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	<title>NSAE &#187; FAIRE ÉGLISE AUTREMENT</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Ne laissons pas fragiliser le droit de l’étranger</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/07/21/ne-laissons-pas-fragiliser-le-droit-de-l%e2%80%99etranger-2/</link>
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		<pubDate>Wed, 21 Jul 2010 21:16:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>

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		<description><![CDATA[
Pour la cinquième fois en sept ans, le gouvernement veut réformer le régime de l&#8217;entrée et de l&#8217;expulsion des étrangers en France. Cette nouvelle modification de la loi constitue une étape supplémentaire dans la fragilisation d&#8217;hommes, de femmes, d&#8217;enfants et de familles déjà fortement ébranlés par les difficultés de l’exil.
Ce sont pourtant des êtres humains. Certains fuient la guerre ou les traitements [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Pour la cinquième fois en sept ans, le gouvernement veut réformer le régime de l&#8217;entrée et de l&#8217;expulsion des étrangers en France. Cette nouvelle modification de la loi constitue une étape supplémentaire dans la fragilisation d&#8217;hommes, de femmes, d&#8217;enfants et de familles déjà fortement ébranlés par les difficultés de l’exil.</p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-2953"></span>Ce sont pourtant des êtres humains. Certains fuient la guerre ou les traitements inhumains pour sauver leur vie. D’autres cherchent simplement à améliorer leur situation et celle de leur famille. Ils aspirent, comme nous, à vivre en paix, à trouver le bonheur, à travailler, en France, leur pays « d’accueil ».</p>
<p style="text-align: justify">Mais le projet de loi va sonner le glas des aspirations de beaucoup et, par là même, de notre hospitalité et de notre humanité en réduisant leurs droits à la justice, à une vie familiale et à la solidarité.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, les étrangers n’auront plus le droit d’être entendus !</strong></p>
<p style="text-align: justify">Jusqu&#8217;alors, la loi réclamait le contrôle du juge des libertés si la mise en rétention excédait deux jours avant l&#8217;expulsion. Ce garde-fou, indispensable face à l’arbitraire de l’administration, est retardé par ce projet de loi : ainsi des expulsions seront possibles pendant cinq jours sur seule décision administrative.</p>
<p style="text-align: justify">De plus, le juge judiciaire ne pourra plus sanctionner certaines irrégularités.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, le droit d’asile sera entravé !</strong></p>
<p style="text-align: justify">Ce projet de loi restreint les possibilités d’accéder au territoire pour demander l’asile et place un nombre plus important d’éventuels demandeurs dans des conditions défavorables pour l’examen de leur demande de protection.</p>
<p style="text-align: justify">Et s’ils sont déboutés et renvoyés, il leur interdit de revenir dans l’Union européenne pour sauver leur vie.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, le droit de vivre en famille sera restreint !</strong></p>
<p style="text-align: justify">Des conjoints de Français ou d&#8217;étrangers en situation régulière, voire avec des enfants en France, sont parfois sans document de séjour. La loi qui peut déjà interrompre leur vie familiale va durcir les conditions de leur séparation en repoussant toute possibilité de retour. En effet, tout étranger renvoyé peut être « banni » de l’Union Européenne jusqu’à 5 ans : nous refusons cette double peine !</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Si nous laissons faire, la solidarité restera répréhensible !</strong></p>
<p style="text-align: justify">En modifiant la loi, le projet voudrait calmer les critiques sur le délit dit de &laquo;&nbsp;solidarité&nbsp;&raquo;. En ne modifiant que très marginalement l&#8217;exemption pour un tel délit, le projet de loi persiste à dissuader quiconque aiderait, de bonne foi et dans la durée, un étranger dont nul ne sait a priori s&#8217;il est en situation administrative irrégulière.</p>
<p style="text-align: justify">Il est contradictoire de maintenir le principe de fraternité dans la devise de la République et de punir les actes de solidarité.</p>
<p style="text-align: justify">Motivés par la solidarité et la défense des plus faibles, notamment des étrangers, en partenariat avec d&#8217;autres membres de la société civile, nos organismes, mouvements, associations et services <strong>chrétiens </strong>refusent que des mesures de plus en plus restrictives, voire arbitraires, propulsent des milliers d’hommes et de femmes dans la précarité et le désespoir.</p>
<p style="text-align: justify">Aussi estimons-nous nécessaire d’éveiller les consciences, d’appeler à la vigilance et à l’information sur ce projet de loi qui comporte des dispositions très inquiétantes.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Nous nous engageons à agir pour que la figure de l’étranger </strong><strong>ne serve pas de bouc émissaire en France et en Europe.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Initiateurs de l&#8217;appel :</strong></p>
<p style="text-align: justify">- <strong>ACAT-France </strong>(Action des chrétiens pour l&#8217;abolition de la torture)</p>
<p style="text-align: justify">- <strong>CCFD </strong>- Terre solidaire</p>
<p style="text-align: justify">- <strong>FEP </strong>(Fédération de l&#8217;Entraide Protestante)</p>
<p style="text-align: justify">- <strong>La Cimade </strong>(Service oecuménique d&#8217;entraide)</p>
<p style="text-align: justify">- <strong>Secours Catholique </strong>/ CARITAS-France Avec la contribution du <strong>SNPM </strong>(Service national de la pastorale des migrants)</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Autres signataires nationaux :</strong></p>
<p style="text-align: justify">- ACO (Action catholique Ouvrière)</p>
<p style="text-align: justify">- Apostolat de la prière</p>
<p style="text-align: justify">- Association Espoir</p>
<p style="text-align: justify">- CASP (Centre d&#8217;Action Sociale Protestant)</p>
<p style="text-align: justify">- CERAS (Centre Recherche et Action Sociales)</p>
<p style="text-align: justify">- Chrétiens et sida</p>
<p style="text-align: justify">- Communauté Mission de France</p>
<p style="text-align: justify">- Communauté de Vie Chrétienne</p>
<p style="text-align: justify">- Congrégation des Auxiliatrices de la Charité</p>
<p style="text-align: justify">- Congrégation des Fils de la Charité</p>
<p style="text-align: justify">- Conseil National de l&#8217;Église réformée de France</p>
<p style="text-align: justify">- DEFAP (service protestant de mission)</p>
<p style="text-align: justify">- DOM&#8217;Asile</p>
<p style="text-align: justify">- Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France</p>
<p style="text-align: justify">- Équipe nationale des Prêtres-Ouvriers</p>
<p style="text-align: justify">- Fédération des réseaux des parvis</p>
<p style="text-align: justify">- Fédération protestante de l&#8217;enseignement</p>
<p style="text-align: justify">- Fraternité Évangélique Afrique-Caraïbe-Europe</p>
<p style="text-align: justify">- Fondation de l&#8217;Armée du Salut</p>
<p style="text-align: justify">- JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne)</p>
<p style="text-align: justify">- JRS-France (Service Jésuite des Réfugiés)</p>
<p style="text-align: justify">- Justice et Paix &#8211; France</p>
<p style="text-align: justify">- Mission Populaire Évangélique de France</p>
<p style="text-align: justify">- Missionnaires d&#8217;Afrique (Pères Blancs)</p>
<p style="text-align: justify">- MIR-France (Mouvement International de la Réconciliation)</p>
<p style="text-align: justify">- Nous sommes aussi l&#8217;Église</p>
<p style="text-align: justify">- Pax Christi &#8211; France</p>
<p style="text-align: justify">- Réseau chrétien &#8211; immigrés</p>
<p style="text-align: justify">- Réseau Foi et Justice Afrique-Europe</p>
<p style="text-align: justify">- Réseau franciscain Gubbio</p>
<p style="text-align: justify">- Soeurs Auxiliatrices</p>
<p style="text-align: justify">- Soeurs du Bon Pasteur</p>
<p style="text-align: justify">- Union nationale des CPCV (organisme protestant de formation)</p>
<p>- Alliance Nationale des Unions Chrétiennes de Jeunes Gens &#8211; UCJG-YMCA</p>
<p>- VEA (Vivre ensemble l&#8217;Évangile Aujourd&#8217;hui)</p>
<p style="text-align: center"><em><strong>Nous invitons chacun à lire l&#8217;argumentaire qui développe les aspects évoqués dans cet appel. </strong></em><em><strong>A l&#8217;utiliser pour informer, débattre, interpeller les élus qui sont nos représentants…</strong></em></p>
<p style="text-align: center"><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Appel-+-Argumentaire-avec-signataires-au-16-juillet-20101.pdf">Appel + Argumentaire avec signataires au 16 juillet 2010</a></em></p>
<p style="text-align: center">
<p><strong><br />
</strong></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Brésil : déclaration finale du 3è Congrès national de la Commission Pastorale de la Terre</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/07/20/bresil-declaration-finale-du-3e-congres-national-de-la-commission-pastorale-de-la-terre/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2010/07/20/bresil-declaration-finale-du-3e-congres-national-de-la-commission-pastorale-de-la-terre/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 20 Jul 2010 08:49:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[« Dans la clameur des peuples de la terre, 
la mémoire et la résistance pour la défense de la vie »


La Commission pastorale de la terre a tenu son troisième Congrès national du 17 au 21 mai dans le Minas Gerais. Nous publions ci-dessous la déclaration finale du Congrès qui constitue une prise de position ferme et convaincue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><strong>« Dans la clameur des peuples de la terre, </strong></p>
<p style="text-align: center"><strong>la mémoire et la résistance pour la défense de la vie »</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><span style="font-weight: normal"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cartaz-congresso-170_bordab.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2928" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/cartaz-congresso-170_bordab.jpg" alt="" width="170" height="250" /></a><br />
</span></strong></p>
<p style="text-align: justify"><em>La Commission pastorale de la terre a tenu son troisième Congrès national du 17 au 21 mai dans le Minas Gerais. Nous publions ci-dessous la déclaration finale du Congrès qui constitue une prise de position ferme et convaincue sur la situation agraire brésilienne et les luttes à poursuivre. Texte publié sur le site de la </em><a href="http://cptnacional.org.br/index.php/iii-congresso-da-cpt/252-carta-final-do-iii-congresso-nacional-da-cpt"><em>Commission pastorale de la terre</em></a><em> le 21 mai 2010.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">Montes Claros, 21 mai 2010.</p>
<p style="text-align: justify">En ce temps où l’humanité tout entière prend conscience du cri de la Terre mère, notre maison commune, la Commission pastorale de la terre – CPT – a réuni son troisième Congrès national, à Montes Claros (État du Minas Gerais), du 17 au 21 mai 2010, sur le thème <strong>« Biomasse, territoires</strong> <strong>et diversité rurale »</strong>. Les travailleurs, hommes et femmes, formaient la majorité de ce Congrès (376). Les différentes catégories – Indiens, habitants des <em>quilombos</em> [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb1">1</a>], riverains des fleuves, exploitants agricoles, occupants des terres avec ou sans titres – illustraient bien la diversité rurale du Brésil et sa résistance vis-à-vis du processus de destruction en cours. Au total 760 personnes – 440 hommes et 320 femmes – firent écho dans la région semi-aride du Minas aux clameurs du peuple de la terre. Les agents de la CPT – au nombre de 272, en comptant parmi eux quatre évêques et 51 prêtres, religieux et religieuses, et séminaristes – et 112 invités et partenaires de mouvements populaires et pastoraux, ont pu sentir la force de la vie qui anime les communautés rurales, pleines d’espérance, au milieu des difficultés et des frustrations.</p>
<p style="text-align: justify">L’archidiocèse de Montes Claros, qui fête cette année son centenaire, et le collège Sao José, des Frères maristes, nous ont accueillis à bras ouverts. La chaleur humaine de Montes Claros contraste avec la froide monotonie de la monoculture prédatrice, des interminables plantations d’eucalyptus et des herbages qui ont remplacé la riche diversité du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cerrado"><em>Cerrado</em></a> [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb2">2</a>] qui entourait la ville.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Nous allons nous battre parce que c’est notre sol » (le chef Odair Borari, de Santarém – État du Para)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous avons eu la joie d’entendre et de partager de nombreux témoignages de résistance et de lutte venant de paysans et paysannes de tout le Brésil. En vue de la défense de leurs territoires et de leurs cultures, ils ont montré qu’il est possible et indispensable de vivre avec les diverses biomasses sans les détruire. Il est possible d’entretenir une relation de respect et de fraternité avec la terre-mère et avec tous les êtres vivants.</p>
<p style="text-align: justify">Ces expériences nous montrent, également, la créativité avec laquelle les paysans et les paysannes savent répondre aux défis engendrés par la crise écologique et par un modèle de développement qui détruit la biomasse de notre pays, de façon de plus en plus violente et accélérée, en concentrant les terres et les richesses sur un petit nombre de gens, et en tuant de nombreuses formes de vie.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Ils tuent même la volonté » (Sabrina, 19 ans, de Montes Claros – État du Minas Gerais)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Ces expériences pleines de vie et d’espérance, renforcent la clameur face au pouvoir terrifiant des grands projets qui, au nom d’une croissance trompeuse, assassinent les responsables et expulsent les populations locales de leurs territoires. Ils dégradent le milieu ambiant avec leurs centrales hydroélectriques, leurs mines et leurs voies ferrées, la captation des eaux, l’irrigation intensive, la monoculture, la déforestation. Ce sont des projets imposés avec arrogance, du haut vers le bas, qui méprisent la législation agraire et environnementale. Avec hypocrisie, ils se parent de légalisme en prétendant être sous le contrôle et les injonctions des instances publiques.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Les lois, nous devons les respecter, mais les lois doivent nous respecter » (Joaninha, 58 ans, Minas Gerais)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous avons entendu la vive critique à l’égard d’un État qui d’une main apporte son aide immédiate pour atténuer la faim et la misère, ou même pour libérer les esclaves modernes, et qui, de l’autre main, stimule, promeut et finance un modèle de croissance pervers qui porte atteinte à la société et à la vie elle-même.</p>
<p style="text-align: justify">Dans de très nombreux cas, le pouvoir judiciaire devient le bras juridique qui exécute et légalise la spoliation, en chassant chaque année des milliers de familles et en garantissant l’impunité d’assassins, de faussaires et d’entreprises qui ne respectent pas les lois.</p>
<p style="text-align: justify">Nous sommes indignés par la remise en liberté, en ces jours où se tient notre Congrès, de celui qui a ordonné le meurtre de Sœur Dorothy.</p>
<p style="text-align: justify">De véhémentes protestations se sont élevées également contre un pouvoir législatif inopérant, soumis aux intérêts d’un parti rural qui veut changer le code des forêts pour favoriser l’expansion de la monoculture et enterrer le Projet d’amendement constitutionnel (PEC) qui propose la confiscation des terres où se pratique le travail esclave, ainsi que celui qui prévoit la reconnaissance de la zone du <em>Cerrado</em> et de la <em>Caatinga</em> [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb3">3</a>] comme patrimoine national.</p>
<p style="text-align: justify">De même, avec indignation, ont été dénoncées les tentatives de criminalisation des mouvements ruraux par le pouvoir judiciaire, par le Congrès et par les grands médias. L’agrobusiness qui, pendant ce temps, dégrade et pollue la nature, exproprie les communautés locales et soumet les travailleurs à l’esclavage, est présenté comme un levier du progrès.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Résister pour exister » (Zacarias, de la zone de pâturage d’Areia Grande, État de Bahia)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous sommes dans l’admiration en entendant le témoignage courageux de l’action remarquable de nombreux compagnons, hommes et femmes, qui continuent à lutter pour le changement. Certains d’entre eux, menacés de mort, ne craignent pas de continuer à lutter pour la justice et pour la plénitude de la vie.</p>
<p style="text-align: justify">Nous avons beaucoup apprécié le grand nombre de jeunes présents et la qualité de leur participation. Ils et elles témoignent auprès de nous, clairement, que les nouvelles générations croient qu’il est possible de vaincre l’individualisme engendré par le marché et la consommation.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« Il faut que vous nous aidiez » (Augusto Justiniano de Souza, syndicaliste, 55 ans, État de Goias)</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous avons été émus en entendant le cri de solitude, d’abandon et de désespoir des paysans, hommes et femmes de notre pays. Ils ont recherché l’appui des syndicats, des partis et des mouvements sociaux qui, naguère, les représentaient et les accompagnaient. Ils ont recherché aussi l’appui déterminé de la CNBB [<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nb4">4</a>] et sa parole prophétique face à la gravité de la situation en milieu rural.</p>
<p style="text-align: justify">Cette réalité et la clameur des paysans et paysannes et des populations locales sont un appel pour l’adhésion à la mission de la CPT, à la suite de Jésus de Nazareth, dans la fidélité envers le Dieu des pauvres et les déshérités de la terre.</p>
<p style="text-align: justify">En vertu de cette mission, la Commission pastorale de la terre assume :</p>
<p style="text-align: justify">1   La lutte pour la terre et les territoires, dans le combat contre le latifundium et l’agrobusiness. Nous luttons pour que la Réforme agraire prenne en compte la diversité de la biomasse et les différentes cultures des populations locales qui résistent et qui essaient de constituer des communautés viables. Comme signe concret, la CPT s’engage à réaliser le Plébiscite populaire pour la fixation d’une limite à la propriété foncière, consultation qui doit être effectuée en septembre, au moment du Cris des exclus, pendant la semaine de la Patrie.</p>
<p style="text-align: justify">2   L’affrontement avec le modèle prédateur du milieu ambiant et oppresseur pour la vie des personnes et des communautés. Modèle fondé sur les monocultures d’exportation, soutenu par de grands projets imposés tambour battant. Emblématiques de cette résistance sont les luttes contre la captation des eaux du Sao Francisco, contre les usines hydrauliques comme celle de Belo Monte et les autres prévues en Amazonie. Emblématique aussi, le combat infatigable de la CPT contre le travail esclave.</p>
<p style="text-align: justify">3   La formation à une spiritualité centrée sur l’engagement à la suite de Jésus qui puisse nous donner la force de ne pas servir deux maîtres et de témoigner des valeurs du Royaume.</p>
<p style="text-align: justify">4   La nécessité de contribuer à l’articulation et au renforcement des organisations populaires, rurales et urbaines, pour qu’elles soient des artisans de la construction du nouveau projet politique que nous voulons pour le Brésil, en union avec les autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dans la quête d’une mondialisation juste et fraternelle.</p>
<p style="text-align: justify">En achevant ce troisième Congrès national, la Commission pastorale de la terre – CPT – renouvelle son engagement prophétique et pastoral envers les pauvres de la terre jusqu’à ce que « la royauté sur le monde revienne à notre Seigneur et à son Christ, afin qu’il règne pour toujours et que vienne le temps où seront détruits ceux qui détruisent la terre » (Ap 11,15-18).</p>
<p style="text-align: justify">Les participants du troisième Congrès national de la CPT.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh1">1</a>] Les <em>quilombos</em> sont les anciens refuges des esclaves fugitifs – NDT.</p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh2">2</a>] Savane d’arbustes disséminés – NDT.</p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh3">3</a>] Savane d’arbustes épineux – NDT.</p>
<p style="text-align: justify">[<a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507#nh4">4</a>] Conférence nationale des évêques du Brésil – NDT.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Source </strong>: <a href="http://enligne.dial-infos.org/">Dial</a> – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 3115.</p>
<p style="text-align: justify"><a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a></p>
<p style="text-align: justify">Traduction de Lucile et Martial Lesay pour Dial.</p>
<p style="text-align: justify">Mis en ligne par Dial – 2 juillet 2010 : http://www.alterinfos.org/spip.php?article4507</p>
<p style="text-align: justify">Source originale (portugais) : site de la <a href="http://cptnacional.org.br/index.php/iii-congresso-da-cpt/252-carta-final-do-iii-congresso-nacional-da-cpt">Commission pastorale de la terre</a>, 21 mai 2010.</p>
<p style="text-align: justify"><strong><em>.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><br />
</strong></p>
<p><strong><em><br />
</em></strong></p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/05/25/appel-pour-une-relance-du-christianisme-social-pour-des-communes-theologiques/</link>
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		<pubDate>Tue, 25 May 2010 15:28:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Ouverture(s)]]></category>

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		<description><![CDATA[A l&#8217;orée du XXIe siècle, nous reprenons le chemin du christianisme social. Le projet de la fin du XIXe siècle reste le nôtre : confronter la foi chrétienne avec son environnement social, économique, politique, culturel et écologique et poser des paroles et des gestes de libération. Si nous vous invitons à cette nouvelle marche, c&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l&#8217;orée du XXIe siècle, nous reprenons le chemin du christianisme social. Le projet de la fin du XIXe siècle reste le nôtre : confronter la foi chrétienne avec son environnement social, économique, politique, culturel et écologique et poser des paroles et des gestes de libération. Si nous vous invitons à cette nouvelle marche, c&#8217;est qu&#8217;apparaissent dans le christianisme des clivages et des engagements nouveaux qui appellent à des rencontres, des paroles, des actions nouvelles dans un monde qui a cruellement besoin d&#8217;amour, de justice, d&#8217;espérance.</p>
<p>Nos réflexions sont nourries de nos engagements, de nos lectures de la Bible et de l&#8217;héritage intellectuel notamment protestant, de nos dialogues et nos compagnonnages avec les autres croyants, les mouvements intellectuels, politiques et sociaux qui se battent pour un monde plus juste.<span id="more-2727"></span></p>
<p>Divers dans nos références théologiques, nous nous retrouvons dans un évangile qui repense et repousse sans cesse les frontières, qui refuse les barrières du pur et de l&#8217;impur, qui nous dit que la grâce est offerte à toute la création, que la vie est toujours plus forte que les mises à mort sociale, économique, écologique, culturelle, raciste, sexiste ou homophobe. Nous voulons convoquer à nouveaux frais les vieux et gros mots comme Royaume de Dieu, Seigneurie de Jésus Christ, Amour inconditionnel de Dieu : expérimenter leur déplacement dans un nouveau contexte, considérer que la fidélité à laquelle engage la parole religieuse n&#8217;est pas déplacement d&#8217;un contenu à l&#8217;identique, sans transformation mais bien plutôt redéfinition incessante de ce qu&#8217;elle véhicule, réfléchir à ce que notre attachement à ces termes nous fait et nous fait faire.</p>
<p>Nous regardons le monde et nous crions : « injustice ! » La violence sociale et écologique du système économique actuel et son incapacité à se réformer nous invitent à rechercher les voies de son dépassement. L&#8217;invasion de son imaginaire nous pousse à travailler avec tous les autres créateurs d&#8217;un imaginaire alternatif. L&#8217;évolution des débats sur l&#8217;immigration en décalage avec une réalité sociale de plus en plus métissée nous engage à rentrer frontalement en dissidence avec les discours et les décisions qui transforment l&#8217;Europe en forteresse. Notre refus d&#8217;un apartheid planétaire nous met en relation avec les croyants et les militants des pays du Sud. Le détournement de la laïcité au profit de logiques d&#8217;exclusion nous incite à défendre et inventer un espace public riche qui n&#8217;a pas peur du conflit et de la différence. L&#8217;évolution des réalités familiales et sexuelles nous amène à une éthique nouvelle qui tourne clairement le dos au moralisme, qui interroge profondément l&#8217;imaginaire de la « famille chrétienne », du soi-disant « projet de Dieu » en la matière.</p>
<p>Ces réalités disent notre urgence, ces convictions expriment nos points de départ. Elles ne limitent pas ce que nous désirons construire ensemble, avec vous et avec d&#8217;autres. Elles ne définissent ni un dedans, ni un dehors. Nous en appelons ici et là à la création de « communes théologiques » pour relancer le Christianisme social, qu&#8217;il soit un « nous » mobile et indéterminé de réflexion et d&#8217;action. Un collectif à échelles et formes diverses qui n&#8217;aura de cesse de se redéfinir en situation, de se recréer sans cesse et sans centre unique. Une communauté qui se caractérise par le manque et les questions, la rencontre et l&#8217;hospitalité, plutôt que par le plein, le propre et les affirmations.</p>
<p>Nous ne voulons pas agir seuls, nous désirons des alliances : les protestants par-delà les frontières, les catholiques et tous les croyants ouverts, se reconnaissant dans les théologies de libération, la gauche qui ne renonce pas, la droite qui s&#8217;interroge, le mouvement social, tous les humanistes, celles et ceux qui croient en l&#8217;amour, la justice et l&#8217;espérance sont nos parentèles.</p>
<p>Nous voulons réfléchir et agir, l&#8217;un et l&#8217;autre, l&#8217;un pour l&#8217;autre.</p>
<p>Si nous voulons affirmer des positions, nous voulons aussi prendre le temps de la conversation et de l&#8217;échange, nous mettre d&#8217;accord sur nos accords et nos désaccords, donner et recevoir à penser, soutenir la pensée depuis toutes les places et non penser à la place de.</p>
<p>Si nous voulons prendre la parole, nous voulons surtout engager les batailles d&#8217;idées nécessaires afin de déplacer les questions et les clivages des débats dans nos Eglises et dans la société.</p>
<p>Si nous voulons réfléchir, nous voulons autant agir, encourager à l&#8217;action, échanger sur nos expériences de terrain, contribuer ici et maintenant aux changements nécessaires, en ne nous interdisant aucun des moyens de la non-violence, de sa logique de surabondance prophétique et de désobéissance aimante.</p>
<p>Une invitation est lancée à nous relancer dans cette épopée commune : publiquement, dire notre espérance et agir en conséquence. Nous répondons à l&#8217;invitation et nous vous invitons à y répondre : pour que se démultiplient les « communes théologiques » !</p>
<p>Quiconque se reconnaissant dans le Christianisme Social. Il est minuit dans l&#8217;ordre social. Quelqu&#8217;un frappe à la porte.</p>
<p>le groupe de rédaction de ce texte* vous invite à <a href="http://lapetition.be/en-ligne/petition-7297.html" target="_blank">signer cet appel</a> qui devrait être publié dans un organe de presse protestant début juin. En laissant vos coordonnées, vous serez également tenu au courant de la suite des événements.</p>
<p>Une première rencontre aura lieu le 02/10/2010 à Paris.</p>
<p>* Olivier Abel, Jacqueline Amphoux, Roberto Beltrami, Christian Bouzy, Pierre Bühler, Diane Barraud, Olivier Brès, Héloïse Duché, Laurent Gagnebin, Mathieu Gervais, Sebastien Heintz, Alain Houziaux, Stéphane Lavignotte, Olivier Maes, Pierre-Olivier Monteil, Jean-Paul Nunez, Yves Parrend, Raphaël Picon, Yves Quetin, Jean-Pierre Rive, Pierre Strauss, Robin Sautter, Jean-Pierre Thévenaz, Marion Véziant-Rolland, Antoine Rolland, Pierre Vergniol, Joseph Zysiadis, et d&#8217;autres personnes&#8230;</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Traditionalistes : l&#8217;archévêque de Bordeaux hausse le ton</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/05/14/traditionalistes-larcheveque-de-bordeaux-hausse-le-ton/</link>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 15:07:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un communiqué diffusé jeudi 6 mai, Mgr Ricard, archévêque de Bordeaux, se veut ferme vis-à-vis des traditionalistes de l&#8217;Institut du Bon Pasteur. Les liens de certains fidèles avec la mouvance d&#8217;extrême droite, dévoilés par France 2 le 27 avril, ont provoqué l&#8217;émoi chez les catholiques bordelais.
