu’en janvier dernier Susana Villaran, qui a toujours travaillé dans les bidonvilles, ex-enseignante et militante des droits de l&#8217;Homme de 61 ans est devenue la première femme maire de la capitale du Pérou, Lima. La presse s’est déchaînée contre elle, ce qui ne l’a pas empêchée d’être élue.  C’est une des productrices de la théologie de la libération, qui vit et réfléchit avec les communautés de base.</p>
<p style="text-align: right;">Retranscription à partir de l’enregistrement</p>
<p style="text-align: right;">par Lucienne Gouguenheim</p>
<p style="text-align: right;">24 novembre 2011</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Notes</strong> :</p>
<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://www.nsae.fr/2011/07/13/l%E2%80%99humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/">http://www.nsae.fr/2011/07/13/l’humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/</a></p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> <a href="http://www.recherche-plurielle.net/libre_reflexion/1-bloc-notes-024.htm">http://www.recherche-plurielle.net/libre_reflexion/1-bloc-notes-024.htm</a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>L’éthique mondiale comprise à partir du christianisme</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 23:02:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Conférence donnée par José ARREGI le 28 avril 2011 à Barcelone, lors du congrès annuel du Réseau Européen Églises et Libertés Texte inédit publié dans la Lettre d&#8217;information des Réseaux des Parvis n° 8 de  novembre 2011 (Développements originaux en caractères droits, parties résumées en italiques entre crochets) [Le titre de cette conférence, emprunté à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Conférence donnée par José ARREGI le 28 avril 2011 à Barcelone,</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>lors du congrès annuel du Réseau Européen Églises et Libertés</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lettre-8-couv.001.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5553 aligncenter" title="Lettre 8 couv.001" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lettre-8-couv.001-214x300.jpg" alt="" width="214" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em>Texte inédit publié dans la Lettre d&#8217;information des Réseaux des Parvis n° 8 de  novembre 2011</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><span id="more-5551"></span></p>
<p style="text-align: center;">(Développements originaux en caractères droits, parties résumées en italiques entre crochets)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>[Le titre de cette conférence, emprunté à un livre de Hans Küng et Angela Rinn Maurer, soulève d’emblée deux questions : celle de la relation entre l’universel et le particulier de toute éthique, et celle de la relation entre éthique et christianisme. « L’éthique est mondiale, mais elle ne peut être exprimée et vécue que de manière particulière » : tout en étant universelle, elle est toujours locale et singulière. Les liens entre éthique et religion sont, quant à eux, plus complexes à cerner : longtemps indissociables dans l’histoire de l’humanité, ces deux domaines semblent se séparer à mesure que lesexigences éthiques ne s’accompagnent plus nécessairement d’une appartenance religieuse. Mais à observer de plus près le vécu concret, il apparaît que l’éthique ouvre toujours sur une perspective d’ordre religieux ou mystique, de même qu’aucune religion n’est possible sans éthique. Le fond ultime de la réalité est Mystère, au delà de toutes les doctrines, mais se laisse entrevoir à la faveur de la sagesse et de l’engagement éthiques.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C’est la relation à autrui qui façonne l’homme, en chacun et entre tous. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ». Repris en des termes semblables par Confucius, l’hindouisme,le jaïnisme, le bouddhisme, Jésus de Nazareth, Hillel et Mohammed, ce principe transcende les frontières entre les religions et les cultures, et relativise leur spécificité. « La foi religieuse est reconnaissance et vénération du mystère universel qui inspire le regard et la conduite. » Le respect de l’altérité de l’autre vénère la dignité irréductible et sacrée de l’être dont est tissée l’humanité depuis toujours et partout. Mais se pose alors la question de savoir ce que telle religion particulière, et la foi chrétienne en l’occurrence, est susceptible d’apporter à l’éthique ? La réponse est en même temps globale et singulière : « Le christianisme n’apporte pas de contenus ni de normes éthiques, mais plutôt une inspiration, une motivation, un élan particulier. » La conférence comprend trois parties : la spécificité de l’inspiration chrétienne de l’éthique, les règles chrétiennes fondamentales de conduite, l’indispensable autocritique chrétienne.]</em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Jose-Arregi.jpg"><img class="size-medium wp-image-5554 aligncenter" title="Jose Arregi" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Jose-Arregi-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><strong>I – L’INSPIRATION CHRETIENNE</strong></p>
<p>Quelle inspiration apporte le christianisme à l’éthique ?<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p><a href="#_ftn1"></a><strong>1 – L’inspiration éthique de Jésus</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La figure de Jésus inspire toute la vie du chrétien, toute son éthique, toujours particulière dans sa réalisation, toujours universelle dans son horizon. Que nous inspire Jésus ? Il nous inspire ce qu’il a respiré, espéré, pratiqué : la guérison, le partage et la fraternité. Contant des paraboles et au contact des gens, il guérit les malades rencontrés en chemin. Il annonça un temps nouveau de justice aux paysans accablés de misère à cause de leurs dettes. Il proclama la tendresse de Dieu aux « pécheurs » méprisés par le système religieux. Par son message et sa praxis, il condamna radicalement  toute relation de domination et de pouvoir, proclamant et pratiquant la fraternité universelle. Dans sa vie itinérante, et de façon insolite, il se fit accompagner aussi bien de femmes que d’hommes, et reconnut à la femme le plein droit à la parole et à la liberté de mouvement, en rupture avec le patriarcat séculaire et millénaire. Il fut le commensal joyeux de percepteurs d’impôts détestés et de prostituées proscrites. Il fit naître des rêves de liberté chez les gens simples. Pour beaucoup d’hommes et de femmes affligées il était consolation de Dieu, aurore d’un temps nouveau, promesse de libération définitive. Pour d’autres, il était un hérétique et un danger, et il fut condamné à mort peu de temps – entre un et trois ans – après le début de son itinérance prophétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il inspire notre éthique. Son message et sa pratique n’enseignent rien qui soit absolument nouveau, mais c’est comme s’il nous disait, avec  les mots de Moltmann : « Qui croit en l’évangile fait l’expérience des forces du monde futur (Heb 6, 5) et entre dans le printemps de la nouvelle création (…). Dieu va créer de nouveau toutes choses, par conséquent : Profitez de ces possibilités ! Elles sont déjà ici, en toi et à côté de toi. La paix est possible. La justice est possible. La libération est possible. Dieu a rendu possible l’impossible et nous sommes invités à profiter de nos aptitudes à la vie. Participez à la rénovation de la société et de la nature. »1.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – L’inspiration de l’espérance</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jésus fut un homme de grande espérance. Une espérance active. L’éthique chrétienne est l’éthique inspirée de l’espérance de Jésus. Jésus a dit : « Relevez la tête, car votre délivrance est proche » (Luc 21, 28).</p>
<p style="text-align: justify;">Suivre Jésus, c’est reconnaître que les créatures sont « vraies promesses du Règne »<a href="#_ftn1">[2]</a>. Suivre Jésus, c’est reconnaître Dieu comme « créateur du ciel et de la terre » et, par conséquent, conserver le souvenir de la Genèse (<em>Et tout était bon</em>), même si nous sommes témoins, victimes et responsables de tant de mal. Adhérer à Jésus, c’est accepter avec une confiance patiente que la création et la libération ne sont pas terminées, mais sont en cours : « Dieu n’a pas encore conclu son œuvre ni n’a fini de nous créer. Pour cela nous devons être tolérants avec l’univers et avoir de la patience avec nous-mêmes, puisque la dernière parole n’a pas encore été prononcée : ‘<em>Et Dieu vit que cela était bon</em>’ »<a href="#_ftn2">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Telle est l’espérance engagée du disciple de Jésus. Courage pour le présent et confiance dans l’avenir : voilà ce que les hommes et les femmes d’aujourd’hui, en particulier les jeunes, désorientés par un monde sans perspectives, attendent et ont besoin de recevoir des chrétiens. Cette espérance passionnée et active est celle que Jésus a partagée. Jésus fut-il trop optimiste ? Il faudrait répondre avec les mots que prononça il y a quelques mois Z. Bauman à San Sebastian : « L’optimiste est celui qui croit que ce monde est le meilleur des mondes possibles et qu’il ne peut s’améliorer. Et le pessimiste, celui qui croit que l’optimiste avait peut-être raison ». Ni l’optimisme ni le pessimisme ne transforment le monde. Alors, quoi ? D’abord, se convaincre « qu’il y a des chances que le monde puisse s’améliorer » ; et ensuite tenir bon malgré l’échec. C’est ce que fit Jésus. C’est ce qui le rendit heureux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’espérance de Jésus ne fut donc pas une « simple espérance » inopérante, mais une espérance agissant par métamorphose. Anticipatrice. Jésus annonça tout en accomplissant l’annonce. Il espéra en anticipant ce qui était espéré.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 – La confiance en Dieu ou en la profondeur de la réalité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’espérance de Jésus était animée d’une profonde confiance en Dieu. « <em>Rien n’est impossible à Dieu</em> » (Lc 1, 37) et, à cause de cela, « <em>Tout est possible à celui qui croit</em> » (Mc 9, 23) : telle est la conviction intime vitale de Jésus. Cette confiance est celle qui agit en lui quand il guérit et celle qui agit chez les malades pour leur guérison (« <em>ta foi t’a guéri</em> » : Mc 5, 34 ; 10, 52…). Jésus partageait totalement la vieille espérance messianique : quand Dieu viendrait, tous les tourments devaient disparaître de la création. Jésus espéra et proclama, se réjouit et souffrit, annonça et anticipa le Règne de Dieu, le monde selon le rêve de Dieu, ou « la terre des justes et des bons »<a href="#_ftn1">[4]</a>. Plus encore, Jésus acquit la certitude vitale profonde que Dieu venait, intervenait, régnait et libérait à travers son message et ses guérisons : « <em>les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres</em> » (Mt 11, 5 ; Lc 7, 22).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus a vécu dans une culture religieuse entièrement imprégnée de religion et totalement circonscrite par l’institution religieuse, mais sans tomber dans la tentation  par antonomase de toutes les religions et de toutes les personnes religieuses, à savoir : enfermer le mystère de Dieu dans le système religieux, transformer Dieu en recours ou en idole, le réserver à un « espace sacré » et, en définitive, se servir de Dieu pour légitimer l’ordre politico-religieux en vigueur.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut dire de façon appropriée que « si le Christ revenait aujourd’hui, il serait athée », comme l’a écrit D. Sölle. Dieu était et se retrouverait au cœur vital de Jésus. Mais sa foi en Dieu exista à tout moment et elle redeviendrait aujourd’hui radicalement vitale et radicalement « politique », profondément associée à la joie de la vie et radicalement solidaire de la douleur de ceux qui souffrent. C’est pour cela qu’il fut condamné à la croix. Sa croix signifie son refus d’un Dieu séparé et la manifestation d’un Dieu absolument solidaire de la cause de la vie et de la cause des derniers. Une vie à la suite de Jésus ne peut donc être une vie sans adoration de Dieu, mais celui qui se met à la suite de Jésus, le véritable disciple, ne peut adorer le dieu Mammon, ni le dieu César, ni le dieu Loi, mais seulement le Dieu Abba qui veut instaurer son règne de justice pour tous en commençant par les derniers : les petits, les humiliés, les condamnés. Il est bon même aujourd’hui de croire en ce Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Dieu qui suscite et soutient l’espérance de Jésus est un Dieu avec des entrailles, un Dieu qui écoute, regarde et sent la douleur de ses créatures. Ce n’est pas un Dieu puissant et impassible, ni un Dieu compatissant et impuissant, mais un Dieu dont le pouvoir se trouve dans la compassion, avec la faiblesse que cette dernière aide à porter.</p>
<p style="text-align: justify;">La solidarité compatissante de Dieu est le roc de notre espérance, comme elle le fut pour Jésus. Suivre Jésus signifie reconnaître, de façon obscure et lumineuse, que Dieu est avec celui qui souffre. Nous ne pouvons pas dire pourquoi la souffrance existe, et mieux vaut que nous ne cherchions pas à le savoir et moins encore que nous prétendions le savoir. Le chrétien dont les yeux sont tournés vers Jésus ose être assuré que Dieu, la Tendresse qui console et qui réconforte, se trouve avec celui qui souffre, avec quiconque souffre. Il a l’audace de faire confiance, comme Jésus, au Mystère divin qui est le Oui, l’Amen à la création et à toutes ses promesses.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintes fois, Jésus dit dans l’évangile : « N’aie pas peur ! ».  Et c’est ce que nous aussi, maintes fois, nous devrions écouter et crier sur les toits : « N’aie pas peur ! ». Nous avons bien trop peur. Il y a trop de peur dans notre monde, et dans cette société qui est la nôtre. L’Eglise a trop peur. Là où est Dieu, il ne peut y avoir de peur.</p>
<p style="text-align: justify;">Faire confiance à Dieu impose, c’est manifeste, de revoir notre représentation de Dieu, tant imaginaire que conceptuelle. La représentation imaginaire traditionnelle du Dieu séparé n’inspire pas confiance, parce qu’elle n’est plus crédible. « L’axe de cette nouvelle conception ne sera pas la distinction entre Dieu et le monde, mais la conscience de la présence de Dieu dans le monde et de la présence du monde en Dieu »<a href="#_ftn2">[5]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est bon de croire en ce Dieu qui habite tout et en qui tout habite, « <em>Car en lui nous avons la vie, nous pouvons nous mouvoir et nous sommes</em> » (Act 17, 28). Un Dieu qui n’est ni partie du monde ni totalité du monde, mais qui n’est pas non plus quelqu’un ni quelque chose d’extérieur au monde et séparé de lui. Un Dieu en qui le monde se trouve, et nous sommes tous comme l’enfant dans sa mère et bien plus, comme la lumière dans la flamme et bien plus,</p>
<p style="text-align: justify;">le sens dans le mot et bien plus, comme l’esprit dans le corps et bien plus. Un Dieu qui est la Grande Réalité de toute réalité, et qui n’est pas « davantage là-bas, en dehors du monde, mais plus ici, dans la profondeur des choses, comme leur fondement et leur mystère »<a href="#_ftn1">[6]</a>. Un Dieu qui est le cœur de la réalité qui nous entoure, qui nous constitue, que nous sommes. Un Dieu qui anime tout, qui soutient tout, qui habite tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 – Ethique de la compassion samaritaine et politique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La compassion est un terme équivoque. Bien entendu, elle désigne le tréfonds qui s’émeut devant la passion du prochain.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois on demanda à Jésus : « Qui est mon prochain ? ». Et Jésus répondit en racontant : « Un voyageur descendait de Jérusalem à Jéricho et fut attaqué par des malfaiteurs, et ils le laissèrent  grièvement blessé. Un prêtre et un lévite firent un détour et passèrent au large. Un Samaritain prit soin du blessé ». « Qui se fit le prochain du blessé ? Eh bien fais de même ».</p>
<p style="text-align: justify;">J.B. Metz a écrit que la compassion de Jésus est le « programme mondial du christianisme ». L’éthique qui trouve son inspiration en Jésus doit se manifester en une compassion généreuse et pleine d’espoir qui jaillit du tréfonds, du « cœur », et non d’une simple idéologie ni d’un simple engagement. : « Ce n’est pas le stoïcisme de Sisyphe ou l’héroïsme de Prométhée, mais la fidélité aimante et prête à la souffrance que vécut Jésus »<a href="#_ftn2">[7]</a>. Une compassion douloureuse et joyeuse qui naît à la racine profonde de notre être et se traduit en regard mystique et décision politique. Une compassion immergée dans l’universelle « amitié ouverte » et dans l’universelle « sympathie du monde »<a href="#_ftn3">[8]</a> qui émane de Dieu et embrasse le Cosmos entier et appelle à une attitude « d’affabilité », de respect et de vénération de tous les êtres de la Terre. Une compassion plongée et protégée dans la Grande Communion divine et tournée « vers la grande communion des vivants sous l’arc-en-ciel de la fraternité/sororité cosmiques »<a href="#_ftn4">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les premiers destinataires de ce programme de compassion sont ceux qui succombent à la douleur de l’injustice. Et ceux qui ont succombé sans que personne ne se souvienne d’eux. « Il y a des larmes que le fonctionnaire ne voit pas » (E. Levinas), et beaucoup de larmes que personne ne voit ni ne se rappelle non plus. Le « souvenir » de la compassion de Dieu en Jésus interdit que nous oubliions les crucifiés d’aujourd’hui, ni même ceux d’hier. Le souvenir de Jésus nous empêche de nous transformer en fonctionnaires (y compris de l’évangile), nous réveille de « l’amnésie culturelle » dont nous sommes atteints, de « l’oubli impitoyable des victimes »<a href="#_ftn5">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de femmes et d’hommes d’aujourd’hui se sentent désemparés dans un monde désemparé, en échec dans un monde en échec, incertains dans un monde plus incertain que jamais. Ils se sentent en errance, vagabonds, et ils se demandent, comme Tertuliano Maximo Alfonso, le protagoniste de <em>L’autre comme moi</em> de J. Saramago, s’ils ne sont pas des êtres errants ou même une erreur<a href="#_ftn6">[11]</a>. Les hommes de ce monde n’attendent pas de nous un système de vérités incontestables, ni un code de normes irrévocables, mais un sol ferme, un réconfort pour leurs vies. Ils attendent que nous leur offrions la compagnie du Paraclet, qui est  « lumière qui pénètre les âmes et source de la plus grande consolation ». Une compassion généreuse, libre et joyeuse est la seule qui pourra leur offrir une perspective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5 – L’éthique du bonheur</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si je ne devais garder qu’une parole de l’évangile, délaissant toutes les autres, je garderais celle-ci : « Bienheureux ! ». Jésus ouvrit et résuma tout son message par cette parole. La flamme de tous les prophètes le consumait de l’intérieur, il gravit la montagne comme le fit jadis Moïse, mais au lieu des anciens dix commandements écrits sur des tables de pierre il proclama aux quatre vents huit édits joyeux : « Bienheureux êtes-vous ! ». Il annonça la béatitude aux pauvres, aux malades, aux persécutés et à tous les malheureux : « Bienheureux êtes-vous, non parce que vous êtes pauvres, mais parce que vous allez cesser de l’être. Bienheureux êtes-vous, non parce que vous pleurez, mais parce que le bonheur vous viens au lieu des larmes. Bienheureux êtes-vous, non parce que vous êtes persécutés, mais parce que votre libération est proche. Dieu vous rendra libres. Libérez-vous mutuellement de la misère, pour que Dieu vous libère. Soyez heureux, pour que Dieu lui aussi soit heureux. Il est temps d’être heureux ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le bonheur est la force imparable qui donne son élan au monde. Le bonheur nous attire et nous meut. Et Dieu alors ? Dieu est le fond et la source du désir ardent et universel de bonheur. Le bonheur est le rêve premier et le commandement suprême de Dieu pour tous les êtres. Soyez donc heureux !</p>
<p style="text-align: justify;">On dirait que nous, chrétiens, nous avons enseveli, enseveli et étouffé, la logique du bonheur de Jésus sous les pierres pesantes de la morale, sous des dogmes incompréhensibles, sous des institutions rigides. Nous entendons parler d’autres choses, de lois et d’accusations, beaucoup plus que de bonheur : promotion de l’enseignement de la religion catholique à l’école, critique du mariage homosexuel, dénonciation de la loi sur l’avortement… C’est toujours la même chose que l’on entend.</p>
<p style="text-align: justify;">« Bienheureux ! ». Les béatitudes sont le noyau de l’évangile, et nous devrions faire de ce noyau le levain de la vie, le levain de la société, le levain de l’Église, le levain du monde, l’énergie transformatrice capable de le rendre tout entier bon et heureux. Bon et heureux, c’est cela. C’est simple comme bonjour [comme le pain, en espagnol, ndlr]. La bonté du bonheur et le bonheur de la bonté : les deux choses vont ensemble, elles sont impossibles à séparer. N’est-ce pas la loi de la vie ? N’est-ce pas la loi de Dieu ? Qu’est-ce qui peut nous rendre heureux sinon la bonté ? Et qu’est-ce qui peut nous rendre bons sinon le bonheur ?</p>
<p style="text-align: justify;">En vain t’obstineras-tu à être bon sans être heureux, et aussi à être heureux sans être bon. En vain nous obstinerons-nous à être bons à force de lois morales et de dogmes religieux, et également à force d’avoir, de savoir, de pouvoir. Voilà l’évangile de Jésus : il est la bonté du bonheur et le bonheur de la bonté. Voilà le mystère de Dieu : la bonté heureuse et le bonheur bienfaiteur. C’est le plus simple et le plus complet. Et quoi d’autre que cela est donc le cœur de la religion, et l’essence de l’Eglise ? A quoi servent les lois et les dogmes et toutes nos théologies si elles ne nous rendent pas bons en étant heureux, et heureux en étant bons ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6 – Ethique de la bonté</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Suivre Jésus, c’est croire en la bonté et pratiquer la bonté.</p>
<p style="text-align: justify;">Le meilleur résumé historique et la meilleure formule christologique au sujet de Jésus nous les avons dans les paroles extrêmement simples de Pierre dans les Actes : « <em>Vous savez comment Jésus a parcouru le pays en faisant le bien et en guérissant tout ceux qui étaient sous le pouvoir du diable</em> » (Act 10, 38). Jésus fut bon, il crut en la bonté, il pratiqua la bonté avec les pauvres, les meurtris et les condamnés en tant que pécheurs. S’il y a quelque chose qui définit Jésus, c’est sa compassion avec les femmes et les hommes de son époque qui souffraient le plus. On a écrit à juste titre : on peut décrire et comprendre beaucoup de grands personnages de l’histoire en faisant abstraction des malheurs de leur temps, mais il est impossible de parler de Jésus ou de le comprendre avec un minimum de rigueur sans parler des grands malheurs et des grands malheureux de son époque<a href="#_ftn1">[12]</a> : les paysans dans la misère, les locataires endettés, les journaliers exploités, les lépreux humiliés, les malades de toutes sortes, les mendiants des chemins, les pécheurs dédaignés… Aux yeux des gens de son époque, Jésus fut d’abord un guérisseur, et de cela portent spécialement témoignage les évangiles synoptiques. Y compris ceux qui étaient considérés comme pécheurs, que Jésus reçoit et traite comme des malades, davantage que comme des « coupables ». Où il arrivait, arrivait la vie, la santé, la confiance.</p>
<p style="text-align: justify;">L’évangile de Jésus est donc affaire de bonté. La religion en général est affaire de bonté. Le grand penseur et croyant qu’est Paul Ricœur écrivait peu d’années avant sa mort : « Ce que l’on appelle généralement la ‘religion’ a à voir avec la bonté. Les traditions du christianisme l’ont un peu oublié. Il y a une sorte de rétrécissement, de réclusion dans la culpabilité et la morale (…). Mais j’éprouve le besoin de vérifier ma conviction que, pour très radical que soit le mal, il n’est pas aussi profond que la bonté. Et si la religion, les religions ont un sens, c’est celui de libérer le fond de bonté des hommes, de chercher là où il est complètement enseveli »<a href="#_ftn2">[13]</a>. L’adhésion à Jésus est affaire de bonté compassionnelle, libre et joyeuse : créer dans la bonté, annoncer la bonté, pratiquer la bonté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7 – Ethique de la révolte</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la bonne nouvelle de Jésus, les paroles ne manquent pas qui sonnent comme une mauvaise nouvelle : « <em>Je suis venu apporter le feu sur la terre</em> <em>et combien je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » </em>(Luc 12, 49). « <em>Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère » </em>(Luc 12, 52-53). « <em>Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix au monde ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le combat » </em>(Mt 10, 34).</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être nous en coûte-t-il d’imaginer Jésus parlant de cette manière. Eh bien, il a aussi parlé comme cela, n’en ayons pas l’ombre d’un doute. Quantités d’autres paroles que les évangiles attribuent à Jésus, il ne les a jamais dites, mais celles que je viens de mentionner, il les a certainement dites ; c’est ce que soutiennent pratiquement tous les chercheurs actuels. Dans l’évangile apocryphe le plus ancien, appelé l’<em>évangile de Thomas</em>, Jésus parle en termes très similaires : « <em>J’ai jeté le feu sur la terre, et je l’entretiendrai jusqu’à ce qu’elle brûle</em> (n. 10). Un peu plus loin dans le même évangile il dit aussi : « <em>Qui est près de moi est près du feu</em> » (n. 82).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus était bon, oui, mais aussi passionné. Jésus était tendre, oui, mais aussi subversif. Jésus était poète, oui, mais aussi prophète. Tout autant qu’un poète bon et tendre, Jésus était un prophète passionné et subversif. Il a annoncé une révolution, il a appelé à la révolution. Certainement pas en prenant les armes, ni en incendiant les rues, ni en exterminant les Romains et les puissants oppresseurs. Mais tout aussi certainement il a annoncé une authentique « révolution des valeurs » et il en a fait la promotion.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était convaincu, comme les prophètes anciens, qu’il devait mettre le feu à la société, à l’économie, à la religion de son temps, et il l’a fait. Il a rompu avec la famille et ses structures patriarcales, il a subverti toutes les conventions sociales, transgressé les lois sacrées de la religion, dénoncé tous les pouvoirs sociaux, il a affronté tous les pouvoirs religieux. Il a apporté le feu. Et, comme il est facile de le comprendre, ce feu qui venait de lui a provoqué un autre feu destructeur qui l’a vite consumé : le pouvoir de l’argent, de l’Empire et de la religion a carbonisé Jésus. Mais les braises de Jésus ne se sont pas éteintes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je peux difficilement imaginer Jésus dans cette société en citoyen docile, en serviteur soumis. Sans doute qu’il se remettrait à s’exposer en faveur d’une autre réalité. Sans doute qu’aujourd’hui aussi, s’il revenait, il mettrait le feu. Sans doute qu’il provoquerait des conflits dans notre société, sans parler de notre Eglise, et que certains l’accuseraient d’être un idéaliste rêveur, d’autres un provocateur insolent, d’autres un dangereux hérétique. Et sans doute que la peur du feu de Jésus recommencerait, aujourd’hui aussi, à allumer une flamme destructrice qui finirait bien vite par le consumer.</p>
<p style="text-align: justify;">Le feu de Jésus ne veut détruire ni consumer personne, mais nous transformer tous grâce à sa lumière et sa chaleur. Le feu de la bonne nouvelle veut éclairer ce qui est obscur, soigner ce qui est malade. Dieu est la bonne nouvelle pour tous, et il nous veut tous comme convives au banquet de ses noces. Sans exclus. Sans perdants. Il veut que nous soyons tous convives, en commençant par les derniers, par les perdants de la société et de toutes les religions.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>II – ORIENTATIONS CHRETIENNES</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette seconde partie, je me réfèrerai plus directement aux 4 orientations fondamentales pour une éthique mondiale, telles que Hans Küng les a proposées. Elles furent approuvées par la Déclaration d’une Ethique Mondiale du Parlement des religions de 1993 et elles se retrouvent dans l’œuvre dont le titre constitue le thème de ces réflexions, <em>L’éthique mondiale comprise à partir du christianisme </em>: 1 – Compromis en faveur d’une culture de la non-violence et du respect de toute vie. 2 – Compromis en faveur d’une culture de la solidarité et d’un ordre économique juste. 3 – Compromis en faveur d’une culture de la non-violence et d’un style de vie honorable et véridique. 4 – Compromis en faveur d’une culture de l’égalité des droits et de camaraderie entre hommes et femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me réfèrerai à ces points et j’en indiquerai un de plus.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 – La paix et le respect de la vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La paix bien comprise est la somme de tous les biens. Elle n’est pas la simple « tranquillité de l’ordre » dont parle Saint Augustin. Dans l’Ancien Testament, la paix était bien davantage que la tranquillité de l’ordre. <em>Shalom </em>signifie une situation collective de bien-être total à tous les niveaux : coexistence, santé, justice, vie, vérité, etc. La paix authentique est fondamentalement faite de justice et de droit : « <em>La justice produira la paix, et le droit une sécurité perpétuelle</em> »<em> </em>(Is 32,17). « <em>Justice et paix s’embrassent</em> » (Ps 85, 11). « La paix n’est pas simple absence de la guerre, et elle ne se réduit pas au seul équilibre des forces antagonistes, et elle ne surgit pas d’une hégémonie despotique, mais, avec une exactitude totale, elle s’appelle à proprement parler une ‘œuvre de justice’ <strong>(Is 32, 7)</strong>»<strong> (GS 79)</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">La paix se fonde sur le respect de la vie, de toute vie. Tout ce qui vit est sacré. La vie est sacrée. Tout ce qui existe est sacré.</p>
<p style="text-align: justify;">Moltmann dit : « A cette époque où l’humanité ne peut endurer une grande guerre atomique, tant le service non-violent en faveur de la paix que l’amour des ennemis sont la seule chose raisonnable et sage. La démilitarisation de la conscience publique et la démocratisation des relations avec les ‘ennemis’ créent la possibilité nouvelle d’une paix plausible »<a href="#_ftn1">[14]</a>. L’amour des ennemis que Moltmann traduit par « responsabilité envers les ennemis »<a href="#_ftn2">[15]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les guerres « reflètent l’échec des processus créatifs, ce sont des ‘raccourcis’ violents qui détruisent les options propices à la vie, au lieu de les renforcer. La violence peut se décrire comme un manque d’imagination, parce qu’elle ramène les possibilités de l’esprit et du cœur à la force brutale des poings et des pistolets. Pour le philosophe grec Héraclite, la guerre était ‘le père de toutes choses’, ce qui constitue un exemple classique de ‘l’ego patriarcal’ qui a produit tant de dévastation. Pour la vie sur la terre, la paix est la mère de toutes choses »<a href="#_ftn1">[16]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">« De nos jours, le vrai chemin de la non-violence créative est l’étoile des Rois Mages »<a href="#_ftn2">[17]</a>. « Les guerres et les pouvoirs militaires sont aujourd’hui plus néfastes que durant tous les siècles passés. Seulement lorsqu’on connaîtra et reconnaîtra l’urgente obligation d’une non-violence créative dans tous les domaines et sous tous ses aspects, y compris le passage des armes à une défense non-violente, la vertu aura un avenir sur notre planète »<a href="#_ftn3">[18]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors nous mériterons la béatitude de Jésus : « <em>Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu</em> (Mt 5,9).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – La solidarité et la justice économique</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">700 ans avant Jésus-Christ, le prophète Amos écrivit : « <em>Ecoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre et voudriez faire disparaître les humbles du pays, vous qui dites : ‘(…) nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le sicle, nous fausserons les balances pour tromper ; nous achèterons le pauvre pour de l’argent et l’indigent pour une paire de sandales ; nous vendrons jusqu’à la criblure du froment’</em> » (Am 8, 6).</p>
<p style="text-align: justify;">Avant, ils volaient en falsifiant les balances romaines. Aujourd’hui on vole à l’échelle planétaire en déposant ou en retirant de l’argent dans les banques, comme cela convient, pour abattre un démocrate ou soutenir un dictateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus était un artisan (charpentier), comme son père Joseph, mais on peut dire à juste titre que c’était un « paysan juif », non seulement parce qu’il avait ses racines dans une culture paysanne, mais aussi parce qu’il était né, il avait grandi, et vécu dans une bourgade rurale de Galilée, où – à part quelques pêcheurs du lac de Tibériade et une industrie naissante de salaison du poisson, dont il semble qu’il existe des traces à Magdala, et à part, on le suppose, les indispensables « artisans » – la plus grande partie de la population vivait de la terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la campagne – la campagne galiléenne, en particulier – souffrait  au temps de Jésus d’une profonde crise structurelle, économique, sociale, familiale. La raison fondamentale est facile à comprendre : Hérode le Grand (36 av. JC – 4 ad.) et son fils Hérode Antipas (4 – 39), qui avait hérité de la Galilée, avaient grevé la population d’une augmentation drastique des impôts, pour pouvoir ainsi faire face à ses grands projets et constructions. Beaucoup de petits propriétaires, ne pouvant faire face à de tels impôts, se virent obligés de vendre leurs terres pour continuer à les exploiter en tant que locataires.</p>
<p style="text-align: justify;">La situation des locataires n’était guère meilleure, car avec ce que produisait la terre ils parvenaient à peine à payer le loyer, et rien ne restait pour vivre. Les dettes étaient un fléau terrible qui aboutissait à la faim, à la prison, à la mort. Et elles obligèrent beaucoup à cesser d’être des locataires et à devenir de simples journaliers, employés à la journée pour le misérable salaire que le patron voudrait bien leur verser.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est pas étonnant, bien que cela ne manque pas pour autant d’être révélateur, que dans ses paraboles Jésus narre des histoires de pauvres hommes vendus comme esclaves avec toute leur famille pour payer leurs dettes (Mt 18, 23-35), de pauvres journaliers qui passent la journée sur la place sans que personne ne les engage pour apporter un morceau de pain à sa femme et à ses enfants (Mt 20, 1-16), de locataires qui dans leur colère en viennent à tuer le fils du propriétaire qui exploite la vigne qu’ils entretiennent (Mt 12, 1-8).</p>
<p style="text-align: justify;">Et il n’est pas étonnant, mais c’est très révélateur, que Jésus enseigne comment prier en disant : « <em>Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs</em> » (Mt 6, 12 ; Luc 11, 4). Le pardon des dettes<a href="#_ftn1">[19]</a> (en premier lieu, bien sûr, le pardon de la dette extérieure des pays pauvres) est un élément substantiel de l’évangile, du Règne de Dieu, de la foi chrétienne (comment est-il possible que la hiérarchie ecclésiastique qui parle tant dise si peu ou ne dise rien à ce sujet ?).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus a parlé et agi à partir de ce que ses yeux voyaient et de ce que ses entrailles ressentaient, depuis la colère prophétique et la compassion solidaire. Et il a dit (version de Luc) : « Heureux vous, les pauvres, parce que Dieu vous préfère, parce que Dieu est roi et il est de votre côté, parce que vous serez les premiers bénéficiaires de son règne. Heureux vous, les pauvres, parce que vous cesserez vite de l’être, parce que vous cesserez vite d’avoir faim, parce que vous cesserez vite de pleurer. Heureux vous, les pauvres, parce que quand vous cesserez de l’être, vous serez les premiers artisans du monde nouveau ». Avec Jésus nous trouvons aussi l’appel prophétique aux « Béatitudes » comme attitude spirituelle et pratique (version de Matthieu) : « Heureux les ‘pauvres en esprit’, c’est-à-dire ceux qui se mettent de son côté. Heureux ceux qui pleurent avec ceux qui pleurent, ceux qui ressentent et pratiquent la miséricorde, ceux qui vivent et sèment la paix ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le message et les options de Jésus sont absolument déterminés par la priorité des pauvres. Le Règne d’abord pour les pauvres. Les Béatitudes d’abord pour les pauvres. Et cette priorité définit le contenu du Règne et des Béatitudes : le Règne de Dieu est que les pauvres cessent de l’être, qu’il n’y ait pas de faim dans le monde ni de prisonniers dans les prisons, et c’est ce qu’annoncent les Béatitudes de Luc, tandis que les Béatitudes de Matthieu proclament que la solidarité avec les pauvres, la non-violence active, la miséricorde, la mansuétude… sont le chemin pour que le Règne de Dieu se réalise et pour que ceux qui le parcourent soient heureux de le parcourir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 – La pratique de la vérité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>D’une manière ou d’une autre, dans les écritures de toutes les religions il est écrit : « tu ne mentiras pas ». Tu seras intègre. Tu seras honnête. Tu pratiqueras la vérité, car la vérité n’est pas en premier lieu de l’ordre de la pensée, mais de l’ordre de l’être et de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dites oui quand c’est oui, dites non quand c’est non », enseigna Jésus. Soyez honnêtes avec la réalité. Être honnête signifie ne pas cacher la réalité. Ne pas cacher notre propre réalité, notre fragilité, notre médiocrité, notre ambiguïté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pas cacher la réalité de ce qui arrive dans le monde, la vraie raison pour laquelle il y a la misère, la faim et la guerre. La « dissimulation est la forme la plus aigüe qu’adopte aujourd’hui le mensonge : simplement prétendre que le mal et ses responsables n’existent pas (ou qu’on ne les reconnaît pas) »<a href="#_ftn2">[20]</a>. Le mensonge nous prend au dépourvu dans les médias, en politique, dans l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela a aussi pour sens de révéler la vérité, le bien, peut-être en premier lieu de « voir le bien, de le faire connaître, de ‘lui faire de la publicité’ et de nous réjouir grâce à lui »<a href="#_ftn3">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 – La dignité de la </strong><strong>sexualité au-delà du genre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Notre sexualité, dans chaque cellule physique et dans chaque étincelle spirituelle, nous fait expérimenter chaque jour la merveille que nous sommes et la contradiction qui nous déchire, combien inachevés nous sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre être sexué est non seulement inachevé, mais il est de plus alourdi, marqué, blessé par une longue histoire de peurs, de tabous, de préjugés, de condamnations et de sentiments de culpabilité. Et ce ne sont pas les religions qui ont créé ce douloureux héritage historique, mais les religions les ont justifiés, aggravés et perpétués.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cas du christianisme mérite une mention spéciale à cause de son influence historique : dans le christianisme – précisément à cause de sa vitalité considérable, de sa souplesse et de sa capacité d’expansion et d’absorption – confluèrent une infinité de philosophies et de religions, et confluèrent aussi beaucoup de courants hostiles au corps : l’orphisme, le platonisme, le manichéisme, le stoïcisme… La « grande Eglise » évita les extrêmes, mais n’empêcha pas de s’infiltrer jusqu’à la moelle de la conscience occidentale la faute liée au sexe.</p>
<p style="text-align: justify;">Et, justement, il est impossible de parler aujourd’hui de la sexualité et du célibat sans tenir compte de ce changement culturel profond. Quel changement ? La relation sexuelle s’est déliée de la reproduction ; la relation sexuelle n’est plus indispensable à la reproduction, la reproduction n’est plus nécessaire pour les relations sexuelle. Un changement décisif. Et d’autres changements culturels plus ou moins directement en relation avec le premier. Par exemple : la conviction fondée que le plaisir sexuel est bon en soi, pourvu que l’on ne se fasse pas de mal à soi-même, qu’on ne fasse pas de mal à l’autre personne, ni ne fasse de mal à une tierce personne ; aussi bon que le plaisir de manger une pomme savoureuse, que le plaisir de boire un bon vin, et encore bien d’autres choses. Ou le changement radical que suppose le recul de l’âge auquel se marient nos jeunes parce qu’ils ne peuvent obtenir de logement avant 30 ans… Ou la distinction entre identité sexuelle et identité de genre.</p>
