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	<title>NSAE &#187; FAIRE ÉGLISE AUTREMENT</title>
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	<description>Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre, pour faire de nos vies un chemin de foi</description>
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		<title>Le cri de Montesinos, hier et aujourd’hui</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Jan 2012 22:10:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte de Víctor Codina, prêtre jésuite et théologien a paru dans le numéro 786 de la revue Christus (Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la communauté de frères dominicains de l’île caribéenne de La Española et prononcé le 21 décembre 1511 par le Frère Antonio de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>Ce texte de Víctor Codina, prêtre jésuite et théologien a paru dans le numéro 786 de la revue Christus (Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la communauté de frères dominicains de l’île caribéenne de La Española et prononcé le 21 décembre 1511 par le Frère Antonio de Montesinos devant les conquistadors et les notables espagnols de l’île.Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la commCe texte de Víctor Codina, prêtre jésuite et théologien a paru dans le numéro 786 de la revue Christus (Mexique) (octobre 2011). Il commémore les 500 ans du sermon de Montesinos, préparé par la communauté de frères dominicains de l’île caribéenne de La Española et prononcé le 21 décembre 1511 par le Frère Antonio de Montesinos devant les conquistadors et les notables espagnols de l’île.</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/471EC15E-8F03-47F5-AA03-FC73198C2BD0.jpg__209__400__CROPz0x209y400.jpeg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5848" title="471EC15E-8F03-47F5-AA03-FC73198C2BD0.jpg__209__400__CROPz0x209y400" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/471EC15E-8F03-47F5-AA03-FC73198C2BD0.jpg__209__400__CROPz0x209y400-206x300.jpg" alt="" width="206" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Cela s’est passé il y a 500 ans.<br />
En décembre 1510, une petite communauté de frères dominicains débarque sur l’île caribéenne de La Española (aujourd’hui territoire de la République dominicaine et d’Haïti). Cette communauté missionnaire, avec Pedro de Córdoba à sa tête, venait du couvent de San Estéban de Salamanque, un des couvents les plus connus et les plus ouverts de l’Ordre dominicain.<br />
C’est une communauté pauvre et qui veut annoncer la Parole à partir de son contexte d’insertion dans la réalité de la conquête espagnole : cela faisait 19 ans que les habitants des Indes occidentales, comme on les appelait alors, subissaient l’exploitation et les mauvais traitements, car les conquistadors voulaient uniquement l’or et devenir riches au prix du sang des Indiens qu’ils traitaient comme des animaux.<br />
La communauté analyse les faits, examine à la lumière de l’évangile l’inhumaine oppression dont souffrent les Indiens, se met de leur côté et, consciente de la gravité de la situation, décide de la dénoncer publiquement devant les conquistadors et les notables espagnols, parmi lesquels se trouvait l’amiral Diego Colomb, le fils de Christophe Colomb. Tous les membres de la communauté élaborent ensemble le sermon et confient la charge de le prononcer à Frère Antonio de Montesinos, qui était bon prédicateur. Ils choisissent la date du quatrième dimanche de l’Avent et prennent comme point de départ la phrase de Jean-Baptiste : « Je suis la voix qui crie dans le désert ».<br />
<strong>Le texte de ce discours prophétique, prononcé le 21 décembre 1511, nous le connaissons grâce à Bartolomé de Las Casas, alors curé et encomendero [1], qui était présent dans l’église</strong> :<br />
« Cette voix, déclara-t-il, dit que vous êtes tous en état de péché mortel, vous y vivez et vous y mourrez, en raison de la cruauté et de la tyrannie dont vous usez à l’égard de ces gens innocents. Dites-moi, de quel droit, au nom de quelle justice, maintenez-vous en si cruelle et horrible servitude ces Indiens ? Au nom de quelle autorité avez-vous fait des guerres si détestables à ces gens qui vivaient doux et pacifiques sur leurs terres, où vous avez commis tant de meurtres et de ravages inouïs qu’un nombre incalculable d’entre eux a disparu. Comment pouvez-vous les maintenir dans une oppression et un épuisement pareils, sans leur donner à manger ni soigner leurs maladies qui dérivent des travaux excessifs que vous leur imposez, et dont ils meurent ? Pour parler plus clairement, vous les tuez, pour extraire et acquérir chaque jour de l’or. En outre, quel souci avez-vous de leur faire donner l’enseignement de la bonne doctrine, afin qu’ils connaissent leur Dieu et créateur, qu’ils soient baptisés, entendent la messe, et observent les fêtes et dimanches ? Eux aussi, ne sont-ils pas des hommes ? Ne possèdent-ils pas âme et raison ? N’êtes-vous pas tenus de les aimer comme vous-mêmes ? Ne comprenez-vous pas cela ? Comment restez-vous endormis dans un sommeil si profond et si léthargique ? Tenez-le pour certain, dans l’état où vous êtes, vous ne pouvez pas plus gagner votre salut que les Maures ou les Turcs qui manquent ou ne veulent pas de la foi dans le Christ » [2].<br />
Le sermon eut un grand impact, « il les laissa abasourdis, beaucoup comme privés de réaction, d’autres plus endurcis encore et quelques-uns comme contrits, mais aucun, à ce que j’ai compris, ne fut converti », note le chroniqueur. Diego Colomb et les notables sortirent indignés et décidèrent de réprimander le prédicateur pour cette doctrine nouvelle et scandaleuse, qui allait contre le roi, lequel autorisait les conquistadors à avoir à leur service des Indiens sur les encomiendas. Ils exigeaient une rétractation publique.<br />
Bartolomé de Las Casas aussi s’indigna de ce sermon qui attaquait directement sa situation d’encomendero. Ce fut seulement des années plus tard, en réfléchissant sur des textes de l’Ecclésiastique (4,1-6 ; 34,18-22) qui affirment que Yahvé n’accepte pas les offrandes souillées de sang, que Las Casas changea de cap : il entra dans l’Ordre dominicain et, nommé évêque du Chiapas, il devint le grand défenseur des Indiens.<br />
Le dimanche suivant, Montesinos remonta en chaire, mais au lieu de se rétracter, il déclara que, dorénavant, les Frères ne confesseraient plus les Espagnols, ni leur donneraient l’absolution ; il ajouta même que ces derniers pouvaient se plaindre à qui ils voudraient, eux continueraient à prêcher l’Évangile [3].<br />
La nouvelle parvient à la cour d’Espagne, le supérieur Pedro de Córdoba est appelé pour s’expliquer devant le roi Ferdinand le Catholique de Castille ; le provincial des Dominicains lui-même, Alonso de Loaysa, se met du côté du Roi et du gouverneur de La Española : il se fâche, reprend ses Frères pour leur prédication si scandaleuse et préjudiciable à leur ordre. Sans doute se sont-ils laissé tromper par le démon et il leur enjoint de ne pas continuer ce type de prédications, sous peine de tomber en péché grave et d’encourir l’excommunication.<br />
Cette dénonciation prophétique est naturellement conflictuelle non seulement pour la Couronne mais aussi pour l’Église. Toute dénonciation prophétique implique un prix à payer. Il est arrivé la même chose à Jésus de Nazareth quand il a proclamé son programme messianique d’évangéliser les pauvres en pleine synagogue de Nazareth : on a voulu le jeter dans le vide (Lc 4, 16-30).<br />
En réalité, comme l’affirme Gustavo Gutiérrez, aussi bien Diego Colomb que le roi et même Loaysa ne se sont pas trompés dans leur jugement, car ils se sont rendu compte que le cri de Montesinos non seulement remettait en question la manière de traiter les Indiens mais aussi attaquait à la racine la conquête elle-même et l’injuste système colonial hispanique [4]. Depuis ce sermon de Montesinos de 1511 se sont écoulés maintenant 500 ans.<br />
Mais le cri de Montesinos, bien qu’il fût le premier cri libertaire de l’Amérique latine, ne fut pas le seul. Puebla nous le rappelle dans un texte connu :<br />
« D’intrépides lutteurs pour la justice, des évangélisateurs de la paix comme Antonio de Montesinos, Bartolomé de Las Casas, Juan de Zumárraga, Vasco de Quiroga, Juan del Valle, Julián Garcés, José de Anchieta, Manuel Nóbrega et tant d’autres qui défendirent les Indiens devant les conquistadors et les encomenderos, parfois même jusqu’à la mort, comme l’évêque Antonio Valdivieso, montrent par des faits évidents comment l’Église promeut la dignité et la liberté de l’homme latino-américain » [5].<br />
<strong>Lignes de force du sermon de Montesinos</strong><br />
Ce qui attire peut-être l’attention, c’est que Montesinos commence à argumenter à partir de ce que nous appellerions aujourd’hui les droits humains : « de quel droit et avec quelle justice », « au nom de quelle autorité », « comment pouvez-vous les maintenir dans une oppression et un épuisement pareils ? », « ceux-ci ne sont-ils pas des hommes ? », « ne possèdent-ils pas âme et raison ? ». Sans doute l’école dominicaine de Salamanque d’où venaient ces missionnaires et où il y avait de grands penseurs thomistes comme Soto et Vitoria, a-t-elle influé sur cette vision anthropologique primordiale. Avant d’invoquer des valeurs évangéliques, ils font appel au sentiment humain, à l’humanité, à l’honnêteté envers le réel, au respect des êtres humains, à un minimum de sentiment de compassion face à la souffrance de l’autre. La question sur Dieu est avant tout une question sur la réalité.<br />
Cela suppose que la communauté dominicaine était proche du monde des Indiens, qui l’amenait à considérer l’histoire en partant du bas, de l’envers, de ceux qui souffrent de ses conséquences ; cela conduisit les Frères à assumer ce qu’aujourd’hui on appelle l’option pour les pauvres. Avant les intérêts et les prétendus droits des conquistadors, il y a la souffrance des Indiens.<br />
Montesinos commence par faire mémoire de ces souffrances, mémoire de la passion du peuple, « memoria passionis » (J. B. Metz). Les colonisateurs ont agressé violemment l’avoir, le savoir et l’être des Indiens ; ce fut « un contexte d’invasion injuste, non seulement d’un territoire et de ses ressources, mais aussi de ses plus secrètes identités ; de violation et de négation des visions du cosmos et des sagesses de vie, des secrets et des initiatives » [6]. Il n’est pas possible de rester impassibles ni neutres devant la souffrance, les Frères ne peuvent passer au loin, comme le prêtre et le lévite de la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25-35). Dans la souffrance des Indiens, ils contemplent et expérimentent la souffrance du Seigneur (Mt 25, 31-45).<br />
À partir de là, jaillit la dénonciation de l’idéologie de la conquête qui, théoriquement, se justifie par la possibilité d’évangéliser ces peuples, mais qui, en réalité, est devenue « extraire et acquérir chaque jour de l’or » et, pour cela, « vous les tuez ». De cette tromperie, de ce « sommeil léthargique dans lequel ils sont endormis », participe le fait qu’ils ne se préoccupent absolument pas du bien spirituel des Indiens, de leur évangélisation, baptême, célébration des dimanches et fêtes&#8230;<br />
C’est seulement après qu’est invoqué le principe chrétien, l’obligation de les aimer comme soi-même, une maxime évangélique que les conquistadors connaissent sûrement par leur tradition culturelle chrétienne.<br />
La conséquence de tout cela est que les conquistadors sont en état de péché mortel, dont ils ne pourront se sauver tant qu’ils persisteront dans leur attitude abusive et dans la pratique des encomiendas. Et il leur expose l’exemple des Maures et des Turcs qui n’ont pas la foi, et, selon la vision théologique de l’époque, ne peuvent être sauvés : eux non plus ne seront pas sauvés. Par conséquent, tant qu’il n’y aura pas une conversion profonde, on ne pourra ni les confesser ni leur donner l’absolution de leurs péchés. Sans doute ces mots durs ont-ils dû secouer les auditeurs, car ils n’étaient pas habitués à une sévérité si tranchée.<br />
<strong>Actualité du sermon de Montesinos</strong><br />
500 ans ont passé, le contexte historique, culturel, économique et politique de l’Amérique latine a changé. Mais depuis l’Amérique latine arrive toujours jusqu’au ciel la clameur des Indiens, des Afro-Américains, des paysans, des femmes, des mineurs, des enfants, des vieillards qui demandent justice, dignité, santé, travail, éducation, liberté, respect de leurs cultures, le droit à la terre et au territoire, la possibilité de « vivre bien », une vie digne d’êtres humains.<br />
Désormais ce n’est plus l’empire hispano-portugais, ce sont les multinationales, les structures économiques néolibérales, les intérêts du marché, les nouveaux pouvoirs mondiaux, qui créent les différences abyssales entre les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, lesquels sont maintenant des masses rejetées, insignifiantes, méprisables : voilà les effets collatéraux d’une économie terriblement injuste, mais qui se considère comme politiquement correcte [7]. Les nouveaux conquistadors ne sont pas émus par la souffrance du peuple, ni par la destruction de l’écologie, ni par l’asservissement des cultures. Ils sont toujours « endormis dans un sommeil léthargique ».<br />
Ces dernières années aussi ont surgi des voix prophétiques, de vrais défenseurs des Indiens, des Saints Pères de l’Amérique latine, comme Proaño, Méndez Arceo, Laguna, Samuel Ruiz, Helder Camara, Lorscheider, Pironio, Silva Henríquez, Romero, Angelelli&#8230; ; les documents de Medellín et Puebla, la théologie de la libération, les communautés de base, la vie religieuse insérée parmi les pauvres sous les auspices de la CLAR [Confédération latino-Américaine des religieux]&#8230; Il y a eu aussi en retour les réactions de l’empire ; il y a eu des martyrs dans tous les secteurs de l’Église, depuis des évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, jusqu’à des paysans, des catéchistes, des Indiens, des femmes et des enfants, des gens du peuple&#8230; Les successeurs de Ferdinand le Catholique, le « système », n’admet ni critiques ni questionnements ; jamais il ne pardonne ni oublie. La passion de Jésus est toujours présente et d’actualité chez le peuple souffrant, chez « les crucifiés de l’histoire ».<br />
Mais le plus douloureux a été que, de la part des instances ecclésiales aussi, il y a eu incompréhensions, critiques, condamnations et disqualifications visant évêques, théologiens, communautés de base, vie religieuse insérée, la CLAR ; on a freiné les ministères des diacres indiens&#8230; Ce sont les héritiers d’Alonso de Loaysa : pendant qu’ils condamnaient ces voix prophétiques, les taxant de matérialistes et communistes, de subversives, peu chrétiennes et peu ecclésiales, de vouloir faire une Église populaire, une Église parallèle du peuple, opposée à l’Église hiérarchique&#8230; ils ne voyaient pas d’inconvénients à ce que communient des dictateurs, se multiplient les mouvements spiritualistes, prospèrent des théologies néoconservatrices comme celle de Michael Novak, lequel compare le capitalisme au Serviteur de Yahvé, méprisé de tous et pourtant le seul qui sauve et libère (Is. 53). Tandis qu’un nonce italien jouait élégamment au tennis le week-end avec le dictateur argentin, des milliers de citoyens étaient torturés et disparaissaient à Buenos-Aires&#8230;<br />
<strong>Le sermon de Montesinos est toujours actuel pour la société et l’Église d’aujourd’hui</strong><br />
Un film espagnol récent, <em>Même la pluie</em>, de la réalisatrice Iciar Bollaín, veut représenter tout cela. Le scénario du film qui doit être tourné [8] met en scène la conquête de l’Amérique et l’oppression des Indiens, avec la présence de Colomb, mais aussi la voix de Montesinos qui proteste : « ceux-ci ne sont-ils pas des hommes ? ». Mais le tournage de ce film a lieu à Cochabamba (Bolivie) et coïncide avec la guerre de l’eau de 2005, lorsque les habitants de cette ville se soulevèrent contre la multinationale propriétaire de l’eau, qui voulait augmenter son prix. La police au service de la multinationale réprime les manifestants, de sorte que se reproduit l’oppression des conquistadors sur les Indiens. Le tournage doit être interrompu, les acteurs frustrés retournent en Espagne sans pouvoir achever leur travail. Mais ce qui est mis en évidence, c’est la réalité cruelle du peuple qui continue de nos jours à souffrir de l’oppression. Naturellement, ce film excellent sous de multiples aspects, n’a pas été sélectionné pour les Oscars&#8230; Il n’est pas politiquement correct de rappeler que l’oppression continue aujourd’hui. Il est préférable de rester « endormis dans un sommeil léthargique »&#8230;<br />
<strong>Quelque chose de nouveau est en train de naître</strong><br />
L’histoire jamais ne se répète, le contexte politique, social et ecclésial a profondément changé, non seulement depuis Montesinos mais aussi depuis la fin du XXe siècle. Il suffit de quelques coups de pinceaux impressionnistes.<br />
Nous vivons dans un monde postmarxiste et postmoderne. En Amérique latine, nous ne sommes plus dans les années 80, les dictatures ont cédé le pas à des démocraties, quelques gouvernements de tendance populaire surgissent, qui, au milieu de mille contradictions et ambiguïtés, cherchent à retourner la situation de pauvreté et de discrimination du peuple. Le continent oublié d’aujourd’hui, c’est l’Afrique, qui commence aussi à s’éveiller.<br />
Dans le monde globalisé d’aujourd’hui, émerge une grande crise économique, énergétique, écologique et de civilisation. Le mur de Berlin est tombé, mais les tours jumelles de New York aussi. Le modèle économique actuel fait naufrage, malgré ses continuelles remises à flot. Les désastres écologiques sont des signaux d’alerte rouge. Tchernobyl et Fukushima symbolisent la crise énergétique et les dangers de vouloir être des apprentis sorciers. Nous nous trouvons à un changement d’époque, de paradigme, les tremblements de terre et les tsunamis ne sont pas seulement des désastres telluriques, mais ils symbolisent aussi toute une civilisation moderne et technique, orgueilleuse de son progrès.<br />
Au niveau ecclésial aussi, il y a des tremblements de terre et des tsunamis. Depuis les derniers pontificats nettement caractérisés par leur volonté de restauration et malgré les grands rassemblements de masses religieux et les shows médiatiques qui semblent suggérer que tout est normal, la barque de Pierre est secouée par une crise jamais vue depuis la Réforme. Les scandales sexuels ne sont que la pointe de l’iceberg d’une profonde crise, il y a comme une odeur de pourri. La chrétienté a explosé, même si son agonie promet d’être longue. Des jeunes et des femmes abandonnent silencieusement l’Église. En Amérique latine les représentants officiels de l’Église ne sont plus, comme au temps de Montesinos, la voix des sans-voix, car les pauvres et les Indiens ont désormais leur voix propre. Beaucoup pensent que la théologie de la libération est bien morte. Rome est maintenant préoccupée surtout par la théologie asiatique du dialogue interreligieux.<br />
Au milieu de cette chaotique situation mondiale et ecclésiale, au milieu de cette crise, dans cette nuit obscure, il y a des signes apocalyptiques que quelque chose de nouveau est en train de naître, il y a des êtres nouveaux qui émergent au sein de la société et de l’Église : des jeunes, des pauvres, des Indiens et des Afros, des femmes. On entend crier qu’un « autre monde est possible », également « qu’une autre Église est possible ».<br />
Comme aux origines de la création, au milieu de la nuit et du chaos régnant, l’Esprit engendre la vie (Gn. 1,2) et fait naître un monde nouveau, différent. Ce chaos annonce les douleurs de l’enfantement de la création (Rm. 8,20), les sentinelles aperçoivent les amandiers qui commencent à fleurir au cœur de l’hiver mondial et ecclésial. L’Esprit du Seigneur est en action, ces signes de mort sont le prélude de la résurrection, la pierre du sépulcre que l’on commence à rouler, les femmes sont les premières à s’en rendre compte et à croire en la résurrection [9].<br />
Dans ce nouveau contexte, le cri de Montesinos résonne encore et encore : « Comment restez-vous endormis dans un sommeil si profond et si léthargique ? Tenez-le pour certain, dans l’état où vous êtes, vous ne pouvez pas gagner votre salut ». Il est nécessaire de changer de cap, de nous réveiller, de prendre conscience que quelque chose de nouveau est en train de naître (Is. 43,19), car, aujourd’hui comme hier, le Seigneur veut faire toutes choses nouvelles (Apoc. 21,5). En Amérique latine nous sommes encore au temps de l’Avent&#8230;</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Victor Codina</strong><br />
Traduction de Sylvette Liens pour Dial.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong><br />
[1] « L’encomienda était un système appliqué par les Espagnols lors de la conquête du Nouveau Monde, et appliqué dans tout l’empire colonial espagnol à des fins économiques et d’évangélisation. C’était le regroupement sur un territoire de centaines d’Indiens que l’on obligeait à travailler sans rétribution dans des mines et des champs […]. Ils étaient sous les ordres de l’encomendero, un Espagnol à qui la Couronne d’Espagne les avait confiés ; dans la pratique ils disposaient librement des terres des Indiens, bien qu’elles appartiennent toujours à la couronne » (Wikipedia, article Encomienda) – note DIAL.<br />
[2] Bartolomé de Las Casas, Historia de las Indias, Livre III, chap. 4.<br />
[3] Víctor Codina, « Opción por los pobres en la Cristiandad colonial », dans De la modernidad a la solidaridad, Lima, 1984, p. 259-282 ; Víctor Codina, Noé Zevallos, Vida religiosa. Historia y teología, Madrid, 1987, p. 76-81.<br />
[4] Gustavo Gutiérrez, En busca de los pobres de Jesucristo. El pensamiento de Bartolomé de Las Casas, Lima, 1992, p. 58.<br />
[5] Puebla, p. 8.<br />
[6] Antonieta Potente, « Eco de un sermón : entre arquetipo y realidad. Otro diálogo es posible », Yachay (Cochabamba), n° 53, 28 (2011), p. 47-58. Citation p. 50.<br />
[7] Aparecida, p. 65.<br />
[8] Il s’agit du film dont le tournage est représenté dans Même la pluie – note DIAL.<br />
[9] J. Moingt, « Les femmes et l’avenir de l’Église », Études (Paris), janvier 2011, p. 67-76, qui conclut par cette prédiction prophétique : « La femme est et sera l’avenir de l’Église ».</p>
<p><strong>Source</strong> : DIAL- Diffusion de l’Information sur l’Amérique Latine &#8211; D 3180</p>
<p>(Dial -  <a href="http://enligne.dial-infos.org">http://enligne.dial-infos.org</a> )</p>
<p>Source (espagnol) : revue Christus (Mexique), n° 786, octobre 2011, p. 18-21.<br />
Mis en ligne le 12 janvier 2012 :</p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5354">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5354</a></p>
<p><strong>A LIRE</strong> : un nouvel ouvrage DIAL aux éditions l’Harmattan : « <em><strong>Projets politiques et Luttes sociales : expériences latino-américaines » </strong></em>dans la collection« Horizons Amérique latine », 2011, 286 pages, 28,50 € .</p>
<p>Voir une <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5383">présentation du livre</a> (quatrième de couverture, table des matières…).</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AmériqueL.LivreHarmattan.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-5849" title="AmériqueL.LivreHarmattan" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AmériqueL.LivreHarmattan.png" alt="" width="125" height="200" /></a></p>
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		</item>
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		<title>La crise d’un pontificat qui a peur du monde et de l’avenir</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 21:44:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Un livre de Marco Politi Par Luca Kocci Il est difficile, voire impossible, de regarder et d&#8217;imaginer l&#8217;avenir de l&#8217;Église catholique, lorsque la préoccupation dominante est la défense et la conservation de ce qui existe. En effet, dans ce cas, le résultat n&#8217;est même pas la préservation et l&#8217;immobilisme, mais la restauration et un &#8220;retour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Un livre de Marco Politi</strong></p>
<p>Par Luca Kocci</p>
<p style="text-align: justify;">Il est difficile, voire impossible, de regarder et d&#8217;imaginer l&#8217;avenir de l&#8217;Église catholique, lorsque la préoccupation dominante est la défense et la conservation de ce qui existe. En effet, dans ce cas, le résultat n&#8217;est même pas la préservation et l&#8217;immobilisme, mais la restauration et un &#8220;retour en arrière&#8221; dictés par la peur qui crée un réflexe inévitable d&#8217;identité. C&#8217;est la clé de lecture avec laquelle <strong>Marco</strong> <strong>Politi</strong> – vaticaniste du <em>Fatto quotidiano</em>, après vingt années passées à la <em>Repubblica </em>– interprète les 6 ans et demi du pontificat de <strong>Benoît XVI</strong> dans son essai : <em>Joseph Ratzinger. La crise d’un pontificat</em>, qui vient d&#8217;être publié par Laterza (328 pages, 18 €). Un livre qui tombe à pic, bien documenté mais pas pour autant difficile ou ennuyeux, et qui reconstitue les étapes du «règne» de Benoît XVI, depuis le conclave qui l’a élu pape en avril 2005 jusqu&#8217;à ses dernières actions.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/M.Politi.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5747" title="M.Politi" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/M.Politi.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que serait le pontificat de Benoît XVI était déjà en partie écrit dans les prémisses qui ont conduit Ratzinger à la papauté. Au fur et à mesure que progressait la maladie du pape Jean Paul II, écrit Politi, s’est constitué un groupe pro-Ratzinger au sein du collège des cardinaux, motivé par trois préoccupations : &#8220;sauvegarder le centralisme romain, rétablir plus fermement la doctrine et la discipline, ne pas permettre que des gestes et des décisions papales puissent ternir l&#8217;image de suprématie de l&#8217;Église catholique &#8211; comme cela s’était produit avec le <em>mea culpa</em> du Jubilé ou les rencontres interreligieuses d’Assise voulues par Jean-Paul II&#8221;. Et Ratzinger était le bon candidat pour cet objectif.</p>
<p style="text-align: justify;">Politi constate que Ratzinger a été élu par deux &#8220;complicités&#8221; : le &#8220;chantage&#8221; de <em>Universi Dominici Gregi</em> (la constitution apostolique promulguée par Wojtyla qui, après un certain nombre de votes infructueux, permettrait l&#8217;élection d&#8217;un pape à la majorité absolue et non pas aux deux tiers : si cela devait arriver, on donnerait l&#8217;image d&#8217;une Église divisée, et ce serait un moyen indirect de pression sur les indécis) ;  et l&#8217;absence d&#8217;autorité de candidats très influents pour combler l&#8217;immense vide laissé par Jean-Paul II (il y en aurait eu un, le <strong>cardinal Martini</strong>, mais sa maladie déclarée l’écartait avant même qu&#8217;on commence à en parler sérieusement). Il a donc été élu, bien qu’il soit un pape qui «polarise», qui ne représente qu&#8217;une partie de l&#8217;Église, les plus conservateurs, comme Martini du reste aurait représenté l&#8217;aile progressiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Les risques étaient tous sur la table, dès après la première «année de grâce» pendant laquelle Ratzinger a semblé donner une image différente de ce qu’on attendait du &#8220;gardien de la foi&#8221; : il rencontre le théologien rebelle <strong>Hans Küng</strong>, son vieil ami et compagnon «réformiste» au temps de Vatican II, mais «la réunion restera une parenthèse sans suite», note Politi. Surviennent alors l&#8217;un après l&#8217;autre, des espèces d’ &#8220;accidents de parcours&#8221;, qui cependant révèlent une idée précise sur Dieu, l&#8217;Eglise et l&#8217;humanité, qui est le résultat d&#8217;une théologie. Lors de la présentation du livre à Rome le 16 novembre, <strong>Vito Mancuso</strong> a décrit cette théologie comme incapable de communiquer avec le monde et l&#8217;histoire, comme l&#8217;ont fait, par exemple, les théologiens de la Libération ou le théologien protestant Karl Barth avec son expression &#8220;la Bible et le journal&#8221;. Politi énumère six éléments essentiels du pontificat de Ratzinger:</p>
<p style="text-align: justify;">1. la rupture des relations avec le monde islamique, après le discours à Ratisbonne où Benoît XVI, citant l&#8217;empereur byzantin Manuel II Paléologue, attribue à l&#8217;Islam la méchanceté, la violence et le manque d’humanité ;</p>
<p style="text-align: justify;">2. l&#8217;enterrement définitif du Concile Vatican II &#8211; et avec lui l&#8217;espoir d&#8217;un renouveau de l&#8217;Eglise aujourd&#8217;hui &#8211; interprété dans l’optique de la continuité de la tradition, rendue évidente par la restauration de la messe en latin (ce qui contredit le Ratzinger réformiste d’après le Concile qui, rappelle Politi, avait écrit dans <em>Concilium</em> que la messe tridentine était un &#8220;rite archéologique&#8221;);</p>
<p style="text-align: justify;">3. la fracture dans les relations avec le monde juif comme résultat de l&#8217;auto-absolution du peuple allemand et de l&#8217;Eglise catholique par rapport au nazisme (discours à Auschwitz en mai 2006), la reprise de la prière pour les &#8220;juifs perfides&#8221; dans la liturgie du Vendredi Saint selon le missel de saint Pie V (ensuite partiellement corrigée), l&#8217;accélération du processus de béatification du &#8220;pape du silence&#8221; sur la <em>Shoah</em>, Pie XII, et la levée de l&#8217;excommunication de l&#8217;évêque lefebvriste négationniste <strong>Richard  Williamson</strong>, également due à une défaillance de l&#8217;information diplomatique du cardinal secrétaire d&#8217;Etat <strong>Tarcisio</strong> <strong>Bertone</strong> ;</p>
<p style="text-align: justify;">4. l’affirmation, au cours d&#8217;un vol pour l&#8217;Afrique, que l&#8217;utilisation du préservatif &#8220;augmente le problème&#8221; de la diffusion du sida ;</p>
<p style="text-align: justify;">5. la question de la pédophilie des clercs, pour laquelle Politi reconnaît que Benoît XVI avait fait beaucoup et qu&#8217;il s’était &#8220;engagé dans une action visible contre les abus sexuels du clergé&#8221; mais qu’il n’avait pas pu aller au fond en donnant «un ordre clair aux autorités ecclésiastiques du monde entier de toujours dénoncer les prêtres coupables à la justice et à la police&#8221;,</p>
<p style="text-align: justify;">6. et enfin, l&#8217;invention, comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, des &#8220;principes non négociables&#8221; et leur répétition incessante en tant que pape, comme un obstacle à la modernité et à la sécularisation, avec des retombées politiques évidentes, surtout en Italie, où de plus en plus fréquemment ils sont brandis par la hiérarchie de l&#8217;Eglise comme une menace contre les catholiques qui se tournent vers la gauche.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces éléments sont des signes d&#8217;une conception de l&#8217;Eglise comme &#8220;citadelle assiégée&#8221; qui rappelle <strong>Pie IX</strong> – de qui, ce n’est peut-être pas surprenant, Benoît XVI a rétabli certains vêtements liturgiques à la signification symbolique évidente : la mitre et la crosse &#8211; et l’indicateur d’un manque croissant de collégialité et d&#8217;un renforcement progressif de la &#8220;centralisation de la curie&#8221; et de &#8220;l&#8217;absolutisme de la papauté&#8221;. Le résultat est que &#8220;sur toutes les grandes questions qui exigent une réforme (de la pénurie du clergé au rôle des femmes dans l&#8217;Eglise, de la collégialité aux questions de sexualité, de science et de bioéthique) c’est le statu quo&#8221;, et, en attendant, &#8220;le fossé se creuse au sein de la communauté catholique en deux grandes tendances: ceux qui se retranchent dans la réaffirmation de l&#8217;identité catholique et ceux qui attendent une Eglise capable de se mesurer avec de nouvelles questions, selon le vieil adage <em>Ecclesia semper reformanda</em>&#8220;. Peut-être, se demande Politi, &#8220;devons-nous commencer à nous demander si ce modèle de monarchie absolue, né au Concile de Trente il y a cinq cents ans, est encore capable de fonctionner.&#8221;</p>
<p align="right">Luca Kocci – Italie</p>
<p>Notes :  in <a href="http://www.adistaonline.it/index.php?op=articolo&amp;id=51089">Adista Notizie</a> n. 95 &#8211; 24 Dicembre 2011. Traduction : P. Collet</p>
<p><strong>Source </strong>:</p>
<p>Traduction française par Pierre Collet : <a href="http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1047">http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1047</a></p>
<p>Source originale (en italien) : <a href="http://www.adistaonline.it/index.php?op=articolo&amp;id=51089">http://www.adistaonline.it/index.php?op=articolo&amp;id=51089</a></p>
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		<title>L&#8217;Evangile de Noël des « sans-papiers »</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 14:20:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Paraphrase des évangiles de la nativité  Par Emmanuel Terray Nativité du Christ d’Andrei Roublev, Galerie Tretiakov, Moscou En ce temps-là vivait à Nazareth en Galilée un homme appelé Joseph. Joseph était charpentier, et il venait de se marier avec une jeune femme qui s&#8217;appelait Marie. Or il advint en ces jours-là que parut un édit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>Paraphrase des évangiles de la nativité</strong></p>
<p><strong><em> Par Emmanuel Terray </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Roublev-45K.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5713" title="Roublev-45K" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Roublev-45K.jpg" alt="" width="286" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><em>Nativité du Christ d’Andrei Roublev, Galerie Tretiakov, Moscou</em></p>
<p style="text-align: justify;">En ce temps-là vivait à Nazareth en Galilée un homme appelé Joseph. Joseph était charpentier, et il venait de se marier avec une jeune femme qui s&#8217;appelait Marie. Or il advint en ces jours-là que parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-5712"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Joseph fut convoqué au commissariat de police de Nazareth et il fut amené devant l&#8217;inspecteur. Alors l&#8217;inspecteur lui dit : « <em>Joseph, n&#8217;est-il pas vrai que tu n&#8217;es pas d&#8217;ici et que ta famille vient de Bethléem en Judée ?»</em> &#8211; « <em>C&#8217;est vrai</em> », répondit Joseph.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;inspecteur dit alors à Joseph : « <em>II faut que tu partes pour Bethléem te faire établir tes papiers. Sans ces papiers, tu ne peux pas vivre et travailler parmi nous comme tu l&#8217;as fait jusqu&#8217;à présent </em>». Joseph dit : « <em>Ma jeune femme est enceinte, et le terme est proche. Ne peux-tu m&#8217;accorder une prolongation jusqu&#8217;à ce que l&#8217;enfant soit né ? Ensuite nous partirons pour Bethléem, comme tu me le demandes</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;inspecteur répondit : « <em>Je ne veux pas le savoir et la loi est la loi. Si tu ne te mets pas en route immédiatement, je te ferai reconduire à la frontière par mes hommes et jamais tu ne pourras revenir ici</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Alors Joseph se mit en route avec Marie, et après quelques jours de voyage, ils arrivèrent à Bethléem. Comme Marie était fatiguée, Joseph alla frapper à la porte d&#8217;un hôtel et demanda une chambre, afin que Marie puisse se reposer. L&#8217;hôtelier lui dit : « <em>Donne-moi tes papiers pour que je puisse t&#8217;enregistrer </em>». Joseph répondit : « <em>Je n&#8217;ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu&#8217;on m&#8217;en établisse </em>». Alors l&#8217;hôtelier dit à Joseph : « <em>Si tu n&#8217;as pas de papiers, je ne peux pas te loger. Va t&#8217;en, je ne peux rien pour toi </em>», et tous les hôteliers de la ville lui firent la même réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici que Marie ressentit soudain les premières douleurs de l&#8217;enfantement. Alors Joseph la conduisit à l&#8217;hôpital pour qu&#8217;elle puisse y accoucher. Mais à l&#8217;entrée de l&#8217;hôpital, le gardien dit à Joseph : « <em>Donne-moi tes papiers pour que je m&#8217;assure que tu es en règle et que je peux accueillir ta femme.</em> » Joseph répondit : « <em>Je n&#8217;ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu&#8217;on m&#8217;en établisse </em>». Alors le gardien dit à Joseph : « <em>Si tu n&#8217;as pas de papiers,  je ne peux pas accueillir ta femme. Va t&#8217;en, je ne peux rien pour toi</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin, Joseph trouva une étable ouverte, et y installa Marie. Et c&#8217;est là que Marie mit au monde un fils, qui fut appelé Jésus. Et les bergers des environs lui apportèrent du lait et des langes, car eux non plus n&#8217;avaient pas de papiers, et ils comprenaient la situation de Joseph et Marie.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici qu&#8217;Hérode, gouverneur de la Judée, fut soudain pris de peur. Comme Joseph et Marie, beaucoup d&#8217;hommes et de femmes étaient venus de très loin pour se faire recenser. Alors Hérode réunit ses conseillers et leur dit : « <em>Si tous ces gens là restent en Judée au lieu de repartir chez eux, ils vont manger le pain et prendre le travail de mes sujets. Ils feront des enfants ; à la fin, ils seront plus nombreux que nous, et nous ne serons plus les maîtres chez nous. Pour empêcher cela, je vais faire une grande rafle et les chasser d&#8217;ici ; quant aux enfants, je les ferai disparaître</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Un soir que Joseph était assis devant l’étable où il habitait, il vit dans le lointain la troupe de policiers d&#8217;Hérode qui s&#8217;approchait de Bethléem. Alors il rentra dans l’étable et dit à Marie : «<em>Prends l&#8217;enfant et partons, sinon il va nous arriver malheur</em> ». Aussitôt ils prirent le chemin de l&#8217;Egypte, et c&#8217;est ainsi qu&#8217;ils échappèrent à la rafle d&#8217;Hérode. Ils demeurèrent en Egypte jusqu&#8217;à ce que César Auguste et Hérode disparaissent et soient remplacés par des souverains meilleurs et plus justes. Alors ils revinrent en Galilée. Mais Jésus n&#8217;oublia jamais ce qui s&#8217;était passé au jour de sa naissance.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est ce dont témoigne son enseignement. Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux, et à l&#8217;entrée de ce royaume, on ne leur demandera pas de papiers. Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés, même s&#8217;ils n&#8217;ont pas de papiers. Le mari et la femme doivent vivre ensemble et peu importe que l&#8217;un ait des papiers et l’autre pas, car il ne faut pas séparer ce que Dieu a uni. Dieu a fait la terre pour tous les hommes, et les hommes sont partout chez eux sur la terre. Car la terre est l&#8217;œuvre de Dieu, mais les frontières sont l&#8217;œuvre des hommes, et quand elles deviennent des barrières, elles sont l&#8217;œuvre du démon.</p>
<p align="center"><strong><em>La loi de Dieu tient en un seul commandement :</em></strong></p>
<p align="center"><strong><em>« aimez-vous les uns les autres, avec ou sans papiers,</em></strong></p>
<p align="center"><strong><em>vous ferez ainsi la volonté de Dieu ».</em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right"><strong>Emmanuel Terray, 1997</strong></p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://arras.catholique.fr/page-20392.html">Site du diocèse d’Arras</a>, déc. 2010</p>
<p>diffusé par le <a href="http://reseau-chretien-immigres.org/">Réseau Chrétien – Immigrés RCI</a></p>
<p><strong>A LIRE </strong>: « <em>Immigration, fantasmes et réalités, pour une alternative à la fermeture des frontières</em> »</p>
<p>Claire Rodier, Emmanuel Terray, Ed. La Découverte, Collection « Sur le Vif », 154 pages,10 €, 2008.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreTerray.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5716" title="LivreTerray" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/LivreTerray.jpeg" alt="" width="181" height="279" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Les Prêtres de 70 et quelques ans…•</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 21:48:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Ils sont majoritaires, les prêtres de 70 et quelques ans. C’est étonnant, mais après eux, la relève s’est rapidement faite rare. S’ils se retournent, c’est bien souvent le vide qui les suit. Trouver un prêtre d’âge mûr, environ 50 ans, et de bonne éducation, afin par exemple d’en faire un évêque, c’est devenu pour la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ils sont majoritaires, les prêtres de 70 et quelques ans. C’est étonnant, mais après eux, la relève s’est rapidement faite rare. S’ils se retournent, c’est bien souvent le vide qui les suit. Trouver un prêtre d’âge mûr, environ 50 ans, et de bonne éducation, afin par exemple d’en faire un évêque, c’est devenu pour la hiérarchie le parcours du combattant, pour ne pas dire la croix et la bannière. En fait la pyramide des âges du clergé est à l’envers depuis quelque temps, elle repose sur sa pointe. C’est dire si son équilibre est fragile et largement compromis. Ils sont donc majoritaires et pourtant mécontents…</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord ils ont appris le grec et le latin. Ce qui ne les a pas tellement armés pour affronter les vicissitudes de la vie actuelle, mais ils ont l’air tellement cultivés et bien souvent si intelligents, que cela compense. Ils ont dû apprendre à dire la messe en latin selon le rite de Pie V, c’est-à-dire en soutane, face au mur, dos aux fidèles et sonnette à l’appui. Puis, le concile aidant, ils ont pu ou dû se retourner, apprendre à parler la langue du peuple et changer de costume. Le rite a changé, mais l’ancien vient d’être solennellement restauré à l’usage des nostalgiques. Dans l’Eglise rien ne se perd, et beaucoup voudraient sans doute que rien ne se crée.</p>