par Benjamin Seze


« Même si l&#8217;émission &#171;&#160;Les Infiltrés&#160;&#187; n&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em>Dans un communiqué diffusé jeudi 6 mai, Mgr Ricard, archévêque de Bordeaux, se veut ferme vis-à-vis des traditionalistes de l&#8217;Institut du Bon Pasteur. Les liens de certains fidèles avec la mouvance d&#8217;extrême droite, dévoilés par France 2 le 27 avril, ont provoqué l&#8217;émoi chez les catholiques bordelais.</em></p>
<p><em><strong>par Benjamin Seze</strong></em></p>
<p style="text-align: center"><em><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/6.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2678" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/6.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a><br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: justify">« Même si l&#8217;émission &laquo;&nbsp;<strong>Les Infiltrés</strong>&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas sans nous poser question en particulier sur le plan éthique, il n&#8217;empêche que nous devons à une chaîne du service public qu&#8217;une partie du voile se lève sur les convictions dissimulées et les incitations à la haine et à la violence d&#8217;un certain nombre de fidèles des courants <strong>traditionalistes</strong> et de leurs institutions.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Ainsi commence le <a href="http://bordeaux.catholique.fr/users/site/web/index.php?page=Root&amp;portlet=Document&amp;document_id=1064">communiqué du Conseil presbytéral</a> du diocèse de <strong>Bordeaux</strong>, diffusé jeudi 6 mai. Face à l&#8217;émoi suscité chez les catholiques bordelais par le reportage d&#8217;un journaliste de l&#8217;émission &laquo;&nbsp;Les Infiltrés&nbsp;&raquo;, diffusée par <strong>France 2</strong> le 27 avril, les 40 prêtres réunis les 4 et 5 mai autour de l&#8217;archévêque Mgr Ricard ont visiblement tenu à faire preuve de fermeté.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dans ce reportage, le journaliste met en lumière les liens existants entre les traditionalistes de l&#8217;Institut du <strong>Bon Pasteur</strong>, qui occupent, à Bordeaux, l&#8217;église Saint-Eloi, et le mouvement de jeunes <strong><em>Dies Irae</em></strong><strong> </strong>proche de l&#8217;<strong>extrême droite</strong>.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Des liens embarrassants que <a href="http://bordeaux.catholique.fr/users/site/web/index.php?page=Root&amp;portlet=Info&amp;info_id=4954">démentent</a> les responsables de Saint-Eloi. Mais les images laissent peu de place au doute. « Nous prenons acte de la déclaration de l&#8217;Institut du Bon Pasteur contestant tout lien avec quelque mouvance politique. Mais aujourd&#8217;hui cette seule déclaration ne suffit pas », commente le Conseil presbytéral.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">« On ne peut pas jouer les vierges effarouchées. Ces liens sont connus, affirmait mercredi 5 mai le père Jacques Faucher. Quand on critique les <strong>intégristes</strong> et que l&#8217;on dit que ce n&#8217;est pas qu&#8217;une question de messe en latin, tout le monde vous tombe dessus en vous traitant d&#8217;intolérant. Je suis bien content que ça éclate au grand jour.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Cinq ans d&#8217;expérimentation</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L&#8217;<strong>Institut du Bon Pasteur </strong>a été érigé à Bordeaux le <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1791&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=12">8 septembre 2006</a> par la Congrégation vaticane pour le clergé pour accueillir des prêtres et séminaristes du courant Lefebvriste, exclus de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Certains prêtres et laïcs, en <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1792&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=12">désaccord</a>, étaient montés au créneau.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">« Cette initiative a été imposée par Rome », affirme le père Hugues Walser qui, à l&#8217;époque, a choisi de démissionner du Conseil presbytéral. En février 2007, une convention a été signée entre l&#8217;Institut, dirigé par l&#8217;abbé <strong>Philippe Laguérie</strong>, et le diocèse de Bordeaux pour définir les conditions de la présence du Bon Pasteur.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">L&#8217;Eglise diocésaine et l&#8217;Institut se donnaient 5 ans, à titre expérimental, pour arriver à une communion.  « Il n&#8217;y a aujourd&#8217;hui aucune communion, assure Véronique de Poncheville, membre de l&#8217;équipe pastorale de Bruges-Le Bouscat. Dans nos paroisses, on constate le refus des traditionalistes de Saint-Eloi de tout dialogue ou débat. On ne peut pas parler avec eux.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Choqués par le reportage diffusé sur France 2, elle et 71 autres laïcs, prêtres et religieux (ses) ont écrit <a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1793&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=12">une lettre</a>, lundi 3 mai, à Mgr Ricard pour lui demander de prendre des mesures fortes et lever toute ambiguïté.  « Nous souhaitons, vis-à-vis des Bordelais, qu&#8217;il se démarque des groupuscules incriminés en refusant, par exemple, de venir bénir la procession du Saint-Sacrement organisée par le Bon Pasteur le 6 juin prochain et qui doit se conclure à la cathédrale. Nous lui demandons également de mettre en place la commission promise en 2007 qui devait veiller aux conditions d&#8217;une réelle communion ecclésiale.»</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dans son communiqué, diffusé jeudi 6 mai, Mgr Ricard a annoncé la mise en place d&#8217;  « une commission de relation avec les responsables de la <strong>paroisse Saint-Eloi</strong>. Elle aura pour tâche de veiller à la communication entre ceux-ci et les autres instances du diocèse. Elle sera chargée de traiter les contentieux éventuels.»</p>
<p>6 mai 2010</p>
<p><strong>Source : </strong><a href="http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1790&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1">http://www.temoignagechretien.fr/articles/article.aspx?Clef_ARTICLES=1790&amp;Clef_RUBRIQUES_EDITORIALES=1</a></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Le temps est venu de montrer l’actualité de l’Evangile pour le monde d’aujourd’hui</title>
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		<pubDate>Fri, 14 May 2010 08:57:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Ouverture(s)]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

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		<description><![CDATA[
 Les Réseaux du Parvis vous invitent à un Rassemblement à Lyon
les jeudi 11 et vendredi 12 novembre 2010, suivi de l’Assemblée Générale de Parvis le samedi 13
Engagés dans le dynamisme de projets convergents sur le plan européen et au niveau international, nous nous rassemblons pour revivifier en nous les intuitions de l’Evangile et, ainsi, éclairer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo-rass-parvis2.png"><img class="size-full wp-image-2518 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo-rass-parvis2.png" alt="" width="153" height="180" /></a></h1>
<p style="text-align: center;"><strong> </strong><strong></strong><strong>Les</strong> <strong>Réseaux du Parvis vous invitent à un Rassemblement à Lyon<br />
</strong><strong>les jeudi 11 et vendredi 12 novembre 2010, </strong><strong>suivi de l’Assemblée Générale de Parvis le samedi 13<span id="more-2521"></span></strong></p>
<p style="text-align: left;">Engagés dans le dynamisme de projets convergents sur le plan européen et au niveau international, nous nous rassemblons pour <strong>revivifier</strong> en nous les intuitions de l’Evangile et, ainsi, éclairer notre parcours, pour <strong>tisser</strong> des liens et nous enrichir mutuellement, pour <strong>manifester</strong> notre détermination à <strong>construire</strong>, avec d&#8217;autres, un monde plus digne pour notre humanité. </p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le programme de ces deux jours comprendra :  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Des temps de conférences et de débats</span></strong> autour des thèmes suivants :  </p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>L’évangile dans notre vie personnelle et communautaire pour aujourd’hui et demain avec Lytta Basset théologienne protestante et Gabriel Ringlet, théologien catholique.</li>
<li>Dans le monde d’aujourd’hui, quelle place pour Dieu ? avec Denis Pelletier, historien et Raphaël Picon, théologien protestant.</li>
<li>Une table ronde sur le thème : « Nos convictions et nos pratiques pour construire un monde plus juste et plus solidaire dans le respect de la Terre et des droits de l’Homme », avec la participation d’acteurs d’ATD Quart Monde, de la Cimade, de France Nature Environnement, de la JOC.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>  </p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Des temps de travail en petits groupes</span></strong> (‘<em>ateliers</em>’) qui auront deux objectifs :  </p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Elaborer un ‘<strong><em>Manifeste</em></strong>’ qui sera rédigé à partir des réflexions et des propositions des ateliers, et qui conduira à une proclamation finale.</li>
<li>Se retrouver autour de thèmes d’actualité (Société et Environnement, Eglise du 21<sup>è</sup> siècle ?, Evangile aujourd’hui, Spiritualités&#8230;).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Des temps de forum et des temps d’échanges libres</span></strong> dans des espaces d’expressions de nos associations et d’autres groupes présents.  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Un rassemblement hors les murs</span></strong> sur le Parvis de Fourvière pour proclamer le texte du ‘<strong><em>Manifeste</em></strong>’, le vendredi à partir de 18H30.  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cet événement aura lieu au « Domaine Lyon Saint Joseph » à Sainte Foy lès Lyon (à l’Ouest de Lyon, site Internet <a href="http://www.domaine-lyon-saint-joseph.fr">www.domaine-lyon-saint-joseph.fr</a> tel 04 78 59 22 35), où pourront être hébergés les premiers inscrits (d’autres lieux d’hébergements sont aussi prévus).  </p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Vous pouvez solliciter, sur la fiche d’inscription, une aide de la fédération « Réseau du Parvis » afin que personne ne soit empêché de venir pour une question financière.  </p>
<p><strong>INSCRIVEZ-VOUS RAPIDEMENT !!</strong> <strong> </strong>  </p>
<p><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Inscription-1.pdf">Inscription (1)</a></strong></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Lettre ouverte aux évêques catholiques du monde, par Hans Küng</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/04/17/lettre-ouverte-aux-eveques-catholiques-du-monde-par-hans-kung/</link>
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		<pubDate>Sat, 17 Apr 2010 20:21:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

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		<description><![CDATA[Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI, et moi-même étions entre 1962 et 1965 les plus jeunes théologiens du concile Vatican II. Aujourd&#8217;hui, nous sommes les deux plus âgés et les seuls à être encore pleinement en activité. Mon œuvre, je l&#8217;ai toujours mise au service de l&#8217;Eglise. C&#8217;est pourquoi, en ce cinquième anniversaire de l&#8217;intronisation du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI, et moi-même étions entre 1962 et 1965 les plus jeunes théologiens du concile Vatican II. Aujourd&#8217;hui, nous sommes les deux plus âgés et les seuls à être encore pleinement en activité. Mon œuvre, je l&#8217;ai toujours mise au service de l&#8217;Eglise. C&#8217;est pourquoi, en ce cinquième anniversaire de l&#8217;intronisation du pape, je me tourne vers les évêques, par cette lettre ouverte, préoccupé que je suis par le souci que nous donne notre Eglise en proie à la plus profonde crise de crédibilité qu&#8217;elle ait connue depuis la Réforme. Je n&#8217;ai en effet pas d&#8217;autres moyens de les atteindre.<span id="more-2551"></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg"><img class="size-full wp-image-2305  aligncenter" title="HKung" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg" alt="" width="300" height="402" /></a></p>
<p>J&#8217;ai beaucoup admiré le pape Benoît pour m&#8217;avoir, moi son critique, invité à une conversation amicale de quatre heures lors de son entrée en fonctions. Cette rencontre qui a été saluée dans l&#8217;opinion publique, c&#8217;est le moins que l&#8217;on puisse dire, avait éveillé en moi l&#8217;espoir que Joseph Ratzinger, mon ex-collègue de l&#8217;Université de Tübingen, finirait par trouver le chemin d&#8217;une rénovation de l&#8217;Eglise et d&#8217;un rapprochement œcuménique, dans l&#8217;esprit de Vatican II.</p>
<p>Cet espoir, comme celui de tant de catholiques engagés a, hélas, été déçu, ce que j&#8217;ai fait savoir au pape de diverses manières dans la correspondance que nous avons échangée depuis. Il a sans aucun doute rempli quotidiennement et consciencieusement les devoirs de sa charge et nous a également gratifiés de trois précieuses encycliques sur la foi, l&#8217;espérance et l&#8217;amour. Mais pour ce qui est des grands défis de notre temps, son pontificat se présente de plus en plus comme celui des occasions manquées et non des occasions saisies :</p>
<p>- Manqué le rapprochement avec les Eglises protestantes : il est vrai qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;Eglises au sens propre, et du coup, ni la reconnaissance de leurs hiérarchies ni un partage eucharistique ne sont possibles.</p>
<p>- Manqué l&#8217;accord durable avec les juifs : le pape a réintroduit une prière préconciliaire pour &laquo;&nbsp;que Dieu illumine le cœur des juifs et qu&#8217;ils connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes&nbsp;&raquo; ; il a réintégré dans l&#8217;Eglise des prélats schismatiques notoirement antisémites ; il pousse à la béatification de Pie XII et traite le judaïsme en simple racine du christianisme et non comme une communauté de croyance à part entière, qui suit sa propre voie vers le salut. Les juifs du monde ont, récemment encore, été scandalisés par les propos du prédicateur de la Maison pontificale, qui a comparé la critique envers le pape aux aspects les plus honteux de l&#8217;antisémitisme.</p>
<p>- Manqué le dialogue ouvert avec les musulmans : symptomatique a été le discours de Ratisbonne, dans lequel, mal conseillé, le pape a caricaturé l&#8217;islam en religion violente et inhumaine et a, par là, suscité une défiance nourrie de leur part.</p>
<p>- Manquée la réconciliation avec les peuples autochtones colonisés d&#8217;Amérique latine : le pape prétend avec le plus grand sérieux que ceux-ci auraient ardemment désiré adhérer à la religion de leurs conquérants.</p>
<p>- Manquée l&#8217;opportunité de venir en aide aux peuples africains dans leur lutte contre la surpopulation par la contraception et par l&#8217;autorisation des préservatifs pour lutter contre le sida.</p>
<p>- Manquée l&#8217;occasion de faire la paix avec la science moderne : par la reconnaissance sans équivoque de la théorie de l&#8217;évolution et par une tolérance nuancée pour les nouveaux domaines de recherche, par exemple sur les cellules-souches.</p>
<p>- Manquée enfin la chance de faire enfin de l&#8217;esprit de Vatican II la boussole de l&#8217;Eglise catholique et de faire avancer sa réforme.</p>
<p>Ce dernier point est particulièrement grave. Ce pape-là ne cesse de relativiser la portée des documents du concile et les interprète, dans un sens rétrograde opposé à l&#8217;inspiration de ses initiateurs. Il agit même ouvertement contre le concile œcuménique, lequel, selon le droit canon, constitue la plus haute autorité de l&#8217;Eglise catholique, ainsi :</p>
<p>- Il a réintégré sans conditions dans l&#8217;Eglise des évêques intégristes de la Fraternité Saint Pie X ordonnés illégalement, alors que ceux-ci rejettent le concile sur des points essentiels.</p>
<p>- Il encourage par tous les moyens le retour à la messe tridentine et célèbre à l&#8217;occasion lui-même l&#8217;eucharistie en latin, le dos tourné à l&#8217;assemblée.</p>
<p>- Il ne met pas en œuvre les recommandations officielles de l&#8217;Anglican Roman Catholic International Commission, qui dessinent le cadre du rapprochement avec l&#8217;Eglise d&#8217;Angleterre. En revanche, il cherche à débaucher le clergé anglican, quitte à renoncer à l&#8217;obligation du célibat pour attirer celui-ci dans le giron de l&#8217;Eglise catholique.</p>
<p>- En nommant à la tête de son administration des adversaires du concile (le secrétaire d&#8217;Etat, la Congrégation pour le culte divin) et des évêques réactionnaires dans le monde entier, il a renforcé la tendance anticonciliaire à l&#8217;intérieur même de l&#8217;Eglise.</p>
<p>Le pape Benoît XVI semble de plus en plus isolé de la grande majorité du peuple chrétien, qui, de son côté, se préoccupe de moins en moins de Rome et, dans le meilleur des cas, s&#8217;identifie aux communautés et aux évêques locaux.</p>
<p>Je sais que beaucoup d&#8217;évêques souffrent de cette situation : le pape est soutenu dans sa politique anticonciliaire par la Curie romaine. Il cherche à étouffer toute critique venue de l&#8217;épiscopat et de l&#8217;Eglise, il s&#8217;efforce de discréditer ses contradicteurs par tous les moyens. Via un nouvel étalage de manifestations médiatiques et baroques, on tente de démontrer qu&#8217;il existe encore à Rome une Eglise puissante gouvernée par un &nbsp;&raquo; vicaire du Christ &nbsp;&raquo; absolu qui a en mains tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. La politique de restauration de Benoît XVI n&#8217;en est pas moins un échec. Toutes les mises en scène, les voyages et les documents produits par lui et ses prédécesseurs se sont révélés incapables d&#8217;orienter, dans le sens que voulait Rome, l&#8217;opinion de la plus grande partie des fidèles sur les questions controversées, en particulier sur celle de la morale sexuelle. Et même les rencontres de la jeunesse avec un pape auquel seuls des groupes traditionalistes ou charismatiques rendent visite, n&#8217;ont pu ni freiner les défections ni réveiller les vocations.</p>
<p>Mais ce sont bien les évêques, qui sont le plus à plaindre : des dizaines de milliers de prêtres se sont défroqués, depuis le concile, à cause de la règle du célibat. La génération montante dans le clergé séculier (mais aussi régulier) souffre d&#8217;une baisse drastique de niveau quantitatif et qualitatif. Le clergé actuel est partagé entre résignation et frustration, et le phénomène atteint désormais les couches les plus militantes. Beaucoup se sentent abandonnés à leur misère et souffrent de l&#8217;état de l&#8217;Eglise. On sait ce qui attend nombre de diocèses : des églises, séminaires, paroisses de plus en plus clairsemés. Dans plusieurs pays, à cause du manque de prêtres, les communautés sont, souvent contre leur gré, fusionnées en gigantesques &laquo;&nbsp;unités d&#8217;assistance spirituelle&nbsp;&raquo; où les quelques prêtres restant sont surchargés, simple simulacre de réforme…</p>
<p>Et voilà qu&#8217;à tous ces facteurs de crise s&#8217;ajoute désormais le scandale des abus sexuel dont des prêtres se sont rendus coupables sur des milliers d&#8217;enfants et d&#8217;adolescents, que ce soit aux Etats-Unis, en Irlande, en Allemagne ou ailleurs – tout cela dans le silence d&#8217;une hiérarchie soumise à une crise de confiance sans précédent. Il est impossible de taire le fait que le système de camouflage mondialisé des cas de déviance sexuelle dus à des membres du clergé a été piloté par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, où ceux-ci étaient centralisés dans le plus grand secret, autrement dit par le cardinal Ratzinger (qui l&#8217;a dirigée de 1981 à 2005), et déjà sous Jean Paul II. Aussi tard que le 18 mai 2001, Ratzinger adressa solennellement une lettre aux évêques du monde sur les &laquo;&nbsp;délits les plus graves&nbsp;&raquo; (Epistula de delictis gravioribus). Les cas d&#8217;abus sexuel devaient être couverts par le Secretum pontificum, protégé par un arsenal de peines ecclésiastiques prévus en cas d&#8217;infraction. Il est donc tout à fait justifié que beaucoup réclament de l&#8217;ex-préfet et pape actuel un mea culpa personnalisé. Hélas, l&#8217;occasion fournie par la semaine sainte a été manquée. En lieu et place, nous avons eu droit, lors du dimanche de Pâques, à une protestation d&#8217;innocence &laquo;&nbsp;urbi et orbi&nbsp;&raquo; par le doyen des cardinaux.</p>
<p>Les effets de tous les scandales pour la réputation de l&#8217;Eglise catholique sont dévastateurs. C&#8217;est vrai aussi pour des dignitaires de haut rang. Sur d&#8217;innombrables pasteurs des âmes et éducateurs irréprochables qui se dépensent sans compter, pèse désormais un soupçon collectif. C&#8217;est aux évêques qu&#8217;il revient de poser la question de ce qui doit advenir de leurs diocèses et de notre Eglise et de ce à quoi elle va ressembler dans dix ans, compte tenu de la situation de la crise des vocations et de la pyramide des âge du clergé actuel. Ici, je ne souhaite pas ébaucher devant vous un programme de réforme ; j&#8217;ai déjà pratiqué plusieurs fois cet exercice avant et après le concile. Je voudrais seulement avancer six propositions dont je suis convaincu qu&#8217;elles recevraient le soutien de millions de catholiques qui n&#8217;ont actuellement pas voix au chapitre :</p>
<p>1) En finir avec la loi du silence : en choisissant le silence, les évêques se rendent complices de dérives bien graves et nombreuses. Or là où ceux-ci tiennent les règlements, dispositions et mesures en vigueur pour contre-productives, mieux vaut dire publiquement les choses. Pas d&#8217;adresses de dévouement à Rome, mais des exigences de réforme !</p>
<p>2) Prendre les réformes en main : ils sont nombreux dans l&#8217;Eglise et dans l&#8217;épiscopat à se plaindre de Rome sans rien faire eux-mêmes. Mais quand on en arrive à une situation où le service divin est déserté, le pastorat dépourvu de moyen, quand on s&#8217;ouvre de moins en moins à la misère du monde, et que le rapprochement œcuménique est réduit à sa plus simple expression, il est trop facile de mettre tout sur le dos de Rome. Evêque, prêtre ou laïc, que chacun dans sa sphère d&#8217;influence, grande ou petite, apporte sa pierre à la revitalisation de l&#8217;Eglise. Bien des accomplissements dans les paroisses et dans l&#8217;ensemble de l&#8217;Eglise sont mis en branle à l&#8217;initiative d&#8217;individus ou de petits groupes. En tant que tels, les évêques doivent soutenir et encourager de telles initiatives et, particulièrement en ce moment, répondre aux plaintes justifiées des croyants.</p>
<p>3) Aller de l&#8217;avant collégialement : le concile, après de vifs débats et en dépit de l&#8217;opposition constante de la Curie, a décrété la collégialité du pape et des évêques, décision qui allait dans le sens de l&#8217;histoire apostolique, où Pierre ne faisait rien sans consulter le Collège des apôtres. Mais les papes et la Curie ont, dans la période post-conciliaire, fait fi cette décision essentielle du concile. Depuis que Paul VI, deux ans à peine après Vaticant II, et sans consultation de l&#8217;épiscopat, a publié une encyclique en faveur de la règle controversée du célibat, l&#8217;administration et la politique pontificale se sont remises à fonctionner sur le mode le moins collégial qui soit. Jusqu&#8217;à présent, en matière de liturgie, le pape agit en monarque absolu, et les évêques dont il aime à s&#8217;entourer sont comme des figurants, sans droit ni voix. Voilà pourquoi ceux-ci ne doivent pas seulement réagir au niveau individuel, mais entreprendre des actions en commun avec les autres prélats, prêtres, et tout le peuple qui constitue l&#8217;Eglise, hommes et femmes confondus.</p>
<p>4) La soumission totale n&#8217;est due qu&#8217;à Dieu seul : lors de leur intronisation, les évêques font vœu d&#8217;obéissance absolue au pape. Mais une obéissance totale n&#8217;est jamais due à une autorité humaine, mais à Dieu seul. Ces vœux ne doivent donc pas interdire de dire la vérité sur la crise que traverse l&#8217;Eglise, les diocèses, les territoires. Les évêques ne feront que suivre l&#8217;exemple de l&#8217;apôtre Paul qui résista à Pierre &laquo;&nbsp;en face, parce qu&#8217;il s&#8217;était donné tort&nbsp;&raquo; (Galates 2, 11) ! Une pression sur la hiérarchie romaine exercée dans un esprit fraternel et chrétien peut s&#8217;avérer légitime, dès lors que cette hiérarchie s&#8217;écarte de l&#8217;esprit évangélique et de sa mission. La liturgie en langue vernaculaire, la modification du droit des mariages interreligieux, l&#8217;affirmation de la tolérance, de la démocratie, des droits de l&#8217;homme, de l&#8217;œcuménisme et tant d&#8217;autres choses ne seront acquises qu&#8217;au prix d&#8217;une pression opiniâtre de la base.</p>
<p>5) Résoudre les problèmes au niveau local : au Vatican, on se bouche souvent les oreilles devant les demandes justifiées de l&#8217;épiscopat, de la prêtrise et du laïcat. C&#8217;est une raison de plus pour mettre en pratique intelligemment des solutions régionales ou locales aux problèmes qui se posent. Un de ceux-là, particulièrement sensible, est celui du célibat, qui, justement dans le contexte des scandales d&#8217;abus sexuels, vient tout naturellement à l&#8217;ordre du jour un peu partout. Changer les choses contre la volonté de Rome semble presque impossible. On n&#8217;en est pas condamné pour autant à la passivité : un prêtre qui après mûre réflexion pense se marier ne devrait pas ipso facto être déchu de son ministère, surtout si son évêque et sa paroisse sont avec lui. Peut-être quelques conférences épiscopales pourraient-elles prendre les devants au niveau régional. Mais rien ne vaut une solution globale. C&#8217;est pourquoi :</p>
<p>6) Il faut exiger un concile : de même qu&#8217;il a fallu convoquer un concile pour réformer la liturgie et promouvoir la tolérance, l&#8217;œcuménisme et le dialogue interreligieux, de même le caractère désormais urgent du problème de la réforme en requiert un autre.</p>
<p>Le concile de Constance, un siècle avant la Réforme, s&#8217;était prononcé pour une convocation quinquennale des conciles, ce que la Curie romaine s&#8217;est empressé de mettre sous le boisseau. Nul doute que celle-ci fera aujourd&#8217;hui encore tout son possible pour empêcher un nouveau concile qui pourrait avoir pour effet de limiter son pouvoir. C&#8217;est donc la responsabilité des évêques d&#8217;en imposer la réunion, ou du moins de celle d&#8217;une assemblée épiscopale représentative.</p>
<p>Face à la crise que vit l&#8217;Eglise, j&#8217;adjure les évêques de mettre dans la balance le poids de leur autorité épiscopale réévaluée par le concile. Dans cette situation abyssale, les yeux du monde sont tournés vers eux. Un nombre inimaginable de gens ont perdu confiance en l&#8217;Eglise catholique. Seul un abord ouvert et franc des problèmes et des réformes que ceux-ci impliquent est en mesure de la restaurer. Je demande, avec tout le respect qui est dû aux évêques, qu&#8217;ils y contribuent, autant que possible en commun mais, si nécessaire, aussi seuls, &laquo;&nbsp;avec assurance&nbsp;&raquo; (Actes des apôtres 4, 29-31). Ainsi adresseront-il aux fidèles un signe d&#8217;espérance et d&#8217;encouragement, et à notre Eglise, une perspective de salut.</p>
<p><strong>Auteur : Hans Küng, théologien.<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Nicolas Weill<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 17 avril 2010</strong></p>
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		<title>Connaissez-vous Sabîl ?</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Apr 2010 09:01:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Ouverture(s)]]></category>

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		<description><![CDATA[Chaque jeudi à midi, heure de Jérusalem, l&#8217;association théologique palestinienne Sabîl organise une célébration de communion œcuménique. C&#8217;est le temps de célébrer l’eucharistie, examiner comment les écritures s’appliquent à la vie en Palestine aujourd’hui et prier pour les besoins particuliers de la région. Dans leurs fuseaux horaires respectifs, des individus et des groupes partout dans le monde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Chaque jeudi à midi, heure de Jérusalem, l&#8217;association théologique palestinienne <a href="http://www.sabeel.org" target="_blank">Sabîl</a> organise une célébration de communion œcuménique. C&#8217;est le temps de célébrer l’eucharistie, examiner comment les écritures s’appliquent à la vie en Palestine aujourd’hui et prier pour les besoins particuliers de la région. Dans leurs fuseaux horaires respectifs, des individus et des groupes partout dans le monde prient en union avec eux<span id="more-2549"></span>, en solidarité avec Sabîl à Jérusalem, des “Amis de Sabîl” et des artisans de paix partout dans le monde. Partant de l’Australie, traversant la Palestine et tout autour du monde ils prieront pour la paix dans la justice et porteront leur attention sur des questions locales et mondiales chaque semaine.</p>
<h3>Vague de prière pour le jeudi 15 avril 2010</h3>
<p>1) Un ordre militaire israélien qui vient d’être révélé et prend effet cette semaine permet la déportation ou l’expulsion de la Cisjordanie de dizaines de milliers de gens. Des Palestiniens nés à Gaza, des conjoints de Palestiniens nés à l’étranger, des militants internationaux semblent devoir être les premières cibles de la police mais la formulation ambiguë de cet ordre met en danger la presque totalité de la population de Cisjordanie. Prions pour que cette injustice soit arrêtée avant que des familles et des communautés ne soient démembrées. Pour plus d’information (en anglais), vous pouvez consulter le site de <a href="http://www.haaretz.com/hasen/spages/1162075.html" target="_blank">Haaretz</a> ainsi que celui de <a href="http://www.hamoked.org.il/news_main_en.asp?id=901" target="_blank">Hamoked</a>.</p>
<p>2) Le 17 avril est “le jour des prisonniers” en Palestine. Ce jour là, nous nous souvenons qu’il y a actuellement près de 8.000 Palestiniens dans les geôles israéliennes, y compris les 259 personnes maintenues en “détention administrative” sans inculpation ni jugement et 337 mineurs (dont 41 ont moins de 16 ans). Actuellement, de nombreux prisonniers observent une grève de la faim pour attirer l’attention sur les mauvaises conditions auxquelles ils sont soumis. Prions pour que leur message soit entendu par ceux qui exercent le pouvoir. Puissent-ils trouver soulagement et justice.</p>
<p>3) Cette semaine est un moment de transition pour les Amis de Sabîl du Royaume-Uni. Anne Clayton va assurer le rôle de coordination à la suite de Jennifer Oldershow. Nous sommes très reconnaissants à Jennifer pour les cinq années qu’elle a consacrées à ce service et nous sommes heureux de travailler avec Anne au cours des prochaines années. Nous remercions Dieu pour le témoignage des Amis de Sabîl du Royaume-Uni et les autres groupes d’Amis de Sabîl dans le monde.</p>
<p>4) Au moment ou prend fin la visite des témoins anglophones de Sabîl et celle des témoins de Sabîl des Pays-Bas, prions pour les douzaines de participants qui vont bientôt rentrer chez eux partager ce qu’ils ont vécu. Puissent-ils trouver des moyens forts de sensibiliser leurs familles et leurs amis au besoin d’une paix juste en Palestine et en Israël.</p>
<p>Cette semaine, nous nous associons à la prière du Conseil Œcuménique des Églises pour le Japon,la Corée du Nord, la Corée du Sud et Taiwan.</p>
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		<title>Chrétiens des Parvis, qui sommes-nous ? par Cécile Entremont</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 11:39:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[NSAE, qui est membre fondateur des &#171;&#160;Réseaux des Parvis&#160;&#187;, se retrouve tout à fait dans la présentation qu&#8217;en fait ci-dessous la présidente de la Fédération et ne comprend pas la description caricaturale qu&#8217;en donne Pierre Castaner. 