<p style="text-align: justify;">La nature et la culture, pour autant que cette distinction ait un sens, nous invitent de façon insistante à changer notre perspective théologique sur la sexualité et sur toutes ses manifestations. Je signale trois changements fondamentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, reconnaître la dignité, la sainteté de la sexualité. Le corps est esprit, l’esprit est corps, et Dieu vit et jouit dans le plaisir des corps et des âmes. Dieu jouit et Dieu souffre, puisqu’il est bien évident que la relation sexuelle n’est pas seulement le paradis du plaisir, mais aussi presque toujours un petit enfer de désirs frustrés, de conflits de compatibilité, de complexes compliqués, de jalousies et de rivalités. Et parfois, un grand enfer. Et alors, Dieu souffre, mais jamais il ne dit : « Voilà le prix de votre péché ! ». Mais il dit toujours : « Profitez de la vie, et libérez-la de ce qui vous fait souffrir et vous fait faire souffrir ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">En second lieu, rompre avec le patriarcat, toujours tellement en vigueur dans les religions, et en somme dans le christianisme. Gustavo Gutiérrez dit que l’histoire humaine a été écrite par une main blanche, masculine et de la classe sociale dominante. Il est nécessaire de relire l’histoire  en laissant apparaître la perspective féminine niée, en découvrant le visage féminin caché de l’histoire. La même chose arrive avec la Bible. Les livres de la Bible transmettent une vision androcentrique du monde et de Dieu. « <em>Mieux vaut la méchanceté d’un homme que la bonté d’une femme</em> » (Sir 42, 14).</p>
<p style="text-align: justify;">En troisième lieu, « sauver le féminin pour réanimer la terre » (J.M. Arana), et promouvoir la totale égalité de l’homme et de la femme dans tous les aspects de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5 – La communauté cosmique de la vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’éthique en général, et l’éthique chrétienne en particulier, a été pendant des siècles anthropocentrique : l’être humain était la valeur centrale, le critère décisif, la norme suprême.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous assistons à un changement radical de perspective : l’être humain apparaît de moins en moins comme le sens même du cosmos entier, ou comme la cime ou la direction de l’évolution des espèces. La planète Terre n’est le centre de rien, ni même du système solaire, et le soleil est situé aux confins de notre galaxie, et il y a des centaines de milliers de millions de galaxies, avec des centaines de milliers de millions d’étoiles chacune… On nous a changé l’image du monde, et il est logique qu’avec elle on nous change aussi l’image de Dieu, et avec lui, inévitablement, les paramètres éthiques. De plus en plus de gens plaident pour une éthique centrée sur la vie, sur la grande communauté de la vie, au sein de la grande communion cosmique, plus loin d’une éthique centrée sur l’être humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus ne pensait pas dans ces termes, c’est clair. Sa perspective théologique et éthique est clairement anthropocentrique. Mais cela ne signifie pas que la nôtre doive suivre ce qu’était la sienne. Mais il est important de saisir en Jésus une sensibilité qui est pleinement cohérente avec notre perspective écologique. Il est important de percevoir son respect pour tous les êtres, pour toute la création. Et nous pouvons et devons prendre ce respect profond de Jésus comme une référence éthique fondamentale dans certains paramètres écologiques, biocentriques ou cosmocentriques. Par exemple : nous voyons un Jésus qui se sent profondément intégré à la nature (comme c’était habituel dans l’antiquité), qui admire la création (les passereaux, les lys… : Mt 6, 26-28), qui affirme que Dieu prend soin de toutes les créatures, qui regarde la nature comme un sacrement de Dieu (le Soleil, la pluie, la terre, les semences, le levain…), qui enseigne que nous devons être heureux avec peu (comme le lys et le passereau). Il est légitime de prendre tous ces traits comme les éléments et même comme les horizons fondamentaux d’une éthique de la vie bien loin de l’anthropocentrisme. Nous avons besoin d’une spiritualité et d’une éthique soutenues par l’aménité et la gentillesse envers toutes les créatures, traitées comme des sœurs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6 – Une éthique du repos sabbatique</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dieu crée pendant six jours et le septième il se repose. C’est une des intuitions les plus profondes et les plus belles de toute la Bible. La création culmine dans la liturgie et le repos sabbatique. La vie cherche la joie et le repos. La vie n’est pas faite pour travailler, mais pour jouir. « Travailler plus pour gagner plus » fut la devise de N. Sarkozy lors des élections présidentielles françaises, mais cette devise est une bêtise inhumaine. A quoi sert de gagner plus, si  cela nous amène à nous fatiguer davantage ? A quoi sert de travailler plus et de gagner plus, si dès lors nous nuisons à notre vie et à la vie de millions d’êtres humains et d’êtres de la nature ? La vie est faite pour célébrer et se réjouir ensemble, et c’est le sens du sabbat et de toute fête. « <em>Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est un sabbat pou Yahvé, ton Dieu. Tu n’y feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’étranger qui réside chez toi. Car en </em><em>six jours Yahvé a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il a chômé le septième jour. C’est pourquoi Yahvé a béni le jour du sabbat et l’a consacré</em> » (Exode 20, 8-11).</p>
<p style="text-align: justify;">« Souviens-toi du sabbat »<a href="#_ftn1">[22]</a>. Souviens-toi que la vie est grâce et vaut d’être accueillie et célébrée. Souviens-toi que ta vie n’est pas faite pour produire, servir, exploiter, mais pour savourer, partager, savourer ensemble, être libres et frères et sœurs. Souviens-toi du sabbat/samedi pour relâcher tes tensions excessives et retrouver le bien-être de la vie. Souviens-toi du sabbat pour que toute la nature se repose aussi et respire, et que chaque être puisse être lui-même. Souviens-toi du sabbat pour que toute la création soit le temple de l’Esprit et pour que l’Esprit de Dieu trouve le repos dans sa création.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>III – L’AUTOCRITIQUE CHRETIENNE (CATHOLIQUE)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La contribution chrétienne à l’éthique mondiale passe nécessairement par l’autocritique chrétienne, en particulier pour une partie de l’institution ecclésiale catholique. Des acquis qui aujourd’hui nous paraissent définitifs pour l’humanité (la démocratie, la liberté religieuse, les droits humains en général, les revendications des travailleurs, la libération de la femme, l’accès des peuples colonisés à l’indépendance…) ont été l’objet de condamnations par une partie de l’Eglise. Il faut que l’Eglise institutionnelle soit humble.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 – Renoncer au monopole du bien et de la vérité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Personne ne possède la vérité. Personne ne possède le bien. Les plus grands crimes ont été commis au nom de la vérité et du bien absolus.</p>
<p style="text-align: justify;">La révélation de Dieu s’inscrit dans le registre de l’histoire. Et l’histoire met sur tout le sceau de la partialité et de la contingence. Le respect du destin historique de la parole de Dieu oblige les croyants à assumer pleinement l’obligation de la recherche, de la confrontation, de l’échange.</p>
<p style="text-align: justify;">Le croyant ne possède pas la connaissance et la clé du futur. Pour le croyant et pour l’Eglise dans son ensemble le futur est imprévisible. Nous scrutons l’avenir avec le souvenir et l’espérance, mais nous n’avons pas devant les yeux le visage exact de l’avenir que nous devons construire, et nous ne sommes pas propriétaires des clés du futur.</p>
<p style="text-align: justify;">En conséquence, « le refus de contrôler le devenir du monde »<a href="#_ftn1">[23]</a> est une condition indispensable pour la présence de l’Eglise dans la société actuelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – Accepter la laïcité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La « sécularisation » et la « laïcité » ne signifient en aucune manière que l’on interdise la religion, ni que l’expérience religieuse personnelle et collective disparaisse ou perde sa vigueur, ni qu’il y ait moins de religion qu’avant. Elles signifient seulement ceci : que les institutions religieuses cessent d’être les instances structurantes, régulatrices et normatives de la vie sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que la religion n’a jamais été ni ne sera une affaire simplement personnelle et privée. La religion ne peut se vivre uniquement ‘derrière les portes’ des églises, dans la vie personnelle privée ou dans les ‘circuits religieux’. La religion doit s’insérer dans la société, doit avoir une présence publique, doit promouvoir dans la société les valeurs qui lui paraissent importantes. « <em>Soyez la lumière, le sel et le levain de la société</em> », nous a dit Jésus. De nos jours, la religion ne peut prétendre imposer comme lois les valeurs qu’elle considère fondamentales, alors que la majorité de la société ne l’accepte pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Que faire ? Renoncer à leur possession et à la volonté d’appliquer le bien absolu et la vérité absolue, et se situer dans le registre du respect mutuel, de l’acceptation de la pluralité inéluctable, de la recherche partagée, de la recherche du plus grand consensus possible et du plus grand bien commun possible dans chaque circonstance. C’est là aussi que doivent se situer les religions, renonçant elles aussi à la prétention de connaître le bien absolu et de posséder le bien absolu.</p>
<p style="text-align: justify;">En cela, je n’affirme pas que la vérité et le bien soient le fruit du consensus. J’affirme seulement que, dans une société pluraliste – et tel est de plus en plus notre destin – le dialogue et la recherche du plus grand consensus possible et d’une majorité raisonnable sont la meilleure garantie de pratiquer le bien et de se laisser guider par la vérité dans notre histoire toujours provisoire et fragmentaire. Les votes ne décident pas de ce que sont le bien et la vérité, mais le dialogue et les vastes consensus sont la meilleure sauvegarde contre les abus, et même le meilleur chemin pour appliquer la plus grande justice possible. Les droits humains – dans le cadre de plus en plus nécessaire des droits de toutes les créatures – constituent de nos jours la feuille de route la plus concrète et la plus sûre dont nous disposons en relation avec « la vérité » et « le bien » en général.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 – Rompre avec le confessionnalisme et l’absolutisme chrétien</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une fois qu’ils rencontrèrent quelqu’un qui se servait du nom de Jésus pour chasser les démons, Jean, fils de Zébédée, dit à Jésus : « Celui-là n’est pas des nôtres, et il n’a pas le droit de se servir de ton nom comme talisman pour soigner qui que ce soit. Il n’est pas des nôtres, et il ne devrait posséder le pouvoir de libérer personne. Interdis-lui d’exercer comme guérisseur en ton nom ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le propre groupe de Jésus nous nous trouvons donc avec la jalousie collective, l’envie collective. Cette malheureuse frontière disgracieuse entre « nous et eux » qui apparaît dans tous les groupes. Observons les partis politiques : « Nous faisons tout bien, seulement nous ». Mais le bien que nous faisons se transforme en mal si ce sont les autres qui le font. Et nous vivons dans un combat permanent.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les discours de certains hommes d’Eglise on entend souvent, par exemple : « Il est possible que quelqu’un qui croit en Dieu soit bon, mais s’il ne croit pas en Dieu, au bout du compte, il se retrouvera sans aucune raison d’être bon et tôt ou tard il cessera volontiers de faire le bien. L’éthique sans la religion n’a pas de fondement, et une éthique sans fondement va vite dégénérer. Si notre monde d’aujourd’hui est tellement dégénéré c’est parce qu’il s’est éloigné de la religion. Seule la religion peut sauver l’éthique, l’humanisme, l’avenir du monde. Nous sommes les seuls à pouvoir le sauver. Nous sommes la vraie religion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi parlons-nous souvent. Mais je crois que l’évangile brise tous ces schémas, toutes ces frontières : ceux qui ont Dieu et ceux qui ne l’ont pas, les croyants et les incroyants. Et je crois que le monde d’aujourd’hui, supposé incroyant, n’est pas pire que le monde d’hier, supposé croyant.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je crois qu’aujourd’hui aussi Jésus nous dirait : « Ne les empêchez pas ». N’ôtez à personne le droit sacré, la divine et sainte faculté d’être bon et de faire le bien. N’obligez personne à se servir du nom de Dieu de votre manière, n’interdisez à personne de l’utiliser d’une autre manière que vous. Réjouissez-vous du bien que font les autres, quoiqu’ils ne soient pas des vôtres. Et sachez-le : Dieu n’est pas présent lorsque vous prononcez son nom, mais lorsque vous prenez soin de vous et lorsque vous prenez soin des autres. Où est la bonté, là se trouve Dieu, avec quelque nom que ce soit et même sans nom du tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 – Passer du registre de la faute et de l’expiation à celui de la guérison et de la responsabilité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes prisonniers de l’obsession de la faute et du châtiment. Bien entendu, les coupables, ce sont toujours les autres, chose normale quand on a établi la loi à sa guise. Dans le monde on a établi beaucoup de Guantanamo au nom de la Loi et de la justice.</p>
<p style="text-align: justify;">La perspective de Jésus est tout autre. Et à ceux qui murmurent il dit : « Ce dont a besoin un malade, ce n’est pas d’un juge, mais d’un médecin ; ce n’est pas le châtiment, mais le remède ». Et à ceux qui n’ont pas assez de cœur pour le comprendre  il dit : «  que celui qui n’a pas péché jette la première pierre ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut un grand saut de civilisation. Un grand saut de justice. Au-delà d’une justice de vengeance (à quoi sert de faire souffrir le malfaiteur pour lui faire expier son crime ?). Au-delà d’une simple justice pénale (à quoi nous sert un système pénal qui ne reconstruit pas le criminel ?). Un grand saut vers une justice qui vise, oui, à soigner toutes les blessures de la victime, mais aussi toutes les blessures du coupable. Un grand saut vers une justice humaine. C’est la justice que tu voudrais qu’on t’applique à toi, si tu étais coupable. Très bien, alors. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Traite ton prochain comme tu aimerais être traité ». Juste ça.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>[José Arregi préconise un changement de mentalité radical. Il estime que le monde est affronté à des difficultés si graves qu’il faut d’urgence vouloir mettre en oeuvre la solution qui s’impose. « Croire en Dieu, c’est croire qu’un autre monde est possible et vouloir le construire (...) Tout est possible pour celui qui croit en Dieu ». Mais, comme pour Jésus et tous ceux qui l’ont suivi au cours des siècles, l’échec fait partie </em><em>du parcours, assumé par l’espérance qui est semence et levain du Règne annoncé et déjà là. La pâque est cette traversée  du mal, avec Dieu, pour qu’advienne un monde libéré et heureux. Un seul précepte suffit pour avancer sur ce chemin : l’universelle et infinie compassion de celui qui choisit la place de l’autre, et de préférence la place du dernier.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le monde antique était globalement figé dans ses certitudes, les croyances religieuses suppléant les carences des connaissances. Le Moyen Âge s’est inscrit dans la même ligne. Avec les Lumières et la Révolution française, le monde moderne s’est donné de nouvelles certitudes, dégagées de la religion. Aujourd’hui, la postmodernité forme paradoxalement un monde où, quoique explorée comme elle ne l’a jamais été, la réalité présente une opacité pleine d’incertitudes. Le vrai et le bien échappent à toute emprise au sein d’une complexité qu’il ne semble plus possible de démêler. Et, à cet égard, le chrétien est logé à la même enseigne que tout un chacun dans l’environnement contemporain.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Au plan éthique, le chrétien ne bénéficie d’aucune révélation ou assurance particulière, différente des valeurs universelles de la société laïque moderne. Et tout en ayant vocation à se laisser conduire par l’inspiration de Jésus, il ne peut pas se considérer comme supérieur aux autres, car il sait que « l’Esprit souffle où il veut ». L’autre étant habité par le même Esprit que moi, il porte en lui une part de vérité qui interdit tout anathème, qui ouvre sur le dialogue, qui porte « au respect mutuel, à l’acceptation de l’inéluctable pluralisme, à la recherche en commun du plus large consensus possible ». Le souffle de Jésus porte à croire en l’autre et en l’avenir.]</em></p>
<p style="text-align: right;"><em> </em>José Arregi</p>
<p style="text-align: right;">Traduction : Didier Vanhoutte</p>
<p style="text-align: right;"><em>Résumés : Jean-Marie Kohler</em></p>
<hr size="1" />[1] J. Moltmann, <em>Cristo para nosotros hoy</em>, Madrid 1997, p. 119.</p>
<p>[2] J. Moltmann, <em>Dios en la creación</em>, Sigueme, Salamanque 1987, p. 77.</p>
<p>[3] L. Boff, <em>Ecología: grito de la tierra, grito de los pobres</em>, o.c., p. 50.</p>
<p>[4] L. Boff, <em>Hablemos de la otra vida</em>, Sal Terrae, Santander 1978, pp. 11-13.</p>
<p>[5] J. Moltmann, <em>Dios en la creación. Doctrina ecológica de la creación</em>, Sigueme, Salamanque 1997, p. 26.</p>
<p>[6] J. Alvirales, <em>Dios en los límites</em>, PPC, Madrid 1999, p. 40.</p>
<p>[7] G. Müller-Fahrenholz, <em>El Espíritu de Dios</em>, Sal Terrae, Santander 1996, p. 194.</p>
<p>[8] J. Moltmann, <em>El Espíritu de la vida</em>, o.c. p. 275. « El &#8216;respeto a la vida&#8217; forma parte del respeto a Dios y la veneración de la naturaleza de la veneración de Dios. Sentimos que Dios nos espera en todas las cosas» (J. Moltmann, <em>El Espíritu Santo y la teología de la vida</em>, o.c., p. 142).</p>
<p>[9] L. Boff, <em>Ecología: grito de la tierra, grito de los pobres</em>, o.c., p. 102.</p>
<p>[10] J.B Metz, ‘Dios. Contra el mito de la eternidad del tiempo, en Autores Varios, <em>La provocación del discurso sobre Dios</em>, Trotta, Madrid 2001, p. 43.</p>
<p>[11] J. Saramago, <em>El hombre duplicado</em>,  Alfaguara, Madrid 2002, pp. 34-35.</p>
<p>[12] A. Nolan, <em>¿Quién es este hombre?</em>, Sal Terrae, Santander 1981, p. 40.</p>
<p>[13] P. Ricœur, ‘Libérer le fond de bonté’, in <em>Actualité des religions </em>44 (2002), p. 20.</p>
<p>[14] J. Moltmann, <em>El camino de Jesucristo</em>, Sigueme, Salamanque 1993, p. 188.</p>
<p>[15] Ib., p. 186.</p>
<p>[16] Geiko Müller-Fahrenholz, <em>El Espíritu de Dios</em>, Sal Terrae, Santander 1996, p. 197.</p>
<p>[17] B. Häring, <em>Proyecto de una vida lograda</em>, PPC, Madrid 1996, p. 115.</p>
<p>[18] Ib., p. 116.</p>
<p>[19] Notons, au passage, que l’on peut  utiliser en espagnol le même mot pour ‘dette’ et ‘péché’ : <em>deuda</em> – ndlr.</p>
<p>[20] J. Sobrino, « &#8217;Luz que penetra las almas&#8217;. Espíritu de Dios y seguimiento <em>lúcido</em> de Jesús »,  Sal Terrae janvier 1998, p. 14.</p>
<p>[21] Ib., p. 15.</p>
<p>[22] En espagnol, le mot est le même pour le ‘sabbat’ et le ‘samedi’ (ndlr).</p>
<p>[23] Ch. Duquoc, <em>Cristianismo: memoria para el futuro</em>, Sal Terrae, Santander 2003, p. 110.</p>
<p style="text-align: center;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;">
<p><strong> </strong></p>
<p><em> </em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>« Dieu est Dieu »</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 21:47:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[De ma fenêtre. La chronique d&#8217;Aimé Savard pour Chrétiens de la Méditerranée le 28 octobre 2011. Au printemps 1991, alors que l&#8217;on pansait les plaies de la Première Guerre du Golfe et que le Proche-Orient restait comme toujours une zone de dangereuses tensions, La Vie avait organisé un «train de la Paix», convoi spécial qui avait conduit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>De ma fenêtre. La chronique d&#8217;Aimé Savard pour Chrétiens de la Méditerranée </strong></p>
<p><strong>le 28 octobre 2011.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AiméSavard.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5426" title="AiméSavard" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AiméSavard.jpg" alt="" width="66" height="99" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Au printemps 1991, alors que l&#8217;on pansait les plaies de la Première Guerre du Golfe et que le Proche-Orient restait comme toujours une zone de dangereuses tensions, La Vie avait organisé un «train de la Paix», convoi spécial qui avait conduit quelques centaines de participants jusqu&#8217;à Rome et Assise pour rendre hommage aux efforts que Jean-Paul II avait inlassablement déployés pour maintenir et ramener la paix. Il s&#8217;agissait aussi de s&#8217;unir à la prière du pape et de l&#8217;Eglise pour que le Christ nous donne sa paix et de s&#8217;engager nous-mêmes pour être, là où nous sommes, des instruments de paix.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;un des temps forts de ce pélerinage fut une célébration eucharistique dans l&#8217;église Saint-Louis-des-Français à Rome. L&#8217;abbé Pierre était l&#8217;un des concélébrants. Soudain, alors que ceux-ci allaient se retirer du choeur, il s&#8217;est emparé d&#8217;un micro et s&#8217;est adressé à l&#8217;assistance avec cette véhémence qui était la sienne dans ses accès de sainte colère. «Cessons de parler de «notre Dieu», de dire qu&#8217;il est «le Dieu de la paix», &#8221; le Dieu de la justice» ou même «le Dieu de l&#8217;amour», comme s&#8217;il y avait d&#8217;autres dieux, plusieurs dieux,s&#8217;est-il écrié. Dieu est Dieu. Il est unique». Stupeur dans l&#8217;assemblée. Chacun se demandait ce qui avait provoqué cette soudaine réaction inattendue du vieil abbé.</p>
<p style="text-align: justify;">Vingt ans après, je ne saurais le dire. Mais ce souvenir m&#8217;est revenu en ces temps où l&#8217;Eglise célèbre et renouvelle la rencontre interreligieuse d&#8217;Assise initiée par Jean-Paul II. Cessons de parler du &#8220;Dieu des Juifs», du «Dieu des musulmans», du «Dieu des chrétiens» pour, de plus, les opposer entre eux. Il n&#8217;est qu&#8217;un Dieu. Il est le «Tout autre». Il n&#8217;en est pas, il ne peut pas en être d&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est Lui que les juifs adorent à la suite des patriarches, de Moïse et des prophètes, comme Jésus, juif de la descendance de David, le faisait dans le Temple de Jérusalem. C&#8217;est devant Lui que les musulmans se prosternent puisqu&#8217;ils «adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre». Chrétiens nous croyons que le Dieu unique s&#8217;est incarné en Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui nous a révélé que Dieu, son Père, est père de tous les hommes. Mais Dieu, pour les chrétiens, n&#8217;est pas, ne peut pas être un autre Dieu que celui des autres religions. Il est, nous dit Vatican II, «cette force cachée qui est présente au coeur des choses et aux événements de la vie humaine» pour laquelle, «depuis les temps les plus reculés jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité». (<em>Nostra Aetate</em> , 2)</p>
<p style="text-align: justify;">Le même concile montre que dans les grandes religions asiatiques comme dans toutes les autres religions, les hommes cherchent par les mythes, les rites, les quêtes ascétiques, mais aussi la méditation et «les efforts pénétrants de la philosophie» à entrer dans l&#8217;unique mystère divin et ainsi à répondre aux questions qui, depuis toujours «troublent profondément le coeur humain : Qu&#8217;est-ce que l&#8217;homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? (&#8230;) Qu&#8217;est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, dont nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ?» (<em>Nostra aetate</em>,1)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces questions, elles hantent tout autant ceux qui, en toute bonne foi, doutent de l&#8217;existence de Dieu et ceux qui la nient. S&#8217;ils discernent dans la recherche de réponses à ces questions, une quête de la vérité et donc une quête du Dieu unique, les chrétiens ne cherchent pas pour autant, à faire des agnostiques et des athées, des croyants qui s&#8217;ignorent. Ils respectent leurs démarches. De même la rencontre et le dialogue avec ceux qui croient au Dieu unique ou qui Le cherchent dans d&#8217;autres démarches religieuses ou philosophiques, n&#8217;implique aucun syncrétisme, aucun relativisme. Dire que nous respectons les croyances que nous ne partageons pas, ne signifie pas que nous n&#8217;affirmons pas notre propre foi, ni que nous pensions que toutes les croyances ou toutes les religions se valent. Respecter les convictions d&#8217;autrui ne signifie pas y adhérer.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, dit encore Vatican II, «Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l&#8217;image de Dieu (&#8230;) L&#8217;Eglise réprouve donc, en tant que contraire à l &#8216;esprit du Christ toute discrimination ou vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion.» (<em>Nostra Aetate</em> , 5)</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de nos contemporains, surtout dans nos pays sécularisés, trouvent ce discours naïf et irréaliste. A leurs yeux, les religions sont, par nature, porteuses de violence, en dépit de leurs belles déclarations. Force est d&#8217;admettre que l&#8217;histoire apporte beaucoup d&#8217;arguments à l&#8217;appui de cette thèse. Elle est jalonnée de guerres de religion, et même de conflits souvent sanglants entre confessions chrétiennes qui se réclament pourtant non seulement du Dieu unique, mais du même Jésus-Christ. Aujourd&#8217;hui encore, nombreux sont les mouvements qui, en invoquant le nom de Dieu, mènent des actions violentes, et pas seulement parmi les musulmans. L&#8217;objection ne peut donc être écartée d&#8217;un revers de main.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si l&#8217;on va y voir de plus près, on constate aussi que tous ceux qui invoquent le Dieu unique pour combattre les fidèles d&#8217;une autre religion ou d&#8217;une autre confession sont engagés, en réalité dans des luttes de pouvoir, c&#8217;est-à-dire dans des combats politiques qui se parent d&#8217;atours religieux. On se sert du nom de Dieu pour justifier la cause que l&#8217;on défend et lui conférer une dimension prétendument sacrée. Les guerres de religion qui ont déchiré l&#8217;Europe après la Réforme, ont été en fait des guerres entre princes ou des moyens utilisés par des souverains pour conforter leur pouvoir, comme l&#8217;a fait Louis XIV avec la révocation de l&#8217;Edit de Nantes. Les terribles luttes entre «catholiques» et «protestants» dont l&#8217;Irlande peine à se sortir, cachaient en fait, comme les autorités proprement religieuses l&#8217;ont souvent dit, une opposition entre Irlandais de souche et colonisateurs britanniques. Et aujourd&#8217;hui, ceux qui rêvent du «choc des civilisations» entre christianisme et islam sont, d&#8217;un côté des musulmans qui, la rage au coeur, veulent se venger de l&#8217;oppression qu&#8217;ils ont si longtemps subi de la part de pays dits «chrétiens» et, de l&#8217;autre, des Occidentaux qui redoutent l&#8217;arrivée massive d&#8217;immigrants se réclamant d&#8217;une autre culture, d&#8217;autres traditions susceptibles de bouleverser leurs manières de vivre. Les Africains ou les Arabes chrétiens ne sont d&#8217;ailleurs pas mieux acceptés par les pays européens. En fait, Dieu n&#8217;a rien à voir avec tout cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors, est-ce vraiment le même Dieu que tant de croyants invoquent pour se livrer à des conflits en réalité politiques ? Non bien sûr. Mais si, depuis les origines, l&#8217;humanité est en quête du même Dieu unique, à travers des sagesses et des religions diverses, elle est particulièrement inventive pour créer et adorer de faux dieux au service des intérêts politiques d&#8217;un clan, d&#8217;un peuple, d&#8217;un chef. Ce sont ces faux dieux «faits de main d&#8217;homme» que dénonçaient les prophètes de l&#8217;Ancien Testament et auxquels les premiers chrétiens ou les compagnons du Prophète de l&#8217;Islam refusaient d&#8217;offrir des sacrifices. Mais de ces idoles, de ces dieux grossiers faits de matière, il était facile de démontrer l&#8217;impuissance. Aussi les humains ont-ils inventé des dieux immatériels qui remplissent la même fonction et qu&#8217;ils ont tenté de faire passer pour l&#8217;Unique Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Chrétiens, Jésus nous a révélé que «Dieu est Amour»selon l&#8217;expression de saint Jean, que l&#8217;Unique est Trinité, mais cela reste pour nous de l&#8217;ordre du «mystère» , un mystère que les théologiens s&#8217;efforcent de pénétrer, mais qu&#8217;ils ne peuvent jamais cerner. «Dieu, écrit le jésuite Joseph Moingt dans son dernier livre, c&#8217;est ce qui est au-delà de tout ce qu&#8217;il y a de plus grand, de plus puissant, de plus redoutable, de plus respectable, de meilleur, de plus digne d&#8217;amour, de plus désirable, et c&#8217;est donc aussi la source de toute puissance, de tout respect, de tout amour ; c&#8217;est l&#8217;au-delà de toute trancendance, c&#8217;est ce qui se cache dans tout ce qui trancende le possible et le désirable, dans ce qui dépasse nos possibilités et nos désirs».</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu dont Jésus nous a révélé qu&#8217;Il est un Père infiniment proche est aussi, nous le pressentons, un mystère insondable qu&#8217;on ne saurait enfermer dans une «vérité» faite de formules, de concepts humains. C&#8217;est pourtant ce que les hommes font quand ils cherchent à utiliser Dieu au service d&#8217;une cause, fut-elle noble et désintéressée. C&#8217;est pourtant ce que chacun de nous est tenté de faire, lorsque nous cherchons à enrôler Dieu pour défendre notre intérêt, notre vision du monde, notre culture, notre confort intellectuel ou matériel. Nous nous voulons alors propriétaires d&#8217;une vérité dans laquelle nous prétendons enfermer Dieu. En réalité, nous nous fabriquons une idole, un dieu à notre image, un dieu qui nous arrange.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le fait de se croire propriétaire de la vérité et donc propriétaire de Dieu est une tentation auquel chaque être humain est susceptible de succomber, c&#8217;est aussi la caractéristique de tous les extrémismes religieux, de tous les fondamentalismes, de tous les intégrismes. Ils se veulent propriétaires de Dieu ces islamistes qui voudraient imposer leur vision religieuse par la violence ou la contrainte. Ils se veulent propriétaires de Dieu, ces juifs qui invoquent la Bible pour justifier la politique extrémiste du gouvernement Netanyahou. Ils se veulent propriétaires de Dieu ces mouvements chrétiens de confessions diverses qui se réclament de Dieu pour justifier des comportements sectaires et violentes. Ils se veulent propriétaires de Dieu, ces intégristes catholiques qui n&#8217;ont pas de mots assez durs pour dénoncer cette «abomination» qu&#8217;est pour eux la rencontre d&#8217;Assise et accusent le pape de «prier des faux dieux». Mais nul n&#8217;est propriétaire de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu est Dieu. Il s&#8217;est révélé en Jésus-Christ, mais Il n&#8217;est pas le Dieu des chrétiens. Ni celui d&#8217;une autre religion. Il n&#8217;est pas le Dieu de l&#8217;Occident, ni celui de l&#8217;Orient. Il n&#8217;est ni le Dieu des Français, ni celui des Allemands, ni celui des Arabes, ni celui des Chinois ou de quelque autre peuple. Il n&#8217;est pas le Dieu d&#8217;un clan, d&#8217;une nation, d&#8217;une race. Il est le Père de tous les êtres humains. Il est unique. Dieu est Dieu.</p>
<p style="text-align: right;">Aimé Savard</p>
<p><strong>Source </strong>:</p>
<p><a href="http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-dieu-est-dieu-87564841.html">http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-dieu-est-dieu-87564841.html</a></p>
<p style="text-align: right;">
<p><strong><br />
</strong></p>
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		<title>Jusqu&#8217;à désobéir ?</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/27/jusqua-desobeir/</link>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 11:29:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Les groupes Jonas Alsace, réunis à Sélestat le 16 octobre 2011, communiquent : JUSQU’À DÉSOBÉIR ? Éclairés les uns par les autres et par la lecture de l’Évangile, nous obéissons à notre conscience : Nous sommes heureux quand des frères et sœurs divorcés remariés ou chrétiens d’autres confessions partagent avec nous le repas eucharistique. Nous sommes heureux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images19.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5401" title="images" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images19.jpeg" alt="" width="240" height="180" /></a></p>
<p><em><strong>Les groupes Jonas Alsace, </strong><strong>réunis à Sélestat le 16 octobre 2011, </strong><strong>communiquent :</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>JUSQU’À DÉSOBÉIR ?</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Éclairés les uns par les autres et par la lecture de l’Évangile, nous obéissons à notre conscience :</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes heureux quand des frères et sœurs divorcés remariés ou chrétiens d’autres confessions partagent avec nous le repas eucharistique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes heureux quand des laïcs formés, hommes et femmes, s’adressent à l’assemblée au cours de la liturgie pour nous aider à mieux comprendre et à mieux vivre la Parole.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes heureux quand des communautés savent vivre et célébrer en l’absence d’un prêtre et maintenir la présence de l’Évangile sur leurs lieux de vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous serons heureux quand notre Église confiera les communautés locales à celles et ceux qui y seront appelés, selon leurs compétences et quel que soit leur état de vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous remercions et nous soutenons tous les prêtres et diacres qui, à la suite de l’appel des théologiens allemands, des prêtres autrichiens, irlandais et du diocèse de Rouen, choisissent et choisiront de « désobéir » pour mieux manifester la tendresse de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous savons que, à l’instar de 71% des Autrichiens, les chrétiens que nous rencontrons soutiennent le mouvement qui est en train de naître.</p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.jonasalsace.org/article-jusqu-a-desobeir-87035443.html">http://www.jonasalsace.org/article-jusqu-a-desobeir-87035443.html</a></p>
<p>Pour plus d’informations sur les groupes Jonas d&#8217;Alsace :</p>
<p><a href="http://jonasalsace.over-blog.org/">http://jonasalsace.over-blog.org/</a></p>
<p>INVITATION  à une rencontre le samedi 5 novembre à Strasbourg : &#8220;Solidaires des prêtres autrichiens, prenons la parole et agissons&#8221; : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Invitation05.11.11.pdf">Invitation05.11.11</a></p>
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		<title>Deux poids deux mesures : L’avortement pardonné à Madrid</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Sep 2011 19:24:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Ivone Gebara* C’est avec beaucoup d’angoisse que beaucoup de femmes catholiques liront l’information publiée dans différents journaux cette fin de semaine, information selon laquelle l’archidiocèse de Madrid avec l’approbation papale a donné le pouvoir de pardonner avec indulgence plénière aux femmes qui, à l’occasion de la visite du pape, confesseront avoir avorté. L’impression que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Ivone Gebara*</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/I.Gebara.jpeg"><img class="size-full wp-image-5114 aligncenter" title="I.Gebara" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/I.Gebara.jpeg" alt="" width="139" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>C’est avec beaucoup d’angoisse que beaucoup de femmes catholiques liront l’information publiée dans différents journaux cette fin de semaine, information selon laquelle l’archidiocèse de Madrid avec l’approbation papale a donné le pouvoir de pardonner avec indulgence plénière aux femmes qui, à l’occasion de la visite du pape, confesseront avoir avorté. L’impression que nous avons éprouvée est que le pape, le Vatican et certains évêques s’amusent à des jeux de mauvais goût avec les femmes. Nous ne savons pas dans quel monde ces hommes vivent, qui ils pensent, être et qui ils pensent que nous sommes !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premièremen</strong>t, ils accordent le pardon à qui peut voyager pour assister à la Messe du pape et passer par le « confessionodrome » ou par l’ensemble des deux cents confessionnaux blancs installés sur la grande place publique de Madrid appelée « Parc de la retraite ». Le pardon de ce « péché » a un lieu, un jour et une heure fixés. Il en coûte seulement un voyage à Madrid pour se trouver face au pape ! Qui reculerait devant cet effort pour un si grand privilège ? Il suffit d’avoir l’argent pour le voyage et pour payer le séjour dans un hôtel de Madrid et le pardon sera obtenu. C’est pourquoi nous demandons : quelles alliances la pratique du pardon dans l’Église a-t-elle avec le capitalisme actuel ? Comment peut-on vivre un tel réductionnisme théologique et existentiel ? Qui retire un bénéfice de ce comportement ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deuxièmement, </strong>il est étrange d’affirmer que le pardon de ce « crime abominable » comme ils l’appellent est accordé seulement à l’occasion de la visite du pape afin qu’en cette même occasion, les fidèles pécheresses obtiennent « les fruits de la grâce divine » en confessant leur péché. Comment peut-on comprendre qu’une faute est pardonnée seulement quand l’autorité suprême est présente ? N’est-on pas en train de renforcer l’antique et décadent modèle impérial de la papauté ? Quant l’imperator est présent, tout est possible y compris l’expression de la contradiction à l’intérieur de son propre système pénal.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne veux pas rappeler dans une réflexion brève comme celle-ci les arguments que beaucoup d’entre nous, femmes sensibles à nos propres douleurs avons répétés au long de beaucoup d’années. Mais cet événement papal madrilène montre malheureusement une fois de plus un aspect encore bien vivant au Vatican, à savoir l’aspect des querelles médiévales dans lesquelles des questions absolument sans intérêt pour la vie humaine étaient discutées. Plus encore, il fait la preuve de sa méconnaissance des souffrances des femmes, de sa méconnaissance des drames que les situations de violence provoquent dans nos corps et nos coeurs. En concédant le pardon au « crime » d’avortement comme ils l’appellent toujours, ils montrent, à leur manière élitiste, le visage ambigu d’une institution religieuse capable de céder à l’appareil triomphaliste quand sa crédibilité est en jeu. Ils peuvent bénir des troupes qui vont tuer des innocents, envoyer des prêtres comme aumôniers militaires dans des guerres toujours sales, faire des déclarations publiques en faveur de l’institution en condamnant les femmes pauvres et opprimées, ouvrir des exceptions à la règle de leurs comportements pour attirer des jeunes (qui sont) étrangers aux grands problèmes de monde dans le troupeau du pape. La liste des us et coutumes « transgresseurs » de leurs propres lois est énorme&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi réduire la vie chrétienne au pain et au cirque ? Pourquoi donner un spectacle de magnanimité au milieu de la corruption des coutumes ? Pourquoi créer l’illusion du pardon alors que le quotidien des femmes est plein de persécutions et d’interdictions de leurs choix et capacités ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes invité(e)s à réfléchir à l’aspect néfaste de la position du pape et des évêques qui le soutiennent. Le pape n’a pas accordé pardon et indulgence totale et entière « urbi et orbi », c’est-à-dire à toutes les femmes qui ont avorté, mais seulement à celles qui se sont confessées à ce moment précis et à l’occasion de la visite du pape en Espagne. N’est-ce pas une fois de plus utiliser les consciences, en particulier celles des femmes à des fins d’expansionnisme de leur modèle pervers de bonté ? N’est-ce pas une fois de plus ouvrir des concessions en obéissant à une logique autoritaire qui veut restaurer les antiques privilèges de l’Église dans quelques pays européens ? N’est-ce pas une façon d’acheter les femmes en les humiliant devant la soi-disant magnanimité des hiérarques ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les autorités constituées dans l’Église catholique et dans d’autres Églises sont-elles encore chrétiennes ? Suivent-elles encore les valeurs éthiques humanistes qui exigent le respect de toutes les vies et spécialement de la vie des femmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois qu’une fois de plus, nous sommes convoqué(e)s à exprimer publiquement notre sentiment de rejet devant l’utilisation de la vie de tant de femmes comme prétexte de la magnanimité du coeur du pape. Nous sommes convoqué(e)s à être le corps visible de nos croyances et de nos choix. En faisant cela, nous ne sommes meilleurs que personne. Nous sommes tous et toutes pécheurs et pécheresses capables de nous frapper mutuellement, capables d’hypocrisie et de mensonge, de cruauté et de cruauté raffinée. Mais nous sommes aussi capables de partager notre pain, d’accueillir celle qui est abandonnée, de vêtir celui qui est nu, de visiter le prisonnier, de traiter Hérode de renard. Nous sommes ce mélange, expression de notre moi, de nos dieux, des épines dans notre chair qui nous invitent et nous convoquent à vivre au-delà des façades derrière lesquelles nous aimons nous cacher.</p>