<p style="text-align: justify;">Jeunes prêtres, ils ont vibré avec tant d’autres, aux appels du concile Vatican II. L’aggiornamento les concernait tellement, l’espoir de voir le message évangélique prendre le pas sur le droit canon les soulevait, et la perspective d’animer des communautés de base capables de transformer la vie des gens les enthousiasmait. On a même vu naître une théologie de la libération à l’usage surtout de l’Amérique latine, vite étouffée et ensuite condamnée sans aucun ménagement. Certains d’entre eux sont devenus ouvriers quand, sous l’influence du concile, l’interdiction du Vatican fut suspendue et que le chômage n’avait pas encore désagrégé le prolétariat. Ils ont habité les cités, les quartiers pauvres, ont été élus délégués syndicaux, ont pris des engagements politiques. Certains ont vécu intensément la contestation, la volonté de se « déclergifier ».</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, la moitié d’entre eux sont partis, pour se marier, pour vivre libres, pour se débarrasser des interdits que, de toute évidence, l’évangile ne prévoyait pas. Ceux qui sont restés ont encaissé la surcharge de travail, la condamnation de la pilule contraceptive, la panique et les reculades de Paul VI, la guerre contre l’avortement, les shows et le conservatisme déguisé de Jean-Paul II, le refus formel d’ordonner des femmes, puis enfin la rigidité dogmatique et un rien paranoïaque de Benoît XVI. Retour aux rites anciens, main tendue aux traditionalistes, mise en cause ou à l’écart des théologiens progressistes, refus des sacrements aux divorcés remariés, condamnation des universités qui pratiquent la recherche sur la procréation assistée, les embryons, le clonage, mise en question de l’évolution avec un large retour vers le créationnisme, voici le décor devenu quotidien des prêtres de 70 et quelques ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être, à force, ont-ils acquis des réflexes et une mentalité d’ « ancien combattant » ? Et pourtant, le plus dur est encore à venir. Il vient d’ailleurs assez rapidement. La rareté des prêtres, combinée avec le refus catégorique de confier de réelles responsabilités aux laïcs entraîne la mise en œuvre de nouvelles stratégies. Il y a des évêques qui se sont réfugié dans le recrutement systématique et intensif de missionnaires étrangers, de préférence polonais pour certains, afin de ne pas sortir de la ligne pure et dure définie par le Vatican, africains pour d’autres, plus ouverts sans doute et davantage prêts à faire des découvertes ou créer des surprises. Mais ce recrutement a des limites, et certains évêques l’ont compris qui ont progressivement mis au point un recadrage des paroisses en zones pastorales, assez semblable aux fusions de communes. Il s’agit évidemment de faire des économies d’échelle en hommes, en bâtiments, en moyens financiers.</p>
<p style="text-align: justify;">Le prêtre, car il s’agit toujours exclusivement de prêtres, qui devient responsable de zone ou d’entité &#8211; cela fait moins « police » dira-t-on &#8211; c’est-à-dire de 4,5,6 anciennes paroisses, plus tard ce sera probablement 8,9,10, est en principe formé pour être un « manager ». Son rôle est d’être l’organisateur d’une équipe de collaborateurs bien choisis et révocables à merci. Il dispose d’une autorité qui ne se discute pas, col romain éventuel à l’appui. On n’est pas en démocratie, que diable ! D’abord il fera place nette et les 70 et quelques ans doivent savoir que 75 est une limite bien définie qui ne souffre plus aucun retard. Ils sont donc invités à présenter leur démission à temps et à heure, et à oublier sans regret l’inamovibilité du curé sur laquelle ils avaient peut-être pensé pouvoir s’appuyer. Ensuite le nouveau nommé mettra ses hommes et ses femmes en place pour couvrir tous les secteurs d’activité, d’ailleurs traditionnels, car il n’est pas vraiment question d’innover. Ce qu’il faut c’est assurer la pérennité de l’institution. Lui restera le détenteur du sacré, auquel on ne touche pas</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, un diocèse de plus d’un million d’habitants pourra se structurer à l’avenir avec une cinquantaine d’entités et vivre avec un effectif d’environ cent prêtres, jadis il en avait souvent plus de mille. Le nouveau curé devient un directeur, l’évêque un pdg, mais cela n’est pas vraiment nouveau. Ce qui est perdu c’est la dimension humaine. La paroisse est d’habitude d’origine féodale. Elle a été créée sur le principe de la territorialité. Elle était essentiellement un tissu de relations humaines. Une paroisse couvrait le terrain qu’un homme pouvait assumer et les habitants qu’il était capable de rencontrer en toute convivialité, avec lesquels il pouvait vivre, chercher, partager, réfléchir, être heureux, éventuellement avec l’aide et la présence d’un ou plusieurs vicaires. L’entité sera aussi un territoire mais le territoire d’une organisation, réelle ou virtuelle, capable de couvrir les besoins religieux normaux d’une population définie, une entreprise à fabriquer du sacré et à tranquilliser les consciences.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est fini le temps de l’abbé Pierre et de sœur Emmanuelle, qui avaient leur franc-parler. Il est fini le temps de Guy Riobé et de Jacques Gaillot qui savaient sortir des rails. Il est fini le temps de Louis Evely, de Pierre de Locht, de Jean Kamp et de Gérard Bessière qui cherchaient des chemins nouveaux. Il est fini le temps des cerises, c’est maintenant le temps des crises.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est même fini le temps des charismes. Les prêtres de 70 et quelques ans ont parfois eu jadis la possibilité de s’exprimer et de se réaliser dans des initiatives personnelles. Il y en eut pour promouvoir le mouvement liturgique, d’autres ont trouvé dans le caritatif leur raison d’être, services d’entraide et restos du cœur ont occupé leurs journées. Les mouvements de jeunesse ont absorbé beaucoup d’énergie. Certains se sont battus pour le droit au logement, l’accueil des étrangers, le respect des prisonniers ou l’organisation des soins palliatifs. C’est fini. On ne peut plus se disperser autant, voyons ! L’objectif actuel, et pratiquement unique, c’est le regroupement pour le sauvetage de l’institution.</p>
<p style="text-align: justify;">Les prêtres de 70 et quelques ans vont-ils résister à cet étouffement  de ghetto ? N’auront-ils pas des regrets, d’avoir été trop soumis, trop obéissants, trop humbles ? N’a-t-on pas oublié de leur dire qu’il aurait fallu des prophètes plutôt que des serviteurs ? Et que s’ils recevaient des coups, ils devaient être capables de les encaisser, et de rester eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Que vont-ils devenir les prêtres de 70 et quelques ans ? Il n’est pas impossible que la retraite les libère, et que, longtemps après leur vocation sacerdotale, ils découvrent enfin leur vocation humaine. Peut-être choisiront-ils le Christianisme plutôt que l’Eglise catholique, l’Evangile plutôt que le droit canon, les béatitudes plutôt que les commandements et le Magnificat plutôt que le Credo ? C’est peut-être aussi pour eux, la théologie de la libération ? A eux de jouer, et de vivre surtout !</p>
<p style="text-align: right;">Jacques MEURICE</p>
<p style="text-align: left;"><strong>A LIRE</strong></p>
<p>Ouvrages de Jacques Meurice :</p>
<p><em><strong><em> • </em></strong>« Adieu l’Eglise. Chemin d’un prêtre-ouvrier ».</em> Edit. L’Harmattan, Paris, 2004.</p>
<p><em><strong><em> • </em></strong>« Jésus sans mythe et sans miracle.</em> <em>L’évangile des zélotes ».</em> Edit. Golias, Villeurbanne, 2009.</p>
<p><strong>Source</strong> : article  transmis par l’auteur – 8 Déc. 2011</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Meurice.jpeg"><img class="size-full wp-image-5680 aligncenter" title="J.Meurice" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Meurice.jpeg" alt="" width="176" height="287" /></a></p>
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		<title>Actualisation de la théologie de la libération en Europe</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/25/actualisation-de-la-theologie-de-la-liberation-en-europe/</link>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 23:29:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Intervention de Gui LAURAIRE lors de l’Assemblé générale des Réseaux du Parvis Angers, 19 novembre 2011 Introduction Lorsque la théologie de la libération est née autour des années 70, puis s’est développée et affinée, elle n’a pas suscité un grand intérêt en Europe, et en particulier en France, à part auprès de Marie-Dominique Chenu, Christian [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Intervention de Gui LAURAIRE</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>lors de l’Assemblé générale </strong><strong>des Réseaux du Parvis</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Angers, 19 novembre 2011</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GuiLauraire1.jpg"><img class="size-medium wp-image-5630 aligncenter" title="GuiLauraire" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/GuiLauraire1-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque la théologie de la libération est née autour des années 70, puis s’est développée et affinée, elle n’a pas suscité un grand intérêt en Europe, et en particulier en France, à part auprès de Marie-Dominique Chenu, Christian Duquoc et de quelques autres théologiens.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, elle a été tout de suite suspectée par le Vatican, puis contestée et attaquée. Après tant d’années de contrôles un peu tatillons des écrits de Gustavo Gutiérrez, de Léonardo et Clovis Boff et d’autres, il a bien fallu se rendre à l’évidence : il n’y avait rien à redire du point de vue de l’orthodoxie, telle que Rome l’entend ; l’orthodoxie n’est pas ce qui intéresse la théologie de la libération.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que Rome a regretté de ne rien avoir trouvé à redire sur le plan de l’orthodoxie parce que ce terrain lui est favorable ; alors il a fallu inventer une menace marxiste…</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense important de s’en souvenir si l’on veut développer une théologie de la libération ; il faut être clair sur ce point : pourquoi cela a-t-il déplu à Rome ? Nous y reviendrons ; le désaccord était je pense plutôt de l’ordre de la méthodologie. Et si la théologie de la libération est contextuelle, les moyens de sa mise œuvre sont partout les mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Penser la théologie de la libération dans un contexte européen me paraît actuellement non seulement légitime mais indispensable. J’apporterai cependant des nuances.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement aux années 70, quand elle est née ailleurs, nous vivons un temps d’énorme désillusion : nous avons perdu l’illusion de la liberté. Tout a été fait pour nous convaincre que nous étions dans le camp de la liberté, contre la dictature communiste, etc. Le capitalisme, le libéralisme étaient la liberté. Aujourd’hui, il faut déchanter. Il ne reste que « <em>la liberté des riches, de plus en plus riches d’écraser les pauvres de plus en plus pauvres </em>». Cette phrase est de Jean-Paul II, qui s’était un peu laissé aller dans un Pueblo de Lima, déchirant les pages de son discours tout préparé, tellement il était impressionné par les témoignages qu’il avait entendus. Qu’en est-il en effet de la liberté des pauvres de plus en plus nombreux, de plus en plus menacés de franchir le seuil de la misère, même chez nous ? Parler de liberté à des personnes empêchées de vivre même décemment est une insulte.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous reste à prendre conscience de cette situation, s’interroger sur ce qui opprime tant de personnes, et à se demander « de quoi avons-nous à nous libérer ? » Alors, il faut passer aux actes, se mettre en action, en combat de libération ; et c’est au cœur de ces actions, de ces engagements, que peut se forger une théologie de la libération qui ne sera pas un décalque de la théologie latino-américaine, ou féministe, ou asiatique, toutes théologies qui existent, mais qui pourra, et je devrais dire qui devra, entrer en dialogue avec elles, car un des grands aspects de la théologie de la libération est d’être en dialogue permanent.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ajoute que, pour penser une théologie de la libération, nous ne sommes pas démunis, car elle ne nous est finalement pas aussi étrangère que ça. Elle est traditionnelle. C’est sous cette forme-là que la Bible a été écrite ; et de tous les temps la tradition vivante de l’Eglise se caractérise par le fait de faire jaillir la parole de Dieu, de l’expérience de Dieu dans l’histoire du peuple. Dieu se manifeste en actes et ceux qui en sont les témoins le disent. Il se trouve que ce sont toujours les pauvres, acteurs de leur libération, qui le disent.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est orthodoxe, elle est traditionnelle, alors pourquoi Rome en a-t-il peur ?</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’il y a tradition et tradition. De plus, dans sa pratique latino-américaine, qui est une référence et qui est celle que j’ai le mieux connue, cette théorie honore les dimensions qui devront être celles de toute théologie, et c’est ce qui est important pour nous.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La dimension pastorale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est la vie réelle des chrétiens et de leurs engagements dans le monde qu’il s’agit de servir, et non pas une institution. J’ai été heureux de ne pas entendre parler de l’Eglise dans les témoignages ! J’ai entendu parler de Dieu, de foi, mais pas de l’institution ecclésiale.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La dimension spirituelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une vraie spiritualité qui, pour le croyant chrétien, soit à la fois le don de soi à une cause et les motifs évangéliques qui l’animent. Mais je crois qu’il y a une spiritualité possible pour toute personne humaine ; sinon, on ne croit pas à l’Esprit de Dieu présent partout. Donc l’engagement à une cause et les motifs qui soutiennent cet engagement, qui mettent en marche. « La spiritualité de la libération » est le titre d’un ouvrage d’un petit frère de Jésus, un vagabond de Dieu en Amérique latine, qui s’appelle Arturo Paoli. Il a précédé de deux ans la théologie de la libération de Gustavo Gutiérrez et l’a en bonne partie inspirée.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La dimension intelligence de la foi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit d’une théologie savante. Il faut rappeler – et je l’ai souvent entendu affirmer par Gustavio Gutiérrez – que la théologie de la libération est pratiquement une fille de l’Action catholique telle qu’il l’a connue en France. Il a été formé à Lyon et à Louvain, et n’hésite pas à dire que sans l’Action catholique la théologie de la libération ne serait pas née.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle doit en particulier à la fameuse méthode du « voir, juger, agir ». Voir la réalité de la situation : la capacité de voir. Apprécier cette réalité, juger, mener une analyse socio-économico-politique, avec l’éclairage biblique et l’éclairage de la foi : la capacité de comprendre. Et agir, pour changer ce qui doit l’être, et en particulier l’inacceptable : la capacité de changer, c’est l’acte de libération.</p>
<p style="text-align: justify;">Capacité de voir, de comprendre et d’agir. Quand je dis « capacité », je pense aussi à « rendre capable », « rendre apte », ce qui relève de l’éducation populaire. J’ai été heureux que plusieurs des témoignages aient concerné l’éducation, avec des relations, conscientes ou non, avec l’éducation populaire de Paolo Freire que nous utilisions en Amérique latine.  Il faut prendre les gens là où ils en sont. Changer les mentalités demande du temps, demande de la formation, demande de l’éducation. On est là dans la conscientisation qui, peu à peu, conduit à l’organisation pour parvenir au changement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A propos des témoignages qui viennent de nous être apportés</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• David et Jonathan</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je cite un petit fait qui s’est produit à Montpellier lors d’un petit rassemblement, mi-détente, mi-réflexion, organisé par NSAE 34 dans une de mes anciennes paroisses, à la Salvetat. Lors de l’eucharistie du dimanche, au sein d’une population très traditionnelle, encore très pratiquante, les groupes se sont présentés, dont David et Jonanthan ; il y avait 4 femmes – deux couples. J’ai été surpris, à la fin, de la réflexion d’une brave grand-mère qui m’a dit à la sortie : « au début, quand elles se sont présentées, ça m’a fait quelque chose et puis, pendant la messe, je me suis dit que c’est quand même normal qu’elles aient leur place dans la communauté chrétienne. » Je pense qu’il faut savoir aller de l’avant, ne pas avoir peur de choquer les gens.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai bien aimé le travail avec les prisonniers, cette présence aux gens en difficulté : « <em>j’étais prisonnier, et vous m’avez visité </em>». On a lu cette année l’évangile de Matthieu ; dans le corps de l‘évangile, qui commence au chapitre 5 par les Béatitudes des pauvres et se termine par ce que l’on appelle le jugement dernier : « ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », il n’y a pas un seul critère religieux ! « Ce que vous avez fait aux plus petits… » ; « mais on ne t’a pas reconnu ! » ; « moi je vous ai reconnus » dit Jésus. L’important n’est pas de reconnaître Jésus dans ces moments là ; l’important c’est que lui nous reconnaisse quand nous nous efforçons d’agir à sa façon. Cette présence aux prisonniers en difficulté et, plus encore, prisonniers à l’intérieur de la prison, car victimes de préjugés et victimes de mauvais traitements, est une présence évangélique, même si elle ne sait pas son nom. Et cette présence est là aussi pour essayer de rendre la dignité à ceux qui ont toutes les raisons de la perdre, parce qu’on la leur fait perdre. Ce n’est pas facile : on n&#8217;entre jamais dans une prison sans une certaine hésitation, car nous, nous sommes libres et eux ils sont enfermés.</p>
<p style="text-align: justify;">Défendre l’intégrité des personnes : on est là dans une attitude profondément spirituelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Les témoignages d’Annie et d’Odile nous ont plongés dans l’éducation. Il faut faire évoluer les mentalités, et c’est très important de commencer avec les enfants et les jeunes. Quand on croise de plus un projet de l’Education nationale, c’est merveilleux et il ne faut surtout pas rater le coche.  Ce n’est pas rien de vouloir aller témoigner de ce que l’on vit devant des jeunes quand on sait que ce n’est pas acquis au départ. Se former pour pouvoir ensuite transmettre quelque chose que l’on a mûri ; prévenir l’insulte que reçoivent les jeunes, dépasser les préjugés, libérer la parole. Oser aborder les préjugés sur Dieu, sur la foi, sur la spiritualité. J’ai bien aimé : « j’ai choisi ma voie au bonheur ». Les « Heureux » tapissent l’évangile ; il y en a 9 au début de l’évangile de Matthieu, mais il y en a beaucoup d’autres. Si Jésus nous dit cela, c’est qu’il parle d’expérience. D’ailleurs, les Béatitudes, aucune personne n’a le droit de les dire si elle n’a pas fait l’expérience qu’il est possible d’être pauvre et d’être persécuté et d’y trouver sa joie ; c’est impossible. Avant d’être un programme, les Béatitudes sont un portrait de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;">Choisir sa voie au bonheur et le faire en toute conscience, en se disant que c’est ce bonheur là que Dieu veut pour moi, est plus important que tous les dogmes réunis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• L’Association culturelle de Boquen</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le témoignage d’Odile sur le travail avec les précaires, le droit à une vie culturelle pour tous est très important. J’ai particulièrement aimé le « théâtre de l’opprimé ». J’ai vécu dans le monde indien, en très haute altitude. Lorsqu’on se réunissait en communauté de base, il y avait une très grande proportion d’analphabètes ; mais après les échanges, après les ateliers, ils s’exprimaient par le mime, par le chant, par la poésie populaire, et c’était d’une richesse extraordinaire, à tel point que cela m’a fait réfléchir et à Saint Guilhem, avec les sœurs, nous avons organisé pendant deux ans des week-ends qui ont été très suivis sur l’approche de la foi par l’art : la musique, la peinture, le cinéma… Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait là une richesse d’expression très éloignée de la dogmatique – et beaucoup plus libre que l’écrit, qui est très contrôlé.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettre à des gens de trouver le mode d’expression qui leur permet d’être eux-mêmes, de communiquer, c’est extraordinaire. Sommes-nous assez attentifs à la diversité des gens, à leur possibilité d’exprimer véritablement ce qu’ils sont et ce qu’ils pensent ? Ce travail me semble capital dans le monde d’aujourd’hui. Il y a souvent cette réticence dans le monde des pauvres : « je n’ai pas les mots » ; « oui, mais tu as aussi autre chose ». Et par là on est soi-même questionné.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela vaut aussi pour la pastorale. Quand les gens viennent vous trouver pour vous demander un sacrement, il y a ceux qui savent ce qu’il faut dire. Ce n’est pas nécessairement ce qu’ils pensent ; c’est ce qu’ils pensent que vous attendez qu’ils vous disent. Je crois qu’il faut être très clair là-dessus : aller plus loin, creuser un peu pour que les gens arrivent à dire ; et là on est sur un terrain de vérité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• « Culture et solidarité » à Angers</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a un peu de cela dans la belle aventure des associations que nous a présentée Annie et que j’ai aimée. L’aventure est partout dans la Bible, où il y a un rythme permanent : sortir, marcher, entrer pour être prêt à ressortir, à marcher pour entrer… De quoi avons-nous à sortir ? La marche qu’il faut faire – et qui coûte – pour entrer dans quelque chose qu’on sera prêt à relativiser pour ressortir. C’est l’exode, c’est l’exil, c’est Abraham. Jésus est toujours en marche. Je pense que le péché contre l’esprit n’est pas ce que nous disent les théologiens, mais l’immobilisme.  Jésus dit « suis-moi » ; il ne dit pas « viens m’écouter ». Et il est toujours en marche. Si nous nous arrêtons, il nous a largués. L’Esprit est toujours en mouvement, comme le vent. Si on s’immobilise, on est hors du souffle. Je crois que c’est vraiment cela le péché contre l’Esprit.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettre aux gens  d’avoir accès à la culture : la culture est ce qui forge une communauté, un peuple. Nous avons à défendre les cultures contre la culture – ou l’inculture – imposée. Pensez à Lelay de TF1 : « vider les cerveaux pour qu’ils soient disponibles à Coca-Cola et Mac Do » ; autrement dit, abrutir les gens.</p>
<p style="text-align: justify;">Le combat pour la culture est incontestablement un combat important. Et particulièrement permettre aux gens non seulement d’avoir accès à des offres culturelles, mais de pouvoir en débattre, de pouvoir réaliser eux-mêmes. Il n’y a pas de petits combats.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>• Partenia 77 : les étrangers.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes dans un temps, en France, où nous sommes obligés de dire à des sans papiers « moi, légalement, je ne peux rien pour toi ; alors, on va passer à côté de la loi ». Il y a des lois contraires aux Droits de l’Homme et nous vivons une période où la désobéissance civile devient dans bien des cas une nécessité absolue.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ajouterai aussi, parfois, la désobéissance ecclésiale. J’insiste sur la vigilance sur les conditions d’enfermement. Pour avoir suffisamment discuté avec des personnes de La Cimade, je me rends compte à quel point elles sont inhumaines. En particulier l’enfermement des enfants. Il était intéressant de faire remarquer que les pouvoirs eux-mêmes sont dans l’illégalité : alors pourquoi ne pas s’y mettre aussi quand nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pistes pour bâtir une théologie de la libération européenne</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il était bon de partir des témoignages qui sont un soubassement nécessaire : la théologie commence par un engagement dans le réel et dans des situations qui appellent justement un engagement pour le changement. C’est dans ces engagements là, dans des solidarités vécues avec des personnes qui sont dans des situations d’oppression que nous pouvons rencontrer le Dieu qui se dit dans l’histoire et, à partir de là, faire acte théologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement à ce qui a été dit si souvent dans le passé, il n’y a qu’une histoire. Il y avait le naturel et le surnaturel et, de temps en temps le surnaturel venait dans le naturel pour sauver ce qui pouvait l’être. Le péché et la grâce se jouent dans le quotidien et dans la banalité du quotidien, dans les événements qui nous marquent profondément. Et c’est là, comme le dit Gustavio Gutiérrez que l’on commence par contempler et pratiquer Dieu. Après, on peut essayer d’en parler. C’est l’orthopraxis qui compte et non l’orthodoxie. L’orthopraxis, c’est ce que ma foi me fait faire dans le réel pour libérer, pour promouvoir l’humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Une remarque : on célèbre l’eucharistie avec du pain et du vin, symboles de toute nourriture, ce qui veut dire qu’on célèbre la communion à travers ce qui divise l’humanité, cette nourriture dont tant d’hommes sont privés par la faute d’autres. A quoi sert cette célébration s’il n’y a pas un engagement ? Augustin disait déjà qu’il n’y a de présence réelle que si elle est réalisante. Je suis convaincu qu’il n’y a pas de présence réelle dans beaucoup de nos messes, si la célébration ne réalise pas une communauté engagée, témoin de l’amour et de la libération. Augustin ajoutait que la vraie interrogation que nous avons à nous poser est « nos relations sont-elles aliénatrices ou aliénantes ? » ; on vit effectivement l’eucharistie si elles sont libératrices.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’allons pas nous battre sur les dogmes. Qu’une théologie naisse de nos pratiques, et tant mieux si nous arrivons à dire ce que disent les dogmes. Mais nous y serons arrivés par notre chemin et non parce qu’on nous l’aura imposé d’en haut. Le mot dogme, dogma, signifie « il semble que », « il paraît que » : c’est un doute traversé et qui doit donc nous rendre accueillants à ceux qui n’ont pas traversé ce doute d’abord : c’est un tremplin. On ne possède pas la vérité, on ne dit jamais la vérité tout entière ; laissons donc chercher. Le manque de liberté de recherche dans l’Eglise est quelque chose d’effrayant.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment donc bâtir une théologie de la libération européenne ?</p>
<p style="text-align: justify;">• En premier, nous devons prendre en compte que nous sommes, que nous le voulions ou non, dans le camp des oppresseurs par rapport aux pays pauvres, qui sont justement ceux où ce type de théologie se pratique. Nous avons été des colonisateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu la chance d’accompagner à deux reprises le rassemblement mondial de la FIMARC (Fédération internationale des mouvements d’adultes ruraux catholiques). Il y était beaucoup question de la colonisation qui, dans ces pays divers, avait provoqué diverses sortes de changements :</p>
<p style="text-align: justify;">- des changements de décideurs : les gens du pays ne décidaient plus, les colons leur imposaient leur décisions ;</p>
<p style="text-align: justify;">- des changements de bénéficiaires : tout était pensé au profit du colonisateur ;</p>
<p style="text-align: justify;">- des changements de techniques : les techniques locales étaient supplantées par les techniques importées.</p>
<p style="text-align: justify;">Et cela a entraîné une perte d’identité, de statut social : on passait à l’insignifiance.<br />
Or le baptême nous met dans un monde où rien, ni a fortiori personne, n’est insignifiant. Tout est signe qu’il faut percevoir et analyser.</p>
<p style="text-align: justify;">Insignifiance, aliénation, perte d’identité, perte de maîtrise… Les personnes étaient dépossédées de leur pouvoir de décision. Et perte de sens ; j’aime bien qu’avec sa liberté de parole, Joseph Moingt insiste beaucoup sur le discours du sens qui parfois peut prendre la place du discours du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons donc intégrer dans notre théologie de la libération que nous sommes dans le camp des oppresseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Elargir notre regard</strong>. L’Europe n’est pas une île. Nous voyons d’ailleurs tous les jours comment son incapacité à régler ses problèmes financiers a des répercussions partout. Il nous faut donc discerner les mouvements de fond, les signes des temps. Si vous avez lu la conférence de Joseph Moingt « L’humanisme évangélique »<a href="#_ftn1">[1]</a>, je vous renvoie à son analyse des mouvements arabes dans le monde actuel. On ignore ce qui sera récupéré, mais l’aspiration à la liberté est là.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons nous mettre en relation avec tous les mouvements de libération qui existent. La coordination est nécessaire ; la mise en réseau doit s’élargir au plan international. Nous avons au moins en commun d’être la proie d’un libéralisme sauvage, même si son impact n’est pas partout le même : c’est le monstre.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons aussi en commun d’être très faibles, face à un ennemi très puissant. La force de l’ennemi c’est d’avoir, à travers la publicité, les média, deux armes. La première est de provoquer l’individualisme qui va de pair avec la massification parce que la masse est manipulable. La seconde est la capacité du pouvoir à faire intérioriser par les opprimés eux-mêmes leur oppression.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime beaucoup me référer à l’Exode ; regardez ce que fait Moïse : discerner les failles du système pharaonique. Quand on a discerné une faille, on y met un coin et on tape fort pour essayer de l’élargir. Il s’agit de démantibuler le système oppresseur. C’est un travail gigantesque avec le libéralisme actuel, mais il faut s’y atteler. Et puis mettre en place une société alternative, ce qui n’est pas facile par la contradiction des opprimés eux-mêmes. Combien de fois Moïse se heurte-t-il à la volonté de retour en Egypte « pour manger les oignons ».</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, l’expérience de l’Exode est riche pour nous aider à réfléchir à « comment parvenir au changement ».</p>
<p style="text-align: justify;">• Dans l’obscurité même, tenter de <strong>discerner les failles du système et en même temps les pousses</strong>, les germes d’espérance. C’est là que l’espérance s’enracine : repérer des germes d’espérance dans un monde en rupture.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La conscientisation</strong>. Regardez ce que Jésus fait avec ses apôtres. Il éduque leur regard et il éduque leur écoute. « Ne voyez-vous pas… » Ça va être mûr dans quelques mois, mais ne voyez-vous pas que la moisson est déjà là ? Un regard chargé d’espérance et qui dépasse les apparences.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>L’organisation</strong>. Il faut se mettre en réseau ; on est plus forts à beaucoup qu’à quelques-uns, mais tout part des petits groupes. Helder Camara disait que tout partait des petites communautés abrahamiques. Et avoir la patience des petits pas : on ne change pas les situations d’un coup : ce qui vaut pour l’éducation vaut partout.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La mémoire</strong>. Intégrer la mémoire du passé. Le passé d’oppression, le passé d’où on est sorti pour la construction du présent et du futur. Le drame d’Israël quand il est entré dans la Terre promise, c’est qu’il va refaire le régime pharaonique chez lui. Les périodes d’installation sont les pires. C’est dans les crises que l’on grandit, parce que la crise est à la fois une épreuve et un moyen de s’affirmer dans sa vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Une conception du vrai Dieu</strong>, le Dieu de la vie opposé aux idoles de mort. La Bible est un livre fondamentalement polémique, de A à Z. La polémique du vrai Dieu, le combat de la vie, du Dieu qui aime contre les idoles qui demandent toujours plus de sacrifices humains : Baal, Moloch, l‘argent. Toujours des sacrifices humains. On sait bien comment notre monde actuel, le modèle économique dans lequel nous sommes, ne peuvent se développer qu’en excluant un maximum de personnes et en détruisant la nature. Ce qui est absolument opposé à l’espérance de Dieu sur nous.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous a confié la nature dont nous faisons partie, nous en sommes partie intégrante. Ne pas respecter la nature, c’est ne pas se respecter soi-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Et d’autre part le flot des humains. Si nous ne considérons pas l’autre comme un frère, nous n’avons pas le droit de dire « Notre Père ».</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Prendre en compte les contradictions des opprimés eux-mêmes</strong>. Le plus grand obstacle est la peur. Mesurer le poids de la peur et son impact. Sociologiquement parlant, il est incompréhensible qu’il n’y ait pas une révolte en France aujourd’hui. La peur va peser sur les prochaines élections. On insiste beaucoup sur la sécurité. Quand le pouvoir nous parle de sécurité c’est la sécurité de ceux qui veulent garder et développer ce qu’ils ont ; il se moque de la sécurité des autres mais leur fait croire qu’il les défend.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’Evangile, la peur est l’opposé de la foi. Ce n’est pas l’incroyance, mais la peur, qui s’oppose à la foi. Parce que la foi met en marche, alors que la peur paralyse. Jésus dit souvent « N’ayez pas peur », « Ne craignez pas ». Certes Jean-Paul II l’a dit aussi, mais parce qu’il avait en fait très peur.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Identifier les idoles de notre temps</strong>. Ne perdons jamais de vue que la Bible est un livre polémique qui montre l’affrontement entre le Dieu de l’alliance, le Dieu de la miséricorde, qui vit un attachement aux entrailles avec l’Homme, et les dieux de la mort. Pour être fidèle à cette perspective, il nous faut identifier les idoles, montrer le lien qu’elles entretiennent avec les systèmes dominants.</p>
<p style="text-align: justify;">Le drame de notre Eglise dans sa hiérarchie, c’est cette affiliation au pouvoir. L’évêque de Rome n’est pas le successeur de Pierre, mais le successeur de l’empereur d’Occident. C’est facile à prouver historiquement. Ne soyons pas dupes des relations des pouvoirs entre eux. Jean-Paul II avait dit à Oscar Romero, qui avait fait la démarche de le rencontrer : « Ne faites rien en dehors d’une coordination avec le gouvernement » ! Il n’a évidemment pas suivi le conseil… Et il a payé cher.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, connaître ces relations de systèmes dominants entre eux. Connaître le fonctionnement, c’est ce qui permet de combattre efficacement.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Entrer dans le combat</strong>. Les « bons chrétiens » nous objecteront toujours qu’il faut « aimer ses ennemis », car Jésus l’a dit. Mais Jésus n’a jamais dit qu’il ne faut pas avoir d’ennemis. Et ceux-ci ne l’ont pas épargnés. Aimer ses ennemis, c’est vouloir les arracher au chemin mortifère qu’ils suivent. Et je crois que même si parfois il faut les bousculer, c’est pour leur bien. En général, ils ne s’en rendent pas compte… Il faut aussi reconnaître soi-même avec humilité qu’on peut se tromper. Ce n’est pas grave, on peut corriger. Ce qui est grave, c’est de ne rien faire, par peur de se tromper.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Surtout, travailler avec d’autres, en commun</strong>. Ici se pose la question des communautés. Les Communautés ecclésiales de base sont en Amérique latine le terreau sur lequel germe la théologie de la libération ; il faut reconnaître que nous sommes ici loin du compte. Le tissu social s’est dégradé, l’individualisme triomphe, encouragé par les média et la publicité.</p>
<p style="text-align: justify;">Refaire des communautés fait partie du combat à mener. C’est un élément indispensable, un stade premier d’organisation. Les changements commencent à travers des communautés vivantes et qui témoignent et qui font tâche d’huile.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>Il existe déjà des actions, des communautés, des analyses.</strong> Je pense à l’article de Jean-Marie Kohler « Marchandisation du monde et subversion chrétienne »<a href="#_ftn2">[2]</a>, aux numéros de la revue « Réseaux des Parvis ». Des efforts, il y en a, des combats, il y en a. Mais la coordination est toujours à trouver. Il faut resserrer les liens.</p>
<p style="text-align: justify;">• <strong>La vraie fraternité commence par la fraternité de combat</strong>. J’insiste et je termine par là. S’il s’agit de s’engager dans des combats pour subvertir ce système écrasant dans lequel nous sommes, la vraie fraternité c’est celle des personnes qui sont partie prenante des mêmes combats, avec les mêmes objectifs et en quête des moyens les plus adaptés. Elle déborde tout clivage social, tout clivage racial ou religieux. Faisons tomber les clivages. Il existe des gens des classes aisées qui font une option réelle pour les pauvres, pour leur lutte. Et il y a des pauvres qui sont les alliés objectifs des pouvoirs. N’ayons pas peur de le dire : la vraie fraternité commence par la fraternité de combat.</p>
<p style="text-align: justify;">Et parfois, petit à petit, on arrive à des résultats. Quand j’ai quitté le Pérou, pour cause de maladie, la situation y était désespérée. Et voilà qu’en janvier dernier Susana Villaran, qui a toujours travaillé dans les bidonvilles, ex-enseignante et militante des droits de l&#8217;Homme de 61 ans est devenue la première femme maire de la capitale du Pérou, Lima. La presse s’est déchaînée contre elle, ce qui ne l’a pas empêchée d’être élue.  C’est une des productrices de la théologie de la libération, qui vit et réfléchit avec les communautés de base.</p>
<p style="text-align: right;">Retranscription à partir de l’enregistrement</p>
<p style="text-align: right;">par Lucienne Gouguenheim</p>
<p style="text-align: right;">24 novembre 2011</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Notes</strong> :</p>
<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://www.nsae.fr/2011/07/13/l%E2%80%99humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/">http://www.nsae.fr/2011/07/13/l’humanisme-evangelique-par-joseph-moingt/</a></p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> <a href="http://www.recherche-plurielle.net/libre_reflexion/1-bloc-notes-024.htm">http://www.recherche-plurielle.net/libre_reflexion/1-bloc-notes-024.htm</a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>L’éthique mondiale comprise à partir du christianisme</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 23:02:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Conférence donnée par José ARREGI le 28 avril 2011 à Barcelone, lors du congrès annuel du Réseau Européen Églises et Libertés Texte inédit publié dans la Lettre d&#8217;information des Réseaux des Parvis n° 8 de  novembre 2011 (Développements originaux en caractères droits, parties résumées en italiques entre crochets) [Le titre de cette conférence, emprunté à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Conférence donnée par José ARREGI le 28 avril 2011 à Barcelone,</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>lors du congrès annuel du Réseau Européen Églises et Libertés</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lettre-8-couv.001.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5553 aligncenter" title="Lettre 8 couv.001" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Lettre-8-couv.001-214x300.jpg" alt="" width="214" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em>Texte inédit publié dans la Lettre d&#8217;information des Réseaux des Parvis n° 8 de  novembre 2011</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><span id="more-5551"></span></p>
<p style="text-align: center;">(Développements originaux en caractères droits, parties résumées en italiques entre crochets)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>[Le titre de cette conférence, emprunté à un livre de Hans Küng et Angela Rinn Maurer, soulève d’emblée deux questions : celle de la relation entre l’universel et le particulier de toute éthique, et celle de la relation entre éthique et christianisme. « L’éthique est mondiale, mais elle ne peut être exprimée et vécue que de manière particulière » : tout en étant universelle, elle est toujours locale et singulière. Les liens entre éthique et religion sont, quant à eux, plus complexes à cerner : longtemps indissociables dans l’histoire de l’humanité, ces deux domaines semblent se séparer à mesure que lesexigences éthiques ne s’accompagnent plus nécessairement d’une appartenance religieuse. Mais à observer de plus près le vécu concret, il apparaît que l’éthique ouvre toujours sur une perspective d’ordre religieux ou mystique, de même qu’aucune religion n’est possible sans éthique. Le fond ultime de la réalité est Mystère, au delà de toutes les doctrines, mais se laisse entrevoir à la faveur de la sagesse et de l’engagement éthiques.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C’est la relation à autrui qui façonne l’homme, en chacun et entre tous. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ». Repris en des termes semblables par Confucius, l’hindouisme,le jaïnisme, le bouddhisme, Jésus de Nazareth, Hillel et Mohammed, ce principe transcende les frontières entre les religions et les cultures, et relativise leur spécificité. « La foi religieuse est reconnaissance et vénération du mystère universel qui inspire le regard et la conduite. » Le respect de l’altérité de l’autre vénère la dignité irréductible et sacrée de l’être dont est tissée l’humanité depuis toujours et partout. Mais se pose alors la question de savoir ce que telle religion particulière, et la foi chrétienne en l’occurrence, est susceptible d’apporter à l’éthique ? La réponse est en même temps globale et singulière : « Le christianisme n’apporte pas de contenus ni de normes éthiques, mais plutôt une inspiration, une motivation, un élan particulier. » La conférence comprend trois parties : la spécificité de l’inspiration chrétienne de l’éthique, les règles chrétiennes fondamentales de conduite, l’indispensable autocritique chrétienne.]</em></p>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Jose-Arregi.jpg"><img class="size-medium wp-image-5554 aligncenter" title="Jose Arregi" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Jose-Arregi-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><strong>I – L’INSPIRATION CHRETIENNE</strong></p>
