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	<title>NSAE &#187; Textes critiques</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>À Dieu, Église ? par Gérard Bessière</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 09:16:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[

Un ami m’écrit: « Après avoir crié au secours sans succès pendant quinze ans en me tenant en équilibre sur le seuil de l’Église, je suis “tombé dehors”, ne pouvant plus supporter ni cautionner ses dérives ». Cette phrase me provoque à affronter un titre d’article qui ressurgit en mon esprit depuis des années: À Dieu, Église?
Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Unknown2.jpeg"><img class="size-full wp-image-3038 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Unknown2.jpeg" alt="" width="133" height="119" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Un ami m’écrit: « Après avoir crié au secours sans succès pendant quinze ans en me tenant en équilibre sur le seuil de l’Église, je suis “tombé dehors”, ne pouvant plus supporter ni cautionner ses dérives ». Cette phrase me provoque à affronter un titre d’article qui ressurgit en mon esprit depuis des années: À Dieu, Église?</p>
<p style="text-align: justify">Je constate d’abord qu’en moi le point d’interrogation demeure. Il n’y a pas de réponse par oui ou par non. Pourquoi ? Est-ce par peur de ruptures que j’aurais à vivre si je quittais l’Église ? Est-ce par peur de déstabiliser des personnes qui, plus ou moins consciemment, s’appuient sur moi ? Est-ce parce qu’il y a un confort intime à rester, avec tant d’amis, dans la vieille maison dont on connaît tous les recoins, en essayant de s’y comporter en homme libre avec l’estime de beaucoup? Il est difficile de voir tout à fait clair dans ces brumes intérieures.</p>
<p style="text-align: justify">Mais des précisions me sont présentes. D’abord sur le mot « Église », si ambigu. Pour beaucoup de gens il désigne le Pape, les évêques et, à un degré moindre, les prêtres. Mais en fait, quelles que soient les belles formules théologiques, il faut bien constater que la pensée et la parole de l’Église sont celles du Pape (et de sa Curie), et que les évêques, à de rares exceptions près, en sont les répétiteurs. On parle du « système romain », de plus en plus centralisé, qui assure et accroît son pouvoir en nommant les évêques sur toute la terre et exerce un contrôle souvent oppressif par ces surveillants des évêques et des églises que sont les nonces apostoliques. Cette monarchie hiérarchique n’est pas, pour moi, d’institution divine. Elle a pris forme, aux aléas de l’histoire, à travers les événements, les ambitions et les conflits, les vouloirs des hommes. Les historiens décrivent l’essor, le développement, les échecs et les obstinations du pouvoir romain à partir des 3<sup>e</sup> et 4e siècles, et son affirmation intransigeante depuis la deuxième moitié du 19e siècle. Une situation de fait, acquise à travers les contingences des siècles a été sacralisée, théologiquement justifiée, en particulier au 1er concile du Vatican (1870) et offerte à la vénération populaire. Cette situation de fait se présente désormais comme un pouvoir de droit, et de droit divin!</p>
<p style="text-align: justify">J’ai écrit : « À Dieu, Église? ». Pourquoi « À Dieu »? Là aussi, je vois clair. Il y a longtemps que je renvoie « à Dieu », avec le sourire, cette Église de pouvoir, hiérarchique, sacramentel, doctrinal, moral, parfois politique. « Humain, trop humain&#8230; ». Et quand on parle d’« incarnation continuée », comme le font certains dans une facilité de langage qui dissimule une fuite de la pensée, j’ai envie de rire. Système romain d’institution divine? Non, soyons sérieux et modestes, acceptons de prendre nos responsabilités humaines sans nous parer d’attributs divins.</p>
<p style="text-align: justify">Revenons à « Église ». Si elle est la foule de celles et de ceux qui ont été atteints et mus au long des temps par la démarche libre et aimante de Jésus, alors, je ne prends pas distance. Je suis de ce peuple où se côtoient l’héroïsme, la médiocrité, la faiblesse, pendant que continuent les avancées, les drames, les lenteurs de la marche des hommes. Peuple qui peine, qui souffre, qui s’exalte, qui construit et reconstruit. Qui se souvient de Jésus, célèbre son passage et le garde comme premier de cordée.</p>
<p style="text-align: justify">Qu’il faille des responsables, bien sûr, mais pourquoi ne seraient-ils pas choisis par le peuple et ses représentants, comme ce fut le cas durant les premiers siècles? La connaissance de la « tradition » la plus ancienne aurait beaucoup à nous apprendre. Sillage de Jésus, ferment et levain, fécondité du grain qui meurt, lumière&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">Je n’ai pas écrit « Adieu » qui signifierait une fin. J’écris « À Dieu », ce qui signifie que j’en appelle à Dieu au-delà de tous les dieux pour contester les prétentions et la suffisance de beaucoup d’« hommes d’Église » et les inviter au silence, au vertige parfois, devant le Mystère. Les inviter aussi à l’humilité dont ils parlent si souvent pour faciliter l’acceptation de leurs décisions.</p>
<p style="text-align: justify">Appel illusoire? Sans doute, pour combien de temps? Mais ne faut-il pas lever le doigt, faire des vœux dont on ne verra pas la réalisation de ses yeux de chair? Et risquer une parole pour toutes celles et tous ceux qui ne peuvent pas se faire entendre? Certains conseillent d’agir avec prudence, en ménageant les autorités pour les faire « évoluer » sans aller à la racine des abus : ils n’obtiennent guère qu’une écoute polie et la stratégie de restauration continue imperturbablement. Au lieu d’exercer un ministère de « communion », Rome impose brutalement ses choix partisans sans tenir compte du « peuple de Dieu ». On dira : protester en vain est contre-productif et risque de crisper les positions. Sans doute, mais n’est-ce pas un besoin de notre conscience? Quand on n’y peut rien, quand on est écrasé, ne faut-il pas parler haut, même sans espoir?</p>
<p style="text-align: justify">Le baroud d’honneur n’est-il pas une expression, noble et pathétique, de notre humanité la plus profonde?</p>
<p style="text-align: right">extrait du Cahier du Libre Avenir - Revue Jésus N° 145 &#8211; Juin 2010</p>
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		<title>Hans Küng : « Le discours du Vatican est bloqué au XIe s »</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 09:48:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Réformiste impénitent, Hans Küng, professeur de théologie, n&#8217;a de cesse depuis un demi-siècle d&#8217;inviter l&#8217;Eglise catholique à quitter son carcan &#171;&#160;médiéval&#160;&#187;. Confession d&#8217;un théologien très critique envers l&#8217;infaillibilité pontificale&#8230;





Hans Küng aurait pu devenir l&#8217;enfant chéri de l&#8217;Eglise catholique : il en est aujourd&#8217;hui, à 82 ans, l&#8217;enfant terrible. Formé à Rome au prestigieux &#8211; et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Réformiste impénitent, Hans Küng, professeur de théologie, n&#8217;a de cesse depuis un demi-siècle d&#8217;inviter l&#8217;Eglise catholique à quitter son carcan &laquo;&nbsp;médiéval&nbsp;&raquo;. Confession d&#8217;un théologien très critique envers l&#8217;infaillibilité pontificale&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images4.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3012" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images4.jpeg" alt="" width="160" height="222" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: center"><strong><span style="font-weight: normal"><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: justify">Hans Küng aurait pu devenir l&#8217;enfant chéri de l&#8217;Eglise catholique : il en est aujourd&#8217;hui, à 82 ans, l&#8217;enfant terrible. Formé à Rome au prestigieux &#8211; et sévère &#8211; Collegium Germanicum, benjamin des conseillers théologiques appelés en renfort lors du deuxième concile du Vatican, en 1962, Küng semblait promis à une carrière romaine aussi brillante que celle de son camarade d&#8217;alors, un certain&#8230; Joseph Ratzinger (Benoît XVI). Jamais, pourtant, chemins entamés de conserve n&#8217;ont autant divergé. Car l&#8217;intelligence et le caractère de Küng se sont très vite rebellés contre la papauté. Dogme de l&#8217;infaillibilité pontificale, lenteur du rapprochement avec les protestants, rigidité de la doctrine et de la discipline : les raisons de critiquer un Vatican muré dans ses certitudes et sourd aux messages que lui envoyait le monde &#8211; y compris dans les rangs catholiques &#8211; ne manquaient pas, selon le théologien. Et ce dernier ne s&#8217;est pas privé de les formuler, depuis un demi-siècle. Il a fini par payer son insoumission quand Rome lui a retiré la reconnaissance d&#8217;habilitation à enseigner la théologie &#8211; en vain, puisque l&#8217;université de Tübingen lui a gardé sa confiance. Et les pressions furent nombreuses, comme il le raconte dans ses palpitants <em>Mémoires,</em> pour qu&#8217;il mette ses diatribes en sourdine. Reste que l&#8217;Eglise ne l&#8217;a jamais exclu. Et Küng lui est resté fidèle &#8211; à sa manière. L&#8217;itinéraire demandait quelques éclaircissements. Rencontre, dans la torpeur de l&#8217;été, à Tübingen, avec un homme de foi &#8211; en Dieu, bien sûr, mais aussi <em>« dans la liberté de penser qu&#8217;Il nous a donnée ! ».</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Qu&#8217;est-ce que la théologie ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">C&#8217;est le discours sur Dieu, tout simplement, ainsi qu&#8217;une réflexion critique, mais constructive, sur la foi chrétienne. Ce discours ne devrait jamais oublier que, si Dieu est au centre, la réflexion ne peut faire abstraction du monde dans lequel nous vivons. En principe, Rome est d&#8217;accord avec cette définition. En réalité, le Vatican fait abstraction du monde contemporain et s&#8217;est enfermé dans ce que j&#8217;appelle un « paradigme médiéval » : son discours est ancré sur un socle théologique bloqué au XIe siècle. Aujourd&#8217;hui, dans leur lecture des Ecritures, Benoît XVI et son entourage ignorent à la fois le cadre « primitif », judéo-chrétien, de l&#8217;Eglise et les avancées de la Réforme et des Lumières &#8211; bref, de la modernité&#8230;</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment voyez-vous l&#8217;Eglise d&#8217;aujourd&#8217;hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Comme le résultat d&#8217;un échec. Le second concile du Vatican (Vatican II, 1962-1965) (1) avait fait un très grand effort pour intégrer certains éléments de la Réforme et de la modernité dans l&#8217;Eglise catholique : nouvelle approche de la Bible, nouvelle conception du « peuple de Dieu », liturgie plus proche des fidèles, reconnaissance de la liberté religieuse en chaque individu, affirmation que les juifs ne sont pas responsables de la mort de Jésus&#8230; La réflexion avait avancé ! Et la plupart des évêques espéraient que les papes qui suivraient feraient le nécessaire pour réaliser ce programme. Or, il n&#8217;a été achevé qu&#8217;à 50 %, par la faute de la Curie romaine (les organismes administratifs du Saint-Siège), qui a freiné des quatre fers. L&#8217;Eglise est même entrée, depuis Jean-Paul II, dans une période de « restauration » &#8211; la restauration du système romain médiéval évoqué plus haut -, en s&#8217;appuyant sur deux instruments : d&#8217;une part, la publication de documents (encycliques, etc.) réactionnaires sur des problèmes de doctrine et de morale ; d&#8217;autre part, en exigeant des candidats aux fonctions d&#8217;évêque une soumission totale à la « ligne » idéologique romaine. Depuis Jean-Paul II, pas un seul candidat aux évêchés réfractaire à l&#8217;encyclique <em>Humanae Vitae</em> (qui condamnait la contraception), ou favorable à l&#8217;abolition du célibat des prêtres ou à l&#8217;ordination de femmes, n&#8217;a été nommé évêque. Cette obéissance inconditionnelle au pape, l&#8217;Eglise la paye très cher. Surtout quand vient s&#8217;ajouter la catastrophique crise de confiance des fidèles envers la hiérarchie, après les révélations sur les abus sexuels du clergé&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Vous regrettez l&#8217;absence de démocratie dans l&#8217;Eglise. Mais il n&#8217;y a tout de même pas que des esprits soumis à Rome ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Quand vous parlez en tête à tête avec certains membres de la Curie, les critiques contre Benoît XVI sont fréquentes. Mais ces prises de positions sont dangereuses pour ceux qui les émettent. Car le Vatican est une cour : vous êtes soit <em>persona grata,</em> soit <em>persona ingrata.</em> Et quand vous êtes <em>ingrata,</em> le danger d&#8217;être réprimandé n&#8217;est pas mince. Comme dans le système soviétique, la Congrégation pour la doctrine de la foi, chargée du respect de la doctrine et des moeurs dans l&#8217;ensemble du monde catholique, a ses dogmes. Et elle n&#8217;accepte pas les voix discordantes. Rome n&#8217;est peut-être pas Moscou, mais certains traits d&#8217;autoritarisme sont similaires. Et l&#8217;on n&#8217;est pas loin du totalitarisme quand on exige des évêques qu&#8217;ils acquiescent <em>totalement</em> à une Vérité que seul le Vatican a le droit d&#8217;exprimer&#8230;</p>
<p style="text-align: justify"><strong>A vous écouter, on a le sentiment de lire du John Le Carré : le complot est omniprésent, sous votre plume&#8230;</strong> Je crois plutôt être un homme réaliste : dans mes <em>Mémoires</em>, vous ne trouverez pas de théorie du complot, mais des analyses détaillées des mécanismes de la Curie. Je ne suis pas un romancier, seulement un <em>insider</em>, qui a une connaissance historique, biblique, philosophique et théologique assez bonne de ce dont il parle &#8211; ce qui le rend sans doute un peu « dangereux ». Là où le parallèle avec Le Carré est juste, c&#8217;est que je connais très bien le «système» &#8211; je l&#8217;ai pratiqué de l&#8217;intérieur (2) &#8211; comme lui-même le milieu du contre-espionnage !</p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Seulement 83 prêtres ont été ordonnés cette année en France. Comment expliquez-vous la chute des vocations ?</strong> L&#8217;obligation de célibat n&#8217;est pas seule responsable du fiasco, mais tout de même : exiger d&#8217;un jeune homme, au XXIe siècle, qu&#8217;il renonce a priori au mariage, c&#8217;est suicidaire pour l&#8217;Eglise ! Si les abus sexuels ne sont pas dus au seul célibat, on est tout de même en droit de se demander pourquoi le phénomène est aussi massif dans une Eglise dirigée, justement, par des hommes non mariés. Pierre et d&#8217;autres disciples du Christ avaient une femme, et il en allait de même pour de nombreux prêtres et évêques jusqu&#8217;au XIIe siècle, date à laquelle on institue le célibat. La crispation du Vatican sur cette question est symptomatique de sa relation avec la sexualité, mais pas seulement : car le célibat touche aussi à l&#8217;autonomie, à la liberté de pensée des prêtres. Ces derniers, Rome le sait bien, ont beaucoup plus de chances d&#8217;être obéissants s&#8217;ils vivent seuls que s&#8217;ils sont mariés, donc soutenus, lors d&#8217;éventuels désaccords avec leur hiérarchie, au sein de leur foyer.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Certains considèrent, au contraire, que la chute des vocations n&#8217;aurait pas été aussi brutale si l&#8217;Eglise s&#8217;était démarquée du libéralisme moral de la société, au lieu de l&#8217;épouser&#8230;</strong> C&#8217;est une analyse totalement fausse de la réalité. Rappelons d&#8217;abord que Vatican II n&#8217;a pu trancher sur le célibat des prêtres, puisque le concile n&#8217;a pas été autorisé par la Curie à se prononcer sur cette question, alors qu&#8217;il y avait eu des discussions sur le sujet. Je suis persuadé, pour ma part, qu&#8217;il l&#8217;aurait aboli. La Curie l&#8217;a aussi empêché de prendre une décision sur la contraception &#8211; moyennant quoi, l&#8217;encyclique <em>Humanae Vitae</em> a fait fuir des millions de catholiques&#8230; Non, ce n&#8217;est pas Vatican II qui a vidé les églises, contrairement à ce que clament les traditionalistes, c&#8217;est le fait qu&#8217;on a trahi le concile ! Ce dernier s&#8217;est déroulé dans une atmosphère joyeuse et ouverte &#8211; cela faisait plaisir d&#8217;être catholique ! &#8211; qui contraste totalement avec l&#8217;époque postconciliaire dans laquelle nous sommes toujours, marquée par un esprit triste et défaitiste. Cinquante ans après Vatican II, je continue de croiser beaucoup de prêtres fatigués de voir que leur hiérarchie prend trop de décisions qui vont à l&#8217;encontre de ce que souhaitent les fidèles&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Joseph Ratzinger est-il encore votre ami ?</strong> Ratzinger est un homme sympathique et je n&#8217;ai aucun ressentiment à son égard. Quand nous étions collègues, ici, à Tübingen, nous avions d&#8217;excellentes relations. D&#8217;ailleurs, tout le monde le trouvait gentil, bien qu&#8217;extrêmement réservé. A Castel Gandolfo, où nous nous sommes vus à son invitation pendant quatre heures, juste après son élection, nous avons parlé comme autrefois. Mais je ne dirais pas que Ratzinger est un ami personnel, pas plus qu&#8217;il n&#8217;est un ennemi. Surtout, il est représentatif du système autoritaire romain que je dénonce.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Vos conceptions de l&#8217;Eglise sont-elles incompatibles ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">A Castel Gandolfo, ce sont certes deux modes d&#8217;être catholique qui s&#8217;affrontaient, mais ces deux conceptions, selon moi, ne s&#8217;excluent pas. Pour le Vatican, malheureusement, si. Car le Saint-Siège ne supporte pas qu&#8217;on mette en question des « vérités » comme l&#8217;infaillibilité pontificale (définie en 1870, lors du premier concile du Vatican) ou le célibat des prêtres. Celui qui s&#8217;y risque doit être puni, et marginalisé. Si personne, à Rome, n&#8217;oserait dire aujourd&#8217;hui que je ne sais pas de quoi je parle, on y entend souvent : «<em> Le professeur Küng a des qualités, mais, vous voyez, il n&#8217;est pas un des nôtres »&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Qu&#8217;espériez-vous de Benoît XVI ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Qu&#8217;une fois élu il quitte son habit d&#8217;ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et endosse celui d&#8217;un vrai pape, au sens de Jean XXIII. Il s&#8217;était montré ouvert sur le dialogue des religions et sur la relation entre foi et sciences pendant notre conversation. Du coup, je m&#8217;étais dit qu&#8217;il trouverait le chemin vers l&#8217;avenir. En fait, il a choisi celui du passé, et c&#8217;est une immense déception, pour moi bien sûr, mais aussi pour des millions de catholiques. Quand je pense aux applaudissements, à travers toute l&#8217;Allemagne, lorsqu&#8217;il a été élu pape ! Aujourd&#8217;hui, sa cote de popularité est extrêmement basse. Il lui aurait pourtant suffi de résoudre un problème grave, dont on discute depuis des décennies au sein de l&#8217;Eglise, celui des divorcés remariés, et sa place dans l&#8217;histoire de l&#8217;Eglise aurait été tout autre. En faisant un geste dans leur direction, il aurait montré qu&#8217;il était un vrai pasteur : un chrétien qui fait preuve de compassion, et de compréhension, devant la souffrance de ces millions de catholiques qui, parce que divorcés, sont exclus des sacrements. Ce geste, il ne le fera pas.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Quel pape voudriez-vous voir à Rome ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">On m&#8217;a souvent attaqué en disant : <em>« Küng veut supprimer la papauté. »</em> Ce n&#8217;est pas vrai : je suis contre une papauté autoritaire, mais tout à fait favorable à un « ministère de Pierre » où le pape redeviendrait le premier apôtre au service des autres apôtres et de la communauté catholique tout entière. Mais un milliard d&#8217;hommes, c&#8217;est un poids énorme ! On peut légitimement se demander si une personne seule est capable de gouverner l&#8217;Eglise ! C&#8217;est pourquoi Vatican II avait souhaité un régime collégial et un conseil épiscopal efficaces&#8230; ce qui n&#8217;empêche pas Benoît XVI et son entourage de gouverner seuls. Ils ont éloigné des gens constructifs pour les remplacer par des « amis », comme le cardinal Bertone, le secrétaire d&#8217;Etat (en charge des affaires politiques et diplomatiques du Saint-Siège), un homme&#8230; parfaitement incapable. La nomination de ces <em>servitori</em> explique pourquoi Benoît XVI a été si maladroit pendant la crise sur les abus sexuels : personne n&#8217;a été capable de le contredire, ou du moins de coordonner les réactions. Benoît XVI, par exemple, a durement réprimandé les évêques irlandais qui ne sont pas intervenus quand ils ont eu connaissance d&#8217;abus sexuels dans leur évêché. Mais c&#8217;était lui, quand il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui avait insisté pour que tout cela reste sous le secret pontifical ! Et aucun évêque n&#8217;a eu le courage de lui dire : « En tout respect, Sainteté, c&#8217;est vous-même qui nous avez imposé le silence. Et nous ne sommes pas prêts à supporter seuls la responsabilité de ces crimes. » Le courage n&#8217;est pas une « vertu cardinale », au sein de l&#8217;épiscopat&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Seriez-vous favorable à l&#8217;élection des évêques ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Les chapitres du Moyen Age la pratiquaient couramment, et elle existe encore, aujourd&#8217;hui, dans certains cantons suisses, comme dans le diocèse de Bâle. Je précise que, là-bas, les électeurs ne se limitent pas à une simple « confirmation » du choix de Rome : c&#8217;est à Rome, au contraire, de confirmer le libre choix des électeurs. Une grosse épine dans le pied du Vatican, évidemment, car cela montre qu&#8217;il serait peut-être possible d&#8217;élire les évêques, et aussi le pape, à partir d&#8217;un collège constitué d&#8217;une représentation du clergé et de laïques catholiques. Non seulement possible, mais, selon moi, tout à fait légitime !</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Comment analysez-vous la décision de réintégrer des évêques lefebvristes (3) dans le giron de l&#8217;Eglise ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Benoît XVI s&#8217;inquiète de la pénurie de prêtres. Mais il a l&#8217;idée bizarre d&#8217;aller en chercher dans les parties les plus réactionnaires du catholicisme. Un <em>« acte de miséricorde »,</em> dit-il, envers des évêques ordonnés&#8230;<em> en dehors </em>de l&#8217;Eglise catholique ! Mais quelle miséricorde a-t-il montrée envers les dizaines d&#8217;évêques et de théologiens de la libération (4) qu&#8217;il a durement fait condamner lorsqu&#8217;il était préfet de la Congrégation ? La vérité, c&#8217;est qu&#8217;il a choisi de réintégrer ces évêques parce qu&#8217;ils sont plus proches de lui que du catholicisme de Vatican II. Et il l&#8217;a fait sans exiger d&#8217;eux qu&#8217;ils acceptent les décrets décisifs de ce concile, ce qui me paraît une faute très grave.</p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Vous avez avancé dans votre réflexion en partant des points les plus progressistes de Vatican II, pour les dépasser. Quelle est l&#8217;idée centrale de votre fondation, Ethique planétaire ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Il existe un trésor éthique de l&#8217;humanité, des valeurs fondamentales que l&#8217;on retrouve dans toutes les grandes traditions : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, ne pas abuser sexuellement de son prochain. Si, en tant que chrétien, je possède des arguments très solides pour ne pas tuer, je suis persuadé que les juifs en ont aussi. Et si ces valeurs nous sont communes, alors la paix entre les religions doit être possible. Il n&#8217;y aura pas, en effet, de paix entre les nations sans paix entre les religions ; pas de paix entre les religions sans dialogue entre elles ; et pas de dialogue sérieux sans des standards éthiques communs. L&#8217;Ethique planétaire est sortie de ce mouvement de pensée qui, vous l&#8217;aurez compris, est complètement opposé à la thèse du « clash » des civilisations chère à Huntington.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>N&#8217;est-ce pas au fond une vision simplement humaniste du monde, dans laquelle Dieu pourrait tout aussi bien être absent ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Non, je crois en Dieu et en son Christ &#8211; même si je ne crois pas « en » l&#8217;Eglise. Dans le projet d&#8217;Ethique planétaire, on ne demande d&#8217;ailleurs à personne de renoncer à sa foi. Je crois même que cette dernière peut se renforcer dans l&#8217;engagement pour cette éthique. J&#8217;ajouterai que, si je n&#8217;aime pas qu&#8217;on diabolise les athées, je considère que les « laïcistes » radicaux commettent eux aussi une grande faute en excluant les religions de leur réflexion. Non seulement ils ont été désavoués par le retour du religieux sur la scène mondiale, mais je réfute, de toutes les manières, l&#8217;opposition artificielle entre cléricaux et anticléricaux : il faut une alliance éthique entre les deux &#8211; fondée sur les impératifs éthiques évoqués plus haut. Au total, je suis profondément attaché à cette phrase de la Déclaration du Parlement des religions du monde (5) : <em>« Nous sommes convaincus que nos traditions religieuses et éthiques, dont certaines remontent à plusieurs millénaires, véhiculent une éthique accessible et viable pour toutes les personnes de bonne volonté, croyantes ou non. »</em></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Comment voyez-vous l&#8217;Eglise de demain ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Mon espérance ne porte pas sur une Eglise uniforme et attardée dans le passé, mais sur une Eglise chrétienne reliée simultanément à ses origines et au temps présent, dans laquelle les profils régionaux et nationaux ne doivent pas être fondus dans une unité indifférenciée. L&#8217;avenir n&#8217;est pas à une Eglise enfermée dans un confessionnalisme étroit, mais à une Eglise largement ouverte à l&#8217;oecuménisme (6). Il n&#8217;est pas non plus à une Eglise de type patriarcal, mais à une Eglise de partenaires : un jour ou l&#8217;autre seront dépassés tous les privilèges et toutes les prétentions médiévales (ou datant des débuts de la modernité), comme l&#8217;infaillibilité papale. Et, enfin, l&#8217;avenir n&#8217;est pas à une Eglise européanisée, ou eurocentrique, mais à une Eglise universelle.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>En 1963, le <em>New York Times</em></strong><strong> vous décrivait comme un <em>« idéaliste sans illusions ».</em></strong><strong> La formule reste valable ?</strong></p>
<p style="text-align: justify">Oui : je ne suis ni un pessimiste &#8211; il y en a assez sur Terre -, ni un optimiste &#8211; il y a trop de misère et de problèmes à régler. Je suis donc resté réaliste avec un horizon idéaliste. Et je suis heureux d&#8217;avoir tenu cette position fondamentale sans trop changer, malgré tous les obstacles que j&#8217;ai pu rencontrer sur mon chemin&#8230;</p>
<p><strong>Propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard</strong></p>
<p>31 Juillet 2010 &#8211; Télérama n° 3159</p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>Notes : </strong></p>
<p>(1) Le concile est une assemblée d&#8217;évêques qui établit les règles de la foi et de discipline commune.</p>
<p>(2) Au Collegium Germanicum d&#8217;abord, puis comme conseiller pendant le concile.</p>
<p>(3) Opposé à Vatican II, Mgr Lefèbvre fonde en 1970 la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X et le Séminaire international d&#8217;Ecône. En 1988, il est excommunié pour avoir sacré quatre évêques traditionalistes sans l&#8217;aval de Rome.</p>
<p>(4) Venue d&#8217;Amérique latine, la théologie de la libération est un courant de pensée chrétien et un mouvement sociopolitique inspiré du marxisme (comme outil d&#8217;observation et d&#8217;analyse du monde), tout en s&#8217;en détachant en termes idéologiques.</p>
<p>(5) Le Parlement des religions du monde marqua la première tentative, en 1893, de nouer un dialogue global interconfessionnel. Depuis sa renaissance, en 1993, à Chicago, il tient des assemblées tous les cinq ans.</p>
<p>(6) L&#8217;oecuménisme promeut des activités communes entre les Eglises chrétiennes, en dépit de leurs différences doctrinales.</p>
<p><strong>A lire : </strong></p>
<p><strong><em>-  Une vérité contestée. Mémoires (tome 2),</em></strong><em> traduit de l&#8217;allemand par Jean-Pierre Bagot, éd. du Cerf, 2010, 48 €. </em></p>
<p><em>- <strong>L&#8217;Islam, </strong></em><em>traduit de l&#8217;allemand par Jean-Pierre Bagot, éd. du Cerf, 49 €.</em></p>
<p><em>-  <strong>Ce que je crois, </strong></em><em>traduit de l&#8217;allemand par Eric Haeussler, éd. du Seuil (à paraître en octobre 2010).</em></p>
<p><strong><em>A consulter </em></strong><em> </em><em><a href="http://www.weltethos.org/">www.weltethos.org</a></em><em> (version française)</em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Source</strong> : <em> </em></p>
<p><em>http://www.telerama.fr/monde/hans-kung-exiger-d-un-jeune-homme-au-xxie-siecle-qu-il-renonce-au-mariage-c-est-suicidaire-pour-l-eglise,58642.php</em></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Traditionalistes : l&#8217;archévêque de Bordeaux hausse le ton</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/05/14/traditionalistes-larcheveque-de-bordeaux-hausse-le-ton/</link>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 15:07:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un communiqué diffusé jeudi 6 mai, Mgr Ricard, archévêque de Bordeaux, se veut ferme vis-à-vis des traditionalistes de l&#8217;Institut du Bon Pasteur. Les liens de certains fidèles avec la mouvance d&#8217;extrême droite, dévoilés par France 2 le 27 avril, ont provoqué l&#8217;émoi chez les catholiques bordelais.