<p style="text-align: justify;">*Ivone GEBARA, écrivaine, philosophe et théologienne au Brésil</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source : </strong>Publié dans Bulletin PAVES n° 28, septembre 2011 :</p>
<p><a href="http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1010">http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1010</a></p>
<p>source originale (espagnol) 21 août 2011 :</p>
<p><a href="file://localhost/http%C2%A0/::www.adital.com.br:site:noticia.asp%3Flang=PT&amp;langref=PT&amp;cod=59469">http ://www.adital.com.br/site/noticia.asp?lang=PT&amp;langref=PT&amp;cod=59469</a></p>
<p>traduction : Marie-Paule Cartuyvels</p>
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		<title>Les Curés du Forum de Madrid contre  le Cardinal Rouco et ses mécènes pour la visite du pape</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/08/19/les-cures-du-forum-de-madrid-contre-le-cardinal-rouco-et-ses-mecenes-pour-la-visite-du-pape/</link>
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		<pubDate>Fri, 19 Aug 2011 12:33:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[«Le coût de l&#8217;événement est très élevé et ne cadre pas avec le style de Jésus&#8221; &#8220;Nul ne peut servir deux maîtres &#8230; Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon&#8221; (Mt 6,24). Avec ce texte de l&#8217;Evangile comme fondement, le Forum pour les curés de Madrid, qui réunit un groupe de 120 prêtres de l&#8217;archidiocèse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo_jmj2011_180.jpg"><img class="size-full wp-image-4986 aligncenter" title="logo_jmj2011_180" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo_jmj2011_180.jpg" alt="" width="180" height="276" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«Le coût de l&#8217;événement est très élevé et ne cadre pas avec le style de Jésus&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;Nul ne peut servir deux maîtres &#8230; Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon&#8221; (Mt 6,24). Avec ce texte de l&#8217;Evangile comme fondement, le Forum pour les curés de Madrid, qui réunit un groupe de 120 prêtres de l&#8217;archidiocèse de Madrid, a publié un article accusant le cardinal Antonio Maria Rouco Varela d’avoir cédé à la tentation  de « la confiance du pouvoir et de l&#8217;argent » pour financer «le coût très élevé» de la Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ), qui se tiendra dans la capitale Madrid en Août prochain. Les prêtres croient que &#8220;l&#8217;alliance (de Rouco) avec les forces économiques et politiques renforce l&#8217;image de l&#8217;Eglise comme une institution privilégiée » et la laisse incapable de dénonciation prophétique de la situation des pauvres.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un document de 10 pages, intitulé « <strong>Les mécènes Rouco </strong>», les prêtres de Madrid offrent une analyse détaillée, avec chiffres, articles et notes de toutes sortes, concernant la Fondation de Madrid Vivo, orchestrée par le cardinal de Madrid pour aider à réduire le coût des JMJ.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit, pour les auteurs, d&#8217;un groupe de 40 entreprises qui «ont beaucoup d&#8217;argent et de pouvoir, et qui contrôle non seulement leurs propres et immenses ressources financières, mais aussi l’économie espagnole.&#8221; &#8211; Un groupe d&#8217;affaires qui, selon les prêtres, « peut dominer le gouvernement et remettre en cause les décisions adoptées par les institutions démocratiques&#8221; et aussi &#8220;a une influence sur les organisations internationales et les médias.&#8221; -  Des sociétés dont la «soif de profits incontrôlée» est  non seulement à l&#8217;origine d&#8217;une crise ;  mais aussi  responsable de son développement », et qui ont fait payer leur échec en en facturant le coût sur la population, tout en faisant  des affaires avec le « sauvetage » .</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir examiné l&#8217;avantage connexe de ces grandes entreprises avec les pays du Sud, les prêtres ont également dénoncé son impôt tactique,  plongé, souvent «l&#8217;injustice et la fraude fiscale,&#8221; à travers les paradis fiscaux. D&#8217;où la conclusion : « Il semble clair que le système fiscal et son application dans notre pays sont conçus au profit des banques, des multinationales et des grandes fortunes&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«Rouco » a choisi la pire des contributeurs</strong><br />
Après avoir analysé la pratique de la Fondation de Madrid Vivo Thermalisme , le Forum de Madrid conclut que «l&#8217;évêque de Madrid, soucieux  de faire face aux millions de frais engagés pour les JMJ de Madrid a choisi les pires des collaborateurs.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">Avec cette nouvelle alliance entre Dieu et l&#8217;argent, devenue «publicité réciproque », on voit « une photo des entrepreneurs  debout à côté de Rouco et bénis par le Pape !&#8221; dit Rodriguez Eubilio du Comité permanent des curés du Forum de Madrid.</p>
<p style="text-align: justify;">Et le prêtre desservant la paroisse de la Cañada Real, un des plus grands bidonvilles de Madrid, conclut: «C&#8217;est comme si vous souleviez la coupe en disant:« Buvez Coca-Cola », parce que ces mêmes employeurs exploitent les gens de mon quartier, et avec cela, ils veulent blanchir de l&#8217;argent dans la soutane du pape. &#8220;</p>
<p style="text-align: justify;">Ces curés madrilènes ne sont pas contre la visite du pape :  &#8221;Une visite, oui ; mais pas comme çà&#8221; est leur slogan. &#8220;S’il vient accompagné de Corte Inglés, Telefónica et Banco Santander, mieux vaut ne pas venir&#8221;,  dit Evaristo Villar, un autre prêtre du Forum.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils demandent que le pape vienne &#8220;non pas en tant que chef de l&#8217;Etat, mais comme un humble berger&#8221; et &#8220;pour dénoncer (…) les problème d’emploi, la pauvreté, et les relations avec l&#8217;islam ou avec les Marocains.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Autoglorification de Rouco</strong><br />
Les prêtres estiment que telles qu’elles sont organisées, les JMJ ne serviront qu’à glorifier Rouco et discréditer l&#8217;Eglise. « Les JMJ sont la glorification de la papauté de Rouco, un acte visant à renforcer l&#8217;institution&#8221;, a déclaré Rafael Rojo, pasteur de Santa Adela Canillejas.</p>
<p style="text-align: justify;">Et Eubilio ajoute : La conséquence est que, une fois de plus, à partir de Recaredo, les gens verront l&#8217;Eglise alliée avec les riches et les privilégiés&#8221;. En raison de cette image, &#8220;les gens s’écartent de plus en plus de l&#8217;Eglise.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu&#8217;ils soient conscients que,  désormais, l’organisation est arrêtée et impossible à modifier, ils appellent à des JMJ différentes. Ce serait une visite du Pape financée par les catholiques eux-mêmes, par exemple. &#8220;Mais comme les gens ne les suivent plus, ils ont cherché le soutien de grandes entreprises.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">Au résultat : « c’est l&#8217;Église elle-même qui est prêchée et non pas Jésus.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;L’objectif, ce n’est pas Jésus-Christ mais l&#8217;Eglise» et ce qui est recherché &#8220;ce n&#8217;est pas l&#8217;évangélisation du peuple, mais son endoctrinement.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">La conséquence, c’est que «les catholiques sont nombreux à quitter l&#8217;Eglise&#8221; dans une sorte de ruée silencieuse, voilà à quoi, selon les prêtres, les JMJ vont  contribuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela leur fait mal et les indigne. Par conséquent, outre l&#8217;envoi du document au cardinal Rouco Varela, ils se sont vus forcés d’entrer dans l&#8217;arène publique avec malaise. «Nous avons à critiquer notre propre maison et notre mère, car elle est capable de prendre la modernité.&#8221; Ils le font en sachant que la hiérarchie les considère comme des «bâtons dans les roues&#8221; et tente de faire taire leurs plaintes par tous les moyens au sein de l&#8217;institution elle-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Même les appels à l&#8217;Evangile. Ainsi, pour conclure leur papier comme ils l&#8217;avaient commencé: «S&#8217;appuyer sur la force du pouvoir et de l&#8217;argent quand il s&#8217;agit d&#8217;évangéliser, c’est succomber à une tentation aussi ancienne que l&#8217;Eglise elle-même. Ceux qui pensent ainsi le font sûrement avec la sainte intention d’utiliser des moyens plus réalistes, efficaces et rapides pour atteindre les masses.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;Evangile nous avertit que «nul ne peut servir deux maîtres &#8230; Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon&#8221; (Mt 6,24) .</p>
<p style="text-align: right;"><strong>José Manuel Vidal </strong>| Madrid</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Texte original :</strong>| Por el alto coste de la Jornada Mundial de la Juventud http://www.elmundo.es/elmundo/2011/06/21/madrid/1308654590.html</p>
<p>Traduction française : Yves Grelet</p>
<p><strong> </strong></p>
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		</item>
		<item>
		<title>L’humanisme évangélique par Joseph Moingt</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 14:57:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
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		<description><![CDATA[Le texte ci-après est le compte rendu de la conférence du Père Joseph Moingt prononcée le 27 mars 2011, lors de la Rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC). Ma communauté de base s’appelle La Compagnie de Jésus, très caractéristique, vœux d’obéissance spéciale à la personne du souverain pontife. Alors, comment avoir une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le texte ci-après est le compte rendu de la conférence du Père Joseph Moingt </em></strong><strong><em>prononcée le 27 mars 2011, lors de la Rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC).</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Moingt.jpeg"><img class="size-full wp-image-4749 aligncenter" title="J.Moingt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Moingt.jpeg" alt="" width="240" height="184" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ma communauté de base s’appelle <em>La Compagnie de Jésus</em>, très caractéristique, vœux d’obéissance spéciale à la personne du souverain pontife. Alors, comment avoir une parole libre avec cette attache ? C’est un problème, c’est mon problème.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Me retrouver parmi vous, je me demande si ça me rajeunit ou si ça me vieillit.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela me ramène au moins 30 ans en arrière, quand j’ai fréquenté, à plusieurs reprises la communauté de la CCC avec les chers frères maristes, Pierre Gambet…</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu d’autres attaches, avec</p>
<p style="text-align: justify;">- la paroisse Ste Mathilde de Châtenay-Malabry, pendant 12 ans,</p>
<p style="text-align: justify;">- une paroisse de Poissy pendant 3 ans,</p>
<p style="text-align: justify;">- un groupe paroissial de Sarcelles, pendant 3 ans</p>
<p style="text-align: justify;">Autre spécialité : je suis abonné à « Parvis », à « Golias », à « Jésus » et autres revues malfamées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je ne voudrais pas vous faire une conférence en bonne et due forme, mais vous proposer 3 pistes de réflexions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On m’a demandé de vous parler autour de l’humanisme évangélique. J’avais fait, voici quelques années, un  article dans  la revue « <em>Etudes</em> » qui  avait ce titre-là. Quels hommes l’Evangile nous invite-t-il à devenir ? Est-ce cela l’humanisme évangélique ? Oui, c’est cela. Et quelles communautés mettre en place pour y parvenir ? De quels types de communautés avons-nous besoin aujourd’hui pour nous humaniser ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’entrerai pas, je pense, dans des considérations ou dans des conseils très pratiques, très concrets. Je vous laisserai le soin de tirer vous-mêmes les conclusions des réflexions que je vais vous faire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il s’agit bien de se rendre plus humains, de nous aider à avancer sur notre chemin d’humanité et que cela nous soutienne dans l’approfondissement de notre foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel rapport y a-t-il entre notre appartenance à la foi chrétienne, notre volonté d’être chrétien et cette démarche d’humanité, d’humanisation, de devenir davantage homme ?  C’est cela qui sera au cœur des réflexions que je vais vous proposer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je vais donc vous proposer 3 pistes de réflexions, réflexions que vous pourrez mener par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Une  première sera de réfléchir à l’avenir du christianisme, à son présent même, à partir de ce qui se passe, en ce moment, sur la scène internationale, je veux dire à partir des révolutions arabes. Et ceci, pour nous conduire à une conception du christianisme qui serait davantage orientée vers l’éthique évangélique que vers le christianisme comme religion et pratique religieuse &#8211; éthique plutôt que religion.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais ensuite vous proposer une seconde piste de réflexion sur la vie du chrétien en Eglise actuellement, et cela à partir de l’idée d’un vieux philosophe grec, l’idée d’Aristote, que l’homme est un animal politique et ceci pour réfléchir à notre citoyenneté chrétienne, et sur nos droits politiques en Eglise et donc pour inviter à construire la vie en Eglise comme un espace de parole, plutôt que comme un espace rituel. Je n’ai peut-être pas à faire beaucoup d’effort pour vous inviter à cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Et enfin une 3<sup>ème</sup> piste de réflexion  sur l’annonce de l’Evangile. Comment annoncer l’Evangile aujourd’hui, à partir de l’invitation de Vatican II dans <em>Gaudium et spes</em> : « <em>C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, c’est la société humaine qu’il faut renouveler »</em>. Et alors ceci pour nous inviter à comprendre l’Evangile, l’Evangile en tant qu’annonce, l’Evangile dans son étymologie de « bonne nouvelle», pour comprendre l’Evangile et l’annoncer en terme de sens plutôt que de salut, de salut éternel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Voilà les 3 pistes de réflexions que je voudrais vous proposer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">1<sup>ère </sup>piste de réflexion : l’avenir du christianisme comme éthique évangélique.</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Il y aura 4 points.</p>
<p style="text-align: justify;">- Les révolutions du monde arabe. Quelles réflexions cela nous inspire ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Et nous comparerons ce qui se passe dans le monde arabe avec ce qui s’est passé et qui se passe de nos jours dans le monde occidental, dit chrétien ;</p>
<p style="text-align: justify;">- Quel avenir du christianisme sous l’horizon du retrait de la religion ?</p>
<p style="text-align: justify;">- En conclusion : le christianisme comme étique plutôt que comme religion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • Qu’est-ce qui se passe dans le monde arabe ? Comment peut-on l’interpréter ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a beaucoup d’interprétations qui sont données, en ce moment, dans les journaux. C’est la révolte d’une jeunesse étudiante éclairée. C’est la révolte des classes moyennes qui voudraient accéder au pouvoir. C’est la révolte des pauvres due à la paupérisation du peuple tandis que les gouvernants se remplissent les poches. Oui, c’est tout cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour moi, ce que je vois dans ces révolutions arabes, c’est la désagrégation d’un espace social qui avait été cimenté par la religion. Je ne dis pas que c’est la destruction de la  religion islamique. Non, pas du tout. Tout le monde sait qu’il doit y avoir des groupes islamistes en embuscade qui vont chercher à profiter de cette révolution arabe. Mais je vois d’abord que c’est l’espace social qui avait été, et qui est encore, cimenté par la loi religieuse par la charia, par la loi coranique, qui se décompose, qui se déconstruit.</p>
<p style="text-align: justify;">On a beaucoup évoqué une invasion de l’esprit des Lumières due à la modernité occidentale, c’est sûr. Il n’y a plus de frontières complètement opaques entre les pays maintenant.  Et l’esprit du monde occidental envahit en ce moment le monde arabe. Or qu’est-ce que c’est que le monde occidental ? C’est un monde qui est sorti de la religion. C’est quelque chose comme cela qui se passe dans le monde arabe.</p>
<p style="text-align: justify;">En France, comme en Europe en général, la modernité a été expliquée comme une victoire du rationalisme sur l’esprit religieux. Ce n’est pas cela exactement que je veux dire. Je pense que ces révolutions arabes sont menées par des gens qui se disent et qui sont certainement d’authentiques croyants islamiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc je ne prétends pas que les révolutions arabes sont une lutte contre la religion islamique mais je veux dire qu’elles sont en train de détruire une culture de société qui a été façonnée par plusieurs siècles d’islamisme, sept ou huit siècles. Et donc, ce qui s’écroule, c’est la société archaïque, la société patriarcale dont la religion était le lien social. Ce que nous voyons à cet égard  se produire dans le monde arabe et qui éclaire peut-être ce qui se passe dans le monde occidental, c’est que la société n’a plus besoin de la religion comme lien fédérateur, comme lien associatif. Toutes les sociétés sont construites sur l’union du religieux et de la politique dans le monde archaïque. Et je crois que c’est ce monde-là qui est en train de s’écrouler, qui s’est écroulé plus tôt dans le monde occidental, qui a commencé à s’écrouler depuis le début du 18<sup>ème</sup> siècle, encore que cela n’est devenu peut-être évident que beaucoup plus tard vers la fin du 19<sup>ème</sup> et surtout au 20<sup>ème</sup>. Mais c’est un phénomène  mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez sans doute entendu, quand on disait que le christianisme s’écroulait en occident, nos évêques se consoler en disant « <em>oui, mais voyez en Afrique, en Asie, il n’a jamais été plus prospère </em>» . En Afrique, en Asie, qu’en est-il ? Qu’en sera-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">Donc révolution des classes moyennes, des classes éduquées, éclairées ; oui, d’accord, mais justement, des classes ayant entretenu un certain esprit rationaliste entre elles, en elles-mêmes, qui n’admettent plus un pouvoir théocratique, qui n’admettent plus que tous les compartiments de la vie familiale, de la vie sociale, de la vie politique soient dominés par un pouvoir théocratique. Et donc des sociétés qui affranchissent leur vie, des gens qui veulent affranchir leur vie familiale, leur vie conjugale, leur vie sexuelle, leur vie privée, leur vie culturelle etc… qui veulent l’affranchir de la coutume, la coutume qui s’est imposée à force, au nom de la religion et à travers des siècles de pression religieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc ce qui se passe, en ce moment dans le monde arabe, me paraît vérifier la thèse de Marcel Gauchet, que vous connaissez bien, la thèse du retrait de la religion et nous permet de mieux voir qu’il y a là un phénomène mondial auquel aucune religion n’échappera.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai un de mes amis jésuite, qui vit à Taïwan et surtout en Chine continentale, qui a publié récemment un livre intitulé « L’empire sans milieu » et sous-titré « Essai sur le retrait de la religion en Chine. ». Phénomène mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • 2<sup>ème</sup> point : Comparer cela avec ce qui s’est passé et se passe en Europe.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand on raisonne uniquement sous l’horizon français, on peut avoir l’impression que le mouvement des Lumières a été un mouvement anti-religieux parce que les Lumières françaises, avec Voltaire etc…, a été, de fait, un mouvement assez anti-religieux et anti-chrétien. Mais le mouvement des Lumières ne s’est pas confiné uniquement en France. C’était un mouvement européen. Et les Lumières anglaises, les Lumières autrichiennes, les Lumières germaniques, les Lumières italiennes, n’ont pas du tout été marquées par un aspect anti-religieux, anti-chrétien</p>
<p style="text-align: justify;">Mais qu’est-ce qui s’est passé dans ce phénomène des Lumières ? C’est que la société a voulu se dégager des tutelles religieuses. Tutelles religieuses qui s’exerçaient soit directement, par le fait des autorités religieuses, des évêques, du pape, mais soit aussi sous la forme des lois et des coutumes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pensez que, encore au début au 20<sup>ème</sup> siècle, l’adultère était condamné par la loi en France. Or cette condamnation de l’adultère vient évidemment de la loi religieuse et nous voyons actuellement toutes les conquêtes des droits qui se font contre des restes de lois religieuses qui ont imprégné la société, imprégné les coutumes. La société est toujours menée par les coutumes.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que c’est que l’on a appelé tantôt  phénomène  de sécularisation, tantôt de laïcisation, c’est que la religion sort de l’espace public, elle est reléguée dans l’espace privé. Et l’espace public est celui de la raison commune, donc de plus en plus régi par la loi civile, mais la loi civile interprétée comme l’expression de la volonté commune, une volonté générale. C’est cela qui est la démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un historien français du 17è siècle, Jacques Lebrun a vu que les Lumières ont été la sécularisation des valeurs chrétiennes, les valeurs chrétiennes devenues un bien culturel, un bien commun, un bien déconfessionnalisé. Il a fait, par exemple des études très remarquables pour montrer comment la mystique chrétienne du pur amour de Dieu, comment elle avait influencé l’éthique kantienne tout à fat rationaliste, l’éthique kantienne du vouloir pur. L’amour pur est devenu l’éthique du vouloir pur. Donc une sécularisation d’une idée maîtresse de la spiritualité chrétienne. Kant était un grand lecteur de Fénelon. Il avait toutes les œuvres de Fénelon dans sa bibliothèque personnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors, qu’est-ce qui attend le christianisme sous l’horizon de la sécularisation ?</p>
<p style="text-align: justify;">On peut dire un effondrement de la foi lorsque la foi n’est que l’assentiment aux pratiques et aux croyances communes à une société, quand la foi n’est que cela : adhésion  à un système de pratiques et de croyances de la société dans laquelle on vit. Alors, quand s’écroule le lien religieux, la tradition religieuse de cette société, la foi personnelle s’en va, parce qu’elle n’est que croyance, elle n’est qu’assentiment à des croyances communes. Et cela est surtout le cas quand des chrétiens, des individus croyants, convaincus, ont du se libérer des autorités religieuses pour conquérir une liberté de pensée et de parole. Et cela aussi, le fait d’avoir du lutter contre des autorités religieuses, contribue aussi à détacher les chrétiens de l’Eglise et aussi peut contribuer à les détacher de la foi qu’ils avaient confessée.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, l’Eglise actuelle, mise sur la re-sacralisation  de la vie en Eglise, sur la restauration des traditions. On en a eu des échos tout à l’heure dans la présentation des groupes. Ce sont des plaintes qu’on entend un peu partout quand on se promène. Un clergé nouveau, un clergé rajeuni et qui est devenu beaucoup plus traditionaliste et légaliste que le clergé que vous avez connu.</p>
<p style="text-align: justify;">On parlait de Jacques Noyer qui avait une certaine indépendance. Il m’avait été envoyé, par la Commission doctrinale de l’épiscopat pour s’enquérir de ma doctrine et je me rappelle que Jacques Noyer m’avait dit qu’il avait récemment vu le pape, Jean Paul II ou Paul VI à ce moment-là. Et le pape lui avait dit, je sais bien qu’après moi, il faudra bien ordonner des hommes mariés, mais tant que je vivrai, je maintiendrai le dépôt.<strong> </strong>Quelle liberté s’exprime dans cette foi-là ? A vous de le chercher.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc l’Eglise actuelle mise sur une re-sacralisation, sur une restauration. A quoi cela peut-il aboutir ? A une reconquête ? Non, elle cherche à se donner plus de visibilité.  Il y a eu hier une grande manifestation du  « parvis des gentils » qui  n’est pas comparable au journal « Parvis », mais qui a eu lieu à l’Unesco, avec grandes illuminations de Notre Dame, paraît-il. L’Eglise cherche à se donner plus de visibilité. Il est très possible que les pouvoirs publics accèdent à sa demande, pour des raisons politiques. Mais est-ce que nous pouvons espérer que cela redonnera la foi à ceux qui l’ont perdue. A mon avis, cela n’aboutira qu’à une Eglise sectaire, qui se coupera de plus en plus du monde sécularisé et donc, on va nettement vers un christianisme minoritaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • 3<sup>ème</sup> point : Quel peut être l’avenir du christianisme sous l’horizon de retrait de la religion</strong> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je viens de parler d’un christianisme devenu minoritaire mais il faudrait peut-être que je corrige l’expression et que je parle davantage d’une Eglise minoritaire, parce qu’en fait, le christianisme, s’est répandu en dehors de l’Eglise. Le christianisme déborde de l’Eglise. Voilà un phénomène  dont il faut se rendre compte. J’avais lu récemment les chroniques de Touraine, le sociologue bien connu, qui n’est pas spécialement chrétien et qui s’interrogeait sur l’avenir de la société et il constatait que dans  notre société dominée par le libéralisme économique, on perdait des valeurs de solidarité, des valeurs de fraternité, toutes les valeurs qui avaient formé la société française et qui venaient d’où ? Il rappelait la devise de la République « liberté, égalité, fraternité », ce sont des idées qui venaient du christianisme, mais qui avaient mûri en dehors de l’Eglise où les autorités religieuses ne leur avaient pas donné droit de cité. Mais liberté, égalité, fraternité, solidarité, appelez-les comme vous voulez, sont des idées chrétiennes, des idées évangéliques. Mais c’est un christianisme hors religion.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense qu’il y a là un patrimoine des valeurs. Ce ne sont pas des idées chrétiennes qui se sont répandues, propres à la foi chrétienne, en tant que telle, mais des valeurs chrétiennes. Des valeurs portées par le christianisme. Et <em>Gaudium et Spes</em>, précisément, a tenu à les saluer. J’en reparlerai dans la 3<sup>ème</sup> piste de réflexion. Il y a donc là, dans ces valeurs, appelez-les républicaines, si vous ne voulez pas les appeler chrétiennes, cela ne me gêne pas, mais dans lesquelles, nous chrétiens, nous devons reconnaître l’esprit de l’Evangile.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a là un patrimoine du christianisme, et, pour moi, il est devenu de plus en plus clair que la tradition chrétienne s’est répandue par deux voies. Par une voie ecclésiale, mais aussi par une voie philosophique. Il y a une tradition philosophique. Il y a un patrimoine, dont les chrétiens ne doivent pas se détourner, qu’ils ne doivent pas laisser dépérir. Et donc l’évangélisation doit être, non pas une reconquête de l’espace public, mais l’entretien de ces valeurs chrétiennes dans le monde sécularisé. En les laissant telles qu’elles sont devenues : communes, sécularisées. Il ne s’agit pas de les ramener dans l’enceinte de l’Eglise ou de vouloir leur faire porter à nouveau notre foi chrétienne. Mais nous les considérons comme des fruits du christianisme, des fruits que le christianisme a porté hors de l’Eglise, qui n’a pas su acclimater ces fruits en elle-même, et donc nous avons à les entretenir par la conversation  avec ce monde. Une évangélisation, non, pas de reconquête mais de conversation, d’entretien où nous acceptons que nos paroles de croyants chrétiens se perdent dans les sables d’un monde sécularisé pour y entretenir ces valeurs dans lesquelles, nous chrétiens, nous reconnaissons l’Esprit de l’Evangile.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’avons pas besoin pour autant de nous en prévaloir et de dire cela vient de nous. Non, mais nous avons à nous préoccuper de les vitaliser, et pourquoi ? Parce qu’elles sont en très grand danger. La déshumanisation pointe partout. Nous la remarquons partout. Quand nous voyons se désagréger l’Etat social, ce que nous appelons l’Etat providence, &#8211; et malheureusement, on en parle maintenant pour s’en moquer &#8211; nous voyons que ce sont des valeurs chrétiennes qui sont en train de s’émietter, de se désagréger quand elles ne sont pas ouvertement combattues parce qu’elles empêchent ceux qui sont riches de devenir plus riches encore. Donc, il faut entretenir ces valeurs et c’est là la grande responsabilité des chrétiens, qui je crois ne doivent pas confiner leur esprit chrétien à faire vivre l’Eglise<strong>, </strong>mais à faire vivre ces valeurs évangéliques qui sont dans le monde sécularisé et qui sont menacées. Alors, pour cela, le problème pour nous-mêmes, chrétiens, c’est de garder la foi, puisque ces valeurs viennent de l’Evangile, elles viennent de la parole de Jésus. Et quand nous regardons l’Evangile, nous n’y trouvons pas beaucoup de religion, peut-être même n’y trouvons-nous aucune religion. Nous reconnaissons bien sûr l’institution de l’Eucharistie dans le dernier repas de Jésus qui est un repas d’amitié. Et le baptême, qui était une pratique courante, mais qui était très mal vu par les autorités religieuses de l’époque, car pourquoi aller chercher la purification dans les eaux du Jourdain, alors qu&#8217;il y a un temple qui est fait exprès pour ça ?</p>
<p style="text-align: justify;">Donc il n’y a pas de religion, il n’y a pas de code religieux dans l’Evangile, il n’y a pas de religion, il y a de la foi, une foi en Dieu qui passe par la foi de Jésus en Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Une foi qui n’est pas faite d’énoncés dogmatiques, il n’y a aucun  énoncé dogmatique dans l’Evangile, mais une foi qui est orientée vers une pratique humaniste.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle peut être notre recherche de foi à l’intérieur de l’Eglise ? Redécouvrir à quel point Jésus a humanisé Dieu. Nous dirons que le salut est dans l’humanisation de l’homme. C’est Jésus qui en a donné l’élan en humanisant Dieu, en nous apprenant à regarder Dieu comme le Père commun de tous les hommes, en nous apprenant à honorer Dieu, non en allant dans le temple ; jamais il n’a entraîné ses disciples au temple dans des pratiques religieuses, en tout cas, l’évangile n’en parle pas. Mais il nous a invité à honorer Dieu par le pardon des offenses, par l’amour des ennemis.</p>
<p style="text-align: justify;">Voyez : Mt 5, 41-48, Mt 6, 14-15, le Pater, le Notre Père, la première lettre de Jean 4, 8-21, où il nous dit que quelqu’un qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son prochain est un menteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Aimer Dieu, c’est aimer son prochain, c’est le critère même de l’amour de Dieu. C’est en ce sens que Jésus a dit que le second commandement, l’amour du prochain, était égal au premier.</p>
<p style="text-align: justify;">L’amour de Dieu, dans le christianisme, passe par l’amour des autres. Il n’est pas cantonné dans le temple. Il n’est pas cantonné dans les honneurs que nous rendons à Dieu dans les églises. Il passe par l’amour des autres. Il a sa source dans la révélation de Dieu comme Père, Père universel, pas Père simplement des croyants, pas Père d’un peuple particulier, Père universel. Et Jésus nous l’a montré en fréquentant les pécheurs, en disant qu’il était envoyé aux pécheurs et aussi en poussant des pointes en direction du monde païen dans lequel son Eglise allait se développer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D’où j’arrive à cette conclusion &#8211; il y aurait beaucoup à développer, mais c’est vous qui le ferez ensuite &#8211; comprendre le christianisme comme éthique plutôt que comme religion.</p>
<p style="text-align: justify;">Que veux dire ce « plutôt que » ? Je ne veux pas dire « au lieu de », je ne veux pas dire remplacer la religion par l’éthique, par la morale, d’autant plus que j’emploie le mot éthique plutôt que le mot morale.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez un seul commentaire de la loi dans Mt, c’est le seul endroit dans les Evangiles où il est question de la loi. Jésus n’était pas un moraliste. Mais je dis éthique, c’est un code de mœurs qu‘il nous a donné, une invitation à inventer nous-mêmes une morale qui serait guidée par l’idée de la réconciliation, du pardon, de la fraternité, de la solidarité avec tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, je ne veux pas dire non plus qu’il faudrait réduire le rite au minimum, se contenter, par exemple, d’aller à la messe le jour de Pâques. Ce n’est pas sur ce plan quantitatif que je dis « plutôt que », mais je veux dire comprendre que le religieux chrétien, lui-même, ne fait pas abstraction de la relation à l’autre, jamais, même quand nous sommes dans des pratiques religieuses, à l’intérieur d’une église. Ce religieux-là, où l’on s’adresse à Dieu par le Christ, ne fait pas abstraction de notre lien aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ceci donc d’abord, parce que, l’Evangile n’est pas un code de pratique religieuse, il n’y en a pas. Mais il abonde en préceptes de justice et de charité.</p>
<p style="text-align: justify;">Par exemple, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tu lui tends la joue gauche. On peut rire de ce précepte et on peut réagir contre, mais il est extrêmement inspirant, inspirant de la conduite. Comment va-t-on se comporter avec quelqu’un qui nous insulte. Jésus va nous inviter à aller au-devant de lui. Ça, ce n’est pas de la morale. C’est une éthique, une éthique de justice, de charité, etc. Et donc constamment l’Evangile nous invite à nous interroger sur notre comportement avec autrui. Est-ce que nous le traitons vraiment en frère, constamment ? Et que pouvons-nous faire pour aider notre prochain ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quand on voit le précepte que nous donne St Paul dans l’épître aux Philippiens  au chapitre 2, il nous invite à imiter l’abaissement de Jésus. Qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Se soumettre les uns aux autres. Qu’est-ce que ça veut dire ? Se mettre au-dessous des autres pour les élever. Les élever même au-dessus de soi-même. Les aider à croître en humanité. Les aider à devenir davantage homme. Cela, c’est une éthique, une éthique d’aider l’autre à croître, à s’élever, une éthique qui a sa source dans l’abaissement de Jésus jusqu’à la mort sur une croix, où il s’est mis au rang des esclaves, puisque la croix était le châtiment des esclaves.</p>
<p style="text-align: justify;">Je dirais une 2<sup>ème</sup> illustration de cette éthique évangélique. Il faudrait comprendre que le rite chrétien sacralise avant tout la relation aux autres ; parce que l’espace sacré n’est pas le temple matériel. L’espace sacré, nous le lisons, notamment dans St Paul, c’est notre corps, notre corps individuel et c’est le corps social que nous formons les uns avec les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">L’espace sacré, c’est celui que Paul appelle le corps du Christ et qu’est-ce que le corps du Christ ? Eh bien, c’est l’ensemble des chrétiens qui s’unissent les uns les autres, en vue de rayonner la fraternité autour d’eux. Donc des chrétiens rassemblés par l’amour, le souvenir de Jésus. C’est là aussi où le sacrement, par excellence qui est le sacrement de l’Eucharistie, &#8211; voir dans Cor 11 le récit de l’institution de l’Eucharistie &#8211; où Saint  Paul nous apprend à respecter le corps du Christ. Le commentaire traditionnel c’est de reconnaître que l’Eucharistie est bien le corps du Christ, le corps individuel du Christ. Non, ce n’est pas du tout la pensée de Paul. Qu’est-ce qu’il nous dit ? Quand vous vous réunissez pour commémorer le souvenir du Seigneur, attendez-vous les uns les autres. Ne commencez pas à manger dès que vous arrivez sans vous occuper de ceux qui ne sont pas là et qui vont arriver les derniers. Attendez-vous les uns les autres. L’Eucharistie nous apprend à respecter le corps que nous formons quand nous nous rassemblons autour de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cela le corps du Christ qui se noue dans le souvenir de Jésus, son souvenir et son attente, le Christ à venir, c’est-à-dire tous ces hommes qui nous entourent, qui sont appelés eux aussi à entrer dans le corps du Christ, à former avec nous une seule et même humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cela la véritable compréhension du sacré chrétien. Jésus a donc sécularisé lui-même le sacré. Le sacré n’est pas le temple de pierre, le sacré c’est le corps que forme la multitude des chrétiens rassemblés au nom de Jésus et qui, là, apprennent à se conduire les uns envers les autres, en frères, pour le faire également avec ceux qui ne sont pas là, rassemblés présentement dans le corps du Christ, qui sont cependant les enfants du même Père, comme nous le sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">2<sup>ème</sup> piste de réflexion : la vie du chrétien en Eglise aujourd’hui</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La construction de l’Eglise comme espace de vie politique, comme espace politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Là aussi, j’aurai 4 points.</p>
<p style="text-align: justify;">- Un premier point : la définition de l’homme comme « être politique ».</p>
<p style="text-align: justify;">- Un second point : où en est la vie politique du chrétien, dans l’Eglise, aujourd’hui ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Un troisième point : je vous renverrai à St Paul, à la citoyenneté chrétienne d’après Paul.</p>
<p style="text-align: justify;">- Et, en conclusion, un quatrième point dont je ne dirai que quelques mots, et ce sera à vous de le remplir : comment  reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ? Vaste programme, à supposer qu’il soit envisagé en haut lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • La définition d’Aristote : le chrétien est un animal politique, « zoon politikon ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La pensée d’Aristote, exactement, c’est qu’il est de la nature de l’homme de vivre avec d’autres, en relation avec d’autres, pas seulement au milieu d’autres, mais dans une intrication les uns dans les autres. Donc conception de l’homme en tant qu’être social, ce qui ne veut pas dire simplement un individu qui vit en société, mais en tant qu’il appartient à l’homme de construire, lui-même, sa vie sociale, donc de se construire lui-même comme être avec d’autres et ainsi de construire la vie commune, la vie en société comme une vie interrelationnelle. Ce n’est pas simplement l’idée de la socialité, ça va plus loin que cela, ou bien ce serait la socialité mais comprise comme solidarité des uns avec les autres et comprise comme un partenariat les uns avec les autres, dans tous les compartiments de la vie sociale ou de la vie avec les autres. Il y a beaucoup de compartiments plus ou moins étagés, hiérarchisés, qui sont étudiés par le philosophe. C’est d’abord la vie en famille, l’homme et la femme dans le couple matrimonial, les parents et les enfants. C’est ensuite, la fratrie qui est la famille élargie, les cousins, les oncles et les tantes, spécialement développée dans certains pays restés encore assez traditionalistes. C’est la tribu, qui serait unie par une origine commune, qui vit sur un même territoire, qui, parfois, exerce la même profession. Pour le grec, c’est surtout la cité. Pour un athénien, la vie politique, c’est essentiellement  la participation à la vie de la cité, participation active, participation à l’élaboration des lois. La cité s’est introduite en Grèce vers le V<sup>ème</sup> siècle, peut-être fin du VI<sup>ème</sup>, début du V<sup>ème</sup> siècle avant notre ère. Pour vous situer, pensez que le monde homérique, c’est le IX<sup>ème</sup> siècle, et c’est le commencement de l’hellénisation de la Grèce. Mais la cité, elle, va s’implanter plus tardivement. Avant cela, qu’est-ce qui régit la cité ? C’est essentiellement la religion. La toute première religion en Grèce, c’est le culte du foyer, dont le prêtre est le père de famille. Le temple, c’est le foyer, le lieu où l’on mange. C’est là où l’homme apprend aussi à recevoir des hôtes. C’est là où va se former la religion agraire. La religion &#8211; ce qui explique son déclin actuel -, la religion est de type agraire.</p>