<p>Quelle inspiration apporte le christianisme à l’éthique ?<a href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p><a href="#_ftn1"></a><strong>1 – L’inspiration éthique de Jésus</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La figure de Jésus inspire toute la vie du chrétien, toute son éthique, toujours particulière dans sa réalisation, toujours universelle dans son horizon. Que nous inspire Jésus ? Il nous inspire ce qu’il a respiré, espéré, pratiqué : la guérison, le partage et la fraternité. Contant des paraboles et au contact des gens, il guérit les malades rencontrés en chemin. Il annonça un temps nouveau de justice aux paysans accablés de misère à cause de leurs dettes. Il proclama la tendresse de Dieu aux « pécheurs » méprisés par le système religieux. Par son message et sa praxis, il condamna radicalement  toute relation de domination et de pouvoir, proclamant et pratiquant la fraternité universelle. Dans sa vie itinérante, et de façon insolite, il se fit accompagner aussi bien de femmes que d’hommes, et reconnut à la femme le plein droit à la parole et à la liberté de mouvement, en rupture avec le patriarcat séculaire et millénaire. Il fut le commensal joyeux de percepteurs d’impôts détestés et de prostituées proscrites. Il fit naître des rêves de liberté chez les gens simples. Pour beaucoup d’hommes et de femmes affligées il était consolation de Dieu, aurore d’un temps nouveau, promesse de libération définitive. Pour d’autres, il était un hérétique et un danger, et il fut condamné à mort peu de temps – entre un et trois ans – après le début de son itinérance prophétique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il inspire notre éthique. Son message et sa pratique n’enseignent rien qui soit absolument nouveau, mais c’est comme s’il nous disait, avec  les mots de Moltmann : « Qui croit en l’évangile fait l’expérience des forces du monde futur (Heb 6, 5) et entre dans le printemps de la nouvelle création (…). Dieu va créer de nouveau toutes choses, par conséquent : Profitez de ces possibilités ! Elles sont déjà ici, en toi et à côté de toi. La paix est possible. La justice est possible. La libération est possible. Dieu a rendu possible l’impossible et nous sommes invités à profiter de nos aptitudes à la vie. Participez à la rénovation de la société et de la nature. »1.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – L’inspiration de l’espérance</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jésus fut un homme de grande espérance. Une espérance active. L’éthique chrétienne est l’éthique inspirée de l’espérance de Jésus. Jésus a dit : « Relevez la tête, car votre délivrance est proche » (Luc 21, 28).</p>
<p style="text-align: justify;">Suivre Jésus, c’est reconnaître que les créatures sont « vraies promesses du Règne »<a href="#_ftn1">[2]</a>. Suivre Jésus, c’est reconnaître Dieu comme « créateur du ciel et de la terre » et, par conséquent, conserver le souvenir de la Genèse (<em>Et tout était bon</em>), même si nous sommes témoins, victimes et responsables de tant de mal. Adhérer à Jésus, c’est accepter avec une confiance patiente que la création et la libération ne sont pas terminées, mais sont en cours : « Dieu n’a pas encore conclu son œuvre ni n’a fini de nous créer. Pour cela nous devons être tolérants avec l’univers et avoir de la patience avec nous-mêmes, puisque la dernière parole n’a pas encore été prononcée : ‘<em>Et Dieu vit que cela était bon</em>’ »<a href="#_ftn2">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Telle est l’espérance engagée du disciple de Jésus. Courage pour le présent et confiance dans l’avenir : voilà ce que les hommes et les femmes d’aujourd’hui, en particulier les jeunes, désorientés par un monde sans perspectives, attendent et ont besoin de recevoir des chrétiens. Cette espérance passionnée et active est celle que Jésus a partagée. Jésus fut-il trop optimiste ? Il faudrait répondre avec les mots que prononça il y a quelques mois Z. Bauman à San Sebastian : « L’optimiste est celui qui croit que ce monde est le meilleur des mondes possibles et qu’il ne peut s’améliorer. Et le pessimiste, celui qui croit que l’optimiste avait peut-être raison ». Ni l’optimisme ni le pessimisme ne transforment le monde. Alors, quoi ? D’abord, se convaincre « qu’il y a des chances que le monde puisse s’améliorer » ; et ensuite tenir bon malgré l’échec. C’est ce que fit Jésus. C’est ce qui le rendit heureux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’espérance de Jésus ne fut donc pas une « simple espérance » inopérante, mais une espérance agissant par métamorphose. Anticipatrice. Jésus annonça tout en accomplissant l’annonce. Il espéra en anticipant ce qui était espéré.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 – La confiance en Dieu ou en la profondeur de la réalité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’espérance de Jésus était animée d’une profonde confiance en Dieu. « <em>Rien n’est impossible à Dieu</em> » (Lc 1, 37) et, à cause de cela, « <em>Tout est possible à celui qui croit</em> » (Mc 9, 23) : telle est la conviction intime vitale de Jésus. Cette confiance est celle qui agit en lui quand il guérit et celle qui agit chez les malades pour leur guérison (« <em>ta foi t’a guéri</em> » : Mc 5, 34 ; 10, 52…). Jésus partageait totalement la vieille espérance messianique : quand Dieu viendrait, tous les tourments devaient disparaître de la création. Jésus espéra et proclama, se réjouit et souffrit, annonça et anticipa le Règne de Dieu, le monde selon le rêve de Dieu, ou « la terre des justes et des bons »<a href="#_ftn1">[4]</a>. Plus encore, Jésus acquit la certitude vitale profonde que Dieu venait, intervenait, régnait et libérait à travers son message et ses guérisons : « <em>les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres</em> » (Mt 11, 5 ; Lc 7, 22).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus a vécu dans une culture religieuse entièrement imprégnée de religion et totalement circonscrite par l’institution religieuse, mais sans tomber dans la tentation  par antonomase de toutes les religions et de toutes les personnes religieuses, à savoir : enfermer le mystère de Dieu dans le système religieux, transformer Dieu en recours ou en idole, le réserver à un « espace sacré » et, en définitive, se servir de Dieu pour légitimer l’ordre politico-religieux en vigueur.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut dire de façon appropriée que « si le Christ revenait aujourd’hui, il serait athée », comme l’a écrit D. Sölle. Dieu était et se retrouverait au cœur vital de Jésus. Mais sa foi en Dieu exista à tout moment et elle redeviendrait aujourd’hui radicalement vitale et radicalement « politique », profondément associée à la joie de la vie et radicalement solidaire de la douleur de ceux qui souffrent. C’est pour cela qu’il fut condamné à la croix. Sa croix signifie son refus d’un Dieu séparé et la manifestation d’un Dieu absolument solidaire de la cause de la vie et de la cause des derniers. Une vie à la suite de Jésus ne peut donc être une vie sans adoration de Dieu, mais celui qui se met à la suite de Jésus, le véritable disciple, ne peut adorer le dieu Mammon, ni le dieu César, ni le dieu Loi, mais seulement le Dieu Abba qui veut instaurer son règne de justice pour tous en commençant par les derniers : les petits, les humiliés, les condamnés. Il est bon même aujourd’hui de croire en ce Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Dieu qui suscite et soutient l’espérance de Jésus est un Dieu avec des entrailles, un Dieu qui écoute, regarde et sent la douleur de ses créatures. Ce n’est pas un Dieu puissant et impassible, ni un Dieu compatissant et impuissant, mais un Dieu dont le pouvoir se trouve dans la compassion, avec la faiblesse que cette dernière aide à porter.</p>
<p style="text-align: justify;">La solidarité compatissante de Dieu est le roc de notre espérance, comme elle le fut pour Jésus. Suivre Jésus signifie reconnaître, de façon obscure et lumineuse, que Dieu est avec celui qui souffre. Nous ne pouvons pas dire pourquoi la souffrance existe, et mieux vaut que nous ne cherchions pas à le savoir et moins encore que nous prétendions le savoir. Le chrétien dont les yeux sont tournés vers Jésus ose être assuré que Dieu, la Tendresse qui console et qui réconforte, se trouve avec celui qui souffre, avec quiconque souffre. Il a l’audace de faire confiance, comme Jésus, au Mystère divin qui est le Oui, l’Amen à la création et à toutes ses promesses.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintes fois, Jésus dit dans l’évangile : « N’aie pas peur ! ».  Et c’est ce que nous aussi, maintes fois, nous devrions écouter et crier sur les toits : « N’aie pas peur ! ». Nous avons bien trop peur. Il y a trop de peur dans notre monde, et dans cette société qui est la nôtre. L’Eglise a trop peur. Là où est Dieu, il ne peut y avoir de peur.</p>
<p style="text-align: justify;">Faire confiance à Dieu impose, c’est manifeste, de revoir notre représentation de Dieu, tant imaginaire que conceptuelle. La représentation imaginaire traditionnelle du Dieu séparé n’inspire pas confiance, parce qu’elle n’est plus crédible. « L’axe de cette nouvelle conception ne sera pas la distinction entre Dieu et le monde, mais la conscience de la présence de Dieu dans le monde et de la présence du monde en Dieu »<a href="#_ftn2">[5]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est bon de croire en ce Dieu qui habite tout et en qui tout habite, « <em>Car en lui nous avons la vie, nous pouvons nous mouvoir et nous sommes</em> » (Act 17, 28). Un Dieu qui n’est ni partie du monde ni totalité du monde, mais qui n’est pas non plus quelqu’un ni quelque chose d’extérieur au monde et séparé de lui. Un Dieu en qui le monde se trouve, et nous sommes tous comme l’enfant dans sa mère et bien plus, comme la lumière dans la flamme et bien plus,</p>
<p style="text-align: justify;">le sens dans le mot et bien plus, comme l’esprit dans le corps et bien plus. Un Dieu qui est la Grande Réalité de toute réalité, et qui n’est pas « davantage là-bas, en dehors du monde, mais plus ici, dans la profondeur des choses, comme leur fondement et leur mystère »<a href="#_ftn1">[6]</a>. Un Dieu qui est le cœur de la réalité qui nous entoure, qui nous constitue, que nous sommes. Un Dieu qui anime tout, qui soutient tout, qui habite tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 – Ethique de la compassion samaritaine et politique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La compassion est un terme équivoque. Bien entendu, elle désigne le tréfonds qui s’émeut devant la passion du prochain.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois on demanda à Jésus : « Qui est mon prochain ? ». Et Jésus répondit en racontant : « Un voyageur descendait de Jérusalem à Jéricho et fut attaqué par des malfaiteurs, et ils le laissèrent  grièvement blessé. Un prêtre et un lévite firent un détour et passèrent au large. Un Samaritain prit soin du blessé ». « Qui se fit le prochain du blessé ? Eh bien fais de même ».</p>
<p style="text-align: justify;">J.B. Metz a écrit que la compassion de Jésus est le « programme mondial du christianisme ». L’éthique qui trouve son inspiration en Jésus doit se manifester en une compassion généreuse et pleine d’espoir qui jaillit du tréfonds, du « cœur », et non d’une simple idéologie ni d’un simple engagement. : « Ce n’est pas le stoïcisme de Sisyphe ou l’héroïsme de Prométhée, mais la fidélité aimante et prête à la souffrance que vécut Jésus »<a href="#_ftn2">[7]</a>. Une compassion douloureuse et joyeuse qui naît à la racine profonde de notre être et se traduit en regard mystique et décision politique. Une compassion immergée dans l’universelle « amitié ouverte » et dans l’universelle « sympathie du monde »<a href="#_ftn3">[8]</a> qui émane de Dieu et embrasse le Cosmos entier et appelle à une attitude « d’affabilité », de respect et de vénération de tous les êtres de la Terre. Une compassion plongée et protégée dans la Grande Communion divine et tournée « vers la grande communion des vivants sous l’arc-en-ciel de la fraternité/sororité cosmiques »<a href="#_ftn4">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les premiers destinataires de ce programme de compassion sont ceux qui succombent à la douleur de l’injustice. Et ceux qui ont succombé sans que personne ne se souvienne d’eux. « Il y a des larmes que le fonctionnaire ne voit pas » (E. Levinas), et beaucoup de larmes que personne ne voit ni ne se rappelle non plus. Le « souvenir » de la compassion de Dieu en Jésus interdit que nous oubliions les crucifiés d’aujourd’hui, ni même ceux d’hier. Le souvenir de Jésus nous empêche de nous transformer en fonctionnaires (y compris de l’évangile), nous réveille de « l’amnésie culturelle » dont nous sommes atteints, de « l’oubli impitoyable des victimes »<a href="#_ftn5">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de femmes et d’hommes d’aujourd’hui se sentent désemparés dans un monde désemparé, en échec dans un monde en échec, incertains dans un monde plus incertain que jamais. Ils se sentent en errance, vagabonds, et ils se demandent, comme Tertuliano Maximo Alfonso, le protagoniste de <em>L’autre comme moi</em> de J. Saramago, s’ils ne sont pas des êtres errants ou même une erreur<a href="#_ftn6">[11]</a>. Les hommes de ce monde n’attendent pas de nous un système de vérités incontestables, ni un code de normes irrévocables, mais un sol ferme, un réconfort pour leurs vies. Ils attendent que nous leur offrions la compagnie du Paraclet, qui est  « lumière qui pénètre les âmes et source de la plus grande consolation ». Une compassion généreuse, libre et joyeuse est la seule qui pourra leur offrir une perspective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5 – L’éthique du bonheur</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si je ne devais garder qu’une parole de l’évangile, délaissant toutes les autres, je garderais celle-ci : « Bienheureux ! ». Jésus ouvrit et résuma tout son message par cette parole. La flamme de tous les prophètes le consumait de l’intérieur, il gravit la montagne comme le fit jadis Moïse, mais au lieu des anciens dix commandements écrits sur des tables de pierre il proclama aux quatre vents huit édits joyeux : « Bienheureux êtes-vous ! ». Il annonça la béatitude aux pauvres, aux malades, aux persécutés et à tous les malheureux : « Bienheureux êtes-vous, non parce que vous êtes pauvres, mais parce que vous allez cesser de l’être. Bienheureux êtes-vous, non parce que vous pleurez, mais parce que le bonheur vous viens au lieu des larmes. Bienheureux êtes-vous, non parce que vous êtes persécutés, mais parce que votre libération est proche. Dieu vous rendra libres. Libérez-vous mutuellement de la misère, pour que Dieu vous libère. Soyez heureux, pour que Dieu lui aussi soit heureux. Il est temps d’être heureux ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le bonheur est la force imparable qui donne son élan au monde. Le bonheur nous attire et nous meut. Et Dieu alors ? Dieu est le fond et la source du désir ardent et universel de bonheur. Le bonheur est le rêve premier et le commandement suprême de Dieu pour tous les êtres. Soyez donc heureux !</p>
<p style="text-align: justify;">On dirait que nous, chrétiens, nous avons enseveli, enseveli et étouffé, la logique du bonheur de Jésus sous les pierres pesantes de la morale, sous des dogmes incompréhensibles, sous des institutions rigides. Nous entendons parler d’autres choses, de lois et d’accusations, beaucoup plus que de bonheur : promotion de l’enseignement de la religion catholique à l’école, critique du mariage homosexuel, dénonciation de la loi sur l’avortement… C’est toujours la même chose que l’on entend.</p>
<p style="text-align: justify;">« Bienheureux ! ». Les béatitudes sont le noyau de l’évangile, et nous devrions faire de ce noyau le levain de la vie, le levain de la société, le levain de l’Église, le levain du monde, l’énergie transformatrice capable de le rendre tout entier bon et heureux. Bon et heureux, c’est cela. C’est simple comme bonjour [comme le pain, en espagnol, ndlr]. La bonté du bonheur et le bonheur de la bonté : les deux choses vont ensemble, elles sont impossibles à séparer. N’est-ce pas la loi de la vie ? N’est-ce pas la loi de Dieu ? Qu’est-ce qui peut nous rendre heureux sinon la bonté ? Et qu’est-ce qui peut nous rendre bons sinon le bonheur ?</p>
<p style="text-align: justify;">En vain t’obstineras-tu à être bon sans être heureux, et aussi à être heureux sans être bon. En vain nous obstinerons-nous à être bons à force de lois morales et de dogmes religieux, et également à force d’avoir, de savoir, de pouvoir. Voilà l’évangile de Jésus : il est la bonté du bonheur et le bonheur de la bonté. Voilà le mystère de Dieu : la bonté heureuse et le bonheur bienfaiteur. C’est le plus simple et le plus complet. Et quoi d’autre que cela est donc le cœur de la religion, et l’essence de l’Eglise ? A quoi servent les lois et les dogmes et toutes nos théologies si elles ne nous rendent pas bons en étant heureux, et heureux en étant bons ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6 – Ethique de la bonté</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Suivre Jésus, c’est croire en la bonté et pratiquer la bonté.</p>
<p style="text-align: justify;">Le meilleur résumé historique et la meilleure formule christologique au sujet de Jésus nous les avons dans les paroles extrêmement simples de Pierre dans les Actes : « <em>Vous savez comment Jésus a parcouru le pays en faisant le bien et en guérissant tout ceux qui étaient sous le pouvoir du diable</em> » (Act 10, 38). Jésus fut bon, il crut en la bonté, il pratiqua la bonté avec les pauvres, les meurtris et les condamnés en tant que pécheurs. S’il y a quelque chose qui définit Jésus, c’est sa compassion avec les femmes et les hommes de son époque qui souffraient le plus. On a écrit à juste titre : on peut décrire et comprendre beaucoup de grands personnages de l’histoire en faisant abstraction des malheurs de leur temps, mais il est impossible de parler de Jésus ou de le comprendre avec un minimum de rigueur sans parler des grands malheurs et des grands malheureux de son époque<a href="#_ftn1">[12]</a> : les paysans dans la misère, les locataires endettés, les journaliers exploités, les lépreux humiliés, les malades de toutes sortes, les mendiants des chemins, les pécheurs dédaignés… Aux yeux des gens de son époque, Jésus fut d’abord un guérisseur, et de cela portent spécialement témoignage les évangiles synoptiques. Y compris ceux qui étaient considérés comme pécheurs, que Jésus reçoit et traite comme des malades, davantage que comme des « coupables ». Où il arrivait, arrivait la vie, la santé, la confiance.</p>
<p style="text-align: justify;">L’évangile de Jésus est donc affaire de bonté. La religion en général est affaire de bonté. Le grand penseur et croyant qu’est Paul Ricœur écrivait peu d’années avant sa mort : « Ce que l’on appelle généralement la ‘religion’ a à voir avec la bonté. Les traditions du christianisme l’ont un peu oublié. Il y a une sorte de rétrécissement, de réclusion dans la culpabilité et la morale (…). Mais j’éprouve le besoin de vérifier ma conviction que, pour très radical que soit le mal, il n’est pas aussi profond que la bonté. Et si la religion, les religions ont un sens, c’est celui de libérer le fond de bonté des hommes, de chercher là où il est complètement enseveli »<a href="#_ftn2">[13]</a>. L’adhésion à Jésus est affaire de bonté compassionnelle, libre et joyeuse : créer dans la bonté, annoncer la bonté, pratiquer la bonté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7 – Ethique de la révolte</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la bonne nouvelle de Jésus, les paroles ne manquent pas qui sonnent comme une mauvaise nouvelle : « <em>Je suis venu apporter le feu sur la terre</em> <em>et combien je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » </em>(Luc 12, 49). « <em>Dès maintenant, une famille de cinq personnes sera divisée, trois contre deux et deux contre trois. Le père sera contre son fils et le fils contre son père, la mère contre sa fille et la fille contre sa mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère » </em>(Luc 12, 52-53). « <em>Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix au monde ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le combat » </em>(Mt 10, 34).</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être nous en coûte-t-il d’imaginer Jésus parlant de cette manière. Eh bien, il a aussi parlé comme cela, n’en ayons pas l’ombre d’un doute. Quantités d’autres paroles que les évangiles attribuent à Jésus, il ne les a jamais dites, mais celles que je viens de mentionner, il les a certainement dites ; c’est ce que soutiennent pratiquement tous les chercheurs actuels. Dans l’évangile apocryphe le plus ancien, appelé l’<em>évangile de Thomas</em>, Jésus parle en termes très similaires : « <em>J’ai jeté le feu sur la terre, et je l’entretiendrai jusqu’à ce qu’elle brûle</em> (n. 10). Un peu plus loin dans le même évangile il dit aussi : « <em>Qui est près de moi est près du feu</em> » (n. 82).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus était bon, oui, mais aussi passionné. Jésus était tendre, oui, mais aussi subversif. Jésus était poète, oui, mais aussi prophète. Tout autant qu’un poète bon et tendre, Jésus était un prophète passionné et subversif. Il a annoncé une révolution, il a appelé à la révolution. Certainement pas en prenant les armes, ni en incendiant les rues, ni en exterminant les Romains et les puissants oppresseurs. Mais tout aussi certainement il a annoncé une authentique « révolution des valeurs » et il en a fait la promotion.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était convaincu, comme les prophètes anciens, qu’il devait mettre le feu à la société, à l’économie, à la religion de son temps, et il l’a fait. Il a rompu avec la famille et ses structures patriarcales, il a subverti toutes les conventions sociales, transgressé les lois sacrées de la religion, dénoncé tous les pouvoirs sociaux, il a affronté tous les pouvoirs religieux. Il a apporté le feu. Et, comme il est facile de le comprendre, ce feu qui venait de lui a provoqué un autre feu destructeur qui l’a vite consumé : le pouvoir de l’argent, de l’Empire et de la religion a carbonisé Jésus. Mais les braises de Jésus ne se sont pas éteintes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je peux difficilement imaginer Jésus dans cette société en citoyen docile, en serviteur soumis. Sans doute qu’il se remettrait à s’exposer en faveur d’une autre réalité. Sans doute qu’aujourd’hui aussi, s’il revenait, il mettrait le feu. Sans doute qu’il provoquerait des conflits dans notre société, sans parler de notre Eglise, et que certains l’accuseraient d’être un idéaliste rêveur, d’autres un provocateur insolent, d’autres un dangereux hérétique. Et sans doute que la peur du feu de Jésus recommencerait, aujourd’hui aussi, à allumer une flamme destructrice qui finirait bien vite par le consumer.</p>
<p style="text-align: justify;">Le feu de Jésus ne veut détruire ni consumer personne, mais nous transformer tous grâce à sa lumière et sa chaleur. Le feu de la bonne nouvelle veut éclairer ce qui est obscur, soigner ce qui est malade. Dieu est la bonne nouvelle pour tous, et il nous veut tous comme convives au banquet de ses noces. Sans exclus. Sans perdants. Il veut que nous soyons tous convives, en commençant par les derniers, par les perdants de la société et de toutes les religions.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>II – ORIENTATIONS CHRETIENNES</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette seconde partie, je me réfèrerai plus directement aux 4 orientations fondamentales pour une éthique mondiale, telles que Hans Küng les a proposées. Elles furent approuvées par la Déclaration d’une Ethique Mondiale du Parlement des religions de 1993 et elles se retrouvent dans l’œuvre dont le titre constitue le thème de ces réflexions, <em>L’éthique mondiale comprise à partir du christianisme </em>: 1 – Compromis en faveur d’une culture de la non-violence et du respect de toute vie. 2 – Compromis en faveur d’une culture de la solidarité et d’un ordre économique juste. 3 – Compromis en faveur d’une culture de la non-violence et d’un style de vie honorable et véridique. 4 – Compromis en faveur d’une culture de l’égalité des droits et de camaraderie entre hommes et femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me réfèrerai à ces points et j’en indiquerai un de plus.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 – La paix et le respect de la vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La paix bien comprise est la somme de tous les biens. Elle n’est pas la simple « tranquillité de l’ordre » dont parle Saint Augustin. Dans l’Ancien Testament, la paix était bien davantage que la tranquillité de l’ordre. <em>Shalom </em>signifie une situation collective de bien-être total à tous les niveaux : coexistence, santé, justice, vie, vérité, etc. La paix authentique est fondamentalement faite de justice et de droit : « <em>La justice produira la paix, et le droit une sécurité perpétuelle</em> »<em> </em>(Is 32,17). « <em>Justice et paix s’embrassent</em> » (Ps 85, 11). « La paix n’est pas simple absence de la guerre, et elle ne se réduit pas au seul équilibre des forces antagonistes, et elle ne surgit pas d’une hégémonie despotique, mais, avec une exactitude totale, elle s’appelle à proprement parler une ‘œuvre de justice’ <strong>(Is 32, 7)</strong>»<strong> (GS 79)</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">La paix se fonde sur le respect de la vie, de toute vie. Tout ce qui vit est sacré. La vie est sacrée. Tout ce qui existe est sacré.</p>
<p style="text-align: justify;">Moltmann dit : « A cette époque où l’humanité ne peut endurer une grande guerre atomique, tant le service non-violent en faveur de la paix que l’amour des ennemis sont la seule chose raisonnable et sage. La démilitarisation de la conscience publique et la démocratisation des relations avec les ‘ennemis’ créent la possibilité nouvelle d’une paix plausible »<a href="#_ftn1">[14]</a>. L’amour des ennemis que Moltmann traduit par « responsabilité envers les ennemis »<a href="#_ftn2">[15]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les guerres « reflètent l’échec des processus créatifs, ce sont des ‘raccourcis’ violents qui détruisent les options propices à la vie, au lieu de les renforcer. La violence peut se décrire comme un manque d’imagination, parce qu’elle ramène les possibilités de l’esprit et du cœur à la force brutale des poings et des pistolets. Pour le philosophe grec Héraclite, la guerre était ‘le père de toutes choses’, ce qui constitue un exemple classique de ‘l’ego patriarcal’ qui a produit tant de dévastation. Pour la vie sur la terre, la paix est la mère de toutes choses »<a href="#_ftn1">[16]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">« De nos jours, le vrai chemin de la non-violence créative est l’étoile des Rois Mages »<a href="#_ftn2">[17]</a>. « Les guerres et les pouvoirs militaires sont aujourd’hui plus néfastes que durant tous les siècles passés. Seulement lorsqu’on connaîtra et reconnaîtra l’urgente obligation d’une non-violence créative dans tous les domaines et sous tous ses aspects, y compris le passage des armes à une défense non-violente, la vertu aura un avenir sur notre planète »<a href="#_ftn3">[18]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors nous mériterons la béatitude de Jésus : « <em>Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu</em> (Mt 5,9).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – La solidarité et la justice économique</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">700 ans avant Jésus-Christ, le prophète Amos écrivit : « <em>Ecoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre et voudriez faire disparaître les humbles du pays, vous qui dites : ‘(…) nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le sicle, nous fausserons les balances pour tromper ; nous achèterons le pauvre pour de l’argent et l’indigent pour une paire de sandales ; nous vendrons jusqu’à la criblure du froment’</em> » (Am 8, 6).</p>
<p style="text-align: justify;">Avant, ils volaient en falsifiant les balances romaines. Aujourd’hui on vole à l’échelle planétaire en déposant ou en retirant de l’argent dans les banques, comme cela convient, pour abattre un démocrate ou soutenir un dictateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus était un artisan (charpentier), comme son père Joseph, mais on peut dire à juste titre que c’était un « paysan juif », non seulement parce qu’il avait ses racines dans une culture paysanne, mais aussi parce qu’il était né, il avait grandi, et vécu dans une bourgade rurale de Galilée, où – à part quelques pêcheurs du lac de Tibériade et une industrie naissante de salaison du poisson, dont il semble qu’il existe des traces à Magdala, et à part, on le suppose, les indispensables « artisans » – la plus grande partie de la population vivait de la terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la campagne – la campagne galiléenne, en particulier – souffrait  au temps de Jésus d’une profonde crise structurelle, économique, sociale, familiale. La raison fondamentale est facile à comprendre : Hérode le Grand (36 av. JC – 4 ad.) et son fils Hérode Antipas (4 – 39), qui avait hérité de la Galilée, avaient grevé la population d’une augmentation drastique des impôts, pour pouvoir ainsi faire face à ses grands projets et constructions. Beaucoup de petits propriétaires, ne pouvant faire face à de tels impôts, se virent obligés de vendre leurs terres pour continuer à les exploiter en tant que locataires.</p>
<p style="text-align: justify;">La situation des locataires n’était guère meilleure, car avec ce que produisait la terre ils parvenaient à peine à payer le loyer, et rien ne restait pour vivre. Les dettes étaient un fléau terrible qui aboutissait à la faim, à la prison, à la mort. Et elles obligèrent beaucoup à cesser d’être des locataires et à devenir de simples journaliers, employés à la journée pour le misérable salaire que le patron voudrait bien leur verser.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est pas étonnant, bien que cela ne manque pas pour autant d’être révélateur, que dans ses paraboles Jésus narre des histoires de pauvres hommes vendus comme esclaves avec toute leur famille pour payer leurs dettes (Mt 18, 23-35), de pauvres journaliers qui passent la journée sur la place sans que personne ne les engage pour apporter un morceau de pain à sa femme et à ses enfants (Mt 20, 1-16), de locataires qui dans leur colère en viennent à tuer le fils du propriétaire qui exploite la vigne qu’ils entretiennent (Mt 12, 1-8).</p>
<p style="text-align: justify;">Et il n’est pas étonnant, mais c’est très révélateur, que Jésus enseigne comment prier en disant : « <em>Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs</em> » (Mt 6, 12 ; Luc 11, 4). Le pardon des dettes<a href="#_ftn1">[19]</a> (en premier lieu, bien sûr, le pardon de la dette extérieure des pays pauvres) est un élément substantiel de l’évangile, du Règne de Dieu, de la foi chrétienne (comment est-il possible que la hiérarchie ecclésiastique qui parle tant dise si peu ou ne dise rien à ce sujet ?).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus a parlé et agi à partir de ce que ses yeux voyaient et de ce que ses entrailles ressentaient, depuis la colère prophétique et la compassion solidaire. Et il a dit (version de Luc) : « Heureux vous, les pauvres, parce que Dieu vous préfère, parce que Dieu est roi et il est de votre côté, parce que vous serez les premiers bénéficiaires de son règne. Heureux vous, les pauvres, parce que vous cesserez vite de l’être, parce que vous cesserez vite d’avoir faim, parce que vous cesserez vite de pleurer. Heureux vous, les pauvres, parce que quand vous cesserez de l’être, vous serez les premiers artisans du monde nouveau ». Avec Jésus nous trouvons aussi l’appel prophétique aux « Béatitudes » comme attitude spirituelle et pratique (version de Matthieu) : « Heureux les ‘pauvres en esprit’, c’est-à-dire ceux qui se mettent de son côté. Heureux ceux qui pleurent avec ceux qui pleurent, ceux qui ressentent et pratiquent la miséricorde, ceux qui vivent et sèment la paix ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le message et les options de Jésus sont absolument déterminés par la priorité des pauvres. Le Règne d’abord pour les pauvres. Les Béatitudes d’abord pour les pauvres. Et cette priorité définit le contenu du Règne et des Béatitudes : le Règne de Dieu est que les pauvres cessent de l’être, qu’il n’y ait pas de faim dans le monde ni de prisonniers dans les prisons, et c’est ce qu’annoncent les Béatitudes de Luc, tandis que les Béatitudes de Matthieu proclament que la solidarité avec les pauvres, la non-violence active, la miséricorde, la mansuétude… sont le chemin pour que le Règne de Dieu se réalise et pour que ceux qui le parcourent soient heureux de le parcourir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 – La pratique de la vérité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>D’une manière ou d’une autre, dans les écritures de toutes les religions il est écrit : « tu ne mentiras pas ». Tu seras intègre. Tu seras honnête. Tu pratiqueras la vérité, car la vérité n’est pas en premier lieu de l’ordre de la pensée, mais de l’ordre de l’être et de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dites oui quand c’est oui, dites non quand c’est non », enseigna Jésus. Soyez honnêtes avec la réalité. Être honnête signifie ne pas cacher la réalité. Ne pas cacher notre propre réalité, notre fragilité, notre médiocrité, notre ambiguïté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pas cacher la réalité de ce qui arrive dans le monde, la vraie raison pour laquelle il y a la misère, la faim et la guerre. La « dissimulation est la forme la plus aigüe qu’adopte aujourd’hui le mensonge : simplement prétendre que le mal et ses responsables n’existent pas (ou qu’on ne les reconnaît pas) »<a href="#_ftn2">[20]</a>. Le mensonge nous prend au dépourvu dans les médias, en politique, dans l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela a aussi pour sens de révéler la vérité, le bien, peut-être en premier lieu de « voir le bien, de le faire connaître, de ‘lui faire de la publicité’ et de nous réjouir grâce à lui »<a href="#_ftn3">[21]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 – La dignité de la </strong><strong>sexualité au-delà du genre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Notre sexualité, dans chaque cellule physique et dans chaque étincelle spirituelle, nous fait expérimenter chaque jour la merveille que nous sommes et la contradiction qui nous déchire, combien inachevés nous sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre être sexué est non seulement inachevé, mais il est de plus alourdi, marqué, blessé par une longue histoire de peurs, de tabous, de préjugés, de condamnations et de sentiments de culpabilité. Et ce ne sont pas les religions qui ont créé ce douloureux héritage historique, mais les religions les ont justifiés, aggravés et perpétués.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cas du christianisme mérite une mention spéciale à cause de son influence historique : dans le christianisme – précisément à cause de sa vitalité considérable, de sa souplesse et de sa capacité d’expansion et d’absorption – confluèrent une infinité de philosophies et de religions, et confluèrent aussi beaucoup de courants hostiles au corps : l’orphisme, le platonisme, le manichéisme, le stoïcisme… La « grande Eglise » évita les extrêmes, mais n’empêcha pas de s’infiltrer jusqu’à la moelle de la conscience occidentale la faute liée au sexe.</p>
<p style="text-align: justify;">Et, justement, il est impossible de parler aujourd’hui de la sexualité et du célibat sans tenir compte de ce changement culturel profond. Quel changement ? La relation sexuelle s’est déliée de la reproduction ; la relation sexuelle n’est plus indispensable à la reproduction, la reproduction n’est plus nécessaire pour les relations sexuelle. Un changement décisif. Et d’autres changements culturels plus ou moins directement en relation avec le premier. Par exemple : la conviction fondée que le plaisir sexuel est bon en soi, pourvu que l’on ne se fasse pas de mal à soi-même, qu’on ne fasse pas de mal à l’autre personne, ni ne fasse de mal à une tierce personne ; aussi bon que le plaisir de manger une pomme savoureuse, que le plaisir de boire un bon vin, et encore bien d’autres choses. Ou le changement radical que suppose le recul de l’âge auquel se marient nos jeunes parce qu’ils ne peuvent obtenir de logement avant 30 ans… Ou la distinction entre identité sexuelle et identité de genre.</p>
<p style="text-align: justify;">La nature et la culture, pour autant que cette distinction ait un sens, nous invitent de façon insistante à changer notre perspective théologique sur la sexualité et sur toutes ses manifestations. Je signale trois changements fondamentaux.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, reconnaître la dignité, la sainteté de la sexualité. Le corps est esprit, l’esprit est corps, et Dieu vit et jouit dans le plaisir des corps et des âmes. Dieu jouit et Dieu souffre, puisqu’il est bien évident que la relation sexuelle n’est pas seulement le paradis du plaisir, mais aussi presque toujours un petit enfer de désirs frustrés, de conflits de compatibilité, de complexes compliqués, de jalousies et de rivalités. Et parfois, un grand enfer. Et alors, Dieu souffre, mais jamais il ne dit : « Voilà le prix de votre péché ! ». Mais il dit toujours : « Profitez de la vie, et libérez-la de ce qui vous fait souffrir et vous fait faire souffrir ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">En second lieu, rompre avec le patriarcat, toujours tellement en vigueur dans les religions, et en somme dans le christianisme. Gustavo Gutiérrez dit que l’histoire humaine a été écrite par une main blanche, masculine et de la classe sociale dominante. Il est nécessaire de relire l’histoire  en laissant apparaître la perspective féminine niée, en découvrant le visage féminin caché de l’histoire. La même chose arrive avec la Bible. Les livres de la Bible transmettent une vision androcentrique du monde et de Dieu. « <em>Mieux vaut la méchanceté d’un homme que la bonté d’une femme</em> » (Sir 42, 14).</p>
<p style="text-align: justify;">En troisième lieu, « sauver le féminin pour réanimer la terre » (J.M. Arana), et promouvoir la totale égalité de l’homme et de la femme dans tous les aspects de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5 – La communauté cosmique de la vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’éthique en général, et l’éthique chrétienne en particulier, a été pendant des siècles anthropocentrique : l’être humain était la valeur centrale, le critère décisif, la norme suprême.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous assistons à un changement radical de perspective : l’être humain apparaît de moins en moins comme le sens même du cosmos entier, ou comme la cime ou la direction de l’évolution des espèces. La planète Terre n’est le centre de rien, ni même du système solaire, et le soleil est situé aux confins de notre galaxie, et il y a des centaines de milliers de millions de galaxies, avec des centaines de milliers de millions d’étoiles chacune… On nous a changé l’image du monde, et il est logique qu’avec elle on nous change aussi l’image de Dieu, et avec lui, inévitablement, les paramètres éthiques. De plus en plus de gens plaident pour une éthique centrée sur la vie, sur la grande communauté de la vie, au sein de la grande communion cosmique, plus loin d’une éthique centrée sur l’être humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus ne pensait pas dans ces termes, c’est clair. Sa perspective théologique et éthique est clairement anthropocentrique. Mais cela ne signifie pas que la nôtre doive suivre ce qu’était la sienne. Mais il est important de saisir en Jésus une sensibilité qui est pleinement cohérente avec notre perspective écologique. Il est important de percevoir son respect pour tous les êtres, pour toute la création. Et nous pouvons et devons prendre ce respect profond de Jésus comme une référence éthique fondamentale dans certains paramètres écologiques, biocentriques ou cosmocentriques. Par exemple : nous voyons un Jésus qui se sent profondément intégré à la nature (comme c’était habituel dans l’antiquité), qui admire la création (les passereaux, les lys… : Mt 6, 26-28), qui affirme que Dieu prend soin de toutes les créatures, qui regarde la nature comme un sacrement de Dieu (le Soleil, la pluie, la terre, les semences, le levain…), qui enseigne que nous devons être heureux avec peu (comme le lys et le passereau). Il est légitime de prendre tous ces traits comme les éléments et même comme les horizons fondamentaux d’une éthique de la vie bien loin de l’anthropocentrisme. Nous avons besoin d’une spiritualité et d’une éthique soutenues par l’aménité et la gentillesse envers toutes les créatures, traitées comme des sœurs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6 – Une éthique du repos sabbatique</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dieu crée pendant six jours et le septième il se repose. C’est une des intuitions les plus profondes et les plus belles de toute la Bible. La création culmine dans la liturgie et le repos sabbatique. La vie cherche la joie et le repos. La vie n’est pas faite pour travailler, mais pour jouir. « Travailler plus pour gagner plus » fut la devise de N. Sarkozy lors des élections présidentielles françaises, mais cette devise est une bêtise inhumaine. A quoi sert de gagner plus, si  cela nous amène à nous fatiguer davantage ? A quoi sert de travailler plus et de gagner plus, si dès lors nous nuisons à notre vie et à la vie de millions d’êtres humains et d’êtres de la nature ? La vie est faite pour célébrer et se réjouir ensemble, et c’est le sens du sabbat et de toute fête. « <em>Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est un sabbat pou Yahvé, ton Dieu. Tu n’y feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’étranger qui réside chez toi. Car en </em><em>six jours Yahvé a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il a chômé le septième jour. C’est pourquoi Yahvé a béni le jour du sabbat et l’a consacré</em> » (Exode 20, 8-11).</p>
