NSAE : Nous Sommes Aussi l'Eglise
La remise des clés à St-Pierre
Publié le 8 avril 2008 par bj.tricart

Benoît XVI, les Juifs et la prière du vendredi saint

Comment est-il possible que les plus hautes autorités catholiques aient pu, sans même s’en rendre compte, blesser la quasi-totalité de la communauté juive mondiale, et cela à l’occasion de la très solennelle « prière universelle » du Vendredi Saint ? Et comment expliquer la réaction des Juifs ? Un bref rappel historique s’impose.

Jusqu’au Concile de Vatican II  (1962-1965), la prière universelle relève du « rite tridentin » (du nom du Concile de Trente, 1545-1563, pièce maîtresse de la Contre-Réforme). La partie de cette prière consacrée aux Juifs est chargée du mépris, pour ne pas dire de la haine invraisemblable accumulée durant des siècles de chrétienté contre le peuple qualifié de « déicide » (qui avait crucifié le Christ) : « Prions aussi pour les juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur retire le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus , Christ, Notre-Seigneur [….] Dieu Tout-Puissant et éternel, qui n’exclut pas même la  perfidie juive de la miséricorde, exauce nos prières que nous te présentons pour l’aveuglement de ce peuple afin qu’ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur… »  Cette formulation étant devenue insupportable (même pour les catholiques !)  est remplacée en 1970 par le rite dit de « Paul VI » qui s’inscrit  dans la droite ligne de la déclaration conciliaire de Nostra Aetate ( octobre 1965) sur les religions non-chrétiennes. Ce rite est encore en vigueur aujourd’hui. « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son Alliance […] Dieu éternel et tout-puissant, toi qui a choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Eglise t’en supplie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.”

Alors pourquoi Benoît 16 éprouve-t-il le besoin de rédiger un nouveau texte ? Le lien est facile à faire avec l’autorisation qu’il accorde le 7 Juillet 2007 aux intégristes catholiques de célébrer la messe selon le rite tridentin, accentuant encore la tendance rétrograde déjà manifestée, entre autre, par la réouverture de l’Institut lefèbriste du Bon Pasteur en 2006. Il y a de quoi inquiéter non seulement les catholiques mais plus encore les Juifs qui ont tout à craindre d’un retour, ne serait-ce qu’à l’esprit du Concile de Trente.Voici son texte : « Prions aussi pour les Juifs. Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs cœurs pour qu’ils reconnaissent Jésus-Christ comme sauveur de tous les hommes […] Dieu éternel et tout-puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accorde dans ta bonté que la plénitude des nations étant entrés dans ton Eglise, tout Israël soit sauvé. Par le Christ notre Seigneur » Le ton de cette prière n’est pas méprisant comme le premier mais elle méconnaît ceux-là même qu’elle veut sauver. Elle reprend l’injonction envers les Juifs d’avoir à changer de religion, contredisant les déclarations de Vatican II sur la liberté et le salut.  Par ailleurs n’entretient-elle pas une confusion entre l’Eglise et le Royaume de Dieu ? 

Ce n’est pas un hasard si tant de Juifs ont tiré la sonnette d’alarme devant ce texte. Ils l’ont ressenti comme une sombre menace qui risquait d’aviver l’hostilité toujours latente dans le monde chrétien, malgré la bonne volonté récente de certains de ses représentants. Le souvenir des persécutions qu’ils ont subies de la part de l’Eglise ne peut s’effacer. Sans le mépris et la haine des Juifs orchestrés par l’Eglise à travers les siècles, le désastre de la shoa aurait-il été possible ? Nos frères (aînés) juifs sont blessés. Nous le sommes aussi.

Nous demandons donc instamment aux évêques de France d’agir auprès des autorités romaines compétentes afin que soit maintenue la version de Paul VI. 

La Commission Internationale de NSAE (7 avril 2008)

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