<p style="text-align: justify;">Je retrouve un peu mon propos du début : à l’heure actuelle, on voit non seulement un phénomène d’urbanisation mais de métropolisation. Partout dans le monde, la vie se concentre autour d’immenses métropoles dans lesquelles l’homme perd complètement la relation avec la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, si l’on pense que la religion est née à l’époque où l’agriculture à remplacé la cueillette et la chasse, où l’homme va commencer à maîtriser la nature, la religion est venue de là. Il fallait offrir des sacrifices aux génies, aux dieux de la nature qui régissent tous les phénomènes de la vie. On voit combien cette religion est compromise avec le développement de la vie dans la cité devenue métropole. Et donc, la cité, en Grèce, s’installe vers la fin du VI<sup>ème</sup>, le début du V<sup>ème</sup> siècle. C’est l’époque qui a été appelée par des historiens de la Grèce antique, une époque des lumières, une époque du rationalisme, où, il y avait bien au centre de la ville le temple, mais où il y avait aussi l’agora, l’agora en face du temple. Et d’ailleurs les prêtres étaient eux-mêmes des magistrats. C’est donc la magistrature qui prend la religion en charge. Et qu’est-ce que l’agora ? C’est le lieu où les hommes libres  &#8211; on en était là -  se rassemblent pour élaborer les lois, et donc, où la cité, la vie sociale, la vie politique &#8211; se construit en face du temple, donc en se dégageant des lois sacrées, des vieilles traditions, des vieilles coutumes venues de l’époque archaïque,  du chamanisme, de tout cela. L’homme organise lui-même sa vie avec les autres. C’est la première étape de la sécularisation où la liberté des individus s’exprime par le vote. Vote des impôts, vote des lois, vote des traités avec les autres cités. Toutes les cités sont indépendantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour un homme comme Aristote, c’est Athènes qui est la cité modèle. C’est là aussi où se décident les guerres à entreprendre. Et, donc l’espace politique, c’est éminemment l’espace de la parole, l’espace du discours, l’espace de la rhétorique. Les grands hommes politiques sont des hommes de la parole, des avocats, des légistes. Donc, c’est réservé aux hommes libres qui exercent leur liberté par l’usage de la parole, mais  d’une parole qui est échangée avec les autres. Il n’y a pas une parole qui s’impose. Ce n’est pas une parole, qui vient, comme dans certains Etats,  des aristocrates, des gens riches, des gens qui monopolisent le pouvoir. Le pouvoir est commun et le pouvoir dépend de l’éloquence de chacun, de la persuasion  qui va réussir à se communiquer des idées, à les rendre communes, à faire que l’idée de chacun devienne l’idée de tous. Et alors, elle s’impose comme loi. Voilà donc, ce qui était la construction, comment Aristote comprend l’homme comme animal politique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • 2<sup>ème</sup> point : alors, où en est-on sur le plan politique dans l’Eglise d’aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est la liberté politique ? Quelle est la liberté de la parole ? Quelle  liberté de décision est laissée aux fidèles ? Voila les questions que cela nous pose.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise du 19<sup>ème</sup> siècle s’est définie face aux Etats comme une société parfaite, c’est-à-dire, disposant absolument de tous les pouvoirs qu’il y avait dans les Etats. Je rappelle qu’à ce moment là, il y avait encore un Etat du Vatican, qui est un Etat de l’Eglise, il y avait des Etats de l’Eglise en Italie, où le pape était en même temps souverain temporel qui traitait à égalité avec les autres souverains. La papauté imposait son propre idéal politique. Alors, l’Eglise se définissait comme une société parfaite, c’est-à-dire dotée de tous les pouvoirs. L’Eglise a voulu s’affirmer comme société parfaite en voyant combien l’idée démocratique gagnait du terrain en Europe où beaucoup d’Etats monarchiques devaient laisser au moins les aristocrates ou les hommes plus riches élaborer des constitutions et donc reconnaître une certaine liberté aux autres. C’était aussi l’époque où tous les Etats monarchiques étaient menacés par l’idée démocratique c’est-à-dire par l’idée que le pouvoir appartient au peuple. Pour la papauté, c‘était une idée tout à fait irréligieuse car le pouvoir vient de Dieu. Il ne monte pas du peuple, il descend de Dieu. La papauté était persuadée que l’aspiration démocratique allait entraîner l’Europe dans le chaos politique, de telle sorte qu’un jour, tous les Etats se retourneraient vers l’Eglise et l’Eglise tenait à donner l’exemple d’être la société parfaite. Une société parfaite, c’était une monarchie absolue de droit divin, un tout petit peu tempérée par le collège des cardinaux. Et donc, le pouvoir appartient exclusivement à la succession apostolique des évêques, successeurs des Apôtres. C’est un pouvoir sacré, réservé aux personnes consacrées. Rappelez-vous que les rois étaient aussi sacrés, une sacralisation reçue du pape, qui marquait bien que le roi ou l’empereur était l’oint du Seigneur, c’est-à-dire tout proche de Dieu. Il avait reçu l’onction. Et donc pour l’Eglise, la démocratie s’oppose au droit divin, selon lequel tout pouvoir vient de Dieu, le droit révélé. D’où l’Eglise ne veut pas de démocratie sous quelque forme que ce soit, par exemple l’idée ce que l’on a appelé un moment le présbytérianisme, où le pouvoir serait aux mains de l’assemblée des prêtres ; ou encore l’Eglise a combattu l’idée que le concile œcuménique serait supérieur au pape. C’est ainsi que s’est construite, l’idée de la primauté pontificale.</p>
<p style="text-align: justify;">Vatican II a apporté bien des adoucissements à cette vision des choses, c’est certain. Il y a des aménagements qui sont entrés dans le droit canon, ce n’est pas niable. Par exemple, il y a des laïcs qui sont entrés dans les conseils pastoraux. Vatican II a fortement invité tous les évêques et les curés à faire appel au conseil des laïcs, à faire entrer des laïcs dans leurs conseils. J’ai bien dit conseil… je n’ai pas parlé de la prise de décision ; le conseil, la réflexion, mais c’est déjà quelque chose ! Le droit canon reconnaît un droit d’association aux laïcs, à condition qu’ils se déclarent, bien entendu. Il n’empêche que la question se pose : est-ce que le chrétien jouit, dans l’Eglise, de droits citoyens comparables à ceux dont il jouit dans la société civile ? On peut se poser la question. On y répond d’ailleurs assez vite.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a l’inégalité qui tient à la consécration. Le pouvoir appartient aux clercs depuis l’institution de la distinction entre laïcs et clercs qui remonte au début du III<sup>ème</sup> siècle, avec ce qu’on appelle la tradition apostolique d‘Irénée, qui n’a rien d’apostolique d’ailleurs. Mais, c’est le moment où l’on a commencé à imposer les mains à des personnes qui avaient, seules, le droit de participer à la liturgie. Donc, une inégalité hommes &#8211; femmes, puisque l’Eglise ne permet pas aux femmes d’accéder à la consécration. Est-ce que cet accès à la consécration  sacerdotale serait le seul moyen de rétablir des droits politiques dans l’Eglise ? A vous encore d’y réfléchir. Mais il est certain que l’inégalité homme &#8211; femme devient de plus en plus choquante dans un monde dont l’évolution se caractérise, inversement, par la participation de plus en plus grande des femmes à tous les échelons du pouvoir, du pouvoir politique comme du pouvoir industriel. Donc, au regard du monde sécularisé, le chrétien ne jouit pas, dans l’Eglise, des prérogatives et des libertés qui sont considérées comme constitutives des droits humains dans le société civile. Le chrétien n’est pas un individu majeur. Il est encore mineur. La femme encore plus. Et cela contribue très fortement à la séparation du monde et de l’Eglise, et contribue très fortement à la perte de crédibilité du langage théologique. Et même quand nous considérons les très belles avancées de Vatican II, en direction du monde moderne, il est certain que ces avancées sont réelles, très réelles, mais que le langage de l’Eglise n’est pas crédible, vu qu’elles ne sont pas appliquées à l’intérieur de l’Eglise, qu’il n’y a pas de liberté de parole dans l’Eglise, que les fidèles ne participent pas à l’organisation de la cité chrétienne, de la cité ecclésiale et que les femmes sont traitées à inégalité avec les hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • Voyons, maintenant, le 3<sup>ème</sup> point : quelles idées pouvons-nous trouver dans l’Evangile pour cela ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">En fait, je m’en tiendrai à Saint Paul, sans oublier que Saint Paul a tiré toutes ses idées de la méditation de la croix du Christ. Je vous renverrai à deux textes.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, quelle est la citoyenneté chrétienne d’après Paul ? Il emploie le mot « citoyenneté ».</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord  Éphésiens 2,11-17. Pour Paul, l’acte de naissance du christianisme, c’est l’acte politique de Dieu d’accorder aux païens le droit de cité en Israël. C’est-à-dire, la participation à toutes les prérogatives qu’il avait accordées au peuple élu. Et donc, la participation à l’élection elle-même, à l’élection qui ne dépend donc plus de la loi religieuse mais qui est étendue à tous les païens. Une élection qui vient directement de la volonté de Dieu d’être et de se comporter non pas comme le Dieu d’un peuple particulier, mais comme le père universel de tous les hommes. Et comment cela ? Et bien, dit Saint Paul : Dieu était sur la croix de Jésus se réconciliant le monde. Or, de cette réconciliation, Paul nous donne une compréhension qui dépasse de beaucoup la notion sacramentelle de réconciliation, c’est-à-dire de libération des péchés. Saint Paul entend le mot « réconciliation » dans un sens politique. C’est d’abord la réconciliation, dit-il, du grec et du juif qui étaient ennemis. Ennemis, puisqu’aux yeux du juif, le païen était réputé ennemi de Dieu, et donc, en tant qu’idolâtre, voué à la damnation. Il n’avait pas part aux promesses de Dieu. Et Dieu, dit Saint Paul, sur la croix signe un traité de paix entre le grec et le juif pour faire des deux, un seul peuple, un même peuple.</p>
<p style="text-align: justify;">Suite de ce texte : Éphésiens  2,18-22. Il découle de cette initiative politique de Dieu, de ne plus vouloir être le Dieu d’un seul peuple mais le Dieu de tous les peuples. Il résulte de cet acte politique de Dieu, l’égalité de tous les chrétiens comme droit de citoyenneté quelle que soit leur origine, qu’ils soient juifs ou qu’ils soient grecs, c’est-à-dire païens d‘origine. Ils sont tous égaux et Paul dit aux Ephésiens qui sont des chrétiens d’origine grecque donc païenne : vous êtes les concitoyens des saints. Qui sont les saints ? Les saints étaient les chrétiens de Jérusalem qui se disaient « saints » parce qu’ils étaient circoncis. Ils portaient le sceau de l’Alliance dans leur chair. Donc ils étaient sacrés, consacrés, et Paul leur dit : il n’y a pas d’inégalité à cet égard. Vous êtes les concitoyens des saints, à égalité avec ceux qui sont d‘origine juive.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut le grand débat aux origines de l’Eglise. Pouvait-on baptiser des incirconcis ? Pouvait-on tolérer que des chrétiens d’origine païenne qui refusent la circoncision soient considérés comme des chrétiens à part entière, comme des saints, au même titre que ceux qui portent, dans leur chair, la marque même de la sainteté ?</p>
<p style="text-align: justify;">Donc tous les chrétiens sont égaux en droit et en dignité. Tous les membres de l’Eglise, quelle que soit leur origine, contribuent à construire la cité chrétienne. Et le mot est employé par Paul. Ils contribuent à construire la cité chrétienne par leurs échanges entre eux et donc, avant tout, en se reconnaissent frères et en partageant les mêmes droits et les mêmes prérogatives. Cela n’exclut pas qu’il y ait dans la cité chrétienne des pouvoirs de gouvernement ou d’enseignement. Il dit, il y a des apôtres, il y a des prophètes, il y a une diversité de fonctions, mais il y a une égalité foncière, essentielle, entre tous les chrétiens. Et vous voyez cela dans 1 Cor 12 où il montre comment il y a une grande diversité d’offices à l’intérieur de l’Eglise, mais chacun a son office, chacun a une fonction à exercer. Ces fonctions sont différentes, mais toutes coopèrent, également, avec la même dignité, à la construction de l’ensemble. Donc les chrétiens sont invités à mener une vie politique au sens d’Aristote, c’est-à-dire à veiller à leur « être  avec ».  C’est « l’être avec » de chaque chrétien avec les autres qui est constitutif de cette société. Vous pourrez lire aussi ce que dit Paul dans 1 Cr 14 où on voit<strong> </strong>l’importance qu’il accorde à la parole. Toutes les fonctions, à ce moment-là, sont avant tout, des fonctions de parole. Paul dit qu’il n’a pas été, lui, appelé à baptiser, mais à enseigner l’Evangile. Donc, il y avait dans l’Eglise chrétienne &#8211; c’est un phénomène très caractéristique &#8211; une effusion de parole due à l’effusion de l’Esprit Saint. Ce sont des phénomènes qui nous paraissent peut-être un peu bizarres mais qui se passaient sans doute dans des sociétés religieuses de l’époque, des phénomènes de glossolalie &#8211; parler en langues &#8211; d’extases, de visions auxquels les chrétiens attachaient beaucoup d’importance, qui étaient peut-être la marque sentimentale de leur joie d’être sauvés par le Christ, d’entrer dans l’Eglise du Christ, mais dont Paul se méfiait beaucoup. On voit Paul, non pas restreindre la liberté de la parole, mais demander à ce que cette parole soit intelligible, qu’elle soit communicable, donc qu’elle soit rationnelle. Et notamment, sa critique du « parler en langues » qui est pratiqué dans les communautés charismatiques de nos jours. Paul leur dit :  mais voyons, si un étranger, un païen,  entre dans nos églises &#8211; ce qui montre bien qu’il y avait un peu d’osmose, et que beaucoup de païens fréquentaient les réunions chrétiennes pour voir un peu ce qui s’y passait, du moins, à partir du moment où ces communautés chrétiennes se réunissaient à part, en dehors de la synagogue &#8211; qu’est-ce qu’il va dire ? Il ne va rien comprendre. Il va dire vous êtes des fous. Et donc, Paul préconisait une parole raisonnable, une parole communicable, donc un véritable échange de la parole, non pas simplement des murmures adressés à la divinité.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voulais attirer votre attention sur le fait que les communautés chrétiennes se sont caractérisées par une grande explosion de parole, une communication de la parole. Et c’est pourquoi il fallait de temps en temps que l’Apôtre la tempère. Mais tout le monde avait le droit à la parole et cela venait de l’Esprit Saint. Et c’était cet échange de parole qui fabriquait la concitoyenneté chrétienne. Et donc l’Esprit libère la parole. Tous ont le droit à la parole et Paul préconise, par-dessus tout, même au-dessus de la parole prophétique, une parole d’interprétation. Qu’est-ce que c’est que l’interprétation sinon le discernement critique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais ensuite vous inviter à réfléchir à la grande loi paulinienne, qu’il exprime à plusieurs reprises de différentes façons dans 1 Cor 12,11 et dans l’épître aux Galates 3,38. Cette loi qui s’énonce ainsi : il n’y a plus ni juifs et grecs, ni hommes libres et esclaves, ni masculin et féminin, vous êtes tous un dans le Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors c’est là où Paul apparaît comme le fondateur de la société ouverte. Non, je ne prétends pas que Paul était un féministe, mais non, il ne l’était pas, il n’était pas un anti-esclavagiste, et non, il ne l’était pas. Il était de son temps. Il avait les idées limitées de son temps. Il ne supprimait pas les différences mais ne voulait pas que des différences deviennent des divisions dans l’Eglise. Essentiellement cela : il ne voulait pas qu’elles nuisent à l’unité du corps social de l’Eglise. Il enseignait le respect de tous. Or la société païenne était une société très cloisonnée, avant tout cloisonnée par les lois religieuses. Chaque cité a sa divinité, a ses dieux, même plusieurs et le pouvoir patriarcal est un pouvoir en quelque sorte divin que le père de famille ou le chef de tribu exerce sur tous les siens ; et les magistrats eux-mêmes ont tous un caractère plus ou moins sacerdotal. Donc Paul est le fondateur de la société ouverte en tant qu’il contribue à changer une politique qui était fondée sur la discrimination religieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • D’où la question qui est le 4<sup>ème</sup> point de cette 2<sup>ème</sup> piste : comment reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je vous laisserai encore, là, le soin d’y répondre vous-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment les chrétiens peuvent-ils arriver à tenir une parole responsable dans l’Eglise ?   Comment faire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il est certain que l’Eglise n’entend pas laisser, par exemple, ses dogmes et ses pratiques religieuses, et les abandonner à la libre initiative des fidèles. On ne peut oublier que l’Eglise est un Etat de droit, comme on aime à le dire de nos jours. C’est-à-dire qu’elle est fondée sur une écriture, une tradition. On pourrait rappeler que, pendant très longtemps, la coutume était d’élire les évêques. Les évêques étaient élus par leur communauté. C’est quand l’administration de l’Eglise s’est modelée sur l’administration impériale après la conversion de Constantin, c’est à ce moment-là que toute la vie de l’Eglise a changé et qu’elle est devenue beaucoup plus hiérarchique et centralisée etc.</p>
<p style="text-align: justify;">La hiérarchie ecclésiastique se dit dépositaire du droit divin, de l’écriture et de la tradition, mais cela ne devrait pas empêcher les catholiques, les chrétiens, les fidèles, d’exercer une fonction interprétative.</p>
<p style="text-align: justify;">La tradition a toujours été une innovation incessante qui reflète beaucoup des évolutions culturelles des sociétés où les laïcs ont eu leur importance. Comment se fait-il, par exemple, que la pénitence privée a succédé, au XI<sup>ème</sup> siècle, à la pénitence publique ? Parce que les chrétiens ne voulaient plus de la pénitence publique, ne voulaient plus s’y soumettre, et alors l’Eglise a évolué pour cette raison-là. Comment les laïcs pourraient-ils exercer une fonction interprétative ? Comment concevoir des droits de citoyenneté, de concitoyenneté dans l’Eglise. Il faut se rappeler, bien sûr, que Paul ne prônait rien tant que l’unité de la foi. Autrement dit, aucun chrétien ne peut prétendre imposer sa parole à d’autres. Aucun groupe chrétien ne peut l’imposer aux autres groupes chrétiens. Il faut avoir le souci de l’unité, d’un certain consensus. Alors, il ne faut pas s’attendre à ce que les évêques, d’eux-mêmes, donnent la liberté de la parole aux chrétiens. Il ne faut pas rêver. Il y a des évêques qui, de plus en plus, consultent, oui, mais il ne faut pas oublier non plus que l’épiscopat, c’est la chaîne historique qui nous rattache aux origines chrétiennes. C’est à ce titre que je tiens au symbole des Apôtres, non pas pour refuser aux chrétiens ou à des groupes chrétiens de se faire des credo particuliers. Mais c’est le lien qui nous rattache à l’événement historique de Jésus-Christ, à la révélation historique de Dieu en Jésus-Christ. Le symbole des Apôtres rappelle que Jésus était un homme de l’histoire et que l’Esprit Saint vient de lui, l’Esprit Saint qui forme la communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce propos, je le dis en passant, dans le symbole des Apôtres,  quand on dit : « je crois à l’Eglise » , c’est l’Eglise eschatologique, c’est-à-dire l’Eglise céleste, l’Eglise réunie par l’Esprit Saint. Et donc, la signification est très différente de l’article concernant l’Eglise dans le symbole de Nicée Constantinople, où il s’agit là de l’Eglise terrestre.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc les chrétiens peuvent revendiquer le droit d’exercer la responsabilité de leur « vivre ensemble » en l’Eglise. Et aucune autorité religieuse ne peut les empêcher de prendre la responsabilité de leur « être chrétien » dans le monde, de leur « être avec les autres » dans le monde. Encore doit-il prendre aussi ses responsabilités sur la base d’une lecture commune de l’Evangile, d’une interprétation collective de l’Evangile pour voir comment vivre en chrétien dans le monde et comment vivre dans l’Eglise en « être politique » c’est-à-dire en être libre. Comment vivre la vie de l’Eglise dans des communautés de partage de la parole évangélique ? Là, je crois que vous savez faire. Vous avez là un savoir-faire à répandre, en évitant d’effrayer les autres. Hélas, tous n’aspirent pas à la même liberté, c’est ça qui est triste. Il faudrait rendre attractive la liberté à laquelle nous, nous aspirons et que nous essayons de prendre. Mais transformer de plus en plus la vie en Eglise, non pas en réunions cultuelles mais en communautés de partage de la parole évangélique. Ce partage incluant le partage du pain, comme ça se faisait au début de l’Eglise. Partager la parole, c’est ainsi que, peu à peu, les fidèles pourront prendre et exercer des droits de citoyenneté dans l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il y a là, donc, un vaste champ de réflexion en se disant et en essayant de faire comprendre aux autorités de l’Eglise, que l’Eglise ne sera respectée dans le monde que dans la mesure où elle apparaîtra, elle-même, comme un espace de vie et de liberté politiques. Tant qu’elle n’apparaîtra pas ainsi, alors elle apparaîtra comme une secte religieuse où c’est le rite qui domine tout. La chance de l’Eglise de répandre l’Evangile dans le monde, c’est de montrer, elle-même, qu’il y a, dans l’Eglise, une liberté de parole, d’échange de parole, de construction d’une parole chrétienne</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Et j’arrive à ma 3<sup>ème</sup> piste de réflexion</span> : <span style="text-decoration: underline;">annoncer l’Evangile en terme de sens de la vie humaine. </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> • </strong><strong>Sens ou salut ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est une question qu’on doit se poser quand on cherche dans quels domaines pourrait s’exercer le droit des fidèles à une parole responsable. Faut-il la définir par l’accès au salut  ou par l’accès au sens que l’Evangile donne à la vie humaine ?</p>
<p style="text-align: justify;">Si nous voulons la répandre comme un accès au salut éternel où l’épiscopat dira : l’accès au salut éternel vient directement de la révélation, dont le dépôt nous a été confié à nous, évêques. Alors peut-être faudrait-il se transporter, pour acquérir cette liberté de parole, dans le domaine du sens.</p>
<p style="text-align: justify;">Définir le sens que l’Evangile donne à la vie humaine. Alors, quel rapport y a-t-il entre le sens et le salut ? Grave question que nous pouvons nous poser. Où situons-nous notre foi, de préférence ? Dans le salut ou dans le sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">Un historien du 18<sup>ème</sup> siècle faisait remonter la perte de vitalité des églises au 18<sup>ème</sup> siècle, à ceci que l’Eglise ne savait que parler des fins éternelles, spécialement en inspirant la peur, à une époque où les gens commençaient  à s’intéresser de plus en plus aux fins temporelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce que l’Eglise s’intéresse aux fins temporelles ? Est-ce que notre foi chrétienne est intéressée à définir, à déterminer les fins temporelles qui évoluent, bien sûr toujours, à travers le temps et l’espace ?</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxième petite anecdote : avant-hier,  j’écoutais, la nuit, un débat sur France Culture où il y avait des sociologues de la religion qui débattaient autour d’un sondage d’opinion qui a du être publié hier ou avant-hier par le journal « La Croix », sur la pratique chrétienne tombée à 5%. Des sociologues disaient « <em>l’Eglise ne sait</em> <em>que parler en terme de salut, ça n’intéresse plus personne </em>». Ils pensaient au salut &#8211; la vie éternelle &#8211; la vie dans l’au-delà ; on a le temps de voir. Moi je n’ai plus grand temps ! Ils demandaient pourquoi ne s’intéresse-t-on pas à la recherche du sens ? Est-ce que l’Eglise est capable de parler en terme de sens, le sens de la vie conjugale, le sens des affaires, le sens de l’économie : où va l’économie, le sens de l’histoire, l’accueil des étrangers etc… parler en terme de sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">Une question à laquelle vous pourrez réfléchir : est-ce qu’un discours du sens pourrait se substituer, chez les chrétiens, au discours du salut ? Je ne dis pas l’éliminer, mais en prendre la place. Est-ce qu’un discours du sens pourrait se présenter comme un discours du salut ? Ou, en termes inverses, présenter le discours du salut en terme de sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • C’est là où je voudrais dire, 2<sup>ème</sup> point, qu’un discours du sens a bien été tenu au Concile Vatican II.</strong> Il a été tenu dans le document appelé « <em>Gaudium et spes </em>».  C’était l’un des documents qui a été le plus contesté. Déjà au terme du Concile, il faisait peur. Quand on disait que l’Eglise devait s’ouvrir au monde &#8211; j’ai lu ça dans les carnets du Père de Lubac &#8211; tout le monde comprenait qu’il fallait s’ouvrir à l’athéisme et au bolchevisme, ce qui faisait encore plus peur que l’athéisme. Le Père de Lubac, lui-même, malgré son ouverture d’esprit, craignait beaucoup ce discours de l’ouverture du sens. Il racontait comment il avait entendu le Cardinal Marty expliquer comment l’Eglise devait s’ouvrir au monde. Et, n’en pouvant plus, il est allé le trouver dans un couloir, pour lui dire : « mais enfin, Eminence, est-ce que vous ne vous rendez pas compte que vous êtes en train de dire qu’il faut se convertir à l’athéisme et au bolchevisme ». Alors de Lubac dit : le cardinal m’a écouté d’un regard plein de bonté (phrase superbe !), visiblement sans rien comprendre et il m’a embrassé et il est parti.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est la nouveauté de Vatican II ? Pour moi, la grande nouveauté de Vatican II, c’est bien «<em>Gaudium et Spes </em>» où l’Eglise a reconnu toutes les libertés que, depuis 2 siècles, s’était donné le monde sécularisé contre l’Eglise. Toutes ces libertés que l’Eglise du XIX<sup>ème </sup>siècle n’avait pas cessé d’anathématiser et de repousser, comme le droit, notamment très caractéristique, à la liberté de la foi, le droit à la liberté de parole. Vatican II a salué la dignité de la personne humaine. Il a voulu tenir au monde un langage nouveau. Il a dit que l’Eglise voulait se mettre au service du monde pour aider le monde à se procurer les biens auxquels il aspirait, qui sont des biens temporels, des biens spirituels. L’Eglise s’intéressait aux fins temporelles de l’humanité, enfin, enfin ! Pas uniquement aux fins éternelles. L’Eglise commençait là, à Vatican II, à  insérer le salut dans la recherche du sens. C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, la société humaine qu’il faut renouveler. Alors, bien sûr, le Concile parle encore en terme de salut : « <em>qu’il faut sauver </em>», mais la référence au renouvellement de la société humaine montre bien qu’il dépassait le salut religieux tel qu’il est compris par la pratique religieuse ou des croyances religieuses. Il montrait bien qu’il s’agissait de repenser et de renouveler la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs le titre de l’exposé préliminaire de ce document intitulé « <em>Gaudium et Spes</em> », c’est-à-dire «<em>l’Eglise dans le monde de ce temps</em> ». Donc il s’agissait du sens de l’histoire, s’intéresser à la condition humaine. C’était donc une invitation adressée à tous les laïcs chrétiens, ceux qui participent le plus directement à la vie dans le monde. L’invitation adressée à ces laïcs, à tenir à leurs concitoyens du monde, un discours du sens, inspiré par l’Evangile. Alors, ce discours du sens peut-il vraiment être tenu comme un discours de salut devant Dieu, de salut éternel ?  C’est la réflexion à laquelle je m’attache en ce moment, en tant que théologien. Pour moi, c’est la parole que l’Eglise doit tenir. Elle ne peut pas tenir une parole universelle si elle se contente de dire : revenez adorer Jésus Christ dans nos églises. Si elle veut inviter les hommes vraiment au salut, et bien, il faut tenir un discours du sens.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quel rapport y a-t-il entre le sens et le salut ? Pour moi, et là, je prends position comme théologien, cela est lié au rapport entre l’ordre de la création et l’ordre du salut. Qu’est-ce que Dieu veut sauver ? Pour moi, Dieu ne veut pas sauver des individus. Dieu veut sauver l’humanité comme totalité. Dieu veut sauver ce qu’il a créé, car il a créé l’homme pour la liberté. Il a créé l’homme à son image. Il l’a créé pour le bonheur, pour participer à son bonheur à lui-même. Mais ce que Dieu veut, c’est l’unité de l’humanité. « <em>Qu’ils soient tous un </em>», c’est le testament de Jésus (Jn 17,21).</p>
<p style="text-align: justify;">Que veut Dieu ? Le salut pour lui, c’est celui d’une humanité réconciliée, puisque Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde, dit Saint Paul (2Cor5,19). Et Paul dit que, dans le Christ, est apparue une nouvelle création (2Cor5,17). La création nouvelle, la création qui se fait dans le Christ, c’est l’humanité rassemblée dans le pardon mutuel, rassemblée dans la fraternité, unifiée à l’image de Dieu. Donc, tout ce qui va dans le sens de l’humanisation de l’homme, de l’humanisation de la nature, de l’humanisation de la société, de l’humanisation de l’économie etc., tout ce qui va dans le sens de la réconciliation des hommes entre eux, des classes sociales entre elles, des riches et des pauvres, des peuples entre eux, tout ce qui va dans ce sens, le sens de la paix, de la fraternité, de la réconciliation, tout cela va dans le sens du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que Dieu veut des hommes ? Qu’ils s’aiment les uns les autres. Qu’ils se pardonnent mutuellement leurs offenses. Voilà la seule loi du salut que Jésus nous a donnée et, c’est ainsi que Dieu, au terme de l’histoire, appelle l’humanité à entrer dans son bonheur, dans sa béatitude. L’humanité sauvée, c’est une humanité réconciliée et cette réconciliation se fait dès maintenant quand nous travaillons à l’humanisation de l’homme. Quand nous travaillons à l’humanisation de l’homme, nous travaillons au salut de l’humanité.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Joseph Moingt</strong></p>
<p style="text-align: right;">Paris – 27 mars 2011</p>
<p><strong>A lire </strong>:</p>
<p>« <em>Croire quand même – Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme </em>», Joseph Moingt, Ed. Temps Présent, Coll. « <em>Semeurs d’Avenir </em>», Nov. 2010, 248 pages, 19 €.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CroireLivreJ.Moingt.jpeg"><img class="size-full wp-image-4748 aligncenter" title="CroireLivreJ.Moingt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CroireLivreJ.Moingt.jpeg" alt="" width="225" height="225" /></a></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.nsae.fr/2011/07/13/l%e2%80%99humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/feed/</wfw:commentRss>
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		</item>
		<item>
		<title>Le souffle pour tous</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/06/10/le-souffle-pour-tous/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2011/06/10/le-souffle-pour-tous/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 12:07:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[« 1Lorsqu’arriva la fête de la Pentecôte, ils étaient tous réunis. 2Un bruit soudain se fit entendre dans le ciel, comme une violente rafale, et il remplit toute la maison où ils se trouvaient. 3Ils virent comme un feu qui se divisait, et sur chacun d’eux se posait une des langues de ce feu. 4Tous furent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GiottoPadoue.jpeg"><img class="size-full wp-image-4562 aligncenter" title="GiottoPadoue" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GiottoPadoue.jpeg" alt="" width="233" height="216" /></a></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>« <sup>1</sup>Lorsqu’arriva la fête de la Pentecôte, ils étaient tous réunis. <sup>2</sup>Un bruit soudain se fit entendre dans le ciel, comme une violente rafale, et il remplit toute la maison où ils se trouvaient. <sup>3</sup>Ils virent comme un feu qui se divisait, et sur chacun d’eux se posait une des langues de ce feu. <sup>4</sup>Tous furent remplis de l’Esprit Saint et ils se mirent à parler en d’autres langues dans lesquelles l’Esprit leur donnait de s’exprimer.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><sup>5</sup>Il y avait alors à Jérusalem des Juifs de passage, des croyants issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. <sup>6</sup>Et ces gens, quel que soit leur dialecte, les entendirent s’exprimer dans leur propre langue, car le bruit qui s’était produit avait attiré la foule. Ils n’en revenaient pas !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><sup>7</sup>Ils étaient stupéfaits, étonnés : « Ce sont tous des Galiléens, disaient-ils, et voyez comme ils parlent ! <sup>8</sup>Chacun de nous les entend s’exprimer dans sa propre langue. <sup>9</sup>Que nous soyons  Parthes ou Mèdes ou Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée ou de Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de <sup>10</sup>Phrygie et de Pamphylie, d’Egypte ou de Libye en allant sur Cyrène, <sup>11</sup>que nous soyons des Juifs installés à Rome ou des prosélytes, des Crétois ou des Arabes, nous les entendons proclamer dans nos diverses langues les merveilles de Dieu ! » </em></strong>(Actes 2,1-11).<span id="more-4561"></span></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Alors qu’est-ce que cela veut dire ? </em>» Tous ces peuples, juifs ou sympathisants, peuples venus du monde connu, pas toujours en paix entre eux, qui malgré les brigands, le coup de barre des hôteliers, le prix du voyage, n’avaient pu arriver là que par la bonne volonté de la police impériale. Peuples soumis, qui n’avait plus la force de résister après les guerres, et dont le seul cri possible était de venir, par intérêt, par religion, à Jérusalem. Le dernier espoir. Peuples qui ne comptaient pas, tenus pour rien. Voilà le tableau de fond. Ces gens ne savent plus où aller si ce n’est sur la terre de leurs ancêtres. Ils n’espèrent plus, mais ils rêvent d’un héros, d’un Messie, d’un libérateur qui, d’un coup de baguette magique comme on gagne à la loterie, leur donnerait tout ce qu’ils désirent. Le pire de l’esclavage est d’attendre que le salut vienne d’ailleurs, sans nous. Sans nos mains, sans nos têtes, de manière infantilisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà l’Esprit, l’inattendu. Il arrive comme un coup de vent. Ce vent qui avait soufflé aux portes de l’Egypte pour tracer une route à Moïse et à son peuple. C’est un vent qui entraîne et qui indique une route à prendre. Avec ces flammes, qui représentent déjà la lumière qui brille en chaque peuple. Cette clarté que bien souvent les peuples ignorent, parce qu’on ne leur laisse pas le temps de la voir, cette flamme qui brille en tout être. Cette étincelle que Dieu a déjà lancé dès l’origine dans le coeur de chacun, qu’il le sache ou non, qu’il le veuille ou ne le veuille pas. L’homme est plus grand que ce qu’il pense de lui-même. Personne ne peut mesurer l’homme. Il suffit de se laisser porter par cette lumière que nous avons à partager les uns avec les autres. A ce titre-là, nous ne sommes pas simplement une Eglise qui donne, mais tout autant une Eglise qui reçoit. Elle va recueillir la part de lumière, de courage, de vérité qui est inscrite au plus creux des peuples et des êtres, mêmes esclaves, mêmes dédaignés.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: center;">*       *</p>
<p style="text-align: justify;">Le travail, il revient aux apôtres de le faire ! L’Esprit a ouvert la porte. Il donne le souffle. Maintenant il faut partir. Il a retiré les barrières entre le petit groupe de disciples apeurés (les « derniers des Mohicans », ou plutôt le club des retraités des amis de Jésus-Christ) et les peuples. L’Esprit remet aux apôtres leur responsabilité. Voici que d’un seul coup, il n’y a plus de portes, plus de fenêtres. Les disciples sont dehors et ils parlent. Ils traitent les gens de cette foule, qui ne comprend pas ce qui s’est passé, en égaux. Ils les traitent en partenaires, en hommes avec lesquels on peut parler. Le premier travail des disciples donne une indication pour notre société et notre monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour faire ce travail, l’Esprit a choisi des hommes très ordinaires. Il n’y a pas de savants parmi eux, il n’y a pas de gens d’expérience. La plupart étaient des pêcheurs, le plus instruit était percepteur d’impôts dans un canton de basse-Galilée. Ce qui veut dire que tout homme est capable d’apporter aux autres. On ne peut pas mesurer la qualité d’un homme à ce qu’il produit. Dieu, pour faire son oeuvre, prend les gens les plus ordinaires, comme David qu’il va chercher derrière son troupeau, les pêcheurs au bord du lac, la petite veuve avec ses deux sous, et puis nous. C’est l’indication qu’on ne mesure pas l’homme autrement que par la disponibilité qu’il donne et qu’il rend pour rencontrer les autres. Parce que le travail en cause n’est pas simplement question de production, ni simplement de rentabilité. Sinon ce travail devient un esclavage qui déshumanise. Le vrai travail consiste à faire de l’humanité. Le vrai travail est de construire entre les hommes les conditions qui leur permettent d’être ensemble un peu plus humains, un peu plus frères, un peu plus vrais. Lorsqu’on blesse ce travail, par des cadences excessives qui déshumanisent, par des horaires hachés, par la captation des produits du travail, on déshumanise l’humanité. Un des grands paradoxes de notre temps est qu’alors que nous avons des possibilités techniques considérables, nous les utilisons de manière à déshumaniser ceux qui sont chargés de les mettre en oeuvre. C’est le contraire de la Pentecôte.</p>
<p style="text-align: justify;">Par conséquent nous ne pouvons pas laisser le travail devenir inhumain pour être mis au profit de quelques-uns mais au détriment des autres. Tous ont droit à la parole le jour de la Pentecôte. C’est le signe que Dieu traite chacun avec le maximum de respect et de dignité. Nous sommes les serviteurs de cette dignité-là.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: center;">*        *</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de là, une espérance se lève. Nous avons raison de résister et de dire non. Parce qu’il n’y va pas simplement de nos intérêts personnels ou corporatistes. Il y va de cette vision de l’homme que Dieu avait en main, lorsqu’il l’a façonné à son image. On ne pas dédaigner l’homme et honorer Dieu. C’est contradictoire.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Tout homme qui crie vers le Seigneur sera sauvé </em>» Lorsqu’on résiste, c’est qu’on espère. Mais l’espérance c’est continuer, c’est créer, c’est partir, c’est inventer, c’est se battre pour que, si humble que nous soyons, quelque chose de la Pentecôte ait lieu. Vous savez, les semences sont toujours minuscules au départ. La moisson ne nous appartient probablement pas. Mais notre honneur et notre charge est de semer.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce moment-là, quand un homme est respecté, quand son travail peut être humanisé, quand il se remet debout, le salut est donné. Nous en sommes les ouvriers. La Pentecôte est là comme le signe d’un salut déjà commencé. Il n’est pas une utopie, mais une espérance. C&#8217;est-à-dire qu’il est semé, en train de germer, qu’il est dans nos mains. Il faut voir ce qui lève dans le travail que Dieu nous a confié. Car si nous ne le voyons pas, le travail risque de devenir un lieu d’opposition, où l’on ferait en sorte que les pauvres se battent contre les pauvres. Nous sommes les témoins d’un salut déjà donné ; parce que nous savons que dans tout camarade de travail, il y a une part de cette vérité ; parce qu’un souffle est passé, un jour à 9 heures du matin et qu’il nous emporte.</p>