<p style="text-align: justify;">« Souviens-toi du sabbat »<a href="#_ftn1">[22]</a>. Souviens-toi que la vie est grâce et vaut d’être accueillie et célébrée. Souviens-toi que ta vie n’est pas faite pour produire, servir, exploiter, mais pour savourer, partager, savourer ensemble, être libres et frères et sœurs. Souviens-toi du sabbat/samedi pour relâcher tes tensions excessives et retrouver le bien-être de la vie. Souviens-toi du sabbat pour que toute la nature se repose aussi et respire, et que chaque être puisse être lui-même. Souviens-toi du sabbat pour que toute la création soit le temple de l’Esprit et pour que l’Esprit de Dieu trouve le repos dans sa création.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>III – L’AUTOCRITIQUE CHRETIENNE (CATHOLIQUE)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La contribution chrétienne à l’éthique mondiale passe nécessairement par l’autocritique chrétienne, en particulier pour une partie de l’institution ecclésiale catholique. Des acquis qui aujourd’hui nous paraissent définitifs pour l’humanité (la démocratie, la liberté religieuse, les droits humains en général, les revendications des travailleurs, la libération de la femme, l’accès des peuples colonisés à l’indépendance…) ont été l’objet de condamnations par une partie de l’Eglise. Il faut que l’Eglise institutionnelle soit humble.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 – Renoncer au monopole du bien et de la vérité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Personne ne possède la vérité. Personne ne possède le bien. Les plus grands crimes ont été commis au nom de la vérité et du bien absolus.</p>
<p style="text-align: justify;">La révélation de Dieu s’inscrit dans le registre de l’histoire. Et l’histoire met sur tout le sceau de la partialité et de la contingence. Le respect du destin historique de la parole de Dieu oblige les croyants à assumer pleinement l’obligation de la recherche, de la confrontation, de l’échange.</p>
<p style="text-align: justify;">Le croyant ne possède pas la connaissance et la clé du futur. Pour le croyant et pour l’Eglise dans son ensemble le futur est imprévisible. Nous scrutons l’avenir avec le souvenir et l’espérance, mais nous n’avons pas devant les yeux le visage exact de l’avenir que nous devons construire, et nous ne sommes pas propriétaires des clés du futur.</p>
<p style="text-align: justify;">En conséquence, « le refus de contrôler le devenir du monde »<a href="#_ftn1">[23]</a> est une condition indispensable pour la présence de l’Eglise dans la société actuelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 – Accepter la laïcité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La « sécularisation » et la « laïcité » ne signifient en aucune manière que l’on interdise la religion, ni que l’expérience religieuse personnelle et collective disparaisse ou perde sa vigueur, ni qu’il y ait moins de religion qu’avant. Elles signifient seulement ceci : que les institutions religieuses cessent d’être les instances structurantes, régulatrices et normatives de la vie sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que la religion n’a jamais été ni ne sera une affaire simplement personnelle et privée. La religion ne peut se vivre uniquement ‘derrière les portes’ des églises, dans la vie personnelle privée ou dans les ‘circuits religieux’. La religion doit s’insérer dans la société, doit avoir une présence publique, doit promouvoir dans la société les valeurs qui lui paraissent importantes. « <em>Soyez la lumière, le sel et le levain de la société</em> », nous a dit Jésus. De nos jours, la religion ne peut prétendre imposer comme lois les valeurs qu’elle considère fondamentales, alors que la majorité de la société ne l’accepte pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Que faire ? Renoncer à leur possession et à la volonté d’appliquer le bien absolu et la vérité absolue, et se situer dans le registre du respect mutuel, de l’acceptation de la pluralité inéluctable, de la recherche partagée, de la recherche du plus grand consensus possible et du plus grand bien commun possible dans chaque circonstance. C’est là aussi que doivent se situer les religions, renonçant elles aussi à la prétention de connaître le bien absolu et de posséder le bien absolu.</p>
<p style="text-align: justify;">En cela, je n’affirme pas que la vérité et le bien soient le fruit du consensus. J’affirme seulement que, dans une société pluraliste – et tel est de plus en plus notre destin – le dialogue et la recherche du plus grand consensus possible et d’une majorité raisonnable sont la meilleure garantie de pratiquer le bien et de se laisser guider par la vérité dans notre histoire toujours provisoire et fragmentaire. Les votes ne décident pas de ce que sont le bien et la vérité, mais le dialogue et les vastes consensus sont la meilleure sauvegarde contre les abus, et même le meilleur chemin pour appliquer la plus grande justice possible. Les droits humains – dans le cadre de plus en plus nécessaire des droits de toutes les créatures – constituent de nos jours la feuille de route la plus concrète et la plus sûre dont nous disposons en relation avec « la vérité » et « le bien » en général.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 – Rompre avec le confessionnalisme et l’absolutisme chrétien</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une fois qu’ils rencontrèrent quelqu’un qui se servait du nom de Jésus pour chasser les démons, Jean, fils de Zébédée, dit à Jésus : « Celui-là n’est pas des nôtres, et il n’a pas le droit de se servir de ton nom comme talisman pour soigner qui que ce soit. Il n’est pas des nôtres, et il ne devrait posséder le pouvoir de libérer personne. Interdis-lui d’exercer comme guérisseur en ton nom ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le propre groupe de Jésus nous nous trouvons donc avec la jalousie collective, l’envie collective. Cette malheureuse frontière disgracieuse entre « nous et eux » qui apparaît dans tous les groupes. Observons les partis politiques : « Nous faisons tout bien, seulement nous ». Mais le bien que nous faisons se transforme en mal si ce sont les autres qui le font. Et nous vivons dans un combat permanent.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les discours de certains hommes d’Eglise on entend souvent, par exemple : « Il est possible que quelqu’un qui croit en Dieu soit bon, mais s’il ne croit pas en Dieu, au bout du compte, il se retrouvera sans aucune raison d’être bon et tôt ou tard il cessera volontiers de faire le bien. L’éthique sans la religion n’a pas de fondement, et une éthique sans fondement va vite dégénérer. Si notre monde d’aujourd’hui est tellement dégénéré c’est parce qu’il s’est éloigné de la religion. Seule la religion peut sauver l’éthique, l’humanisme, l’avenir du monde. Nous sommes les seuls à pouvoir le sauver. Nous sommes la vraie religion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi parlons-nous souvent. Mais je crois que l’évangile brise tous ces schémas, toutes ces frontières : ceux qui ont Dieu et ceux qui ne l’ont pas, les croyants et les incroyants. Et je crois que le monde d’aujourd’hui, supposé incroyant, n’est pas pire que le monde d’hier, supposé croyant.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je crois qu’aujourd’hui aussi Jésus nous dirait : « Ne les empêchez pas ». N’ôtez à personne le droit sacré, la divine et sainte faculté d’être bon et de faire le bien. N’obligez personne à se servir du nom de Dieu de votre manière, n’interdisez à personne de l’utiliser d’une autre manière que vous. Réjouissez-vous du bien que font les autres, quoiqu’ils ne soient pas des vôtres. Et sachez-le : Dieu n’est pas présent lorsque vous prononcez son nom, mais lorsque vous prenez soin de vous et lorsque vous prenez soin des autres. Où est la bonté, là se trouve Dieu, avec quelque nom que ce soit et même sans nom du tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 – Passer du registre de la faute et de l’expiation à celui de la guérison et de la responsabilité</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes prisonniers de l’obsession de la faute et du châtiment. Bien entendu, les coupables, ce sont toujours les autres, chose normale quand on a établi la loi à sa guise. Dans le monde on a établi beaucoup de Guantanamo au nom de la Loi et de la justice.</p>
<p style="text-align: justify;">La perspective de Jésus est tout autre. Et à ceux qui murmurent il dit : « Ce dont a besoin un malade, ce n’est pas d’un juge, mais d’un médecin ; ce n’est pas le châtiment, mais le remède ». Et à ceux qui n’ont pas assez de cœur pour le comprendre  il dit : «  que celui qui n’a pas péché jette la première pierre ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut un grand saut de civilisation. Un grand saut de justice. Au-delà d’une justice de vengeance (à quoi sert de faire souffrir le malfaiteur pour lui faire expier son crime ?). Au-delà d’une simple justice pénale (à quoi nous sert un système pénal qui ne reconstruit pas le criminel ?). Un grand saut vers une justice qui vise, oui, à soigner toutes les blessures de la victime, mais aussi toutes les blessures du coupable. Un grand saut vers une justice humaine. C’est la justice que tu voudrais qu’on t’applique à toi, si tu étais coupable. Très bien, alors. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Traite ton prochain comme tu aimerais être traité ». Juste ça.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>[José Arregi préconise un changement de mentalité radical. Il estime que le monde est affronté à des difficultés si graves qu’il faut d’urgence vouloir mettre en oeuvre la solution qui s’impose. « Croire en Dieu, c’est croire qu’un autre monde est possible et vouloir le construire (...) Tout est possible pour celui qui croit en Dieu ». Mais, comme pour Jésus et tous ceux qui l’ont suivi au cours des siècles, l’échec fait partie </em><em>du parcours, assumé par l’espérance qui est semence et levain du Règne annoncé et déjà là. La pâque est cette traversée  du mal, avec Dieu, pour qu’advienne un monde libéré et heureux. Un seul précepte suffit pour avancer sur ce chemin : l’universelle et infinie compassion de celui qui choisit la place de l’autre, et de préférence la place du dernier.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le monde antique était globalement figé dans ses certitudes, les croyances religieuses suppléant les carences des connaissances. Le Moyen Âge s’est inscrit dans la même ligne. Avec les Lumières et la Révolution française, le monde moderne s’est donné de nouvelles certitudes, dégagées de la religion. Aujourd’hui, la postmodernité forme paradoxalement un monde où, quoique explorée comme elle ne l’a jamais été, la réalité présente une opacité pleine d’incertitudes. Le vrai et le bien échappent à toute emprise au sein d’une complexité qu’il ne semble plus possible de démêler. Et, à cet égard, le chrétien est logé à la même enseigne que tout un chacun dans l’environnement contemporain.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Au plan éthique, le chrétien ne bénéficie d’aucune révélation ou assurance particulière, différente des valeurs universelles de la société laïque moderne. Et tout en ayant vocation à se laisser conduire par l’inspiration de Jésus, il ne peut pas se considérer comme supérieur aux autres, car il sait que « l’Esprit souffle où il veut ». L’autre étant habité par le même Esprit que moi, il porte en lui une part de vérité qui interdit tout anathème, qui ouvre sur le dialogue, qui porte « au respect mutuel, à l’acceptation de l’inéluctable pluralisme, à la recherche en commun du plus large consensus possible ». Le souffle de Jésus porte à croire en l’autre et en l’avenir.]</em></p>
<p style="text-align: right;"><em> </em>José Arregi</p>
<p style="text-align: right;">Traduction : Didier Vanhoutte</p>
<p style="text-align: right;"><em>Résumés : Jean-Marie Kohler</em></p>
<hr size="1" />[1] J. Moltmann, <em>Cristo para nosotros hoy</em>, Madrid 1997, p. 119.</p>
<p>[2] J. Moltmann, <em>Dios en la creación</em>, Sigueme, Salamanque 1987, p. 77.</p>
<p>[3] L. Boff, <em>Ecología: grito de la tierra, grito de los pobres</em>, o.c., p. 50.</p>
<p>[4] L. Boff, <em>Hablemos de la otra vida</em>, Sal Terrae, Santander 1978, pp. 11-13.</p>
<p>[5] J. Moltmann, <em>Dios en la creación. Doctrina ecológica de la creación</em>, Sigueme, Salamanque 1997, p. 26.</p>
<p>[6] J. Alvirales, <em>Dios en los límites</em>, PPC, Madrid 1999, p. 40.</p>
<p>[7] G. Müller-Fahrenholz, <em>El Espíritu de Dios</em>, Sal Terrae, Santander 1996, p. 194.</p>
<p>[8] J. Moltmann, <em>El Espíritu de la vida</em>, o.c. p. 275. « El &#8216;respeto a la vida&#8217; forma parte del respeto a Dios y la veneración de la naturaleza de la veneración de Dios. Sentimos que Dios nos espera en todas las cosas» (J. Moltmann, <em>El Espíritu Santo y la teología de la vida</em>, o.c., p. 142).</p>
<p>[9] L. Boff, <em>Ecología: grito de la tierra, grito de los pobres</em>, o.c., p. 102.</p>
<p>[10] J.B Metz, ‘Dios. Contra el mito de la eternidad del tiempo, en Autores Varios, <em>La provocación del discurso sobre Dios</em>, Trotta, Madrid 2001, p. 43.</p>
<p>[11] J. Saramago, <em>El hombre duplicado</em>,  Alfaguara, Madrid 2002, pp. 34-35.</p>
<p>[12] A. Nolan, <em>¿Quién es este hombre?</em>, Sal Terrae, Santander 1981, p. 40.</p>
<p>[13] P. Ricœur, ‘Libérer le fond de bonté’, in <em>Actualité des religions </em>44 (2002), p. 20.</p>
<p>[14] J. Moltmann, <em>El camino de Jesucristo</em>, Sigueme, Salamanque 1993, p. 188.</p>
<p>[15] Ib., p. 186.</p>
<p>[16] Geiko Müller-Fahrenholz, <em>El Espíritu de Dios</em>, Sal Terrae, Santander 1996, p. 197.</p>
<p>[17] B. Häring, <em>Proyecto de una vida lograda</em>, PPC, Madrid 1996, p. 115.</p>
<p>[18] Ib., p. 116.</p>
<p>[19] Notons, au passage, que l’on peut  utiliser en espagnol le même mot pour ‘dette’ et ‘péché’ : <em>deuda</em> – ndlr.</p>
<p>[20] J. Sobrino, « &#8217;Luz que penetra las almas&#8217;. Espíritu de Dios y seguimiento <em>lúcido</em> de Jesús »,  Sal Terrae janvier 1998, p. 14.</p>
<p>[21] Ib., p. 15.</p>
<p>[22] En espagnol, le mot est le même pour le ‘sabbat’ et le ‘samedi’ (ndlr).</p>
<p>[23] Ch. Duquoc, <em>Cristianismo: memoria para el futuro</em>, Sal Terrae, Santander 2003, p. 110.</p>
<p style="text-align: center;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;">
<p><strong> </strong></p>
<p><em> </em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Un appel aux évêques en faveur de l&#8217;écologie</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/10/un-appel-aux-eveques-en-faveur-de-lecologie/</link>
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		<pubDate>Thu, 10 Nov 2011 18:17:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Etienne Séguier Des catholiques interpellent l’Église afin qu’elle s’engage concrètement en faveur de l’environnement. L’Assemblée plénière de Lourdes, du 4 au 9 novembre, devrait apporter une réponse. « Nous, chrétiens, nous sentons particulièrement préoccupés par les questions écologiques – effet de serre, désertification, artificialisation croissante de la nature et de la vie, dangers liés aux technologies [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Etienne Séguier</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em>Des catholiques interpellent l’Église afin qu’elle s’engage concrètement en faveur de l’environnement. L’Assemblée plénière de Lourdes, du 4 au 9 novembre, devrait apporter une réponse.</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Giotto1.jpeg"><img class="size-full wp-image-5493 aligncenter" title="Giotto1" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Giotto1.jpeg" alt="" width="204" height="247" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">« Nous, chrétiens, nous sentons particulièrement préoccupés par les questions écologiques – effet de serre, désertification, artificialisation croissante de la nature et de la vie, dangers liés aux technologies du vivant et du nucléaire. » C’est ainsi que débute L’appel aux évêques pour l’écologie. L’une de ses promotrices, Laura Morosini, ancienne porte-parole des Amis de la Terre au Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 précise l’ambition de cet écrit : « Nous reconnaissons volontiers que l’Église catholique a déjà beaucoup réfléchi à la question, et notamment Benoît XVI. Mais nous aimerions que cette prise de conscience se traduise par une mobilisation sur le terrain avec le soutien des évêques. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Née lors de la fête de la Nature</strong> organisée le 21 mai dernier, cette initiative réunit notamment les animateurs du groupe de réflexion sur l’environnement de la Communauté vie chrétienne (CVX), proche des jésuites, et les responsables des Cahiers de Saint-Lambert, une revue sur l’écologie animée par Dominique Lang, assomptionniste. La mouture définitive du texte a été présentée, en septembre, au groupe de travail Écologie et Environnement des évêques de France. Après deux ans de labeur sur la question, il doit présenter ses conclusions lors de la prochaine assemblée plénière des évêques de France, qui se tient à Lourdes, du 4 au 9 novembre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Parmi les 15 propositions concrètes</strong> promues par l’Appel, la plus symbolique concerne la demande que les hosties et le vin de messe soient issus de l’agriculture biologique. Pas de pesticide dans la communion au corps et au sang du Christ ! Mais les promoteurs de ce texte comptent aussi inciter à une gestion plus verte du patrimoine de l’Église. À l’extérieur des églises, création de jardins solidaires et écolos. À l’intérieur, promotion d’une plus grande efficacité énergétique. L’appel cite en exemple le dernier rassemblement CVX, à Nevers, qui a eu recours au covoiturage, à la consommation de produits locaux et à la vaisselle durable ; ou encore la rencontre des Scouts de France, en Gironde, qui a été attentive à la consommation d’eau. « <em>La promotion de repas issus de l’agriculture biologique et/ou locale dans les lieux collectifs (Enseignement catholique, maisons diocésaines, séminaires) peut contribuer à développer ces filières </em>», pointe Bertrand Rollin, de l’association culturelle de Boquen, membre du Réseau des Parvis aussi mobilisé. Cette pétition a reçu l’appui de théologiens renommés tel François Euvé, de scientifiques comme le botaniste Jean-Marie Pelt, ou Jean-Pierre Raffin président d’honneur de France nature environnement (FNE) et membre du bureau des Amis de La Vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il est trop tôt pour savoir </strong>quelles mesures les évêques vont retenir. Marc Stenger, évêque de Troyes qui préside le groupe de travail Écologie et Environnement, s’est déclaré « en phase avec cet appel ». À terme, les signataires aimeraient constituer en France un réseau de chrétiens écolos, prêts à retrousser leurs manches. Avis aux amateurs.</p>
<p style="text-align: right;">Etienne Séguier</p>
<p style="text-align: right;">Publié le 02/11/2011</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Source :</p>
<p><a href="http://www.lavie.fr//actualite/ecologie/un-appel-aux-eveques-en-faveur-de-l-ecologie-02-11-2011-21494_8.php">http://www.lavie.fr//actualite/ecologie/un-appel-aux-eveques-en-faveur-de-l-ecologie-02-11-2011-21494_8.php</a><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>• Lire l’appel complet </strong>publié le 02/11/2011 :<strong> </strong></p>
<p>- sur le site lavie.fr :<strong> <a href="http://www.lavie.fr/actualite/ecologie/appel-aux-eveques-pour-l-ecologie-02-11-2011-21493_8.php">Appel aux évêques pour l&#8217;écologie</a></strong></p>
<p><strong> </strong>- Télécharger en fichier PDF :  <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Appel-aux-évêques-pour-lécologie.pdf">Appel aux évêques pour l&#8217;écologie</a></p>
<p>• Si vous souhaitez<strong> signer cet appel</strong>, écrivez à l&#8217;adresse suivante :<strong> <a href="mailto:appelchretienpourlecologie@gmail.com">mailto:appelchretienpourlecologie@gmail.com</a></strong></p>
]]></content:encoded>
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		<title>« Dieu est Dieu »</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/11/02/%c2%ab-dieu-est-dieu-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 21:47:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[De ma fenêtre. La chronique d&#8217;Aimé Savard pour Chrétiens de la Méditerranée le 28 octobre 2011. Au printemps 1991, alors que l&#8217;on pansait les plaies de la Première Guerre du Golfe et que le Proche-Orient restait comme toujours une zone de dangereuses tensions, La Vie avait organisé un «train de la Paix», convoi spécial qui avait conduit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>De ma fenêtre. La chronique d&#8217;Aimé Savard pour Chrétiens de la Méditerranée </strong></p>
<p><strong>le 28 octobre 2011.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AiméSavard.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5426" title="AiméSavard" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AiméSavard.jpg" alt="" width="66" height="99" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Au printemps 1991, alors que l&#8217;on pansait les plaies de la Première Guerre du Golfe et que le Proche-Orient restait comme toujours une zone de dangereuses tensions, La Vie avait organisé un «train de la Paix», convoi spécial qui avait conduit quelques centaines de participants jusqu&#8217;à Rome et Assise pour rendre hommage aux efforts que Jean-Paul II avait inlassablement déployés pour maintenir et ramener la paix. Il s&#8217;agissait aussi de s&#8217;unir à la prière du pape et de l&#8217;Eglise pour que le Christ nous donne sa paix et de s&#8217;engager nous-mêmes pour être, là où nous sommes, des instruments de paix.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;un des temps forts de ce pélerinage fut une célébration eucharistique dans l&#8217;église Saint-Louis-des-Français à Rome. L&#8217;abbé Pierre était l&#8217;un des concélébrants. Soudain, alors que ceux-ci allaient se retirer du choeur, il s&#8217;est emparé d&#8217;un micro et s&#8217;est adressé à l&#8217;assistance avec cette véhémence qui était la sienne dans ses accès de sainte colère. «Cessons de parler de «notre Dieu», de dire qu&#8217;il est «le Dieu de la paix», &#8221; le Dieu de la justice» ou même «le Dieu de l&#8217;amour», comme s&#8217;il y avait d&#8217;autres dieux, plusieurs dieux,s&#8217;est-il écrié. Dieu est Dieu. Il est unique». Stupeur dans l&#8217;assemblée. Chacun se demandait ce qui avait provoqué cette soudaine réaction inattendue du vieil abbé.</p>
<p style="text-align: justify;">Vingt ans après, je ne saurais le dire. Mais ce souvenir m&#8217;est revenu en ces temps où l&#8217;Eglise célèbre et renouvelle la rencontre interreligieuse d&#8217;Assise initiée par Jean-Paul II. Cessons de parler du &#8220;Dieu des Juifs», du «Dieu des musulmans», du «Dieu des chrétiens» pour, de plus, les opposer entre eux. Il n&#8217;est qu&#8217;un Dieu. Il est le «Tout autre». Il n&#8217;en est pas, il ne peut pas en être d&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est Lui que les juifs adorent à la suite des patriarches, de Moïse et des prophètes, comme Jésus, juif de la descendance de David, le faisait dans le Temple de Jérusalem. C&#8217;est devant Lui que les musulmans se prosternent puisqu&#8217;ils «adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre». Chrétiens nous croyons que le Dieu unique s&#8217;est incarné en Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui nous a révélé que Dieu, son Père, est père de tous les hommes. Mais Dieu, pour les chrétiens, n&#8217;est pas, ne peut pas être un autre Dieu que celui des autres religions. Il est, nous dit Vatican II, «cette force cachée qui est présente au coeur des choses et aux événements de la vie humaine» pour laquelle, «depuis les temps les plus reculés jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité». (<em>Nostra Aetate</em> , 2)</p>
<p style="text-align: justify;">Le même concile montre que dans les grandes religions asiatiques comme dans toutes les autres religions, les hommes cherchent par les mythes, les rites, les quêtes ascétiques, mais aussi la méditation et «les efforts pénétrants de la philosophie» à entrer dans l&#8217;unique mystère divin et ainsi à répondre aux questions qui, depuis toujours «troublent profondément le coeur humain : Qu&#8217;est-ce que l&#8217;homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? (&#8230;) Qu&#8217;est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, dont nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ?» (<em>Nostra aetate</em>,1)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces questions, elles hantent tout autant ceux qui, en toute bonne foi, doutent de l&#8217;existence de Dieu et ceux qui la nient. S&#8217;ils discernent dans la recherche de réponses à ces questions, une quête de la vérité et donc une quête du Dieu unique, les chrétiens ne cherchent pas pour autant, à faire des agnostiques et des athées, des croyants qui s&#8217;ignorent. Ils respectent leurs démarches. De même la rencontre et le dialogue avec ceux qui croient au Dieu unique ou qui Le cherchent dans d&#8217;autres démarches religieuses ou philosophiques, n&#8217;implique aucun syncrétisme, aucun relativisme. Dire que nous respectons les croyances que nous ne partageons pas, ne signifie pas que nous n&#8217;affirmons pas notre propre foi, ni que nous pensions que toutes les croyances ou toutes les religions se valent. Respecter les convictions d&#8217;autrui ne signifie pas y adhérer.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, dit encore Vatican II, «Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l&#8217;image de Dieu (&#8230;) L&#8217;Eglise réprouve donc, en tant que contraire à l &#8216;esprit du Christ toute discrimination ou vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion.» (<em>Nostra Aetate</em> , 5)</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup de nos contemporains, surtout dans nos pays sécularisés, trouvent ce discours naïf et irréaliste. A leurs yeux, les religions sont, par nature, porteuses de violence, en dépit de leurs belles déclarations. Force est d&#8217;admettre que l&#8217;histoire apporte beaucoup d&#8217;arguments à l&#8217;appui de cette thèse. Elle est jalonnée de guerres de religion, et même de conflits souvent sanglants entre confessions chrétiennes qui se réclament pourtant non seulement du Dieu unique, mais du même Jésus-Christ. Aujourd&#8217;hui encore, nombreux sont les mouvements qui, en invoquant le nom de Dieu, mènent des actions violentes, et pas seulement parmi les musulmans. L&#8217;objection ne peut donc être écartée d&#8217;un revers de main.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si l&#8217;on va y voir de plus près, on constate aussi que tous ceux qui invoquent le Dieu unique pour combattre les fidèles d&#8217;une autre religion ou d&#8217;une autre confession sont engagés, en réalité dans des luttes de pouvoir, c&#8217;est-à-dire dans des combats politiques qui se parent d&#8217;atours religieux. On se sert du nom de Dieu pour justifier la cause que l&#8217;on défend et lui conférer une dimension prétendument sacrée. Les guerres de religion qui ont déchiré l&#8217;Europe après la Réforme, ont été en fait des guerres entre princes ou des moyens utilisés par des souverains pour conforter leur pouvoir, comme l&#8217;a fait Louis XIV avec la révocation de l&#8217;Edit de Nantes. Les terribles luttes entre «catholiques» et «protestants» dont l&#8217;Irlande peine à se sortir, cachaient en fait, comme les autorités proprement religieuses l&#8217;ont souvent dit, une opposition entre Irlandais de souche et colonisateurs britanniques. Et aujourd&#8217;hui, ceux qui rêvent du «choc des civilisations» entre christianisme et islam sont, d&#8217;un côté des musulmans qui, la rage au coeur, veulent se venger de l&#8217;oppression qu&#8217;ils ont si longtemps subi de la part de pays dits «chrétiens» et, de l&#8217;autre, des Occidentaux qui redoutent l&#8217;arrivée massive d&#8217;immigrants se réclamant d&#8217;une autre culture, d&#8217;autres traditions susceptibles de bouleverser leurs manières de vivre. Les Africains ou les Arabes chrétiens ne sont d&#8217;ailleurs pas mieux acceptés par les pays européens. En fait, Dieu n&#8217;a rien à voir avec tout cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors, est-ce vraiment le même Dieu que tant de croyants invoquent pour se livrer à des conflits en réalité politiques ? Non bien sûr. Mais si, depuis les origines, l&#8217;humanité est en quête du même Dieu unique, à travers des sagesses et des religions diverses, elle est particulièrement inventive pour créer et adorer de faux dieux au service des intérêts politiques d&#8217;un clan, d&#8217;un peuple, d&#8217;un chef. Ce sont ces faux dieux «faits de main d&#8217;homme» que dénonçaient les prophètes de l&#8217;Ancien Testament et auxquels les premiers chrétiens ou les compagnons du Prophète de l&#8217;Islam refusaient d&#8217;offrir des sacrifices. Mais de ces idoles, de ces dieux grossiers faits de matière, il était facile de démontrer l&#8217;impuissance. Aussi les humains ont-ils inventé des dieux immatériels qui remplissent la même fonction et qu&#8217;ils ont tenté de faire passer pour l&#8217;Unique Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Chrétiens, Jésus nous a révélé que «Dieu est Amour»selon l&#8217;expression de saint Jean, que l&#8217;Unique est Trinité, mais cela reste pour nous de l&#8217;ordre du «mystère» , un mystère que les théologiens s&#8217;efforcent de pénétrer, mais qu&#8217;ils ne peuvent jamais cerner. «Dieu, écrit le jésuite Joseph Moingt dans son dernier livre, c&#8217;est ce qui est au-delà de tout ce qu&#8217;il y a de plus grand, de plus puissant, de plus redoutable, de plus respectable, de meilleur, de plus digne d&#8217;amour, de plus désirable, et c&#8217;est donc aussi la source de toute puissance, de tout respect, de tout amour ; c&#8217;est l&#8217;au-delà de toute trancendance, c&#8217;est ce qui se cache dans tout ce qui trancende le possible et le désirable, dans ce qui dépasse nos possibilités et nos désirs».</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu dont Jésus nous a révélé qu&#8217;Il est un Père infiniment proche est aussi, nous le pressentons, un mystère insondable qu&#8217;on ne saurait enfermer dans une «vérité» faite de formules, de concepts humains. C&#8217;est pourtant ce que les hommes font quand ils cherchent à utiliser Dieu au service d&#8217;une cause, fut-elle noble et désintéressée. C&#8217;est pourtant ce que chacun de nous est tenté de faire, lorsque nous cherchons à enrôler Dieu pour défendre notre intérêt, notre vision du monde, notre culture, notre confort intellectuel ou matériel. Nous nous voulons alors propriétaires d&#8217;une vérité dans laquelle nous prétendons enfermer Dieu. En réalité, nous nous fabriquons une idole, un dieu à notre image, un dieu qui nous arrange.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le fait de se croire propriétaire de la vérité et donc propriétaire de Dieu est une tentation auquel chaque être humain est susceptible de succomber, c&#8217;est aussi la caractéristique de tous les extrémismes religieux, de tous les fondamentalismes, de tous les intégrismes. Ils se veulent propriétaires de Dieu ces islamistes qui voudraient imposer leur vision religieuse par la violence ou la contrainte. Ils se veulent propriétaires de Dieu, ces juifs qui invoquent la Bible pour justifier la politique extrémiste du gouvernement Netanyahou. Ils se veulent propriétaires de Dieu ces mouvements chrétiens de confessions diverses qui se réclament de Dieu pour justifier des comportements sectaires et violentes. Ils se veulent propriétaires de Dieu, ces intégristes catholiques qui n&#8217;ont pas de mots assez durs pour dénoncer cette «abomination» qu&#8217;est pour eux la rencontre d&#8217;Assise et accusent le pape de «prier des faux dieux». Mais nul n&#8217;est propriétaire de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu est Dieu. Il s&#8217;est révélé en Jésus-Christ, mais Il n&#8217;est pas le Dieu des chrétiens. Ni celui d&#8217;une autre religion. Il n&#8217;est pas le Dieu de l&#8217;Occident, ni celui de l&#8217;Orient. Il n&#8217;est ni le Dieu des Français, ni celui des Allemands, ni celui des Arabes, ni celui des Chinois ou de quelque autre peuple. Il n&#8217;est pas le Dieu d&#8217;un clan, d&#8217;une nation, d&#8217;une race. Il est le Père de tous les êtres humains. Il est unique. Dieu est Dieu.</p>
<p style="text-align: right;">Aimé Savard</p>
<p><strong>Source </strong>:</p>
<p><a href="http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-dieu-est-dieu-87564841.html">http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-dieu-est-dieu-87564841.html</a></p>
<p style="text-align: right;">
<p><strong><br />
</strong></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Jusqu&#8217;à désobéir ?</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/27/jusqua-desobeir/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2011/10/27/jusqua-desobeir/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 11:29:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Les groupes Jonas Alsace, réunis à Sélestat le 16 octobre 2011, communiquent : JUSQU’À DÉSOBÉIR ? Éclairés les uns par les autres et par la lecture de l’Évangile, nous obéissons à notre conscience : Nous sommes heureux quand des frères et sœurs divorcés remariés ou chrétiens d’autres confessions partagent avec nous le repas eucharistique. Nous sommes heureux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images19.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5401" title="images" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images19.jpeg" alt="" width="240" height="180" /></a></p>
<p><em><strong>Les groupes Jonas Alsace, </strong><strong>réunis à Sélestat le 16 octobre 2011, </strong><strong>communiquent :</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>JUSQU’À DÉSOBÉIR ?</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Éclairés les uns par les autres et par la lecture de l’Évangile, nous obéissons à notre conscience :</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes heureux quand des frères et sœurs divorcés remariés ou chrétiens d’autres confessions partagent avec nous le repas eucharistique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes heureux quand des laïcs formés, hommes et femmes, s’adressent à l’assemblée au cours de la liturgie pour nous aider à mieux comprendre et à mieux vivre la Parole.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes heureux quand des communautés savent vivre et célébrer en l’absence d’un prêtre et maintenir la présence de l’Évangile sur leurs lieux de vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous serons heureux quand notre Église confiera les communautés locales à celles et ceux qui y seront appelés, selon leurs compétences et quel que soit leur état de vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous remercions et nous soutenons tous les prêtres et diacres qui, à la suite de l’appel des théologiens allemands, des prêtres autrichiens, irlandais et du diocèse de Rouen, choisissent et choisiront de « désobéir » pour mieux manifester la tendresse de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous savons que, à l’instar de 71% des Autrichiens, les chrétiens que nous rencontrons soutiennent le mouvement qui est en train de naître.</p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.jonasalsace.org/article-jusqu-a-desobeir-87035443.html">http://www.jonasalsace.org/article-jusqu-a-desobeir-87035443.html</a></p>
<p>Pour plus d’informations sur les groupes Jonas d&#8217;Alsace :</p>
<p><a href="http://jonasalsace.over-blog.org/">http://jonasalsace.over-blog.org/</a></p>
<p>INVITATION  à une rencontre le samedi 5 novembre à Strasbourg : &#8220;Solidaires des prêtres autrichiens, prenons la parole et agissons&#8221; : <a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Invitation05.11.11.pdf">Invitation05.11.11</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/20/les-derniers-des-mohicans-vont-ils-mourir-en-silence/</link>
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		<pubDate>Thu, 20 Oct 2011 09:53:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes critiques]]></category>

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		<description><![CDATA[Gérard Bessière 18 0ctobre 2011 Le climat de restauration  s’appesantit  dans l’Eglise. Le « peuple de Dieu » a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques  qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><sub>Gérard Bessière</sub></strong></p>
<p><strong><sub>18 0ctobre 2011</sub></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/G.Bessieres.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5363" title="G.Bessieres" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/G.Bessieres.jpeg" alt="" width="238" height="212" /></a><br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le climat de restauration  s’appesantit  dans l’Eglise. Le « peuple de Dieu » a beau poser des questions dans les synodes : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques  qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Eglises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.</p>
<p style="text-align: justify;">Des milliers de chrétiens  « s’en vont sur la pointe des pieds » sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe « Jonas »,  le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Eglise, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement.  Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. « A quoi bon ? » Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile « à la base », comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs. Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques  par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le « sensus fidei », ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre  leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière l’«A quoi bon ? ». Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : « Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas ».</p>
<p style="text-align: justify;">Hélas, on recueille parfois pareille réflexion  sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Eglise où ils sont parfois  permanents, employés et salariés. On parle « mission », « évangélisation », « peuple de Dieu », sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante  papolâtrie, qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !</p>
<p style="text-align: justify;">Concluons sereinement. L’Evangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. A l’intérieur des Eglises et en dehors d’elles.</p>
<p style="text-align: justify;">Habités par cette conviction paisible, les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?</p>
<p style="text-align: right;">Gérard Bessière</p>
<p style="text-align: right;">18 Octobre 2011</p>
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		</item>
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		<title>Au Brésil, le droit à la terre, un droit à la vie</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/18/au-bresil-le-droit-a-la-terre-un-droit-a-la-vie/</link>
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		<pubDate>Tue, 18 Oct 2011 16:51:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Maurice Lemoine Religieux dominicain, avocat, Henri Burin des Roziers appartient à la Commission pastorale de la terre (CPT), créée par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), et, dans ce cadre, s’est engagé corps et âme dans la défense des paysans « sans terre » de son pays d’adoption. Le 22 septembre, à Paris, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Maurice Lemoine</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>R</em></strong><em><strong>eligieux dominicain, avocat, Henri Burin des Roziers appartient à la Commission pastorale de la terre (CPT), créée par la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), et, dans ce cadre, s’est engagé corps et âme dans la défense des paysans « sans terre » de son pays d’adoption. Le 22 septembre, à Paris, à l’invitation du Pôle Amérique latine du Service de la Mission à la Conférence des évêques de France, il a fait le point de la situation dans l’ensemble du pays et dans l’Etat amazonien où il réside, le plus violent de tous, le Pará.</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HenriBurindesR.jpg"><img class="size-full wp-image-5331 aligncenter" title="HenriBurindesR" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/HenriBurindesR.jpg" alt="" width="200" height="297" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Du Brésil, Henri Burin des Roziers ne rapporte pas qu’une image négative. S’amusant de ce que, il y a quelques décennies, personne ne considérait ce géant comme « un pays sérieux », il en souligne l’émergence sur la scène internationale et, évoquant les deux mandats du président Luiz Inácio Lula da Silva (1er janvier 2003 &#8211; 31 décembre 2010), il insiste sur la réduction – de trente millions à quinze millions de personnes – de l’extrême pauvreté : « On ne peut pas ne pas être en admiration devant ce qui a été fait. »</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, ajoute-t-il aussitôt, quelques fortes ombres obscurcissent le tableau. Et, parmi elles, celle de la paysannerie. « Durant sa campagne de 2002, Lula avait dit : “Si je suis élu président de la République, et si je ne peux faire qu’une seule chose, ce sera la réforme agraire. ” Or, il ne l’a pas fait. »  Quelques chiffres :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>47,86 % des propriétaires possèdent moins de 10 hectares</li>