Catholiques d’ouverture, protestants libéraux, unitariens, nous sommes plus de cinq mille chrétiens &#8211; au sein de cinquante associations françaises &#8211; regroupés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><em><strong>NSAE, qui est membre fondateur des &laquo;&nbsp;Réseaux des Parvis&nbsp;&raquo;, se retrouve tout à fait dans la présentation qu&#8217;en fait ci-dessous la présidente de la Fédération et ne comprend pas la description caricaturale qu&#8217;en donne Pierre Castaner. </strong></em></p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td width="100%"></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Convertir en PDF" href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index2.php?option=com_content&amp;do_pdf=1&amp;id=22" target="_blank"></a></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Version imprimable" href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index2.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=22&amp;pop=1&amp;page=0&amp;Itemid=77" target="_blank"></a></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Suggérer par mail" href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index2.php?option=com_content&amp;task=emailform&amp;id=22&amp;itemid=77" target="_blank"></a></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<table style="text-align: justify">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" valign="top">
<p style="text-align: justify"><strong>Catholiques d’ouverture, protestants libéraux, unitariens, nous sommes plus de cinq mille chrétiens &#8211; au sein de cinquante associations françaises &#8211; regroupés depuis dix ans par les Réseaux du Parvis.</strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Comme dans d’autres courants de l’Eglise émergente, les associations du Parvis se constituent à partir d’une préoccupation, d’une motivation ou d’une recherche commune qui les rejoint dans leur quotidien et qui cimente leurs liens. Ces associations se structurent quelque peu au fil du temps (statuts, assemblées, ateliers réguliers, conférences, publications) : elles ont aujourd’hui entre trente et dix ans d’existence. Elles peuvent toutes arguer de leur légitimité, tout à fait reconnue d’ailleurs par leur appartenance à Parvis, qui permet la saine confrontation.</p>
<p style="text-align: justify">Protestation à l’encontre de la « monarchie romaine », vigilance politique par rapport aux collusions de pouvoir spirituel et temporel, contestation des règles morales et du sexisme catholique en particulier, « option préférentielle pour les pauvres », recherche d’intériorité partagée, actualisation des textes et du langage de la foi : autant de vecteurs de rassemblement sur le Parvis !</p>
<p style="text-align: justify">Le Parvis est un passage ouvert, entre l’intérieur et le monde extérieur ; c’est un espace de rencontres, de débats, d’innovations. Un lieu de liberté et de créativité !</p>
<p style="text-align: justify">Sur le Parvis, ça circule, on rencontre encore d’autres groupes d’autres appartenances, croyants ou non .. Et enfin, sur le Parvis, on est tous à la même hauteur ! pas de piédestal, de chaire, de hiérarchie : le réseau est horizontal, souple, ouvert.</p>
<p style="text-align: justify">Les « chercheurs de vérité » à la suite de Jésus qui se rassemblent au Parvis pratiquent une ecclésiologie nouvelle en partageant les diverses manières de concrétiser leurs valeurs communes :</p>
<p style="text-align: justify">• la fidélité au message de l’Evangile,</p>
<p style="text-align: justify">• la primauté de l’humain et des chemins d’humanisation</p>
<p style="text-align: justify">• la nécessité du dialogue et du débat,</p>
<p style="text-align: justify">• la fraternité humaine et la solidarité face à toutes les exclusions,</p>
<p style="text-align: justify">• la liberté de recherche spirituelle et théologique.<em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-weight: normal">source : http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/reseaux-du-parvis/notre-proposition/notre-proposition.html</span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
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		<title>De nouveaux défis pour la théologie de la libération</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2010/04/08/de-nouveaux-defis-pour-la-theologie-de-la-liberation/</link>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 22:52:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[par François Houtart,
 Fondateur et président du Centre Tricontinental, et professeur émérite de sociologie à l’Université Catholique de Louvain ; co-lauréat 2009 du prix Madansheet Singh remis à l’UNESCO le 16 novembre 2009.




La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">par <strong>François Houtart,</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong><em>Fondateur et président du Centre Tricontinental, et professeur émérite de sociologie à l’Université Catholique de Louvain ; co-lauréat 2009 du prix Madansheet Singh remis à l’UNESCO le 16 novembre 2009.</em></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/houtart_18.111.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2486" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/houtart_18.111-300x212.jpg" alt="" width="300" height="212" /></a></p>
<p style="text-align: center"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify">La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui se prétend hors du temps. Ce que l’on pourrait appeler une théologie sur la Lune… Toute théologie est toujours contextuelle. Parce qu’elle est théologie, elle est composée de nombreux chapitres : une ecclésiologie, une christologie, une théologie sacramentaire et liturgique, une théologie morale et une doctrine sociale. Pour la théologie dela libération, le contexte est explicité : c’est celui de la réalité des pauvres et des opprimés, de leurs luttes et de leur vie de foi au sein de ces réalités. C’est là que l’on trouve Dieu, selon l’option spécifique de Jésus-Christ dans l’Evangile. Quelqu’un a pu dire <em> : ” La théologie de la libération ne se demande pas tellement si Dieu existe, mais où il se trouve ”</em>.  La théologie de la libération s’est développée en Amérique latine, à partir des années 1960, après le Concile Vatican II, et elle a inspiré de nombreuses démarches spirituelles et des engagements sociaux. Nous allons nous limiter à la morale sociale qu’elle développe, car c’est elle qui a sans doute eu la répercussion la plus importante, et qui nous permettra de poser la question de son opportunité dans la situation contemporaine.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>1. Une lecture de la société</strong></p>
<p style="text-align: justify">Une éthique sociale se construit à partir d’une lecture, explicite ou implicite, de la réalité. C’est, en effet, en fonction de cette approche que se définit le jugement moral. Nous allons le montrer en comparant l’éthique sociale de la doctrine traditionnelle de l’Eglise catholique avec celle de la théologie de la libération. Dans le premier cas, l’enseignement récent, celui de Jean Paul II, affirme que la doctrine sociale possède un statut au-delà de toutes les disciplines. Ce qui veut dire qu’elle est une partie intégrante de la Révélation, et que seule l’autorité ecclésiastique est en mesure d’en garantir l’authenticité.</p>
<p style="text-align: justify">En revanche, la théologie de la libération affirme le caractère fondamental de la médiation de l’analyse sociale pour arriver au raisonnement éthique en tant qu’élément d’orientation du jugement. En d’autres termes, son choix de l’analyse est explicite. En l’occurrence, il s’agit de celle qui rend le mieux compte de la situation des plus pauvres, de celle qui permet de regarder le monde avec les yeux des exclus. Pour elle, c’est une exigence de l’Evangile, critère pré-scientifique pourrait-on dire, et véritablement contraignant. Donc d’ordre éthique.   Il en résulte deux démarches très différentes. La doctrine sociale de l’Eglise adopte, de fait, une lecture implicite de la réalité sociale. Cette dernière, dans cette perspective, est composée de strates (parfois appelées classes) superposées ou juxtaposées : il y a des ouvriers, des employés, des paysans, des classes moyennes, des patrons. La théologie de la libération, quant à elle, perçoit la société contemporaine en termes de structures de classes, c’est-à-dire de groupes sociaux reliés entre eux structurellement, en fonction de leurs positions respectives dans un système économique, politique et culturel déterminé. Aujourd’hui, la structure sociale est définie par la logique des rapports sociaux du capitalisme. Il n’en a pas toujours été ainsi : dans l’histoire, il y a eu des sociétés de classe précapitalistes et des organisations sociales construites sur les rapports de parenté, par exemple. Les conséquences pratiques sont très importantes.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le premier cas, le bien social consistera à faire collaborer les diverses strates sociales pour réaliser le « bien commun », chacun jouant son rôle à sa place, mais sans remettre en question la logique des rapports sociaux. Au plan politique, très logiquement, cela débouche sur la Démocratie chrétienne. Dans le second cas, c’est la structure de classes qui crée les injustices. Il s’agit donc de la transformer et de remonter à l’origine du problème, c’est-à-dire de lutter contre ce qui permet à une minorité de s’approprier les richesses.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le premier cas, on pourra à la fois condamner durement le capitalisme “sauvage” et voir dans l’« économie sociale de marché » ou le capitalisme “civilisé”, la solution à l’harmonie sociale. Dans le second, au contraire, c’est la logique même du capitalisme qui doit être contestée et remplacée par une autre conception de l’économie.</p>
<p style="text-align: justify">Et c’est ici qu’intervient l’analyse marxiste, comme démarche explicite, estimée la plus adaptée à rendre compte de la réalité sociale à partir de la vision des pauvres. Il ne s’agit pas pour autant d’un dogme, mais d’une méthode d’interrogation du réel. Elle a donc été adoptée par la plupart des théologiens de la libération pour des raisons très claires.</p>
<p style="text-align: justify">Contrairement à ce qu’ont affirmé ses détracteurs, et notamment la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’utilisation de ce type d’analyse ne mène pas automatiquement à l’athéisme. Il est cependant exact que cette démarche introduit explicitement une nouvelle instance de jugement pour formuler une éthique sociale : celle de la médiation de l’analyse. Elle relativise donc toute doctrine sociale, dans la mesure où cette dernière se formule nécessairement à partir d’une analyse, et peut donc être critiquée par une démarche relevant des sciences sociales. Cela remet en question le monopole de l’autorité religieuse en tant qu’unique instance de jugement.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>2. Crise de civilisation</strong></p>
<p style="text-align: justify">Nous assistons actuellement à une crise profonde du système économique. Elle va bien au-delà de la crise financière dont tout le monde parle, et qui, selon certains, pourrait être seulement conjoncturelle et donc susceptible d’être résolue par des régulations. Or, en fait, le volet financier n’est que l’un des aspects du problème. L’ensemble des crises auxquelles nous assistons possède une origine commune : la logique du capitalisme. Cette logique fait du taux de profit l’axe de l’économie et de l’accumulation du capital son moteur, le tout dans l’ignorance des externalités, c’est-à-dire des dommages écologiques et sociaux qui n’entrent pas dans le calcul du capital.</p>
<p style="text-align: justify">La crise alimentaire a été provoquée non par une faille de la production, mais essentiellement par la spéculation. La crise énergétique est due à un modèle de développement énergivore favorable à l’accumulation. La crise climatique, liée à la manière d’utiliser les ressources naturelles en les exploitant et les détruisant quand elle ne constituent que des externalités, s’est accélérée avec la phase néolibérale du capitalisme. C’est à ce moment-là que les émissions de gaz à effet de serre et la température de l’univers ont pris une courbe ascendante accélérée.</p>
<p style="text-align: justify">Enfin la crise sociale, qui réduit plus de 800 millions de personnes à la faim et la misère, tandis qu’une minorité de riches concentre les revenus de la planète, est le résultat de la recherche de la maximisation des profits. Il est plus intéressant, pour l’accumulation du capital, de produire des biens et des services sophistiqués pour 20 % de la population disposant d’un pouvoir d’achat, que de le faire pour le reste du genre humain n’ayant que peu ou pas de possibilités de consommation.</p>
<p style="text-align: justify">C’est donc bien une logique qui est à l’oeuvre, portée par des classes sociales dont les intérêts sont liés au modèle de croissance. C’est cette logique qu’il faut changer, en créant un nouveau rapport de forces. Voilà le grand défi de l’humanité contemporaine, aussi bien sur le plan de la répartition des ressources que sur celui de la manière de les produire.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>3. Des tâches nouvelles</strong></p>
<p style="text-align: justify">Face à ces situations, la théologie de la libération est confrontée à des tâches nouvelles, et d’abord à une extension de ses perspectives. Les politiques néolibérales menées pendant plus de trente ans ont en effet élargi considérablement le champ d’application de la logique capitaliste. Tous les groupes sociaux subalternes ou moyens sont aujourd’hui affectés par la loi du marché, et plus seulement la classe ouvrière. Cette dernière a été le premier groupe social à se situer de façon antagonique au capital, du fait d’un rapport direct capital/travail. C’est ce que l’on pourrait appeler une soumission réelle du second au premier : le travailleur ne peut plus produire sans le capital, qui devient hégémonique et domine la production et la distribution des produits et des services.</p>
<p style="text-align: justify">Mais, avec la libéralisation des échanges au plan mondial et la domination progressive du capital financier, la soumission formelle &#8211; c’est-à-dire par d’autres moyens que le salariat &#8211; s’est étendue à tous les milieux sociaux. La fixation des prix agricoles par des Bourses internationales affecte tout le monde paysan. Les paysans sans terre sont les victimes de la re-concentration de la propriété ; les peuples indigènes perdent leurs territoires sous les coups de boutoir des compagnies pétrolières ou minières, et de l’agro-négoce ; les femmes sont les premières victimes de la privatisation de l’eau, de l’électricité, des soins de santé, de l’éducation. Il faut ajouter à tout cela la destruction accélérée de la nature et la détérioration de l’environnement, surtout de celui des plus pauvres.</p>
<p style="text-align: justify">On peut donc affirmer que le sujet historique que fut la classe ouvrière au cours des siècles précédents n’est plus aujourd’hui que l’une des composantes &#8211; importante sans aucun doute &#8211; d’un sujet plus vaste, pluriel, mais populaire. D’où l’ensemble des luttes qui se sont développées au cours des dernières décennies, et l’importance de leur convergence dans des initiatives telles que les Forum sociaux mondiaux.</p>
<p style="text-align: justify">On a vu aussi se développer de nouvelles perspectives dans la théologie de la libération : une théologie de l’écologie, avec Leonardo Boff, par exemple ; une théologie de la libération dans une perspective féministe, avec Yvone Guebara ; une théologie des peuples indigènes ; également une attention particulière accordée au sujet (Franz Hinkelamert). Certains auteurs ont été influencés par les courants postmodernes qui ont fleuri en philosophie et en sciences sociales, suite à l’échec des dogmatismes idéologiques. Cela n’alla pas sans risques pour la perte du caractère global de l’analyse fournie par l’approche marxiste. Or c’est précisément cette dimension qui est aujourd’hui essentielle, à un moment où la pensée dominante fragmente les divers aspects d’une crise de système.</p>
<p style="text-align: justify">La prise de conscience du fait qu’il s’agit d’une question de civilisation, et donc de survie aussi bien de l’univers que du genre humain, met en lumière l’importance d’une éthique dont le fondement est la possibilité de la continuité de la vie de la planète et de l’humanité. C’est peut-être la tâche la plus urgente de la théologie de la libération aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify">Enfin, il ne suffit pas de s’attacher à l’analyse critique de la logique structurant actuellement le fonctionnement de la société. Il faut se tourner vers l’avenir. Quelles sont les grandes orientations qui permettront de vivre les valeurs du « règne de Dieu » ? Il s’agit du respect de la nature ; d’une économie répondant aux besoins des personnes et des peuples, et pas seulement à l’accroissement des taux de profit ; de l’établissement de la démocratie au sein de tous les rapports sociaux, y compris de genre, et remettant en valeur le sujet ; de la multiculturalité donnant à toutes les cultures, les philosophies, les religions, la possibilité de construire l’éthique nécessaire à la transition vers une société postcapitaliste.</p>
<p style="text-align: justify">De tels enjeux appellent une nouvelle étape d’analyse afin de développer une démarche théorique donnant une cohérence à l’ensemble des initiatives déjà en cours dans ces divers domaines. Ils exigent aussi des convergences dans l’action, tant au niveau des mouvements sociaux que de l’agir politique. La théologie de la libération a aussi sa place dans cette construction nouvelle : celle de contribuer à préciser l’éthique collective et individuelle, comme base de l’engagement et de la spiritualité de nombreux acteurs sociaux, et cela au-delà des frontières religieuses.</p>
<p><em>(Exposé présenté lors du débat organisé à Paris par l’association France-Amérique latine le 31 mars 2010.)</em></p>
<p><strong>Source</strong><em> : publié le lundi 5 avril 2010 </em></p>
<p><em>sur </em><em>http://www.medelu.org/spip.php?article395</em></p>
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		<title>L&#8217;Eglise est menacée de devenir une sous-culture, par Mgr Albert Rouet</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Apr 2010 17:38:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet est l&#8217;une des figures les plus libres de l&#8217;épiscopat français. Son ouvrage J&#8217;aimerais vous dire (Bayard, 2009) est un best-seller dans sa catégorie. Vendu à plus de 30.000 exemplaires, lauréat du Prix 2010 des lecteurs de La Procure, ce livre d&#8217;entretiens porte un regard assez critique sur l&#8217;Eglise catholique. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet est l&#8217;une des figures les plus libres de l&#8217;épiscopat français. Son ouvrage <em>J&#8217;aimerais vous dire</em> (Bayard, 2009) est un best-seller dans sa catégorie. Vendu à plus de 30.000 exemplaires, lauréat du Prix 2010 des lecteurs de La Procure, ce livre d&#8217;entretiens porte un regard assez critique sur l&#8217;Eglise catholique. A l&#8217;occasion de Pâques, Mgr Rouet livre ses réflexions sur l&#8217;actualité et son diagnostic sur son institution.<span id="more-2474"></span></p>
<p><strong>L&#8217;Eglise catholique est secouée depuis plusieurs mois par la révélation de scandales de pédophilie dans plusieurs pays européens. Cela vous a-t-il surpris ?</strong></p>
<p>Je voudrais d&#8217;abord préciser une chose : pour qu&#8217;il y ait pédophilie, il faut deux conditions, une perversion profonde et un pouvoir. Cela signifie que tout système clos, idéalisé, sacralisé est un danger. Dès lors qu&#8217;une institution, y compris l&#8217;Eglise, s&#8217;érige en position de droit privé, s&#8217;estime en position de force, les dérives financières et sexuelles deviennent possibles. C&#8217;est ce que révèle cette crise, et cela nous oblige à revenir à l&#8217;Evangile ; la faiblesse du Christ est constitutive de la manière d&#8217;être de l&#8217;Eglise.</p>
<p>En France, l&#8217;Eglise n&#8217;a plus ce type de pouvoir ; cela explique qu&#8217;on est face à des fautes individuelles, graves et regrettables, mais que l&#8217;on ne connaît pas une systématisation de ces affaires.</p>
<p><strong>Ces révélations surviennent après plusieurs crises, qui ont jalonné le pontificat de Benoît XVI. Qui malmène l&#8217;Eglise ?</strong></p>
<p>Depuis quelque temps, l&#8217;Eglise est battue d&#8217;orages, externes et internes. On a un pape qui est plus théoricien qu&#8217;historien. Il est resté le professeur qui pense que quand un problème est bien posé, il est à moitié résolu. Mais dans la vie, ce n&#8217;est pas comme cela ; on se heurte à la complexité, à la résistance du réel. On le voit bien dans nos diocèses, on fait ce qu&#8217;on peut ! L&#8217;Eglise peine à se situer dans le monde tumultueux dans lequel elle se trouve aujourd&#8217;hui. C&#8217;est le coeur du problème.</p>
<p>Au-delà, deux choses me frappent dans la situation actuelle de l&#8217;Eglise. Aujourd&#8217;hui, on y constate un certain gel de la parole. Désormais, le moindre questionnement sur l&#8217;exégèse ou la morale est jugé blasphématoire. Questionner ne va plus de soi, et c&#8217;est dommage. Parallèlement, règne dans l&#8217;Eglise un climat de suspicion malsain. L&#8217;institution fait face à un centralisme romain, qui s&#8217;appuie sur tout un réseau de dénonciations. Certains courants passent leur temps à dénoncer les positions de tel ou tel évêque, à faire des dossiers contre l&#8217;un, à garder des fiches contre l&#8217;autre. Ces comportements s&#8217;intensifient avec Internet.</p>
<p>En outre, je note une évolution de l&#8217;Eglise parallèle à celle de notre société. Celle-ci veut plus de sécurité, plus de lois, celle-là plus d&#8217;identité, plus de décrets, plus de règlements. On se protège, on s&#8217;enferme, c&#8217;est le signe même d&#8217;un monde clos, c&#8217;est catastrophique !</p>
<p>En général, l&#8217;Eglise est un bon miroir de la société. Mais aujourd&#8217;hui, dans l&#8217;Eglise, les pressions identitaires sont particulièrement fortes. Tout un courant, qui ne réfléchit pas trop, a épousé une identité de revendication. Après la publication de caricatures dans la presse sur la pédophilie dans l&#8217;Eglise, j&#8217;ai eu des réactions dignes des intégristes islamistes sur les caricatures de Mahomet ! A vouloir paraître offensif, on se disqualifie.</p>
<p><strong>Le président de la conférence épiscopale, Mgr André Vingt-Trois l&#8217;a redit à Lourdes le 26 mars : l&#8217;Eglise de France est marquée par la crise des vocations, la baisse de la transmission, la dilution de la présence chrétienne dans la société. Comment vivez-vous cette situation ?</strong></p>
<p>J&#8217;essaie de prendre acte que nous sommes à la fin d&#8217;une époque. On est passés d&#8217;un christianisme d&#8217;habitude à un christianisme de conviction. Le christianisme s&#8217;était maintenu sur le fait qu&#8217;il s&#8217;était réservé le monopole de la gestion du sacré et des célébrations. Face aux nouvelles religions, à la sécularisation, les gens ne font plus appel à ce sacré.</p>
<p>Pour autant, peut-on dire que le papillon est &laquo;&nbsp;plus&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;moins&nbsp;&raquo; que la chrysalide ? C&#8217;est autre chose. Donc, je ne raisonne pas en termes de dégénérescence ou d&#8217;abandon : nous sommes en train de muter. Il nous faut mesurer l&#8217;ampleur de cette mutation.</p>
<p>Prenez mon diocèse : il y a soixante-dix ans, il comptait 800 prêtres. Aujourd&#8217;hui il en a 200, mais il compte aussi 45 diacres et 10 000 personnes impliquées dans les 320 communautés locales que nous avons créées il y a quinze ans. C&#8217;est mieux. Il faut arrêter la pastorale de la SNCF. Il faut fermer des lignes et en ouvrir d&#8217;autres. Quand on s&#8217;adapte aux gens, à leur manière de vivre, à leurs horaires, la fréquentation augmente, y compris pour le catéchisme ! L&#8217;Eglise a cette capacité d&#8217;adaptation.</p>
<p><strong>De quelle manière ?</strong></p>
<p>Nous n&#8217;avons plus le personnel pour tenir un quadrillage de 36 000 paroisses. Soit l&#8217;on considère que c&#8217;est une misère dont il faut sortir à tout prix et alors on va resacraliser le prêtre ; soit on invente autre chose. La pauvreté de l&#8217;Eglise est une provocation à ouvrir de nouvelles portes. L&#8217;Eglise doit-elle s&#8217;appuyer sur ses clercs ou sur ses baptisés ? Pour ma part, je pense qu&#8217;il faut faire confiance aux laïques et arrêter de fonctionner sur la base d&#8217;un quadrillage médiéval. C&#8217;est une modification fondamentale. C&#8217;est un défi.</p>
<p><strong>Ce défi suppose-t-il d&#8217;ouvrir le sacerdoce aux hommes mariés ?</strong></p>
<p>Non et oui ! Non, car imaginez que demain je puisse ordonner dix hommes mariés, j&#8217;en connais, ce n&#8217;est pas ça qui manque. Je ne pourrais pas les payer. Ils devraient donc travailler et ne seraient disponibles que les week-ends pour les sacrements. On reviendrait alors à une image cultuelle du prêtre. Ce serait une fausse modernité.</p>
<p>Par contre, si on change la manière d&#8217;exercer le ministère, si son positionnement dans la communauté est autre, alors oui, on peut envisager l&#8217;ordination d&#8217;hommes mariés. Le prêtre ne doit plus être le patron de sa paroisse ; il doit soutenir les baptisés pour qu&#8217;ils deviennent des adultes dans la foi, les former, les empêcher de se replier sur eux-mêmes.</p>
<p>C&#8217;est à lui de leur rappeler que l&#8217;on est chrétien pour les autres, pas pour soi ; alors il présidera l&#8217;eucharistie comme un geste de fraternité. Si les laïques restent des mineurs, l&#8217;Eglise n&#8217;est pas crédible. Elle doit parler d&#8217;adulte à adulte.</p>
<p><strong>Vous jugez que la parole de l&#8217;Eglise n&#8217;est plus adaptée au monde. Pourquoi ?</strong></p>
<p>Avec la sécularisation, une &laquo;&nbsp;bulle spirituelle&nbsp;&raquo; se développe dans laquelle les mots flottent ; à commencer par le mot &laquo;&nbsp;spirituel&nbsp;&raquo; qui recouvre à peu près n&#8217;importe quelle marchandise. Il est donc important de donner aux chrétiens les moyens d&#8217;identifier et d&#8217;exprimer les éléments de leur foi. Il ne s&#8217;agit pas de répéter une doctrine officielle mais de leur permettre de dire librement leur propre adhésion.</p>
<p>C&#8217;est souvent notre manière de parler qui ne fonctionne pas. Il faut descendre de la montagne et descendre dans la plaine, humblement. Pour cela il faut un énorme travail de formation. Car la foi était devenue ce dont on ne parlait pas entre chrétiens.</p>
<p><strong>Quelle est votre plus grande inquiétude pour l&#8217;Eglise ?</strong></p>
<p>Le danger est réel. L&#8217;Eglise est menacée de devenir une sous-culture. Ma génération était attachée à l&#8217;inculturation, la plongée dans la société. Aujourd&#8217;hui, le risque est que les chrétiens se durcissent entre eux, tout simplement parce qu&#8217;ils ont l&#8217;impression d&#8217;être face à un monde d&#8217;incompréhension. Mais ce n&#8217;est pas en accusant la société de tous les maux qu&#8217;on éclaire les gens. Au contraire, il faut une immense miséricorde pour ce monde où des millions de gens meurent de faim. C&#8217;est à nous d&#8217;apprivoiser le monde et c&#8217;est à nous de nous rendre aimables.</p>
<p><strong>Propos recueillis par Stéphanie Le Bars<br />
Source : <em>Le Monde</em>, édition du 03 avril 2010</strong></p>
<p>__________________________________________________________</p>
<h3>Une France de moins en moins pratiquante</h3>
<p>Culture catholique :<br />