<p style="text-align: right;"><em><strong>Mgr Albert Rouet</strong></em><em> </em></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Homélie de la messe de Pentecôte</strong></p>
<p style="text-align: right;">Rencontre nationale de l’Action Catholique Ouvrière</p>
<p style="text-align: right;">Palais des congrès du Futuroscope- 23 mai 2010</p>
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		<title>Pâques : son corps a disparu !</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Apr 2011 20:41:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[1Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l&#8217;embaumer. 2Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. 3Elles se disaient entre el/es : « Qui nous roulera la pierre de l&#8217;entrée du tombeau? [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RésurectionFraAngelico2.jpg"><img class="size-medium wp-image-4193 aligncenter" title="RésurectionFraAngelico" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/RésurectionFraAngelico2-260x300.jpg" alt="" width="260" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em><sup><strong>1</strong></sup><strong>Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l&#8217;embaumer. </strong></em><sup><strong>2</strong></sup><em><strong>Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. </strong><sup><strong>3</strong></sup><strong>Elles se disaient entre el/es : </strong></em><strong>« </strong><em><strong>Qui nous roulera la pierre de l&#8217;entrée du tombeau? </strong></em><strong>» </strong><sup><strong>4</strong></sup><em><strong>Levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée… or elle était très grande. </strong></em><sup><strong>5</strong></sup><em><strong>Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d&#8217;une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. </strong></em><sup><strong>6</strong></sup><em><strong>Mais il leur dit </strong></em><strong>: « </strong><em><strong>Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n&#8217;est pas ici… voyez l&#8217;endroit où on l&#8217;avait mis. </strong></em><sup><strong>7</strong></sup><em><strong>Mais allez dire à ses disciples et à Pierre: &#8220;Il vous précède en</strong></em><strong> </strong><em><strong>Galilée… c&#8217;est là que vous le verrez, comme il vous l&#8217;a dit.&#8221; </strong></em><strong>» </strong><sup><strong>8</strong></sup><em><strong>Elles sortirent et s&#8217;enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées… et elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur. (Marc 16, 1-8)</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-4189"></span>C&#8217;est la sobriété de Marc qui m&#8217;émeut, et réellement m&#8217;évangélise. Je ne suis pas loin de penser que des notions comme celles de la finale ajoutée au Notre Père : « le règne, la puissance et la gloire », ou bien celles de majesté, de trône, de jugement, n&#8217;ont pas suffisamment été « évangélisées » et véhiculent bien trop de superbe, de suffisance, voire même d&#8217;arrogance pour refléter exactement ce que nous savons de la vie du Nazaréen, venu non pour être servi mais pour servir. Avec la Résurrection et son exaltation, le piège est redoutable. Pourra-t-on résister à la tentation de réintroduire, maintenant qu&#8217;il n&#8217;est plus là pour répondre, des images de louange et d&#8217;adulation récusées par Jésus dans son enseignement ? Autrement dit, est-ce bien « mon» Jésus qui ressuscite, humble serviteur, pétri de chair et de sang, de fatigues et de soucis, passionné pour les petits et les pauvres; oui, est-ce bien <em>lui qui va ressusciter, ou bien un tout autre, </em>surprenant, riche, magistral, immense et imprévu, oui, un tout autre? Voilà ma question : l&#8217;Évangile de l&#8217;homme de Nazareth sera-t-il confirmé ou annulé par l&#8217;arrivée d&#8217;un trop puissant Seigneur de gloire ?</p>
<p style="text-align: justify;">En tous cas, à ce titre, l&#8217;Évangile de Marc est tout à fait exemplaire. Peu de merveilleux. Pas de suffisance ni de poussée de fièvre céleste. Seulement un constat : <em>son corps a disparu. </em>Point final. « Vous cherchez Jésus de Nazareth le crucifié ; il est ressuscité, il n&#8217;est pas ici ; voilà le lieu où on l&#8217;avait déposé&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est ici l&#8217;Évangile essentiel : la disparition du corps de Jésus le jour de Pâques. Frustration générale. Depuis le soir du Vendredi, jamais plus personne n&#8217;aura le corps. Aucune mainmise. Introuvable. Intouchable. Personne au monde, jamais !  Avec un corps, même méconnaissable, on pouvait s&#8217;adapter. On pouvait le « retrouver »,  le reprendre avec nous dans nos réunions, le faire marcher à nouveau avec nous sur des routes d&#8217;Emmaüs, ou sur des plages, un matin de pêche infructueuse, bref, « <em>l&#8217;avoir encore un peu » </em>! Ne pas rester les mains vides !</p>
<p style="text-align: justify;">Comme Marie de Magdala et les autres femmes, on aurait pu l&#8217;embaumer, avec des aromates et de nobles cantiques, le ranger précieusement dans un tombeau tout neuf ou dans des liturgies très vieilles et des rites mémorables. Ou bien, qui sait, dans des auberges accueillantes lors de repas partagés, ou bien solidement cloué sur le bois. Ainsi, il<em> </em>aurait été possible de <em>« le garder un peu» </em>et de lui rendre hommage. On y aurait pensé religieusement très fort, avec ardeur, comme il se doit, toute une semaine sainte, ou deux ou trois, ou même quarante jours ! Mais voilà: son corps a disparu! <em>Avec l&#8217;Évangile de Marc, impossible de le garder « encore un peu </em>».  Rien. Rien qu&#8217;un constat : il a disparu !</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Voyez l&#8217;endroit où on l&#8217;avait mis. » </em>Y a-t-il <em>une quête possible </em>de ce corps disparu ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais que le but de Jésus n&#8217;était pas de disparaître ainsi et de nous laisser <em>les mains vides. </em>Au contraire, il voulait tout vivre en se donnant, et jusqu&#8217;au bout tout donner en vivant. Son but était d&#8217;inventer une vie nouvelle : n&#8217;être que ce que l&#8217;on donne. Par lui, l&#8217;homme était devenu possible.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais dès le début, personne n&#8217;a supporté cette manière nouvelle de vivre. Dès le programme de Nazareth, on a tenté de le jeter en bas d&#8217;un escarpement de la colline pour le tuer.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Son corps </em>? C&#8217;est là qu&#8217;il a commencé à disparaître, qu&#8217;il a commencé à s&#8217;en laisser déposséder. Un long mourir de trois ans, voilà sa vie. Une lente disparition. Une lente usure. Il était amour : il le parlait, il le vivait, il l&#8217;était. Or l&#8217;amour, c&#8217;est toujours un mourir, un mourir à soi, un don, un abandon de soi.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, il s’est trouvé presque totalement donné, dépouillé, vidé d’avoir tout donné par amour. Ainsi quand la mort est venue, elle n&#8217;avait presque plus rien à lui prendre, à lui ravir, même pas un corps. À la fin, il a mis le comble à son amour, et nul n&#8217;a pu retrouver son corps.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est tout au long de ce mourir-là de trois ans que la quête du corps disparu doit avoir lieu. C&#8217;est là qu&#8217;il faut chercher et « voir l&#8217;endroit où il a été mis ». Là d&#8217;abord.</p>
<p style="text-align: justify;">Trois ans à « <em>ne pas déjà mourir</em> » pour continuer la prédication du Royaume. Trois ans à « survivre » encore, et toujours se donner et aimer. Trois ans à <em>devoir être suscité à nouveau chaque matin</em>, et chaque matin ressuscité ; et chaque matin déjà le jour de Pâques !</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;était bien avant la fin que Jésus avait fait gagner la vie contre la mort. Bien avant la fin qu&#8217;il avait déjà marché sur l&#8217;eau et piétiné sa puissance; qu&#8217;il avait combattu la tempête et les vents ; qu&#8217;il avait relevé les morts et les pauvres ; qu&#8217;il avait libéré les lépreux et les riches ; qu&#8217;il avait célébré la fête du pain partagé au-delà du possible. Il avait déjà tous les jours montré que pardonner, ce n&#8217;était après tout que <em>donner par-dessus tout, </em>donner radicalement tout, absolument tout remettre. Depuis le début de son ministère, Pâques était là, et sa vie nouvelle. Partout c&#8217;était déjà la vie qui gagnait. « Venez voir » tous ces endroits où sa vie s&#8217;était posée et déposée pour réanimer bourgs et campagnes de Galilée et de Judée. La quête du corps disparu n&#8217;est pas terminée. Il a aussi été « mis » <em>en Galilée, </em>et là, <em>vous verrez bien qu&#8217;il y a longtemps qu&#8217;il </em>« <em>vous y précède </em>». Il s&#8217;y trouve encore tellement d&#8217;infirmes et de malades pour qui Jésus a obtenu que la vie l&#8217;emporte sur la mort !</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi cette quête du corps disparu nous raconte <em>l&#8217;histoire de l&#8217;actualité du Ressuscité, </em>parmi nous. C&#8217;est pourquoi cette quête du Ressuscité ne doit pas se faire uniquement dans l&#8217;histoire du Nazaréen, mais aussi dans la nôtre, notre actualité. Je crois en effet que le Ressuscité habite incognito notre monde, y parle, y travaille, y prie.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui,je sais que le Ressuscité vit parmi nous, non comme un roi glorieux et magnifique, mais comme un serviteur, ami des pauvres et des exclus, des petits et des oubliés. Comme avant, oui, <em>le même Jésus qu&#8217;avant </em>!</p>
<p style="text-align: justify;">Dire où se tient aujourd&#8217;hui le Ressuscité, dire précisément quels sont ses actes libérateurs : nul ne le peut à coup sûr. Mais nul ne peut ni ne doit (du moins s&#8217;il se réclame de Jésus) refuser d&#8217;essayer de répondre concrètement à ces questions difficiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Vivre Pâques aujourd&#8217;hui, c&#8217;est se mettre tous en quête du Ressuscité dans nos cités et dans nos vies.</p>
<p style="text-align: justify;">Que chacun cherche les signes de sa présence et de son intervention agissante parmi nous !</p>
<p style="text-align: justify;">La quête est délicate, aléatoire, embrouillée, risquée. Peut-être faut-il la préparer à plusieurs ?… Mais à chacun d&#8217;oser son interprétation. À chacun de s&#8217;engager, dans la crainte et le tremblement, et d&#8217;aller le rejoindre, <em>lui </em>qui nous devance toujours et toujours déjà travaille à faire gagner la vie sur la mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Croire Pâques, ce ne peut être que cela : découvrir, chacun, sur quel chantier le Vivant l&#8217;attend. Puis, y aller, parmi d&#8217;autres, proches ou différents, pour offrir un peu de son temps, de son pain, de ses muscles (le cœur aussi est un muscle) et de son espérance. <em>Bel Évangile de Marc : il a disparu, partez donc tous à sa recherche ! </em></p>
<p>Cela s&#8217;appelle l&#8217;aurore. Car Pâques, c&#8217;est toujours un matin.</p>
<p><strong>Source </strong><em>: Extrait</em><em> de </em><strong>« Mon » Jésus &#8211; Méditations sur des textes d&#8217;Evangile</strong><em>, de Louis Simon , Ed. Les Bergers et les Mages, collection &#8220;Parole vive&#8221;, 1998.</em></p>
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		<title>Deux ouvrages autour de Dom Helder Camara</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/03/04/deux-ouvrages-autour-de-dom-helder-camara/</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Mar 2011 22:27:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[« L’intuition prophétique : enjeu pour aujourd’hui », sous la direction d’André Vauchez Éditions de l’Atelier, 2011 (17 mars),  192 pages, 19 euros. Quatrième de couverture : Qu’est ce qu’un prophète aujourd’hui ? Qu’en est-il de la fonction prophétique dans le monde actuel et dans les Églises ? Déjà, en 1965, Dom Helder Camara – qui disait de lui-même : « J’appartiens beaucoup [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>« L’intuition prophétique : enjeu pour aujourd’hui »</strong><strong>,</strong></p>
<p style="text-align: center;">sous la direction d’André Vauchez</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><a href="http://www.editionsatelier.com/">Éditions de l’Atelier</a>, 2011 (17 mars),  192 pages, 19 euros.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vauchez.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3862" title="Vauchez" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vauchez.jpg" alt="" width="143" height="200" /></a></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Quatrième de couverture : </em></strong><em> </em></p>
<p><strong>Qu’est ce qu’un prophète aujourd’hui ?</strong></p>
<p>Qu’en est-il de la fonction prophétique dans le monde actuel et dans les Églises ?</p>
<p style="text-align: justify;">Déjà, en 1965, Dom Helder Camara – qui disait de lui-même : « J’appartiens beaucoup plus à la famille des prophètes qu’à celle des docteurs » – se posait la question en ces termes : « Mais qui sont les successeurs des prophètes ? » L’ambition de ce livre est de répondre à cette demande et de l’actualiser.</p>
<p style="text-align: justify;">La première partie de l’ouvrage met en évidence les principales lignes de force des courants prophétiques, depuis le Premier Testament jusqu’aux temps modernes.</p>
<p style="text-align: justify;">La deuxième partie se préoccupe de l’actualité prophétique en prise avec le monde. De Martin Luther King à la communauté Sant’Egidio en passant par Emmanuel Mounier ou l’éveil prophétique latino-américain…</p>
<p style="text-align: justify;">La troisième partie présente une réflexion d’ensemble sur les rapports entre institutions religieuses et prophétisme, rapports toujours problématiques et dont l’enjeu est plus que jamais d’actualité : <strong>qui sont les prophètes d’aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Auteurs :</em></strong><em> </em></p>
<p><strong>André Vauchez</strong>, est historien, spécialiste de l’histoire de la sainteté et de la spiritualité médiévales. Il a été directeur de l’École française de Rome et est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont, notamment, <em>François d’Assise</em> (Fayard, 2009) et <em>Christianisme, dictionnaire des temps</em>, <em>des lieux et des figures</em> (Le Seuil, 2010).</p>
<p><strong>Sylvie Barnay</strong> est maître de conférences à l’Université Paul Verlaine-Metz et chargée d’enseignement à l’Institut catholique de Paris. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont <em>La Vierge, femme au visage divin</em> (Gallimard, 2000) ; <em>Les saints, des êtres de chair et de ciel </em>(Gallimard, 2004).</p>
<p><strong>José de Broucker</strong> est biographe de Dom Helder Camara et cofondateur de l’agence DIAL (Diffusion de l’information sur l’Amérique latine).</p>
<p><strong>Avec les contributions de</strong> : Jean-François Colosimo, Guy Coq, Mgr Francis Deniau, Christian Duquoc (†), Jean-Dominique Durand, Pierre Lathuilière, Michel Leplay, Jean-François Petit, Andrea Riccardi, Mgr Albert Rouet, Robert Scholtus.</p>
<p>Une <strong><em>souscription</em></strong> à tarif préférentiel (16 € au lieu de 19 €) est ouverte jusqu’au 15 mars 2011 ; cf le bon de souscription à compléter et retourner avec le règlement : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Souscription.pdf">Souscription</a></p>
<p>Consulter la <strong><em>table des matières</em></strong> du livre : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/IntuitionProphétique-Table.pdf">IntuitionProphétique-Table</a></p>
<p style="text-align: center;">_________________________________________</p>
<p style="text-align: center;"><strong>« Guy-Marie Riobé, Helder Camara : </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>ruptures et fidélité d’hier et d’aujourd’hui »</strong></p>
<p style="text-align: center;">sous la direction de François Lefeuvre</p>
<p>Ed. <a href="http://www.karthala.com/">Karthala</a>, 2011, collection <a href="http://www.karthala.com/154-signes-des-temps">Signes des temps</a>, 276 pages, 20 euros.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/guy-marie-riobe-helder-camara-ruptures-et-fidelite-d-hier-et-d-aujourd-hui.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3865" title="guy-marie-riobe-helder-camara-ruptures-et-fidelite-d-hier-et-d-aujourd-hui" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/guy-marie-riobe-helder-camara-ruptures-et-fidelite-d-hier-et-d-aujourd-hui.jpg" alt="" width="129" height="129" /></a></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Quatrième de couverture</em></strong><strong> : </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi publier un nouveau livre sur ce qui s’est dit en novembre 2009 à Orléans, lors d’un colloque autour de deux figures de l’Église de la fin du XXe siècle : Guy-Marie Riobé, évêque d’Orléans, et Helder Camara, évêque de Recife au Brésil ? Pourquoi même un colloque autour de ces deux personnalités, alors que Mgr Riobé a disparu en 1978 et Dom Helder en 1999 à l’âge de 90 ans ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nombre de biographies ont déjà été publiées sur chacun d’eux, retraçant leur pensée, leurs actions et l’impact qu’ils ont eu sur la société de leur temps. Pourtant, depuis leur disparition, tout ce qu’ils ont pu impulser semble être oublié de nos contemporains, pour ne pas dire de l’Église qui les avait parfois contrecarrés brutalement.</p>
<p style="text-align: justify;">L’esprit et le courage qui les animaient existent encore aujourd’hui dans de petites équipes ou communautés qui agissent sur le terrain. Si les problèmes de société et de vie de foi ne sont plus les mêmes qu’il y a 30 ou 50 ans, ceux d’aujourd’hui requièrent le même esprit d’engagement inventif et la même générosité.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet ouvrage comporte des témoignages sur les deux évêques, révélant, avec le recul, des traits de leur personnalité encore inconnus. Ensuite, des témoignages soulignent la continuité des actions sur le terrain en direction des plus démunis. Pour terminer, sont publiés des textes de Riobé et de Camara qui montrent non seulement leur courageuse pertinence pour hier, mais aussi leur criante actualité pour aujourd’hui.</p>
<p><em>François Lefeuvre est président de l’Association des Amis du Père Riobé</em>.</p>
<p>Consulter la <strong><em>Table des matières</em></strong> du livre : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Sommaire.pdf">Sommaire</a></p>
<p><strong>Source </strong>: DIAL (Diffusion d’information sur l’Amérique latine) – Mars 2011</p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4910">http://www.alterinfos.org/spip.php?article4910</a></p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4909">http://www.alterinfos.org/spip.php?article4909</a></p>
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		<title>L’urgence de délégitimer l’arme nucléaire</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Dec 2010 23:25:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Lettre ouverte de Jean-Marie MULLER aux évêques de France Permettez-moi de venir dialoguer avec vous sur un sujet dont l’enjeu me semble essentiel pour l’avenir même de notre civilisation, je veux parler de l’arme nucléaire. Le 8 août 1945, deux jours après l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, un jour avant qu’une seconde bombe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Lettre ouverte de Jean-Marie MULLER</strong></p>
<p><strong>aux évêques de France</strong></p>
<p>Permettez-moi de venir dialoguer avec vous sur un sujet dont l’enjeu me semble essentiel pour l’avenir même de notre civilisation, je veux parler de l’arme nucléaire.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.M.Muller.jpeg"><img class="size-full wp-image-3466 aligncenter" title="J.M.Muller" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.M.Muller.jpeg" alt="" width="122" height="132" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le 8 août 1945, deux jours après l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, un jour avant qu’une seconde bombe ne soit lancée sur Nagasaki, Albert Camus publie dans <em>Combat</em> un article dans lequel il s’indigne des « commentaires enthousiastes » qui saluent cette performance technologique. Une telle célébration lui paraît indécente. Il résume son commentaire d’une phrase : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie<a href="file://localhost/images/blank.png">[1]</a>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les dernières années de sa vie, Georges Bernanos, dont vous connaissez l’intransigeance évangélique, n’a cessé de protester contre la bombe atomique avec toute la vigueur dont il savait être capable. Intolérant, Bernanos ? Oui, en ce sens qu’il a la conviction que « la civilisation de la bombe atomique » est intolérable et que, face à elle, l’homme raisonnable ne peut qu’opposer l’objection de sa conscience : « À un monde de violence et d’injustice, au monde de la bombe atomique, on ne saurait déjà plus rien n’opposer que la révolte des consciences, du plus grand nombre de consciences possible<a href="file://localhost/images/blank.png">[2]</a>. » En octobre 1946, il écrivait encore : « La barbarie polytechnique menaçante n’a plus devant elle que des consciences<a href="file://localhost/images/blank.png">[3]</a>. » Mais force est de reconnaître que l’appel de Bernanos à la révolte des consciences n’a pas été entendu. Les hommes – du moins le plus grand nombre d’entre eux &#8211; ne se sont pas révoltés, ils se sont habitués, résignés, accommodés, adaptés, soumis. Ils ont démissionné. Ils ont accepté l’inacceptable. Le petit nombre des hommes qui ont voulu résister ont dû subir, impuissants, la loi du grand nombre. Aujourd’hui, la prolifération des armes nucléaires fait peser sur l’humanité le risque de sa destruction. Cette course aux armements nucléaires est la résultante de multiples démissions : morales, intellectuelles, spirituelles et politiques. Pourtant, aucun d’entre nous ne peut croire que l’histoire des hommes soit soumise à la fatalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne nous y trompons pas : l’enjeu de l’arme nucléaire n’est pas d’abord militaire ; il est moral, il est politique et, en premier lieu, il est spirituel. Il est existentiel. Il ne s’agit pas d’abord de savoir par quels moyens nous devons défendre notre société, mais de savoir quelle société nous voulons défendre. Il s’agit de savoir quelles valeurs donnent sens à notre existence et à l’aventure humaine, et pour la défense desquelles il convient que nous prenions des risques. La menace de l’arme nucléaire, qui implique par elle-même le consentement au meurtre de millions d’innocents, est le reniement de toutes les valeurs d’humanité qui fondent notre civilisation. Par la préméditation du meurtre nucléaire, nous avons déjà nié les valeurs que nous prétendons défendre. Comment pourrions-nous, sans nier la dignité de l’humanité de l’homme, consentir au meurtre nucléaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le caractère criminel de l’emploi de l’arme nucléaire a été clairement dénoncé par la résolution de l’ONU du 24 novembre 1961. L’Assemblée Générale déclare : « Tout État qui emploie des armes nucléaires et thermonucléaires doit être considéré comme violant la Charte des Nations Unies, agissant au mépris des lois de l’Humanité et commettant un crime contre l’Humanité et la civilisation. » Vous conviendrez que la condamnation est sans appel. Face à la possibilité du crime nucléaire, l’humanité est sommée de se réveiller de son inconscience et de résister à sa barbarie intérieure. L’humanité, c’est-à-dire chacun de nous. Dès lors, ne sommes-nous pas mis au défi de défendre l’Humanité et la civilisation contre le crime nucléaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, la dissuasion n’est pas l’emploi de l’arme nucléaire, mais elle est l’emploi de la menace, et l’emploi de la menace comporte directement la menace de l’emploi. Dès lors que l’emploi de l’arme nucléaire serait un crime contre l’Humanité, la menace de l’emploi est déjà criminelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, la menace de l’emploi veut être dissuasive : elle a pour finalité de conduire l’adversaire potentiel à renoncer à décider d’attaquer. L’intention de l’emploi semble perdre son caractère criminel, dès lors que celui qui l’exprime recherche de ne pas avoir à passer à l’acte. C’est pourquoi, le décideur nucléaire a la conscience tranquille. Ni la méchanceté, ni la haine, qui alimentent d’ordinaire le désir du meurtre, n’animent la menace de l’emploi de l’arme nucléaire. Là se trouve le paradoxe de la dissuasion nucléaire. Mais au cœur de ce paradoxe, il y a l’immoralité absolue de l’intention de commettre le crime absolu. Ne vous arrive-t-il pas de dire qu’avoir la ferme intention de commettre le mal, c’est déjà commettre le mal ? Seuls l’aveuglement, l’irresponsabilité et l’inconscience peuvent expliquer l’accommodement qui unit les décideurs et les citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment peut-il se faire que la dissuasion, dont le ressort est la menace de l’emploi, n’ait pas été universellement condamnée comme intrinsèquement immorale et totalement inacceptable si l’emploi est un crime contre l’Humanité et la civilisation ? Par quel subterfuge, quel artifice, quel faux-fuyant, quelle échappatoire, quelle casuistique, quelle escobarderie les hommes – et au premier rang desquels les clercs, de quelque obédience qu’ils soient &#8211; ont-ils pu légitimer la préméditation d’un tel crime ? Tout simplement en déliant, en découplant, en déconnectant, en désaccouplant, en désaccordant la menace et l’emploi. En niant le rapport entre l’intention dissuasive de la menace et l’acte criminel de l’emploi. En mettant à part l’emploi.</p>
<p style="text-align: justify;">Simone Weil a décrit avec précision ce procédé de « mettre à part », de « mettre le mal à part » pour feindre de ne pas le voir et le commettre sans avoir conscience de le commettre. « On met à part sans le savoir, écrit-elle, là est précisément le danger. Ou, ce qui est pire encore, on met à part par un acte de volonté, mais un acte de volonté furtif à l’égard de soi-même. Et ensuite on ne sait plus qu’on a mis à part. On ne veut pas le savoir, et à force de ne pas vouloir le savoir on arrive à ne pas pouvoir le savoir<a href="file://localhost/images/blank.png">[4]</a>. » Ainsi, au lieu de maintenir le rapport organique entre la menace et l’emploi, les hommes ont établi une séparation entre l’une et l’autre. Par cette « mise à part » de l’emploi, par cette « mise à part » du crime, l’homme se délie de toute responsabilité morale. « Ainsi, précise Simone Weil, cette faculté de mettre à part permet tous les crimes. (…) C’est ce qui permet chez les hommes des comportements tellement incohérents. » Et les hommes s’installent dans l’habitude de mettre à part le mal auquel ils consentent. Ils récusent alors avec la plus extrême vigueur toute personne qui met à jour ce mécanisme par lequel ils se trompent eux-mêmes. « Nous haïssons, note Simone Weil, les gens qui voudraient nous amener à former des rapports que nous ne voulons pas former. » C’est pourquoi, il n’est pas possible de convaincre les décideurs politiques et militaires qui légitiment l’arme nucléaire qu’ils préparent un crime.</p>
<p style="text-align: justify;">La logique de la dissuasion implique en définitive que les décideurs politiques soient fermement déterminés à passer à l’acte. Le choix de la stratégie nucléaire constitue, au sens strict, un « terrorisme d’État ». Le lancement des bombes nucléaires qui feraient des millions de morts innocents au sein d’une population civile sans défense s’apparenterait directement à un gigantesque attentat terroriste. La menace nucléaire, elle, s’apparente directement à la prise en otage de cette population civile. Les idéologues ont construit une représentation irénique de la dissuasion nucléaire totalement éloignée de la réalité meurtrière de la menace des bombes nucléaires et de leur emploi potentiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est effrayant dans la dissuasion nucléaire, au-delà des risques de mort et de destruction qu’elle fait peser sur les hommes, c’est la déraison des hommes qui s’enferment dans une logique nihiliste de mort et de destruction.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est certes de nombreuses questions philosophiques et politiques auxquelles nous ne saurions avoir des réponses définitives sans paraître faire preuve d’arrogance, de prétention, de présomption. La question de l’arme nucléaire n’est pas de celles-là. À l’arme nucléaire, l’homme raisonnable, l’homme moral, l’homme spirituel, l’homme sage, l’homme enfin ne peut qu’opposer un non catégorique et définitif.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais celui qui affiche sa certitude d’avoir raison a mauvaise réputation. On lui donne volontiers tort. Et pourtant, face à la préparation d’un crime contre l’Humanité et la civilisation, comment l’homme responsable pourrait-il douter d’avoir raison de ne pas accepter l’inacceptable ? Comment pourrait-il, dans le même mouvement de son intelligence, tout en ayant conscience qu’il aggrave son cas auprès de ses censeurs, ne pas penser que ceux qui consentent au crime nucléaire ont tort ? Cela est inéluctable.</p>
<p style="text-align: justify;">L’arme nucléaire est sans conteste l’une des manifestations du « mal » qui hante et tourmente et afflige l’humanité. Mais, s’il le veut, l’homme, peut avoir prise sur ce mal. S’il le veut, il peut décider de le supprimer. Il existe de nombreux problèmes dont la solution est complexe, incertaine, difficile, parfois même impossible. Mais, contrairement à l’avis des « experts » qui ont besoin de la complexité des choses pour exercer leur métier, le problème de l’arme nucléaire nous offre une solution possible : il faut « simplement » que nous décidions de vouloir y renoncer. Pour autant, il n’est pas simple de le vouloir. La décision est difficile, car de multiples raisons qui sont autant de sophismes risquent d’entraver notre volonté.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le discours qu’il a prononcé à Prague le 6 avril 2009, le Président Barack Obama a « affirmé clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires. » Certes, tout le monde est comptable du désarmement mondial, mais quand tout le monde est comptable, personne ne se sent responsable. En tant que citoyens français, nous ne sommes pas directement responsables du désarmement mondial, mais nous le sommes entièrement du désarmement français. Dès lors, ne nous appartient-il pas de rechercher la paix et la sécurité dans une <em>France sans armes nucléaires</em> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Notre attitude du citoyen face à l’arme nucléaire engage entièrement notre responsabilité éthique vis-à-vis de l’autre homme. En consentant à la dissuasion nucléaire, nous sommes responsables des menaces qu’elle implique pour toute l’humanité aujourd’hui et demain. Nous sommes personnellement et collectivement responsables. Pour vouloir désarmer, nous ne pouvons certainement pas attendre que les autres veuillent également désarmer, que tous les autres veuillent désarmer afin que nous puissions désarmer ensemble. Tout particulièrement pour ce qui concerne le désarmement nucléaire, le principe de « multilatéralité » est un principe fallacieux. Seul le principe de l’« unilatéralité » peut nous permettre d’avoir prise sur la réalité. Nous avons l’obligation morale impérative de vouloir renoncer à l’arme nucléaire sans attendre la réciproque. L’essence même de l’obligation morale, c’est d’être unilatérale. La réciproque, ce n’est pas notre affaire. La réciproque, c’est l’affaire des autres. Notre affaire, c’est de prendre aujourd’hui la décision qui engage notre responsabilité. Notre dignité nous y oblige.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, pour un État, la notion de « progressivité » n’a aucune pertinence en ce qui concerne le désarmement nucléaire. Un État peut certes réduire le nombre de ses armes nucléaires, mais réduire n’est pas désarmer. La dissuasion nucléaire est un tout qu’on accepte ou qu’on refuse. On ne peut pas l’accepter ou la refuser « plus ou moins ». Aucun compromis n’est possible. La seule question est de savoir si l’on consent ou non à l’emploi de l’arme nucléaire, si l’on assume ou non la responsabilité du crime nucléaire. Du point de vue moral, vous en conviendrez, cela n’a aucun sens de vouloir renoncer « progressivement » à préparer un crime. La notion de progressivité ne peut s’appliquer qu’au désarmement mondial, comme on parle de l’abolition « progressive » de la peine de mort au fur et à mesure que les États décident de la supprimer. Pour un État, cela n’aurait aucun sens qu’il décide de renoncer « progressivement » à la peine de mort. La seule manière pour l’État français de favoriser un désarmement mondial progressif est de décider unilatéralement de renoncer à ses armes nucléaires.</p>
<p style="text-align: justify;">La tentation est grande de nous réfugier derrière les principes de multilatéralité et de progressivité pour nous dérober devant la décision de renoncer unilatéralement aux armes nucléaires. Ces principes sont des échappatoires que nous fabriquons pour fuir nos responsabilités.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, dans le domaine de la stratégie nucléaire, l’argument moral ne convaincra probablement pas les décideurs politiques et militaires qui ne s’en soucient nullement. Dans ce domaine, un prétendu réalisme prétend toujours récuser un prétendu moralisme. Cependant, il se trouve que l’im-moralité intrinsèque de l’arme nucléaire se double de son in-faisabilité stratégique. Le simple réalisme nous oblige à reconnaître que l’arme nucléaire ne nous protège d’aucune des menaces qui peuvent peser sur notre sécurité, mais qu’elle constitue elle-même une menace. Tout particulièrement, l’arme nucléaire n’est d’aucune utilité pour protéger nos sociétés de la menace terroriste qui pèse sur elles. Ainsi, le désarmement nucléaire unilatéral satisfait aussi bien les exigences de « l’éthique de conviction » que celles de « l’éthique de responsabilité ». Et les unes sont aussi impérieuses que les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 21 mars 2008, le Président de la République française s’est rendu à Cherbourg pour le lancement du sous-marin nucléaire nouvelle génération <em>Le Terrible</em>. À cette occasion, il a clairement défini la stratégie nucléaire de la France comme une stratégie d’emploi : « L’emploi de l’arme nucléaire ne serait à l’évidence concevable que dans des circonstances extrêmes de légitime défense. » En clair, cela signifie que la France envisage clairement de perpétrer, selon les termes des Nations Unies, « un crime contre l’Humanité et la civilisation ». Il poursuit : « Notre dissuasion nucléaire nous protège de toute agression d’origine étatique contre nos intérêts vitaux – d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. (…) Tous ceux qui menaceraient de s’en prendre à nos intérêts vitaux s’exposeraient à une riposte sévère de la France, entraînant des dommages inacceptables pour eux, hors de proportion avec leurs objectifs. » Le Président, semble-t-il, parle tranquillement de l’emploi de l’arme nucléaire en pleine inconscience de la tragédie qui en résulterait au sein de toute la communauté internationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Président précise que la France pourrait délivrer une « frappe d’avertissement » : « Nous ne pouvons exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux, ou sur notre détermination à les sauvegarder. Dans le cadre de l’exercice de la dissuasion, il serait alors possible de procéder à un avertissement nucléaire, qui marquerait notre détermination. Il serait destiné à rétablir la dissuasion. » Là encore, ce premier emploi ne manquerait pas de créer une situation irréparable. Ne pensez-vous pas qu’il soit particulièrement inquiétant pour notre démocratie que de tels propos laissant entendre clairement que la France est prête à commettre un meurtre nucléaire aient pu être tenus dans la plus grande indifférence et la plus grande passivité des Français ? Pour ma part, je trouve cela véritablement désespérant.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le même temps où le Président vante les mérites de l’arme nucléaire, comme symbole de la grandeur et de la puissance de la nation française, il entend faire montre d’une intransigeance absolue à l’égard des États non dotés d’armes nucléaires qui voudraient s’autoriser à en posséder. Ainsi, les cinq grandes puissances prônent l’abstinence nucléaire sans la pratiquer eux-mêmes. Avec beaucoup d’indécence, elles s’adonnent au vu et au su de tout de monde au plaisir de la prolifération verticale, elles jouissent de la possession de l’arme nucléaire tout en exigeant des autres nations qu’elles fassent vœu de continence nucléaire. Un tel comportement ne peut pas ne pas alimenter la frustration et le ressentiment des nations non nucléaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Que dit l’Église au sujet de la dissuasion nucléaire ? En juin 1982, dans son message à la seconde session extraordinaire des Nations Unies consacrée au désarmement, le pape Jean-Paul II a écrit cette &#8220;petite phrase&#8221; qui allait connaître un retentissement beaucoup plus grand que toutes ses prières et tous ses vœux pour la paix : &#8220;Dans les conditions actuelles, une dissuasion fondée sur l&#8217;équilibre, non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d&#8217;un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable.&#8221; Malgré sa formulation confuse et ambiguë, cette phrase ne pouvait pas ne pas être comprise comme une justification de la dissuasion nucléaire. Au demeurant, tous ceux qui en étaient les partisans n&#8217;ont pas manqué de saluer le &#8220;réalisme&#8221; du pape. Pour le reste, le fait de justifier la dissuasion nucléaire ne pouvait en aucune manière favoriser un processus de désarmement progressif… En réalité, en justifiant la menace d’un crime, la « petite phrase » de Jean-Paul II était « moralement inacceptable ». Surtout, elle n’était pas « évangéliquement acceptable »… Au demeurant, la déclaration de l’évêque de Rome fit scandale auprès de nombreux hommes de bonne volonté épris de justice et de paix… Pour ma part, je dois vous avouer que j’ai ressenti cette « petite phrase » avec une immense tristesse…</p>
<p style="text-align: justify;">Vous vous en souvenez certainement, dans un document adopté par la Conférence épiscopale française le 8 novembre 1983 et intitulé <em>Gagner la paix,</em> les évêques français d’alors ont justifié en bonne et due forme la dissuasion nucléaire en reprenant à leur compte la &#8220;petite phrase&#8221; du pape. Une « note explicative » donnée à la presse par les évêques était très claire : « Une dissuasion est encore légitime. C’est pourquoi les nations peuvent légitimement préparer leur défense pour dissuader les agresseurs, même par une contre-menace nucléaire. »</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, nous étions au temps de la guerre froide et l’Occident prétendait se défendre contre la menace communiste. Mais, vous le savez, ce ne sont pas les armes nucléaires de l’Occident qui ont détruit le mur de Berlin. Celui-ci s’est effondré sous la pression de la résistance non-violente des femmes et des hommes des sociétés civiles de l’Est qui ont eu le courage de prendre les plus grands risques pour conquérir leur liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Paul II le reconnaîtra explicitement dans son encyclique <em>Centesimus annus</em> publiée en mai 1991. &#8220;À peu près partout, écrit-il, on est arrivé à faire tomber un tel &#8220;bloc&#8221;, un tel empire, par une lutte pacifique qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice. (&#8230;) Apparemment, l&#8217;ordre européen issu de la deuxième guerre mondiale et consacré par les Accords de Yalta ne pouvait être ébranlé que par une autre guerre. Et pourtant, il s&#8217;est trouvé dépassé par l&#8217;action non-violente d&#8217;hommes qui, alors qu&#8217;ils avaient toujours refusé de céder au pouvoir de la force, ont su trouver dans chaque cas la manière efficace de rendre témoignage à la vérité. Cela a désarmé l&#8217;adversaire, car la violence a toujours besoin de se légitimer par le mensonge, de se donner l&#8217;air, même si c&#8217;est faux, de défendre un droit ou de répondre à une menace d&#8217;autrui.&#8221; Le pape reconnaît ainsi que la non-violence s’est avérée être effectivement une alternative à la guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">À l’évidence, contrairement à ce que d’aucuns croient pouvoir affirmer, la dissuasion nucléaire n’a joué aucun rôle dans la chute de l’empire soviétique. Pendant tout le temps de la guerre froide, ce n’est pas la dissuasion nucléaire qui a maintenu la paix, c’est la paix qui a retenu et contenu la dissuasion nucléaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Au demeurant, les temps ont bien changé. Dans son message du 1er janvier 2006, pour la célébration de la journée mondiale de la paix, Benoît XVI plaide en faveur du désarmement nucléaire : « Que dire des gouvernements qui comptent sur les armes nucléaires pour garantir la sécurité de leurs pays ? Avec d’innombrables personnes de bonne volonté, on peut affirmer que cette perspective, hormis le fait qu’elle est funeste, est tout à fait fallacieuse. » Ces deux mots employés par l’évêque de Rome à propos de l’arme nucléaire sont particulièrement signifiants : « funeste » évoque des idées de mort et de malheur, tandis que « fallacieux » évoque des idées de tromperie et d’illusion.</p>
