NSAE : Nous Sommes Aussi l'Eglise
La remise des clés à St-Pierre
Publié le 31 octobre 2009 par Karim Mahmoud-Vintam

Eglise, qu’as-tu fait de ton évangile ?

Le hors-série n° 22 de de la revue Les Réseaux des Parvis — “Eglise qu’as-tu fait de ton Evangile” — vient de sortir. Il a été réalisé par la Rédaction de la revue, sous la responsabilité de Michel Dheunynck, Cécile Entremont et Didier Vanhoutte. Il rassemble plus de 60 documents, courriers, témoignages, extraits
d’articles, dans lesquels beaucoup d’entre vous vont se reconnaître. Souvent bouleversants, toujours stimulants, ils permettent de décortiquer les récents événements qui ont secoué l’Eglise.

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Table des matières :

I  : Christianisme trahi
II : Une attente de débat dans l’Eglise
III : Confrontation féconde entre droits humains et Evangile
IV : Collectifs pour sortir de l’ornière dogmatique

Extraits de l’éditorial de Michel Deheunynck :

Le titre  Eglise, qu’as-tu fait de ton Evangile  ?  est choisi en contre-écho à la fâcheuse interpellation de Jean Paul II à notre pays « France, qu’as-tu fait de ton baptême  ? ». Mais aussi pour affirmer que c’est d’abord au nom de l’Evangile  que s’expriment les malaises, détresses et révoltes de nombre d’entre nous face à l’Eglise romaine.

Cet Evangile, super cadeau que Dieu nous fait, trop souvent délaissé par l’institution qui préfère jouer avec le carton d’emballage qu’est  la religion avec ses rites, ses règles et ses dogmes, à l’image de ces petits enfants qui renoncent vite au cadeau trop raffiné pour eux et préfèrent s’amuser avec la boîte…

Les réactions ont afflué à la suite des dérapages, bavures  et  autres caprices hiérarchiques qui ont accéléré leur cadence depuis le début de cette année 2009.

Nous avons voulu recueillir et  faire résonner les expressions d’amertume et de rancoeur, mais aussi d’humanité, d’amour et de foi qui se sont manifestées. Il y en avait tant qu’il a bien sûr fallu choisir en contournant les  inévitables  redondances pourtant révélatrices d’un mouvement à forte dimension collective.

Ces expressions multiples ont été aussi  très diverses, selon leur style : cris du coeur, coups  de « gueule », déclarations, articles de presse, lettres ouvertes aux évêques, etc … Diverses aussi par leurs auteurs : croyants intégrés ou en marge, laïcs et clercs, théologiens, professionnels, politiques,  médias, etc …Certaines étaient focalisées sur tel ou tel dysfonctionnement ecclésial : réintégration des intégristes et de leurs évêques , excommunications autour d’une petite fille brésilienne qui a ému toute la planète, réprobation renouvelée de l’usage préventif du préservatif, …. d’autres  étaient d’emblée plus globalisantes sur les comportements peu  évangéliques de l’institution dans leur ensemble.

Encore fallait-il les classifier selon une présentation dynamique. Nous proposons de commencer par les textes  qui expriment surtout une émotion; puis, ceux qui évoquent une attente, un avenir autre; ensuite, nous présentons les pistes de réflexion et d’approfondissement qui  ont été élaborées et que nous confrontons aux arguments adverses des mouvances intégristes ; enfin, pour ne pas en rester aux déclarations, nous développons  les actions qui sont envisagées ou déjà engagées. Ce cheminement nous rappelle celui de l’Action Catholique en Voir-Juger-Agir.   

 A travers toute cette mobilisation se révèle un éveil de la conscience du peuple croyant, une  ébauche d’émancipation d’un troupeau qui n’entend plus être docile et obéissant et revendique sa maturité. Désormais adulte, il n’est plus disposé à jouer avec la boîte …

Mais émergent aussi des réactions de civilisation, telle que la remise en cause de l’intégrisme catholique, comme il en est  de l’intégrisme financier, ainsi que de sa compromission avec certains mouvements d’extrême droite. Cette émergence d’une opinion publique dans l’Eglise catholique romaine contribue ainsi,  pour sa part,  à féconder des interrogations de sens majeures pour l’avenir de notre humanité.

Au-delà  des paroles et bien au-delà de nos mouvances sur les parvis de l’Eglise, des mouvements prophétiques sont en marche. Oui, ça bouge dans le christianisme et dans son rapport au monde d’aujourd’hui. Enfin !

Présentation du premier chapitre : Christianisme trahi (par Didier Vanhoutte)

Il y a bientôt 50 ans on commençait d’ériger le mur de Berlin. Il aura duré 28 ans. Ses créateurs avaient oublié que tous les murs, toutes les citadelles tombent un jour, d’une manière ou d’une autre. Le temple de Jérusalem fut rasé en l’an 70, et le mur qui entoure Israël aujourd’hui tombera un jour.

Parce que les murs ne protègent pas. Ils enferment. Ils asphyxient. Et l’Eglise catholique romaine, emprisonnée dans une attitude obsidionale, l’a elle aussi oublié. Aujourd’hui, on y restaure avec effroi, tout en tremblant, les vieux rites, on s’abrite derrière les dogmes, on donne de la voix dans certains palais épiscopaux et derrière la façade de la Curie. On joue la pudeur offensée. On fait le simulacre de l’autorité : elle ne prouve que la déconfiture.

Alors le peuple crie. Rendez-nous l’Evangile ! Cette clameur fera un jour s’effondrer les murailles de Jéricho pour libérer la Parole.

Une jeune fille de 20 ans avait compris tout cela en 1929 : Simone Weil. Voici ce qu’elle écrivait alors (Œuvres complètes, Quarto Gallimard, page 137) : Il est des organisations, dans la société, qui, étant comme refermées sur elles-mêmes, n’ont d’autre but que d’exister et d’exister le plus possible. Telles sont les églises, tels sont les partis, telles sont, de la manière qu’on l’entend de nos jours, les patries. La fin suprême est, pour une église, de s’étendre ; pour un parti, le pouvoir. Et le moyen, puisque églises et partis sont composés d’hommes, c’est de diriger toute l’action de ces hommes vers l’église ou le parti, de les transformer, d’hommes qu’ils s’efforçaient d’être, de manière à ce qu’ils ne soient plus que des croyants, que des partisans.

Les textes que vous allez découvrir dans ce chapitre, issus de nos Réseaux ou venus de personnalités indépendantes, prouvent que le temps de l’acceptation silencieuse n’est plus.

N’hésitez pas à vous procurer le hors-série (6,5 € à l’ordre des éditions du Temps Présent 68 rue de Babylone, 75007 Paris), à en parler et à le diffuser autour de vous.

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