64 % des Français se reconnaissent de culture catholique. Ils étaient 65 % en 2006 et 75 % en 1987.</p>
<p>Pratique hebdomadaire :<br />
4,5 % fréquentent l&#8217;église chaque dimanche, contre 6 % en 1987 et 14 % en 1978.</p>
<p>Pratique mensuelle :<br />
15 % des Français se rendent une fois par mois à l&#8217;église.</p>
<p>Répartition sociale :<br />
25 % des croyants sont retraités ; 46 % chez les pratiquants .</p>
<p>Répartition politique :<br />
30,6 % des Français qui se disent pratiquants affichent une sympathie pour l&#8217;UMP, 25,6 % pour le PS, 11,8 % pour le FN, 10,8 % pour le MoDem.</p>
<p><strong>Sources : compilations d&#8217;enquêtes IFOP.</strong></p>
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		<title>Les laïcs dans l&#8217;Eglise, par Joseph Moingt</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Apr 2010 08:11:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vais vous inviter à jeter un triple regard sur l&#8217;Église :
1) sur son présent d&#8217;abord, pour diagnostiquer, au principe de sa crise actuelle, un manque de communication avec le monde laïcisé issu de la modernité, manque imputable à la privation de parole responsable dont souffre son laïcat;
2) puis sur ses origines, pour découvrir une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je vais vous inviter à jeter un triple regard sur l&#8217;Église :</p>
<p style="text-align: justify;">1) sur son présent d&#8217;abord, pour diagnostiquer, au principe de sa crise actuelle, un manque de communication avec le monde laïcisé issu de la modernité, manque imputable à la privation de parole responsable dont souffre son laïcat;</p>
<p style="text-align: justify;">2) puis sur ses origines, pour découvrir une possibilité de sortir de cette crise. Cette possibilité réside dans le caractère sacerdotal du peuple chrétien, qui permet d&#8217;associer le laïcat au ministère consacré de la tradition apostolique;</p>
<p style="text-align: justify;">3) enfin sur l&#8217;avenir de la mission évangélique, que l&#8217;Église serait impuissante à remplir sans appeler le laïcat à en assumer la responsabilité, sous la conduite de sa hiérarchie et sous des formes à inventer de concert dès maintenant.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/joseph-moingt.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2468" title="joseph-moingt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/joseph-moingt.jpg" alt="" width="250" height="374" /></a></p>
<h3 style="text-align: justify;">1. Diagnostic du présent</h3>
<p style="text-align: justify;">Il y a plusieurs dizaines d&#8217;années que les sociologues analysent en termes de déclin, d&#8217;éclipse, de dépérissement, de retrait, de disparition, et autres termes non moins alarmants, la situation de la religion en général (il s&#8217;agit le plus souvent du christianisme) et celle de l&#8217;Église en particulier (ce sera souvent la seule confession catholique ou son magistère que je désignerai sous ce nom). L&#8217;Église n&#8217;admet pas volontiers ce diagnostic. Il n&#8217;y a pas longtemps que l&#8217;Osservatore Romano, rappelant qu&#8217;elle est universelle, vantait à coups de statistiques triomphalistes l&#8217;exceptionnelle bonne santé de l&#8217;Église. Il fallait bien concéder toutefois qu&#8217;il n&#8217;en allait pas de même en Europe, mais les explications ne manquaient pas, qui situaient les causes dû péril au dehors de l&#8217;Église : le matérialisme, le goût du plaisir et du profit, la sécularisation de la société, le laïcisme des pouvoirs publics. La reconquête du terrain perdu était déjà en cours, assurait-on : c&#8217;était la nouvelle évangélisation. On devait malheureusement avouer qu&#8217;on allait manquer d&#8217;ouvriers apostoliques : soit par défaut d&#8217;esprit de sacrifice, ou parce que les responsables n&#8217;osaient pas solliciter la générosité des jeunes, on ne réussissait pas à enrayer la baisse du recrutement du clergé. Ainsi avait-on cerné le mal mortel dont souffrait l&#8217;Église des pays occidentaux : le manque de prêtres ; il n&#8217;y avait pas de remède à chercher sur d&#8217;autres terrains.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette analyse institutionnelle ne va pas à la racine du mal, au fait que l&#8217;Église se vide de ses fidèles de façon continue depuis plusieurs siècles, et plus particulièrement de ses jeunes fidèles depuis un demi-siècle : la transmission des croyances, des pratiques et des liens d&#8217;appartenance ne se fait plus. Que le manque de prêtres obère gravement le fonctionnement de l&#8217;institution ecclésiale, c&#8217;est un fait indiscutable et douloureux. Mais la fuite massive des fidèles est un phénomène autrement plus inquiétant, puisqu&#8217;elle menace l&#8217;Église d&#8217;extinction, et comment ne pas en chercher la cause au-dedans de l&#8217;institution qui n&#8217;a pas su retenir chez elle ceux qui l&#8217;ont quittée?</p>
<p style="text-align: justify;">Un historien reconnu démontrait récemment, analyses textuelles à l&#8217;appui, que la pensée des Lumières était l&#8217;héritage sécularisé de la spiritualité chrétienne du XVIIe siècle. Ce qu&#8217;on appelle la Modernité &#8211; la naissance du sujet qui s&#8217;affranchit de l&#8217;autorité et de la tradition, l&#8217;apparition d&#8217;une rationalité basée sur le doute méthodique et l&#8217;observation scientifique, l&#8217;analyse critique des textes bibliques, la revendication de la liberté de penser, de philosopher et de croire, l&#8217;aspiration aux droits individuels et politiques &#8211; tout ce vaste mouvement d&#8217;émancipation, qui commence avant même le XVIIe siècle, a pris naissance au sein d&#8217;une société majoritairement chrétienne, au sein même d&#8217;institutions ecclésiastiques, et n&#8217;était pas dirigé contre la foi ni l&#8217;Église. Mais les autorités de l&#8217;Église n&#8217;ont pas compris la légitimité de ces aspirations, elles se sont senties mises en cause et s&#8217;y sont opposées, et les chrétiens sont allés chercher au-dehors les libertés qui leur étaient refusées au-dedans.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;hostilité entre l&#8217;Église et la modernité s&#8217;est aggravée à mesure que la raison, rejetée et laissée à elle-même, s&#8217;émancipait des croyances et virait au rationalisme, et que la hiérarchie ecclésiale s&#8217;alarmait des aspirations démocratiques même tournées contre les autorités politiques. Ainsi s&#8217;est consommée la rupture avec le monde moderne.</p>
<p style="text-align: justify;">On sait que Vatican II a voulu renouer les relations avec ce monde et a reconnu la légitimité de beaucoup d&#8217;idées &laquo;&nbsp;modernes&nbsp;&raquo; que la Papauté du XIXe siècle n&#8217;avait cessé de condamner, en particulier les droits de l&#8217;homme et la liberté de conscience et de religion. Quarante ans après, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée, ni sur le plan des relations entre monde et Église, ni sur celui des relations entre laïcat et hiérarchie catholique; qu&#8217;il s&#8217;agisse des unes ou des autres, le diagnostic est le même : la communication ne passe pas. En plus de trois siècles d&#8217;affrontement à la modernité, l&#8217;Église n&#8217;a toujours pas appris à dialoguer, elle ne sait qu&#8217;enseigner au titre de son autorité divine des vérités censées immuables.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;il ne s&#8217;agissait que des vérités de foi tirées de sa révélation et concernant le salut éternel, on ne lui en ferait pas le reproche. Mais elle prétend régenter aussi le vaste domaine des vérités d&#8217;ordre éthique accessibles à la raison naturelle, qui s&#8217;étend à la vie de l&#8217;homme en société et à ses liens à l&#8217;univers. Or, pour l&#8217;homme de la modernité, tout ce qui relève de la raison commune, de la condition humaine universelle, du bien commun, tout cela relève du débat public, du dialogue philosophique, tout cela est soumis à des procédures démocratiques de discussion, rien ne peut être tranché par simple rappel à l&#8217;ordre de traditions immuables, de principes métaphysiques absolus, ni d&#8217;une autorité divine. L&#8217;Église est statutairement incapable d&#8217;entrer dans ce débat, et donc de ramener à elle ses anciens fidèles égarés dans ce monde sécularisé. Elle est non moins incapable d&#8217;empêcher de la quitter des fidèles qui vivent, sentent et pensent en connivence avec la rationalité et la socialité de leur temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc l&#8217;Église menacée de ne plus pouvoir remplir la mission qui est sa seule raison d&#8217;être : annoncer l&#8217;Évangile au monde. Cette mission est surtout assurément d&#8217;annoncer Jésus Christ, mais c&#8217;est aussi et au préalable de répandre sa pensée, l&#8217;esprit évangélique, qui conditionne l&#8217;accès à sa personne par la foi, et qui est nécessaire à la vie du monde, car ses paroles sont esprit et vie. Or, si elles ne peuvent pas être répandues par voie d&#8217;autorité mais seulement de débat, la mission évangélique dans une société laïque devrait largement incomber au laïcat chrétien. Or, il n&#8217;est de parole autorisée dans l&#8217;Église que celle qui émane de ses chefs et ministres consacrés. Les laïcs ne peuvent que témoigner à titre individuel, non porter au monde une parole d&#8217;Église; même leur témoignage souffre d&#8217;un défaut de crédibilité : comment persuader au-dehors que l&#8217;Évangile est école de vraie liberté, alors que leur qualité de personnes majeures et responsables n&#8217;est pas reconnue au-dedans?</p>
<p style="text-align: justify;">Privée de la parole missionnaire de ses fidèles laïcs, l&#8217;Église ne peut plus guère espérer que survivre dans nos régions en tant que minorité religieuse. Cet espoir lui sera-t-il longtemps permis? Non, hélas!, puisque le ministère de la vie spirituelle et sacramentelle appartient exclusivement au clergé. Voici maintenant les fidèles menacés de ne plus pouvoir mener leur vie de chrétiens à cause de leur impuissance à susciter des vocations sacerdotales. Et voici l&#8217;Église menacée effectivement d&#8217;extinction, de son propre aveu et consentement. Face une telle éventualité, le chrétien est amené à se demander : est-il possible que Jésus ait lié la dispensation de sa parole et de sa vie au ministère des prêtres, et mis ses simples fidèles sous leur dépendance, au point de condamner la mission évangélique à s&#8217;arrêter et l&#8217;Église à disparaître, faute de prêtres? La question est si grave et si urgente que le théologien ne peut se dispenser d&#8217;interroger directement l&#8217;Évangile, à ses risques et périls, par-delà même la tradition historique dont se réclame le Magistère.</p>
<h3 style="text-align: justify;">2. Les ressources de l&#8217;origine</h3>
<p style="text-align: justify;">La remontée aux origines de l&#8217;Église, aux temps apostoliques, nous fournira les moyens de faire face aux difficultés d&#8217;aujourd&#8217;hui; on n&#8217;y trouvera pas des solutions toutes faites, mais la possibilité de poser les problèmes autrement et de chercher des réponses nouvelles à des situations nouvelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout d&#8217;abord, on ne voit jamais Jésus soucieux d&#8217;instituer un sacerdoce nouveau qui remplacerait celui du Temple. Plus radicalement, il annonce la venue imminente du Royaume de Dieu, il ne se préoccupe pas de poser les fondations solides d&#8217;une institution religieuse destinée à croître et à durer dans le temps. Dans les communautés apostoliques, on ne voit pas de ministères sacramentels réservés à des clercs consacrés; Paul donne la première description d&#8217;une assemblée eucharistique sans faire référence à des prêtres consécrateurs. Il est rapporté dans les Actes que les apôtres établissaient des dirigeants dans les Églises qu&#8217;ils fondaient ou visitaient, mais on ne les voit pas agir eux-mêmes en chefs de communauté; une imposition de la main aux presbytes apparaît tardivement, elle est d&#8217;origine rabbinique et de portée imprécise; mais il est admis que le vocabulaire sacerdotal usité par le Nouveau Testament se rapporte exclusivement au culte judaïque, et le seul écrit qui parle du sacerdoce du Christ, l&#8217;Épître aux Hébreux, n&#8217;envisage nulle part sa transmission dans l&#8217;Église.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a pourtant une exception notable à cette réserve linguistique : plusieurs écrits du Nouveau Testament parlent de l&#8217;ensemble des fidèles en termes de &laquo;&nbsp;peuple sacerdotal&nbsp;&raquo; ou de &laquo;&nbsp;royaume de prêtres&nbsp;&raquo;, reprenant d&#8217;ailleurs l&#8217;expression à des textes de l&#8217;Ancien Testament qui décrivent l&#8217;accomplissement des promesses divines dans les temps messianiques en suite de l&#8217;effusion de l&#8217;Esprit Saint. Si rares que soient ces mentions, leur signification est claire : seul le prêtre avait le droit, en vertu de sa consécration, de s&#8217;approcher de Dieu dans le Temple et de lui offrir sa prière et celle du peuple; les chrétiens, semblablement et à un titre supérieur, ayant reçu l&#8217;onction de l&#8217;Esprit du Christ, n&#8217;ont pas besoin de recourir à des intermédiaires, mais jouissent d&#8217;un accès direct auprès de Dieu. On voit à quel point ces mentions isolées du sacerdoce des fidèles consonnent avec de nombreux textes des apôtres, de Paul en particulier, qui parlent des chrétiens en termes de Temples du Saint Esprit, pierres vivantes de la demeure de Dieu, qui offrent à Dieu des actions de grâce et s&#8217;offrent eux-mêmes à lui en sacrifices qui lui plaisent..</p>
<p style="text-align: justify;">On se trouve donc là sur un terrain solide, un terrain de fondation, qui atteste la conscience des premiers chrétiens d&#8217;avoir reçu du Christ la pleine capacité de subvenir par eux-mêmes aux besoins de leur vie spirituelle. On en trouve une abondante preuve et illustration dans les descriptions de la vie des communautés fournies par les écrits des apôtres, de Paul en particulier : partout surgissent des ministères, surtout de la parole, attribués aux « charismes » de l&#8217;Esprit Saint et reconnus par les communautés; le besoin se fait sentir ici et là d&#8217;y mettre de l&#8217;ordre, mais Paul s&#8217;adresse pour cela au « discernement » des fidèles, sans faire appel à une autorité instituée, notamment à propos des réunions eucharistiques des Corinthiens. L&#8217;effusion universelle de l&#8217;Esprit est source de ministères qui jaillissent de la communauté elle-même, mis à sa disposition et contrôlés par elle pour subvenir à ses divers besoins sacramentels (baptême, eucharistie, réconciliation, onction des malades) et spirituels (catéchèse, explication des Écritures, exhortation, jugement, envoi en mission). Cette « ressource » originelle est en principe inaliénable et inépuisable. Elle est l&#8217;accomplissement de la promesse de Jésus à ses disciples, avant son départ, de leur envoyer « un autre Paraclet » qui leur fournirait toute l&#8217;assistance dont il s&#8217;acquittait lui-même auprès d&#8217;eux jusque-là.</p>
<p style="text-align: justify;">On se gardera bien d&#8217;oublier pour autant l&#8217;autorité conférée par Jésus personnellement à ses apôtres pour l&#8217;annoncer au monde, rassembler, enseigner, diriger ceux qui croiraient en lui jusqu&#8217;au moment de sa venue en gloire. Au tout début de l&#8217;Église, le terme d&#8217;« apôtre » revêt une acception assez large, il s&#8217;étend à tous ceux qui avaient suivi Jésus de plus près dans des groupes de disciples, qui avaient bénéficié de ses apparitions après sa résurrection et lui rendaient publiquement témoignage de lieu en lieu, et aussi à ceux que les communautés envoyaient porter la parole en d&#8217;autres lieux. Assez vite cependant, une autorité particulière fut reconnue aux « Douze » apôtres choisis spécialement par Jésus, et étendue aux chefs des Églises établis par eux pour leur succéder.</p>
<p style="text-align: justify;">Vers la fin du IIe siècle, la coutume s&#8217;établit de confier le gouvernement des Églises, jusque- là assumé par un collège de « presbytres » ou « anciens », à un seul évêque, et c&#8217;est alors qu&#8217;apparaît pour la première fois une ordination sacerdotale, qui habilite l&#8217;évêque, et lui seul, à accomplir les principaux actes sacramentels, tandis que les presbytres, eux aussi ordonnés, l&#8217;assistent dans le gouvernement du peuple, le suppléent occasionnellement pour le service du culte, mais ne deviendront prêtres à titre plénier et personnel que deux siècles plus tard environ, quand ils seront mis à leur tour à la tête d&#8217;Églises paroissiales. La distinction clercs/laïcs est donc instituée par des rites d&#8217;ordination au début du IIIe siècle, ce qui met fin aux ministères des laïcs et leur retire le droit à prendre la parole dans l&#8217;Église.</p>
<p style="text-align: justify;">On n&#8217;aura pas de difficulté à reconnaître à ces ministres consacrés une autorité sacerdotale propre et particulière, sans que cela oblige à ressourcer leur sacerdoce à un acte institutionnel particulier. Comment le pourrait-on, alors que Jésus ne parle jamais de sacerdoce et que le premier rituel d&#8217;ordination, celui d&#8217;Hippolyte, remonte à l&#8217;origine du culte juif pour expliquer que le nouveau temple de Dieu, l&#8217;Église, avait besoin d&#8217;un ministère nouveau afin que le culte dû à Dieu ne tombât pas en déshérence? Il est logique de rattacher le ministère consacré au seul lieu du Nouveau Testament qui s&#8217;approprie le vocabulaire sacerdotal, et c&#8217;est en parlant du peuple des fidèles du Christ; cela n&#8217;empêchera pas de penser que les ministres consacrés exercent le sacerdoce à titre personnel et d&#8217;une façon spécifique, en vertu de l&#8217;autorité confiée par le Christ, ainsi que le rappelle Vatican II, et de reconnaître ainsi la légitimité de la tradition sacerdotale de l&#8217;Église.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette tradition perdrait toute légitimité, si elle en venait, dans la situation de détresse qui est la nôtre, à empêcher les fidèles de s&#8217;alimenter aux sources de la vie spirituelle et sacramentelle, sous prétexte que le sacerdoce commun du peuple chrétien, vide de tout « pouvoir », se réduirait au besoin de recourir au ministère des prêtres, ce qui serait une contradiction dans les termes. Oserait-on dire que le Saint Esprit, source de toute sanctification, se tient inactif dans l&#8217;Église, livré à la seule disposition des prêtres? Jésus n&#8217;emploie le mot « pouvoir » que pour le réduire à l&#8217;humilité du service, c&#8217;est-à-dire l&#8217;empêcher de s&#8217;ériger en monopole et en contrainte. Quand donc on s&#8217;aperçoit que la poursuite du monopole clérical, qui n&#8217;est pas en tant que tel d&#8217;institution divine, conduirait l&#8217;Église à la ruine, il est urgent de se retourner vers l&#8217;origine évangélique, qui fut l&#8217;effacement de l&#8217;ancien dans du nouveau, pour y redécouvrir et réactiver la puissance de renouveau dont l&#8217;Église a besoin.</p>
<h3 style="text-align: justify;">3. Un futur à réinventer</h3>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Église du Christ est née de l&#8217;arrachement d&#8217;un petit reste d&#8217;Israël à son passé par la mort de son fondateur et de sa projection dans le monde païen par l&#8217;effusion de l&#8217;Esprit pour y inventer une existence toute nouvelle et itinérante : « Allez par le monde entier&#8230; » Aujourd&#8217;hui, rejetée par le monde qu&#8217;elle avait baptisé, la voici contrainte de tirer de son envoi au monde une nouvelle manière d&#8217;être-au-monde pour y remplir sa mission. Partons de ce principe : il ne s&#8217;agit pas que l&#8217;Église change de structures pour mieux s&#8217;adapter à un monde nouveau, il s&#8217;agit qu&#8217;elle prenne les moyens d&#8217;accomplir sa mission, qui est, je le répète, sa seule raison d&#8217;être. Elle peut survivre telle quelle un certain temps, peut-être encore longtemps, sous la forme d&#8217;une minorité religieuse; mais sa mission est de se tenir en lien de communication avec le monde, ce qu&#8217;elle est incapable de faire présentement, faute de parler le même langage que lui; elle s&#8217;emploie, au contraire, à en retirer les fidèles et â les regrouper dans des enceintes sacrées autour des prêtres, tant qu&#8217;il en restera.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;avenir de l&#8217;Église, bien au contraire, c&#8217;est de laisser ses fidèles aller au monde, y implanter des communautés de disciples ouvertes à la vie des autres, y témoigner de la liberté qu&#8217;ils tiennent du Christ et de la vitalité de l&#8217;Évangile, en assumant pleinement la responsabilité de leur existence chrétienne engagée dans la vie du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment se fera le changement institutionnel de l&#8217;Église? Je ne chercherai pas à l&#8217;imaginer; peut-être se fera-t-il par le haut, par des mesures d&#8217;autorité, ou au prix de bouleversements tumultueux, peut-être continuera-t-il à se faire silencieusement par en bas, ainsi qu&#8217;on voit tant de chrétiens quitter les lieux officiels de chrétienté et se regrouper ailleurs pour vivre en chrétiens autrement. Sans prétendre tracer un organigramme du changement, il est possible d&#8217;évoquer les traits constitutifs d&#8217;une communauté de disciples selon l&#8217;Évangile : méditer ensemble la Parole de Dieu, l&#8217;interroger pour en recevoir les réponses aux questions du monde, s&#8217;ouvrir à toutes les personnes en quête de sens à la façon dont Jésus fréquentait les pécheurs, se mettre en peine de soulager les souffrances de la société à la manière dont Jésus allait au-devant des malades, accueillir la présence du Seigneur qui a promis de venir au milieu des siens, « annoncer la mort du Seigneur jusqu&#8217;à ce qu&#8217;Il vienne » et se nourrir du Pain de vie, célébrer les mystères de l&#8217;identité chrétienne, recevoir et initier de nouveaux disciples, se donner les ministres et présidents dont les chrétiens ont besoin pour se constituer en corps du Christ dans la fidélité à la tradition chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Car le changement de style de vie commune ne se fera pas en rupture avec la tradition de l&#8217;Église, par la médiation de laquelle, seule, les chrétiens sont en droit de se dire et en pouvoir de se tenir dans la « suite » du Christ. Il ne saurait être question de supprimer le ministère consacré, pas plus que d&#8217;instituer dans les communautés un nouveau clergé rival du clergé officiel. Les membres de ces communautés célébreront les mystères de leur appartenance au Christ en vertu du sacerdoce commun du peuple chrétien, quelles que soient les attributions de leurs ministres ou présidents et les procédures de leur mise en place. Mais le ministère consacré de la tradition apostolique gardera toujours sa nécessité et sa spécificité, qui tiennent à l&#8217;historicité et la spatialité de l&#8217;Église; sa fonction est, d&#8217;une part, de jalonner la route par laquelle toute grâce et vérité découle de la personne et de l&#8217;événement de Jésus sous la garantie de ses envoyés et, d&#8217;autre part, de tenir en lumière et en activité les signifiants et les articulations de l&#8217;unité et de l&#8217;universalité du corps du Christ. C&#8217;est pourquoi les communautés auront à cour de vivre en communion avec leurs évêques, et ceux-ci de respecter et d&#8217;encourager, plutôt que d&#8217;entraver, la libre créativité des chrétiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus les fidèles laïcs se prendront eux-mêmes en charge, plus le ministère consacré retrouvera son caractère originel, apostolique et épiscopal, c&#8217;est-à-dire itinérant et global : visiter les communautés, leur rendre les services qu&#8217;elles réclameront, connecter leurs activités évangéliques, sociales ou caritatives, les rassembler dans des célébrations d&#8217;unité, subvenir aux besoins religieux des chrétiens dispersés ou des masses déchristianisées, promouvoir l&#8217;évangélisation sur un plan régional ou national. Ainsi, grâce, d&#8217;un côté, à la responsabilisation des laïcs dans des communautés devenues autonomes et, d&#8217;un autre côté, à l&#8217;allègement des charges du ministère consacré et à l&#8217;élargissement de ses perspectives, l&#8217;Église sera capable d&#8217;assumer plus efficacement sa mission évangélique.</p>
<p style="text-align: justify;">La prise de responsabilité des laïcs ne doit pas être vue comme une prise du pouvoir, arraché aux mains de ses détenteurs actuels. Mais elle ne se fera pas non plus sans une association des premiers au pouvoir exercé par les seconds. La hiérarchie a peur que ne s&#8217;introduise un peu de démocratie dans l&#8217;Église, ce qui semble représenter pour elle le mal suprême; aussi prétend-elle ne pas disposer à son gré du pouvoir que le Christ lui a confié et qui appartient à lui seul. Mais où voit-on dans le Nouveau Testament que l&#8217;Église aurait été fondée sous le régime de la monarchie? La seule loi donnée par Jésus à ses apôtres est l&#8217;interdiction de commander à la façon des puissants de ce monde, c&#8217;est-à-dire par mode de domination.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir ne doit pas s&#8217;exercer sans partage, afin que l&#8217;obéissance soit rendue à Dieu même et ne s&#8217;arrête pas à la personne des chefs, afin également que l&#8217;autorité n&#8217;empêche pas la libre créativité inspirée par l&#8217;Esprit Saint aux membres du corps du Christ pour la croissance de ce corps. Le pouvoir ecclésiastique est donc limité par l&#8217;obligation de respecter ce que Paul appelle « la concitoyenneté des saints » : il est permis d&#8217;entendre par là les droits des fidèles laïcs à participer à la gestion de leur être-au-Christ, de leur vivre-ensemble en Église, de leur vivre-en-chrétiens dans le monde, et aussi à la gestion du bien commun de la société séculière, qui ne relève pas de l&#8217;autorité de l&#8217;Église. Tous ces droits méritent d&#8217;être considérés comme inhérents à l&#8217;égale appartenance de tous les chrétiens au Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;apparition du sujet moderne, avons-nous dit, est liée à la revendication de la liberté de conscience, du droit de chaque individu à suivre le jugement de sa conscience et à agir en personne responsable de ses choix et de ses actes. L&#8217;Église a été désertée par tant de fidèles et a perdu sa crédibilité au regard du monde moderne, parce qu&#8217;elle n&#8217;a pas su concilier le respect de cette liberté avec l&#8217;autorité divine dont elle se prévalait, et parce qu&#8217;elle refusait à ses membres les droits que les États, eux aussi plus ou moins théocratiques, durent concéder à leurs citoyens &#8211; avant tout le droit de participer à l&#8217;expression d&#8217;une volonté commune.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Église ne rentrera pas en communication avec ce monde tant qu&#8217;elle n&#8217;aura pas donné figure en elle-même à la liberté dont l&#8217;Évangile est la source. La reprise effective de sa mission est au prix de cette conversion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Auteur : Joseph Moingt, s.j., théologien<br />
Source : </strong><a href="http://www.culture-et-foi.com" target="_blank"><strong>Culture et foi</strong></a></p>
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		<title>L&#8217;Église et la misogynie, par Marie-Thérèse Van Lunen Chenu</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 18:26:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors que les scandales de pédophilie dans l&#8217;Église catholique ont permis de rouvrir le débat sur le célibat, il faudrait également s&#8217;interroger sur la misogynie de l&#8217;institution et le primat du sexe masculin qu&#8217;elle a instauré.