par Benjamin Seze


« Même si l&#8217;émission &#171;&#160;Les Infiltrés&#160;&#187; n&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Dans un communiqué diffusé jeudi 6 mai, Mgr Ricard, archévêque de Bordeaux, se veut ferme vis-à-vis des traditionalistes de l&#8217;Institut du Bon Pasteur. Les liens de certains fidèles avec la mouvance d&#8217;extrême droite, dévoilés par France 2 le 27 avril, ont provoqué l&#8217;émoi chez les catholiques bordelais.</em></p>
<p><em><strong>par Benjamin Seze</strong></em></p>
<p style="text-align: center"><em><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/6.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2678" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/6.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: justify">« Même si l&#8217;émission &laquo;&nbsp;<strong>Les Infiltrés</strong>&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas sans nous poser question en particulier sur le plan éthique, il n&#8217;empêche que nous devons à une chaîne du service public qu&#8217;une partie du voile se lève sur les convictions dissimulées et les incitations à la haine et à la violence d&#8217;un certain nombre de fidèles des courants <strong>traditionalistes</strong> et de leurs institutions.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Ainsi commence le <a href="http://bordeaux.catholique.fr/users/site/web/index.php?page=Root&amp;portlet=Document&amp;document_id=1064">communiqué du Conseil presbytéral</a> du diocèse de <strong>Bordeaux</strong>, diffusé jeudi 6 mai. Face à l&#8217;émoi suscité chez les catholiques bordelais par le reportage d&#8217;un journaliste de l&#8217;émission &laquo;&nbsp;Les Infiltrés&nbsp;&raquo;, diffusée par <strong>France 2</strong> le 27 avril, les 40 prêtres réunis les 4 et 5 mai autour de l&#8217;archévêque Mgr Ricard ont visiblement tenu à faire preuve de fermeté.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dans ce reportage, le journaliste met en lumière les liens existants entre les traditionalistes de l&#8217;Institut du <strong>Bon Pasteur</strong>, qui occupent, à Bordeaux, l&#8217;église Saint-Eloi, et le mouvement de jeunes <strong><em>Dies Irae</em></strong><strong> </strong>proche de l&#8217;<strong>extrême droite</strong>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Des liens embarrassants que <a href="http://bordeaux.catholique.fr/users/site/web/index.php?page=Root&amp;portlet=Info&amp;info_id=4954">démentent</a> les responsables de Saint-Eloi. Mais les images laissent peu de place au doute. « Nous prenons acte de la déclaration de l&#8217;Institut du Bon Pasteur contestant tout lien avec quelque mouvance politique. Mais aujourd&#8217;hui cette seule déclaration ne suffit pas », commente le Conseil presbytéral.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">« On ne peut pas jouer les vierges effarouchées. Ces liens sont connus, affirmait mercredi 5 mai le père Jacques Faucher. Quand on critique les <strong>intégristes</strong> et que l&#8217;on dit que ce n&#8217;est pas qu&#8217;une question de messe en latin, tout le monde vous tombe dessus en vous traitant d&#8217;intolérant. Je suis bien content que ça éclate au grand jour.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Cinq ans d&#8217;expérimentation</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L&#8217;<strong>Institut du Bon Pasteur </strong>a été érigé à Bordeaux le <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1791&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=12">8 septembre 2006</a> par la Congrégation vaticane pour le clergé pour accueillir des prêtres et séminaristes du courant Lefebvriste, exclus de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Certains prêtres et laïcs, en <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1792&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=12">désaccord</a>, étaient montés au créneau.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">« Cette initiative a été imposée par Rome », affirme le père Hugues Walser qui, à l&#8217;époque, a choisi de démissionner du Conseil presbytéral. En février 2007, une convention a été signée entre l&#8217;Institut, dirigé par l&#8217;abbé <strong>Philippe Laguérie</strong>, et le diocèse de Bordeaux pour définir les conditions de la présence du Bon Pasteur.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L&#8217;Eglise diocésaine et l&#8217;Institut se donnaient 5 ans, à titre expérimental, pour arriver à une communion.  « Il n&#8217;y a aujourd&#8217;hui aucune communion, assure Véronique de Poncheville, membre de l&#8217;équipe pastorale de Bruges-Le Bouscat. Dans nos paroisses, on constate le refus des traditionalistes de Saint-Eloi de tout dialogue ou débat. On ne peut pas parler avec eux.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Choqués par le reportage diffusé sur France 2, elle et 71 autres laïcs, prêtres et religieux (ses) ont écrit <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1793&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=12">une lettre</a>, lundi 3 mai, à Mgr Ricard pour lui demander de prendre des mesures fortes et lever toute ambiguïté.  « Nous souhaitons, vis-à-vis des Bordelais, qu&#8217;il se démarque des groupuscules incriminés en refusant, par exemple, de venir bénir la procession du Saint-Sacrement organisée par le Bon Pasteur le 6 juin prochain et qui doit se conclure à la cathédrale. Nous lui demandons également de mettre en place la commission promise en 2007 qui devait veiller aux conditions d&#8217;une réelle communion ecclésiale.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dans son communiqué, diffusé jeudi 6 mai, Mgr Ricard a annoncé la mise en place d&#8217;  « une commission de relation avec les responsables de la <strong>paroisse Saint-Eloi</strong>. Elle aura pour tâche de veiller à la communication entre ceux-ci et les autres instances du diocèse. Elle sera chargée de traiter les contentieux éventuels.»</p>
<p>6 mai 2010</p>
<p><strong>Source : </strong><a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1790&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1">http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1790&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1</a></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<item>
		<title>Lettre ouverte aux évêques catholiques du monde, par Hans Küng</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/04/17/lettre-ouverte-aux-eveques-catholiques-du-monde-par-hans-kung/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/04/17/lettre-ouverte-aux-eveques-catholiques-du-monde-par-hans-kung/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 17 Apr 2010 20:21:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nsae.fr/?p=2551</guid>
		<description><![CDATA[Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI, et moi-même étions entre 1962 et 1965 les plus jeunes théologiens du concile Vatican II. Aujourd&#8217;hui, nous sommes les deux plus âgés et les seuls à être encore pleinement en activité. Mon œuvre, je l&#8217;ai toujours mise au service de l&#8217;Eglise. C&#8217;est pourquoi, en ce cinquième anniversaire de l&#8217;intronisation du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI, et moi-même étions entre 1962 et 1965 les plus jeunes théologiens du concile Vatican II. Aujourd&#8217;hui, nous sommes les deux plus âgés et les seuls à être encore pleinement en activité. Mon œuvre, je l&#8217;ai toujours mise au service de l&#8217;Eglise. C&#8217;est pourquoi, en ce cinquième anniversaire de l&#8217;intronisation du pape, je me tourne vers les évêques, par cette lettre ouverte, préoccupé que je suis par le souci que nous donne notre Eglise en proie à la plus profonde crise de crédibilité qu&#8217;elle ait connue depuis la Réforme. Je n&#8217;ai en effet pas d&#8217;autres moyens de les atteindre.<span id="more-2551"></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg"><img class="size-full wp-image-2305  aligncenter" title="HKung" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg" alt="" width="300" height="402" /></a></p>
<p>J&#8217;ai beaucoup admiré le pape Benoît pour m&#8217;avoir, moi son critique, invité à une conversation amicale de quatre heures lors de son entrée en fonctions. Cette rencontre qui a été saluée dans l&#8217;opinion publique, c&#8217;est le moins que l&#8217;on puisse dire, avait éveillé en moi l&#8217;espoir que Joseph Ratzinger, mon ex-collègue de l&#8217;Université de Tübingen, finirait par trouver le chemin d&#8217;une rénovation de l&#8217;Eglise et d&#8217;un rapprochement œcuménique, dans l&#8217;esprit de Vatican II.</p>
<p>Cet espoir, comme celui de tant de catholiques engagés a, hélas, été déçu, ce que j&#8217;ai fait savoir au pape de diverses manières dans la correspondance que nous avons échangée depuis. Il a sans aucun doute rempli quotidiennement et consciencieusement les devoirs de sa charge et nous a également gratifiés de trois précieuses encycliques sur la foi, l&#8217;espérance et l&#8217;amour. Mais pour ce qui est des grands défis de notre temps, son pontificat se présente de plus en plus comme celui des occasions manquées et non des occasions saisies :</p>
<p>- Manqué le rapprochement avec les Eglises protestantes : il est vrai qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;Eglises au sens propre, et du coup, ni la reconnaissance de leurs hiérarchies ni un partage eucharistique ne sont possibles.</p>
<p>- Manqué l&#8217;accord durable avec les juifs : le pape a réintroduit une prière préconciliaire pour &laquo;&nbsp;que Dieu illumine le cœur des juifs et qu&#8217;ils connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes&nbsp;&raquo; ; il a réintégré dans l&#8217;Eglise des prélats schismatiques notoirement antisémites ; il pousse à la béatification de Pie XII et traite le judaïsme en simple racine du christianisme et non comme une communauté de croyance à part entière, qui suit sa propre voie vers le salut. Les juifs du monde ont, récemment encore, été scandalisés par les propos du prédicateur de la Maison pontificale, qui a comparé la critique envers le pape aux aspects les plus honteux de l&#8217;antisémitisme.</p>
<p>- Manqué le dialogue ouvert avec les musulmans : symptomatique a été le discours de Ratisbonne, dans lequel, mal conseillé, le pape a caricaturé l&#8217;islam en religion violente et inhumaine et a, par là, suscité une défiance nourrie de leur part.</p>
<p>- Manquée la réconciliation avec les peuples autochtones colonisés d&#8217;Amérique latine : le pape prétend avec le plus grand sérieux que ceux-ci auraient ardemment désiré adhérer à la religion de leurs conquérants.</p>
<p>- Manquée l&#8217;opportunité de venir en aide aux peuples africains dans leur lutte contre la surpopulation par la contraception et par l&#8217;autorisation des préservatifs pour lutter contre le sida.</p>
<p>- Manquée l&#8217;occasion de faire la paix avec la science moderne : par la reconnaissance sans équivoque de la théorie de l&#8217;évolution et par une tolérance nuancée pour les nouveaux domaines de recherche, par exemple sur les cellules-souches.</p>
<p>- Manquée enfin la chance de faire enfin de l&#8217;esprit de Vatican II la boussole de l&#8217;Eglise catholique et de faire avancer sa réforme.</p>
<p>Ce dernier point est particulièrement grave. Ce pape-là ne cesse de relativiser la portée des documents du concile et les interprète, dans un sens rétrograde opposé à l&#8217;inspiration de ses initiateurs. Il agit même ouvertement contre le concile œcuménique, lequel, selon le droit canon, constitue la plus haute autorité de l&#8217;Eglise catholique, ainsi :</p>
<p>- Il a réintégré sans conditions dans l&#8217;Eglise des évêques intégristes de la Fraternité Saint Pie X ordonnés illégalement, alors que ceux-ci rejettent le concile sur des points essentiels.</p>
<p>- Il encourage par tous les moyens le retour à la messe tridentine et célèbre à l&#8217;occasion lui-même l&#8217;eucharistie en latin, le dos tourné à l&#8217;assemblée.</p>
<p>- Il ne met pas en œuvre les recommandations officielles de l&#8217;Anglican Roman Catholic International Commission, qui dessinent le cadre du rapprochement avec l&#8217;Eglise d&#8217;Angleterre. En revanche, il cherche à débaucher le clergé anglican, quitte à renoncer à l&#8217;obligation du célibat pour attirer celui-ci dans le giron de l&#8217;Eglise catholique.</p>
<p>- En nommant à la tête de son administration des adversaires du concile (le secrétaire d&#8217;Etat, la Congrégation pour le culte divin) et des évêques réactionnaires dans le monde entier, il a renforcé la tendance anticonciliaire à l&#8217;intérieur même de l&#8217;Eglise.</p>
<p>Le pape Benoît XVI semble de plus en plus isolé de la grande majorité du peuple chrétien, qui, de son côté, se préoccupe de moins en moins de Rome et, dans le meilleur des cas, s&#8217;identifie aux communautés et aux évêques locaux.</p>
<p>Je sais que beaucoup d&#8217;évêques souffrent de cette situation : le pape est soutenu dans sa politique anticonciliaire par la Curie romaine. Il cherche à étouffer toute critique venue de l&#8217;épiscopat et de l&#8217;Eglise, il s&#8217;efforce de discréditer ses contradicteurs par tous les moyens. Via un nouvel étalage de manifestations médiatiques et baroques, on tente de démontrer qu&#8217;il existe encore à Rome une Eglise puissante gouvernée par un &nbsp;&raquo; vicaire du Christ &nbsp;&raquo; absolu qui a en mains tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. La politique de restauration de Benoît XVI n&#8217;en est pas moins un échec. Toutes les mises en scène, les voyages et les documents produits par lui et ses prédécesseurs se sont révélés incapables d&#8217;orienter, dans le sens que voulait Rome, l&#8217;opinion de la plus grande partie des fidèles sur les questions controversées, en particulier sur celle de la morale sexuelle. Et même les rencontres de la jeunesse avec un pape auquel seuls des groupes traditionalistes ou charismatiques rendent visite, n&#8217;ont pu ni freiner les défections ni réveiller les vocations.</p>
<p>Mais ce sont bien les évêques, qui sont le plus à plaindre : des dizaines de milliers de prêtres se sont défroqués, depuis le concile, à cause de la règle du célibat. La génération montante dans le clergé séculier (mais aussi régulier) souffre d&#8217;une baisse drastique de niveau quantitatif et qualitatif. Le clergé actuel est partagé entre résignation et frustration, et le phénomène atteint désormais les couches les plus militantes. Beaucoup se sentent abandonnés à leur misère et souffrent de l&#8217;état de l&#8217;Eglise. On sait ce qui attend nombre de diocèses : des églises, séminaires, paroisses de plus en plus clairsemés. Dans plusieurs pays, à cause du manque de prêtres, les communautés sont, souvent contre leur gré, fusionnées en gigantesques &laquo;&nbsp;unités d&#8217;assistance spirituelle&nbsp;&raquo; où les quelques prêtres restant sont surchargés, simple simulacre de réforme…</p>
<p>Et voilà qu&#8217;à tous ces facteurs de crise s&#8217;ajoute désormais le scandale des abus sexuel dont des prêtres se sont rendus coupables sur des milliers d&#8217;enfants et d&#8217;adolescents, que ce soit aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne ou ailleurs – tout cela dans le silence d&#8217;une hiérarchie soumise à une crise de confiance sans précédent. Il est impossible de taire le fait que le système de camouflage mondialisé des cas de déviance sexuelle dus à des membres du clergé a été piloté par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, où ceux-ci étaient centralisés dans le plus grand secret, autrement dit par le cardinal Ratzinger (qui l&#8217;a dirigée de 1981 à 2005), et déjà sous Jean Paul II. Aussi tard que le 18 mai 2001, Ratzinger adressa solennellement une lettre aux évêques du monde sur les &laquo;&nbsp;délits les plus graves&nbsp;&raquo; (Epistula de delictis gravioribus). Les cas d&#8217;abus sexuel devaient être couverts par le Secretum pontificum, protégé par un arsenal de peines ecclésiastiques prévus en cas d&#8217;infraction. Il est donc tout à fait justifié que beaucoup réclament de l&#8217;ex-préfet et pape actuel un mea culpa personnalisé. Hélas, l&#8217;occasion fournie par la semaine sainte a été manquée. En lieu et place, nous avons eu droit, lors du dimanche de Pâques, à une protestation d&#8217;innocence &laquo;&nbsp;urbi et orbi&nbsp;&raquo; par le doyen des cardinaux.</p>
<p>Les effets de tous les scandales pour la réputation de l&#8217;Eglise catholique sont dévastateurs. C&#8217;est vrai aussi pour des dignitaires de haut rang. Sur d&#8217;innombrables pasteurs des âmes et éducateurs irréprochables qui se dépensent sans compter, pèse désormais un soupçon collectif. C&#8217;est aux évêques qu&#8217;il revient de poser la question de ce qui doit advenir de leurs diocèses et de notre Eglise et de ce à quoi elle va ressembler dans dix ans, compte tenu de la situation de la crise des vocations et de la pyramide des âge du clergé actuel. Ici, je ne souhaite pas ébaucher devant vous un programme de réforme ; j&#8217;ai déjà pratiqué plusieurs fois cet exercice avant et après le concile. Je voudrais seulement avancer six propositions dont je suis convaincu qu&#8217;elles recevraient le soutien de millions de catholiques qui n&#8217;ont actuellement pas voix au chapitre :</p>
<p>1) En finir avec la loi du silence : en choisissant le silence, les évêques se rendent complices de dérives bien graves et nombreuses. Or là où ceux-ci tiennent les règlements, dispositions et mesures en vigueur pour contre-productives, mieux vaut dire publiquement les choses. Pas d&#8217;adresses de dévouement à Rome, mais des exigences de réforme !</p>
<p>2) Prendre les réformes en main : ils sont nombreux dans l&#8217;Eglise et dans l&#8217;épiscopat à se plaindre de Rome sans rien faire eux-mêmes. Mais quand on en arrive à une situation où le service divin est déserté, le pastorat dépourvu de moyen, quand on s&#8217;ouvre de moins en moins à la misère du monde, et que le rapprochement œcuménique est réduit à sa plus simple expression, il est trop facile de mettre tout sur le dos de Rome. Evêque, prêtre ou laïc, que chacun dans sa sphère d&#8217;influence, grande ou petite, apporte sa pierre à la revitalisation de l&#8217;Eglise. Bien des accomplissements dans les paroisses et dans l&#8217;ensemble de l&#8217;Eglise sont mis en branle à l&#8217;initiative d&#8217;individus ou de petits groupes. En tant que tels, les évêques doivent soutenir et encourager de telles initiatives et, particulièrement en ce moment, répondre aux plaintes justifiées des croyants.</p>
<p>3) Aller de l&#8217;avant collégialement : le concile, après de vifs débats et en dépit de l&#8217;opposition constante de la Curie, a décrété la collégialité du pape et des évêques, décision qui allait dans le sens de l&#8217;histoire apostolique, où Pierre ne faisait rien sans consulter le Collège des apôtres. Mais les papes et la Curie ont, dans la période post-conciliaire, fait fi cette décision essentielle du concile. Depuis que Paul VI, deux ans à peine après Vaticant II, et sans consultation de l&#8217;épiscopat, a publié une encyclique en faveur de la règle controversée du célibat, l&#8217;administration et la politique pontificale se sont remises à fonctionner sur le mode le moins collégial qui soit. Jusqu&#8217;à présent, en matière de liturgie, le pape agit en monarque absolu, et les évêques dont il aime à s&#8217;entourer sont comme des figurants, sans droit ni voix. Voilà pourquoi ceux-ci ne doivent pas seulement réagir au niveau individuel, mais entreprendre des actions en commun avec les autres prélats, prêtres, et tout le peuple qui constitue l&#8217;Eglise, hommes et femmes confondus.</p>
<p>4) La soumission totale n&#8217;est due qu&#8217;à Dieu seul : lors de leur intronisation, les évêques font vœu d&#8217;obéissance absolue au pape. Mais une obéissance totale n&#8217;est jamais due à une autorité humaine, mais à Dieu seul. Ces vœux ne doivent donc pas interdire de dire la vérité sur la crise que traverse l&#8217;Eglise, les diocèses, les territoires. Les évêques ne feront que suivre l&#8217;exemple de l&#8217;apôtre Paul qui résista à Pierre &laquo;&nbsp;en face, parce qu&#8217;il s&#8217;était donné tort&nbsp;&raquo; (Galates 2, 11) ! Une pression sur la hiérarchie romaine exercée dans un esprit fraternel et chrétien peut s&#8217;avérer légitime, dès lors que cette hiérarchie s&#8217;écarte de l&#8217;esprit évangélique et de sa mission. La liturgie en langue vernaculaire, la modification du droit des mariages interreligieux, l&#8217;affirmation de la tolérance, de la démocratie, des droits de l&#8217;homme, de l&#8217;œcuménisme et tant d&#8217;autres choses ne seront acquises qu&#8217;au prix d&#8217;une pression opiniâtre de la base.</p>
<p>5) Résoudre les problèmes au niveau local : au Vatican, on se bouche souvent les oreilles devant les demandes justifiées de l&#8217;épiscopat, de la prêtrise et du laïcat. C&#8217;est une raison de plus pour mettre en pratique intelligemment des solutions régionales ou locales aux problèmes qui se posent. Un de ceux-là, particulièrement sensible, est celui du célibat, qui, justement dans le contexte des scandales d&#8217;abus sexuels, vient tout naturellement à l&#8217;ordre du jour un peu partout. Changer les choses contre la volonté de Rome semble presque impossible. On n&#8217;en est pas condamné pour autant à la passivité : un prêtre qui après mûre réflexion pense se marier ne devrait pas ipso facto être déchu de son ministère, surtout si son évêque et sa paroisse sont avec lui. Peut-être quelques conférences épiscopales pourraient-elles prendre les devants au niveau régional. Mais rien ne vaut une solution globale. C&#8217;est pourquoi :</p>
<p>6) Il faut exiger un concile : de même qu&#8217;il a fallu convoquer un concile pour réformer la liturgie et promouvoir la tolérance, l&#8217;œcuménisme et le dialogue interreligieux, de même le caractère désormais urgent du problème de la réforme en requiert un autre.</p>
<p>Le concile de Constance, un siècle avant la Réforme, s&#8217;était prononcé pour une convocation quinquennale des conciles, ce que la Curie romaine s&#8217;est empressé de mettre sous le boisseau. Nul doute que celle-ci fera aujourd&#8217;hui encore tout son possible pour empêcher un nouveau concile qui pourrait avoir pour effet de limiter son pouvoir. C&#8217;est donc la responsabilité des évêques d&#8217;en imposer la réunion, ou du moins de celle d&#8217;une assemblée épiscopale représentative.</p>
<p>Face à la crise que vit l&#8217;Eglise, j&#8217;adjure les évêques de mettre dans la balance le poids de leur autorité épiscopale réévaluée par le concile. Dans cette situation abyssale, les yeux du monde sont tournés vers eux. Un nombre inimaginable de gens ont perdu confiance en l&#8217;Eglise catholique. Seul un abord ouvert et franc des problèmes et des réformes que ceux-ci impliquent est en mesure de la restaurer. Je demande, avec tout le respect qui est dû aux évêques, qu&#8217;ils y contribuent, autant que possible en commun mais, si nécessaire, aussi seuls, &laquo;&nbsp;avec assurance&nbsp;&raquo; (Actes des apôtres 4, 29-31). Ainsi adresseront-il aux fidèles un signe d&#8217;espérance et d&#8217;encouragement, et à notre Eglise, une perspective de salut.</p>
<p><strong>Auteur : Hans Küng, théologien.<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Nicolas Weill<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 17 avril 2010</strong></p>
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		<title>Chrétiens des Parvis, qui sommes-nous ? par Cécile Entremont</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 11:39:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[NSAE, qui est membre fondateur des &#171;&#160;Réseaux des Parvis&#160;&#187;, se retrouve tout à fait dans la présentation qu&#8217;en fait ci-dessous la présidente de la Fédération et ne comprend pas la description caricaturale qu&#8217;en donne Pierre Castaner. 