<p style="text-align: justify;">Benoît XVI souligne que « les ressources ainsi épargnées [par le désarmement] pourront être employées en projets de développement ». Comment ne pas penser en effet que tous ces milliards dépensés pour satisfaire le désir de puissance de César et de tous ses affidés est une insulte envers les humiliés et les opprimés de l’histoire qui sont privés de leur pain quotidien ? Malheureusement, cette déclaration de l’évêque de Rome risque fort de rester lettre morte si les Églises locales des pays concernés ne font pas elles-mêmes des choix clairs et fermes en faveur du désarmement nucléaire. Vous conviendrez que, pour sa part, l’Église de France est restée jusqu’à présent remarquablement silencieuse. Faut-il interpréter ce silence à la lumière de la sagesse des nations lorsqu’elle suggère que « qui ne dit mot consent » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi donc, lorsque le pape a dit que la dissuasion nucléaire était « moralement acceptable », les évêques français réunis en Assemblée plénière ont tenu à relayer haut et fort la parole de l’évêque de Rome pour justifier la dissuasion nucléaire française. Cependant vous conviendrez qu’entre le « <em>moralement acceptable</em>» de Jean-Paul II et le <em>« tout à fait fallacieuse </em>» de Benoît XVI, il y a une remarquable discontinuité. Dès lors, ne pensez-vous pas que vous devez en tenir compte afin de réactualiser la parole de l’Église ? Est-il possible d’espérer que vous fassiez aujourd’hui, avec la même solennité, la même démarche que celle qui a été faite hier ? Est-il possible d’espérer que, lors d’une prochaine Assemblée plénière de l’épiscopat, vous preniez position clairement pour dire aux Français que la dissuasion nucléaire française est « tout à fait fallacieuse » et que, par conséquent, en conscience et en raison, ils doivent objecter à la préparation du meurtre nucléaire ? En opposant votre <em>non possumus</em> à l’État nucléaire qui exige de tous les citoyens une allégeance complice, vous ouvririez une brèche dans le mur du silence qui entoure la préparation d’un crime contre l’Humanité et la civilisation.</p>
<p style="text-align: justify;">En mai 2010 s’est tenue à New York la huitième Conférence d’examen du Traité de non prolifération nucléaire (TNP). Dans son intervention faite le 6 mai, l’archevêque Celestino Migliore, Observateur permanent du Saint Siège aux Nations Unies, déclare : « Aussi longtemps que les armes nucléaires existeront, elles permettront et même encourageront la prolifération. (…) Les doctrines militaires qui continuent à faire confiance aux armes nucléaires comme des moyens qui assurent la défense et la sécurité ou même le pouvoir retardent <em>de facto</em> les processus de désarmement et de non-prolifération. (…) Le moment est venu de repenser et de changer notre perception des armes nucléaires. » Certes, mais les États se laisseront-ils convaincre par ces propos de bon sens ? Là encore, ne vous appartient-il pas, en cohérence avec ces paroles du Saint Siège, de récuser la doctrine militaire française qui fait confiance aux armes nucléaires ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire nous l’a amplement montré, l’Église n’est jamais aussi crédible que lorsqu’elle entre en résistance contre le pouvoir en place. Or, précisément, il y va aujourd’hui de la crédibilité du message évangélique. Comment annoncer l’Évangile de la paix à l’ombre des armes nucléaires – dans l’ombre des armes nucléaires ? Ne permettez pas que d’aucuns se désespèrent jusqu’à penser que l’arme nucléaire n’est pas l’affaire des évêques, sauf lorsqu’il s’agit de la justifier…</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’il soit chanoine d’une Église de Rome, le Président français peut facilement ne tenir aucun compte des prises de position de l’évêque de Rome, mais il lui serait beaucoup plus difficile d’ignorer le retentissement que votre propre prise de position ne manquerait pas d’avoir au sein de l’opinion publique française. Les choses étant ce qu’elles sont, dans le cadre de la laïcité propre à la République française, sur des questions qui relèvent de l’éthique universelle, les religions peuvent encore jouer un rôle décisif dans le débat démocratique. Au demeurant, point n’est besoin de croire au ciel pour comprendre que la menace nucléaire n’est pas conforme au précepte de l’amour évangélique… Et il suffit d’être athée pour être convaincu que la préparation du meurtre nucléaire est un outrage à la raison.</p>
<p style="text-align: justify;">Le crime nucléaire est véritablement <em>l’Abomination de la désolation</em> au sens biblique de cette expression qui signifie la profanation d’un lieu sacré : le crime nucléaire est la profanation de maisons que les hommes ont construites sur la terre pour manger leur pain quotidien, partager leurs joies, apaiser leurs souffrances et abriter leurs espérances. Comment pourrions-nous – comment pourriez-vous &#8211; consentir à ce sacrilège ? D’autant plus que, selon toute probabilité, celles et ceux qui habitent ces maisons n’auraient aucune responsabilité dans « la menace de nos  intérêts vitaux » qui aurait provoqué les frappes nucléaires dont ils seraient les innocentes victimes.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que d’aucuns sont portés à laisser croire que le renoncement à l’arme nucléaire porterait atteinte à la « grandeur de la France », c’est probablement tout le contraire qui se produirait. Comment ne pas croire en effet qu’il en résulterait un surcroît de prestige pour notre pays ? « Le prestige, déclarait M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, lors de l’allocution qu’il prononça à Hiroshima le 6 août 2010, appartient non pas à ceux qui possèdent des armes nucléaires, mais à ceux qui y renoncent. » Sans nul doute la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.</p>
<p style="text-align: justify;">En définitive, l’arme nucléaire est une idole, celles et ceux qui lui rendent un culte sont des idolâtres. Et il est toujours difficile de briser les idoles. La croyance des hommes en l’arme nucléaire comme symbole de la puissance est l’un des plus formidables envoûtements auquel l’humanité ait jamais succombé. Il signifie l’aliénation de la conscience, la perversion de l’intelligence, l’asservissement de la raison, la perte de la liberté et s’apparente à un véritable ensorcellement.</p>
<p style="text-align: justify;">Par son consentement au meurtre nucléaire, l’homme nie et renie la transcendance de son être spirituel. Par cet assentiment, il « perd son âme », comme on disait naguère. En refusant de rendre un culte idolâtre à l’arme nucléaire, l’homme redevient maître de son propre destin et il lui est alors possible de recouvrer sa part de transcendance.</p>
<p style="text-align: justify;">N’êtes-vous point les héritiers des Prophètes de notre Antiquité ? Ne vous appartient-il pas d’avoir l’audace d’Isaïe qui se scandalisait de voir le pays de Juda et de Jérusalem « rempli de chevaux et de chars sans nombres, rempli de faux dieux », mais qui annonçait le jour où des « peuples nombreux briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes » ? (Isaïe, 2)</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la société laïque et républicaine qui est la nôtre, vous avez encore le rare privilège de pouvoir faire entendre votre voix dans la cacophonie des bruits médiatiques qui asphyxient notre démocratie. Dès lors, n’est-il pas de votre responsabilité de faire écho à la voix du jeune prophète de Nazareth qui, il y a quelque deux mille ans, a délégitimé toute violence, a demandé à ses amis de ne pas résister au mal en imitant le méchant et de remettre leur épée au fourreau ? Durant toute sa vie, avec une liberté magnifique, il a osé défier le pouvoir des puissants. Vous savez qu’il en est mort. Il eut la sagesse d’abroger la loi du talion qui continue pourtant d’être la règle de conduite des États nucléaires dont les menaces réciproques font peser sur l’humanité tout entière le risque de l’anéantissement.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas si nous sommes encore beaucoup à attendre de vous que vous fassiez écho aux paroles de compassion, de douceur, de justice et de paix que le Nazaréen fit entendre sur la Montagne des Béatitudes… Mais si vous en aviez l’audace, alors soyez sûrs que, dans ce monde malade de la violence à en mourir, ils seraient nombreux, très nombreux, parmi celles et ceux qui sont sans voix, qu’ils croient au ciel, qu’ils n‘y croient pas ou qu’ils y croient mal, à se réjouir de vous entendre parler haut et fort pour délégitimer l’arme nucléaire. Dans ce monde enténébré, vous auriez contribué à entretenir la petite flamme fragile de l’espérance.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous prie de ne voir dans cette missive aucune mise en demeure. J’ai simplement voulu venir vous dire mes convictions, mes désespoirs et mes espoirs en pensant que, quelque part, vous pourriez peut-être les partager. Car, vous comme moi, vous êtes embarqués, comme dirait l’ami Pascal, et qu’il vous faut nécessairement choisir… Sauf qu’ici, il ne s’agit en rien d’un pari et que la raison peut tout déterminer…</p>
<p style="text-align: justify;">En m’excusant pour la longueur quelque peu déraisonnable de ma lettre, je vous remercie de la bienveillance de votre attention et je vous assure de mes sentiments les plus cordiaux.</p>
<p style="text-align: right;">Jean-Marie Muller</p>
<p style="text-align: right;">Écrivain</p>
<p style="text-align: right;">Le 28 novembre 2010</p>
<p><strong>Notes </strong>:</p>
<p><a href="file://localhost/images/blank.png">[1]</a> Albert Camus, <em>Actuelles, Chroniques 1944-1945</em>, op. cit., p .82.</p>
<p><a href="file://localhost/images/blank.png">[2]</a> Georges Bernanos, <em>Français si vous saviez</em>, Paris, Gallimard, 1961, p. 127.</p>
<p><a href="file://localhost/images/blank.png">[3]</a> <em>Ibid</em>., p. 211</p>
<p><a href="file://localhost/images/blank.png">[4]</a> Simone Weil, <em>Œuvres complètes</em>, Tome VI, <em>Cahiers</em> (septembre 1941 – février 1942), Volume 2, Paris, Gallimard, 1997<em>,</em> p. 470-473.</p>
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		<title>Église : crise et espérance, par José Comblin</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Oct 2010 20:47:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce très bel exposé a été prononcé par José Comblin, théologien de 87 ans résidant au Paraíba (Brésil), dans le cadre du congrès de théologie organisée à l’occasion du 30e anniversaire de l’assassinat de Monseigneur Romero. C’était le 18 mars 2010 à l’Université centroaméricaine José Simeón Cañas (UCA), dans la capitale de la République d’El [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Ce très bel exposé a été prononcé par José Comblin, théologien de 87 ans résidant au Paraíba (Brésil), dans le cadre du congrès de théologie organisée à l’occasion du 30<sup>e</sup> anniversaire de l’assassinat de Monseigneur Romero. C’était le 18 mars 2010 à l’Université centroaméricaine José Simeón Cañas (UCA), dans la capitale de la République d’El Salvador, San Salvador. L’enregistrement audio a été transcrit par Enrique A. Orellana F. et diffusé d’abord dans les Cuadernos Opción por los pobres, du mouvement chilien Théologies de la libération [</em><em>1</em><em>]. Les intertitres sont de la rédaction (DIAL 3123).</em></p>
<p style="text-align: center"><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Comblin.jpeg"><img class="size-full wp-image-3201 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Comblin.jpeg" alt="" width="125" height="94" /></a><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Bonjour à tous et à toutes.</p>
<p style="text-align: justify">Ce n’est pas la première fois que je suis invité à parler ici mais je souhaite remercier encore une fois Jon Sobrino pour son amitié. Nous nous connaissons depuis tellement longtemps et je le considère comme l’un des esprits les plus lucides de notre temps, grand rénovateur de la christologie.</p>
<p style="text-align: justify">Les questions posées hier m’ont donné l’impression que la situation qui règne actuellement dans l’Église déstabilise un grand nombre de personnes : il y a un sentiment d’insécurité. Sainte Thérèse disait « Que rien ne les trouble, que rien ne soit source de peur ».</p>
<p style="text-align: justify">Alors que j’étais jeune, j’ai connu semblable expérience, voire pire. C’était sous le pontificat de Pie XII. Pie XII avait condamné tous les théologiens importants de cette époque, tous les mouvements sociaux importants, le mouvement des prêtres ouvriers en France, en Belgique… En tant que séminaristes ou jeunes prêtres nous étions, nous, plus déstabilisés encore. Nous nous interrogions : « Avons-nous un avenir ? ». J’avais lu une biographie du pape Pie XII par un auteur autrichien, le jésuite Leiber. Il était le confesseur du pape et professeur d’histoire de l’Église à l’Université grégorienne de Rome. Voici ce qu’il disait : « La situation de l’Église catholique aujourd’hui est semblable à celle d’un château du moyen-âge : entouré d’eau, le pont-levis relevé, les clefs jetées à l’eau. Il n’y a aucun moyen de sortir, c’est-à-dire que l’Église est coupée du monde : il n’y a désormais aucune possibilité d’accès ». Puis vint Jean XXIII et là, ceux qui avaient été persécutés deviennent soudain les lumières du Concile ; soudain tous les interdits sont levés. Et renaquit alors l’espoir. Je raconte cela pour que vous ne soyez pas dans le trouble : il se passera quelque chose, quelque chose, on ne sait quoi mais il se passe toujours quelque chose. Comment expliquer semblable situation ?</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La phase finale du christianisme</strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous approchons de la phase finale du christianisme. Nombre de livres, déjà, ont annoncé la mort du christianisme. Mais cela fait 200 ans qu’il est entré en agonie. Cette agonie peut encore continuer pendant quelques décennies. L’Église a cessé d’être la conscience du monde occidental, elle a cessé d’être la force dynamisante qui éclaire, explique la culture et la source de la politique, la source de l’économie, la source de tout : ce qu’elle a été au long de l’ère chrétienne. Petit à petit depuis la Révolution française cela s’est déconstruit et, chez nous, depuis l’Indépendance et la séparation d’avec l’empire espagnol. Alors, petit à petit, sont apparus de nombreux prophètes qui proclamaient : « Le christianisme désormais est mort ».</p>
<p style="text-align: justify">Mais la façade est si robuste, elle résiste tellement qu’elle maintient une tension constante. Toutefois, maintenant oui, je crois que le christianisme arrive à sa phase finale. Ce qui s’est passé avec l’encyclique Caritas in veritate en est un signe. Combien de personnes, ici, ont-elles lu l’encyclique ? Quelle répercussion a-t-elle eu dans le monde ? Silence impressionnant. Respectueux peut-être, mais plus probablement le silence de l’indifférence. Désormais la doctrine sociale de l’Église n’a d’importance pour personne. Elle a cessé d’intéresser en raison de ce qui se passe au niveau de la réalité de terrain. Il y a quelques années, un sociologue jésuite très important, le père Cálvez, qui a joué un grand rôle en tant que fondateur et soutien de la doctrine sociale de l’Église, a publié un livre sous ce titre : Les silences de la doctrine sociale de l’Église. Ce silence demeure. Elle a cessé de pénétrer avec force les problèmes du monde actuel. Elle s’en tient alors à des théories terriblement vagues, terriblement abstraites, terriblement générales. La lettre Caritas en veritate pourrait être sans problème signée par le Fonds monétaire international ou par la Banque mondiale. Il n’y a absolument rien qui puisse gêner ces agences. C’est un signe.</p>
<p style="text-align: justify">Autre signe. La Conférence d’Aparecida s’est prononcée excellemment sur un grand nombre de points, mais… elle veut faire de l’Église une mission ; passer d’une Église protectrice à une Église missionnaire. À ceci près qu’ils pensent que cela sera réalisé par les mêmes institutions qui ne sont pas missionnaires mais assurent le maintien de la présence de l’Église : les diocèses, les paroisses, les séminaires, les congrégations religieuses… Miracle, et voici qu’elles se transforment en missionnaires. Trois ans déjà ont passé : que s’est-il passé dans vos diocèses ? Je ne sais pas ce qu’il en est ici mais au Brésil je ne vois pas grande transformation. C’est dire que le christianisme progressivement se dissout.</p>
<p style="text-align: justify">Et puis après ? Le problème c’est l’après. Après : quoi ? Qu’est ce qui se passe ? Comment ? D’où le sentiment d’insécurité parce que nous ne savons pas ce qui viendra après. Restons-en à ce que dit Sainte Thérèse : ne nous laissons pas troubler. Semblable situation s’est déjà produite souvent dans l’histoire et probablement se produira encore souvent. Il faut apprendre à résister, à supporter, à ne pas se laisser décourager, à ne pas perdre l’espoir à cause de ce qui se passe.</p>
<p style="text-align: justify">Ce qui se passe c’est que, à Rome, on ne parvient pas à se convaincre de la mort du christianisme. On croit que les encycliques éclairent le monde, on croit que les institutions ecclésiastiques éclairent et conduisent le monde. C’est un monde fermé sur lui-même qui vit effectivement dans un château du moyen-âge, entouré d’eau. Alors, que faire ? Nous allons voir comment interpréter, comment considérer ce qui est en train de se passer. Et quelle est pour cela la méthode théologique qui convient.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Une distinction de base : Évangile et religion</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il faut partir d’une distinction de base déjà proposée par divers théologiens, entre l’Évangile et la religion. L’Évangile vient de Jésus Christ ; la religion ne vient pas de Jésus Christ. L’Évangile n’est pas religieux : Jésus n’a fondé aucune religion, n’a pas établi des rites, n’a pas enseigné des doctrines, n’a pas organisé un système de gouvernement. Rien de tout cela. Il s’est voué à annoncer, à faire connaître le Royaume de Dieu, c’est-à-dire un changement radical de l’humanité entière sous tous ses aspects, un changement dont les auteurs seront les pauvres. Il s’adresse aux pauvres parce qu’il pense qu’eux seuls sont capables d’agir avec cette sincérité, la sincérité qu’il faut pour promouvoir un monde nouveau. Il y aurait donc là un message politique, non pas au sens politique qui propose un plan, une méthode. Non, l’intelligence humaine suffira. Mais politique en tant que finalité, car c’est là une orientation donnée à l’humanité entière.</p>
<p style="text-align: justify">Et la religion ? Jésus n’a fondé aucune religion. Mais ses disciples, oui. Ses disciples ont créé une religion en s’appuyant sur lui. Pourquoi ? Parce que la religion est quelque chose d’indispensable aux êtres humains : on ne peut pas vivre sans religion. Si la religion actuelle, ici et maintenant, se désintègre, il y a aux États-Unis 38 000 religions recensées. Les religions ne manquent pas. L’être humain ne peut pas vivre sans religion quand bien même il prend ses distances avec les grandes religions traditionnelles. La religion est donc une création de l’être humain.</p>
<p style="text-align: justify">La structure est la même dans la religion chrétienne et dans les autres religions. Il y a une mythologie chrétienne comme il y a une mythologie hindoue, shintoïste, confucianiste… C’est inhérent à la nature de l’ensemble de l’humanité : on cherche à explique tout ce qui est incompréhensible dans la condition humaine par l’intervention d’êtres, d’entités surnaturelles extérieures à ce monde qui est le nôtre et qu’en réalité elles dirigent.</p>
<p style="text-align: justify">Deuxièmement une religion ce sont des rites, pour écarter les menaces et pour avoir accès aux bienfaits. Elles ont toutes des rites ; dans toutes, des personnes qui occupent une place à part sont préparées pour gérer les rites, enseigner la mythologie. C’est une chose commune à toutes. C’est ainsi que cela se passe avec les chrétiens aussi : comment pourraient-ils vivre sans religion ?</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les débuts de la religion chrétienne</strong></p>
<p style="text-align: justify">Comment cette religion, la nôtre, a-t-elle commencé ? Et bien elle a commencé lorsque Jésus est devenu objet de culte. Cela s’est produit assez tôt, en particulier parmi les disciples qui ne l’avaient pas connu, qui n’avaient pas vécu avec lui, qui ne l’avaient pas approché, la génération suivante, ceux qui sont restés à distance dans le temps et l’espace. Jésus s’est alors transformé en objet de culte. C’est ainsi que, progressivement, il s’est déshumanisé. Le culte de Jésus s’est substitué au fait de le suivre. Jésus, jamais, n’avait demandé à ses disciples un acte cultuel, jamais il n’avait demandé que lui soit offert un rite : jamais. Ce qu’il voulait, ça oui, c’était une continuité, une continuité de lui-même. Cette dualité se fit jour tôt : 30 ou 40 ans après la mort de Jésus elle apparaît avec suffisamment de force pour que Marc écrive son Évangile. Marc, précisément, a écrit son évangile pour protester contre ces tendances à la déshumanisation, c’est-à-dire à faire de Jésus un objet de culte. C’est en cela que cet Évangile est la parole d’un prophète afin de rappeler ce qu’était Jésus, ce qu’il a fait, qu’il a vécu en ce monde, le nôtre, qu’il a vécu ici, sur cette terre, notre terre.</p>
<p style="text-align: justify">Cette tentation apparut progressivement dans le sillage du développement de la religion chrétienne. Il y eut un début de doctrine : le symbole des apôtres. Que dit de Jésus le symbole des apôtres ? Qu’il naquit et mourut. Un point c’est tout. Comme si le reste n’avait pas d’importance, comme si la révélation de Dieu n’était pas précisément la vie même de Jésus, ses actes, ses projets, son destin terrestre : là est la révélation. Mais cela désormais est en train de se perdre de vue. C’est la même chose pour les symboles de Nicée (325) et de Constantinople (380-381) : « Christ naquit et mourut ». Le Concile de Calcédoine (451) établit que Jésus possède la nature divine et la nature humaine. Mais qu’est ce qu’une nature ? Un être humain n’est pas une nature ; un être humain c’est une vie, c’est un projet, c’est un défi, ou c’est une lutte, c’est une vie en commun au milieu de tous les autres. Voila ce qui est fondamental si nous voulons assurer la continuité de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify">Progressivement, à partir des premiers conciles, la distance se creuse avec la religion qui prend forme. Avec Nicée et Constantinople se constitue un noyau d’enseignements, un noyau de théologie, et l’Église va se consacrer à la défense, la promotion et le développement de cette théologie.</p>
<p style="text-align: justify">Désormais on prépare de grandioses liturgies et un clergé est organisé. Le clergé, en tant que classe séparée, est une invention de Constantin (272-337), c’est-à-dire que jusqu’à Constantin il n’y avait pas de distinction entre personne sacrée et personne profane : tous étaient laïques car Jésus n’avait pas prévu autre chose… Au contraire, il mit à l’écart les prêtres et n’avait en aucun cas prévu l’apparition d’une autre classe sacerdotale car tous les hommes sont égaux. Il n’y a pas non plus des personnes sacrées et d’autres non sacrées car, pour Jésus, il n’y a pas de différence entre le sacré et le profane : tout est sacré, tout est profane. Il y a maintenant dans la religion une distinction fondamentale entre sacré et profane, dans toutes les religions. Et il y a un clergé qui se voue à ce qui est sacré et tous les autres, qui vivent dans l’espace profane, sont des récepteurs et non des acteurs, ils n’ont aucun rôle actif. Pour jouer un rôle actif il est nécessaire d’être consacré. C’est à l’époque de Constantin que cela commence.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Évangile et religion dans l’histoire du christianisme</strong></p>
<p style="text-align: justify">Alors se produit l’évolution suivante : à partir de là vont apparaître deux tendances dans l’histoire du christianisme. Ceux qui, comme dans l’Évangile de Marc, ont en tête que Jésus est venu pour que le chemin reste dans les esprits : il est venu pour que nous le suivions ; c’est la base, le socle. Cette tendance va rénover, mettre en application dans divers contextes historiques ce que fut la vie de Jésus et son enseignement. Nous pouvons la suivre tout au long de l’histoire. Bien sûr nous ne savons pas tout car la grande majorité de ceux qui ont suivi le chemin de Jésus ont été les pauvres, ceux dont on ne parle jamais dans les livres d’histoire. Ils n’ont donc pas laissé de documents. Mais des personnes et des institutions ont, elles, laissé des documents. Nous pouvons ainsi suivre leur chemin et voir où, au cours de l’histoire de l’Église chrétienne, apparaît l’Évangile, où on a recherché, progressivement, un vécu évangélique. Ceux qui ont cherché à suivre radicalement le chemin de l’Évangile ont été minoritaires, comme disait don Helder Camara, « des minorités abrahamiques ».</p>
<p style="text-align: justify">La majorité se situe au pôle opposé : dans la religion, c’est-à-dire qu’elle se consacre à la doctrine. Elle enseigne et défend la doctrine contre les hérétiques, contre les hérésies. Ce fut une des tâches majeures. Elle pratique les rites et constitue la classe sacrée, la classe sacerdotale.</p>
<p style="text-align: justify">Ceci nous conduit à une distinction qui va être évidente tout au long de l’histoire : le pôle Évangile est en lutte avec le pôle religion et le pôle religion avec le pôle Évangile. Toute l’histoire de la chrétienté vit dans une contradiction permanente, constante, car il y a ceux qui se consacrent à la religion et ceux qui se consacrent à l’Évangile. Évidemment il y a des situations intermédiaires et il n’y a pas de pureté absolue ni d’un côté ni de l’autre. Mais il y a visiblement dans l’histoire deux histoires, deux groupes qui apparaissent. L’histoire officielle, celle que l’on nous apprenait lorsque j’étais jeune, c’était l’histoire de l’institution ecclésiastique : on ne parlait que de la religion, dans l’hypothèse que la religion était l’introduction à l’Évangile ; mais ce n’était qu’une hypothèse. On peut penser que tout ce qui voit le jour en tant que constituant de la religion dans le système catholique vient de Jésus, ainsi qu’on le disait dans la théologie traditionnelle dans les temps chrétiens : tout dans l’Église catholique romaine vient de Jésus. C’est avec bien des acrobaties théologiques que l’on parvient à montrer que tout a son origine en Jésus et n’a pas de racines dans d’autres religions, dans d’autres cultures, comme si les chrétiens convertis étaient totalement purs de toute culture, de toute religion. Tous apportent leur culture, apportent leur religion, introduisent dans leur vie chrétienne des éléments qui viennent de leur religion antérieure, de leur culture. C’est pourquoi leur religion a quelque chose d’ambigu, de complexe ; c’est inévitable car les êtres humains qui intègrent l’Église ne sont pas des anges, ils l’intègrent chargés de siècles et de siècles d’histoire, de siècles et de siècles de transmission culturelle. Et tout s’y intègre naturellement.</p>
<p style="text-align: justify">En conséquence une opposition d’essence politique se manifeste clairement. L’Évangile émane de Dieu et par conséquent ne peut pas changer. La religion est une création humaine, par conséquent elle peut et doit changer en fonction de l’évolution de la culture, des conditions de vie des peuples en général. Si la religion reste accrochée à son passé, petit à petit on l’abandonne pour une autre mieux adaptée ou plus compréhensible. L’Évangile se vit dans la vie concrète, matérielle, sociale. La religion vit dans un monde symbolique. Tout y est symbolique : doctrine, rites, prêtres. Ce ne sont qu’entités symboliques qui ne participent pas de la réalité matérielle. La réalité de l’Évangile est universelle parce qu’elle ne porte aucune culture et n’est associée à aucune culture, à aucune religion.</p>
<p style="text-align: justify">Les religions son toujours associées à une culture, la religion catholique par exemple est liée à la sous-culture cléricale romaine que la modernité a marginalisée, qui est en pleine décadence car ses membres n’ont pas voulu accéder à la culture moderne. L’Évangile est un renoncement au pouvoir et à tous les pouvoirs qui existent dans la société. La religion recherche le pouvoir et l’appui du pouvoir, à travers toutes les formes de pouvoir ; ceci est une évidence. A l’époque de la détention des évêques à Riobamba (1976), le nonce disait : « Si l’Église n’a pas l’appui des gouvernants, elle ne peut pas évangéliser ». On pourrait penser au contraire : si elle a l’appui des pouvoirs, il lui sera difficile d’évangéliser. C’est là la mentalité qui est comme le résidu de ce christianisme selon lequel l’Église se fond en une unité politico-religieuse. Bien évidemment toutes les autorités étaient unies : le clergé et le gouvernement, le clergé et l’armée, unis. C’est très difficile de renoncer à cela, de renoncer à s’associer au pouvoir. Je vais donner un exemple : mon évêque actuel, dans l’État de Bahia, au Brésil, est un franciscain ; il s’appelle Luis Flavio Carpio. Il s’est fait connaître au Brésil à cause d’une grève de la faim, deux grèves de la faim, qu’il a faites pour protester contre un projet pharaonique du gouvernement, basé sur un énorme mensonge… L’an dernier il a été invité par l’Église allemande. À cette occasion, il s’est exprimé dans diverses villes allemandes. Un groupe s’approcha de lui et lui dit qu’il venait lui remettre un don afin d’aider ses œuvres. C’était une belle somme, quelque 100 000 dollars. Il demanda d’où venait cet argent. On lui dit qu’il venait de diverses entreprises, de quelques cadres. Il dit alors : « Je n’accepte pas, je ne peux pas accepter l’argent qui a été volé aux travailleurs, ce qui a été volé à ceux qui maîtrisent la production. » Et il n’accepta aucune alliance avec le pouvoir économique. Je ne sais combien, dans le clergé, n’accepteraient pas… Cet évêque est un évêque à l’image de Saint François : sa vie entière il a été ainsi. C’est pour cela que je suis allé vivre là bas, pour me sanctifier un peu au contact d’une personne à la démarche aussi évangélique.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>La naissance de l’Église</strong></p>
<p style="text-align: justify">Et l’Église, comment est-elle née ? L’Église dont on parle, cette réalité historique concrète, c’est essentiellement le pape, les évêques, les pères, les religieuses, les religieux, cet ensemble institutionnel dont on parle et qui est à l’origine d’une grande incertitude. Comment est née l’Église ? Évidemment Jésus n’a fondé aucune Église. Lui, avec ses disciples, il se considérait comme un juif ; avec les premiers disciples ils étaient le nouveau peuple d’Israël : les douze apôtres sont les patriarches de l’Église, du nouvel Israël. La première pensée était de continuer, de corriger, de perfectionner Israël.</p>
<p style="text-align: justify">Mais lorsque l’Évangile pénétra dans le monde grec, là bas Israël ne signifiait pas grand-chose. Alors Paul inventa un autre nom : il donne aux communautés qu’il fonde dans les villes le nom d’« ecclesia » ce qui se traduit par « église ». Qu’est ce que l’ecclesia ? En grec son unique signification est : l’assemblée du peuple réuni qui gouverne la ville. Le peuple réuni était dans la pratique ce qu’il y avait de plus puissant. Enfin, l’idée était que le peuple, dans les villes grecques, se gouverne lui-même, et qu’il le fait dans des réunions qui sont l’ecclesia, c’est-à-dire que Paul ne donne aux communautés aucun nom religieux. Il les considère comme un groupe destiné à animer, comme un message de transformation dans toutes les villes, de telle sorte qu’elles mettent en place le commencement d’une humanité nouvelle, une humanité dans laquelle tous sont égaux, tous gouvernent tous. Puis vient l’épître aux Éphésiens : dans l’épître aux Éphésiens il s’agit d’une Église comme expression du nouvel Israël. L’ecclesia y est le nouvel Israël, c’est-à-dire tous les disciples de Jésus, réunis en de nombreuses communautés mais pas unis institutionnellement. Unis par une même foi tous forment l’Église, la grande Église qui est le corps du Christ. Il n’existe pas encore d’institution.</p>
<p style="text-align: justify">Mais cela ne pouvait pas continuer ainsi. Les juifs qui acceptèrent le christianisme n’abandonnèrent pas tous le judaïsme. Lorsque le nombre de chrétiens, le nombre de communautés augmenta, des structures commencèrent à s’y introduire. Du temps de Paul il n’y avait pas de prêtres, même si Luc dit le contraire, mais Saint Luc n’a aucune valeur historique, ça tout le monde le sait. Il attribue à Paul ce qui se faisait à son époque à lui, il imagine donc que Paul a fondé des conseils presbytéraux avec des prêtres : comment justifier l’existence d’un évêque s’il n’ordonne pas des prêtres ? À l’évidence un début de séparation se produit, encore très simple, car rien n’est sacralisé, il n’y a rien de sacré : les prêtres ne sont pas sacrés tout comme les prêtres des synagogues ne l’étaient pas ; ils avaient une fonction, une mission de gestion, d’administration, mais pas une fonction rituelle, une fonction d’enseignement d’une doctrine.</p>
<p style="text-align: justify">Puis apparurent les évêques. À la fin du deuxième siècle on estime que le schéma épiscopal est généralisé, mais cela prit du temps. Clément de Rome, lorsqu’il publie sa lettre aux Corinthiens dit « prêtres » ce qui n’est pas « évêques ». Il n’y a pas encore d’évêque à Rome. Mais le schéma épiscopal a été organisé. Probablement pour lutter contre les hérésies, contre le gnosticisme, on avait besoin d’une autorité renforcée pour pouvoir affronter le gnosticisme et toutes les nouvelles religions syncrétistes qui apparaissent alors.</p>
<p style="text-align: justify">Et l’Église en tant qu’institution universelle quand a-t-elle fait son apparition ? Au troisième siècle, il y eut des conciles régionaux : des évêques de différentes villes se réunissaient. Mais une entité ayant le pouvoir de tout institutionnaliser n’existait pas. Celui qui a inventé cette Église universelle fut l’empereur Constantin. Il réunit tous les évêques du monde romain : voyage et entretien à ses frais, et le concile fut organisé et dirigé par l’empereur et ses délégués. Cela constitue un précédent historique. Jusqu’à aujourd’hui nous ne nous sommes pas libérés de ce que l’Église universelle en tant qu’institution soit née de la volonté de l’empereur.</p>
<p style="text-align: justify">Puis dans l’histoire de l’occident l’empereur romain tomba et ainsi progressivement le pape parvint à atteindre la fonction impériale. Au moyen âge il y eut de nombreuses luttes entre le pape et l’empereur, mais le pape se considérait toujours supérieur à l’empereur. Pendant les croisades, le pape était le généralissime de toutes les armées chrétiennes ; c’était une personnalité militaire : le commandant en chef de l’armée chrétienne. Et dans la tradition des États pontificaux cela s’est maintenu.</p>
<p style="text-align: justify">Lorsque le pape perdit le pouvoir temporel il renforça son pouvoir sur les Églises : il gouverna l’Église comme un empereur, tous les pouvoirs sont centralisés entre les mains d’un seul et avec toutes les apparences d’une cour : il n’y a pas la moindre démocratie dans l’Église. Qui guidait le pape ? La cour, les courtisans, son entourage. Bien sûr, il ne peut pas tout faire à lui seul, mais il s’agit d’une cour séparée du peuple des chrétiens ! Nous en subissons encore les conséquences. Le pape Paul VI a dit un jour qu’il fallait réellement changer la fonction actuelle du pape, c’est-à-dire de ce qui lui incombe. Jean Paul II dans Unum sint indique également qu’il faut prendre conscience que cette concentration des pouvoirs entre les mains du pape est un grand obstacle dans le monde d’aujourd’hui. Il faudrait trouver d’autres modalités d’exercice du pouvoir. Tout cela fait partie de la religion.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>La tâche de la théologie</strong></p>
<p style="text-align: justify">Ceci dit, quelle est la tâche de la théologie ? Elle est complexe, précisément parce qu’elle a une fonction au regard de l’Évangile et une fonction au regard de l’Église. Pendant des siècles la théologie a été l’idéologie officielle de l’Église. Son rôle a été de justifier tout ce que dit et fait l’Église, avec des arguments bibliques, liés à la tradition, la liturgie et toutes ces choses que j’ai apprises lorsque j’étais au séminaire. Bien sûr, je n’y croyais pas, mais la grande majorité y croit encore. Alors, que se passe-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify">Le premier travail est de se poser la question : que dit l’Évangile ? Qu’est-ce qui vient de Jésus ? Qu’est-ce qui relève de l’influence du judaïsme, de l’influence d’une autre culture, d’une autre religion ? Selon le Nouveau Testament, qu’est ce qui vient de Jésus ? Le Nouveau Testament tout entier ne vient pas de Jésus : non. Les épîtres pastorales qui parlent, par exemple des prêtres : ça ne vient pas de Jésus. Le travail de la théologie consistera donc à faire la part de ce qui vient de Jésus, à dire ce qu’il a réellement voulu, ce qu’il a réellement fait, en quoi consiste réellement la continuation de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify">Si l’on considère l’histoire, quelles ont été les manifestations dans lesquelles, sous des formes différentes parce que les situations culturelles étaient différentes, nous pouvons identifier la continuation de cette ligne évangélique ? Car si nous voulons avoir un impact sur le monde d’aujourd’hui, proposer le christianisme au monde d’aujourd’hui, tout ce qui relève du religieux n’intéresse pas. Ce qui peut intéresser c’est précisément l’Évangile et le témoignage évangélique. Personne ne va être converti par la théologie : si bon que soient les cours que vous donnez, personne ne va devenir chrétien sous l’effet de la théologie. C’est pourquoi je m’interroge : pour quelle raison dans les séminaires croit-on que la formation sacerdotale consiste à enseigner la théologie ? Je ne comprends pas, vr aiment, je ne comprends pas. C’est tout autre chose qu’il faut faire pour évangéliser et ce n’est guère plus complexe. C’est pourquoi j’ai décidé il y a 30 ans, sous le regard de Dieu, de ne plus jamais travailler dans des séminaires. Plus jamais.</p>
<p style="text-align: justify">Voici donc la ligne évangélique : Saint François. Saint François était un extrémiste. Il ne voulait pas que ses frères aient des livres : pas question de livres. L’Évangile suffit. On n’a besoin de rien d’autre. Lui-même disait : « Ce que j’enseigne, je ne l’ai appris de personne, pas même du pape ; je l’ai appris directement de Jésus à travers l’Évangile ». Et bien c’est cela qui peut convaincre le monde d’aujourd’hui qui est totalement perturbé et qui s’éloigne toujours plus des Églises anciennes, traditionnelles. Toutes les grandes religions sont nées, plus ou moins, entre 1000 et 500 avant le Christ, excepté l’Islam qui est apparu ensuite ; mais c’est une sorte de branche de la tradition judéo-chrétienne. Voila le premier point.</p>
<p style="text-align: justify">En second lieu la religion : que faire de la religion ? Il faut examiner dans le système tout entier de la religion ce qui aide, qui aide réellement à saisir, à comprendre, à agir selon l’Évangile. Quelque chose peut-il être né chez des moines par inspiration de l’Esprit ? Si vous considérez la vie des moines du désert en Égypte, ce n’est pas un message et ça ne vient pas non plus de l’Évangile. Beaucoup de choses ont leur origine dans on ne sait quelle tradition, ce peut être le bouddhisme ou d’autres choses semblables. Il faut donc évaluer ce qui reste valable aujourd’hui, et le faire avec objectivité.</p>
<p style="text-align: justify">Jésus n’a pas institué 7 sacrements. Jusqu’au douzième siècle on débattait sur le nombre, 10, 7, 5, 9, 4 ? On n’était pas d’accord ; finalement il a été décidé qu’il y en avait 7. Bon d’accord, à cause des 7 jours de la Genèse, des 7 planètes, du chiffre 7… mais, visiblement, il y a des choses qui ne disent plus rien au monde actuel, par exemple la confession auprès d’un prêtre et le sacrement de la pénitence. Combien sont ceux qui se confessent actuellement ? Il y a 20 ans, pendant la Semaine Sainte, dans une paroisse populaire, j’entendais en confession 2000 paroissiens, et le curé 2000 aussi. Aujourd’hui : 20, 30, ce qui signifie que les gens ne sont pas concernés. C’est quelque chose qui a été établi au douzième, treizième siècle : pourquoi maintenir quelque chose qui n’a plus de sens et au contraire provoque un net rejet. Que l’on ait besoin de parler à quelqu’un, que le pécheur ressente le désir de parler à quelqu’un mais pas précisément à un prêtre : il y a bien beaucoup de personnes, beaucoup de femmes, qui peuvent remplir ce rôle et bien mieux, avec plus de pondération, sans terroriser comme cela se produit avec les prêtres. C’est un premier point.</p>