La vague des informations sur des cas de pédophilie répétés dans l&#8217;Église catholique a suscité de nombreux commentaires qui induisent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que les scandales de pédophilie dans l&#8217;Église catholique ont permis de rouvrir le débat sur le célibat, il faudrait également s&#8217;interroger sur la misogynie de l&#8217;institution et le primat du sexe masculin qu&#8217;elle a instauré.</p>
<p>La vague des informations sur des cas de pédophilie répétés dans l&#8217;Église catholique a suscité de nombreux commentaires qui induisent en retour des appréciations intéressantes. On y lit qu&#8217;une première mise en cause de la loi du célibat obligatoire pour les prêtres trouve maintenant d&#8217;ardents opposants alors que restent stigmatisés l&#8217;immaturité fréquente du choix de vie par de trop jeunes gens, une formation restée longtemps inadaptée dans les séminaires, le manque de relations avec le monde féminin, l&#8217;autoritarisme, la culture du secret et du déni dans l&#8217;institution ecclésiale.</p>
<p>Je m&#8217;étonne pourtant que le débat n&#8217;ait pas encore été élargi jusqu&#8217;à prendre en compte la question de plus en plus sensible de la marginalisation &#8211; voire de l&#8217;éviction &#8211; des femmes dans les structures de l&#8217;institution romaine. Et que les commentateurs ne se soient pas penchés non plus sur un problème de fond : la nature de l&#8217;entêtement avec lequel Rome s&#8217;évertue à la défense du primat du sexe masculin.</p>
<p>Quels sont donc les causes et les effets de cet attachement exceptionnel de l&#8217;institution romaine à un primat du sexe masculin, jusqu&#8217;à conduire à sa véritable «sacralisation» dans le cléricalisme ? Une critique qu&#8217;on pourrait qualifier de « pastorale » (venue de l&#8217;intérieur même de l&#8217;Église) a rejoint, depuis au moins une décennie, une première analyse féministe démasquant ce jeu sémantique qui s&#8217;obstine à nommer « service » ce qui, choisi et exercé souvent avec la plus grande générosité personnelle, reste néanmoins un monopole et un pouvoir.</p>
<p>On se demande alors comment ce service ultime de la « représentation du Christ pour accomplir l&#8217;eucharistie », ce pouvoir-servir qui ne se décline qu&#8217;au seul mode masculin n&#8217;infléchirait pas l&#8217;identité cléricale et, par là même, l&#8217;idéalisation et le caractère de refuge que des jeunes gens peuvent y investir ? Et il parait naïf de s&#8217;étonner qu&#8217;un certain nombre d&#8217;entre eux soient tentés d&#8217;échapper par là à une identification sexuée exigeante.</p>
<p>Mon propos va donc plus loin que de déplorer ce qu&#8217;on appelle pudiquement des « difficultés à vivre la chasteté ». Je parle ici des troubles du comportement qui peuvent être liés à une difficulté non-résolue de l&#8217;identification personnelle. Etre capable de s&#8217;identifier comme un être masculin c&#8217;est pouvoir accepter l&#8217;en-face d&#8217;une égale partenaire féminine. Et j&#8217;avance que l&#8217;idéalisation du primat masculin, sa canonisation en quelque sorte, et la justification permanente qui en est faite au moyen du refus de la compétence et de l&#8217;autorité des femmes, peuvent troubler le processus d&#8217;identification masculine et venir parfois infléchir un choix pour la prêtrise ou la vie religieuse.</p>
<p>Au fond, les causes seraient bien plus imbriquées qu&#8217;on ne le pense entre l&#8217;interdiction faite aux femmes d&#8217;accéder au ministère sacerdotal et l&#8217;obligation du célibat pour le prêtre masculin. Ce sont des racines profondes et ténébreuses qui s&#8217;entrecroisent entre dépréciation de la sexualité, marginalisation des femmes, primat accordé au sexe masculin, sacralisation du sacerdoce, rapport sclérosé à la tradition et ce gouvernement autoritaire, clérical et mono-sexué.</p>
<p>Ainsi, que l&#8217;on se place au-dedans ou au-dehors de l&#8217;institution, la crise actuelle désigne comme un enjeu à la fois ecclésial et social la nécessité d&#8217;un vrai débat et de changements dont l&#8217;importance ne se limitera pas au seul champ religieux. Car l&#8217;Église catholique est en retard sur la société pour mettre en oeuvre ces changements qu&#8217;on appelle désormais « humains » : en même temps que d&#8217;identifier et soigner les causes d&#8217;une appréciation négative de la sexualité, il lui faut aussi, enfin, envisager son rapport à la sexuation.</p>
<p>Qui dit « sexuation » reconnait évidemment la bi-sexuation foncière de l&#8217;humanité. Par quels moyens faire comprendre alors que l&#8217;institution s&#8217;est sclérosée et s&#8217;épuise tristement dans une approche masculine de la féminité, bien au contraire de ce que fut l&#8217;attitude du Christ envers les femmes ? Ce n&#8217;est pas « la question des femmes dans l&#8217;Église » qui fait problème comme on l&#8217;entend dire avec légèreté, c&#8217;est celle d&#8217;une Église autoritaire qui défend son primat clérical masculin et refuse une confrontation plénière avec une large moitié de ses membres.</p>
<p>Il s&#8217;agit là d&#8217;un manque structurel lié plus que ne le laisse croire une première apparence aux scandales actuels. On se demande jusqu&#8217;à quand Rome pensera pouvoir atténuer ceux-ci par des excuses publiques et une honte affichée « au nom de toute l&#8217;Église ». Et jusqu&#8217;à quand des femmes, qui furent plus souvent cuisinières que conseillères dans les séminaires, ne s&#8217;en désolidariseront-elles pas publiquement ?</p>
<p>Nombreuses d&#8217;entre elles sont déjà de fait, avec des hommes parties prenantes eux aussi des réformes nécessaires, sinon en rupture pastorale, du moins en rupture de conscience avec l&#8217;institution. Accepter de façon reconnaissante et responsable la sexuation, la sexualité, et donc les femmes d&#8217;aujourd&#8217;hui comme véritables partenaires, suppose à la fois un travail pluridisciplinaire et un large débat de société et d&#8217;Église.</p>
<p>Théologie et ecclésiologie sont conviées : qu&#8217;avons-nous fait pour perdre la capacité prophétique du message chrétien qui témoignait du principe de respect des femmes à une époque de misogynie sociale mais qui demeure réduit au silence par son contre-témoignage de sexisme ecclésial dans l&#8217;aujourd&#8217;hui de parité sociale ?</p>
<p>L&#8217;enjeu est majeur pour le catholicisme si celui-ci veut garder sa place au sein du christianisme et sa crédibilité « humaine ». Certains chrétiens, et de plus nombreuses chrétiennes, espèrent encore que la gravité actuelle des mises en accusation et en question pourrait devenir la pierre de touche d&#8217;une conversion profonde du catholicisme romain.</p>
<p><strong>Auteur : Marie-Thérèse van Lunen Chenu, membre de <em>Femmes et Hommes en Église</em> et de </strong><strong><em>Genre en christianisme<br />
</em>Source : <em>Témoignage Chrétien</em>, 24 mars 2010</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/fhe.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2437" title="fhe" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/fhe-300x194.jpg" alt="" width="300" height="194" /></a> </p>
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		<title>Les « sans nous » de l’Eglise, par Isabelle de Gaulmyn</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 19:10:38 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Et si les femmes faisaient un jour « grève de l’Eglise » ? L’idée a été lancée, lors d’un très sérieux colloque sur Vatican II, ce lundi, à l‘Institut catholique de Paris, au cours d’un débat passionnant -et passionné-, sur la place des femmes dans l’Eglise…Grève de femmes, donc, pour mieux souligner l’importance qu’elles ont, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et si les femmes faisaient un jour « grève de l’Eglise » ? L’idée a été lancée, lors d’un très sérieux colloque sur Vatican II, ce lundi, à l‘Institut catholique de Paris, au cours d’un débat passionnant -et passionné-, sur la place des femmes dans l’Eglise…Grève de femmes, donc, pour mieux souligner l’importance qu’elles ont, malgré le peu de reconnaissance qui leur est accordé…</p>
<p>Une journée sans femme dans l’Eglise ? Rêvons un peu. J’imagine ce curé de paroisse constater, en arrivant à la cure, que le téléphone sonne dans le vide : Béatrice, qui fait la permanence ce jour, n’est pas là. D’ailleurs, personne n’est venu, comme à l’habitude, ouvrir discrètement les salles, mettre le chauffage et donner un coup de balai pour enlever les traces de la réunion de la veille. Notre curé a tout juste le temps de réaliser l’absence, que derrière lui, une fenêtre se brise: ce sont, dans la cour, les gamins du caté, désœuvrés, car Claire, l’animatrice, manque à l’appel. Mais le téléphone sonne, et le curé bien obligé de répondre : à l’autre bout du fil, les services de la mairie, inquiets: sœur Clothilde, qui travaille au bureau social pour les jeunes, n’est toujours pas arrivé. « Je sais »maugrée notre curé, qui franchement agacé, sort dans la rue. En face, le bureau du Secours catholique est resté volets fermés. Odile ne l’a pas ouvert… Un peu désarçonné, le prêtre voudrait savoir ce que son évêque pense de cette journée sans femme: comment doit-il réagir, quelle est la ligne du diocèse ! Las, le délégué à l’information du diocèse est… « une » déléguée. Pas de communication, donc…</p>
<p>Très énervé maintenant, notre prêtre, qui n’est pourtant pas misogyne –pensez-vous, il ne travaille qu’avec des femmes !- pense brusquement à la messe : « là, quand même, je vais pouvoir la célébrer »… D’ailleurs, cela lui semble juste: malgré la sympathie qu’il peut éprouver pour la cause des femmes, il n’est tout de même pas question qu’un groupe de catholiques prive les autres de l’Eucharistie. Les enfants de chœur arrivent –les garçons, seulement. Mal peignés, chaussures de travers. L’église est froide, pas de bouquet, ni de feuille de chants sur les bancs… de toute façon, Régine n’est pas là pour faire chanter. Dans ses vêtement liturgiques -non repassés, notre prêtre s’apprête à célébrer, devant une assistance réduite des trois quarts… puisque exclusivement masculine. Mais s’apprête seulement…il a encore oublié un détail: les hosties sont fabriquées par les Carmélites de la ville voisine: pas de femmes, pas d’Eucharistie.</p>
<p><strong>Auteur : Isabelle de Gaulmyn<br />
Source : <em>La Croix</em>, 15 mars 2010</strong></p>
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		<title>Et la compassion ? Qu&#8217;en est-il ? Regarde le monde et tu comprendras !, par Johann-Baptist Metz</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 15:43:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l&#8217;universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les traditions bibliques concernant le discours sur Dieu et les épisodes historiques qui constituent la vie de Jésus nous renvoient à un modèle de globalisation assumée en responsabilité, auquel nul ne peut échapper. Toutefois l&#8217;universalisme de cette responsabilité est bien entendu orienté ici non pas sur le caractère universel du péché des hommes, mais sur celui de la souffrance répandue dans le monde. Le regard de Jésus ne s&#8217;est pas porté en premier sur le péché des autres, mais sur leur souffrance. Le péché était à ses yeux, ne l&#8217;oublions pas, le refus de participer à la souffrance des autres, le refus de jeter les yeux au-delà de l&#8217;horizon ténébreux d&#8217;une histoire personnelle marquée par la souffrance, il était pour lui, comme saint Augustin l&#8217;a nommé, « un repli du coeur sur lui-même »<span id="more-2332"></span>, un abandon au narcissisme secret qui habite toute créature. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;a débuté le christianisme comme communauté du souvenir qui inscrit ses récits dans l&#8217;imitation de ce Jésus historique dont le regard se porte en premier sur la souffrance d&#8217;autrui.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Johann-Baptist-Metz.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-2333" title="Johann Baptist Metz" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Johann-Baptist-Metz-199x300.jpg" alt="" width="199" height="300" /></a></p>
<p>C&#8217;est cette sensibilité élémentaire à la souffrance de l&#8217;autre qui caractérise la manière nouvelle dont Jésus a vécu. Cette approche de la souffrance n&#8217;a rien à voir avec le dolorisme, avec un culte morose de cette souffrance. Elle est bien plutôt, dans le refus de tout sentimentalisme, l&#8217;expression de cet amour auquel pensait Jésus lorsque – se situant du reste par là pleinement dans la mouvance héritée d&#8217;Israël – il parlait de l&#8217;unité indissociable de l&#8217;amour de Dieu et de l&#8217;amour du prochain : l&#8217;attachement de Dieu à la souffrance est celui de l&#8217;empathie, il est, dans l&#8217;acception « politique » du terme, une mystique de la compassion. Voilà à quoi est constamment confronté le christianisme quand il retourne à ses racines. Quiconque reconnaît « Dieu » au sens où l&#8217;entend Jésus est prêt à en payer le prix, au préjudice de son intérêt personnel qui s&#8217;impose dans l&#8217;immédiat et auquel le malheur de l&#8217;autre porte atteinte. Voilà ce que suggère la parabole du « bon Samaritain » par laquelle les récits concernant Jésus se sont inscrits dans la mémoire de l&#8217;humanité.</p>
<p>Et si je souligne avec une telle insistance cette empathie qui découle de l&#8217;attachement de Dieu à la souffrance, c&#8217;est à mon avis parce que le christianisme a rencontré très tôt déjà de grosses difficultés face à l&#8217;attention élémentaire réclamée par cette souffrance, qui est le propre de son message et qui est abordée ici. La question, lancinante dans les traditions bibliques, que pose la justice en faveur des innocents qui souffrent, a été en effet à la naissance d&#8217;une formulation théologique du christianisme, bien trop rapidement transformée dans son fond et dans ses formulations pour devenir celle qui concerne la Rédemption des coupables. A cette dernière question s&#8217;est offerte la réponse toute trouvée de l&#8217;action rédemptrice du Christ. La doctrine chrétienne de la Rédemption a bien trop radicalisé la question de la faute et relativisé celle de la souffrance. De la sorte, la théologie a cru ôter au christianisme l&#8217;écharde que lui posait la question de la théodicée. Le problème de la souffrance a été intégré dans l&#8217;argumentation propre à la doctrine de la Rédemption. Le christianisme, qui était une religion d&#8217;abord sensible à la souffrance, s&#8217;est transformé pour devenir une religion prioritairement attentive au péché. Ce n&#8217;est plus sur la souffrance des créatures qu&#8217;a porté le regard, mais sur leur péché. Mais la sensibilité qui s&#8217;attache en priorité à la souffrance de l&#8217;étranger ne s&#8217;en est-elle pas trouvée ainsi émoussée, et la vision biblique de la grandeur de Dieu dans sa Justice &#8212; qui, d&#8217;après Jésus, devait porter sur toute forme de faim et de soif &#8212; n&#8217;en a-t-elle pas été assombrie ?</p>
<p>Bien sûr; mettre ainsi l&#8217;accent sur la sensibilité à la souffrance, telle qu&#8217;elle est propre au message chrétien et à son discours sur Dieu, ce n&#8217;est pas vouloir remettre en question l&#8217;importance du péché et de la faute, de l&#8217;expiation et du rachat (et surtout pas face à cette hystérie qui prône aujourd&#8217;hui partout l&#8217;innocence dans la société). Et ce sont avant tout nous-mêmes, les chrétiens, qui sommes ici confrontés à cette question – au sens où je l&#8217;ai moi-même posée explicitement dans le contexte d&#8217;un christianisme après Auschwitz. Est-ce que nous n&#8217;avons pas, au fil du temps, peut-être trop exclusivement interprété et vécu le christianisme comme une religion sensible au péché et, par voie de conséquence, trop peu à la souffrance ? Est-ce que, dans l&#8217;abîme insondable des souffrances qui grèvent l&#8217;histoire humaine, nous n&#8217;avons pas relégué le cri des hommes peut-être trop rapidement et trop à la légère hors de l&#8217;annonce chrétienne de la Passion ? N&#8217;avons-nous pas classé trop vite dans le domaine qui relève « strictement du séculier » ces autres hommes qui souffrent ? Et ne sommes-nous pas ainsi devenus sourds à la prophétie dont le message nous dit que c&#8217;est justement en partant de cette histoire «séculière » de la souffrance que le Fils de l&#8217;Homme vient à nous et juge du sérieux de notre engagement à sa suite ? « Alors, ils furent saisis d&#8217;étonnement et commencèrent à lui demander », lisons-nous dans la Parabole de Jésus sur le Jugement dernier (Mat., XXV). « &laquo;&nbsp;Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir souffrir ?&nbsp;&raquo; [ ... ] Et il leur répondit : &laquo;&nbsp;En vérité je vous le dis : dans la mesure où vous l&#8217;avez fait à l&#8217;un de ces plus petits de mes frères, c&#8217;est à moi que vous l&#8217;avez fait.&nbsp;&raquo; ». Voilà ce qu&#8217;est bel et bien ce rapport, cette union scellée mystiquement entre la Passion du Christ et les passions souffertes par les hommes !</p>
<p>Or il n&#8217;y a dans la langue allemande aucun terme qui exprime sans équivoque cette sensibilité qui s&#8217;attache dans l&#8217;immédiat à la souffrance – et qui évoque tout autant le premier regard de Jésus porté sur elle. C&#8217;est à peine si le mot allemand « Mitleid » (n.d.tr.: traduit le plus souvent en français par « pitié ») peut être utilisé sans mauvaise conscience. Ce terme a en tous cas une connotation trop affective, trop peu en prise sur la pratique, sur le domaine du « politique ». Il encourt le soupçon de vider les réalités sociales de leur aspect politique en les soumettant à une tendance moralisatrice, de masquer par le sentimentalisme les injustices régnantes. Et c&#8217;est pourquoi je risque d&#8217;utiliser le mot étranger « compassion » pour résumer le projet universel du christianisme à l&#8217;ère de la globalisation comme du pluralisme des religions et des cultures qui la constituent. Et par cette compassion j&#8217;entends non pas une vague « participation affective » dictée d&#8217;en haut ou de l&#8217;extérieur, mais une empathie, cet accueil de la souffrance de l&#8217;autre, qui implique que l&#8217;on prenne part à sa situation et que l&#8217;on s&#8217;y soumette par devoir, dans l&#8217;acceptation consciente et l&#8217;engagement concret face à cette souffrance étrangère. Cette compassion exige au préalable que l&#8217;on soit prêt à modifier son regard, pour qu&#8217;il devienne celui auquel ne cessent de nous inviter les traditions bibliques, spécialement aussi les épisodes historiques concernant Jésus, qui nous appellent à nous placer nous-mêmes dans la perspective et à adopter les critères de jugement de ceux qui souffrent et qui sont menacés. Et à supporter ce regard au moins un peu plus longtemps que nous le permettent les réflexes spontanés que nous impose le souci de nous affirmer nous-mêmes. Cette compassion est soumise à l&#8217;impératif catégorique formulé par Hans Jonas : « Regarde le monde et tu comprendras ! ».</p>
<p>Dès que cette compassion intervient, c&#8217;est la « mort du Moi » évoquée dans le Nouveau Testament qui s&#8217;instaure, ce Moi, ses désirs et son intérêt présents dans l&#8217;immédiat commencent à être relativisés – ils sont maintenant disposés à la « rupture » imposée par la souffrance de l&#8217;étranger. C&#8217;est alors que commence ce que l&#8217;on nomme d&#8217;un terme aussi exigeant qu&#8217; insécurisant la « mystique ».Cette mystique de la compassion est du reste à mes yeux l&#8217;approche typiquement biblique de ce qu&#8217;est en soi la mystique, c&#8217;est-à-dire pleinement celle qui souligne le caractère relatif du Moi, l&#8217;amène à « s&#8217;abandonner ». Mais non pas à se livrer, à disparaître dans le vide informel d&#8217;un univers impersonnel, mais à pénétrer toujours plus profondément et à grandir dans une « alliance », une alliance mystique entre Dieu et les hommes. À la différence des religions d&#8217;Extrême-Orient, le Moi n&#8217;est pas mystiquement dissout dans cette alliance, il est sollicité moralement et dans le domaine du « politique ». Mais il l&#8217;est dans une mystique de la compassion : c&#8217;est la souffrance de Dieu qui est vécue et confirmée comme souffrance partagée, comme mystique du regard lucide sur le monde. Et je me répète : un christianisme qui retourne à ses racines est toujours confronté à elle ; cette mystique de la compassion n&#8217;est pas une affaire d&#8217;ésotérisme, elle est offerte à tous, elle est exigée de chacun. Et elle concerne non seulement la sphère privée, mais aussi la vie publique dans l&#8217;ordre du « politique ».</p>
<p>Cette mystique de la compassion est une mystique qui, par la rencontre de l&#8217;étranger qui souffre, se trouve « reliée à la terre » ; en même temps elle n&#8217;est souvent pas autre chose que l&#8217;expérience assumée de « notre souffrance imputée par nous à l&#8217;attitude de Dieu ». Non pas pour coiffer de la sorte d&#8217;une expérience religieuse les expériences douloureuses du quotidien dont le caractère « séculier » est souvent terrible, non pas pour couronner l&#8217;histoire du monde, pleine de souffrances connues de tous, par une nouvelle souffrance religieuse vécue en privé. Mais pour rassembler dans la mystique de cette souffrance que nous imputons à l&#8217;attitude de Dieu toutes les expériences abominables de nos souffrances, pour les arracher à l&#8217;abîme du désespoir et de l&#8217;oubli, et pour nous encourager à adopter de nouvelles pratiques. Ces nouvelles pratiques qui incluent intégralement la faillibilité et le besoin de conversion propres à ceux qui sont dans l&#8217;action – et non pas pour insensibiliser aussitôt ce nouvel engagement publique par un romantisme religieux, loin de l&#8217;action déployée dans l&#8217;ordre du « politique », mais pour arracher à cet engagement son fondement de haine et de pure violence. Voilà ce qui me semble particulièrement important dans une situation où tous les conflits politiques de grande envergure menacent de déboucher sur des affrontements entre les cultures et les religions.</p>
<p>De même que la curiosité peut être prise au niveau de la pensée théorique comme la dot caractéristique léguée dans l&#8217;héritage de la Grèce, et que les conceptions républicaines de l&#8217;Etat et du Droit peuvent être considérées comme celle de Rome, de même on peut, à mon avis, voir la spécificité d&#8217;une dot dans celle que nous accorde la Bible pour l&#8217;Europe à l&#8217;époque de la globalisation et de son pluralisme des univers culturels et religieux. C&#8217;est dans cet esprit de compassion que se manifeste le christianisme par la force qu&#8217;exerce son impact sur le monde et qui le pénètre. Il envoie les chrétiens au front des conflits sociaux et politiques dans l&#8217;univers actuel. C&#8217;est dans cet esprit que se trouve la racine qui permet de résister à un christianisme privatisé par lui-même dans le contexte pluraliste qui est le nôtre. Il définit la mystique de la compassion comme une mystique du politique.</p>
<p>Mais, bien sûr, cette exigence n&#8217;apparaît-elle pas aujourd&#8217;hui comme une pastorale purement romantique ? Il se peut que cet esprit inspiré par la compassion ait pu éventuellement être vécu jadis, à des époques révolues, dans des univers marqués autrefois par la proximité, dans des sociétés urbaines et rurales archaïques, où l&#8217;on se trouvait à portée de vue des autres. Mais aujourd&#8217;hui : comment cet esprit fait-il face aux tempêtes de l&#8217;anonymat qui exclut le contact visuel et qui est le propre de la globalisation planétaire ? Face à de telles questions, nous ne devrions cependant pas l&#8217;oublier : ce ne sont pas seulement la souffrance et le malheur qui habitent ce monde, le christianisme est lui aussi présent dans notre univers qui se soude, à notre porte et dans les lointains les plus reculés, ici et là, tantôt dans des minorités, tantôt en proportions plus fortes. Et ce n&#8217;est pas en vain si l&#8217;Eglise passe dans notre monde pour la plus ancienne des institutions aux dimensions globales. Elle est présente partout, à portée de voix et de vue, et n&#8217;a au fond pas besoin de recourir à une éthique abstraite, désincarnée et qui n&#8217;engage à rien.</p>
<p>Dans les tentatives actuelles (tout à fait méritoires) qui cherchent à formuler une éthique globale, il est souvent question d&#8217;un universalisme moral qui peut être établi sur la base d&#8217;un consensus défini comme minimum ou comme fondamental entre les religions et les civilisations ; cependant, au sens strictement théologique et non plus seulement dans celui de la politique religieuse, une idée s&#8217;impose : une éthique globale n&#8217;est pas le résultat d&#8217;un scrutin ou d&#8217;un consensus. Quiconque désire ramener cette éthique globale à l&#8217;accord de tous oublie en effet que le consensus, cet accord obtenu de l&#8217;ensemble, peut être la conséquence, mais non le fondement et le critère d&#8217;une exigence universelle. Ce n&#8217;est pas le consensus qui fonde l&#8217;autorité attribuée à cette éthique, mais c&#8217;est l&#8217;autorité préalablement intrinsèque de cette éthique qui rend possible et qui fonde le consensus universel. Mais que serait l&#8217;autorité qui peut être aujourd&#8217;hui invoquée dans toutes les grandes religions et civilisations de l&#8217;humanité ? C&#8217;est, pour le résumer à l&#8217;extrême, l&#8217;autorité qu&#8217;imposent ceux qui souffrent, qui souffrent innocemment, victimes de l&#8217;injustice.</p>