Catholiques d’ouverture, protestants libéraux, unitariens, nous sommes plus de cinq mille chrétiens &#8211; au sein de cinquante associations françaises &#8211; regroupés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em><strong>NSAE, qui est membre fondateur des &laquo;&nbsp;Réseaux des Parvis&nbsp;&raquo;, se retrouve tout à fait dans la présentation qu&#8217;en fait ci-dessous la présidente de la Fédération et ne comprend pas la description caricaturale qu&#8217;en donne Pierre Castaner. </strong></em></p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td width="100%"></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Convertir en PDF" href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index2.php?option=com_content&amp;do_pdf=1&amp;id=22" target="_blank"></a></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Version imprimable" href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index2.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=22&amp;pop=1&amp;page=0&amp;Itemid=77" target="_blank"></a></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Suggérer par mail" href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index2.php?option=com_content&amp;task=emailform&amp;id=22&amp;itemid=77" target="_blank"></a></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<table style="text-align: justify">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" valign="top">
<p style="text-align: justify"><strong>Catholiques d’ouverture, protestants libéraux, unitariens, nous sommes plus de cinq mille chrétiens &#8211; au sein de cinquante associations françaises &#8211; regroupés depuis dix ans par les Réseaux du Parvis.</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme dans d’autres courants de l’Eglise émergente, les associations du Parvis se constituent à partir d’une préoccupation, d’une motivation ou d’une recherche commune qui les rejoint dans leur quotidien et qui cimente leurs liens. Ces associations se structurent quelque peu au fil du temps (statuts, assemblées, ateliers réguliers, conférences, publications) : elles ont aujourd’hui entre trente et dix ans d’existence. Elles peuvent toutes arguer de leur légitimité, tout à fait reconnue d’ailleurs par leur appartenance à Parvis, qui permet la saine confrontation.</p>
<p style="text-align: justify">Protestation à l’encontre de la « monarchie romaine », vigilance politique par rapport aux collusions de pouvoir spirituel et temporel, contestation des règles morales et du sexisme catholique en particulier, « option préférentielle pour les pauvres », recherche d’intériorité partagée, actualisation des textes et du langage de la foi : autant de vecteurs de rassemblement sur le Parvis !</p>
<p style="text-align: justify">Le Parvis est un passage ouvert, entre l’intérieur et le monde extérieur ; c’est un espace de rencontres, de débats, d’innovations. Un lieu de liberté et de créativité !</p>
<p style="text-align: justify">Sur le Parvis, ça circule, on rencontre encore d’autres groupes d’autres appartenances, croyants ou non .. Et enfin, sur le Parvis, on est tous à la même hauteur ! pas de piédestal, de chaire, de hiérarchie : le réseau est horizontal, souple, ouvert.</p>
<p style="text-align: justify">Les « chercheurs de vérité » à la suite de Jésus qui se rassemblent au Parvis pratiquent une ecclésiologie nouvelle en partageant les diverses manières de concrétiser leurs valeurs communes :</p>
<p style="text-align: justify">• la fidélité au message de l’Evangile,</p>
<p style="text-align: justify">• la primauté de l’humain et des chemins d’humanisation</p>
<p style="text-align: justify">• la nécessité du dialogue et du débat,</p>
<p style="text-align: justify">• la fraternité humaine et la solidarité face à toutes les exclusions,</p>
<p style="text-align: justify">• la liberté de recherche spirituelle et théologique.<em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: normal">source : http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/reseaux-du-parvis/notre-proposition/notre-proposition.html</span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
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		<title>L&#8217;Eglise est menacée de devenir une sous-culture, par Mgr Albert Rouet</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Apr 2010 17:38:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet est l&#8217;une des figures les plus libres de l&#8217;épiscopat français. Son ouvrage J&#8217;aimerais vous dire (Bayard, 2009) est un best-seller dans sa catégorie. Vendu à plus de 30.000 exemplaires, lauréat du Prix 2010 des lecteurs de La Procure, ce livre d&#8217;entretiens porte un regard assez critique sur l&#8217;Eglise catholique. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet est l&#8217;une des figures les plus libres de l&#8217;épiscopat français. Son ouvrage <em>J&#8217;aimerais vous dire</em> (Bayard, 2009) est un best-seller dans sa catégorie. Vendu à plus de 30.000 exemplaires, lauréat du Prix 2010 des lecteurs de La Procure, ce livre d&#8217;entretiens porte un regard assez critique sur l&#8217;Eglise catholique. A l&#8217;occasion de Pâques, Mgr Rouet livre ses réflexions sur l&#8217;actualité et son diagnostic sur son institution.<span id="more-2474"></span></p>
<p><strong>L&#8217;Eglise catholique est secouée depuis plusieurs mois par la révélation de scandales de pédophilie dans plusieurs pays européens. Cela vous a-t-il surpris ?</strong></p>
<p>Je voudrais d&#8217;abord préciser une chose : pour qu&#8217;il y ait pédophilie, il faut deux conditions, une perversion profonde et un pouvoir. Cela signifie que tout système clos, idéalisé, sacralisé est un danger. Dès lors qu&#8217;une institution, y compris l&#8217;Eglise, s&#8217;érige en position de droit privé, s&#8217;estime en position de force, les dérives financières et sexuelles deviennent possibles. C&#8217;est ce que révèle cette crise, et cela nous oblige à revenir à l&#8217;Evangile ; la faiblesse du Christ est constitutive de la manière d&#8217;être de l&#8217;Eglise.</p>
<p>En France, l&#8217;Eglise n&#8217;a plus ce type de pouvoir ; cela explique qu&#8217;on est face à des fautes individuelles, graves et regrettables, mais que l&#8217;on ne connaît pas une systématisation de ces affaires.</p>
<p><strong>Ces révélations surviennent après plusieurs crises, qui ont jalonné le pontificat de Benoît XVI. Qui malmène l&#8217;Eglise ?</strong></p>
<p>Depuis quelque temps, l&#8217;Eglise est battue d&#8217;orages, externes et internes. On a un pape qui est plus théoricien qu&#8217;historien. Il est resté le professeur qui pense que quand un problème est bien posé, il est à moitié résolu. Mais dans la vie, ce n&#8217;est pas comme cela ; on se heurte à la complexité, à la résistance du réel. On le voit bien dans nos diocèses, on fait ce qu&#8217;on peut ! L&#8217;Eglise peine à se situer dans le monde tumultueux dans lequel elle se trouve aujourd&#8217;hui. C&#8217;est le coeur du problème.</p>
<p>Au-delà, deux choses me frappent dans la situation actuelle de l&#8217;Eglise. Aujourd&#8217;hui, on y constate un certain gel de la parole. Désormais, le moindre questionnement sur l&#8217;exégèse ou la morale est jugé blasphématoire. Questionner ne va plus de soi, et c&#8217;est dommage. Parallèlement, règne dans l&#8217;Eglise un climat de suspicion malsain. L&#8217;institution fait face à un centralisme romain, qui s&#8217;appuie sur tout un réseau de dénonciations. Certains courants passent leur temps à dénoncer les positions de tel ou tel évêque, à faire des dossiers contre l&#8217;un, à garder des fiches contre l&#8217;autre. Ces comportements s&#8217;intensifient avec Internet.</p>
<p>En outre, je note une évolution de l&#8217;Eglise parallèle à celle de notre société. Celle-ci veut plus de sécurité, plus de lois, celle-là plus d&#8217;identité, plus de décrets, plus de règlements. On se protège, on s&#8217;enferme, c&#8217;est le signe même d&#8217;un monde clos, c&#8217;est catastrophique !</p>
<p>En général, l&#8217;Eglise est un bon miroir de la société. Mais aujourd&#8217;hui, dans l&#8217;Eglise, les pressions identitaires sont particulièrement fortes. Tout un courant, qui ne réfléchit pas trop, a épousé une identité de revendication. Après la publication de caricatures dans la presse sur la pédophilie dans l&#8217;Eglise, j&#8217;ai eu des réactions dignes des intégristes islamistes sur les caricatures de Mahomet ! A vouloir paraître offensif, on se disqualifie.</p>
<p><strong>Le président de la conférence épiscopale, Mgr André Vingt-Trois l&#8217;a redit à Lourdes le 26 mars : l&#8217;Eglise de France est marquée par la crise des vocations, la baisse de la transmission, la dilution de la présence chrétienne dans la société. Comment vivez-vous cette situation ?</strong></p>
<p>J&#8217;essaie de prendre acte que nous sommes à la fin d&#8217;une époque. On est passés d&#8217;un christianisme d&#8217;habitude à un christianisme de conviction. Le christianisme s&#8217;était maintenu sur le fait qu&#8217;il s&#8217;était réservé le monopole de la gestion du sacré et des célébrations. Face aux nouvelles religions, à la sécularisation, les gens ne font plus appel à ce sacré.</p>
<p>Pour autant, peut-on dire que le papillon est &laquo;&nbsp;plus&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;moins&nbsp;&raquo; que la chrysalide ? C&#8217;est autre chose. Donc, je ne raisonne pas en termes de dégénérescence ou d&#8217;abandon : nous sommes en train de muter. Il nous faut mesurer l&#8217;ampleur de cette mutation.</p>
<p>Prenez mon diocèse : il y a soixante-dix ans, il comptait 800 prêtres. Aujourd&#8217;hui il en a 200, mais il compte aussi 45 diacres et 10 000 personnes impliquées dans les 320 communautés locales que nous avons créées il y a quinze ans. C&#8217;est mieux. Il faut arrêter la pastorale de la SNCF. Il faut fermer des lignes et en ouvrir d&#8217;autres. Quand on s&#8217;adapte aux gens, à leur manière de vivre, à leurs horaires, la fréquentation augmente, y compris pour le catéchisme ! L&#8217;Eglise a cette capacité d&#8217;adaptation.</p>
<p><strong>De quelle manière ?</strong></p>
<p>Nous n&#8217;avons plus le personnel pour tenir un quadrillage de 36 000 paroisses. Soit l&#8217;on considère que c&#8217;est une misère dont il faut sortir à tout prix et alors on va resacraliser le prêtre ; soit on invente autre chose. La pauvreté de l&#8217;Eglise est une provocation à ouvrir de nouvelles portes. L&#8217;Eglise doit-elle s&#8217;appuyer sur ses clercs ou sur ses baptisés ? Pour ma part, je pense qu&#8217;il faut faire confiance aux laïques et arrêter de fonctionner sur la base d&#8217;un quadrillage médiéval. C&#8217;est une modification fondamentale. C&#8217;est un défi.</p>
<p><strong>Ce défi suppose-t-il d&#8217;ouvrir le sacerdoce aux hommes mariés ?</strong></p>
<p>Non et oui ! Non, car imaginez que demain je puisse ordonner dix hommes mariés, j&#8217;en connais, ce n&#8217;est pas ça qui manque. Je ne pourrais pas les payer. Ils devraient donc travailler et ne seraient disponibles que les week-ends pour les sacrements. On reviendrait alors à une image cultuelle du prêtre. Ce serait une fausse modernité.</p>
<p>Par contre, si on change la manière d&#8217;exercer le ministère, si son positionnement dans la communauté est autre, alors oui, on peut envisager l&#8217;ordination d&#8217;hommes mariés. Le prêtre ne doit plus être le patron de sa paroisse ; il doit soutenir les baptisés pour qu&#8217;ils deviennent des adultes dans la foi, les former, les empêcher de se replier sur eux-mêmes.</p>
<p>C&#8217;est à lui de leur rappeler que l&#8217;on est chrétien pour les autres, pas pour soi ; alors il présidera l&#8217;eucharistie comme un geste de fraternité. Si les laïques restent des mineurs, l&#8217;Eglise n&#8217;est pas crédible. Elle doit parler d&#8217;adulte à adulte.</p>
<p><strong>Vous jugez que la parole de l&#8217;Eglise n&#8217;est plus adaptée au monde. Pourquoi ?</strong></p>
<p>Avec la sécularisation, une &laquo;&nbsp;bulle spirituelle&nbsp;&raquo; se développe dans laquelle les mots flottent ; à commencer par le mot &laquo;&nbsp;spirituel&nbsp;&raquo; qui recouvre à peu près n&#8217;importe quelle marchandise. Il est donc important de donner aux chrétiens les moyens d&#8217;identifier et d&#8217;exprimer les éléments de leur foi. Il ne s&#8217;agit pas de répéter une doctrine officielle mais de leur permettre de dire librement leur propre adhésion.</p>
<p>C&#8217;est souvent notre manière de parler qui ne fonctionne pas. Il faut descendre de la montagne et descendre dans la plaine, humblement. Pour cela il faut un énorme travail de formation. Car la foi était devenue ce dont on ne parlait pas entre chrétiens.</p>
<p><strong>Quelle est votre plus grande inquiétude pour l&#8217;Eglise ?</strong></p>
<p>Le danger est réel. L&#8217;Eglise est menacée de devenir une sous-culture. Ma génération était attachée à l&#8217;inculturation, la plongée dans la société. Aujourd&#8217;hui, le risque est que les chrétiens se durcissent entre eux, tout simplement parce qu&#8217;ils ont l&#8217;impression d&#8217;être face à un monde d&#8217;incompréhension. Mais ce n&#8217;est pas en accusant la société de tous les maux qu&#8217;on éclaire les gens. Au contraire, il faut une immense miséricorde pour ce monde où des millions de gens meurent de faim. C&#8217;est à nous d&#8217;apprivoiser le monde et c&#8217;est à nous de nous rendre aimables.</p>
<p><strong>Propos recueillis par Stéphanie Le Bars<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 03 avril 2010</strong></p>
<p>__________________________________________________________</p>
<h3>Une France de moins en moins pratiquante</h3>
<p>Culture catholique :<br />
64 % des Français se reconnaissent de culture catholique. Ils étaient 65 % en 2006 et 75 % en 1987.</p>
<p>Pratique hebdomadaire :<br />
4,5 % fréquentent l&#8217;église chaque dimanche, contre 6 % en 1987 et 14 % en 1978.</p>
<p>Pratique mensuelle :<br />
15 % des Français se rendent une fois par mois à l&#8217;église.</p>
<p>Répartition sociale :<br />
25 % des croyants sont retraités ; 46 % chez les pratiquants .</p>
<p>Répartition politique :<br />
30,6 % des Français qui se disent pratiquants affichent une sympathie pour l&#8217;UMP, 25,6 % pour le PS, 11,8 % pour le FN, 10,8 % pour le MoDem.</p>
<p><strong>Sources : compilations d&#8217;enquêtes IFOP.</strong></p>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Église et la misogynie, par Marie-Thérèse Van Lunen Chenu</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 18:26:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors que les scandales de pédophilie dans l&#8217;Église catholique ont permis de rouvrir le débat sur le célibat, il faudrait également s&#8217;interroger sur la misogynie de l&#8217;institution et le primat du sexe masculin qu&#8217;elle a instauré.