<li>38,05 % des propriétaires possèdent de 10 à 100 hectares</li>
<li> 0,91 % des propriétaires possèdent plus de 1000 hectares</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Dit autrement…</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>15 000 grands propriétaires possèdent plus de 2 500 hectares (soit, à eux seuls, 98 millions d’ha)</li>
<li>4 500 000 paysans disposent de moins de 100 hectares (pour un total de 70 millions d’ha)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Et l’on estime de quatre à cinq millions le nombre des « sans terre ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour commencer à résorber cette armée d’exclus, les experts du Parti des travailleurs (PT) avaient fixé comme objectif l’attribution de terre à 500 000 familles lors du premier mandat et, dans l’hypothèse d’une réélection (qui s’est produite), à 500 000 autres lors du second. « Mais, très vite, Lula et son gouvernement ont choisi l’option de l’agro-industrie, qui repose sur le soja [dont le Brésil est le premier producteur mondial], la canne à sucre [pour les biocarburants] et l’élevage, tous produits qui rapportent énormément de devises à l’exportation. » Du fait de ce choix favorisant les fazendeiros [1] et la concentration foncière, 390 000 familles seulement ont accédé à la terre de 2003 à 2006 et environ 230 000 lors du second mandat. On est donc loin du compte et des prévisions, sachant que « l’actuelle présidente Dilma Rousseff mène la même politique », précise Burin des Roziers.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’Etat amazonien du Pará, véritable Far West (bien que situé au nord) brésilien – 212 assassinats de paysans ou de leurs défenseurs depuis 1996 –, 50 % de la forêt ont été détruits en trente ans (20 000 km2 avant Lula, 6000 après son accession à la tête de l’Etat). Considéré jusqu’en 2006 comme « le roi du bétail », le groupe Quagliatto occupe à lui seul près de 100 000 hectares sur lesquels paissent 250 000 bestiaux destinés à alimenter les boucheries et fast-food des pays développés. Depuis 2006 s’y sont ajoutées 650 000 bêtes sur les 500 000 hectares dont s’est emparé le groupe Santa Barbara. Deux autres grands propriétaires possèdent un million d’hectares. Sachant par ailleurs que des surfaces considérables demeurent inexploitées et devraient donc, selon la loi, car n’accomplissant aucune fonction sociale, être expropriées [2]. Cherchez l’erreur : depuis juillet 2011 (pour ne prendre que cette période), plus de mille familles ont été expulsées des terres qu’elles occupaient dans le Pará, parfois par des tueurs à gage – les pistoleiros –, parfois par les troupes de choc de la police de l’Etat.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Brésil2è.jpeg"><img class="size-medium wp-image-5332 aligncenter" title="Brésil2è" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Brésil2è-300x184.jpg" alt="" width="300" height="184" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Quantité de ces déshérités vivent dans une situation catastrophique, parfois depuis plusieurs années, sous des bâches, au bord des routes, sur un espace public très étroit – une quinzaine de mètres entre la chaussée et la clôture des exploitations. D’autres, ne se résignant pas à la précarité de ces acampamentos, occupent les terres des fazendeiros, dont beaucoup, porteurs de titres de propriété frauduleux, bafouent ouvertement les lois. C’est pourtant sur leurs victimes que s’abat la rigueur des dites lois – la « justice » manifestant plus que des accointances avec les « puissants ». Sans toutefois amener « les petits » à se résigner. « Je connais des communautés qui ont été expulsées trois fois de leur terre, de façon violente, témoigne Burin des Roziers, et qui sont revenues trois fois. Leur détermination a payé car, finalement, le gouvernement a décidé d’exproprier. » On ne peut malheureusement faire de ces quelques réussites une généralité. En 2010, le Mouvement des sans terre (MST) a dû organiser une marche gigantesque réclamant la réforme agraire [3]. Cette année encore, en juin, la « marche Margarita » a rassemblé entre 50 000 et 70 000 personnes à Brasilia pour faire pression sur le gouvernement en faveur de l’agriculture familiale des petites exploitations – c’est-à-dire, in fine, celle qui alimente la population.</p>
<p style="text-align: justify;">Tandis que le pouvoir traîne manifestement les pieds – 200 députés « ruralistes » (sur un total de 580) exerçant une forte pression au Parlement –, les fazendeiros, eux, engagent le dialogue « à balles réelles ». Ainsi, pour 2010…</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Conflits : 1 186 (dont 207 dans le Pará)</li>
<li>Assassinats : 34 (dont 18 dans le Pará)</li>
<li>Menaces de mort : 125 (dont 30 dans le Pará)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Avec la modestie qui accompagne généralement les courageux serviteurs de la « théologie de la libération », Burin des Roziers ne s’étend pas sur les menaces dont il est lui-même régulièrement l’objet. Comme nombre de syndicalistes et de religieux défenseurs des droits des plus pauvres, il doit être protégé par la police – le 12 février 2005, la missionnaire américaine Dorothy Stang (73 ans) est tombée sous les balles de deux pistoleiros. Il note simplement que de tels niveaux de violence sont favorisés par l’impunité : « Entre 1985 et 2001, rappelle-t-il, 1 580 assassinats n’ont débouché que sur 94 procès, la condamnation de 22 commanditaires des crimes, un seul ayant exécuté sa peine [l’assassin de sœur Dorothy]. »</p>
<p style="text-align: justify;">Tandis que les supposés propriétaires s’enrichissent de leur sueur, des milliers de travailleurs saisonniers dépourvus de terre et n’ayant d’autre choix que de louer leurs bras vivent dans des conditions désastreuses, trompés, mal payés, humiliés. Il leur arrive même de se retrouver assujettis à la plantation qui les emploie, menacés de mort et tués s’ils s’enfuient. Trois mille « travailleurs esclaves » ont ainsi été libérés par les autorités en 2010 [4].</p>
<p style="text-align: justify;">La voix de Burin des Roziers se brise lorsqu’il évoque, pour clore son témoignage, le mémorial érigé à Eldorado do Carajas (Pará). Là, le 17 avril 1996, la répression par la Police militaire d’une manifestation pacifique a blessé soixante-quatre personnes et entraîné la mort de dix-neuf paysans (dont au moins dix exécutés à bout portant). C’est là qu’ont été dressés, en leur mémoire, chacun portant un nom, dix-neuf troncs calcinés. « Ce mémorial est le symbole de ce qui se passe actuellement. Ce modèle de développement, l’agro-business, tue la nature, tue les hommes, tue la vie. »</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Maurice Lemoine</strong></p>
<p style="text-align: right;">Texte et photos - 28 septembre 2011</p>
<p><strong>NOTES</strong></p>
<p style="text-align: justify;">[1] Grands propriétaires.</p>
<p style="text-align: justify;">[2] L’article 184 de la Constitution de 1988 stipule : « Il incombe à l’Union de s’approprier, par intérêt social, aux fins de la réforme agraire, le bien rural qui n’accomplit pas sa fonction sociale. »</p>
<p style="text-align: justify;">[3] Sur l’ensemble du Brésil, environ 100 000 familles vivent dans des campements organisés par le MST.</p>
<p style="text-align: justify;">[4] Il convient de souligner qu’en matière de répression du « travail esclave » un effort considérable a été accompli durant la présidence de Lula.</p>
<p><strong>Source </strong>: <a href="http://www.medelu.org/Au-Bresil-le-droit-a-la-terre-un">http://www.medelu.org/Au-Bresil-le-droit-a-la-terre-un</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Pour un dialogue nouveau entre Église et Société</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/10/06/pour-un-dialogue-nouveau-entre-eglise-et-societe/</link>
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		<pubDate>Thu, 06 Oct 2011 14:39:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>

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		<description><![CDATA[Communiqué de l’équipe nationale des groupes Jonas Les groupes JONAS sont nés dans les années 1987-1988. « Jonas » a toujours eu comme souci de participer au grand projet de Vatican Il : «une Église qui se laisse interroger par le monde», «une Église douée d&#8217;une parole audible et compréhensible» pour ce monde. Les membres fondateurs de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Communiqué de l’équipe nationale des groupes Jonas</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les groupes JONAS sont nés dans les années 1987-1988. « Jonas » a toujours eu comme souci de participer au grand projet de Vatican Il : «une Église qui se laisse interroger par le monde», «une Église douée d&#8217;une parole audible et compréhensible» pour ce monde. Les membres fondateurs de Jonas ont depuis plus de vingt ans, toujours veillé aux orientations de Vatican II sans en faire un point final.</em></p>
<p><em>Jonas s&#8217;est donné quelques moyens d&#8217;observation :</em></p>
<p><em> &#8211; des groupes dans bon nombre de Diocèses,</em></p>
<p><em> &#8211; un bulletin : « Courrier de Jonas»</em></p>
<p><em> &#8211; un site Internet</em> : <a href="http://www.groupes-jonas.com/neojonas/">www.groupes-jonas.com/neojonas/</a></p>
<p>Adresse pour le Courrier de Jonas : <a href="mailto:du%20site%20:%20redaction@groupes-jonas.com">redaction@groupes-jonas.com</a><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Jonas.jpg"><img class="size-full wp-image-5273 aligncenter" title="Jonas" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Jonas.jpg" alt="" width="158" height="236" /></a></p>
<p><strong>COMMUNIQUÉ</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Différents événements et initiatives secouent l’Eglise catholique dans les temps que nous vivons</strong>. Rien d’étonnant en cette période de bouleversements de tous ordres : socio-culturels, économiques, éthiques, politiques, religieux… Dans cette situation, le pire serait de s’enfermer dans l’aveuglement, le repli ou le refus du débat. Ceci est, pour nous, une évidence.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord, nous constatons que de tous côtés, et notamment en différents pays européens, des appels pressants sont adressés à l’Eglise catholique pour qu’elle entende, enfin, certaines questions qui se posent et de manière insistante. Un moment étouffées- car les murs bétonnés existent dans l’Eglise- les vraies questions reviennent à la surface. Nous pensons, en particulier, aux conditions de réintégration des lefebvristes, au memorandum de plus de 400 théologiens germanophones, à l’appel de plus de 400 prêtres et diacres autrichiens, appel approuvé par plus de 71% de la population Leur inquiétude est aussi la nôtre et nous en sommes solidaires. Ces protestations expriment indiscutablement un malaise mais formulent également des demandes précises.. Ici, chez nous, nous sommes témoins que nombre de catholiques refusent le mouvement de restauration qui s’est instauré dans leur Eglise. Ils sont inquiets pour  l’avenir de leur communauté, spécialement pour sa mission d’évangélisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 </strong>-<strong> Une première crainte concerne la fidélité à l’enseignement de Vatican II</strong>. Elle vient d’être activée, lors de la rencontre du cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et de Mgr Felay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X. C’est toute  la légitimité du Concile qui est en jeu, avec quelques questions majeures : la collégialité épiscopale, le dialogue interreligieux, l’oeucuménisme, la liberté religieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-il nécessaire de rappeler qu’un concile œcuménique est la plus haute instance législative de l’Eglise catholique ? A l’inverse d’autres conciles, Vatican II n’a pas été convoqué pour défendre une institution menacée ou revendiquer un pouvoir hégémonique dans la société mais pour confronter la Parole de Dieu avec le dynamisme de l’histoire. Quelles que soient les limites du travail conciliaire, c’est pour une large part, en acceptant ce parti-pris d’ouverture à la rencontre et à la liberté de recherche, qu’il a permis à l’Eglise de mettre en relief son identité profonde. Cette ouverture – déjà mise en valeur dans la longue histoire du Peuple de Dieu- dépasse, quoiqu’on en dise, de simples problèmes de réformes. C’est une manière autre de concevoir la nature de ‘Eglise et sa situation dans le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi, l’éventualité d’une seconde « Prélature personnelle » ( après celle de l’Opus Dei), en vue de réintégrer les lefébvristes ne laisse, à notre avis, présager rien de bon. Nous craignons que cela revienne à légitimer l’existence d’une Eglise dans l’Eglise et cela sur simple décision du pape. Va-t-on sacrifier les éléments novateurs de Vatican II sur l’autel d’intégristes résolus ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 -</strong> Un deuxième aspect retient notre attention. Il est lié à <strong>la vie ecclésiale.</strong> Il s’agit de ces sujets qui reviennent sans cesse dans les synodes diocésains  mais qu’il est interdit –curieusement – de transmettre  à Rome.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des plus fréquemment évoqués concerne l’attitude de l’Eglise catholique à l’égard des divorcés remariés. La question revient souvent, posée  désormais par de hautes instances de la communauté ecclésiale (tel le président de la Conférence épiscopale allemande), par nombre de pasteurs et par une fraction chaque jour grandissante du peuple chrétien. Beaucoup s’étonnent – à juste titre- que l’Eglise ne tienne pas compte de la diversité des situations. Le synode des évêques sur la famille, en 1980, demandait par 179 voix contre 20 « qu’on se livre à une nouvelle recherche à ce sujet, en tenant compte également des Églises d’Orient, de manière à mieux mettre en évidence la miséricorde pastorale ». Cette demande expresse n’a produit aucun résultat, et il n’est pas étonnant que la loi encore en vigueur ait pour effet d’encourager les décisions individuelles de plus en plus nombreuses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 -</strong><strong> Nous relevons aussi la question des ministères</strong> La situation des prêtres, en nombre continu de  décroissance et de vieillissement, est devenu un véritable défi. Certains « se tuent » littéralement à la tâche, trop souvent limitée au culte, et les nouvelles formes d’aménagement pastoral sont plus qu’hésitantes. D’autre part, beaucoup d’instances d’animation pastorale (conseils pastoraux, équipes pastorales) ne remplissent pas leur mission.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les questions  posées, en France et ailleurs, on ne peut oublier celle de l’ordination presbytérale d’hommes mariés, sans en faire une panacée et en tenant compte du  contexte. Quant aux diacres permanents, la plupart mariés, on constate que certains deviennent de véritables animateurs de paroisses, ce qui interroge sur la spécificité du diaconat et sur la confusion qu’on entretient entre « exercer un ministère » et choisir tel état de vie (célibataire, marié).Revient aussi, en différents lieux, la question de l’ordination des femmes, soit au diaconat, soit à la prêtrise. Sans doute, faudrait-il distinguer ce qui est théologiquement possible et ce qui demeure inopportun dans le contexte actuel…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 &#8211; </strong>Un autre point d’attention – porte sur <strong>la rupture culturelle qui s’établit entre l’Eglise et la société.</strong> C’est cela notre première préoccupation. Le langage, les rites, la communication, la manière de sentir et de penser de l’institution ecclésiale sont décalés et deviennent imperméables à la majorité de nos contemporains. Il s’agit bien plus que d’une question de vocabulaire, il s’agit d’une manière autre d’approcher les réalités que nous vivons, et particulièrement les réalités d’ordre religieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous assistons à un véritable mouvement d’émancipation par rapport aux arguments d’autorité et de tradition,  et à une revendication   de la liberté  de penser et de croire. Ce rejet d’une vérité toute faite et intangible, ce refus d’une parole surplomblante et enfermante, cette impossibilité d’admettre un pouvoir discrétionnaire et sans appel sont au cœur du divorce qui sépare l’institution ecclésiale et la société. Le système doctrinal et ritualiste élaboré par des cultures et  des langages du passé devient irrecevable de nos jours. Par contre, il nous paraît primordial d’être attentif à la richesse des différentes cultures. Ne faudrait-il pas revenir à la Source, c’est-à-dire à l’appel de Jésus de Nazareth à le suivre sur les chemins inédits de libération qu’il ne cesse d’ouvrir ?</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, n’est-il pas urgent de clarifier la notion de « nouvelle évangélisation » désormais à l’ordre du jour ? En quoi l’évangélisation sera-t-elle nouvelle ? – Ce n’est sûrement pas en faisant appel d’abord à de nouveaux « outils » (Internet, rassemblements de tous ordres) pour autant nécessaires dans notre monde de communication. L’évangélisation sera « nouvelle » si elle s’inscrit concrètement dans un contexte qui lui, est, incontestablement, nouveau. Fera-t-on l’effort d’analyser ce nouveau contexte socio-culturel et d’en tirer courageusement les conséquences qui en découlent ? Nous demandons instamment que le synode romain 2012 y soit attentif.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est bien une Eglise en débat qui est ici en jeu pour affronter les défis de notre temps. Nous avons voulu y prendre notre modeste part et nous serions heureux si elle suscitait vos propres réactions.</p>
<p style="text-align: right;"><em> L’équipe nationale des groupes Jonas </em></p>
<p style="text-align: right;"><em>22 Septembre 2011</em></p>
<p style="text-align: left;"><strong>Source :</strong><em> </em></p>
<p style="text-align: left;"><em> </em><a href="http://www.groupes-jonas.com/neojonas/article.php?sid=755&amp;thold=0">http://www.groupes-jonas.com/neojonas/article.php?sid=755&amp;thold=0</a></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>La révolte gronde dans le clergé autrichien</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 15:21:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chantiers de réforme]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[L'édito du moment]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Église compte aussi des « indignés » dans ses rangs. Ils réclament notamment des eucharisties sans prêtre ou l’ordination de laïcs mariés. Enquête de notre envoyé spécial en Autriche Jean Mercier « Seigneur, nous te prions pour que les autorités de l’Église et la base des croyants puissent mieux se comprendre. » Le dimanche 11 septembre, l’intention de prière [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’Église compte aussi des « indignés » dans ses rangs. Ils réclament notamment des eucharisties sans prêtre ou l’ordination de laïcs mariés. </em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images16.jpeg"><img class="size-full wp-image-5170 aligncenter" title="images" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images16.jpeg" alt="" width="259" height="194" /></a></p>
<p>Enquête de notre envoyé spécial en Autriche</p>
<p>Jean Mercier</p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Seigneur, nous te prions pour que les autorités de l’Église et la base des croyants puissent mieux se comprendre. </em>» Le dimanche 11 septembre, l’intention de prière résonne de façon particulière sous les voûtes de la petite église de Probstdorf, à une trentaine de kilomètres de Vienne. L’homme qui se tient derrière l’autel n’est autre que le père Schüller. Ce prêtre de 59 ans au regard bleu saphir est le chef de file de l’association Pfarrer Initiative (« les curés prennent les devants »), qui défie depuis trois mois l’épiscopat sous la forme d’un « appel à la désobéissance ». Les prêtres affirment vouloir transgresser plusieurs règles de l’Église. Ils vont donner la communion aux divorcés remariés et aux protestants. Se refusant à dire la messe plus d’une fois par dimanche, ils vont organiser des « eucharisties sans prêtre ». Opposés aux regroupements de paroisses, ils militent pour l’ordination des hommes et des femmes mariés pour que chaque clocher ait son pasteur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/H.Schüller.jpeg"><img class="size-full wp-image-5177 aligncenter" title="H.Schüller" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/H.Schüller.jpeg" alt="" width="183" height="276" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans le cas d’Helmut Schüller, le défi a été lancé à l’archevêque de Vienne</strong>, le cardinal Christoph Schönborn, un <em>papabile</em> proche de Benoît XVI. Un vieux contentieux existe entre les deux hommes. Jadis, Schüller a été le vicaire général du diocèse. À la suite d’un conflit, le cardinal a décidé de virer son bras droit devenu très médiatique, ce qui avait créé l’émoi. « <em>Tout ça appartient au passé, </em>assure Helmut Schüller<em>. Croyez-vous qu’autant de prêtres se seraient mobilisés si c’était une vengeance de ma part ? La situation ne peut plus durer. Nous avons reculé par rapport au concile Vatican II. Non seulement l’institution veut revenir en arrière sur le rôle des laïcs et sur l’œcuménisme, mais en plus les avancées espérées sont bloquées. Rien ne bouge depuis 15 ans. </em>»</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/WirSindKirche1.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5173" title="WirSindKirche" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/WirSindKirche1.jpeg" alt="" width="117" height="96" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">En 1995, la révélation de la pédophilie de l’ex-cardinal archevêque de Vienne, le cardinal Gröer, avait déclenché un véritable soulèvement : 500 000 Autrichiens avaient signé une pétition pour réclamer des réformes, donnant naissance au mouvement <strong><em>Nous sommes l’Église</em></strong>. Sous la contrainte, l’épiscopat autrichien s’était engagé sur la voie du dialogue. <em>« La réalité s’est vite imposée : l’institution ne veut pas bouger</em>, explique un autre prêtre « critique », Hans Bensdorp. <em>C’est pourquoi nous avons créé en 2006, avec des prêtres progressistes, la Pfarrer Initiative</em>. » En 2008, les curés autrichiens ont été reçus au Vatican, par Mgr Ladaria, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi : « <em>Nous avons pu nous expliquer. Il nous a écoutés et a reconnu les problèmes </em>», constate le père Schüller.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Si parfois le dialogue n’existe pas entre la base et le sommet</strong>, ce n’est pas le cas à Vienne où les rebelles admettent qu’ils ont reçu une écoute réelle. Mais ils reprochent au cardinal son inaction. <em>« Schönborn doit faire de l’Autriche une sorte de laboratoire pour le futur </em>», affirme le père Schüller. « <em>C’est impossible</em>, argumente le porte-parole du cardinal, Michael Prüller. <em>On ne peut introduire de changements majeurs sans que l’Église le décide au niveau universel.</em> » C’est en raison de ce blocage que, le 19 juin dernier, les prêtres dirigeants de la Pfarrer Initiative ont tapé du poing sur la table en lançant leur appel à la « désobéissance ». Le conflit est d’autant plus déroutant que le cardinal est un conservateur éclairé qui a notamment nommé des femmes à des postes clés, et confié des paroisses de rite latin à des prêtres mariés grecs-catholiques, ce qu’il n’a théoriquement pas le droit de faire. Il a lancé en 2010 une grande mobilisation pour faire face à l’avenir : l’Église doit être missionnaire et répartir des laïcs sous la forme de communautés de base.</p>
<p style="text-align: justify;">« <strong>L’appel à désobéir était un électrochoc. On a joué notre va-tout </strong>», explique l’un des piliers de la Pfarrer Initiative, le père Kurmanowytsch. Ceux qui ont promis allégeance à leur évêque le jour de l’ordination peuvent-ils désobéir sans se parjurer ? « <em>On ne doit obéir qu’à sa conscience. L’Église n’est pas l’armée</em> ! », explique Helmut Schüller. Faire pression en menaçant les autorités de transgression est-il si efficace ? « <em>Si l’apôtre Paul n’avait pas fait pression sur ses chefs pour que l’Évangile soit annoncé aux non-juifs, l’Église n’existerait pas ! Si l’Église s’était remise en question à temps, on n’aurait pas eu la Réforme ! </em>», rétorque le prêtre. Officiellement, les pourparlers sont en cours. Le prélat a demandé aux rebelles de son diocèse de se positionner par écrit face aux préceptes qu’ils veulent enfreindre. Ils ne lui ont pas encore répondu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans la ligne de mire des « indignés </strong>» se trouve le regroupement des paroisses, dû à la pénurie de prêtres. « <em>Les gens se sentent abandonnés : ils n’ont plus de curé attitré, ils ont de moins en moins de services publics, et on leur propose le curé d’à côté alors qu’ils payent des impôts pour l’Église ! </em>», souligne une laïque progressiste, Barbara Coudenhove Kalergi. Le père Nikolaus Krasa, vicaire général de Vienne, se veut réaliste : « <em>Le nombre de catholiques déclarés a fortement chuté, de sorte qu’il y a la même proportion de prêtres par rapport au nombre de croyants qu’il y a 20 ans… Mais le manteau est devenu trop grand pour nous. D’autant que nous devons payer pour l’entretien des églises</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’évolution, certes cruelle, est une chance</strong> pour Veronika Prüller-Jagenteufel, responsable des 2 200 agents pastoraux du diocèse de Vienne. « <em>Nous devons inventer quelque chose de nouveau. Le système a été pensé au XVIIIe siècle : Joseph II avait multiplié les paroisses pour contrôler ses sujets </em>via<em> les curés. Même si nous avions tous les prêtres qu’il faut, nous n’aurions plus les moyens financiers de faire vivre ce maillage territorial. Ni les moyens humains, car une paroisse a besoin d’une certaine masse critique pour fonctionner et rayonner.</em> » En 2010, en Autriche, l’Église catholique a enregistré un record dans les sorties d’Église : 87 000, soit 64 % de plus qu’en 2009, ce qu’elle impute à la tourmente médiatique liée à la pédophilie, un dossier pourtant assez bien géré par les évêques. Ces sorties comptabilisées par les services fiscaux signifient une chute des ressources. Mais ce phénomène a aussi touché très fortement l’Église protestante.</p>
<p style="text-align: justify;">« <strong><em>Remplir tous les postes de prêtres en ordonnant des laïcs</em></strong><em> ne ferait que retarder la mutation nécessaire et renforcer le cléricalisme. L’urgence est de vivre le sacerdoce commun des baptisés défini par Vatican II, </em>estime Otto Neubauer, directeur de l’Académie d’évangélisation de Vienne<em>. Avant de construire la structure idéale, notre défi est de vivre la foi. L’évangélisation est prioritaire. Là est la vraie révolution. </em>» Pour certains prêtres de base, qui avouent leur épuisement à gérer quatre ou cinq clochers quand, jadis, ils ne s’occupaient que d’un seul, ceci n’est qu’un vœu pieux. Le père Gump, dans la banlieue viennoise, est très clair : « <em>Nous sommes des prêtres proches des gens, pas des managers de regroupements pastoraux. Je connais des pères de familles qu’on pourrait ordonner. Le célibat ne définit pas le sacerdoce</em>. » Pour le père Bensdorp, on est au bord du gouffre : « <em>Des prêtres ne cessent de m’appeler pour me dire qu’ils craquent. Le bateau coule ! </em>» Quant à refuser la communion aux divorcés remariés, « <em>c’est plus difficile à expliquer aux gens que vous côtoyez tous les jours que depuis un bureau du Vatican </em>», affirme Viktor Kurmanowytsch.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> La situation étant bloquée</strong>, certains radicaux peuvent rendre public ce qu’ils font en cachette, ce qui obligerait les évêques à sévir. Mgr Scheuer, l’évêque d’Innsbrück, par exemple, vient d’annoncer une enquête suite à la révélation que des messes sauvages étaient dites par des laïcs dans son diocèse. Aux yeux du droit canon, un tel acte fait encourir l’excommunication, et Mgr Scheuer a prévenu qu’il agira si les faits sont avérés. Des sommets tyroliens à la plaine de Danube, les convulsions ecclésiales ne font que commencer.</p>
<p style="text-align: right;">Jean Mercier</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source </strong>: article publié dans La Vie n° 3446 du 15 Septembre 2011</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lavie.fr/hebdo/2011/3446/index.php?contexte=p">http://www.lavie.fr/hebdo/2011/3446/index.php?contexte=p</a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AfficheSoutienAutriche.jpeg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5174" title="AfficheSoutienAutriche" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/AfficheSoutienAutriche.jpeg" alt="" width="300" height="168" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En savoir plus</strong> sur le diocèse d’Innsbrück :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>AUTRICHE</strong> <a href="http://www.kipa-apic.ch/index.php?pw=&amp;na=0,0,0,0,f&amp;ki=223631">C&#8217;est une nouvelle fronde</a> (qui n&#8217;est pas sans rapport avec celle des 330 prêtres signataires d&#8217;un Appel à la désobéissance qui fait grand bruit dans l&#8217;Eglise. Elle se déroule dans le diocèse d&#8217;Innsbrück, dans le Tyrol, où la télévision autrichienne a révélé l&#8217;existence de &#8220;célébrations eucharistiques privées&#8221;, réalisées sans prêtre. Parmi les personnes participant à ces célébrations, une des fondatrices du mouvement réformateur &#8220;<strong>Nous sommes l&#8217;Eglise</strong>&#8220;, le Dr Martha Heizer. <a href="http://www.dioezese-innsbruck.at/index.php?id=5594&amp;portal=1&amp;isMeldung=1">Sur le site du diocèse (en allemand)</a>, le Dr. Jozef Niewiadomski, professeur de théologie systématique, explique pourquoi les participants s&#8217;exposent à des sanctions en usant d&#8217;une métaphore pour le moins inattendue: &#8220;<em>Aucune entreprise ne saurait tolérer que ses produits de qualité, protégés par des brevets, soient contrefaits par d&#8217;autres sociétés ou individus et vendus à bas prix. Le fait de tolérer de tels actes conduit simplement à la dissolution progressive de l&#8217;entreprise</em>.&#8221;</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://www.lavie.fr//religion/matinale-chretienne-du-13-septembre-13-09-2011-19907_10.php">http://www.lavie.fr//religion/matinale-chretienne-du-13-septembre-13-09-2011-19907_10.php</a></p>
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		<title>Deux poids deux mesures : L’avortement pardonné à Madrid</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Sep 2011 19:24:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Ivone Gebara* C’est avec beaucoup d’angoisse que beaucoup de femmes catholiques liront l’information publiée dans différents journaux cette fin de semaine, information selon laquelle l’archidiocèse de Madrid avec l’approbation papale a donné le pouvoir de pardonner avec indulgence plénière aux femmes qui, à l’occasion de la visite du pape, confesseront avoir avorté. L’impression que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Ivone Gebara*</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/I.Gebara.jpeg"><img class="size-full wp-image-5114 aligncenter" title="I.Gebara" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/I.Gebara.jpeg" alt="" width="139" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>C’est avec beaucoup d’angoisse que beaucoup de femmes catholiques liront l’information publiée dans différents journaux cette fin de semaine, information selon laquelle l’archidiocèse de Madrid avec l’approbation papale a donné le pouvoir de pardonner avec indulgence plénière aux femmes qui, à l’occasion de la visite du pape, confesseront avoir avorté. L’impression que nous avons éprouvée est que le pape, le Vatican et certains évêques s’amusent à des jeux de mauvais goût avec les femmes. Nous ne savons pas dans quel monde ces hommes vivent, qui ils pensent, être et qui ils pensent que nous sommes !</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premièremen</strong>t, ils accordent le pardon à qui peut voyager pour assister à la Messe du pape et passer par le « confessionodrome » ou par l’ensemble des deux cents confessionnaux blancs installés sur la grande place publique de Madrid appelée « Parc de la retraite ». Le pardon de ce « péché » a un lieu, un jour et une heure fixés. Il en coûte seulement un voyage à Madrid pour se trouver face au pape ! Qui reculerait devant cet effort pour un si grand privilège ? Il suffit d’avoir l’argent pour le voyage et pour payer le séjour dans un hôtel de Madrid et le pardon sera obtenu. C’est pourquoi nous demandons : quelles alliances la pratique du pardon dans l’Église a-t-elle avec le capitalisme actuel ? Comment peut-on vivre un tel réductionnisme théologique et existentiel ? Qui retire un bénéfice de ce comportement ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deuxièmement, </strong>il est étrange d’affirmer que le pardon de ce « crime abominable » comme ils l’appellent est accordé seulement à l’occasion de la visite du pape afin qu’en cette même occasion, les fidèles pécheresses obtiennent « les fruits de la grâce divine » en confessant leur péché. Comment peut-on comprendre qu’une faute est pardonnée seulement quand l’autorité suprême est présente ? N’est-on pas en train de renforcer l’antique et décadent modèle impérial de la papauté ? Quant l’imperator est présent, tout est possible y compris l’expression de la contradiction à l’intérieur de son propre système pénal.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne veux pas rappeler dans une réflexion brève comme celle-ci les arguments que beaucoup d’entre nous, femmes sensibles à nos propres douleurs avons répétés au long de beaucoup d’années. Mais cet événement papal madrilène montre malheureusement une fois de plus un aspect encore bien vivant au Vatican, à savoir l’aspect des querelles médiévales dans lesquelles des questions absolument sans intérêt pour la vie humaine étaient discutées. Plus encore, il fait la preuve de sa méconnaissance des souffrances des femmes, de sa méconnaissance des drames que les situations de violence provoquent dans nos corps et nos coeurs. En concédant le pardon au « crime » d’avortement comme ils l’appellent toujours, ils montrent, à leur manière élitiste, le visage ambigu d’une institution religieuse capable de céder à l’appareil triomphaliste quand sa crédibilité est en jeu. Ils peuvent bénir des troupes qui vont tuer des innocents, envoyer des prêtres comme aumôniers militaires dans des guerres toujours sales, faire des déclarations publiques en faveur de l’institution en condamnant les femmes pauvres et opprimées, ouvrir des exceptions à la règle de leurs comportements pour attirer des jeunes (qui sont) étrangers aux grands problèmes de monde dans le troupeau du pape. La liste des us et coutumes « transgresseurs » de leurs propres lois est énorme&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi réduire la vie chrétienne au pain et au cirque ? Pourquoi donner un spectacle de magnanimité au milieu de la corruption des coutumes ? Pourquoi créer l’illusion du pardon alors que le quotidien des femmes est plein de persécutions et d’interdictions de leurs choix et capacités ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes invité(e)s à réfléchir à l’aspect néfaste de la position du pape et des évêques qui le soutiennent. Le pape n’a pas accordé pardon et indulgence totale et entière « urbi et orbi », c’est-à-dire à toutes les femmes qui ont avorté, mais seulement à celles qui se sont confessées à ce moment précis et à l’occasion de la visite du pape en Espagne. N’est-ce pas une fois de plus utiliser les consciences, en particulier celles des femmes à des fins d’expansionnisme de leur modèle pervers de bonté ? N’est-ce pas une fois de plus ouvrir des concessions en obéissant à une logique autoritaire qui veut restaurer les antiques privilèges de l’Église dans quelques pays européens ? N’est-ce pas une façon d’acheter les femmes en les humiliant devant la soi-disant magnanimité des hiérarques ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les autorités constituées dans l’Église catholique et dans d’autres Églises sont-elles encore chrétiennes ? Suivent-elles encore les valeurs éthiques humanistes qui exigent le respect de toutes les vies et spécialement de la vie des femmes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je crois qu’une fois de plus, nous sommes convoqué(e)s à exprimer publiquement notre sentiment de rejet devant l’utilisation de la vie de tant de femmes comme prétexte de la magnanimité du coeur du pape. Nous sommes convoqué(e)s à être le corps visible de nos croyances et de nos choix. En faisant cela, nous ne sommes meilleurs que personne. Nous sommes tous et toutes pécheurs et pécheresses capables de nous frapper mutuellement, capables d’hypocrisie et de mensonge, de cruauté et de cruauté raffinée. Mais nous sommes aussi capables de partager notre pain, d’accueillir celle qui est abandonnée, de vêtir celui qui est nu, de visiter le prisonnier, de traiter Hérode de renard. Nous sommes ce mélange, expression de notre moi, de nos dieux, des épines dans notre chair qui nous invitent et nous convoquent à vivre au-delà des façades derrière lesquelles nous aimons nous cacher.</p>
<p style="text-align: justify;">*Ivone GEBARA, écrivaine, philosophe et théologienne au Brésil</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source : </strong>Publié dans Bulletin PAVES n° 28, septembre 2011 :</p>
<p><a href="http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1010">http://www.paves-reseau.be/revue.php?id=1010</a></p>
<p>source originale (espagnol) 21 août 2011 :</p>
<p><a href="file://localhost/http%C2%A0/::www.adital.com.br:site:noticia.asp%3Flang=PT&amp;langref=PT&amp;cod=59469">http ://www.adital.com.br/site/noticia.asp?lang=PT&amp;langref=PT&amp;cod=59469</a></p>
<p>traduction : Marie-Paule Cartuyvels</p>
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		<title>Les Curés du Forum de Madrid contre  le Cardinal Rouco et ses mécènes pour la visite du pape</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Aug 2011 12:33:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[«Le coût de l&#8217;événement est très élevé et ne cadre pas avec le style de Jésus&#8221; &#8220;Nul ne peut servir deux maîtres &#8230; Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon&#8221; (Mt 6,24). Avec ce texte de l&#8217;Evangile comme fondement, le Forum pour les curés de Madrid, qui réunit un groupe de 120 prêtres de l&#8217;archidiocèse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo_jmj2011_180.jpg"><img class="size-full wp-image-4986 aligncenter" title="logo_jmj2011_180" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/logo_jmj2011_180.jpg" alt="" width="180" height="276" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«Le coût de l&#8217;événement est très élevé et ne cadre pas avec le style de Jésus&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;Nul ne peut servir deux maîtres &#8230; Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon&#8221; (Mt 6,24). Avec ce texte de l&#8217;Evangile comme fondement, le Forum pour les curés de Madrid, qui réunit un groupe de 120 prêtres de l&#8217;archidiocèse de Madrid, a publié un article accusant le cardinal Antonio Maria Rouco Varela d’avoir cédé à la tentation  de « la confiance du pouvoir et de l&#8217;argent » pour financer «le coût très élevé» de la Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ), qui se tiendra dans la capitale Madrid en Août prochain. Les prêtres croient que &#8220;l&#8217;alliance (de Rouco) avec les forces économiques et politiques renforce l&#8217;image de l&#8217;Eglise comme une institution privilégiée » et la laisse incapable de dénonciation prophétique de la situation des pauvres.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un document de 10 pages, intitulé « <strong>Les mécènes Rouco </strong>», les prêtres de Madrid offrent une analyse détaillée, avec chiffres, articles et notes de toutes sortes, concernant la Fondation de Madrid Vivo, orchestrée par le cardinal de Madrid pour aider à réduire le coût des JMJ.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit, pour les auteurs, d&#8217;un groupe de 40 entreprises qui «ont beaucoup d&#8217;argent et de pouvoir, et qui contrôle non seulement leurs propres et immenses ressources financières, mais aussi l’économie espagnole.&#8221; &#8211; Un groupe d&#8217;affaires qui, selon les prêtres, « peut dominer le gouvernement et remettre en cause les décisions adoptées par les institutions démocratiques&#8221; et aussi &#8220;a une influence sur les organisations internationales et les médias.&#8221; -  Des sociétés dont la «soif de profits incontrôlée» est  non seulement à l&#8217;origine d&#8217;une crise ;  mais aussi  responsable de son développement », et qui ont fait payer leur échec en en facturant le coût sur la population, tout en faisant  des affaires avec le « sauvetage » .</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir examiné l&#8217;avantage connexe de ces grandes entreprises avec les pays du Sud, les prêtres ont également dénoncé son impôt tactique,  plongé, souvent «l&#8217;injustice et la fraude fiscale,&#8221; à travers les paradis fiscaux. D&#8217;où la conclusion : « Il semble clair que le système fiscal et son application dans notre pays sont conçus au profit des banques, des multinationales et des grandes fortunes&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«Rouco » a choisi la pire des contributeurs</strong><br />
Après avoir analysé la pratique de la Fondation de Madrid Vivo Thermalisme , le Forum de Madrid conclut que «l&#8217;évêque de Madrid, soucieux  de faire face aux millions de frais engagés pour les JMJ de Madrid a choisi les pires des collaborateurs.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">Avec cette nouvelle alliance entre Dieu et l&#8217;argent, devenue «publicité réciproque », on voit « une photo des entrepreneurs  debout à côté de Rouco et bénis par le Pape !&#8221; dit Rodriguez Eubilio du Comité permanent des curés du Forum de Madrid.</p>