<p>Cette autorité exercée par ceux qui souffrent (mais non par la souffrance !) est, mesurée aux critères modernes du consensus et du discours, une autorité « de faible poids ». Elle ne peut être assurée ni par l&#8217;herméneutique ni sur le discours argumenté, car l&#8217;obéissance qu&#8217;elle exige précède l&#8217;accord et l&#8217;argumentation &#8211; et cela, comme l&#8217;exige toute considération de morale universelle.</p>
<p><strong>Auteur : Johann-Baptist Metz,</strong> théologien allemand né en 1928 et élève de Karl Rahner, professeur émérite de théologie fondamentale à la Faculté de théologie catholique de l&#8217;Université de Münster (Westphalie). Il est considéré comme le promoteur de la « nouvelle théologie politique », apparentée en Allemagne au « catholicisme de gauche » et représentée par l&#8217; « École de Francfort », qui a exercé une influence profonde sur la « théologie de la libération » en Amérique Latine. Ce théologien est considéré comme l&#8217;un des plus importants et des plus influents dans le monde germanophone après le Concile de Vatican II.<br />
<strong>Source : Publik-Forum, 26 mai 2006<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Jean Courtois, Lyon,</strong> à partir de l&#8217;extrait légèrement abrégé d&#8217;un écrit du théologien allemand intitulé : <em>Memoria passionis. Ein provozierendes Gedächtnis in pluralistischer Gesellschaft</em> [<em>Memoria passionis</em>.<em> Une commémoration qui nous provoque dans une société pluraliste</em>], Herder éditeur, Fribourg-en-Brisgau, 2006.</p>
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		<title>Pierre de Locht, trois ans déjà !</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Mar 2010 15:33:11 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Voilà trois ans déjà que, le 9 mars 2007, Pierre de Locht nous quittait. Né à Bruxelles en 1916, Pierre de Locht était prêtre catholique et docteur en théologie. Expert appelé à siéger à Rome dans la Commission pontificale sur la famille (1964 -1966), il a progressivement pris des positions &#160;&#187; non traditionnelles&#160;&#187;. Il se retrouve [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà trois ans déjà que, le 9 mars 2007, Pierre de Locht nous quittait. Né à Bruxelles en 1916, Pierre de Locht était prêtre catholique et docteur en théologie. Expert appelé à siéger à Rome dans la Commission pontificale sur la famille (1964 -1966), il a progressivement pris des positions &nbsp;&raquo; non traditionnelles&nbsp;&raquo;. Il se retrouve de ce fait quelques années plus tard mis au ban de l&#8217;Église catholique par sa hiérarchie. Si ses prises de position (notamment sur la contraception et l&#8217;avortement) ont fait grand bruit dans la société et ont secoué l&#8217;Église catholique, elles ont surtout permis à de nombreux croyants de se libérer<span id="more-2326"></span> d&#8217;une morale d&#8217;interdits. Elles ont aussi amené bien des incroyants à considérer sous un jour nouveau les relations avec les chrétiens. Il prendra position pour la dépénalisation de l&#8217;avortement dans les années 80, s&#8217;attirant les foudres &laquo;&nbsp;célestes&nbsp;&raquo;. Il plaidera également pour l&#8217;ordination d&#8217;hommes mariés ou l&#8217;accès des femmes à la prêtrise. Il regrettera inlassablement l&#8217;effet dévastateur de la centralisation du pouvoir de l&#8217;église &laquo;&nbsp;en faveur d&#8217;un tout petit nombre, le pape et sa curie&nbsp;&raquo;. Outre de nombreux articles consacrés à la morale, et plus spécialement à l&#8217;éthique de la sexualité et à la foi chrétienne, il est l&#8217;auteur de plusieurs livres, parmi lesquels <em>L&#8217;avortement. Les enjeux d&#8217;un débat passionné</em> (1985), <em>La foi décantée</em> (Desclée de Brouwer, 1998), <em>Oser être chrétien aujourd&#8217;hui</em> (Desclée de Brouwer, 2000), <em>Et si j&#8217;étais nommé évêque</em> (Mols, 2002) ou encore, en février 2007, <em>Chrétien aujourd&#8217;hui : un engagement contradictoire ?</em> (éditions Luc Pire). Mais pour nous, il était d&#8217;abord un témoin d&#8217;évangile à la voix incomparable, bienveillante, ferme, stimulante, libératrice&#8230;</p>
<p>Le texte qui suit est pour nous une façon de prolonger sa vie et sa voix parmi nous. Il s&#8217;agit des réflexions qu&#8217;il nous livra lors de l&#8217;assemblée générale de <em>Nous Sommes Aussi l&#8217;Église</em> en juin 1998 : importance du vécu à la base et nécessité de se libérer d&#8217;une sorte de « dépendance hiérarchique » que peuvent paradoxalement révéler certaines postures contestataires. Ecoutons-le&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Pierre-de-Locht.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2327" title="Pierre de Locht" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Pierre-de-Locht.jpg" alt="" width="400" height="544" /></a></p>
<h3>Où faut-il investir nos énergies ?</h3>
<p>Au lendemain d’une très intéressante et stimulante assemblée, je me suis fait quelques réflexions, que j’aimerais vous communiquer. Il est impressionnant de voir avec quel dynamisme les participants, et spécialement les femmes, refusant l’esprit peu évangélique de tant de prises de position officielles de notre Église, militent pour de tout autres comportements. Spécialement à l’égard des divorcés remariés, des prêtres qui s’ouvrent à un amour humain, des homosexuels&#8230;</p>
<p>Je garde cependant un peu la crainte que, pour un certain nombre, il s’agisse avant tout d’obtenir de la hiérarchie qu’elle modifie son regard et sa manière de faire. N’est ce pas donner encore trop d’importance à l’autorité, comme si les maturations et évolutions dans l’Église étaient conditionnées par l’attitude des évêques ?</p>
<h3>Légitime transgression</h3>
<p>On n’a pas besoin d’autorisation pour refuser personnellement et en communauté des manières d’être que l’on perçoit comme anti-évangéliques et pour se mettre à adopter des attitudes que l’on croit autrement plus conformes à l’inspiration de Jésus. Sachant bien, d’ailleurs, que les évolutions germent pratiquement toujours à la base.</p>
<p>La transgression n’est pas une opposition. Elle est une manière d’être qu’on adopte en soi et pour soi, car on la considère comme davantage conforme à l’Évangile. Faut-il une autorisation pour faire ce que l’on croit mieux ? Transgresser, ce n’est pas s’opposer, c’est avancer au-delà des normes actuellement établies, afin de mieux répondre aux exigences humaines et évangéliques. Et lorsqu’on constate avec étonnement que les « autorités » ne perçoivent guère ou pas le sens de ces indispensables modifications, on ne peut laisser tomber les bras et attendre leur autorisation pour agir selon ce que l’on croit devoir faire. Et cela d’autant plus que n’existe pas de dialogue ouvert et confiant entre l’autorité et le peuple chrétien.</p>
<p>Encore trop marqués par une obéissance-soumission qu’on nous a inculquée comme vertu majeure du chrétien, beaucoup n’osent pas encore être eux-mêmes. C’est pourtant la manière d’être des chrétiens de la base, entre autres vis-à-vis des divorcés remariés, des homosexuels ou des prêtres qui se marient, comme la manière de célébrer l’Eucharistie, qui feront le plus efficacement changer le mentalités et peu à peu les structures, mais ces dernières à un rythme plus lent car les législations sont toujours en retard sur la vie.</p>
<h3>Le vécu à la base, condition d’une contestation crédible et efficace</h3>
<p>Les énergies ne doivent donc pas être investies d’abord, me semble-t-il, dans la lutte pour faire changer l’autre, et spécialement les autorités religieuses, mais pour vivre à la base d’autres manières de penser et d’être. Et cela, au besoin dans l’incompréhension des autorités. Telle est l’exigence de la transgression comme avancée indispensable.</p>
<p>Le plus urgent n’est donc pas de demander à l’autorité ces transformations ; il s’agit de les susciter à la base, de les instaurer, de les vivre, au besoin en marge des normes établies, lorsque celles-ci sont figées et qu’un vrai dialogue est impossible.</p>
<p>Les stratégies à l’égard de l’autorité, si importantes soient-elles, je les crois secondes (non pas secondaires ni accessoires). Elles n’engendrent ni densité ni force, si elles n’émanent pas d’un vécu à la base. Ces stratégies se mèneront du reste dans un tout autre esprit si elles ne sont pas avant tout revendicatives, mais le cri de ce qui se pense, se vit, se réalise déjà à sa mesure à la base.</p>
<p>Tant à l’égard des divorcés remariés que des homosexuels, un climat de non jugement et d’accueil s’est peu à peu instauré dans les communautés. Ces changements de mentalité, dont nous sommes tous agents actifs, sont primordiaux. Sans eux, les modifications structurelles n’auraient guère de poids. Pourquoi ne pas instaurer, dès maintenant, à l’égard de prêtres qui se marient, des attitudes constructives et même comme cela se réalise déjà à plus d’un endroit, des pratiques qui ne les qualifient pas.</p>
<h3>Ne pas surestimer l’importance de la hiérarchie</h3>
<p>Cela n’empêche nullement de militer pour que l’ensemble de la communauté participe aux choix des évêques. A la condition de ne pas laisser croire ou se persuader que la vitalité d’une communauté tient avant tout à la qualité de sa hiérarchie. Ce serait encore en majorer l’importance. Mais il est clair que celle-ci n’est nullement négligeable. Cependant, le climat de confiance, de collaboration, de dynamisme joyeux, ne dépend pas seulement de l’évêque, mais de tout ce qui est suscité à la base.</p>
<p>La revendication des chrétiens de la base (laïcs et ministres divers) d’être partie prenante dans le choix de ses dirigeants est beaucoup plus qu’une exigence de rendement et d’efficacité. Elle tient à la dignité foncière des baptisés, également et solidairement responsables du devenir du message chrétien dans l’aujourd’hui. Ce sont des raisons théologiques fondamentales qui appellent à refuser la conception d’une Église dans laquelle les fidèles ne seraient que les exécutants d’une hiérarchie dépositrice privilégiée de la grâce et des dons de l’Esprit, et relais indispensable entre Dieu et les humains.</p>
<h3>La vérité de l’Église, c’est d’abord ce que les chrétiens vivent à la base</h3>
<p>Ceci m’amène à une dernière réflexion. La participation indispensable du tout venant chrétien n’est pas seulement une question d’efficacité dans l’organisation de l’Église. C’est l’apport de chacun, avec sa manière personnelle d’accueillir l’inspiration évangélique et de l’incarner dans la réalité présente, qui constitue l’Église. Quel appauvrissement du rayonnement évangélique lorsque cette effervescence de l’Esprit, ce « souffle de sainteté », suivant l’expression de Chouraqui, est paralysée parce que domine une organisation pyramidale et dictatoriale ! Il est entre autres indispensable à la vérité de la communauté ecclésiale que la perception féminine du message de Jésus Christ, loin d’être contrecarrée, puisse se déployer pleinement.</p>
<p>Si le peuple chrétien revendique, à juste titre, sa participation dans tous les rouages d’organisation de l’Église, c’est parce qu’il doit être présent dans la réflexion doctrinale, l’élaboration morale, la sensibilité sacramentelle&#8230; C’est ce que pense, cherche, vit le peuple chrétien qui fait la vérité et la vitalité de l’Église.</p>
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		<title>Un certain 11 octobre 1962 ou Vatican 2 dans mon itinéraire personnel, par Hugues Puel</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Mar 2010 10:57:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>

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		<description><![CDATA[Mon père, né en 1907, fréquentait les camelots du roi et avait donc 19 ans au moment de la condamnation de l’Action française (1926). Je lui ai souvent entendu exprimer son amertume face à l’attitude de l’archevêque de Bordeaux, Mgr Andrieu, dans le déclenchement de cette affaire. L’idéologie familiale était marquée par les figures tutélaires [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mon père, né en 1907, fréquentait les camelots du roi et avait donc 19 ans au moment de la condamnation de l’Action française (1926). Je lui ai souvent entendu exprimer son amertume face à l’attitude de l’archevêque de Bordeaux, Mgr Andrieu, dans le déclenchement de cette affaire. L’idéologie familiale était marquée par les figures tutélaires non seulement de Charles Maurras avec son conservatisme social, son royalisme et son antisémitisme, mais aussi de Saint Vincent de Paul<span id="more-2318"></span> avec sa foi, sa générosité et son sens des autres : mon grand-père paternel pratiquait les bonnes œuvres de la confrérie mise par Ozanam sous le patronage de Saint Vincent en visitant des familles pauvres du quartier. Ma mère, née en 1905, était l’aînée de dix enfants dont la propre mère mourut en 1919 de la grippe espagnole. A la mort de mon grand-père maternel qui ne s’était pas remarié, tous les enfants ayant été élevés dans un catholicisme très traditionnel, le domaine familial, où la surface de terre cultivable s’était réduite au cours des ans, fut vendu.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vatican-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2319" title="Vatican 2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Vatican-2.jpg" alt="" width="300" height="375" /></a></p>
<p>Né en 1932 à Bordeaux, je fis mes études secondaires chez les jésuites de cette ville (Ecole Saint Joseph de Tivoli, 1940-1950). Lors de la retraite d’élection d’une durée d’une semaine qui clôturait la préparation du baccalauréat de philosophie dans cette institution ignatienne, l’idée de vocation religieuse fut considérée, mais je décidais de ne pas décider et d’entreprendre des études supérieures, selon le souhait de mon père. Pendant six ans, j’étudiais à l’Université de Bordeaux le droit, les sciences politiques et l’économie (1950-1956). En même temps, je participais avec passion avec un groupe de jeunes catholiques, artistes, employés, étudiants, à l’animation de plusieurs ciné-clubs, ce qui nous mettait en relation et en coopération ponctuelle avec des militants communistes qui menaient de leur côté le même travail de culture populaire. Nous découvrions les cinémas japonais, américain, soviétique. C’était le beau temps des ciné-clubs, où se préparait avec les <em>Cahiers du cinéma</em> la nouvelle vague, tandis que le groupe de presse Malesherbes sous influence dominicaine lançait <em>Radio-Cinéma-Télévision</em>, l’ancêtre de <em>Télérama</em>.  </p>
<p>En 1954, le pape Pie XII mit fin à l’aventure des prêtres-ouvriers. Il sacrifia sur l’autel de la géopolitique de la guerre froide l’expérience missionnaire la plus pertinente et la plus généreuse des douze années précédentes. Grâce à mes études, j’avais déjà pris quelques distances avec la foi traditionnelle de ma famille, mais celle-ci fut alors mise au défi : l’abandonner ou approfondir le message évangélique qu’elle annonçait, mais qu’elle trahissait dans ses actes. Mon intérêt se tourna vers les dominicains dont j’avais jusque là à peine remarqué l’existence, mais que les foudres romaines de Pie XII mirent pour moi en vive lumière <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn1">[1]</a>. En 1956, quand le moment fut venu de prendre un emploi dont les propositions étaient nombreuses en ces temps de forte croissance, la cristallisation de ma vocation religieuse se fit soudaine : je pris l’habit de l’Ordre des prêcheurs à Saint Maximin dans le Var (province de Toulouse) le 14 novembre 1956. J’avais de cet Ordre une vision aussi imprécise que celle suggérée par le dessin du Saint Dominique de Matisse <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Je ne donne pas ici d’autres détails biographiques <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn3">[3]</a>, sauf pour ce qui concerne directement Vatican 2. Ce projet de Concile avait été annoncé en janvier 1959 par le nouveau pape Jean XXIII et laissait nos professeurs dominicains du couvent de Toulouse pour le moins perplexes. De ce temps d’études, je retiens l’anecdote suivante : le jeudi 11 octobre 1962, tout le couvent des dominicains de Toulouse remplissait un vaste autocar pour passer la journée à Lourdes à l’occasion de l’ouverture du Concile. Dans le voyage du retour, le chauffeur alluma sa radio pour que nous puissions écouter les nouvelles. Le journaliste cita le passage du discours inaugural de Jean XXIII « <em>autre le dépôt de la foi, autre la manière de l’énoncer et les formes qu’il revêt au cours du temps</em> », texte que Benoît XVI considère comme relevant d’une herméneutique  de la continuité. A son écoute, mon professeur de dogme, assis sur le siège devant le mien fit un bond et s’écria « <em>ces journalistes disent n’importe quoi !</em> ». Pour lui, dans la distinction entre le dépôt et son énonciation, la rupture avec la tradition était évidente, comme en témoignait le cours de dogme qu’il nous infligeait. Au mépris de toute méthode historique et après avoir accumulé les citations de la Bible et de Denzinger <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn4">[4]</a> sorties de leur contexte, il nous distillait avec contention la « <em>vraie doctrine</em> », celle d’un Thomas d’Aquin s’exprimant dans le langage « formel » de l’Ecole. Il dévalorisait toute autre parole qui, affirmait-il, n’était qu’un parler humain ! « <em>Pour parler humainement</em> », répétait-il, pour s’excuser lorsqu’il s’était laissé allé à l’emploi d’une figure, d’un symbole, d’une image ou d’une comparaison ! Il définissait l’Eglise de façon « formelle » comme une société parfaite gouvernée par une hiérarchie sacrée. Le Concile quant à lui parla plutôt d’un peuple en marche « <em>qui tire son unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn5">[5]</a>. Le professeur d’exégèse de nouveau Testament, Raphaël Weijers, avait une autre théologie. En nous commentant longuement l’Epître aux Hébreux, il nous montrait que le Christ était le seul prêtre donnant naissance à un peuple sacerdotal offrant sa vie en sacrifice d’action de grâce. La rupture était totale avec les prêtres de l’Ancien Testament et les ministères étaient des services diversifiés et évolutifs dans le temps. Ordonné en 1962, au ministère presbytéral, je ne me suis jamais considéré comme un prêtre faisant partie d’une hiérarchie sacrée. J’avais pris le risque de m’engager dans l’aventure dominicaine et cette ordination faisait partie du paquet. Ma spiritualité n’était pas sacerdotale, elle était et elle demeure baptismale. Elle s’appuie sur la parole prophétique de l’Evangile et sur la foi des premières communautés chrétiennes dans le Christ ressuscité.</p>
<p>Passons du 11 octobre 1962 au gouvernement de l’Eglise par Benoît XVI dont plusieurs initiatives provoquent une crise de gouvernance,  qui n’est pas seulement le fruit de l’imagination éditoriale de quelques organes de presse. Je note les malaises épiscopaux révélés par un certain nombre de faits.</p>
<p>1 &#8211; La levée de l’excommunication des schismatiques refusant le Concile Vatican 2 à partir d’une démarche liée à une mission menée par le cardinal Dario Castrillon Hoyos à la demande du pape, mais sans consultation des épiscopats les plus concernés : les évêques allemands et français. La crise existait déjà avant les déclarations négationnistes de Williamson qui déchaînèrent les médias.</p>
<p>2 &#8211; La nomination d’un prêtre autrichien, Gerhard Maria Wagner, comme évêque auxiliaire de Linz (Haute-Autriche), contre l’avis de l’épiscopat autrichien et en violation de la procédure de la <em>terna </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn6">[6]</a>, ce qui déclencha la réaction respectueuse, mais sévère, signée de tous les évêques de ce pays rappelant au pape que la nomination des évêques doit se faire pour l’Eglise locale et non pas contre elle <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn7">[7]</a>. Cet événement très significatif a eu peu d’écho dans les médias français.</p>
<p>3 &#8211; L’épiscopat brésilien désavoue l’excommunication par l’archevêque de Recife &#8212; successeur de Dom Helder Camara et nommé par Jean-Paul II, Monseigneur Jose Cardoso Sobrinho &#8212; de la mère d’une fille de 9 ans enceinte de jumeaux dont un avortement évita la mort, acte pour lequel l’archevêque étendit aux médecin intervenants cette excommunication.  Plusieurs évêques français se dirent scandalisés par ce manque de compassion, tandis que le titulaire du dicastère <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn8">[8]</a> des évêques apporta son soutien à Sobrinho. On ne doit pas donc pas se scandaliser si le rapprochement est fait par la presse avec la loi du silence pratiquée longtemps par les évêques de différents pays sur les viols d’enfants par des membres du clergé.</p>
<p>4 &#8211; La déclaration des évêques allemands du 5 mars 2009, s’interrogeant sur les incertitudes du chemin actuel de l’Eglise mettant ainsi en cause son actuelle gouvernance. S’il y eut peu d’écho en France, il y en eut beaucoup en Allemagne.</p>
<p>5 &#8211; La déclaration d’Albert Rouet, archevêque de Poitiers « <em>à propos des événements récents qui ont marqué l’Eglise : levée des excommunications des quatre évêques intégristes, de l’excommunication à Recife, des propos sur le sida</em> ». Cette déclaration en appelle à un autre positionnement de notre Eglise dans le monde car « <em>toute parole qui vient d’en haut, qui n’est pas engagée dans un dialogue, après avoir écouté et entendu l’autre, ne peut plus être une parole crédible… Notre monde n’écoute que ce qui est prononcé à hauteur de visage d’homme</em> ». Cette réaction, la plus remarquable, ne fut pas unique. D’autres réactions critiques se firent jour ça et là, mais dominèrent le silence et la gêne d’un épiscopat français très divisé.</p>
<p>6 &#8211; De cette division, on a eu le témoignage en novembre 2009, lorsque le président de l’assemblée plénière de la conférence des évêques de France a renoncé à mettre au vote  le rapport de l’évêque d’Angoulême, Claude Dagens, intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Eglise et évangélisation » et qui prolongeait une déclaration précédente sur la foi comme libre proposition au peuple.</p>
<p>Cette crise de gouvernance n’est pas une imagination de la presse, mais procède de la mauvaise réception du Concile Vatican 2 par le siège romain. L’Eglise se définit comme peuple en marche, comme ouverture au monde en solidarité avec les espoirs et les souffrances de l’humanité<a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn9"> [9]</a> et en appelle à l’autonomie responsable tant des autorités politiques que des baptisés. Mais l’Eglise romaine qui n’honore pas la nature épiscopale de l’Eglise et maintient son système de gouvernement centralisé, ignore le principe de subsidiarité qu’elle recommande aux sociétés séculières, nie l’autonomie des couples en répondant négativement à la question soulevée par <em>Humanae Vitae</em> de savoir si « <em>la finalité de la procréation dans le mariage concerne l’ensemble de la vie conjugale et non chacun de ses actes</em> » (§3), en imposant une distinction incompréhensible entre une contraception naturelle et artificielle, tandis qu’une partie de l’épiscopat catholique aux Etats-Unis se transforme en véritable lobby <em>pro-life</em>. <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn10">[10]</a></p>
<p>Cette crise de gouvernance a sa source dans l’attitude confuse de Benoît XVI face au Concile Vatican 2. Une analyse du discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005 en apporte la preuve. En effet, quelques mois après son élection comme évêque de Rome, sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger prononça un discours principalement consacré à la réception de Vatican 2. Il s’efforce de répondre à la question : pourquoi la réception du Concile s’est déroulée de manière aussi difficile, puis s’interroge sur les difficultés du dialogue entre l’Eglise et la modernité.</p>
<p>Après avoir salué l’anniversaire des 40 ans de la fin du Concile, il voit dans la cause des difficultés une question d’herméneutique, c’est-à-dire de juste interprétation, de juste lecture et de juste application. Or il dénonce une fausse herméneutique définie comme « <em>herméneutique de la discontinuité et de la rupture</em> » qui, selon lui, a la faveur des médias et d’une partie de la théologie moderne, alors qu’il y faut « <em>une herméneutique de la réforme</em> », c’est-à-dire du renouveau dans la continuité de « <em>l’unique sujet-Eglise</em> ». L’herméneutique de la rupture est critiquée car, d’une part, elle oppose l’Eglise préconciliaire et l’Eglise postconciliaire, alors que, pour lui, c’est la continuité de l’unique sujet-Eglise qui doit être considérée et on ne doit pas en appeler des textes du Concile à l’esprit du Concile pour regarder l’avenir. Elle passe sous silence le fait que le sujet-Eglise est de nature eschatologique et que le personnel ministériel au service de l’Eglise vit dans le temps et doit s’ouvrir, comme le recommandait Jean XXIII,  aux signes des temps.</p>
<p>Comme exemple d’herméneutique de la continuité, Benoît XVI cite le discours d’ouverture du Concile par Jean XXIII le 11 octobre 1962 sur la transmission de la doctrine : « <em>Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et respectée d’une manière qui corresponde aux exigences de notre temps. En effet une chose est le dépôt de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et une autre chose est la manière de les énoncer, en leur conservant cependant le même sens et la même portée. </em>» Cette synthèse  exemplaire de la fidélité et du dynamisme lui semble cependant si délicate que le pape entreprend une réflexion sur le difficile dialogue entre l’Eglise et la modernité.</p>