La vague des informations sur des cas de pédophilie répétés dans l&#8217;Église catholique a suscité de nombreux commentaires qui induisent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que les scandales de pédophilie dans l&#8217;Église catholique ont permis de rouvrir le débat sur le célibat, il faudrait également s&#8217;interroger sur la misogynie de l&#8217;institution et le primat du sexe masculin qu&#8217;elle a instauré.</p>
<p>La vague des informations sur des cas de pédophilie répétés dans l&#8217;Église catholique a suscité de nombreux commentaires qui induisent en retour des appréciations intéressantes. On y lit qu&#8217;une première mise en cause de la loi du célibat obligatoire pour les prêtres trouve maintenant d&#8217;ardents opposants alors que restent stigmatisés l&#8217;immaturité fréquente du choix de vie par de trop jeunes gens, une formation restée longtemps inadaptée dans les séminaires, le manque de relations avec le monde féminin, l&#8217;autoritarisme, la culture du secret et du déni dans l&#8217;institution ecclésiale.</p>
<p>Je m&#8217;étonne pourtant que le débat n&#8217;ait pas encore été élargi jusqu&#8217;à prendre en compte la question de plus en plus sensible de la marginalisation &#8211; voire de l&#8217;éviction &#8211; des femmes dans les structures de l&#8217;institution romaine. Et que les commentateurs ne se soient pas penchés non plus sur un problème de fond : la nature de l&#8217;entêtement avec lequel Rome s&#8217;évertue à la défense du primat du sexe masculin.</p>
<p>Quels sont donc les causes et les effets de cet attachement exceptionnel de l&#8217;institution romaine à un primat du sexe masculin, jusqu&#8217;à conduire à sa véritable «sacralisation» dans le cléricalisme ? Une critique qu&#8217;on pourrait qualifier de « pastorale » (venue de l&#8217;intérieur même de l&#8217;Église) a rejoint, depuis au moins une décennie, une première analyse féministe démasquant ce jeu sémantique qui s&#8217;obstine à nommer « service » ce qui, choisi et exercé souvent avec la plus grande générosité personnelle, reste néanmoins un monopole et un pouvoir.</p>
<p>On se demande alors comment ce service ultime de la « représentation du Christ pour accomplir l&#8217;eucharistie », ce pouvoir-servir qui ne se décline qu&#8217;au seul mode masculin n&#8217;infléchirait pas l&#8217;identité cléricale et, par là même, l&#8217;idéalisation et le caractère de refuge que des jeunes gens peuvent y investir ? Et il parait naïf de s&#8217;étonner qu&#8217;un certain nombre d&#8217;entre eux soient tentés d&#8217;échapper par là à une identification sexuée exigeante.</p>
<p>Mon propos va donc plus loin que de déplorer ce qu&#8217;on appelle pudiquement des « difficultés à vivre la chasteté ». Je parle ici des troubles du comportement qui peuvent être liés à une difficulté non-résolue de l&#8217;identification personnelle. Etre capable de s&#8217;identifier comme un être masculin c&#8217;est pouvoir accepter l&#8217;en-face d&#8217;une égale partenaire féminine. Et j&#8217;avance que l&#8217;idéalisation du primat masculin, sa canonisation en quelque sorte, et la justification permanente qui en est faite au moyen du refus de la compétence et de l&#8217;autorité des femmes, peuvent troubler le processus d&#8217;identification masculine et venir parfois infléchir un choix pour la prêtrise ou la vie religieuse.</p>
<p>Au fond, les causes seraient bien plus imbriquées qu&#8217;on ne le pense entre l&#8217;interdiction faite aux femmes d&#8217;accéder au ministère sacerdotal et l&#8217;obligation du célibat pour le prêtre masculin. Ce sont des racines profondes et ténébreuses qui s&#8217;entrecroisent entre dépréciation de la sexualité, marginalisation des femmes, primat accordé au sexe masculin, sacralisation du sacerdoce, rapport sclérosé à la tradition et ce gouvernement autoritaire, clérical et mono-sexué.</p>
<p>Ainsi, que l&#8217;on se place au-dedans ou au-dehors de l&#8217;institution, la crise actuelle désigne comme un enjeu à la fois ecclésial et social la nécessité d&#8217;un vrai débat et de changements dont l&#8217;importance ne se limitera pas au seul champ religieux. Car l&#8217;Église catholique est en retard sur la société pour mettre en oeuvre ces changements qu&#8217;on appelle désormais « humains » : en même temps que d&#8217;identifier et soigner les causes d&#8217;une appréciation négative de la sexualité, il lui faut aussi, enfin, envisager son rapport à la sexuation.</p>
<p>Qui dit « sexuation » reconnait évidemment la bi-sexuation foncière de l&#8217;humanité. Par quels moyens faire comprendre alors que l&#8217;institution s&#8217;est sclérosée et s&#8217;épuise tristement dans une approche masculine de la féminité, bien au contraire de ce que fut l&#8217;attitude du Christ envers les femmes ? Ce n&#8217;est pas « la question des femmes dans l&#8217;Église » qui fait problème comme on l&#8217;entend dire avec légèreté, c&#8217;est celle d&#8217;une Église autoritaire qui défend son primat clérical masculin et refuse une confrontation plénière avec une large moitié de ses membres.</p>
<p>Il s&#8217;agit là d&#8217;un manque structurel lié plus que ne le laisse croire une première apparence aux scandales actuels. On se demande jusqu&#8217;à quand Rome pensera pouvoir atténuer ceux-ci par des excuses publiques et une honte affichée « au nom de toute l&#8217;Église ». Et jusqu&#8217;à quand des femmes, qui furent plus souvent cuisinières que conseillères dans les séminaires, ne s&#8217;en désolidariseront-elles pas publiquement ?</p>
<p>Nombreuses d&#8217;entre elles sont déjà de fait, avec des hommes parties prenantes eux aussi des réformes nécessaires, sinon en rupture pastorale, du moins en rupture de conscience avec l&#8217;institution. Accepter de façon reconnaissante et responsable la sexuation, la sexualité, et donc les femmes d&#8217;aujourd&#8217;hui comme véritables partenaires, suppose à la fois un travail pluridisciplinaire et un large débat de société et d&#8217;Église.</p>
<p>Théologie et ecclésiologie sont conviées : qu&#8217;avons-nous fait pour perdre la capacité prophétique du message chrétien qui témoignait du principe de respect des femmes à une époque de misogynie sociale mais qui demeure réduit au silence par son contre-témoignage de sexisme ecclésial dans l&#8217;aujourd&#8217;hui de parité sociale ?</p>
<p>L&#8217;enjeu est majeur pour le catholicisme si celui-ci veut garder sa place au sein du christianisme et sa crédibilité « humaine ». Certains chrétiens, et de plus nombreuses chrétiennes, espèrent encore que la gravité actuelle des mises en accusation et en question pourrait devenir la pierre de touche d&#8217;une conversion profonde du catholicisme romain.</p>
<p><strong>Auteur : Marie-Thérèse van Lunen Chenu, membre de <em>Femmes et Hommes en Église</em> et de </strong><strong><em>Genre en christianisme<br />
</em>Source : <em>Témoignage Chrétien</em>, 24 mars 2010</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/fhe.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2437" title="fhe" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/fhe-300x194.jpg" alt="" width="300" height="194" /></a> </p>
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		<title>Les « sans nous » de l’Eglise, par Isabelle de Gaulmyn</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 19:10:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
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		<description><![CDATA[Et si les femmes faisaient un jour « grève de l’Eglise » ? L’idée a été lancée, lors d’un très sérieux colloque sur Vatican II, ce lundi, à l‘Institut catholique de Paris, au cours d’un débat passionnant -et passionné-, sur la place des femmes dans l’Eglise…Grève de femmes, donc, pour mieux souligner l’importance qu’elles ont, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et si les femmes faisaient un jour « grève de l’Eglise » ? L’idée a été lancée, lors d’un très sérieux colloque sur Vatican II, ce lundi, à l‘Institut catholique de Paris, au cours d’un débat passionnant -et passionné-, sur la place des femmes dans l’Eglise…Grève de femmes, donc, pour mieux souligner l’importance qu’elles ont, malgré le peu de reconnaissance qui leur est accordé…</p>
<p>Une journée sans femme dans l’Eglise ? Rêvons un peu. J’imagine ce curé de paroisse constater, en arrivant à la cure, que le téléphone sonne dans le vide : Béatrice, qui fait la permanence ce jour, n’est pas là. D’ailleurs, personne n’est venu, comme à l’habitude, ouvrir discrètement les salles, mettre le chauffage et donner un coup de balai pour enlever les traces de la réunion de la veille. Notre curé a tout juste le temps de réaliser l’absence, que derrière lui, une fenêtre se brise: ce sont, dans la cour, les gamins du caté, désœuvrés, car Claire, l’animatrice, manque à l’appel. Mais le téléphone sonne, et le curé bien obligé de répondre : à l’autre bout du fil, les services de la mairie, inquiets: sœur Clothilde, qui travaille au bureau social pour les jeunes, n’est toujours pas arrivé. « Je sais »maugrée notre curé, qui franchement agacé, sort dans la rue. En face, le bureau du Secours catholique est resté volets fermés. Odile ne l’a pas ouvert… Un peu désarçonné, le prêtre voudrait savoir ce que son évêque pense de cette journée sans femme: comment doit-il réagir, quelle est la ligne du diocèse ! Las, le délégué à l’information du diocèse est… « une » déléguée. Pas de communication, donc…</p>
<p>Très énervé maintenant, notre prêtre, qui n’est pourtant pas misogyne –pensez-vous, il ne travaille qu’avec des femmes !- pense brusquement à la messe : « là, quand même, je vais pouvoir la célébrer »… D’ailleurs, cela lui semble juste: malgré la sympathie qu’il peut éprouver pour la cause des femmes, il n’est tout de même pas question qu’un groupe de catholiques prive les autres de l’Eucharistie. Les enfants de chœur arrivent –les garçons, seulement. Mal peignés, chaussures de travers. L’église est froide, pas de bouquet, ni de feuille de chants sur les bancs… de toute façon, Régine n’est pas là pour faire chanter. Dans ses vêtement liturgiques -non repassés, notre prêtre s’apprête à célébrer, devant une assistance réduite des trois quarts… puisque exclusivement masculine. Mais s’apprête seulement…il a encore oublié un détail: les hosties sont fabriquées par les Carmélites de la ville voisine: pas de femmes, pas d’Eucharistie.</p>
<p><strong>Auteur : Isabelle de Gaulmyn<br />
Source : <em>La Croix</em>, 15 mars 2010</strong></p>
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		<title>Un certain 11 octobre 1962 ou Vatican 2 dans mon itinéraire personnel, par Hugues Puel</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Mar 2010 10:57:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

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		<description><![CDATA[Mon père, né en 1907, fréquentait les camelots du roi et avait donc 19 ans au moment de la condamnation de l’Action française (1926). Je lui ai souvent entendu exprimer son amertume face à l’attitude de l’archevêque de Bordeaux, Mgr Andrieu, dans le déclenchement de cette affaire. L’idéologie familiale était marquée par les figures tutélaires [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mon père, né en 1907, fréquentait les camelots du roi et avait donc 19 ans au moment de la condamnation de l’Action française (1926). Je lui ai souvent entendu exprimer son amertume face à l’attitude de l’archevêque de Bordeaux, Mgr Andrieu, dans le déclenchement de cette affaire. L’idéologie familiale était marquée par les figures tutélaires non seulement de Charles Maurras avec son conservatisme social, son royalisme et son antisémitisme, mais aussi de Saint Vincent de Paul<span id="more-2318"></span> avec sa foi, sa générosité et son sens des autres : mon grand-père paternel pratiquait les bonnes œuvres de la confrérie mise par Ozanam sous le patronage de Saint Vincent en visitant des familles pauvres du quartier. Ma mère, née en 1905, était l’aînée de dix enfants dont la propre mère mourut en 1919 de la grippe espagnole. A la mort de mon grand-père maternel qui ne s’était pas remarié, tous les enfants ayant été élevés dans un catholicisme très traditionnel, le domaine familial, où la surface de terre cultivable s’était réduite au cours des ans, fut vendu.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vatican-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2319" title="Vatican 2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vatican-2.jpg" alt="" width="300" height="375" /></a></p>
<p>Né en 1932 à Bordeaux, je fis mes études secondaires chez les jésuites de cette ville (Ecole Saint Joseph de Tivoli, 1940-1950). Lors de la retraite d’élection d’une durée d’une semaine qui clôturait la préparation du baccalauréat de philosophie dans cette institution ignatienne, l’idée de vocation religieuse fut considérée, mais je décidais de ne pas décider et d’entreprendre des études supérieures, selon le souhait de mon père. Pendant six ans, j’étudiais à l’Université de Bordeaux le droit, les sciences politiques et l’économie (1950-1956). En même temps, je participais avec passion avec un groupe de jeunes catholiques, artistes, employés, étudiants, à l’animation de plusieurs ciné-clubs, ce qui nous mettait en relation et en coopération ponctuelle avec des militants communistes qui menaient de leur côté le même travail de culture populaire. Nous découvrions les cinémas japonais, américain, soviétique. C’était le beau temps des ciné-clubs, où se préparait avec les <em>Cahiers du cinéma</em> la nouvelle vague, tandis que le groupe de presse Malesherbes sous influence dominicaine lançait <em>Radio-Cinéma-Télévision</em>, l’ancêtre de <em>Télérama</em>.  </p>
<p>En 1954, le pape Pie XII mit fin à l’aventure des prêtres-ouvriers. Il sacrifia sur l’autel de la géopolitique de la guerre froide l’expérience missionnaire la plus pertinente et la plus généreuse des douze années précédentes. Grâce à mes études, j’avais déjà pris quelques distances avec la foi traditionnelle de ma famille, mais celle-ci fut alors mise au défi : l’abandonner ou approfondir le message évangélique qu’elle annonçait, mais qu’elle trahissait dans ses actes. Mon intérêt se tourna vers les dominicains dont j’avais jusque là à peine remarqué l’existence, mais que les foudres romaines de Pie XII mirent pour moi en vive lumière <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn1">[1]</a>. En 1956, quand le moment fut venu de prendre un emploi dont les propositions étaient nombreuses en ces temps de forte croissance, la cristallisation de ma vocation religieuse se fit soudaine : je pris l’habit de l’Ordre des prêcheurs à Saint Maximin dans le Var (province de Toulouse) le 14 novembre 1956. J’avais de cet Ordre une vision aussi imprécise que celle suggérée par le dessin du Saint Dominique de Matisse <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Je ne donne pas ici d’autres détails biographiques <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn3">[3]</a>, sauf pour ce qui concerne directement Vatican 2. Ce projet de Concile avait été annoncé en janvier 1959 par le nouveau pape Jean XXIII et laissait nos professeurs dominicains du couvent de Toulouse pour le moins perplexes. De ce temps d’études, je retiens l’anecdote suivante : le jeudi 11 octobre 1962, tout le couvent des dominicains de Toulouse remplissait un vaste autocar pour passer la journée à Lourdes à l’occasion de l’ouverture du Concile. Dans le voyage du retour, le chauffeur alluma sa radio pour que nous puissions écouter les nouvelles. Le journaliste cita le passage du discours inaugural de Jean XXIII « <em>autre le dépôt de la foi, autre la manière de l’énoncer et les formes qu’il revêt au cours du temps</em> », texte que Benoît XVI considère comme relevant d’une herméneutique  de la continuité. A son écoute, mon professeur de dogme, assis sur le siège devant le mien fit un bond et s’écria « <em>ces journalistes disent n’importe quoi !</em> ». Pour lui, dans la distinction entre le dépôt et son énonciation, la rupture avec la tradition était évidente, comme en témoignait le cours de dogme qu’il nous infligeait. Au mépris de toute méthode historique et après avoir accumulé les citations de la Bible et de Denzinger <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn4">[4]</a> sorties de leur contexte, il nous distillait avec contention la « <em>vraie doctrine</em> », celle d’un Thomas d’Aquin s’exprimant dans le langage « formel » de l’Ecole. Il dévalorisait toute autre parole qui, affirmait-il, n’était qu’un parler humain ! « <em>Pour parler humainement</em> », répétait-il, pour s’excuser lorsqu’il s’était laissé allé à l’emploi d’une figure, d’un symbole, d’une image ou d’une comparaison ! Il définissait l’Eglise de façon « formelle » comme une société parfaite gouvernée par une hiérarchie sacrée. Le Concile quant à lui parla plutôt d’un peuple en marche « <em>qui tire son unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn5">[5]</a>. Le professeur d’exégèse de nouveau Testament, Raphaël Weijers, avait une autre théologie. En nous commentant longuement l’Epître aux Hébreux, il nous montrait que le Christ était le seul prêtre donnant naissance à un peuple sacerdotal offrant sa vie en sacrifice d’action de grâce. La rupture était totale avec les prêtres de l’Ancien Testament et les ministères étaient des services diversifiés et évolutifs dans le temps. Ordonné en 1962, au ministère presbytéral, je ne me suis jamais considéré comme un prêtre faisant partie d’une hiérarchie sacrée. J’avais pris le risque de m’engager dans l’aventure dominicaine et cette ordination faisait partie du paquet. Ma spiritualité n’était pas sacerdotale, elle était et elle demeure baptismale. Elle s’appuie sur la parole prophétique de l’Evangile et sur la foi des premières communautés chrétiennes dans le Christ ressuscité.</p>
<p>Passons du 11 octobre 1962 au gouvernement de l’Eglise par Benoît XVI dont plusieurs initiatives provoquent une crise de gouvernance,  qui n’est pas seulement le fruit de l’imagination éditoriale de quelques organes de presse. Je note les malaises épiscopaux révélés par un certain nombre de faits.</p>
<p>1 &#8211; La levée de l’excommunication des schismatiques refusant le Concile Vatican 2 à partir d’une démarche liée à une mission menée par le cardinal Dario Castrillon Hoyos à la demande du pape, mais sans consultation des épiscopats les plus concernés : les évêques allemands et français. La crise existait déjà avant les déclarations négationnistes de Williamson qui déchaînèrent les médias.</p>
<p>2 &#8211; La nomination d’un prêtre autrichien, Gerhard Maria Wagner, comme évêque auxiliaire de Linz (Haute-Autriche), contre l’avis de l’épiscopat autrichien et en violation de la procédure de la <em>terna </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn6">[6]</a>, ce qui déclencha la réaction respectueuse, mais sévère, signée de tous les évêques de ce pays rappelant au pape que la nomination des évêques doit se faire pour l’Eglise locale et non pas contre elle <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn7">[7]</a>. Cet événement très significatif a eu peu d’écho dans les médias français.</p>
<p>3 &#8211; L’épiscopat brésilien désavoue l’excommunication par l’archevêque de Recife &#8212; successeur de Dom Helder Camara et nommé par Jean-Paul II, Monseigneur Jose Cardoso Sobrinho &#8212; de la mère d’une fille de 9 ans enceinte de jumeaux dont un avortement évita la mort, acte pour lequel l’archevêque étendit aux médecin intervenants cette excommunication.  Plusieurs évêques français se dirent scandalisés par ce manque de compassion, tandis que le titulaire du dicastère <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn8">[8]</a> des évêques apporta son soutien à Sobrinho. On ne doit pas donc pas se scandaliser si le rapprochement est fait par la presse avec la loi du silence pratiquée longtemps par les évêques de différents pays sur les viols d’enfants par des membres du clergé.</p>
<p>4 &#8211; La déclaration des évêques allemands du 5 mars 2009, s’interrogeant sur les incertitudes du chemin actuel de l’Eglise mettant ainsi en cause son actuelle gouvernance. S’il y eut peu d’écho en France, il y en eut beaucoup en Allemagne.</p>
<p>5 &#8211; La déclaration d’Albert Rouet, archevêque de Poitiers « <em>à propos des événements récents qui ont marqué l’Eglise : levée des excommunications des quatre évêques intégristes, de l’excommunication à Recife, des propos sur le sida</em> ». Cette déclaration en appelle à un autre positionnement de notre Eglise dans le monde car « <em>toute parole qui vient d’en haut, qui n’est pas engagée dans un dialogue, après avoir écouté et entendu l’autre, ne peut plus être une parole crédible… Notre monde n’écoute que ce qui est prononcé à hauteur de visage d’homme</em> ». Cette réaction, la plus remarquable, ne fut pas unique. D’autres réactions critiques se firent jour ça et là, mais dominèrent le silence et la gêne d’un épiscopat français très divisé.</p>
<p>6 &#8211; De cette division, on a eu le témoignage en novembre 2009, lorsque le président de l’assemblée plénière de la conférence des évêques de France a renoncé à mettre au vote  le rapport de l’évêque d’Angoulême, Claude Dagens, intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Eglise et évangélisation » et qui prolongeait une déclaration précédente sur la foi comme libre proposition au peuple.</p>
<p>Cette crise de gouvernance n’est pas une imagination de la presse, mais procède de la mauvaise réception du Concile Vatican 2 par le siège romain. L’Eglise se définit comme peuple en marche, comme ouverture au monde en solidarité avec les espoirs et les souffrances de l’humanité<a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn9"> [9]</a> et en appelle à l’autonomie responsable tant des autorités politiques que des baptisés. Mais l’Eglise romaine qui n’honore pas la nature épiscopale de l’Eglise et maintient son système de gouvernement centralisé, ignore le principe de subsidiarité qu’elle recommande aux sociétés séculières, nie l’autonomie des couples en répondant négativement à la question soulevée par <em>Humanae Vitae</em> de savoir si « <em>la finalité de la procréation dans le mariage concerne l’ensemble de la vie conjugale et non chacun de ses actes</em> » (§3), en imposant une distinction incompréhensible entre une contraception naturelle et artificielle, tandis qu’une partie de l’épiscopat catholique aux Etats-Unis se transforme en véritable lobby <em>pro-life</em>. <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn10">[10]</a></p>
<p>Cette crise de gouvernance a sa source dans l’attitude confuse de Benoît XVI face au Concile Vatican 2. Une analyse du discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005 en apporte la preuve. En effet, quelques mois après son élection comme évêque de Rome, sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger prononça un discours principalement consacré à la réception de Vatican 2. Il s’efforce de répondre à la question : pourquoi la réception du Concile s’est déroulée de manière aussi difficile, puis s’interroge sur les difficultés du dialogue entre l’Eglise et la modernité.</p>
<p>Après avoir salué l’anniversaire des 40 ans de la fin du Concile, il voit dans la cause des difficultés une question d’herméneutique, c’est-à-dire de juste interprétation, de juste lecture et de juste application. Or il dénonce une fausse herméneutique définie comme « <em>herméneutique de la discontinuité et de la rupture</em> » qui, selon lui, a la faveur des médias et d’une partie de la théologie moderne, alors qu’il y faut « <em>une herméneutique de la réforme</em> », c’est-à-dire du renouveau dans la continuité de « <em>l’unique sujet-Eglise</em> ». L’herméneutique de la rupture est critiquée car, d’une part, elle oppose l’Eglise préconciliaire et l’Eglise postconciliaire, alors que, pour lui, c’est la continuité de l’unique sujet-Eglise qui doit être considérée et on ne doit pas en appeler des textes du Concile à l’esprit du Concile pour regarder l’avenir. Elle passe sous silence le fait que le sujet-Eglise est de nature eschatologique et que le personnel ministériel au service de l’Eglise vit dans le temps et doit s’ouvrir, comme le recommandait Jean XXIII,  aux signes des temps.</p>
<p>Comme exemple d’herméneutique de la continuité, Benoît XVI cite le discours d’ouverture du Concile par Jean XXIII le 11 octobre 1962 sur la transmission de la doctrine : « <em>Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et respectée d’une manière qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet une chose est le dépôt de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et une autre chose est la manière de les énoncer, en leur conservant cependant le même sens et la même portée. </em>» Cette synthèse  exemplaire de la fidélité et du dynamisme lui semble cependant si délicate que le pape entreprend une réflexion sur le difficile dialogue entre l’Eglise et la modernité.</p>
<p>Le pape se réfère alors au discours de conclusion du concile par Paul VI qui pourrait justifier une herméneutique de la discontinuité dans la mesure où le Concile Vatican 2 s’était centré sur les questions d’anthropologie et les rapports entre l’Eglise et l’homme d’aujourd’hui. Il évoque Galilée, Kant, la Révolution française, le libéralisme radical, les sciences naturelles. Il voit les rapprochements possibles à travers la doctrine sociale catholique qui se situe dans l’entre-deux du libéralisme radical et de la théorie marxiste de l’Etat. Et surtout il considère dans les nouvelles positions épistémologiques tant des sciences naturelles que des sciences historiques que d’autres rapprochements sont possibles : « <em>Dans tous ces secteurs […] pouvait apparaître quelque forme de discontinuité et que, en un certain sens, une discontinuité s’était de fait manifestée dans laquelle cependant, une fois faites les diverses distinctions entre les situations concrètes historiques et leurs exigences, il apparaissait que la continuité des principes n’était pas abandonnée : un fait qui échappe facilement à une première perception. Et c’est justement dans cet ensemble de continuité et de discontinuité, à des niveaux divers, que consiste la nature de la vraie réforme</em> ». <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn11">[11]</a></p>
<p>Ce n’est pas lumineux et je ne prolonge pas la lecture des paragraphes de cette prose lourde, alambiquée et faussement subtile grâce à laquelle le pape en arrive à justifier la liberté religieuse reconnue par le Concile Vatican 2 en 1965, alors que Pie IX l’avait anathématisée en 1864. Mais pour affirmer la continuité, Benoît XVI doit la faire remonter au témoignage de Jésus lui-même et à celui de l’Eglise des martyrs, en sautant discrètement sur les formes diverses des mélanges théologico-politiques depuis l’empereur Constantin et la longue histoire de l’Eglise catholique, jusqu’à Pie XII (le nazisme et la guerre froide) et Jean-Paul II (le Rêve de Compostelle <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn12">[12]</a>), en passant par la théorie des deux glaives et les luttes entre la Papauté et l’Empire. La distinction des deux herméneutiques ne vaut pas grand-chose. </p>
<p>Pour le père Congar, mais en un tout autre sens, le discours de Jean XXIII pour l’ouverture du Concile le 11 octobre 1962 était une vraie rupture, mais une rupture encore à faire. Sortant d’un procès du Saint Office pour ses positions théologiques, procès dont il n’avait connu ni le chef d’accusation, ni le nom de ses juges, ni le verdict final, il assiste à l’ouverture du Concile qui lui parait révéler le visage constantinien de l’Eglise de Rome et note dans son journal au 11 octobre 1962 ses sentiments : « <em>Je vois le poids non dénoncé de l’époque où l’Eglise était seigneurisante, où elle avait un pouvoir temporel, où les papes et les évêques étaient des seigneurs, qui avaient une cour, protégeaient les artistes, prétendaient à une pompe égale à celle des Césars. Cela l’Eglise ne l’a jamais répudié à Rome. La sortie de l’ère constantinienne n’a jamais été son programme. Le pauvre Pie IX, qui n’a rien compris au mouvement de l’histoire, qui a enfoncé le catholicisme français dans une stérile attitude d’opposition, de conservatisme, d’esprit de restauration a été appelé par Dieu à entendre la leçon des événements, ces maîtres qu’il nous donne de sa main, et à sortir l’Eglise de la misérable logique de la « Donation de Constantin » </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn13"><em>[13]</em></a><em>, de la convertir à un évangélisme qui lui eut permis d’être moins <span style="text-decoration: underline;">du</span> monde et plus <span style="text-decoration: underline;">au</span> monde. Il a fait juste le contraire. Homme catastrophique qui ne savait ni ce qu’était l’ecclesia ni ce qu’était la tradition… Et Pie IX </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn14"><em>[14]</em></a><em> règne encore. Boniface VIII </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn15"><em>[15]</em></a><em> règne encore. On l’a surimposé à Simon Pierre, l’humble pêcheur d’hommes !</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn16">[16]</a>.</p>
<p>Revenons du 11 octobre 1962 à aujourd’hui. Benoît XVI est-il sorti de l’ère constantinienne ? Les Etats pontificaux se limitent désormais à une quarantaine d’hectares, mais disposent d’un Institut des oeuvres de religion, l’IOR, véritable banque du pape, qui gère les milliards issus de «<em> la donation de Mussolini</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn17">[17]</a> et dont les ressources sont précieuses pour limiter la liberté de parole d’évêques dont les diocèses sont loin de s’autofinancer <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn18">[18]</a>. La gouvernance de l’Eglise n’applique pas le principe de subsidiarité. Les synodes romains ne traitent pas des questions débattues dans l’Eglise, en cherchant l’expression collective d’épiscopats organisés et non seulement celle particulière de tel ou tel prélat. En bloquant tout débat sur l’ordination de <em>viri probati</em> <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn19">[19]</a> à la présidence de l’Eucharistie, l’Eglise romaine décourage des chrétiens de la participation à ce sacrement central et manque à l’obligation de fournir des ministres à leur communauté. En conséquence se développe la pratique des eucharisties sauvages dont témoigne la prise de position favorable à leur égard de dominicains néerlandais, face à la carence romaine. Dans <em>Le rêve</em> <em>de Jérusalem </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn20">[20]</a>, le cardinal Martini, qui était <em>papabile</em> au dernier conclave, a évoqué cette nécessité de faire du synode romain un véritable organe de réflexion collective et de décision.</p>
<p>Pour sortir de l’ère constantinienne,  le pape pourrait inviter au débat sur une infaillibilité qui se trompe d’objet, car elle n’est pas d’abord celle du pape, mais celle de l’Eglise. Je crois à l’infaillibilité de l’Eglise qui me transmet avec sûreté le message évangélique recueilli par les premières communautés chrétiennes. Quant à l’infaillibilité personnelle du pape, je l’affecte d’un très fort coefficient de relativité, dont les composantes sont les suivantes. La question n’émerge qu’au dix-neuvième siècle après des décennies de débats complexes issus du jansénisme et de la question de savoir si le pape est exempt d’inerrance non seulement sur la substance de la doctrine, mais aussi sur l’interprétation incontestable du texte lui-même <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn21">[21]</a>. Proclamée en 1870, l’infaillibilité pontificale est contemporaine de la perte des Etats pontificaux. Comment ne pas l’interpréter comme une affirmation d’autorité compensatrice de l’autorité temporelle perdue ? De plus ce « dogme » n’a été utilisé qu’une fois en 1950 pour la proclamation de l’Assomption de Marie, vieille croyance populaire partagée par de nombreuses communautés chrétiennes tant en Occident qu’en Orient. Son utilité pastorale a été jusqu’ici totalement nulle. Elle est même négative, car elle fait croire à un pape infaillible et donc tout puissant qui défigure l’image pétrinienne du serviteur.</p>
<p>Il n’y a pas besoin d’un nouveau Concile pour sortir vraiment de l’ère constantinienne. Il suffit d’un comportement du siège romain qui s’inspire de la lettre et de l’esprit du Concile Vatican 2. Des nominations épiscopales, non seulement indépendantes des pouvoirs politiques, mais procédant d’une consultation plus large que la procédure complètement secrète de la <em>terna</em>. L’acceptation du débat dans l’Eglise sur les problèmes qui se posent et que nombre de synodes diocésains a exprimé.</p>
<p>On peut avoir une autre vision et penser que, avec plus d’un milliard de baptisés, l’Eglise catholique est un monde d’une extraordinaire complexité et diversité. Sans doute la barque de Pierre est-elle menée « à la gaffe » (Duchêne), mais le  message est prêché vaille que vaille, et comme la conscience de chacun est respectée tant qu’il n’est ni théologien, ni divorcé remarié, on doit accepter le poids de l’histoire et la variété des situations. Je comprends ce point de vue, mais ne le partage pas. Je ne me résigne pas à ce que l’aide apportée aux personnes et aux familles par des ministres dévoués de l’Eglise catholique soit handicapée par un discours romain devenu inaudible en matière d’éthique familiale. Je ne me résigne pas à l’exercice d’un pouvoir qui soit insensible à la promesse démocratique qui vit au coeur des sociétés humaines. Je revendique ma liberté évangélique de critique pour confronter le message et les pratiques des institutions ecclésiales. Je sais que la liberté évangélique est aussi une responsabilité et je connais mes limites et mes fragilités.</p>
<p>Mon témoignage est donc là pour ouvrir un débat. Mais je ne peux l’achever sans dire mon bonheur d’être chrétien et catholique. Je suis immensément reconnaissant à mon Eglise de m’avoir transmis la foi à travers ma famille, de m’avoir offert les mots pour prier (le notre Père, les psaumes, le Nouveau Testament), de m’avoir à travers l’Ordre dominicain initié à l’extraordinaire littérature chrétienne d’ordre mystique, historique et surtout théologique avec son remarquable travail de la raison au cœur de la foi. Pour tout cela ma reconnaissance est infinie. La rencontre avec Dieu se fait dans le dialogue, avec les mots pour le dire qui nous conduisent au silence, avec les symboles sacramentels qui rythment notre pèlerinage vers le Dieu vivant par le Christ dans l’Esprit, au cœur des communautés chrétiennes dans leur diversité.</p>
<p><strong>Auteur : Hugues Puel<br />
Source : intervention à l&#8217;Agora Tête d&#8217;Or (Lyon) le 6 mars 2010, restituée ici avec la permission de l&#8217;auteur.</strong></p>
<hr size="1" /><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref1">[1]</a> F. LEPRIEUR, <em>Quand Rome condamne</em>, « Terre entière », Paris,  Plon/Cerf, 1989.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref2">[2]</a> Sur les murs de la chapelle de Vence en Provence.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref3">[3]</a> On en trouvera dans mon livre <em>Economie et Humanisme dans le mouvement de la modernité</em>, Paris, Editions du Cerf, 2004. Par ailleurs, j’ai évoqué mon itinéraire dans l’Ordre dominicain dans un entretien avec Jacques-François Vergonjeanne pour <em>Prêcheurs, Bulletin de liaison de</em> <em>la province de France,</em> n°110 de septembre 2007.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref4">[4]</a> Un ouvrage procédant d’une sélection très orientée de textes issus des Conciles et des textes papaux.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref5">[5]</a> <em>Lumen Gentium,</em>  §4.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref6">[6]</a> Les trois noms sélectionnés selon une procédure secrète menée par le nonce apostolique auprès de l’épiscopat du pays concerné et entre lesquels le pape <span style="text-decoration: underline;">doit</span> choisir le candidat finalement retenu.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref7">[7]</a> <em>Documentation catholique</em> du 15 mars 2009.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref8">[8]</a> Dicastère est le nom des ministères dans le gouvernement de la Curie romaine de l’évêque de Rome.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref9">[9]</a> §1 de <em>Gaudium et Spes</em>,</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref10">[10]</a> Sur cette histoire, C. GREMION et H. TOUZARD, <em>L’Eglise et la contraception : l’urgence d’un changement</em>, Paris, Bayard, 2006 et M. SEVEGRAND, <em>L’affaire humanae Vitae, l’Eglise catholique et la contraception</em>, Paris L’Harmattan, 2008.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref11">[11]</a> Texte complet dans <em>Documentation catholique</em>, 15 janvier 2006.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref12">[12]</a> <em>Le rêve de Compostelle : vers le restauration d’une Europe chrétienne ?, </em>Paris, Le Ceturion, 1989.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref13">[13]</a> Le plus célèbre faux de l’histoire, ce document instaurait le pape comme chef d’Etat avec un domaine de la taille de la Lombardie au cours des huitième et neuvième siècles, P. SIMONNOT, <em>Les papes</em>, <em>l’Eglise</em> <em>et l’argent</em>, <em>Histoire économique du christianisme des origines à nos jours</em>, Paris, Bayard, 2005, chapitre 8 « le pape, chef d’Etat ».</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref14">[14]</a> 1792-1878.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref15">[15]</a> 1235-1303.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref16">[16]</a> Y. Congar, <em>Mon journal du Concile,</em> 11 octobre 1962, cité par Andrea Riccardi, <em>Histoire du Concile Vatican 2</em>, tome 2,  Le Cerf, 1998,  p.32-33. </p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref17">[17]</a> Les accords du Latran désignés ainsi par Philippe Simonnot.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref18">[18]</a> Banque du pape, l’IOR (Institut des œuvres de religions) dispose actuellement d’un capital d’environ 5 milliards d’Euros, selon <em>La Croix</em> du 4 mars 2010.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref19">[19]</a> La question de l’ordination d’hommes mariés pour présidée l’Eucharistie, à laquelle une grande partie du peuple chrétien serait favorable, pratique qui existe déjà dans les Eglises orientales rattachées à Rome.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref20">[20]</a> Desclée de Brouwer, 2009.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref21">[21]</a> J.F. CHIRON, <em>L’infaillibilité et son objet</em>, Le Cerf, 1999.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres, par Hans Küng</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/03/05/pour-lutter-contre-la-pedophilie-abolissons-le-celibat-des-pretres-par-hans-kung/</link>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:11:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Les abus sexuels massifs auxquels des membres du clergé catholique se sont livrés sur des enfants et des adolescents, des Etats-Unis jusqu&#8217;à l&#8217;Allemagne en passant par l&#8217;Irlande, ne portent pas seulement à l&#8217;Eglise catholique un énorme préjudice en matière d&#8217;image. Ils sont également révélateurs de la crise profonde dans laquelle celle-ci se débat.