<p style="text-align: justify;">Et le prêtre desservant la paroisse de la Cañada Real, un des plus grands bidonvilles de Madrid, conclut: «C&#8217;est comme si vous souleviez la coupe en disant:« Buvez Coca-Cola », parce que ces mêmes employeurs exploitent les gens de mon quartier, et avec cela, ils veulent blanchir de l&#8217;argent dans la soutane du pape. &#8220;</p>
<p style="text-align: justify;">Ces curés madrilènes ne sont pas contre la visite du pape :  &#8221;Une visite, oui ; mais pas comme çà&#8221; est leur slogan. &#8220;S’il vient accompagné de Corte Inglés, Telefónica et Banco Santander, mieux vaut ne pas venir&#8221;,  dit Evaristo Villar, un autre prêtre du Forum.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils demandent que le pape vienne &#8220;non pas en tant que chef de l&#8217;Etat, mais comme un humble berger&#8221; et &#8220;pour dénoncer (…) les problème d’emploi, la pauvreté, et les relations avec l&#8217;islam ou avec les Marocains.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Autoglorification de Rouco</strong><br />
Les prêtres estiment que telles qu’elles sont organisées, les JMJ ne serviront qu’à glorifier Rouco et discréditer l&#8217;Eglise. « Les JMJ sont la glorification de la papauté de Rouco, un acte visant à renforcer l&#8217;institution&#8221;, a déclaré Rafael Rojo, pasteur de Santa Adela Canillejas.</p>
<p style="text-align: justify;">Et Eubilio ajoute : La conséquence est que, une fois de plus, à partir de Recaredo, les gens verront l&#8217;Eglise alliée avec les riches et les privilégiés&#8221;. En raison de cette image, &#8220;les gens s’écartent de plus en plus de l&#8217;Eglise.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu&#8217;ils soient conscients que,  désormais, l’organisation est arrêtée et impossible à modifier, ils appellent à des JMJ différentes. Ce serait une visite du Pape financée par les catholiques eux-mêmes, par exemple. &#8220;Mais comme les gens ne les suivent plus, ils ont cherché le soutien de grandes entreprises.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">Au résultat : « c’est l&#8217;Église elle-même qui est prêchée et non pas Jésus.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;L’objectif, ce n’est pas Jésus-Christ mais l&#8217;Eglise» et ce qui est recherché &#8220;ce n&#8217;est pas l&#8217;évangélisation du peuple, mais son endoctrinement.&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">La conséquence, c’est que «les catholiques sont nombreux à quitter l&#8217;Eglise&#8221; dans une sorte de ruée silencieuse, voilà à quoi, selon les prêtres, les JMJ vont  contribuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela leur fait mal et les indigne. Par conséquent, outre l&#8217;envoi du document au cardinal Rouco Varela, ils se sont vus forcés d’entrer dans l&#8217;arène publique avec malaise. «Nous avons à critiquer notre propre maison et notre mère, car elle est capable de prendre la modernité.&#8221; Ils le font en sachant que la hiérarchie les considère comme des «bâtons dans les roues&#8221; et tente de faire taire leurs plaintes par tous les moyens au sein de l&#8217;institution elle-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Même les appels à l&#8217;Evangile. Ainsi, pour conclure leur papier comme ils l&#8217;avaient commencé: «S&#8217;appuyer sur la force du pouvoir et de l&#8217;argent quand il s&#8217;agit d&#8217;évangéliser, c’est succomber à une tentation aussi ancienne que l&#8217;Eglise elle-même. Ceux qui pensent ainsi le font sûrement avec la sainte intention d’utiliser des moyens plus réalistes, efficaces et rapides pour atteindre les masses.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;Evangile nous avertit que «nul ne peut servir deux maîtres &#8230; Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon&#8221; (Mt 6,24) .</p>
<p style="text-align: right;"><strong>José Manuel Vidal </strong>| Madrid</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Texte original :</strong>| Por el alto coste de la Jornada Mundial de la Juventud http://www.elmundo.es/elmundo/2011/06/21/madrid/1308654590.html</p>
<p>Traduction française : Yves Grelet</p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Sœur Martine : le HLM est son couvent</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Aug 2011 20:28:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Le reportage ci-après fait partie d’une série consacrée à la cité des 4000 de la Courneuve dans le département de la Seine-Saint-Denis, réalisée par Aline Leclerc et Elodie Ratsimbazafy, à la rencontre des habitants d’une « zone urbaine sensible » ; commencé en 2010, leur blog de reportage doit se poursuivre jusqu’en juin 2012. La première fois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le reportage ci-après fait partie d’une série consacrée à la cité des 4000 de la Courneuve dans le département de la Seine-Saint-Denis, réalisée par Aline Leclerc et Elodie Ratsimbazafy,</em></strong> <strong>à la rencontre des habitants d’une « zone urbaine sensible » ; commencé en 2010, leur blog de reportage doit se poursuivre jusqu’en juin 2012.</strong></p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine.jpeg"><img class="size-medium wp-image-4944 aligncenter" title="SrMartine" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La première fois que nous avons rencontré Martine, c&#8217;était au milieu de ses anciennes voisines, au pied de Balzac, <a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/07/21/au-revoir-mouvemente-a-la-barre-balzac/">le premier jour de la démolition</a>. Le cercle ne cessait de s&#8217;agrandir offrant chaque fois de joyeuses scènes de retrouvailles, de rires et d&#8217;embrassades. <em>&#8220;On a été dispersé, ce n&#8217;est plus pareil. Y a une nostalgie&#8221;</em> confie Martine. Comme beaucoup d&#8217;autres, elle a accepté de traverser &#8220;la frontière&#8221; : l&#8217;avenue du Général-Leclerc, cette diagonale qui traverse le quartier et pour certains, pose en rivales les barres jumelles : Balzac d&#8217;un côté, le Mail de l&#8217;autre. Martine a quitté la première pour la seconde. <em>&#8220;Nous appartenons maintenant aux deux côtés du quartier. Ce n&#8217;est pas anodin. Car nous, les Petites sœurs de Jésus, sommes particulièrement appelées à vivre sur les lieux de frontières, entre les peuples, entre les religions&#8230; Pour rencontrer celui qui est différent, s&#8217;ouvrir à l&#8217;autre&#8221; </em>dit-elle dans un sourire. Croix discrète autour du cou, Martine est en effet ce qu&#8217;on appelle familièrement une &#8220;bonne sœur&#8221;. Mais elle a préféré les HLM au couvent.</p>
<p style="text-align: justify;">Des religieuses de la congrégation des <a href="http://petitessoeursjesus.catholique.fr/">Petites Sœurs de Jésus</a> vivent aux cœurs des 4000 depuis 1985. Un ordre de contemplatives, mais au milieu du monde. <em>&#8220;A chacun son appel. Moi, ce fut vraiment de vivre la recherche continuelle de Dieu, minute par minute, à travers la relation à l&#8217;autre, dans une vie ordinaire. Nous ne sommes pas là pour faire de la retape et faire des chrétiens autour de nous. On est là pour vivre ces relations toutes simples avec nos voisins. Dieu se dit dans toutes ces rencontres. Et c&#8217;est ça que j&#8217;ai choisi : cette imbrication du plus ordinaire avec le plus extraordinaire qui est la relation avec Dieu.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>&#8220;J&#8217;ai découvert que le béton était habité !&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les biscuits délicieux que sa voisine turque est venue lui porter&#8230; Les enfants d&#8217;à côté qui lui sautent au cou quand ils la croisent dans l&#8217;escalier&#8230; Les discussions, le partage, la solidarité&#8230; Martine ne subit pas sa vie aux 4000. Elle peint au contraire par ces petits détails, la joie de vivre au quotidien dans ce quartier métissé.  <em>&#8220;Il y a une vie quasi de famille, les uns avec les autres. Mais c&#8217;est difficile à raconter. Comment raconter des choses aussi simples?&#8221;</em> Diangou, son ancienne voisine de Balzac a trouvé une jolie expression : <em>&#8220;Martine ? Mes enfants sont nés dans sa main !&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">La Sœur ne connaissait pas la vie de cité. Lorsqu&#8217;elle est arrivée aux 4000, la première fois, en 1989, et qu&#8217;elle a vu les grands ensembles qui barraient l&#8217;horizon, sa première réaction a été la même que tous les nouveaux venus : <em>&#8220;Mais on est complètement cinglé de s&#8217;entasser comme ça ! Après,</em> dit-elle, <em>j&#8217;ai découvert que le béton était habité ! Du coup, j&#8217;ai aimé tout de suite</em> <em>!&#8221;</em> Sont alors revenus des souvenirs de sa petite enfance et sa <em>&#8220;vie d&#8217;immeuble&#8221;</em> à Lyon. &#8220;<em>On allait chez les uns, chez les autres, on jouait tous dehors&#8230; Quand nous en sommes partis, j&#8217;ai gardé la nostalgie de cette convivialité très forte. Et je crois que c&#8217;est ce que j&#8217;ai retrouvé ici, quelque chose de ce vivre ensemble qui a été perdu dans d&#8217;autres endroits de la société française. &#8221; </em></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, Martine est devenue une Courneuvienne comme les autres. L&#8217;appartement qu&#8217;elle habite avec trois autres sœurs depuis leur départ de Balzac, il y a trois ans, ressemble beaucoup à celui de <a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2010/06/18/ici-toutes-les-familles-se-ressemblent-un-peu/">Samira</a>, qu&#8217;elle connaît bien, deux porches plus loin. A une exception près : ici près du séjour, pas de chambre d&#8217;enfants, mais un lieu de prière, &#8220;la chapelle&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette ville communiste depuis plus de cinquante ans, et ce quartier désormais à forte majorité musulmane, on pourrait croire que le F4 des sœurs catholiques fait figure de réserve d&#8217;indiens. Ce serait une méprise, qu&#8217;on comprend tout de suite en parlant d&#8217;elles dans le quartier : athées comme musulmans évoquent spontanément une kyrielle de souvenirs communs. Ici, les sœurs sont d&#8217;abord des voisines sur qui on peut compter.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>&#8220;Notre amitié sape à la base tout préjugé&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> &#8220;Je me sens plus proche de quelqu&#8217;un qui a le cœur ouvert quelle que soit sa religion que de quelqu&#8217;un qui a le cœur fermé même si nous sommes de la même confession&#8221;</em> lance Martine de but en blanc, avant de développer. <em>&#8220;Avec ceux qui disent &#8216;moi je ne crois pas en Dieu&#8217; mais disent &#8216;je crois en l&#8217;humanité&#8217;, on se retrouve. Quant aux voisins musulmans, l&#8217;amitié sape à la base tout préjugé qu&#8217;on peut avoir les uns sur les autres. On démontre qu&#8217;on est heureux de vivre les uns avec les autres, et qu&#8217;on peut se comprendre y compris quand on parle de notre foi : on a des mots personnels, et on se retrouve non pas face à des dogmes, à des choses apprises par cœur, mais face à un vécu.&#8221; </em></p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, tout ne va pas toujours de soi. Martine raconte ainsi cette discussion tendue avec une amie qui voulait à tout prix faire prévaloir le Coran sur l&#8217;Evangile, un éloge de la différence. (<em>Enregistrement disponible à écouter sur le site d&#8217;origine</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette ville qui compte plus de 80 nationalités et autant de langues, l&#8217;entendre évoquer le mythe de la tour de Babel prend une saveur particulière. <em>&#8220;Dans la tradition biblique, il y a ce moment où les hommes, qui parlent alors une seule et même langue, veulent faire une tour pour être plus forts que Dieu. C&#8217;est à ce moment que Dieu décide de leur faire parler des langues différentes. Mais ce n&#8217;est pas une punition, c&#8217;est pour réintroduire l&#8217;idée de l&#8217;autre, et du coup aussi la présence de Dieu. Parce que la différence est positive, elle est constructive&#8221;.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>&#8220;L&#8217;argent ne tombe pas du ciel&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Résolument positive, Martine n&#8217;en a pas pour autant un regard naïf sur le quartier. La vie ordinaire aux 4000 a aussi ses côtés sombres, elle le sait. Elle en porte les stigmates au poignet : une cicatrice saillante, souvenir d&#8217;une fracture et de l&#8217;agression dont elle a été victime il y a un an en bas de son immeuble. <em>&#8220;Nous étions encore nouvelles au Mail&#8230; Je vous l&#8217;ai dit, nous avons passé la &#8216;frontière&#8217;&#8230; Mais ça a été important pour nous ensuite d&#8217;aller voir les jeunes en bas, et de créer des liens avec eux. Je leur ai dit que je voulais parler à ceux qui m&#8217;avaient agressée. &#8216;Pourquoi ?&#8217; m&#8217;ont-ils dit. &#8216;Parce que quand une relation est cassée, il faut la reconstruire&#8217; ai-je répondu. Ils ne s&#8217;attendaient pas à cette réaction. Et là, un des jeunes m&#8217;a regardée et j&#8217;ai compris dans ses yeux qu&#8217;il en était et que j&#8217;avais fait mouche.&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Elle connaît aussi parfaitement cet autre mal qui ronge la vies des familles : le chômage. Comme tous les autres habitants du quartier, les petites sœurs de Jésus doivent travailler pour payer leur loyer. <em>&#8220;L&#8217;argent ne tombe pas du ciel&#8221;</em> s&#8217;amuse Martine. Quand elle est arrivée en 1989, à 28 ans, elle a regardé ce que faisait ses voisines, et elle a fait pareil : des petits boulots. Caissière à Carrefour, &#8220;étagère&#8221; dans une grosse société de restauration collective, standardiste&#8230; Mais à 50 ans, elle ne trouve plus de travail et touche désormais le RSA.</p>
<p style="text-align: justify;">Lasses de chercher un employeur, elle et quelques voisines essayent, depuis quelques mois, de monter leur propre projet. <em>&#8220;Ce serait une association où l&#8217;on ferait du repassage, de la couture, et des plats sur commande. On a déjà commencé, deux midis par semaine, à proposer des sortes de plateaux-repas dans le centre social du quartier. Mais on sait qu&#8217;il va falloir chercher des clients plus loin, car ici personne n&#8217;a de l&#8217;argent pour faire repasser son linge&#8230; Pour le moment, je ne vous cache pas qu&#8217;on galère&#8230;&#8221; </em>Une vie ordinaire. Ou presque.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>A.L.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine2.jpg"><img class="size-full wp-image-4948 aligncenter" title="SrMartine2" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/SrMartine2.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a></p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/08/15/soeur-martine-le-hlm-est-son-couvent/#xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D">http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/08/15/soeur-martine-le-hlm-est-son-couvent/ &#8211; xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D-20110815-%5Bzonea%5D</a></p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/08/15/soeur-martine-le-hlm-est-son-couvent/#xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D"></a><strong>Pour en savoir plus :</strong></p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr">http://lacourneuve.blog.lemonde.fr</a></p>
<p><a href="http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/a-propos/">Présentation du blog</a> d’Aline Leclerc et d’Elodie Ratsimbazafy</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Humaniser le monde avec et par delà la Religion&#8230;</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/07/21/humaniser-le-monde-avec-et-par-dela-la-religion/</link>
		<comments>http://www.nsae.fr/2011/07/21/humaniser-le-monde-avec-et-par-dela-la-religion/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 21 Jul 2011 10:23:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[hotspot 2]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[Interview de Guy Aurenche Accordée à la Revue Les Réseaux des Parvis à paraître dans le N°51 Face aux drames que connaît le monde actuel, le CCFD-Terre Solidaire déploie une créativité peu commune par ailleurs dans le catholicisme romain. D’où lui vient-elle ? Le CCFD-Terre Solidaire s’est développé en tension permanente entre la société et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Interview de Guy Aurenche</em></strong></p>
<p><strong><em>Accordée à la Revue </em>Les Réseaux des Parvis<em> </em></strong><em><strong>à paraître dans le N°51</strong></em></p>
<p><strong><em><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/parvis_site_aurenche_guy_photo.jpeg"><img class="size-medium wp-image-4785 aligncenter" title="parvis_site_aurenche_guy_photo" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/parvis_site_aurenche_guy_photo-300x226.jpg" alt="" width="240" height="181" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Face aux drames que connaît le monde actuel, le CCFD-Terre Solidaire déploie une créativité peu commune par ailleurs dans le catholicisme romain. D’où lui vient-elle ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-4784"></span>Le CCFD-Terre Solidaire s’est développé en tension permanente entre la société et l’évangile, porté par un triple mouvement. La première dynamique qui nous anime est celle du monde dans lequel nous vivons. Elle est à l’origine de notre organisme et en a commandé l’évolution. C’est en cheminant avec la communauté humaine au fil des événements, en partageant ses joies et ses soucis, que nous avons lié alliance avec elle, et c’est de là que provient notre crédibilité. Il me semble éclairant à cet égard de souligner que le CCFD est né d’un appel au secours de la société civile, d’une initiative laïque et non pas religieuse. Lorsque la FAO a lancé une collecte mondiale contre la faim en 1960-1961, Jean XXIII, le pape de « l’option préférentielle pour les pauvres », a réalisé que l’Église devait se mobiliser d’urgence pour répondre à cet appel, et qu’elle devait pour cela se joindre aux politiques publiques visant à secourir les plus démunis. Notre appartenance confessionnelle doit être vécue librement à la lumière des réponses que nous apportons aux besoins des hommes et aux exigences évangéliques.</p>
<p style="text-align: justify;">En deuxième lieu, je dirai que notre action se veut radicalement « catholique » au sens étymologique de ce terme, c’est-à-dire universelle, à l’opposé des revendications et des replis identitaires qu’affectionnent certains milieux d’Église. Il faut bien réaliser que nous ne sommes pas catholiques lorsque nous restons dans nos sacristies, lorsque nous ne nous intéressons qu’aux problèmes répertoriés comme prioritaires par l’institution ecclésiastique. Se vouloir catholique oblige au contraire à rejoindre le monde, à se frotter aux grands problèmes contemporains, à prendre le risque d’établir des partenariats aux marges de l’ordre établi, à œuvrer avec les hommes, les femmes et les groupes engagés dans les mêmes combats que nous au service de l’humanité, et ce quelle que soit leur appartenance religieuse, ou leur refus des religions. Je suis profondément heureux que le CCFD puisse ainsi témoigner de la catholicité de la foi chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Troisième dynamique essentielle pour nous, celle du partenariat. Les engagements comme les nôtres ne peuvent se vivre que dans l’ouverture aux autres et le partage, dans une solidarité sans cesse à approfondir et des réseaux à étendre. Cela s’impose au sein de l’Église comme avec nos partenaires du Nord et du Sud. Dès sa naissance et jusqu’à présent, le CCFD a constamment cherché à promouvoir la collaboration avec les mouvements partageant l’essentiel de ses convictions, veillant à toujours privilégier la collégialité du pouvoir décisionnel. Abhorrant les enfermements, nous voulons créer des lieux de rencontre, de dialogue et de liberté où il fait bon respirer et vivre l’évangile ou, à défaut de références religieuses, un humanisme ouvert et militant. Nous travaillons sans exclusive avec des mouvements très divers, allant de l’Action catholique ou d’associations protestantes à nombre d’ONG se rattachant à d’autres religions ou dépourvues de toute attache religieuse, comme ATTAC par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">Que beaucoup de nos partenaires du Sud ne soient pas catholiques ne diminue en rien la portée de notre action, bien au contraire. La pluralité culturelle et religieuse de nos relations témoigne de la catholicité de l’évangile et de la nôtre, de l’universalité à laquelle appelle notre foi. Aussi simple qu’exigeant, l’unique critère qui fonde la collaboration avec nos partenaires est le sérieux des programmes à entreprendre en commun au service des hommes, leur inscription dans un processus de transformation sociale du monde par delà les actions de charité ponctuelles. C’est, en d’autres termes, la validité éthique et politique de leurs projets. Un tel partenariat n’est évidemment possible que dans un respect réciproque de ceux qui font alliance, moyennant une franche et ferme volonté de lever de part et d’autre les ambiguïtés qui peuvent exister ou survenir. Cela exige une grande rigueur, une fidélité sans faille à soi et aux autres en même temps qu’une réelle capacité de se remettre en question. Tout le reste se négocie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Comment conciliez-vous la vocation évangélique à servir les hommes sans considération de religion avec les stratégies parfois très institutionnelles des structures ecclésiastiques ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Avant de répondre à cette question, je rappellerai l’immense reconnaissance que j’éprouve personnellement envers l’Église, envers cette communauté d’hommes et de femmes qui m’a transmis les paroles d’un certain Jésus de Nazareth et qui se sent chargée de continuer à les transmettre. Je crois que ces paroles sont porteuses de la vie dans sa plénitude, et c’est pourquoi elles fondent de manière indéfectible mon attachement à la communauté ecclésiale. Mais il va de soi que cette fidélité n’implique pas une soumission sans réserve à l’appareil institutionnel des autorités ecclésiastiques. Pour moi, l’Église transcende les structures particulières qu’elle emprunte à travers l’histoire, utiles mais forcément marquées par les vicissitudes humaines. La vraie fidélité ne s’épanouit que dans les lieux de liberté où chacun est appelé à se libérer et à libérer autrui. Tout ce qui va à l’encontre de cela est antiévangélique et finit par étouffer la foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce qui est du CCFD-Terre Solidaire, sa mission n’est pas d’authentifier le témoignage ou de valider le comportement des responsables de l’Église au regard de la foi chrétienne. Notre mission n’est pas de juger les institutions, ni de chercher à leur imposer des réformes correspondant à ce que nous voulons qu’elles soient. Elle est de témoigner de la Bonne Nouvelle directement à travers nos actions sur le terrain, à notre niveau et en dépit de tout, sans nous aigrir et sans nous laisser enfermer dans d’interminables contestations, sans nous épuiser dans d’inutiles affrontements. Notre mission se situe de ce point de vue hors les murs d’une certaine façon. Certes je constate comme tout le monde des insuffisances, des compromissions, des abus de pouvoir, et parfois de terribles contre-témoignages, et je souffre de voir trop souvent l’évangile séquestré et parfois gravement dénaturé. Mais la dénonciation étant vaine et seule la créativité se révélant féconde, l’unique question qui nous taraude est celle-ci : comment pouvons-nous vivre concrètement l’évangile et le partager ? C’est là que nous sommes attendus.</p>
<p style="text-align: justify;">Se rendre audible aujourd’hui oblige à s’immerger dans notre monde et, comme Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob, à en attendre quelque chose : « Donne-moi à boire ! » Respect de la dignité et de la liberté des autres, aux antipodes de l’endoctrinement. Écoute et dialogue pour progresser ensemble. Bien que galvaudé, le terme d’évangélisation ne me gêne pas si c’est bien d’évangile qu’il s’agit. Ce qui compte d’abord, c’est la rencontre et le partage avec le frère en souffrance, et non pas la proclamation fréquemment intempestive du nom de Jésus ou des attributs de Dieu. Une évangélisation que certains qualifieront d’indirecte, mais qui est en fait la plus directe qui soit. Ce ne sont pas les discours qui disent l’évangile et qui en propagent la puissance de vie, c’est le secours humain et matériel apporté à autrui, et notamment aux plus démunis. Que cela ne coïncide pas avec certaines dérives sacralisantes de la religion ne nous chagrine pas au CCFD-Terre Solidaire : Jésus ayant en son temps refusé toute sacralisation de sa personne, les béatifications et les canonisations ne sont pas notre tasse de thé&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Somme toute, cela fait cinquante ans que le CCFD s’efforce de vivre et d’annoncer l’évangile selon ces perspectives, et plutôt rares sont ceux qui contestent la valeur et la portée de son témoignage évangélique sur le terrain. N’est-ce pas un formidable encouragement ? Aucune entreprise humaine n’étant à l’abri des difficultés, il serait évidemment faux de dire qu’il n’y a jamais eu de tensions entre notre organisme et les instances institutionnelles de l’Église. Il y en a eu et il y en aura encore&#8230; Mais il me semble infiniment plus important d’insister sur le fait que les responsables de l’Église ont, dans leur ensemble, toujours continué à approuver notre démarche prophétique et à nous soutenir, et les échanges que j’ai régulièrement avec la plupart des évêques de France me permettent d’avoir confiance en l’avenir. Pour surmonter les désaccords, il faut négocier des issues qui sauvegardent l’essentiel tout en tenant compte des contraintes pratiques, le dernier mot devant toujours revenir à l’évangile quel que soit le coût de cette exigence.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Pouvez-vous esquisser les contours de l’alterchristianisme inédit qui est peut-être en voie d’émerger sur le terrain à travers, entre autres, l’action du CCFD-Terre Solidaire  ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Notre boulot n’est pas d’enseigner le catéchisme, mais de susciter des rencontres qui rendent les hommes plus humains, de repérer et de créer des espaces de liberté où se construit la solidarité sous l’égide de la justice et de la paix. En de tels lieux se dévoile, qu’ils aient ou non un label religieux, un au delà de nous-mêmes et de nos collectivités, une transcendance qui dit une Parole nous appelant à devenir ce que nous sommes, et qui peut de ce fait être entendue bien qu’elle vienne d’ailleurs. L’humanisation de l’homme, notre unique voie vers le divin, voilà la seule grande affaire qui nous intéresse. « Au cœur de nos hivers, écrivait Albert Camus, je redécouvrais à Tipasa la présence en moi d’un été invincible ! » L’évangélisation consiste d’abord à aider les autres à redécouvrir en eux et autour d’eux, au cœur de leurs hivers, le prodigieux et permanent miracle de cet « été invincible » qui est la matrice de toute vie. Nous ne savons pas qui est Dieu, mais nous pouvons le trouver et le secourir dans notre prochain. Nous ne sommes pas responsables de tous les maux qui écrasent l’humanité, mais nous sommes responsables de la fragile et puissante espérance qui permet de les surmonter.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour éviter que le vin nouveau fasse éclater les vieilles outres, il faut identifier et assumer les changements qui bouleversent l’ordre ancien du monde et de l’Église. L’un des changements les plus décisifs au regard de la religion est la sécularisation, mais celle-ci est souvent mal supportée par le clergé parce qu’elle le dépouille d’une large part de ses prérogatives et de ses pouvoirs. Il s’ensuit, quand l’Église se replie frileusement sur elle-même dans son périmètre sacralisé, qu’elle se coupe des hommes et perd sa crédibilité, qu’elle se condamne à ne répondre qu’à des questions que la société ne se pose plus. Vain soliloque&#8230; La position du CCFD-Terre Solidaire s’inscrit résolument, là encore, dans le cours de l’histoire humaine interprétée à la lumière de l’évangile. Loin d’être un handicap, la sécularisation représente à ses yeux, dans la société laïque et pluraliste qui est la nôtre, une chance pour l’évangélisation. Ce n’est que dans la société moderne ou postmoderne telle qu’elle est, avec ses attentes et ses détresses, que le Bonne Nouvelle peut être entendue comme un message de libération, de fraternité et de transcendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Annoncer l’évangile aux statues qui peuplent nos églises n’est pas seulement inutile, mais c’est détourner et pervertir la Bonne Nouvelle destinée au monde du dehors. Dans le sillage du prophète Isaïe, Jésus a insisté sur la désacralisation inhérente à son message de libération, se déclarant foncièrement opposé aux sacrifices et aux rituels, et donnant la priorité aux œuvres de justice et d’amour. Mais, rétorqueront certains, l’homme a un besoin congénital de sacré : bien des fidèles âgés ont la nostalgie des cérémonies religieuses de leur enfance et une certaine jeunesse s’enthousiasme pour ce qu’on appelle le retour du religieux. Pour exact que soit ce constat au premier abord, c’est une autre carence qu’il révèle surtout, à savoir l’incapacité de nos communautés à répondre aux attentes du monde contemporain à hauteur d’évangile. Vouloir à tout prix restaurer la religion face aux valeurs du monde n’est pas sans rappeler, triste parallèle, l’appui apporté aux dictatures pour sauvegarder l’ordre social et politique sous couvert de lutte contre l’islamisme&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Alors que la génération montante se détourne massivement des structures religieuses, comment expliquer sa disposition à s’engager au CCFD-Terre Solidaire ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Si les institutions ecclésiales sont assez couramment perçues comme rébarbatives par la jeunesse, c’est pour un ensemble de raisons complexes. Globalement, les jeunes ont tendance à considérer ces institutions comme éloignées d’eux et de leur univers, enfermées dans une sphère de rites et de doctrines plus ou moins chosifiées dépourvus d’intérêt à leurs yeux. Leur attrait pour le CCFD s’explique par des raisons qui, à l’inverse, valorisent la vie et l’engagement libre et responsable. En premier lieu, nos programmes prennent en compte leur besoin de contribuer à instaurer une plus grande solidarité entre les hommes. Un besoin sincère et très fort qui est souvent minimisé à tort par une société si contaminée par le matérialisme consumériste qu’elle en vient à douter de la générosité de sa jeunesse. La deuxième raison réside dans le fait que le CCFD offre aux jeunes la possibilité de devenir acteurs de la transformation des structures sociales. Au lieu d’enseigner et d’encadrer, le CCFD-Terre Solidaire pratique une pédagogie active en proposant aux jeunes de participer à l’humanisation de la société.</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de céder au sentiment d’impuissance et de fatalité que les dominants entretiennent à leur profit, le CCFD croit qu’un autre monde est possible, tâche d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler à son avènement, recherche les partenaires disposés à lutter avec lui, et s’engage dans les combats en prenant les risques que cela comporte. Lorsque nous stigmatisons l’iniquité du capitalisme financiarisé qui écrase les faibles et détruit la planète, lorsque nous militons pour une économie sociale et solidaire, pour la souveraineté alimentaire et l’accès à l’eau, pour la taxation des transactions financières internationales et la remise de la dette des pays les plus pauvres, contre les paradis fiscaux qui recyclent l’argent volé et l’argent sale, lorsque nous contribuons à la prévention et à la résolution des conflits en dénonçant les trafics d’armes et en venant en aide aux populations déplacées, lorsque notre service du plaidoyer fait du lobbying auprès du G 8 ou du G 20, nous croyons à la pertinence de nos visées et à l’efficacité de nos actions. Si les jeunes ne se mobilisent plus guère pour la religion, beaucoup d’entre eux sont par contre prêts à se mobiliser pour la cause des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">À une de ses parentes qui se plaignait de l’Église dans les années 30, Teilhard de Chardin a répondu à peu près ceci : « Ma chère cousine, je peux effectivement être d’accord avec vous : actuellement, la saison est un peu lourde ! » Cette concession faite en connaissance de cause par un passionné des hommes et de Dieu m’autorise à dire que la saison est un peu lourde depuis quelque temps déjà, et qu’elle est peut-être toujours un peu lourde dans l’Église comme dans le monde&#8230; Mais ce n’est pas cela qui importe le plus. Seule compte l’espérance que nous sommes capables de susciter et de transmettre à ceux qui prendront la relève, seule compte l’espérance que nous mettons en œuvre avec eux malgré les obstacles et les déceptions. Dans son livre intitulé Incipit, Maurice Bellet dit : « Ce qui est premier, ce n’est pas la tristesse, c’est l’amour. » La vie continue, un autre monde est possible, l’aventure de l’évangile se poursuit et engendre sur le terrain un christianisme inédit tout en restant fidèle à la Parole reçue au début et au sillon tracé depuis.</p>
<p style="text-align: right;">Jean-Marie Kohler<br />
<a href="http://www.recherche-plurielle.net/">www.recherche-plurielle.net</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.recherche-plurielle.net/"></a><br />
Note<br />
(1) Ce numéro comprendra un dossier entièrement consacré au CCFD-Terre Sodidaire.<br />
Pour découvrir la Fédération Réseaux du Parvis, visitez le site : <a href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/index.php">Réseaux Parvis</a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour vous abonner à la revue : <a href="http://www.reseaux-parvis.fr/chretiens-en-liberte/images/bulletin-abonnement-reseaux-parvis.pdf">Bulletin d&#8217;abonnement</a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>L’humanisme évangélique par Joseph Moingt</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2011 14:57:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Textes libérateurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Le texte ci-après est le compte rendu de la conférence du Père Joseph Moingt prononcée le 27 mars 2011, lors de la Rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC). Ma communauté de base s’appelle La Compagnie de Jésus, très caractéristique, vœux d’obéissance spéciale à la personne du souverain pontife. Alors, comment avoir une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le texte ci-après est le compte rendu de la conférence du Père Joseph Moingt </em></strong><strong><em>prononcée le 27 mars 2011, lors de la Rencontre de la Communauté Chrétienne dans la Cité (CCC).</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Moingt.jpeg"><img class="size-full wp-image-4749 aligncenter" title="J.Moingt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/J.Moingt.jpeg" alt="" width="240" height="184" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ma communauté de base s’appelle <em>La Compagnie de Jésus</em>, très caractéristique, vœux d’obéissance spéciale à la personne du souverain pontife. Alors, comment avoir une parole libre avec cette attache ? C’est un problème, c’est mon problème.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Me retrouver parmi vous, je me demande si ça me rajeunit ou si ça me vieillit.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela me ramène au moins 30 ans en arrière, quand j’ai fréquenté, à plusieurs reprises la communauté de la CCC avec les chers frères maristes, Pierre Gambet…</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu d’autres attaches, avec</p>
<p style="text-align: justify;">- la paroisse Ste Mathilde de Châtenay-Malabry, pendant 12 ans,</p>
<p style="text-align: justify;">- une paroisse de Poissy pendant 3 ans,</p>
<p style="text-align: justify;">- un groupe paroissial de Sarcelles, pendant 3 ans</p>
<p style="text-align: justify;">Autre spécialité : je suis abonné à « Parvis », à « Golias », à « Jésus » et autres revues malfamées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je ne voudrais pas vous faire une conférence en bonne et due forme, mais vous proposer 3 pistes de réflexions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On m’a demandé de vous parler autour de l’humanisme évangélique. J’avais fait, voici quelques années, un  article dans  la revue « <em>Etudes</em> » qui  avait ce titre-là. Quels hommes l’Evangile nous invite-t-il à devenir ? Est-ce cela l’humanisme évangélique ? Oui, c’est cela. Et quelles communautés mettre en place pour y parvenir ? De quels types de communautés avons-nous besoin aujourd’hui pour nous humaniser ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’entrerai pas, je pense, dans des considérations ou dans des conseils très pratiques, très concrets. Je vous laisserai le soin de tirer vous-mêmes les conclusions des réflexions que je vais vous faire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il s’agit bien de se rendre plus humains, de nous aider à avancer sur notre chemin d’humanité et que cela nous soutienne dans l’approfondissement de notre foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel rapport y a-t-il entre notre appartenance à la foi chrétienne, notre volonté d’être chrétien et cette démarche d’humanité, d’humanisation, de devenir davantage homme ?  C’est cela qui sera au cœur des réflexions que je vais vous proposer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je vais donc vous proposer 3 pistes de réflexions, réflexions que vous pourrez mener par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Une  première sera de réfléchir à l’avenir du christianisme, à son présent même, à partir de ce qui se passe, en ce moment, sur la scène internationale, je veux dire à partir des révolutions arabes. Et ceci, pour nous conduire à une conception du christianisme qui serait davantage orientée vers l’éthique évangélique que vers le christianisme comme religion et pratique religieuse &#8211; éthique plutôt que religion.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais ensuite vous proposer une seconde piste de réflexion sur la vie du chrétien en Eglise actuellement, et cela à partir de l’idée d’un vieux philosophe grec, l’idée d’Aristote, que l’homme est un animal politique et ceci pour réfléchir à notre citoyenneté chrétienne, et sur nos droits politiques en Eglise et donc pour inviter à construire la vie en Eglise comme un espace de parole, plutôt que comme un espace rituel. Je n’ai peut-être pas à faire beaucoup d’effort pour vous inviter à cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Et enfin une 3<sup>ème</sup> piste de réflexion  sur l’annonce de l’Evangile. Comment annoncer l’Evangile aujourd’hui, à partir de l’invitation de Vatican II dans <em>Gaudium et spes</em> : « <em>C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, c’est la société humaine qu’il faut renouveler »</em>. Et alors ceci pour nous inviter à comprendre l’Evangile, l’Evangile en tant qu’annonce, l’Evangile dans son étymologie de « bonne nouvelle», pour comprendre l’Evangile et l’annoncer en terme de sens plutôt que de salut, de salut éternel.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Voilà les 3 pistes de réflexions que je voudrais vous proposer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">1<sup>ère </sup>piste de réflexion : l’avenir du christianisme comme éthique évangélique.</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Il y aura 4 points.</p>
<p style="text-align: justify;">- Les révolutions du monde arabe. Quelles réflexions cela nous inspire ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Et nous comparerons ce qui se passe dans le monde arabe avec ce qui s’est passé et qui se passe de nos jours dans le monde occidental, dit chrétien ;</p>
<p style="text-align: justify;">- Quel avenir du christianisme sous l’horizon du retrait de la religion ?</p>
<p style="text-align: justify;">- En conclusion : le christianisme comme étique plutôt que comme religion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • Qu’est-ce qui se passe dans le monde arabe ? Comment peut-on l’interpréter ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a beaucoup d’interprétations qui sont données, en ce moment, dans les journaux. C’est la révolte d’une jeunesse étudiante éclairée. C’est la révolte des classes moyennes qui voudraient accéder au pouvoir. C’est la révolte des pauvres due à la paupérisation du peuple tandis que les gouvernants se remplissent les poches. Oui, c’est tout cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour moi, ce que je vois dans ces révolutions arabes, c’est la désagrégation d’un espace social qui avait été cimenté par la religion. Je ne dis pas que c’est la destruction de la  religion islamique. Non, pas du tout. Tout le monde sait qu’il doit y avoir des groupes islamistes en embuscade qui vont chercher à profiter de cette révolution arabe. Mais je vois d’abord que c’est l’espace social qui avait été, et qui est encore, cimenté par la loi religieuse par la charia, par la loi coranique, qui se décompose, qui se déconstruit.</p>
<p style="text-align: justify;">On a beaucoup évoqué une invasion de l’esprit des Lumières due à la modernité occidentale, c’est sûr. Il n’y a plus de frontières complètement opaques entre les pays maintenant.  Et l’esprit du monde occidental envahit en ce moment le monde arabe. Or qu’est-ce que c’est que le monde occidental ? C’est un monde qui est sorti de la religion. C’est quelque chose comme cela qui se passe dans le monde arabe.</p>