<p>Le pape se réfère alors au discours de conclusion du concile par Paul VI qui pourrait justifier une herméneutique de la discontinuité dans la mesure où le Concile Vatican 2 s’était centré sur les questions d’anthropologie et les rapports entre l’Eglise et l’homme d’aujourd’hui. Il évoque Galilée, Kant, la Révolution française, le libéralisme radical, les sciences naturelles. Il voit les rapprochements possibles à travers la doctrine sociale catholique qui se situe dans l’entre-deux du libéralisme radical et de la théorie marxiste de l’Etat. Et surtout il considère dans les nouvelles positions épistémologiques tant des sciences naturelles que des sciences historiques que d’autres rapprochements sont possibles : « <em>Dans tous ces secteurs […] pouvait apparaître quelque forme de discontinuité et que, en un certain sens, une discontinuité s’était de fait manifestée dans laquelle cependant, une fois faites les diverses distinctions entre les situations concrètes historiques et leurs exigences, il apparaissait que la continuité des principes n’était pas abandonnée : un fait qui échappe facilement à une première perception. Et c’est justement dans cet ensemble de continuité et de discontinuité, à des niveaux divers, que consiste la nature de la vraie réforme</em> ». <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn11">[11]</a></p>
<p>Ce n’est pas lumineux et je ne prolonge pas la lecture des paragraphes de cette prose lourde, alambiquée et faussement subtile grâce à laquelle le pape en arrive à justifier la liberté religieuse reconnue par le Concile Vatican 2 en 1965, alors que Pie IX l’avait anathématisée en 1864. Mais pour affirmer la continuité, Benoît XVI doit la faire remonter au témoignage de Jésus lui-même et à celui de l’Eglise des martyrs, en sautant discrètement sur les formes diverses des mélanges théologico-politiques depuis l’empereur Constantin et la longue histoire de l’Eglise catholique, jusqu’à Pie XII (le nazisme et la guerre froide) et Jean-Paul II (le Rêve de Compostelle <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn12">[12]</a>), en passant par la théorie des deux glaives et les luttes entre la Papauté et l’Empire. La distinction des deux herméneutiques ne vaut pas grand-chose. </p>
<p>Pour le père Congar, mais en un tout autre sens, le discours de Jean XXIII pour l’ouverture du Concile le 11 octobre 1962 était une vraie rupture, mais une rupture encore à faire. Sortant d’un procès du Saint Office pour ses positions théologiques, procès dont il n’avait connu ni le chef d’accusation, ni le nom de ses juges, ni le verdict final, il assiste à l’ouverture du Concile qui lui parait révéler le visage constantinien de l’Eglise de Rome et note dans son journal au 11 octobre 1962 ses sentiments : « <em>Je vois le poids non dénoncé de l’époque où l’Eglise était seigneurisante, où elle avait un pouvoir temporel, où les papes et les évêques étaient des seigneurs, qui avaient une cour, protégeaient les artistes, prétendaient à une pompe égale à celle des Césars. Cela l’Eglise ne l’a jamais répudié à Rome. La sortie de l’ère constantinienne n’a jamais été son programme. Le pauvre Pie IX, qui n’a rien compris au mouvement de l’histoire, qui a enfoncé le catholicisme français dans une stérile attitude d’opposition, de conservatisme, d’esprit de restauration a été appelé par Dieu à entendre la leçon des événements, ces maîtres qu’il nous donne de sa main, et à sortir l’Eglise de la misérable logique de la « Donation de Constantin » </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn13"><em>[13]</em></a><em>, de la convertir à un évangélisme qui lui eut permis d’être moins <span style="text-decoration: underline;">du</span> monde et plus <span style="text-decoration: underline;">au</span> monde. Il a fait juste le contraire. Homme catastrophique qui ne savait ni ce qu’était l’ecclesia ni ce qu’était la tradition… Et Pie IX </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn14"><em>[14]</em></a><em> règne encore. Boniface VIII </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn15"><em>[15]</em></a><em> règne encore. On l’a surimposé à Simon Pierre, l’humble pêcheur d’hommes !</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn16">[16]</a>.</p>
<p>Revenons du 11 octobre 1962 à aujourd’hui. Benoît XVI est-il sorti de l’ère constantinienne ? Les Etats pontificaux se limitent désormais à une quarantaine d’hectares, mais disposent d’un Institut des oeuvres de religion, l’IOR, véritable banque du pape, qui gère les milliards issus de «<em> la donation de Mussolini</em> » <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn17">[17]</a> et dont les ressources sont précieuses pour limiter la liberté de parole d’évêques dont les diocèses sont loin de s’autofinancer <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn18">[18]</a>. La gouvernance de l’Eglise n’applique pas le principe de subsidiarité. Les synodes romains ne traitent pas des questions débattues dans l’Eglise, en cherchant l’expression collective d’épiscopats organisés et non seulement celle particulière de tel ou tel prélat. En bloquant tout débat sur l’ordination de <em>viri probati</em> <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn19">[19]</a> à la présidence de l’Eucharistie, l’Eglise romaine décourage des chrétiens de la participation à ce sacrement central et manque à l’obligation de fournir des ministres à leur communauté. En conséquence se développe la pratique des eucharisties sauvages dont témoigne la prise de position favorable à leur égard de dominicains néerlandais, face à la carence romaine. Dans <em>Le rêve</em> <em>de Jérusalem </em><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn20">[20]</a>, le cardinal Martini, qui était <em>papabile</em> au dernier conclave, a évoqué cette nécessité de faire du synode romain un véritable organe de réflexion collective et de décision.</p>
<p>Pour sortir de l’ère constantinienne,  le pape pourrait inviter au débat sur une infaillibilité qui se trompe d’objet, car elle n’est pas d’abord celle du pape, mais celle de l’Eglise. Je crois à l’infaillibilité de l’Eglise qui me transmet avec sûreté le message évangélique recueilli par les premières communautés chrétiennes. Quant à l’infaillibilité personnelle du pape, je l’affecte d’un très fort coefficient de relativité, dont les composantes sont les suivantes. La question n’émerge qu’au dix-neuvième siècle après des décennies de débats complexes issus du jansénisme et de la question de savoir si le pape est exempt d’inerrance non seulement sur la substance de la doctrine, mais aussi sur l’interprétation incontestable du texte lui-même <a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftn21">[21]</a>. Proclamée en 1870, l’infaillibilité pontificale est contemporaine de la perte des Etats pontificaux. Comment ne pas l’interpréter comme une affirmation d’autorité compensatrice de l’autorité temporelle perdue ? De plus ce « dogme » n’a été utilisé qu’une fois en 1950 pour la proclamation de l’Assomption de Marie, vieille croyance populaire partagée par de nombreuses communautés chrétiennes tant en Occident qu’en Orient. Son utilité pastorale a été jusqu’ici totalement nulle. Elle est même négative, car elle fait croire à un pape infaillible et donc tout puissant qui défigure l’image pétrinienne du serviteur.</p>
<p>Il n’y a pas besoin d’un nouveau Concile pour sortir vraiment de l’ère constantinienne. Il suffit d’un comportement du siège romain qui s’inspire de la lettre et de l’esprit du Concile Vatican 2. Des nominations épiscopales, non seulement indépendantes des pouvoirs politiques, mais procédant d’une consultation plus large que la procédure complètement secrète de la <em>terna</em>. L’acceptation du débat dans l’Eglise sur les problèmes qui se posent et que nombre de synodes diocésains a exprimé.</p>
<p>On peut avoir une autre vision et penser que, avec plus d’un milliard de baptisés, l’Eglise catholique est un monde d’une extraordinaire complexité et diversité. Sans doute la barque de Pierre est-elle menée « à la gaffe » (Duchêne), mais le  message est prêché vaille que vaille, et comme la conscience de chacun est respectée tant qu’il n’est ni théologien, ni divorcé remarié, on doit accepter le poids de l’histoire et la variété des situations. Je comprends ce point de vue, mais ne le partage pas. Je ne me résigne pas à ce que l’aide apportée aux personnes et aux familles par des ministres dévoués de l’Eglise catholique soit handicapée par un discours romain devenu inaudible en matière d’éthique familiale. Je ne me résigne pas à l’exercice d’un pouvoir qui soit insensible à la promesse démocratique qui vit au coeur des sociétés humaines. Je revendique ma liberté évangélique de critique pour confronter le message et les pratiques des institutions ecclésiales. Je sais que la liberté évangélique est aussi une responsabilité et je connais mes limites et mes fragilités.</p>
<p>Mon témoignage est donc là pour ouvrir un débat. Mais je ne peux l’achever sans dire mon bonheur d’être chrétien et catholique. Je suis immensément reconnaissant à mon Eglise de m’avoir transmis la foi à travers ma famille, de m’avoir offert les mots pour prier (le notre Père, les psaumes, le Nouveau Testament), de m’avoir à travers l’Ordre dominicain initié à l’extraordinaire littérature chrétienne d’ordre mystique, historique et surtout théologique avec son remarquable travail de la raison au cœur de la foi. Pour tout cela ma reconnaissance est infinie. La rencontre avec Dieu se fait dans le dialogue, avec les mots pour le dire qui nous conduisent au silence, avec les symboles sacramentels qui rythment notre pèlerinage vers le Dieu vivant par le Christ dans l’Esprit, au cœur des communautés chrétiennes dans leur diversité.</p>
<p><strong>Auteur : Hugues Puel<br />
Source : intervention à l&#8217;Agora Tête d&#8217;Or (Lyon) le 6 mars 2010, restituée ici avec la permission de l&#8217;auteur.</strong></p>
<hr size="1" /><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref1">[1]</a> F. LEPRIEUR, <em>Quand Rome condamne</em>, « Terre entière », Paris,  Plon/Cerf, 1989.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref2">[2]</a> Sur les murs de la chapelle de Vence en Provence.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref3">[3]</a> On en trouvera dans mon livre <em>Economie et Humanisme dans le mouvement de la modernité</em>, Paris, Editions du Cerf, 2004. Par ailleurs, j’ai évoqué mon itinéraire dans l’Ordre dominicain dans un entretien avec Jacques-François Vergonjeanne pour <em>Prêcheurs, Bulletin de liaison de</em> <em>la province de France,</em> n°110 de septembre 2007.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref4">[4]</a> Un ouvrage procédant d’une sélection très orientée de textes issus des Conciles et des textes papaux.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref5">[5]</a> <em>Lumen Gentium,</em>  §4.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref6">[6]</a> Les trois noms sélectionnés selon une procédure secrète menée par le nonce apostolique auprès de l’épiscopat du pays concerné et entre lesquels le pape <span style="text-decoration: underline;">doit</span> choisir le candidat finalement retenu.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref7">[7]</a> <em>Documentation catholique</em> du 15 mars 2009.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref8">[8]</a> Dicastère est le nom des ministères dans le gouvernement de la Curie romaine de l’évêque de Rome.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref9">[9]</a> §1 de <em>Gaudium et Spes</em>,</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref10">[10]</a> Sur cette histoire, C. GREMION et H. TOUZARD, <em>L’Eglise et la contraception : l’urgence d’un changement</em>, Paris, Bayard, 2006 et M. SEVEGRAND, <em>L’affaire humanae Vitae, l’Eglise catholique et la contraception</em>, Paris L’Harmattan, 2008.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref11">[11]</a> Texte complet dans <em>Documentation catholique</em>, 15 janvier 2006.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref12">[12]</a> <em>Le rêve de Compostelle : vers le restauration d’une Europe chrétienne ?, </em>Paris, Le Ceturion, 1989.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref13">[13]</a> Le plus célèbre faux de l’histoire, ce document instaurait le pape comme chef d’Etat avec un domaine de la taille de la Lombardie au cours des huitième et neuvième siècles, P. SIMONNOT, <em>Les papes</em>, <em>l’Eglise</em> <em>et l’argent</em>, <em>Histoire économique du christianisme des origines à nos jours</em>, Paris, Bayard, 2005, chapitre 8 « le pape, chef d’Etat ».</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref14">[14]</a> 1792-1878.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref15">[15]</a> 1235-1303.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref16">[16]</a> Y. Congar, <em>Mon journal du Concile,</em> 11 octobre 1962, cité par Andrea Riccardi, <em>Histoire du Concile Vatican 2</em>, tome 2,  Le Cerf, 1998,  p.32-33. </p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref17">[17]</a> Les accords du Latran désignés ainsi par Philippe Simonnot.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref18">[18]</a> Banque du pape, l’IOR (Institut des œuvres de religions) dispose actuellement d’un capital d’environ 5 milliards d’Euros, selon <em>La Croix</em> du 4 mars 2010.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref19">[19]</a> La question de l’ordination d’hommes mariés pour présidée l’Eucharistie, à laquelle une grande partie du peuple chrétien serait favorable, pratique qui existe déjà dans les Eglises orientales rattachées à Rome.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref20">[20]</a> Desclée de Brouwer, 2009.</p>
<p><a href="http://www.nsae.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/paste/pasteword.htm?ver=327-1235#_ftnref21">[21]</a> J.F. CHIRON, <em>L’infaillibilité et son objet</em>, Le Cerf, 1999.</p>
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		<title>Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres, par Hans Küng</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 17:11:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nsae</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Les abus sexuels massifs auxquels des membres du clergé catholique se sont livrés sur des enfants et des adolescents, des Etats-Unis jusqu&#8217;à l&#8217;Allemagne en passant par l&#8217;Irlande, ne portent pas seulement à l&#8217;Eglise catholique un énorme préjudice en matière d&#8217;image. Ils sont également révélateurs de la crise profonde dans laquelle celle-ci se débat.
Pour la Conférence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les abus sexuels massifs auxquels des membres du clergé catholique se sont livrés sur des enfants et des adolescents, des Etats-Unis jusqu&#8217;à l&#8217;Allemagne en passant par l&#8217;Irlande, ne portent pas seulement à l&#8217;Eglise catholique un énorme préjudice en matière d&#8217;image. Ils sont également révélateurs de la crise profonde dans laquelle celle-ci se débat.</p>
<p>Pour la Conférence épiscopale allemande, c&#8217;est son président, l&#8217;archevêque de Fribourg, Robert Zollitsch, qui a pris publiquement position. Qu&#8217;il ait qualifié ces cas d&#8217;abus sexuels de &laquo;&nbsp;crimes odieux&nbsp;&raquo; et que, par la suite, dans sa déclaration du 25 février, la Conférence épiscopale ait demandé pardon à toutes les victimes, voilà certes un premier pas en direction d&#8217;un retour à l&#8217;ordre ; mais il devrait être suivi par d&#8217;autres. La déclaration de Mgr Zollitsch n&#8217;en comporte pas moins de très sérieuses erreurs d&#8217;appréciation qu&#8217;il faut dénoncer.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2305" title="HKung" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HKung.jpg" alt="" width="300" height="402" /></a><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/2009/03/hans-kung.jpg"></a></p>
<p>Première affirmation : les abus sexuels dus à des prêtres n&#8217;ont rien à voir avec le célibat. Objection ! Il est certes incontestable que ce genre d&#8217;affaire se produit aussi dans des familles, des écoles, des associations et également au sein d&#8217;Eglises où la règle du célibat des prêtres n&#8217;existe pas. Mais pourquoi le phénomène est-il à ce point massif justement dans les Eglises catholiques dirigées par des hommes non mariés ? Bien entendu, ces déviances ne sont pas exclusivement à porter au débit du célibat.</p>
<p>Mais celui-ci est structurellement l&#8217;expression la plus frappante de la relation crispée qu&#8217;entretient la hiérarchie catholique avec la sexualité, celle-là même qui détermine son rapport à la question de la contraception et à bien d&#8217;autres.</p>
<p>Il suffit pourtant d&#8217;ouvrir le Nouveau Testament : si Jésus et Paul ont préféré, à titre exemplaire, ne pas se marier pour rester au service de l&#8217;humanité, ils n&#8217;en ont pas moins laissé à l&#8217;individu une liberté de choix totale en la matière. Dans l&#8217;Evangile, le célibat ne peut être considéré que comme une vocation librement consentie (Charisma) et non comme une loi universellement contraignante. Paul s&#8217;est porté en faux contre ceux qui, autrefois déjà, soutenaient qu&#8217;&nbsp;&raquo;il est bon pour l&#8217;homme de s&#8217;abstenir de la femme&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;A cause des débauches, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari&nbsp;&raquo; (Ire épître aux Corinthiens, 7, 1 et suivants), leur répondait l&#8217;apôtre. D&#8217;après la Ire épître à Thimothée, &laquo;&nbsp;aussi faut-il que l&#8217;épiscope soit irréprochable, mari d&#8217;une seule femme&nbsp;&raquo; (3, 2).</p>
<p>Pierre, ainsi que les autres disciples du Christ, ont été mariés tout au long de leur apostolat. Cela a été le cas, de nombreux siècles durant, pour les évêques et les prêtres de paroisse, ce qui, comme chacun sait, se perpétue aujourd&#8217;hui dans les Eglises d&#8217;Orient, y compris chez les uniates restés liés à Rome, et dans l&#8217;orthodoxie dans son ensemble, au moins pour ce qui est des prêtres. C&#8217;est bien le célibat érigé en règle qui contredit l&#8217;Evangile et la tradition du catholicisme primitif. Il convient donc de l&#8217;abroger.</p>
<p>Deuxième affirmation : il est &laquo;&nbsp;totalement erroné&nbsp;&raquo; de rapporter ces cas d&#8217;abus sexuel à une faille dans le système de l&#8217;Eglise. Objection ! Le célibat n&#8217;était pas encore en vigueur pendant le premier millénaire de l&#8217;ère chrétienne. En Occident, il a été institué au XIe siècle sous l&#8217;influence de moines (qui, eux, étaient des célibataires par choix). On le doit au pape Grégoire VII, celui-là même qui a contraint l&#8217;empereur du Saint Empire romain germanique à s&#8217;agenouiller devant lui à Canossa (1077), et cela en dépit de l&#8217;opposition virulente du clergé italien et plus encore du clergé allemand.</p>
<p>En Allemagne, d&#8217;ailleurs, trois évêques seulement ont osé promulguer le décret papal. Les prêtres protestataires se comptaient alors par milliers. Dans une pétition, le clergé allemand a demandé &laquo;&nbsp;si le pape ne connaissait point la parole du Seigneur : &laquo;&nbsp;Qui peut comprendre, qu&#8217;il comprenne !&nbsp;&raquo;" (Matthieu 19, 12). Dans ce seul et unique passage concernant le célibat, Jésus plaide en effet pour le caractère volontaire de cette réforme du mode de vie.</p>
<p>La règle du célibat devait donc devenir &#8211; en même temps que l&#8217;absolutisme papal et le renforcement du cléricalisme &#8211; un pilier essentiel du &laquo;&nbsp;système romain&nbsp;&raquo;. Contrairement à ce qui a cours dans les Eglises d&#8217;Orient, le clergé occidental, ainsi voué au célibat, apparaît de ce fait comme complètement séparé du peuple chrétien : comme une classe sociale dominante singulière, fondamentalement au-dessus des laïcs, mais totalement soumise à l&#8217;autorité pontificale romaine. Or l&#8217;obligation du célibat constitue aujourd&#8217;hui la cause principale du déficit catastrophique en prêtres, de l&#8217;abandon &#8211; lourd de conséquences &#8211; de la pratique de la communion et dans bien des cas de l&#8217;effondrement de l&#8217;assistance spirituelle personnalisée.</p>
<p>Une évolution que l&#8217;on dissimule, par la fusion des paroisses, derrière l&#8217;euphémisme d&#8217;&nbsp;&raquo;unités d&#8217;assistance spirituelle&nbsp;&raquo; que l&#8217;on confie à des curés déjà totalement surchargés. Quelle est pourtant la meilleure formation pour les générations futures de prêtres ? L&#8217;abrogation de la règle du célibat, racine de tous les maux, et l&#8217;ouverture de l&#8217;ordination aux femmes. Les évêques le savent bien, mais encore faudrait-il qu&#8217;ils aient le courage de le dire à haute et intelligible voix. Ils auraient pour eux la grande majorité de la population et aussi les catholiques, dont tous les sondages récents montrent qu&#8217;ils se prononcent en faveur du mariage des prêtres.</p>
<p>Troisième affirmation : les évêques ont suffisamment endossé de responsabilités. Que désormais des mesures d&#8217;explication et de prévention aient été adoptées est une initiative louable. Mais l&#8217;épiscopat ne porte-t-il pas la responsabilité de décennies de pratiques de camouflage des cas d&#8217;abus sexuel, qui ont eu souvent pour seul effet le déplacement du délinquant, ne visant qu&#8217;à renforcer la chape de plomb ? Ceux qui, hier, ont étouffé les scandales, sont-ils aujourd&#8217;hui les plus qualifiés pour faire toute la lumière ? Une commission indépendante ne serait-elle pas une meilleure option ?</p>
<p>Jusqu&#8217;à présent, presque aucun évêque n&#8217;a reconnu sa complicité. Pourtant, chacun pourrait arguer qu&#8217;il n&#8217;a fait que suivre les consignes de Rome. Au Vatican, sur la base du secret le plus absolu, la discrète Congrégation pour la doctrine de la foi a pris en charge tous les cas graves de déviances sexuelles commis par des membres du clergé qui ont, du coup, abouti sur le bureau de son préfet, le cardinal Ratzinger, entre 1981 et 2005. Le 18 mai 2001 encore, ce dernier adressait aux évêques du monde entier une lettre solennelle sur les pénibles manquements (&laquo;&nbsp;Epistula de delictis gravioribus&nbsp;&raquo;). Les cas d&#8217;abus sexuels y étaient placés sous &laquo;&nbsp;secret pontifical&nbsp;&raquo; (&laquo;&nbsp;Secretum pontificium&nbsp;&raquo;) et classés comme offense relevant d&#8217;une punition ecclésiastique.</p>
<p>L&#8217;Eglise ne devrait-elle donc pas attendre du pape aussi, en collégialité avec les évêques, un mea culpa ? Et cela lié &#8211; en guise de réparation &#8211; avec la possibilité que la règle du célibat, mise sous le boisseau au concile Vatican II, soit enfin librement et ouvertement reconsidérée. Avec la même franchise pour aborder enfin de front la question des abus sexuel eux-mêmes, il faudrait s&#8217;attaquer à la discussion de sa cause essentielle et structurelle : la règle du célibat. Voilà ce que les évêques devraient proposer fermement et sans ambages au pape Benoît XVI.</p>
<p><strong>Auteur : Hans Küng, théologien (dernier ouvrage paru : <em>Mémoires II : une vérité contestée</em>, éd. du Cerf, 732 p., 48 €).<br />
Traduit de l&#8217;allemand par Nicolas Weill<br />
Source : Le Monde, édition du 05.03.10</strong></p>
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		<title>Le « Pacte des catacombes »</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 16:55:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>
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Le 16 novembre 1965, peu avant la clôture de Vatican II, une quarantaine d’évêques, dont les noms ne sont pas connus, se réunirent dans la Catacombe de St Domitilla et signèrent un pacte concernant la richesse, les pompes et les cérémonies dans l’Eglise catholique. Le 7 décembre 1965, la veille de la clôture officielle du Concile [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!--StartFragment--></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify"><span><em>Le 16 novembre 1965, peu avant la clôture de Vatican II, une quarantaine d’évêques, dont les noms ne sont pas connus, se réunirent dans la Catacombe de St Domitilla et signèrent un pacte concernant la richesse, les pompes et les cérémonies dans l’Eglise catholique. <span style="font-style: normal"><em>Le 7 décembre 1965, la veille de la clôture officielle du Concile Vatican II, ils diffusèrent parmi leurs confrères, ce qu&#8217;ils appellèrent le « Schéma XIV », allusion aux 13 « schémas » préparatoires<span id="more-1992"></span> des grands textes, lignes directrices que la Curie avait distribuées aux « Pères conciliaires » avant les Assemblées délibératives. </em></span></em></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: center"><span><em><span style="font-style: normal"><em><img class="size-full wp-image-1997 aligncenter" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/rome_domitilla-17-32-34.jpg" alt="rome_domitilla-17-32-34" width="309" height="438" /><br />
</em></span></em></span></p>