Pour la Conférence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les abus sexuels massifs auxquels des membres du clergé catholique se sont livrés sur des enfants et des adolescents, des Etats-Unis jusqu&#8217;à l&#8217;Allemagne en passant par l&#8217;Irlande, ne portent pas seulement à l&#8217;Eglise catholique un énorme préjudice en matière d&#8217;image. Ils sont également révélateurs de la crise profonde dans laquelle celle-ci se débat.</p>
<p>Pour la Conférence épiscopale allemande, c&#8217;est son président, l&#8217;archevêque de Fribourg, Robert Zollitsch, qui a pris publiquement position. Qu&#8217;il ait qualifié ces cas d&#8217;abus sexuels de &laquo;&nbsp;crimes odieux&nbsp;&raquo; et que, par la suite, dans sa déclaration du 25 février, la Conférence épiscopale ait demandé pardon à toutes les victimes, voilà certes un premier pas en direction d&#8217;un retour à l&#8217;ordre ; mais il devrait être suivi par d&#8217;autres. La déclaration de Mgr Zollitsch n&#8217;en comporte pas moins de très sérieuses erreurs d&#8217;appréciation qu&#8217;il faut dénoncer.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2305" title="HKung" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg" alt="" width="300" height="402" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/2009/03/hans-kung.jpg"></a></p>
<p>Première affirmation : les abus sexuels dus à des prêtres n&#8217;ont rien à voir avec le célibat. Objection ! Il est certes incontestable que ce genre d&#8217;affaire se produit aussi dans des familles, des écoles, des associations et également au sein d&#8217;Eglises où la règle du célibat des prêtres n&#8217;existe pas. Mais pourquoi le phénomène est-il à ce point massif justement dans les Eglises catholiques dirigées par des hommes non mariés ? Bien entendu, ces déviances ne sont pas exclusivement à porter au débit du célibat.</p>
<p>Mais celui-ci est structurellement l&#8217;expression la plus frappante de la relation crispée qu&#8217;entretient la hiérarchie catholique avec la sexualité, celle-là même qui détermine son rapport à la question de la contraception et à bien d&#8217;autres.</p>
<p>Il suffit pourtant d&#8217;ouvrir le Nouveau Testament : si Jésus et Paul ont préféré, à titre exemplaire, ne pas se marier pour rester au service de l&#8217;humanité, ils n&#8217;en ont pas moins laissé à l&#8217;individu une liberté de choix totale en la matière. Dans l&#8217;Evangile, le célibat ne peut être considéré que comme une vocation librement consentie (Charisma) et non comme une loi universellement contraignante. Paul s&#8217;est porté en faux contre ceux qui, autrefois déjà, soutenaient qu&#8217;&nbsp;&raquo;il est bon pour l&#8217;homme de s&#8217;abstenir de la femme&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;A cause des débauches, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari&nbsp;&raquo; (Ire épître aux Corinthiens, 7, 1 et suivants), leur répondait l&#8217;apôtre. D&#8217;après la Ire épître à Thimothée, &laquo;&nbsp;aussi faut-il que l&#8217;épiscope soit irréprochable, mari d&#8217;une seule femme&nbsp;&raquo; (3, 2).</p>
<p>Pierre, ainsi que les autres disciples du Christ, ont été mariés tout au long de leur apostolat. Cela a été le cas, de nombreux siècles durant, pour les évêques et les prêtres de paroisse, ce qui, comme chacun sait, se perpétue aujourd&#8217;hui dans les Eglises d&#8217;Orient, y compris chez les uniates restés liés à Rome, et dans l&#8217;orthodoxie dans son ensemble, au moins pour ce qui est des prêtres. C&#8217;est bien le célibat érigé en règle qui contredit l&#8217;Evangile et la tradition du catholicisme primitif. Il convient donc de l&#8217;abroger.</p>
<p>Deuxième affirmation : il est &laquo;&nbsp;totalement erroné&nbsp;&raquo; de rapporter ces cas d&#8217;abus sexuel à une faille dans le système de l&#8217;Eglise. Objection ! Le célibat n&#8217;était pas encore en vigueur pendant le premier millénaire de l&#8217;ère chrétienne. En Occident, il a été institué au XIe siècle sous l&#8217;influence de moines (qui, eux, étaient des célibataires par choix). On le doit au pape Grégoire VII, celui-là même qui a contraint l&#8217;empereur du Saint Empire romain germanique à s&#8217;agenouiller devant lui à Canossa (1077), et cela en dépit de l&#8217;opposition virulente du clergé italien et plus encore du clergé allemand.</p>
<p>En Allemagne, d&#8217;ailleurs, trois évêques seulement ont osé promulguer le décret papal. Les prêtres protestataires se comptaient alors par milliers. Dans une pétition, le clergé allemand a demandé &laquo;&nbsp;si le pape ne connaissait point la parole du Seigneur : &laquo;&nbsp;Qui peut comprendre, qu&#8217;il comprenne !&nbsp;&raquo;" (Matthieu 19, 12). Dans ce seul et unique passage concernant le célibat, Jésus plaide en effet pour le caractère volontaire de cette réforme du mode de vie.</p>
<p>La règle du célibat devait donc devenir &#8211; en même temps que l&#8217;absolutisme papal et le renforcement du cléricalisme &#8211; un pilier essentiel du &laquo;&nbsp;système romain&nbsp;&raquo;. Contrairement à ce qui a cours dans les Eglises d&#8217;Orient, le clergé occidental, ainsi voué au célibat, apparaît de ce fait comme complètement séparé du peuple chrétien : comme une classe sociale dominante singulière, fondamentalement au-dessus des laïcs, mais totalement soumise à l&#8217;autorité pontificale romaine. Or l&#8217;obligation du célibat constitue aujourd&#8217;hui la cause principale du déficit catastrophique en prêtres, de l&#8217;abandon &#8211; lourd de conséquences &#8211; de la pratique de la communion et dans bien des cas de l&#8217;effondrement de l&#8217;assistance spirituelle personnalisée.</p>
<p>Une évolution que l&#8217;on dissimule, par la fusion des paroisses, derrière l&#8217;euphémisme d&#8217;&nbsp;&raquo;unités d&#8217;assistance spirituelle&nbsp;&raquo; que l&#8217;on confie à des curés déjà totalement surchargés. Quelle est pourtant la meilleure formation pour les générations futures de prêtres ? L&#8217;abrogation de la règle du célibat, racine de tous les maux, et l&#8217;ouverture de l&#8217;ordination aux femmes. Les évêques le savent bien, mais encore faudrait-il qu&#8217;ils aient le courage de le dire à haute et intelligible voix. Ils auraient pour eux la grande majorité de la population et aussi les catholiques, dont tous les sondages récents montrent qu&#8217;ils se prononcent en faveur du mariage des prêtres.</p>
<p>Troisième affirmation : les évêques ont suffisamment endossé de responsabilités. Que désormais des mesures d&#8217;explication et de prévention aient été adoptées est une initiative louable. Mais l&#8217;épiscopat ne porte-t-il pas la responsabilité de décennies de pratiques de camouflage des cas d&#8217;abus sexuel, qui ont eu souvent pour seul effet le déplacement du délinquant, ne visant qu&#8217;à renforcer la chape de plomb ? Ceux qui, hier, ont étouffé les scandales, sont-ils aujourd&#8217;hui les plus qualifiés pour faire toute la lumière ? Une commission indépendante ne serait-elle pas une meilleure option ?</p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, presque aucun évêque n&#8217;a reconnu sa complicité. Pourtant, chacun pourrait arguer qu&#8217;il n&#8217;a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements (&laquo;&nbsp;Epistula de delictis gravioribus&nbsp;&raquo;). Les cas d&#8217;abus sexuels y étaient placés sous &laquo;&nbsp;secret pontifical&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;Secretum pontificium&nbsp;&raquo;) et classés comme offense relevant d&#8217;une punition ecclésiastique.</p>
<p>L&#8217;Eglise ne devrait-elle donc pas attendre du pape aussi, en collégialité avec les évêques, un mea culpa ? Et cela lié &#8211; en guise de réparation &#8211; avec la possibilité que la règle du célibat, mise sous le boisseau au concile Vatican II, soit enfin librement et ouvertement reconsidérée. Avec la même franchise pour aborder enfin de front la question des abus sexuel eux-mêmes, il faudrait s&#8217;attaquer à la discussion de sa cause essentielle et structurelle : la règle du célibat. Voilà ce que les évêques devraient proposer fermement et sans ambages au pape Benoît XVI.</p>
<p><strong>Auteur : Hans Küng, théologien (dernier ouvrage paru : <em>Mémoires II : une vérité contestée</em>, éd. du Cerf, 732 p., 48 €).<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Nicolas Weill<br />
Source : Le Monde, édition du 05.03.10</strong></p>
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		<title>Exit Godfried</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Jan 2010 10:19:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[
Il fallait s&#8217;y attendre. L&#8217;archevêque de Malines-Bruxelles, primat de Belgique, cardinal de surcroît, n&#8217;a pas échappé à la vindicte des frères Ratzinger, car ils sont deux, et le moins connu, petit monseigneur bavarois, n&#8217;est pas le moins vindicatif, tant s&#8217;en faut. Ils ne lui avaient pas pardonné les réserves qu&#8217;il s&#8217;était permis de formuler tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="size-full wp-image-1968 alignleft" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/danneels_200912.jpg" alt="danneels_200912" width="294" height="220" /></p>
<p style="text-align: justify;">Il fallait s&#8217;y attendre. L&#8217;archevêque de Malines-Bruxelles, primat de Belgique, cardinal de surcroît, n&#8217;a pas échappé à la vindicte des frères Ratzinger, car ils sont deux, et le moins connu, petit monseigneur bavarois, n&#8217;est pas le moins vindicatif, tant s&#8217;en faut. Ils ne lui avaient pas pardonné les réserves qu&#8217;il s&#8217;était permis de formuler tout au long du dernier conclave et la déception qu&#8217;il n&#8217;était pas parvenu à dissimuler, à la fin de celui-ci, dans une conférence de presse, qui fut sans doute, quoi qu&#8217;il en dise, un des meilleurs moments de vérité de sa carrière. Un des derniers cardinaux qu&#8217;on appelait « libéraux », pour leur reconnaître une certaine personnalité et signifier qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas toujours rigoureusement bien alignés, comme tous les autres, dans la ligne pontificale, le petit doigt sur la couture de la soutane, a donc été éliminé. Ce fut également le cas,  récemment, de Martini l&#8217;archevêque de Milan, bien connu pour ses positions progressistes en matière de morale et de théologie. Lui aussi a été fermement invité à prendre sa retraite à soixante-quinze ans, sans atermoiement ni tergiversation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cela veut simplement dire que le progressisme n&#8217;a plus aucun avenir dans l&#8217;Eglise catholique. On s&#8217;en doutait d&#8217;ailleurs, depuis que, sans relâche, et avec l&#8217;obstination qu&#8217;on lui connaissait, Jean-Paul II avait cadenassé toutes les nominations importantes, dans la hiérarchie de cette Eglise, du côté le plus traditionnel et le plus conservateur. Il n&#8217;y a pas de miracle, à Rome encore moins qu&#8217;ailleurs, et l&#8217;Opus Dei a jusqu&#8217;ici bien placé ses pions, dans les évêchés comme sur les autels. Benoît XVI n&#8217;avait plus qu&#8217;à poursuivre. Il le fait consciencieusement aujourd&#8217;hui en nommant archevêque de Malines-Bruxelles notre ineffable André-Mutien Léonard. Celui-ci, rappelez-vous, avait débuté ses exactions à Namur en fermant le séminaire qui avait le grand défaut d&#8217;être quelque peu ouvert et en recherche. Faisons-lui confiance, il ne tardera pas à découvrir, à un plus haut niveau, quelque chose à détruire, pour affirmer son autorité et la rectitude absolue de son jugement. Cela pourrait bien être l&#8217;UCL, l&#8217;université catholique de Louvain la Neuve, qui a le grand tort de ne toujours pas condamner en bloc et en détail, comme il le souhaitait, la pilule, l&#8217;avortement, le contrôle des naissances, le préservatif, la conception médicalement assistée, le clonage des cellules, l&#8217;utilisation des embryons, l&#8217;euthanasie, etc, et dans laquelle, il n&#8217;y a pas si longtemps, il n&#8217;avait pas hésité à envoyer une <em>taupe</em> en observation, tout en négligeant de la payer, bien sûr. Seuls, les fidèles des deux provinces de Namur et du Luxembourg pourront se réjouir d&#8217;enfin connaître un bon débarras. C&#8217;était leur évêque.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;y a plus de progressisme possible dans les rangs de l&#8217;Eglise universelle. Ce n&#8217;est pas en effet l&#8217;exaspération de quelques dominicains hollandais qui imaginaient des eucharisties sans prêtre, ni la grève de la faim d&#8217;un évêque brésilien qui se solidarisait avec les Indiens sans terre, qui va créer un nouveau courant progressiste. Ils seront désormais de plus en plus isolés, déconsidérés, et probablement écrasés avant d&#8217;avoir pu susciter un courant d&#8217;opinion. L&#8217;expérience acquise par Jozef Ratzinger au sein du saint Office, avant qu&#8217;ils ne changent de nom l&#8217;un et l&#8217;autre, ne laisse aucun doute à ce sujet. Le sort qui a été réservé aux « théologiens de la libération » ne donne plus aucune chance aux intellectuels soucieux de recherche et de formulations nouvelles. La façon dont ont été traités Helder Camara, porte-parole du tiers-monde, Pedro Arrupe, général des Jésuites, et les frères Cardenal, ministres au Nicaragua, garantit à tous ceux qui s&#8217;engageront désormais socialement et politiquement dans la vérité auprès des opprimés, un traitement qui aura pour effet de les réduire au silence ou à la démission.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Chez nous aussi, les espaces de liberté se font rares. Les voix discordantes se taisent. Les espoirs sont déçus. Et, pour beaucoup, qui avaient vécu le concile Vatican II d&#8217;abord, mai soixante-huit ensuite, c&#8217;est le temps du <em>blues</em>. Bien sûr, Louis Evely, Pierre de Locht, Jean Cardonnel et Edward Schillebeeckx  sont morts, Jacques Gaillot a été démis de ses fonctions comme Hans Kung, et Jean Kamp réduit à la plus grande discrétion. Ignace Berten fait, paraît-il, l&#8217;objet de menaces, et Gabriel Ringlet se tait bien souvent dans son prieuré campagnard. Les théologiens semblent s&#8217;être enterrés, dix mètres sous terre, dans leurs abris anti-dogmatiques, tellement ils considèrent que leur vie est risquée. Les prêtres ouvriers, pratiquement tous à la retraite maintenant, font de plus en plus figure d&#8217;anciens combattants. Et ce n&#8217;est pas Léon de Pas, comte romain, dernier héritier d&#8217;un zouave, tout aussi courageux et téméraire que son ancêtre, mort héroïquement à Rome pour les Etats pontificaux, qui, en reniant son baptême, va créer une révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et pourtant, la pratique religieuse s&#8217;amenuise lentement mais constamment en Belgique. On est obligé d&#8217;envisager l&#8217;abandon, la démolition, parfois la vente des églises et des presbytères. Le nombre des prêtres en fonction a fondu, parfois réduit à un quart de ce qu&#8217;il avait pu être. Les congrégations religieuses ont fusionné, maintenant elles disparaissent. Les couvents sont progressivement transformés en maisons de repos. Wilfried Danneels a tout à fait raison de parler du « petit reste », mais ce n&#8217;est guère une vision d&#8217;espoir. Les seuls îlots de dynamisme et de vie active, parfois désordonnée il est vrai, semblent être les communautés charismatiques et traditionalistes. Mais cela a souvent l&#8217;allure d&#8217;une propriété privée. De toute évidence, ce n&#8217;est pas fait pour tout le monde ! Les évêques embauchent sans relâche des prêtres étrangers pour essayer de boucher les trous dans un tissu ecclésial usé et rapiécé. Pour eux, il n&#8217;y a pas de sans-papiers, pas d&#8217;immigrés sans droit d&#8217;asile. Si ceux-ci sont ordonnés prêtres, et au besoin on accélère le processus pour qu&#8217;ils le soient,  ils ne seront pas reconduits à la frontière !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pourquoi se faire encore des illusions ? L&#8217;Eglise catholique est malade, gravement, elle va mourir. On la croyait éternelle ? Ce n&#8217;est pas vrai. Elle est humaine, spatio-temporelle comme les êtres humains. Ernest Renan avait raison de dire : le Christ avait promis le Royaume et c&#8217;est l&#8217;Eglise qui est arrivée. C&#8217;est pourquoi il est de plus en plus nécessaire et urgent de faire des distinctions importantes. Christianisme et Eglise catholique ce n&#8217;est pas la même chose. Quand on aura retiré des évangiles tout ce qui y a été rajouté durant les trois premiers siècles, on s&#8217;apercevra que Jésus n&#8217;a jamais voulu créer une organisation religieuse, sacrée et hiérarchisée, copiée sur celle du temple juif, mais qu&#8217;il a plutôt voulu une conversion du cœur et de l&#8217;esprit des hommes et des femmes en vue de transformer le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui est en cause dans cette dégradation continue de l&#8217;Eglise, ce n&#8217;est pas la réforme liturgique avec le français plutôt que le latin, ou l&#8217;inverse, ce n&#8217;est pas l&#8217;autel dos ou face au peuple, ce n&#8217;est pas non plus le célibat ou le mariage des prêtres, ni même l&#8217;ordination des femmes, ni la révision ou la libéralisation éventuelle de toute la morale sexuelle. Ce qui est en cause est bien plus grave, on peut dire que c&#8217;est le Credo. Il n&#8217;y a plus guère une ligne de celui-ci qui se tienne réellement telle quelle face à la compréhension raisonnée et critique d&#8217;un homme du vingt et unième siècle qui, s&#8217;il accepte toujours de croire en quelque chose ou en quelqu&#8217;un, est cependant devenu allergique aux mystères de la foi. Rares sont ceux qui s&#8217;en rendent compte et sont prêts à l&#8217;admettre. Il n&#8217;y a guère eu de réaction dans notre Eglise, quand, il y a quelques années, les Abbés de Maredsous et d&#8217;Orval ont quitté leurs prestigieuses abbayes et se sont mariés, ni quand l&#8217;Abbé de Chimay s&#8217;est déclaré homosexuel, et du même coup s&#8217;est fait exclure. C&#8217;étaient pourtant des signes qui ne trompent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bien qu&#8217;il ait mis près de trois siècles pour être élaboré, le symbole de Nicée a accumulé des affirmations qui n&#8217;ont plus leur justification dans l&#8217;esprit de nos contemporains. Le Dieu unique continue à affronter la Trinité avec sa complication et son imbroglio de natures et de personnes, et cet affrontement est particulièrement sensible aujourd&#8217;hui aux Islamistes. Quant à la toute-puissance de Dieu, elle rend tout à fait injustes les tsunamis, les tremblements de terre, et même les guerres, car elle exclut le hasard et ce n&#8217;est pas en invoquant la liberté des hommes qu&#8217;on peut les justifier. C&#8217;est pourquoi il ne manque pas de curés actuellement qui préfèrent parler d&#8217;un Dieu <em>très aimant</em> plutôt que <em>tout puissant</em>, d&#8217;une faute <em>habituelle</em> ou <em>occasionnelle </em>plutôt qu&#8217;<em>originelle.</em> La création telle que définie traditionnellement s&#8217;accommode mal de l&#8217;évolution pourtant maintenant scientifiquement établie. Et ainsi de suite&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quand on sait l&#8217;histoire et les péripéties humaines des huit premiers grands conciles œcuméniques de l&#8217;Eglise catholique qui, jusqu&#8217;au neuvième siècle, ont d&#8217;ailleurs tous eu lieu, non à Rome mais en Turquie, siège de l&#8217;empire byzantin, on a des raisons de se demander si cette Eglise catholique est réellement chrétienne, c&#8217;est-à-dire du Christ, et si tous ces dogmes accumulés au cours des siècles n&#8217;ont pas eu des motivations bien plus politiques, partisanes ou économiques qu&#8217;évangéliques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il y a donc du travail pour quelques générations de théologiens, car le ménage à faire est immense et radical. Mais ne nous faisons pas d&#8217;illusions, c&#8217;est un travail impossible pour eux, car révision et réforme exigent des acteurs entièrement libres, et depuis toujours il est interdit dans l&#8217;Eglise de toucher aux dogmes, ne fût-ce que pour les habiller autrement. C&#8217;est le caractère dogmatique de l&#8217;Eglise qui, profondément, empêche son évolution et son adaptation au monde moderne. Ce sont finalement ses dogmes qui tueront cette religion, par étouffement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est grand temps que tous ceux qui un jour ont été touchés par les valeurs de l&#8217;Evangile prennent conscience du tournant qui est à effectuer. Pour ne pas perdre ce précieux héritage il faudra d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre le libérer des structures qui l&#8217;entourent et le faire vivre au-dehors. On avait oublié que l&#8217;Evangile est un message de grand air, à vivre hors les murs. Exit Godfried, on regrettera sincèrement sa simplicité, sa bonhomie, sa recherche permanente du consensus, imprégnée de bonté, mais pas sa soumission souvent aveugle au système clérical. Exit Godfried, mais qu&#8217;ils sortent donc aussi de leurs églises, les chrétiens ! Tout est encore à faire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: right;">Jacques MEURICE, prêtre.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>BEATIFICATION DE JEAN PAUL II : APPEL A LA CLARTE</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/12/20/beatification-de-jean-paul-ii-appel-a-la-clarte/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Dec 2009 18:08:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[A la suite de la proclamation de Benoît XVI du 19 décembre 2009, déclarant « vénérables » Jean Paul II et Pie XII, et des réactions qui concentrent leur critique sur Pie XII, il nous a paru intéressant de publier cette déclaration qui date de 2006. 