<p style="text-align: justify;">En France, comme en Europe en général, la modernité a été expliquée comme une victoire du rationalisme sur l’esprit religieux. Ce n’est pas cela exactement que je veux dire. Je pense que ces révolutions arabes sont menées par des gens qui se disent et qui sont certainement d’authentiques croyants islamiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc je ne prétends pas que les révolutions arabes sont une lutte contre la religion islamique mais je veux dire qu’elles sont en train de détruire une culture de société qui a été façonnée par plusieurs siècles d’islamisme, sept ou huit siècles. Et donc, ce qui s’écroule, c’est la société archaïque, la société patriarcale dont la religion était le lien social. Ce que nous voyons à cet égard  se produire dans le monde arabe et qui éclaire peut-être ce qui se passe dans le monde occidental, c’est que la société n’a plus besoin de la religion comme lien fédérateur, comme lien associatif. Toutes les sociétés sont construites sur l’union du religieux et de la politique dans le monde archaïque. Et je crois que c’est ce monde-là qui est en train de s’écrouler, qui s’est écroulé plus tôt dans le monde occidental, qui a commencé à s’écrouler depuis le début du 18<sup>ème</sup> siècle, encore que cela n’est devenu peut-être évident que beaucoup plus tard vers la fin du 19<sup>ème</sup> et surtout au 20<sup>ème</sup>. Mais c’est un phénomène  mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez sans doute entendu, quand on disait que le christianisme s’écroulait en occident, nos évêques se consoler en disant « <em>oui, mais voyez en Afrique, en Asie, il n’a jamais été plus prospère </em>» . En Afrique, en Asie, qu’en est-il ? Qu’en sera-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">Donc révolution des classes moyennes, des classes éduquées, éclairées ; oui, d’accord, mais justement, des classes ayant entretenu un certain esprit rationaliste entre elles, en elles-mêmes, qui n’admettent plus un pouvoir théocratique, qui n’admettent plus que tous les compartiments de la vie familiale, de la vie sociale, de la vie politique soient dominés par un pouvoir théocratique. Et donc des sociétés qui affranchissent leur vie, des gens qui veulent affranchir leur vie familiale, leur vie conjugale, leur vie sexuelle, leur vie privée, leur vie culturelle etc… qui veulent l’affranchir de la coutume, la coutume qui s’est imposée à force, au nom de la religion et à travers des siècles de pression religieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc ce qui se passe, en ce moment dans le monde arabe, me paraît vérifier la thèse de Marcel Gauchet, que vous connaissez bien, la thèse du retrait de la religion et nous permet de mieux voir qu’il y a là un phénomène mondial auquel aucune religion n’échappera.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai un de mes amis jésuite, qui vit à Taïwan et surtout en Chine continentale, qui a publié récemment un livre intitulé « L’empire sans milieu » et sous-titré « Essai sur le retrait de la religion en Chine. ». Phénomène mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • 2<sup>ème</sup> point : Comparer cela avec ce qui s’est passé et se passe en Europe.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand on raisonne uniquement sous l’horizon français, on peut avoir l’impression que le mouvement des Lumières a été un mouvement anti-religieux parce que les Lumières françaises, avec Voltaire etc…, a été, de fait, un mouvement assez anti-religieux et anti-chrétien. Mais le mouvement des Lumières ne s’est pas confiné uniquement en France. C’était un mouvement européen. Et les Lumières anglaises, les Lumières autrichiennes, les Lumières germaniques, les Lumières italiennes, n’ont pas du tout été marquées par un aspect anti-religieux, anti-chrétien</p>
<p style="text-align: justify;">Mais qu’est-ce qui s’est passé dans ce phénomène des Lumières ? C’est que la société a voulu se dégager des tutelles religieuses. Tutelles religieuses qui s’exerçaient soit directement, par le fait des autorités religieuses, des évêques, du pape, mais soit aussi sous la forme des lois et des coutumes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pensez que, encore au début au 20<sup>ème</sup> siècle, l’adultère était condamné par la loi en France. Or cette condamnation de l’adultère vient évidemment de la loi religieuse et nous voyons actuellement toutes les conquêtes des droits qui se font contre des restes de lois religieuses qui ont imprégné la société, imprégné les coutumes. La société est toujours menée par les coutumes.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que c’est que l’on a appelé tantôt  phénomène  de sécularisation, tantôt de laïcisation, c’est que la religion sort de l’espace public, elle est reléguée dans l’espace privé. Et l’espace public est celui de la raison commune, donc de plus en plus régi par la loi civile, mais la loi civile interprétée comme l’expression de la volonté commune, une volonté générale. C’est cela qui est la démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un historien français du 17è siècle, Jacques Lebrun a vu que les Lumières ont été la sécularisation des valeurs chrétiennes, les valeurs chrétiennes devenues un bien culturel, un bien commun, un bien déconfessionnalisé. Il a fait, par exemple des études très remarquables pour montrer comment la mystique chrétienne du pur amour de Dieu, comment elle avait influencé l’éthique kantienne tout à fat rationaliste, l’éthique kantienne du vouloir pur. L’amour pur est devenu l’éthique du vouloir pur. Donc une sécularisation d’une idée maîtresse de la spiritualité chrétienne. Kant était un grand lecteur de Fénelon. Il avait toutes les œuvres de Fénelon dans sa bibliothèque personnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors, qu’est-ce qui attend le christianisme sous l’horizon de la sécularisation ?</p>
<p style="text-align: justify;">On peut dire un effondrement de la foi lorsque la foi n’est que l’assentiment aux pratiques et aux croyances communes à une société, quand la foi n’est que cela : adhésion  à un système de pratiques et de croyances de la société dans laquelle on vit. Alors, quand s’écroule le lien religieux, la tradition religieuse de cette société, la foi personnelle s’en va, parce qu’elle n’est que croyance, elle n’est qu’assentiment à des croyances communes. Et cela est surtout le cas quand des chrétiens, des individus croyants, convaincus, ont du se libérer des autorités religieuses pour conquérir une liberté de pensée et de parole. Et cela aussi, le fait d’avoir du lutter contre des autorités religieuses, contribue aussi à détacher les chrétiens de l’Eglise et aussi peut contribuer à les détacher de la foi qu’ils avaient confessée.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, l’Eglise actuelle, mise sur la re-sacralisation  de la vie en Eglise, sur la restauration des traditions. On en a eu des échos tout à l’heure dans la présentation des groupes. Ce sont des plaintes qu’on entend un peu partout quand on se promène. Un clergé nouveau, un clergé rajeuni et qui est devenu beaucoup plus traditionaliste et légaliste que le clergé que vous avez connu.</p>
<p style="text-align: justify;">On parlait de Jacques Noyer qui avait une certaine indépendance. Il m’avait été envoyé, par la Commission doctrinale de l’épiscopat pour s’enquérir de ma doctrine et je me rappelle que Jacques Noyer m’avait dit qu’il avait récemment vu le pape, Jean Paul II ou Paul VI à ce moment-là. Et le pape lui avait dit, je sais bien qu’après moi, il faudra bien ordonner des hommes mariés, mais tant que je vivrai, je maintiendrai le dépôt.<strong> </strong>Quelle liberté s’exprime dans cette foi-là ? A vous de le chercher.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc l’Eglise actuelle mise sur une re-sacralisation, sur une restauration. A quoi cela peut-il aboutir ? A une reconquête ? Non, elle cherche à se donner plus de visibilité.  Il y a eu hier une grande manifestation du  « parvis des gentils » qui  n’est pas comparable au journal « Parvis », mais qui a eu lieu à l’Unesco, avec grandes illuminations de Notre Dame, paraît-il. L’Eglise cherche à se donner plus de visibilité. Il est très possible que les pouvoirs publics accèdent à sa demande, pour des raisons politiques. Mais est-ce que nous pouvons espérer que cela redonnera la foi à ceux qui l’ont perdue. A mon avis, cela n’aboutira qu’à une Eglise sectaire, qui se coupera de plus en plus du monde sécularisé et donc, on va nettement vers un christianisme minoritaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • 3<sup>ème</sup> point : Quel peut être l’avenir du christianisme sous l’horizon de retrait de la religion</strong> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je viens de parler d’un christianisme devenu minoritaire mais il faudrait peut-être que je corrige l’expression et que je parle davantage d’une Eglise minoritaire, parce qu’en fait, le christianisme, s’est répandu en dehors de l’Eglise. Le christianisme déborde de l’Eglise. Voilà un phénomène  dont il faut se rendre compte. J’avais lu récemment les chroniques de Touraine, le sociologue bien connu, qui n’est pas spécialement chrétien et qui s’interrogeait sur l’avenir de la société et il constatait que dans  notre société dominée par le libéralisme économique, on perdait des valeurs de solidarité, des valeurs de fraternité, toutes les valeurs qui avaient formé la société française et qui venaient d’où ? Il rappelait la devise de la République « liberté, égalité, fraternité », ce sont des idées qui venaient du christianisme, mais qui avaient mûri en dehors de l’Eglise où les autorités religieuses ne leur avaient pas donné droit de cité. Mais liberté, égalité, fraternité, solidarité, appelez-les comme vous voulez, sont des idées chrétiennes, des idées évangéliques. Mais c’est un christianisme hors religion.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense qu’il y a là un patrimoine des valeurs. Ce ne sont pas des idées chrétiennes qui se sont répandues, propres à la foi chrétienne, en tant que telle, mais des valeurs chrétiennes. Des valeurs portées par le christianisme. Et <em>Gaudium et Spes</em>, précisément, a tenu à les saluer. J’en reparlerai dans la 3<sup>ème</sup> piste de réflexion. Il y a donc là, dans ces valeurs, appelez-les républicaines, si vous ne voulez pas les appeler chrétiennes, cela ne me gêne pas, mais dans lesquelles, nous chrétiens, nous devons reconnaître l’esprit de l’Evangile.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a là un patrimoine du christianisme, et, pour moi, il est devenu de plus en plus clair que la tradition chrétienne s’est répandue par deux voies. Par une voie ecclésiale, mais aussi par une voie philosophique. Il y a une tradition philosophique. Il y a un patrimoine, dont les chrétiens ne doivent pas se détourner, qu’ils ne doivent pas laisser dépérir. Et donc l’évangélisation doit être, non pas une reconquête de l’espace public, mais l’entretien de ces valeurs chrétiennes dans le monde sécularisé. En les laissant telles qu’elles sont devenues : communes, sécularisées. Il ne s’agit pas de les ramener dans l’enceinte de l’Eglise ou de vouloir leur faire porter à nouveau notre foi chrétienne. Mais nous les considérons comme des fruits du christianisme, des fruits que le christianisme a porté hors de l’Eglise, qui n’a pas su acclimater ces fruits en elle-même, et donc nous avons à les entretenir par la conversation  avec ce monde. Une évangélisation, non, pas de reconquête mais de conversation, d’entretien où nous acceptons que nos paroles de croyants chrétiens se perdent dans les sables d’un monde sécularisé pour y entretenir ces valeurs dans lesquelles, nous chrétiens, nous reconnaissons l’Esprit de l’Evangile.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’avons pas besoin pour autant de nous en prévaloir et de dire cela vient de nous. Non, mais nous avons à nous préoccuper de les vitaliser, et pourquoi ? Parce qu’elles sont en très grand danger. La déshumanisation pointe partout. Nous la remarquons partout. Quand nous voyons se désagréger l’Etat social, ce que nous appelons l’Etat providence, &#8211; et malheureusement, on en parle maintenant pour s’en moquer &#8211; nous voyons que ce sont des valeurs chrétiennes qui sont en train de s’émietter, de se désagréger quand elles ne sont pas ouvertement combattues parce qu’elles empêchent ceux qui sont riches de devenir plus riches encore. Donc, il faut entretenir ces valeurs et c’est là la grande responsabilité des chrétiens, qui je crois ne doivent pas confiner leur esprit chrétien à faire vivre l’Eglise<strong>, </strong>mais à faire vivre ces valeurs évangéliques qui sont dans le monde sécularisé et qui sont menacées. Alors, pour cela, le problème pour nous-mêmes, chrétiens, c’est de garder la foi, puisque ces valeurs viennent de l’Evangile, elles viennent de la parole de Jésus. Et quand nous regardons l’Evangile, nous n’y trouvons pas beaucoup de religion, peut-être même n’y trouvons-nous aucune religion. Nous reconnaissons bien sûr l’institution de l’Eucharistie dans le dernier repas de Jésus qui est un repas d’amitié. Et le baptême, qui était une pratique courante, mais qui était très mal vu par les autorités religieuses de l’époque, car pourquoi aller chercher la purification dans les eaux du Jourdain, alors qu&#8217;il y a un temple qui est fait exprès pour ça ?</p>
<p style="text-align: justify;">Donc il n’y a pas de religion, il n’y a pas de code religieux dans l’Evangile, il n’y a pas de religion, il y a de la foi, une foi en Dieu qui passe par la foi de Jésus en Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Une foi qui n’est pas faite d’énoncés dogmatiques, il n’y a aucun  énoncé dogmatique dans l’Evangile, mais une foi qui est orientée vers une pratique humaniste.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle peut être notre recherche de foi à l’intérieur de l’Eglise ? Redécouvrir à quel point Jésus a humanisé Dieu. Nous dirons que le salut est dans l’humanisation de l’homme. C’est Jésus qui en a donné l’élan en humanisant Dieu, en nous apprenant à regarder Dieu comme le Père commun de tous les hommes, en nous apprenant à honorer Dieu, non en allant dans le temple ; jamais il n’a entraîné ses disciples au temple dans des pratiques religieuses, en tout cas, l’évangile n’en parle pas. Mais il nous a invité à honorer Dieu par le pardon des offenses, par l’amour des ennemis.</p>
<p style="text-align: justify;">Voyez : Mt 5, 41-48, Mt 6, 14-15, le Pater, le Notre Père, la première lettre de Jean 4, 8-21, où il nous dit que quelqu’un qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son prochain est un menteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Aimer Dieu, c’est aimer son prochain, c’est le critère même de l’amour de Dieu. C’est en ce sens que Jésus a dit que le second commandement, l’amour du prochain, était égal au premier.</p>
<p style="text-align: justify;">L’amour de Dieu, dans le christianisme, passe par l’amour des autres. Il n’est pas cantonné dans le temple. Il n’est pas cantonné dans les honneurs que nous rendons à Dieu dans les églises. Il passe par l’amour des autres. Il a sa source dans la révélation de Dieu comme Père, Père universel, pas Père simplement des croyants, pas Père d’un peuple particulier, Père universel. Et Jésus nous l’a montré en fréquentant les pécheurs, en disant qu’il était envoyé aux pécheurs et aussi en poussant des pointes en direction du monde païen dans lequel son Eglise allait se développer.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D’où j’arrive à cette conclusion &#8211; il y aurait beaucoup à développer, mais c’est vous qui le ferez ensuite &#8211; comprendre le christianisme comme éthique plutôt que comme religion.</p>
<p style="text-align: justify;">Que veux dire ce « plutôt que » ? Je ne veux pas dire « au lieu de », je ne veux pas dire remplacer la religion par l’éthique, par la morale, d’autant plus que j’emploie le mot éthique plutôt que le mot morale.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez un seul commentaire de la loi dans Mt, c’est le seul endroit dans les Evangiles où il est question de la loi. Jésus n’était pas un moraliste. Mais je dis éthique, c’est un code de mœurs qu‘il nous a donné, une invitation à inventer nous-mêmes une morale qui serait guidée par l’idée de la réconciliation, du pardon, de la fraternité, de la solidarité avec tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, je ne veux pas dire non plus qu’il faudrait réduire le rite au minimum, se contenter, par exemple, d’aller à la messe le jour de Pâques. Ce n’est pas sur ce plan quantitatif que je dis « plutôt que », mais je veux dire comprendre que le religieux chrétien, lui-même, ne fait pas abstraction de la relation à l’autre, jamais, même quand nous sommes dans des pratiques religieuses, à l’intérieur d’une église. Ce religieux-là, où l’on s’adresse à Dieu par le Christ, ne fait pas abstraction de notre lien aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ceci donc d’abord, parce que, l’Evangile n’est pas un code de pratique religieuse, il n’y en a pas. Mais il abonde en préceptes de justice et de charité.</p>
<p style="text-align: justify;">Par exemple, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tu lui tends la joue gauche. On peut rire de ce précepte et on peut réagir contre, mais il est extrêmement inspirant, inspirant de la conduite. Comment va-t-on se comporter avec quelqu’un qui nous insulte. Jésus va nous inviter à aller au-devant de lui. Ça, ce n’est pas de la morale. C’est une éthique, une éthique de justice, de charité, etc. Et donc constamment l’Evangile nous invite à nous interroger sur notre comportement avec autrui. Est-ce que nous le traitons vraiment en frère, constamment ? Et que pouvons-nous faire pour aider notre prochain ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quand on voit le précepte que nous donne St Paul dans l’épître aux Philippiens  au chapitre 2, il nous invite à imiter l’abaissement de Jésus. Qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Se soumettre les uns aux autres. Qu’est-ce que ça veut dire ? Se mettre au-dessous des autres pour les élever. Les élever même au-dessus de soi-même. Les aider à croître en humanité. Les aider à devenir davantage homme. Cela, c’est une éthique, une éthique d’aider l’autre à croître, à s’élever, une éthique qui a sa source dans l’abaissement de Jésus jusqu’à la mort sur une croix, où il s’est mis au rang des esclaves, puisque la croix était le châtiment des esclaves.</p>
<p style="text-align: justify;">Je dirais une 2<sup>ème</sup> illustration de cette éthique évangélique. Il faudrait comprendre que le rite chrétien sacralise avant tout la relation aux autres ; parce que l’espace sacré n’est pas le temple matériel. L’espace sacré, nous le lisons, notamment dans St Paul, c’est notre corps, notre corps individuel et c’est le corps social que nous formons les uns avec les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">L’espace sacré, c’est celui que Paul appelle le corps du Christ et qu’est-ce que le corps du Christ ? Eh bien, c’est l’ensemble des chrétiens qui s’unissent les uns les autres, en vue de rayonner la fraternité autour d’eux. Donc des chrétiens rassemblés par l’amour, le souvenir de Jésus. C’est là aussi où le sacrement, par excellence qui est le sacrement de l’Eucharistie, &#8211; voir dans Cor 11 le récit de l’institution de l’Eucharistie &#8211; où Saint  Paul nous apprend à respecter le corps du Christ. Le commentaire traditionnel c’est de reconnaître que l’Eucharistie est bien le corps du Christ, le corps individuel du Christ. Non, ce n’est pas du tout la pensée de Paul. Qu’est-ce qu’il nous dit ? Quand vous vous réunissez pour commémorer le souvenir du Seigneur, attendez-vous les uns les autres. Ne commencez pas à manger dès que vous arrivez sans vous occuper de ceux qui ne sont pas là et qui vont arriver les derniers. Attendez-vous les uns les autres. L’Eucharistie nous apprend à respecter le corps que nous formons quand nous nous rassemblons autour de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cela le corps du Christ qui se noue dans le souvenir de Jésus, son souvenir et son attente, le Christ à venir, c’est-à-dire tous ces hommes qui nous entourent, qui sont appelés eux aussi à entrer dans le corps du Christ, à former avec nous une seule et même humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cela la véritable compréhension du sacré chrétien. Jésus a donc sécularisé lui-même le sacré. Le sacré n’est pas le temple de pierre, le sacré c’est le corps que forme la multitude des chrétiens rassemblés au nom de Jésus et qui, là, apprennent à se conduire les uns envers les autres, en frères, pour le faire également avec ceux qui ne sont pas là, rassemblés présentement dans le corps du Christ, qui sont cependant les enfants du même Père, comme nous le sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">2<sup>ème</sup> piste de réflexion : la vie du chrétien en Eglise aujourd’hui</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La construction de l’Eglise comme espace de vie politique, comme espace politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Là aussi, j’aurai 4 points.</p>
<p style="text-align: justify;">- Un premier point : la définition de l’homme comme « être politique ».</p>
<p style="text-align: justify;">- Un second point : où en est la vie politique du chrétien, dans l’Eglise, aujourd’hui ?</p>
<p style="text-align: justify;">- Un troisième point : je vous renverrai à St Paul, à la citoyenneté chrétienne d’après Paul.</p>
<p style="text-align: justify;">- Et, en conclusion, un quatrième point dont je ne dirai que quelques mots, et ce sera à vous de le remplir : comment  reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ? Vaste programme, à supposer qu’il soit envisagé en haut lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • La définition d’Aristote : le chrétien est un animal politique, « zoon politikon ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La pensée d’Aristote, exactement, c’est qu’il est de la nature de l’homme de vivre avec d’autres, en relation avec d’autres, pas seulement au milieu d’autres, mais dans une intrication les uns dans les autres. Donc conception de l’homme en tant qu’être social, ce qui ne veut pas dire simplement un individu qui vit en société, mais en tant qu’il appartient à l’homme de construire, lui-même, sa vie sociale, donc de se construire lui-même comme être avec d’autres et ainsi de construire la vie commune, la vie en société comme une vie interrelationnelle. Ce n’est pas simplement l’idée de la socialité, ça va plus loin que cela, ou bien ce serait la socialité mais comprise comme solidarité des uns avec les autres et comprise comme un partenariat les uns avec les autres, dans tous les compartiments de la vie sociale ou de la vie avec les autres. Il y a beaucoup de compartiments plus ou moins étagés, hiérarchisés, qui sont étudiés par le philosophe. C’est d’abord la vie en famille, l’homme et la femme dans le couple matrimonial, les parents et les enfants. C’est ensuite, la fratrie qui est la famille élargie, les cousins, les oncles et les tantes, spécialement développée dans certains pays restés encore assez traditionalistes. C’est la tribu, qui serait unie par une origine commune, qui vit sur un même territoire, qui, parfois, exerce la même profession. Pour le grec, c’est surtout la cité. Pour un athénien, la vie politique, c’est essentiellement  la participation à la vie de la cité, participation active, participation à l’élaboration des lois. La cité s’est introduite en Grèce vers le V<sup>ème</sup> siècle, peut-être fin du VI<sup>ème</sup>, début du V<sup>ème</sup> siècle avant notre ère. Pour vous situer, pensez que le monde homérique, c’est le IX<sup>ème</sup> siècle, et c’est le commencement de l’hellénisation de la Grèce. Mais la cité, elle, va s’implanter plus tardivement. Avant cela, qu’est-ce qui régit la cité ? C’est essentiellement la religion. La toute première religion en Grèce, c’est le culte du foyer, dont le prêtre est le père de famille. Le temple, c’est le foyer, le lieu où l’on mange. C’est là où l’homme apprend aussi à recevoir des hôtes. C’est là où va se former la religion agraire. La religion &#8211; ce qui explique son déclin actuel -, la religion est de type agraire.</p>
<p style="text-align: justify;">Je retrouve un peu mon propos du début : à l’heure actuelle, on voit non seulement un phénomène d’urbanisation mais de métropolisation. Partout dans le monde, la vie se concentre autour d’immenses métropoles dans lesquelles l’homme perd complètement la relation avec la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, si l’on pense que la religion est née à l’époque où l’agriculture à remplacé la cueillette et la chasse, où l’homme va commencer à maîtriser la nature, la religion est venue de là. Il fallait offrir des sacrifices aux génies, aux dieux de la nature qui régissent tous les phénomènes de la vie. On voit combien cette religion est compromise avec le développement de la vie dans la cité devenue métropole. Et donc, la cité, en Grèce, s’installe vers la fin du VI<sup>ème</sup>, le début du V<sup>ème</sup> siècle. C’est l’époque qui a été appelée par des historiens de la Grèce antique, une époque des lumières, une époque du rationalisme, où, il y avait bien au centre de la ville le temple, mais où il y avait aussi l’agora, l’agora en face du temple. Et d’ailleurs les prêtres étaient eux-mêmes des magistrats. C’est donc la magistrature qui prend la religion en charge. Et qu’est-ce que l’agora ? C’est le lieu où les hommes libres  &#8211; on en était là -  se rassemblent pour élaborer les lois, et donc, où la cité, la vie sociale, la vie politique &#8211; se construit en face du temple, donc en se dégageant des lois sacrées, des vieilles traditions, des vieilles coutumes venues de l’époque archaïque,  du chamanisme, de tout cela. L’homme organise lui-même sa vie avec les autres. C’est la première étape de la sécularisation où la liberté des individus s’exprime par le vote. Vote des impôts, vote des lois, vote des traités avec les autres cités. Toutes les cités sont indépendantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour un homme comme Aristote, c’est Athènes qui est la cité modèle. C’est là aussi où se décident les guerres à entreprendre. Et, donc l’espace politique, c’est éminemment l’espace de la parole, l’espace du discours, l’espace de la rhétorique. Les grands hommes politiques sont des hommes de la parole, des avocats, des légistes. Donc, c’est réservé aux hommes libres qui exercent leur liberté par l’usage de la parole, mais  d’une parole qui est échangée avec les autres. Il n’y a pas une parole qui s’impose. Ce n’est pas une parole, qui vient, comme dans certains Etats,  des aristocrates, des gens riches, des gens qui monopolisent le pouvoir. Le pouvoir est commun et le pouvoir dépend de l’éloquence de chacun, de la persuasion  qui va réussir à se communiquer des idées, à les rendre communes, à faire que l’idée de chacun devienne l’idée de tous. Et alors, elle s’impose comme loi. Voilà donc, ce qui était la construction, comment Aristote comprend l’homme comme animal politique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • 2<sup>ème</sup> point : alors, où en est-on sur le plan politique dans l’Eglise d’aujourd’hui ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est la liberté politique ? Quelle est la liberté de la parole ? Quelle  liberté de décision est laissée aux fidèles ? Voila les questions que cela nous pose.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise du 19<sup>ème</sup> siècle s’est définie face aux Etats comme une société parfaite, c’est-à-dire, disposant absolument de tous les pouvoirs qu’il y avait dans les Etats. Je rappelle qu’à ce moment là, il y avait encore un Etat du Vatican, qui est un Etat de l’Eglise, il y avait des Etats de l’Eglise en Italie, où le pape était en même temps souverain temporel qui traitait à égalité avec les autres souverains. La papauté imposait son propre idéal politique. Alors, l’Eglise se définissait comme une société parfaite, c’est-à-dire dotée de tous les pouvoirs. L’Eglise a voulu s’affirmer comme société parfaite en voyant combien l’idée démocratique gagnait du terrain en Europe où beaucoup d’Etats monarchiques devaient laisser au moins les aristocrates ou les hommes plus riches élaborer des constitutions et donc reconnaître une certaine liberté aux autres. C’était aussi l’époque où tous les Etats monarchiques étaient menacés par l’idée démocratique c’est-à-dire par l’idée que le pouvoir appartient au peuple. Pour la papauté, c‘était une idée tout à fait irréligieuse car le pouvoir vient de Dieu. Il ne monte pas du peuple, il descend de Dieu. La papauté était persuadée que l’aspiration démocratique allait entraîner l’Europe dans le chaos politique, de telle sorte qu’un jour, tous les Etats se retourneraient vers l’Eglise et l’Eglise tenait à donner l’exemple d’être la société parfaite. Une société parfaite, c’était une monarchie absolue de droit divin, un tout petit peu tempérée par le collège des cardinaux. Et donc, le pouvoir appartient exclusivement à la succession apostolique des évêques, successeurs des Apôtres. C’est un pouvoir sacré, réservé aux personnes consacrées. Rappelez-vous que les rois étaient aussi sacrés, une sacralisation reçue du pape, qui marquait bien que le roi ou l’empereur était l’oint du Seigneur, c’est-à-dire tout proche de Dieu. Il avait reçu l’onction. Et donc pour l’Eglise, la démocratie s’oppose au droit divin, selon lequel tout pouvoir vient de Dieu, le droit révélé. D’où l’Eglise ne veut pas de démocratie sous quelque forme que ce soit, par exemple l’idée ce que l’on a appelé un moment le présbytérianisme, où le pouvoir serait aux mains de l’assemblée des prêtres ; ou encore l’Eglise a combattu l’idée que le concile œcuménique serait supérieur au pape. C’est ainsi que s’est construite, l’idée de la primauté pontificale.</p>
<p style="text-align: justify;">Vatican II a apporté bien des adoucissements à cette vision des choses, c’est certain. Il y a des aménagements qui sont entrés dans le droit canon, ce n’est pas niable. Par exemple, il y a des laïcs qui sont entrés dans les conseils pastoraux. Vatican II a fortement invité tous les évêques et les curés à faire appel au conseil des laïcs, à faire entrer des laïcs dans leurs conseils. J’ai bien dit conseil… je n’ai pas parlé de la prise de décision ; le conseil, la réflexion, mais c’est déjà quelque chose ! Le droit canon reconnaît un droit d’association aux laïcs, à condition qu’ils se déclarent, bien entendu. Il n’empêche que la question se pose : est-ce que le chrétien jouit, dans l’Eglise, de droits citoyens comparables à ceux dont il jouit dans la société civile ? On peut se poser la question. On y répond d’ailleurs assez vite.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a l’inégalité qui tient à la consécration. Le pouvoir appartient aux clercs depuis l’institution de la distinction entre laïcs et clercs qui remonte au début du III<sup>ème</sup> siècle, avec ce qu’on appelle la tradition apostolique d‘Irénée, qui n’a rien d’apostolique d’ailleurs. Mais, c’est le moment où l’on a commencé à imposer les mains à des personnes qui avaient, seules, le droit de participer à la liturgie. Donc, une inégalité hommes &#8211; femmes, puisque l’Eglise ne permet pas aux femmes d’accéder à la consécration. Est-ce que cet accès à la consécration  sacerdotale serait le seul moyen de rétablir des droits politiques dans l’Eglise ? A vous encore d’y réfléchir. Mais il est certain que l’inégalité homme &#8211; femme devient de plus en plus choquante dans un monde dont l’évolution se caractérise, inversement, par la participation de plus en plus grande des femmes à tous les échelons du pouvoir, du pouvoir politique comme du pouvoir industriel. Donc, au regard du monde sécularisé, le chrétien ne jouit pas, dans l’Eglise, des prérogatives et des libertés qui sont considérées comme constitutives des droits humains dans le société civile. Le chrétien n’est pas un individu majeur. Il est encore mineur. La femme encore plus. Et cela contribue très fortement à la séparation du monde et de l’Eglise, et contribue très fortement à la perte de crédibilité du langage théologique. Et même quand nous considérons les très belles avancées de Vatican II, en direction du monde moderne, il est certain que ces avancées sont réelles, très réelles, mais que le langage de l’Eglise n’est pas crédible, vu qu’elles ne sont pas appliquées à l’intérieur de l’Eglise, qu’il n’y a pas de liberté de parole dans l’Eglise, que les fidèles ne participent pas à l’organisation de la cité chrétienne, de la cité ecclésiale et que les femmes sont traitées à inégalité avec les hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • Voyons, maintenant, le 3<sup>ème</sup> point : quelles idées pouvons-nous trouver dans l’Evangile pour cela ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">En fait, je m’en tiendrai à Saint Paul, sans oublier que Saint Paul a tiré toutes ses idées de la méditation de la croix du Christ. Je vous renverrai à deux textes.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, quelle est la citoyenneté chrétienne d’après Paul ? Il emploie le mot « citoyenneté ».</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord  Éphésiens 2,11-17. Pour Paul, l’acte de naissance du christianisme, c’est l’acte politique de Dieu d’accorder aux païens le droit de cité en Israël. C’est-à-dire, la participation à toutes les prérogatives qu’il avait accordées au peuple élu. Et donc, la participation à l’élection elle-même, à l’élection qui ne dépend donc plus de la loi religieuse mais qui est étendue à tous les païens. Une élection qui vient directement de la volonté de Dieu d’être et de se comporter non pas comme le Dieu d’un peuple particulier, mais comme le père universel de tous les hommes. Et comment cela ? Et bien, dit Saint Paul : Dieu était sur la croix de Jésus se réconciliant le monde. Or, de cette réconciliation, Paul nous donne une compréhension qui dépasse de beaucoup la notion sacramentelle de réconciliation, c’est-à-dire de libération des péchés. Saint Paul entend le mot « réconciliation » dans un sens politique. C’est d’abord la réconciliation, dit-il, du grec et du juif qui étaient ennemis. Ennemis, puisqu’aux yeux du juif, le païen était réputé ennemi de Dieu, et donc, en tant qu’idolâtre, voué à la damnation. Il n’avait pas part aux promesses de Dieu. Et Dieu, dit Saint Paul, sur la croix signe un traité de paix entre le grec et le juif pour faire des deux, un seul peuple, un même peuple.</p>
<p style="text-align: justify;">Suite de ce texte : Éphésiens  2,18-22. Il découle de cette initiative politique de Dieu, de ne plus vouloir être le Dieu d’un seul peuple mais le Dieu de tous les peuples. Il résulte de cet acte politique de Dieu, l’égalité de tous les chrétiens comme droit de citoyenneté quelle que soit leur origine, qu’ils soient juifs ou qu’ils soient grecs, c’est-à-dire païens d‘origine. Ils sont tous égaux et Paul dit aux Ephésiens qui sont des chrétiens d’origine grecque donc païenne : vous êtes les concitoyens des saints. Qui sont les saints ? Les saints étaient les chrétiens de Jérusalem qui se disaient « saints » parce qu’ils étaient circoncis. Ils portaient le sceau de l’Alliance dans leur chair. Donc ils étaient sacrés, consacrés, et Paul leur dit : il n’y a pas d’inégalité à cet égard. Vous êtes les concitoyens des saints, à égalité avec ceux qui sont d‘origine juive.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut le grand débat aux origines de l’Eglise. Pouvait-on baptiser des incirconcis ? Pouvait-on tolérer que des chrétiens d’origine païenne qui refusent la circoncision soient considérés comme des chrétiens à part entière, comme des saints, au même titre que ceux qui portent, dans leur chair, la marque même de la sainteté ?</p>
<p style="text-align: justify;">Donc tous les chrétiens sont égaux en droit et en dignité. Tous les membres de l’Eglise, quelle que soit leur origine, contribuent à construire la cité chrétienne. Et le mot est employé par Paul. Ils contribuent à construire la cité chrétienne par leurs échanges entre eux et donc, avant tout, en se reconnaissent frères et en partageant les mêmes droits et les mêmes prérogatives. Cela n’exclut pas qu’il y ait dans la cité chrétienne des pouvoirs de gouvernement ou d’enseignement. Il dit, il y a des apôtres, il y a des prophètes, il y a une diversité de fonctions, mais il y a une égalité foncière, essentielle, entre tous les chrétiens. Et vous voyez cela dans 1 Cor 12 où il montre comment il y a une grande diversité d’offices à l’intérieur de l’Eglise, mais chacun a son office, chacun a une fonction à exercer. Ces fonctions sont différentes, mais toutes coopèrent, également, avec la même dignité, à la construction de l’ensemble. Donc les chrétiens sont invités à mener une vie politique au sens d’Aristote, c’est-à-dire à veiller à leur « être  avec ».  C’est « l’être avec » de chaque chrétien avec les autres qui est constitutif de cette société. Vous pourrez lire aussi ce que dit Paul dans 1 Cr 14 où on voit<strong> </strong>l’importance qu’il accorde à la parole. Toutes les fonctions, à ce moment-là, sont avant tout, des fonctions de parole. Paul dit qu’il n’a pas été, lui, appelé à baptiser, mais à enseigner l’Evangile. Donc, il y avait dans l’Eglise chrétienne &#8211; c’est un phénomène très caractéristique &#8211; une effusion de parole due à l’effusion de l’Esprit Saint. Ce sont des phénomènes qui nous paraissent peut-être un peu bizarres mais qui se passaient sans doute dans des sociétés religieuses de l’époque, des phénomènes de glossolalie &#8211; parler en langues &#8211; d’extases, de visions auxquels les chrétiens attachaient beaucoup d’importance, qui étaient peut-être la marque sentimentale de leur joie d’être sauvés par le Christ, d’entrer dans l’Eglise du Christ, mais dont Paul se méfiait beaucoup. On voit Paul, non pas restreindre la liberté de la parole, mais demander à ce que cette parole soit intelligible, qu’elle soit communicable, donc qu’elle soit rationnelle. Et notamment, sa critique du « parler en langues » qui est pratiqué dans les communautés charismatiques de nos jours. Paul leur dit :  mais voyons, si un étranger, un païen,  entre dans nos églises &#8211; ce qui montre bien qu’il y avait un peu d’osmose, et que beaucoup de païens fréquentaient les réunions chrétiennes pour voir un peu ce qui s’y passait, du moins, à partir du moment où ces communautés chrétiennes se réunissaient à part, en dehors de la synagogue &#8211; qu’est-ce qu’il va dire ? Il ne va rien comprendre. Il va dire vous êtes des fous. Et donc, Paul préconisait une parole raisonnable, une parole communicable, donc un véritable échange de la parole, non pas simplement des murmures adressés à la divinité.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voulais attirer votre attention sur le fait que les communautés chrétiennes se sont caractérisées par une grande explosion de parole, une communication de la parole. Et c’est pourquoi il fallait de temps en temps que l’Apôtre la tempère. Mais tout le monde avait le droit à la parole et cela venait de l’Esprit Saint. Et c’était cet échange de parole qui fabriquait la concitoyenneté chrétienne. Et donc l’Esprit libère la parole. Tous ont le droit à la parole et Paul préconise, par-dessus tout, même au-dessus de la parole prophétique, une parole d’interprétation. Qu’est-ce que c’est que l’interprétation sinon le discernement critique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais ensuite vous inviter à réfléchir à la grande loi paulinienne, qu’il exprime à plusieurs reprises de différentes façons dans 1 Cor 12,11 et dans l’épître aux Galates 3,38. Cette loi qui s’énonce ainsi : il n’y a plus ni juifs et grecs, ni hommes libres et esclaves, ni masculin et féminin, vous êtes tous un dans le Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors c’est là où Paul apparaît comme le fondateur de la société ouverte. Non, je ne prétends pas que Paul était un féministe, mais non, il ne l’était pas, il n’était pas un anti-esclavagiste, et non, il ne l’était pas. Il était de son temps. Il avait les idées limitées de son temps. Il ne supprimait pas les différences mais ne voulait pas que des différences deviennent des divisions dans l’Eglise. Essentiellement cela : il ne voulait pas qu’elles nuisent à l’unité du corps social de l’Eglise. Il enseignait le respect de tous. Or la société païenne était une société très cloisonnée, avant tout cloisonnée par les lois religieuses. Chaque cité a sa divinité, a ses dieux, même plusieurs et le pouvoir patriarcal est un pouvoir en quelque sorte divin que le père de famille ou le chef de tribu exerce sur tous les siens ; et les magistrats eux-mêmes ont tous un caractère plus ou moins sacerdotal. Donc Paul est le fondateur de la société ouverte en tant qu’il contribue à changer une politique qui était fondée sur la discrimination religieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • D’où la question qui est le 4<sup>ème</sup> point de cette 2<sup>ème</sup> piste : comment reconstruire l’Eglise en société respectueuse des droits politiques de ses fidèles ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je vous laisserai encore, là, le soin d’y répondre vous-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment les chrétiens peuvent-ils arriver à tenir une parole responsable dans l’Eglise ?   Comment faire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il est certain que l’Eglise n’entend pas laisser, par exemple, ses dogmes et ses pratiques religieuses, et les abandonner à la libre initiative des fidèles. On ne peut oublier que l’Eglise est un Etat de droit, comme on aime à le dire de nos jours. C’est-à-dire qu’elle est fondée sur une écriture, une tradition. On pourrait rappeler que, pendant très longtemps, la coutume était d’élire les évêques. Les évêques étaient élus par leur communauté. C’est quand l’administration de l’Eglise s’est modelée sur l’administration impériale après la conversion de Constantin, c’est à ce moment-là que toute la vie de l’Eglise a changé et qu’elle est devenue beaucoup plus hiérarchique et centralisée etc.</p>
<p style="text-align: justify;">La hiérarchie ecclésiastique se dit dépositaire du droit divin, de l’écriture et de la tradition, mais cela ne devrait pas empêcher les catholiques, les chrétiens, les fidèles, d’exercer une fonction interprétative.</p>