<p style="text-align: justify">Mais il y a une montagne de choses qu’il faut revoir parce qu’elles n’ont pas d’avenir. Il est donc inutile de vouloir défendre ou maintenir quelque chose qui désormais est un obstacle à l’évangélisation et qui n’aide absolument en rien. Dans les liturgies beaucoup de choses sont à changer. La théorie du sacrifice a été, bien évidemment, introduite par les juifs. Dans le temple on offre des sacrifices, les prêtres sont des personnes sacrées qui offrent le sacrifice. Toute cette théorie ne signifie absolument rien aujourd’hui. Que le père soit voué au sacré pour offrir le sacrifice et que l’Eucharistie soit un sacrifice : est ce que tout ça vient de Jésus ? Ah, ça ne vient pas de Jésus. Il faut donc voir si cela a ou non une valeur. Pourquoi maintenir quelque chose qui n’a pas de valeur.</p>
<p style="text-align: justify">Ensuite il faut voir aussi l’autre face du problème : ce qui n’aide pas, ce qui s’est infiltré à partir d’autres tendances, d’autres courants. Prenons pour exemple la vie ascétique des moines irlandais. L’Irlande a été l’île des moines. Là-bas, les évêques n’avaient pas d’autorité ; ils servaient à ordonner des prêtres ; mais pour tout le reste ils étaient en repos. Ceux qui dirigeaient c’étaient les moines : tout était centré sur les monastères qui étaient l’équivalent du diocèse actuellement. Ces moines irlandais avaient une vie d’ascèse, mais si extraordinairement inhumaine pour nous qu’il est impossible que cela soit venu de Jésus, impossible que cela nous aide, car ces hommes là-bas étaient des surhommes, il n’y en a pas de semblables aujourd’hui. Par exemple un exercice de pénitence qu’ils faisaient consistait à entrer dans la rivière – et en Irlande les rivières sont froides – et d’y rester, nus, pour y réciter tous les psaumes… Cette façon d’envisager la vie : non, on ne doit pas estimer que être chrétien, c’est ça. Ce n’est pas non plus une marque de sainteté ; ce n’est pas ainsi que se manifeste la sainteté. Tout ce qui vient de là est à examiner.</p>
<p style="text-align: justify">Toutes les congrégations féminines savent combien il faut lutter pour changer les coutumes, les traditions qui ne sont pas évangéliques. Que de débats ! Je connais un grand nombre de congrégations féminines et que de temps perdu en discussions, en débats entre celles qui veulent tout conserver et celles qui veulent abandonner ce qui n’est plus utile et trouver un autre mode de vie mieux adapté à la situation actuelle.</p>
<p style="text-align: justify">Alors, quelle tâche incombe à la théologie ? Ceci : changer. Il faut changer. La tradition doit cesser d’être l’idéologie de tout le système romain : cela n’a pas d’avenir. Ce genre de théologie a progressivement été abandonné depuis déjà longtemps.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Un nouveau franciscanisme latino-américain</strong></p>
<p style="text-align: justify">En Amérique latine quelque chose est apparu : nous avons connu un nouveau franciscanisme, c’est-à-dire une nouvelle étape, mais radicale, de vie évangélique. Quand situer sa naissance ? J’ai parlé des évêques qui y ont participé, qui ont animé Medellín et de l’option pour les pauvres : ce sont les Saints Pères de l’Amérique latine. S’il faut dater l’origine du nouvel évangélisme de l’Église latino-américaine, je dirais – n’oubliez pas – le 16 novembre 1965. Ce jour là, dans une catacombe de Rome, 40 évêques, en majorité latino-américains, sous l’impulsion de Helder Camara, se sont réunis et ont signé ce qui s’est appelé le « Pacte des catacombes ». Ils s’y engageaient à vivre dans la pauvreté qu’il s’agisse de nourriture, de transport, de logement. Ils s’engagent ; ils ne disent pas ce qu’il faut faire, ils s’engagent et effectivement par la suite, ils l’ont fait, une fois de retour dans leurs diocèses. Et aussi : à donner la priorité à ce qui concerne les pauvres dans toutes leurs activités, ce qui revenait à laisser beaucoup de choses de côté pour se consacrer en priorité aux pauvres, soit tout un ensemble d’éléments qui vont dans ce sens. Voici ceux qui furent les animateurs de la Conférence de Medellín. Là est née la nouvelle étape.</p>
<p style="text-align: justify">Ils bénéficièrent d’un contexte favorable : à cette époque l’Esprit Saint avait inspiré nombre de personnalités évangéliques. Les communautés ecclésiales de base avaient déjà fait leur apparition. Il y avait déjà des religieuses intégrées aux communautés populaires. Mais peu nombreuses et qui donc se sentaient marginalisées au milieu des autres. Medellín leur a donné une sorte de légitimité et en même temps un plus grand dynamisme et les communautés se sont multipliées. Est-ce que cela a atteint toute l’Église latino-américaine ? Non, bien évidemment. Il s’agit toujours d’une minorité. Un jour, je me souviens, on a demandé au cardinal Arns – un saint, nous avons eu d’excellentes relations d’amitié –, un journaliste lui avait demandé : « Vous, monsieur le cardinal, ici à São Paulo vous avez bien de la chance, toute l’Église est devenue l’Église des pauvres, les religieuses sont toutes au service des pauvres : quelle merveille ! ». Et là Dom Paolo a répondu : « Eh oui, ici à São Paulo 20% des religieuses sont allées dans les communautés de pauvres ; 80% sont restées chez les riches ». C’était beaucoup. Aujourd’hui il n’y en a pas 20%.</p>
<p style="text-align: justify">Ce fut une époque de création, une de ces époques comme il s’en produit parfois dans l’histoire marquée par une empathie très grande avec l’Esprit. Il nous revient de vivre cet héritage : c’est un héritage qu’il faut maintenir, conserver précieusement car rien de semblable ne va ressurgir. Parfois on m’interroge : « Pourquoi les évêques ne sont-ils pas comme à cette époque ? ». Parce que cette époque est exceptionnelle ; dans l’histoire de l’Église c’est une exception : de temps en temps il arrive que l’Esprit Saint envoie des exceptions.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’évangélisation</strong></p>
<p style="text-align: justify">Alors, qui va évangéliser le monde d’aujourd’hui ? De mon point de vue, ce sont les laïques. Déjà sont apparus de nombreux petits groupes de jeunes qui pratiquent justement un mode de vie beaucoup plus pauvre, libres de toute organisation extérieure, en contact permanent avec le monde des pauvres. Il en existe déjà, il y en aurait davantage s’ils étaient mieux connus. Cela pourrait être une tâche auxiliaire de la théologie : faire connaître ce qui se passe dans la réalité, où l’on trouve, en ce moment, l’Évangile vécu, pour que cela se sache, pour que ces groupes se connaissent mutuellement, car sinon ils peuvent se décourager ou manquer de perspectives. Une fois réunis, qu’ils constituent des associations, dans le respect des tendances, des modèles spirituels. Je n’attends pas grand-chose du clergé. Nous sommes donc dans une situation historique nouvelle.</p>
<p style="text-align: justify">Ce qui se produit en ce moment c’est que les laïques ont cessé d’être analphabètes, et cela, il y déjà longtemps : ils ont une formation humaine, une formation culturelle, une formation de leur personnalité qui est très supérieure à ce que l’on enseigne dans les séminaires. Donc ils sont mieux préparés à agir dans le monde, même s’ils ne connaissent pas beaucoup de théologie. On pourrait apporter plus de théologie, mais ceci est un autre problème. N’allons pas actuellement penser que ceux qui demain vont réaliser le programme d’Aparecida, ce seront les prêtres. Je ne connais pas tout, mais les séminaires que je connais, les diocèses que je connais auraient besoin de 30 ans pour former un clergé nouveau : et qui va le former ?</p>
<p style="text-align: justify">Concernant les laïques les choses sont différentes : ils sont nombreux à être prêts et ce sont des gens avec une formation humaine, des capacités de pensée, de réflexion, pour établir des relations et des contacts, diriger des groupes, des communautés. Mais beaucoup n’osent pas encore, ils n’osent pas. Cependant ils sont l’avenir.</p>
<p style="text-align: justify">Une anecdote pour terminer : on a fait appel à moi à Fortaleza, au nord-est du Brésil. Fortaleza maintenant est une grande ville : un million d’habitants. Le Saint-Siège avait mis à l’écart, marginalisé, le cardinal Aloiso Lorscheider, en l’envoyant en exil à Aparecida qui est un lieu de châtiment pour les évêques qui ont déplu. Arriva alors un successeur, Dom Claudio Humes qui est maintenant cardinal à Rome. Claudio Humes supprima tout ce qui avait un caractère social dans le diocèse, il renvoya tout le monde : 300 personnes ayant un long vécu de service, pleines de capacités humaines ; comme ça sans ambages. Un jour, ils m’ont contacté : ils étaient 300 en larmes, se plaignant : « et maintenant nous ne pouvons rien faire ; et maintenant, qu’est-ce-qu’on fait ? ». Je leur ai dit : « mais enfin vous êtes des personnes profondément humaines, développées, à forte personnalité. Vous avez réussi dans votre vie familiale, dans vos carrières, dans votre vie professionnelle. Qu’est-ce-que vous allez vous préoccuper maintenant de savoir si l’évêque veut ou ne veut pas ? Si le curé veut ou ne veut pas ? Vous possédez toute la formation suffisante et les capacités, pourquoi n’agissez vous pas, ne constituez vous pas une association, un groupe, de façon indépendante ? Car le droit catholique – comme beaucoup de catholiques ne le savent pas – le droit catholique permet la constitution d’associations indépendantes de l’évêque, indépendantes du curé – c’est quelque chose que l’on n’enseigne pas beaucoup dans les paroisses, mais c’est quelque chose qu’il est important de savoir, justement. Vous pouvez donc très bien vous regrouper à 4 ou 5 personnes pour organiser un système de communication, un système de spiritualité, un système d’organisation pour une présence dans la vie publique, dans la vie politique, dans la vie sociale : 300 personnes de cette valeur. Si cela coûte de l’argent, s’il faut payer 5 personnes, chacun va dépenser à peine 2% de ce qu’il gagne, on peut donc bien faire vivre 5 personnes qui se consacrent à cela. Elles sont à choisir entre les 25-30 ans car c’est le moment de créativité. Jusqu’à 25 ans l’être humain se cherche. Ensuite les études terminées, en possession d’un travail, il veut donner un sens à sa vie : là se trouvent ceux qui ont capacité à inventer. Pourquoi ne l’ont- ils pas fait ? Pourquoi tant de timidité ? C’est vous dans le monde qui avez toutes ces capacités, du côté de l’Église : rien. Ils ne s’en sentaient pas capables, ils avaient besoin de l’évêque, des prêtres, qu’ils leur disent ce qu’il faut faire : comment est ce possible ? Si ça se trouve on ne leur a pas appris : on peut se comporter en adulte dans la vie civile et en gamin dans la vie religieuse.</p>
<p style="text-align: justify">Mais nous pouvons le faire et le reproduire dans toutes les régions. L’avenir dépend de groupes de laïques semblables qui existent déjà même s’ils sont très dispersés. C’est là qu’est l’avenir : c’est notre tâche à tous, en commençant par les jeunes. Au Brésil il y a en ce moment 6 millions d’étudiants universitaires ; 2 millions viennent de familles pauvres – les pauvres sont ceux qui gagnent moins de 3 fois le minimum vital parce que avec moins de 3 fois le minimum vital on ne peut pas vivre décemment – 2 millions. Et en quoi consiste la présence du clergé ? Elle est infime : quelques religieux. Du diocèse ? Il n’y en a pas. Et là est l’avenir. Ce sont des jeunes qui découvrent le monde. Bien sûr certains se mettent à la drogue, se laissent corrompre, mais c’est une minorité, dans l’ensemble ce sont des personnes qui veulent faire quelque chose dans la vie. S’ils n’ont pas connaissance de l’Évangile ils ne vivront pas en chrétiens : il faut l’expliquer, mais pas avec des cours de théologie, expliquer par l’action, en participant à des actions qui sont réellement des services rendus aux pauvres. C’est possible.</p>
<p style="text-align: justify">La tâche de la théologie… Il faudra changer un tout petit peu : être moins académique, plus orienté vers le monde extérieur, vers ceux qui ne sont pas dans le réseau d’influence de l’Église, qui ne sert pas. Être une présence. Offrir une théologie lisible sans avoir une formation scholastique, parce qu’autrefois si l’on n’avait pas une formation aristotélicienne on ne pouvait rien comprendre à cette théologie traditionnelle. Et bien la philosophie aristotélicienne est morte, c’est-à-dire, les philosophes du XX<sup>e</sup> siècle l’ont enterrée. Il nous faut maintenant inventer : comment allons-nous nous ouvrir au monde ?</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[1] La <a href="http://www.atrio.org/2010/09/%C2%BFque-nos-esta-pasando-en-la-iglesia/">version originale</a> (espagnol) est accessible sur le site <a href="http://www.atrio.org/">Atrio</a>.</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://enligne.dial-infos.org/"><strong>Dial</strong></a><strong> 3123 – Diffusion d’information sur l’Amérique latine </strong>(<a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a>)</p>
<p>Traduction d’Annie Damidot pour Dial.</p>
<p>Mis en ligne par <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?auteur5">Dial</a> le Jeudi 7 octobre 2010 : http://www.alterinfos.org/spip.php?article4606</p>
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		<title>Brésil : déclaration finale du 3è Congrès national de la Commission Pastorale de la Terre</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Jul 2010 08:49:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><strong>« Dans la clameur des peuples de la terre, </strong></p>
<p style="text-align: center"><strong>la mémoire et la résistance pour la défense de la vie »</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="font-weight: normal"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cartaz-congresso-170_bordab.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2928" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cartaz-congresso-170_bordab.jpg" alt="" width="170" height="250" /></a><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em>La Commission pastorale de la terre a tenu son troisième Congrès national du 17 au 21 mai dans le Minas Gerais. Nous publions ci-dessous la déclaration finale du Congrès qui constitue une prise de position ferme et convaincue sur la situation agraire brésilienne et les luttes à poursuivre. Texte publié sur le site de la </em><a href="http://cptnacional.org.br/index.php/iii-congresso-da-cpt/252-carta-final-do-iii-congresso-nacional-da-cpt"><em>Commission pastorale de la terre</em></a><em> le 21 mai 2010.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">Montes Claros, 21 mai 2010.</p>
<p style="text-align: justify">En ce temps où l’humanité tout entière prend conscience du cri de la Terre mère, notre maison commune, la Commission pastorale de la terre – CPT – a réuni son troisième Congrès national, à Montes Claros (État du Minas Gerais), du 17 au 21 mai 2010, sur le thème <strong>« Biomasse, territoires</strong> <strong>et diversité rurale »</strong>. Les travailleurs, hommes et femmes, formaient la majorité de ce Congrès (376). Les différentes catégories – Indiens, habitants des <em>quilombos</em> [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb1">1</a>], riverains des fleuves, exploitants agricoles, occupants des terres avec ou sans titres – illustraient bien la diversité rurale du Brésil et sa résistance vis-à-vis du processus de destruction en cours. Au total 760 personnes – 440 hommes et 320 femmes – firent écho dans la région semi-aride du Minas aux clameurs du peuple de la terre. Les agents de la CPT – au nombre de 272, en comptant parmi eux quatre évêques et 51 prêtres, religieux et religieuses, et séminaristes – et 112 invités et partenaires de mouvements populaires et pastoraux, ont pu sentir la force de la vie qui anime les communautés rurales, pleines d’espérance, au milieu des difficultés et des frustrations.</p>
<p style="text-align: justify">L’archidiocèse de Montes Claros, qui fête cette année son centenaire, et le collège Sao José, des Frères maristes, nous ont accueillis à bras ouverts. La chaleur humaine de Montes Claros contraste avec la froide monotonie de la monoculture prédatrice, des interminables plantations d’eucalyptus et des herbages qui ont remplacé la riche diversité du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cerrado"><em>Cerrado</em></a> [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb2">2</a>] qui entourait la ville.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Nous allons nous battre parce que c’est notre sol » (le chef Odair Borari, de Santarém – État du Para)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous avons eu la joie d’entendre et de partager de nombreux témoignages de résistance et de lutte venant de paysans et paysannes de tout le Brésil. En vue de la défense de leurs territoires et de leurs cultures, ils ont montré qu’il est possible et indispensable de vivre avec les diverses biomasses sans les détruire. Il est possible d’entretenir une relation de respect et de fraternité avec la terre-mère et avec tous les êtres vivants.</p>
<p style="text-align: justify">Ces expériences nous montrent, également, la créativité avec laquelle les paysans et les paysannes savent répondre aux défis engendrés par la crise écologique et par un modèle de développement qui détruit la biomasse de notre pays, de façon de plus en plus violente et accélérée, en concentrant les terres et les richesses sur un petit nombre de gens, et en tuant de nombreuses formes de vie.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Ils tuent même la volonté » (Sabrina, 19 ans, de Montes Claros – État du Minas Gerais)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Ces expériences pleines de vie et d’espérance, renforcent la clameur face au pouvoir terrifiant des grands projets qui, au nom d’une croissance trompeuse, assassinent les responsables et expulsent les populations locales de leurs territoires. Ils dégradent le milieu ambiant avec leurs centrales hydroélectriques, leurs mines et leurs voies ferrées, la captation des eaux, l’irrigation intensive, la monoculture, la déforestation. Ce sont des projets imposés avec arrogance, du haut vers le bas, qui méprisent la législation agraire et environnementale. Avec hypocrisie, ils se parent de légalisme en prétendant être sous le contrôle et les injonctions des instances publiques.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Les lois, nous devons les respecter, mais les lois doivent nous respecter » (Joaninha, 58 ans, Minas Gerais)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous avons entendu la vive critique à l’égard d’un État qui d’une main apporte son aide immédiate pour atténuer la faim et la misère, ou même pour libérer les esclaves modernes, et qui, de l’autre main, stimule, promeut et finance un modèle de croissance pervers qui porte atteinte à la société et à la vie elle-même.</p>
<p style="text-align: justify">Dans de très nombreux cas, le pouvoir judiciaire devient le bras juridique qui exécute et légalise la spoliation, en chassant chaque année des milliers de familles et en garantissant l’impunité d’assassins, de faussaires et d’entreprises qui ne respectent pas les lois.</p>
<p style="text-align: justify">Nous sommes indignés par la remise en liberté, en ces jours où se tient notre Congrès, de celui qui a ordonné le meurtre de Sœur Dorothy.</p>
<p style="text-align: justify">De véhémentes protestations se sont élevées également contre un pouvoir législatif inopérant, soumis aux intérêts d’un parti rural qui veut changer le code des forêts pour favoriser l’expansion de la monoculture et enterrer le Projet d’amendement constitutionnel (PEC) qui propose la confiscation des terres où se pratique le travail esclave, ainsi que celui qui prévoit la reconnaissance de la zone du <em>Cerrado</em> et de la <em>Caatinga</em> [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb3">3</a>] comme patrimoine national.</p>
<p style="text-align: justify">De même, avec indignation, ont été dénoncées les tentatives de criminalisation des mouvements ruraux par le pouvoir judiciaire, par le Congrès et par les grands médias. L’agrobusiness qui, pendant ce temps, dégrade et pollue la nature, exproprie les communautés locales et soumet les travailleurs à l’esclavage, est présenté comme un levier du progrès.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Résister pour exister » (Zacarias, de la zone de pâturage d’Areia Grande, État de Bahia)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous sommes dans l’admiration en entendant le témoignage courageux de l’action remarquable de nombreux compagnons, hommes et femmes, qui continuent à lutter pour le changement. Certains d’entre eux, menacés de mort, ne craignent pas de continuer à lutter pour la justice et pour la plénitude de la vie.</p>
<p style="text-align: justify">Nous avons beaucoup apprécié le grand nombre de jeunes présents et la qualité de leur participation. Ils et elles témoignent auprès de nous, clairement, que les nouvelles générations croient qu’il est possible de vaincre l’individualisme engendré par le marché et la consommation.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Il faut que vous nous aidiez » (Augusto Justiniano de Souza, syndicaliste, 55 ans, État de Goias)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous avons été émus en entendant le cri de solitude, d’abandon et de désespoir des paysans, hommes et femmes de notre pays. Ils ont recherché l’appui des syndicats, des partis et des mouvements sociaux qui, naguère, les représentaient et les accompagnaient. Ils ont recherché aussi l’appui déterminé de la CNBB [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb4">4</a>] et sa parole prophétique face à la gravité de la situation en milieu rural.</p>
<p style="text-align: justify">Cette réalité et la clameur des paysans et paysannes et des populations locales sont un appel pour l’adhésion à la mission de la CPT, à la suite de Jésus de Nazareth, dans la fidélité envers le Dieu des pauvres et les déshérités de la terre.</p>
<p style="text-align: justify">En vertu de cette mission, la Commission pastorale de la terre assume :</p>
<p style="text-align: justify">1   La lutte pour la terre et les territoires, dans le combat contre le latifundium et l’agrobusiness. Nous luttons pour que la Réforme agraire prenne en compte la diversité de la biomasse et les différentes cultures des populations locales qui résistent et qui essaient de constituer des communautés viables. Comme signe concret, la CPT s’engage à réaliser le Plébiscite populaire pour la fixation d’une limite à la propriété foncière, consultation qui doit être effectuée en septembre, au moment du Cris des exclus, pendant la semaine de la Patrie.</p>
<p style="text-align: justify">2   L’affrontement avec le modèle prédateur du milieu ambiant et oppresseur pour la vie des personnes et des communautés. Modèle fondé sur les monocultures d’exportation, soutenu par de grands projets imposés tambour battant. Emblématiques de cette résistance sont les luttes contre la captation des eaux du Sao Francisco, contre les usines hydrauliques comme celle de Belo Monte et les autres prévues en Amazonie. Emblématique aussi, le combat infatigable de la CPT contre le travail esclave.</p>
<p style="text-align: justify">3   La formation à une spiritualité centrée sur l’engagement à la suite de Jésus qui puisse nous donner la force de ne pas servir deux maîtres et de témoigner des valeurs du Royaume.</p>
<p style="text-align: justify">4   La nécessité de contribuer à l’articulation et au renforcement des organisations populaires, rurales et urbaines, pour qu’elles soient des artisans de la construction du nouveau projet politique que nous voulons pour le Brésil, en union avec les autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dans la quête d’une mondialisation juste et fraternelle.</p>
<p style="text-align: justify">En achevant ce troisième Congrès national, la Commission pastorale de la terre – CPT – renouvelle son engagement prophétique et pastoral envers les pauvres de la terre jusqu’à ce que « la royauté sur le monde revienne à notre Seigneur et à son Christ, afin qu’il règne pour toujours et que vienne le temps où seront détruits ceux qui détruisent la terre » (Ap 11,15-18).</p>
<p style="text-align: justify">Les participants du troisième Congrès national de la CPT.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh1">1</a>] Les <em>quilombos</em> sont les anciens refuges des esclaves fugitifs – NDT.</p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh2">2</a>] Savane d’arbustes disséminés – NDT.</p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh3">3</a>] Savane d’arbustes épineux – NDT.</p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh4">4</a>] Conférence nationale des évêques du Brésil – NDT.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Source </strong>: <a href="http://enligne.dial-infos.org/">Dial</a> – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 3115.</p>
<p style="text-align: justify"><a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a></p>
<p style="text-align: justify">Traduction de Lucile et Martial Lesay pour Dial.</p>
<p style="text-align: justify">Mis en ligne par Dial – 2 juillet 2010 : http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507</p>
<p style="text-align: justify">Source originale (portugais) : site de la <a href="http://cptnacional.org.br/index.php/iii-congresso-da-cpt/252-carta-final-do-iii-congresso-nacional-da-cpt">Commission pastorale de la terre</a>, 21 mai 2010.</p>
<p style="text-align: justify"><strong><em>.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><br />
</strong></p>
<p><strong><em><br />
</em></strong></p>
]]></content:encoded>
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		<title>De nouveaux défis pour la théologie de la libération</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/04/08/de-nouveaux-defis-pour-la-theologie-de-la-liberation/</link>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 22:52:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[par François Houtart, Fondateur et président du Centre Tricontinental, et professeur émérite de sociologie à l’Université Catholique de Louvain ; co-lauréat 2009 du prix Madansheet Singh remis à l’UNESCO le 16 novembre 2009. La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">par <strong>François Houtart,</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong><em>Fondateur et président du Centre Tricontinental, et professeur émérite de sociologie à l’Université Catholique de Louvain ; co-lauréat 2009 du prix Madansheet Singh remis à l’UNESCO le 16 novembre 2009.</em></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/houtart_18.111.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2486" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/houtart_18.111-300x212.jpg" alt="" width="300" height="212" /></a></p>
<p style="text-align: center"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify">La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui se prétend hors du temps. Ce que l’on pourrait appeler une théologie sur la Lune… Toute théologie est toujours contextuelle. Parce qu’elle est théologie, elle est composée de nombreux chapitres : une ecclésiologie, une christologie, une théologie sacramentaire et liturgique, une théologie morale et une doctrine sociale. Pour la théologie dela libération, le contexte est explicité : c’est celui de la réalité des pauvres et des opprimés, de leurs luttes et de leur vie de foi au sein de ces réalités. C’est là que l’on trouve Dieu, selon l’option spécifique de Jésus-Christ dans l’Evangile. Quelqu’un a pu dire <em> : ” La théologie de la libération ne se demande pas tellement si Dieu existe, mais où il se trouve ”</em>.  La théologie de la libération s’est développée en Amérique latine, à partir des années 1960, après le Concile Vatican II, et elle a inspiré de nombreuses démarches spirituelles et des engagements sociaux. Nous allons nous limiter à la morale sociale qu’elle développe, car c’est elle qui a sans doute eu la répercussion la plus importante, et qui nous permettra de poser la question de son opportunité dans la situation contemporaine.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>1. Une lecture de la société</strong></p>
<p style="text-align: justify">Une éthique sociale se construit à partir d’une lecture, explicite ou implicite, de la réalité. C’est, en effet, en fonction de cette approche que se définit le jugement moral. Nous allons le montrer en comparant l’éthique sociale de la doctrine traditionnelle de l’Eglise catholique avec celle de la théologie de la libération. Dans le premier cas, l’enseignement récent, celui de Jean Paul II, affirme que la doctrine sociale possède un statut au-delà de toutes les disciplines. Ce qui veut dire qu’elle est une partie intégrante de la Révélation, et que seule l’autorité ecclésiastique est en mesure d’en garantir l’authenticité.</p>
<p style="text-align: justify">En revanche, la théologie de la libération affirme le caractère fondamental de la médiation de l’analyse sociale pour arriver au raisonnement éthique en tant qu’élément d’orientation du jugement. En d’autres termes, son choix de l’analyse est explicite. En l’occurrence, il s’agit de celle qui rend le mieux compte de la situation des plus pauvres, de celle qui permet de regarder le monde avec les yeux des exclus. Pour elle, c’est une exigence de l’Evangile, critère pré-scientifique pourrait-on dire, et véritablement contraignant. Donc d’ordre éthique.   Il en résulte deux démarches très différentes. La doctrine sociale de l’Eglise adopte, de fait, une lecture implicite de la réalité sociale. Cette dernière, dans cette perspective, est composée de strates (parfois appelées classes) superposées ou juxtaposées : il y a des ouvriers, des employés, des paysans, des classes moyennes, des patrons. La théologie de la libération, quant à elle, perçoit la société contemporaine en termes de structures de classes, c’est-à-dire de groupes sociaux reliés entre eux structurellement, en fonction de leurs positions respectives dans un système économique, politique et culturel déterminé. Aujourd’hui, la structure sociale est définie par la logique des rapports sociaux du capitalisme. Il n’en a pas toujours été ainsi : dans l’histoire, il y a eu des sociétés de classe précapitalistes et des organisations sociales construites sur les rapports de parenté, par exemple. Les conséquences pratiques sont très importantes.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le premier cas, le bien social consistera à faire collaborer les diverses strates sociales pour réaliser le « bien commun », chacun jouant son rôle à sa place, mais sans remettre en question la logique des rapports sociaux. Au plan politique, très logiquement, cela débouche sur la Démocratie chrétienne. Dans le second cas, c’est la structure de classes qui crée les injustices. Il s’agit donc de la transformer et de remonter à l’origine du problème, c’est-à-dire de lutter contre ce qui permet à une minorité de s’approprier les richesses.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le premier cas, on pourra à la fois condamner durement le capitalisme “sauvage” et voir dans l’« économie sociale de marché » ou le capitalisme “civilisé”, la solution à l’harmonie sociale. Dans le second, au contraire, c’est la logique même du capitalisme qui doit être contestée et remplacée par une autre conception de l’économie.</p>
<p style="text-align: justify">Et c’est ici qu’intervient l’analyse marxiste, comme démarche explicite, estimée la plus adaptée à rendre compte de la réalité sociale à partir de la vision des pauvres. Il ne s’agit pas pour autant d’un dogme, mais d’une méthode d’interrogation du réel. Elle a donc été adoptée par la plupart des théologiens de la libération pour des raisons très claires.</p>
<p style="text-align: justify">Contrairement à ce qu’ont affirmé ses détracteurs, et notamment la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’utilisation de ce type d’analyse ne mène pas automatiquement à l’athéisme. Il est cependant exact que cette démarche introduit explicitement une nouvelle instance de jugement pour formuler une éthique sociale : celle de la médiation de l’analyse. Elle relativise donc toute doctrine sociale, dans la mesure où cette dernière se formule nécessairement à partir d’une analyse, et peut donc être critiquée par une démarche relevant des sciences sociales. Cela remet en question le monopole de l’autorité religieuse en tant qu’unique instance de jugement.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>2. Crise de civilisation</strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous assistons actuellement à une crise profonde du système économique. Elle va bien au-delà de la crise financière dont tout le monde parle, et qui, selon certains, pourrait être seulement conjoncturelle et donc susceptible d’être résolue par des régulations. Or, en fait, le volet financier n’est que l’un des aspects du problème. L’ensemble des crises auxquelles nous assistons possède une origine commune : la logique du capitalisme. Cette logique fait du taux de profit l’axe de l’économie et de l’accumulation du capital son moteur, le tout dans l’ignorance des externalités, c’est-à-dire des dommages écologiques et sociaux qui n’entrent pas dans le calcul du capital.</p>
<p style="text-align: justify">La crise alimentaire a été provoquée non par une faille de la production, mais essentiellement par la spéculation. La crise énergétique est due à un modèle de développement énergivore favorable à l’accumulation. La crise climatique, liée à la manière d’utiliser les ressources naturelles en les exploitant et les détruisant quand elle ne constituent que des externalités, s’est accélérée avec la phase néolibérale du capitalisme. C’est à ce moment-là que les émissions de gaz à effet de serre et la température de l’univers ont pris une courbe ascendante accélérée.</p>
<p style="text-align: justify">Enfin la crise sociale, qui réduit plus de 800 millions de personnes à la faim et la misère, tandis qu’une minorité de riches concentre les revenus de la planète, est le résultat de la recherche de la maximisation des profits. Il est plus intéressant, pour l’accumulation du capital, de produire des biens et des services sophistiqués pour 20 % de la population disposant d’un pouvoir d’achat, que de le faire pour le reste du genre humain n’ayant que peu ou pas de possibilités de consommation.</p>
<p style="text-align: justify">C’est donc bien une logique qui est à l’oeuvre, portée par des classes sociales dont les intérêts sont liés au modèle de croissance. C’est cette logique qu’il faut changer, en créant un nouveau rapport de forces. Voilà le grand défi de l’humanité contemporaine, aussi bien sur le plan de la répartition des ressources que sur celui de la manière de les produire.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>3. Des tâches nouvelles</strong></p>
<p style="text-align: justify">Face à ces situations, la théologie de la libération est confrontée à des tâches nouvelles, et d’abord à une extension de ses perspectives. Les politiques néolibérales menées pendant plus de trente ans ont en effet élargi considérablement le champ d’application de la logique capitaliste. Tous les groupes sociaux subalternes ou moyens sont aujourd’hui affectés par la loi du marché, et plus seulement la classe ouvrière. Cette dernière a été le premier groupe social à se situer de façon antagonique au capital, du fait d’un rapport direct capital/travail. C’est ce que l’on pourrait appeler une soumission réelle du second au premier : le travailleur ne peut plus produire sans le capital, qui devient hégémonique et domine la production et la distribution des produits et des services.</p>
<p style="text-align: justify">Mais, avec la libéralisation des échanges au plan mondial et la domination progressive du capital financier, la soumission formelle &#8211; c’est-à-dire par d’autres moyens que le salariat &#8211; s’est étendue à tous les milieux sociaux. La fixation des prix agricoles par des Bourses internationales affecte tout le monde paysan. Les paysans sans terre sont les victimes de la re-concentration de la propriété ; les peuples indigènes perdent leurs territoires sous les coups de boutoir des compagnies pétrolières ou minières, et de l’agro-négoce ; les femmes sont les premières victimes de la privatisation de l’eau, de l’électricité, des soins de santé, de l’éducation. Il faut ajouter à tout cela la destruction accélérée de la nature et la détérioration de l’environnement, surtout de celui des plus pauvres.</p>
<p style="text-align: justify">On peut donc affirmer que le sujet historique que fut la classe ouvrière au cours des siècles précédents n’est plus aujourd’hui que l’une des composantes &#8211; importante sans aucun doute &#8211; d’un sujet plus vaste, pluriel, mais populaire. D’où l’ensemble des luttes qui se sont développées au cours des dernières décennies, et l’importance de leur convergence dans des initiatives telles que les Forum sociaux mondiaux.</p>
<p style="text-align: justify">On a vu aussi se développer de nouvelles perspectives dans la théologie de la libération : une théologie de l’écologie, avec Leonardo Boff, par exemple ; une théologie de la libération dans une perspective féministe, avec Yvone Guebara ; une théologie des peuples indigènes ; également une attention particulière accordée au sujet (Franz Hinkelamert). Certains auteurs ont été influencés par les courants postmodernes qui ont fleuri en philosophie et en sciences sociales, suite à l’échec des dogmatismes idéologiques. Cela n’alla pas sans risques pour la perte du caractère global de l’analyse fournie par l’approche marxiste. Or c’est précisément cette dimension qui est aujourd’hui essentielle, à un moment où la pensée dominante fragmente les divers aspects d’une crise de système.</p>
<p style="text-align: justify">La prise de conscience du fait qu’il s’agit d’une question de civilisation, et donc de survie aussi bien de l’univers que du genre humain, met en lumière l’importance d’une éthique dont le fondement est la possibilité de la continuité de la vie de la planète et de l’humanité. C’est peut-être la tâche la plus urgente de la théologie de la libération aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify">Enfin, il ne suffit pas de s’attacher à l’analyse critique de la logique structurant actuellement le fonctionnement de la société. Il faut se tourner vers l’avenir. Quelles sont les grandes orientations qui permettront de vivre les valeurs du « règne de Dieu » ? Il s’agit du respect de la nature ; d’une économie répondant aux besoins des personnes et des peuples, et pas seulement à l’accroissement des taux de profit ; de l’établissement de la démocratie au sein de tous les rapports sociaux, y compris de genre, et remettant en valeur le sujet ; de la multiculturalité donnant à toutes les cultures, les philosophies, les religions, la possibilité de construire l’éthique nécessaire à la transition vers une société postcapitaliste.</p>
<p style="text-align: justify">De tels enjeux appellent une nouvelle étape d’analyse afin de développer une démarche théorique donnant une cohérence à l’ensemble des initiatives déjà en cours dans ces divers domaines. Ils exigent aussi des convergences dans l’action, tant au niveau des mouvements sociaux que de l’agir politique. La théologie de la libération a aussi sa place dans cette construction nouvelle : celle de contribuer à préciser l’éthique collective et individuelle, comme base de l’engagement et de la spiritualité de nombreux acteurs sociaux, et cela au-delà des frontières religieuses.</p>
<p><em>(Exposé présenté lors du débat organisé à Paris par l’association France-Amérique latine le 31 mars 2010.)</em></p>
<p><strong>Source</strong><em> : publié le lundi 5 avril 2010 </em></p>
<p><em>sur </em><em>http://www.medelu.org/spip.php?article395</em></p>
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		<title>Et la compassion ? Qu&#8217;en est-il ? Regarde le monde et tu comprendras !, par Johann-Baptist Metz</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/16/et-la-compassion-quen-est-il-regarde-le-monde-et-tu-comprendras-par-johann-baptist-metz/</link>