L&#8217;ouverture officielle de la cause de béatification de Jean Paul II le 28 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>A</strong></em><em><strong> la suite de la proclamation de Benoît XVI du 19 décembre 2009, déclarant « vénérables » Jean Paul II et Pie XII, et des réactions qui concentrent leur critique sur Pie XII, il nous a paru intéressant de publier cette déclaration qui date de 2006. </strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;ouverture officielle de la cause de béatification de Jean Paul II le 28 juin 2005 sollicite les catholiques, hommes et femmes, qui se sentent responsables de leur Eglise et participent à sa vie, d&#8217;envoyer leurs témoignages sur les œuvres du Pontife Romain décédé le 2 avril 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comme cela a été correctement annoncé, on peut envoyer à l&#8217;office compétent du Vicariat à Rome des témoignages favorables ou défavorables pour la glorification de Karol Wojtyla, pourvu que ceux-ci soient fondés sur des données objectives.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En tenant compte de la surmédiatisation des derniers jours de maladie du Pape et à l&#8217;occasion de sa mort, il nous semble opportun de proposer des référence à ceux des catholiques, hommes et femmes, qui évaluent de façon négative de nombreux aspects des actions du Pape, sans ignorer bien entendu les aspects positifs de son pontificat, comme son engagement pour la paix où ses efforts pour reconnaître les fautes historiques des fils et filles de l&#8217;Eglise, sans lui dénier ses côtés vertueux et sans juger sa conscience intime.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans cet appel, nous invitons donc ces personnes à dépasser leur répugnance et leur timidité et à exprimer officiellement avec une liberté évangélique les faits qui, fondés sur leur connaissance et leurs convictions, pourraient faire obstacle à sa béatification.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les signataires de l&#8217;appel pensent qu&#8217;en ce qui concerne le pontificat de Jean Paul II, les points suivants devraient en particulier être évalués de façon critique :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">1 &#8211; La répression et l&#8217;éviction exercées à l&#8217;encontre de théologiens et de religieux à travers les interventions autoritaires de la Congrégation pour la doctrine de la foi.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">2 &#8211; L&#8217;opposition tenace à reconsidérer, à la lumière de l&#8217;Evangile, de la science et de l&#8217;histoire, des règles d&#8217;éthique sexuelle qui se sont montrées contradictoires, limitées et intenables, tout au long des 26 ans du pontificat.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">3 &#8211; Le rappel strict de la discipline du célibat ecclésiastique obligatoire dans l&#8217;Eglise Latine, en ignorant l&#8217;expansion du concubinage au sein du clergé dans de nombreuses régions, et en cachant ce fléau ravageur que sont les abus sexuels exercés par des prêtres sur des enfants, jusqu&#8217;à l&#8217;explosion publique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">4 &#8211; Le manque de contrôle des manipulations financières troubles effectuées par les institutions du Saint Siège et les obstacles opposés aux autorités italiennes pour les empêcher de faire la lumière sur les implications de l&#8217;Institut pour l&#8217;œuvre de la religion (IOR, la banque du Vatican)  avec le crack de la banque Ambrosiano.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">5 &#8211; Le refus réaffirmé du pontife et de la Curie qu&#8217;il dirigeait à ouvrir un vrai débat sur la condition des femmes dans l&#8217;Eglise catholique romaine.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">6 &#8211; Le report continuel à la mise en œuvre des principes de collégialité dans l&#8217;Eglise romaine, bien qu&#8217;ils aient été énoncés solennellement par le Concile Vatican II.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">7 &#8211; L&#8217;isolement ecclésial de fait dans lequel Mgr Oscar Arnulfo Romero, Archevêque de San Salvador, a été laissé par la diplomatie pontificale et le Saint Siège et la politique de faiblesse imprévoyante à l&#8217;égard des gouvernements en Amérique Latine &#8211; du Salvador à l&#8217;Argentine, du Guatemala au Chili &#8211; qui ont persécuté, fait disparaître des laïcs, des religieux, des prêtres et des évêques qui dénoncèrent courageusement les structures de péché des régimes politiques et des pouvoirs économiques dominants, et les ont fait mourir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans un esprit ecclésial.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette déclaration a été signée initialement à Rome le 6 décembre 2006 par : <em>Vittorio Bellavite (au nom de &laquo;&nbsp;Noi Siamo Chiesa&nbsp;&raquo;) Rome ; Jaume Botey, théologien et historien, Barcelone ; José Maria Castello, théologien, San Salvador; Giancarla Codrignani, écrivain, Bologna ; Rosa Cursach, théologienne, Palma de Mayorque ; Casiano Floristàn, théologien, Salamanque ; Giovanni Franzoni, théologien, Rome ; Filippo Gentiloni, journaliste et écrivain, Rome; Giulio Girardi, théologien, Rome; Marta Heizer, théologienne, Innsbruck ; Casimir Martì, théologien et historien, Barcelone ; Ramon Maria Noguès, théologien Barcelone ; José Ramos Regidor, théologien, Rome ; Juan José Tamayo, théologien, Madrid ; Adriana Zarri, théologien, Ivrea.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
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		<title>Entretien avec Hans Küng, théologien suisse catholique</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/10/28/entretien-avec-hans-kung-theologien-suisse-catholique/</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Oct 2009 18:42:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet entretien, donné au magazine Le Point en 2007, n&#8217;a malheureusement rien perdu de son actualité. Interdit d&#8217;enseignement par Jean-Paul II, Hans Küng demeure un des grands théologiens catholiques contestataires. Sa rencontre avec son ancien camarade Ratzinger, devenu Benoît XVI, ne lui a pas fait perdre de sa pugnacité.
Né en Suisse en 1928, le septuagénaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cet entretien, donné au magazine Le Point en 2007, n&#8217;a malheureusement rien perdu de son actualité. Interdit d&#8217;enseignement par Jean-Paul II, Hans Küng demeure un des grands théologiens catholiques contestataires. Sa rencontre avec son ancien camarade Ratzinger, devenu Benoît XVI, ne lui a pas fait perdre de sa pugnacité.</p>
<p>Né en Suisse en 1928, le septuagénaire vit dans la Souabe allemande, où il est venu enseigner voilà quarante ans. « Où aurais-je pu m&#8217;installer en Suisse ? Fribourg, la catholique, c&#8217;est bien trop petit pour moi » , sourit-il, cabotin. Dans sa maison, à la lisière de la célèbre ville universitaire de Tübingen, une grande bibliothèque, décorée de quelques icônes. Dans l&#8217;escalier, un portrait de Luther, justement, en couleurs et souriant. C&#8217;est ici que Kofi Annan lui téléphone ou que Tony Blair lui rend visite. C&#8217;est ici, à Tübingen, qu&#8217;il fut nommé, en 1960, professeur de théologie dogmatique. Six ans plus tard, il fut rejoint par un autre théologien doué et prometteur, le Bavarois Joseph Ratzinger. Les deux hommes se vouvoient et s&#8217;apprécient d&#8217;emblée. « Nous étions de bons amis, tous les deux issus de familles catholiques conservatrices, même si historiquement tout nous sépare. J&#8217;ai grandi en Suisse, lui dans l&#8217;Allemagne nazie. Nous nous estimions. Et nous différions beaucoup, mais nul n&#8217;a besoin d&#8217;avoir son double pour ami, non ? » Le Vatican les remarque et c&#8217;est ensemble, à la demande de Jean XXIII, qu&#8217;ils participeront trois ans durant à Rome aux bouillonnants travaux du concile Vatican II.</p>
<p>De retour à la faculté de Tübingen, les événements de 1968, comme on appelle en Allemagne ce mois de mai agité, vont les séparer à jamais. Dans la faculté effervescente, les étudiants en théologie appellent de leurs chahuts le retour de Marx et la libération sexuelle. Leur professeur discute, sourit, tend la main. Ratzinger se crispe. Et part. Il accepte le poste qu&#8217;on lui propose à la Curie romaine, le gouvernement de l&#8217;Eglise catholique. Küng refuse une proposition semblable et part en guerre contre l&#8217;appareil ecclésial, qui englue, selon lui, la pureté ardente du message christique. Il compare le Vatican à un « Kremlin romain » et son occupant à un « dictateur » se prenant pour un « demi-dieu » . En 1979, Jean-Paul II l&#8217;interdit d&#8217;enseignement, sa Missio canonica lui est retirée : Küng ne peut plus se prévaloir d&#8217;enseigner la théologie catholique.</p>
<p>Le théologien suisse a commis l&#8217;impardonnable en réclamant l&#8217;abrogation du dogme de l&#8217;infaillibilité pontificale. « Comment l&#8217;Eglise, qui s&#8217;est si souvent trompée depuis deux mille ans, peut-elle continuer d&#8217;affirmer que le pape est infaillible ? » feint-il, incorrigible, de se demander. Joseph Ratzinger, qui dirige alors la Congrégation pour la doctrine de la foi, est pour beaucoup dans cette radicale sanction imposée à son ancien camarade. Pendant un quart de siècle, le théologien Küng, qui continue d&#8217;enseigner la théologie « oecuménique », tentera de venir plaider sa cause à Rome. Jean-Paul II refuse. Obstinément.</p>
<p>Hans Küng va alors endosser tous les combats du peuple catholique progressiste et prôner de radicales réformes au sein de l&#8217;Eglise catholique, dont il n&#8217;aura de cesse de fustiger la politique « dictatoriale » . Oui à l&#8217;ordination des femmes, oui au mariage des prêtres, oui à une morale sexuelle qui serait affaire de conscience individuelle et non diktat imposé par Rome. Il va même, en 1995, publier un texte en faveur de l&#8217;euthanasie. Le Vatican feint de l&#8217;ignorer. Lorsque son « meilleur ennemi » Joseph Ratzinger devient Benoît XVI, Küng fait publiquement part de son « immense déception » . Mais ajoute que la charge de saint Pierre peut changer l&#8217;homme. Et, quelques jours après l&#8217;élection pontificale, il écrit à son ancien camarade de salle des profs, lui demandant la visite que son prédécesseur lui aura refusée toute sa vie. Surprise, Benoît XVI lui répond. « Une lettre signée de sa main » , qui offre de le recevoir. « J&#8217;avais estimé à 50/50 mes chances de réussite » , dit-il.</p>
<p>Après vingt-cinq ans de silence, le 24 septembre, les deux hommes s&#8217;accordent quatre heures de retrouvailles. La plus longue audience privée jamais accordée par le nouveau pape. « La chute du mur catholique » , titrent les journaux allemands. Les deux compères que tout sépare, alors que tout les a unis, discutent de morale et d&#8217;astrophysique, des non-croyants et des mauvaises connexions ferroviaires entre Tübingen et Stuttgart. Benoît XVI prolonge la soirée, fait visiter à son hôte la salle des gardes suisses, celle où le jeune Küng avait été reçu en 1952. Bien joué, Benoît XVI ? En recevant Hans Küng après la journaliste islamophobe Oriana Fallaci et l&#8217;intégriste schismatique Fellay, il donne à ses gestes d&#8217;apaisement une inflexion vers la gauche. Et donne à penser que son pontificat modeste, dont on attend encore les lignes politiques majeures, sera peut-être celui des petits pas après celui des grandes messes. Et des petites surprises après celui des grandes encycliques.</p>
<p>Hans Küng a été touché par cette main tendue. Ce qui ne l&#8217;empêche pas de continuer à dire ce qu&#8217;il pense. Aussi fort.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/03/hans-kung.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-867" title="hans-kung" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/03/hans-kung.jpg" alt="hans-kung" width="200" height="278" /></a></p>
<p><strong>Le Point : Pendant quatre heures, vous avez eu le temps de vous dire beaucoup de choses, non ? </strong></p>
<p><strong>Hans Küng :</strong> Certainement, et ce fut d&#8217;emblée amical. Je n&#8217;ai pas prononcé le nom de son prédécesseur, et lui non plus. Je ne suis d&#8217;ailleurs pas venu à Rome pour demander qu&#8217;on me rende ma Missio canonica. J&#8217;ai été et suis toujours, sans cette <em>Missio canonica</em>, un théologien catholique. Le pape et moi avons mis entre parenthèses tous les sujets de discorde qui nous opposent. Il les connaît, tout est clair entre nous et c&#8217;est lui désormais qui doit se saisir de ces sujets que je brandis depuis des décennies. Ce sont ses chantiers. Que va-t-il faire de son pontificat ? Soyons patients. S&#8217;il pense aussi vite que moi, je ne crois pas qu&#8217;il agisse aussi vite. Il mûrit plus longuement ses actes. Nous verrons.</p>
<p><strong>Vous célébrez aujourd&#8217;hui vos 51 ans de sacerdoce. Cinquante et une années d&#8217;une prêtrise mouvementée. Quel diagnostic faites-vous de l&#8217;Eglise catholique ?</strong></p>
<p>Le quart de siècle que nous avons traversé sous Wojtyla fut une impasse. Il a caché la gravité de la situation de l&#8217;Eglise par de grands rassemblements festifs, de grandes manifestations. Ce pape a mis en place un système de gouvernement rigide et centralisé, avec une profusion d&#8217;obligations et d&#8217;interdits qui a tué toute vie dans l&#8217;Eglise. La vérité, c&#8217;est que le clergé se meurt, les églises se vident, les chrétiens désertent. Une situation que la France, comme ses voisins, connaît bien. Cette érosion dangereuse a été cachée sous le pontificat de Wojtyla.</p>
<p><strong>Que doit faire l&#8217;Eglise pour sortir de cette impasse ? </strong></p>
<p>Il faut d&#8217;urgence se demander quelle est la meilleure stratégie à adopter. Veut-on se voiler la face, enterrer le problème, proclamer que nous détenons la vérité et que nous la conserverons et la répandrons par des campagnes d&#8217;évangélisation, affirmer que nous allons rendre l&#8217;Europe à nouveau chrétienne ? Osons enfin admettre que cette stratégie a jusqu&#8217;ici peu donné. La stratégie juste, c&#8217;est de conserver la substance de la chrétienté. Une Eglise qui vend sa substance n&#8217;est plus qu&#8217;une organisation séculaire et ne saurait se maintenir en vie. L&#8217;Eglise doit être ouverte, discuter sans se renier. Il ne suffit pas d&#8217;évangéliser, il faut connaître les faits, maîtriser les dernières découvertes de l&#8217;astrophysique, de la biologie moléculaire, de l&#8217;anthropologie, afin de déterminer les recoupements. J&#8217;ai participé cet été à Potsdam au colloque de <em>l&#8217;Accademia europea</em>, le plus grand rassemblement de physiciens, biologistes et philosophes d&#8217;Europe. On ne peut se contenter de dire aux scientifiques « Vous devez croire à cela ». Face à ces défis des sciences, la confrontation stérile est vaine, car, comme l&#8217;a déjà dit Emmanuel Kant, on ne peut répondre par la raison pure. Ou appeler de ses voeux une harmonisation artificielle. La théologie ne peut plus croire qu&#8217;elle peut sous son aile ordonner la science, et la science ne peut plus croire qu&#8217;elle peut s&#8217;ordonner toute seule. Il faut oser un modèle complémentaire qui prenne au sérieux les aspects de la réalité. La foi doit parler avec la politique, la morale, l&#8217;art, l&#8217;économie, la science. Quand j&#8217;ai raconté cela à Benoît XVI, il était très intéressé. Et ce fut là notre principal sujet de conversation.</p>
<p><strong>Vous réclamez l&#8217;oecuménisme, des retrouvailles entre les Eglises protestante, orthodoxe et catholique romaine. Est-ce nécessaire ?</strong></p>
<p>Je remarque que le peuple des chrétiens est bien plus en avance que les prêtres, les prêtres plus en avance que les évêques et les évêques que le pape. Pourquoi nous excommunier les uns les autres alors que nous pourrions nous entendre ? Je n&#8217;appelle pas de mes voeux une Eglise unitaire, mais une Eglise unie. Je ne demande pas que la liturgie soit commune entre luthériens et catholiques romains, mais qu&#8217;on puisse ensemble, avec nos frères protestants, partager l&#8217;eucharistie. Soyons ouverts à nos différences. « <em>L&#8217;unité lorsque nécessaire, pour le reste la liberté, mais dans le tout, l&#8217;amour</em> » , a dit saint Augustin.</p>
<p><strong>Vous êtes pour l&#8217;ordination des femmes, contre le célibat des prêtres, vous souhaitez que la morale sexuelle soit laissée à la conscience individuelle de chacun et vous avez même publié un texte défendant le droit à choisir sa mort. On a du mal à comprendre qu&#8217;avec tout cela vous vous disiez encore catholique ? </strong></p>
<p>Tout cela est vrai. Et je suis catholique. Car voilà, rien dans les Evangiles ne m&#8217;interdit de penser cela, rien ne contredit cela. On peut même au contraire penser que si le Christ Sauveur revenait, comme dans Dostoïevski, il donnerait raison à ceux qui sont pour la liberté. On ne peut forcer les gens à penser tous pareillement. Pourquoi n&#8217;est-il pas possible de défendre ces points de vue-là au sein de l&#8217;Eglise ? La majorité des gens pense comme moi.</p>
<p><strong>Mais le contenu de la foi peut-il être démocratiquement défini ? </strong></p>
<p>En tout cas, il ne peut être dictatorial. L&#8217;Eglise n&#8217;est pas une dictature, comme nous venons de la vivre dans le dernier pontificat, où une personne seule pouvait tout décider, même contre l&#8217;avis du collège des évêques. Je dis que l&#8217;Eglise est plus proche certainement de la démocratie que d&#8217;une dictature. Je ne pense pas que l&#8217;on doive soumettre ces questions du célibat des prêtres ou de l&#8217;ordination des femmes au suffrage des électeurs, mais je pense qu&#8217;on doit tolérer parmi le peuple des chrétiens des avis divergents sur les points à propos desquels les Evangiles n&#8217;ont pas donné de ligne claire.</p>
<p><strong>Justement, sur l&#8217;ordination des femmes, les Evangiles ne sont-ils pas clairement contre ? </strong></p>
<p>Bien au contraire. Les femmes jouaient dans la communauté des apôtres un rôle exceptionnellement important. Les femmes furent les dernières sous la Croix et les premières devant le tombeau vide. Le Christ n&#8217;avait pas peur des femmes. Dans la communauté paulienne, à la fin de l&#8217;Epître aux Romains, on parle même d&#8217;une femme « éminente parmi les disciples » . C&#8217;était Junia, que les traducteurs ont transformée en Junias pour masculiniser son nom. Où Dieu aurait-il décidé que seuls les hommes peuvent accéder à la prêtrise ? Où l&#8217;a-t-il dit ? Où est-ce écrit ? Qui sait cela ?</p>
<p><strong>A l&#8217;origine de votre querelle avec le Vatican, il y eut votre remise en cause de l&#8217;infaillibilité pontificale. Avez-vous évolué sur ce point ? </strong></p>
<p>Non, j&#8217;ai même écrit un livre qui s&#8217;appelle «<em> Infaillible ?</em> », et je recommencerai. J&#8217;ajouterai juste qu&#8217;il n&#8217;a pas été répondu à cette question.</p>
<p><strong>Vous êtes opposé à la béatification de Jean-Paul II ? </strong></p>
<p>Résolument, oui. Comme je fus opposé à la béatification de Pie X et de Pie IX. C&#8217;est de la propagande plutôt que de la sanctification.</p>
<p><strong>Le soir de l&#8217;élection de Joseph Ratzinger comme pape, vous avez fait état de votre immense déception. Aujourd&#8217;hui, que diriez-vous ? </strong></p>
<p>C&#8217;était une immense déception, mais j&#8217;ai ajouté ce soir-là que la charge de Pierre pouvait changer l&#8217;homme. Et que cela ne saurait se faire en une nuit. Je crois qu&#8217;il n&#8217;est pas aussi certain qu&#8217;on pouvait le craindre que Benoît XVI soit un pape conservateur. Il regarde vers l&#8217;avenir. Quand le contrôleur de gestion devient patron de la boîte, il ne peut plus se borner à contrôler les comptes. Donc, Joseph Ratzinger ne peut pas continuer à faire du « contrôle de la foi » en regardant qui est dans le bon chemin et qui s&#8217;en écarte. Il a désormais une vision du monde, il doit répondre, communiquer, insuffler, porter son message. C&#8217;est une situation autre que la sienne désormais.</p>
<p><strong>Vous avez fondé et vous dirigez la Fondation éthique planétaire. Un forum de réflexion mondiale dans lequel siègent des personnalités illustres de tous horizons. La Fondation éthique planétaire affirme que la paix entre les nations ne pourra advenir que s&#8217;il y a une paix entre les religions. Sur quel fondement commun un catholique, un bouddhiste et un musulman peuvent-ils fonder cette paix ? Qu&#8217;ont-ils en commun ? </strong></p>
<p>Ni le dogme, ni la foi, ni la doctrine. Mais ils partagent une attente éthique, une même conviction. Résumons : l&#8217;homme ne peut tuer un homme, il ne peut mentir, ni voler, ni tromper. Ce sont là des valeurs fondamentales, des normes incontournables et des attitudes essentielles à la dignité de la personne. On ne peut avoir des droits de l&#8217;homme sans les devoirs de l&#8217;homme. Et ce sont ceux-là que nous souhaitons promouvoir pour que du dialogue naisse la paix. Notre fondation recherche, fait de la formation, organise des rencontres interculturelles et interreligieuses. Les Français feraient bien de s&#8217;y intéresser un peu&#8230;</p>
<p><strong>Un de vos livres les plus célèbres se nomme « Etre chrétien ». Comment définissez-vous le fait d&#8217;être chrétien en Europe occidentale en 2005 ? </strong></p>
<p>Dans la lumière et à la mesure du Christ, vivre, souffrir, agir et mourir dans le monde d&#8217;aujourd&#8217;hui parce que porté par Dieu et aidant son prochain</p>
<p><strong>Repères<br />
</strong>1928 : Né à Lucerne, en Suisse.<br />
1954 : Ordonné prêtre.<br />
1974 : Publication de « Etre chrétien » (Seuil, 1978).<br />
1979 : Retrait de sa <em>Missio canonica</em> (autorisation d&#8217;enseigner la théologie catholique).<br />
1995 : Création de la fondation éthique planétaire.<br />
2004 : Reçu le 24 septembre par le pape Benoît XVI.</p>
<p>Source : Le Point (17/01/2007)</p>
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		<title>Relativisme dictateur ?</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/10/27/relativisme-dictateur/</link>
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		<pubDate>Tue, 27 Oct 2009 10:19:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a quelques jours, Benoît XVI insistait sur sa détermination à « contester la nouvelle dictature, celle du relativisme, allant de pair avec la domination de la technique. »
Par une curieuse coïncidence, la liturgie de ce dimanche propose deux passages bibliques dans lesquels les acteurs &#8211; Jésus et Moïse &#8211; pourraient être suspectés de relativisme.