<p style="text-align: justify">Nous, évêques réunis au Concile Vatican ; ayant été éclairés sur les déficiences de notre vie de pauvreté selon l&#8217;Evangile ; encouragés les uns par les autres, dans une démarche où chacun de nous voudrait éviter la singularité et la présomption ; unis à tous nos frères dans l&#8217;Episcopat ; comptant surtout sur la force et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, sur la prière des fidèles et des prêtres de nos diocèses respectifs ; nous plaçant par la pensée et la prière, devant la Trinité, devant l&#8217;Eglise du Christ, devant les prêtres et les fidèles de nos diocèses, dans l&#8217;humilité et la conscience de notre faiblesse mais aussi avec toute la détermination et la force dont Dieu veut bien nous donner la grâce, nous nous engageons à ce qui suit :</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">1)  Nous essayerons de vivre selon le mode ordinaire de notre population en ce qui concerne l&#8217;habitation, la nourriture, les moyens de locomotion et tout ce qui s&#8217;ensuit.</p>
<p style="text-align: justify">2)  Nous renonçons pour toujours à l&#8217;apparence et à la réalité de richesse spécialement dans les habits (étoffes riches et couleurs voyantes), les insignes en matière précieuse : ces insignes doivent être en effet évangéliques.</p>
<p style="text-align: justify">3)  Nous ne posséderons ni immeubles, ni meubles ni comptes en banque, etc., en notre propre nom ; et s&#8217;il faut posséder, nous mettrons tout au nom du diocèse, ou des œuvres sociales ou caritatives.</p>
<p style="text-align: justify">4)  Nous confierons, chaque fois qu&#8217;il est possible, la gestion financière er matérielle, dans nos diocèses, à un comité de laïcs compétents et conscients de leur rôle apostolique, en vue d&#8217;être moins des administrateurs que des pasteurs et apôtres.</p>
<p style="text-align: justify">5) Nous refusons d&#8217;être appelés oralement ou par écrit des noms et des titres signifiant la grandeur et la puissance (Eminence, Excellence, Monseigneur). Nous préférons être appelés du nom évangélique de Père.</p>
<p style="text-align: justify">6)  Nous éviterons dans notre comportement, nos relations sociales, ce qui peut sembler donner des privilèges, des priorités ou même une préférence quelconque aux riches et aux puissants (ex. : banquets offerts ou acceptés, classes dans les services religieux).</p>
<p style="text-align: justify">6)  Nous éviterons d&#8217;encourager ou de flatter la vanité de quiconque en vue de récompenser ou de solliciter les dons, ou pour toute autre raison. Nous inviterons nos fidèles à considérer leurs dons comme une participation normale au culte, à l&#8217;apostolat et à l&#8217;action sociale.</p>
<p style="text-align: justify">7)   Nous donnerons tout ce qui est nécessaire de notre temps, réflexion, cœur, moyens, etc., au service apostolique et pastoral des personnes et des groupes laborieux et économiquement faibles et sous-développés, sans que cela nuise aux autres personnes et groupes du diocèse. Nous soutiendrons les laïcs, religieux, diacres ou prêtres que le Seigneur appelle à évangéliser les pauvres et les ouvriers en partageant la vie ouvrière et le travail.</p>
<p style="text-align: justify">9)   Conscients des exigences de la justice et de la charité et de leurs rapports mutuels, nous essayerons de transformer les œuvres de « bienfaisance » en œuvres sociales basées sur la charité et la justice qui tiennent compte de tous et de toutes les exigences, comme un humble service des organismes publics compétents.</p>
<p style="text-align: justify">10)   Nous mettrons tout en œuvre pour que les responsables de notre gouvernement et de nos services publics décident et mettent en application les lois, les structures et les institutions sociales nécessaires à la justice, à l&#8217;égalité et au développement harmonisé et total de tout l&#8217;homme chez tous les hommes et par là l&#8217;avènement d&#8217;un autre ordre social, nouveau, digne des fils de l&#8217;homme et des fils de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify">11)   La collégialité des évêques trouvant sa plus évangélique réalisation dans la prise en charge commune des masses humaines en état de misère physique, culturelle et morale &#8211; les 2/3 de l&#8217;humanité- nous nous engageons :</p>
<p style="text-align: justify">- à participer, selon nos moyens, aux investissements urgents des épiscopats des nations pauvres ;</p>
<p style="text-align: justify">- à acquérir ensemble, au plan des organismes internationaux mais en témoignant de l&#8217;Evangile, comme</p>
<p style="text-align: justify">le pape Paul VI à l&#8217;O.N.U., la mise en place de structures économiques  et culturelles qui ne fabriquent plus de nations prolétaires dans un monde de plus en plus riche, mais qui permettent aux masses pauvres de sortir de leur misère.</p>
<p style="text-align: justify">12)   Nous nous engageons à partager dans la charité pastorale notre vie avec nos frères dans le Christ, prêtres, religieux et laïcs pour que notre ministère soit un vrai service ; ainsi :</p>
<p style="text-align: justify">- nous nous efforcerons de « réviser notre vie » avec eux ;</p>
<p style="text-align: justify">- nous susciterons des collaborateurs pour être davantage des animateurs selon l&#8217;Esprit, que des chefs</p>
<p style="text-align: justify">selon le monde ;</p>
<p style="text-align: justify">- nous chercherons à être plus humainement présents, accueillants ;</p>
<p style="text-align: justify">- nous nous montrerons ouverts à tous, quelle que soit leur religion ;</p>
<p style="text-align: justify">13)  Revenus dans nos diocèses respectifs, nous ferons connaître à nos diocésains notre résolution, les priant de nous aider de leur compréhension, leur concours et leurs prières.</p>
<p style="text-align: justify">Que Dieu nous aide à être fidèles.</p>
<p style="text-align: left">Source : Informations catholiques internationales, 1<sup>er</sup> janvier 1966</p>
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		<title>Exit Godfried</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Jan 2010 10:19:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[
Il fallait s&#8217;y attendre. L&#8217;archevêque de Malines-Bruxelles, primat de Belgique, cardinal de surcroît, n&#8217;a pas échappé à la vindicte des frères Ratzinger, car ils sont deux, et le moins connu, petit monseigneur bavarois, n&#8217;est pas le moins vindicatif, tant s&#8217;en faut. Ils ne lui avaient pas pardonné les réserves qu&#8217;il s&#8217;était permis de formuler tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="size-full wp-image-1968 alignleft" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/danneels_200912.jpg" alt="danneels_200912" width="294" height="220" /></p>
<p style="text-align: justify;">Il fallait s&#8217;y attendre. L&#8217;archevêque de Malines-Bruxelles, primat de Belgique, cardinal de surcroît, n&#8217;a pas échappé à la vindicte des frères Ratzinger, car ils sont deux, et le moins connu, petit monseigneur bavarois, n&#8217;est pas le moins vindicatif, tant s&#8217;en faut. Ils ne lui avaient pas pardonné les réserves qu&#8217;il s&#8217;était permis de formuler tout au long du dernier conclave et la déception qu&#8217;il n&#8217;était pas parvenu à dissimuler, à la fin de celui-ci, dans une conférence de presse, qui fut sans doute, quoi qu&#8217;il en dise, un des meilleurs moments de vérité de sa carrière. Un des derniers cardinaux qu&#8217;on appelait « libéraux », pour leur reconnaître une certaine personnalité et signifier qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas toujours rigoureusement bien alignés, comme tous les autres, dans la ligne pontificale, le petit doigt sur la couture de la soutane, a donc été éliminé. Ce fut également le cas,  récemment, de Martini l&#8217;archevêque de Milan, bien connu pour ses positions progressistes en matière de morale et de théologie. Lui aussi a été fermement invité à prendre sa retraite à soixante-quinze ans, sans atermoiement ni tergiversation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cela veut simplement dire que le progressisme n&#8217;a plus aucun avenir dans l&#8217;Eglise catholique. On s&#8217;en doutait d&#8217;ailleurs, depuis que, sans relâche, et avec l&#8217;obstination qu&#8217;on lui connaissait, Jean-Paul II avait cadenassé toutes les nominations importantes, dans la hiérarchie de cette Eglise, du côté le plus traditionnel et le plus conservateur. Il n&#8217;y a pas de miracle, à Rome encore moins qu&#8217;ailleurs, et l&#8217;Opus Dei a jusqu&#8217;ici bien placé ses pions, dans les évêchés comme sur les autels. Benoît XVI n&#8217;avait plus qu&#8217;à poursuivre. Il le fait consciencieusement aujourd&#8217;hui en nommant archevêque de Malines-Bruxelles notre ineffable André-Mutien Léonard. Celui-ci, rappelez-vous, avait débuté ses exactions à Namur en fermant le séminaire qui avait le grand défaut d&#8217;être quelque peu ouvert et en recherche. Faisons-lui confiance, il ne tardera pas à découvrir, à un plus haut niveau, quelque chose à détruire, pour affirmer son autorité et la rectitude absolue de son jugement. Cela pourrait bien être l&#8217;UCL, l&#8217;université catholique de Louvain la Neuve, qui a le grand tort de ne toujours pas condamner en bloc et en détail, comme il le souhaitait, la pilule, l&#8217;avortement, le contrôle des naissances, le préservatif, la conception médicalement assistée, le clonage des cellules, l&#8217;utilisation des embryons, l&#8217;euthanasie, etc, et dans laquelle, il n&#8217;y a pas si longtemps, il n&#8217;avait pas hésité à envoyer une <em>taupe</em> en observation, tout en négligeant de la payer, bien sûr. Seuls, les fidèles des deux provinces de Namur et du Luxembourg pourront se réjouir d&#8217;enfin connaître un bon débarras. C&#8217;était leur évêque.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;y a plus de progressisme possible dans les rangs de l&#8217;Eglise universelle. Ce n&#8217;est pas en effet l&#8217;exaspération de quelques dominicains hollandais qui imaginaient des eucharisties sans prêtre, ni la grève de la faim d&#8217;un évêque brésilien qui se solidarisait avec les Indiens sans terre, qui va créer un nouveau courant progressiste. Ils seront désormais de plus en plus isolés, déconsidérés, et probablement écrasés avant d&#8217;avoir pu susciter un courant d&#8217;opinion. L&#8217;expérience acquise par Jozef Ratzinger au sein du saint Office, avant qu&#8217;ils ne changent de nom l&#8217;un et l&#8217;autre, ne laisse aucun doute à ce sujet. Le sort qui a été réservé aux « théologiens de la libération » ne donne plus aucune chance aux intellectuels soucieux de recherche et de formulations nouvelles. La façon dont ont été traités Helder Camara, porte-parole du tiers-monde, Pedro Arrupe, général des Jésuites, et les frères Cardenal, ministres au Nicaragua, garantit à tous ceux qui s&#8217;engageront désormais socialement et politiquement dans la vérité auprès des opprimés, un traitement qui aura pour effet de les réduire au silence ou à la démission.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Chez nous aussi, les espaces de liberté se font rares. Les voix discordantes se taisent. Les espoirs sont déçus. Et, pour beaucoup, qui avaient vécu le concile Vatican II d&#8217;abord, mai soixante-huit ensuite, c&#8217;est le temps du <em>blues</em>. Bien sûr, Louis Evely, Pierre de Locht, Jean Cardonnel et Edward Schillebeeckx  sont morts, Jacques Gaillot a été démis de ses fonctions comme Hans Kung, et Jean Kamp réduit à la plus grande discrétion. Ignace Berten fait, paraît-il, l&#8217;objet de menaces, et Gabriel Ringlet se tait bien souvent dans son prieuré campagnard. Les théologiens semblent s&#8217;être enterrés, dix mètres sous terre, dans leurs abris anti-dogmatiques, tellement ils considèrent que leur vie est risquée. Les prêtres ouvriers, pratiquement tous à la retraite maintenant, font de plus en plus figure d&#8217;anciens combattants. Et ce n&#8217;est pas Léon de Pas, comte romain, dernier héritier d&#8217;un zouave, tout aussi courageux et téméraire que son ancêtre, mort héroïquement à Rome pour les Etats pontificaux, qui, en reniant son baptême, va créer une révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Et pourtant, la pratique religieuse s&#8217;amenuise lentement mais constamment en Belgique. On est obligé d&#8217;envisager l&#8217;abandon, la démolition, parfois la vente des églises et des presbytères. Le nombre des prêtres en fonction a fondu, parfois réduit à un quart de ce qu&#8217;il avait pu être. Les congrégations religieuses ont fusionné, maintenant elles disparaissent. Les couvents sont progressivement transformés en maisons de repos. Wilfried Danneels a tout à fait raison de parler du « petit reste », mais ce n&#8217;est guère une vision d&#8217;espoir. Les seuls îlots de dynamisme et de vie active, parfois désordonnée il est vrai, semblent être les communautés charismatiques et traditionalistes. Mais cela a souvent l&#8217;allure d&#8217;une propriété privée. De toute évidence, ce n&#8217;est pas fait pour tout le monde ! Les évêques embauchent sans relâche des prêtres étrangers pour essayer de boucher les trous dans un tissu ecclésial usé et rapiécé. Pour eux, il n&#8217;y a pas de sans-papiers, pas d&#8217;immigrés sans droit d&#8217;asile. Si ceux-ci sont ordonnés prêtres, et au besoin on accélère le processus pour qu&#8217;ils le soient,  ils ne seront pas reconduits à la frontière !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pourquoi se faire encore des illusions ? L&#8217;Eglise catholique est malade, gravement, elle va mourir. On la croyait éternelle ? Ce n&#8217;est pas vrai. Elle est humaine, spatio-temporelle comme les êtres humains. Ernest Renan avait raison de dire : le Christ avait promis le Royaume et c&#8217;est l&#8217;Eglise qui est arrivée. C&#8217;est pourquoi il est de plus en plus nécessaire et urgent de faire des distinctions importantes. Christianisme et Eglise catholique ce n&#8217;est pas la même chose. Quand on aura retiré des évangiles tout ce qui y a été rajouté durant les trois premiers siècles, on s&#8217;apercevra que Jésus n&#8217;a jamais voulu créer une organisation religieuse, sacrée et hiérarchisée, copiée sur celle du temple juif, mais qu&#8217;il a plutôt voulu une conversion du cœur et de l&#8217;esprit des hommes et des femmes en vue de transformer le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce qui est en cause dans cette dégradation continue de l&#8217;Eglise, ce n&#8217;est pas la réforme liturgique avec le français plutôt que le latin, ou l&#8217;inverse, ce n&#8217;est pas l&#8217;autel dos ou face au peuple, ce n&#8217;est pas non plus le célibat ou le mariage des prêtres, ni même l&#8217;ordination des femmes, ni la révision ou la libéralisation éventuelle de toute la morale sexuelle. Ce qui est en cause est bien plus grave, on peut dire que c&#8217;est le Credo. Il n&#8217;y a plus guère une ligne de celui-ci qui se tienne réellement telle quelle face à la compréhension raisonnée et critique d&#8217;un homme du vingt et unième siècle qui, s&#8217;il accepte toujours de croire en quelque chose ou en quelqu&#8217;un, est cependant devenu allergique aux mystères de la foi. Rares sont ceux qui s&#8217;en rendent compte et sont prêts à l&#8217;admettre. Il n&#8217;y a guère eu de réaction dans notre Eglise, quand, il y a quelques années, les Abbés de Maredsous et d&#8217;Orval ont quitté leurs prestigieuses abbayes et se sont mariés, ni quand l&#8217;Abbé de Chimay s&#8217;est déclaré homosexuel, et du même coup s&#8217;est fait exclure. C&#8217;étaient pourtant des signes qui ne trompent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bien qu&#8217;il ait mis près de trois siècles pour être élaboré, le symbole de Nicée a accumulé des affirmations qui n&#8217;ont plus leur justification dans l&#8217;esprit de nos contemporains. Le Dieu unique continue à affronter la Trinité avec sa complication et son imbroglio de natures et de personnes, et cet affrontement est particulièrement sensible aujourd&#8217;hui aux Islamistes. Quant à la toute-puissance de Dieu, elle rend tout à fait injustes les tsunamis, les tremblements de terre, et même les guerres, car elle exclut le hasard et ce n&#8217;est pas en invoquant la liberté des hommes qu&#8217;on peut les justifier. C&#8217;est pourquoi il ne manque pas de curés actuellement qui préfèrent parler d&#8217;un Dieu <em>très aimant</em> plutôt que <em>tout puissant</em>, d&#8217;une faute <em>habituelle</em> ou <em>occasionnelle </em>plutôt qu&#8217;<em>originelle.</em> La création telle que définie traditionnellement s&#8217;accommode mal de l&#8217;évolution pourtant maintenant scientifiquement établie. Et ainsi de suite&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quand on sait l&#8217;histoire et les péripéties humaines des huit premiers grands conciles œcuméniques de l&#8217;Eglise catholique qui, jusqu&#8217;au neuvième siècle, ont d&#8217;ailleurs tous eu lieu, non à Rome mais en Turquie, siège de l&#8217;empire byzantin, on a des raisons de se demander si cette Eglise catholique est réellement chrétienne, c&#8217;est-à-dire du Christ, et si tous ces dogmes accumulés au cours des siècles n&#8217;ont pas eu des motivations bien plus politiques, partisanes ou économiques qu&#8217;évangéliques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il y a donc du travail pour quelques générations de théologiens, car le ménage à faire est immense et radical. Mais ne nous faisons pas d&#8217;illusions, c&#8217;est un travail impossible pour eux, car révision et réforme exigent des acteurs entièrement libres, et depuis toujours il est interdit dans l&#8217;Eglise de toucher aux dogmes, ne fût-ce que pour les habiller autrement. C&#8217;est le caractère dogmatique de l&#8217;Eglise qui, profondément, empêche son évolution et son adaptation au monde moderne. Ce sont finalement ses dogmes qui tueront cette religion, par étouffement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est grand temps que tous ceux qui un jour ont été touchés par les valeurs de l&#8217;Evangile prennent conscience du tournant qui est à effectuer. Pour ne pas perdre ce précieux héritage il faudra d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre le libérer des structures qui l&#8217;entourent et le faire vivre au-dehors. On avait oublié que l&#8217;Evangile est un message de grand air, à vivre hors les murs. Exit Godfried, on regrettera sincèrement sa simplicité, sa bonhomie, sa recherche permanente du consensus, imprégnée de bonté, mais pas sa soumission souvent aveugle au système clérical. Exit Godfried, mais qu&#8217;ils sortent donc aussi de leurs églises, les chrétiens ! Tout est encore à faire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: right;">Jacques MEURICE, prêtre.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La célébration eucharistique</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Jan 2010 14:32:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Ouverture(s)]]></category>

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		<description><![CDATA[
« La célébration eucharistique est aussi vieille que l&#8217;Église. &#171;&#160;L&#8217;Église fait l&#8217;Eucharistie, l&#8217;Eucharistie fait l&#8217;Église&#160;&#187; dit le père de Lubac. Sans eucharistie, il n&#8217;y a pas d&#8217;Église, sans l&#8217;Église il n&#8217;y a pas d&#8217;eucharistie. La vie de l&#8217;Église ne se conçoit pas sans l&#8217;eucharistie. Pourquoi est-elle si importante ? »
C&#8217;est la question dont était partie Laure Caumont [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-1945" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/106jpg.jpeg" alt="106jpg" width="319" height="258" /></p>
<p style="text-align: justify;">« La célébration eucharistique est aussi vieille que l&#8217;Église. &laquo;&nbsp;<em>L&#8217;Église fait l&#8217;Eucharistie, l&#8217;Eucharistie fait l&#8217;Église&nbsp;&raquo; </em>dit le père de Lubac. Sans eucharistie, il n&#8217;y a pas d&#8217;Église, sans l&#8217;Église il n&#8217;y a pas d&#8217;eucharistie. La vie de l&#8217;Église ne se conçoit pas sans l&#8217;eucharistie. Pourquoi est-elle si importante ? »</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est la question dont était partie Laure Caumont dans une série d&#8217;interventions qu&#8217;elle fit au sein du collectif Paris-Ile de France et qui viennent d&#8217;être rassemblées dans un fascicule que publie NSAE.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une première partie, elle y montre la spécificité, le caractère propre de la célébration chrétienne par rapport aux autres célébrations, en cherchant ce qui l&#8217;enracine profondément dans l&#8217;humain : la notion de sacré, les rites, les symboles utilisés, et en quoi elle est différente parce qu&#8217;elle nous entraîne dans une autre manière de croire en Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la seconde, elle suit l&#8217;évolution de la célébration eucharistique dans l&#8217;histoire et repère, à travers les siècles, les continuités et les déviations apparues en raison des liens entre l&#8217;Église et le monde, que les études de l&#8217;histoire et de l&#8217;exégèse permettent désormais de déceler et de comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous en présentons ci-dessous quelques courts extraits.<a name="_ftnref1"></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>La liturgie, une autre façon de faire de la théologie. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme telle elle revêt une importance décisive pour la vie de l&#8217;Église. On se souvient que lors du Concile Vatican II, les premiers textes soumis à l&#8217;Assemblée furent renvoyés en commission pour insuffisance. Afin d&#8217;occuper les Pères, on décida de discuter de la liturgie qui ne devait pas poser de problème. Or dès les premières discussions, on assista à l&#8217;affrontement entre les tenants de la liturgie en usage et les partisans d&#8217;une liturgie tenant compte des recherches de l&#8217;exégèse et de l&#8217;Histoire qui permettaient de retrouver la véritable Tradition, celle qui nous vient de Jésus et des premières communautés chrétiennes. Autrement dit, on retrouvait à propos de la liturgie, l&#8217;opposition entre ceux qui voulaient réformer l&#8217;Église en profondeur et les « conservateurs ». Ce n&#8217;était pas une question de latin ou de génuflexions, mais une remise en cause de la conception des rapports des chrétiens avec le monde et avec Dieu. C&#8217;est pourquoi il est essentiel de se pencher sur les origines et les évolutions de la liturgie et en particulier celles de la célébration eucharistique pour comprendre les véritables enjeux du conflit avec les lefebvristes et avec le Vatican qui leur prête aujourd&#8217;hui une oreille trop complaisante.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Christianisme et sacré primordial</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les circonstances historiques ont amené l&#8217;Église à revenir à une forme de sacré, s&#8217;apparentant aux conceptions du « sacré Primordial » qui viennent du plus lointain de l&#8217;humanité ; et finalement à une pensée archaïque que la prédication de Jésus, dans la ligne des prophètes d&#8217;Israël, avait dépassée et contestée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Prendre conscience de la différence entre « prier » et « célébrer ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;">« On ne vient pas à la messe pour prier mais pour célébrer ». Cette affirmation d&#8217;un liturgiste est une manière un peu brutale de dire la différence entre la prière privée et la prière publique. Ce n&#8217;est pas une question de qualité de la foi mais de statut de la prière. Quand on est en dehors de la communauté, on prie comme on veut, où on veut, dans l&#8217;attitude qu&#8217;on veut, le temps qu&#8217;on veut. Même la méditation de l&#8217;Évangile en équipe est privée. Par contre, la célébration eucharistique, la messe, est publique. On peut dire que la liturgie est la « fonction publique » de l&#8217;Église, peuple de Dieu, et comme telle elle obéit à des règles.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La liturgie est la fonction publique de l&#8217;Église </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On ne veut pas dire par là que les membres du clergé soient des « fonctionnaires de Dieu ». Cette image doit être corrigée par le fait que ce n&#8217;est pas le clergé qui célèbre &#8211; même si cette idée demeure dans beaucoup d&#8217;esprits &#8211; mais le peuple de Dieu tout entier qui exerce la fonction sacerdotale. Il est « prêtre, prophète et roi » par le baptême qui nous a incorporés au Christ. C&#8217;est le peuple chrétien tout entier qui offre le nouveau « sacrifice », entendu non comme la mort sanglante du Christ censée satisfaire un Dieu irrité comme le chantait « Minuit chrétien » mais une vie entière donnée à Dieu et aux autres, jusqu&#8217;à la mort, celle du Christ comme la nôtre. C&#8217;est l&#8217;Église toute entière qui prend en charge cet acte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;eucharistie n&#8217;est pas quelque chose dont on parle mais quelque chose que l&#8217;on fait</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Faites ceci en mémoire de moi. </em>» Quand Vatican II utilise l&#8217;expression « action liturgique », c&#8217;est un pléonasme mais un pléonasme volontaire pour bien faire comprendre que la liturgie mobilise toute l&#8217;activité de ceux qui sont présents. On n&#8217;assiste pas, on ne participe même pas on « célèbre ». Il a fallu changer des mentalités qui ont duré plusieurs siècles pour retrouver le sens profond de la célébration. Ce n&#8217;est pas pour revenir en arrière aujourd&#8217;hui !</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr size="1" /><a name="_ftn1"></a> Pour plus d&#8217;informations sur le fascicule et la façon de se le procurer, s&#8217;adresser à NSAE, 68 rue de Babylone, 75007 Paris ; tel : 01 45 51 57 13</p>
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