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		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 15:43:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l&#8217;universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l&#8217;universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur celui de la souffrance répandue dans le monde. Le regard de Jésus ne s&#8217;est pas porté en premier sur le péché des autres, mais sur leur souffrance. Le péché était à ses yeux, ne l&#8217;oublions pas, le refus de participer à la souffrance des autres, le refus de jeter les yeux au-delà de l&#8217;horizon ténébreux d&#8217;une histoire personnelle marquée par la souffrance, il était pour lui, comme saint Augustin l&#8217;a nommé, « un repli du coeur sur lui-même »<span id="more-2332"></span>, un abandon au narcissisme secret qui habite toute créature. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;a débuté le christianisme comme communauté du souvenir qui inscrit ses récits dans l&#8217;imitation de ce Jésus historique dont le regard se porte en premier sur la souffrance d&#8217;autrui.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Johann-Baptist-Metz.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2333" title="Johann Baptist Metz" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Johann-Baptist-Metz-199x300.jpg" alt="" width="199" height="300" /></a></p>
<p>C&#8217;est cette sensibilité élémentaire à la souffrance de l&#8217;autre qui caractérise la manière nouvelle dont Jésus a vécu. Cette approche de la souffrance n&#8217;a rien à voir avec le dolorisme, avec un culte morose de cette souffrance. Elle est bien plutôt, dans le refus de tout sentimentalisme, l&#8217;expression de cet amour auquel pensait Jésus lorsque – se situant du reste par là pleinement dans la mouvance héritée d&#8217;Israël – il parlait de l&#8217;unité indissociable de l&#8217;amour de Dieu et de l&#8217;amour du prochain : l&#8217;attachement de Dieu à la souffrance est celui de l&#8217;empathie, il est, dans l&#8217;acception « politique » du terme, une mystique de la compassion. Voilà à quoi est constamment confronté le christianisme quand il retourne à ses racines. Quiconque reconnaît « Dieu » au sens où l&#8217;entend Jésus est prêt à en payer le prix, au préjudice de son intérêt personnel qui s&#8217;impose dans l&#8217;immédiat et auquel le malheur de l&#8217;autre porte atteinte. Voilà ce que suggère la parabole du « bon Samaritain » par laquelle les récits concernant Jésus se sont inscrits dans la mémoire de l&#8217;humanité.</p>
<p>Et si je souligne avec une telle insistance cette empathie qui découle de l&#8217;attachement de Dieu à la souffrance, c&#8217;est à mon avis parce que le christianisme a rencontré très tôt déjà de grosses difficultés face à l&#8217;attention élémentaire réclamée par cette souffrance, qui est le propre de son message et qui est abordée ici. La question, lancinante dans les traditions bibliques, que pose la justice en faveur des innocents qui souffrent, a été en effet à la naissance d&#8217;une formulation théologique du christianisme, bien trop rapidement transformée dans son fond et dans ses formulations pour devenir celle qui concerne la Rédemption des coupables. A cette dernière question s&#8217;est offerte la réponse toute trouvée de l&#8217;action rédemptrice du Christ. La doctrine chrétienne de la Rédemption a bien trop radicalisé la question de la faute et relativisé celle de la souffrance. De la sorte, la théologie a cru ôter au christianisme l&#8217;écharde que lui posait la question de la théodicée. Le problème de la souffrance a été intégré dans l&#8217;argumentation propre à la doctrine de la Rédemption. Le christianisme, qui était une religion d&#8217;abord sensible à la souffrance, s&#8217;est transformé pour devenir une religion prioritairement attentive au péché. Ce n&#8217;est plus sur la souffrance des créatures qu&#8217;a porté le regard, mais sur leur péché. Mais la sensibilité qui s&#8217;attache en priorité à la souffrance de l&#8217;étranger ne s&#8217;en est-elle pas trouvée ainsi émoussée, et la vision biblique de la grandeur de Dieu dans sa Justice &#8212; qui, d&#8217;après Jésus, devait porter sur toute forme de faim et de soif &#8212; n&#8217;en a-t-elle pas été assombrie ?</p>
<p>Bien sûr; mettre ainsi l&#8217;accent sur la sensibilité à la souffrance, telle qu&#8217;elle est propre au message chrétien et à son discours sur Dieu, ce n&#8217;est pas vouloir remettre en question l&#8217;importance du péché et de la faute, de l&#8217;expiation et du rachat (et surtout pas face à cette hystérie qui prône aujourd&#8217;hui partout l&#8217;innocence dans la société). Et ce sont avant tout nous-mêmes, les chrétiens, qui sommes ici confrontés à cette question – au sens où je l&#8217;ai moi-même posée explicitement dans le contexte d&#8217;un christianisme après Auschwitz. Est-ce que nous n&#8217;avons pas, au fil du temps, peut-être trop exclusivement interprété et vécu le christianisme comme une religion sensible au péché et, par voie de conséquence, trop peu à la souffrance ? Est-ce que, dans l&#8217;abîme insondable des souffrances qui grèvent l&#8217;histoire humaine, nous n&#8217;avons pas relégué le cri des hommes peut-être trop rapidement et trop à la légère hors de l&#8217;annonce chrétienne de la Passion ? N&#8217;avons-nous pas classé trop vite dans le domaine qui relève « strictement du séculier » ces autres hommes qui souffrent ? Et ne sommes-nous pas ainsi devenus sourds à la prophétie dont le message nous dit que c&#8217;est justement en partant de cette histoire «séculière » de la souffrance que le Fils de l&#8217;Homme vient à nous et juge du sérieux de notre engagement à sa suite ? « Alors, ils furent saisis d&#8217;étonnement et commencèrent à lui demander », lisons-nous dans la Parabole de Jésus sur le Jugement dernier (Mat., XXV). « &#8220;Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir souffrir ?&#8221; [ ... ] Et il leur répondit : &#8220;En vérité je vous le dis : dans la mesure où vous l&#8217;avez fait à l&#8217;un de ces plus petits de mes frères, c&#8217;est à moi que vous l&#8217;avez fait.&#8221; ». Voilà ce qu&#8217;est bel et bien ce rapport, cette union scellée mystiquement entre la Passion du Christ et les passions souffertes par les hommes !</p>
<p>Or il n&#8217;y a dans la langue allemande aucun terme qui exprime sans équivoque cette sensibilité qui s&#8217;attache dans l&#8217;immédiat à la souffrance – et qui évoque tout autant le premier regard de Jésus porté sur elle. C&#8217;est à peine si le mot allemand « Mitleid » (n.d.tr.: traduit le plus souvent en français par « pitié ») peut être utilisé sans mauvaise conscience. Ce terme a en tous cas une connotation trop affective, trop peu en prise sur la pratique, sur le domaine du « politique ». Il encourt le soupçon de vider les réalités sociales de leur aspect politique en les soumettant à une tendance moralisatrice, de masquer par le sentimentalisme les injustices régnantes. Et c&#8217;est pourquoi je risque d&#8217;utiliser le mot étranger « compassion » pour résumer le projet universel du christianisme à l&#8217;ère de la globalisation comme du pluralisme des religions et des cultures qui la constituent. Et par cette compassion j&#8217;entends non pas une vague « participation affective » dictée d&#8217;en haut ou de l&#8217;extérieur, mais une empathie, cet accueil de la souffrance de l&#8217;autre, qui implique que l&#8217;on prenne part à sa situation et que l&#8217;on s&#8217;y soumette par devoir, dans l&#8217;acceptation consciente et l&#8217;engagement concret face à cette souffrance étrangère. Cette compassion exige au préalable que l&#8217;on soit prêt à modifier son regard, pour qu&#8217;il devienne celui auquel ne cessent de nous inviter les traditions bibliques, spécialement aussi les épisodes historiques concernant Jésus, qui nous appellent à nous placer nous-mêmes dans la perspective et à adopter les critères de jugement de ceux qui souffrent et qui sont menacés. Et à supporter ce regard au moins un peu plus longtemps que nous le permettent les réflexes spontanés que nous impose le souci de nous affirmer nous-mêmes. Cette compassion est soumise à l&#8217;impératif catégorique formulé par Hans Jonas : « Regarde le monde et tu comprendras ! ».</p>
<p>Dès que cette compassion intervient, c&#8217;est la « mort du Moi » évoquée dans le Nouveau Testament qui s&#8217;instaure, ce Moi, ses désirs et son intérêt présents dans l&#8217;immédiat commencent à être relativisés – ils sont maintenant disposés à la « rupture » imposée par la souffrance de l&#8217;étranger. C&#8217;est alors que commence ce que l&#8217;on nomme d&#8217;un terme aussi exigeant qu&#8217; insécurisant la « mystique ».Cette mystique de la compassion est du reste à mes yeux l&#8217;approche typiquement biblique de ce qu&#8217;est en soi la mystique, c&#8217;est-à-dire pleinement celle qui souligne le caractère relatif du Moi, l&#8217;amène à « s&#8217;abandonner ». Mais non pas à se livrer, à disparaître dans le vide informel d&#8217;un univers impersonnel, mais à pénétrer toujours plus profondément et à grandir dans une « alliance », une alliance mystique entre Dieu et les hommes. À la différence des religions d&#8217;Extrême-Orient, le Moi n&#8217;est pas mystiquement dissout dans cette alliance, il est sollicité moralement et dans le domaine du « politique ». Mais il l&#8217;est dans une mystique de la compassion : c&#8217;est la souffrance de Dieu qui est vécue et confirmée comme souffrance partagée, comme mystique du regard lucide sur le monde. Et je me répète : un christianisme qui retourne à ses racines est toujours confronté à elle ; cette mystique de la compassion n&#8217;est pas une affaire d&#8217;ésotérisme, elle est offerte à tous, elle est exigée de chacun. Et elle concerne non seulement la sphère privée, mais aussi la vie publique dans l&#8217;ordre du « politique ».</p>
<p>Cette mystique de la compassion est une mystique qui, par la rencontre de l&#8217;étranger qui souffre, se trouve « reliée à la terre » ; en même temps elle n&#8217;est souvent pas autre chose que l&#8217;expérience assumée de « notre souffrance imputée par nous à l&#8217;attitude de Dieu ». Non pas pour coiffer de la sorte d&#8217;une expérience religieuse les expériences douloureuses du quotidien dont le caractère « séculier » est souvent terrible, non pas pour couronner l&#8217;histoire du monde, pleine de souffrances connues de tous, par une nouvelle souffrance religieuse vécue en privé. Mais pour rassembler dans la mystique de cette souffrance que nous imputons à l&#8217;attitude de Dieu toutes les expériences abominables de nos souffrances, pour les arracher à l&#8217;abîme du désespoir et de l&#8217;oubli, et pour nous encourager à adopter de nouvelles pratiques. Ces nouvelles pratiques qui incluent intégralement la faillibilité et le besoin de conversion propres à ceux qui sont dans l&#8217;action – et non pas pour insensibiliser aussitôt ce nouvel engagement publique par un romantisme religieux, loin de l&#8217;action déployée dans l&#8217;ordre du « politique », mais pour arracher à cet engagement son fondement de haine et de pure violence. Voilà ce qui me semble particulièrement important dans une situation où tous les conflits politiques de grande envergure menacent de déboucher sur des affrontements entre les cultures et les religions.</p>
<p>De même que la curiosité peut être prise au niveau de la pensée théorique comme la dot caractéristique léguée dans l&#8217;héritage de la Grèce, et que les conceptions républicaines de l&#8217;Etat et du Droit peuvent être considérées comme celle de Rome, de même on peut, à mon avis, voir la spécificité d&#8217;une dot dans celle que nous accorde la Bible pour l&#8217;Europe à l&#8217;époque de la globalisation et de son pluralisme des univers culturels et religieux. C&#8217;est dans cet esprit de compassion que se manifeste le christianisme par la force qu&#8217;exerce son impact sur le monde et qui le pénètre. Il envoie les chrétiens au front des conflits sociaux et politiques dans l&#8217;univers actuel. C&#8217;est dans cet esprit que se trouve la racine qui permet de résister à un christianisme privatisé par lui-même dans le contexte pluraliste qui est le nôtre. Il définit la mystique de la compassion comme une mystique du politique.</p>
<p>Mais, bien sûr, cette exigence n&#8217;apparaît-elle pas aujourd&#8217;hui comme une pastorale purement romantique ? Il se peut que cet esprit inspiré par la compassion ait pu éventuellement être vécu jadis, à des époques révolues, dans des univers marqués autrefois par la proximité, dans des sociétés urbaines et rurales archaïques, où l&#8217;on se trouvait à portée de vue des autres. Mais aujourd&#8217;hui : comment cet esprit fait-il face aux tempêtes de l&#8217;anonymat qui exclut le contact visuel et qui est le propre de la globalisation planétaire ? Face à de telles questions, nous ne devrions cependant pas l&#8217;oublier : ce ne sont pas seulement la souffrance et le malheur qui habitent ce monde, le christianisme est lui aussi présent dans notre univers qui se soude, à notre porte et dans les lointains les plus reculés, ici et là, tantôt dans des minorités, tantôt en proportions plus fortes. Et ce n&#8217;est pas en vain si l&#8217;Eglise passe dans notre monde pour la plus ancienne des institutions aux dimensions globales. Elle est présente partout, à portée de voix et de vue, et n&#8217;a au fond pas besoin de recourir à une éthique abstraite, désincarnée et qui n&#8217;engage à rien.</p>
<p>Dans les tentatives actuelles (tout à fait méritoires) qui cherchent à formuler une éthique globale, il est souvent question d&#8217;un universalisme moral qui peut être établi sur la base d&#8217;un consensus défini comme minimum ou comme fondamental entre les religions et les civilisations ; cependant, au sens strictement théologique et non plus seulement dans celui de la politique religieuse, une idée s&#8217;impose : une éthique globale n&#8217;est pas le résultat d&#8217;un scrutin ou d&#8217;un consensus. Quiconque désire ramener cette éthique globale à l&#8217;accord de tous oublie en effet que le consensus, cet accord obtenu de l&#8217;ensemble, peut être la conséquence, mais non le fondement et le critère d&#8217;une exigence universelle. Ce n&#8217;est pas le consensus qui fonde l&#8217;autorité attribuée à cette éthique, mais c&#8217;est l&#8217;autorité préalablement intrinsèque de cette éthique qui rend possible et qui fonde le consensus universel. Mais que serait l&#8217;autorité qui peut être aujourd&#8217;hui invoquée dans toutes les grandes religions et civilisations de l&#8217;humanité ? C&#8217;est, pour le résumer à l&#8217;extrême, l&#8217;autorité qu&#8217;imposent ceux qui souffrent, qui souffrent innocemment, victimes de l&#8217;injustice.</p>
<p>Cette autorité exercée par ceux qui souffrent (mais non par la souffrance !) est, mesurée aux critères modernes du consensus et du discours, une autorité « de faible poids ». Elle ne peut être assurée ni par l&#8217;herméneutique ni sur le discours argumenté, car l&#8217;obéissance qu&#8217;elle exige précède l&#8217;accord et l&#8217;argumentation &#8211; et cela, comme l&#8217;exige toute considération de morale universelle.</p>
<p><strong>Auteur : Johann-Baptist Metz,</strong> théologien allemand né en 1928 et élève de Karl Rahner, professeur émérite de théologie fondamentale à la Faculté de théologie catholique de l&#8217;Université de Münster (Westphalie). Il est considéré comme le promoteur de la « nouvelle théologie politique », apparentée en Allemagne au « catholicisme de gauche » et représentée par l&#8217; « École de Francfort », qui a exercé une influence profonde sur la « théologie de la libération » en Amérique Latine. Ce théologien est considéré comme l&#8217;un des plus importants et des plus influents dans le monde germanophone après le Concile de Vatican II.<br />
<strong>Source : Publik-Forum, 26 mai 2006<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Jean Courtois, Lyon,</strong> à partir de l&#8217;extrait légèrement abrégé d&#8217;un écrit du théologien allemand intitulé : <em>Memoria passionis. Ein provozierendes Gedächtnis in pluralistischer Gesellschaft</em> [<em>Memoria passionis</em>.<em> Une commémoration qui nous provoque dans une société pluraliste</em>], Herder éditeur, Fribourg-en-Brisgau, 2006.</p>
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		<title>Pierre de Locht, trois ans déjà !</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Mar 2010 15:33:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà trois ans déjà que, le 9 mars 2007, Pierre de Locht nous quittait. Né à Bruxelles en 1916, Pierre de Locht était prêtre catholique et docteur en théologie. Expert appelé à siéger à Rome dans la Commission pontificale sur la famille (1964 -1966), il a progressivement pris des positions &#8221; non traditionnelles&#8221;. Il se retrouve de ce fait quelques années plus tard mis au ban de l&#8217;Église catholique par sa hiérarchie. Si ses prises de position (notamment sur la contraception et l&#8217;avortement) ont fait grand bruit dans la société et ont secoué l&#8217;Église catholique, elles ont surtout permis à de nombreux croyants de se libérer<span id="more-2326"></span> d&#8217;une morale d&#8217;interdits. Elles ont aussi amené bien des incroyants à considérer sous un jour nouveau les relations avec les chrétiens. Il prendra position pour la dépénalisation de l&#8217;avortement dans les années 80, s&#8217;attirant les foudres &#8220;célestes&#8221;. Il plaidera également pour l&#8217;ordination d&#8217;hommes mariés ou l&#8217;accès des femmes à la prêtrise. Il regrettera inlassablement l&#8217;effet dévastateur de la centralisation du pouvoir de l&#8217;église &#8220;en faveur d&#8217;un tout petit nombre, le pape et sa curie&#8221;. Outre de nombreux articles consacrés à la morale, et plus spécialement à l&#8217;éthique de la sexualité et à la foi chrétienne, il est l&#8217;auteur de plusieurs livres, parmi lesquels <em>L&#8217;avortement. Les enjeux d&#8217;un débat passionné</em> (1985), <em>La foi décantée</em> (Desclée de Brouwer, 1998), <em>Oser être chrétien aujourd&#8217;hui</em> (Desclée de Brouwer, 2000), <em>Et si j&#8217;étais nommé évêque</em> (Mols, 2002) ou encore, en février 2007, <em>Chrétien aujourd&#8217;hui : un engagement contradictoire ?</em> (éditions Luc Pire). Mais pour nous, il était d&#8217;abord un témoin d&#8217;évangile à la voix incomparable, bienveillante, ferme, stimulante, libératrice&#8230;</p>
<p>Le texte qui suit est pour nous une façon de prolonger sa vie et sa voix parmi nous. Il s&#8217;agit des réflexions qu&#8217;il nous livra lors de l&#8217;assemblée générale de <em>Nous Sommes Aussi l&#8217;Église</em> en juin 1998 : importance du vécu à la base et nécessité de se libérer d&#8217;une sorte de « dépendance hiérarchique » que peuvent paradoxalement révéler certaines postures contestataires. Ecoutons-le&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Pierre-de-Locht.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2327" title="Pierre de Locht" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Pierre-de-Locht.jpg" alt="" width="400" height="544" /></a></p>
<h3>Où faut-il investir nos énergies ?</h3>
<p>Au lendemain d’une très intéressante et stimulante assemblée, je me suis fait quelques réflexions, que j’aimerais vous communiquer. Il est impressionnant de voir avec quel dynamisme les participants, et spécialement les femmes, refusant l’esprit peu évangélique de tant de prises de position officielles de notre Église, militent pour de tout autres comportements. Spécialement à l’égard des divorcés remariés, des prêtres qui s’ouvrent à un amour humain, des homosexuels&#8230;</p>
<p>Je garde cependant un peu la crainte que, pour un certain nombre, il s’agisse avant tout d’obtenir de la hiérarchie qu’elle modifie son regard et sa manière de faire. N’est ce pas donner encore trop d’importance à l’autorité, comme si les maturations et évolutions dans l’Église étaient conditionnées par l’attitude des évêques ?</p>
<h3>Légitime transgression</h3>
<p>On n’a pas besoin d’autorisation pour refuser personnellement et en communauté des manières d’être que l’on perçoit comme anti-évangéliques et pour se mettre à adopter des attitudes que l’on croit autrement plus conformes à l’inspiration de Jésus. Sachant bien, d’ailleurs, que les évolutions germent pratiquement toujours à la base.</p>
<p>La transgression n’est pas une opposition. Elle est une manière d’être qu’on adopte en soi et pour soi, car on la considère comme davantage conforme à l’Évangile. Faut-il une autorisation pour faire ce que l’on croit mieux ? Transgresser, ce n’est pas s’opposer, c’est avancer au-delà des normes actuellement établies, afin de mieux répondre aux exigences humaines et évangéliques. Et lorsqu’on constate avec étonnement que les « autorités » ne perçoivent guère ou pas le sens de ces indispensables modifications, on ne peut laisser tomber les bras et attendre leur autorisation pour agir selon ce que l’on croit devoir faire. Et cela d’autant plus que n’existe pas de dialogue ouvert et confiant entre l’autorité et le peuple chrétien.</p>
<p>Encore trop marqués par une obéissance-soumission qu’on nous a inculquée comme vertu majeure du chrétien, beaucoup n’osent pas encore être eux-mêmes. C’est pourtant la manière d’être des chrétiens de la base, entre autres vis-à-vis des divorcés remariés, des homosexuels ou des prêtres qui se marient, comme la manière de célébrer l’Eucharistie, qui feront le plus efficacement changer le mentalités et peu à peu les structures, mais ces dernières à un rythme plus lent car les législations sont toujours en retard sur la vie.</p>
<h3>Le vécu à la base, condition d’une contestation crédible et efficace</h3>
<p>Les énergies ne doivent donc pas être investies d’abord, me semble-t-il, dans la lutte pour faire changer l’autre, et spécialement les autorités religieuses, mais pour vivre à la base d’autres manières de penser et d’être. Et cela, au besoin dans l’incompréhension des autorités. Telle est l’exigence de la transgression comme avancée indispensable.</p>
<p>Le plus urgent n’est donc pas de demander à l’autorité ces transformations ; il s’agit de les susciter à la base, de les instaurer, de les vivre, au besoin en marge des normes établies, lorsque celles-ci sont figées et qu’un vrai dialogue est impossible.</p>
<p>Les stratégies à l’égard de l’autorité, si importantes soient-elles, je les crois secondes (non pas secondaires ni accessoires). Elles n’engendrent ni densité ni force, si elles n’émanent pas d’un vécu à la base. Ces stratégies se mèneront du reste dans un tout autre esprit si elles ne sont pas avant tout revendicatives, mais le cri de ce qui se pense, se vit, se réalise déjà à sa mesure à la base.</p>
<p>Tant à l’égard des divorcés remariés que des homosexuels, un climat de non jugement et d’accueil s’est peu à peu instauré dans les communautés. Ces changements de mentalité, dont nous sommes tous agents actifs, sont primordiaux. Sans eux, les modifications structurelles n’auraient guère de poids. Pourquoi ne pas instaurer, dès maintenant, à l’égard de prêtres qui se marient, des attitudes constructives et même comme cela se réalise déjà à plus d’un endroit, des pratiques qui ne les qualifient pas.</p>
<h3>Ne pas surestimer l’importance de la hiérarchie</h3>
<p>Cela n’empêche nullement de militer pour que l’ensemble de la communauté participe aux choix des évêques. A la condition de ne pas laisser croire ou se persuader que la vitalité d’une communauté tient avant tout à la qualité de sa hiérarchie. Ce serait encore en majorer l’importance. Mais il est clair que celle-ci n’est nullement négligeable. Cependant, le climat de confiance, de collaboration, de dynamisme joyeux, ne dépend pas seulement de l’évêque, mais de tout ce qui est suscité à la base.</p>
<p>La revendication des chrétiens de la base (laïcs et ministres divers) d’être partie prenante dans le choix de ses dirigeants est beaucoup plus qu’une exigence de rendement et d’efficacité. Elle tient à la dignité foncière des baptisés, également et solidairement responsables du devenir du message chrétien dans l’aujourd’hui. Ce sont des raisons théologiques fondamentales qui appellent à refuser la conception d’une Église dans laquelle les fidèles ne seraient que les exécutants d’une hiérarchie dépositrice privilégiée de la grâce et des dons de l’Esprit, et relais indispensable entre Dieu et les humains.</p>
<h3>La vérité de l’Église, c’est d’abord ce que les chrétiens vivent à la base</h3>
<p>Ceci m’amène à une dernière réflexion. La participation indispensable du tout venant chrétien n’est pas seulement une question d’efficacité dans l’organisation de l’Église. C’est l’apport de chacun, avec sa manière personnelle d’accueillir l’inspiration évangélique et de l’incarner dans la réalité présente, qui constitue l’Église. Quel appauvrissement du rayonnement évangélique lorsque cette effervescence de l’Esprit, ce « souffle de sainteté », suivant l’expression de Chouraqui, est paralysée parce que domine une organisation pyramidale et dictatoriale ! Il est entre autres indispensable à la vérité de la communauté ecclésiale que la perception féminine du message de Jésus Christ, loin d’être contrecarrée, puisse se déployer pleinement.</p>
<p>Si le peuple chrétien revendique, à juste titre, sa participation dans tous les rouages d’organisation de l’Église, c’est parce qu’il doit être présent dans la réflexion doctrinale, l’élaboration morale, la sensibilité sacramentelle&#8230; C’est ce que pense, cherche, vit le peuple chrétien qui fait la vérité et la vitalité de l’Église.</p>
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		<title>Le « Pacte des catacombes »</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 16:55:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 16 novembre 1965, peu avant la clôture de Vatican II, une quarantaine d’évêques, dont les noms ne sont pas connus, se réunirent dans la Catacombe de St Domitilla et signèrent un pacte concernant la richesse, les pompes et les cérémonies dans l’Eglise catholique. Le 7 décembre 1965, la veille de la clôture officielle du Concile [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify"><span><em>Le 16 novembre 1965, peu avant la clôture de Vatican II, une quarantaine d’évêques, dont les noms ne sont pas connus, se réunirent dans la Catacombe de St Domitilla et signèrent un pacte concernant la richesse, les pompes et les cérémonies dans l’Eglise catholique. <span style="font-style: normal"><em>Le 7 décembre 1965, la veille de la clôture officielle du Concile Vatican II, ils diffusèrent parmi leurs confrères, ce qu&#8217;ils appellèrent le « Schéma XIV », allusion aux 13 « schémas » préparatoires<span id="more-1992"></span> des grands textes, lignes directrices que la Curie avait distribuées aux « Pères conciliaires » avant les Assemblées délibératives. </em></span></em></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: center"><span><em><span style="font-style: normal"><em><img class="size-full wp-image-1997 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/rome_domitilla-17-32-34.jpg" alt="rome_domitilla-17-32-34" width="309" height="438" /><br />
</em></span></em></span></p>
<p style="text-align: justify">Nous, évêques réunis au Concile Vatican ; ayant été éclairés sur les déficiences de notre vie de pauvreté selon l&#8217;Evangile ; encouragés les uns par les autres, dans une démarche où chacun de nous voudrait éviter la singularité et la présomption ; unis à tous nos frères dans l&#8217;Episcopat ; comptant surtout sur la force et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, sur la prière des fidèles et des prêtres de nos diocèses respectifs ; nous plaçant par la pensée et la prière, devant la Trinité, devant l&#8217;Eglise du Christ, devant les prêtres et les fidèles de nos diocèses, dans l&#8217;humilité et la conscience de notre faiblesse mais aussi avec toute la détermination et la force dont Dieu veut bien nous donner la grâce, nous nous engageons à ce qui suit :</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">1)  Nous essayerons de vivre selon le mode ordinaire de notre population en ce qui concerne l&#8217;habitation, la nourriture, les moyens de locomotion et tout ce qui s&#8217;ensuit.</p>
<p style="text-align: justify">2)  Nous renonçons pour toujours à l&#8217;apparence et à la réalité de richesse spécialement dans les habits (étoffes riches et couleurs voyantes), les insignes en matière précieuse : ces insignes doivent être en effet évangéliques.</p>
<p style="text-align: justify">3)  Nous ne posséderons ni immeubles, ni meubles ni comptes en banque, etc., en notre propre nom ; et s&#8217;il faut posséder, nous mettrons tout au nom du diocèse, ou des œuvres sociales ou caritatives.</p>
<p style="text-align: justify">4)  Nous confierons, chaque fois qu&#8217;il est possible, la gestion financière er matérielle, dans nos diocèses, à un comité de laïcs compétents et conscients de leur rôle apostolique, en vue d&#8217;être moins des administrateurs que des pasteurs et apôtres.</p>
<p style="text-align: justify">5) Nous refusons d&#8217;être appelés oralement ou par écrit des noms et des titres signifiant la grandeur et la puissance (Eminence, Excellence, Monseigneur). Nous préférons être appelés du nom évangélique de Père.</p>
<p style="text-align: justify">6)  Nous éviterons dans notre comportement, nos relations sociales, ce qui peut sembler donner des privilèges, des priorités ou même une préférence quelconque aux riches et aux puissants (ex. : banquets offerts ou acceptés, classes dans les services religieux).</p>
<p style="text-align: justify">6)  Nous éviterons d&#8217;encourager ou de flatter la vanité de quiconque en vue de récompenser ou de solliciter les dons, ou pour toute autre raison. Nous inviterons nos fidèles à considérer leurs dons comme une participation normale au culte, à l&#8217;apostolat et à l&#8217;action sociale.</p>
<p style="text-align: justify">7)   Nous donnerons tout ce qui est nécessaire de notre temps, réflexion, cœur, moyens, etc., au service apostolique et pastoral des personnes et des groupes laborieux et économiquement faibles et sous-développés, sans que cela nuise aux autres personnes et groupes du diocèse. Nous soutiendrons les laïcs, religieux, diacres ou prêtres que le Seigneur appelle à évangéliser les pauvres et les ouvriers en partageant la vie ouvrière et le travail.</p>
<p style="text-align: justify">9)   Conscients des exigences de la justice et de la charité et de leurs rapports mutuels, nous essayerons de transformer les œuvres de « bienfaisance » en œuvres sociales basées sur la charité et la justice qui tiennent compte de tous et de toutes les exigences, comme un humble service des organismes publics compétents.</p>
<p style="text-align: justify">10)   Nous mettrons tout en œuvre pour que les responsables de notre gouvernement et de nos services publics décident et mettent en application les lois, les structures et les institutions sociales nécessaires à la justice, à l&#8217;égalité et au développement harmonisé et total de tout l&#8217;homme chez tous les hommes et par là l&#8217;avènement d&#8217;un autre ordre social, nouveau, digne des fils de l&#8217;homme et des fils de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify">11)   La collégialité des évêques trouvant sa plus évangélique réalisation dans la prise en charge commune des masses humaines en état de misère physique, culturelle et morale &#8211; les 2/3 de l&#8217;humanité- nous nous engageons :</p>
<p style="text-align: justify">- à participer, selon nos moyens, aux investissements urgents des épiscopats des nations pauvres ;</p>
<p style="text-align: justify">- à acquérir ensemble, au plan des organismes internationaux mais en témoignant de l&#8217;Evangile, comme</p>
<p style="text-align: justify">le pape Paul VI à l&#8217;O.N.U., la mise en place de structures économiques  et culturelles qui ne fabriquent plus de nations prolétaires dans un monde de plus en plus riche, mais qui permettent aux masses pauvres de sortir de leur misère.</p>
<p style="text-align: justify">12)   Nous nous engageons à partager dans la charité pastorale notre vie avec nos frères dans le Christ, prêtres, religieux et laïcs pour que notre ministère soit un vrai service ; ainsi :</p>
<p style="text-align: justify">- nous nous efforcerons de « réviser notre vie » avec eux ;</p>
<p style="text-align: justify">- nous susciterons des collaborateurs pour être davantage des animateurs selon l&#8217;Esprit, que des chefs</p>
<p style="text-align: justify">selon le monde ;</p>
<p style="text-align: justify">- nous chercherons à être plus humainement présents, accueillants ;</p>
<p style="text-align: justify">- nous nous montrerons ouverts à tous, quelle que soit leur religion ;</p>
<p style="text-align: justify">13)  Revenus dans nos diocèses respectifs, nous ferons connaître à nos diocésains notre résolution, les priant de nous aider de leur compréhension, leur concours et leurs prières.</p>
<p style="text-align: justify">Que Dieu nous aide à être fidèles.</p>
<p style="text-align: left">Source : Informations catholiques internationales, 1<sup>er</sup> janvier 1966</p>
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		<title>L’universalité du Salut, par Raymond Gravel</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 23:56:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;Épiphanie qui signifie dévoilement, manifestation de Dieu aux humains, est la deuxième fête de Noël. Cette fête nous dit l&#8217;universalité du salut : le sauveur n&#8217;est pas réservé aux seuls Juifs ! Invitation à la modestie de nos certitudes : nul n&#8217;est détenteur de Dieu. Invitation au respect des différences : le salut s&#8217;inscrit dans toutes les cultures [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;Épiphanie qui signifie <strong>dévoilement</strong>, <strong>manifestation</strong> de Dieu aux humains, est la deuxième fête de Noël. Cette fête nous dit l&#8217;universalité du salut : le sauveur n&#8217;est pas réservé aux seuls Juifs ! Invitation à la modestie de nos certitudes : nul n&#8217;est détenteur de Dieu. Invitation au respect des différences : le salut s&#8217;inscrit dans toutes les cultures pour tous les humains. Invitation à être attentifs aux surprises de l&#8217;Esprit : Dieu est au-delà de toutes prévisions. La science de l&#8217;astrologie côtoie la culture religieuse biblique ; Jérusalem, ville lumière est remplacée par la bourgade de Bethléem et le Messie est accueilli par ceux qui n&#8217;y étaient pas naturellement disposés et rejetés par ceux qui y étaient prédisposés. Qu&#8217;en est-il aujourd&#8217;hui ? Laissons les textes bibliques nous inspirer !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1.       <strong>La foi : une certitude ou une espérance ?</strong> Ce qui a toujours nui à la foi, c&#8217;est la certitude de ceux qui croient détenir la vérité sur Dieu et sur le monde. Combien de souffrances infligées aux personnes à cause de ces fausses certitudes ? Combien d&#8217;illusions prises pour des réalités? Combien de condamnations et d&#8217;exclusions au nom d&#8217;une pseudo-vérité? Il me semble que les textes bibliques de cette fête nous apprennent que la foi n&#8217;est jamais une certitude, mais un chemin d&#8217;espérance qu&#8217;il nous faut emprunter à chaque jour, sans savoir où il nous conduira.</p>
<p style="text-align: justify;">N&#8217;est-ce pas l&#8217;invitation du prophète Isaïe (le 3ème Isaïe), qui, après les grandes déceptions du retour d&#8217;Exil, tente à nouveau de redonner au peuple juif demeuré fidèle au Dieu d&#8217;Israël, une petite lueur d&#8217;espérance, à la condition qu&#8217;il s&#8217;ouvre à l&#8217;universalité de la lumière du Seigneur qui se lève sur Jérusalem : <em>« Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore »</em> (Is 60,3). Il est terminé le temps de l&#8217;élitisme, de la fermeture sur soi&#8230; Il faut s&#8217;ouvrir au monde, car Dieu n&#8217;est pas réservé à quelques-uns ; sa lumière éclaire toute l&#8217;humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Imaginez : ce texte écrit au 6ème siècle avant le Christ ne s&#8217;est toujours pas réalisé. Combien de religions encore aujourd&#8217;hui ont pris la relève du peuple d&#8217;Israël au temps d&#8217;Isaïe, et ont la certitude d&#8217;être dans la vérité ? Elles se pensent propriétaires de Dieu ! Combien de guerres, de conflits et de massacres ont été et sont encore provoqués par l&#8217;intégrisme religieux qui possède la vérité ? Et pourtant, si la foi n&#8217;était qu&#8217;une espérance, elle s&#8217;ouvrirait nécessairement à l&#8217;autre, à l&#8217;étranger, à l&#8217;inconnu, à l&#8217;inattendu&#8230; Sa seule certitude serait de croire que demain ne peut être que mieux qu&#8217;aujourd&#8217;hui, car lorsqu&#8217;on marche ensemble sur le chemin de l&#8217;espérance, on ne peut qu&#8217;avancer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">2.       <strong>La foi exige le respect de nos différences. </strong>Dans sa lettre aux Éphésiens, dans l&#8217;extrait que nous avons aujourd&#8217;hui, saint Paul parle du <strong>mystère </strong>du Christ, que sa foi lui a fait découvrir : le salut de Dieu s&#8217;inscrit dans toutes les cultures pour tous les humains : <em>« Ce mystère, c&#8217;est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l&#8217;annonce de l&#8217;Évangile » </em>(Ép 3,6). Qu&#8217;en est-il aujourd&#8217;hui dans notre Église ? Qui sont ces nouveaux païens que l&#8217;on rejette, exclut, condamne ? Dans un sketch humoristique de fin d&#8217;année à la radio de Radio Canada, l&#8217;humoriste Pierre Verville, imitant l&#8217;archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte, offrait ses meilleurs vœux à l&#8217;occasion de la nouvelle année à tous&#8230; sauf aux divorcés, aux mères non mariées, aux homosexuels, aux médecins qui pratiquent l&#8217;avortement, aux enfants non baptisés, aux personnes qui croient à la théorie de l&#8217;évolution, à ceux qui portent le condom, aux femmes qui prennent la pilule&#8230; mais à tous les autres, s&#8217;il en reste&#8230; Bonne et Heureuse Année 2010 ! On peut bien dire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une caricature sarcastique et exagérée, mais la caricature amplifie simplement la réalité. Ce qui veut dire que comme Église, nous avons une côte à remonter pour devenir un modèle d&#8217;ouverture, d&#8217;accueil et de respect de l&#8217;autre. Et pourtant, l&#8217;évangile nous interpelle drôlement en ce sens&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">3.       <strong>La foi est déstabilisante. </strong>Dans l&#8217;évangile d&#8217;aujourd&#8217;hui, dans ce récit que seul Matthieu nous raconte, on peut vraiment dire que la foi est plutôt déstabilisante : des étrangers, des mages, des astrologues, à la recherche du Messie de Dieu, se mettent en route puisqu&#8217;ils ont vu son étoile. Ils s&#8217;arrêtent à Jérusalem, la ville lumière par excellence où résident le roi Hérode et les grands spécialistes de la Bible, de la religion. Hérode ne voit rien, trop encombré et aveuglé par son pouvoir; il ne bouge pas. Quant aux prêtres et aux spécialistes des Écritures, ils en savent beaucoup trop pour être capables de voir une étoile ; eux non plus, ne bougent pas. Seuls les étrangers, les mages, sont à l&#8217;écoute de la parole du prophète Michée que Matthieu nous rapporte : <em>« Et toi Bethléem en Judée, tu n&#8217;es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d&#8217;Israël mon peuple » </em>(Mt 2,6), et ils sont attentifs aux signes des temps et poursuivent leur chemin, leur cheminement&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Reprenant la route en direction de Bethléem, ils revoient l&#8217;étoile qui les précédait. C&#8217;est alors qu&#8217;ils devinrent croyants :  <em>« Quand ils virent l&#8217;étoile, ils éprouvèrent une très grande joie » </em>(Mt 2,10). La même joie que les femmes ont éprouvée au matin de Pâques, lorsqu&#8217;elles se rendent au cimetière pour découvrir que le Christ est vivant. Elles se mirent en route aussitôt : <em>« Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples » </em>(Mt 28,8). De même, les mages, transformés par la joie pascale : <em>« Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin »</em> (Mt 2,12), non pas le chemin de la religion tracé d&#8217;avance, mais un chemin nouveau, un chemin d&#8217;espérance&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En terminant, le théologien français Louis Sintas écrit : <strong>« Certes, il faut maintenir courageusement que, sans la prophétie d&#8217;Israël, la longue marche des mages n&#8217;aurait pas abouti. Mais sans leur propre étoile, ils ne se seraient jamais mis en marche&#8230; Mais comment renouveler le visage de notre Église, afin que ceux qui nous voient de l&#8217;extérieur, sans être des nôtres, trouvent en notre foi l&#8217;accomplissement du meilleur d&#8217;eux-mêmes et non plus un jugement sévère par lequel notre suffisance a toujours tendance à condamner leurs erreurs ? Comment retrouver cette simplicité de cœur qui nous permettrait de puiser chez les autres un peu de leur générosité et de leur courage pour exorciser cette tentation permanente de nantis qui nous pousse à étouffer et à tuer notre Sauveur pour avoir voulu le monopoliser et le posséder ? Quel dommage si tant de personnes sincères, plutôt que d&#8217;entrer dans nos manières de servir Dieu, préfèrent, comme les mages, et sous l&#8217;inspiration d&#8217;en-haut, retourner chez eux par un autre chemin que les nôtres »</strong>. J&#8217;ajouterais, le problème n&#8217;est pas de leur côté, mais du nôtre&#8230;</p>
<p>Épiphanie du Seigneur (C) : 3 janvier 2010<br />
Réf. Bibliques : 1ère lecture (Is 60,1-6) ; 2ème lecture (Ép 3,2-3a.5-6) ; Évangile (Mt 2,1-12)</p>
<p style="text-align: justify;">Source : <a href="http://www.culture-et-foi.com/dossiers/homelies/epiphanie_C.htm" target="_blank">Culture et Foi</a></p>
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