Marc rapporte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelques jours, Benoît XVI insistait sur sa détermination à « <em>contester la nouvelle dictature, celle du relativisme, allant de</em> <em>pair avec la domination de la technique</em>. »</p>
<p>Par une curieuse coïncidence, la liturgie de ce dimanche propose deux passages bibliques dans lesquels les acteurs &#8211; Jésus et Moïse &#8211; pourraient être suspectés de relativisme.</p>
<p>Marc rapporte la dénonciation accablante des disciples contre « <em>un homme qui chassait les démons en ton nom et  nous voulions l&#8217;en empêcher car il n&#8217;est pas des nôtres ». </em>Mais Jésus leur dit : « <em>Ne l&#8217;en empêchez pas car il n&#8217;y a personne qui fasse un miracle en mon nom et immédiatement ensuite parle mal de moi. »</em></p>
<p>Dans le livre des Nombres, on raconte que Moïse « envoyait » l&#8217;Esprit sur soixante-dix anciens et que ceux-ci prophétisaient. Mais Eldod et Meded ne s&#8217;étaient pas joints à eux et cependant ils prophétisaient aussi -  même quand les anciens avaient cessé &#8211; non pas sous la tente, mais dans le campement. Josué est scandalisé : <em>«  Moïse, mon seigneur, empêche-les</em> ! » Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Puisse tout le peuple du Seigneur se montrer prophète&#8230; »</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/10/moise.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1581" title="moise" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/10/moise.jpg" alt="moise" width="312" height="403" /></a></p>
<p>Ces deux  extraits laissent transpirer un certain infantilisme d&#8217;exclusion qui pourrait déboucher sur le fondamentalisme. Bonhoeffer disait au contraire : « <em>On devient un chrétien adulte, non par présomption mais parce que les épreuves de la vie nous font mûrir. »</em> Le « pluralisme inclusif » qui consiste à prendre au sérieux les éléments de grâce, de vérité, présents dans d&#8217;autres religions ne peut être considéré comme un syncrétisme confus.</p>
<p>La véritable confusion vient des obstacles qui entravent une authentique recherche théologique, laquelle n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;une tentative d&#8217;actualiser, dans un langage compréhensible et moderne, les vérités de foi. P. Lenaers affirme : « <em>La bonne nouvelle ne pourra vraiment être reçue comme telle par les hommes et les femmes d&#8217;aujourd&#8217;hui que si elle est traduite dans le langage de la modernité. »</em></p>
<p>Et on appelle cela du relativisme.</p>
<p><strong>Auteur : Ignazio Demuro<br />
Source : <a href="http://www.cdbitalia.it/PRIMO PIANO/Primo_piano.html" target="_blank">CdB di Olbia </a>(16.10.09)<br />
Traduction française : A.M. Hermet</strong></p>
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		<title>Les allemands répondent à la &#171;&#160;Congrégation pour la doctrine de la Foi&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/10/11/les-allemands-repondent-a-la-congregation-pour-la-doctrine-de-la-foi/</link>
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		<pubDate>Sun, 11 Oct 2009 18:35:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Dans le monde]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;Ne pas Trahir le Courage de la Foi des Papes et des Pères du Concile&#160;&#187; : tel est le titre et l&#8217;esprit de la déclaration d&#8217;une partie des catholiques allemands en réponse à la communication de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la PETITION VATICANUM II du 14 août 2009.
Voir le texte de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/10/vaticanum-ii.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1532" title="vaticanum-ii" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/10/vaticanum-ii.jpg" alt="vaticanum-ii" width="184" height="145" /></a></p>
<p>&laquo;&nbsp;<em>Ne pas Trahir le Courage de la Foi des Papes et des Pères du Concile</em>&nbsp;&raquo; : tel est le titre et l&#8217;esprit de la <a href="www.petition-vaticanum2.org/mediapool/77/772478/data/Petition_Vaticanum2_Final_fr.pdf" target="_blank">déclaration</a> d&#8217;une partie des catholiques allemands en réponse à la communication de la <em>Congrégation pour la Doctrine de la Foi</em> sur la PETITION VATICANUM II du 14 août 2009.</p>
<p>Voir le texte de la pétition <a href="http://www.nsae.fr/2009/02/03/les-allemands-lancent-la-petition-vaticanum-2/" target="_blank">sur notre site</a> ou sur le <a href="http://www.petition-vaticanum2.org" target="_blank">site d&#8217;origine de la pétition</a>.</p>
<p>11 octobre 2009 (jour du 47ème anniversaire de l&#8217;ouverture du Concile de Vatican II)</p>
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		<title>Une encyclique importante, mais qui ne parle pas des rapports avec les autres églises chrétiennes et avec les autres religions</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Sep 2009 22:16:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un communiqué de presse, présenté par son coordinateur national Vittorio Bellavite, l&#8217;association « Noi siamo Chiesa » (Nous sommes Eglise-Italie) analyse Caritas in Veritate : une encyclique importante mais qui garde le silence sur toute question concernant les guerres et les armements et qui ne se pose pas celle d&#8217;une alliance avec les autres confessions chrétiennes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Dans un communiqué de presse, présenté par son coordinateur national Vittorio Bellavite, l&#8217;association « Noi siamo Chiesa » (Nous sommes Eglise-Italie) analyse Caritas in Veritate : une encyclique importante mais qui garde le silence sur toute question concernant les guerres et les armements et qui ne se pose pas celle d&#8217;une alliance avec les autres confessions chrétiennes et les autres religions pour susciter la passion pour un idéal et l&#8217;énergie morale qui permettraient de combattre le désordre actuel du monde.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><img class="aligncenter size-full wp-image-1478" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/noisiamochiesacolor_flashnews1.png" alt="" width="263" height="82" /><br />
</em>
</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;encyclique <em>Caritas in Veritate</em> est complexe, comme on pouvait le prévoir ; elle exigera une analyse attentive sur chacun des problèmes abordés. A première lecture, elle me paraît appeler les observations suivantes :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li> le document est traversé dans son ensemble par un rappel important des valeurs éthiques et de la nécessité d&#8217;«énergies morales» comme fondement de toute action dans le domaine économique et social, surtout en cette période d&#8217;une crise sans précédent ;</li>
<li> en ce qui concerne le relativisme, le laïcisme, le fondamentalisme ou encore la bioéthique, la contraception, l&#8217;avortement, la politique démographique, Benoît XVI reprend en les accentuant les positions bien connues dont on sait qu&#8217;elles sont mal reçues par l&#8217;opinion, y compris dans l&#8217;Eglise catholique ;</li>
<li> l&#8217;analyse du phénomène de la mondialisation est présentée, comme on pouvait le prévoir, comme une opportunité mais qui nécessite un bien plus grand contrôle ;</li>
<li> il manque pourtant une dénonciation, qui serait à la hauteur de la gravité des faits, des responsabilités dans la financiarisation de l&#8217;économie, du rôle des multinationales comme causes principales de la crise que nous vivons et de tous les aspects négatifs de la mondialisation ;</li>
<li> une bonne place est faite aux nouveaux aspects de la réalité économique et sociale et aux problèmes qu&#8217;elle pose; l&#8217;économie du secteur tertiaire, la finance éthique, le rôle des consommateurs, la protection de la nature et autres sont rassemblés et les développements qui leur sont consacrés sont tout à fait positifs ;</li>
<li> il est tout à fait discutable de soutenir que <em>Populorum Progressio </em>se situait en continuité avec le magistère préconciliaire: on la considère encore aujourd&#8217;hui comme une encyclique de rupture et de dénonciation prophétique.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enfin, je suis resté désagréablement surpris de constater, à la fin de la lecture, que l&#8217;encyclique :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li> ne fait aucune allusion à la course au réarmement et à la nécessité du désarmement, au commerce international des armes et, de façon générale, aux conflits potentiels ou en cours qui sont une des causes fondamentales de la paupérisation, de la faim et de la misère ;</li>
<li> ne fait qu&#8217;une timide allusion aux engagements, nulle part tenus, d&#8217;un transfert de ressources aux pays du Sud (le fameux 0,7%) de même qu&#8217;on ne parle plus de la remise de la dette extérieure, qui fut pourtant l&#8217;objet de la campagne de l&#8217;Eglise elle-même lors de l&#8217;année jubilaire ;</li>
<li> ne fait non plus aucune référence concrète à la démarche œcuménique (qui anima la campagne «Justice, paix et sauvegarde de la création»), si ce n&#8217;est une allusion très brève aux relations avec les autres religions; et pourtant ces relations sont les instruments principaux qui pourraient soulever dans le monde les énergies morales capables d&#8217;engager un tournant et de corriger le désordre actuel inique qui se manifeste dans les rapports des peuples avec l&#8217;économie. L&#8217;Eglise catholique semble, dans cette encyclique, se présenter toute seule et autarcique pour s&#8217;occuper des problèmes du monde.</li>
</ul>
<p>Rome, 7 juillet 2009</p>
<p>Texte original en italien à l&#8217;adresse : http://www.noisiamochiesa.org</p>
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		<title>La face cachée des canonisations, par François Ducattillon</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Sep 2009 09:37:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 11 octobre de cette année, le père Damien sera proclamé saint. Le premier Belge proclamé saint depuis près de vingt ans aura donc dû attendre cent vingt ans après sa mort, survenue en avril 1889, pour avoir son culte reconnu par l&#8217;ensemble de la communauté de l&#8217;Église (bien qu&#8217;un culte local ait été autorisé, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 11 octobre de cette année, le père Damien sera proclamé saint. Le premier Belge proclamé saint depuis près de vingt ans aura donc dû attendre cent vingt ans après sa mort, survenue en avril 1889, pour avoir son culte reconnu par l&#8217;ensemble de la communauté de l&#8217;Église (bien qu&#8217;un culte local ait été autorisé, comme le veut l&#8217;usage, lors de sa béatification en 1995).</p>
<p>On a souvent évoqué à propos de Damien la longue durée d&#8217;aboutissement de sa cause de canonisation, au regard par exemple de celle de Josémaria Escrivà de Balaguer (fondateur de l&#8217;<em>Opus Dei</em>, décédé en 1975, béatifié déjà en 1992 et canonisé en 2002). La différence de durée d&#8217;aboutissement peut cependant s&#8217;expliquer si l&#8217;on tient compte de trois facteurs importants influençant les causes de canonisations : le coût, le rôle des lobbyings et l&#8217;importance de l&#8217;opportunité politique de l&#8217;aboutissement de la cause.</p>
<p>Ce sont ces facteurs que j&#8217;ai étudiés dans une recherche récente, traitant des mécanismes des béatifications et canonisations proclamées par l&#8217;Église catholique de 1990 à la mort de Jean-Paul II. Sur base de celle-ci, nous constatons que ces trois facteurs ont pu influencer très fortement la cause du père Damien.</p>
<p>Abordons d&#8217;abord l&#8217;aspect du coût. Une cause de canonisation coûte généralement fort cher, bien que les coûts varient d&#8217;un cas à l&#8217;autre. Rappelons au préalable les principales étapes d&#8217;une cause d&#8217;un non-martyr (ce qui est le cas de Damien, qui n&#8217;a pas pu être reconnu « martyr de la charité » comme les promoteurs de la cause l&#8217;auraient souhaité) : l&#8217;évêque du diocèse dans lequel est décédé le candidat doit accepter de lancer la cause &#8211; et d&#8217;en supporter le coût &#8211; et faire rassembler les écrits et témoignages se rapportant à la vie du candidat ; ensuite la cause est envoyée à Rome, à la Congrégation pour la Cause des Saints, dont un des membres tâchera de prouver que le candidat a accompli certaines vertus à un degré héroïque et qu&#8217;il a réalisé un miracle. Si ces deux épreuves sont accomplies, le candidat peut être béatifié ; et s&#8217;il accomplit un miracle après sa béatification, il pourra être canonisé.</p>
<p>Tout cela entraîne énormément de coûts : rémunération du personnel, impressions et photocopies de documents (qu&#8217;il faut parfois faire traduire), acquittement des frais de procédure, remboursement des frais de déplacement des témoins et paiement des cérémonies finales. Prenons l&#8217;exemple d&#8217;un autre Belge béatifié, dom Columba Marmion, troisième abbé de Maredsous qui fut béatifié en 2000. Sa cause coûta environ 175.000 euros à son abbaye et à deux abbayes sœurs qui ont participé aux dépenses. Dans le cas de Damien, la cause coûta également cher mais il est difficile d&#8217;obtenir des chiffres précis car elle a été lancée il y a plus de septante ans.</p>
<p>Le coût des canonisations empêche beaucoup d&#8217;évêchés pauvres de lancer des causes et pour Damien, il fallut attendre le transfert de sa dépouille de l&#8217;île de Molokaï (où Damien était décédé et qui dépendait de l&#8217;évêché &#8211; pauvre &#8211; d&#8217;Honolulu) à Louvain (archidiocèse de Bruxelles-Malines) en 1936, pour que sa cause puisse être lancée par l&#8217;évêché belge, et elle le sera effectivement en 1938.</p>
<p>Les lobbyings ont également influencé sa cause. Son ordre, les frères « Picpus » (nom donné à la Congrégation des Sacré-Cœurs de Jésus et Marie) disposent d&#8217;un postulateur général à Rome, qui fait avancer toutes les causes se rapportant à l&#8217;ordre. D&#8217;autre part, la cause de Damien a bénéficié d&#8217;éléments externes favorables, tels que la commémoration du centenaire de sa mort, qui fut un réel succès, ou encore l&#8217;appel au pape de mère Teresa (elle-même béatifiée 5 ans après sa mort tant elle jouissait de la sympathie de Jean-Paul II) pour béatifier Damien afin d&#8217;avoir un patron pour les lépreux.</p>
<p>L&#8217;opportunité politique a aussi joué un rôle. Pour la béatification de Damien en 1994, le pape avait décidé de faire le déplacement en Belgique. Sa visite précédente, en 1985, lui avait laissé un excellent souvenir et il avait envie de rééditer l&#8217;événement. Mais il eut un accident dans sa baignoire et dut reporter sa visite, ce qui retarda en même temps la béatification de Damien. Le pape le béatifia l&#8217;année suivante, en 1995, et dut, en raison de sa santé précaire, écourter son séjour, mécontentant ainsi la population de Tremelo, village natal de Damien, dont le bourgmestre n&#8217;a pas hésité récemment à inviter Barack Obama pour la canonisation de Damien (le quarante-quatrième président des Etats-Unis étant originaire d&#8217;Hawaï).</p>
<p>La canonisation fut aussi l&#8217;objet récemment d&#8217;un marchandage politique du Vatican. En effet, suite à la condamnation par le Parlement belge des propos de Benoît XVI à propos du sida et des préservatifs, le pape a manifesté son intention d&#8217;ajourner la canonisation du Père Damien, ce qu&#8217;il n&#8217;a finalement pas fait. Mais la canonisation aura lieu à Rome, ce qui lui évitera d&#8217;affronter d&#8217;éventuels protestataires, risque qu&#8217;avait pris son prédécesseur en 1995 alors qu&#8217;une partie des catholiques belges s&#8217;élevaient contre l&#8217;éviction de Mgr Gaillot, les positions du pape sur le mariage et la contraception, ou les propos contestés de Mgr Léonard et de celui qui n&#8217;était alors que le cardinal Ratzinger.</p>
<p>Ainsi, la cause de canonisation de Damien a eu bien des écueils à traverser, écueils souvent méconnus mais qui sont au moins aussi importants que les épreuves officielles imposées par les procédures romaines. Car ce sont certainement ces écueils qui ont fait que la cause fut si longue à aboutir au regard d&#8217;autres. Si certaines causes aboutissent rapidement et pas d&#8217;autres, le hasard y est pour bien peu.</p>
<p><strong>Auteur : François Ducattillon, chercheur à l&#8217;Université Libre de Bruxelles (ULB)<br />
Source : <em>Le Soir</em>, édition du 21 août 2009</strong></p>
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		<title>Caritas in Veritate : beaucoup de positif, mais un manque de perspective</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Sep 2009 15:48:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans « Caritas in Veritate » (« l&#8217;Amour dans la Vérité»), troisième encyclique de son pontificat, Benoît XVI traite des défis qu&#8217;affrontent l&#8217;humanité et l&#8217;Eglise et actualise, en s&#8217;y référant, l&#8217;enseignement social catholique. Il étudie des questions telles que l&#8217;éthique des affaires, la globalisation, le rôle de la technologie, le droit à la vie, la sexualité et la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Dans « Caritas in Veritate » (« l&#8217;Amour dans la Vérité»), troisième encyclique de son pontificat, Benoît XVI traite des défis qu&#8217;affrontent l&#8217;humanité et l&#8217;Eglise et actualise, en s&#8217;y référant, l&#8217;enseignement social catholique. Il étudie des questions telles que l&#8217;éthique des affaires, la globalisation, le rôle de la technologie, le droit à la vie, la sexualité et la vie de famille, l&#8217;avortement, l&#8217;euthanasie, les migrations, le syndicalisme, les ressources naturelles, le consumérisme, les médias et la communication, le changement climatique et les dangers pour l&#8217;environnement et l&#8217;avenir de l&#8217;humanité sur notre planète.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">S&#8217;interrogeant sur la crise économique actuelle, l&#8217;encyclique fournit des règles pour une conduite éthique des affaires et la prévention des abus, comme la spéculation financière pour des profits à court terme. En soulignant que la vie économique s&#8217;est détachée des considérations éthiques, elle appelle à une nouvelle compréhension de l&#8217;esprit d&#8217;entreprise.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Notant l&#8217;important accroissement des richesses dans le monde, qui s&#8217;accompagne de l&#8217;accroissement des inégalités entre les pays et à l&#8217;intérieur des pays, le pape Benoît exhorte à « la réforme des Nations Unies ainsi que des institutions économiques et financières. De telle sorte que le concept de famille des nations acquière un réel sens. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur toutes ces questions, il rappelle l&#8217;enseignement de l&#8217;Eglise depuis 1891 et réfléchit sur les leçons des défis contemporains. Il signale les dangers de l&#8217;attachement aux idéologies, les maux dus à la corruption dans la vie politique et économique, au relativisme et au totalitarisme, la nécessité de liberté religieuse et de dialogue interreligieux, d&#8217;action collective pour le bien commun et la fraternité universelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Analysant les potentialités positives et négatives des développements modernes, comme la science, la technologie, la mondialisation, la modernité, le pape incline vers une voie médiane, éloignée des idéologies et des fondamentalismes. Les crises auxquelles l&#8217;humanité doit faire face sont des défis et des opportunités pour « reconsidérer notre itinéraire » avec une vision positive du futur et confiance dans le Dieu d&#8217;amour.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La charité &#8211; l&#8217;amour &#8211; est plus que la loi et la justice, écrit le pape, qui voit dans la justice une première obligation ; « Je ne peux pas donner à autrui ce qui m&#8217;appartient, sans lui donner d&#8217;abord ce qui lui appartient en justice. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette encyclique est un document de grande valeur ; mais il y a des manques. Elle n&#8217;analyse pas la façon dont le monde moderne s&#8217;est construit par la collaboration de chrétiens avec des gouvernements et des pouvoirs coloniaux, particulièrement entre 1492 et 1945. Le pape semble oublier les insuffisances de l&#8217;Eglise au cours de l&#8217;histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Eglise Catholique, il faut le rappeler, fut étroitement associée à l&#8217;invasion des terres appartenant aux peuples indigènes des Amériques et de l&#8217;Océanie. En sus d&#8217;avoir pillé la richesse de ces terres, les envahisseurs occidentaux ont exterminé pratiquement la totalité de ces populations en Amérique du Nord. Estimé à 80 millions en 1492, leur nombre s&#8217;est réduit à un million en 1600 sous l&#8217;effet des guerres et des maladies apportées par les envahisseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La carte du monde moderne a été faite pour l&#8217;essentiel par l&#8217;expansion coloniale européenne qui reposait sur l&#8217;invasion et l&#8217;appropriation des territoires de populations plus faibles, le refoulement des natifs vers l&#8217;intérieur des terres, les meurtres et l&#8217;extermination, sur des guerres entre les puissances coloniales, et même par l&#8217;achat de grandes surfaces de terres par les colonisateurs, généralement à la fin des conflits.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ainsi se fit l&#8217;achat à la France en 1803 d&#8217;une portion des Etats-Unis, une superficie de 2 144 000 mètres carrés, incluant les états actuels de la Louisiane, du Missouri, de l&#8217;Arkansas, de l&#8217;Iowa, du Nebraska, du Nord Dakota, du Sud Dakota et de l&#8217;Oklahoma. Le prix payé était de 15 millions de dollars, soit 10 centimes l&#8217;hectare. L&#8217;achat a doublé les dimensions des Etats-Unis ; on l&#8217;a appelé « le plus grand marché de terre de l&#8217;histoire ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le Texas a été acheté 15 millions de dollars au Mexique, en 1848. Le Mexique a cédé aux Etats-Unis presque tout le territoire inclus actuellement dans les états du Nouveau Mexique, de l&#8217;Utah, du Nevada, de l&#8217;Arizona, de la Californie, du Texas et dans l&#8217;ouest du Colorado.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Alaska a été acheté 7 200 000 dollars à la Russie en 1867. Les Etats-Unis ont ainsi été achetés et dans une large mesure constitués pour 37 millions de dollars. Est-ce légal selon la loi internationale ou même un raisonnement rationnel ? Ne s&#8217;agit-il pas de ventes de territoires conquis sur leurs occupants précédents, comme les indigènes américains, ou qui leur ont été volés ? Les Etats-Unis vont-il continuer à contrôler pour toujours, où même durant le reste du 21<sup>ème</sup> siècle, un territoire de cette importance, quel que soit  par ailleurs le besoin de terre et de nourriture du reste du monde, comme en Asie et en Afrique ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On pourrait écrire des histoires semblables sur la formation de beaucoup d&#8217;autres entreprises coloniales, comme les états du Canada, d&#8217;Amérique latine, de Russie, d&#8217;Australie et de Nouvelle Zélande. L&#8217;Afrique a été découpée en possessions de l&#8217;Europe coloniale lors de la Conférence de Berlin, en 1885.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est cela que l&#8217;on considère comme l&#8217;ordre mondial actuel, légitimé par les Nations Unies, construit sur des frontières nationales inviolables. Qui consolide des siècles de victoires européennes, de pillage, de colonisation, d&#8217;exploitation et de marginalisation des autres peuples. Les programmes d&#8217;ajustement structurel du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale ne réclament pas d&#8217;améliorations structurelles concernant les populations et la terre. Seuls des facteurs comme le capital, les ressources et la technologie sont considérés comme mobiles dans ce qu&#8217;on appelle le « libre marché » ou le « monde libre ». On considère la répartition actuelle de la terre parmi les peuples comme légale et intouchable, si ce n&#8217;est avec leur accord.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;encyclique traite de la migration des peuples, mais ne considère pas comment la carte du monde s&#8217;est constituée sous sa forme actuelle au cours des derniers siècles par les migrations d&#8217;européens vers le reste du monde, qui était leurs colonies. « Entre 1800 et 1930, la proportion des Blancs dans la population mondiale est passée de 22 à 35% ». <em>[p 209 Time History of rhe World]</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cinquante cinq millions de personnes ont émigré d&#8217;Europe entre 1846 et 1924. N&#8217;est-ce pas la plus grande migration et la plus grande colonisation de l&#8217;histoire humaine ? Au cours de cette période, les Chinois, les Indiens et les Japonais se sont aussi déplacés, mais beaucoup moins, et surtout comme travailleurs. Ce serait bien que les peuples actuels d&#8217;origine européenne réfléchissent à ce qui leur a permis d&#8217;émigrer au cours du 19<sup>ème</sup> siècle, quand les populations croissaient et rencontraient des problèmes comme la famine irlandaise de la pomme de terre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Comment les peuples et les pays chrétiens ont-ils traité les problèmes de migration ? Ont-ils pratiqué l&#8217;amour authentique et l&#8217;ouverture à l&#8217;autre dans le besoin ? La nouvelle encyclique ne traite pas de cette question majeure qui sera cruciale au cours du 21<sup>ème</sup> siècle avec les évolutions démographiques attendues.