<p style="text-align: justify;">La tradition a toujours été une innovation incessante qui reflète beaucoup des évolutions culturelles des sociétés où les laïcs ont eu leur importance. Comment se fait-il, par exemple, que la pénitence privée a succédé, au XI<sup>ème</sup> siècle, à la pénitence publique ? Parce que les chrétiens ne voulaient plus de la pénitence publique, ne voulaient plus s’y soumettre, et alors l’Eglise a évolué pour cette raison-là. Comment les laïcs pourraient-ils exercer une fonction interprétative ? Comment concevoir des droits de citoyenneté, de concitoyenneté dans l’Eglise. Il faut se rappeler, bien sûr, que Paul ne prônait rien tant que l’unité de la foi. Autrement dit, aucun chrétien ne peut prétendre imposer sa parole à d’autres. Aucun groupe chrétien ne peut l’imposer aux autres groupes chrétiens. Il faut avoir le souci de l’unité, d’un certain consensus. Alors, il ne faut pas s’attendre à ce que les évêques, d’eux-mêmes, donnent la liberté de la parole aux chrétiens. Il ne faut pas rêver. Il y a des évêques qui, de plus en plus, consultent, oui, mais il ne faut pas oublier non plus que l’épiscopat, c’est la chaîne historique qui nous rattache aux origines chrétiennes. C’est à ce titre que je tiens au symbole des Apôtres, non pas pour refuser aux chrétiens ou à des groupes chrétiens de se faire des credo particuliers. Mais c’est le lien qui nous rattache à l’événement historique de Jésus-Christ, à la révélation historique de Dieu en Jésus-Christ. Le symbole des Apôtres rappelle que Jésus était un homme de l’histoire et que l’Esprit Saint vient de lui, l’Esprit Saint qui forme la communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce propos, je le dis en passant, dans le symbole des Apôtres,  quand on dit : « je crois à l’Eglise » , c’est l’Eglise eschatologique, c’est-à-dire l’Eglise céleste, l’Eglise réunie par l’Esprit Saint. Et donc, la signification est très différente de l’article concernant l’Eglise dans le symbole de Nicée Constantinople, où il s’agit là de l’Eglise terrestre.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc les chrétiens peuvent revendiquer le droit d’exercer la responsabilité de leur « vivre ensemble » en l’Eglise. Et aucune autorité religieuse ne peut les empêcher de prendre la responsabilité de leur « être chrétien » dans le monde, de leur « être avec les autres » dans le monde. Encore doit-il prendre aussi ses responsabilités sur la base d’une lecture commune de l’Evangile, d’une interprétation collective de l’Evangile pour voir comment vivre en chrétien dans le monde et comment vivre dans l’Eglise en « être politique » c’est-à-dire en être libre. Comment vivre la vie de l’Eglise dans des communautés de partage de la parole évangélique ? Là, je crois que vous savez faire. Vous avez là un savoir-faire à répandre, en évitant d’effrayer les autres. Hélas, tous n’aspirent pas à la même liberté, c’est ça qui est triste. Il faudrait rendre attractive la liberté à laquelle nous, nous aspirons et que nous essayons de prendre. Mais transformer de plus en plus la vie en Eglise, non pas en réunions cultuelles mais en communautés de partage de la parole évangélique. Ce partage incluant le partage du pain, comme ça se faisait au début de l’Eglise. Partager la parole, c’est ainsi que, peu à peu, les fidèles pourront prendre et exercer des droits de citoyenneté dans l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il y a là, donc, un vaste champ de réflexion en se disant et en essayant de faire comprendre aux autorités de l’Eglise, que l’Eglise ne sera respectée dans le monde que dans la mesure où elle apparaîtra, elle-même, comme un espace de vie et de liberté politiques. Tant qu’elle n’apparaîtra pas ainsi, alors elle apparaîtra comme une secte religieuse où c’est le rite qui domine tout. La chance de l’Eglise de répandre l’Evangile dans le monde, c’est de montrer, elle-même, qu’il y a, dans l’Eglise, une liberté de parole, d’échange de parole, de construction d’une parole chrétienne</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Et j’arrive à ma 3<sup>ème</sup> piste de réflexion</span> : <span style="text-decoration: underline;">annoncer l’Evangile en terme de sens de la vie humaine. </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> • </strong><strong>Sens ou salut ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est une question qu’on doit se poser quand on cherche dans quels domaines pourrait s’exercer le droit des fidèles à une parole responsable. Faut-il la définir par l’accès au salut  ou par l’accès au sens que l’Evangile donne à la vie humaine ?</p>
<p style="text-align: justify;">Si nous voulons la répandre comme un accès au salut éternel où l’épiscopat dira : l’accès au salut éternel vient directement de la révélation, dont le dépôt nous a été confié à nous, évêques. Alors peut-être faudrait-il se transporter, pour acquérir cette liberté de parole, dans le domaine du sens.</p>
<p style="text-align: justify;">Définir le sens que l’Evangile donne à la vie humaine. Alors, quel rapport y a-t-il entre le sens et le salut ? Grave question que nous pouvons nous poser. Où situons-nous notre foi, de préférence ? Dans le salut ou dans le sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">Un historien du 18<sup>ème</sup> siècle faisait remonter la perte de vitalité des églises au 18<sup>ème</sup> siècle, à ceci que l’Eglise ne savait que parler des fins éternelles, spécialement en inspirant la peur, à une époque où les gens commençaient  à s’intéresser de plus en plus aux fins temporelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce que l’Eglise s’intéresse aux fins temporelles ? Est-ce que notre foi chrétienne est intéressée à définir, à déterminer les fins temporelles qui évoluent, bien sûr toujours, à travers le temps et l’espace ?</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxième petite anecdote : avant-hier,  j’écoutais, la nuit, un débat sur France Culture où il y avait des sociologues de la religion qui débattaient autour d’un sondage d’opinion qui a du être publié hier ou avant-hier par le journal « La Croix », sur la pratique chrétienne tombée à 5%. Des sociologues disaient « <em>l’Eglise ne sait</em> <em>que parler en terme de salut, ça n’intéresse plus personne </em>». Ils pensaient au salut &#8211; la vie éternelle &#8211; la vie dans l’au-delà ; on a le temps de voir. Moi je n’ai plus grand temps ! Ils demandaient pourquoi ne s’intéresse-t-on pas à la recherche du sens ? Est-ce que l’Eglise est capable de parler en terme de sens, le sens de la vie conjugale, le sens des affaires, le sens de l’économie : où va l’économie, le sens de l’histoire, l’accueil des étrangers etc… parler en terme de sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">Une question à laquelle vous pourrez réfléchir : est-ce qu’un discours du sens pourrait se substituer, chez les chrétiens, au discours du salut ? Je ne dis pas l’éliminer, mais en prendre la place. Est-ce qu’un discours du sens pourrait se présenter comme un discours du salut ? Ou, en termes inverses, présenter le discours du salut en terme de sens ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> • C’est là où je voudrais dire, 2<sup>ème</sup> point, qu’un discours du sens a bien été tenu au Concile Vatican II.</strong> Il a été tenu dans le document appelé « <em>Gaudium et spes </em>».  C’était l’un des documents qui a été le plus contesté. Déjà au terme du Concile, il faisait peur. Quand on disait que l’Eglise devait s’ouvrir au monde &#8211; j’ai lu ça dans les carnets du Père de Lubac &#8211; tout le monde comprenait qu’il fallait s’ouvrir à l’athéisme et au bolchevisme, ce qui faisait encore plus peur que l’athéisme. Le Père de Lubac, lui-même, malgré son ouverture d’esprit, craignait beaucoup ce discours de l’ouverture du sens. Il racontait comment il avait entendu le Cardinal Marty expliquer comment l’Eglise devait s’ouvrir au monde. Et, n’en pouvant plus, il est allé le trouver dans un couloir, pour lui dire : « mais enfin, Eminence, est-ce que vous ne vous rendez pas compte que vous êtes en train de dire qu’il faut se convertir à l’athéisme et au bolchevisme ». Alors de Lubac dit : le cardinal m’a écouté d’un regard plein de bonté (phrase superbe !), visiblement sans rien comprendre et il m’a embrassé et il est parti.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est la nouveauté de Vatican II ? Pour moi, la grande nouveauté de Vatican II, c’est bien «<em>Gaudium et Spes </em>» où l’Eglise a reconnu toutes les libertés que, depuis 2 siècles, s’était donné le monde sécularisé contre l’Eglise. Toutes ces libertés que l’Eglise du XIX<sup>ème </sup>siècle n’avait pas cessé d’anathématiser et de repousser, comme le droit, notamment très caractéristique, à la liberté de la foi, le droit à la liberté de parole. Vatican II a salué la dignité de la personne humaine. Il a voulu tenir au monde un langage nouveau. Il a dit que l’Eglise voulait se mettre au service du monde pour aider le monde à se procurer les biens auxquels il aspirait, qui sont des biens temporels, des biens spirituels. L’Eglise s’intéressait aux fins temporelles de l’humanité, enfin, enfin ! Pas uniquement aux fins éternelles. L’Eglise commençait là, à Vatican II, à  insérer le salut dans la recherche du sens. C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, la société humaine qu’il faut renouveler. Alors, bien sûr, le Concile parle encore en terme de salut : « <em>qu’il faut sauver </em>», mais la référence au renouvellement de la société humaine montre bien qu’il dépassait le salut religieux tel qu’il est compris par la pratique religieuse ou des croyances religieuses. Il montrait bien qu’il s’agissait de repenser et de renouveler la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs le titre de l’exposé préliminaire de ce document intitulé « <em>Gaudium et Spes</em> », c’est-à-dire «<em>l’Eglise dans le monde de ce temps</em> ». Donc il s’agissait du sens de l’histoire, s’intéresser à la condition humaine. C’était donc une invitation adressée à tous les laïcs chrétiens, ceux qui participent le plus directement à la vie dans le monde. L’invitation adressée à ces laïcs, à tenir à leurs concitoyens du monde, un discours du sens, inspiré par l’Evangile. Alors, ce discours du sens peut-il vraiment être tenu comme un discours de salut devant Dieu, de salut éternel ?  C’est la réflexion à laquelle je m’attache en ce moment, en tant que théologien. Pour moi, c’est la parole que l’Eglise doit tenir. Elle ne peut pas tenir une parole universelle si elle se contente de dire : revenez adorer Jésus Christ dans nos églises. Si elle veut inviter les hommes vraiment au salut, et bien, il faut tenir un discours du sens.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quel rapport y a-t-il entre le sens et le salut ? Pour moi, et là, je prends position comme théologien, cela est lié au rapport entre l’ordre de la création et l’ordre du salut. Qu’est-ce que Dieu veut sauver ? Pour moi, Dieu ne veut pas sauver des individus. Dieu veut sauver l’humanité comme totalité. Dieu veut sauver ce qu’il a créé, car il a créé l’homme pour la liberté. Il a créé l’homme à son image. Il l’a créé pour le bonheur, pour participer à son bonheur à lui-même. Mais ce que Dieu veut, c’est l’unité de l’humanité. « <em>Qu’ils soient tous un </em>», c’est le testament de Jésus (Jn 17,21).</p>
<p style="text-align: justify;">Que veut Dieu ? Le salut pour lui, c’est celui d’une humanité réconciliée, puisque Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde, dit Saint Paul (2Cor5,19). Et Paul dit que, dans le Christ, est apparue une nouvelle création (2Cor5,17). La création nouvelle, la création qui se fait dans le Christ, c’est l’humanité rassemblée dans le pardon mutuel, rassemblée dans la fraternité, unifiée à l’image de Dieu. Donc, tout ce qui va dans le sens de l’humanisation de l’homme, de l’humanisation de la nature, de l’humanisation de la société, de l’humanisation de l’économie etc., tout ce qui va dans le sens de la réconciliation des hommes entre eux, des classes sociales entre elles, des riches et des pauvres, des peuples entre eux, tout ce qui va dans ce sens, le sens de la paix, de la fraternité, de la réconciliation, tout cela va dans le sens du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que Dieu veut des hommes ? Qu’ils s’aiment les uns les autres. Qu’ils se pardonnent mutuellement leurs offenses. Voilà la seule loi du salut que Jésus nous a donnée et, c’est ainsi que Dieu, au terme de l’histoire, appelle l’humanité à entrer dans son bonheur, dans sa béatitude. L’humanité sauvée, c’est une humanité réconciliée et cette réconciliation se fait dès maintenant quand nous travaillons à l’humanisation de l’homme. Quand nous travaillons à l’humanisation de l’homme, nous travaillons au salut de l’humanité.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Joseph Moingt</strong></p>
<p style="text-align: right;">Paris – 27 mars 2011</p>
<p><strong>A lire </strong>:</p>
<p>« <em>Croire quand même – Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme </em>», Joseph Moingt, Ed. Temps Présent, Coll. « <em>Semeurs d’Avenir </em>», Nov. 2010, 248 pages, 19 €.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CroireLivreJ.Moingt.jpeg"><img class="size-full wp-image-4748 aligncenter" title="CroireLivreJ.Moingt" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/CroireLivreJ.Moingt.jpeg" alt="" width="225" height="225" /></a></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>La politique de Jésus</title>
		<link>http://www.nsae.fr/2011/06/29/la-politique-de-jesus/</link>
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		<pubDate>Wed, 29 Jun 2011 12:40:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucienne Gouguenheim</dc:creator>
				<category><![CDATA[Archives]]></category>
		<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Ouverture(s)]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet article est paru dans le numéro 50 de la revue Réseaux des Parvis Il nous est bien difficile de connaître ce qu&#8217;a été la pratique de Jésus au cours de sa vie historique. En effet, nous n&#8217;en atteignons quelque chose qu&#8217;à travers les témoignages de celles et de ceux qui furent ses compagnons de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Cet article est paru dans le numéro 50 de la revue Réseaux des Parvis</em></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il nous est bien difficile de connaître ce qu&#8217;a été la pratique de Jésus au cours de sa vie historique. En effet, nous n&#8217;en atteignons quelque chose qu&#8217;à travers les témoignages de celles et de ceux qui furent ses compagnons de route, témoignages recueillis et consignés dans les écrits du Nouveau Testament. Or ces écrits nous présentent la personne de Jésus dans la lumière de la Résurrection. Comme tels, ils nous disent ce qu&#8217;était la foi des communautés chrétiennes primitives.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le Nouveau Testament lui-même, Jésus nous est présenté sous des visages différents. On pourrait presque dire que chaque auteur a son approche à lui de la personnalité de Jésus. Cela, en fonction des renseignements qu&#8217;il a pu réunir, sans doute, mais aussi en fonction des communautés auxquelles il s&#8217;adresse, des questions qu&#8217;elles se posent, des problèmes auxquels elles ont à faire face.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il y a un événement qui s&#8217;impose à tous, et qui est, lui, historiquement attesté, c&#8217;est la mort de ce Jésus, et sa mort sur une croix. Et cette mort résulte d&#8217;une condamnation obtenue par la collaboration des pouvoirs religieux et politiques, complices pour l&#8217;occasion. Qu&#8217;est-ce qui a pu entraîner cette improbable collaboration entre un pouvoir religieux juif plutôt nationaliste et un pouvoir politique aux mains de l&#8217;occupant romain? Ce ne peut être qu&#8217;une certaine manière de vivre de Jésus à contre-courant des modèles admis. Le grand exégète allemand Ernst Käsemann caractérise cela ainsi: parce qu&#8217;il s&#8217;est fait proche <em>« des faibles, des humiliés, de ceux qui sont perdus et insensés </em>&#8230; (il) <em>s&#8217;est attiré la haine des forts et des gens pieux et a fini sur une croix</em>. » Et il poursuit : « <em>Du Nouveau Testament on ne peut déduire aucune théologie de la révolution. On ne peut pas davantage éviter que le culte du Supplicié ne soit cause de trouble pour la paix de la société établie. Une Eglise qui prêche la croix mais n&#8217;en fait pas l&#8217;expérience se soumet au jeu des puissances au lieu de le contrecarrer au nom de la justice plus parfaite et en prenant parti pour les victimes de l&#8217;injustice: une pareille Eglise ne vérifie plus la qualité de disciple.</em> » (dans <span style="text-decoration: underline;">Le nouveau problème de Jésus</span>. Conférence donnée à Leuven, polycopiée.) Il est incontestable que Jésus, si nous faisons confiance aux témoins qui ont parlé de lui, a dit des paroles et accompli des actes à portée politique, au vrai sens du terme. Du coup, il n&#8217;est pas anormal qu&#8217;il ait dû en rendre compte devant les autorités, et il ne s&#8217;est pas dérobé. Son procès lui-même n&#8217;a rien de choquant, mais bien son issue qui, elle, est scandaleuse et disqualifie ceux qui ont porté la sentence.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous trouvons un texte étonnant dans le <span style="text-decoration: underline;">Talmud</span>, vaste compilation rabbinique dont la première codification est l&#8217;œuvre des Tannaîm. Dans le traité de la Baraîta, qui parle du sanhédrin, on lit ceci : « <em>A la veille de Pâque, on pendit Jésus sur le gibet. Quarante jours auparavant, le héraut avait proclamé : ‘’il est conduit dehors pour être lapidé car il a pratiqué la magie et séduit Israêl. Si quelqu&#8217;un a quelque chose à dire pour sa défense, qu&#8217;il approche et parle’’. Comme rien ne fut avancé pour sa défense, on le pendit à la veille de la fête de Pâque.</em> » Un peu plus loin, après une intervention accusatrice, il est précisé « …<em>car il était proche de prendre le pouvoir</em>. » Ce témoignage est intéressant : les juifs ont décidé de lapider Jésus quarante jours avant son exécution qui, finalement se fait à la manière romaine pour raison politique. L&#8217;Evangile de Jean semble assez en accord avec ça puisqu&#8217;il nous dit que Jésus est menacé de lapidation lors de la fête des Lumières, vers la fin décembre (Jn 10, 22), et que sa mort est décidée après la résurrection de Lazare (Jn 11, 53) ; Jésus doit alors se cacher aux confins du désert.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le plus ancien de nos Evangiles canoniques, celui de Marc, nous permet de percevoir quelque chose de ce qui, dans la pratique de Jésus, a pu provoquer ce rejet violent dont témoigne le Talmud. On peut caractériser cela par le terme de déchirure, qui revient à quatre reprises :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mc 1, 10</strong>. Lors de son baptême par Jean, Jésus « <em>vit les cieux se déchirer</em>. »C&#8217;est l&#8217;exaucement du cri du prophète : « <em>Ah ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais.</em> » (Es. 63, 19). La demande faite à Dieu de sortir de son silence et de se manifester au milieu de son peuple pour inaugurer les derniers temps est désormais exaucée. Avec Jésus, la communication est rétablie entre le ciel et la terre, entre Dieu et son peuple, et la venue de l&#8217;Esprit sur lui l&#8217;atteste.</p>
<p style="text-align: justify;">Mc 15,38. Presque à la fin de l&#8217;Evangile, c&#8217;est le voile du Temple qui se déchire, et cette déchirure fait pendant à celle du ciel : elle ouvre le libre accès à Dieu. Celui-ci ne sera plus réservé aux seuls juifs, les païens aussi auront libre accès. Mais pas dans ce Temple de Jérusalem dont la déchirure du voile séparateur est l&#8217;anticipation et l&#8217;annonce de la ruine. Avec lui, c&#8217;est le champ symbolique d&#8217;Israël qui va être détruit. On n&#8217;aura plus besoin d&#8217;aller à Jérusalem pour adorer, car <em>« les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité</em>. » (Jn 4, 33). Le culte sacrificiel est révolu, dépassé. Le Temple est aussi nu que le corps du Supplicié sur la croix. Dieu est ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Entre ces deux déchirures aux extrémités de l&#8217;Evangile de Marc, deux autres interviennent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mc 2, 21. <em>« Personne ne coud une pièce d&#8217;étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le morceau neuf qu&#8217;on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la déchirure est pire</em>. » Le cadre est celui d&#8217;une controverse avec les pharisiens, comme si souvent ; mais il y a là aussi des disciples de Jean le Baptiste. Ils sont tous dans le passé. Ils restent attachés à un système usé, un vieux tissu qui ne peut supporter d&#8217;être cousu avec un tissu neuf. Les usages vieillis du judaïsme doivent laisser la place à la nouveauté de la Bonne Nouvelle : « <em>le Règne de Dieu s&#8217;est approché: convertissez-vous et croyez à l&#8217;Evangile</em>. » (Mc 1, 15) Il s&#8217;agit bien de ne pas rester dans le passé, mais de changer pour entrer dans ce Règne qui vient.</p>
<p style="text-align: justify;">Mc 14,63. Jésus, arrêté, comparait devant le sanhédrin ; et lorsqu&#8217;en réponse à une question, il reconnaît qu&#8217;il est le Messie, le grand prêtre déchire ses vêtements. Le sanhédrin, c&#8217;est l&#8217;organe de gouvernement des juifs, à qui Rome a laissé une relative autonomie. Assemblée de prêtres, de scribes et d&#8217;anciens présidée par le grand prêtre, le sanhédrin est le lieu du pouvoir religieux, juridique, économique et politique en Israël. Il possède sa propre police. Ses décisions ont force de loi, et le pouvoir romain les fait appliquer. Avec tous les pouvoirs qui sont les siens, le sanhédrin garantit le fonctionnement du système social et religieux juif. Quand le grand prêtre déchire ses vêtements, c&#8217;est tout le tissu symbolique d&#8217;Israël qui se déchire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le sanhédrin a donc décidé la mort de Jésus. Mais l&#8217;habileté de certains de ses membres, c&#8217;est de faire croire à un possible soulèvement populaire contre l&#8217;occupant, en accusant Jésus de se faire roi des juifs, de viser le pouvoir. Le gouverneur romain ne pouvait qu&#8217;être sensible à cette possible menace. Et dans la comparution devant Pilate, c&#8217;est bien sur la royauté que porte le débat. L&#8217;inscription placée au-dessus de la tête du crucifié sera : « <em>Le roi des juifs</em> ». Par rapport à l&#8217;occupant, Jésus est ainsi considéré comme subversif et rebelle. Sa mort revêt un caractère politique, et elle est située dans le champ social de l&#8217;affrontement entre pouvoir romain et mouvements populaires.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La pratique de Jésus déchire le système juif de son temps. Celui-ci partait d&#8217;une certaine lecture de la Torah (Loi), celle de la tradition sacerdotale devenue dominante. car il y a une tout autre lecture, et c&#8217;est elle que Jésus remet en honneur en la radicalisant.</p>
<p style="text-align: justify;">La lecture faite par le sanhédrin et les scribes, et qui gère le fonctionnement socio-religieux, joue sur le pur et l&#8217;impur, et réglemente la vie quotidienne de manière tatillonne afin d&#8217;éviter toute souillure. Cette séparation entre pur et impur affecte tout : les relations avec les autres, les aliments, le culte. Les rituels de purification sont aussi très précis et rigoureux. (Le Lévitique détaille tout cela à partir du chapitre 11). Ce système provoque la ségrégation et l&#8217;exclusion. Et comme il établit une hiérarchie de sainteté, aussi bien dans les diverses parties du Temple que parmi les personnes, il permet aux prêtres et aux scribes de s&#8217;imposer au petit peuple qu&#8217;ils méprisent.</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus n&#8217;hésite pas à contester les privilèges que certains s&#8217;attribuent, à critiquer leurs pratiques, à les affronter vigoureusement. L&#8217;épisode des marchands chassés du Temple est symboliquement très fort, comme si par là s&#8217;anticipait la déchirure du voile et la fin de ce haut lieu d&#8217;Israël. Mais surtout, Jésus institue une autre pratique. On peut la dire déviante si l&#8217;on adopte le point de vue alors dominant. Elle est plutôt alternative. Jésus se fait proche des méprisés, des exclus. Il touche des lépreux ; il se laisse approcher par des pécheresses ; il ne repousse pas les païens. Il viole le sabbat quand il s&#8217;agit de remettre quelqu&#8217;un debout, et il en prend à l&#8217;aise avec les préceptes de pureté. Et il y a aussi les paraboles dont certaines sont des attaques directes, comme celle des vignerons meurtriers que les membres du sanhédrin interprètent sans mal comme dirigée contre eux. Pour Jésus, personne n&#8217;est exclu, intouchable.</p>
<p style="text-align: justify;">En paroles et en actes, Jésus conteste le système au pouvoir en Israël et la référence à la loi sur laquelle il prétend s&#8217;appuyer. Il accuse les responsables d&#8217;annuler la Parole de Dieu au profit de leurs traditions. En fait, il n&#8217;y a là qu&#8217;une survivance, un tissu usé qu&#8217;il n&#8217;est pas possible de raccommoder avec du neuf. Une rupture s&#8217;impose d&#8217;urgence, à laquelle il faut se convertir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir romain est aussi atteint par la pratique de Jésus. En effet, il est soucieux du maintien de l&#8217;ordre, et le moindre trouble doit être réprimé. Et il faut bien maintenir le fragile équilibre entre les compétences du gouverneur et celles du sanhédrin. Ce que Pilate ne sait sans doute pas, c&#8217;est que, radicalement, Jésus désacralise tout pouvoir, et conteste tout pouvoir qui n&#8217;est pas humblement vécu comme service.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il n&#8217;est pas facile, même pour les disciples, d&#8217;entrer dans le projet de Jésus, dans ce monde nouveau du Règne de Dieu qu&#8217;il annonçait et qu&#8217;il inaugurait. Sa pratique continue à nous questionner, à interpeller nos communautés ecclésiales, et notre manière de vivre ensemble dans la cité des hommes.</p>
<p style="text-align: right;">Gui Lauraire</p>
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		<title>Bien au-delà du Chiapas</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Jun 2011 16:03:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucette Bottinelli</dc:creator>
				<category><![CDATA[FAIRE ÉGLISE AUTREMENT]]></category>
		<category><![CDATA[Visages d'évangile]]></category>

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		<description><![CDATA[L’héritage politique et spirituel de Don Samuel Ruíz García (1924-2011) par le SIPAZ Le 24 janvier 2011 s’éteignait Don Samuel Ruíz Garcia, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal. Ce texte publié par le Service international pour le paix (SIPAZ) dans son bulletin trimestriel de mars 2011, nous donne l’occasion de lui rendre hommage [1]. Depuis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’héritage politique et spirituel de Don Samuel Ruíz García (1924-2011)</strong></p>
<p>par le SIPAZ</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le 24 janvier 2011 s’éteignait Don Samuel Ruíz Garcia, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal. Ce texte publié par le Service international pour le paix (</em></strong><strong><em><a href="http://www.sipaz.org/">SIPAZ</a></em></strong><strong><em>) dans son bulletin trimestriel de mars 2011, nous donne l’occasion de lui rendre hommage [1].</em></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Ruiz3.jpeg"><img class="size-full wp-image-4588 aligncenter" title="Ruiz3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Ruiz3.jpeg" alt="" width="178" height="224" /></a><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis le 26 janvier, sa dépouille repose dans l’autel de la cathédrale de San Cristóbal de Las Casas et des milliers de personnes de tous les âges, classes sociales ou couleurs de peau sont venues faire leurs derniers adieux à leur jtatic ou jtotic (« Notre Père » en langues tseltal et tsotsil). Don Samuel Ruíz García, évêque émérite du diocèse de San Cristóbal (duquel il fut titulaire de 1959 à 1999), est décédé le 24 janvier 2011 dans un hôpital de la ville de México. Son corps fut ramené à San Cristóbal à l’aube du 25 janvier, jour du 51<sup>e</sup> anniversaire de son ordination épiscopale.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Entierro-de-Don-Samuel-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-4589 aligncenter" title="Entierro-de-Don-Samuel-3" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/Entierro-de-Don-Samuel-3-300x229.jpg" alt="" width="300" height="229" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Enterrement de Don Samuel Ruíz García,<em></em></p>
<p style="text-align: center;"><em> Plaza de la Paz, San Cristóbal de Las Casas, 26 janvier 2011 © SIPAZ</em></p>
<p style="text-align: justify;">Figure clé de la théologie de la libération ayant clairement affirmé son option préférentielle pour les pauvres, il a joué un rôle très important dans la prise de conscience et la consolidation des processus d’organisation des peuples indiens au Chiapas, et ce notamment après le Congrès indien de 1974. Samuel Ruíz García a aussi fait figure de médiateur dans divers conflits latino-américains, en particulier entre l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et le gouvernement fédéral mexicain dans les années 90, ou, en collaboration avec d’autres intellectuels mexicains, entre l’Armée populaire révolutionnaire (EPR) et le gouvernement de Felipe Calderón en 2008.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors d’une visite aux communautés peu après sa mort, nous avons reçu de nombreux témoignages émus au sujet de Don Samuel connu aussi par les peuples du Chiapas comme « El caminante » (« L’homme qui marche ») pour avoir parcouru à pied son diocèse d’innombrables fois. Par exemple, « Il est venu ici, il a été avec nous dans cette communauté plusieurs fois. Je l’ai connu parce que c’était un grand défenseur des pauvres et en plus il est resté 3 ou 4 jours ici. Il n’a jamais eu peur, il a fait face au conflit [des années 90] et avec les pauvres… Il a souffert avec nous, lui aussi a été menacé par le gouvernement, comme nous, simplement parce que nous défendions le droit… Il a soutenu de nombreuses communautés, mais pas seulement des communautés, tout le Mexique. Il ne faisait pas de distinction entre les gens, Don Samuel Ruíz, il traitait tout le monde de la même façon. » (Témoignage de Sébastián, Jolnixtié, zone basse de Tila.)</p>
<p style="text-align: justify;">Le témoignage lu par l’organisation civile Las Abejas (« Les abeilles ») lors de son enterrement nous semble faire écho à ce que de nombreuses autres voix auraient aimé dire, puisqu’il souligne ce que Don Samuel a semé : « Jtotic Samuel, tu t’en vas, mais tu restes dans notre cœur. Tu t’en vas, mais les fruits de ton travail ici continueront à donner toujours plus de fruits. L’organisation Las Abejas est un des nombreux exemples des fruits de ton travail. Merci Jtotic Samuel, nous ne marchons plus en courbant l’échine. Nous ne baissons plus la tête face au “puissant”, merci à toi. »</p>
<p style="text-align: justify;">Don Samuel fut connu et reconnu bien au-delà du Chiapas, y compris depuis différentes confessions, il était devenu une référence mondiale d’une église simple, participative, autochtone, fraternelle, au service de l’humain dans sa plus large acception, témoignage d’espérance même dans l’obscurité dans laquelle nous pouvons nous sentir plongés actuellement. Les condoléances reçues de tout le pays et du monde entier ont été autant de marques de reconnaissance à l’apport de Don Samuel en termes de droits humains, de paix et de dialogue interreligieux dans le contexte local, national et international.</p>
<p style="text-align: justify;">Nombreux sont ceux qui, à cette occasion, ont rappelé la conversion de Don Samuel lui-même à son arrivée au Chiapas lorsqu’il découvrit la situation de marginalisation dans laquelle vivaient les Indiens de cet État. Lors de ses nombreuses visites aux quatre coins du globe, la force de son témoignage a aidé de nombreuses personnes à ouvrir les yeux non seulement sur la réalité que vivent les peuples indiens du Chiapas, du Mexique ou d’Amérique latine, mais sur celle que vivent tous les opprimés et les exclus dans des pays apparemment plus opulents. Nombreux sont ceux qui lui emboîtèrent le pas et commencèrent à cheminer sur les traces de cette même révélation.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa foi, ses prises de positions personnelles et son charisme lui ont permis d’être reconnu de manière transversale comme référent œcuménique et interreligieux. De ce point de vue, au SIPAZ, Service international pour la paix, nous avons eu l’honneur de pouvoir échanger et partager avec lui à de multiples occasions : les activités du Peace Council, les Rencontres œcuméniques réalisées au Chiapas en 1997 et 1998, la Rencontre interreligieuse pour la paix réalisée au Chiapas en 1999, la création de l’École biblique (devenue Institut d’études interculturelles par la suite), entre autres.</p>
<p style="text-align: justify;">En novembre 1999, à l’occasion du 75<sup>e</sup> anniversaire de Monseigneur Ruíz (âge de démission obligatoire pour les évêques catholiques), le SIPAZ a lancé une initiative qui a permis à plus de 300 leaders religieux de 26 pays de s’unir pour publier une lettre ouverte célébrant ses « 40 ans de ministère prophétique et pastoral ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette lettre, intitulée « Choisissez la Vie », reçut le soutien de différentes dénominations chrétiennes mais aussi de hauts représentants des religions juives, musulmanes et bouddhistes. Elle disait : « Dieu nous a béni, en faisant grandir parmi nous des meneurs d’hommes profondément enracinés dans leur peuple, qui profitent de ces temps critiques pour transformer l’obscurité en lumière, la peur en courage, et le désespoir en espérance. Pour nous, Samuel Ruíz a été l’un de ces meneurs. […] Cette vision de la Libération que le peuple du Chiapas a proclamée prophétiquement nous remplit de gratitude et d’humilité. Elle nous incite à porter un nouveau regard sur nos propres vies. […] Comme un guide, mais ne faisant qu’un avec son peuple, [Don Samuel] a développé un point de vue qui résonne comme l’une des vérités les plus profondes que nous connaissons : que le Dieu de la Vie nous invite à la justice, la miséricorde et l’humilité, et que ce n’est qu’en choisissant la vie que nous connaîtrons la véritable libération et la joie. »</p>
<p style="text-align: justify;">L’expression de ce soutien international, œcuménique et interreligieux, envers l’évêque d’un lieu retiré comme le Chiapas illustre comment Don Samuel s’est converti en un symbole d’espoir pour nombre de personnes. En tant que SIPAZ, nous souhaitons souligner 5 aspects de son action qui continueront d’être source d’inspiration pour la nôtre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Un appel à l’humilité, à la cohérence et au changement personnel :</strong> Don Samuel nous a appris que la vraie spiritualité, bien différente du spiritualisme, était celle qui se vivait à la fois intérieurement et extérieurement. Et ce n’est pas seulement par ses mots qu’il transmettait cette idée, mais par sa façon d’être au monde, humble, en ne se contentant pas de porter son regard vers le Ciel mais aussi vers le bas et vers l’intérieur. Dans une homélie de janvier 1994, Don Samuel affirmait : « L’urgence de la conversion personnelle va de pair avec l’urgence d’un profond changement structurel dans la société, puisque l’un ne surviendra pas sans l’autre. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Patience et capacité d’écouter l’Autre en donnant à sa parole une réelle valeur quels que soient son âge, son sexe, son statut social ou sa confession.</strong> C’est peut-être une qualité qu’il aura appris des communautés indiennes où l’on accorde une grande valeur à la parole pour réussir à se mettre d’accord. Don Samuel a appris et parlé de nombreuses langues, occidentales et indiennes. Il savait reconnaître en tout un chacun un être, un sujet plutôt qu’un objet, comme il le soulignait souvent en particulier au sujet des peuples indiens. Il promouvait et permettait la participation de tous et toutes, hommes et femmes, religieux et laïcs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. Non-violence active :</strong> Dans sa lettre pastorale « Une nouvelle heure de grâce » (2004), il écrivait « Lutter pour la paix signifie plus que s’opposer à la guerre ou se contenter d’affirmer une option pacifiste, il s’agit d’une prise de position intégrale qui, depuis la remise en question du système capitaliste néolibéral, nous interpelle aussi quant à la justification de la violence comme unique voie pour faire face à l’injustice. Qui réfléchit sérieusement à la position du Christ lui-même, qui proclama le commandement nouveau d’aimer son prochain comme il nous a aimé et d’aimer jusqu’à nos ennemis, est forcé de conclure que la réelle alternative pour construire une société qui permette à tous et toutes de vivre sans avoir à sacrifier personne pour conserver la paix et l’ordre, c’est la non-violence active. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. Ne pas avoir peur :</strong> Don Samuel a tenu bon au milieu des critiques, des accusations et des agressions (notamment physiques) à l’encontre de sa personne ou de son diocèse. Il nous a appris qu’il ne fallait pas avoir peur mais au contraire assumer les conséquences des choix que nous devons faire en tant que chrétiens et chrétiennes face à la violence de la réalité qui nous entoure, et ce malgré tout ce que cela pouvait impliquer. Dans sa lettre pastorale « Une nouvelle heure de grâce », Don Samuel écrivait : « Jésus nous appelle à être ses défenseurs même si notre chemin doit suivre le sien : celui de la Croix. La question que Dieu nous posera à la fin de notre existence sera : En faveur de qui avons-nous pris parti ? Qui avons-nous défendu ? Qui avons-nous choisi ? Des questions que personne, pas même les puissants, ne pourra éluder à la fin de sa vie ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. Garder l’espoir vivant, envers et contre tout :</strong> bien souvent, la lecture des « signes des temps » peut nous rendre enclins au désespoir, au découragement ou à la passivité. Ce que nous avons toujours admiré chez Don Samuel fut sa capacité à continuer de voir des signes de lumière au milieu de tant d’obscurité. Lors d’un de ses entretiens avec Jorge Santiago, en 1996, il affirmait : « Je crois que les hommes de foi, entendus comme ceux qui se laissent porter par l’illumination, qui sont disposés à prendre la route et marcher alors que le moment manque de clarté mais en sachant que la lumière est au bout du chemin, ceux-là la percevront et pourront contempler le paysage, puisque cette lumière est non seulement celle de la tranquillité, mais aussi d’une ferme espérance en l’avenir ». Dans la carte pastorale mentionnée plus haut, Don Samuel affirmait : « La force globalisatrice des exclus que l’on peut observer [aujourd’hui] est porteuse d’espoir, la force de ceux qui n’acceptent pas que ce système soit définitif, et qui sont l’expression ferme et vivante qu’un autre système, où la justice et la vérité resplendiraient, est urgent et possible. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelques années, Pablo Romo (collaborateur de Don Samuel dans divers espaces et actuellement membre de SERAPAZ – Services et conseil pour la paix) nous faisait un commentaire quant à la devise française « Liberté, égalité, fraternité ». Il disait que les pays de l’Occident ont beaucoup apporté à l’humanité en termes de liberté, les pays de l’Est en termes d’égalité, et que ceux du Sud sont ceux qui nous invitent maintenant à nous repenser comme des frères et des sœurs, à vivre la fraternité comme seule façon de sauver l’humanité d’elle-même. Dans sa lettre pastorale « Une nouvelle heure de grâce », Don Samuel écrivait : « les pauvres et les peuples indiens sont la démonstration vivante de la prise de conscience de l’identité ethnique et culturelle comme opposé de l’homogénéisation induite par la globalisation actuelle : leur présence efficace en font des acteurs clés de la transformation de nombreux pays du continent ; ils injectent une dose de « valeur communautaire » à un système infecté par un individualisme nocif, ils arborent le drapeau de la dignité humaine et du droit individuel et collectif renié par ce système néolibéral ; ils sont le tronc qui conserve l’espérance de la construction d’une société alternative, fondée sur la reconnaissance et le respect de la différence ; ils sont enfin ces « laissés-pour-compte » porteurs d’une vision qui considère la diversité comme un ensemble de nouvelles richesses et potentialités pour le développement humain ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le SIPAZ, Don Samuel, les peuples indiens du Chiapas, sont des visages d’espérance qui nous permettent de reconnaître qu’il est non seulement « urgent » mais aussi « possible » de construire un nouveau monde réellement « fraternel ».</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images-1.jpeg"><img class="size-full wp-image-4592 aligncenter" title="images-1" src="http://www.nsae.fr/wp-content/plugins/images-1.jpeg" alt="" width="265" height="190" /></a></p>
<p>Version française revue par Dial  (<a href="http://enligne.dial-infos.org/">http://enligne.dial-infos.org</a> ou <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?rubrique38">http://www.alterinfos.org/spip.php?rubrique38</a>).</p>
<p style="text-align: right;">Mis en ligne par Dial le 6 juin 2011.</p>
<p><a href="http://www.sipaz.org/informes/vol16no1/vol16no1f.htm">Traduction</a> de l’équipe du SIPAZ (http://www.sipaz.org/informes/vol16no1/vol16no1f.htm)</p>
<p>Texte original (espagnol) : <a href="http://www.sipaz.org/informes/vol16no1/vol16no1s.htm">bulletin trimestriel du SIPAZ, vol. XVI, n° 1</a>, mars 2011.</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p>[1] Voir aussi, en espagnol, le <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article4899">communiqué des zapatistes</a> publié à l’occasion de sa mort, ainsi que le dossier DIAL 2723 &#8211; « <a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article1074">AMÉRIQUE LATINE &#8211; Pour Samuel Ruiz, l’« évêque des Indiens », « Un autre monde est possible »</a> ».</p>
<p><strong>Source</strong> :</p>
<p><a href="http://enligne.dial-infos.org/"><strong>Dial</strong></a><strong> – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 3156.</strong></p>
<p><a href="http://www.alterinfos.org/spip.php?article5079">http://www.alterinfos.org/spip.php?article5079</a></p>
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