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La réforme des Nations Unies proposée par le pape est un programme nécessaire pour que le monde puisse faire face aux problèmes présents. On pourrait lui ajouter des considérations sur la façon dont se sont formées les nations actuelles. Jusqu&#8217;à quel point sont-elles le fruit de la justice (ou de l&#8217;injustice), sans mentionner l&#8217;absence d&#8217;amour. Le pouvoir colonial n&#8217;a-t-il pas  une dette à réparer envers les populations indigènes exploitées ? Son récit de l&#8217;histoire du christianisme serait aggravé si l&#8217;encyclique prenait en considération les croisades, l&#8217;inquisition, l&#8217;intolérance envers les dissidences théologiques, le refus de la liberté religieuse et les guerres de religion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Eglise doit analyser comment le message d&#8217;amour de Dieu et du prochain, révélé par Jésus Christ, a pu être gravement déformé pendant plusieurs siècles, jusqu&#8217;au Concile Vatican II en 1962-1965. En outre, les chrétiens n&#8217;ont-ils pas ignoré la vérité de l&#8217;histoire, l&#8217;Eglise n&#8217;a-t-elle pas oublié le mal qu&#8217;elle a fait aux autres peuples, aux autres religions et à la nature elle-même durant près d&#8217;un millénaire ? Il nous serait utile de réfléchir aux centaines et plus d&#8217;excuses que le pape Jean Paul II a présentées aux groupes ainsi offensés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le pape Jean Paul II, cependant, n&#8217;a pas été jusqu&#8217;aux conséquences pratiques de ces excuses, c&#8217;est-à-dire de bonnes et totales confession et repentance incluant : la déclaration de l&#8217;importance des préjudices, la réparation, la compensation, le ferme propos de s&#8217;amender et d&#8217;éviter les occasions de pécher. Le ton de l&#8217;encyclique serait moins auto justificatif et plus auto purificateur si elle entreprenait une bonne analyse de ces réalités historiques, en considérant aussi le néo-colonialisme, la re-domination du monde par les superpuissances et leurs multinationales. Les universités, les séminaires, et les instituts de recherche chrétiens ou de la société civile ne pourraient-ils pas nous aider en recherchant la vérité et les actes de justice et de charité qui permettraient de construire ce monde meilleur que souhaite le pape ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Eglise aurait beaucoup à apprendre et à gagner d&#8217;un dialogue sérieux sur ces questions avec des militants et des spécialistes de religion et de culture différentes, qui n&#8217;ont pas une expérience ni un souvenir aussi plaisants des pouvoirs chrétiens puissants au cours des cinq derniers siècles. Comme le mentionne le pape, la communauté humaine peut se rassembler pour bâtir une civilisation d&#8217;amour et de vérité au cours de ce siècle qui a débuté par une « guerre contre le terrorisme » en mars 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Lors de son homélie inaugurale, le pape Benoît XVI a dit : « Mon vrai programme de gouvernement n&#8217;est pas de suivre ma propre volonté, ni de poursuivre mes propres idées, mais d&#8217;être à l&#8217;écoute, avec toute l&#8217;Eglise, de la parole et de la volonté de Dieu, d&#8217;être guidé par Lui, de telle sorte que Lui-même conduise l&#8217;Eglise à cette heure de son histoire. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette réflexion montre que l&#8217;Eglise catholique a eu à se corriger elle-même sur plusieurs sujets au cours des siècles. Comme par exemple la prétention à être la seule à posséder la vérité sur Dieu &#8211; en ignorant que l&#8217;Esprit est présent dans toutes les personnes, les cultures, les événement historiques -, à être le chemin unique et obligé du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Eglise a montré qu&#8217;elle peut :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li> marginaliser les femmes dans l&#8217;Eglise et dans la société et les exclure des prises de décision,</li>
<li> utiliser la violence pour répandre la foi,</li>
<li> adopter des moyens autoritaires pour supprimer les dissensions en matière de doctrine,</li>
<li> tolérer et même encourager des politiques coloniales impérialistes, et en profiter,</li>
<li> enseigner que la voix du salut repose sur la réparation faite à Dieu le Père pour les péchés de l&#8217;humanité par la mort de Jésus Christ sur la Croix.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette vision a ignoré la mission sociale de Jésus travaillant à la libération du pauvre et de l&#8217;opprimé. L&#8217;Eglise a insisté sur les actes de charité mais négligé l&#8217;action pour la justice sociale et la réforme des structures sociales à l&#8217;intérieur des pays et dans le monde en général.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur cette base, la spiritualité chrétienne a encouragé l&#8217;acceptation humble de la domination par les autres comme étant la façon d&#8217;être des disciples de Jésus, qui a accepté la souffrance jusqu&#8217;à la mort sur la croix. On a dit que c&#8217;était pour apporter réparation au Père des péchés de l&#8217;humanité. Dans une telle perspective, on a interprété la vie spirituelle plus comme un refuge hors du monde qu&#8217;une injonction à réaliser le Royaume de Dieu sur terre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Dans ce processus, on a fait de la liturgie plus un rituel que l&#8217;expression et l&#8217;expérience de l&#8217;amour de Dieu et du prochain. On peut célébrer dans un pays des milliers de « Saintes Messes » sans sérieuse réflexion sur la justice sociale et sans impact sur elle, dans un monde qui connaît de grandes inégalités et des conflits armés. La prière et la méditation peuvent être, de fait, de l&#8217;indifférence envers la réalité des injustices sociales et les violations flagrantes des droits humains.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il serait utile que des groupes pluralistes dialoguent autour de ces questions, dans notre intérêt commun.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: right;">Tissa Balasuriya</p>
<p style="text-align: right;">3 août 2009</p>
<p style="text-align: right;"><em>Article publié par National Catholic Reporter (htpp://ncronline.org)</em></p>
<p style="text-align: right;"><em>traduit de l&#8217;anglais par L. Gouguenheim</em></p>
<p align="right">
<p align="right"><em><img class="aligncenter size-medium wp-image-1373" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/22_tissa_balasuriya_theologien_de_la_liberation-236x300.jpg" alt="" width="236" height="300" /><br />
</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le schisme de la hiérarchie catholique, par Ivone Gebara, théologienne brésilienne</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2009/09/07/le-schisme-de-la-hierarchie-catholique-par-ivone-gebara-theologienne-bresilienne/</link>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 10:06:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Les derniers évènements concernant l&#8217;interruption de grossesse d&#8217;une fillette de neuf ans au Pernambuco (Nord-Est du Brésil) a mis en évidence un fait qui était déjà présent depuis longtemps dans l&#8217;Église catholique romaine. Les évêques ont perdu le sens du gouvernement par rapport aux défis de l&#8217;histoire et de la foi de la communauté et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les derniers évènements concernant l&#8217;interruption de grossesse d&#8217;une fillette de neuf ans au Pernambuco (Nord-Est du Brésil) a mis en évidence un fait qui était déjà présent depuis longtemps dans l&#8217;Église catholique romaine. Les évêques ont perdu le sens du gouvernement par rapport aux défis de l&#8217;histoire et de la foi de la communauté et ils s&#8217;estiment plus fidèles à l&#8217;Évangile de Jésus que la communauté elle-même. Pour maintenir une compréhension centralisatrice et anachronique de leur fonction et de la théologie correspondante, ils se sont éloignés de nombreuses souffrances et douleurs concrètes des personnes surtout des femmes. Ils ont fini par être les défenseurs de principes abstraits, d&#8217;incertaines hypothèses et ont même prétendu être les défenseurs de Dieu. Cet évènement de distanciation est ce que j&#8217;appelle schisme. Les évêques, autant au niveau national qu&#8217;international (et ici j&#8217;inclus aussi le pape, comme évêque de Rome) sont devenus schismatiques par rapport aux communautés chrétiennes catholiques, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;ils ont rompu avec une grande partie de celles-ci en diverses occasions. L&#8217;incident relatif à la prohibition de l&#8217;interruption de grossesse de la fillette dont Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque d&#8217;Olinda et Recife s&#8217;est fait un protagoniste en est un exemple irréfutable. Sans doute y a-t-il de nombreuses personnes et groupes qui pensent comme lui et renforcent son schisme. Cela fait partie du pluralisme dans lequel nous vivons toujours.</p>
<p>La hiérarchie de l&#8217;Église, servante de la communauté des fidèles, ne peut sur certaines questions s&#8217;éloigner du sens commun et pluriel de la vie de foi. Elle ne peut également dans des affaires de for intérieur et même de groupe se substituer à la conscience, aux décisions et au devoir des personnes. Elle peut émettre une opinion, mais non pas l&#8217;imposer comme une vérité de foi. Elle peut s&#8217;exprimer, mais non pas forcer les personnes à assumer ses positions. En ce sens, elle ne peut instaurer une guerre sainte au nom de Dieu pour sauvegarder des choses qu&#8217;elle juge être volonté et prérogative divine. La tradition théologique dans la ligne prophétique et sapientielle n&#8217;a jamais permis qu&#8217;un fidèle, même évêque, ne parle au nom de Dieu. Et cela parce que le dieu dont nous parlons en notre nom est à notre image et ressemblance. Le Mystère Sacré qui traverse tout ce qui existe est inaccessible à nos jugements et à nos interprétations. Le Mystère qui habite en tout n&#8217;a justement pas besoin de représentants dogmatiques pour défendre ses droits. Notre parole n&#8217;est rien de plus qu&#8217;un balbutiement d&#8217;approximations et d&#8217;idées changeantes et fragiles, même concernant l&#8217;ineffable Mystère. C&#8217;est dans cette perspective également qu&#8217;on ne peut non plus obliger l&#8217;Église hiérarchique à devenir, par exemple, la promotrice de la légalisation de l&#8217;avortement, mais que simplement elle n&#8217;empêche pas une société pluraliste de s&#8217;organiser en accord avec les nécessités de ses citoyennes et citoyens et que ceux-ci aient le droit de décider de leurs choix.</p>
<p>Les communautés chrétiennes ainsi que les personnes sont plurielles. Dans un monde d&#8217;une telle diversité et complexité comme le nôtre nous ne pouvons pas admettre que seulement l&#8217;opinion d&#8217;un groupe d&#8217;évêques, hommes célibataires et avec une formation limitée au registre religieux, soit l&#8217;expression de la fidélité à la tradition du mouvement de Jésus. La communauté chrétienne est davantage que l&#8217;Église hiérarchique. Et la communauté chrétienne existe dans la réalité de multiples communautés chrétiennes, et celles-ci sont également constituées de nombreuses personnes, chacune ayant son histoire, ses choix et ses décisions propres devant la vie.</p>
<p>Je suis impressionnée par l&#8217;anachronisme des postures philosophiques et éthiques épiscopales, en commençant par les évêques brésiliens et jusque dans les instances romaines comme on peut le lire dans l&#8217;entrevue donnée par le cardinal Giovanni Batista Re, président de la Congrégation pour les évêques, à la revue italienne <em>Stampa</em>, laquelle concorde avec la position des évêques brésiliens. Les temps ont changé. Il est urgent que la théologie des évêques sorte d&#8217;une conception hiérarchique et dualiste du christianisme et perçoive que c&#8217;est dans la vulnérabilité face aux douleurs humaines que nous pourrons être plus près des actions de justice et d&#8217;amour. Bien sûr nous pourrons toujours nous tromper même quand nous pensons avoir raison. C&#8217;est le lot de la fragile condition humaine.</p>
<p>Je crois que nos entrailles ressentent en premier lieu les douleurs immédiates, les injustices contre les corps visibles et c&#8217;est face à celles-ci qu&#8217;il nous incombe d&#8217;intervenir tout d&#8217;abord. La consternation et la commotion provoquée par la souffrance de la fillette de neuf ans ont été grandes. Et cela parce que c&#8217;est à cette vie présente et actuelle, à cette vie de fillette devenue femme violée et violentée parmi nous que nous devons en premier lieu respect et assistance. Ainsi comme membre de la communauté chrétienne, je salue l&#8217;attitude du Dr. Rivaldo Mendes de Albuquerque et l&#8217;équipe de CISAM de Recife ainsi que la mère de la fillette et toutes les organisations et personnes qui lui sont venues en aide en ce moment de souffrance qui certainement laissera des marques indélébiles dans sa vie.</p>
<p>Certains lecteurs diront que ma position n&#8217;est pas la position officielle de l&#8217;Église catholique romaine. Mais d&#8217;ailleurs, que signifie aujourd&#8217;hui la parole officielle ? Qu&#8217;est donc l&#8217;Église officielle ? L&#8217;institution qui se présente comme la représentante de son dieu et ose condamner la vie menacée d&#8217;une fillette ? L&#8217;institution qui se considère sans doute comme la meilleure observante de l&#8217;Évangile de Jésus ?</p>
<p>Je n&#8217;identifie pas l&#8217;Église à l&#8217;Église hiérarchique. La hiérarchie n&#8217;est qu&#8217;une infime partie de l&#8217;Église. L&#8217;Église est la communauté de femmes et d&#8217;hommes disséminée de par le monde et attentive aux personnes tombées sur les routes de la vie, aux porteurs de souffrances concrètes, aux cris des peuples et des personnes en recherche de justice et de soulagement de leurs douleurs aujourd&#8217;hui. L&#8217;Église est l&#8217;humanité qui s&#8217;entraide à supporter ses douleurs, à soulager ses souffrances et à célébrer ses espérances.</p>
<p>Continuer à excommunier, à inclure et à exclure, semble de plus en plus favoriser la croissance de relations autoritaires, irrespectueuses de la dignité humaine, surtout quand cela surgit d&#8217;institutions qui prétendent enseigner l&#8217;amour du prochain comme loi suprême. De qui Mgr José Cardoso et certains évêques se sont-ils faits les prochains dans ce cas-ci ? Des fœtus innocents, diront-ils, ceux précisément qui ont besoin d&#8217;être protégés contre l&#8217; « holocauste silencieux » commis par des femmes et leurs alliés. En réalité, ils se sont faits prochains du principe qu&#8217;ils défendent et se sont distanciés de la fillette agressée et violentée tant de fois. Ils ont condamné qui a recueilli cette fillette tombée sur la route de la vie et ont sauvegardé leurs lois et la volonté de leur dieu. Ils croient que l&#8217;interruption de grossesse de la fillette serait une atteinte à la seigneurie de Dieu. Mais les guerres, la violence sociale croissante, la destruction de l&#8217;environnement ne seraient-elles pas également des atteintes qui mériteraient davantage dénonciation et condamnation ?</p>
<p>Pardonnez-moi si, sans vouloir juger les personnes, mais devant l&#8217;inconsistance de certains arguments et l&#8217;insensibilité aux problèmes vécus par la fillette de neuf ans, je suis prise aux entrailles d&#8217;une espèce de colère solidaire.</p>
<p>En fait, un schisme historique est en train de se construire et de croître dans différents pays. La distance entre les fidèles et une certaine hiérarchie catholique est marquante. L&#8217;incident relatif à l&#8217;interruption de grossesse de la fillette de Pernambuco n&#8217;est qu&#8217;une action d&#8217;autoritarisme entre tant d&#8217;autres et de méconnaissance de la complexité de l&#8217;histoire actuelle que la hiérarchie a commis.</p>
<p>Dans la mesure où ceux qui se croient responsables de l&#8217;Église prennent leurs distances de l&#8217;âme du peuple, de ses souffrances réelles, ils établiront un nouveau schisme qui accentuera encore plus l&#8217;abîme entre les institutions de la religion et les vies simples du quotidien avec leur complexité, leurs défis, douleurs et petites joies. Les conséquences d&#8217;un schisme sont imprévisibles. Il suffirait d&#8217;apprendre les leçons de l&#8217;histoire du passé.</p>
<p>Je termine ce court texte en rappelant ce qui est écrit dans l&#8217;Évangile de Jésus de différentes manières. Nous sommes ici-bas pour vivre la miséricorde entre nous. Et tous, nous avons besoin de cette miséricorde, unique sentiment qui nous permet de ne pas ignorer la douleur des autres et nous aide à porter les lourds fardeaux des uns et des autres.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/ivone-gebara.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1340" title="ivone-gebara" src="http://www.nsae.fr/wp-content/uploads/2009/09/ivone-gebara.jpg" alt="ivone-gebara" width="313" height="299" /></a></p>
<p style="text-align: left;"><strong>Traduction : Claude Lacaille<br />
Source : Adital, 09.03.09 (Brésil)</strong></p>
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		<title>L&#8217;actualité de Vatican II, par Jean Rigal</title>
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		<pubDate>Sat, 25 Jul 2009 08:15:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Karim Mahmoud-Vintam</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Est-il encore trop tôt pour proposer des réflexions approfondies sur les questions qui viennent de secouer durement l&#8217;Église catholique ? On peut, quoi qu&#8217;il en soit, relever d&#8217;ores et déjà quelques points majeurs qui ont retenu l&#8217;attention d&#8217;un grand nombre de personnes, appartenant ou non à cette Église.
Ce qui frappe, au premier abord, c&#8217;est l&#8217;écart [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Est-il encore trop tôt pour proposer des réflexions approfondies sur les questions qui viennent de secouer durement l&#8217;Église catholique ? On peut, quoi qu&#8217;il en soit, relever d&#8217;ores et déjà quelques points majeurs qui ont retenu l&#8217;attention d&#8217;un grand nombre de personnes, appartenant ou non à cette Église.</p>
<p>Ce qui frappe, au premier abord, c&#8217;est l&#8217;écart &#8211; ou plutôt le fossé &#8211; qui semble s&#8217;instaurer entre l&#8217;institution ecclésiale, spécialement la hiérarchie romaine, et une grande partie de la société contemporaine, du moins en Occident. On a dit qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un problème de communication, on a parlé de « dysfonctionnement », on a accusé le déferlement médiatique. Certes, tout cela doit être pris en considération. Mais, sans doute, apparaît quelque chose de bien plus profond, qui est de l&#8217;ordre du rapport entre la communauté ecclésiale et le monde de ce temps. Un seul exemple, éloquent : il ne suffit plus que le pape parle pour qu&#8217;on l&#8217;écoute. Cette époque est révolue.</p>
<p>En réalité, ce qui est en question c&#8217;est ce « dialogue mutuel » dont parlait Vatican II. « Tout ce que nous avons dit, déclare le Concile, sur la dignité de la personne humaine, sur la communauté des hommes, sur le sens profond de l&#8217;activité humaine, constitue le fondement du rapport qui existe entre l&#8217;Église et le monde, et la base du dialogue mutuel » (Gaudium et spes n. 40). La nécessité de ce dialogue repose d&#8217;abord sur trois fondements d&#8217;ordre sociologique, éthique, profondément humain. Cela interroge, déplace, stimule le statut de la parole de l&#8217;Église dans le monde contemporain. Toute position d&#8217;extériorité et de surplomb est désavouée. C&#8217;est le mode de présence de l&#8217;Église à notre société qui est en jeu et interpellé.</p>
<p>Un autre aspect a été fréquemment relevé : l&#8217;exercice de la collégialité épiscopale. Il n&#8217;est pas rare d&#8217;entendre dire qu&#8217;elle est devenue un « mythe ». Alors que Vatican II s&#8217;était efforcé d&#8217;inscrire la collégialité épiscopale à l&#8217;intérieur et au service de la communion de l&#8217;Église et des Églises locales, ce « lien » des évêques au service de la mission universelle semble trop souvent oublié. On l&#8217;a bien perçu dernièrement dans les décisions prises par le seul Centre romain. L&#8217;idée de « collégialité » était déjà une idée-force dans les écrits de saint Cyprien (IIIe siècle). Mais par la suite, elle a quasiment disparu au profit d&#8217;une autorité centralisatrice, où des motivations subtiles de « pouvoir » au service du bien de l&#8217;Église ne sont pas absentes. Il est urgent que la collégialité épiscopale retrouve sa véritable place et toute sa place dans l&#8217;animation et la mission de l&#8217;Église, surtout lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de décisions « importantes ».On a parlé de problème de communication, de déferlement médiatique. Certes. Mais apparaît quelque chose de plus profond. Il ne suffit plus que le pape parle pour qu&#8217;on l&#8217;écoute.</p>
<p>Une troisième dimension liée à ces événements a été soulignée : les réactions d&#8217;un grand nombre de catholiques et de beaucoup d&#8217;autres, sans doute, avec des sensibilités fort différentes et pour des motivations très diverses, sinon opposées. C&#8217;est l&#8217;un des aspects les plus positifs de ce qui vient d&#8217;arriver. En réalité, Vatican II a restauré une vieille notion disparue au cours des siècles : celle du « sens de la foi » du peuple chrétien, c&#8217;est-àdire du « sens évangélique » de l&#8217;ensemble des baptisés exercé dans la communion de l&#8217;Église. « Le sens chrétien », mis en valeur à six reprises par Vatican II, n&#8217;est pas souvent contesté dans son principe, mais son application demeure difficile et même ne parvient guère à s&#8217;imposer. On pourrait s&#8217;interroger, à ce sujet, sur la réception faite à l&#8217;encyclique Humanæ vitæ (1968), concernant la régulation des naissances. Bien évidemment, l&#8217;exercice du « sens de la foi » demande information, réflexion et débat. C&#8217;est ainsi que, récemment, la défense de Vatican II, que l&#8217;on jugeait menacé, a soulevé nombre de protestations fort légitimes. Encore faudrait-il que la communauté catholique connaisse les grands enseignements du Concile dont la réception est à peine commencée. Maints diocèses ont entrepris une formation dans ce sens.</p>
<p>Plusieurs des questions soulevées, ces derniers temps, touchent la morale sexuelle. On connaît la discrétion de Vatican II sur ce sujet : le pape Paul VI s&#8217;était réservé d&#8217;intervenir en ce domaine. Aujourd&#8217;hui, la notion de « loi naturelle » revient en force. Son caractère universel et sa dimension profondément humaine sont soulignés. Mais cette notion demande approfondissement, et la notion même de « nature » appelle de nouvelles recherches. Plus immédiatement, pour beaucoup de personnes, ce sont la nouveauté et la complexité des questions et des situations qui posent problème : corps médical, malades atteints du sida, vie de couple, situation de détresse&#8230; On l&#8217;a bien vu avec « l&#8217;affaire de Recife ». La morale des purs principes conduit à des décisions légalistes qui semblent incompatibles avec l&#8217;annonce d&#8217;une « Bonne Nouvelle ». Une parole « doctrinaire » a peu de chances d&#8217;être prise en compte.</p>
<p>Qu&#8217;il me soit permis, enfin, de dire quelques mots sur la contribution des théologiens à la réflexion d&#8217;ensemble du corps ecclésial. Des théologiens allemands se sont exprimés collectivement sur les événements en question. Cela ne s&#8217;est pas produit en France. On peut le regretter, car les théologiens ont à exercer une vocation particulière pour le peuple de Dieu, sans esprit de polémique, humblement, au service de tous. Il faudrait pour cela en prendre les moyens, mais qui en aura l&#8217;initiative, sous des modalités à définir ?</p>
<p>C&#8217;est le service de l&#8217;Évangile qui est d&#8217;abord en cause dans ces quelques réflexions, et non l&#8217;opinion de tel ou tel chrétien en particulier quelle que soit l&#8217;importance de ses responsabilités. Car l&#8217;Évangile n&#8217;attend pas.</p>
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